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BATES FUND
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in 2010 with funding from
Boston Public Library
http://www.archive.org/details/nouvellebiograph29hoef
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NOUVELLE
BIOGRAPHIE GÉNÉRALE
DEPUIS
LES TEMPS LES PLUS RECULÉS
JUSQU'A NOS JOURS.
TOME VINGT-NEUVIÈME.
La Liborlière. — Lavoisien.
PAKrS. — TYPOGRAPHIE DE FlIlMIiN DIDOT FRÈRES, FILS ET C'^, RUE JACOB, 56.
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NOUVELLE
BIOGKAPHIË GENERALE
DEPUIS
LES TEMPS LES PLUS RECULÉS
JUSQU'A NOS JOURS,
AVEC LES RENSEIGNEMENTS BIBLIOGRAPHIQUES
KT l'indication DES SOURCES A CONSIJLTER;
PUBLIÉE PAR
ilM. FmmiN DIDOT FRÈRES,
sous LA DIRECTION
DE xM. LE D' HOEFER.
lame Uinflt-îîeutîieme.
PA^KIS;
FIHMIN DIDOT FRÈRES, FILS ET C«^ ÉDITEURS,
IMPRIMEURS-LIBRAIRES DE l' INSTITUT DE FRANCE,
RUE JACOB, KG
M DCCC LIX.
Les éditeurs se réservent le droit de traduction et de reproduction à l'étranger.
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NOUVELLE
BIOGRAPHIE
GÉNÉRALE ^
DEPUIS LES TEMPS LES PLUS RECULÉS JUSQU'A NOS JOURS.
.A. LiBORLiÈRE {LéoTi- Fratiçois- Marie,
.ws de), littérateur français, né le 25 mars
4, à Saint-Martin, près Saint-Maixent, mort
27 avril 1847, à Poitiers. Destiné d'abord à
at ecclésiastique , il suivit sa famille en émi-
tion, prit les armes, et servit successivement
s l'armée des princes et le régiment anglo-
içais de Vioménil. Lors du licenciement de ce
ps, il s'établit à Brunswick, oii il travailla dans
: imprimerie, et composa quelques ouvrages
nagination. Rentré en France, la faveur de
de Fontanes, qui l'avait connu en Angleterre,
valut, en 1809, la place d'inspecteur de l'uni-
sité, qu'il échangea en 1815 contre celle de
:eur de l'académie de Poitiers; en 1830 il
tra dans la vie privée. On a de lui : Suite à
icUde, roman; — Célestine, ou les époux
■s Vêtre; Hambourg, 1798, 4 vol. in-12, ro-
1 qui eut deux éditions à Paris, 1800 et 1801 ;
La Nuit anglaise, ou les aventures jadis
peu extraordinaires , mais aujourd'hui
tes simples et fort communes, de M. Da-
id, marchand de la rue Saint-Honoré,
'rage qui se trouve partout oii il y a des
terrains, des moines, des bandits et une
r de Vouest; Hambourg, 1799, 2 vol. in-12;
is, 2^ édit., même année, critique assez pi-
ûte du genre sombre, mis à la mode par
le Radcliffe; — Anrte Greenvil, roman bis-
que; Paris, 1800, 3 vol. in-12; — Voyage
7s le Boudoir de Pauline; Paris, 1801, in-12 ;
La Cloison, ou beaucoup de peine pour
n, comédie représentée à l'Odéon en 1803,
s nom d'auteur; — Histoire élémentaire de
Monarchie française; Poitiers, 1826, in-12;
édit., 1836; — Vieux Souvenirs du Poitiers
vant 1789; Poitiers, 1846, in-8°. 11 a aussi
ixé de nombreux articles dans le Bulletin de
Société des Antiquaires de l'Ouest, dont il
«lit partie. P. L — v.
NOUV. BIOGR, GÉNÉR. ~ T. XXfX.
Hist. Littér. du Poitou, III, 661-66S. — La France Lit-
téraire.
LALivE DE JULLY {Ange- Laurent de),
amateur et peintre français, né à Paris, en 1725,
nrort dans la même ville, en 1775. Fils du fermier
général Lalive de Bellegarde, il était frère de
Lalive d'Épinay et de M"'' d'Houdetot. Ayant
obtenu un emploi dans les affaires étrangères, il
résida quelque temps à Genève, et de retour à
Paris, il fut nommé introducteur des ambassa-
deurs à la cour de France. Amateur distingué,
il avait du talent pour peindre en miniature et
pour graver à l'eau-forte. Il 1 e composa une
riche galerie de tableaux flam| ads , italiens et
français. A sa mort son cabinet fut dispersé. On
a de lui une centaine de gravures à l'eau-forte,
qu'il distribuait à ses amis. Parmi ses estampes
on distingue divers petits sujets et paysages
d'après Boucher, des caricatures d'après Salis ,
Les Fermiers brûlés d'après Greuze, et une suite
de portraits d'hommes illustres. J. V.
Basan, Dict. des Graveurs anc. et moi. — M""= d'Epi-
nay , Mémoires.
i,M.iurM&.SD' (Jean-Baptiste), peintre fran-
çais, né à Dijon, vers 1716, mort en 1802 ou
1803. Il était d'abord tailleur d'habits, et em-
ployait ses loisirs à manier le crayon ou le pin-
ceau. Il vint travailler à Paris, et un jour, en
causant dans la boutique où il était, une per-
sonne parla de son intention d'aclieter quelques
tableaux pour orner son appartement. « Je me
chargerais bien de vons faire ces tableaux », dit
le jeune ouvrier, avec l'assurance que lui don-
nait la conscience de sa capacité. Ce ne fut pas
sans peine qu'il décida l'étranger à mettre son
talent à l'épreuve. Lallemand exécuta quatre ta-
bleaux représentant Les quatre Saisons, et ce
coup d'essai, admiré et bien payé, lui fit jeter
l'aiguille pour ne se servir que du pinceau.
Ayant placé avantageusement les tableaux qu'il
fit, il se rendit en Angleterre, où il eut beaucoup
3
de succès, r.îais il s'y déplut, revint en France,
passa quelque temps dans sa famille, et partit
pour l'Italie. Pendant un séjour de plusieurs an-
nées à Rome, il composa un assez grand nombre
de tableaux ert se perfectionnant parl'étade des
grands modèles. 11 fit divers ouvrages pour le
Vatican. Reçu membre de l'Académie de Saint-
Luc, il travailla, à son retour à Paris, pour le
duc d'Orléans. Les moines de Saint-Martin, près
d'Autun, lui firent peindre six grands tableaux
pour leur réfectoire. Ce sont des paysages hé-
roïques et des marines, morceaux très-remar-
quables, qui sont passés dans la famille Souber-
bielle. Lallemand peignait tous les genres; mais
il excellait dans les paysages et les marines. La
plupart de ses ouvrages ont été gravés. Le musée
de Dijon en possède plusieurs. G. de F.
Nouvelle Biogr. des Contemp.
LALLFMAKD ( Charles - François- Antoine,
baron ) , gé;iéral français , né à Metz, le 23 juin
1774, mort à Paris, le 9 inars 1839. Fils d'un per-
ruquier de sa ville natale, il s'enrôla en 1792
dans l'artillerie légère, avec laquelle il fit les cam-
pagnes de l'Argonne et de Trêves; en 1793 il
passa dans la cavalerie, et servit dans les ar-
mées de la Moselle et de Sambre et Meuse; aide
de camp du général Élie, en l'an m, il vint à
Paris, et le 13 vendémiaire il défendit la Con-
vention dans les rangs de l'état-major du gé-
néral Bonaparte. Nommé lieutenant des guides
à cheval en l'an v, il partit pour l'Egypte en
l'an Ti, et devint capitaine aide de camp du gé-
néral Junot au siège dé Jaffa. Chef d'escadron
en l'an xu, il fut chargé par le premier consul
d'une mission auprès du général Leclerc à Saint-
Domingue en 1802, et à son retour il suivit
Junot en Portugal comme major des dragons.
Dans la campagne de 1805 en Autriche, il mé-
rita d'être cité honorablement, et se fit encore
remarquer les années suivantes en Prusse et en
Pologne. Colonel après la bataille d'Iéna, il
passa en Espagne en 1808, y rendit d'importants
services, et obtint, le 6 août 1811, le grade de
général de brigade. Il avait déjà reçu le titre de
baron de l'empire. Le 11 juin 1812,11 tomba, à
Valencia de la Torrès, sur une colonne de cava-
lerie anglaise, qu'il battit complètement. En 1813
il servit à la grande armée, et commanda la ca-
valerie légère du treizième corps. Pendant la cam-
pagne de 1814, il se trouvait à !a tête des corps
danois renfermés dans Hambourg, et rentra en
France au mois de mai. Le gouvernement royal
lui confia le commandement du département de
l'Aisne. Il occupait ce poste lorsqu'il apprit le
débarquement de Napoléon à Cannes. Il se joignit
alors avec son frère au général Lefebvie-Des-
nouettes dans le but de s'emparer du dépôt d'ar-
tillerie de La Fère; mais cette tentative échoua,
grâce à la fermeté du baron d'Abovilie, qui com-
mandait ce dépôt. Les conjurés se rejetèrent sur
Chauny, dont ils soulevèrent la garnison ; de là
ils vinrent à Compiègne, et y trouvèrent de la
LALLEMAND 4
résistance. Ils abandonnèrent donc les troupes
qu'ils avaient entraînées, et s'enfuirent dégui.sés
par la route de Lyon. Un maréchal des logis de
gendarmerie arrêta Lallemand piès (ie Château-
Thierry. Le général fnt ramené à La Ferté-Milon, à
Meaux, à Soissons et eniiH à Laon. 11 né recouvra
sa liberté qu'après le 20 mai-s 1815. Napoléon le
créa lieutenant général (?t membre de la chambre
des pairs. Lallemand alla rejoindre l'armée à la
frontière du nord, se trouva aux batailles de Fleu-
ras et de Waterloo, et y combattit avec valeur.
Après les désastres de cette dernière journée,
il rentra en France avec les débris de l'armée,
revint à Paris , et suivit les troupes derrière la
Loire. Il rejoignit ensuite l'empereur à l'île d'Aix,
et fut chargé avec Las Cases d'aller pariementer
avec le capitaine anglais Maitland pour la red-
dition de Napoléon : le capitaine ne voulut ac-
cepter aucune condition, et l'empereur se rendit
avec son entourage à bord du Bellérophon. Lal-
lemand demandait à accompagner Napoléon à
Sainte-Hélène; mais il ne put obtenir cette fa-
veur, et, traité lui-même comme prisonnier de
guerre, il fut jeté sur une frégate anglaise,
conduit à Malte et enfermé dans un fort. Rendu
à la liberté au bout de quelques mois, avec in-
jonction de quitter Malte , il partit pour Cons-
tantinople; mais un firman du sultan déclara
qu'il ne voulait point recevoir les adhérents de
l'ex-empereur des Français. Lallemand débar-
qua à Smyrne, et s'en alla en Perse, où il ne
trouva pas d'emploi. Il revint alors en Egypte,
et n'y fut pas plus heureux. 11 s'embarqua enfin
pour l'Amérique, oîi son frère était déjà. Compris
dans l'article 1^" de l'ordonnance du 24 juillet
1815 et dans l'article 2 de la loi du 12 janvier
1816, sur l'amnistie, le général Lallemand fut cité
devant le deuxième conseil de guerre de la pre-
mière division militaire, qui le condamna à mort
par contumace, en 1816. Lorsque Lallemand ar-
riva aux États-Unis, on comptait dans ce pays
une foule de militaires de tous grades , français;
italiens, polonais, ayant servi dans les armées
impériales. Lallemand eut avec son frère l'idée
de se mettre à la tête de ces réfugiés pour fonder
une colonie à laquelle il voulait donner le nom de
Champ d'Asile , parce qu'elle devait recevoir
surtout les Français bannis par les derniers
événements. Le gouvernement américain ve-
nait de faire à l'ensemble des réfugiés de France
une concession de cent mille acres de terre dans
les sohtudes de l'ouest sur la Mobile et la Toni-
beegbee. Mais cette position était avancée dans
les terres; et les concessionnaires, obérés de
dettes, s'étaient empressés de céder leurs droits.
Lallemand abandonna ce plan. Il chere!i;i un
autre emplacement, et en attendant il deier-
mina les colons à réunir leurs lots en une seule
masse et à emprunter dessus ce qu'ils pourraient
pour former la caisse du Champ d'Asile. Tandis
qu'on laissait croire aux réfugiés qu'il s'agisr,;!it
d'une expédition secrète, les deux frères \a\[-
L ALLEMAND
lemand jetèrent les yeux sur un district inhabité
du Texas, sur les bords de la rivière de la Trinité,
à quatre-vingt-dix kilomètres de son embouchure.
Ce fut le nouveau Champ d'Asile. Le gouvernement
américain n'encouragea pas cette combinaison ;
mais un corsaire de la Nouvelle-Orléans avaiu.a
des fonds, donna des outils et des vivres. Une
note adressée à Ferdinand VU, roi d'Espagne,
fut imprimée, dans laciuelle les frères Lailemand
et les réfugiés déclaraient leur intention de s'éta-
blir au Texas; ils s'offraient à payer un impôt à
l'Espagne; mais ils entendaient se régir selon
leurs propres lois. Le 18 décembre 1817 cent
cinquante colons partirent de Philadelphie sur
une goélette et sous le commandement du gé-
néral Rigaud. Au bout d'un mois ils débarquè-
rent à l'ile basse et nue de Galwestou , et s'y
installèrent tant bien que mal, vivant miséra-
blement de chasse et de pêche. Au mois de mars
ils furent rejoints par deux ou trois cents autres
colons conduits par Lailemand; quelques-uns
étaient venus de France même. On se rembarqua :
les uns débarquèrent pour aller par terre au Champ
d'Asile, les autres remontèrent la Trinité sur le
navire. Le 21 tous étaient réunis. On dressa un
camp ; on éleva des forts, on organisa militaire-
ment les colons. Chacun reçut vingt arpents de
terre avec des instruments et des semailles. Ce
n'étaitsans doute pas là ce qu'avaient rêvé la plu-
part des réfugiés. Pour maintenir son autorité,
Lailemand dut recourir au despotisme le plus
violent. Enfin, on apprit qu'un détachement d'Es-
pagnols marchait sur la colonie pour la disperser.
Lailemand feignit d'abord de vouloir résister;
mais bientôt, cédant à des conseils plus prudents,
il se replia avec ses colons sur Galweston. Dans
ce pays improductif, la course seule pouvait être
lucrative. Lailemand s'y refusa. Bientôt pourtant
les vivres manquèrent ; le général partit un beau
jour avec ses aides de camp, dans !e but, disait-il,
d'aller presser l'envoi des munitions ; il devait être
de retour au bout de quarante jom-s. On ne le
revit plus. Tous les malheurs fondirent sur la co-
lonie. Le corsaire qui les avait amenés les ramena
sur la côte, et ceux qui survivaient se rendirent
comme ils purent à la Nouvelle-Orléans ou dans
la Louisiane. La popularité du général Laile-
mand subit un grave échec à la suite de cette
affaire. Ses amis avaient répondu qu'il n'avait
jamais songé à une colonie agricole, non plus
que ses collègues; ou bien qu'il avait compté
enlever l'empereur de Sainte-Hélène et lui offrir
un noyau d'armée aux États-Unis ; qu'il avait
rêvé la conquête des Florides, du Texas, du
Mexique peut-être; que les États-Unis ayant
traité avec l'Espagne avaient abandonné Laile-
mand et sa troupe après l'avoir d'abord laissé
s'organiser contre cette puissance. En France ,
on s'était épris de la pensée de fonder sur la
terre libre de l'Amérique une colonie destinée
à servir de refuge aux débris des armées de
l'empire. « Profitant, dit M. Véron, de la dis-
position des esprits vers la fin de 1818, M. Félix
Desportes, réfugié lui-même en Allemagne,
rentré en France depuis peu de temps, eut
l'idée d'une souscription en faveur des colons
du Champ d'Asile. 11 communiqua ce projet aux
rédacteurs de Za Minerve, qui ouvrirent avec
empressement une souscription dans leurs bu-
reaux. M. Davillier, banquier, fut le dépositairt;
des fonds versés. Il offrit d'établir à Charles-
town , par ses correspondants, un comité chargé
de distribuer des secours aux Français, soit pour
leur établissement en Amérique , soit pour leur
retour en France. Tous les journaux de l'op-
position publiaient chaque matin les noms des
souscripteurs et les sommes reçues. Le Champ
d'Asile occupait un terrain que se disputaient
l'Espagne et les États-Unis. Par suite de conven-
tions entre les deux puissances, les États-Unis
prirent possession de ce terrain , et les Français
furent chassés de la nouvelle patrie qu'ils s'é-
taient faite; le bruit se répandit alors à Paris que
le Champ d'Asile n'existait plus. La souscription
fut close le l*"" juillet 1819; elle avait produit
quatre- vingt-quinze mille dix-huit francs seize cen-
times. A cette somme s'ajoutèrent les bénéfices
de la vente d'une Notice sur le Champ d'Asile
publiée par le libraire Ladvocat au profit des ré-
fugiés. Bientôt des lettres de New- York appri-
rent en France que le gouvernement des États-
Unis avait songé à indemniser les colons du
Texas, et leur avait offert en échange les terres
d'AIabama, situées sur le Tombeekbee. Le gé-
néral Lefebvre-Desnouettes se rendit au congrès
pour régler les limites de l'Alabama , la réparti-
tion des terres ; il reçut les pouvoirs nécessaires,
et la colonie fut fondée. On lui donna le nom
d'État ou Canton de Marengo ; le plan d'une ville
fut tracé; on l'appela Aigleville , et ses rues re-
çurent les noms des principales victoires aux-
quelles les réfugiés avaient pris part. L'établis-
sement du canton de Marengo levait tous les
doutes sui- l'emploi à faire de l'offrande patrio-
tique pour le Champ d'Asile ; mais il ne fut jamais
rendu un compte exact et public de l'emploi des
fonds de cette souscription. » La nouvelle colonie
prospéra ; mais Lailemand n'eut aucune part à
sa fondation. 11 songea d'abord à s'associer à
une maison de commerce ; puis il pensa étudier
les lois de la Louisiane pour se taire avocat, ou
bien aller rejoindre les insurgés du Mexique ou
de Venezuela. Enfin, il prit à ferme, en 1819, un
grand domaine auprès de la Nouvelle-Orléans. Il
s'occupait toujours de l'enlèvement de Napoléon,
entretenait uue correspondance suivie avec l'île
de Sainte- Hélène, et avait un crédit chez les ban-
quiers de Napoléon. L'empereur lui légua cent
mille francs dans son testament. Des créanciers
mirent opposition à la délivrance de ce legs sur
les fonds qui étaient dans les mains de Laffitte
( V01J. ce nom ) ; Lailemand emprunta encore des-
sus , et une difficulté s'élevait sur la question de
savoir s'il pouvait hériter, étant mort civilement
1.
%
LALLEMAND
par suite de sa condamnation : un curateur fut
nommé à sa succession, et la procédure traîna
en longueur. Lorsque la France fut sur le poiat
d'intervenir en Espagne pour rétablir le gouver-
nement royal , le général Lallemand revint en
Europe; il débarqua à Lisbonne en mai 1823, et
entra bientôt en Espagne, fut fait prisonnier
et enfermé à Cadix. Mis en liberté peu de
temps après, il fit faire quelques démarches
par sa femme, qui était restée à Paris, pour sa-
voir s'il pourrait revenir sans danger en France ;
il ne reçut pas de réponse satisfaisante. Le bruit
courut à cette époque qu'il irait servir la cause
des Grecs. 11 se rendit à Bruxelles, où il tomba
dans le plus grand dénùment. 11 adressa alors
au directeur de la police de Paris, Franchet, une
lettre dans laquelle il disait qu'il ne pouvait se
dispense!' de Tenir en France ; qu'entre mourir
de faim ou mourir comme le brave Ney, il n'y
avait pas à balancer, et qu'en conséqueuce il
était décidé à se mettre en route sans sauf-conduit.
11 arriva en effet peu de jours après dans la ca-
pitale, où il fut reçu par les généraux Bertrand et
Montholon. La police de la Restauration le laissa
tranquillement arranger ses affaires. 11 se rendit
ensuite à Londres, et retourna aux États-Unis, où
ilcréa un établissement d'éducationà New-York,
qui réussit. Après la révolution de Juillet, il re-
vint en France. Reconnu dans son grade de lieu-
tenant général, il fut nommé pair de France le
10 octobre 1832. 11 parla peu à la chambre, et
fut chargé en 1833 et 1834 d'inspections de ca-
valerie. 11 fut reçu avec enthousiasme en Corse,
et Louis-Philippe lui donna le commandement
militaire de cette île. Le général y resta environ
deux ans , et revint mourir à Paris. 11 n'a pas
laissé de postérité. L. Lobvet.
Arnault Jay, Jouy et Norvins, Biogr. nouv. des Con-
temp. — Lardier, Hist. biogr. de la Chambre des Pairs
(Cent Jours). — Véron, Mém. d'un Bourgeois de Paris,
tome II, p. 137. — Hartmann et Millard, Le Texas, ou
notice histor. sur le Champ d'asile.
LALLEMAND ( Henri-Dominique , baron),
général français, frère du précédent, né à Metz,
le 18 octobre 1777, mort à Borden-Town , pro-
vince de New-Jersey (Étals-Unis d'Amérique),
le 15 septembre 1823. Il fit ses études militaires
à l'école d'application de Châlons-sur-Marne, et
entra dans l'artillerie. Chargé du commande-
ment des canonniers à cheval de la garde impé-
riale, il fut employé dans toutes les guerres de
l'empire, et reçut le titre de baron. Eu 1814 il
était général de brigade , et c'est avec ce grade
qu'il fit la campagne de France. Après la chute
de Napoléon , il fut nommé chevalier de Saint-
Louis. Il était à La Fère, lorsqu'on connut le
débarquement de Napoléon au golfe Juan ; il se
réunit à son frère pour essayer d'opérer quelque
mouvement parmi les troupes en garnison dans
le département de l'Aisne. Ayant échoué dans
son entreprise sur l'arsenal de La Fère, il s'em-
para du moins d'une batterie qui arrivait de Vin-
cennes. Il marcha avec son frère sur Chauny et i
Compiègne, et forcé de s'échapper comme lui, il
se d('l'endit avec courage contre les gendarmes
qui l'arrêtèrent près de Château-Thierry et ne pu-
rent se rendre maîtres de lui qu'après l'avoir ren-
versé de cheval et terrassé. Emmené jusqu'à
Laon , il fut délivré par l'arrivée de Napoléon
à Paris. Nommé alors lieutenant général , il com-
battit à Waterloo, à la tête de l'artillerie de la
garde, et y fit des prodiges de valeur. Il se sauva
ensuite en Angleterre sous le faux nom de gé-
néral Cottin, et sut éditer la captivité. Apprenant
qu'il était privé du bénéfice de l'amnistie par
l'ordonnance du 24 juillet 1815, il s'embarqua à
Liverpool pour Boston. Compris comme son
frère dans l'article 2 de l'ordonnance du 12 jan-
vier 1816, il fut aussi condamné à mort par
contumace, le 21 août de la même annéje. En
1817, il épousa la nièce d'un riche négociant
français établi à Philadelphie, nommé Stephen
Girard. Il avait eu part au projet de créer une
colonie française aux États-Unis avec les ré-
fugiés ; il aida son frère à chercher un autre éta-
blissement que celui qui avait été offert par le
gouvernement américain , et signa la note adres-
sée au roi d'Espagne; mais il resta à la Nou-
velle-Orléans , et ne fit aucune visite au Champ
d'Asile. Plus tard il se retira à Borden-Town ,
près de Philadelphie, où il se livra à l'étude. Il fit
paraître à la Nouvelle-Orléans un Traité d'Ar-
tillerie, en 2 vol. in-4'', dont un de planches,
qui est estimé , mais dont on a peu d'exem-
plaires en France. Cet ouvrage a été traduit en
anglais par le professur Renwick. L. L — t.
Arnault, Jay, Jouy et Norvins, Biogr. nouv. des Con-
temp. — Qiiérard, La France Littéraire.
LALLEMAKD .( Claude-François ), médecin
français, né à Metz, le 26 janvier 1790, mort à
Marseille, le 25 août 1854. 11 se destinait à l'étude
des arts du dessin ; mais le vœu de ses pai'ents
lui fit embrasser la carrière médicale. Après
deux ans passés à l'armée d'Espagne, en qualité
d'aide major, il résolut de venir à Paris faire de
sérieuses études. Arrivé dans la capitale en 1811,
il fut nommé l'année suivante élève externe des
hôpitaux à la suite d'un concours dont il sortit
le premier. Élève interne à l'hôtel-Dieu , il fut
reçu en 1818 docteur à la suite'd'une thèse bril-
lante. En 1819 il fat nommé professeur de cli-
nique chirurgicale à la faculté de médecine de
Montpellier, chaire vacante par suite d'une émeute
d'étudiants, qui avaient entraîné leur professeur
Vigarous à siffler avec eux une pièce de théâtre
dont le préfet de l'Hérault était l'auteur. Lalle-
mand y professa d'une manière utile et produisit
des travaux remarquables. En 1823 ses opinions
politiques furent inculpées, et il fut destitué. On
lui reprochait notamment d'avoir donné trop de
soins à un colonel constitutionnel espagnol, pri-
.sonnier à Montpellier. Trois ans après, en 1826,
Lallemand fut réintégré dans sa chaire, qu'il con-
serva jusqu'en 1845. Élu alors, le 7 juillet, par
l'Académie des Sciences dans sa section de mé-
9 LALLEMAND —
decine et de chirurgie, à la place de Breschet, il
vint se fixer à Paris. Ibrahim-Pacha, fils du vice-
roi d'Egypte, l'ayant consulté, Lallemand attira
ce prince en Europe, l'accompagna en Italie, puis
en France, et jusqu'à Paris, où le roi Louis-
Philippe lui fit une grande réception. «Lallemand
avait fait faire à son malade, dit M. Isidore Bour-
don, une pause de plusieurs mois , et dans la
saison d'hiver, aux bains de Vernet , qu'on disait
être sa propriété, et le mieux passager qu'é-
prouva le prince en prenant ces eaux minérales,
dont il aspirait les chaudes exhalaisons , donna
aussitôt à rétablissement thermal une vogue et
une réputation qu'il n'avait jamais eues et qu'il
n'a pas conservées. « Ibrahim retomba malade
à son retour en Egypte. Lallemand se rendit au-
près de lui, et traita aussi le vieux Méhémet-Ali,
avec un succès qui ne se maintint pas. En 1851
il fit partie du jury international de l'exposition
universelle de Londres.
L'ouvrage du docteur Lallemand Sur l'Encé-
phale était devenu classique avant d'être ter-
miné. 11 fut traduit dans toutes les langues.
« Dans cet ouvrage, publié par livraisons et sous
la forme de lettres à l'instar de celui de Morgagni,
dont il suit heureusement les traces, M. Lalle-
mand rassemble, dit M. Boisseau , des faits tirés
soit de sa pratique, soit des auteurs qui ont
traité des affections encéphaliques ex professa
ou par occasion , soit enfin de la pratique de
quelques-uns de ses confrères qui les lui ont
communiqués. C'est sur cette base large et solide
qu'il établit des principes relatifs au diagnostic
et au traitement des maladies du cerveau et des
méninges ; déjà il a prouvé que le ramollissement
de la substance cérébrale n'est qu'un effet de
l'inflammation de cette substance , et il a signalé
avec une rare exactitude les signes auxquels on
peut reconnaître ce ramollissement avaat la
mort. Il s'est servi de ces données pour jeter
une vive lumière sur une foule de points relatifs
à diverses maladies qui jusque là n'avaient offert
aux observateurs les plus attentifs qu'un amas
confus de symptômes. » Les lettres sur l'encé-
phale attirèrent auprès de leur auteur une foule
de personnes atteintes de dérangements dans les
fonctions de ce viscère. Bientôt il reconnut que
ces dérangements étaient loin de tenir toujours
à une lésion réelle du cerveau ou de la moelle
épinière. Chez certains malades il voyait l'intel-
ligence, la mémoire, la sensibilité diminuer ou
se pervertir, les mouvements devenir difficiles
et incertains, les menaces d'apoplexie se mani-
fester, quoique les signes essentiels des affec-
tions cérébrales manquassent entièrement. Après
bien des recherches , il attribua ces perturbations
étranges à une seule cause : les pertes sémi-
nales involontaires et habituelles. « Lallemand
était un des meilleurs chirurgiens de Paris et
cependant un des moins occupés, dit M. Isi-
dore Bourdon. Bien que son élocution fût pé-
nible et d'une lenteur incomparable, sa con-
LALLEMANDET
10
versation ou plutôt ses monologues avaient un
charme singulier. Rarement conteur fut aussi
patiemment écouté et plus applaudi. « Il laissa à
l'Institut une somme de cinquante mille francs à
charge d'en employer le revenue l'encouragement
des sciences.
On a du docteur Lallemand : Propositions de
pathologie tendant à éclairer plusieurs points
dephysiolgïe ; Paris, 1818, in-4° : cette thèse re-
marquable a été réimprimée sous ce titre : Ob-
servations pathologiques propres à éclairer
plusieurs points de physiologie; Paris, 1824,
in-8° ; — Recherches anatomico-pathologiques
sur l'encéphale et ses dépendances , tome I"
(Lettres I à m); Paris, 1820-1824, 3 cahiers
in-8° ; tome II ( Lettres IV à V ) ; Paris, 1830, 2
cahiers in-8">; Paris, 1834-1836, 3 vol. in-8°;
— Observations sur les maladies des organes
génito-urinain s ; Paris, 1824-1826, 2 parties
in-8° ; — Pièces relatives à la stispension de
M. Lallemand, professeur à la faculté de
médecine de Montpellier, dans ses fonctions
de chirurgien en chef de l'hôpital Saint-Éloi;
Metz, 1824, in-8° ; — Observations sur une tu-
meur anévrismale accompagnée d'une cir-
constance insolite, suivie d'observations et de
réflexions sur des tumeurs sanguines d'un
caractère ég'MîVog'Me, par Breschet; Paris, 1827,
in-4'=; — Des pertes séminales involontaires;
Paris, 1835-1842, 3 vol. in-8°, en 5 parties; —
Observations sur Vorigine et le mode de dé-
veloppement des zoospermes; Paris, 1841 ; —
Clinique médico-chirurgicale, r%ç,yiG\\\\^ et ré-
digi'e par H. Kaula ; 1845, 2 parties in-8°; —
Éducation publique, première partie; Paris,
1848, in-12. Ce travail, relatif à l'éducation phy-
sique , a paru d'abord dans la Revue indépen-
dante. Le docteur Lallemand a revu la 3* édi-
tion du Manuel d'Obstétrique de Dugès. Il a
donné des articles au Dictionnaire de Méde-
cine et de Chirurgie pratiques et à divers jour-
naux de médecine. Parfois il consigna d'impor-
tantes découvertes dans des articles fugitifs;
c'est ainsi qu'il indiqua un moyen de guérir les
fistules vésico-vaginales , jusque alors regardées
comme incurables, et plusieurs autres procédés
chirurgicaux précieux. Enfin, il a publié avec
M. A. Pappas : Aphorismes d'Hippocrate , tra-
duits en français avec le texte en regard et des
notes. L. L — t.
F.-G. Boisseau, dans la Biogr. Médicale. — Isld. Bour-
don, dans le Dtct. de la Conversation. — Querard, La
France Littéraire. — Bourquelot et Maury, La Littér.
Franc, contemp.
LALLEMANDET (/eaw), canoniste français,
né à Besançon, en 1595, mort à Prague, le 10 no-
vembre 1647. 11 entra dans l'ordre des Minimes,
et passa en Allt.nagne, où il professa la philoso-
phie et la théologie. En 1641 il fut élu provincial
pour la haute Allemagne, la Bohême et la Mo-
ravie. On a de lui : Decisiones Philosophicse,
tribus partibus comprehensœ ; Mimich, 1645
et 1646, in-fol.; réimprimé sous le titre de ;
11 L ALLEMAND ET
Ctirsus philosophicus ; Lyon, 1656, in-foJ.;
J'auteur s'y montre partisan des nominaux-
néanmoins, son ouvrage eut jadis une urande
célébrité en Allemagne;— Cwr^rw Thcologku»,
in quo discursis hinc inde thomistarum et
scoHstarum prxnpuis fundamentis, decisiva
sententia pronuncintur ; Lyon, 1656, in-fol.-
ouvrage posttiumo pnhlié par le P. d'Orchamps,'
général des minimes; — De Eucharïstln]
resté manuscrit; — Elucidationes in Imtilii-
tlonesJuris civilis , id. ; — Institutum Juris
(fanonici, id. A. L.
Vogt, Catalogus historico-criticus. - Brticker His-
toria n-iticu Philosopàùe ,■ Leipzig , i74i , s vol. '
I.ALI.EMAIKT {Pierre), écrivain mystique
fraaçais, né en 1622, à Reims, mort le 18 février
1673, à Paris. II vint achever son ('ducalicn à
Paris, prit le grade de baciielier en théologie, et
professa quelque temps la rhétorique au collège
du cardinal Lemoine. « Sa méthode, dit un de
ses biographes, était d'exercer ses écoliers et de
s'exercer lui-même à parler sur-le-champ et à écrire
sur toutes sortes de sujets : aussi fit-ii d'excellents
disciples et se rendit-il un trè.s-grand maître
dans l'art de ia parole. ■■> En plusieurs circons-
tances il fut chargé de prononcer des sermons, des
oraisons funèbres et des harangues ; il .s'acquitta
de ce soin avec faut de talent que l'université
de Paris lui offrit l'emploi de recteur. Pendant
les trois années qu'il l'occupa, il n'y eut qu'une
voix sur son compte : le parlement et la cour,
devant lesquels il eut occasion de déployer les
ressources de son éloquence, ne tarissaient pas
d'éloges. Pourtant on le vit subitement renoncer
à une position si avantageuse pour se retirer à
Saint- Vincent deSenhs, maison. qui appartenait
à la congrégation de Sainte-Geneviève , et s'y
livrer aux pratiques d'une piété fervente ainsi
qu'aux œuvres de charité. La dignité de chan-
celier de l'université étant devenue vacante par
la mort du P. Fronteau ( 1662), LaiJemant , après
quelque résistance, s'en laissa revêtir, et porta
dans le maniement des affaires ou la décision
des contestations qui lui furent soumises une
habileté et un tact exquis. Le roi et le pape lui
conaèrent plusieurs fois le soin de mettre la
paix dans les maisons religieuses ou d'y rétablir
la discipline. Vers la fin de sa vie, il fit nommer le
P. Retelet pour son successeur, et ne songea plus
qu'à se préparer à la mort. On a delui : Éloge du
P. Fronteau; — Le Testament spirituel; Pa-
ns, 1672, in-12 ; — La Mort des Justes ; Paris,
1672, in-12 ; — Les saints Désirs de la mort';
Paris, 1673, in-12. Ces trois derniers traités'
plusieurs fois réimprimés, ont été réunis sous lé
titre : Les saints Désirs de la Mort, ou recueil
de quelques peyisées des Pères de V Église •
Pans , 1754, in-12 ; — Éloge funèbre de Pom-
ponne de Bellièvre, in-4''. Le P. Sanlecque a
composé sur la mort de P. LaUemant un poëme
latin : In obitum Lallemanni Carmen. K
Grosipy, 'ip/iemérides- mnnt. Hist. de Reims -
nommes illustres du dix-septième siècle.
— LALLEMANT 33
LALLEMANT (Jacques- Philippe) , auteur
ascétique français, né vers 1660, à Saint- Va-
lery-sur-Somme, mort en 1748, à Paris. Élève
des jésuites , il devint pyieur de Sainte-Gene-
viève, et mourut dans un âge très-avancé. Dé-
voué au P. Tellier, il défendit à plusieurs re-
prises les décisions de l'Église dans la question
du jansénisme. On a de lui : Enchiridion
Christianum; Paris, 1692, in-12; — Journal
historique des Assemblées tenues en Sorbonne
pour condamner les Mémoires delà Chine;
ibid., 1700 et 1701, in-8», rédigé en faveur du
P. Le Comte , qui dans ces Mémoires avait fait
un grand éloge de l'esprit religieux et de la mo-
rale des Chinois; l'ouvrage fut dénoncé à la Sor-
bonne, où se tinrent à ce sujet des débats fort
animés, et la cour de Rome envoya même des
députés en Chine pour vérifier les assertions
du missionnaire ; — Le P. Quesnel séditieux
dans ses Réflexions sur le Nouveau Testa-
ment; (Bruxelles) 1704, in-12; — Jansenius
condamné par V Église, par lui-même et ses
défenseurs, et par saint Augustin ;V,T{i\t\\e?,,
1705, in-12; — Le véritable Esprit des nou-
veaux Di.mples de saint Augustin, lettres
d'un licencié de Sorbonne à un vicaire gé-
néral d'un diocèse des Pays-Bas; Bruxelles
1706 et ann. suiv., 4 vol. in-12: ouvrage re-
marquable, qui ne manque ni d'intérêt ni de sel ;
les jansénistes attribuent encore au P. Lallemant
divers opuscules critiques qui ont paru sous le
voile de l'anonyme; —Le Sens propre et lit-
téral des Psaumes ; Paris, 1707, in-12 ; 1 2"" édit.
1772; réimpr.. depuis 1808 sous le titre : Les
Psaumes de David, en latin et en français
et annoncé par l'auteur comme ayant été com-
posé en 1700; —Histoire des contestations sur
la Diplomatique du P. Mabillon ; Paris, 1708,
in-12 ;Naples, 1767, in-S": attribuée quelquefois
à l'abbé Raguet; — Réflexions morales, avec
des notes sur le Nouveau Testament , trad. en
français, et la concordance des évangélistes •
Paris, 1713-1714, 11 vol. in-12; Liège, 1793'
12 vol. in-12 ; Lille, 1839, 5 vol. in-8° ; la tra-
duction du Nouveau Testament est celle du
P. Bouhours, les notes sont du P. Languedoc;
l'auteur eut le dessein, en donnant ces Réflexions,
de les opposer à celles du P. Quesnel, et il les
fit précéder de l'approbation de Fénelon et de
vingt-trois autres évêques ; — Nouvelle Inter-
prétation des Psaumes de David, avec le
texte latin et des réflexions courtes et tou-
chantes (anonyme); Paris, 1717, in-12; —Ze,s
saints Désirs de la Mort, ou recueil de
quelques pensées des Pères de l'Église pour
montrer comment les chrétiens doivent mé-
priser la vie et souhaiter la mort ; Lyon ,
nouv. édit., 1826, in-18; — Entretiens de la
comtesse, de la prieure, du commandeur,
d'un évéqae, etc., au sujet des affaires pré-
sentes par rapport à la religion (Avignon),
1736-1741 9 vol. in-12 etc. traduction de 1'/-
13
LA.LLEMANT — TALLI
milation de Jésus-Christ ; Paris, 1740, in-12 :
travail estimé dont il s'est fait plus de quinze
éditioiis. Le P. Lallemand a révisé les Mémoires
Chronologiques et Dogmatiques du P. d'Avri-
gny, et il y a lieu de croire qu'il n'est pas resté
étranger à la rédaction du Supplément aux
JSouvelles ecclésiastiques, que les Jésuites
firent paraître de 1734 à 1748.
Un autre jésuite du même nom, Louis Lalle-
MANT, né en 1578, à Chàlons-sur-Marne, mort en
1635, à Bourges, est auteur d'une Doctrine
spirituelle, recueillie d'abord sous le titre de
Maximes. Sa Vie a été publiée par le P. Cham-
pion ; Paris, 1694, in-12. Paul Lodisy.
Dcsessarts, Siècles Littéraires. — Feiler, Dictionn.
Historique. — Richard et Giraaû,BibUotli. Sacrée, XIV.
— Journal des Savants, 1695 et 1736. — La France Lit-
téruirc.
I.ALLEMANT (Rjc/ïarrf CoNTERw), Célèbre
iin{>rimeur français, né le 2 mars 1726, à Rouen,
où il mourut, le 3 avril 1807. 11 fut ap|>elé plu-
sieurs l'ois aux fonctions de juge-syndic du com-
merce, fut nommé échevin, puis maire de la ville,
et reçut des lettres de noblesse du roiLouisXV.
Outre i>lusieurs bonnes éditions de classiques ,
il publia : Le petit Apparat royal, ou nouveau
Dictionnaire Français-Latin , nouvelle édi-
tion, etc., 1760. Cette édition a servi de base à
celles qui ont paru sous le titre de : Diction-
naire universel Français-Latin, qui fut corrigé
et augmenté depuis par Boinvilliers. Richard
Laileraand a publié aussi , avec ses frères ,
une Bibliothèque historique et critique des
Théreuticographes (ou auteurs qui ont écrit sur
la chasse) ; Rouen, 1763, in-8°; livre qui offre
une excellente analyse de tous les livres qui ont
paru sur cette matière. 11 a été réimprimé
dans V École de la Chasse de Leverrier de La
Conterie. G. de F.
Précis des Travaux de l'Acad. de Rouen, ann. 1811.
LALLEM ANT (A'icoZfls CoNTEEAY DE ), ma-
thématicien français, frère du précédent, né le
26 avril 1739, à Renwez (Ardennes), mort le
12 septembre 1829 (l), à Paris. Après avoir été
pendant quelque temps l'associé de son frère pour
la librairie, il acquit assez de réputation par ses
talents pour que Louis XV loi envoyât des let-
tres de noblesse. En 1764, il succéda à l'abbé
Jurain dans la chaire de mathématiques de
Reims, qu'il occupa pendant trente-deux ans.
Il fut également examinateur pour l'admission
dans le génie, l'artillerie et les ponts et chaus-
sées, et fit partie de l'Institut à titre de corres-
pondant. 11 aida beaucoup son frère dans la
composition du Dictionnaire universel fran-
çais-latin; Paris, 4= édit., 1823, in-S"; —
et de la Bibliothèque historique et critique
des Théreuticographes ; Rouen, 1763, in-8°.
P. L— Y.
(1) Ou le 11 octobre de la même année, d'après la
Biographie Ardcnnaise. C'est par erreur que la Biogra-
phie des Contemporains tic Rabbe le fait mourir en
1807.
i4
■ Rabbe, Biog.
Boulliot, Biographie Jrdennaise, t. II.
univ. des Contemporains.
LALLEMENT (Guillaume), littérateur et
journaliste français, né le 25 décembre 1782, à
Metz , mort à la fin de 1829, à Paris. 11 vint à
Paris sous la Révolution , suppléa par la lecture
à l'imperfection de ses études, remplit tour à
tour dans une imprimerie les fonctions de prote
et de correcteur. Devenu secrétaire de Félix Le-
pelletier, il se mit en relations avec plusieurs
gens de lettres connus, et eut, dit-on, une part
considérable, mais secrète, à leurs travaux. Sous
l'empire, il signa de son nom plusieurs pièces
de poésies en l'honneur de Napoléon, marquées
au coin du plus ardent enthousiasme. En 1815
il se jeta dans les rangs de l'opposition et se fit
journaliste ; après avoir travaillé à L' Aristarque,
il fut obligé, en 1816, de se réfugier eu Belgique,
où, en compagnie d'autres réfugiés français, il
fonda le Journal de la Flandre orientale et
occidentale, qui s'imprimait à Gand. Compro-
mis par la violence de ses articles satiriques
contre les Courbons, il dut quitter le pays et
passer à Aix-la-Chapelle; le gouvernement
prussien lui ayant interdit le séjour de la Prusse
rhénane , il revint , sous un déguisement , en
Belgique, rédigea la Gazette de Liège, et colla-
bora au Vrai Libéral de Bruxelles. Deux ans
après, il fut expulsé de nouveau et ramené jus-
qu'à la frontière de France entre deux gendar-
mes. Depuis cette époque, sans renoncer com-
plètement à la presse politique, il contribua
d'une manière plus active à la rédaction des
journaux littéraires, tels queZe Feuilleton litté-
raire (1824), Xe Diable boiteux, Le Fron-
deur, etc. On a de lui : Le Secrétaire royal
parisien , ou tableau indicatif de tout ce qui
dans Paris peut intéresser, etc. ; Paris, 1814,
in-12; — De la véritable Légitimité des Sou-
verains, de l'Élévation et de la Chute des Dy-
nasties en France; Mo., 1815, in-8°: brochure
napoléonienne; — Le petit Roman d'une
grande Histoire, ou vingt ans d'une plume;
ibid,, 1818, fn-8°; — Choix des rapports,
opinions et discours prononcés à la tribune
nationale depuis 1789, recueillis dans un
ordre histoi'iqzie ; ibid:, 1818-1823, 22 vol.
in-8°, recueil rédigé dans un esprit libéral ; —
Histoire de la Colombie ; MA., 1826, in-8° ;
1827, in-32 : qui est, dit-on, le premier travail
de ce genre dont cette république ait été l'objet
en France. Lallemenl a encore rédigé la Table
de l'Histoire de /*>'awce de l'abbé Montgaillard.
Son fils aîné, Lallement ( Félix ), né à Paris.
le 30 mars 1805, a travaillé à plusieurs journaux
scientifiques et littéraires ; il est auteur, avec
Maitebrun, du Dictionnaire géographique por-
tatif; Paris, 1827, 2 vol. in-16. Paul Louisy.
Rabbe, Biog. univ. et portât, des Contemporains. —
Bégin, Biog. de la Moselle , t. IV. — Quérard, La
France Littéraire.
LALiii ( Jean-Baptiste), poëte et juriscon-
sulte itahen , né à Norsia , ville de l'Ombrie, le
15
LALLY
t6
1" juillet 1572, mort le 3 février 1637. A
l'âge de quinze ans, il composa un poërne italien
sur la Vie de saint Eustache. Plus tard quel-
ques vers latins sur la mort d'Alexandre Farnèse
lui valurent une pension de cent ducats; il s'en
servit pour étudier le droit à Pérouse. Reçu
docteur en 1558, il fut nommé la même année
gouverneur de Tessenano, et devint podestat de
Foligno ; il quitta ses fonctions publiques à cause
de l'affaiblissement de son ouïe. Il employa dès
lors sa retraite à composer plusieurs poèmes,
qui lui ont assigné un rang distingué dans la littéra-
ture italienne. C'est surtout dans le genre badin et
burlesque que Lalli a excellé. On a de lui : Con-
clusiones in utroque jure; Pérouse, 1598; —
La Moscheide, overo Domiziano Moschicidc ;
Vicenze, 1619; Venise, 1624; Milan, 162G ;
Bracciano, 1640, in- 12 : récit très-amusant de
la guerre de l'empereur Domitien contre Raspon,
le roi des mouches; — Montant Secessus pe-
rigraphi; Foligno, 1624, in-4°; — La Fran-
ceide,overo del Mal Francese,poema giocoso ;
Venise, 1629, )n-12; Foligno, 1629; «l'auteur,
dit Nicéron, a su traiter ce sujet délicat d'une
manière modeste; « — Il Tito, overo la Gierusa-
lemme desolata , poema heroico ; Venise ,
1629 ; Foligno, 1635, mAl; — Opère poetiche,
cioè la Franceide , la Moscheide , Gerusa-
lemme desolata, rime giocose, rime del Pe-
trarca in stil burlesco ; Milan, 1630, in-12 ; —
L'Enéide travestita; Rome, 1633 et Venise,
1635, in-12 ; dans cette parodie Lalli a su éviter
la bouffonnerie, souvent répugnante, dans la-
quelle Scarron est tombé ; — Rime sacre ; Fo-
ligno, 1637; — Egloghe et ultime poésie,
premer titre suivi de ce second : Poésie nuova ,
volume postumo , cioè : L' Egloghe di Vir-
gilio tradotte ; Epistole giocose; Rime del Pe-
trarca trasformate ; Sonnetti gravi e Cen-
tone ; La Vita dell' autore; Rome, 1638, in-12 ;
recueil publié par le fils de Lalli, Jean Lalli, qui
y a inséré plusieurs pièces de poésie. Enfin,
Lalli a aussi publié, au dire de Jacobilli, un ou-
vrage de droit intitulé : Viridarium practica-
bilium materiarum in utroque jure , or-
dine alphabetico concinuatum. E. G.
Fita di Lalli (à la fio des Poésie nuove de Lalli). —
Rossl, Pinacotheca, pars I. — Glorie de gli incogniti di
fenetia ; Venise, 1647, in-i", p. 222. — L. Jacobilli,
Dibl. Umbrix. — Nicéron, Mémoires, t. XXXIII. — Ti-
raboschi, Storia delta Letter. Ital., t. VIII.
LALLY ( Thomas- Arthur, baron de Tollen-
DAL, comte DE ) , lieutenant général et gouver-
neur des Indes françaises , né à Romans ( Dau-
phiné), en janvier 1702, décapité à Paris, le
9 mai 1766. Sa famille était une des plus nobles
d'Irlande; ses ancêtres jusqu'en 1541 portèrent
le titre de chieftain ; ils émigrèrent à la suite des
Stuarts. Son père, sir Gérard Lally, commandait
le régiment irlandais au service de France dont
son oncle , le général Dillon ( voy. ce nom ), était
propriétaire. L'éducation du jeune Lally fut es-
sentiellement militaire; pendant le temps de ses
vacances, il rejoignait son père aux armées ; dès
l'âge de huit ans il assistait avec lui au siège de
Girone, et à douze ans il montait, comme capi-
taine, sa première garde de tranchée devant Bar-
celone. Cependant la mort du régent, son pro-
tecteur, ralentit un peu son avancement , et
en 1732 il n'était encore qu'aide major. Sa bril-
lante conduite au siège de Kehl (1733), et àcelui
de Philisbourg , où il sauva la vie à sou père, lui
valut le grade de major. La guerre terminée,
Lally, qui souffrait impatiemment l'oisiveté, rêva
le rétablissement de Jacques III sur le trône
anglais. Après avoir été en Angleterre nouer
des relations favorables à son projet, il voulut
intéresser les cours du Nord à la restauration
des Stuarts, sous le prétexte d'aller servir dans
l'armée russe, que commandait alors son oncle, le
général Lascy. Il se disposait à partir lorsque le
cardinal de Fleury le chargea d'une mission
secrète pour l'impératrice de Russie. Il fut
fort bien accueilli à Saint-Pétersbourg, mais
ne tarda pas à se convaincre que la cour mos-
covite était peu disposée à appuyer Jacques III,
et même à s'allier intimement avec la France. Ce
mauvais résultat fut peut-être dû à l'indécision
habituelle du cai-dinal,qui laissait son agent sans
instnictions précises. D'un caractère bouillant
et incapable de rester dans une fausse position ,
Lally quitta brusquement Saint-Pétersbourg, et
vint reprocher au ministre français son silence
compromettant. « J'ai cru entrer en Russie
comme un lion , lui dit-il , et grâce à vous je me
regarde heureux d'en être sorti comme un re-
nard. » Fleury, déconcerté , s'excusa de son
mieux, promit d'examiner deux mémoires que
lui avait remis Lally sur la question de l'union
des deux plus grandes puissances européennes ;
mais il mourut avant d'avoir rendu une réponse.
En 1741, les hostilités éclatèrent de nouveau :
Lally déploya tant d'habileté dans la campagne
de Flandre que le maréchal de Noailles le de-
manda pour aide major général. Ce fut en cette
qualité qu'il prit une part active à la bataille de
Dettingen, aux sièges de Menin, d'Ypres et de
Furnes. En 1744 on créa pour lui et sous son
nom un nouveau régiment irlandais. En quatre
mois Lally l'organisa si bien qu'on lui dut la prise
de Tournai. A Fontenoy, de l'aveu du maréchal
de Saxe , la brigade irlandaise décida de la vic-
toire en dispersant à la baïonnette la terrible
colonne anglaise qu'avaient ouverte l'artillerie du
duc de Richelieu et la cavalerie de la maison du
roi. Louis XV nomma Lally brigadier sur le
champ de bataille.
Charles-Edouard venait de débarquer en
Ecosse (1745); il y rassembla rapidement une
armée de montagnards, et fit proclamer son père
roi et lui-même régent. Lally proposa au ca-
binet de Versailles d'envoyer dix mille Français
en Ecosse pour soutenir les Stuarts. Ce projet
fut accueilli , mais i>oint exécuté. Le duc de
Richelieu fut nommé commandant en chef de
17
l'expédition et Lally maréchal général des logis
de l'armée. U prit les devants avec quelques
volontaires, aborda en Ecosse, où il joignit aus-
sitôt Charles-Edouard. Il servit d'aide de camp
à ce prince à la bataille de Falkirk. Puis il se
rendit à Londres, passa en Irlandre, et revint à
Londres, où sa tête était mise à prix. Mais, dé-
guisé en matelot, il s'échappa parmi des contre-
bandiers , et se fit débarquer à Dunkerque.
La journée de Culloden avait ruiné les espé-
rances des jacobites ; Lally rentra dès lors dans
les rangs de l'armée française. En 1747 on le
retrouve auv premiers rangs dans Anvers et à la
bataille de Lawfeldt. A Berg-op-Zoora il faillit
être englouti par l'explosion d'une mine et fut
pris dans une embuscade. Échangé quelque
temps après , il fut encore blessé à la prise de
Maëstricht; cela lui valut le grade de maréchal
de camp.
En 1755, les Anglais prirent, sans déclaration
de guerre, deux bâtiments français dans les
eaux de Terre-Neuve. Malgré sa longanimité, le
cabinet de Versailles s'émut de cette violation
du droit commun; il appela dans ses délibé-
rations Lally, qui proposa ou de reconduire
Charles-Edouard en Angleterre avec une armée
et une flotte convenables, qu'il se chargeait d'u-
tiliser glorieusement, ou d'attaquer les Anglais
dans l'Inde, ou bien encore de leur enlever leurs
colonies d'Amérique; « mais, ajoutait-il , il faut
penser vite et agir de même ». Les ministres
français se décidèrent pour la voie des négocia-
tions. Pendant qu'on négociait, l'Angleterre con-
tinuait les hostilités, et la France, au boui d'une
année, alors même que les hostilités n'étaient pas
déclarées, avait déjà vu son commerce ruiné, deux
cent cinquante de ses navires pris, coulés ou brû-
lés, et quatre mille de ses marins tués ou jetés
sur d'infects pontons. Alors on se décida à en-
voyer une expédition dans l'Inde, et Lally fut
nommé lieutenant général, grand'croix de Saint-
Louis, commissaire du roi, syndic de la Compa-
gnie des Indes, et commandant général de tous
les établissements français dans l'Asie orientale.
Le comte d'Argenson s'opposa fortement à ce
choix, non pas qu'il doutât de la capacité de Lally,
dont il était l'ami , mais il redoutait les effets
d'un caractère droit et rigide, violent et emporté,
inilexible dans la discipline, surtout en présence
des abus de toutes natures , des dilapidations
et de l'insubordination qui régnaient dans les
comptoirs de l'Inde.
Lally partit de Lorient le 2 mai 1757, sur
l'escadre de d'Aché , forte de quatre vaisseaux
de ligne ; il emmenait avec lui environ quatre
mille hommes de troupes et quatre millions.
Grillon , Conflans , d'Estaing , La Fare, La Tour-
du-Pin , Montmorency formaient son état-major.
Après une pénible traversée , il débarqua enfin
à Pondichéry, le 28 avril 1758. A son arri-
vée , il apprit que les Anglais venaient de nous
chasser de Mahé et de Chandernagor. Sans
LALLY 18
perdre un instant, il marche sur Gondeloui-, qui
se rend aprè« une faible résistance, et le 2 juin
suivant, après dix-sept jours de tranchée, le fort
Saint-David, que défendaient cent quatre-vingt-
quatorze bouches à feu, subit le même sort. « La
réussite seule de l'entreprise a pu en apprendre
la possibilité », écrivait alors le comte d'Estaing.
Après avoir donné Fordre de raser cette place,
Lally marcha sur Devicottah, qui ouvrit ses
portes. Des quatre forts qui couvraient la na-
badie d'Arcote (Karnalic ), deux furent emportés
d'assaut , et les quatre autres capitulèrent. Au
bout de trente-huit jours seulement, il n'y avait
plus d'Anglais dans tout le sud de la côte de
Coromandel. C'était là un éclatant début, et
Lally , qui écrivait alors aux commandants des
troupes françaises : «Toute ma politique est dans
ces quatre mots : plus d'Anglais dans l'Inde! »
pouvait espérer de réaliser son projet. Lally se
préparait à attaquer Madras , siège de la puis-
sance britannique; le chef d'escadre d'Aché lui
déclara qu'il ne voulait pas l'aider dans cette
entreprise. De son côté, le gouverneur de Pon-
dichéry lui annonça que dans quinze jours il
ne pourrait plus nourrir ni solder l'armée fran-
çaise, mais que le rajah de Tanjaour devait treize
millions à la Compagnie, et qu'il ne tenait qu'au
général d'en accélérer le recouvrement. La dette
étant niée par le rajah; Lally marcha contre lui,
et chemin faisant il pilla une place qui appartenait
aux Anglais ; c'était le seul moyen de faire vivre
ses troupes. Arrivé devant Tanjaour, il prit la
ville, et reçût seulement deux lacs de roupies
(500,000 francs) du rajah. Durant cette expé-
dition, qui fut plus tard un des chefs de l'accu-
sation dirigée contre Lally (1), l'armée d'Orixa,
victorieuse jusque alors sous les ordres de Bussy,
était mise en déroute par des forces inférieuses.
Les Anglais prirent Masulipatnam, et expulsèrent
les Français du nord de l'Inde. Pondichéry fut
même menacé. Lally se porta à la défense de cette
ville ; mais sa retraite fut difficile, poursuivi qu'il
était par quinze mille indigènes commandés par
des officiers anglais. Continuellement en butte à
des tentatives d'assassinat, il faillit être massacré
par une bande d'Hindous qui faisaient la guerre
sacrée : surpris par eux et blessé dans sa
tente , il ne dut la vie qu'à son courage et au
dévouement d'un de ses gardes. Enfin il revint à
(1) Lally écriTalt alors au gouverneur de Pondichéry :
« La rapine et le désordre m'ont suivi depuis Pondi-
chéry, et m'y ramèneront. II faut que tout ceci change
ou que la Compagnie culbute. » Sa commission portait
au surplus l'injonction « de se faire rendre compte de
l'administration; de corriger le despotisme du gouver-
neur ; de remonter jusqu'à l'origine, et de couper jus-
qu à la racine des abus: de faire poursuivre à la re-
quête du procureur général tout employé qui auroit
quelque intérêt dans les intérêts de la Compagnie, etc. »
« Il n'en fallait pas davantage pour le rendre en hor-
reur, comme il le disait lui-même, à tous les gens du
pays. i> — a Elit-il été le plus doux des' hommes, écrivit
Voltaire, dans de semblables conditions, il eût été
haï. «
19
LAÏ.LY
20
Pondichéry, en écarta les ennemis, et reprit son
projet (le ruiner les Anglais dans Madras même
et malgré la défection de d'Aché, qui était allé
inouiller à l'Ile de France, dont il ne revint plus.
La caisse de la Compagnie ne pouvait subve-
nir aux dépenses. Lai! y prêta de ses deniers
156,000 francs. Apprenant que la flotte anglaise
toit partie pour Bombay, Lally se mit en cam-
pagne, et s'empara d'Arcote. Là il fut rejoint par
Bussy, qui commandait dans le Dekkan. Dès ce
moment deux partis se formèrent : l'un des
troupes royales, qui appuyèrent Lally, l'autre
des troupes de la Compagnie, qui ne voulaient
marcher que sous Bussy, et ce lieutenant -co-
lonel, quoique créé brigadier par Lally, refusa
plusieurs fois d'obéir à son chef. Enfin, le 14 dé-
cembre 1758, les Français se présentèrent de-
vant Madras, et occupèrent presque sans coup
férir la ville noire. Les ennemis s'étaient retirés
dans le fort Saint-Georges. Les troupes de Lally,
la plupart indigènes, se débandèrent aussitôt
pour se livrer au pillage. Le commandant an-
glais profita de ce désordre pour exécuter une
sortie. D'Estaing fut fait prisonnier, et les Fran-
çais ployaient lorsque leur général vint les ra-
mener au combat, « et, dit M. de Norvins, sans
Bussy, qui refusa de marcher, la garnison an-
glaise était coupée du fort, oii elle ne rentra que
mutilée. » Malgré cet incident, la tranchée s'ou-
vrit devant Saint-Georges ; mais l'attaque fut mal
conduite. Harcelée continuellement sur ses der-
rières , l'armée française manquait de tout ;
enfin, après quarante-six jours de siège et au
moment oii tout était disposé pour l'assaut, une
flotte anglaise, que d'Aché avait laissée passer,
entra dans le port de Madras, et força Lally à re-
noncer à sd proie et à se replier sur Pondi-
chéry, où la disette elle manque d'argent occa-
sionnèrent une nouvelle révolte (i)- Le conseil
de la Compagnie dut porter sa vaisselle à la
monnaie, etLally épuisa ses dernières ressources
financières. 11 profita du rétablissement de
l'ordre pour prendre Seringham. Ce fut son der-
nier succès : les Anglais le battirent complète-
ment sous les murs de Vandarachi ( 22 janvier
1760). Bussy, blessé, resta au pouvoir de l'en-
nemi, qui vint, le 18 mars 1760, bloquer Pondi-
chéry par mer et par terre.
Après avoir tenu en échec pendant dix mois
des forces vingt fois plus nombreuses que les
siennes, débordé par l'anarchie, haï de chacun,
malade, menacé par le fer et le poison, trahi
de tous côtés, n'ayant plus que quatre onces
de riz par jour à faire distribuer à sept cents sol-
dats exténués, le 14 janvier 1761 il consentit seu-
lement, sur la sommation du conseil de la Com-
pagnie, à capituler ; mais le général anglais Coote
exigea une reddition à discrétion. Le 16 Lally,
prisonnier de guerre, fut embarqué pour l'Angle-
terre, à bord (l'un navire hollandais. Arrivé à
(1) C'était la ilixlùme pour le même motif.
Londres, il apprit que toutes les haines que sofn
administration avait soulevées fermentaient à
Paris; sa sévérité, sa loyauté lui avaient fait
peu d'amis. Plus jaloux de son honneur que dé
sa sûreté, il quitte Londres sur parole, et ac-
court à Fontainebleau, où était la cour, « ap-
portant, dit-il, satêteetson innocence ». Vaine-
ment d'Aché et de Bussy lui parlent d'accommo-
dement, vainement le duc de Choiseul lui con-
seille de fuir, Lally demeure inébranlable dans sa
volonté « d'avoir justice de ses accusateurs », et
va le 5 novembre se constituer prisonnier à la
Bastille. C'était une grave imprudence; car le
duc de Choiseul, alors premier ministre, avait
épousé une parente de Bussy, et Bussy avait dit ;■
« qu'il fallait que- la tête de Lally tombât ou la
siemie ». Et sa fatale influence se fit sentir dan*
tout le cours de ce procès ou plutôt de cette
lutte ~ mortelle dans laquelle la justice ne se
montra que de nom. Sur l'ordre du parlement
la procédure fut commencée au Chàtelet, le
6 juillet 1763. En janvier 1764, Louis XV ren-
voya, par lettres patentes, à la grand'chambre
assemblée du parlement de Paris la connais-
sance de tous les délits qui auraient été com-
mis aux Indes orientales. On admit contre
Lally les témoignages les plus suspects. Il
compta parmi ses accusateurs quelques mar-
chands de l'Inde, le supérieur des jésuites de
Pondichéry, et jusqu'à ses propres valets. Trois
fois il sollicita un avocat : ce droit lui fut refusé.
Après deux ans de débats à huis clos, on fit
enfin le rapport. L'accusé demanda huit jours pour
produire sa défense; sa requête fut rejetée. Le
président Maupeou, prié de ralentir les séances,
répondit : « Si je pouvais les doubler, je les dou-
blerais! » Malgré les protestations de l'accusé,
les nombreuses pièces qu'il demandait à pro-
duire pour établir son innocence , et le rapport
du 30 avril 1766, qui mit Lally hors de cause
pour la partie civile, malgré l'éloquence de l'a-
vocat général Seguier, le procureur généi-al dé-
posa le 3 mai des conclusions tendant à la peine
de moit. En vain ce magistrat reçut une nou-
velle requête de Lally accompagnée de pièces
importantes ; sans même ouvrir le paquet , il
écrivit au bas de ses conclusions : « Vu les piè-
ces... Je persiste. »
Le 5 mai 1766 Lally fut amené sur la sellette,
et on procéda contre lui à un interrogatoire il-
lusoire. Il découvrit sa poitrine, et s'écria mon-
trant ses cicatrices et ses cheveux blancs:
« Voilà donc la récompense de cinquante-cinq
ans de services ». Le lendemain il fut « déclaré
dûment atteint et convaincu d'avoir trahi les in-
térêts du roi et de la Compagnie des Indes,
d'abus d'autorité et d'exactions envers les sujets
du roi et étrangers, et condamné à avoir la tête
tranchée et ses biens confisqués ». Le comte
d'Aché et plusieurs autres personnages fortement
compromis dans le cours du procès furent mis
hors de cause. Un de ses juges, Pellot pensait
21
pourtant que « si de Lally ne devait pas être
absous de toutes les accusations intentées contre
lui, du moins il ne méritait pas la peine capi-
tale ». On obtint du premier président un sursis
de trois jours; le duc de Choiseul et le maré-
clial de Soubise demandèrent sa grâce au nom
de l'armée; Louis XV répondit au duc :
« C'est vous qui l'avez fait arrêter, il est trop
tard : il est jugé». Lally fut conduit dans une
chapelle, oii le greffier lui lut son arrêt. Lorsque
te condamné entendit ces mots : « avoir trahi
les intérêts du roi ». — « Cela n'est pas vrai ! ja-
mais ! jamais ! » s'écria-t-il et tirant un compas
caché sous son habit, il s'enfonça le fer dans la
poitrine. La blessure, quoique grave, ne fut pas
mortelle, et ses ennemis, craignant de voir
échapper leur Tictime à la honte de l'échafaud,
firent avancer de six heures son exécution.
Aubry, curé de Saint-Louis, son confesseur,
s'efforça de calmer Lally, et lui promit qu'il
sortirait de la Conciergerie dans son carrosse et
suivi seulement d'un corbillard. Le bourreau
vint ensuite , par ordre, mettre un bâillon au
malheureux général, qui quelques instants plus
tard était jeté dans un ignoble tombereau: « J'é-
tais payé, murmura -t-il sous son bâillon, pour
m'attendre à tout de la part des hommes ; vous
aussi , monsieur le curé, vous m'avez trompé !
— Ah , monsieur ! répondit l'abbé Aubry, dites
qu'on nous a trompés tous les deux ». Sur l'é-
chafaud, Lally dit aux commissaires du parie-
ment : « Répétez à mes juges que Dieu m'a fait
la grâce de leur pardonner. Si je les revoyais , je
n'en aurais peut-être plus le courage». L'abbé
Aubry écrivit aux amis de Lally. « Il s'était
frappé en héros , il est mort en chrétien » . Sept
mois après, Louis XV disait au duc de Noailles :
« Ils l'ont massacré! » et:iquatre ans plus tard,
au chancelier Maupeou : « Ce sera vous qui en
répondrez, et non pas moi ».
Tels sont les renseignements les plus exacts
que les mémoires du temps nous ont fournis sur
ce meurtre judiciaire. L'histoire en accordant à
l'infortuné Lally toutes les qualités d'un brave
ofticier et en reconnaissant que ;on inflexibilité
et sa franchise imprudente lui uscitèrent des
ennemis acharnés et irréconciliables parmi les
marchands de la Compagnie des Indes, dont
l'influence s'étendit jusque sur le tribunal appelé
à le juger, l'histoire, disons-nous , répétera que
Lally commit de grandes fautes dans son gouver-
nement aussi bien que dans ses opérations mili-
taires. Ses fautes furent telles que Voltaire, qui
fut toujours au nombre de ses défenseurs , ne
craignit pas de dire : « Lally est l'homme sur
lequel tout le monde avait le droit de mettre la
main excepté le bourreau. » Douze ans après,
le 21 mai 1778, sur les réclamations réitérées
du marquis Trophime-Gérard de Lally-Tollen-
dal (dont l'article suit), le roi Louis XV cassa
en son conseil, après trente-deux séances de
commissaires, et'à l'unanimité de soixante-douze
LALLY 23
magistrats (1), l'arrêt du parlement de Paris, et
renvoya l'affaire devant le parlement de Rouen,
qui, le 23 aoiU 1783, prononça de nouveau la
culpabilité de Lally. Cet arrêt fut infirmé, et le
parlement de Dijon eut encore à instruire sur la
cause ; il maintint le jugement primitif, et ce na
fut qu'après douze ans d'efforts que le fils de
Lally obtint la réhabilitation de la mémoire de
son père. Voltaire, se ranimant sur son lit de
mort, écrivit au jeune Lally le 20 mai 1778:
« Le mourant ressuscite, il embrasse tendrement
M. de Lally ; il voit que le roi est le défenseur
de la justice ; il mourra content. »
Alfred de Lacaze.
Mémoires et pièces du procès de Lally à la Bibliothèque
impériale et aux Archives de France. — Recueil des Causes
célèbres. — Voltaire, Siècle de Louis XI'. — Diction-
naire Historique ( édit. de 1822), t. !I1, p. lo-, 93,93,
102, lOB. — Inde dans l'Unioers piltoresquc. — Nor-
vins , dans le Dictionnaire de la Conversation. — Le
Bas, Dictionnaire Encyclopédique de la France. — Sis-
raandi. Histoire des Français, XXIX, n» 254, 300 à 303.
LALLY- TQLLEIVDAL ( Tropkime GÉRARD,
marquis de ) , littérateur et homme politique
français, fils du précédent et de Félicité Crafton,
né à Paris, le 5 mars 1751, mort dans la même
ville , le 11 mars 1830. Il étudia au collège d'Har-
court, sous le nom de Trophime, et ne fut ins-
truit du secret de sa naissance que la veille du
jour où il devait perdre son père. « Je n'ai appris,
dit-il lui-même, le nom de ma mère que plus de
quatre ans après l'avoir perdue ; celui de mon père,
qu'un seul jour avant de le perdre. J'ai couru pour
lui porter mon premier hommage et mon éter-
nel adieu... J'ai couru vainement... On avait
hâté l'instant. Je n'ai plus trouvé mon père ; je
n'ai vu que la trace de son sang. » Son père lui
avait recommandé sa mémoire dans un dernier
écrit. Dès l'âge le plus tendre il se promit de la
faire réhabiliter. Il n'avait pas encore seize ans
lorsqu'il adressa à son professeur, Mauduit, une
pièce de vers latins sur le procès de Jean Calas ,
qui contenait sur la mort de son père un passage
plein de chaleur. Louis XV s'intéressa au jeune
Lally, qui entra à son service et fut nommé ca-
pitaine de cuirassiers. A peine eut-il atteint l'âge
nécessaire que les tribunaux retentirent de ses
réclamations en faveur de son père; elles fu-
rent appuyées par Voltaire. Quatre arrêts du
conseil cassèrent successivement les sentences
des parlements, qui tous se croyaient soli-
daires, même dans leurs erreurs, conformément
à cet horrible adage , la plus haute expression
de l'orgueil humain, savoir que» la justice ne
peut se tromper ». C'est à cette orgueilleuse
sentence qu'il faut attribuer sans doute les lon-
gues formalités à remplir lorsqu'il s'agit de la
réhabilitation de la mémoire d'un homme injus-
tement supplicié. Les provisions de la charge
(1) « II n'y a pas de témoins, » dit dans son rapport le
conseUliT Lambert; et il termine par ces mota : « il n'y a
pas de délit! »
K
23
LALLY
24
de grand-bailli d'Etampes, que le jeune Lally
acheta vers l'année 1779, portent qu'elles lui ont
été accordées pour les services rendus à l'État
parson père et à cause desa piétéfiliale Pendant
l'instance , il eut à lutter contre d'Éprémesnil : le
secret de son origine fut mis à découvert, et ses
recherches aboutirent à démontrer sa légitima-
tion. L'éclat que ce procès avait jeté sur lui fiNa
l'attention des électeurs en 1789, et il fut nommé
député de la noblesse de Paris aux états géné-
raux. Partisan des réformes et passionné pour
les systèmes de Necker, il se réunit, le 25 juin,
aux communes avec la minorité de la noblesse.
Le 1 1 juillet, à propos de la proposition de La
Fayette pour la déclaration des droits de l'homme,
il s'écria : « L'auteur de la déclaration parle de la
liberté comme il l'a défendue. « Néanmoins, il ne
pensait pas que cet énoncé des droits dût faire
partie de la constitution. Le 13 du même mois,
il fit déclarer, de concert avec Mounier, que la
dette publique était sous la sauvegarde de l'hon-
neur et de la loyauté nationale. Nommé membre
du comité de constitution le 14 juillet, il fit
partie le même jour d'une députation ayant pour
objet de calmer l'agitation du peuple. Le lende-
main il prononça une harangue à l'hôtel de
ville, et dit que « l'assemblée avait dessillé les
yeux du roi, que la calomnie avait voulu trom-
per ». Le 17, quand Louis XVI parut à l'hôtel de
ville , Lially parla d'abord au peuple, et lui rap-
pela les nombreux bienfaits dont le monarque
l'avait comblé, puis, s'adressant au roi, il fit va-
loir les sentiments d'amour, de fidélité et de re-
connaissance dont le peuple était pénétré pour
lui. Le 23 juillet , lendemain de l'assassinat de
Bertier, intendant de Paris , par le peuple , Lally
supplie l'assemblée de prendre des mesures
pour garantir à l'avenir la société contre de
tels excès. C'est alors que Barnave laissa échap-
per cette exclamation : « Ce sang est-il donc
si pur qu'on n'en puisse répandre quelques
gouttes? "Lally attaqua indirectement Mirabeau
par ces paroles : « On peut avoir de l'esprit, de
grandes idées, et être un tyran- >> Dès lors, quit-
tant le rôle de médiateur, Lally parut pencher
du côté de la cour. Dans la nuit du 4 août, il
siégeait au-bureau comme secrétaire, et quoique
très-sensible , il ne se laissa pas entraîner ; il
remit même au président un billet portant :
« Personne n'est plus maître de soi; levez
la séance. » Cet avis n'ayant pas été suivi,
il chercba du moins à détourner le torrent, et
sur .sa proposition l'assemblée, décerna par ac-
clamation à Louis XVI le titre de Restaurateur
de la liberté française. Le 7 août Lally ap-
puya un projet d'emprunt présenté par Nec-
ker, dont le rejet eût amené la retraite de ce mi-
nistre. Le 19 août Lally pressentit les disposi-
tions de l'assemblée par un discoiu's où il ad-
mettait trois pouvoirs distincts; ensuite il es-
saya, comme rapporteur du premier comité de
constitution, de faire adopter un système copié
sur la charte anglaise. Ce projet ayant été re-
poussé, il en présenta un autre, avec Mounier et
Bergasse, qui consistait à créer un sénat et une
chambre des représentants avec cette clause, que
pour être membre du sénat il ne fallait qu'une
fortune un peu plus considérable que pour être
député; mais cette proposition fut encore écartée.
Le comité de constitution fut dissous, et on ea
forma un autre, qui présenta successivement les
dispositions de la constitution dite de 1791. Lally
se montra surtout partisan de l'égalité, et dans la
séance du 20 août il proposa un amendement
portant que « tous les citoyens étaient admissibles
aux emplois , sans autre distinction que celle des
talents et des vertus ». Cet article fut voté par
acdamatiou. Lally défendit avec énergie le droit
de veto absolu du roi, qu'il croyait nécessaire à
l^ùilibre des pouvoirs, et il osa se plaindre de
ce qu'en rédigeant les concessions faites par
les deux premiers ordres dans la nuit du 4 août
on s'était permis de les étendre jusqu'à atta-
quer de véritables propriétés. Enfin, les jour-
nées des 5 et 6 octobre lui paraissant le pré-
sage de malheurs prêts à fondre sur la France,
et jugeant que l'assemblée manquait de force et
de volonté pour rétablir l'ordre , il abandonna
ses fonctions, et se retira en Suisse auprès (Je
Mounier. Il fit alors paraître son Qicintus Ca-
pitoiinus, dans lequel il discutait les bases de
la constitution de 1791. Il rentra en France en
1792 pour chercher le moyen de faire sortir le roi
de Paris. Arrêté après les événementsdu 10 août,
il fut enfermé à l'Abbaye ; mais ses amis obtin-
rent son élargissement quelques jours avant les
massacres de septembre: il se retira aussitôt en
Angleterre. Privé de ressources, il accepta des
secours du gouvernement britannique. Lors du
procès de Louis XVI, il écrivit à la Convention
et s'offrit comme défenseur de ce prince; sa de-
mande étant restée sans réponse, il fit imprimer
son plaidoyer, tl écrivit plus tard une défense
des émigrés, qui eut un grand nombre d'éditions,
et dans laquelle il faisait une distinction entre
ceux qui avaient porté les armes contre leur
pays et ceux que la force seule avait contraints
d'abandonner leur patrie. Il rentra en France
après le 18 brumaire, et habita Bordeaux jusqu'en
1805. A cette époque il vint à Paris pour pré-
senter ses hommages au souverain pontife, qui
était venu sacrer Napoléon, et qui l'accueillit
d'une façon gracieuse. Le concordat lui avait
donné de l'enthousiasme, et dans une lettre il
disait : « Quelque attaché que l'on soit au roi,
il ne faut pas sacrifier trente millions d'âmes pour
une seule âme. »
Lally ne sortit de sa retraite qu'après la res-
tauration. Il suivit Louis XVIII à Gand, en mars
1815, et ce prince le nomma membre de son coot
seil privé. Ce fut lui qui fît le rapport d'après le-
quel on rédigea le manifeste du roi à la nation
française. 11 travailla au Moniteur de Gand.
« Nous discourions , dit Chateaubriand, autour
25
LALLY
26
d'une table couverte d'un tapis veit dans le
cabinet du roi. M. de Lally-Tollendal, qui était,
je crois, ministre de l'instruction publique, pro-
nonçait des discours plus amples, plus joufflus
encore que sa personne ; il citait ses illustres
aïeux , les rois d'Irlande , et emliarbouillait le
procès de son père dans celui de Charles I^''
et de Louis XVI. Il se délassait le soir des
larmes, des sueurs et des paroles qu'il avait
versées au conseil avec une dame accourue de
Paris par enthousiasme de son génie ; il cher-
chait vertueusement à la guérir, mais son élo-
quence trompait sa vertu, et enfonçait le dard
plus avant. » Empêché par sa santé de pré-
sider le collège électoral de l'Hérault, au mois
d'août 1815, il écrivit aux électeurs pour les en-
gager à faire des choix propres à consolider un
gouvernement à la fois ferme et modéré, roya-
liste et national. Le 19 du même mois, il fut
élevé à la pairie. Dans le procès du maréchal
Ney, il fut un des dix-sept pairs qui votèrent
pour la déportation, et après la condamnation
à mort il proposa de recommander à la clémence
du roi le sauveur de l'araiée française dans la
.etraite de Moscou. Il vota en janvier 1816 la
loi dite d'amnistie présentée par le gouverne-
ment, et demanda avec Desèze que le jour de la
"mort de Louis XVI fût annuellement célébré
par un deuil général. Dans la discussion d'un pro-
jet de loi d'élections, il s'opposa aux modifica-
tions proposées , et se prononça fortement pour
le maintien du renouvellement de l'assemblée par
cinquième. La même question s'étant représentée
en 1817, Lally, chargé d'en faire le rapport, dé-
fendit le projet , et soutint l'article qui établissait
l'élection immédiate à un seul degré par tous les
électeurs payant trois cents francs d'impôts et au-
dessus. Au mois de mars l816il soutint le budget,
et combattit l'opinion de ceux qui voulaient la
restitution des biens invendus du clergé ; selon
lui , ces biens avaient été affectés à tel ou tel
établissement religieux dont la destruction , en
s'opposant aux vues des donateurs, avait rendu
l'État propriétaire. En janvier 1817 il demanda
que la chambre des pairs fût investie de l'ini-
tiative de la loi sur la responsabihté ministérielle,
qu'il regardait comme la conséquence de l'invio-
labilité royale. A l'occasion d'une résolution re-
lative à la saisie des livres , il défendit le 'ib fé-
vrier 1817 la liberté de la presse en ces termes :
« Point de gouvernement représentatif qui nait
pour fondement et pour objet la liberté publique
etindividuelle; point de liberté publique ni indi\i-
duelle sans laliberté delà presse ; point de liberté
de la presse sans la liberté des journaux ; point
de liberté de la presse ni des journaux par-
tout où les débits des journaux et de la presse
sont jugés autrement que par un jury, soit ordi-
naire, soit spécial ; enfin, point de liberté d'aucun
genre si à côté d'elle cf'est une loi qui en ga-
rantisse la jouissance par là même qu'elle en ré-
prime les abus. « Néanmoins, lorsqu'il fut ques-
tion, le 27 décembre 1817, de soumettre encore
pour un an les journaux à la censure , il parla
en faveur de cette mesure, et vota pour la loi ;
c'est ce qui a fait dire à Chateaubriand : « M. de
Lally-Tollendal tonnait en faveur des libertés
publiques; il faisait retentir les voûtes de notre
solitude de l'éloge de trois ou quatre lords de la
chancellerie anglaise, ses aïeux, disait-il : quand
son panégyrique de la liberté de la presse était
terminé, arrivait un mais, fondé sur des cir-
constances, lequel mais nous laissait l'honneur
sauf sous l'utile surveillance de la censure. •»
Dans la même session . Lally-Tollendal com-
battit Boissy d'Anglas, qui à propos de la loi de
finances avait manifesté le désir de voir accor-
der une indemnité pécuniaire aux députés. En
1819, un pair ayant proposé de modifier la loi
des élections de 1817, Lally essaya de concilier
les esprits par un terme moyen, et finit par se
ranger parmi les défenseurs de la loi. En 1821,
quand la cour des pairs se fut constituée pour
juger les personnes impliquées dans la conspira-
tion du 19 août 1820, Lally fit partie de la com-
mission chargée d'examiner la question de com-
pétence. Cinquante -deux pairs ayant protesté
contre un arrêt de condamnation rendu à une
majorité moindre que les cinq huitièmes des
membres présents , Lally soutint le bien jugé de
l'arrêt, en se fondant sur les précédents. Le 30
avril 1824, dans la discussion du projet de loi
relatif aux vols et délits commis dans les églises,
il demanda qu'on substituât , dans le cas prévu
par l'article l'"", la peine des travaux forcés à la
peine de mort. Au mois de juillet il repoussa le
projet de loi relatif à l'établissement des com-
munautés religieuses de femmes. Il voulait que
ces communautés dussent leur institution à la
loi, et non à la faveur royale ou ministérielle.
Le 10 février 1825,, il parla contre la loi sur le
sacrilège, soutenant que la loi de 1 824 était suf-
fisante , et s'éleva contre l'idée de punir cette
acte de la peine de mort précédée de 1» mutila-
tion. Membre de la commission chargée de l'exa-
men du projet de loi sur les successions et les
substitutions, en 1826, il défendit le projet mi-
nistériel, qui lui paraissait nécessaire pour fonder
une aristocratie et un patriciat de famille ser-
vant de base au trône constitutionnel. Le mor-
cellement et la mobilité des propriétés étaient
selon lui un grand mal , et i! ne trouvait pas les
lois constitutives de la propriété depuis la ré-
volution jusqu'au Code Civil assez monarchi-
ques. A propos de la loi sur l'indemnité de
Saint-Domingue , il soutint fortement un amen-
dement tendant à réduire les droits des créan-
ciers des colons , puisque ceux-ci étaient obligés
de perdre les neuf dixièmes de leurs propriétés. Le
19juin 1827, il réfuta Chateaubriand, qui proposait
de rejeter le budget. Au commencement du mois
de mars 1836, Lally fut frappé d'une attaque
d'apoplexie qui l'enleva quelques jours après.
Laliy-ToUendal avait été nommé membre de
2t LAttY
l'Académieï'rahraise par l'ordonnance du 2ïmai's | 1814, in-8
1816. Il clait resté toute sa vie attachti aux. prin-
cipes coiislitutioimcls. Doué d'une grande sensi-
bilité et d'une mémoire prodigieus^e , il possédait
ainsi deux des qualités qui font l'orateur. Comme
écrivain, son style, qui vise au brillant, n'est pas
toujours exempt d'eiitlure. Les entreprises phi-
lanthropiques trouvaient en lui un zélé protec-
teur. Il fut nu des fondateurs de la société pour
l'amélioration <1es prisons. M™'' de Staël l'appe-
lait « le plus gras des hommes sensibles, «mot que
l'on prête également à Rivarol. L'abbé de Mon-
tesquieu le nommait plaisamment « un animal à
l'anglaise ».
On a de Lally-Tollendal : Mémoires et plai-
doyers présentés me Conseil d'Etat pour la
mémoire dïi général Thomas- Arthur, comte de
Lally, son ;)ère; Rouen, Dijon et Paris, 1779 et
ann. suiv., m-i° ; —Mémoire du comte de Lal-
ly-Tollendal en réponse mi dernier libelle de
M.Duval d'Éprémenil ; Paris, 1781, in-4°; —
Essai sur quelques changements qu'on pour-
rait faire dès à présent dans les lois criminel-
les de la France, par un honnête homvie, qui
depuis qu'il les connaît n'est pas bien sûr
de n'être pas pendu un jour ; Paris, 1787, in-S";
— Mémoire apologétique de Lally-Tollendal
( son père) ; Paris, 1789, in- 8°; — Observations
sur la lettre écrite par M. le comte de Mira-
beau au comité de recherches contre M. le
comte de Saint-Priest, ministre d'Etat ; Paris,
1789, in-8°; — Rapport sur le gouvernement
qui convient à la France; Paris, 1789, in-8'';
— Lettre à ses commettants, \ 7 octobre 1789 ;
— Quintus Capitolimis aux Romains, extrait
du 3'= livre de Tite-Live; en Suisse, 1790,
in-8° : c'est une apologie du gouvernement cons-
titutionnel ; — Mémoire ou seconde lettre à
ses commettants ; Paris, 1790, in-8" ; — Lettre
écrite au très-honorable Edmond Burke,
membre du parlement d'Angleterre; Paris,
1791, in-8"; -Post scriptuvi; 1791, in-8°; —
Seconde Lettre; Paris, 1792, in-S"; — Songe
d'un Anglais fidèle à sa patrie et à so7i roi
( anonyme ); Londres , 179.3, in-S" : réimprimé
dans la Collection des meilleurs ouvrages qui
ont été publiés pour la défense de Louis XVI,
par Dugour; Paris, 1796, 2 vol. in-8°; — Plai-
doyer pour Louis XVI, Londres, 1793, in-8°,
analysé dans la Collection de Dugour et dans le
Barreau français ; — Réponse à M. l'abbé D.,
grand-vicaire, aîiteur de l'écrit intitulé:
Lettre à M. le C. de Lally par un officier
français; Londres, 1793, in-8"; — Le cointe
de Strafford, tragédie en cinq actes et en vers;
Londres, 1795, in-8°; - Essai sur la vie de
T. Wentivorth, comte de Strafford, principal
ministre d' Angleterre et lord lieutenant d'Ir-
lande sous le règne de Charles î<:r, ainsi que
srir l'histoire générale d'Angleterre, d'E-
cosse et d'Irlande à cette époque; I^ondres,
1795; Leipzig, 1796, in-S"; noav., édit., Paris,
28
Mémoire au roi de Prusse pour
réclamer ta liberté de La Fayette; 1795, in-H" ;
-—Défense des Émigrés français, adressée au
peuple français ; Hambourg , Paris et Londres,
1797, 2 vol. in-8"; nouv. édition, suivie de l'o-
pinion proférée à la chambre des pairs en 1818;
Paris, 1825, in-S"; — Lettres au rédacteur
du Courrier de lonrfres; Londres, 1802, in-8° :
ce sont quatre lettres à Montlosier, sur le bref
du pape aux évoques français ; les trois premières'
ont été réimprimées à Paris, en 1802 ; — Mé-
moires concernant Marie-Antoinette , archi-
dïichesse d'Autriche , reine de France , etc. ;
Londres, 1804, 3 vol. in-8°; nouv. édit., avec
des notes et des éclaircissements historiques , par
MM. Bervilleet Barrière, dans la Collection des
mémoires relatifs à la Révolution française-;
Paris, 1822, 2 vol. in-8°. La réimpres.sion de
ces mémoires , publiés sous le nom de Webe
frère de lait de Marie-Antoinette, donna lieu à . ■
procès entre Joseph Weber et les éditeurs P
douin. Ceux-ci alléguèrent que Weber r .;
pas l'auteur de cet ouvrage, et qu'en
quence il était sans droit. Ils citèrent en ,
une lettre du marquis de Lally-Tollendai ''"■"
avouait avoir rédigé, d'après ses mémoire s
sonnels et d'après quelques instructions p
entières du duc de Choiseul , ce qui regr
l'intérieur domestique de la reine à Vienui '; '
Versailles ; et d'après un petit nombre de no.
de Weber l'avant-propos , les T'', 2^ et 3^ cha-
pitres de ces mémoires; le 1"" volume, depuis
la page 359, a été rédigé par un écrivain pro-
fessant des principes en opposition avec ceux de
Lally-Tollendal; — Lettre à MM. les rédac-
teurs du Journal de l'Empire; Paris, 181.1,
in-8° : à propos d'un article de ce journal qui
avait cité avec indignation un morceau d'une lettre
de M""^ Du DefTant dans lequel elle insultait à la
mémoire de Lally père, le jour même de son exé-
cution;— Déclaration de M. Lally-Tollend
demandée par M. Ferris, administrâtes.,
général; Paris, 1814, iDi-4°; -— Du 30 janvier
1649 et du 21 janvier 1793; Paris, 21 janvier
1815; — Examen des Observations sttr la dé-
claration du congrès de Vienne; Paris, mai
1815, in-8° : cet Exavien fut d'abord imprimé
dans le Moniteur de Gand; — Opinion sur la
Résolution relative à l' Inamovibilité des Ju-
ges: chambre des pair s, séance du 19 décembre
1815 ; Paris, 1816, in-8° ; — Opinion sur la mo-
dification apportée au projet de loi relatif aux
livres saisis :-chambre des pairs, séance du
2b février 1815; Bordeaux, 1815, in-8°; — Ob-
servations sur la déclaration de plusieurs
pairs de France publiée dans le Moniteur dit
27 novembre 1821; Paris, 1821, in-8° ; —
Observations sur la nature de la propriété
littéraire, présentées à la commission nom-
mée par le roi pour l'examen préparatoire
du projet tendant à améliorer, dans l'intérêt
des gens de lettres et artistes , la législation
29
LALLY — LA LOUBERE
30
actuelle sur les droits des auteurs et de leurs
héritiers, en sa séance du 9 janvier 1826 ; Paris,
1826, in-4°; — Za Dame blanche de BLack-
nels, divertissement impromptu en trois actes
pour nne fête de famille donnée par trois
enfants à Unir mère, représentée à Saint-
Germain-en- Laye sur l'ancien théâtre de
V hôtel de Noailles , en octobre 1827; Paris,
1828, in-S". On a encore du marquis de Lally-
ToUendal des Opinions et Eapporis à la cham-
bre de In noblesse et à V Assemblée nationale;
la traduction de la Motion du général Fitz-
Patrick pour le général La Fayette; quel-
ques pièces de poésie détacliées, comme une
Ode stcr la moi't de Mirabeau , e-tc. ; une tra-
duction delà Prière universelle de Pope, im-
primée en 1821 avec la traduction de VL'ssai
sur V Homme du même poète par Delille; des
;.'Jaansons joyeuses; une Lettre d'un Voyageur,
'l'jipriinée à la suite d'un recueil de pièces rela-
^,s au monument deLucerne. En 1824, Lally-
ndal lut à l'Académie Française une tragédie
v] actes, en vers, avec des cliœurs, intitulée
fil-Teamar, ou la restauration de la
r archie en Irlande, qu'il ne fit pas im-
w, L. L— T.
. ladlt, Jay, Jouy et Norvins, Biographie iionv. des
..inporains. — Lardler, Hiit. biogr. de la Chambre
•rs. — Em. Haag, dans VEncycl. des Gens du Monde.
Jrard, La France Littéraire. — Dict. de la Con-
:■■-■ tr. — Chateaubriand, Mém. d'Outre-Tombe, vol. Vi et
VU. — Moniteur, 1815-1830.
LA LONDE (François- Richard de} ^ .jle
et 'archéologue français, né a Caen, le 1" no-
vembre 1685, mort le 18 septembre 1765. H
remporta, bien jeune encore , un prix à l'aca-
démie de Caen pour une pièce lyrique. En 1748,
il publia des Paraphrases (en vers) des sept
Psaumes de la pénitence, in-8°. Ses connais-
sances variées lui permirent de se livrer à des
travaux de divers genres. Ingénieur, il s'occupa
tudes pour rendre navigable la rivière d'Orne
, ..-(U'à la mer. Il écrivit des dissertations philo-
sophiques nombreuses, qu'il lut à l'Académie de
Rouen, dont il était membre. En. 1732, il se li-
vra à des recherches développées sur les anciens
peuples, particulièrement sur les Scythes et les
Celtes. Il concentra longtemps ses études sur
l'origine et l'antiquité de la ville de Caen. Il a
dressé en 1747 un plan du bassin qui fut de-
puis établi dans cette ville. Il a laissé ma-
nuscrit un Mémoire concernant le Commerce
de la basse Normandie. Enfin , dessinateur et
peintre, il a produit, outre un grand nombre de
dessins, environ 150 tableaux, que quelques-uns
de ses amis ont qualifié de chefs-d'œuvre, mais
qui sont restés dans T'oubli. G. de F.
Mém. de l' Acad.de Caen, isui. — Notice àe n. La
Tourctti.'.
LA LOXGE {Huberion Robert),à\i\&Fiam-
mingo , peintre de l'école de Crémone , né à
Bruxelles, mort à Plaisance, en 1709. Il vint
très-jeune habiter l'Italie , qu'il ne quitta plus.
On croit qu'il étudia à Crémone sous Bonizoli et
Massarolti ; mais ce n'est qu'une conjecture , et
d'après ses divers ouvrages, il serait difficile de
préciser le maître dont il se rapproche le plus.
Dans tous , cependant, on trouve une harmonie
et un empâtement de couleurs qui rappellent le
faire des Flamands. Dans les sujets tirés de la
vie de sainte Thérèse et de saint Philippe Néri,
qu'il peignit, tant à l'huile qu'à fresque, dans l'é-
glise Saint-Sigismond près Crémone, il approche
du Guide, tandis que dans les peinturesdu chœur
de Saint -Antome de Plaisance on reconnaît
plutôt un imitateur du Guerchin; quelquefois
aussi il offre un mélange de délicatesse et de
force, comme dans la Mort de saint François-
Xavier de la cathédrale de Plaisance. Toutes
ses compositions sont accompagnées de riches
paysages qui ajoutent beaucoup au chartne et à
l'éclat de ses tableaux. On peut seulement repro-
cher à ses figures un peu d'incorrection et à ses
fonds de manquer parfois aux lois de la perspec-
tive aérienne. E. B— n.
Lanzi, Storia piltorica. — Ticozzl, Dizionario. — .
— Guida di Piacenza. — Gius GrasseUl, Guida storico-
sacra di Cremona.
LA LOUBÈRE [Antoine de), géomètre fran-
çais, naquit en 1600, dans le diocèse de Rieux,
en Languedoc, et mourut à Toulouse, le 2 sep-
tembre 1664. A l'âge de vingt ans il fut reçu dans
la Société de Jésus, et il y professa successive-
ment les humanités, la rhétorique, l'hébreu, la
théologie elles mathématiques. Gomme géomètre,
La Loubère serait sans doute complètement ou-
blié sans le retentissement qu'eurent ses démêlés
avec Pascal. Voici à quelle occasion : Au mois
de juin 1658, Pascal, caché sous le pseudonyme
de A. Dettonville, avait publié un programme
dans lequel il proposait de trouver la mesure et
le centre de giavité d'un segment quelconque
de cycloïde, les volumes et. les centres de gra-
vité des solides engendrés par ces segments, etc.
Des prix devaient être décernés aux pièces qui
résoudraient la totalité ou une partie de ces pro-
blèmes, et qui seraient adressées, avant le l'^'' oc-
tobre suivant, à M. de Carcavi, l'un des juges
du concours. Vers les derniers jours de sep-
tembre , La Loubère écrivit qu'il avait résolu les
problèmes de Dettonville, et qu'il envoyait pour
échantillon le calcul de l'un des cas proposés.
« Malheureusement, dit Bossut, ce calcul, qui
n'était accompagné d'aucune méthode, se trouva
faux. Lalouhère (1) reconnut lui-môme cette er-
reur, qui sautait aux yeux, mais sans la corri-
ger, dans plusieurs lettres écrites à la fin de sep-
tembre et au commencement d'octobre. 1! est
clair par là qu'il ne lui restait aucun droit légi-
time aux prix, puisqu'à l'expiration du terme
fixé par le programme, il n'avait produit ni mé-
tl) Dans ses onvrages,écrils en latin, La Loubère prend
le nom de Lalovera, que Pa.scal et, d'après lui, liossut,
ont traduit par Lallouere, Montucla le nomme La-
louére.
3t
LA LOUBÈRE
32
thode qui, par sa bonté, pill faire pardonner un
calcul (iéfectueux, ni calcul qui, par sa justesse,
pût être censé dériver d'une bonne méthode. Il
fut forcé (l'en convenir. » Cependant l'orgueil-
leux jésuite continua d'écrire que, nonobstant sa
première inadvertance, il avait trouvé des choses
frès-cxtraordinaires touchant la cycloïde , mais
qu'il ne voulait les mettre au jour qu'après que
Detton ville aurait donné ses propres solutions,
faisant entendre que celui-ci n'avait peut-être
pas résolu lui-môme les questions qu'il propo-
sait aux autres. L'année suivante, Pascal fit im-
primer son Traité de la Cycloïde, et envoya le
commencement de cet ouvrage à La Loubère ,
afin qu'il y vît le calcul du cas sur lequel il s'é-
tait trompé : celui-ci répondit qu'il avait précisé-
ment ainsi rectifié sa première solution. Pascal,
qui avait prévu la réponse, se moqua de lui,
comme il s'était moqué de ses confrères les ca-
suistes. Le jésuite, humilié, n'opposa à ces rail-
leries que son immense traité de Cycloïde, qu'il
fit imprimer en 1660. Mais cet ouvrage, trop long-
temps attendu et fondé sur un système prolixe et
laborieux, eut d'autant moins de succès auprès
des géomètres, qu'il ne contenait rien qui n'eût
été donné, du moins en substance, par Pascal.
La Loubère avait aussi cherché à s'approprier
plusieurs propositions trouvées par Roberval (1),
et, au sujet de la quadratura circuli, Montucla
écrit : « Huygens , encore fort jeune, démontrait
vers le même temps les mêmes vérités , en
quelques pages et avec beaucoup d'élégance. «
On a de La Loubère : Responsio ad Thèses
apologeticas contrtt P. Annatum de mente
Concilii Tridentini; Toulouse, 1645, in-4"'; —
(1) « On a vu aussi la dimension de la roulette et de ses
parties et de leurs solides à l'entour de la base seule-
ment,du R. P. Lallouère, Jésuite de Toulouse; et comme il
l'envoya tout imprimée, j'y fis plus deréOexion; et je
fus surpris de voir que tous les problèmes qu'il y résout,
n'étant autre chose que les premiers de ceux que M. de
Koberval avait résolus depuis si longtemps, il les donnait
néanmoins sous son nom, sans dire un seul mot de l'au-
teur. Car encore que sa méthode soit différente, on sait
asseï combien c'est une chose aisée, non seulement de
déguiser des propositions déjà trouvées, m.iis encore de
lés résoudre d'une manière nouvelle, par la connaissance
qu'on a déjà eue une fois de la première solution.
« Je priai donc instamment M. de Garcarl, non-seule-
raent de faire avertir le R. Père que tout cela était de
M. de Roberval, ou au moins enfermé manifestement
dans ses moyens, mais encore de lui découvrir la voie
par laquelle 11 y est arrivé. (Car on ne doit pas craindre
de s'ouvrir avec les personne» d'honneur ;. Je lui fis donc
mander que cette vole de la première découverte était
la quadrature que l'auteur avait trouvée depuis long-
temps d'une figure qui se décrit d'un trait de compas sur
la surface d'un cylindre droit, laquelle surface étant
étendue en plan, forme la moitié d'une ligne qu'il a ap-
pelée la compcu/ne de la roulette, dont les ordonnées à
i'axe sont égales aux ordonnées de la roulette diminuées
de celles de la roue. En quoi je crus faire un plaisir par-
ticulier au R. Père, parce que dans ses lettres que nous
avons il parle de la quadrature de celte figure, qu'il ap-
pelle cyclo-cylindrique, comme d'une chose trés-élol-
gnée de sa connaissance, et qu'il eût fort désiré con-
nailre. M. de Carcavl n'ayant pas eu assez de loisir, a
fait mander tout cela, et fort au long, par un de ses amis
au R. P., qui y a fait réponse. » Pascal, {Histoire de la
Roulette).
Qîtadratura Circuli et hyperholas segmenta-
rum , ex dato eorum centro gravitatis ; Tou-
louse, 1651, 1 vol. in-8°; — Propositiones
geomeirica; sex, quibus ostendilur ex carree-
ciana liypothesi eirca proportionem qua gra-
via decidentia accelcrantur, non recte inferri
aGassendo,motumfore in insten^i ; Toulouse,
décembre 1658, in^4", avec une figure-, — Pro-
positio trigesima sexta excerpta ex quarto
libro de Cycloide Antojiii Laloverse nondum
quidem edito, viris tamen doctrina etfide
insignibus ante aliquot vienses communi-
cato ; Toulous.e, 9 janvier 1659, in-4° avec
fig. (3); — Veterum Geometria promota in
septem de Cycloide libris ; Toulouse, 1660,
1 vol. in-4". E. Merlieux.
Récit de l'examen et du jugement des écrits envoyés
pour les prix proposés publiquement sur le sujet de la
roulette; Paris, 25 novembre 1658, in-4'. — Histoire
de la Roulette; Paris, 10 octobre 1658, ln-*>'. — Suite de
l'Hisloire de la Roulette, où l'on voit le procédé d'une
personne gui s'était voulu attribuerl'invention des pro-
blèmes proposés sur ce sujet ; Paris, 12 décembre 1658,
10-4°. — Montucla, Histoire des Mathématiques, tom. II.
— Bossut, Discours sur la vie et les ouvrages de Pas-
cal; Paris, 1781, in-8o.
LA LOCBÈRB { Simon de), littérateur et
voyageur français, neveu du précédent, né en
mars 1642, à Toulouse, mort le 26 mars 1729, au
château de La Loubère, diocèse de Rieux, en
Languedoc. Il perdit son père de bonne heure,
vint étudier le droit à Paris, et entra dans la di-
plomatie. Il fut bientôt choisi pour secrétaire
par M. de Saint-Romain , ambassadeur en Suisse.
Peu de temps après, Louis XIV, qui voulait
nouer des relations commerciales avec le royaume
de Siam et y faire pénétrer le christianisme , y
envoya La Loubère, avec le titre d'envoyé
extraordinaire. Parti de Brest le 1^*^ mars 1687,
il arriva à sa destination le 27 septembre sui-
vant, et séjourna dans le pays jusqu'au 3 janvier
1688, qu'il remit à la voile pour Brest, où il dé-
barqua le 27 juillet de la même ann<^e. Quoique
La Loubère n'eût guère séjourné que trois mois
à Siam, la relation qu'il a publiée de son voyage
révèle un observateur judicieux et exact. Ses
renseignements sur l'origine, les mœurs, les
institutions, la religion, le gouvernement , l'in-
dustrie et le commerce des Siamois, ont été
confirmés par les relations postérieures, et
servent de correctif aux exagérations du P. Ta-
chard. Cette relation a été publiée sous ce titi-e :
Du Royaume de Siam (fig); Paris et Ams-
terdam, 1691, 2 vol. in-12. Les exemplaires de
l'édition d'Amsterdam , avec la date de 1700
ou 1713, ne diffèrent que par le changement de
frontispice. Réimprimé sous ce titre : Descrip-
tion du royaume de Siam, où l'on voit quelles
sont les opinions, les mœurs et la religion
des Siamois; avec plusieurs remarques de
physique touchant les planètes et les ani-
(1) Cette Propositio trigesima sexta a été publiée une
seconde fois le 15 février suivant, avec une note au-
dessous de la figure. Cette note est une réponse à Pascal.
33
LA I.OUBÈRE — LALOUETTE
34
mmix du pays (fig. ); Amsterdam, 1714, 2vol.
ih-12. Dans le 2* volume de ces diverses édi-
tions , on trouve : Règles de V Astronomie sia-
moise pour calculer les mouvements du So-
leil et de la Lune, traduites du siamois (par
La Loubère), expliquées et commentées par
Cassini; — Béflexions sur la Chronologie
chinoise, et Discours sur Vile de Taprobane,
par Cassini; et Problème des carrés magiques
selon les Indiens.
Chargé ensuite d'aller remplir en Espagne et
eD Portugal une mission secrète, dont le but
était de détaclier ces deux pays de l'alliance de
l'Angleterre, La Lout)ère ne put s'en acquitter,
ayant été arrêté à Madrid faute de caractère of-
ficiel , et il ne recouvra la liberté que parce que
Louis Xrv menaça d'user de représailles envers
les Espagnols qui résidaient en France. Pour le
dédommager de cet échec, le chancelier dePont-
chartrain, avec lequel il était en fort bons termes,
en fît le gouverneur de son fils. De là une faveur
qui , plus que les titres littéraires de La Lou-
bère, détermina, en 1693, son admission à l'A-
cadémie, en même temps qu'elle suggéra cette
épigramme, attribuée à La Fontaine :
11 en sera quoi qu'on en die ;
C'est un impôt que Pontchartrain
Veut mettre sur l'Académie.
L'année suivante il vint à Toulouse, et y contri-
bua à la régénération de l'Académie des Jeux
Floraux, dont il dressa les nouveaux statuts.
Non content d'avoir été le restaurateur de l'an-
cien collège de la Gaie Science , il s'en fit l'his-
toriographe dans l'ouvrage intitulé : Traité
de V Origine des Jeux Floraux de Toulouse.
Lettres patentes portant le rétablissement
des Jeux Floraux en une Académie de Belles-
Lettres (1C91);— Brevet du roi qui porte
confirmation des chancelier, mainteneurs et
maîtres des Jeux Floraux, et nomination de
nouveaux mainteneurs. Statuts pour les Jeux
Floraux; Toulouse, 1715, in-8°. Le Traité de
Vorigine des Jeux Floraux n'était qu'une es-
quisse, que son grand âge l'empêcha de déve-
lopper,
La Loubère s'était aussi occupé de mathéma-
matiques, mais en quelque sorte pour lui-même ;
car il fallut toutes les instances de ses amis pour
qu'il consentît à la publication de l'ouvrage dont
l'impression n'était pas achevée lorsqu'il mou-
rut (1). p. Levot.
(1) Cet ouvrage a pour titre : De la Résolution des
équations, ou de l'extraction de leurs racines, par feu
M. de La Loubère, de l'Académie Française et Inscrip-
tions e.t âelles-Lettres (Paris, 1732, l vol. in-4° ). Ce livre
est encore assez uUIe a consulter. L'auteur tait preuve
d'originalité dans ses idées; mais il manquait des con-
naissances nécessaires. Du reste , il en convient lui-
même : « Je ne sais, dit-il, de l'analyse que ce qu'il y a
de plus commun dans la logistique, Je commençai cette
étude dans ma jeunesse , et même celle des sections co-
niques. Je fis des éléments à ma manière; mais ensuite,
ayant abandonné les mathématiques pendant plus de
trente-cinq ans, J'y suis revenu trop tard pour, y faire
KOOV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX,
De Boze, Éloije de la Loubère, t, VU des Mémoires de
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres. — Poi-
tevin, Mémoires pour servir à l'histoire des Jeux Flo-
raux.
L'ALOCETTE (François de ), magistrat fran-
çais, né vers 1520, à Vertus, en Champagne,
mort en 1602, à Sedan. Après avoir occupé la
charge de bailli du comté de Vertus , il devint
conseiller du roi et maître des requêtes. La part
qu'il avait prise, en 1568, à la révison de la Cou-
tume de Sedan le fît nommer, deux ans plus
tard, associé du bailli de cette ville. A peu de
temps de là , il fut investi des hautes fonctions
de président du conseil souverain de la princi-
pauté. Versé dans la connaissance des langues
anciennes, de l'histoire, du droit civil et du droit
canonique, il fut un des magistrats les plus ins-
truits et les plus intègres de son temps. L'année
où il mourut, il fut choisi pour un des conseil-
lers modérateurs de l'Académie de Sedan, qui ve-
nait d'être fondée. On a de lui : Traité des
Nobles et des Vertus dont ils sont formez.
tons les progrès' que je m'étais promis et dont je réser-
vai l'étude pour l'amusement de ma vieillesse, ne sachant
pas que dans la vieillesse cet amusement devient un tra-
vail fort sérieux. » El il termine ainsi son livre : « Je
m'étais flatté de porter plus loin cette tentative , mais il
faut obéir à mon grand âge, et peut-être n'étais-je pas
capable dans ma jeunesse d'aller plus loin. » Le point de
départ de La Loubère est dans sa définition du rapport:
«Quand je considère le rapport ou la raison qui est
entre deux grandeurs de même espèce et terminées, ce
que j'y cherche est l'égalité , et si je les trouve égales,
Je connais parfaitement l'une par l'autre, et n'ai plus
rien à y considérer ; mais si je les trouve inégales, j'y
découvre leur différence, et cette différence devient l'ob-
jet d'une nouvelle comparaison. Car je puis comparer
cette différence avec chacune des deux grandeurs pre-
mièrement prises ; mais en comparant cette différence
avec la plus grande grandeur, je trouve que l'excès de
la plus grande grandeur sur cette différence est la
moindre des deux premières grandeurs que je connais
déjà, et cette comparaison m'est inutile, puisqu'elle ne
peut offrir à mon esprit rien de nouveau. Au contraire,
si je compare cette différence avec la moindre des deux
premières grandeurs, je dois les trouver égales ou iné-
gales. Si je les trouve égales, mon esprit se repose :
mais si elles sont inégales, leur différence est l'objet
d'une troisième comparaison, et ainsi de suite.... l,a
raison que les géomètres appellent raison arithmétique
est la différence qui est entre deux grandeurs. El la rai-
son qu'ils appellent raison géométrique, ousimplemetU
raison, consiste dans le détail ou dans la suite des sous-
tractions que je viens de marquer qu'on peut faire entre
elles. » Chargé de porter à Hamon les compliments ôc
l'évêque d'Osnabruk sur son avènement à la succession
du duché, La Loubère s'y trouva mis en relation avec
Lelbnitz. «Je lui communiquai, dit-il, ma définition d;;
la raison géométrique, et mon problème, dans lequel Je
donne la méthode de donner par nombres et par lettres
autant de soustractions qu'on veut du détail de la raison
des racines des deux hautes puissances de toute équa-
tion donnée, et je lui fis voir qu'il n'eslpas même néces-
saire que l'équation soit parfaite, etc., etc.. Monsieur
Lelbnitz la regarda si savamment que je n'enten-
dis pas ce qu'il voulait dire.... » L'aveu est naïf. Ce-
pendant Lelbnitz encouragea La Loubère à continuer
ses recherches, et lui écrivit à ce sujet plusieurs lettres,
de 1680 à nos. En somme, malgré les Idées erronées
de notre auteur sur les imaginaires, sur la règle de Des-
cartes et sur le nombre des racines d'une équation, il est
à présumer que s'il eût fait usage de l'algorithme des
fractions continues, il fût arrivé par son procédé à la
méthode de résolution découverte depuis par Lagrange,
E. Merlieux.
85 LALOUETTE
leur charge, vocation, rang et degré; des
marqncs , généalogie et diverses espèces d'i-
ceux, avecune histoire de la maiJson de Coucy
et de ses alliances; Paris, 1576, in-8°; 1577,
in-4" ; — Oraison et Harangue funèbre, à l'i-
mitation des anciens, pour le seigneur de
BieZf maréchal de France , et messire
Jacques de Coucy, son gendre; ibid., 1578,
ia-4° : édité sous le nom du dominicain Jsan Fa-
luel ; — Généalogie de la Maison de La Mark;
ibid., 1584, in-fol.; — Des Maréchaux de
France et principale charge d'iceux; Sedan,
1594, in-4°; — Des AJf aires d' Estât, des
Finances du prince, et de la Noblesse; Paris,
1595, in-8°, et Metz, 1597, in-8°; - Impos-
tures d'impiété, des/atisses puissances et do-
minations attribuées à la lune et les pla-
nettes sur la naissance, vie, mœurs.... des
hommes , et choses inférieures du ciel ; Sedan,
1600, in-4°; — Ju7'is civilis Romanoruni et
Gallorum nova et exquisita Traditio, duobus
libellis descripta; ibid., 1601, in-16. L'A-
louette, dont le nom latinisé était Alauda-
n us , a laissé en outre un grand nombre d'écrits
qui n'ont point été imprimés, parmi lesquels
nous citerons : Origine des Gaulois; — Mé-
moires pour faire le corps du droit fran-
çais; — Sylva Sylvarum, seu historia natu-
ralis; — Traité des Fiançailles; — Des
Polices du royaume , des villes et plat pays
de France; — De l'Ignorance des Lettres.
P. L— Y.
Biographie ardennaise. — Haag frères, La France
Protestante.
LALOUETTE (Jean - François) , musicien
français, né à Paris, en 1651, et mort à Ver-
sailles, le 1" septembre 1728. Admis comme en-
fant de chœur à la maîtrise de l'église Saint-
Eustacbe, où il commença ses études musicales,
Lalouette reçut ensuite des leçons de violon de
Guy Leclerc , violon de la grande Bande du Roi,
puis devint l'élève de Lully pour la composition.
Lorsqu'on 1672 Lully obtint le privilège de
l'Opéra , Lalouette, qui passait pour un des meil-
leurs violonistes de son temps , fit partie des
musiciens de ce théâtre, et fut chargé bientôt
après de la direction de l'orchestre. Lully l'em-
ployait aussi à remplir les parties de chœur ou
îl'instruments dans les morceaux de ses opéras
(iont il n'écrivait que le chant et la basse. La-
louette s'acquitta de ses fonctions de chef d'or-
cliestre et de seciétaire avec une intelligence et
une habileté qui lui firent une certaine réputa-
tion; mais au bout de quelques années Lully
crut s'apercevoir que son élève tranchait un peu
trop du maître ; il lui revint même qu'il s'était
vanté d'avoir composé les meilleurs morceaux
do son opéra A'Isis. Lully n'était pas homme à
supporter de pareils procédés, et en 1677 il
congédia Lalouette, qu'il remplaça par Colasse.
Lalouette obtint plus tard la place de maître de
musique à l'église Notre-Dame, à Versailles, et
LALOY 36
mourut dans cette viMe à l'âge de soixante-dix-
sept ans. Cet artiste a composé la nausique de
plusieurs ballets et intermèdes pour l'Opéra;
ces ouvrages sont restés en manuscrit. Il a écrit
aussi pour l'église; on a gravé de lui : Motets
à plusieurs parties, 1"' livre; Paris, in-fol., sans
date; — Miserere, T livre de motets, ibid.
D. Denne-Baron.
De Fresnense, Comparaison de la Musique italienne
et de la Musique française . — Bourdelot, Histoire de la
Musique et de ses vffets. — De La Borde, Essai sur Icf
Musique. — Félis, Biographiewiiverselle des Musiciens.
LALOV y Pierre-Antoine) , homme politique
français, né à Doulevantle-Cliàleau (Cham-
pagne), le 16 janvier 1749, mort dans la môraa
ville, le 5 mars 1846. Il termina ses études à
Paris, en 1764, entra chez un procureur, et fut
reçu avocat au bailliage de Chaumont-sur-Marne,
le 31 août 1773. En 1785 il fut chargé par le
gardé des sceaux de plusieurs travaux paléogra-
phiques et de dépouiller les archives du Bassi-
gny. Après 1789 il fut nommé successivement
procureur de sa commune, administrateur du
département de la Haute-Marne et député à l'As-
semblée législative (août 1791). Il siégea parmi
les montagnards , se fit peu remarquer à la tri-
bune , mais se distingua au sein des commis-
sions. Réélu à la Convention , il vota la mort
de Louis XVI, la mise hors la loi des Girondins,
et après le 31 mai il signa comme secrétaire la
nouvelle constitution. Membre du comité de sû-
reté générale, il vota toutes les mesures excep-
tioimelles. Du 6 au 22 novembre 1793, il pré-
sida la Convention , et accueillit favorablement
l'évêque de Paris , Gobel , lorsque ce prélat se
présenta à la barre de l'assemblée, à la tête de
son clergé pour y rendre hommage à la Rai-
son. Cependant il s'éleva contre Robespierre. II
entra au Conseil des Cinq Cents, où il s'occupa
surtout de l'organisation judiciaire; il l'ut porté
à la présidence de ce conseil le 19 février 1798^
Les électeurs de la Haute-Marne l'envoyèrent
encore au Conseil des Anciens, dont il fut secré-
taire le 20 mai 1798 et président le 18 août
. suivant. Il applaudit au i 8 brumaire , fit partie
de la commission des cinq membres chargés de
sanctionner le coup d'État de Bonaparte, et fut
élu au Tribunat, d'où il fut éliminé par la cons-
titution de l'an x ( 16 septembre 1802). L'empe-
reur le nomma membre du conseil des prises,
place qu'il occupa jusqu'à la première restaura-
tion. Dans les Cent- Jours Laloy entra au conseil de
préfecture de la Seine, ce qui lui valut d'être, au
second retour des Bourbons, frappé par la loi dite
d'amnistie. Il se fixa à Mons ; un an plus tard
il reçut l'autorisation de rentrer en France, mais
il refusa cette grâce, et ne revit sa patrie qu'a-
près juillet 1830. Sur la proposition du comte
Real, une pension lui fut accordée. Laloy s'étei-
gnit à quatre-vingt-dix-sept ans ; c'était surtout
un homme d'étude; sa bibliothèque se com-
posait de plus de vjngt mille volumes. Ses dis-
cours, quelques rapports et mémoires sont, les
37
LALOY — LA LUZERNE
38
seulstravanximprimésensonnom; mais il acom-
posé ou rédigé plusieurs ouvrages anonymes : tels
que Y Agriculture pratique de Douette Richar-
flot; — les Mémoires pour M""' de Douliault;
~ la Statistique de la Manie, publiée par
Chaulaire, etc. H. Lesueur.
Emile Jolibois, Notice sur P.-^. Laloy ; Cohnar, 1846.
LA LUZERNE (César-Henri , comte de),
homme politique français, né en 1737, à Paris,
mort le 24 mars 1799, aux environs de Wells,
en Autriche. Issu d'une ancienne famille de Nor-
mandie et neveu de Malesherbes par sa mère,
il embrassa la carrière des armes , parvint au
grade de lieutenant général, et fut envoyé eu 1786
aux Iles sous le Vent en qualité de gouverneur.
Au mois d'octobre 1787 il fut appelé au ministère
de la marine, et donna sa démission, en même
temps que tous ses collègues, lors du renvoi de
Necker (12 juillet 1789); peu de temps après il
céda aux instances du roi, et reprit son porte-
feuille. Mais , son administration ayant été à
l'Assemblée nationale l'objet des attaques les
plus vives et malheureusement aussi les mieux
justifiées , il fut forwi de se retirer ( 20 octobre
1790). L'année suivante il passa en Angleterre
pour assister aux derniers moments de son frère,
qui était ambassadeur à Londres, resta quelque
temps dans ce pays, et s'établit ensuite en Au-
triche. On a de lui : Retruite des Dix mille,
trad. de Xénophon-, Paris, 1786, 2 vol. in-12,
fig. ; — Constitution des Athéniens, du même
auteur; Londres, 1793, in-8°. P. L — y.
Thicrs. Ilist. de la Révol.fr. — La France Litt.
LA LtrzERNE {AnneCésar de), diplomate
français, frère du précédent, né en 1741, à
Paris, mort le 14 septembre 1791, à Londres.
Élevé à l'école des chevau-légers, il fut aide de
camp du duc de Broglie, son parent, fit avec
lui plusieurs campagnes, et devint en 1762 ma-
jor général de la cavalerie , puis colonei des
grenadiers de France. Bientôt après il abandonna
la carrière militaire, et , s'étant tourné vers la
diplomatie, fut envoyé, en 1776, à la cour de
l'électeur de Bavière, Maximilien- Joseph ; sa
conduite y fut très-remarquée durant les dis-
cussions auxquelles donna lieu la mort de ce
prince, et, quoique sans instructions spéciales , il
At preuve d'autant d'habileté que de prudence.
Nommé ministre aux États-Unis (1779), il ne
tarda pas à prendre une grande influence dans
la direction des affaires ; ainsi, en 1780, il con-
tracta sur sa propre responsabilité un emprunt
qui devait venir en aide aux besoins des troupes
américaines. Lorsque la paix eut été signée en-
tre l'Angleterre et les États-Unis (30 novembre
1782), il fit suspendre la ratification du con-
grès, et obtint que le traité ne serait définitif
que quand celui de la France serait signé; il
lui fut en outre accordé que jusque là les opé-
rations militaires ne seraient pas ralenties. Le
f hovalier de La Luzerne reçut, lors de son dé-
part (1783) , les témoignages les plus honorables;
le quaker Benezet lui adressa ces paroles : « Ta
mémoiic noiis sera toujours chère; tu n'as ja-
mais cessé d'être un ministre de paix parmi nous ;
tu n'as rien épargné pour adoucir q^ que la
guerre a d'inhumain. » Par la suite, et pour lui
prouver leur reconnaissance , les citoyens de la
Pensylvanie donnèrent son nom à l'un des comtés
de leur État. Au mois de janvier 1788 il accepta
l'ambassade de Londres, où il resta jusqu'à sa
mort. P. L— Y.
Chaudon et Delandine, Dict. qéncral. — Jrt de véri-
l'ier les dates.
LA LCZEaNE( Cdsar-GiuWrmmeDE), prélat
français, frère du piécédent, né à Paris, le
7 juillet 1738 , mort le 21 juin 1821. Chevalier de
Malte au berceau, il se destina plus tard à l'É-
glise , et entra au séminaire de Saint-Magloire
en sortant du collège. Dès sa première jeunesse
il obtint des bénéfices par le crédit du chancelier
de Lamoignon, son grand-père. En 1754, il fiit
nommé chanoine in minoriàus de la métropole
de Paris, et en 1756 abbé de Mortemer. il fit
sa licence avec distinction au collège de Navarre,
et obtint le premier rang en 1762. La même
année l'archevêque de Narbonne, M. D. Dillon,le
nomma son grand-vicaire, et en 1765 la province
ecclésiastique de Vienne le choisit pour agent
général du clergé. La Luzerne fit partie de l'as-
semblée du clergé qui présenta requête au roi,
en mars 1766, contre le réquisitoire de M. Cas-
tilhon, avocat général du parlement de Provence,
sur les actes du clergé. Le 24 juin 1770 La Lu-
zerne fut nommé évêque de Langres. Ce siège,
qui avait le titre de duché-pairie, était alors la
troisième des pairies ecclésiastiques. La Luzerne
resta en même temps chanoine honoraire de Pa-
ris. En 1773, il prononça à Notre-Dame l'oraison
funèbre du roi de Sardaigne , Charles-Emma-
nuel III, et l'année suivante l'oraison funèbre de
Louis XV. Il siégea à l'assemblée des notables en
1787, et en 1788 à la dernière assemblée du
clergé. Le clergé du bailliage de Langres le nomma
député aux états généraux de 1789. Quand les
prétentions du tiers état en faveur du vote par
tête se furent manifestées , La Luzerne proposa
comme moyen terme la formation de deux cham-
bres égales , l'une composée du clergé et de la
noblesse, l'autre du tiers état seulement. Ce sys-
tème n'obtint l'appui d'aucun des trois ordres, et
Mirabeau le réfuta dans trois Lettres à ses com-
mettants. Après la réunion, La Luzerne se pro-
nonça en faveur du projet d'asseoir un emprunt
considérable sur les biens du clergé pour prévenir
la banqueroute de l'État. Plus tard iJ parla contre
la déclaration des droits qui devait être placée
en tête de la nouveHe constitution. Il fut encore
en dissentiment avec la majorité à propos du
i>eto accordé au roi , et dont U voulait que l'eflet
fût n'goureusernent suspensif. A la fin d'août
1789, La Luzerne présida l'Assemblée consti-
tuante; mais à la suite des journées des 5 et 6 oc-
tobre il donna sa démission,, et se relira dans
2.
39 LA LUZERNE
son diocèse. Il s'y opposa de tout son pouvoir
à l'introduction delà constitution civile du clergé,
et en 1791 il quitta la France. 11 se retira d'a-
bord à Constance, où il aida de ses deniers les
prêtres de son diocèse exilés comme lui. Il passa
ensuite en Antriche, auprès de son frère, le comte
de La Luzerne, qui vivait alors retiré dans la terre
de Bernau, près Wells. Ayant perdu ce frère eu
1799, il se rendit en Italie, et se fixa à Venise,
où il resta jusqu'à la restauration. Au mois d'oc-
tobre 1813, il se trouva atteint du typhus en
portant les secours spirituels aux soldats français
entassés dans les hôpitaux de cette ville. Pen-
dant son séjour à Venise , La Luzerne composa
un grand nombre d'ouvrages religieux , qui attes-
tent son savoir et sa piété. Il s'était empressé de
remettre sa démission entre les mains du pape,
pour faciliter le concordat de 1801. De retour en
France en 1814, La Luzerne fut porté sur la pre-
mière liste des pairs créés par Louis XYIII, le
4 juin. Vers la fin de cette année, il fit partie
d'une commission de neuf évoques chargés de
s'occuper des affaires de l'Église de France. Il
resta tranquillement à Paris pendant les Cent
Jours. Présenté par le roi pour le cardinalat, il
fut promu à cette dignité le 28 juillet 1817.
Louis XVIII lui dit en lui remettant la barrette :
« Si je vaux quelque chose, c'est parce que je
me suis constamment appliqué à suivre les con-
seils que vous m'avez donnés , il y a quarante-
trois ans , en terminant l'éloge funèbre de mon
grand-père. » Le siège de Langres avait été rétabli
au mois de juin 1817; La Luzerne fut nommé à
cet évêché par le roi et préconisé à Rome ; mais des
diflicultés législatives ne lui permirent pas d'en
prendre possession. Seul de tous les évoques
français, il fut appelé en 1818 dans le conseil
des ministres réuni pour s'occuper de la mise à
exécution du concordat de l'année précédente.
Quoique attaché aux libertés de l'Église gallicane,
La Luzerne appuya vivement l'exécution entière
de ce concordat. A la chambre des pairs il vo-
tait avec le parti aristocratique. Le 10 mai 1819,
il protesta par une déclaration publique, avec trois
autres évoques, ses collègues dans la même cham-
bre, contre le refus d'insérer dans la loi de ré-
pression des délits de la presse, les mots outrages
à la religion, au lieu d'outrages à la morale
publique et religieuse. Il fournit aussi des arti-
cles au Conservateur et à La Quotidienne sur
divers sujets de politique religieuse , et notam-
ment en faveur des frères des écoles de la doc-
trine chrétienne et contre les écoles d'enseigne-
ment mutuel. La Luzerne s'éteignit après une
maladie de deux mois. Son corps fut déposé dans
un caveau de l'église des Carmes de la rue de
Vaugirard. Il joignait à ses dignités le titre de mi-
nistre d'État et ie cordon du Saint-Esprit. « Le
cardinal de La Luzerne doit être compté , dit
MahuI, parmi les plus savants et les plus pieux
évêques de notre époque. Son érudition était
vaste, sa piété éclairée et tournée principalement
40
vers la charité... Il entrevoyait les besoins des
sociétés modernes, et prêtait à leurs réclamations
une oreille attentive, quoique sévère ; avec lui, du
moins , la discussion était possible. Les libertés
de l'Église gallicane, telles qu'elles ont été consa-
crées par la célèbre déclaration de 1682, le comp-
tèrent toujours parmi leurs défenseurs. » Il laissa
une riche bibliothèque, dont le Catalogue fut
publié en 1822, in-8° : on y remarquait les pro-
cès-verbaux imprimés et manuscrits de toutes
les assemblées du clergé, à dater du colloque de
Poissy en 15C1 ; des livres jansénistes ou philo-
sophiques ; les ouvrages de Port-Royal , de l'abbé
Grégoire, de Voltaire, deNaigeon, d'Holbach, et
surtout Essai sur la Fie de Sénèque, par Dide-
rot, avec cette suscription de l'auteur : « Pour
monseigneur l'évêque de Langres, de la part de
son très-humble serviteur. » On a du cardinal
de La Luzerne : Oraison funèbre de Charles-
Emmamiel III , roi de Sardaigne; 1773, in-4''
et in-12; — Oraison funèbre de Louis XV,
roi de France; ill^, in-4'' et in-12; — Ordon-
nance synodale sur V instruction que les pas-
teurs doivent à leurs peuples, 29 août 1783;
— Instruction pastorale sur l'excellence de
la religion, 15 avril 1786; Langres, 1809, in-12;
Paris, 1810, 1818; Lyon, 1810, 1815; Avignon,
1835, in-12; — Instructions sur l'Adminis-
tration des Sacrements en général, ou le Ri-
tuel de Langres; Besançon, 1786, in-4''; Pa-
ris, 1817, in-4°; 3" édition, mise en concordance
avec le droit civil actuel, revue, corrigée et
augmentée d'un grand nombre de notes par
M. Affre; Paris, 1835, 3 vol. in-12-, —Ré-
flexions sur la forme la plus avantageuse
d'opiner aux états généraux; Paris, 1789,
in-8°; — Lettre aux administrateurs de la
Haute-Marne, 20 déc. 1790; — Lettre aux
officiers municipaux de Langres, 27 janvier
1791; — Lettre à M. Becquey , procureur
général syndic des départements ; 19 jan-
vier 1791 ; — Réponse à M. Becquey , procu-
reur général syndic dés départements; 1791 :
ces quatre derniers ouvrages sont relatifs aux af-
faires de la constitution civile du clergé ; — Exa-
men de l'Instruction de l'Assemblée nationale
sur l'Organisation prétendue civile du clergé;
1791, in-8°; — Instruction pastorale aux cu-
rés, vicaires et autres prêtres du diocèse de
Langres qui n'ont pas prêté le serment; Lan-
gres, 1791, in-8°; — Lettre aux Électeurs de
la Haute-Marne; 1791, inuS" ; — Instruction
pastorale sur le Schisme de France; Langres,
1791, 1808, 2 vol. in-12; Paris, 1842, in-12; —
Sermon sur les Causes de l'Incrédulité, prêché
à Constance le jour de Pâques 1795; 1818,
in-8°; — Considérations sur divers points de
la Morale chrétienne; Venise, 1795, 5 vol.
in-12; Lyon, 1816, 4 vol. in-12; Paris, 1829,
4 vol. in-12; 1842, 2 vol. in-12; Besançon,
1^35, 1838, 2 vol. in-8° ; — Instruction pas-
torale sur la révélation ;hdingr%?,, 1803, in-12;
41 LA LUZERNE
— Dissertation sur la Révélation en général;
Langres, 1804, in-12; — Dissertation sur la
Loi naturelle ; Langres, ISOà, in-12;— Dis-
sertation sur la SpintuaUùé de Udme et sur
la Liberté de l'homme; Langres, 1800, in-12;
Paris, 1822, 1842, in-12 ; Besançon, 1835, 1838,
in-8"; Lyon, 1843, in-8"; — Dissertation sur
l'Existence et les Attributs de Dieu; Langres,
1808, in- 12; Paris, 1833, 1844, in-12; Besançon,
1838, iu-8°; Lyon et Paris, 1843, in-8°; — Dis-
sertation sur les Prophéties; Langres, 1802,
in-12; Besançon, 1835, 1838, in-8°; Paris, 1843,
in-12; Lyon, 1844, in-8°; — Explication des
Évangiles des dimanches et de quelques-unes
des fêtes principales de l'année; Lyon, 1807,
5 vol. iu-8'' et in-12; Paris, 1816, 4 vol. in-12;
Avignon, 1822, 4 vol. in-12; Besançon, 1835,
1838, 2 vol. in-8°; Paris, 1836, 1848, 4 vol.
m-12; 1839, 1842, 2 vol. in-8°; 1840, in-S";
1841, in-8° et 4 vol. in-18; — Considérations
sur l'État ecclésiastique; Paris, 1810, in-12;
Besançon, 1835, 1838, in-8°; Paris, 1835, in-12;
Lyon, 1845, in-8°; — Considérations sur la
Passion de Jésus-Christ; Paris, 1803, 1810,
in-12; Besançon, 1835, 1838, in-8°; Paris, 1836,
in-12 ; Lyon, 1844, in-8''; — Dissertations sur
la Vérité de la Religion , savoir : sur l'authen-
ticité de l'Ancien Testament, sur les miracles,
sur la résurrection de Jésus-Christ, sur la pro-
pagation de la religion; Langres, 1802, 1811,
4 vol. in-12 ; Besançon, 1835, 183S, in-8° ; Lyon,
1843, in-8°; Paris, 1844, in-12; — Disserta-
tions sur les Églises catholique et protestante ;
1809, )n-12; 1816, 2 vol. in-12; Paris, 1833,
2 vol. in-12 ; 1844, in-12 ; — Sur la Différence
de la Constitution française et de la Consti-
tution anglaise; Paris, 1815, in-8°; — Sur
r Instruction publique; Paris, 1S16, in-S"; —
Sur la Responsabilité des Ministres; 1816,
in-8°; — Dissertations morales lues à Ve-
nise dans l'Académie des Filaretti et dans
l'Athénée de cette ville; Paris, 1816, in-8°; —
Sur le Projet de loi relatif à la Responsabilité
des Ministres; Paris, 1817, in-S"; — Réponse
au discours prononcé par M. de Lally- Tol-
lendal sur la Responsabilité des Ministres ;
Paris, 1817, in-8°; — Éclaircissements sur
l'Amour de Dieu; 1818, in-12; — Articles re-
latifs à la Religion , extraits du Journal du
Commer'ce; 1818, in-8°; — Stir le Pouvoir
du roi de publier par une ordonnance le Con-
cordat du 11 juin 1817; 1818, in-8o; Paris,
1821 ; — Projet de loi sur les Élections; Paris,
18-20, in-8° ; — Sur la Déclaration de l'Assem-
blée du Clergé de France de 1682; Paris,
1821, in-S"; 1843, in-12 : c'est une défense des
quatre articles. Le cardinal de La Luzerne a pu-
blié dans Le Conservateur : Sur la Lettre et
l'Esprit delà Charte (14® livraison); — Sur
la Puissance Temporelle ( 38^ livraison ) ; —
Sur la Nécessité de VÉdueation Religieuse
(55^ livraison).; — dans le Défenseur : Sur le
— LAMACHUS
42
Gouvernement représentatif (1. II, p. 49); —
Sur la Nécessité de la Religion dans les hom-
mes en place (t. II, p. 529). On a donné une
édition des Œuvres de M. de La Lxizerne;
Lyon et Paris, 1842, 10 vol. in-8°; mais cette
édition est loin de contenir tous les écrits du
cardinal. Il laissa en manuscrit un Traité théo-
logique sur le Prêt à intérêt, et des Disser-
tations sur les droits et devoirs respectifs
des évêques et des prêtres dans l'Église, qui
ont été publiées par l'abbé Migne (Montrouge),
1844, in-8°. J- V.
Cortois fie Pressigny, archevêque de Besançon, Étogc
de M. le cardinal de La Luzerne, prononcé à la cham-
bre des pairs; dans Le lHonUe2ir du 28 juillet 1821.— No-
tice sur m. de La Luzerne, dans l'Jmi de la Religion
et du Roi, tome XXVIII, p. 225-233. — MahuI, annuaire
Nécroloyique, 1821, p. 239. — Quérard, La France Litté-
raire.
LAMA ( Giovanni- Bernar do) , peintre de
l'école napolitaine , né vers 1508, mort vers 1579.
Fils d'un peintre obscur, il eut pour premier
maître l'Amati; mais Polydore deCaravage étant
venu à Naples en 1527, il s'attacha à cet artiste,
qui apportait avec lui les doctrines de Raphaël
et le goût de la pureté antique. Dans une Piété
que Lama peignit bientôt pour l'église Saint-
Jacques des Espagnols, il montra quels progrès il
avait fait faire à cette nouvelle école, et beaucoup
attribuèrentsonœuvi'eà Polydore lui-même, tant
étaient grandes la correction et la force du dessin,
la vérité des mouvements , la variété de la com-
position. Plus tard , il adoucit un peu le style
hardi de son maître, et se créa une manière plus
suave, dont il ne se départit plus. Parmi ses
meilleurs ouvrages à Naples , on cite encore Le
Christ au milieu des docteurs de Santa-Maria
délia Sapienza et à San-Lorenzo ; — La Vierge
entre saint Antoine et sainte Catherine. La.ma
excella aussi dans le portrait, modela avec ta-
lent, et s'occupa môme d'architecture. E. B — n.
Domenici, f^ite di Pittori !Vapotetani. — SirDe[li,Ginda
de' Forestieri per la cittû di Ifapoli. — Lanzi, Star la
délia Piltura. — Orlandi, Abbecedario — Ticozzi, Di-
zionario.
LAMACHUS ( Aafxaxoç ) , général athénien,
fils de Xénophane, né vers 475 avant J.-C,
mort en 414. On n'a point de détails sur la pre-
mière partie de sa vie. Si on eu croit Plutarque,
Périclès, dans une expédition sur le Pont-Euxin,
le chargea de protéger avec treize vaisseaux le
peuple de Sinope contre le tyran Timésilaùs. La-
machus s'acquitta heureusement de sa mission.
Les partisans de Timésilaiis furent expulsés, et
la ville reçut une colonie de six cents Athéniens.
11 est difficile de préciser la date de cet événe-
ment, qui , suivant le récit de Plutarque, s'ac-
complit avant la paix de trente ans , en 445. Pour
exercer un commandement aussi important'
Lanmchus devait avoir une trentaine d'années,
et c'est d'après cette induction que nous plaçons
la date de sa naissance vers 475. Il ne reparaît
dans l'histoire qu'en 424, la huitième année de la
guerre du Péloponnèse. Il fut détaché avec huit
43
LAMACHUS — LA MARCHE
44
vaisseaux pour recueillir les tribus des villes al-
liées sur la côte asiatique du Pont-Euxin. As-
sailli par un ouragan à l'embouchure du Calex,
près d'Héraciée, il perdit toute son escadre, et
se retira par terre à Chalcédoine. Il figîira parmi
les signataires du traité de 421, et lorsque ce
traité eut été rompu, il partagea avec Alcibiade
et Nicias le commandement de l'expédition de
Sicile, en 415. Dans le conseil tenu à Égeste par
les trois généraux au début de l'entreprise , tan-
dis queNicias, découragé, voulait revenir à Athè-
nes , et qu'Alcibiade opinait pour des négocia-
tions avec les villes siciliennes , Lamachus , tout
en prélérant cette opinion à celle de Nicias ,
déclara qu'à son sentiment il fallait occuper
Mégare comme une excellente base pour les opé-
lations futures, et attaquer immédiatement Sy-
racuse. Cet avis hardi était aussi le plus sage,
et aurait été probablement couronné d'un plein
succès ; il ne fut pas adopté. Les Athéniens n'in-
vestirent Syracuse qu'au printemps de l'année
suivante. Lamachus périt dès le commencement
du siège, en enlevant les défenses avancées de
la place. Sa mort fut une des principales causes
des malheurs qui accablèrent les Athéniens.
Aristophane, dans sa comédie àes Acharniens, a
mis Lamachus en scène comme le type du sol-
dat brave et brutal , aimaat beaucoup la guerre
et fort attaché à sa paye. Plutarque le repré-
sente aussi comme un homme brave et honnête,
un héros sur le champ de bataille , mais si pau-
vre et si mal fourni qu'à chaque entrée en cam-
pagne il demandait au gouvernement de l'argent
pour s'équiper. Cette position gênée le rendit
humble dans ses rapports avec ses riches collè-
gues ; Nicias en particulier, le retint au second
rang, quoique pour la valeur et le sens militaire
Lamachus n'eût pas de supérieur parmi ses con-
temporainsi L. J.
Thucydide, IV, 75; VI, 8, 49, 101, — Plutarque, Périclés,
20; Nicias, 12, IS, 16; Alcib., 18, 20, 21. — Aristophane,
Jcharn., S6B, etc., 960, 1070, etc.
* LAMADELÈNE (Jules-François-Elzéar DE
Collet de), littérateur français, est né en 1820,
à Versailles, où son père, le baron de Collet de
La Madelène, colonel d'infanterie, commandait
le vingt-deuxième régiment de ligne. En 1840, il
fonda à Carpentras (d'où sa famille est origi-
uaire) la Revue du Comtat, dans laquelle il
publia des poésies et le commencement de ['His-
toire des Recteurs du Comtat. De 1844 à 1848,
ii collabora à la Revue indépendante et à l'His-
toire des villes de France (comtat Venaissin,
Carpentras, Vaison, Cavaillon). En 1855 la Re-
vue des Deux Mondes publia un roman de lui ,
Le marquis des Saffras, et Tannée suivante Le
comte Alghiera. En 1857 parurent de lui Les
Ames en peine, in-12 (nouvelle extraite de
La Revue Indépendante); — Les Gants vert-
pâle, nouvelle publiée par le Bulletin de ta
Société des Gens de Lettres, et deux contes inû-
primés dans La Semaine et Le Magasin pitto-
I resque. Les Aventures de Si-Baboury , Les
\ Cinquante Aveugles ou les dîners de Nadir ■
j Khouli.
Son frère, Henry-Joseph , né à Toulouse, en
1826, a publié dans la Revue de Paris plusieurs
romans et nouvelles (.W'e de Fonfanges , Ger-
main Barbe-Bleue , Les Fonds perdus ) , une
biographie curieuse de l'aventurier Raousset-
Boulbon, etc.
M. Hippolyte Baboii, dans la Hevue Française, nu-
méro du 10 juin 1857. — Documents particuliers.
LA AIA1L1LARDIÈKE {Charles- François Le-
FÈVRE , vicomte de ) , littérateur français , né
dans le Cotentin, mort vers 1804. Il servit d'abord
dans la cavalerie , y obtint le grade de capitaine,
et fut ensuite lieutenant de roi au gouvernement
de Picardie, charge qu'il occupa jusqu'à la révo-
lution. Il cultiva les lettres, et fit paitie, comme
membi'e effectif ou honoraire , d'un grand nom-
bre d'académies provinciales. Il avait aussi le
titre de chevalier d'honneur à la chambre des
comptes de Bourgogne. On a de lui : Conquête
de V Angleterre par les Français , anecdotes
intéressantes ; s. 1. n. d., in-8°-, — Éloge anec-
dotique et militaire des Rois de la maison de
Bourbon; — Précis du Droit des gens, de la
guerre, de la paix et des ambassades ; Paris,
1775, in-12; — Histoire politique de V Alle-
magne et des États circommsins dépen-
dances anciennes de V Empire; Paris, 1777,
in-12; — Abr-égé des principaux Traités con-
clus depuis le commencement du quatorzième
siècle jusqu'à présent; Paris, 1779, 2 vol.
ia-12; — Le Produit et le Droit des communes
et autres biens, ou l'Encyclopédie rurale,
économique et civile; Paris, 1782, in-8°; — Tm
Législation Militaire de nos jours ; — Traité
d'Économie Politique, dédié à la France ; Pa-
ris, 1800, 3 part, in-12, recueil d'opuscules qui
ont déjà paru; — et différents Mémoires d'éco-
nomie politique. P. L — y.
Barbier, Dict. des Anonymes. — Desessarls,£es Siècles
Littéraires.
ILA MAISON NEUVE. Voy. HeROET.
LA MALLE. Voy. DOREAU.
LA MARCHE ( Bernard d'Armagnac, comte
de), ué vers 1400, mort vers 1462. Bernard,
seigneur de Montaigu en Combrailles , vicomte
de Cariât et de Murât, comte de Pardiac (ou Per-
driac ), de La Marche et de Castres, était fils de
Bernard VIÏ, comte d'Armagnac, connétable de
France, et de Bonne de Berry. En 1419 il fut
appelé auprès du dauphin (depuis Charles VII ).
Dès l'année suivante il comptait parmi les
principaux auxiliaires de ce prince. En 1423 il
combattit contre les Bourguignons pour le roi de
France, avec les titres de lieutenant et capitaine
général au bailliage de Mâcon, sénéchaussée de
Lyon et Charolais. Le 27 juillet 1424, il épousa
Éléonore de Bourbon , fille unique et héritière
de Jacques de Bourbon, roi de Hongrie, de Na-
ples, Sicile, Jérusalem, comte de La Marche et
«15
LA MARCHE
46
âc. Castres. Ce prince, par sott teetament, en date
(lu 24 janvier 1435, lui légua (comme à l'époux
de ?a fille) ses comtés de Castres et de La Mar-
che. Le roi Jacques, après ces dispositions, se
retira au couvent des claristes de Besançon, et y
mourut, sotis riiabit religieux, le 24 septembre
1438. Bernard d'Armagnac succéda à son beau-
père dans les comtés de Castres et de L^ Mar-
che (1).
Au mois d'avî-il 1425 on le trouve au nombre
des principaux conseillers de Charles VIL En
1428 il accrédita auprès de ce prince un cé-
lèbre chef de guerre, nommé Rodrigo de Villa-
Andrando. De concert avec cet officier arago-
nais, il guerroya dans le raidi contre André de
Ribes, capitaine de routiers, dit le bâtard
d'Armagnac. Bernard le vainquit, et le fit pen-
dre. En 1429 il se rendit à la cour aveclecon-
liétable de Richemont, et offrit au roi ses utiles
serrices contre les Anglais; mais le roi ne voulut
pas les accepter. Le comte de Pardiac fut pour-
suivi par les intrigues et l'envie du ministre La
Trémonille, qui en redoutait la puissante et légi-
time influence. Bernard, enveloppé dansla même
disgrâce que le connétable, dut se retirer en
Guyenne. Georges de La Trimouille , en 1434,
perdit tout pouvoir. D'autres conseillers lui suc-
cédèrent dans la faveur du roi, et Bernard d'Ar-
magnac jouit auprès de Charles VII d'un nou-
veau crédit. En 1435 le comte de Perdriac fut
nommé gouverneur du haut et bas Limousin. Le
traité d'Arras, signé la même année, désignait le
comte comme l'un des princes qui devaient se
porter garants de l'exécution pour le roi de
France. Vers 1437 Louis, dauphin, atteignit l'âge
de quatorze ans ; il entrait dans une nouvelle
période de son éducation et de son existence.
Charles Vil, connaissant les moeurs, les lumiè-
res, les services et la fidélité du comte de La
Marche, le nomma gouverneur du dauphin.
Le caractère ombrageux, indiscipliné, du jeune
prince , rendait cette mission particulièrement
délicate. Bernard d'Armagnac répondit pleine-
ment à cette preuve de confiance. Il prodigua à
son pupille les meilleurs enseignements, et spé-
cialement ceux de l'exemple. En 1437, il com-
battit les Anglais à Château-Landon, à Nemours
et à Montereau. Au mois de novembre de cette
année, il accompagna le roi et le dauphin lors-
que Charles VU fit son entrée dans la capitale.
Bernard d'Armagnac recueillit pieusement les
restes mortels de son père (le connétable),
massacré en 1418, et qui avait été privé des hon-
neurs religieux de la sépulture. Le comte de
La Marche, après avoir fait célébrer en l'hon-
neur de son père un sei'vice soJennel , emmena
ces dépouilles avec lui pour les inhumer dans sa
terre d'Armagnac.
(I) Dès 1432 Bernard reçut l'hommage des vassaux du
coralc de Castres. Il porta on outre du vivant de son
beau-père les titres de comte de Castres et de la Mar-
di^, tiolumnient uJirËë le testament du roi Jacques.
Le 25 mai <439, Loiiis dauphin fit son entrée
à Toulouse, comme gouverneur temporaire du
Languedoc, où le roi son père venait de lui con-
fier une mission importante. L'archevêque de
Toulouse et le comte de La Marche furent pré-
posés par le roi pour se joindre au jeune prince
et pour le guider de leurs conseils. En 1440
eut lieu la Praguerie. Le dauphin Louis , sans
égard pour les instructions tout opposées qu'il
recevait de son gouverneur, leva contré son
père l'étendard de la révolte. Le comte de
La Marche, voyant son autorité méconnue et
ses efforts méprisés, se rendit auprès de Char-
les VII. U l'instruisit de la conduite que tenait
le dauphin, et, mettant au service du roi son
énergique fidélité, il contribua puissamment à
réduire le jeune Louis par la force des armes.
U accompagna, au nom du roi, dans le mois de
mai de cette année, Catherine de France, lors-
que cette princesse vint à Reims épouser le
comte de Charolais, Charles le Téméraire, fils
du duc de Bourgogne. Eu 1441 le comte Ber-
nard combattit de nouveau les Anglais, sous les
yeux et à côté du dauphin ( qui fit ainsi ses pre-
mières armes ), à Creil et à Pontoise. 11 con-
tinua de servir auprès du roi comme membre du
grand conseil jusqu'en mai 1444.
A partir de cette époque il paraît s'être retiré
dé la cour (1), où ri apparaît de nouveau en
1457. Au mois de décembre de cette année,
le comte de La Marche fut un des seigneurs
qui accompagnaient le roi en sa résidence de
Tours et que ce prince envoya recevoir les
ambassadeurs de Ladislas, roi de Hongrie. A
cette époque, le comte Bernard jouissait d'une
pension de douze mille livres, que le roi lui avait
accordée en 1451. On le retrouve en 1458 et
1460 comme membre du grand conseil. Bernard
d'Armagnacs assista Charles VU à ses derniers
jours, et lui survécut peu de temps.
Georges Châtelain, dans la partie inédite de
sa chronique, nous a laissé un portrait plein
d'intérêt et de vérité, qui nous peint morale-
ment le caractère du comte Bernard. Ce portrait
nous fait voir en lui un contraste frappant avec
les autres membres de sa race et de sa famille.
Les Armagnac en effet peuvent être pris pour
les types des grands barons du moyen âge, in-
disciplinés, orgueilleux jusqu'à la licence et jus-
qu'à la barbarie, effrénés. Bernard, au contraire,
conciliait avec la bravoure des sentiments pro-
bes, humains, débonnaires; le respect de la loi,
de la morale , l'humilité et la piété. Georges
Châtelain nous représente le comte Bernard fai-
sant lire en sa présence dans sa salle, à l'heure
des repas, « la Bible , l'exposition des Saintes
(1) En 1450, il lut envoyé par Charles "VII auprès du
comte Jean V d'Armagnac, neveu de Bernard, qui vi-
vait maritalement avec sa propre sœur et s'affranchis-
sait de toute espèce de loi. Bernard avait pour mission
d'exhorter le comte à rentrer dans le devoir. Il échoua.
( Voy. Àrmagnae, Jean f .)
47
LA MARCHE
48
Écritures, livres de doctrine et de moralité, li-
vres de. fruit et de perfection, livres de mœurs
et de bons enseignements, et toutes telles cho-
ses si bien, qu'il faisoit plus quoy (1) en sa mai-
son qu'en un refrottoir de chartreux (2) ».
Suivant Georges Châtelain, le comte Bernard
eut une filled'une grande beauté, qui, après avoir
été destinée au trône, se fit religieuse en un cou-
vent de Sainte-Claire. Le même chroniqueur,
dont le style n'est pas exempt d'obscurité, donne
h entendre que le comte Bernard finit lui-même
ses jours dans un monastère de cet ordre, ainsi
que sa fille, et ainsi que l'avait fait le roi Jac-
ques, son beau-père.
Vallet de Viriviixe.
Manuscrits l/^grand, torae VI, page 23, et Brienne 818,
fol. 199. — Relation du chambrler de Saint-Martial à
Limoges (Voyage du roi en 1489), Imprimée dans le
tome XI des Mémoires de la Société des antiquaires
de France. — Anselme, Histoire généaloçiique, t. IH,
p. 427. — Monstrelet à l'année 1487. — Dom Valssète,
Histoire du Languedoc, In-fol., t. IV, p. 491. — Barante,
Ducs de Bourgogne. — Bibliethégue de l'École des
Chartes, tome IV, p. 72, et tome VI, p. 158. — Jean Char-
tier, édition Jannet, 1858, tn-16 ; Lu chronique de la Pu-
celle, 18d9, in-16 ; Charles Vil et ses conseillers,- 1859,
in-8°. Consultez les tables de ces trois derniers ouvrages,
au mot Armagnac.
LA MARCHE ( Olivier de ), chroniqueur et
littérateur français, né (3) vers 1426, mort le
\" février 1502. A l'âge de huit ans il fut em-
mené par son père, qui vint s'établir au château
de Joux, près Besançon, en qualité de capi-
taine pour le duc de Bourgogne. II fit ses pre-
mières études, avec quelques gentilshommes du
voisinage, à Pontarlier près Joux. En 1439, sa
première éducation terminée , il entra dans les
pages du duc de Bourgogne, et devint en 1447
écuyer pannetier. En 1452 il accompagna Char-
les le Téméraire, comte de Charolais, dans son
expédition contre les Gantois. A partir de ce mo-
ment il resta constamment attaché à ce prince,
dont il suivit avec une fidélité inébranlable la
bonne et surtout la mauvaise fortune. Le 9 fé-
vrier 1454, Philippe le Bon célébra en sa ville de
Lille un banquet qui se termina par le Vœu du
Faisan. Olivier de La Marche, auteur et ac-
teur, joua un rôle dans un intermède qui servit
à l'ornement de cette fête. Il y parut sous les
traits <( d'une dame en manière de religieuse ,"
(1) ÇMiefwm.-sa maison était plus tranquille qu'un ré-
fectoire de chartreux. Bonne de Berry fut la mère oc
deux saints. Mariée en premières noces à Amédée VU,
duc de Savoie, elle en eut Amédée VIIl, qui quitta le
trône pour devenir ermile, puis pape, et qui est classé
au nombre des bienheureux. En 130S elle épousa le
comte d'Armagnac, et donna le jour au personnage dont
on retrace ici les vertus.
(2) Le ros. 7190, 5 fonds français du roi, contient les
Gestes d'Alexandre le Grant. Ce même volume a été
successivement posséd'é par le roi Jacques cl le comte
Bernard. ( Voy. P. Paris, Les Manuscrits, etc., torae VI,
p. 209. )
(3) Olivier, fils de Philippe, naquit, selon M. Weiss,
dans la terre de La Marclie, au l)ailliage de Saint-Lau-
rent, qui faisait alors partie de la comté de Bourgogne
appelée depuis Franche- Comté.
vêtue d'une robe de satin blanc , et par-dessus
avoit un manteau de drap noir et la tête affublée
d'un blanc couvrechef à la guise de Bourgogne
ou de recluse ». Ce personnage, que jouait Oli-
vier, représentait Sainte Église. Peu de mois
après, Philippe le Bon reçut à Nevers le duc et
la duchesse d'Orléans ainsi que la duchesse de
Bourbon. Olivier de La Marche, de concert avec
Georges Chastelain, premier orateur du duc, fut
chargé de pourvoir à l'exécution d'un nouveau
mystère par personnages, où figuraient Alexan-
dre, Hector et Achille. A cette occasion, Olivier
de La Marche reçut de Philippe le Bon une
gratification de 12 écus d'or, en témoignage de
la satisfaction qu'en avait le duc de Bour-
gogne.
En 1464, Louis XI envoya un homme éprouvé
à Gorckum en Hollande, oii se trouvait le comte
de Charolais. Cet homme, nommé le Bâtard de
Rubempré, devait épier le comte et transmettre
au roi de France des renseignements secrets.
Maisde Bâtard fut arrêté, et Olivier de La Mar-
che s'entremit avec loyauté dans cette affaire,
qui touchait aux plus chers intérêts du comte
Charles. Louis XI conçut de là une rancune vio-
lente contre Olivier et demanda vainement qu'il
lui fût livré pour le punir à son gré. L'année
suivante (1465), Olivier de La Marche fut armé
chevalier, et prit part à la bataille de Montlhéry,
Au mois d'octobre suivant, pannetier du comte
de Charolais , il remplit à Bmxelles une mis-
sion de confiance : il s'agissait d'obtenir du duc
de Bourgogne et de rapporter en espèces un sub-
side de cent mille écus d'or. En 1466 et années
suivantes, Olivier de La Marche fut envoyé
comme ambassadeur en Angleterre. Le comte de
Charolais, devenu duc de Bourgogne, le nomma
bailli d'Amont en Franche-Comté et capitaine
de ses gardes. De 1474 à 1476 il lui confia de
nouvelles missions politiques, délicates ou im-
portantes. En 1477, le seigneur de La Marche
se conduisit avec bravoure à la bataille de
Nancy : Il y fut fait prisonnier, et assista comme
témoin occulaire à cette catastrophe, qui fut
marquée par la mort de son maître, Charles le
Téméraire, dernier duc de Bourgogne de la mai-
son de Valois.
Olivier recouvra peu de temps après sa li-
berté. Il se rendit aussitôt en Flandres auprès
de la princesse Marie, héritière de Bourgogne,
qui le retint en qualité de maître de son hôtel.
La même année, Olivier de La Marche fut en-
voyé par la princesse Marie au-devant de sou
futur époux, le prince Maximilien, fils de l'em-
pereur. Olivier devint aussitôt premier maître
ou grand maître d'hôtel de Maximilien. En 1483
son gouvernement l'envoya complimenter le roi
de France Charles VIII, qui venait de succéder
à Louis XL En 1492 il était encore premier
maître d'hôtel au service de Maximilien d'Au-
triche, et dédiait à ce prince l'introduction de
l'une des parties de ses mémoires. I! mourut
49
LA MARCHE
50
plein de jours, à Bruxelles (1), et fut inhumé en
l'église (le Saint-Jacques de Caudenberg, près le
palais des ducs de Brabant.
Il existe deux portraits d'Olivier de La Mar-
che, qui peuvent donner une idée des traits de
sa physionomie. Le premier, signé A W pinxit,
a été gravé dans \' Europe illustre, 1754, gr.
in-8°, t. n. L'autre, non moins précieux, est
une très-jolie miniature peinte vers 1495, sur vé-
lin, au frontispice de l'un des manuscrits qui con-
tiennent le texte de ses mémoires : l'auteur y est
représenté à genoux, et offrant son œuvre au
souverain de la comté de Bourgogne (2). Sa de-
vise était tant a souffert la Marche. On
trouvera dansIeMs.Béthune 8440, folio 17, une
lettre autographe, adressée par Olivier de La
Marche au comte deNevers, et datée de Bruxelles,
le 7 octobre 14.6.5.
Voici Id liste des ouvrages qui nous sont con-
nus d'Olivier de La Marche.
1° Ses Mémoires; prose et vers. On trouve
des manuscrits de cet ouvrage : à la Biblio-
thèque impériale de Paris, n" 8419, très-beau ms.
orné de miniatures ; 8419, 2; 9597, 9, h. et à la
Bibliothèque de Lille : G. A. 23. — Éditions im-
primées : Lyon {3) Boviile, 1562,in-fol. ; Gand,
1567, in-4''; Bruxelles, 1616, in-4''; Louvain,
1645, in-4''. La dernière est celle du Panthéon
littéraire, 1842, gr. in-8°.
2° État de la Maison de Charles le Témé-
raire, duc de Bourgogne ; en prose. Manus-
crits : Bibl. imp. n° 8430, 2, fonds français; ms.
De la Mare à Dijou; Fevret deFontette, Biblio-
thèque historique de la France, tome II,
n° 25471 ; Ms. de la bibliothèque de Douai, classe
de l'histoire de France. — Imprimés .-en flamand,
dans le tome I de la collection d'Antoine Mat-
theus intitulée : Veteris sévi Analecta, Leyde,
1698, 10 vol. iû-8°; en français, dans les Mé-
moires d'Olivier de La Marche, Bruxelles, 1616,
et dans d'autres éditions déjà citées.
3° Traité des Duels, ou des gages de ba-
taille, en prose, Manuscrits : Bibl. imp. Du-
chesne, 9612. A B, E; 9910, Cangé 71. — Im-
primé dans un recueil intitulé : Traité et Ad-
visde quelques Gentilshommes français sur
les Duels et gages de bataille , Paris, Jean
Richer, 1586, in-S^. Ce traité a été publié, la
même année, séparément, par le même éditeur.
4° Traité de la manière de célébrer la noble
feste de la Toison d'Or. — Ms. français, ancien
fonds du roi 9675, E. ; en prose.
5" La Source d' Honneur pour maintenir la
corporelle élégance des dames en vigueur
(1) Olivier testa le 8 octobre ISOl. Il ne put mourir
par conséquent le !=■• février 1301, comme le disent plu-
sieurs biograplies ; 1501 doit être pris d'après le cora-
put ancien, où l'année camraençait à Pâques.
(2) Ms. de la Bibliothèque impériale de Paris, n° 8419,
fol. 5.
(3) Selon M. Weiss, l'édition de Lyon { ■princeps ) a
été donnée d'après le ins. de Charles du Poupet, seigneur
de la Chaux.
florissant et prix inestimable ; Lyon, I532,
in-8*, fig. envers. (F. deFontette).
6° Le débat de Cuidier et de Fortune en
vers. Manuscrits: Bibl. imp. n° 2232, et Saint-
Germain 1570. Édition imprimée : Valencien-
nes, Jeande Liège, vers 1500, in-4°.
7" Le Mirouer de la Mort, en vers. Imprimé,
petit in-fol. de 16 pages, sans lieu ni date ( avec
les caractères dont se servit Mathias Husz de
Lyon en 1484 ).
8° ie Parement des Dames, prose et vers;
moralité avec figures. Manuscrits : Bibl. imp.
Cangé 37, miniatures (1), 2866; La Vallière, mi-
niatures; 8042, 8061. — Imprimés : Paris, Jean
Petit, 1510; Lenoir, 1520 ; Jehannot, Trepperel,
sans date in-8"; Lyon, AmouUet, in-16.
9° Les Adevineaux amoureux, prose et vers.
Manuscrit : British Muséum de Londres, fonds
royal F 16 in-fol. n° 138 : magnifique ms. à mi-
niatures. — Imprimé vers 1477, à Bruges, chez
Colart Mansion ; deux éditions petit-in-4o (2).
10° Le Chevalier délibéré, ou la vie et la
mort de Charles le Téméraire, poëme allégo-
rique, composé en 1483. Manuscrits .-n"» 8048;
7622, 5, 5.; 2862; La Vallière 74; 1634, sup-
plément français (Bibliot. imp.). Arsenal: belles-
lettres, no 173, vélin, miniatures. — Éditions
imprimées: Paris, Vérard, 1488, in-4° et 1493;
Lenoir, 1489 et 1501, in-4°; Lambert, 1493;
Trepperel, 1495 et 1500; Sergent, sans date
in-4° ; Schiedam, en Hollande, vers 1500, in-fol. ;
Lyon, Havard, sans date, in-4''. Réimprimé dans
la collection Silvestre; Paris, 1838, in-16.
11° La Vie de Philippe le Hardi en qua-
trains. Manuscrit de la bibliothèque de Turin
Gl, 21.
On attribue à Olivier de La Marche divers
opuscules poétiques contenus dans ce dernier
volume et dans les autres manuscrits ci-dessus
indiqués (3). Mais l'œuvre la plus importante de
ce chroniqueur, ce sont, pour le répéter, ses Mé-
moires, dont les textes les plus complets pa-
raissent s'étendre de 1435 à 1492. Olivier de La
Marche, comme historien , occupe aux yeux de
la critique une place importante, entre Georges
Chastelain et Philippe de Commines. Olivier se
déclare l'humble disciple de Georges, qu'il pro-
clame, de l'avis de son siècle, le modèle su-
blime du genre. Olivier, cependant , nous pa-
rait aujourd'hui l'emporter sur son maitre par
un mérite essentiel : La Marche est intelligible et
clair, tandis que Chastelain demeure pour nous
une longue énigme ampoulée. Philippe de Com-
mines trahit la cause de son maître pour se faire
(1) Reprodultpar extraits avec figures dans le Magazin
pittoresque 1838, pages 356 et suiv.
(2) A proprement parler, 0. de la Marche n'est point
l'auteur de ce recueil, qui existait dès 1373, Mais il l'a
édité, publié de nonvean, et paraît l'avoir augmenté.
Voy. Bulletin du Bibliophileàe'ïcchpneT, 184G, p.jges 845
et sulv. et Revue de l'aris, 1853, p. 374, itc.
(3) Pour les œuvres impriinée.^, voy. Fevret de Fontette et
le Manuel du Libraire de Ch. Brunet, aumot laMurehe.
51
LA MARCHE — LA MARCK
52
l'hisforien et le panégyriste du vainqueur, le
panégyriste de Louis XI. L'histoire a gagné
dans cette défection ce qu'y a perdu la mo-
rale. L'inverse est arrivé pour Olivier de La
Marche. L'horizon politique de sou œuvre offre
moins d'étendue et par conséquent un moindre
intérêt que celui de Comniines. Mais il vaut
mieux sous le rapport de l'honnêteté et de quel-
qlies détails. Élevé à la cour pompeuse d'Isa-
belle de Portugal et des ducs de Bourgogne,
Olivier de La Marche futleBlondel de Charles le
Téméraire et de la féodalité française, qui périt
avec ce prince dans les marais de Nancy. La
Marciie n'a pas été seulement l'historien, il a été
le poëte de la féodalité. Ses écrits contiennent
tous, sans exception, des notions précieuses
pour nous faire bien comprendre une face entière
et importante du monde moral, tel qu'il était au
moyeu âge , c'est-à-dire les mœurs et les idées
chevaleresques. A ce dernier point de vue, les
œu\Tes de cet écrivain présentent un intérêt
qui n'est pas, il s'en faut, épuisé. Olivier de La
Marche mériterait, sous ce rapport et il attend
toujours de notre siècle historique, une véri-
table édition critique etcomplètedeses ouvrages.
Valletde VmiVILLE.
Documents manuscrits (notices,etc.) : Cabinet des titres,
dossier La Marche, Mss. Béthune, n» 8W0, fol. 17 ; Gai-
gnières 772,2, fol. 448 v». Ms.lS44. Bibliothèque royale
de La Haye.
Documents imprimés : Dreux du Radier, L'Europe
illustre, 17S4, gr. in-8o,!figares, t. U. — Villeneuve Barge-
mont, Histoire de René d'Anjou, 1825, in-8°, t. II, p. 373
et sulv. — Mémoires de Commines , édition Dupont,
1840, 3 vol. in-8", a la table. — Panthéon littéraire, Mé-
moires de La Marche et Notice. — D. Plancher, Hist.
de Bourgogne, t. IV. — Barante et Léon de La Borde,
Ducs de Bourgogne, aux tables. — Bxdletin de la So-
ciété de l'histoire de France, in-8=, 1858, p. 296 et
sulv., etc.
LiA MARCHE { Jean-François) , prélat fran-
çais, né dans le diocèse de Quimper, en 1729,
mort à Londres, le 25 novembre 180€. Issu
d'une ancienne famille noble de Bretagne, il sui-
vit d'abord la carrière des armes, fit une cam-
pagne en Italie en qualité de lieutenant de dra-
gons, assista à la bataille de Plaisance, où il fut
blessé, et fut élevé en 1747, au grade de capitaine
dans le régiment de la Reine- Infanterie. Après la
paix d'Aix-la-Chapelle, il quitta le service pour
embrasser l'état ecclésiastique. D'abord chanoine
et grand-vicaire de Tréguie.r, puis abbé de Saint-
Aubin-des-Bois, il fut, en 1772, promu à l'évêché
de Saint-Pol-de-Léon. Au commencement de la
révolution, La Marche refusa formellement d'o-
béir à la constitution civile du clergé. Les popu-
lations s'agitaient. L'administration départemen-
tale fit traduire l'évêque au tribunal récemment
établi à Morlaix. Décrété d'accusation le 8 janvier
1791, il s'enfuit à Londres. Le célèbre Burke et
d'autres Anglais lui vouèrent une amitié toute
particulière, et procurèrent aux émigrés fran-
çais des secours que Lamarche fut chargé de dis-
tribuer. Il s'acquitta de cette mission avec inté-
grité jusqu'à sa mort. Son oraison funèbre fut
prononcée par l'abbé duChâtellier, depuis évêque
d'Évicux, dans la chapelle française deConwey-
Street, Fiizi'oy-Square, et son portrait, exposé
dans la galerie du Louvre sous la restauration,
excita parmi les royalistes un vif intérêt. Outre
des Mandements , on a de ce prélat une Lettre
pastorale et une Ordonnance qu'il écrivit de
Londres, le 20 août 1791, à ses diocésains pour
les prémunii- contre le schisme qui menaçait
l'Église.
F.-X. Tessier.
Lubersac,/oaniai historique et religieux de l'émigra-
tion et déportation du clergé de France en Angle-
terre.
LA MARCHÉ - coiTRMONT ( Ignace Hu-
GARY ue), littérateur français, né le 25 mars
1728, à Paris, mort à l'île Bourbon, en décembre
1768. D'abord chambellan du margrave de Ba-
reuth,-il fut capitaine au service de France dans
les volontaires de Wurmser. Il voyagea beau-
coup en Italie , en Allemagne , en Pologne , et
s'occupa de littérature durant ses moments de
loisir. On a de lui : Lettres d'Aza, ou d'un Pé-
ruvien ; Amsterdam, 1749, l760,in-12: pastiche
médiocre des Lettres péruviennes de M™^ de
GrafSgny, à la suite desquelles on le trouve
souvent imprimé ; — Essai politique sur les
avantages que la France peut retirer de la
conquête de Vile de Minorque; Citadella
(Lyon), 1757, in-12; — Essai d'un nouveau
journal intitulé « Le Littérateur impartial,
ou précis des ouvrages périodiques « ; La
Haye et Paris, 1760. in-12 : ce projet n'eut point
de s'iite; — Réponse aux différents écrits
publiés contre la comédie des Philosophes,:
1760, in-12. Cet auteur a pris part au Journal
Étranger, dont le privilège fut accordé en son
nom. K.
Nécrol. des Hommes Célèbres, 1770.
LAMARCK ( Auguste - Marie -Raymond, de
la famille des princes i'Arenberg). Voy. Aren-
BERG.
LA MARCK { Evrard de ) , cardinal évoque
et seigneur de Liège , né vers 1475, mort le 16 fé-
vrier 1538, était fils de Robert de La Marck, duc
de Bouillon et de Olivia Dynasta. Ses qualités
personnelles, la noblesse de son origine, les ser-
vices rendus à l'église de Liège par ses ancêtres
Adolphe etEngelbert,qui en avaient été évêques,
le firent porter, en 1506, d'un consentement una-
nime , sur le siège épiscopal de cette ville. Tan-
dis qu'il envoyait à Rome deux chanoines pour
faire ratifier par Jules II l'élection du chapitre,
des sénateurs et des bourgmestres, i l se retira dans
le monastère de Saint-Laurent , puis à la char-
treuse de Mont-Dieu, près de Sedan, afin de s'y pré-
parer, parla prière et par la retraite, à recevoirles
ordres sacrés. La bulle pontificale arriva vers la
fête de Pâques. Aussitôt les commandants des
places fortes et les autres officiers de la princi-
pauté de Liège se rendirent à Sedan pour se faire
confirmer dans leurs fonctions. Apiès avoir reçu
le sacerdoce au monastère de Saint-Laurent et
53
LA MARCK
54
l'onction épiscopale à Tongres en présence des
évêques de la province, il se rendit à Liège, dont
il confirma les titres et privilèges, et où il fut reçu
en triomphe. Il gouverna son diocèse de manière
qu'au milieu des guerres incessantes qui déso-
laient alors les provinces voisines il jouit d'une
paix contiiluelle. Également attentif aux intérêts
spirituels et temporels de ses sujets, il rétablit
l'ancienne discipline dans le monastère de Saint-
Hubert , premier évèque de Liège, et fit sortir
du territoire liégeois , par !es négociations et par
la force , un corps de troupes impériales qui y
voulaient prendre leurs quartiers d'hiver. Pen-
dant l'année 1503, il embellit la ville de Liège,
fit construire deux tours de marbre, relever
les forteresses que le temps ou la guerre avaient
détruites , frapper des pièces de monnaies dont
il sollicita l'introduction dans les provinces voi-
éines , afin de faciliter les relations commerciales.
Il régla le port d'armes , décréta des lois contre
les blasphémateurs, et donna une châsse magni-
fique pour renfermer les reliques de saint Lam-
bert. En récompense des services qu'il avait
rendus à Louis Xil dans les affaires d'Italie ,11
reçutl'évêché de Chartres. François I" avait pro-
mis de lui faire obtenir le chapeau de cardinal ;
mais un protégé de la duchesse d'Angoulême lui
fut préféré. Soit par ressentiment, soit parla
force des circonstances, l'évêque de Liège entra,
en 1518, dans la ligue de l'Autriche contre la
France, et poussa le zèle pour la cause de Maxi-
milieu et de Charles Quint jusqu'à combattre
son propre frère, Robert de La Marck, qui avait
fait la paix avec François I^''. Dans la diète de
Francfort , il favorisa par soft éloquence l'élection
de Charles Quint à l'empire. Ceprince, en récom-
pense, lui donna l'archevêché de Valence, et lui
fit obtenir le chapeau de cardinal en 1 521 . Léon X
en accordant à La Marck cette dignité avait aussi
ses desseins : il voulait l'attacher plus étroite-
ment à la cour romaine et aiguillonner son zèle
contre les doctrines que Luther commençait à
répandre en Allemagne. Aussi le luthéranisme
naissant n'eut point d'ennemi plus actif et plus
implacable. Au rapport d'Abraham Bzovius, pour
triompher de l'hérésie qui commençait à se mani-
fester à Liège et dans les environs, menaçant à la
fois la sécurité de l'Église et de l'État, ce prélat,
de concert avec les échevins et autres officiers,
établit dans chaque paroisse des hommes d'une
doctrine et d'une probité reconnues , ayant pleins
pouvoirs de faire des enquêtes et de sévir contre
les hérétiques. L'enquête fit découvrir un grand
nombre de ces derniers : ils furent punisde l'exil
ou de la mort et de la confiscation de leurs biens.
On raconte qu'il fit clouer la langue à l'un des
théologiens protestants. Il leur défendit, sous les
peines les plus sévères, d'ouvrir des écoles et
de tenir des assemblées. Tout ce qui de près ou
de loin sentait l'hérésie lui était en horreur. Il
avait d'abord accueilli avec bienveillance Érasme,
qui lui avait dédié sa Paraphrase de l'Épîlre
aux Romains ; mais il rompit avec ce savant et
le regarda comme un païen et un publicain dès
qu'il lui parut favorable aux doctrines nouvelles.
Son zèle embrassait l'Europe entière. En 1529 il
fut appelé au congrès de Cambrai, où fut conclue
la Paix des Dames. En 1532 il arma à ses frais
un corps lîe troupes contre les Turcs. Nommé
légat a latere en 1533, il travailla avec une
nouvelle ardeur au rétabUssement de la disci-
pHne ecclésiastique et à l'extirpation de l'hérésie.
Il avait à cet effet convoqué un synode à Liège
en 1538. Mais les prêtres, poussés par quelques
chanoines dont le prélat avait repris l'inconti-
nence, et par cet esprit d'indépendance qui com-
mençait à souffler sur l'Europe, se retirèrent à
Louvain, et se déclarèrent contre l'évêque. La
Mark espérait cependant triompher de tant d'ob-
stacles lorsqu'il mourut, après avoir gouverné
l'église de Liège pendant trente ans.
F.-X. TliSSIEK.
Chapeauville , Histoire des Cardinaux , toni. III ,
chap. S et 6. — Auber, Histoire des Cardinaux , III,
331. — Louis Déni d'AtUchy, Flores Cardinalium, t. III.
LA sîARCfi. ( Robert II , comte de), duc de
Bouillon, prince de Sedan, mort en 1535, était
fils de Robert P", tué devant Ivoy, en 1489. I!
embrassa le parti de la France contre l'Autriche,
et s'unit à son frère Evrard pour combattre
Maximilien. Les plus sanglants revers ne purent
ébranler sa fidélité. Il accompagna le maréchal
Trivulce dans l'expédition de Naples, et reparut
en Italie, en 1513, avec le titre de lieutenant
général de La Trérnouille. Il se trouva, le G juin
de la même année, à la désastreuse bataille de
Navarre , avec deux de ses fils, Fleuranges et
Jametz. On lui dit qu'ils sont restés dans un
fossé , tout couverts de blessures. Il prend avec
lui quelques hommes , perce six lignes de Suisses
victorieux., trouve ses deux fils couchés par
terre , charge Fleuranges sur son cheval , met
Jametz sur celui d'un des siens , et rejoint la ca-
valerie française , malgré les Suisses qui veulent
lui barrer le passage. A la sollicitation d'Evrard,
Robert passa plus tard dans le parti de Charles
Quint, qu'il abandonna bientôt. S'étant ensuite
réconcihé avec François Y^, il envoya un cartel
à l'empereur, et entra dans le Luxembourg. La
défaite des Français sous les murs de Pavie
força François \" de désavouer la conduite de
La Marck, qui, réduit à ses propres forces , se
vit chassé de ses tÉats. Ils lui furent rendus en
1526 par le traité de Madrid, où le roi de France
n'oublia pas de stipuler les intérêts de son allié.
LA 3IARCR ( Robert IV, comte de), fils de
Robert III ( voy. Fleuranges ), obtint le bâton
de maréchal en 1547, par son mariage avec une
des filles de la duchesse de Valentinois, maîtresse
de Henri II. Il contribua en 1552 à la prise de
Metz, et fut nommé lieutenant général en Nor-
mandie. L'année suivante, chargé de défendre
Hesdin contre les Impériaux , il se vit forcé de
capituler. Il mourut en 1556,
55
LAMARCK
5G
LA MARCK {Henri- Robert, comte de), fils
du précédent , lui succéda dans le gouvernement
de Normandie, y favorisa le protestantisme, et
ne laissa qu'une lilie , qui épousa Henri de La
Tour, vicomte de Turenne, dont elle n'eut point
d'entants (1594). F.-X. Tessier.
De Fleuranges, Histoire des Choses viémorables ar-
rivées en France, Italie et Allemagne depuis l'an
1503 jusqu'en 1521, dans le t. XVI de la collection des lUé-
moires historiques relatifs à l'histoire de France. —
Mezerai, Histoire de France, tom. III.
LA MARCK {Robert DEi),,maréchalde France.
Voy. Bouillon.
LAMARCK {Jean-Baptiste-Pierre- Antoine
DE MoNET DE ), célèbre naturaliste français, né
à Barentin, en Picardie, le 1^" août 1744, mort à
Paris, le 18 décembre 1829. Huitième enfant
d'une famille noble, originaire duBéarn et fixée
en Picardie, mais qui n'avait qu'une fortune
très-médiocre, Lamarck fut destiné par son père
à l'état ecclésiastique, qui était alors la seule
carrière ouverte aux cadets de familles nobles ,
et élevé dans ce but dans l'établissement des
jésuites à Amiens. Mais les traditions et les
exemples de sa famille lui inspiraient d'autres
idées. Son frère aîné était mort à l'assaut de
Berg-op-Zoom, l'un des faits militaires les plus cé-
lèbres du dix-huitième siècle ; deux autres étaient
sous les drapeaux. Devenu à l'âge de seize ans,
par la mort de son père, libre de choisir sa car-
rière, il partit, sur un mauvais cheval et suivi
d'un pauvre garçon de son village, pour rejoindi'e
en Hanovre l'armée du maréchal de Broglie,
muni d'une lettre de recommandation qu'une
voisine de campagne lui avait donnée pour M. de
Lastic, colonel du régiment de Beaujolais. Il at-
teignit l'armée la veille de la bataille de Jillings-
hausen ( 14 juillet 1761), perdue par suite de la
mésintelligence des deux généraux, Bi'oglie et
Soubise. Lamarck , dont la mine chétive et
enfantine avait fort déplu la veille à M. de Lastic,
s'y distingua par un acte de courage, où il montra
cette froide résolution qui fut pendant toute sa
vie un des traits les plus remarquables de son
caractère. Attaché , comme cadet, à une com-
pagnie d'infanterie, il fut pendant une partie
de l'action exposé au feu de l'artillerie prus-
sienne : tous les officiers et sous-officiers y
périrent; Lamarck, devenu chef de cette petite
troupe, s'opposa obstinément à la retraite qui lui
était demandée par le plus ancien des quatorze
grenadiers qui restaient avec lui , jusqu'au mo-
ment où il reçut un ordre exprès du colonel,
qui ne lui arriva qu'avec de grandes difficultés.
Cette action d'éclat fut remarquée par le général
en chef, qui nomma Lamarck officier sur le champ
de bataille.
Une circonstance particulière ne tarda pas
à interrompre une carrière dont le début était
si brillant. Promu lieutenant, il suivit son ré-
giment lorsque la paix fut signée, en 1762. Dans
les garnisons de Toulon et de Monaco, un de ses
camarades l'ayant soulevé par la tête, cette
circonstance détermina chez Lamarck une lé-
sion dans le cou , et le jeune officier fut obligé
de se rendre à Paris pour s'y faire soigner.
Il avait alors vingt-quatre ans. Cet accident et
très-probablement aussi le peu d'attraits qu'of-
frait à son esprit méditatif la vie désœuvrée des
garnisons l'engagèrent à quitter le service pour
étudier la médecine. Mais n'ayant pour vivre
qu'une rente de 400 livres , il fut obligé provi-
soirement d'entrer chez un banquier, où il tra-
Taillait une partie du jour, tandis que les quel-
ques heures qui lui restaient étaient consacrées
à des études scientifiques. Il habitait alors une
espèce de mansarde dans le quartier latin, et
c'est, disait-il plus tard, ce logement, plus élevé
qu'il n'aurait voulu, qui lui donna le goût des
études météorologiques. Mais tout en s'occu-
pant de ses études médicales, il s'était pris d'un
grand attrait pour les sciences naturelles, et
principalement pour la botanique. Cette der-
nière étude n'était pas entièrement nouvelle pour
lui , car il l'avait déjà entreprise pendant les
loisirs de garnison. 11 s'y remit avec cette ré-
solution persévérante qu'il portait en toutes
choses, et il ne tarda pas à s'y distinguer d'une
manière brillante. Déjà un premier mémoire
Sur les Vapeurs de l'Atmosphère avait été
l'objet d'un rapport très-favorable lu par Duha-
mel à l'Académie des Sciences. Bientôt un ou-
vrage de botanique, qui fut en quelque sorte un
ouvrage de circonstance , le fit connaître des sa-
vants , et même du public , de la manière la
plus avantageuse. J.-J. Rousseau avait mis la bo-
tanique à la mode. Le goût des herborisations et
des herbiers se répandait parmi les gens du
monde , et le système artificiel de Linné fournis-
sait aux amateurs le moyen de trouver facilement
le nom des plantes ; mais cette méthode présen-
tait dans la pratique des difficultés assez grandes.
Lamarck pensa que l'on pourrait arriver par des
procédés beaucoup plus simples à la solution de
ce petit problème. Ayant un jour soutenu cette
opinion devant quelques personnes , on le mit
au défi de faire mieux que Linné; il accepta le
défi, et bientôt il apporta le plan et l'essai d'une
méthode que l'on a désignée depuis sous le nom
de méthode analytique ou dichotomique. Elle
consiste à poser à l'élève une première question,
qui partage les végétaux en deux classes , entre
lesquelles il doit choisir d'après un caractère de
la plante qui la place nécessairement dans l'une
des deux à l'exclusion de l'autre; puis une se-
conde question , qui partage cette classe choisie
en deux autres à l'une desquelles la plante se rap-
portera; puis une troisième, une quatrième, etc.;
de sorte qu'à chaque question le cercle se res-
serre, jusqu'à ce que la dernière conduise, par
cette suite d'exclusions successives, à l'unité
cherchée. Bientôt il fit l'application de cette mé-
thode à l'ensemble des plantes de France , et il
publia, sous le titre de Flore française, un
ouvrage où toutes les plantes de France alors
57 LAMARCK
connues étaient décrites, et où l'application de
cette méthode permettait d'arriver facilement à
la connaissance de chacune d'elles. Du reste , on
doit ajouter un fait peu connu, mais dont la
preuve se trouve dans le discours préliminaire
de l'ouvrage de Lamarck ; c'est que tout en cons-
tituant la méthode dichotomique comme méthode
de recherche , il se préoccupait beaucoup de la
méthode naturelle, qui seule doit faire connaître
les véritables rapports des plantes. Il avait es-
sayé de combiner les caractères formés par les
organes, à l'aide d'une méthode numérique,
comparable à celle qui avait déjà été employée
par Adanson; et il devait en faire l'application
à tout le règne végétal dans un ouvrage qui n'a
point vu le jour, et qui devait être intitulé Théâ-
tre universel de Botanique. Mais si, comme
tous les bons esprits de son temps, il se préoc-
cupait du problème de la méthode naturelle,
et si l'on doit lui tenir compte des efforts qu'il
tenta pour atteindre ce but, il n'eut point la
gloire de le résoudre , gloire qui immortalisera à
jamais le nom d'A.-L. de Jussieu.
La Flore française répondait à l'un des be-
soins les plus vivement et les plus généralement
sentis-, aussi eut-il un succès immense. Sur la
demande de Buffon, cet ouvrage fut imprimé aux
frais du gouvernement et l'édition entière aban-
donnée à l'auteur. Bientôt après, la Flore fran-
çaise lui ouvrit les portes de l'Académie des
Sciences, où il fut nommé à trente-huit ans, en
1779, quoiqu'il ne fCit présenté qu'en seconde ligne.
La protection de Buffon fut encore pour lui la
source de nouveaux succès : elle lui fit confier la
mission d'aller à l'étranger visiter les musées et
les jardins de botanique. Lamai-ck visita ainsi
la Hollande et une partie de l'Allemagne, et se
mit en rapport avec les botanistes les plus émi-
nents de son époque , Gleditsch , Murray et Jac-
quin. De retour en France , on lui confia la ré-
daction du Dictionnaire de Botanique de YEn-
cyclopédie méthodique (1785 ), et il rédigea une
grande partie de cet ouvrage ( 15 volumes ). Ce
travail, fort oublié aujourd'hui, constitua pour
Lamarck un titre scientifique d'une grande im-
portance ; car Lamarck y fit connaître , par des
descriptions nettes et d'une grande exactitude,
un nombre considérable de plantes dont les
échantillons étaient contenus dans les herbiers
du Muséum et provenaient (\^s voyages scien-
tifiques, si multipliés pendant le siècle dernier.
Lorsque Buffon mourut, en 1788, Lamarck entra
au Jardin des Plantes, comme adjoint de Dau-
benton pour la garde du Cabinet et du Jardin du
Roi , et il y fut chargé de tout ce qui concerne
les herbiers.
Ainsi Lamarck à quarante-cinq ans avait
pris parmi les botanistes une position très-ho-
norable, lorsque la révolution française vînt
l'appeler à de nouvelles destinées. Après le
décret de la Convention en date du 10 juin
1793, qui réorganisa le Jardin des Plantes et y
58
fonda douze chaires pour l'enseignement de
l'histoire naturelle, les plus anciens botanistes
de l'établissement, Jussieu et Desfontaines,
furent appelés aux chaires vacantes de bota-
nique ; mais personne n'était désigné pour oc-
cuper les deux chaires de zoologie. On les of-
frit à Geoffroy Saint-IIilaire , alors sous-garde
du cabinet depuis huit mois , et qui ne s'était
encore occupé que de minéralogie, et à La-
marck. Geoffroy Saint-Hilaire fut chargé de l'his-
toire des animaux vertébrés , et Lamarck de
celle des animaux sans vertèbres. Ces deux sa-
vants, bien qu'ils fussent, par leurs études, tout à
fait étrangers à l'enseignement dont ils étaient
chargés , se mirent résolument à l'œuvre ; et ils
ne tardèrent pas à se placer au premier rang
parmi les zoologistes. Qu'un jeune homme de
vingt ans, comme Geoffroy Saint-Hilaire, in-
connu jusque alors, ait accepté, dans l'enthou-
siasme de la jeiuiesse, la perspective d'une
grande réputation à fonder, cela n'a rien qui
nous étonne ; mais qu'un homme comme La-
marck quitte à cinquante ans une carrière
où il s'est fait connaître d'une manière brillante,
pouren recommencer une nouvelle, avec la chance
de ne point égaler ses premiers succès , c'est un
acte de courage dont peu de savants seraient ca-
pables, et qui nous donne le plus remarquable
exemple du courage moral dont Lamarck fut
animé pendant toute sa vie. Dans le nouveau Jar-
din des Plantes tout était à organiser, tout était
à créer. Lamarck n'avait pour toute prépara-
tion à cet enseignement que quelques notions
de conchyliologie, qu'il s'était données pour com-
plaire à son ami le naturaliste Bruguières, dont
l'esprit exclusif ne pouvait supporter d'autres
conversations que celles qui portaient sur les co-
quilles. Néanmoins il se mit à l'œuvre, et après
quelques mois d'un travail opiniâtre il ouvrait
un cours, en juillet 1795. Devenu zoologiste ,
Lamarck fit pour la partie de la zoologie qu'il
devait enseigner ce qu'il avait fait en bota-
nique : il accomplit dans l'histoire des ani-
maux sans vertèbres d'immenses travaux de
description et de classification, qu'il continua,
avec une ardeur infatigable , jusqu'à la fin de ses
jours. Laissant à son aide naturaliste Latreille
l'étude de la classe des insectes , il se confina
dans rétude de tous les animaux dont jLinné
avait fait la classe des vers , et qui n'étaient
réunis entre eux jusque alors que narunecarac-
téristique négative. Partant des travaux anato-
miques de G. Cuvier, qui avait essayé le pre-
mier de débrouiller ce chaos, il contribua, par
quelques innovations heureuses, à établir de
l'ordre dans cette partie de la zoologie ; en même
temps il découvrit un très-grand nombre d'es-
pèces , et établit sur de bons caractères beau-
coup de genres. L'ouvrage où il consigna la plu-
part de ces résultats , et qui fut achevé en 1822,
.sous le titre à' Bis taire des Animaux sans
Vertèbres, est véritablement classique pour
59
cette partie de l'histoire naturelle. En même
temps Lamarck contribua , plus qu'aucun autre
naturaliste de sou temps, à la description des
coquilles fossiles. On s'était beaucoup occupé
pendant le dix-huitième siècle de la /héorie
de la Terre, comme on appelait alors la géo-
logie, et on avait invoqué l'existence des co-
quilles fossiles pour soutenir telle ou telle théo-
rie. Mais il manquait à cette étude un clément
important. Après avoir pendant longtemps con-
sidéré ces coquilles comme des jeux de la na-
ture, on avait pensé qu'elles n'étaient autres
que des espèces actuellement vivantes. Des sa-
vants italiens, comme Blanchi et Soldani, avaient
consacré de longues journées à tamiser le sable
de l'Adriatique pour y retrouver des coquilles
semblables ou au moins analogues aux coquilles
fossiles. Lorsque Lamarck aborda l'étude de la
zoologie, l'idée des espèces perdues venait à peine
de se produire dans la science , et annoncée par
Buffon , elle commençait à inspirer les travaux
de Cuvier, qui avait entrepris avec ardeur la
reconstruction des grands animaux vertébrés.
Lamarck entreprit à la même époque , et très-
probableraent sous l'iuspiration des travaux de
Cuvier, un travail analogue pour la description
et la détermination des coquilles fossiles de la
France. Ces travaux, dont l'origine remonte aux
premières années de notre siècle, marquent une
date dans la paléontologie; car on sait le rôle que
la connaissance des cocpiilles a joué dans la dé-
termination des terpains, rôle manifestement
exagéré par les prétentions exclusives de cer-
tains paléontologistes , mais qui a été très-cer-
tainement une des causes les plus efficaces des
immenses progrès que la géologie a accomplis de
nos jours.
Mais ces travaux, si importants qu'ils aient été
pour la science, ne nous donnent cependant
qu'une idée très-inexacte et très-imparfaite de
l'œuvre de Lamarck. Comme tous les grands na-
turalistes , Lamarck avait parfaitement compris
que l'histoire naturelle ne peut et ne doit pas
se restreindre à l'étude des formes diverses que
nous présente l'ensemble immense des êtres
vivants ; opinion qui abaisserait la science aux
proportions d'un simple catalogue descriptif;
mais que, partantde ce travail préliminaire comme
d'un point de départ indispensable, le savant
doit porter ses regards au delà, et chercher à se
rendre compte de la cause qui produit toutes ces
diversités apparentes. C'est ainsi que Buffon et
Linné entendaient l'histoire naturelle ; c'est ce
que Lamarck essaya de faire, lorsque ses études
sur les végétaux et les animaux l'eurent préparé
à aborder un pareil sujet. D'ailleurs les ten-
dances mêmes de sa nature morale l'y poussaient
d'une façon en quelque sorte irrésistible. Esprit
essentiellement réfléchi et méditatif, il avait
cherché dès ses premiers pas dans la science à
se rendre compte, par le simple effort de sa
f/Chsée, de tous les phénomènes physiques, et
LAMARCK 60
même aussi de tous les phénomènes moraux qui
constituent le monde. De nombreuses publica-
tions contiennent l'ensemble de ses idées sur ces
matières. Nous devons toutefois le reconnaître,
tant qu'il s'agit du monde inorganique, les ef-
forts de Lamarck ne furent généralement pas
heureux. Étranger à la méthode expérimentale,
la seule qui puisse conduire à la vérité dans les
sciences d'observation, Lamarck, dans les idées
physiques et chimiques , ne cessa de fermer les
yeux aux lumières éclatantes que projetaient alors
de toutes parts les découvertes modernes; et les
idées qu'il croyait nouvelles, et dont il se faisait
une arme pour combattre les théories récentes,
n'étaient en réalité que les débris des doctrines
de Stahl, que Lavoisier venait de détruire à
tout jamais. En même temps il cherchait , avec
une persistance incroyable, à déterminer l'in-
fluence météorologique de la Lune, persistance
qui lui valut de la part de l'empereur une ad-
monition rude et même brutale (1). Cepen-
dant, les idées de Lamark, même en pareille
matière , ne sont pas toutes aussi vaines, que
l'on pourrait le croire ; et nous voyons que dès
1793 il avait sur les atomes et sur la constitu-
tion des corps des notions très-saines , et qui
depuis Dalton forment aujourd'hui la base des
théories chimiques. Mais en histoire naturelle
il n'en fut pas ainsi ; là en effet ses observations
continuelles l'avaient préparé pour aborder la
question. Dans un livre fort remarquable, et pu-
blié en 1819 sous le titre de Philosophie Zoolo-
gique, il réunit et coordonna toutes ses idées
sur l'ensemble des phénomènes que présente la
nature vivante. C'est dans ce livre qu'il posa
pour la première fois d'une raanièi'e scientifique
le grand problème de la variabilité des espèces.
A l'époque où ce livre parut, et avec les idées
qui dominaient alors dans la science, c'était faire
acte d'une grande hardiesse, et presque de témé-
rité. Cette question n'avait été indiquée jusque là
que par Buffon, qui sur la fin de sa vie était
arrivé à comprendre que la nature se prête à
des mutations de matière et de forme; mais
personne n'avait fait alors attention à ces pa-i
rôles de Buffon, qui avaient été oubliées, au
milieu de ce discrédit presqu'universel qui attei-
gnit à la fin du siècle dernier les œuvres du
(1) Le fait s'est passé à la présentation d'Arafio, qui le
raconte dans VHistoire de sa jeunesse. « L'cniporcur
passa à un autre membre de rinsUtut Celui-ci n'était
pas un nouveau -venu ; c'était un naturaliste connu par
de tielles et importantes découvertes: c'était M. Lamark.
Le vieillard présente un livre à Napoléon : « Qu'est-ce
que cela ? dit celui-ci. C'est votre absurde météorolope ;
c'est cet ouvrage dans lequel vous faites concurrence à
Mathieu Laénsberg, cet annuaire qui déshonore vos vieux
jours; faites de Thistolre naturelle, et Je recevrai vos
productions avec plaisir. Ce volume, je ne le prends que
par considération pour vos cheveux blancs. Tenez, » Et il
passa le livre à un aide de camp. Le pauvre M. Lamarck,
qui, à la fin des paroles brusques et offensantes de l'em-
pereur, essayait inutilement de dire : « C'est un ouvrage
d'histoire naturelle que Je vous présente, » eut la faiblesse
de fondre en larmes. »
61 LAMARCK ■
grand natiivalisty. Elle avait été d'ailiciirs sin-
gulièrement compromise par les idées bizarres
d'un liomme étranger à la science, nommé Mail-
let, dans un livre fort singulier, qu'il publia dans
le courant du siècle dernier sous le titre de Tel-
liamecl, et qui devint surtout célèbre par les
plaisanteries de Voltaire. A la première vue on
reconnaît entre les idées de Maillet et celles
de Lamarck une analogie tellement grande, qu'il
est impossible d'admettre que Maillet n'ait pas
été le point de départ de Lamarck ; mais il y
aurait aussi de l'injustice à ne pas voir que
Lamarck est parti de ce qui dans Maillet ne
senible qu'un jeu d'esprit pour en faire une
théorie scientifique. Lamarck a compris que la
notion de l'espèce, telle qu'elle est généralement
admise, est eu désaccord avec les laits, qu'elle
conduit à encombrer l'histoire naturelle d'une
foule d'espèces nominales, et que la stabilité
dont les formes organiques nous paraissent
douées n'est qu'une stabilité relative; il a par-
faitement compris que l'être vivant peut être
modifié sous l'influencede modifications produites
par les agents physiques qui constituent les cli-
mats. Il est malheureusement à regretter que
Lamarck, entraîné par cet esprit logique qui le
poussait à suivre jusqu'aux dernières consé-
quences les principes qu'il avait posés, n'ait
pas compris que la question de la variabilité
des espèces était, comme toutes les questions
d'histoire naturelle, une question d'observation
et d'expérience, et qu'il ait compromis le suc-
cès d'une bonne cause par des exagérations
tout à fait en dehors de la science. Partant
de l'idée, assurément juste dans une certaine
limite , que l'exercice ou le non-exercice d'un
prgane contribue à eu augmenter le volume, ou
bien à le diminuer et à le faire disparaître , La-
marck voit dans les changements d'habitude des
animaux la cause de tous leurs changements
d'organisation. C'était dépasser le but ; d'une part,
on combattit ces idées par le ridicule ; de l'autre
on les accusa d'athéisme. Mais ces idées ont
pénétré peu à peu dans la science, et aujour-
d'hui on commence à comprendre que la ques-
tion mérite au moins d'être réfutée autrement
que par des plaisanteries ou des anathèmes.
Nous voyons d'ailleurs aujourd'hui les hommes
les plus éminents entrer dans la voie ouverte
par Lamarck, et faire de l'idée de la variabihté
limitée des espèces le point de départ de leurs
théories scientifiques.
La question de l'espèce n'est point d'ailleurs
la seule question scientifique que Lamarck ait
abordée dans sa Philosophie Zoologique. Toutes
les questions relatives aux êtres vivants y sont
traitées avec une hauteur de vue et une indé-
pendance qui en feront dans tous les temps un
des ouvrages les plus remarquables de l'histoire
naturelle, quand bien même on n'adopterait pas
foutes les idées de l'auteur. Déprécié, au moment
de son apparition, par des critiques exagérées
LA MARE 62
et souvent injustes, la Philosophie Zoologique
a été peu lue; nous croyons qu'il est temps de
revenir sur un jugement anticipé et contre lequel
les plus grandes autorités de la science moderne,
les Blainville et les Geoffroy Saint-Hilaire, ont
déjà protesté.
Lamarck porta dans sa vie privée le même
cai'actère que dans la science. Étranger à tout
esprit d'intrigue, et complètement privé de cette
habileté qui assure les succès du monde, il vé-
cut dans la retraite, uniquement absorbé par
le charme de ses études et de ses méditations
scientifiques. Bien qu'il n'eût qu'une très-mo-
deste fortune , et qu'il eût à pourvoir aux be-
soins d'une famille nombreuse (il se maria quatre
fois), il sut toujours maintenir son âme à l'a'--
bri des séductions de l'ambition, et il refusait,
en 1809, une chaire à la Faculté des Sciences
nouvellement créée, parce qu'il ne se sentait plus
la force de faire les nouvelles études nécessaires
pour remplir dignement celte chaire, comme il
l'avait fait, vingt-cinq ans auparavant, en accep-
tant la chaire du Muséum. Devenu aveugle à la
fin de ses jours, il trouva dans le dévouement de
sa fille aînée un aide intelligent pour ses travaux
d'histoire naturelle, qu'il poursuivit jusqu'à son
dernier moment.
Voici la liste des principaux ouvrages de La-
marck : Mémoire sur les Vapeurs de l'At-
mosphère; 1776; — Flore française, ou des-
cription succincte de toutes les plantes qui
croissent naturellement en France; Paris,
1778 et 1795, in-8° ; — Dictionnaire botanique
de l'Encyclopédie méthodique par ordre de
matières; — Mémoires de Physique et d'His-
toire Naturelle, établis sur des bases de rai-
sonnement indépendantes de toutes séries;
avec l'exposition de nouvelles considérations
sur la cause générale des dissolutions, sur la
matière du feu, sur la couleur des corps, sur
la formation des coinposés, sur l'origine des
métaux, et sur l'organisation des corps vi-
vants; 1797 ; — Hydrogéologie; 1802; — An-
nuaire Météorologique, précédé de prohabi-
lités acquises par une longue suite d'observa-
tions sur l'état du ciel, etc.; diverses éditions
de 1800 à 1812; — Description des Coquilles
fossiles des environs de Paris ;Ann. dît Mus.
tom. ï à VIII, 1802 à 1806; — Philosophie
Zoologique; 2 vol.-in-S", 1809; — Histoire des
Animaux sans Vertèbres, 7 vol. de 1815 à
1822 ; — Système des connaissances positives
df. l'homme ; 1821. C. Dareste.
Geoffroy Saint-Hilairc, Discours prononcé sur la tombe
de JMinarck. — Cuvier, Éloge de Lamarch. — Blainville
et Maupied, Histoire des Sciences de l'Organisation.
LA MARE {Philibert de), érudit français,
né le 13 décembre 1615, à Dijon, où il est mort,
le 16 mai 1687. Issu d'une ancienne famille de
robe, il fit d'excellentes études classiques, et fut
reçu, en 1637, conseiller au parlement de Bour-
gogne, Il o'otint le titre de , citoyen romain , et
63
LA MARE
G4
Louis XTV le décora de l'ordre de Saint-Michel.
Très-versé dans la connaissance de l'histoire et
des antiquités, il écrivait fort purement le latin,
et entretenait des relations suivies avec les prin-
cipaux savants de l'époque. Toute sa vie fut
consacrée à former une collection des ouvrages
relatifs à l'histoire de sa province; un grand
nombre de manuscrits lui étaient venus du docte
Saumaise. Cette collection, conservée à Dijon
jusqu'en 17 19, venait d'être vendue à des libraires
hollandais lorsque l'abbé de Louvois la fit, par
ordre du régent , transporter en grande partie
à la Bibliothèque du Roi. On a de La Mare :
De Bello Burgimdico MBCXXXVI; (Dijon)
1641, in-4° ; relation de l'invasion de la Franche-
Comté par le prince de Condé; Gassendi félicita
l'auteur sur ce travail, et l'invita à écrire une his-
toire générale de la Bourgogne;— Guijoniorum
fratrum Opéra et Vitee ; Dijon, 1658, in-4°;
réirapr. dans les Vïtse sélects quorumdam eru-
ditissimorum virorum ; Breslau , 1 7 1 1 , in-S" ; —
De Vitaet Moribus Guilelmi Philandri,epis-
tola ad cardinalem Fr. Barberinum ; Dijon ,
1667, in-8°et in-4° ; — Conspecttts Historicorum
Burgundias ; Dijon, 1689, in-4° : catalogue des
ouvrages qui ont trait à la Bourgogne, édité
par les soins du fils de l'auteur; — Huberti
Languetï Vita; Halle, 1700, in-12 : vie bien
écrite et très-curieuse ; — Quinze lettres latines
à Nicolas Heinsius, insérées dans les Epistol.
clarorum Virorum de Burmann , tom. V, et
d'autres dans le recueil des œuvres de Gassendi,
tom. VI. Parmi ses nombreux manuscrits, dont
la liste est donnée par Papillon , nous citerons :
Claudii Salmasii Vita, VII lib. comprehensa,
qui fut corrigée et revue par La Monnoye ; —
Recueil de Titres concernant les Ducs de
Bourgogne; — Gilberti Genebrardi Vita; —
Vie de Cujas; — Mélange de Liltérature et
d'Histoire (de 1670 à 1687), 2 vol. in-fol., qui
renferment grand nombre d'anecdotes littéraires
et de faits curieux. P. L— y.
' Papillon, Bibl. des Auteurs de Bourgogne. — Huet,
Disscrtalion, 11,377. — Menaçiana. — BalUet, Jugem.
des Savants.— Vip;neul-Marville, mélanges, U. — Mabil-
lon, lier Burgundicum. — Le Long, Bibl. franc.
LA MARE {Nicolas de), magistrat français,
né à Noisy-le-Grand , près Paris , le 23 juin
1639, mort' â Paris, le 25 août 1723. Après un
voyage en Italie et un séjour assez, long à Rome,
en 1664, il revint à Paris, où il acheta une charge
deprocureurau Châtelet, qu'il changea, en 1673,
pour celle de commissaire au Châtelet. Il fut
commis par le roi en diffrrentes occasions pour
découvrir les malversations dans les dépenses
des constructions de Versailles ; lors des disettes
de grains, il fut envoyé comme commissaire du
roi dans diverses provinces, où, en apaisant les
émeutes populaires, il prit les mesures les plus
propres à diminuer les privations. Louis XIV
lui témoigna sa satisfaction dans un discours
public. Quelque temps après, il lui donna l'in-
tendance de la maison du comte de Verman-
dois. En 1667, La Mare fut engagé par M. de
Lamoignon à faire un ouvrage qui en faisant
connaître Paris présentât dans un ensemble
méthodique tout c« qui concerne la police d'une
grande ville. La Reynie l'encouragea de son côté
dans ce travail en lui communiquant tous les
documents dont il disposait, en lui faisant ouvrir
tous les dépôts publics, et en le présentant à de
Baliize, qui le mit à môme de consulter tous les
manuscrits et traités de la bibliothèque de Col-
bert. Enfin, de La Mare fit paraître en 1707 le
l*"' volume de son grand ouvrage, qui eut pour
titre : Traité de la Police, où l'on trouvera
l'histoire sur l'établissement, les fonctions
et les prérogatives de ses magistrats, les lois
et règlements qui la concernent, avec une
description historique et topographique de
Paris et huit plans qui représentent son an-
cien état et ses divers accroissements ; plus
un recueil des statuts et des règlements des
six corps de marchands et des autres com-
munautés des arts et métiers. L'ouvrage en-
tier forme 4 vol. in-folio; le 2" parut en 1710,
le 3" en 1719, le k" en 1738. Ce dernier volume
a été publié par Leclerc du Brillet, qui avait
aidé La Mare, à cause de ses infirmités, pen-
dant les deux dernières années de sa vie. Ses
travaux, son peu de fortune et ses infirmités
décidèrent le roi à lui accorder une récom-
pense. On eut recours pour cela à un sin-
gulier expédient : ce fut d'augmenter d'un neu-
vième le prix des entrées aux spectacles et,
pour en faciliter le recouvrement, de l'accorder
à l'hôtel-Dieu, à la condition expresse « d'en
rendre une somme convenable à M. de La
Mare, pour récompense de ses longs services, et
pour le dédommager des avances qu'il avait
faites pour la composition et l'inipression de
son traité de la police ». Ce sont les termes de
l'ordonnance du roi du 5 février 1716. La part
qui lui revint dans ce don fut de 300,000 livres.
De La Poix de FréminvHle a donné un extrait
du Traité de la Police, et Desessarts l'a re-
fondu dans son Dictionnaire universel de Po-
lice. GUYOT DE FÈRE.
Notice sur de La rj!are, en tôte du 4^ vol. du Traité
de la Police.
LAMÂRE (Jean-Baptiste'Hippolijte), gé-
néral français, né à Bruxelles, en 1775, de pa-
rents français , mort à Fontainebleau, le 12 mai
1855. Entré au service le l""" février 1793,
comme sous-lieutenant dans le génie, il fit toutes
les campagnes de la révolution aux armées du
nord, des Alpes, d'Italie, d'Allemagne, de
Prusse , de Pologne et d'Espagne. Lieutenant en
1795, capitaine en 1796, chef de bataillon en
1810, il fut nommé colonel en 1811 , en récom-
pense des services qu'il venait de rendre aux
deux premières défenses de Badajoz. Fait pri-
sonnier après la chute de cette place, il fut em-
mené en Angleterre en 1812 ; l'empereur fit, dit-
65
LA MARE
66
on, préparer son évasion, tant il faisait cas de ses
services. Lamare fut enfin échangé au mois de
novembre, et fit les campagnes de Russie, d'Al-
lemagne et de France en qualité de commandant
du génie du cinquième corps. En 1815 il devint
colonel du l^"" régiment de son arme, se trouva
à Waterloo, revint sous les murs de Paris, et
accompagna son corps derrière la Loire. Licencié
d'abord, il fut bientôt rappelé sous les drapeaux,
et nommé en 1816 directeur des fortifications à
Bayonne, puis à La Rochelle en 1323, et enfin au
Havre. Élevé au grade de maréchal de camp en
1832, il fut appelé au commandement du dépar-
tement du Jura, et bientôt après à celui de la
Seine-Inférieure. Làge le fit passer à la sec-
lion de réserve en 1837; il fut mis; à la retraite
eu 1848, et obtint le commandement militaire
du château de Fontainebleau. On a de La Mare :
Relation de la Deuxième Défense de la
place de Badajoz en 1812 par les troupes
françaises contre l'armée anglo-portugaise ;
Bayonne, 1S21, in-4'', avec plan; — Relation
des Sièges et Défenses de Badajoz, d'Oli-
vença et de Campo-Mayor en 1811 et 1812,
parles troupes françaises sous les ordres du
duc de Dalmatie, Paris, 1825, in-8°; 2= édi-
tion , augmentée à' Observations critiques et
suivie d'un Projet d'instruction à l'usage
des gouverneurs des places fortes ■ Paris ,
1837, in-8°, avec plans; — Nouvelles Considé-
rations sur les travaux de défense projetés
an Havre; Paris, 1847, in-S*. L. L— t.
Sarrut et Saint-Edme, Biogr. des Hommes du Jour,
tome II, l''^ partie, p. ZiS. — Journal des Débats du
16 mai 1853. — Bourquelot et Maary, La Littér. franc,
contemp.
* LAMABE-PiCQroT ( iV... ), naturaliste et
voyageur français, né à Bayeux, vers 1785. Il
fonda vers 1815 une maison de pharmacie à
l'Ile de France , à l'époque où cette tle passa
sous la souveraineté de l'Angleterre, et y acquit
une certaine aisance. Le goût des voyages l'en-
traîna à visiter l'île Bourbon et Madagascar,
puis le Bengale et la côte de Coromandel. Émer-
veillé des nombreuses productions de ces con-
trées, il vint à Paris pour s'assurer si elles y
étaient connues. Ensuite il retourna dans les
Indes, visita Calcutta, Bénarès, Chandernagor,
Madras et Pondichéry. « Tout en voyageant,
dit M. Isidore Bourdon , il réunit pour l'ethno-
graphie, science dont il venait de constater le
peu d'avancement en France, tout ce qui lui
parut propre à retracer les mœurs et les croyances
indiennes, les procédés des arts, les usages,
comme aussi les progrès des sciences et de l'in-
dustrie; mais l'histoire naturelle eut une part
de prédilection dans ses collections. « Revenu
à Paris au commencement de 1830, il obtint
des rapports sur ses collections à l'Académie
des Sciences et à l'Académie des Inscriptions.
Pour la zoologie , il avait réuni 855 espèces la
plupart peu connues. Il avait fait aussi des ob-
servations intéressantes; ainsi il attestait que les
NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIK.
serpents boivent; que le damna des Indiens,
espèce de couleuvre , suce le pis des vaches sans
les blesser, et enfin que les serpents pythons
couvent leurs œufs à la manière des oiseaux :
tout cela a été vérifié depuis. La Société libre des
Beaux-Arts fut émerveillée de 200 statues et figu-
rines qu'il possédait. Le gouvernement français
n'eut pas les fonds nécessaires pour acquérir ces
richesses; le roi d'Angleterre Guillaume IV acheta
la collection zoologique pour leBritish Musaeum;
le roi Louis de Bavière acheta le Panthéon indien
pour 70,000 fr. M. Lamare-Picquot déposa ces
fonds chez un banquier de Vienne, qui fit faillite
peu detemps après, elles perdit. De 1841 à 1847,
M. Lamare-Piçquot entreprit différents voyages
dans l'Amérique septentrionale , d'où il rapporta
de nouvelles richesses scientifiques, qui furent
examinées par l'Académie des Sciences. Une
plante économique qu'il avait trouvée dans les
steppes de l'Amérique, et qu'il se proposait d'in-
troduire en France, frappa surtout l'attention
de ce corps savant. Cette plante, que les Indiens
nomment tipsina, les Osages tangre, que la
science classe dans les légumineuses sous le
nom de psoralea esculenta, qu'on appelle en-
core racine à pain ou artorize, prit le nom de
picquotiane, du nom de son importateur. La
maladie sévissait alors avec intensité suf la
pomme de terre; on doutait de pouvoir jamais
ramener la culture de cette plante à son état
normal , et de tous côtés on cherchait quel vé-
gétal on pourrait lui substituer. A la suite d'un
premier rapport , quinze jours après la révolu-
tion de Février, M. Lamare-Picquot reçut de
M. Bethmont , ministre provisoire du commerce,
une indemnité de 7,000 fr. et l'ordre de partir
dans le courant de mai pour l'Amérique sep-
tentrionale afin d'y rechercher les plantes qui
ont été signalées par différents botanistes comme
pouvant servir à la nourriture de l'homme,
telles que X'apios tuberosa , le lewisia réci-
diva, le phalangium quamash ou scilla es-
culenta, et quelques variétés de psoralea.
M. Lamare-Picquot alla s'embarquer à Liverpool
pour l'Amérique. Arrivé à New-York, le 24 juin ,
il se dirigea vers l'ouest par la rivière de l'Hud-
sonet le lac Érié jusqu'à Détroit; de là il eut à
traverser le Michigan, l'Indiana, en passant par
Chicago ; puis, après avoir franchi l'Illinois et une
partie du Wisconsin , il dut s'approvisionner à
Galena, se dirigea vers la partie nord du Mis-
sissipi, toucha Saint-Paul pour remonter jusqu'à
Mandota, où la rivière Saint-Pierre tombe dans
le Mississipi. M. Lamare-Picquot était là le
6 juillet; il y rencontra des peuplades sauvages,
qui le forcèrent à rétrograder jusqu'à Saint-Paul,
sur la rive gauche du Mississipi. Enfin, le 25 juil-
let, deux mois après son départ de la France,
il pénétrait dans les forêts vierges de l'Amé-
rique, et au bout de quelques jours il se trouvait
dans les steppes, but de ses recherches et de son
voyage. Les premiers résultats ne répondirent
3
67
LA MARE — LA MARMOKA
68
pas à ses espérances, et ce ne fut que sur les
rives du Lac qui parle, du 6 au It août, qu'il
put faire d'amples récoltes de psoralea et d'à-
pios, plantes qui , à sou grand déplaisir et contre
ses attentes, étaient la plupart dépourvues de
graines. Il dut, on consécjuence , rapporter ces
plantes utiles plongées dans la terre hutnide où
elles croissent, attention qui avait le double but
dé les conserver vîvclntes et de fournir un échan-
tillon de l'espèce de terrain qui leur convient.
Il rapporta avec lui neuf caisses pleines. Il était
an Havre le 22 novembre 1848, ramenant des
plants de psoralea et ô'apios, ainsi que des
graines de picquotiane. Ces plantes croissant
dans MO climat ttès-rude devaient être, selon lui,
d'un acclimatation facile. L'apios, qu'on connais-
sait déjà en Europe, et qu'on y a quelquefois cul-
tivé, a de la prédilection pour les plaines humides
et pour les marais. La picquotiane, au contraire,
se plaît au sommet des collines et prospère dans
les bruyères : il ne lui faut ni humidité ni engrais.
La racine de la picquotiane , espèce de tubéro-
sité conique, contient 80 pour 100 de matière
amidonnée ou nutritive, tandis que la pomme de
terre n'en renferme que 23 à 24 parties pour 100.
Cette racine porte une coUrte tige ligneuse de
(Quelques centimètres. Les essais de culture qu'on
en a faits sont loin d'avoir complètement réussi.
Heureusement la disparition de la maladie de la
pomme de terre fait aujourd'hui moins sentir
l'utilité de ses succédanées.
On a de M. Lamare-Piquot : Mémoire Sur un
cas de chirm-gie ;Ciien, 1827, ia-8°;— Observa-
tions faites sur le Choléra-Morbus dans l'Inde,
au Bengale et à Vile de France; son invasion
dans cette colonie ; ravages qu'il y produisit;
essais multipliée pour combattre son intensité;
des résultais heureux obtenus par des mé-
decins distingués de cette île, et des moyens
hygiéniques proposés pour éviter l'infection ;
Paris, 1831, in-8°; — Réponse pour servir de
réfutation aux opinions et à la critiqtie du
rapport de M. Constant Duméril sur mon
Mémoire concernant les Ophidiens, lu à l'A-
cadémie des Sciences, le 5 mars 1832; suivie
d'une relation de chasse dans les îles des
bouches du Gange; Paris , 1835, in-8».
L. L-T.
Gaudlchaiid, Rapport à l'Académie des Sciences; 1849.
— Isid. Bourdon, daos Wniversel, 1849, p. 337, et dans
le Dict. (le la Conwers.— Boiirquelot et Maury^ La Littér,
Franc, contemp.
LA. MARMORA {Charles Ferrero , marquis
DE ) , prince de Masserano , général sarde , né
en 1788, mort en décembre 1854. Sa famille
est une des plus illustres du Piémont. Son père,
Oélestin, marquis de La Marmora, épousa Raf-
faela Argentero, comtesse de Brézé , dont il eut
plusieurs enfants. Cliarles, l'aîné, fit sespremières
armes dans la cavalerie française, de 1806 à
1813. Lieutenant général et sénateur du royaume
deSardaigne, il accompagna le roi Charles-Al-
bert en qualité de premier aide de camp pen-
daiit les campagnes de 1848 et 1849.
L. L—Ti
Duc de Dino, dans le Dict. de la Convers,
^ LA MiisssioùA (Albert Ferkero , comte
de ), général et naturaliste sarde, frère du pré-
cédentinéen 1789.11coini!iença sa carrière mili-
taire dans les armées françaises. Nommé major
général en 1840, et sénateur eh 1848, il fut chargé
par le roi Charles-Albert du commandement des
troupes piémontaises venues au secours de Ve-
nise, et contribua à l'organisation des milices
vénitiennes. Promu au grade de lieutenant géné-
ral en 1849, il fut nomtné commissaire extraordi-
naire et commandant militaire dans l'île de Sar-
daigne, inspecteur dés mifles de laSardaignej
membre de l'Académie royale des Sciences de Tu-
rin, directeur de l'école de marine de Gênes, etc.
Après la guerre de Crimée, il proposa au sénat de
voter quelques mots d'admiration etdé regret pour
les braves qui avaient succombé dans cette cam-
pagne. On a de lui : Voyage en Sardaigne, ou
description statistiquci physique et politique
de cette île, avec des recherches sur ses pro-
ductions naturelles et ses antiquités ; Paris j
1820, in-8°; 2* édit., Paris , 1839-1840,2 vol.
in-8°, avec atlas. Il a donné en français dans les
Mémoires de l'Académie de Turin-: Détermi-
nation et description des différences de Vàge
de l'aigle Bonelli ( V série , tome XXVII,
1834); et Observations géologiques sur les
deux îles Baléares Majorque et Minorque,
faites en décembre 1833 et janvier 1834
( tome XXVIII, 1835). Il a en outre publié diffé-
rents mémoires eu italien sur la numismatique
et l'histoire naturelle. L. L— t.
Duc de Dino, dans le Dict. de la Convers. — Quérard,
Tm France Z,!î(eraire.— BourquelotetMaury, iaiitier,
Franc, contemp.
LA MARMORA {Alexandre Ferrero, cheva-
lier de), général sarde, frère des précédents, né
en 1799, mort en Crimée, eu juin 1855. En 1836
il organisa le corps des bersaglieri. Major géné-
ral en 1848, il se signala par sa valeur dans la
guerre pour l'indépendance italienne. Le s avril
184S il fut blessé d'un coup de feu à la bouche
au premier combat de Goito. L'année suivante
il fut nommé chef de l'état -major général de
l'armée. En 1855, il accompagna son frère Al-
phonse en Crimée, à la tête de la deuxième divi-
sion du corps expéditionnaire sarde. Il mourut
presque en arrivant, à la suite d'une courte ma-
ladie. L. L— T.
Duc de Dino, dans le Vict. de la Convers.
* LA MARMORA (Alphonse Ferrero, cheva-
lier de), général sarde, frère des précédents, né
à Turin, le 18 novembre 1804. Entré à l'acadé-
rnie mihtaire de sa ville natale en 1816, il y fit
de brillantes études, et en sortit en 1823 pour
entrer dans l'artillerie avec le grade de lieute-
nant. Devenu adjudant major, il s'occupa de
l'équitation, de la gymnastique , du tir, et orga-
69
LA MARMORA
niîia des ticoles normales pour les sous-officiers.
Capitaine on 1831, il visita les établissements
militaiies de l'Europe et de l'Orient, et fut chargé
plusieurs fois de la remonte. En 1845 il devint
major (chef d'escadron). Pendant la guerre de
1848, il se signala aux affaires de Monzambano,
Boru,hetto, Valleggio, Peschiera et sur les hau-
teurs de Pastrengo. Choisi pour chef d'état-ma-
jor par le duc de Gênes, il devint colonel le 3 juin
1848, et fut envoyé en France par le président
du conseil Alfieri pour « chercher «n général ».
Il a raconté à la tribune du parlement sarde
comment sa mission échoua : on lui avait donné
seulement trois heures pour partir; mais le gé-
néral Cavaignac exigea des lettres de créance,
qui mirent dix jours à arriver. L'armée sarde
était sans général; elle n'avait pas confiance
dans ses officiers. Quinze jours s'étaient écoulés.
Le maréchal Bugeaud paraissait disposé à ac-
cepter ; Cavaignac s'y opposa, mais il laissait les
autres généraux désignés par le ministre sarde
libres d'accepter; un d'eux refusa en disant qu'il
avait vu un rapport au chef du pouvoir exécutif
dans lequel on disait que le Piémont n'avait pas
12,000 liommesdebonnestroupes. Enfin, dans une
dernière entrevue, le général Cavaignac aurait dit
à M. de La Marmora après beaucoup de détours, à
ce qu'il rapporte : « Nous ne voulons pas nous
brouiller avec l'Autriche pour vous faire plaisir. "
Nommé major général (général de brigade), le 27
octobre, M. de La Marmora fut chargé du porte-
feuille de la guerre dans le ministère Perone ; il
quitta ce poste le 1.5 novembre. Le 2 février 1849
Gioberti le lui confia de nouveau ; mais sept jours
après il s'en démit pour aller prendre le comman-
dement de la sixième division militaire, campée à
la frontière de Toscane, sur les bords de laMagra.
Cette division devait rétablir le grand-duc dans
ses États, railleries troupes toscanes et atlaquer
les Autrichiens par les Apennins ; mais on renonça
à ce projet, et à la reprise des hostihtés M. de
La jNIarmora reçut l'ordre de pénétrer en Lora-
bardie par le duché de Modène. Il était parvenu
à Casteggi lorsqu'il apprit le désastre de Novare
et l'insurrection de Gênes. Aussitôt il fit re-
tourner ses troupes, et s'avança à marches for-
cées contre cette ville. En route, il apprit sa no-
mination au grade de lieulenant général avec le
titre de commissaire extraordinaire à Gênes.
Un hardi coup de main le rendit maître de trois
forts et de l'importante position de Santo-Be-
nigno. Quelques jours après les troupes royales
entrèrent dans la ville. Quand la tranquillité fut
complètement rétablie à Gênes , le roi Victor-
Emmanuel nomma M. de La Marmora ministi'e
de la guerre, le 2 novembre 1849, charge qu'il
ne cessa de remplir que pour prendre le comman-
dement en chef du corps expéditionnaire que la
Sardaigne envoya en Crimée rejoindre les trou-
pes alliées de la France , de l'Angleterre et de la
Turquie au mois d'avril 1855. Il y fit preuve
de grands talents militaires , se défendit brave-
— LAMARQUE 70
I ment contre les Russes à l'affaire de Traktir,
et contribua avec son corps à la prise de la tour
Malakof. Au mois d'avril 1856, il futnommé gé-
néral d'armée, dignité militaire la plus élevée en
Sardaigne. En annonçant la fin de la guerre à
l'armée sarde , il dit dans une proclamation :
« La paix brise nos espérances de gloire ; mais
nous nous consolerons par la pensée que nos
services ont été appréciés par les généraux alliés
et qu'ils ne seront pas perdus pour notre patrie. »
Redevenu ministre de la guerre à son retour, il
proposa d'élever par souscription un hôtel des
invalides sur les terrains qui lui étaient offerts
comme récompense nationale par le parlement.
L. LonvET.
Duc de Dino, dans le Dict. de la Convers. — Opinione
du 18 avril 1838.
LAMARQUE (MaximUien , comte), général
et homme politique français, né à Saint-Sever, le
22 juillet 1770, mort à Paris, le l^juin 1832,
Son père , procureur du roi à la sénéchaussée
de Saint-Sever, fut envoyé par sa province aux
états généraux cjui formèrent l'Assemblée cons-
tituante. A la révolution le jeune Maximilien ve-
nait de terminer ses études; il embrassa avec
chaleur les idées nouvelles , et s'enrôla en 1791
comme volontaire dans un bataillon des Landes."
Envoyé sur la frontière d'Espagne, il atteignit
promptement le grade de capitaine, et fit partie
de la fameuse colonne infernale que commandait
La Tour d'Auvergne (voy. ce nom). A la tête
de deux cents hommes, il s'empara de Fontara-
bie (1794), après avoir passé la Bidassoa sous un
feu meurtrier : dix-huit cents prisonniers et quatre-
vingts pièces de canon restèrent dans ses mains.
En récompense de ce haut fait, il fut chargé de
porter à la Convention les drapeaux pris sur
l'ennemi ; il reçut le grade d'adjudant général , et
la Convention déclara, par un décret spécial, qu'il
avait bien mérité de la patrie. La paix ayant été
conclue avec l'Espagne, Laraarque passa à l'ar-
mée du Rhin ; il y servit sous les ordres de Mo-
reau- et de Dessoles , et fut nommé général de
brigade en 1801. Il se distingua surtout aux ba-
tailles d'Engen, de Mœskirch et de Hohenlinden.
Après la paix de Lunéville, il obtint un comman-
dement dans le corps d'armée du général Leclerc,
qu'il ne suivit pourtant pas à Saint-Domingue. Em-
ployé ensuite à la grande armée , il prit part à la
bataille d'Austerlitz, et alla rejoindre en Italie l'ar-
mée qui devait envahir le royaumede Naples. Une
avalanche l'engloutit lorsqu'il traversait le Tyrol;
mais il fut retiré vivant de dessous les neiges. Une
bande de brigands, commandée par Fra-Diavolo,
attaqua ensuite sa faible escorte : il se jeta vaillam-
ment sur elle, et se fit jour à travers cette troupe.
Peu de jours après, il contribua à la prise de Gaète.
En 1807 Lamarque remporta d'importants succès
sur les Anglais et sur les bandes de malfaiteurs
qui avaient su rendre leur cause nationale. Le roi
Joseph le choisit pour aide de camp ; mais comme il
aurait fallu perdre la qualité de français , La-
3.
7{
marque refusa ; il accepta seulement le poste de
chef d'état-major d'es troupes françaises au ser-
vice de ce prince. Le 6 décembre 1807, l'empereur
lui conféra le grade de général de division. Murât,
ayant succédé à Joseph Napoléon sur le trône de
Naples, en 1808, résolut de s'emparer deCaprée,
que les Anglais avaient surnommée le petit Gi-
braltar. Lamarque fut chargé de cette opéra-
tion au mois d'octobre , avec une troupe de
seize cents soldats d'élite. Hudson Lowe com-
mandait cette place. Lamarque trouva, après
une navigation périlleuse, un point de débarque-
ment entre des rochers inaccessibles. En atta-
chant des échelles au bout les unes des autres ,
il parvint à un talus foudroyé par l'artillerie
anglaise, réussit à s'y maintenir, et, se jetant
à la baïonnette sur un détachement anglais , il
lui fit rendre les armes après un combat acharné.
Le fort d'Anacapri fut enlevé à l'assaut. Pour
prendre Caprée, il fallait descendre un esca-
lier à pic sur des précipices sous le feu de l'ar-
tillerie. Les troupes de Lamarque tentèrent cette
descente ; deux grosses pièces furent amenées de
Naples : placées au-dessus du fort, elles le fou-
droyèrent, et une batterie élevée sur la côte ou-
vrit une brèche ; la ville se rendit alors, et Hudson
Lowe emmena la garnison. La flotte anglaise
arriva trop tard. Salicetti , ministre du roi Joa-
chim, étant venu visiter Caprée, écrivit à ce
prince : « J'y suis , et j'y vois les Français ; mais
je ne puis comprendre comment ils y sont en-
trés. » En récompense, le roi de Naples donna à
Lamarque un domaine considérable, que ce
général perdit à la paix générale.
Peu de temps après , l'empereur mit Lamarque
à la tête d'une division de l'armée commandée
par le vice-roi d'Italie. Au début de la campagne
de 1809, cette armée, surprise, subit quelques
échecs ; mais Lamarque reprit l'avantage à Vilia-
Nova, sur la Piave, à Oberlitz, et surtout à Lay-
bach , où il fit cinq mille prisonniers et enleva
soixante-cinq pièces de canon. L'armée d'Italie
s'étant réunie à celle que Napoléon commandait
sur le Danube, Lamarque passa sous les ordres
de Macdonald, et se distingua notamment à Wa-
gram, où il eut quatre chevaux tués sous lui. II
fut ensuite envoyé à Anvers, où les Anglais
avaient tenté de débarquer; mais le roi Joachim,
Voulant tenter une expédition contre la Sicile,
redemanda \e preneur de Caprée. Lamarque lui
fut rendu ; le roi l'employa dans la Calabre soule-
vée. Après quelques courses insignifiantes dans ce
pays, Lamarque fut appelé en Espagne. Il se fit
remarquer aux combats d'Atta-Julia, de Riponil ,
de Bagnolas et de la Salud. Lorsque l'armée fran-
çaise dut évacuer ce pays, il fut chargé du com-
mandement de l'arrièregarde.
A la première restauration , Lamarque fut fait
chevalier de Saint-Louis ; mais on le laissa sans
emploi. Un jour le comte de Blacas le félicitait
du repos dont il allait jouir sous le nouveau gou-
vernement : « Nous n'appelons pas cela du repos,
LAMARQUE 72
répondit-il ; c'est une halte dans la boue. » A son
retour de l'île d'Elbe, l'empereur nomma La-
marque commandant de Paris , puis il lui confia
une division de l'armée du nord, et enfin l'en-
voya dans l'ouest comme général eu chef dès que
la Vendée menaça de remuer. Ses instructions
étaient sévères : il devait mettre à prix la tète des
chefs , faire fusiller les insurgés qui tomberaient
dans ses mains , briser les cloches, prendre des
otages. Lamarque fut loin de suivre ces ordres
impitoyables. Il publia une proclamation par la-
quelle il excitait les Vendéens à abandonner ceux
dont la présence « leur fut toujours funeste » ; il
força les parents des révoltés qui se trouvaient à
Angers à quitter cette ville, et avant de passer la
Loire il écrivit aux chefs des Vendéens, le 9 juin :
c; Je ne rougis pas de vous demander la paix,
parce que dans les guerres civiles la seule gloire
est de les terminer... L'aspect d'un champ de ba-
taille où l'on ne voit que des Français déchire
l'âme. » On lui avait promis des forces considé-
rables , et il ne reçut que quelques bataillons ,
mais des troupes de choix ; il eût pu disposer d'un
grand nombre de gardes nationaux : il ne les
employa pas, parce qu'il savait que dans une
telle guerre l'ordre et l'obéissance l'emportent
sur le nombre. Il manœuvra avec lenteur et cir-
conspection , ménageant autant les personnes
que les propriétés, maintenant la plus sévère
discipline parmi ses soldats et traitant avec dou-
ceur les prisonniers et les blessés. Un assassin
lui tira un coup de fusil à bout portant sans
l'atteindre : Lamarque lui fit grâce de la vie. 11
s'était mis en campagne avec trois mille hom-
mes. Il rejoignit le général Travot, qui en avait
autant, du côté de Machecoul et de Challans, et
avec ce petit nombre d'hommes il se porta dans
le Bocage, au milieu des forces vendéennes. Il
battit l'armée royale en plusieurs rencontres.
Louis de Larochejaquelein périt au combat des
Nattes. A La Roche-Servière Lamarque trouva
le moyen de terminer la campagne d'un seul
coup par une victoire au moment même où Na-
poléon allait abdiquer. Sapinaud , qui comman-
dait en chef les Vendéens, accepta la paix ; elle
fut signée à Chollet, le 26 juin 1815. Quelques
chefs refusèrent de se soumettre ; mais le pays
était pacifié; quelques royalistes témoignèrent
même à Lamarque le désir de se réunir à ses
troupes pour combattre sous ses ordres comme
Français afin de s'opposer à toutes tentatives des
puissances étrangères qui auraient pour but de
démembrer la France. La chambre des repré-
sentants des Cent Jours en apprenant la pacifica-
tion de la Vendée déclara que le général La-
marque avait bien mérité de la patrie. Napoléon,
à Sainte-Hélène, s'exprimait ainsi : « Les gé-
néraux qui semblaient devoir s'élever étaient
Gérard , Clausel , Foy , Lamarque, etc. C'était
mes nouveaux maréchaux.... Lors des dernières
insurrections de la Vendée , le général La-
marque, que j'y avais envoyé au fort de la crise,
73 LAMARQUE
y fit des merveilles et surpassa mes espé-
rances. M
L'autorité royale ayant été rétablie, Lamarque
se soumit, et fit arborer la cocarde blanche à ses
troupes. Son nom fut néanmoins placé sur la
liste des personnes exceptées de l'amnistie par
l'article II de l'ordonnance du 24 juillet 1815, et
qui furent obligées de sortir du royaume en vertu
de la loi du 12 janvier 1816. Il chercha alors
un refuge en Belgique. Un ministre du roi des
Pays-Bas lui intima l'ordre de quitter Bruxelles ,
où « sa présence pouvait troubler l'ordre public , »
et lui assigna la ville d'Amsterdam pour séjour.
Là le général Lamarque s'occupa de l'éducation
de son fils , et partagea son temps entre des tra-
vaux littéraires et la peinture, qu'il cultiva tou-
jours avec succès. Pour se défendre contre les ca-
lomnies qui le poursuivaient en exil, il écrivit quel-
ques brochures, qui par leur diction piquante et
satirique , leur style vigoureux et élevé , rappel-
lent les Mémoires de Beaumarchais. En même
temps Lamarque écrivit au roi pour demander la
fin de son exil; il l'obtint le 20 «xitobre 1818.
Quoique rétabli sur le cadre des lieutenants gé-
néraux, il fut mis en disponibihté. Retiré à Saint-
Sever, il continua ses études littéraires. Il se mit
bientôt sur les rangs pour la députation ; enfin
il fut élu, le 23 décembre 1828, par le collège de
Mont-de-Marsan. Le ministère Polignac le mit
bientôt après à la retraite. Une nouvelle carrière
s'ouvrit alors au général patriote. Membre du parti
libéral, il figura naturellement parmi les Deux-
cent-vingt-et-un. La révolution de Juillet ne le
fit guère sortir de son opposition. Le ministère
de Laffitte lui-même, arrivé, disait-il, trop tard
au pouvoir et se croyant obligé de continuer la
politique de ses prédécesseurs , n'eut pas son
appui. Il lui demandait la réunion de la Belgique
à la France, et s'indignait qu'on se crût obligé
de respecter les traités de 1815. Il se déclara ou-
vertement en faveur des Polonais, excitant les
murmures de la majorité en s'indignant de ce
que quelques membres voulussent la paix à tout
prix. Un propos qui lui échappa et que le gé-
néral Sebastiani , son collègue, prit pour une in-
jure personnelle, amena une rencontre enti'eeux ;
mais elle n'eut aucune suite fâcheuse. Lamarque
se prononça contre l'hérédité de la pairie, et de-
manda une forte organisation de la garde natio-
nale mobile. Cependant dès qu'on avait conçu
quelque crainte d'une insurrection en Vendée, le
ministère avait donné le commandement des dé-
partements de l'ouest au général Lamarque.
Casimir Périer, qui trouvait en lui un de ses
plus énergiques adversaires politiques, le lui
fit enlever. Réélu en 1831, Lamarque s'occupa
plus particulièrement des questions étrangères.
Il prit surtout avec chaleur la défense des
Polonais, rappelant les promesses qu'on leur
avait faites et s'opposant de toutes ses forces
aux mesures de sûreté qu'on proposait contre
eux à la sanction des chambres := « Ah ! dit-il
74
alors, si ceux qui les proposent, ces mesures,
avaient éprouvé les tourments de l'exil , s'ils
savaient tout ce que l'on souffre quand on a
été arraché à sa famille , aux amis de l'enfance,
aux lieux qui nous virent naître, à cette patrie
qu'on chérit encore plus quand elle est absente,
ils ne voudraient pas ajouter une douleur à tant
de douleurs et jeter une goutte d'absinthe dans
ce vase d'amertume. « Attaqué, le 9 avril 1832 ,
de l'épidémie cholérique qui ravageait la France,
il signa d'une main défaillante le compte rendu
de l'opposition , et expira bientôt après. Tout le
monde rendait justice à son grand cjiractère et à
la bonne foi de ses opinions. Casimir Périer l'a-
vait précédé de quelques jours dans la tombe;
les journaux ministériels avaient profité de l'af-
fluence qui se pressait à ses obsèques pour
soutenir que la France était sympathique à ses
idées gouvernementales; l'opposition imagina
de faire servir les funérailles du général La-
marque à une manifestation contraire. Lamarque
avait exprimé le désir d'être inhumé dans le
département des Landes : son convoi , parti le
6 juin, vers les dix heures du matin , de la rue
du faubourg Saint- Honoré, devait s'arrêter au
pont d'Austerlitz, d'où son corps, placé sur une
chaise de poste, devait partir pour sa destination.
Des symptômes alarmants se manifestèrent sur
les boulevards, pendant le passage du convoi fu-
nèbre. Lorsque le char arriva au pont d'Aus-
terlitz , des discours furent prononcés. Le général
La Fayette finissait le sien en invitant le peuple à
la tranquillité; mais aussitôt un drapeau rouge
fut déployé, les harnais de la chaise de poste
furent coupés et des cris : Au Panthéon! se
firent entendre. Le général Excelmans, qui re-
poussa le drapeau rouge, fut insulté. L'interven-
tion des troupes permit cependant au convoi de
partir par le boulevard de l'Hôpital, et le pont
d'Austerlitz fut barré. Pendant ce temps le général
La Fayette avait gagné le quai Morland et était
monté dans une voiture Le peuple, l'ayant re-
connu, voulutdételeretle traîner en triomphe. Des
dragons se montrèrent ; on leur jeta des pierres;
des coupsde feu furent tirésetunecharge eut lieu:
le général passa, mais de tous côtés on courut aux
armes. Les petits postes de la ville furent vive-
ment désarmés, une manufacture d'armes établie
dans le quartier Popincourt fut pillée, et la soirée
se passa à construire des barricades. La garde
nationale s'était réunie aux Tuileries, où elle
bivouaqua. Le roi Louis-Philippe accourut de
SaintCloud, et visita les bivouacs pendant la nuit.
Le 6 au matin l'insurrection était concentrée dans
les quartiers dont l'église Saint-Merry est le
centre. La place des Victoires avait été enlevée
le 5 au soir ; dans la nuit , à quatre heures même
du malin, le passage du Saumon était tombé au
pouvoir des troupes; le Petit Pont avait été pris
aux insurgés par des gardes nationaux ; le matin
du 6, le général Schraran enleva les barricades
du faubourg Saint-Antoine. A midi Louis-Phi-
75 LAMARQUR —
lippe sortit des Tuileries à la léte d'un brillant
état-major; il parcourut les boulevards et les
quais , où la troupe de ligne et la garde natio-
nale étaient échelonnées. Le passage du roi ex-
cita un enthousiasme général ; il fut même salué
par les insurgés logés derrière la barricade la
plus avancée vers le bord de l'eau. Dès que le
roi fut rentré , les barricades de Saint-Merry,
opiniâtrement défendues et qui avaient résisté
toute la matinée'aux diverses attaques tentées
contre elles, furent emportées, et la prise de l'é-
glise Saint-Merry mit Hn à cette horrible lutte ,
qui coûta , selon les rapports officiels , cinquante-
cinq morts et deux cent quarante blessés à l'ar-
mée, dix-huit morts et cent quatre blessés à la
garde nationale, et quatre-vingt-treize morts et
deux cent quatre-vingt-onze blessés aux insur-
gés. A la suite des troubles, une ordonnance
royale mit Paris en état de siège et un conseil de
guerre fut saisi du jugement des individus arrê-
tés. Mais la cour de cassation , sur la plaidoirie
de M. Odilon Barrot , décida que la charte ne
permettait pas d'enlever des citoyens à leurs ju-
ges naturels, qui étaient le jury, et le procès des
insurgés de juin fut renvoyé devant la cour d'as-
sises, quoique la cour royale se fût d'abord dé-
clarée incompétente. Quelques condamnations à
mort furent prononcées, mais aucune ne fut exé-
cutée. Les Écoles Polytechnique et d'Alfort, dont
une partie des élèves, bravant la consigne, s'é-
taient échappés pour assister au convoi du gé-
néral Lamarque, avaient été licenciées, ainsi que
l'artillerie de la garde nationale, généralement
hostile au gouvernement de Juillet , et les me-
sures de rigueur redoublèrent vis-à-vis des réfu-
giés étrangers.
On a du général Lamarque : Défense de M. le
lieutenant général Max. Lamarque , compris
dans l'ordonnance du 24 juillet 1815; Paris,
1815, in-8° ; — Réponse au lieutenant général
Canuel; Paris, 1818, in-8°; — Nécessité d'une
armée permanente , et projet d'une organi-
sation de l'infanterie plus économique ,que
celle qui est adoptée en ce moment ; Paris,
1820, in-8° ; — Mém,oire sur les Avantages
d'un Canal de navigation parallèle à l'Adour,
considéré sous le rapport agricole , commer-
cial et militaire; Paris, 1825, in-8°; — De
l'Esprit Militaire en France; des causes qui
contribuent à l'éteindre; de la nécessité et
des moyens de le ranimer; Paris, 1826, in-8°;
— Notice sur la Vie de Bastcrrèche, des Basses-
Pyrénées , imprimée en tête d'un Choix de Dis-
cours de ce député; Paris, 1828 ; — La Vérité
tout entière sur le Procès d'un maréchal de
France , pétition patriotique adressée à la
chambre des députés pour la translation des
cendres.du maréchal Ney au Panthéon; Pa-
ris, 1831, ki-S"; — Souvenirs, Mémoires et
Lettres du général Max. Lamarque, , publiés
par sa famille ; Paris, 1835, 1836, 3 vol. in-S".
Lamarque a donné des articles militaires à \'En-
hk MARTELAYE 76
I cyclopédie moderne et au Journal des Sciences "
Militaires.
Un petit-fils du général Lamarque, Maximi-
lien Lamarque, élève en droit de la faculté de
' Paris en 1848, s'engagea dans la garde nationale
i mobile, devint lieutenant au 19' bataillon, et fut
I blessé en juin et décoré de la croix d'Honneur,
j L. LOUVET.
j Arnault, Jay, Jouy et Norvins , Binrir. nouv. des Con-
j temp. — Legoyt, dans le Dict. de la Conversation. —
( C. rtuUié, Biniir. des Célébrités Militaires désarmées de
terre et de mer de 1789 à 1850. — L. Blanc, Ntst. de Div
Ans. — Moniteur, 1828 à 1832.
LA MA RUE {Guillaume de), théologien an-
glais, vers l'année 1285. Il appartenait à l'ordre
des Frères Mineurs, et, suivant Luc Wadding, il
enseignait à l'école d'Oxford. Or, autant l'école
d'Oxford était alors jalouse de l'école de Paris,
autant les religieux de Saint-François portaient
envie aux religieux de Saint-Dominique. Il ne
faut donc pas s'étonner de voir Guillaume de
La Marre écrire contre saint Thomas, censurer
sa philosophie au nom de la science, réprouver
sa théologie au nom de la foi. L'ouvrage princi-
pal ou du moins le plus connu de Guillaume de
La Marre a pour titre : Repreliensorium, seu
Correctorium fratris Thomas, et le contenu du
libelle répond à son titre. Il a fourni la matière
d'une vive réfutation au célèbre Egldio Colonna,
jEgidius Romanus. L'opuscule de ce fervent et
intelligent thomiste est intitulé : Defensorium,
seu Correptorium correctorii. Luc "Wadding
attribue encore à Guillaume de La Marre les ou-
vrages suivants : Super Mag. Sentent, libri IV ;
— Lecturee Scholasticx Lib. I ; — Defenso-
rium B. Bonaventurse; — Additiones in li-
brum eumdem ; — De Arte Musicali Liber I;
— Quodlibeta Sop/«Jsi?ca. Nous trouvons, enfin,
dans le catalogue des manuscrits de la biblio-
thèque de Troyés la mention d'un sermon qui
porte le nom de ce docteur; c'est un sermon sur
l'apôtre saint Pierre. B. H.
Wadding:, Script, ord. Minor. — B. Hauréau, Philos.
Scolastiquc, t. Il, p 231.
LA MARTELAYE {N. ), philosophe français,
au dix-septième siècle. On a bien peu de rensei-
gnements sur cet écrivain, et tous ses ouvrages
paraissent inédits. Nous en indiquerons quel-
ques-uns, qui se trouvent à la Bibliothèque im-
périale : un fragment intitulé Règle d'argu-
menter, dans le num. 8211 de l'ancien fonds
français; des extraits de ses Topiques, dans le
num. 8212 du môme fonds; — Douze Questions
sur la nature de l'étant, et Y Analyse d'un
discours sur la Pauvreté, dans le nnm. 7491
du même fonds, La Martelaye suit, dans sa ma-
nière de philosopher, la méthode abandonnée
par Descartes : c'est, à proprement parler, un
thotniste qui expose en français ces subtiles
di.stinctions qui sont la matière commune de l'ar-
gumentalionscolastique.Acetitre il mérite d'être
signalé, car il n'a pas eu beaucoup d'imitateurs.
B. II.
Documents inédits.
77 LA MARTELIÈRE
LA MARTELiÈRB (Jeoti- Henri- Ferdinand),
littérateur et auteur dramatique français, né le
14 juillet 1761, à Ferrette (Haute-Alsace), mort
le 27 avril 1830, à Paris. Il af.partenait à une an-
cienne famille allemande, chez laquelle certaines
charges <ie magistrature étaient héréditaires, et
qui avait francisé son nom, Schwingden H^m-
UER{ brandis le marteau). Après avoir fait
ses études en Allemagne, où il eut Schiller
pour condisciple, il se mit à voyager, et vint en-
suite s'établir à Paris pour s'y livrer à son goût
pour les travaux littéraires. Sqn œuvre de dé-
but, Robert, chef de brigands, drame imité des
Brigands de Schiller, et terminé en 1786, ne
put être mis à la scène que le 6 mars 1792; du
théâtre du Marais il fut, l'année suivaute, ap-
porté au théâtre de la République par Baptiste
aine, qui s'y était fait applaudir, et continua d'at-
tirer la foule pendant plusieurs mois. On prétend
que sous le Directoire il refusa, par scrupule
de conscience, d'accepter à l'étranger des fonc-
tions qui avaient pour but de « spolier les peuples
vaincus ». Au commejicement de l'empire , il se
montra moins difficile peut-être, à cause de sa
modique position de fortune; il entra dans l'ad-
ministration centrale des droits réunis, devint
sous-chef de bureau et contrôleur extraordinaire,
et prit sa retraite en 1823, avec une pension de
2,400 francs. Les principales pièces de La Mar-
telièresont : Les trois Amants, comédie en trois
actes et en vers; 1791; — Le Tribunal re-
doutable, ou la suite de Robert, chef de bri-
gands, drame en cinq actes et en prose, qui eut
presque autant de succès que Robert ; 1793;
— Les Trois Espiègles, ou les arts et la folie,
comédie en trois actes et en prose; an vi (1798) ;
— Le Testament, ou les mystères d'Udolphe,
drame en cinq actes; an vi (1798); — Gustave
en Dalécarlie , ou les mineurs suédois, trait
historique en cinq actes et en prose; 1803; —
Les Francs-Juges, ou les temps de barbarie,
mélodrame en quatre actes, qui fut un des grands
succès de l'Ambigu; 1807; — Le Mari sans
caractère, ou le bonhomme, comédie en cinq
actes et en vers; 1808; — Pierre et Paul, ou
une journée de Pierre le Grand, comédie
en trois actes et en prose, jouée à l'Odéon ; 1 814 ;
— Le Prince d'occasion, ou le comédien de
province, opéra comique en trois actes; 1817;
— Fiesque et Doria , ou Gênes sauvée, tra-
gédie en cinq actes, imitée de Schiller; 1824.
Dans ces diverses productions, La Martelière fait
preuve d'une imagination fertile et d'une certaine
connaissance des effets dramatiques, il trouve
des situations pleines d'intérêt ; mais son style
est trop négligé, et ses caractères sont faiblement
accusés. On a encore de lui : Théâtre de Schil-
ler; Paris, 1799, 2 vol. in-8° : traductions des
drames VAwmiret r Intrigue, La Conjuration
de Fiesque, Don Carlos et A'Abelimo, tragédie
deTschokke — Les Trois Gil JBlas, ou cinq
ans defolifi, histoire pour les uns et roman
~ LAMARTINE 78
pour les autres; ibid., an x (1802); 1809
4 vol. in-12, fig. ; — Fiorellâf ou t'influence
du cotillon, faisant suite aux Trois Gil Blas;
ihid., 1802, 180.9, 4 vol. in-12, fig.; — Alfred
et Liska, ou le hussard parvenu, roman his-
torique du dix-septième siècle; ibid., 1804,
4 vol. inl2, fig. ; — ie Cultivateur de la Loui-
siane, roman historique; ibid., 1808, 4 vol.
in-12; — Conspiration de Bonaparte contre
Louis XVII J, ou relation dé ce qiii s'est passé
dans Paris depuis le 30 mars 1814 jusqu'au
22 juin 1815; ibid., 1815, in-8°, dont la 5^ édit.
parut en 1816, etc. En 1825 il avait publié le
prospectus d'une Histoire des Conspirations
célèbres, tant anciennes que modernes; mais
cet ouvrage n'a jamais vu le jour. Paul Louisy.
Cabbe, Biogr. univ. des Conieinp. — Arnault, Jouy et
(Je Nprvins, Biogr. des Contemp. — Quérard, La France
Littéraire.
LA MARTILLIÈRE. Voy. PATRE.
* LAMARTINE {Alphonse de) (1), célèbre
poète français, né à Màcon, le 21 octobre
1792 (2). Son père, le chevalier de Lamartine,
fils d'un capitaine en retraite, qui avait épousé
une riche héritière de Franche-Comté, entra au
service. Il était capitaine dans un régiment de
cavalerie lorsque la révolution éclata. Il se maria
vers 1790 avec M"* Alix des Roys, fille de M. des
Roys, intendant général des finances du duc
d'Orléans, et de M"« des Roys, sous-gouver-
nante des enfants du duc, et ne tarda pas à
quitter le service. Rappelé près de Louis XVI
parle danger que courait ce prince, il combattit
avec les Suisses au 10 août 1792, et n'échappa à
la mort que par miracle. 11 revint à Mâcon, près
de sa femme. Quelques mois plus tard toute la
famille Lamartine était arrêtée et conduite à Au-
tun. Seul , le père du poète fut détenu à Mâcon,
et sa mère resta libre. A la chute de Robespierre,
les prisons d'Autun et de Mâcon s'ouvrirent. Le
chevalier de Lamartine, rendu à la liberté, alla
vivre avec sa femme et son enfant dans le petit
village de Milly, non loin de Mâcon. Là s'écou-
lèrent les premières années du poète, années de
libre et heureuse enfance, où rien ne gêna le dé-
veloppement de son génie. « Mon éducation, dit-
(1) Le nom De Prat a été attribué à M. de Lamartine
par quelques biographes. C'est une erreur : la famille
dont M. de Lamartine est le dernier représentant et le
chef n'a jamais eu d'autre nom que celui de Lamartine.
C'était l'usage dans les familles nobles de Paris et de
province de donner aux puînés de la maison un nom
de terre pour les distinguer du fils aîné, qui portait seul
le nom de famille. C'est ainsi que le père de M. de La-
martine porta pendant quelques années le nom de che-
valier de Lamartine de Prat. La terre de Prat et le châ-
teau de ce nom existent en Franche-Comté, à quelques
kilomètres de la ville de Saint-Claude. L'aïeul de
M. de Lamartine possédait sept à huit terres dans cette
province. Il fut le fondateur de lapetite ville de Morez, au-
jourd'hui si florissante, et qui vient de reconnaître cette
origine par une lettre du conseil municipal et du maire
de Morez accumpagnant la souscription honorifique pour
l'héritier de leur fondateur.
(2) Nous donnons cette date d'après diverses indications
des Confidences; d'autres renseignements, peut-être plus
exacts, font naître M. de Lamartine le 91 octobre 1191.
79
il , était toute dans les yeux plus ou moins se-
reins et dans le sourire plus ou moins ouvert de
ma mère. » Parmi les livres, peu nombreux, qu'oi-
frait une petite bibliothèque de campagne, M""" de
Genlis , Uerquin , le Télémaque de Fénelon ,
Bernardin de Saint-Pierre , une Bible abrégée et
surtout la Jérusalem délivrée du Tasse traduite
par Lebrun, furent les premiers maîtres qui
éveillèrent sa pensée et lui ouvrirent « le monde
de l'émotion, de l'amour et de la rêverie ».
Lorsqu'il entra dans sa douzième année, sa mère,
comprenant que cette éducation du foyer domes-
tique ne suffisait pas, l'envoya apprendre un
peu de latin chez le vicaire d'une paroisse voi-
sine. Ce vicaire , l'abbé Dumont , grand chasseur,
fort peu ecclésiastique, et dont la vie aventu-
reuse fournit plus tard au poète le sujet de son
Joceiyn, était un assez mauvais maître de gram-
maire , et l'oncle de Lamartine, voyant que l'en-
fant faisait peu de progrès, exigea qu'il fût envoyé
au collège de Lyon, vers 1805. Mais la vie bruyante
du collège lui devint insupportable. Ses parents
l'en retirèrent et le mirent chez les jésuites de
Belley. Là il ne fit point de fortes études , mais
il trouva dans ses maîtres des guides instruits et
indulgents, auxquels il disait en les quittant :
Aimables sectateurs d'une aimable sagesse,
Bientôt je ne vous verrai plus.
Enfin, « après l'année qu'on appelle de philoso-
phie , année pendant laquelle on torture par des
sophismes stupides et barbares le bon sens na-
turel de la jeunesse », il quitta le collège, et re-
vint à Milly vers la fin de l'été t809. Dans cet
automne, il reprit avec délices la vie champêtre
de son enfance, et se plongea dans des lectures
qui ne liii avaient pas été permises à Belley. 11
lut non les anciens, qui lui rappelaient l'école,
mais les poètes modernes, « qui sentent , qui
pensent, qui aiment, qui chantent, comme nous
pensons, comme nous chantons, comme nous
aimons , nous hommes des nouveaux jours : le
Tasse, Dante, Pétrarque, Shakspeare, Milton,
Chateaubriand et Ossian surtout, ce poète du
vague... ce Dante septentrional aussi grand,
aussi majestueux, aussi surnaturel que le Dante
de Florence , et qui arrache souvent à ses fan-
tômes des cris plus humains et plus déchirants
que ceux des héros d'Homère » (1). Les chants
celtiques qui ont servi de point de départ aux
compositions de Macphei'son renferment sans
doute une poésie originale, et la sentimentalité dé-
clamatoire dans laquelle Macpherson a enveloppé
cette poésie populaire ne manque ni d'éclat ni
d'élégance : il n'est pas étonnant que cet ouvrage
ait exercé une immense influence sur un poète
de seize ans -, mais que le même poète dans un
ouvrage de sa maturité ait placé les prétendues
poésies d'Ossian au-dessus de Dante et peut-
être d'Homère , c'est assez pour montrer com-
bien il aurait eu besoin de fortifier son goût et sa
11) ConlMenccs, 1. I.
LAMARTINE SO
pensée sous la discipline des grands maîtres de
l'antiquité. Dans cette période ossianique , le
poète adolescent éprouva pour une jeune fille,
sa voisine de campagne, un sentiment qu'il a
fort agréablement raconté dans ses premières
Confidences. Ses parents l'envoyèrent à Paris
se distraire , par l'étude , d'une passion qui « fon-
dit avec les neiges de l'hiver ». Un peu plus tard
« un rayon de la poésie du Midi fit évanouir
pour lui toute cette brume fantastique du Nord «.
En 1811 il accompagna en Toscane une de ses
parentes ; puis , seul et presque sans argent , il
continua son voyage d'Italie. Il passa à Rome
l'hiver de 1811-1812, chez un vieux peintre , ne
voyant personne et plongé dans une vie d'étude
et de contemplation. Au printemps, il se rendit à
Naples, où un parent de sa mère lui donna l'hos-
pitalité. Dans sa cellule, qui ouvrait sur la mer,
sur le Vésuve , sur Castellamare et Sorrente ,
dans ses promenades en bateau avec le plus cher
de ses amis de collège, Aymon de Virieu, pen-
dant des journées de rêverie sur les rivages
d'Ischia, de Procida , chez le pêcheur de la
Margellina, où il passa quelques mois de l'année
1813, il amassa un trésor de sentiments et d'i-
mages qui devait enrichir sa poésie. La baie de
Naples fut après Milly la patrie de son imagina-
tion et de son cœur. Ceux qui ont lu l'épisode
de Graziella savent quels furent les enchante-
ments et les émotions de son âme
Sur la plage sonore où la mer de Sorrente
Déroule ses flots bleus au pied de l'oranger;
et quelle impression ineffaçable il en rapporta ,
lorsque ses parents le rappelèrent en France. 11
trouva le régime impérial sur son déclin , et
bientôt il assista à sa chute. Royaliste par tradi-
tion de famOle, il entra dans les gardes du corps,
en 1814 ; et quand le retour de Napoléon força
Louis XVin à quitter la France , il suivit la fa-
mille royale jusqu'à la frontière. Sa compagnie
fut licenciée à Bethune. Ne voulant pas servir
l'empire, il se retira pendant les Cent Jours en
Suisse et en Savoie. Après la seconde restaura-
tion, il rentra dans les gardes du corps; mais
l'existence dissipée d'une garnison le fatigua , et
vers l'été de 1816 il quitta Paris, et alla ra-
fraîchir son âme dans les vallées de la Savoie.
Son ami Louis de Vignet, neveu du comte de
Maistre, le mit en rapport avec ce grand écrivain,
qui venait d'arriver de Russie. La fréquentation
de la famille de Maistre ne pouvait que le raffer-"
mir dans ses opinions monarchiques et reli-
gieuses ; elle exerça aussi une salutaire influence
sur son esprit, et donna à ses pensées une tour-
nure plus spiritualiste. Le même voyage lui fit
rencontrer une nouvelle source d'inspiration.
Aux bains d'Aix, dans l'automne de 1816, com-
mença cette liaison que le poète a si souvent
célébrée en prose et en vers. L'Elvire des Médi-
tations, la Julie du roman de Raphaël, était,
si l'on s'en rapporte aux indications de ce récit,
une créole de Saint-Domingue, orpheline, élevée
81
LAMARTINE
82
avec les filles de la Légiou d'Honneur, mariée à
dix-sept ans à un vieillard, savant illustre, qui ne
voulait être pour elle qu'un père. Le désir de re-
voir cette personne ramena le poëte à Paris dans
l'hiver de 1817. Renfermé dans le petit apparte-
ment de son ami Aymon de Virieu , il donnait
ses journées à l'étude et à la composition. Il
avait déjà en portefeuille plusieurs volumes de
poésies élégiaques , et méditait une tragédie de
Saûl. Le soir il rencontrait dans le salon de
jyjme *** (jes académiciens et des hommes d'É-
tat, Suard, Bonald , Mounier, Lally-ToUendal.
Aymon de Virieu l'introduisit dans d'autres sa-
lons plus brillants , chez M"^ de Saint-Aulaire ,
chez M""^ de Raigecourt, chez M"^ de La Tré-
mouille, chez M""" la duchesse de Broglie.
« W^* de Saint-Aulaire et son amie, M"^ la du-
chesse de Broglie, dit M. de Lamartine , étaient
à cette époque le centre du monde élégant, poé-
tique et littéraire de Paris... Deux ou trois fois
on me fit réciter des vers. On les applaudit, on
les encouragea. Mon nom commença sa publicité
sur les lèvres de ces deux charmantes femmes,
elles me produisaient avec indulgence et bonté à
leurs amis, mais je m'effaçais toujours. Je ren-
trais dans l'ombre aussitôt qu'elles retiraient
ce flambeau (1). » Encouragé par l'approbation
d'un public si distingué, et pressé par la gêne de
sa famille de chercher des ressources dans son
talent, il se hasarda de proposer à un éditeur un
recueil de ses poésies. L'éditeur loua les dispo-
sitions du jeune poëte, lui conseilla d'étudier les
modèles classiques , et le dissuada de toute pu-
blication immédiate. Le recueil ainsi rejeté n'é-
tait point celui qui eut tant de succès sous le
titre de Méditations, et aucune des admirables
pièces qui fondèrent la réputation de M. de La-
martine n'était encore composée. L'éditeur clas-
sique ne fut pas si mal avisé d'engager le poëte
h ne pas exposer prématurément au poblic un
talent que les émotions et les études des deux
années suivantes devaient si largement enrichir
et développer. Dans l'automne de 1817, l'auteur
revit la vallée d'Aix, et le lac du Bourget. En pré-
sence de ces lieux que consacrait un cher sou-
venir, il entra pour la première fois en pleine
possession de son génie, par son immortelle
élégie du Lac. Jamais la pensée de la fuite ra-
pide du temps, qui trouble l'homme au sein du
bonheur, jamais le contraste entre la nature im-
muable et l'instabilité des choses humaines n'a-
vaient été exprimées sous une forme plus lim-
pide et plus mélodieuse. Lamartine n'avait en-
Ci) « La nature ne m'a pas fait, ajoute M. de Lamar-
tine, pour le monde de Paris. Il m'afflige, il m'ennuie Je
suis né oriental et je mourrai tel. La solitude, le désert
la mer, les montagnes, les chevaux, la conversaUon in-
térieure avec la nature, une femme à adorer un ami à
entretenir, de longues nonchalances de corps pleines
d'aspirations d'cgprlt, puis de violentes et aventureuses
périodes d'action comme celles des Ottomans ou des
Arabes, c'était tà mon être ;
une vie tour à tour poétique.
religieuse, héroïque ou rien. » Commentaire sur la pre-
mière des Nouvelles Méditations.
core composé que de charmantes élégies, le
Lac est d'un grand poëte. La mort de M""" *** , une
grave maladie du poëte, ses rapports avec le
plus grand monde pieux de la restauration , les
Montmorency, les Rohan, donnèrent à ses idées
une teinte sombre et une nuance religieuse plus
prononcée. Enfin, au commencement de 1820, un
de ses amis , M. de Genoude, lui trouva un édi-
teur. Un obscur libraire, nommé Nicolle, con-
sentit à faire imprimer les Méditations, qui pa-
rurent au mois de mars 1820. Le succès en fut
grand , surtout dans les salons aristocratiques et
catholiques. Le ministre de l'intérieur, Siméon,
adressa à l'auteur, par l'ordre de Louis XVIII, la
lettre suivante: «Monsieur, le talent très-remar-
quable et très-rare que vous venez d'annoncer,
dans vos Méditations poétiques , est digne de
tous les encouragements. J'ai donné ordre que
la collection des chefs-d'œuvre de la langue fran-
çaise, par Didot, et celle des auteurs latins , par
M. Lemaire, vous fussent envoyées, etc. » Le
succès, malgré les réserves de la critique au su-
jet des négligences du poëte, devint général. Les
Méditations offraient une couleur originale faite
pour charmer les esprits fatigués de l'élégauce
usée de l'ancienne école, et cependant elles con-
tenaient des pièces d'un tour classique, VOdeà
Manoël, VOde à Bonald, auxquelles les admi-
rateurs de J.-B. Rousseau et de Le Brun ne
pouvaient refuser leur approbation, de déli-
cieuses élégies qui rappelaient, en les surpas-
sant, les accents les plus purs et les plus pas-
sionnés de Bertin et de Parny. Mais les lecteurs
auxquels s'adressait surtout le poëte , les jeunes
gens et les femmes, remarquèrent de préférence
et accueillirent avec enthousiasme ces élégies
vraiment neuves et d'une mélancolie pénétrante,
L'Isolement, Le Vallon, L'Automne, Le Lac,
qui traduisent si harmonieusement les impressions
d'une àme délicate et éprouvée, se consolant
par la rêverie, par la contemplation de la na-
ture, par l'adoration de l'Être infini. « Il y a
bien de la grandeur dans ce volume, dit M Sainte-
Beuve ; il est merveilleusement composé sans le
paraître ; le roman s'y glisse dans les intervalles
de la religion ; l'élégie éplorée y soupire près du
cantique déjà éblouissant. Le point central de ce
double monde, à mi-chemin des hauts lieux et
du Vallon, le miroir complet qui réfléchit le
côté métaphysique et le côté amoureux est Le
Lac , Le Lac, perfection inespérée , assemblage
profond et limpide , image une fois trouvée et
reconnue par tous les cœurs. »
Peu de jours après l'apparition des Médita-
tions, M. de Lamartine fut nommé secrétaire
d'ambassade à Naples. En se rendant à son poste,
il épousa à Genève. M'ie Élisa-Marianne Birch,
jeune et belle Anglaise, d'une riche famille. Il
l'avait rencontrée l'année précédente dans ces
vallées de la Savoie où , dit-il ,
. . I^ jeune amitié m'aecuclllit dès l'aurore,
Où l'amitié plus mûre est aussl.tendrc encore.
LAMARTINE
84
Où l'amour, dlspnru dans l'ombrfi du trépas,
Laisse partout pour moi l'einprcinto de ses pas,
El colore à mes .veux vos Ilots et vos collines
Ou d'un deuil éternel ou de splendeurs divines!
OÙ j'ai trouvé plus tard cet unique trésor,
Plus rare que i'encens, plus précieux que l'or,
Cbarme, ornement, repos, colonne de ma viel
M. de Lamartine passa les années suivantes soit à
Naples , sur les délicieux rivages qui avaient vu
le premier épanouissement de son génie, soit
à Rome (hiver de 1321-1822), soit à Paris (été
de 1822 ). Ces années de vie facile et brillante,
de plénitude et d'éclat, trouvèrent leur expres-
sion dan? les Nouvelles Méditations, publiées
en 1823. Ce volume, qui n'avait pas, comme les
premières Méditations^ le charme de la nou-
veauté, obtint moins de succès quoiqu'il en mé-
ritât davantage. Aucun des recueils de M. de La-
martine ne contient autant de ces pièces aclievées
qui se gravent dans la mémoire et qui portent
dans l'avenir non-seulement le nom mais les œu-
vres d'un poète. L'Ode siir Bonaparte est une
méditation politique élevée, puissante et quel-
quefois sublime; la pièce des Étoiles est le chef-
d'œuvre de la contemplation poétique; £e Passé,
Sagesse, le Chant d'Amour des Préludes, sont
ce que la poésie lyrique intime a produit de
plus parfait en France. Le Poète mourant et le
Crucifix ne tiennent pas une place moins élevée
dans le genre de l'élégie funèbre , et les petites
pièces à El...., Tristesse, sont des élégies
amoureuses de la plus exquise beauté. Avant les
Nouvelles Méditations, M. de Lamartine avait
publié La Mort de Socrate, imitation poéti-
que du Phédon , pleine d'ampleur, de grâce et
de négligence. Il adressait vers le même temps
au poète le plus distingué du groupe opposé, à
Casimir Delavigne, une charmante épitre qui mon-
trait dans le poète royaliste une noble libéralité
d'idées. En 1824 il fut nommé secrétaire de léga-
tion à Florence sous le marquis de La Maisonfort,
qu'il remplaça en 1826. En 1825 il publia le Der-
nier chant de Childe Harold, témoignage de son
admiration pour Byron , mais joute inégale contre
le poète anglais. Les qualités de Lamartine ne
sont pas celles que réclament le sujet : au lieu
d'un chant épique, il n'a donné qu'une belle et
trop longue méditation. Ce poème contient une
allocution de Byron à l'Italie, allocution très-
sévère et où l'on trouve entre autres ces deux
vers :
Je vais chercher ailleurs, pardonne, ombre romaine I
Des hommes et non pas de la poussière humaine.
Cette tirade éveilla la susceptibilité du colonel
Pepe , banni de Naples à la suite de la tentative
révolutionnaire de 1821, et réfugié à Florence. Le
colonel y répondit dans une brochure injurieuse
pour la France et M. de Lamartine. Une ren-
contre eut lieu entre le poète français et le pa-
triote italien ; Lamartine fut blessé légèrement
au poignet , et une franche réconciliation réunit
deux adversaires faits pour s'estin^r et s'aimer.
M. de Lamartine resta cinq ans à Floience.
Ses fonctions de chargé d'affaires ne lui firei^t
pas oublier les lettres ; mais il s'habitua de plus
en plus à ne voir dans la poésie qu'une effusion
spontanée de ses sentiments et de ses idées.
' « Je chantais, » a-t-il dit,
\ . . Comme l'homme respire.
Comme l'oiseau gémit, comBie le vent soqpirp,
Cofpiue l'eau murmure en coulant.
Lorsque le ministère Polignac se forma ( août
1829), M. de Lamartine fut appelé à Paris , et le
prince de Polignac lui offrit le poste de secrétaire
général des affaires étrangères. M. de Lamartine
refusa de s'associer aussi étroitement à une po-
litiquedont il prévoyait les funestes conséquences.
Jl accepta seulement la place de ministre pléni-
potentiaire auprès du prince Léopold de Saxe-
Cobourg, qui venait d'être nommé roi des Grecs.
Avant son départ le poète publia les Harmonies
poétiques et religieuses. Le génie de M. de
Lamartine ne s'était pas encore produit avec
autant de richesse et d'essor. On peut dire de
l'auteur des Harmonies ce que André Chénier
a dit d'Homère ;
De sa bouche abondaient les paroles divines
Comme en hiver la neige au sommet des collines.
Ou, en lui empruntant ses propres paroles :
Mon âme a l'œil de l'aigle, et nies fortes pensées.
Au but de leurs désirs volant comiue des traits.
Chaque fois que mon sein respire, plus pressées
Que les colombes des foréits.
Montent, montent toyjours, par d'autres remplacées ,
Kt ne redescendent jamais.
Le seul défaut de cette merveilleuse poésip, c'est
la diffusion. Les Harnionies , trop peu concen-
trées pour produire sur l'âme une impression
durable, vivront probableiiient moins dans la
mémoire des hommes que les Méditations (1).
Un peu avant la publication des Harmonies ,
l'Académie Française admit M. de Laniartine dans
son sein. Cuvier, qui le reçut {i" avril 1830),
exprima heureusement l'effet produit par les
Méditations, qui avaient excifé à l'égard du poète
l'estime et l'amitié aussi vivement que l'admira-
tion. « Lorsque, dit-il, dans un de ces instants
de tristesse et de découragement qui s'emparept
(1) Des bons juges ne sont pas de cet avis, et regar-
dent les Harmonies comme le chef-d'œuvre de W. de
Lamartine. M. S.iinte-Beuve, résumant dans une image la
carrière du poète de 1816 à 1830, a dit : u Lamartine avait
d'abord une nacelle Puis la nacelle est
devenue une barque plus hardie , plus confiante aux
étoiles et aux larges cauï La barque a tait
place au vaisseau. C'a été la haute mer cette fois, le dé-
part majestueux et irrévocable. Plus de rivage, qu'au
hasard , çà et là , et en passant j les deux , rien que les
cieux et la plaine sans bornes d'un océan Pacifique. Le
bon Océan sommeille par intervalles ; il y a de longs
jours, des calmes monotones; on ne sait pas bien si on
avance. Mais quelle splendeur, même alors , au poli de
cette surface ; quelle succession de tableaux à chaque
heure des jours et des nuits! quelle variété miraculeuse
au sein de la monotonie apparente! «t à la moindre
émotion, quel ébranlement redoublé de lames puis-
santes et douces, gigantesques, mais belles; et surtout,
et toujours, l'infini de tous les sens , profondum^ alti-
tudo! »
85
LAMARTINE
86
quelquefois des âmes les plus fortes, un pro-
fïjeneur solitaire entend par hasard résonner de
loin une voix dont les chants doux et mélodieux
expriment des sentiments qui répondent aux
siens , il est comme saisi d'une sympathie bien-
faisante ; il sent vibrer de nouveau ces fibres que
rabattement avait détendues ; et si cette voix qui
peint ses souffrances y mêle par degrés de l'es-
poir et des consolations, la ^ie renaît en quel-
que sorte en lui ; déjà il s'attache à l'ami inconnu
qui la lui rend; déjà il voudrait le serrer dans
ses bras, l'entretenir avec effusion de tout ce
qu'il lui doit. » Il lui reprocha doucement de
négliger « pour des occupations d'un intérêt plus
immédiat ces devoirs d'un ordre tout autrement
relevé et dont les poètes doivent compte à l'hu-
manité entière. » Les circonstances , d'accord
avec les conseils de Cuvier, semblaient le dé-
tourner de la politique. Le prince Léopold n'ac-
cepta pas la couronne de Grèce , et la mission
de AL de Lamartine ne reçut point d'exécution.
Il voyageait en Suisse lorsque éclata la révolu-
tion de Juillet. Attaché de cœur à la dynastie
tombée, il ne voulut pas servir la nouvelle mo-
narchie, et renonça à la carrière diplomatique.
Mais opposé à toute faction, il se tint à l'écart
du parti légitimiste, dont il ne partageait ni les
espérances ni les antipathies. Dans une brochure
publiée en 183t, sous le titre de Politique ra-
tionnelle, il indiqua à la société et au pouvoir
la pohtique nouvelle qu'ils devaient inaugurer ;
politique toute chrétienne et qui était « de la
morale, de la raison et de la vertu ». Cette dé-
finition est bien vague; mais les passages sui-
vants de la brochure montrent dans quel sens
M. de Lamartine l'entendait : « Cette époque est
celle du droit et de l'action de tous , époque
toujours ascendante, la plus juste, la plus mo-
rale , la plus libre de toutes celles que le monde
a parcourues jusque ici, parce qu'elle tend à élever
l'humanité tout entière à la même dignité mo-
rale , à consacrer l'égalité politique et civile de
tous les hommes devant l'État , comme le Christ
avait consacré leur égalité naturelle devant
Dieu ; cette époque pourra s'appeler l'époque
évangélique, car elle ne sera que la déduction
logique, que la réahsation sociale du sublime
principe déposé dans le livre divin comme
dans la nature même de l'humanité, de l'é-
galité et de la dignité morale de l'homme re-
connues enfin dans le code des sociétés civiles. »
IJ conjurait le nouveau gouvernement de ne point
placer sa confiance en lui-même , mais dans la
nation , de ne point se créer un intérêt au milieu
des intérêts généraux du pays, de ne point con-
sidérer son existence, mais sa mission. « Si le
pouvoir comprend cette mission d'une destinée
sociale et l'emploie tout entière , sans retour sur
lui-même, au salut désintéressé du pays, à la
fondation sincère et large d'un ordre libre et ra-
tionnel, il triomphera de tous les obstacles, il
créera ce qu'il a mission évidente de créer, et
durera ce que doivent durer les choses néces-
saires, le temps d'achever leur œuvre, tiansi-
fions elles-mêmes à un autre ordre de choses
plus avancé et plus parfait. Que s'il ne se comprend
pas lui-même, et s'il ne profite pas , au bénéfice
de la liberté et de l'humanité tout entière, du
moment fugitrf qui lui aura été donné ; s'il ne
voit pas qu'une route longue, large et droite est
ouverte sans obstacle devant lui, et qu'il peut y
porter les esprits, les lois et les faits jusqu'à un
pornt d'où ils ne pourraient plus réirograder;
s'il se compte lui-même pour quelque chose,
s'il s'arrête ou s'il se retourne, il périra et plu-
sieurs siècles peut-être périront avec lui. « Ces
paroles pleines d'illusions et de prévisions at-
testent que dès cette époque M. de Lamartine
tenait peu à la royauté , et qu'il regardait la dy-
nastie de Juillet comme une transition. Pensant
qu'il avait donné assez de regrets « au passé qui
n'est plus qu'un rêve », et que le moment était
venu '1 de rentrer dans les rangs des citoyens, de
penser, parler, agir, combattre avec la famille
des familles, avec le pays »,il se laissa porter can-
didat pour la députation à Toulon et à Dunker-
que. II ne fut pas élu. Un versificateur bruyant
saisit cette occasion de l'insulter, et lui fournit
le sujet d'une admirable réponse. Sa nature douce
et fière, soulevée par an brutal et abject outrage,
trouva des accents d'une force inaccoutumée et
auxquels tous les cœurs honnêtes répondirent. Il
pouvait se rendre cette justice que sa Muse avait
servi « sa gloire et non ses passions » ; il avait
le droit de s'écrier :
Mais j'aurai bu cent fois l'amère calomnie
Sans que ma lèvre même en garde un souvenir;
Car js sais que le temps estfirtèle au génie ,
Et mon cœur croit à l'avenir.
Peuaprès son échec électoral, M. de Lamartine
se décida à réaliser le voyage en Orient qui avait
été le rêve de sa vie. Obéissant à cette voix qui
lui criait sans cesse : « Va pleurer sur la mon-
tagne où pleura le Christ, va dormir sous le
palmier où dormit Jacob », il partit de Mar-
seille, le i*"^ juillet 1832, avec sa femme et sa fille,
sur un vaisseau qu'il fréta pour lui et sa suite.
Son voyage , on l'a dit, fut celui d'un prince ou
d'un émir. Il laissa à Beyrouth sa femme et sa
fille Julia, que con.sumait une maladie de poitrine,
et se dirigea vers Jérusalem ( octobre 1832 ).
En traversant la chaîne du Liban, il visita lady
Esther Stanhope, cette reine de Tadmor, qui
conservent encore quelque apparence de pouvoir
et d'opulence, et qui devait finir sa vie dans l'i-
solement et la pauvreté. Grâce à l'argent qu'il
prodiguait et à la protection d'Ibrahim-Pacha ,
le voyageur atteignit en sûreté Jérusalem. Mais
une grande douleur vint le déchirer au milieu
des enchantements de la vie orientale et des
graves pensées que suscitait dans son âme de
poëie religieux le berceau du christianisme.
Julia mourut à Beyrouth. Par une singulière
coïncidence, au même moment où la perte la
67
LAMARTINE
88
plus cruelle rendait pénible pour M. de Lamar-
tine un plus long séjour en Orient, les électeurs
de Bergues ( Nord ) le rappelèrent en France en
le nommant député (janvier 1833) (1). M. de
Lamartine quitta la Syrie (mai 1833 ), et revint
par Constantinople et la vallée du Danube. Il
était de retour en France au mois d'octobre , et
deux mois après il entra à la chambre. Le 4 jan-
vier 1 834 il parut pour la première fois à la tri-
bune dans la discussion de l'adresse, et le 14 mai,
dans un discours au sujet de la loi sur les as-
sociations , il exposa nettement sa politique. Il
était conservateur, mais avec indépendance, et
ne voulait pas qu'une politique de résistance
devint la condition normale du pays; « Le pre-
mier soin d'un gouvernement, dit-il , c'est de
vivre; bien ou mal, il représente quelque chose
de plus pressant que la liberté même, l'ordre,
la paix publique , la sécurité dans la rue , dans
le foyer, dans la propriété , dans la vie. Voilà
ce que nous sommes en droit de lui demander ;
voilà aussi ce que nous devons lui donner le
moyen de maintenir, quand il le réclame au
nom du salut public. Pour ma part je ne mar-
chanderai jamais le pouvoir au gouvernement
dans les temps de crise Mais le péril passé,
mais l'ordre rétabli, je demanderai compte au
gouvernement du pouvoir temporaire que je lui
aurai prêté. Je lui dirai : Qu'avez-vous fait pour
prévenir le retour de si fatales nécessités? »
L'année suivante, il se prononça avec énergie
contre les lois de septembre , et ne ménagea pas
ceux qui, après avoir renversé la restauration au
nom de la liberté de la presse, comprimaient la
presse au profit de la dynastie de Juillet. « Ce
qu'il y a faire, disait-il , ce n'est pas de museler la
presse , c'est de ne pas ajourner sans cesse les ré-
formes utiles aux masses ; c'est de ne pas laisser
stérile plus longtemps pour l'humanité une ré-
volution faite par le peuple;.... c'est de ne pas
donner sans cesse , et tour à tour, au peuple
français et à l'Europe , qui nous contemple, le
spectacle démoralisateur d'hommes qui ne se ser-
vent des plus saintes espérances de l'humanité
que comme d'une arme pour conquérir les po-
sitions politiques ; qui lorsqu'ils sont parvenus
à se saisir du gouvernement traînent dans les
récriminations et dans l'insulte le drapeau qui
les a menés à la victoire, blasphèment ce
qu'ils ont adoré , adorent ce qu'ils ont brisé, et
font croire au peuple , perverti par de tels exem-
ples , qu'il n'y a ni vérité , ni mensonge , ni
vertu , ni crime en politique , et que le monde
est au plus habile ou au plus audacieux. » Dans
(1) Aux élecUons de 1834, les électeurs de Mâcon, jaloux
de voir leur illustre compatriote représenter une autre
ville que la leur, lui donnèrent leurs voix ; mais M. de
Lajnarttne opta pour Bergue.s, où il avait été réélu. Les
Maçonnais ne se rebutèrent pas, et en 1837 les deux col-
lèges électoraux de Mâcon le nommèrent à la fois.
M. de Lamartine ne put se refuser à celte marque d'ad-
miration, et il se sépara, à regret, des habitants de
Bergues, qui l'avaient réélu à l'unanimité.
ces paroles on reconnaît l'ancien légitimiste li-
béral, on prévoit le futur républicain, mais
on ne trouve pas un ami de la dynastie de
Juillet , et les conservateurs devaient accueillir
avec une extrême défiance un auxiliaire qui se
plaçait bien au-dessus et au delà de leurs pas-
sions et de leurs intérêts. M. de Lamartine resta
donc isolé dans sa poUtique sociale comme il
l'appelait , et pendant plusieurs années il occupa
moins le public de ses discours que de ses nou-
veaux écrits, qui cependant n'obtinrent pas le
succès de ses premiers ouvrages. Les Souve'
nirs. Impressions, Pensées et Paysages pen-
dant un voyage en Orient, ou notes d'un
voyageur, parurent en 1835. C'est une improvi-
sation quelquefois magnifique , trop souvent ver-
beuse et néghgée. Les descriptions les plus splen-
dides ne peuvent remplacer aux yeux d'un juge
sérieux l'exactitude des faits, la précision des
observations, la justesse des appréciations, et
finissent par fatiguer même un lecteur indulgent.
Le poëme de Jocelyn, publié en 1836, n'est pas
exempt des mêmes défauts , la prolixité , la négli-
gence et l'abus des descriptions ; mais il offre en
même temps des qualités si charmantes et si
élevées, qu'il est impossible de ne pas oublier
les défauts. Un jeune homme destiné aux ordres
sacrés, une jeune fille noble sont réunis et isolés ,
par la tourmente révolutionnaire , sur une mon-
tagne des Alpes. Lorsque les sentiments qu'une
pareille situation doit faire naître entre deux
cœurs jeunes et purs sont développés , un évé
nement imprévu sépare à jamais Jocelyn et
Laurence. Jocelyn, devenu curé du village de Val-
neige , ne revoit Laurence que deux fois ; il la ren-
contre à Paris, livrée aux dissipations du monde ;
il assiste à ses derniers moments dans une chau-
mière des Alpes, et l'ensevelit dans cette grotte
des aigles témoin de leurs chastes amours. Cette
fable n'est pas compliquée; mais elle a permis au
poète d'épancher avec une incomparable abon-
dance des sentiments purs et de belles images.
Ses personnages sont dessinés avec peu de pré-
cision , mais avec infiniment de grâce. La morale
du poëme est vraiment chrétienne ; cependant des
croyants sévères, protestants ou catholiques,
Vinet et l'abbé Gerhet , remarquèrent avec tris-
tesse que le poète abandonnait peu à peu les
dogmes positifs de la religion. Leurs craintes ne
se réahsèrent que trop. La Chute d'un Ange,
le second poëme publié par M. de Lamailinc en
1838, offre, avec tous les défauts de Jocelyn, âes
défauts que cet aimable poëme ne laissait pas
soupçonner. L'auteur, comme enivré de cette.na-
ture orientale qu'il veut peindre, et de ce sujet
qui remonte aux mystérieuses époques de l'hu-
manité primitive, entasse les inventions gigan-
tesques et les plus étranges fantaisies. Mais
même au milieu des fautes de langue et de goût
qui fourmillent dans cet ouvi'age, on reconnaît
une rare puissance , le don de parler au cœur, et
plutôt l'abus que la décadence d'un grand ta-
89
lcnt(l). Des défauts analogues et peut-être plus
sensibles, parce que le sujet les comporte moins,
se retrouvent dans les Recueillements poétiques
publiés en 1839. Le poète ayant pris l'habitude
d'improviser tous ses vers, les beautés ne sont
plus chez lui que des hasards heureux, très-
fréquents sans doute, mais non pas perpétuels.
On ne peut citer dans les Becueilleynents une
pièce tout à fait belle et parfaite. Cependant le
Cantique sur la mort de la duchesse de Bro-
glie, le Cantique sur un rayon de soleil ne
dépareraient pas les Harmonies. h'Ode au
comte de Virieu sur la mort du baron de Vi-
gnet est digne de la méditation du Passé. Le
Toast, porté au banquet des Gallois et des Bas-
Bretons , est d'une poésie confuse et troublée ,
mais pleine de souffle et de sonorité. On dirait
que cette voi\, qui chantait si mélodieusement
sur le lac du Bourget et sur la plage de Baïa, se
renforce et se grossit en prévision des orages
populaires. Ces orages semblaient éloignés, et
le poëte ne prenait pas encore une part bien ac-
tive à la politique. Adhérent dédaigneux des
ministères du 11 octobre, du 22 février et du
fi septembre, composés des diverses nuances de
l'ancienne opposition , il donna son assentiment
à la politique honnêtement conservatrice et con-
ciliante de M. Mole , et défendit le cabinet du
15 avril contre cette coalition qui réunissait
M. Tliiers et M. Berryer, M. Guizot et M. Gar-
nier-Pagès , non qu'il approuvât toute la con-
duite du ministère; mais, disait-il, « Je conti-
nuerai à voter pour les ministres de l'amnistie et
delà paix, contre les ministres énigmatiques dont
les uns ont un pied dans le compte-rendu, les
autres dans les lois de septembre, et dont l'al-
liance suspecte et antipathique ne promet au
pays que deux résultats funestes qu'il vous était
donné seuls d'accomplir à la fois : la dégradation
cei'taine du pouvoir et la déception de la li-
berté. » 11 s'effrayait qu'il n'y eût « ni action
grande ni idée directrice grande dans le gouver-
nement depuis l'origine de 1830 ». — « Il ne faut
pas se figurer, ajoutait-il, que, parce que nous
sommes fatigués des grands mouvements qui ont
remué le siècle et nous , tout le monde est fa-
tigué comme nous et craint le moindre mouve-
ment. Les générations qui grandissent derrière
nous ne sont pas lasses, elles; elles veulent agir
et se fatiguer à leur tour. Quelle action leur avez-
(1) Dans la pensée de M. de Lamartine, Jocelyn et La
Chute d'un Ange n'étaient que des épisodes d'un grand
poErae sur le développement et les phases progressives
de Ibumanilé. Un ami et un confident du poëte, M. Fal-
connet, a esquissé le plan de cette épopée ou plutôt de
cetle série d'épopées. « Dans l'ordre logique de la nature
et des idées, dil-il, des douze fragments annoncés par
M. de Lamartine pour compléter son poëme , le premier
doit Être la Création, le second la Chute d'un Ange ; le
troisième, peignant les mœurs des champs, sera intitulé
Les Pécheurs. L'espace intermédiaire, que nous pourrions
appeler l'espace historique, et dans lequel la mort de So-
crate tient sa place, sera comblé successivement Jusqu'à
Jocelyn, qui termine et résume. »
LAMARTINE 90
vous donnée? La France est une nation qui s'en-
nuie. «(Séance du 10 janvier 1839). Son élo-
quence ne sauva pas le cabinet du 15 avril ; mais
son influence , qui contribua à maintenir com-
pacte la majorité des deux cent vingt-etun , fa-
cilita la formation du ministère tiers parti du
12 mai. Cependant, il ne tarda pas à se séparer
de ce cabinet sur la question d'Orient. Il avait à
ce sujet des idées particulières. Apercevant en
Turquie les signes d'ime décomposition pro-
chaine, prévoyant que la succession de l'Empire
Ottoman viendrait à s'ouvrir, il demandait l'é-
tablissement d'un congrès européen chargé de
surveiller les destinées de l'empire Ottoman , et
de les régler quand le moment en serait venu. Il
résumait ainsi ison système : <( Un protectorat
général et collectif de l'Occident sur l'Orient....
comme base d'un nouveau système de politique
européMine.... Pour régulariser ce protectorat
général et collectif, la Turquie d'Europe et la
Turquie asiatique, ainsi que les mers, les îles et
les ports qui en dépendent , seront distribués en
protectorats partiels , ou en provinces semblables
à ces provinces d'Afrique et d'Asie où les Ro-
mains envoyaient leurs populations et leurs co-
lonies , et ces protectorats seront affectés aux
différentes puissances européennes. » Dans cette
répartition de protectorats, M. de Lamartine don-
nait Constantinople à la Russie, l'Egypte à l'An-
gleterre et la Syrie à la France. Le ministère du
12 mai avait un projet différent. Tout en laissant
aux Ottomans la Turquie d'Europe et l'Asie Mi-
neure, il favorisait la formation d'un empire
égypto-syriaque sous Méhémet-Ali. M. Thiers,
héritier du pouvoir et des projets du 12 mai,
rencontra un adversaire décidé dans M. de La-
martine. Son hostilité survécut même à la re-
traite de M. Thiers, et continua au sujet desfor-
tifications,qu'iI repoussa comme inefficaces contre
l'étranger et dangereuses pour la liberté. Sa très-
vive opposition à M. Thiers le rapprocha un
moment de M. Guizot, et on put croire qu'il
allait devenir un pur conservateur ; mais le con-
traire arriva. Dans la session de 1842, le député
dé Mâcon se prononça pour l'adjonction des ca-
pacités à la liste électorale, et reprocha au mi-
nistère du 29 octobre de rester immobile, inerte,
sur la position que le hasard lui avait faite. « Si
c'est là, dit-il , tout le génie de l'homme d'État
chargé de diriger un gouvernement, il n'y aurait
pas besoin d'homme d'État : une borne y suffi-
rait. » M. de Lamartine se sépara encore du ca-
binet en se prononçant pour la régence de la du-
chesse d'Oriéans, et le 27 janvier 1 843, dans la
discussion de l'adresse, il rompit définitivement
avec le parti conservateur. « Convaincu, dit-il en
terminant son mémorable discours , que le gou-
vernement s'égare de plus en plus, que la pensée
du règne tout entier se trompe ; convaincu que
le gouvernement s'éloigne de jour en jour de son
principe et des conséquences qui devaient en dé-
couler pour le bien-être intérieur et la force
91
LAMARTINE
92
extérieure tle mon pays ; convaincu que tous
les pas que la France a faits depuis huit ans sont
des pas en arrière et non des pas en avant • con-
vaincu que l'iieure des complaisances est passée,
qu'elles seraient funestes, j'apporte ici mon vole
consciencieux contre l'adresse , contre l'esprit
qui l'a rédigée , contre l'esprit du gouvernement
qui l'accepte, et que je combattrai avec douleur,
mais avec fermeté, dans le passé , dans le pré-
sent et peut-être dans l'avenir. » M. de Lamar-
tine tint sa parole , et dans les sessions suivantes
il fit au ministère Guizot une opposition de plus
en plus décidée, qui remua l'opinion publique,
mais qui n'exerça d'influence ni sur la phalange
conservatrice de la chambre ni sur le corps
électoral. Les élections de 1846 donnèrent au
cabinet du 29 octobre une majorité considérable,
composée en grande partie de fonctionnaires
publics. Tandis que la politique de l'immobilité
triomphait dans les chambres et dans les con-
seils du roi , l'opinion publique par une réaction
violente, dépassait l'opposition dynastique, et
cherchait un aliment dans les souvenirs révolu-
tionnaires. M. de Lamartine favorisa cet entraî-
nement par son H i s ioire des Girondins {\8i7),
magnifique et étrange improvisation , qui a si
peu les qualités sévères de l'histoire. M. Sainte-
Beuve , parlant de cet ouvrage après que l'é-
vénement en eut montré la puissance et les dan-
gers a dit avec sévérité : « Cette Histoire des
Girondins, qui a si fatalement réussi, était un
grand piège que le poëte se tendait à lui-même
avantdele tendreaux autres. En effet, M. de La-
martine, avec son talent idéal , avec son opti-
misme à la fois national et calculé, quand il
serait propre à être historien , l'était-il à être
l'historien de la révolution française en particu-
lier ? Tout cet azur, ces flots de lumière et de
couleur, ces fomls d'or et bleu de ciel, qui
étaient habituels à sa poésiCj et qu'il transporte,
en les voilant à peine, dans sa prose, pouvaient-
ils se mêler impunément à des tableaux tels que
ceux qu'il avait à offrir? M. de Lamartine a
bien des cordes à sa lyre... Il a prouvé en des
heures fameuses que l'énergie , la force, une
soudaine vigueur héroïque qui se confond dans
un éclair d'éloquence, ne lui sont pas étrangères.
Mais enfin il a beau faire et se vouloir méta-
morphoser, les tons dominants et primitifs chez
lui sont encore des tons d'éclat, d'harmonie et
de lumière. Or la seule application d'un talent de
cet ordre et de cette qualité à un tel sujet, à ces
natures hideuses et à ces tableaux livides de la
révolution , était déjà une première cause d'illu-
sion et de séduction insensible , un premier inen-
songe. Aussi, voyez ce qu'il a fait : il en a dissi-
mulé l'horreur il y a rais le prestige. ... A travers
ce sang et cette boue, il a jeté des restes de voie
lactée et d'arc-en-ciel. » Cette appréciation est
rigoureuse; mais fondée. Il est incontestable
que la grandeur et l'horreur même des événe-
ments révolutionnaires ont à exercé sur l'esprit
dé l'écrivain une fascination quia troubléla recti-
tude de son jugementetl'a entraîné bien au delà de
r,es propres idées et de ses véritables sympathies.
Malheureusement la magie de son talent commu-
niqua cette fascination à des milliers de lecteurs.
Aussi VHisloire des Girondins ne doit pas être
jugée simplement au point de vue littéraire; elle
eut l'importance et elle encourt la responsabilité
d'un acte politique. Un historien, Daniel Stern, a
dit : rt Assurément, parmi les causes immédiates
qui ont fait éclater au dehors la révolution ac-
complie déjà dans les cœurs, \' Histoire des Gi-
rondins a été l'une des plus décisives , en rani-
mant soudain, par un don d'évocation vérita-
blement magique , les ombres des héros et des
martyrs de 89 et de 93, dont la grandeur sem-
blait un reproche muet à nos petitesses , dont les
ardentes convictions venaient réveiller notre as-
soupissement et faire honte à notre inertie. »
L'opposition parlementaire, qui ne prévoyait pas
encore à quelles extrémités irait cette impulsion
de l'esprit public, résolut de s'en servir pour
renverser le ministère. Des banquets réformistes
s'organisèrent dans les départeraents. M. de La-
martine, qui n'appartenait à aucune fraction de
l'opposition, qui avait de l'antipathie pour
M. Thiers et peu de confiance en M. Barrot , se
tint à l'écart de ces manifestations. Il eut son
banquet à lui, le banquet de Màcon. Là, de-
vant ses électeurs , il annonça, sous une forme
conditionnelle il est vrai , mais clairement me-
naçante, les destins de la maison d'Orléans, et
traça le programme de la révolution prochaine.
« Si la royauté, dit-il, trompe les espérances que
la prudence du pays a placées en 1830, moins
dans sa nature que dans son nom ; si elle s'isole
sur son élévation constitutionnelle; si elle ne
s'incorpore pas entièrement dans l'esprit et dans
l'intéi'êt légitime des masses ; si elle s'entoure
d'une aristocratie électorale , au heu de se faire
peuple tout entier;.... si, sans attenter ouverte-
ment à la volonté de la nation , elle corrompt
cette volonté et achète , sous le nom d'influence,
une dictature d'autant plus dangereuse qu'elle
aura été achetée sous le manteau de la constitu-
tion;... si elle nous laisse descendre, comme nous
le voyons en ce moment dans un procès déplo-
rable, jusqu'aux tragédies de la corruption;...
si elle laisse affliger, humilier la nation et la pos*
térité par l'improbité des pouvoirs publics, elle
tomberait, cette royauté, soyez en sûrs, elle tom-
berait, non dans son sang, comme celle de 89,
mais dans son piège. Et après avoir eu les révo-
lutions de la liberté et les contre-révolutions de
la gloire , vous auriez la révolution de la cons-
cience pubHque, la révolution du mépris. »
Quelques mois après, le 27 décembre 1847, les
chambres s'ouvrirent au milieu de l'excitation
extraordinaire des esprits. En 1830 le duc de
Wellington, malgré l'autorité de son nom et avec
la majorité dans le parlement, s'était retiré devant
une manifestation réformiste moins redoutable;
93 LAMARTINE
M. Guizot ne suivit pas cet exemple , il s'obstina à
garder le pouvoir, même lorsqu'il eut vu l'énorme
majorité ministérielle de 184G descendre à qua-
rante-troisvoi\ le 1 1 lévrier et à trente-trois le len-
demain. Cette ténacité redoubla l'agitation.qui prit
un caractère et une organisation révolutionnaires.
Un banquet (celui du l'i^ arrondissement), interdit
par l'auttirité et plusieurs l'ois remis, fut fixé au
mardi 22 février. Au dernier moment (21 février)
les députés réformistes renoncèrent à se rendre au
banquet, et M. de Lamartine, par des paroles dont
il s'est reproché plus tard l'imprudence, essaya
vainement de les y décider On connaît les événe-
ments des journées suivantes (22, 23, 24 février).
M. de Lamartine n'eut pas de rôle dans les deux
premières; lilais il en prit un décisif dans le troi-
sième. 11 ll'aiiuait pas la famille d'Orléans, et ii
avait en lui Im fonds de légilimiste que des opi-
nions démocratiques avaient recouvert sans le
détruire. Comme ancien royaliste , comme nou-
veau républicain, il rejetait la dynastie de Juillet,
et il allaitlui porter ledernier coup. En se rendant
à la chambre, lorsque le roi avait déjà abdiqué,
il rencontra sous le vestibule du palais un petit
groupe de républicains, MM. Marrast, Bastide,
Hetzel, Bocage, qui offrirent d'appuyer la régence.
«Jen'entrerai,répondit-il,quedaDs un mouvement
complet, c'est-à-dire la république. » Il pénétra
dans la salle des séances, où venait d'arriver la du-
chessed'Orléans et qu'envahirent bientôt des ban-
des populaires. 11 resta longtemps immobile, lais-
sant M. Maiieet M. Crémieux proposer un gou-
vernement provisoire ; mais lorsque l'arrivée de
M. Odilon Bart'Ot eut donné quelque chance à la
régence, il monta à la tribune, et, au grand éton-
nement de beaucoup de ses collègues, il se pro-
nonça, non sans hésitation de langage, contre la
dynastie d'Orléans représentée par une femme
et im enfant, et appuya nettement la proposition
d'un gouvernement provisoire. Son discours pro-
noncé au milieu du tumulte fut interrompu par
une seconde irruption d'hommes du peuple mê-
lés à des gardes nationaux. Un des nouveaux
arrivants braqua son fusil sur l'orateur. Le pré-
sident, M. Sailzet, également menacé, leva la
séance, et se retira avec une partie des députés.
Dans la confusion qui suivit, M. de Lamartine
fit de vains efforts pour obtenir le silence, et, dé-
sespérant de faire entendre à la foule les noms
des membres du gouvernement provisoire qu'il
avait choisis parmi les différents groupes de
partis qui se partageaient l'assemblée, il sortit
de la chambre accompagné d'un grand nombre
de citoyens, et se dirigea vers l'hôtel de Tille.
Après son départ M. Ledru-RoUin parvint en-
fin à lire « les noms qui semblaient proclamés
par la majorité ». M. deLamartine était le troi-
sième sur la liste, après Dupont de l'Eure et
Arago. En arrivant à l'hôtel de ville avec M. Du-
pont del'EUre, il y trouva M. Garnier-Pagès, déjà
installé comnlemaire de Paris. Il y fut rejoint par
MM. Ledru-RoUin, Crémieux, Maiie, puis par
94
M. Arago. Enfin trois journalistes et un ouvrier:
MM. Marrast, Louis Blanc, Flocon et Albert s'ad-
joignirent au gouvernement, d'abord comme se-
crétaires, puis comme membres. Pendant que le
pouvoir se constituait, la foule, entassée dans
l'hôtel de ville ou sur la place, réclamait la ré-
publique. La majorité du gouvernement était
très-opposée à la proclamation immédiate ; mais
la minorité et la foule insistaient; M. de Lamar-
tine glissa en forme de compromis la phrase sui-
vante dans la proclamation qui annonçait la
chute de la dynastie d'Orléans : <>. Bien que le
gouvernement provisoire agisse uniquement au
nom du peuple français et qu'il préfère la forme
républicaine , ni le peuple de Paris, ni le gouver-
nement provisoire ne prétendent substituer leur
opinion à l'opinion des citoyens, qui seront con-
sultés sur la forme définitive du gouvernement
que proclame la souveraineté du peuple. » Cette
phrase équivoque n'était là que pour ménager là
transition, et devenait une heure plus tard la
phrase suivante : « Le gouvernement provisoire
veut la république sauf ratification par le peuple,
qui sera immédiatement consulté. » Dans le par-
tage des départements ministériels, M. de Lamar-
tine eut les affaires étrangères; mais son in-
fluence ne se renferma pas dans les relations
internationales. Son nom célèbre, l'éclat et l'in-
comparable séduction de son éloquence, la no-
blesse et l'humanité de ses sentiments, son rare
courage lui assurèrent^ur la direction générale
des affaires une autorité que la plupart de ses
collègues acceptèrent de bonne grâce et que
M. Ledru-RoUin put à peine contrebalancer en
faisant appel aux passions révolutionnaires. Le
nouveau ministre des affaires étrangères s'ef-
força aussitôt de préserver la France et l'Europe
des dangers d'im bouleversement subit et ra-
dical, et essaya d'en faire sortir un gouvernement
modéré et durable. Le 25 février, descendant
seul, au milieu d'un multitude compacte, me-
naçante , hérissée d'armes, il fit, par un des plus
prodigieux triomphes d'éloquence que rapporte
l'histoire, tomber des mains de la foule le drapeau
rouge, étendard d'une nouvelle terreur (I); le
(I) Le discours que Lamartine prononça à cette occa-
sion est bien connu; cependant nous le reproduisons,
parce qu'il est devenu inséparable du nom du gr.ind ora-
teur. Lamartine, c'est lui-même qui le raconte, calma
d'abord le peuple par un bymne de paroles sur sa victoire
si soudaine et sur sa modération. « Voilà, continua-t-ll,
ce qu'a vu le soleil d'hier. Et que verrait le soleil d'au-
jourd'hui ?.. Il verrait une autre peuple d'aulant plus
furieux qu'il a moins d'ennemis à combattre, se délier
des mêmes hommes qu'il a élevés hier au-dessus de lui;
les contraindre dans leur liberté, les avilir dans leur di-
gnité, les méconnaître dans leur autorité, qui n'est que
la vôtre ; substituer une révolution de vengeances et
de supplices à une révolution d'humanité et de Ira-
tornité; et oonirnander à son gouvernement d'arborer
eji signe de concorde l'étendard de combat a mort
entre les citoyens d'une même patrie! ce drapeau
rouge, qu'on a' pu élever quelquefois, quand le sang
coulait, comme un épouvantait contre des ennemis,
qu'on doit abattre aussitôt après le combat en signe de
réconciliation et de paix ! J'aimerais mieux le drapeau
95
LAMARTINE
9R
même jour il proclama l'abolition de la peine de
mort en matière politique. Le 4 mars, dans une
circulaire aux agents diplomatiques de la répu-
blique française, il annonça au monde que la
république serait pacifique. Il disait eu terminant :
« Le sens des trois mots liberté, égalité, frater-
nilc, appliqué à nos relations extérieures, est
celui-ci : affrancbissement de la France des
cliaîncs qui pesaient sur son principe et sur sa
dignité ; récupération du rang qu'elle doit occuper
au niveau des grandes puissances européennes;
enfin, déclaration d'alliance et d'amitié à tous
les peuples. Si la France a la conscience de sa
part libérale et civilisatrice dans le siècle, il n'y
a pas un de ces mots qui signifie guerre. Si l'Eu-
rope est prudente et juste, il n'y a pas un de ces
mots qui ne signifie paix. » M. de Lamartine fut
fidèle aux promesses de son manifeste, et grâce
à ses efforts, dont les mémoires récemment pu-
bliés de l'ambassadeur d'Angleterre , lord Nor-
manby, contiennent de nombreux témoignages,
la guerre ne s'ajouta pas aux éléments de trou-
ble qui agitaient l'Europe et menaçaient de
renverser en France l'ordre social tout entier. Les
classes moy «mes, qui avaient accepté la républi-
que, s'effrayaient en voyant la perturbation croître
de jour en jour et prendre un caractère officiel
par les circulaires du ministre de l'intérieur.
Les compagnies d'élite de la garde nationale
voulurent peser sur le gouvernement provi-
soire dans le sens de la modération représentée
par Lamartine. Leur manifestation inopportune
(16 mars) fut suivie d'une formidable manifes-
tation populaire (17 mars), qui donna pour quel-
que temps la prépondérance à M. Ledru-RoUin.
Mais l'opinion prononcée des départements et
d'une partie de la population parisienne rendit de
la force à la majorité modérée du gouvernement.
Il devint évident que les élections seraient nne
protestation contre la politique du ministre de
l'intérieur. Celui-ci se prêta alors complaisam-
ment à des projets de complots contre ses collè-
gues. Une nouvelle et plus décisive manifesta-
tion fut préparée pour le 16 avril. MM. Lamar-
noir, qn'oD fait flotter quelquefois dans une ville assiégée
comme un linceul, pour designer à la bombe les édifices
neutres consacrés à l'humanité et dont le boulet et la
bombe même des ennemis doivent s'écarter. Voule/.-vous
donc que le drapeau de votre république soit plus mena-
çant et plus sinistre que celui d'une ville bombardée
Citoyens, vous pouvez faire violence au gouvernement ;
vous pouvez lui commander de changer le drapeau de la
nation et le nom de la France. Si vous êtes assez mal
Inspirés et assez obstinés dans votre erreur pour lui im-
poser une république de parti et un pavillon de terreur,
le geuvernement,Je le sais, est aussi décidé que uioi-mème
à mourir plutôt que de se déshonorer en vous obéissant.
Quanta moi, jamais ma main ne signera ce décret! Je
repousserai jusqu'à la mort ce drapeau de sang, et vous
devriez le répudier plus que mol : car le drapeau rouge
que vous nous rapportez n'a Jamai* fait que le tour du
Champ-de-Mars traîné dans le sang du peuple en 1791 et
en 1798, et le drapeau tricolore a fait le tour du monde
avec le nom, la gloire et la liberté de la patrie ! » His-
toire de la Révolution de 1848, par A. de Lamartine, 1. 1,
p. s»s-s»».
tine et Marrast, résolus à lutter énergiquement
pour la cause de l'ordre, n'avaient pas de force à
leur disposition et comptaient peu sur le succès.
Toute la nuit qui précéda le 16, Lamartine veilla,
n en proie à une inquiétude profonde , recevant
d'heure en heure les rapports les plus alarmants,
et persuadé que le jour qui se levait serait le
dernier de la république telle qu'il l'avait voulue,
et le dernier aussi de sa propre existence Ses
dispositions testamentaires étaient faites; ses
amis devaient conduire sa femme dans un asile
sûr; tous ses papiers compromettants étaient
brûlés (I). « Mais au moment où il partait pour
l'hôtel de ville, il vit entrer M. Ledru-Rollin, que
la crainte du triomphe des factions violentes ra-
menait à son collègue. L'ordre de battre le rap-
pel fut donné, et M. de Lamartine confia au gé-
nérai Changarnier la défense de l'hôtel de ville.
Les colonnes de la garde nationale et les batail-
lons de la garde mobile couvrirent la place , et
la manifestation s'écoula déconcertée entre deux
lignes de baïonnettes : la droite du gouvernement
l'emportait. Lamartine ne voulut pas abuser d'un
triomphe auquel il avait tant contribué, mais qui
était un commencement de réaction , et dès lors
il se rapprocha visiblement de Ledru-Rollin, se
refusant à briser le gouvernement et à éloigner
ses collègues ultra-révolutionnaires, jusque après
la réunion de l'assemblée constituante. Malgré
cette concession aux nécessités de la situation, H
resta représentant de la politique modérée , et
aux élections (23 avril), dix départements (Seine,
Côte-d'Or, Bouches-du-Rhône, Saône-et- Loire,
lUe-et- Vilaine , Dordogne, Finistère, Gironde,
Nord, Seine-Inférieure) l'élurent à la fois. Le
département de la Seine lui donna deux cent cin-
quante-neuf mille huit cents voix. Sa popularité
était immense dans toutes les classes et le dési-
gnait au premier rôle ; mais il la compromit en
s'alliantà M. Ledru-Rollin, et en insistant pour
que les membres modérés du gouvernement pro-
visoire et M. Ledru-Rollin lui-même fissent partie
de la commission executive instituée le 9 mai par
l'assemblée. Il craignait de nouvelles tentatives
du parti anarchique et des républicains exagérés
alors que le gouvernement était dépourvu de tout
moyen de force. A lord Normanby, qui lui repré-
sentait les dangers de cette alliance, il répondait :
« Vous avez raison ; pour trois semaines je serai
le dernier des hommes ; mais, après, je me relè-
verai plus grand que jamais. (2) » C'était une
illusion. Au 15 mai il ne put empêcher l'invasion
de l'assemblée, et lorsqu'il se présenta devant les
(1) Daniel Stcrn , Histoire de la Révolution de 1848.
(2) D'après M. de Lamartine, cette réponse serait in-
complètement rapportée. Voici quelles auraient été ses
paroles : » Vous avez raison, pour trois semaines je serai
« le deniler des hommes ; mais je me sacrifie entièrement
« et sciemment au salut de ma patrie. Je ne pouvais
« m'imposer seul à elle qu'en versant des flots de sang,
« qui ne sont nullement nécessaires au .rétabllsseœent de
« l'ordre, et qui ne .seraient versés que dans mon prrnrr
x intérêt.»
97
LAMARTINE
98
factieux , pour essayer l'effet de son éloquence
longtemps irrésistible, il entendit sortir de la foule
ce cri dédaigneux : « Assez de lyre comme ça. »
■ II fit alors battre le rappel, réunit un bataillon de
gardes mobiles créés par lui , rentra à leur tête
dans l'assemblée, expulsa les factieux , monta à
cheval , marcha à l'hôtel de ville avec la garde
nationale, reconquit l'hôtel de ville, arrêta les
chefs des factieux qu'il envoya à Vincennes , et
revint en triomphe à l'assemblée. Ce fut le der-
nier beau jour de son administration. Le temps
de la parole était passé , le rôle de l'épée appro-
chait. Lamartine le comprit. S'il redoutait le pou-
voir militaire, représenté par les souvenirs im-
périaux, s'il était décidé à faire exécuter contre
Loius-Napoléon la loi qui bannissait les Bona-
parte , il fut le premier à trouver dans le géné-
ral Cavaignac l'homme de la situation. La com-
mission executive traîna son existence jusqu'à
l'insurrection de juin. Lamartine, qui avait prévu
le soulèvement, qui n'avait rien négligé pour le
comprimer, se retira, après avoir combattu en
personne les insurgés, devant le vote de l'assem-
blée, qui, le 24 juin, conféra le pouvoir au général
Cavaignac. Ici finit la carrière politique de M. de
Lamartine. Sous le poids d'une impopularité immé-
ritée, l'illustre orateur se laissa aller au décourage-
ment, et parut désespérer de la république qu'il ne
conduisait plus. L'amertume de ses déceptions
et son impatience de remettre au hasard ce que
la sagesse humaine était impuissante à diriger,
se montrent dans ce beau discours du 6 octobre
qui fut son testament parlementaire. L'assemblée
nationale discutait l'amendement Leblond, qui
conférait aux représentants du peuple la nomina-
tion du président de la république. M. de Lamar-
tine repoussa l'amendement , et insista pour que
cette nomination fût confiée au suffrage universel.
Il prévoyait cependant quels seraient les résul-
tats de cet appel au peuple , et il s'y résignait
avec tristesse. « Je sais, dit-il, qu'il y a des
moments d'aberration dans les multitudes ; qu'il
y a des noms qui entraînent les foules comme le
mirage entraîne les troupeaux , comme le lam-
beau de pourpre attire les animaux privés de
raison! Je le sais, je le redoute plus que per-
sonne ; car aucun citoyen n'a mis peut-être plus
de son âme , de sa vie , de sa responsabilité et
de sa mémoire dans le succès de la république.
Si elle se fonde , j'ai gagné ma partie humaine
contre la destinée! si elle échoue, ou dans l'a-
narchie , ou dans une réminiscence de despo-
tisme, mon nom, ma responsabilité, ma mé-
moire échouent avec elle et sont à jamais répu-
diés par mes contemporains! Eh bien, malgré
cette redoutable responsabilité personnelle dans
les dangers que peuvent courir nos institutions
problématiques , bien que les dangers de la ré-
publique soient mes dangers , et sa perte mon
ostracisme et mon deuil éternel , si j'y survivais,
je n'hésite pas à me prononcer en faveur de ce
qui vous semble le plus dangereux , l'élection
^ouv. moGR. génér* — t. xxix.
du président par le peuple! Oui, quand même le
peuple choisirait celui que ma prévoyance, mal
éclairée peut-être, redouterait de lui voir choisir,
n'importe : Aléa jacta es^ /Que Dieu et le peuple
prononcent! Si le peuple se trompe, s'il se
laisse aveugler par un éblouissement de sa propre
gloire passée ; s'il se retire de sa propre souve-
raineté après le premier pas , comme effrayé de
la grandeur de l'édifice que nous lui avons ou-
vert, et des difficultés de ses institutions
s'il nous désavoue et se désavoue lui-môme, eh
bien, tant pis pour le peuple! ce ne sera pas
nous , ce sera lui qui aura manqué de persévé-
rance et de courage. Je le répète , nous pourrons
périr à l'œuvre par sa faute , nous , mais la perte
de la république ne nous sera pas imputée ! Oui,
quelque chose qui arrive , il sera bien dans l'his-
toire d'avoir tenté la république , la république
telle que nous l'avons proclamée , conçue , ébau-
chée quatre mois , la république d'enthousiasme,
de modération, de fraternité, de paix, de pro-
tection à la société, à la propriété, à la religion,
à la famille, la république de Washington! Ce
sera un rêve , si vous voulez! mais elle aura été
un beau rêve pour la France et le genre hu-
main!.... » On sait comment trois manifestations
du suffrage universel ont fait évanouir ce rêve.
Aux élections pour la présidence , M. de Lamar-
tine n'eut que sept mille neuf cent dix voix, et
aux élections générales d'avril 1849, il ne fut
pas élu membre de l'assemblée législative. Son
département même ne lui resta pas fidèle. Il
n'entra à l'assemblée que par une élection par-
tielle du département du Loiret. Comme il ne
voulut s'associer aux passions exclusives d'aucun
parti, il resta dans l'isolement et n'eut qu'un
rôle effacé dans les affaires publiques, de 1849
à la fin de 1851. Il prêta son nom et son talent
au journal le Pays, qui défendait alors la cause
de la république modérée ; mais après les évé-
nements de décembre, il abandonna la direction
de ce journal, et se tint tout à fait à l'écart des
affaires publiques. Depuis plusieurs années ses
affaires domestiques exigeaient une grande partie
du temps que la politique ne réclamait plus. Sous
la brillante opulence du poëte se cachait une
gêne qui remontait au voyage en Orient. Déjà,
dans la préface des Recueillements , il murmu-
rait ces mots res angusta domi qui devaient
revenir souvent sous sa plume. Le brillant suc-
cès des Girondins ne répara pas la brèche de
sa fortune ; les événements de février l'agrandi-
rent, et M. de Lamartine essaya vainement de
la combler par un travail infatigable. Les Con-
fidences et Raphaël , récits de son enfance et
de sa jeunesse, parfois pleins de charme, de
fraîcheur et de magHificence, parfois aussi dé-
layés dans une phraséologie creuse et sonore,
les Nouvelles Confidences , l'Histoire de la
Restauration , ouvrage intéressant d'une trame
peu solide, mais où abondent les observations justes
et fines, les portraits dessinés avec vérité et peints
4
99
LAMARTINE — LA MARTmiftRE
100
avec éclat, Le Conseiller du Peuple , où l'au-
teur, dans un style qui se plie à la familiarité
sans perdre de sa richesse, donnait an peuple
des leçons de libéralisme et de sagesse, Le Civi-
lisateur, recueil de biographies destiné à l'ensei-
gnement populaire, deux ou trois romans qui s'a-
dressent aussi au peuple, une Histoire des Cons-
tituants, une Histoire de la Turquie, une His-
toire delà Russie,uue édition de ses œuvres avec
commentaires, de?, Entreliens familiers de Lit-
térature, recueil périodique, n'ont pas relevé la
fortunedeM. de Lamartine. Ses amis se sont alors
adressés directement au pays, et ont ouvert une
souscription, en 1858, en faveur du grand poète,
de l'homme qui, dans le mouvement de février,
représenta avec le plus d'éclat l'ordre et la mo-
dération. Cet appel à l'admiration et à la recon-
naissance a été jusqu'ici bien imparfaitement
entendu, et les résultats de la souscription n'ont
pas encore assuré à M. de Lamartine ce que
Cicéron se félicitait d'avoir trouvé, après les
agitations de la vie publique , le repos avec la di-
gnité, otium cum dignitate.
Les ouvrages de M. de Lamartine sont nom-
breux, et ont eu presque tous de nombreuses
éditions; nous n'indiquerons que les pre-
mières : Méditations poétiques; Paris, 1820,
în-8°; — Nouvelles Méditations poéti-
ques; Paris, 1823, in-8° ; — La Mort de So-
crate, poème; Paris, 1823, in-8°; — Lettre à
M. Casimir Delavigne; Paris, 1824, in-18;
— Chant du Sacre, ou la veille des armes;
Paris, 1825, in-8° ; — Le dernier Chant du
Pèlerinage de Harold; Paris, 1825, in-8° ; —
Épîtres; Paris, 1825, in-8o; — Discours ijro-
noncés dans l'Académie Française pour la
réception de M. Alph. de Lamartine ; Paris,
1830, in-4"; — Harmonies poétiques et reli-
gieuses; Paris, 1830, 2 vol. in-8°; — Contre
la. Peine de mort : ode au peuple ; Paris, 1830,
in-8°; — Sur la Politique rationnelle ; Paris,
1831, in-8°; — Des Destinées de la poésie;
Paris, 1834, in-8°; — Souvenirs , Lmpressions,
Pensées et Paysages pendant un voyage en
Orient, ounotes d'un voyageur ; Pzris, 1835,
4 vol. in-8°; — Jocelyn, épisode, journal
trouvé chez un curé de village; Paris, 1836,
2 vol. in-8° ; — La Chute d'un Ange, épisode;
Paris, 1838, 2 vol. in-S"; — Recueillements
poétiques; Paris, 1839, in-18; — Mélanges
poétiques et discours; Paris, 1839, in-32; —
Vues, Discours et Articles sur la Question
d'Orient; Paris, 1840, in-8°; — Histoire des
Girondins; Paris, 1847, 8 vol. in-8°; — Con-
clusion de l'Histoire des Girondins. Lettre
de M. de Lamartine à M. Jules Pautet ;
Beaune, 1847, in-8°; — Trois Mois au pouvoir;
Paris, 1848, in-8°; — Raphaël, pages de la
vingtième année; Paris, 1849, in 8°; — His-
toire de la Révolution de 1848; Paris, 1849,
2 vol. in-8°; — Les Confidences; Paris, 1849,
in-S" ; — Les Nouvelles Confidences avec des
fragments poétiques intitulés Visions; Paris,
1851, in-8°; — Toussaint Louverture, tra-
gédie en cinq actes et en vers ; Paris, 1850, in-8° ;
— Geneviève; Mémoires d'tine servante, dé-
diés à Reine-Garde ; Paris, 1851, in 8° ; — Le
Tailleur de pierres de Saint- P oint ; Paris,
1851, in-8°; — Histoire de la Restauration;
Paris, 1851-1852, 7 vol. in-8° ; — Histoire des
Constituants ; 1854,4 vol in-8°; — Histoire de
la Turquie; Paris, 1855, 8 vol. in-8°; — His-
toire de la Russie; Paris, 1856, 2 vol. in-8°;
— Le Conseiller du peuple , recueil mensuel,
de 1849-1852-, — Le Civilisateur, recueil
mensuel, de 1852-1856; — divers Opuscules et
un grand nombre de Discours , dont on trouve
la liste dans la Littérature française contem-
poraine de Bourquelot. Parmi les diverses édi-
tions des Œuvres complètes de M. de Lamartine,
on remarque celle que l'auteur a donnée lui-même
sous ce titre : Œuvres choisies et épurées; Paris,
Firmin Didot, 1849-1850, 14 vol. in-8°. Cette édi-
tion comprend toutes les poésies de l'auteur, avec
une trentaine de pièces inédites, et des commen-
taires, dans lesquels il indique les circonstances
de date et de lieu qui se rattachent aux princi-
pales de ces poésies. En général ces commen-
taires ont paru peu intéressants, et les poé-
sies inédites sont, à peu d'exceptions près, bien
loin de la grâce facile et de la perfection mélo-
dieuse des Méditations et àes. Harmonies M. de
Lamartine publie depuis 1856, avec un grand suc-
cès, un Cours familier de Littérature (1). Dans
ces Entretiens qui paraissent chaque mois, il
communique au public les résultats de ses étu-
des, et ses impressions les plus intimes sur les
hommes et les choses. C'est une causerie litté-
raire, où les sujets les plus divers et les plus
importants sont revêtus du charme de l'éloquence
et de l'imagination. Léo Joubert.
Cliapuys-Monllaville, Alpltonse de Lamartine, sa vie
pubtkjue et, privée. — Ern. Falconnet, ./ilph. de Lamar-
tine, études biographiques littéraires et politiques;
Paris, 1810, in-8°. — Molinari, A. de Lamartine, bingra-
phie, dans la Revue générale biographique et littéraire
de l'ascallet fl843). — L. Liiri'ne, Histoire poétique et po-
litique de A. de Lamartine. — Sarriit et Saiiit-Edme,
Biographie des Hommes du Jour, t. I. — Loménie, Ga-
lerie des Contemporains ilhistres, t. I. — Cli. Robin, Ga-
lerie des Gens de Lettres au dix-neuvième siècle (13'i8).
— Sainte Beuve, Portraits contemporains, t. I. — Cau-
series du lundi, t. I, IV. — Gustave Planclie, Portraits
littéraires, t. I (édit. de 1849). — Daniel Stern, Histoire
de la révolution de 1848. — Rcgnatilt, Hist. du gouv.
provis. — Norinanby, Une Année de Révolution.
LA MARTIN 1ÈRE (An toine-Augustin Bru-
zen de) , polygraphe français, né à Dieppe (2),
(1) Il forme Jusqu'à ce jour ( février 18B9) 6 vol. et codo-
prend entre autres articles : M="= de Girardin — Philoso-
phie et littérature de l'Inde primitive. — Critique de la
doctrine de la perfectibilité indéfinie et continue de
l'htimanité. — M. de Lamartine et l'Italie en 1848. — Al-
Dori et la comtesse d'Albani. — Le poëme de Job. —
Racine. — TaUua. — Boileau. — Dante. — A. de Musset.
— iîéran;7cr. — Homère. — David, berger et roi. — La
Musique Jl' Mozart. — Pétrarque. — l.itléiatnre, philo-
.■îophie et politique de la Chine. — Léopold Robert.
(2) L'abbé BcUanger le fait naître à Piencourt ( dioré^e
de Lisieux).
101
LA MARTINIÊRE
102
en 1683, mort à La Haye, le 19 juin 1749. Il
fit ses éfiules à Paris, au collège <!c Fortet, sous
les auspices de son parent Richard Simon. En
1709, il se rendit à la cour de Frédéric-Guil-
laume, duc de Mecklenibourg, qui le chargea
de dresser une histoire géographique de ses pos-
sessions. La mort de ce prince, arrivée en 1713,
interrompit lestravauxde La Martinière. Forcéde
chercher un autre protecteur, il s'attacha en 1719
à François Farnèse, duc de Parme, qui le char-
gea d'une mission auprès des États Généraux de
Hollande. Après un séjour de quelques années
à Amsterdam, La Martinière se fixa à La Haye,
où il termina ses jours. Le roi d'Espagne l'avait
nommé son géographe et le rot des Deux-Siciles
son secrétaire. Bruys en fait le portrait suivant :
« 11 avoit été marié trois fois, ce qui pourroit
sui"prendre dans un homme si appliqué ; mais
on sait qu'il aimoit d'ailleurs la joye, la bonne
chère et les plaisirs. Sa conversation étoitanimée,
et .ses expressions vives et choisies; il railloit
délicatement, et donnoit un tour fin et souvent
nouveau à ce qu'il disoit. Il étoit généreux, obli-
geant et prompt , mais facile à pardonner. Ses
amis lui reprochoient un défaut d'économie, qui
l'a réduit plus d'une fois à de fâcheuses extré-
mités. Il avoit beaucoup de lecture, une mémoire
heureuse, un jugement sohde, et une grande
pénétration, w On a de lui : Nouveau Recueil
des Epigrammatistes françois anciens et
modernes, contenant ce qui s'est fait de plus
excellent dans le genre de VÉpigramme, du
Madrigal, du Sonnet, du Rondeau et des
petits contes en vers depuis Marot jusqu'à
présent; avec la Vie des auteurs, et des Notes
historiques et critiques, un Traité de la vraie
et de la fausse beauté dans les ouvrages
d'esprit, des Observations sur VÉpigramme;
une Bigression sur le style marotique et les
règles de la versification françoise; Ams-
terdam, 1720, 2 vol. in-12; — Introduction à
l'histoire moderne, générale et politique de
l'univers, où l'on voit l'origine, les révolu-
fions, l'état présent, et les intérêts des sou-
iierains, par M. de PuffendorJ, nouvelle édi-
tion, oie Von a continué tous les chapitres
jusgtVà présent, et ajouté Vhistoire des prin-
cipaux souverains de l'Italie, de V Allema-
gne, etc., le tout dans un ordre plus naturel,
avec des Notes historiques, géographiques et
critiques et des cartes; Amsterdam, 1721,
7 vol. in-12; augmentée et retouchée; Amster-
dam, 1732-1735, 7 vol. et Amsterdam, 1743-
1748, 11 vol. in-12; les deux derniers volumes
de ces éditions sont intitulés : Introduction à
l'histoire de VAsie, de V Afrique et de V Amé-
rique pour servir de suite à Vhistoire du
baron de Puffendorf; autre édition entièrement
refondue et remaniée , revue, augmentée et cor-
rigée par M. de Grâce, avec quantité de cartes
et de vignettes; Paris, 1754-1759, 8 vol. iu-4". La
Martinière, en zélé catholique, a retranché le
chapitre de Puffendorf Sur la Monarchie du
Pape, et y a substitué un Abrégé chronologiqxie
de la souveraineté des papes en Italie; —
Dissertation historique sur les duchés de
Parme et de Plaisance; Cologne, 1722, in-4°;
— deux Essais sur Vorigine et les progrès de
la géographie, avec des Remarques sur les
principaux géographes grecs et latins; le
premier de ces Essais est adressé à l'Académie
l'oyale d'Histoire à Lisbonne; le second à l'Aca-
démie des Inscriptions et Belles-Lettres de Paris.
Ils ont été insérés dans les Mémoires de ces
deux Académies et dans les Mémoires histo-
7-iques et critiques de Camusat; Amsterdam,
1722, t. II; -:- Continuation de l'histoire de
France sous le règne de Louis XIV, commencée
par Isaac de Larrey ; Rotterdam, 1718-1722,
3 vol. iu-4'', et 9 vol. in-12; réimprimée plu-
sieurs fois depuis; — Le grand Dictionnaire
géographique et critique ; ha Baye, 1726-1730,
10 vol. in-fol. ; réunprimé avec corrections,
augmentations et changements ; Dijon et Venise,
1739, 6 vol. in-fol.; Paris, 1768, G vol. in-fol.;
trad. en allemand par Chr. de Wolff , Leipzig,
1744-1750, 13 vol. in-fol. Le premier volume de
cet ouvrage capital est dédié au roi Philippe V;
le second à la reine Élisabetli Farnèse. Quoiqu'on
y puisse relever un grand nombre d'erreurs et
d'omissions, on ne peut refuser à l'auteur les
éloges que méritent la profonde érudition qu'on
y remarque et le travail iinmense qua coûté une
aussi vaste collection. On a publié à Paris et à
Lyon, 1759, 2 vol. in-8°, un Abrégé portatif de
ce Dictionnaire ; — Essai d'une traduction
d'Horace en vers français par divers auteurs,
avec un Discours sur les Satyres et sur les
. Épîtres ; Amsterdam, 1727, in-8°. Cet Essai ren-
ferme vingt-huit odes d'Horace, sept satyres et
\iaQ:épitre; les traducteurs sont, outre La Mar-
tinière, de La Mothe," Le Noble, le marquis de
La Fare, Gacon du Troussel, de La Fosse, Ré-
gnier des Marets, de Saint-Bonet, de Mimure,
de Bussi-Rabutin et Le Laboureur ; — Philippi
Cluverii Introductio in universam geogra-
phiam, tam veterem, quant novam, cum no-
tis Johannis Bunonis, Johannis- Friderici
Hekelii, Johannis Reiskii et variorum ; Ams-
terdam, 1729, in-4°; — Traités géographiques
et historiques pour faciliter Vintellïgence de
VÉcriture Sainte; La Haye, 1730, 2 vol. in-12.
Cet ouvrage renferme des dissertations curieuses
de Huet, Le Grand et dom Calmet Sur le Pays
d'Ophir et les Cananéens, et àa P. Hardouin
Sur le Paradis terrestre; — Lettres choisies
de M. Richard Simon, où Von trouve un
grand nombre de faits-anecdotes de littéra-
ture, précédées delà Vie de Vauteur ; Amster-
dam, 1730, in-12; — Introduction générale à
Vétude des sciences et des belles-lettres en
faveur des personnes qui ne savent pas le
français; La Haye, 1731, in-12; réimprimée à
la suite des Conseils pour former une biblio-
4.
Î03
LA MARTINÎÈRE — LAMB
104
thèqjiepeu nombreuse mais choisie, deFormey ;
Berlin (Paris), 1756, in-12; — Histoire de la
Vie et du Règne de Louis XIV, roi de France
et de Navarre; d'après La Hode etLarrey; La
Haye, 1740, 5 vol. in-4°; — Histoire de la
Vie et du Règne de Frédéric-Guillaume, roi
de Prusse; La Haye, 1741, 2 vol. in-12; —
L'État politique de l'Europe; La Haye, 1742-
1749, 13 vol. in-12; — L'Art de conserver la
santé, composé par l'école de Salerne, trad. en
vers français ( anonyme) ; La Haye, 1743 ; Paris,
1749, in-12; — Fables héroïques renfermant
les plus saines maximes de la politique et de
la morale avec des Discours historiques
( d'après Audin ) ; Amsterdam et Berlin, 2 vol.
in-12, avec 60 gravures; — Nouveau Porte-
feuille historique et littéraire (ouvrage pos-
thume), publié par Leforl de La Morinière,
Amsterdam et Leipzig, 1753, in-12 : c'est mie es-
pèce à'ana, mÛlé de prose et de vers, où l'on
trouve cependant des anecdotes et quelques pièces
fugitives intéressantes ; — Passe-temps poéti-
ques, historiques et critiques (avec de Mal-
herme et Perault); Paris, 1757, 2 vol. in-12 ; —
Vie de Molière ; — Nouvelles politiques et
littéraires ; sorte de journal qui a duré peu de
temps; — Entretiens des Ombres aux Champs
Élysées, 2 vol. — La Martinière a édité les
Œuvres de Scarron; Amsterdam, 1837, 10 vol.
in-12 ; — les Pensées d'Oxenstiern^; — Recueil
de divers Traités sur l'Éloquence et la poésie;
Amsterdam, 1731, 2 vol. in-12. On a attribué
par erreur à La Martinière : Lettres sérieuses
et badines de François Bruys ; et Relation d'une
Assemblée tenue au bas du Parnasse, de l'abbé
d'Artigny, selon Moréri; de Formey, suivant
Guéret. L — z — e.
Bruys , Mémoires historiques, 1. 1, p. 131 et ssq. — Mo-
réri , Grand Dictionnaire Historique ( édit. de 1759 ).
— Formey, Conseils pour former une Bibliothèque (édit.
de 1756 ), p. 36. — Paquot , Mémoires pour servir à l'his-
toire des Pays-Bas, t. I, p. 236-247. — Prosper Marchand,
Dictionnaire Historique, t. 1"', p. 44. — D'Argens,
Lettres juives, préf. du t. IV. — Van der Meulen (abbé
BellangrT), Essais de Critique sur le Dictionnaire Géo-
graphique ( Amsterdam, In-is). — Rotermund , i'Mpp/e-
ment à JOcher. — Desmarquets, Mémoires chronolo-
giques pour servir à l'histoire de Dieppe (Paris, 1785,
2 vol. in-12 ), t. II, p. 37. — Barbier, Dictionnaire des
Anonymes, t. IV, p. *33.
« LAMAS ( D. Andrès ), écrivain, poète et di-
plomate américain, né à Montevideo, vers 1820.
D se consacra d'abord au service public de son
pays. Avant le siège de Montevideo, il avait rem-
pli des fonctions importantes ; il fut successive-
ment directeur de la police de Montevideo et
ministre des finances. Avant 1850, il fut choisi
par son gouvernement pour le représenter au-
près de l'empire voisin, et il fut nommé ministre
plénipotentiaire de la république de l'Uruguay
près de l'empereur du Brésil. C'est à M. Andrès
Lamas , membre de l'Institut de Rio de Janeiro,
que l'on doit la fondation de l'Institut historique
de Montevideo. Il a publié des poésies qui ont
obtenu du succès dans l'Amérique du Sud.
Comme historien il adonné : Apuntes hïstoricos
sobre las agresiones del dictador Argentine,
D. Juan- Manuel Rosas, contra la indepen-
dancia de la Republica Oriental del Uru-
guay ; Montevideo, 1849. L'ouvrage le plus
connu en France de M. Lamas a pour titre :
Notice sur la République orientale de l'Uru-
guay, document de statistique concernant sa
population indigène et exotique et le déve-
loppement de sa richesse, trad. de l'espagnol;
Paris, 1851, in-S". Cet ouvrage substantiel fut
publié à Rio de Janeiro en septembre 1850, et
jeta beaucoup de lumière sur les ressources d'un
pays connu jusque alors bien imparfaitement. On
a encore du même historien : Collecçao de Me-
morias e documentos para a historia e geo-
graphia dos povos dorio da Prata; — Andrès
Lamas a sus compatriotas ; Rio de Janeiro,
1855, in-8°. Le portrait de M. Andrès Lamas. a
été publié dans L'Illustration. F. D.
Magarlnos Cervantes, Estudlos hïstoricos politicos y
sociales sobre el Rio de la Plata; Paris, 1854, ln-18. —
Adolpiie Delacour, Le Kio de la Plata, Buenos- Àyres,
Montevideo; Paris, 1845, in-18. — Le même, Revue in-
dépendante. — D'Ilastrel de Rlvednux, L'Illustration du
14 décembre 1850. — Alfred de Brossard, Les Provinces
de la Plata, 1 vol. in-S".
LAMB { Jacques- Bland Burges) , publiciste
anglais , fils de Georges Burges , contrôleur des
douanes en Ecosse, né à Gibraltar, le 8 juin 1752,
mort en 1824. Il fut élevé à Edimbourg, à l'école
de Westminster et au collège de l'université à
Oxford. En quittant Oxford, il voyagea sur le
continent. Au retour de ses voyages, il étudia le
droit, et fut admis au barreau en 1777. En 1787
il entra au parlement comme représentant pour
Helston, et en 1789 il devint sous-secrétaire
d'État au ministère des affaires étrangères. Peu
après le commencement de la révolution française,
il fonda, sous les auspices de Pitt, le joui'nal du
soir appelé The Sun, dans lequel il inséra, avec
la signature d'ALmED, plusieurs aiticles qui fu-
rent recueilis en un volume en 1792. Il fut nommé
commissaire du sceau privé en 1794, et créé
baronet en 1795. La même année il obtint la
place de maréchal de la maison du roi. En 1821
il fut autorisé à prendre le nom et les armes de
Lamb. Ses ouvrages sont nombreux, et appar-
tiennent à des genres très-différents; mais dans
aucun Lamb n'a montré un talent supérieur. Les
principaux sont : Heroic Epistles from ser-
geant Bradshaiv, Esq., in the shades to John
Dunning Esq. ;1778; — Considérations on the
law of insolvency; Londres, 1783, in-8°; —
Address to the country gentlmen of England
Wales, on county courts ; 1789, in-S";— The
Birth and Triumph oj Love; 1796, in-4°; —
Richard the First, an heroic poem ; 1801 ,
2 vol. in-8°; — The Exodiade, en société avec
Cumberland, endeux parties, 1807, 1808 ;— fiea-
sonsfor a ncw translation nf the Bible ; 1819,
in-4°. « Cet ouvrage, dit Rose, ne signifie rien,
105
sinon l'incompétence de l'écrivain à traiter ce
sujet. « ^*
Genlleman's Magazine. - Rose, Neiv général Biogr.
Dictionary. — Gorton, Gêner. Biogr. Dictionary.
LAMB [Charles), poète anglais, né à Londres ,
le 18 février 1775, mort dans la même ville, le 27
décembre 1834. Il était fils d'un clerc de M. Sait,
un des jnges d'Inner-Tempie, et il naquit dans le
Temple. 11 fut élevé àChrist's Hospital. Ses pre-
mières années se passèrent donc dans un des
quartiers les plus anciens et les plus affairés
de Londres, et cette circonstance exerça une du-
rable influence sur son caractère et ses habitudes.
Bien qu'on reconnaisse dans quelques passages
de ses écrits le sentiment des beautés de la na-
ture, il était bien plus sensible encore aux réu-
nions sociales, aux. splendeurs, aux étranges
contrastes de luxe et de misère , au mouve-
ment d'une grande ville. L'intérieur de sa fa-
mille n'était pas brillant. Un père tombé en
enfance, une mère paralytique , une sœur qui
s'épuisait à soigner les deux infirmes, et qui
ajoutait par quelques travaux d'aiguille aux
minces ressources du ménage, voilà ce que
Charles Lamb retrouvait lorsqu'il rentrait à la
maison, après avoir passé la journée dans les
bureaux de la Compagnie des Indes. Il était de-
puis 1792 commis au comptoir de la Compagnie
avec de faibles émoluments. Son ami d'école,
Coleridge , pour le distraire, le menait quelque-
fois aux environs de Londres. Il s'éprit d'une
jeune fille qui habitait le voisinage d'Islington
( la jeune fille aux beaux cheveux de ses pre-
miers vers), et se mit à écrire des poésies. Cet
amour, auquel s'attachaient toutes ses espé-
rances, fut brusquement interrompu par un af-
freux malheur domestique. Dans l'automne de
1796, M"'' Lamb donna des signes de folie, et le 22
septembre, dans un accès de frénésie, elle tua sa
mère. Dans la lettre où il annonçait cet événe-
ment à Coleridge, il lui dit : « Ne faites pas men-
tion de poésie ; j'ai détruit tout vestige de va-
nité de cette sorte. Ma raison et mes forces m'ont
été laissées pour prendre soin de la raison de
ma sœur. » Il se dévoua tout entier à une vie
de sacrifice et d'abnégation , et devint pour sa
sœur, dont la raison resta sujette à des éclipses,
le plus tendre et le plus infatigable gardien (1).
« Pour elle, dit M. Talfourd , il abandonna toute
pensée d'amour et de mariage ; avec un revenu
d'une centaine de livres que lui donnait son em-
ploi , il entreprit, à l'âge de vingt-deux ans , le
voyage de la vie, avec la compagne bien aimée
que lui rendait plus chère encore son étrange
malheur et la constante appréhension de voir
reparaître la maladie qui en avait été cause. »
Lamb chercha des distractions à cette sombre
existence dans la culture des lettres , dans des
(1) Dans les dernières années, miss Lamb pouvait tou-
jours annoncer le retour de ses accès; elle avait l'habi-
tude de s'y préparer, prenait avec elle une camisole de
force, et se rendait elle-même à la maison de saoté, où
elle irestait jusqu'à ce que l'accès fût passé.
LAMB 106
amitiés choisies, et aussi dans des plaisirs moins
relevés. Lui-môme convient qu'il aimait trop le
vin. Ses ouvrages imprimés, disait-il, n'étaient
que des passe-temps, ses véritables œuvres se
trouvaient dans des centaines de volumes déposés
dans les casiers de Leaden-hall. Mais si lourde-
ment qu'il sentît l'ennuyeuse tâche de ses de-
voirs journaliers , il eut le bon sens de ne pas
échanger ses appointements fixes de commis
contre les profits incertains de la littéra-
ture. Enfin , au bout de trente-trois ans , il
obtint sa retraite en 1825, avec une pension de
450 livres sterl. par an. Il accueillit avec enthou-
siasme sa liberté, qu'il appelait « son hégire >>,
et il aurait joui avec délices de cette paresse
permise s'il n'eût été attristé par la position de
sa sœur, dont les accès devenaient de plus en
plus fréquents. Il mourut à l'âge de soixante
ans; sa sœur lui survécut treize ans. Elle
expira le 20 mai 1847. Le début littéraire de
Lamb fut un petit volume de poésies, pu-
bliées avec Coleridge et Lloyd. Cette association
attira sur lui la colère du journal tory V Anti-
Jacobin. Sondramede John Woodvil, publié eu
1801, ne réussit pas mieux auprès de la revue
whig YEdinburgh Review; mais le goût crois-
sant du public pour les anciens poètes et pour
ceux qui de nos jours les ont imités, fit mieux
apprécier les vers de Lamb. Cependant sa po-
pularitéestsurtout fondée sur ses écrits en prose,
particulièrement sur ses Essays qf Elia, qui
parurent d'abord dans le London Magazine, et
furent recueillis ensuite en deux petits volumes ;
1818, in-12. On a encore de lui : Spécimens of
English dramatic Poets who lived about tke
timeof Shakspeare; 1808: c'est un choix des
auteurs dramatiques contemporains de Shaks-
peare fait avec beaucoup de goût et avec un sen-
timent, exquis de l'ancienne poésie anglaise. Dans
ses mélanges de prose et de vers, on trouve des
morceaux charmants pleins de finesse et d'origi-
nalité, entre autres le Farewell to tobacco , E.s-
says on Roast Pig; — Christ' s Hospital Thirty
five yearsago; — Tfie old Benchers of the In-
ner Temple;— On the Genius of Hogarth ; -—
On the Tragédies of Shakspeare. Dans ces di-
vers morceaux humoristiques ou sérieux, on
trouve cette observation pénétrante et minutieuse
qui dans les sujets les plus connus découvre des
côtés nouveaux et ce rare talent d'expression qui
anime tout ce qu'il touche. Lamb compila avec
sa sœur trois ouvrages pour les enfants : Mrs Lei-
cester' School, or the history of several
young ladies, related by themselves; 1809,
2 vol. in-8"'; — Talcs from Shakspeare; —
The Adventures of Ulysses. Les Lettres de
Lamb ont été publiées par M. Talfourd. Elles
sont d'une lecture fort agréable, et peignent par-
faitement cet esprit vif, capricieux, capable des
pensées les plus élevées et des sentiments les
plus nobles, trop faible pour ses propres défauts
et très-iudulgeiit pour ceux des autres. L. J.
107
LAMB — LAMBALLE
108
Préface des Last Hssays of tlie Elia.— Tflfourd, The
l^tters flf Ch. Lamb, ivitli, a sketch ofhislife; Lon-
dres, 1837, 2 vol. in-12-, Final Memorials; 1848, 2 v©l.
in-12. — Quarterl'j Review. juillet 1835 — Edinbitryh
Revieto, octobre 1837.— Pliilarète Chasles, dans la Revue
des Deux Mondes, 15 novembre 1842. — Fercade, dans la
Remie des Deux Mondes , 15 janvier 1849. — English
Cyclopœdia ( Blography ).
LAMB (Georges), publiciste anglais, qua-
trième fils du premier lord Melliourne, né le
11 juillet 1784, mort le 2 janvier 1834. Il fut
élevé à Eton et au collège de La Trinité à Cam-
bridge, et commença ses études de droit. Mais à
la mort de son frère aîné il abandonna la juris-
prudence, et se consacra anx belles-lettres. 11 fut
un des premiers collaborateurs de la Revue. d'E-
dimbourg, et eut, à ce titre , sa part dans les
épigrammes de Byron , décochés aux reviewers
écossais. En 1818, à la mort de sir Samuel Ro-
milly, il fut élu membre de la Chambre des
Communes pour Westminster; mais il échoua
aux élections générales de 1819, et ne rentra au
parlement qu'en 1826, sous les auspices du duc
de Devonshire et pour le bourg de Dungannoo.
En 1832, quand son frère lord Melbourne devint
secrétaire d'État de l'intérieur dans le ministère
de lord Grey, il fut nommé sous-secrétaire du
même département. Il avait fait jouer, dans sa
jeunesse, à Covent-Garden une farce intitulée
Whistlejor i(, qui fut très-mal reçue du public.
Il est aussi l'auteur d'une traduction de Catulle,
imprimée à Londres, en 1821, a un petit nombre
d'exemplaires. Z.
Rose, New General Bior/. Dictionary.
LAMB (Lady Caroline), dame anglaise, dis-
tinguée par son talent poétique, née le 13 no-
vembre 1785, morte à Londres, le 26 janvier 1828.
Fille unique de Frédéric Ponsonby, troisième
comte de Besborough, elle fut élevée par sa
grand-mère maternelle, la comtesse douairière
Spencer. En 1805 elle épousa William Lamb (de-
puis lord Melbourne ). Le grand et fâcheux événe-
ment de sa viefut sa liaisonintime avec lord Byron,
alors (en 1813) dans tout l'éclat de sa gloire, et
avant le déchaînement de l'opinion publique qui
le força de quitter l'Angleterre. Byron était hau-
tain, égoïste, capricieux, gâté par son immense
succès; lady Lamb avait un caractère décidé,
passionné et impérieux. Entre ces deux personnes
si distinguées,mais fort peu faites pour s'entendre,
les rapports furent orageux et aboutirent à une
bruyante rupture. Comme adieu, Byron adressa
à celle qui lui demandait un souvenir, les vers
suivants .: « Se souvenir de toi ! Se souvenir de
toil Jusqu'à ce que les Ilots du Léthé aient éteint
l'ardent torrent de ta vie, les remords et la
honte résonneront autour de toi, elle poursui-
vront comme un rêve dans la fièvre. Se souvenir
de toi! N'en doute pas, ton mari songera aussi
à toi. Ni lui ni moi nous ne t'oublierons, toi qui
fus perfide pour lui, toi qui fus un démon pour
moi ! >' Lady Lamb ne se crut pas assez vengée
de cette brutale et poétique invective par la dou-
loureuse destinée de Byron, séparé de sa femme
et se dérobant par l'exil à l'explosion de i'in-
dignation publique; elle composa le roman de
Gienarvon, où elle peignit le grand poète anglais
sous les plus noires couleurs. Cet ouvrage eut
Uii succès de scandale, et méritait un succès lit-
téraire. L'art y manque, mais la passion y dé-
borde. Le second roman de lady Lamb, Graham
Uamdton, est plus calme, et offre avecdes carac-
tères mieux dessinés une analyse morale plus
précise. Son troisième roman, Ada Rets, témoigne
d'un progrès encore plus marqué dans le sens de
l'observation délicate et de la peinture exacte du
monde réel. Par le scandale de son amour avec
Byron, par l'éclat des romans que remplissait le
souvenir de celle liaison, lady Caroline Lamb
s'était fermé le grand monde. Elle vivait dans
sa belle terre de Broket-hall, réconciliée avec
son mari, mais ne pouvant oublier le poète
qu'elle avait maudit dans Glennrvon. Un
jour, se trouvant à la gi-ille de son parc , d'où
l'on apercevait la grande route , elle vit passer
un char funèbre qu'elle reconnut aux armoiries.
C'était le cercueil de Byron que l'on ramenait à
Newstead. Cette rencontre, soit qu'elle fût tout à
fait imprévue, comme on l'a raconté, soit que
lady Lamb n'eût pas craint d'en affronter volon-
tairement l'émotion, produisit sur elle un effet
terrible. On la ramena mourante dans soii châ-
teau. Elle résista à ce choc , mais sa raison était
affaiblie et sa santé détruite. Après avoir langui
trois ans, elle succomba, au commencement de
1828. Lady Caroline a inséré dans ses romans
ou publié dans divers recueils des pièces de vers
quelquefois fort remarquables. Voici une traduc-
tion de trois stances qui setrouvent dans Graham
Hamilton : « Si tu pouvais savoir ce que c'est
que pleurer, pleui'er seule et sans qu'on ait pitié
de toi ; ce que c'est que veiller dans la longue
nuit, tandis que les autres dorment, une silen-
cieuse et morne veille, tu ne ferais pas ce que
j'ai fait. »
« Situ pouvais savoir ce que c'est que sourire,
sourire quand chacun vous dédaigne, et cacher
sous d'artificieux mensonges un cœur qui connaît
mieux la peine que la dissimulation, tu ne fe-
rais pas ce que j'ai fait. »
« Oh ! si tu pouvais deviner combien, quand
les amis sont changés, et quand la santé s'en est
allée, le monde paraîtrait lugubre à tes yeux; si
comme moi tu ne devais être chère à personne,
tu ne ferais pas ce que j'ai fait. )>
Gienarvon a été traduit en fiançais; Paris,
1819, 1824, 3 vol. in-12. L. J.
Gentleman's Magazine. — Bulwer, Life of Byron. —
Gorton, General hiographical Dictionary.
LAMBALLE {Marie-Thérèse-Louise hE Sa-
voie-Carignan, princesse de), princesse fran-
çaise, née à Turin, le 8 septembre 1748, mas-
sacrée le 3 septembre 1792, à la prison de La
Force. La princesse de Lamballe était fille de
Louis-Victor de Savoie-Carignan et de Henriette
de Hesse-Rheinl'elds. Elle avait reçu, grâce
J09 LAMBALLE
aux soins de sa mère, une éducation réelle-
ment digne de son rang, et cette éducation, se-
condée par les dons d'une riche et heureuse na-
ture , avait donné à la cour de Sardaigne une
princesse charmante , en attendant que le ma-
riage donnât à la cour de France une princesse
accomplie. C'est vers la France, en effet, que de
honne heure s'étaient portés les vœux et les es-
pérances de la famille de Carignan. C'est donc
avec tout le bonheur de l'ambition satisfaite qu'on
vit arriver à Turin le baron de Choiseul-Beau-
pré, chargé par Louis XV de demander au roi
de Sardaigne la main de la princesse de Cari-
gnan pour le fils du duc de Penthièvre, Louis-
Alexandre-JosephSlanislas de Bourbon, prince
de Lamballe, grand-veneur de France.
Le mariage, déclaré le 14 janvier 1767, fut
béni par procuration le 18. Le soir même, la
princesse savoyarde, devenue princesse fran-
çaise, partait pour la France. A Montereau,
où elle arriva le 30, un jeune page riche-
ment vêtu lui offrit galamment un bouquet,
et à Nangis elle reconnut dans la personne de
son propre mari cet important messager. Les
deux fiancés furent enfin solennellement unis au
château de Nangis par le cardinal de Luynes. La
nouvelle mariée fut présentée le 5 février à Ver-
sailles , s'y conciliant tous les cœurs, par sa
beauté et surtout par sa grâce. Le jeune couple
fut pendant trois mois absolument heureux. Mais
les conseils et l'exemple du duc de Chartres, de-
puis duc d'Orléans,ne tardèrent pas à reprendre
sur son faible ami leur ancienne et pernicieuse
influence. Le charme fut rompu, et le jeune im-
prudent , que le vertueux duc de Penthièvre se
félicitait déjà d'avoir ramené au bien par l'amour
et par le bonheur, recommença de plus belle à
courir les aventures de la débauche. Déjà hé-
roïque, l'épouse délaissée, oubliant son propre
affront ne songea qu'à consoler son père adoptif.
Une sorte de pressentiment lui rendait ce devoir
encor plus impérieux et plus cher. On peut
voir dans les Mémoires de Bachaumont com-
bien il y avait déjà de force et de vertu dans
ce sacrifice de sa douleur à celle d'un père. Ces
Mémoires nous apprennent en effet que dès le
28 juillet 1767 mademoiselle de La Chassaigne,
actrice de la Comédie Française, étala une gros-
sesse scandaleuse, fruit de ses amours adultères
avec le jeune prince de Lamballe , qui en sep-
tembre aurait, selon les mêmes Mémoires, achevé
de déshonorer sa malhou'euse épouse par un ou-
trage plus sanglant que l'infidélité. Nous sommes
forcé de renvoyer au livre de Bachaumont
(21 septembre 1767). Malgré le courage et la
piété de M'"'' de Lamballe,une séparation devenait
imminente. La mort s'en chargea. Le 7 mai 1768,
le coupable et malheur-eux infidèle expirait au
château de Luciennes,au milieu d'horribles souf-
frances, suite d'une opération nécessitée par ses
débauches. Il avait vingt ans, sa veuve dix-huit.
La princesse, qui avait prodigué au malade des
110
soins si pénibles pour une épouse, le pleura
comme s'il l'eût mérité. Et comme cette âme
tendre avait besoin de se vouer à quelqu'un, elle
consacra sa vin à adoucir celle de son beau-père.
Elle passa avec lui à Rambouillet le temps de
son deuil , et retourna avec lui à la cour, où
Louis XV la reçut avec des égards marqués.
La pieuse Marie Leczinska n'avait pas tardé
à suivre dans la tombe Mme de Pompadour.
Louis XV se trouvait à la fois sans femme et
sans maîtresse. On songeait à profiter de cet ins-
tant propice pour l'unir, pai- des liens légitimes,
à une personne qui paraissait lui plaire et qui
était au moins digne de lui. La fille aînée du roi,
la fière Adélaïde, embrassa ce projet avec un âpre
enthousiasme. Ce projet, qui devait purifier la
majesté royale, échoua grâce aux artifices de
M. de Choiseul et de sa sœur, M™e de Gram-
mont , et surtout grâce à la sourde opposition de
ces courtisans avilis, compUces de l'ambition du
ministre et intéressés à ce que le roi eût des
vices. M™^ de Lamballe, habituée déjà à tous les
renoncements de ce monde, ne fut ni affligée ni
surprise de ce dénoûment. Elle n'eût accepté que
par devoir d'être reine de France ; et comme
pour montrer que son précoce héroïsme était
inépuisable, elle consentit encore à cette autre et
rude épreuve d'assister au mariage du duc de
Chartres avec sa belle-sœur. M"® de Penthièvre,
et d'accompagner son amie dans les bras de celui
qui avait perdu son mari. Elle voyagea avec la
nouvelle épouse dans les vastes possessions des
Penthièvre et des d'Orléans, et y fît couvrir ce
double nom de bénédictions. Puis , elle se fixa
avec son beau-père à Vernon,où tous deux cher-
chèrent, en faisant le bien autour d'eux, à se faire
oublier d'une cour qui avait vu la présentation
de M'"'' Dubarry, et à l'oublier.
M"^ de Lamballe n'y reparut que lors du ma-
riage du Dauphin avec Marie-Antoinette. La
nouvelle Dauphine, qui cherchait avec inquiétude,
dans cette cour étrangère et prévenue, une amie
surqui s'appuyer,la trouva dans M'^^de Lamballe,
en attendant qu'elle trouvât un vrai mari dans
ce prince contraint,qu'on éloignait systématique-
ment d'elle. Elle avait rencontré la jeune et sym-
pathique veuve aux petits bals de nadame de
Noailles. La voir, ce fut l'aimer. Marié' Antoinette,
devenue reine, désira se l'attacher intimement, et,
en dépit des murmures parcimonieux de Louis XVI
et du mécontentement jaloux de mesdames de
Noailles et de Cossé, elle parvint à faire re-
vivre en sa faveur la charge de surintendante de
la maison de la reine, vacante depuis M"® de
Clermont. Elle n'avait vu dans cette charge, si
dangereuse entre les mains d'une femme ambi-
tieuse, qu'un moyen de rapprocher d'elle cette
princesse amie des champs et de la solitude, qui
fuyaitla reine pour fuir la cour. M"* de Lamballe
ne vit dans cet honneur qu'un devoir de plus à
remplir, et elle se résigna à des fonctions qui l'o-
bligeaient à briller, parce qu'elles lui promettaient
Itl
LAMBALLE
112
d'être utile. C'est à cette époque qu'il faut la
peindre avec cette physionomie pure et sereine
et cette lèvre demi-souriante, et ces yeux où
se reflétait l'ardeur d'une âme angélique. « Leur
éclair même était tranquille. Malgré les secous-
ses et la fièvre d'une maladie nerveuse , il n'y
avait pas un pli, pas un nuage sur son beau
front , battu de ces longs cheveux blonds, qui
boucleront encore autour de la pique de sep-
tembre. » C'est l'époque des parties de traîneaux,
de ces promenades triomphales où la princesse
de Lamballe paraissait >t enveloppée de fourrures
avec l'éclat de la fraîcheur de ses vmgt ans, et
on pouvait dire que c'était le printemps sous la
marte et sous l'hermine » (M™^ Campan). C'est
l'époque des petits bals intimes de l'apparte-
ment de la surintendante , et des villégiatures
pastorales de Trianon ; c'est l'époque, enfin, de
la première et plus chaude amitié.
La reine et la princesse ne se quittent pas.
Tout leur est commun. Marie- Antoinette lui pré-
sente M. de Lauzun, afin qu'il soit son ami, parce
qu'il est l'ami de la reine. De chaque côté, c'est un
assaut de prévenances ingénieuses et de galantes
surprises. M"^ de Lamballe se trouve mal aux
pieds du lit où la reine est en proie aux dou-
leurs de la maternité. En mars 1775, au retour
de ce voyage de Rennes où M™" deLamballe avait
accompagné son beau-père, qui allait présider
les états, Marie-Antoinette, impatiente de la
revoir, la fait prier de paraître en tel état qu'elle
fût. Et en entrant la belle absente s'attendrit en
se voyant peinte sur une glace de l'appartement
de la reine. En 1776 on apprend qu'elle est ma-
lade de la rougeole à Plombières. La reine se
désole et envoie M. de Lauzun à Plombières ex-
près pour avoir des nouvelles de son amie.
M""^ de Lamballe était digne de cette faveur,
qu'elle n'avait pas recherchée et dont elle n'usait
point, de crainte d'en abuser. Aussi inacces-
sible à l'ambition qu'à l'envie, elle ne témoigna
aucun dépit en voyant le crédit de M"^ de Po-
lignac, servi par tous les manèges d'une coterie
astucieuse, éclipser le sien. Elle s'éloigna de la
cour sans affectation, et alla sous les ombrages
de Sceaux pleurer en paix la mère qu'elle venait
de perdre. Elle attendit ainsi patiemment que
l'heure de l'adversité, c'est-à-dire son heure à
elle, fût venue et qu'elle pût se dévouer sans
crainte de récompense. C'est dans cette noble at-
tente que l'avait vue, sans doute, la femme qui
en a tracé un portrait où il est impossible de ne
pas la reconnaître et de ne pas l'admirer [Mém.
delà baronne d'Oberkirch, U, 15(>)-
Enfin arrivèrent les temps difficiles ; la monar-
chie menacée n'eut plus d'autres courtisans que
sesamis. M. de Choiseul venait de mourir (1785),
dernier espoir de la reine, et, dans son décou-
ragement , elle revenait à cette noble délaissée
« qui s'était éloignée sans un murmure, qui se
redonnait sans une plainte ».
Aussitôt recommença, pour ne plus finir qu'à
la mort, cette touchante intimité entre deux
princesses si dignes l'une de l'autre. Cependant
les états généraux s'ouvrirent sous des aus-
pices déjà troublés. La popularité naissante du
duc d'Orléans y humilia de son triomphe la
popularité déchue du roi et de la reine. Au sor-
tir de cette cérémonie pleine de déceptions , qui
commença l'ère malheureuse, Marie-Antoinette
ne put trouver que dans les bras de son amie
quelque soulagement à son indignation et à sa
douleur. M™^ de Lamballe sentit que le moment
était venu d'agir. Les courtisans qui demandent
tout s'éloignaient peu à peu. C'était le tour de
ces rares courtisans qui ne demandent rien,
comme le disait la reine elle-même. C'était le mo-
ment de M. de Fersen et de M™^: de Lamballe.
La princesse tenta d'abord auprès du duc
d'Orléans une démarche spontanée, qui eût
abouti sans doute (il en était temps encore) à
un rapprochement sincère et fécond. Des cir-
constances puériles et fatales firent avorter ce
noble effort, comme plus tard celui de Bertrand
de MoUeville. M""^ de Lamballe se retourna d'un
autre côté. Ce qui exaspérait le peuple contre la
cour, c'était la disette factice organisée dans ce
but par les chefs avoués ou cachés de la révolu-
tion. Un banquier, nommé Pinel, homme de
confiance du duc d'Orléans, passait pour l'agent
secret des accapareurs. Mme de Lamballe, d'ac-
cord avec Marie-Antoinette, proposa à cet homme
une entrevue à Marly. Pinel, flatté d'une pareille
ouverture, se rendait à cette entrevue , lorsqu'il
fut arrêté par le poignard des assassins. Son
cadavre fut retrouvé dans la forêt du Vesinet,
son portefeuille à côté de lui. Mais le portefeuilé
était vide. Lors des terribles journées des 5 et 6
octobre, à Versailles, M^ne de Lamballe, tardive-
ment avertie, se disposait à quitter l'hôtel de
Toulouse (aujourd'hui Banque de France),
pour voler auprès de la reine assiégée par les
hordes parisiennes. Le duc de Penthièvre l'arrêta
sur le seuil , et parvint à l'empêcher de courir
un danger inutile. Mais le lendemain, avide de
prendre sa revanche , la noble femme était aux
Tuileries, et c'est encore sur son sein que la reine
put épancher ses douleurs et ses craintes.
Pour ne plus manquer les occasions d'être
utile, la princesse de Lamballe invoqua les pri-
vilèges de sa charge, et s'installa aux Tuileries,
au rez-de-chaussée du pavillon de Flore. Dès ce
moment elle ne quitte plus, que pour mourir,
la famille royale , à laquelle elle s'est dévouée
avec un petit groupe de serviteurs fidèles. C'est
en vain que le duc de Penthièvre , la reine elle-
même la supplient de mettre quelques limites
à cette généreuse et dangereuse détermination.
Elle envoie son beau-père l'attendre à Aumale, à
Vernon. Soulagée par ses promesses, et forte de
ce qu'elle n'a jamais rien demandé , elle insiste
auprès de la reine, pour avoir dans son dévoue-
ment jusqu'au droit d'être indiscrète. Elle se
ti'ouvait cependant à Yevnon lors de cette fa-
113
LAMBALLE
114
incuse séance da4 février 1790, où Louis XVI se
rendit sponlanémeut à l'Assemblée nationale pour
jurer d'y maintenir la liberté constitutionnelle.
Louis XVI , ce jour-là , faillit reconquérir son
peuple. 11 fut reconduit à son palais par les dé-
putés transportés, au bruit d'acelamations en-
thousiastes. La reine, ce jour-là, crut encore au
salut, sinon à la \ictoire, et s'empressa de faire
partager, par une lettre à son amie, cette der-
nière espérance (5 fév. 1790). Quelques jours
avantle départ pour Varennes, la reine lui confia,
aussitôt qu'ils furent arrêtés, ses projets d'éva-
sion et ne la décida à aller à Aumale, qu'en lui
promettant de l'appeler auprès d'elle, aussitôt en
sûreté. Elle devait même lui écrire à son arrivée
à Montmédy.
A peine de retour aux Tuileries, et prisonnière
dans son palais , la reine instruit M™^ de Lam-
balle de son sort, et la conjure de s'éloigner. C'é-
tait l'appeler. Cependant, faisant violence à son
amitié , la courageuse reine redoublait d'exhor-
tations et d'encouragements à une séparation
momentanément nécessaire. Un article du Pa-
quebot, kuille révolutionnaire, où M""" de Lam-
balle était accusée d'avoir, lors du départ pour
Varennes , fait arborer la cocarde blanche à ses
gens, et de correspondre avec M™^ Dubarry
pour organiser la contre-révolution , fit cesser
ses dernières hésitations. Elle voulut se conser-
ver.... pour l'avenir. Elle partit pour l'Angle-
terre, sous prétexte de prendre les eaux de
Bath, non sans avoir répondu par une lettre
ferme et polie, adressée à la Feuille du Jour,
aux assertions du folliculaire dénonciateur. En
Angleterre la princesse de Lambaile fut accueillie
avec la distinction due à son rang et à son mé-
rite. Elle y attendait, en essayant de se rendre
utile à la cause royale, l'occasion propice pour
retourner en France et reprendre auprès de la
reine ce poste de confiance et de danger que les
lettres de Marie-Antoinette lui faisaient briguer
davantage loin de l'en dégoûter. Elle revint à
Paris à la faveur de l'espèce de trêve que pro-
cura à Louis XVI l'acceptation de la constitu
tion. Le 20 juin, nous la retrouvons aux côtés de
la reine, quand elle s'écrie : Ma place est auprès
du roi ! cette voix qui lui répond : Votre place
est auprès de vos enfants ! c'est la voix de la
princesse de Lambaile. Au 10 août, lorsque la
monarchie a perdu, sans la livrer, sa dernière
bataille, lorsque, malgré les conseils et les re-
proches énergiques de la reine, déterminée à
vaincre ou à mourir, Louis XVI se rend à l'As-
semblée pour se mettre sous sa protection,
c'est encore M""' de Lambaile que nous retrou-
vons avec M""= de Tourzel dans la loge du Lo-
gographe. « Le 13 août au soir, des lampions
s'allument au Temple et l'illuminent toute la nuit
en signe de rejouissance. La révolution a écroué
la monarchie! Au deuxième étage de la petite
tour, la reine est couchée, Madame auprès d'el le. . . .
M'"'= de Lambaile est encore à côté de la reine! »
Elle n'y resta pas longtemps. Dans la nuit du
19 août, deux commissaires de la municipalité
vinrent procéder à l'enlèvement de toutes les
personnes qui n'étaient pas membres de « la fa-
mille Capet. » Après une séparation qui attendrit
jusqu'à ces bourreaux, M^es de Lambaile. et
de Tourzel sont arrachées des bras de la reine et
de ses enfants, interrogées au conseil de la com-
mune de Paris., et conduites à la prison de La
Force. Dans l'intervalle, et en dépit des prières et
de l'or du duc de Penthiêvre, en dépit de la pitié
timide de Manuel , une haine bien puissante ou
une bien aveugle fatalité durent peser sur le
sort de la princesse de Lambaile ; car vingt-
quatre femmes détenues à La Force, et parmi
elles M™* de.Tourzel, furent mises en liberté par
ordre des commissaires de la commune... Et
elle y resta. Manuel l'y avait-il laissée jusqu'au
dernier moment, attendant toujours en vain une
heure propice ou un prétexte plausible pour la
sauver.!* Fut-il violemment débordé par ses col-
lègues jaloux ou trahi par ses émissaires? Un
mot malheureux, un. geste de répugnance et de
dégoût précipitèrent-ils sur la tête de l'infor-
tunée princesse les coups des meurtriers jusque
là contenus. 3 Ce mot ? « Élargissez Madame ! »
signifiait -il, dans la pensée du juge gagné, la li-
berté, ou signifiait-il la mort? Voilà ce qu'il
n'est guère possible de savoir aujourd'hui. Peut-
être toutes ces ruses, toutes ces précautions,
toutes ces espérances secrètes des derniers amis
de l'infortunée princesse furent-elles déçues i>ar
une volonté plus forte que tout , par la volonté
d'un homme, Danton, par exemple, qui essaya,
au moment delà prise de Longwy et de Verdun,
de faire reculer l'invasion devant la tête de l'amie
de la reine, n'osant lui montrer encore celle de
de la reine elle-même.
Quoiqu'il en soit, le 3 septembre au matin ,
la princesse de Lambaile, brutalement réveillée,
descendait à peine vêtue, rudement soutenue sous
le bras par deux hommes à mine farouche, l'es-
calier ténébreux qui menait à ce tribunal impro-
visé, où cinq bourreaux déguisés en juges
(L'Huillier, Hébert, Le père Duchesne, Monneuse
et Dangers) comptaient, mais ne jugeaient pas
leurs victimes. Madame de Lambaile, qui se
croyait sauvée peut-être, ayant été épargnée la
veille, par suite d'une mystérieuse protection ou
d'unedistraction deségorgeurs, s'évanouit de sur-
prise et d'horreur à la vue de ce sombre corridor,
menant à la mort par un guichet, de ces hommes
ivres et sanglants, qui répondaient par les cris
de : La Lambaile ! La Lambaile ! Mort à la Lam-
baile! aux crix des malheureux qu'on achevait
dans la rue. Cependant elle reprend ses sens;
elle se redresse à demi dans les bras de sa
femme de chambre, M""^ de Navarre, et onl'in-
terroge : Qui êtes-vous? — Marie -Louise,
princesse de Savoie-Carignan. — Votre qualité?
— Surintendante de la maison de la reine. —
Aviez-vous connaissance des complots de la
If 5 LAMBALLE -
cour au 10 août? —J'ignore, répondit-elle, s'il
y avait des complots a» 10 août; mais je sais
que je n'en ai eu aucune connaissance. — Jurez
la liberté, l'égalité, la haine du roi, de la reine
et de la royauté. — Je jurerai facilement les deux
premiers. Je ne puis jurer le dernier. Il n'est
pas dans mon cœur. — Jurez donc; si vous ne
jurez pas vous êtes morte ! » lui dit tout bas un des
assistants, qui veillait là sans doute au nom de
Manuel, gagné par l'or du duc de Penthièvre et
plus encore par la beauté de sa belle-fille. Elle
ne répondit rien, leva ses deux, mains à la hau-
teur de ses yeux, et fit un pas vers le guichet.
Qu'on élartjisse madame, ditL'Huillier. C'était
la sentence de mort. Au même moment les juges
et les bourreaux de l'Abbaye reconduisaient en
triomphe chez elle la princesse de Tarente, qui,
elle, n'avait pas répondu par le silence à l'odieuse
injonction, mais avait hautement et fièrement re-
fusé de renier et avait conquis sa vie en la sacri-
fiant.
Cependant deux hommes avaient saisi la prin-
cesse deLamballepar le bras et l'entraînaient ru-
dement. Le même individu, qui lui avait dit tout
bas : '< Jurez donc ! » l'accompagnait en lui recom-
mandant de crier : Vive la nation! Une explo-
sion d'enthousiasme et de pitié, provoquée par
ce cri, était le dernier espoir sans doute des li-
bérateurs. Mais la malheureuse femme marchait
sur des cadavres. Elle s'en aperçut, et ne put
retenir un murmure derépugnance : « Quelle hor-
reur ! » fit-elle en chancelant. A ce moment un de
ces monstres impatients essaya de lui enlever son
bonnet avec la pointe de son sabre; mais, ivre
de sang et de vin , il atteignit la princesse au-
dessus de l'œil ; le sang jaillit, ses long cheveux
blonds se dénouèrent et inondèrent ses épaules.
Elle allait tomber. Ses deux conducteurs la
traînèrent en avant. Elle s'évanouissait à chaque
pas. Une demi-douzaine d'individus postés dans
le passage s'écrièrent, aussitôt qu'ils l'aperçurent:
« Grâce! grâce! » — '<■ Mort aux laquais déguisés
du duc de Penthièvre ! » s'écria Momin, qui tomba
sur eux à coups de sabre. Deux de ces malheu-
reux furent tués sur place; les autres se sau-
vèrent par la fuite. En même temps, Charlat,
tambour de la garde nationale dans le bataillon
des Arcis , déchargea sur la tête de la princesse,
portée plutôt que soutenue par ses deux con-
ducteurs , un coup de bftche qui retendit à ses
pieds sur une pile de cadavres. On l'acheva à
coups de sabre et de pique. Un scélérat, Grison,
garçon boucher, lui coupa la tête, et la porta
triomphalement sur le comptoir d'un marchand
de vin, qu'ils finirent par dévahser. On dépouilla
le corps de ses vêtements; deux heures il resta
étendu sous les regards brutaux de la populace.
A chaque moment quelque barbare inventait un
nouvel affront ou un nouveau raffinement pour
prolonger au delà de la mort même un supplice
trop court à son gré. Senègre, Delorme et Mo-
min épongeaient avec un ironique sang-froid, pour
L4MBARDE
tl6
en faire ressortir la blancheur, le sang ruisselant
de ce beau corps déchiré. Bientôt le cadavre fut
déchiré, mutilé, partagé. On se fit de ses débris
d'impudiques jouets ou de sanglants trophées. Le
cœur enlevé fut mis au bout d'un sabre, la tête
au bout d'une pique. Alors commença cette infer-
nale promenade , au bruit des fifres et des tam-
bours, qui eut pour dernière station la cour
même de la prison du Temple. Marie-Antoinette,
avant de s'évanouir, à la seule annonce de cette
horrible visite, put entendre les paroles de Don-
jou, qui pour écarter le peuple lui promettait
la proie qu'il était venu insulter. Le peuple se
retira , comptant sur le supplice prochain , et
dans le premier étage du Temple on se prépara
au martyre. M. de Lescdre.
Mémoires secrets de Bachaumont. — Correspondance
de Metra. — Mémoires de M™= Canipan. — Mémoires
de Laiîzun. — Mémoires de La Motte- Valois. — Mé-
moires do la baronne il'Oticrkirch. — Correspondance
de Mirabeau avec le comte de Lamarck (Introduction).
— Mémoires de la princesse de LambuUe ( par M""'Gué-
nard), V v. in-12; Paris, 1801. — Mémoires relatifs
d la famille royale de France pendant la. revolii-
tion, etc....; 1826, 2 V. in-8°. — Mémoires de Weber. —
3Iém. de Bertrand de MoUeviile. — TJ/ewotï-es de Cléry.
— Hue, Méin. de Madame.— Récit df M™« de Navarre.—
Récit présenté à iMuis XVIII. en 1817, par Ménessier. —
Peltier, Révolution du 10 Août. — Tableaux de Paris,
par Mercier — Mémoires sur tes Massacres de Septembre,
publiés par Barrière. — Histoire de DlarieAntoinette,
par MM. de Soncourt.
liAMBARDE ( VFj^Zmm), légiste et antiquaire
anglais, néàLondres, en 1536, et mort le 19 août
1601. En 1556 il étudia le droit, et fut suc-
cessivement juge de paix du comté de Kent en
1579, maître en chancellerie, puis garde des
archives de la chancellerie en 1597, et en !600
garde des archives d'Angleterre. La reine Elisa-
beth voulut lui donner un témoignage d'estime
particulière en lui .annonçant elle-même cette
nomination. La vie de Lambarde fut tout en-
tière consacrée aux bonnes œuvres et aux re-
cherches scientifiques. Outre la fondation d'un
hôpital pour les pauvres de Greenwich , et qui
est le premier établissement de ce genre élevé
par les protestants , l'Angleterre doit à Lambarde
plusieurs ouvrages de jurisprudence vraiment
utiles à ceux qui se destinent au barreau ou à la
magistrature. Il publia d'abord une collection et
traduction des lois saxonnes, dont il avait fait
une étude particulière. Cet ouvrage, qui fut
réimprimé en 1644 par Abraham Wheeloch,
avec V Histoire ecclésiastique, parut à Londres
en 1568, sous le titre de : 'Apx,aiovo[Aia, sive de
priscis Anglorum legibus iibri; in-4°; —
Eirenarcha,ou les devoirs des juges de paix,
en 4 volumes, réimprimés dix fois de 1581 à 161 9;
—Les Devairsdes Constables,oavTàgequi eutsix
éditions depuis 1582 ; — Pandecta Rotulorum ;
1601 ; — Archeion, ou Discours sur les hautes
cours de justice en Angleterre : cet ouvrage
ne fut publié qu'en 1635, trente-quatre ans
après la mort de l'auteur. Lambarde avait égale-
ment publié, en 1570, un voyage dans le comté
de Kent : Perambulation of Kent. Cet ouvrage
117 LAMBARDR — LAMBERG
n'était que le commencement et comme lYchan-
tillon (l'une description générale de la Grdn(ie-
Bretagiie dont il rassemblait les matériaux. Quand
il sutqueCanipden préparait un ouvrage du inônie
genre, Lambarde suspendit ses travaux. Ses le-
cherclies n'ont cependant pas été perdues. On
les a publiées en 1730, in-4", sous ce titre : Die-
tionnarium Angim Topograp/ncum et Histo-
riciiin. F.-X. Tessiep,.
mich'ili^. Li/e qf J.ambarde. — hridgeman,LegallJiOlio-
gruphy,
jLAiiiiiËCK {Pierre), érudit et bibliograpiie
allemand , né à Hambourg, le 13 avril 1628, mort
le 3 avril 1080, à Vienne. Son père, Heino I^ain-
beck, né en 1586, mort en 1661, enseignait les
matliématiques à l'école Saint-Jacques de Ham-
bourg, et a publié sur les sciences du calcul
quelques ouvrages à l'usage de la jeunesse {voij.
Moller, Cimbria Lilerata, t. I ). Le jeune Lam-
beck étudia à Amsterdam, où l'avait envoyé L.
Hôlstenius, son oncle maternel, les belles-lettres
et la jurisprudence, sous la direction de Vos.sius
etdeNihusius. En 1646 il vint àParis ; il demeura
chez le cardinal Barberini , et se mit en rapport
avec Du Puy, Sirmond, Petau, Naudé, Huetet Ba-
luze. En 1647 il alla rejoindre à Rome son oncle
Hôlstenius, auprès duquel il passa deux ans. En
1649 il se rendit à Toulouse, où il se fit recevoir
licencié endroit. De retour à Hambourg en 1650,
il fut nommé, deux ans après, professeur d'his-
toire, et en 1660 recteur du collège. En 1662 il
épousa une vieille fille très-riche , mais si aca-
riâtre, qu'il se sépara d'elle deux semaines après
son mariage. Depuis longtemps dégoûté du sé-
jour de Hambourg, où on lui suscitait mille tracas-
series, parce qu'on le soupçonnait d'incliner vers
la religion catholique, il quitta cette ville, passa
quelque temps à Vienne, et alla ensuite à Rome
abjurer le protestantisme. De retour à Vienne, en
octobre 1662, il y fut nommé sous-bibliothécaire
et historioaraphe de l'empereur. En 1663 il de-
vint conservateur en chef de la Bibliothèque im-
périale, et il consacra le reste de sa vie à en faire le
classement méthodique. On a de Lambeck : Pro-
dromus lucubraiionum criticantm in A. Gel-
lii yoctes Atticas ; Paris, 1647, in-8° ; réimprimé
dans diverses éditions d'Aulu-Gelle, notamment
dans celle de Leyde, 1706; — G. Coclim et al-
terius anonymi Excerpta de Antiquitatibus
Constantinopolitanis, graece et latine; Paris,
1655, in-fol.; cette bonne édition fait partie de la
collection byzantine du Louvre; — Origines
Hamburgensesaburbe condita,seu anno Chr.
808-i22ï>, cumcollectione variorum diploma-
tum et dupUcï vita S. Anscharii, a Rem-
berto et Gualdone composita; Hambourg, j
1652, in-4°; le second volume de cette histoire '
de Hambourg, qui va jusqu'en 1292, fut publié î
dans cette ville en 1661, in-4'' ; l'ouvrage entier !
a été réimprimé par les soins de J.-A. Fabricius,
avec les Scriptores septentrionales de Lin- [
denbrog , et les Inscriptiones Bamburçenses !
ItS
de Th. Anckelmann, Hambourg, 1706, in-fol,;
— Prodromus Historix literariae cl Tabula
duplex Chronologica universalis; Hambourg,
1659, in-fol. ; — Oratlones cum programma-
tibus nounullis ; Hambourg, 1660, in-4"'; réim-
primé dans le tome HI des Mémorise Hmnbitr-
genses; — Commentaria de AugusiaBibliothe-
ca Csesarea Vindobonensi ; Vienne, 1665-1679,
8 vol., in-fol. C'est l'ouvrage le plus important
de Lambeck; le premier volume contient l'his-
toire de la bibliothèque de Vienne; le second
renferme des recherches sur la ville de Vienne,
les six autres donnent des détails sur presque
tous les manuscrits grecs de la biWiothèque de
Vienne. L'ouvrage fut interrompu par la mort
de Lambeck; Nesselius, son successeur, en pu-
blia une continuation sous le titre de : Brevïa-
rium et supplementum comment ariortim
Lambecianorum , sive catalogus manuscrip-
torum grœcorum necnon linguarum orienta-
liuni; Vienne, 1690, in-fol. On a donné un
extrait de ces deax ouvrages sous le titre de :
Bibliotheca acroamatica; Hanovre, 1712,
in-S"; — Epislola ad Augustum Bi-unswlcen-
sem de bibliothecee Vindobonensis codicibus
qui omnium Fiavii Josephi operum editioni
possunt servire; Vienne, 1666, in-4"; — fjia-
rium sacrï itineris quod imperator Leopol-
dus I anno 1665 suscepit ; Vienne, 1666,
in-4''; c'est le journal détaillé d'un pèlerinage
fait par Léopold F'' au monastère de Marieu-
Zell en Styrie, en action de grâces de la victoiie
remportée sur les Turcs au Saint-Gothard ; on y
trouve beaucoup d'observations concernant l'his-
toire littéraire ; l'ouvrage a été réimprimé avec
quelques autres opuscules par les soins de
J.-A Fabricius; Hambourg, 1710, in-fol.; —Ca-
talogus llbrorum a se compositoi'um ; Vienne,
1673, in-4''. Lambeck a aussi publié, d'après un
manuscrit de Vienne, YHistoria iirbis Mantuœ
et Familiee Gonzagee de Platina ; Vienne, 1675,
in-4". E. G.
MôUer, Cimbria Literata, t. III. — Leben des Pétri
Lambecii; Hambourg, l724,in-8o. — Nicéron, Mémoires,
t. XXa. — liayle, Dictionn. — Chaufepie, Nouveau ûict.
Historique. — Brucker, Ehrentempel. — I^ben gelehrter
Hamburger. — Zedler, Univcnal-Lexilion. — Rotcr-
raunil. Supplément à Jôcher. — Sax, Onomasticon,
t. IV, p. SU.
fLAMBERG { Joseph-Maximilien , comte de),
savant morave, né le 24 novembre 1729, à Briinn,
et mort dans cette ville, le 23 juin 1792. Après
avoir fréquenté les universités de Breslau , de
Berlin et de Halle, où il suivit les leçons de Wolff
et de Nettelblatt, il parcourut l'Allemagne, en
compagnie de son frère Léopold, le collaborateur
du cardinal de Poligaac dans la composition de
l 'A nti- Lucrèce. Le margrave de Bareith le nomma
son grand-veneur, et le retint quelque temps
à sa cour. Décoré par l'empereur du titre de
chambellan, il vint, en 1754, rejoindre à Paris
son ami le comte de Starlseraberg , ambassa-
deur d'Autriche à la cour de France. Tiois ans
119
LAMBERG — LAMBERT
120
après il quittait Paris pour accompagner en Italie
le duc de Vurtemberg, dont il était le conseiller
intime, et au nom duquel il alla complimenter
le nouveau doge de Venise Foscarini. Éloigné de
Stuttgard par les intrigues des courtisans , le
comte de Lamberg accepta près de l'évêque
d'Augsbourg la place de grand-maréchal, dont il
se démit bientôt pour se livrer entièrement à la
culture des sciences et des lettres. Dans un se-
cond voyage qu'il fit en Italie , il profita d'une
occasion pour visiter la Corse et les côtes d'A-
frique. A Venise , il vit le fameux aventurier
connu sous le nom de comte de Saint-Germain,
dont il voulait publier les mémoires. A son re-
tour en Allemagne, après un court séjour à
Landshut, dans la Bavière, il se fixa à son châ-
teau de Brijnn, où il passa les dernières années
de sa vie. Le comte de Lamberg fut l'ami des
littérateurs les plus distingués de la France et de
l'Allemagne. l\ était en correspondance avec Al-
garotti, Hume , Voltaire et d'Alembert. Il parlait
la plupart des langues de l'Europe. On lui doit, en
mathématiques , l'invention de plusieurs ma-
cliines ingénieuses. Savant physicien , il avait
formé l'un des plus beaux cabinets de physique
de l'Allemagne. Il se distingua par l'enjouement
de son caractère, qui lui fit donner le surnom de
Democritus Dulcior. Mais il a dit de lui-même,
dans le Mémorial d'un Mondain, que, « plus
poli que Démocrite envers le genre humain, il
ne rit pas des hommes, mais des systèmes, des
contradictions et des puérilités auxquels et à
l'aide desquels les hommes donnent ou savent
se donner un air d'importance ». Il a laissé
plusieurs ouvrages écrits en français : Mes
Fragments ; Paris , 1758, in-8° ; — Essai sur
Vimpossible ; ibid., 1764, in-8°; — Vanité de
quelques-unes de nos connaissances ; ibid.,
1766, in-8°; — Nouveaux Sujets de Littérature
et de Philosophie ; 1767, in-8o; — Mémorial
d'un Mondain, au cap Corse; (Vienne), 1775,
in-8"; — Le Canot, ou lettres de Maman Blegx;
Vienne, 1782, in-8°; — Époques raisonnées de
la vie d'Albert de Haller; 1778, in-8°. Dans
cet ouvrage le comte de Lamberg fait connaître
les relations qu'il eut avec Haller, et donne en
même temps des extraits fort étendus de la cor-
respondance de ce célèbre naturaliste;. — Ta-
blettes fantastiques ; Dessau, 1782, m-4o : ou-
vrage dédié à Lacépède ; — Lettres critiques,
morales et politiques; Amsterdam (Hanau),
1786, in-8° ; réimprimées à Berne, en 1787, et à
Francfort, en 1802. F.-X. T.
Biographie du comte Lamberg, extraite de ses ma-
nuscrits, de son Mémorial d'un Mondain, et de ses
Lettres,
LAMBERT, empereur d'Italie, né vers 880,
mort près de Marengo, en octobre 898. Fils de
Gui, duc de Spolette, qui s'était fait couronner
empereur en 891, et d'Agiltrude, princesse de
Bénévent, il fut associé par son père à l'empire
dès 891 et couronné en février 892. Gui étant
mort en décembre 894, Lambert lui succéda
sous la tutelle de sa mère. Il fut presque aussitôt
attaqué par Arnoul, roi de Germanie. Agiltrude
défendit en héroïne les droits de son fils. Elle sou-
tint en 896 un siège dans Rome, et après la prise
de cette ville, elle résista dans Spolette, puis dans
Fermo. On prétend mêmequ'ellecorrompit un des
serviteurs du monarque vainqueur, et fit donner
à Arnoul un breuvage empoisonné, qui le rendit
d'abord fou et plus tard causa sa mort. « Mais
ce sont là vraisemblablement , dit Muratori , de
ces fables qui prennent aisément faveur parmi le
peuple, trop enclin à regarder comme des effets
de la maUce humaine les maux qui arrivent aux
princes. » Quoi qu'il en soit, Lambert, parvenu à
l'âge de porter les armes , reprit rapidement le
dessus dès qu'Arnoul eut quitté l'Italie. En 898,
il battit, près de San-Donino, Adalbert II, mar-
quis de Toscane , qui voulait lui disputer l'em-
pire. Il le fit prisonnier, et l'envoya à Pavie; mais
quelque temps après, étant à la chasse dans la
forêt de Marengo, il tomba de cheval, et expira
sur place. Selon Luitprand, Lambert était
doué des plus belles qualités. A. d'E — 1> — c.
Sigonius, De Regno Ital, — Muratori, AnnaL d'Ital,,
t. IV. — Le naême, Antiq. Ital. IHss. XyiXiy.
LAMBERT, cinquième duc de Toscane, régnait
de 929 à 931. Il était second filsd'Adalbert II, dit
le Riche, marquis de Toscane et de Spolette, et
de Berthe de Lorraine, veuve de Thibaut, comte
d'Arles. Il hérita du duché de Spolette dès la
mort de son père, arrivée en 917, et en 929 il
succéda pour la Toscane à Gui, son frère aîné.
Lambert avait aidé,de925 à 928, son frère utérin
Hugues, comte de Provence, à s'emparer de la
couronne d'Italie au détriment de Rodolfe, roi
de Bourgogne et d'Arles. Mais bientôt sa va-
leur et sa puissance donnèrent de l'ombrage à
l'ingrat Hugues. Ce monarque craignit que les
seigneurs italiens, mécontents de son gouverne-
ment tyrannique, ne le détrônassent et ne pris-
sent pour roi le nouveau duc de Toscane. Hu-
gues avait d'ailleurs, du. côté paternel, un frère
nommé Boson, qui ambitionnait ardemment un
apanage en Italie. Que fit donc Hugues ? « Ce
renard couronné, rapporte Muratori, répandit
le bruit que Berthe, sa mère ( morte le 8 mars
925), n'avait pas eu d'enfants d'Adalbert II, et
que les trois qui passaient pour être de lui et
d'elle , savoir Gui, Lambert et Hermengarde ,
femme d'Adalbert, marquis d'Ivrée, avaient été
supposés par Berthe à son mari afin de jouir de
l'autorité souveraine après la mort de son cré-
dule époux. )) On ne comprend guère le l>esoin
de Berthe de supposer jusqu'à trois enfants,
parmi lesquels une fille ; mais cette calomnie
trouva assez de partisans pour obliger Lambert
à demander un combat judiciaire afin de prouver
l'authenticité de sa naissance. Hugues refusa de
descendre lui-même dans l'arène ; mais il ne crai-
gnit pas de s'y faire représenter par un nommé
Théduiu. Quoique ce champion fût d'une force
121
LAMBERT
f22
et d'un courage éprouvés , Lambert le renversa
mort, et couvrit ainsi Hugues de confusion. Celui-
ci n'en devint que plus acharné à la perte de
son frère ; il employa tant de ruses qu'il finit
par s'emparer de sa personne, et lui fit crever les
yeux; il donna alors la Toscane à Boson. Lam-
bert survécut plusieurs années à son malheur.
A. d'É— p— c.
Mnratorl, Annal, d'JtaU — ;Slgonlus, De Begno Ital. —
Contelori.
LAMBERT, évêque du Mans, mort vers
l'année 892. On a de cet évoque une lettre à
Hildebrand , évêque de Séez , que Baluze a
jointe à son édition du traité de Reginon : De
Disciplina Ecclesiastica . Hildebrand n'était
déjà plus évêque de Séez en 880 : il avait alors
été remplacé par Adelhelme. Bondonnet et dom
Piolin paraissent donc avoir commis une erreur
en faisant monter Lambert sur le siège du Mans
en l'année 885 : il devait l'occuper dès l'année
880. Il est vrai que pour concilier la chrono-
logie des évêques de Séez et celle des évêques
du Mans, dressée par Bondonnet, les auteurs
de Y Histoire Littéraire de la France propo-
sent d'attribuer à Robert, prédécesseur de Lam-
bert, la lettre publiée par Baluze; mais ils sont
formellement contredits parle manuscrit n° 4637
de l'ancien fonds du Roi, manuscrit du neu-
vième ou du dixième siècle , où la lettre à Hil-
debrand porte sans altération et sans équivoque
le nom de Lambert. La promotion de Lambert
sur le siège du Mans est donc antérieure à l'an-
née 880. B. H.
Hist. littÉr. de la France, t. V, p. 698. — Gallia
Chrisliana, t. XI, et t. XIV, col. 363. — B. Hauréau,
Hist. Litt. du Maine, t. III , p. 217.
LAMBERT, grammairien français, a obtenu
deux notices dans VHistoire Littéraire de la
France, l'une dans le t. VI, parmi les auteurs
du dixième siècle; l'autre dans le t. X, parmi
les auteurs du douzième. Laquelle de ces no-
tices doit être corrigée? Pour ne hasarder ici
aucune hypothèse , disons simplement qu'on
ignore en quel siècle Lambert a vécu. Il est
auteur d'un opuscule intéressant qui a pour
i\iTt:Epistola de ArteLectoria. Mabillon a pu-
blié cette lettre dansl'appendice de ses Annales,
t. II, p. 744, mais d'après un texte défectueux.
Un manuscrit de Ciairvaux, qui se trouve au-
jourd'hui à la bibliothèque de Troyes sous le
numéro 518, nous est signalé comme bien plus
complet. Interrogé sur la prononciation de quel-
ques mots, Lambert répond aux questions qui
lui sont adressées en des termes qui ne peuvent
être indifférents aux grammairiens érudits. B. H.
Hist. litt. de la France, t. VI, p. 222 et t. X, p. 260.
LAMBERT DASCHAFFENBOURG (1), his-
torien allemand , né vers 1020, mort vers 1080.
On ne sait de sa vie que le peu qu'il en a dit
lui-même dans ses Annales. En mars 1058
(l)Ce surnom lui fut donné parce que c'est dans celte
ville qu'il fut ordonne prêtre ; quant au lieu de sa nais-
sance, il est entièrement inconnu.
il entra dans le célèbre couvent de Hirschlold,
où l'avait attiré la renommée du pieux et sa-
vant abbé Meginher. Ordonné prêtre au mois
d'octobre de la même année, il entreprit, très-
peu de temps après, un pèlerinage en Palestine,
sans y avoir été autorisé par son abbé. Après
avoir visité Jérusalem, il hâta son retour, qui
eut lieu en septembre 1059, afin d'arriver à
temps, pour obtenir de Meginher, qu'il avait
laissé malade, l'absolution de son manque d'o-
béissance. Il passa le reste de ses jours au cou-
vent de Hirschfeld , dans l'intérêt duquel il eut
à remplir plusieurs missions. Il fut chargé entre
autres, en 1071, d'aller étudier les résultats des
innovations introduites par Hannon, archevêque
de Cologne, dans la discipline des couvents de
Saalfeld et deSigeberg; l'austéritérigide des près-
ciptions de l'archevêque ne lui parut pas devoir
être prise pour modèle. S'étant mis à recueillir,
selon les vœux de son abbé , les monuments
relatifs au monastère de Hirschfeld, Lambert en
écrivit l'histoire dans un poème en vers hexa-
mètres, aujourd'hui perdu. Il reprit ensuite le
même sujet en prose. Son ouvrage intitulé
De Institutione Ecclesias Hemfeldensis fut
terminé en 1074; de courts extraits en ont été
transmis jusqu'à nous : ils sont publiés dans les
Antiquitates Brunswicenses de Mader et dans
le tome VII, p. 138, des Monumenta dePertz.
Lambert écrivit aussi l'histoire des événements
qui jusqu'en 1077 s'étaient passés de son temps
dans l'Empire. Il la fit précéder d'un résumé
très-sommaire de l'histoire du monde depuis la
création. Cette première partie des Annales de
Lambert n'est qu'une compilation de Bède et
de quelques autres chroniqueurs : elle n'a au-
cune valeur. Mais lorsqu'il arrive au milieu du
onzième siècle , le récit de Lambert devient une
des sources les plus sûres et les plus impor-
tantes à consulter sur les événements graves qui
eurent lieu en Allemagne sous le règne de l'em-
pereur Henri IV. Lambert avait été à même de
recueillir à ce sujet les informations les plus
exactes. L'empereur aimait beaucoup Ruthard,
qui avait succédé à Meginher dans le gouverne-
ment du monastère de Hirschfeld, et il le chargea
plusieurs fois de négocier avec les Saxons révol-
tés , auprès desquels Ruthard jouissait d'une
grande considération. A quatre reprises diffé-
rentes Henri vint séjourner à Hirschfeld, pour
y traiter d'affaires importantes, et son armée
campa souvent dans les environs. Lambert eut
donc de nombreuses occasions d'apprendre de
la bouche même des acteurs les détails des évé-
nements de l'époque. Mais son histoire n'est
pas seulement remarquable par les renseigne-
ments précieux qui s'y trouvent relatés ; elle
a de plus le rare mérite de l'impartialité. C'est
avec un égal dégoût que Lambert parle des dé-
portements de l'empereur, de la corruption du
clergé et des intrigues des grands. Quoique
attaché aux idées de Grégoire VII, qu'il défend
123
LAMBERT
124
contre pinsieurs calomnies, il ne met pourtant
jamais sur le compte des ennemis de ce pape des
faits non avérés. Son style pur et élégant, l'ordre
et la clarté de sa narration attestent qu'il s'était
familiarisé de bonne heure avec les principaux
écrivains latins. Pénétré de l'esprit des anciens,
il ajoute souvent à son récit des observations
judicieuses ou des réflexions morales, sans ja-
mais tomber dans des divagations oiseuses.
« Toutes ces qualités, dit avec raison M. Haeus-
ser, dans ses Deutsche Geschichtschreiber, as-
surent à Lambert la prééminence sur tous les
historiens allemands antérieurs à lui et sur ceux
de son époque. » Les Annales de Lambert, pu-
bliées par Churrer, Tubingue, 1525, in-8°, d'a-
près un manuscrit trouvé par Melanchthon dans
le couvent des Augustins à "Wittenberg , furent
éditées de nouveau à Tubingue, 1530 et 1533;
àBâIe, 1569, in-fol.-, à Strasbourg, 1G09, in-fol. ;
à Ratisbonne, 1726, in-fol.; à Halle, 1797,
in-8", par les soins de Krause, qui a joint un
commentaire au texte de Lambert; ce texte se
trouve reproduit dans le t. I de VHistoricum
Opus de Schard et dans le t. I des Scriptores
de Pistorius ; la dernière et meilleure édition en
fut donnée par un des érudits les plus conscien-
cieux de l'Allemagne, M. Fréd. Hesse, dans le
t. Vil des Monumenta Germanix dePertz. Lam-
bert a été traduit en allemand par Buholz;
Francfort, 1819, in-8". E. G.
Piderit, De Lamherto Schafnaburgensi; Hersfeld ,
1828 , in-i". — Fi'isoh, Comparatio critica Lamberti
Schafnaburgensis ; Munich, 1330, in-S». — Rulh , Veber
Lambert von Aschaffenburg; Bamberg, 1842, iii-4°,
LAMBERT, évéquc d'Arras, né à Guines,
près Calais, vers le milieu du onzième siècle,
mort le 16 mai 1115. Il fut d'abord archidiacre
dans l'église de Térouane, puis grand-chantre de
la cathédrale de Lille. Tandis qu'il occupait ce
dernier emploi, il parut souvent en chaire , et
s'y distingua par une rare éloquence. C'est ainsi
qu'il parvint à la renommée. Aussi , iorsqu'en
1092, à la mort de Gérard, évêque de Cambrai
et d'Arras , Urbain II décréta la séparation de
ces deux sièges, si longtemps unis, les suf-
frages du peuple etdes clercsd'Arras appelèrent-
ils le grand-chantre de Lille au gouvernement
de la nouvelle église. Il fut sacré à Rome, le
19 mars 1094. La même année nous le voyons
assister au concile de Reims, comme suffragant
de cette métropole. L'évêque de Cambrai n'avait
pas, on le pense bien, approuvé la décision du
pape Urbain; il déplorait beaucoup l'amoindris-
sement de son diocèse, et regrettait vivement
sa bonne ville d'Arras. Le pape lui-même fit sa-
voir à Lambert que l'envieux prélat devait se
plaindre au concile de Clermont et réclamer la
suppression du nouveau siège. C'était avertir
l'éloquent Lambert que sa présence dans ce con-
cile était nécessaire. Celui-ci fit à la hâte ses
préparatifs, et se mit en route pour l'ancienne
capitale des Arvernes avec une nombreuse es-
corte d'abbés, de clercs, de domestiques. Le
voyage était long , les périls étaient nombreux.
Qi;and alors, aux approches d'un concile, les
évt^ques paraissaient sur les routes, les barons
quittaient leurs manoirs et venaient à leur ren-
contre avec des intentions qui ne témoignent pas
trop en faveur de la piété de nos pères. Le
moindre mal qui pût alors advenir aux seigneurs
spirituels, c'était d'être rançonnés au profit des
temporels. Ainsi, durant le douzième siècle,
presque toutes les lettres d'évêques empêchés
d'assister aux grandes assemblées de l'église
gallicane, nous offrent la même excuse, les
dangers du voyage, itinerts pericula. Lambert
se rendant à Clermont fut arrêté lorsqu'il venait
de franchir les portes de Provins, et fait pri-
sonnier par Garnier, seigneur de Cliàteau-Pont.
Mais celui-ci ne savait pas sans doute, en por-
tant la main sur Lambert . que ce prciat était
un àmi personnel du pape et qu'il venait d'ap-
peler sur sa tête toutes les foudres de l'Église.
Averti fort à propos par son frère, Philippe,
évêque de Troyes, Garnier eut hâte d'éviter le
châtiment qui déjà le menaçait, et rendit Lam-
bert à la liberté. Lambert parut donc à l'assem-
blée de Clermont, et y obtint la confirmation de
son église : en outre , avant de le quitter, le
pape Urbain lui accorda une nouvelle marque
de sa confiance, en le nommant son légat dans
la Seconde Belgique. Un autre légat , Richard,
évêque d'Albane, nous a laissé le plus pompeux
éloge de Lambert , qui , dit-il , était considéré
par le saint-siége comme le premier évêque des
Gaules. Nous le voyons en effet, après la mort
d'Urbain II, aussi recommandé près de Pas-
cal IL C'est lui que Pascal chargea d'absoudre le
roi Philippe, excommunié à l'occasion de son ma-
riage avec Bertrade. Une semblable mission ne
pouvait être confiéequ'à un prélat de grand renom.
Rien d'ailleurs ne nous prouve mieux combien
grande fut l'influence de Lambert, soit à Rome ,
soit en France, que le recueil de ses Lettres. Ce
l'ecueil, publié par Baluze dans le tome V de ses
Miscellane.a,àQ compose de cent quarante lettres,
écrites par Lambert ou adressées -à cet illustre
et puissant évêque par des rois, des papes, des
cardinaux, des légats, des archevêques, etc., etc.
Les auteurs de V Histoire Littéraire en ont
analysé un grand nombre : elles offrent presque
toutes quelque renseignement précieux pour
l'histoire ecclésiastique ou civile du douzième
siècle. B. H.
Hist. Lift, de la France, t. X, p. 38. — Gallia Christ.,
t. III, col. 322. — Cas. Oudin, Script. Ecoles., t. II, p. 280.
LAMBERT le Gourt, ou, en vieux français,
H Cors, trouvère de la seconde moitié du dou-
zième siècle, auteur du Roman cV Alexandre.
Sur la foi de quelques vers de ce poème (1), en
apparence fort concluants , tous les historiens de
(1) La verte de l'estor, si com li rois le fist.
Un clers de Castelum Lambert li Cors l'escrisl,
Qui (le iâtin le tralst et en roman te mist.
125
LAMBERT
126
la vieille littérature française, depuis Pasqiiicr et
Fauclietjusqu'àMM.AmpèreetP.Pûiis,ontpensé
que noire personnage était né à Chàteaudun dans
l'Orléanais et qu'il avait passé sa vie entre les murs
d'un cloître. Mais depuis fort peu de temps une
ancienne famille de Dinan réclame l'honneur de
compter parmi ses ancêtres le diantre du héros
macédonien, et produit un arbre généaiogiqueoù,
dans une série non interrompue de Lambert le
Court, figure un Lambert fils du conteur, Lam-
bertus films conloor, co-signataire d'une do-
nation faite en 1160 au monastère de Sainte-
Croix deGuingamp, et enfin un Lambert us Par-
vus, probablement père du précédent, qui signe,
en 1140, un acte passé entre le seigneur du Fou
et les religieux de Redon. C'est à ce dernier qu'il
faut attribuer l'Alexandre, si nous en croyons
ses descendants, qui invoquent, outre l'identité
du nom, leurs constantes traditions domestiques
et la longue possession d'un manuscrit du poëme
transmis religieusement de père en fils à travers
les siècles. Cette prétention , toute nouvelle
qu'elle est, paraît fondée, et n'est pas aussi con-
tradictoire qu'elle le semble avec les vers cités
eu note : au moyen âge, on joignait aussi sou-
vent à son nom le nom de sa résidence habituelle
que celui du lieu de sa naissance (témoin Alexan-
dre de Paris, né à Bernay, dont nous allons
parler tout à l'heure) et pour s'appeler clerc il
n'était pas nécessaire d'être dans les ordres, mais
seulement d'être un homme lettré.
Quoi qu'il en soit, Breton ou Beauceron, moine
nu laïque , Lambert le Court est l'auteur d'une
des plus importantes et des plus fameuses épo-
pées des temps chevaleresques : il eut, il est vrai,
un collaborateur ou plus vraisemblablement, selon
nous, un continuateur, qui s'est nommé dans les
vers suivants :
Alexandre nos dit qui de liernay fa nez ,
Et de Paris refu ses sornoms apelez
Qui ci a les siens vers o les (avec ceux de) Lamnert
jetez ).
Mais bien que les savants critiques qui se
sont occupés de cette question n'aient pas cru
pouvoir déterminer la part qui revient à chacun
des deux trouvères dans l'œuvre commune , le
passage que nous venons de rapporter nous
paraît démontrer jusqu'à l'évidence que c'est à
Lambert le Court qu'appartient le mérite de
l'initiative et la gloire de la priorité. Ce fut lui
qui, versé dans la connaissance des lettres an-
ciennes, tira de quelque texte latin la fabuleuse
histoire du roi de Macédoine. Depuis longtemps
Alexandre le Grand était passé à l'état de per-
sonnage légendaire. Ses premiers biographes,
les Ptolémée, les Aristobule, les Clitarque, les
Callisfhène s'étaient laissé entraîner par leur
admiration à plus d'une exagération mensongère
sur lesquelles avaient encore rencliéri Piutarque,
Justin, Diodore et Quinte Curce. Enfin, vers le
septième ou le huitième siècle, un écrivain by-
zantin, usurpant le nom du fameux Callisthène,
av.'.it combiné les divers éléments que lui of-
fraient lesauteurs classiques et les traditions do
la Grèce et de l'Orient, et livra à ses cré''!iiirs
contemporains une romanesque compilation qui,
traduite en latin par .luliusValerius, jouit bientôt
d'une vogue immense. C'est à ce Pseudo-Callis-
thène que Lambert le Court a les plus grandes
obligations, c'est à lui qu'il emprunte le fond
de sa narration ; mais il ne se fait pas faute de
l'enrichir de mille détails merveilleux que lui
fournit sa propre imagination, échauffée sans
doute par les descriptions et par les récils des
pèlerins récemment revenus de l'Orient. Sou-
venirs des croisades, mœurs chevaleresques,
coutumes et croyances du moyen âge, allusions
aux événements, contemporains, tout se trouve
dans le poëme de notre conteur, excepté, bien
entendu , la vérité historique et ce que nous ap-
pelons lacottleur locale. De même que Philippe-
Auguste, avant d'aller combattre le roi d'Angle-
terre, commence par dépouiller les juifs, Alexan-
dre le Grand se prépare à la guerre en faisant
rendre gorge aux usuriers de ses États. Comme
le roi de France il a ses douze pairs, élus, il est
vrai, d'après le conseil d'Aristote; comme lui il
compte dans son armée des chevaliers, des ba-
rons et un connétable. Mais il est temps de
faire connaître par une rapide analyse cette
œuvre importante.
Après nous avoir fait assister à la naissance
de son héros, le ti-ouvère nous le montre domp-
tant Bucéphale, triomphant d'un prince grec
nommé Nicolas, élisant ses douze pairs (Tolomé,
Clincon, Lincanor, Emenidon, Perdicas, Lione,
Antigone, Arides, Ariste, Caunus et Antiochus),
faisant le siège d'Athènes , réconciliant Philippe
et Olympias, qu'un divorce a séparés, puis accep-
tant le défi que lui envoie Daire, le roi des Per-
sans. Il commence la guerre contre son rival par
l'assaut et la prise d'une roche effrayante, entre
en Syrie, prend Tyr et Cadres, gagne la bataille
d'Arbèles, punit les meurtriers de son rival et
se met à la poursuite de Potus. Là nous quit-
tons le domaine de la fiction historique pour en-
trer dans celui des prodiges et des merveilles :
l'épopée chevaleresque cède la place à la féerie,
et ménage au lecteur les surprises les plus im-
prévues du monde enchanté. Alexandre s'engage
dans les déserts de l'Inde; à chaque pas des
monstres hideux, des animaux fantastiques lui
barrent le chemin ; il a à lutter contre des ar-
mées de lions blancs, contre des légions de
scorpions, de crabes énormes, de chauves-souris
gigantesques ; le héros triomphe de tous ces en-
nemis, et, non content des périls qui s'offi'ent
d'eux-mêmes à lui, il se crée des dangers volon-
taires, descend dans la mer, enfermé dans une
cloche fragile, et s'élève au haut des airs dans
une cage attelée de deux puissants griffons. Ce-
pendant l'armée macédonienne poursuit sa marche
victorieuse. Elle arrive aux bornes d'Hercule,
franchit le Val périlleux, échappe aux sirènes et
127
LAMBERT
128
aux pièges séducteurs d'un bois où chaque fleur
est une jeune fille, visite les fontaines qui don-
nent l'immortalité, et vient auprès des arbres
prophétiques qui annoncent au roi sa mort pro-
chaine , sa fin prématurée. Alexandre, sans s'ef-
frayer de cette sinistre prédiction, s'avance contre
Porus et le tue de sa propre main, prend Ba-
bylone après avoir défait l'amiral qui la défendait,
et soumet les Amazones, les dernières mais peut-
être les plus redoutables adversaires qu'il lui
restât à combattre. Mais le tenue fatal annoncé
par les arbres « q%ii parlaient » était arrivé.
Le héros meurt à Babylone, empoisonné par An-
tipater, et en expirant lègue à chacun de ses
douze pairs une des conquêtes qu'il a faites, et
à tous une conquête à faire , celle de la France
et de Paris, sa capitale. « La France, leur dit-il,
est la reine du monde. Rien n'égale la valeur du
peuple qui l'habite. Recevez-la, ainsi que la Nor-
mandie, l'Angleterre, l'Ecosse et l'Irlande. Que
ces terres du couchant soient à vous ! « Ce furent
ses dernières paroles. Ses yeux se fermèrent, et
les saints du paradis emportèrent son âme au
séjour éternel.
Tel est en peu de mots le contenu de ce vaste
poëme à tirades monorimes qui compte plus de
vingt mille vers de douze syllabes : c'est, croit-on
généralement, pour avoir été employés par l'au-
teur de L'Alexandre que les hexamètres français
ont pris le nom d'alexandrins. Voilà assuré-
ment un fait littéraire curieux, et qui peut donner
une idée de la popularité de ce roman ; elle est
prouvée, d'ailleurs, par le nombre considérable
de copies qui en ont été faites. Nous possédons
à Paris une vingtaine de manuscrits de l'Estore
du rois Alixandre sous les numéros 6985,
6987, avec note de l'abbé de la Rue sur le pre-
mier feuillet, 7142, 7633, etc. La première édition
en a été publiée en 1846 à Stuttgard, pour la so-
ciété littéraire de cette ville, par M. Heinrich
Michelant. Il y en a en ce moment sous presse
une seconde, qui a été préparée par M. Eugène
Talbot et par un des membres de cette famille
bretonne qui prétend descendre de notre trouvère.
Espérons que les nouveaux éditeurs réussiront à
dissiper tous les doutes qui nous restent encore
sur l'origine et le lieu de naissance de Lambert
le Court. Alexandre Pey.
Histoire Littéraire de la France, tom. XV, p. 119. —
P. PaLt\s,, Les Manuscrils français de la Blibliol hèque du
Roi; Paris, 1836, ln-8°. — Eugène Talbot, Essai sur la
Légende d'Alexandre le Grand; Paris, 1850, ii\-8°. — Le
même, Recherche sur l'Origine bretonne de Lambert le
Court, trouvère du douzième siècle; Dinan, 18S3.
LAMBERT LE CHANOINE, savant Compilateur
du douzième siècle, mort à Saint-Omer, en U25.I1
est auteur d'un recueil encyclopédique connu des
bibliographes sous le titre de Liber Floridus
Lamberti canonici. Dom Berthold parie de cet
ouvrage dans sa notice sur les manuscrits de
Belgique. Parmi les chroniqueurs qui se sont
surtout servis du Liber Floridus, nous nous bor-
nerons à citer Jean de Thielrode, qui écrivait à
la fin du treizième siècle, l'historien brugeois
Custis, dont la bibliothèque de Gand possède
les manuscrits originaux, et, tout récemment,
Pertz dans le premier volume de ses Monu-
menta Germanise historica. L'auteur de cette
encyclopédie nous apprend qu'il était chanoine à
Saint-Omer, et que son père Onulphe, également
chanoine, mourut le 27 janvier 1077 de J.-C.
Cette indication et cette date nous portent à
croire que c'est ce môme Lambert qui, à la fin
du onzième siècle et au commencement du dou-
zième, fut successivement écolûtre et abbé de
Saint-Bertin à Saint-Omer. Folquin et Yperius
signalent ce dernier comme un des hommes les
plus remarquables de l'époque, distingué tout à
la fois comme savant et comme prédicateur. Élu
abbé de Saint-Bertin en 1095, il s'occupa acti-
vement de l'administration qui lui était confiée.
En 1118 il revêtit de l'habit monastique Beau-
doin à la Hache, douzième comte de Flandre,
auquel il donna, quelque temps après, la sépul-
ture. L'abbé Lambert fut inhumé dans la cha-
pelle de la vierge Marie des Infirmes.
Le Liber Floridus, ainsi appelé parce que
l'auteur l'a composé de diversorum auctorum
floribus, est une compilation dlsidore de Sé-
ville, de Bède le Vénérable, de Fréculfe, d'Hé-
gésippe, de Martianus Capella, de saint Jé-
rôme, de Josèphe et des Pères de l'Église.
Pour l'analyse de cet ouvrage, nous suivrons
l'exemplaire de la bibliothèque de Gand , ^ue
plusieurs savants pensent être le texte primitif
du Liber Floridus, bien que Warnkonig , qui
en a extrait sa Généalogie des Comtes de
Flandre, assure qu'il en existe une copie plus
ancienne dans la bibliothèque ducale de Wol-
fenbiittel. L'exemplaire de la bibliothèque de
Gand est un gros manuscrit in-folio (n'" 197),
dont l'écriture, qui est de différentes mains, ne
paraît pas être postérieure à l'année 1125. Il
contient 192 traités, dont nous citerons les plus
importants et les plus curieux : Ordo Miraculo-
rum Christi Jesu, seoundum Matthseum, etc. :
c'est une biographie sommaire de Jésus-Christ,
tirée des évangélistes ; — Sphera triplicata
gentium mundi : gentes Asias, Europse\
Africx, diversee. Au milieu du texte est repré-
sentée une mappemonde contenant la liste des
peuples de l'Asie, de l'Europe et de l'Afrique.
Parmi ceux de l'Europe, on cite les Alamanni,
Morini, Suevi, Burgundiones , Huni, Tun-
gri, etc. ; — Sphera principum per jetâtes
regnorum; — Ordo ventorum et natura ip-
sorum : ce traité est suivi d'une explication du
tonnerre d'après Bède; — Sphera Macrobii de
quinque zonis : on y trouve cette phrase : Zona
auslralis temperata , habitabilis , sed inco-
gnita hominibus nostri generis, qui semble se
rapporter à l'idée qu'on avait déjà à cette époque
de l'existence d'une quatrième partie du monde;
— Sphera Apulei, vitae et mortis.; — Anni
Domini Jesu- Christi : tableau chronologique
129
contenant, de l'an 1 à 1119, la date de l'avéne-
ment des papes et des empereurs, de quelques
batailles mémorables, de la mort de personnages
célèbres et d'événements remarquables; — De
Provinciis Mundi; — De Regnoruin VocaMdis ;
De Mundi Civitaiibus : c'est une liste des
principales villes du monde, avec le nom de
leurs fondateurs ; — Marciatms Félix Capella :
de Gentibus diversis et Monstris ; — De No-
minibus civitatum mutatis ; — De Paradiso
et Insulis, énumération des principales îles du
monde; — De Paradisi Fluminibus : note sur
le Gange, l'Euphrate, le Tigre et le Jourdain ; —
De Mundi Fluminibus ; — De Creaturis di-
versis : notions sommaires sur quelques races
extraordinaires d'hommes; — De Gradibus et
ministris ecclesiasticis et Officiis : explication
des différents mots servant à désigner, dans la
liturgie judaïque et chrétienne , les dignités et
offices; — De Ponderibus et Mensuris diver-
sis : où sont désignés les poids et mesures des
anciens; — De Nominibus Sibyllarum; —
Carmen Symrnachise Sibyllae de Christo; —
Se Natiiris Bestiarum, extrait d'Isidore de Sé-
ville sur les animaux; — Physiologia Avium:
DeNaturis Avium; — De Dracone et Serpen-
tibiis et Colubris; — De Monstris Oceani ma-
ris et Piscibus. L'auteur dit du hareng : Allée,
pisciculus ad usum salsamentorum idoneus,
longo servatur tempore. Cette phrase nous
porterait à croire qu'on avait déjà à cette époque
l'idée de l'encaquement des harengs; — De
Miraculis Britunnise Insulse : description som-
maire des curiosités naturelles que l'on rencontre
en Angleterre, lacs , sources d'eaux chaudes,
grottes, etc. C'est probablement un extrait de
Nennius, écrivain anglais du neuvième siècle,
qui, au dire de Camden, est auteur d'un traité
intitulé : De Mirabilibus ; — Historia Anglo-
rum Regum de Bède; — De Annorum Hebdo-
madibus : explication des différentes espèces de
semaines connues des anciens ; — Genealogia
Comitum Normannorum ; — De Miraculis in
dialogo S. Gregorii papee : traité philosophico-
ascétique ; — Versus Pétri de Denario : char-
mant petit poërne sur la puissance de l'argent en
ce monde, et dont nous donnons ci-dessous,
en note, les passages les plus remarquables (l);
(1) Desarli saivete mel, per vos ego regno,
Terraram per vos impero prlnclplbus.
Per vos Itnperimn Cssar tenet, et sine vobls
Impferlum nuUus Caesar habere potest.
Deoique quidquld agant reges terraqae marique,
CertcDt sive garant praelia, vos facltis.
Per vos in cineres est llion illa redacta,
Quae per vos etiara crevcrat aita nimis ,
Cujos iid excidium dextras artnaslis avaras,
Cum peteret ptirigias miles avarus opes.
Per vos sublerunt sibi mœnia celsa tyranni,
Et sine marte traces scpe domant équités.
Per vos Roma poteiis est condita turribus altls;
Per vos arltfii^es repperit iUa bonos
Ad tantam molero mirabiliter perageodam
Nummus multiinodo proCull ingenio.
L'auteur de ces vers, qui était chanoine de Salat-Omer,
NOtJV. BIOGK. GÉNÉR. — T. XXIX.
LAMBERT 130
— De Astrologia : De Ordine et Positione Si-
gnorum; — De Notifia Librorum apocryphe-
rum; — Genealogia Comitum Flandrix; —
Conflict^is Henrici et Paschalis, récit cir-
constancié des débats qui s'élevèrent entre l'em-
pereur Henri IV et le pape Pascal au commen-
cement du douzième siècle , au sujet de l'inves-
titure des évêchés et des abbayes; — Gesta
Francorum Hierusalem expugnantium, etc. :
récit de la première croisade, rédigé par Foulques
de Chartres, et divisé en 38 chapitres ; — De
quatuor Mariis, des quatre Marie dont parlent
les Évangiles ; — Nomina Arborum et Herba-
rum : les noms des plantes et des arbres connus
à cette époque sont transcrits dans douze co-
lonnes, mais sans aucun ordre alphabétique ou
autre; — Incipit de Nectanabo, Egyptior%im
mago, qui arte magica genuit magnum Alexan-
drum de Olympiade, regina Macedonum :
histoire héroïque d'Alexandre le Grand ; t- Epis-
tola Alexandri Magni ad Aristotelem de
prœliis suis et mirabilibus Indiee : détails cu-
rieux sur l'expédition d'Alexandre aux Indes;
— Alexandri régis Macedonum et Dyn-
dimi, régis Bragmanorum , De philosophia
facta Collatioper epistolas. Didyme écrit à
Alexandre quelle est la façon de vivre des Bra-
mines et comment elle fait parvenir à une sa-
gesse parfaite. A la suite de cette lettre est dé-
crite la situation des douze villes qui portent le
nom d'Alexandrie; — C^ronico Orosii .-la chro-
nique d'Orose continuée par le comte Marcel-
linus jusqu'en 1118; — Gesta Pontificum Ro-
manorum, chronologie des papes depuis saint
Pierre jusqu'à l'avènement de Calixte I*''; —
De Excidio Hierusalem Signa; — Gesta Da-
norum, Gothorum et Hunnorum; — In gestis
Francorum : de Nortmannis : histoire de
l'expédition des Normands de 822 à 895 ; — D«
Provinciarum Divisione Francorum ; — De
Quinque mundi Regionibus : Cselcidius super
Platonem de quinque Mundi Regionibus: c'est
un traité mystique sur les bons et les mauvais
anges; — Somnium Scipionis, etc. : traité ascé-
tico-philosophique sur la vie et la mort ; — De
septem Mirabilibus Mundi; — Genealogia
Francorum Regum qui orti sunt de stirpe
Paridis, videlicet Priami et Antenoris : bio-
graphie sommaire des rois de France jusqu'à
l'année 1116; on y énuraère les onze cent quinze
villes et les trente provinces qu'on trouvait en
France du temps de Mérovée ; — Genealogia et
Comitum Blesensium, Comitumque Nortman-
norum : à la suite de cette généalogie on trouve
une description et une carte géographique de
l'Europe à cette époque ; ce curieux monument
a été publié par M. Mone dans VAuszûge fur
Deutsche Kunde und Vorzeit, année 1836,
planche T*; — Exemplar epistolx scriptx a
a écrit deux autres petits poëmes sur la chute de l'em-
ptre romain {De Excidio Romani Imperii Versus) et
sur les maux dus à la femme {de Maia Mnliere).
t31
LAMBERT
182
Rege Abgaro Jestt Christo; — De Mundi Ge-
neaZo(7/«, chronologie sommaire dn monde, com-
mençant à Adam et finissant à l'an 366 par ces
mots : « Fuerunt Trojani in finibus Germanise
de quibus oi-ti sunt reges Galliae »; — Incipit
historia Trojanorum quam Dares Phrigius
scripsit, guiper idem tempus vixit,de grseco
translata in latinum a Cornelio Salustio;
— Freculfus, De Romanorum Regibus, Con-
sulibus et Bellis, histoire romaine depuis Ro-
niulus jusqu'à Jules César. De ce volumineux
manuscrit on pourrait livrer avec fruit à l'im-
pression les notions historiques qiji concernent le
moyen âge. M. Dethmann a donné la description
de sept copies plus ou moins complètes de ce
manuscrit. On en trouve une à la bibliothèque
ducale de Wolfenbuttel, deu\ à La Haye, deuxà
Paris, une à Leyde et une autre à Douai. Le ba-
ron de Reiffenberg, dans le Bulletin du Biblio-
phile belge, II, 79, cite plusieurs traités du
Liber Floridus qui ont été imités ou reproduits
ailleurs. La plupart des auteurs, dont cette com-
pilation contient des extraits, sont cités dans
Fabricius (Bibliotheca médise latinitatis).
F.-X. Tessier.
Jules de Saint-Geniès , Notice sur le Liber Floribus
Lamberti canonici. — Walvein de Tervllet, Notice sur
le manuscrit de la Bibliothèque de Gand. — Warnkô-
nig, Bulletin de la commisf:ion royale d'histoire ( Bel-
gique), 1834, I, p. 59-60. — Introduction à l Histoire de
la Flandre, p. 43, 64. — Zactier et Beihinann, Serapetivi,
n"» 10 et 17, 184S, p. 14S-1B4 et 162-112; 1845, p. 59-64 et
79-80. — Tideman, f^ereeniging ter bevordering deroude
nederlandsche Letterhunde, 1844, î« partie, p. 88. — La
France Littéraire, t. XI, p. 13; t. Xli, p 78. - Martèoe,
Thésaurus novus Anecdotorum, t. III, col. 592. — Migne,
Patroloyise Cursus completus, t. CLXIII, col. 1003-1032.
LAMBERT, prieur de Saint- Vaast d'Arras,
poète latin moderne, mort dans les dernières
années du douzième siècle ou les premières an-
nées du treizième. Quelques fragments de ses
poèmes ont été imprimés par l'abbé Lebœuf ,
Dissertation sur L'histoire de Paris, t. II,
part. 2, p 284. Nous y voyons qu'à la fonction
de prieur Lambert joignait celle d'écolâtre. Ce
que nous pouvons alors affirmer, c'est que les
notices de Saint- Vaast connurent mal les règles
de la prosodie latine, étant formés par un maître
qui les ignorait. B. H.
Hist. Littér. de la France, t. XV, p. 98.
LAMBERT D'ARDRES , historien du trei-
zième siècle. On manque de tout détail sur sa
vie; on croit qu'il était curé à Ardres, petite
ville près de Calais. Il composa une Histoire
des Comtes de Guines et des Seigneurs d'Ar-
dres; elle va de l'an 800 à 1201. Écrite en
mauvais latin et adoptant parfois sans critique
des traditions fabuleuses, elle est toutefois d'un
grand secours potir les annales du Calaisis, de
l'Artois et delà Flandre. On connaît divers ma-
nuscrits de cette chronique, et elle a été insérée
d'une façon plus ou moins complète dans l'BiS'
toire généalogique des comtes de Guines, par
André Dnchesne, dans les Reliquïw manus-
criptse et diplomaticee, publiées par Ludewig,
1727, t. VIII, p. 369-606, et dans le Beciieil
des Historiens des Gaules, t. IX, XHI et XIV.
G. B,
Foppens, Bibliotheca Beigica, t. IIF, p. 195. — Fabri-
cius, Bibliotheca Mediœ Latinitatis, t. IV, p. 236, —
Histoire Littéraire de la France, t. XVI, p. 528.
LAMBERT, dominicain français, mort dans
le treizième siècle. Il est compté parmi les plus
anciens religieux de cet ordre qui furent reçus
dans le couvent d'Auxerre, et ce couvent fut
fondé vers le milieu du treizième siècle. Le té-
moignage du docte Échard est formel sur ce
point. Le même bibliographe lui attribue, sur la
foi d'autrui, une Logique inédite, qu'il n'a pas
connue et n'a pu faire connaître. M. Daunou a
reproduit l'assertion d'Échard sans la vérifier,
et, par conséquent, sans la confirmer. Cepen-
dant nous possédons à la Bibliothèque impériale
au moins deux exemplaires manuscrits de la Lo-
gique de Lambert, l'un dans l'ancien fonds du
roi, numéro 7392, l'autre dans l'ancien fonds de
la Sorbonne, numéro 1797. On ne trouvera
dans la Logique de Lambert aucune de ces am-
ples digressions qui recommandent aux his-
toriens de la philosophie les écrits analogues
d'Albert le Grand , de saint Thomas. Lambert
est un glossateur plus modeste, qui se contente
d'interpréter des mots. B. H.
Échard, Script. Ord. Prsed., t. I, p. 906 — Hist. Littér,
de la France, t. XIX, p. 416. — B. Hauréau, De la Phi-
los, scolastique, t. II, p. 539.
LAMBERT (Pierre), seigneur de La Croix,
historien savoyard, né vers 1480, en Savoie. Il
fut président de la chambre des comptes de cette
province, et vivait encore en 1.543. Il reste de
îai des Mémoires sur la vie de Charles duc de
Savoye neuvième, de l'an MDC jusqu'en l'an
MDCXXXIX ; ils ont été insérés dans le second
volume, p. 839-930, d'un important recueil publié
à Turin par l'ordre du gouvernement piémon-
tais : Historiée Patrice Monumenta. G. B.
Crillet, Dictionnaire historique du Mont-Blanc et du
Léman; Cliambéry, 1807, 1. 11, p. 71.
LAMBERT (Françots), connu aussi sous le
nom de Serraniis ( Jean ), théologien français
et l'un des premiers propagateurs de la religion
réformée, né à Avignon, en 1487, mort à Mar-
bourg, le 18 avril 1530. Sa famille élait originaire
d'Orgelet ( Franche- Comté ) et son père était se-
crétaire de la légation et du palais apostolique
d'Avignon. Lui-même fit profession chez les
CordeUers dès l'âge de seize ans et quelques
mois. Lorsqu'il eut été ordonné prêtre, il se livra
à la prédication pendant plusieurs année.s avec
succès. Dégoûté du monde, il voulut se faire
Chartreux ; mais ses supérieurs l'en empê-
chèrent. Il songea sJors à abandonner son ordre,
et le quitta en effet en 1522. Il avait lu les écrits
de Luther, et se laissa entraîner à la doctrine de
ce célèbre réformateur : il s'enfuit en Suisse, où
il fut accueilli par Sébastien de Monte-Falcone,
prince évéque de Lausanne; de là il passa à
Berne, puis à Zurich, où il eut une conféience
133
publique avec Zwingle (17 juin 1520). Con-
vaincu de la nécessité d'une réforme dans l'É-
glise, il se dépouilla de son costume monastique,
prit le nom de Jean Serranus, et vint prêcher la
nouvelle religion à Bâle, à Fribourg et dans
quelques autres grandes villes de Suisse et d'Al-
lemagne. Eu novembre 1522, il était à Eisenach,
et y soutint des thèses sur le mariage des prê-
tres, la confession, le baptême, la contrition, la
satisfaction, la réserve des cas, etc., conformé-
ment aux sentiments des religionnaires, et con-
tribua puissamment à répandre la réformation
dans toute la Thuringe. En janvier 1523 il se
rendit à Wittemberg, auprès de Luther, qui l'ac-
cueillit comme un disciple dévoué. Lambert ne
resta point oisif à Wittemberg; il y expliqua le
prophète Osée et quelques autres livres de l'É-
criture Sainte. Comme il n'avait pas le don de
continence (il l'avoue lui-même), il épousa le
20 juillet la fille d'un boulanger d'Hertzberg. La
misère l'obligea de quitter Wittemberg, en 1524 ;
il alla à Metz ; mais il y fut si mal reçu, que huit
jours après son arrivée il prenait la route de
Strasbourg. Il demeura dans cette ville occupéde
la composition de divers ouvrages jusqu'en 1526,
année où Philippe, landgrave de Hesse, voulant
introduire le luthéranisme dans ses États, l'ap-
pela à Hambourg. Là, pendant un synode tenu
en octobre, il soutint en latin des thèses ( aux-
quelhs il donna le nom de Paradoxes) contre
tous ceux qui voulaient disputer, pendant qu'A-
dam Craton ou Craift faisait de même en alle-
mand. Leurs principaux adversaires étaient Ni-
colas Herborn , gardien des cordeliers de Mar-
bourg, et Jean Sperber. Ces derniers, déclarés
vaincus, furent chassés de la Hesse. La ferme-
ture des monastères fût résolue, et leurs revenus
furent appliqués à la fondation de quatre hôpi-
taux et d'une académie à Marbourg. Lambert
fut le premier professeur de théologie de cet
établissement. Il assista au colloque de Mar-
bourg, tenu en 1529, entre les théologiens de
Suisse, de Saxe, de Souabe, et de quelques au-
tres provinces de l'Allemagne méridionale, et
mourut peu après, d'une maladie contagieuse
nommée la peste anglaise. Il n'avait que qua-
rante-trois ans. C'était, selon tous les historiens
du temps, un homme savant et laborieux, d'un
caractère vif, mais droit ; et ce fut avec bonne
fôî qu'il se jeta dans la nouvelle religion. Ses
écrits sont nombreux, mais devenus fort rares.
Voici lestities des principaux : Francisci Lam-
berti, Avenionensïs theologi, Rationes propter
quas Minoritarum conversationem habi-
tumqxie rejecit, 1623, in-8°; et dans les Amœ-
nitates litterar. de Jean-Georges Sehelhorn,
t. IV; — Propositiones apud Isenacum ex-
positae, etc. : ces propositions sont au nombre de
cent trente-neuf; six d'entre elles. De Réserva-
tione Casuum, ont élé reproduites par Sehelhorn
d^ns ses Amœnitates, volume précité; elles
sont suivies de sept Lettres de Lambert, écrites
LAMBERT 134
en 1523 à Georges Spalatin; — Evangelici in
Minoritarum regulam Comment ai'ii, quibus
palam fit quid tam de illa quam de aliis
monachorum regtdis et constitutionibiis sen-
tiendum sit ; 1523, in-8°; réimprimé sous ce
titre : In regularum Minoritarum et contra
îiniversas perditionis sectas F. Lamberti
Commentarii vere Evangelici, denuo per ip-
sum recogniti et locupletati : sectarum regni
fila perdiii catologum in prologo habes ;
Strasbourg, 1525, in 8°. En tête se trouvent des
Epistolee de Martin Luther et d'Annemundus
Cocfus (1). Suivant le P. Niceron « Lambert a
composé ce prétendu commentaire en homme
qui croyait ne pouvoir mieux justifier son apos-
tasie qu'en décriant l'ordre qu'il avait quitté. »
Cet ouvrage a été traduit en français sous ce
titre : Déclaration de la règle et état des
Cordeliers; 1525. Cette traduction n'est point
exacte; — Commentarius in Evangelium
Lucœ; Wittemberg, 1623, in-S»; Nuremberg
et Strasbourg, 1525, in-8°; Francfort, 1693,
in-8°; — De sacra Conjugio, etc. : ce livre
fut dédié au roi de France François I^"^. L'au-
teur le composa à l'occasion de son ma-
riage; il y parle de son changement de religion,
et exhorte ses concitoyens à l'imiter; — In
Cantica canticoruvi Salomonis llhcllns
quidem sensibus altissimis, in quo sublimia
sacri conjugii mysteria quse in Christo et
Ecclesia sunt pertractantur, etc. ; Strasbourg,
1524, in-8°; — Defidelium Yocatione in re-
gnum Ckristi , id est Ecclesiam. De Voca-
tione ad ministeria ejus, maxime ad episco-
patum. Item de vocatione Matthiee per sor-
tem ac similibus et ibi mulla de sortibus ;
sans date, ni lieu (Strasbourg, 1526), in-8°; —
Farrago omnium fer e rerum théologie arum;
sans date, ni lieu (1525). Ce sont trois cent
quatre-vingt-cinq paradoxes ou propositions
contenues en treize chapitres, dans lesquels est
renfermé tout le système théologique de l'au-
teur. C'est une réponse aux Centum Para-
doxa Conradi Tregarii, Augustiniani, De
Ecclesise conciliorumque autoritate ; — Com-
mentarii in Oseam, suivi de De Arbitrio ho-
minis in solo Christo vere liber o in se au-
tem multis nominibus maxime serve; Stras-
bourg , 1 526 , in-8° ; — De Causis excxca-
tionis multorum sseculorum ac veritutis de-
nuo et novissime Dei misericordia revelata,
deque imagine Dei, aliisque nonnulUs insi-
gnissimis locis, quorum intelligentia ad co-
gnitionem veritatis perplexis ac piis men-
tibus non parum luminis offert ; Strasbourg,
1525, in-S"; — In Johelem prophetam, etc.;
Strasbourg, 1525, in-8°; — */« Amos, Ab-
diam, et Jonam, et Allegorise in Jonam;
Strasbourg, 1525, in-8°; — In Miche sem.
(I) C'est évidemment par erreur queNlcéron donne à
ces lettres la date de 1528. Comment auraient-elles pu
paratlre dans une édition publiée en ices ?
5.
135
LAMBERT
136
Nmm.et AôacMC ; Strasbourg, 1525, in-8°; —
In Soplioniam, Aggeum, Zachariam, et Ma-
lachiain; Strasbourg, 1526, in-8° ; — De Pro-
phelia, eruditione et linguis, deque litterUi
et spiritu, suivi de De differentia siimuli
canris Satanse nuncii e^zw/ionw; Strasbourg,
1626, in-8°, et Helrastœdt, 1678, in-4°; — Thè-
ses fheologïcae in synodo Homburgensi dis-
putatee; Erfurt, 1527,iH-4° et in-8° : cette der-
nière édition est en caractères gothiques. Ces
thèses sont au nombre de cent cinquante-huit.
Elles sont dirigées contre Nicolas Herborn , qui
avait fait paraître ses Assertiones trecentee ac
vigenti sex Veras Orthodoxse, etc. , Cologne,
1526, in-8° , et qui répliqua par Monas sacro-
sanctee evangelicx doctrinee , etc., Cologne ,
1529, in-8°, et dans son Enchiridion locorum
communium ; Cologne, 1529, in-4°; — Exe-
geseos in Apocalypsim libri Vil ; Marbourg,
1528, in-8°; — De Symbolo fœderis num-
quam rumpendi quam communionem va-
cant ; Fr. Lamberti Con/essio, etc.; 1530,
in-8°; trad. en allemand, 1557, in-8°. L'auteur
y témoigne avoir abandonné les sentiments de
Luther sur l'eucharistie; — Commentarii in
quatuor libros Regum et in Acta Aposto-
ZorMm; Strasbourg, 1526, et Francfort, 1539 ; —
De Segno, Civitate et Domo Deï ac Domini
nostri J.-C, etc.; Worms, 1538, in-8°. A. L.
J.-G. Schelhorn, Jmœnitates Litterariw, t. IV, p. 307,
312, 324, 328, et t. X, p. 1235. — Seckendorf, Commen-
tarius de LutJieranismo, lib. II, sect. Vlll. — Freher,
Theatrum P'irorum Doctorum , t. I , p. 101. — Bayle,
Dictionnaire critique. — J. Tilemanri, Fitx Professo-
rum thfologiœ Marpurgensium, — Chaufepié, Diction-
naire. — L'abbé Joly, Supplément au Dict. de Bayle. —
Abraham Scultet, annales Evangelii, ann 1526. — Le
Long, Bibliotheca Sacra. — Du Verdier et La Croix du
Maine, bibliothèques françaises. — J.-F. Hekelius, Epis-
toise Singular., manip. lui. — Nlcéron, Mémoires pour
servir à l'Histoire des Hommes Illustres, t. XXXIX,
p. 234 260.
LAMBERT ( Josse ) , imprimeur et graveur
belge, mort à la fin de 1556 ou au commence-
ment de 1557. Il habitait Gand, et se servit le
premier de caractères réguliers, soit gothiques,
soit romains, bien préférables à ceux des im-
primeurs gantois de son temps. Ses productions
sont rares et fort recherchées. A. Voisin, biblio-
thécaire de la ville de Gand, en a donné une
liste sur laquelle il n'a pu inscrire que trente ou-
vrages. Lambert était en outre un habile gra-
veur; une estampe très-curieuse de lui, repré-
sentant le Triomphe rfwCAm^, d'après le Titien,
fait parh'e du cabinet de M. Camberlyn, de
Bruxelles. Elle est gravée sur bois en dix pièces,
qui, réunies, ont deux mètres soixante-dix cen-
timètres de long, sur trente-neuf centimètres de
haut. Les nombreuses planches dont sont or-
nées plusieurs dei impressions de Lambert et
ses empreintes de monnaies témoignent encore
de son talent. On a de lui : Les actes et der-
nier supplice de Nicolas Le Borgne , dict
JRuz, traistre , rédigés en rime , par Josse
Lambert, tailleur de lettres, et Robert de la
Wisscherye. Imprimé à Gand, par Josse
Lambert, tailleur de lettres, demourant de-
vant la maison de ville, où on trouve ces
livrets à vendre, l'an de grâce 1543, petit 10-4°
de 8 pages avec fig. au titre. On ne connaît en
Belgique qu'un exemplaire de cet opuscule ra-
rissime. Le capitaine Buz, convaincu de trahison
envers l'empereur Charles Quint, fct décapité,
et son corps coupé en quartiers, qui furent ex-
po.'^és à chacune des portes de Gand. Lambert a
encore laissé : ISederduytshe spelling; Gand,
1550, in-8°. Cette grammaire flamande, citée par
J.-F. Willems, est introuvable.Sanderas, qui la
cite aussi, lui donne, en latin, le titre suivant :
De vera et genuina Orthographiée Teutonicae
Ratione. On peut sans doute juger du système
orthographique de l'auteur par celui qu'il a lui-
même adopté pour le livre intitulé : Testamen-
ten der tivalf patriarchen, qui est -sorti de ses
presses. « Ce qu'il y a de piquant à remarquer,
dit A. Voisin, c'est que les deux a, comme dans
les mots noodzaakelykheid, spraakkunst, et
que l'on regarde comme appartenant exclusive-
ment au dialecte hollandais, y sont rais en usage
pour la première fois et très-longtemps avant
d'avoir été adoptés par les grands écrivains de
la Hollande. » Enfin, on attribue à Lambert :
De eleyne colloquie int Vldemshe endejran-
chois, publié à Gand en 1550, et à Anvers chez
Waesberghe , ouvrage mentionné dans V Index
librorum prohibitorum... cum appendice in
Belgio ex mandata regiee catholicee majes-
tatis confecta; Anvers, Plantin, 1570, in-8°,
p. 85. E. Regnard.
Sanderus, De Gandavensibus Eruditis claris, I, 81. —
A. Voisin, Kotice littéraire et bibliographique sur les
Travaux de J. Lambert, etc., dans le Messager j des
Sciences historiques de Belgique, 18*2, p. 86. — J.-F.
Willems, F'erkandeling , 1, 252.
LAMBERT ( Jean , marquis de Saint-Bris
de), général français, né au château des£scuyers,
en Périgord, le 25 septembre 1586, mort au
château de Saint-Bris, au comté d'Auxerre
(Yonne), le 23 octobre 1665. Il fut d'abord
page du roi Henri IV, et fit ses premières armes
en Hollande, sous le prince Maurice de Nassau,
en 1598. En 1605 il servit en qualité d'enseigne
dans le régiment de Châtillon. 11 se trouva au
siège de Juliers et à toutes les opérations qui
suivirent. Bassompierre , qui l'avait fait, en
1610, lieutenant de sa compagnie de gendarmes,
le rappela près de lui, et l'employa, en mai 1615,
à l'affaire de Chaniay et au combat de Pampron,
où il fut grièvement blessé, le 7 janvier 1616.
Bassompierre, ayant été nommé colonel général
des Suisses, donna à de Lambert, le 26 octobre
I6I6, le commandement et la conduite de deux
roiUe hommes de pied, Suisses, pour se rendre
à Saint-Jean de-Losne; étant de là venu rendre
compte au roi de l'état des vieux régiments qui
se désorganisaient, il fut, le 16 juillet 1620,
pourvu de la charge de capitaine d'une compa-
gnie de gens de guerre au régiment de Piémont,
137 LAMBERT
(|u'il conduisit au combat du pont de Ce, le
7 août suivant. En févi-ier 1621 il accompagna
Bassompierre dans son ambassade d'Espagne ;
le traité ayant été signé, il se trouva au siège de
Saint-Jean-d'Angely, qui capitula le 23 juin, il
se distingua au combat du 24, à la prise de Nérac,
au siège de Montauban et à celui de .Monheurt. En
avril 1622, il coml^attit à laprise de Riez; ensuite
il commanda au siège de Tonneins, sous les or-
dres du duc d'Elbeuf , un bataillon de son régi-
ment : après quelquerésistance, la place capitula
le 4 mai. Le 11 du même mois il se trouva à la
prise de Roy an, et le 10 juin à celle de Negrepe-
iisse. Au mois d'octobre, au siè^gedeMontpensier,
le roi le choisit pour donner l'assaut, avec deux
cents hommes, aux faubourgs de la ville, qu'il força
de capituler le 19. Le 26 juin 1624, sa compagnie
fut doublée et composée des meilleurs soldats.
C'est à la tête de ces hommes aguerris qu'il
donna de nouvelles preuves de courage au siège
de La Rochelle en 1627 et 1628, ainsi qu'aux
prises de Privas et d'Alais en 1629. En 1630 il
prit part à la conquête de la Savoie jusqu'au
traité de Quérasque, signé au mois de mai 1631.
Il combattit à Veillam, en 1632 ; à Privas et au
combat qui eut lieu près de Rémoulins, en
1633 ; il marcha avec le même général à la con-
quête de la Lorraine, et fut nommé, le 24 août
1634, lieutenant-colonel du régiment de Pié-
mont. Il assista à la prise de Bitche, de La
Mothe; le 31 mars 1635 il fut nommé maréchal
de camp, et reçut l'ordre de se rendre à Mézières
et à Charleville pour prendre le commandement
de ces deux places et de toute la frontière. Après
avoir pris toutes les mesures nécessaires à la
sûreté des places qui lui étaient confiées, de
Lambert se rendit à l'armée commandée par
les maréchaux de Châtillon et de Brézé; le
20 mai 1635, à la bataille d'Avein, il commandait
l'aile gauche. De là il rejoignit, avec l'armée fran-
çaise, le prince d'Orange, qui campait près de
Maëstricht. Après la levée du siège de Louvain
et la prise du fort de Schein, de Lambert resta
seul commandant de l'armée française en Hol-
lande jusqu'au printemps suivant. Un ordre du
roi, du 30 avril 1636, et des instructions parti-
culières furent adressés à de Lambert pour qu'il
eût à assembler sur les confins de la Bourgogne
et de la Champagne une armée qui devait être
commandée par le prince de Condé. Il se rendit
donc à Langres, d'où il conduisit l'armée de-
vant Dôle , dont il fonna le siège. Le 5 juillet il
repoussa huit ou neuf cents hommes de la gar-
nison qui tentèrent une sortie. Ayant reçu, en
aoOt 1636, de la part du roi, l'ordre d'effectuer
une retraite, il le fit en bon ordre, et se rendit
à Amiens pour y recevoir de nouvelles instruc-
tions. En attendant, il reprit Roye et Montdidier,
et commanda le blocus de Corbie, -qui se ren-
dit le 10 novembre; puis des ordres du 7 dé-
cembre lui enjoignirent d'aller s'établir à Char-
leville pour veiller à la sûreté de Mézières,
138
Mont-Olympe , Rocroy et autres places de cette
frontière. L'année d'après , il fut- chargé d'as-
sembler l'armée à Oisemont , près Abbeville, et,
par ordre du 20 juin 1637, il prit le comman-
dant de six régiments d'infanterie et de six cor-
nettes de cavalerie pour aller rejoindre l'armée
des États dans le Boulonnais. Il revint en juillet,
attaqua et prit Dourier et Auxi-le-Château ; il se
trouva à la reddition de Landvier, prit d'assaut
le château de Biez en Artois , s'empara de Mau-
beuge, et vint au siège de La Capelle, où il com-
manda une attaque qui décida la reddition de
cette place, dont le roi lui donna le commandement
le 23 septembre 1637. C'est à cette époque qu'il
quitta le régiment de Piémont et prit, par ordre
du 16 juin 1638, l'inspection de toutes les gar-
nisons de la Picardie, et se trouva au siège de
Saint Omer. Le maréchal de Brézé ayant quitté
le commandement de l'armée de Picardie, le
laissa à de Lambert, 7 août 1638. Nommé ca-
pitaine d'une compagnie de chevau-légcrs de
cent maîtres , par commission du 22 février
1639, il servit dans l'armée de Flandre et d'Ar-
tois, sous le maréchal de laMeilleraye et assista,
le 29 juin , à la prise de Hesdin. A la mort du
cardinal de La Valette, il obtint le 3 octobre 1639,
le gouvernement général du pays Messin , et le
gouvernement particulier des ville et citadelle de
Metz. En mai 1644, de Lambert se démit de
son gouvernement; mais le 21 du même mois
il fut employé en qualité de maréchal de camp
à l'armée de M. le duc d'Orléans, et se signala au
siège de Gravelines, qui se rendit le 28 juillet
1644 (1). En 1645, faisant partie de la même
armée, il se distingua au passage de la rivière
de Colme, ouvrit la tranchée devant Mardick,
et se trouva à la prise de Bourbourg; le 6 mai
1648, il fut nommé lieutenant général et envoyé
en Italie pour prendre le commandement des
armées de terre et de mer. Il contribua à la pi-ise
de Vietri, à celle de l'île de Procida, et à l'es-
calade de Salerne. L'armée ayant reçu l'ordre de
se retirer, de Lambert fut chargé d'effectuer la
retraite, qui eut lieu en bon ordre. Lorsque éclata
la guerre civile, Gaston d'Orléans, voulant l'en-
traîner dans son parti , lui fit offrir le bâton de
maréchal de France; de Lambert resta fidèle,
et refusa. Il se retira ensuite dans ses terres et
château de Saint-Bris, érigé en marquisat, en
sa faveur, au mois de février 1644, où il mourut.
A. Jadin.
Chronologie militaire, t. IV, p. 39. — Titres con-
servés, lettres originales, brevets, commissions id. —
(1) Le président Hénaut, sous la date de 1644, rapporte
qu'à ce siège il s'éleva entre les maréchaux de Gassion
et de la Meilleraye un démêlé qui divisa l'armée. Les
deux partis allaient en venir aux mains lorsque M. de
Lambert, bien qu'il ne fût que maréchal de camp, les
arrêta, et défendit aux troupis, au nom du roi, de recon-
naître ces maréchaux pour Ifurs chefs. A l'Instant les
maréchaux et les troupes se retirèrent. Louis XIV qui
eut connaissance de ce fait, en parlait comnie d'un trait
de vigueur et d'autorité qui sauva l'armée.
lâg
LAMBERT
140
Mémoires de /:assompierr». — armoriai général. —
Anquetil, Histoire de France. — De Courcelles, Dic-
tionnaire historique des généraux français.
I.AMBEBT ( A/e?H-i, marquis de Saint-Bris
de), général français, fils rlu précédent, né le
3 novembre 1631, mort dans le duché de Luxem-
bourg, le r" août 168C. Nommé, après la dé-
mission de son père mestre de camp du régi-
ment d'infanterie qui tenait garnison à Metz, il
s'en démit au mois de juin 1649, et obtint une
compagnie au régiment royal cavalerie en con-
servant sa commission de mestre de camp. En
1650 il servit en Guyenne, et en 1651 en Flandre
sous le maréchal d'Aumont. En 1652 il se trouva
au combat de Saint -Antoine à Paris, et continua
à servir sous le maréchal de Turenne jusqu'à
la paix, le 23 juin 1653, oii il fut nommé capitaine
d'une compagnie de chevau-légers. En 1658 il
se distingua à la bataille des Dunes. Sa compa-
gnie ayant été. réformée, le 18 avril 1661, il leva
«n régiment de cavalerie sous son nom, et servit
en Flandre et en Franche-Comté en 1668. Mais ce
régiment ayant été réformé , il servit comme ca-
pitaine jusqu'au 7 août 1671, et fut employé sous
le prince de Condé, en 1672. Il suivit le roi dans
la campagne de Hollande , et prit une part bril-
lante à toutes les batailles qui eurent lieu dans
cette campagne. Le 13 février 1674 il fut nommé
brigadier de cavalerie, et concourut en cette
qualité aux sièges et à la prise de Besançon
et autres places de la Franche-Comté. De là il
suivit le maréchal de Turenne en Allemagne.
En 1676, sous le maréchal de Luxembourg, il
combattit à Kokesberg avec un courage qui lui
valut le grade de maréchal de camp le 25 fé-
vrier 1677, époque à laquelle il fut envoyé à
l'armée d'Allemagne sous les ordres du maré-
chal de Créqui, et fut investi du comman-
dement de la frontière d'Alsace. En 1678,
avec la même armée, il prit part à l'attaque
du pont de Rhinfeld et des retranchements de
Jeckingen , à la défaite du duc de Lorraine ,
à la prise du fort de Kehl et du château de
Lichtemberg. En 1680 il fut envoyé à Bayonne
pour commander un corps de troupes placé sur
cette frontière; mais il en fut rappelé pour
prendre le commandement du pays et comté de
Chini. Le 21 février 1680, leroi lui donna le gou-
vernement de la ville de Longwy, vacant par la
démission de Catinat, et, par ordre du 28 avril
1682 il fut nommé au commandement du camp
de la Saône. Ayant été créé lieutenant général
des armées du roi le 25 juin 1682, il fut, le 5 avril
1684,employé sons les ordres du maréchal de
Créqui au siège de Luxembourg, où il monta la
tranchée et coopéra ain^;i à la reddition de cette
place, qui eut lieu le4 juin. Il fut nommé, le 12 du
même mois, gouverneur et lieutenant général
des ville et duché de Luxembourg , comté de
Chini et autres lieux dépendant de la province
de Luxembourg ; il nwurut dans son comman-
dement. Le roi, en considération de ses services
signalés, donna 6,000 livres de pension à son fils
et à sa veuve. A. Jadin.
Chronologie militaire , tom. IV. — Titres , brevets ,
commission, etc. — Dépôt de la giierre. — De Courcel •
les , Dictionnaire historique des Généraux français.
LAMBERT ( Anne-Tfiérèse de Marguenat
DE CoDRCELLES, marquise de ), femme de lettres
française, épouse du précédent, née à Paris, en
1647, morte dans la même ville, le 12 juillet
1733. Son père, maître des comptes, mourut
lorsqu'elle avait à peine trois ans. Sa mère,
femme de mœurs assez légères , si l'on en croit
les historiens de son époque, épousa en secondes
noces Bachaumont, homme d'esprit, qui, frappé
des heureuses dispositions de sa belle-fille , se
plut à les cultiver. Fontenelle , qui fut l'ami de
la marquise de Lambert, dit que toute jeune
encore elle se dérobait aux plaisirs de son âge
pour aller lire dans la solitude et faire de petits
extraits de ce qui la frappait le plus. En 1666, elle
épousa le marquis Henri Lambert de Saint-Bris,
qui parvint au grade de lieutenant général et fut
nommé gouverneur de la province de Luxem-
bourg. Elle y suivit son mari, et consacra tout
son bien personnel à une représentation r.plen-
dide. Le marquis de Lambert mourut en 1686,
et sa veuve se trouva aussitôt obligée de soute-
nir contre sa famille de longs et douloureux pro-
cès; il s'agissait de toute sa fortune, qu'elle dé-
fendit au nom de ses enfants. Elle fit preuve dans
ces circonstances d'unegrande capacité, et dirigea
si bien la marche de sa cause, au milieu des inex-
tricables difficultés qu'on lui suscitait , elle dé-
ploya tant de courage et de fermeté, qu'elle finit
par l'emporter et put devenir maîtresse de biens
considérables. Libre de tous ces ennuis, elle écri-
vait à son fils : n II y a si peu de grandes for-
tunes innocentes, que je pardonne à mon père
de ne nous en avoir point laissé. J'ai fait ce que
j'ai pu pour mettre quelque ordre à nos affaires,
où l'on ne laisse aux femmes que la gloire de
l'économie. » C'est alors qu'elle établit à Paris
une maison qui devint le rendez-vous de tous
les gens du grand monde, de l'élite des gens de
lettres, et où l'on considérait comme un honneur
d'être admis. De 1710 à 1733, les salons de
la marquise de Lambert furent le lieu de réu-
nion de tout ce qu'il y avait de plus distingué à
Paris. «C'était, dit Fontenelle, la seule maison
qui fût préservée de la maladie épidémiquedu jeu,
la seule où l'on se trouvait pour se parler rai-
sonnablement les uns les autres , avec esprit et
selon l'occasion. » La marquise de Lamberl était
en outre fort bonne et fort généreuse. Fontenelle
dit , dans son éloge : « Elle n'était pas seulement
ardente à servir ses amis sans attendre leurs
prières ni l'exposition humiliante de leurs be-
soins ; mais une bonne action à faire , même en
faveur de personnes indifférentes, la tentait tou-
jours vivement ; et il fallait que les circonstances
fussent bien contraires , si elle n'y succombait
pas. Quelques mauvais succès de ses générosités
I41
LAMBERT
ne l'avaient point corrigée; elle était toujours
également prête à faire le bien. »
La marquise de Lambert a écrit des ouvrages
justement estimés; elle ne les destinait pas à la
publicité. Non-seulement elle était peu jalouse
des succès littéraires, mais elle avait môme à
ce sujet des préjugés : ses premiers écrits ne
furent connus que par la lecture qu'elle en fai-
sait à quelques amis et par des copies manus-
crites qui en furent faites. Elle redoutait telle-
ment le ridicule qu'on attachait alors à la qualité
de femme de lettres, elle croyait si bien qu'une
femme du monde se compromettait en publiant
ses écrits , que lorsque des amis indiscrets firent
imprimer ses premiers écrits , elle se crut dé-
shonorée, à ce que dit M. Auger, qui cependant
ajoute : « Tous les écrits que renferment les œu-
vres de M"* de Lambert sont remarquables
par la pureté du style et de la morale , l'élévation
des sentiments , la finesse des observations et
des idées, et, comme dit Fontenelle , par le ton
aimable de vertu qui y règne partout. » Les
dernières années de la longue existence de cette
femme célèbre furent accablées de souffrances ,
pour lesquelles son courage naturel n'eût pas
suffi sans le secours de toute sa religion. Les
ouvrages de cette dame, qui redoutait tant la pu-
blicité, sont de ceux qui ont obtenu le plus grand
nombre d'éditions. En voici la liste : Avis d'une
Mère à sa Fille , suivis de réflexions sur les
femmes ; des réflexions sur le goût ; dhin
discours sur la délicatesse d'esprit et de sen-
timent, et d'une lettre sur Véducation ; Paris,
1734, in-12;4° édition, Paris, 1739, in-12; autre
édition, La Haye, 1748, in-8°; nouvelles éditions,
Paris, 1804 et 1811, in-12; 1819, in-18; 1828,
in-18; la même édition à laquelle on a joint
une notice historique sur l'auteur, une pré-
face et des notes par M™^ Dufresnoy, des cita-
tions de Plutarque, de Sénèque, de Charron;
Paris, 1822, in-18, avec gravures. Le même
ouvrage a été imprimé en allemand avec une
traduction interlinéaire propre à faciliter l'étude
de l'allemand (par An t. -Marie-Henri Boulard,
notaire ) ; Paris, an vm (1800), in-12; — Avis
d'une Mère à son Fils , suivis du traité de l'a-
mitié, des réflexions sur les richesses, de
Psyché , du dialogue entre Alexandre et Dio-
gène sur l' égalité des biens, etc.; Paris, 1804
et 1811, in-12; ibid., 1619, in-18; ibid., 1828,
in-18. Le même ouvrage, auquel on a joint une
notice sur l'auteur, une préface et des notes par
jyjme Dufresnoy, des citations de Plutarque, de
Cicéron , de Sénèque , de Charron, etc. , parut
à Paris, 1822, in-i8, avec figures. Cette der-
nière édition fait partie d'une collection de li-
vres en miniature; — Avis d'une Mère à son
Fils et à sa Fille; Paris, 1728 ou 1734, in-12,
ou Augsbourg, 1763, in-12; sous ce titre :
Lettres sur la Véritable Éducation; Amster-
dam, 1729, iu-12; même recueil précédé d'une "
notice sur M"" Lambert par M. Henrion;
143
Réflexions nouvelles
Paris, 1829, in-18;
sur les Femmes; Paris, 1727, in-12; réim-
primé à La Haye, en 1729 , sous ce titre : Nou-
velles Réflexions sur les Femmes , ou mé-
taphysique d'amour; — Traité de l'Amitié,
Traité de la Vieillesse , Réflexions sur les
Femmes, siir le. Goût, sur les Richesses;
Amsterdam, 1732, in-12 ; — Le Traité de l'A-
mitié a été réimprimé dans le volume qui a
pour titre : Recueil de divers écrits sur l'A-
mour et l'Amitié, la Politesse, etc. ; Bruxel-
les, 1736, in-12; — Œuvres rassemblées pour
la première fois, auxquelles oti a joint di-
verses pièces qui n'ont point encore paru à
Lausanne; 1747 ou 1748, in-12; 3* édition,
augmentée d'un supplément contenant quatre
nouvelles pièces ; Lausanne, 1751, in-12. Cette
édition contient : 1° Avis d'une Mère à son Fils;
2° dvis d'une Mère à sa Fille; 3° Traité de
l'Amitié; 4° Traité de la Vieillesse; 5° Ré-
flexions nouvelles sur les Femmes; 6° Ré-
; flexions sur le Goût ; 7° Réflexions sur les
Richesses; 8° Psyché, en grec Ame; 9° Por-
traits de diverses personnes ( au nombre de
cinq); 10" Dialogue entre Diogèneet Alexan-
dre sur l'égalité des biens; 11" Discours sur
le sentiment d'une dame qui croyait que l'a-
mour convenait aux femmes, lors même
qu'elles n'étaient plus jeunes; 12° Discours
sur la Délicatesse d'Esprit et de Sentiment ;
13° Discours sur la Différence qu'il y a de
la Réputation à la Considération; 14° La
Femme hermite , nouvelle attribuée à M""^ de
Lambert; 15° Lettres à diverses personnes
(au nombre de treize ), et de plus quatre autres
de Fénelon à la marquise de Lambert , deux de
M. de La Rivière à la même , et une du même
à l'abbé Sainctot ( en vers ) ; les mêmes , nou-
velle édition, Paris, 1748, in-12; les mêmes,
Amsterdam, 1750, in-12; — Œuvres choisies;
Paris, 1808, 2 vol. in-18; les mêmes avec
une préface et des notes par M. Laurentie,
Paris, 1829, in-18 (cette édition fait partie
d'une Bibliothèque choisie) ; — Œuvres com-
plètes, précédées d'une notice, suivies de
ses lettres à plusieurs personnages célè-
bres; Paris, 1808, in-8°. L'édition de 1808 est
regardée comme la plus complète, et cependant
elle ne contient de plus que la troisiètne de Lau-
sanne que deux lettres assez insignifiantes.
M""® la marquise de Lambert collabora, dit-on,
à l'Homère en arbitrage du père Buffier, qui
parut en 1715, in-12. A. Jadin.
Fontenelle, Ëtoge de Mme la marquise de Lambert,
œuvres complètes, 1767. — Droz, Feuilleton du Journal
de l'Empire, u août 1818. — Sainte-Beuve, Causeries du
lundi, tom. IV.
LAMBERT ( Henri- François , marquis de
Saint Bris de ), plus connu sous le nom de
marquis de Lambert, général français, fils des
précédents, né le 13 décembre 1677, mort à
Paris, le 21 avril 1754. Entré en 1693 dans la
première compagnie des mousquetaires du roi, il
143 LAMBERT
se troava au siège de Huy, pris le 24 juillet,
combattit à Neerwinde le 29, et fut nommé sous-
lieutenant au régiment du roi en 1694. Il fit la
campagne de Flandres, se trouva au siège de
Dixmude et an bombardement de Bruxelles en
1695. Nommé lieutenant au même régiment, le
27 décembre, il continua à servir à l'armée de
Flandre en 1696. Nommé colonel du régiment
de Perigord infanterie par concession du 2 fé-
vrier 1697, il se rendit à l'armée de Catalogne, et
se trouva à la prise de Barcelone, qui se rendit
le 10 août. i)e là il passa en Italie au mois de
décembre 1700, et combattit à Chiari, le 1*"^ sep-
tembre 1701. En 1702, il contribua, le 26 juillet, à
la défaite des ennemis à San-Vittoria , servit au
siège de Luzzara, le 15 août, et assista au siège
de Guastalla, dont la prise fut suivie de celle de
Borgoforte. Il contribua à la défaite du général
Staremberg, près de Stradella , prit part au com-
bat de Castelnovo de Bormia , à la prise de Nago
et d'Arco dans le Trinton, à la prise d'Asti, et à
la soumission de Villeneuve d'Asti, qui eut lieu en
1703. Lors de l'attaque des postes occupés par
Igs armées sur le Pô, il rendit d'éminents ser-
vices, fut employé au siège de Verceil , d'Ivrée,
de sa citadelle et de son château en 1704. En
avril 1705 il commandait un détachement de
grenadieis à la prise de Verrue. Après s'être
trouvé à la bataille de Cassano , il fut nommé
brigadier d'infanterie, le 4 octobre 1705, et servit
en cette qualité au siège de Turin, où il commanda
l'aile gauche de la tranchée à l'attaque des contre-
gardes. Envoyé à l'armée d'Espagne en 1707, il
servit d'abord dans le corps de troupes assemblé
dans la Navarre sous les ordres de M. Le Gall,
rejoignit ensuite l'armée du duc d'Orléans, et se
trouva à la prise de Lérida, le 12 octobre. En
1708, il fut détaché, le 1" juin, du camp de Gi-
nestar et envoyé sous les ordres du marquis de
Gaetano, Heutenant général des années d'Es-
pagne, pour chasser les ennemis de Falcete: il
les attaqua à cinq heures du matin, et les défit.
De là le marquis de Lambert marcha sur Tor-
tose , qu'il fit rendre, et d'où il fut envoyé par
le duc d'Orléans pour annoncer au roi la reddi-
tion decette place, qui eut lieu le 1 1 juillet 1 708. 11
servit dans la même armée sous les ordres du
maréchal de Besons jusqu'au 29 juillet 1710, où
il fut nomYné maréchal de camp. Il se démit
alors du régiment de Perigord, et fut employé à
l'armée du Dauphiné sous le maréchal de Ber-
wick. En 1712, sous le maréchal de Villars, il
combattit à la bataille de Denain, et contribua à
la prise de Douai , du Quesnoi et de Bouchain.
C'est à cette époque qu'il fut décoré de la croix
de Saint- Louis. En 1719, faisant partie de l'armée
du maréchal de Berwick sur la frontière d'Es-
pagne, il contribua à la prise de Fontarabie, du
château de Saint-Sébastien, au siège de Roses et
par provisions du 11 décembre 171911 fut nommé
au commandement de la ville d'Auxerre, créé en
sa faveur. Par lettres patentes du 30 mars 1720,
144
il' fut nommé lieutenant général des armées du
roi. A. Jadin.
Chronologie militaire. — Brevets, commission, etc. —
Mémoires et Annales du temps. — États militaires du
dépôt de la guerre. — De Courcelles , Dictionnaire his-
torique des généraur français.
LAMBERT { Claude- François), littérateur
français , né à Dôle, vers 1705, mort à Paris, le
17 avril 1765. Il entra chez les Jésuites; mais, d'un
caractère gai et aventureux, il quitta cette so-
ciété pour venir à Paris, où il se livra à la litté-
rature. Il avait obtenu la cure de Saint Etienne
de Rouvray , près Rouen ; il ne put s'y tenir, et re-
vint à Paris, où il mourut misérable et oublié.
Quoique le plus grand nombre de ses ouvrages
soient des traductions ou des compilations, ils
témoignent d'une certaine érudition ; les sujets en
sont très-variés et contiennent souvent des dé-
tails intéressants : on y rencontre une louable im-
partialité; mais lestjle laisse beaucoup à désirer.
Voici ses principaux écrits publiés tous sans nom
d'auteur : Introduction à l'ancienne Géogra-
phie, trad. du latin d'Ortelius ; Paris, 1739,
in-12; — Mémoires et aventures d'une Dame
de Qualité; La Haye, 1739, 3 voL in-12; — Le
nouveau Protée, ou le moine aventurier ;
Harlem, 1740, in-12; quelques critiques ontcru
que l'auteur avait retracé dans ce roman une
partie de sa vie ; — Le Nouveau Télémaque, ou
mémoires et aventures du comte de *** et de
son fils; La Haye, 1741, 3 vol. in-12; trad. en
italien, Utrechl, 1748, 2 vol. in-12; — L'Infor-
tunée Sicilienne; Liège et Paris, 1742, 2 vol.
in-12 ; — Recueil d'observations curieuses
sur les mœurs, les coutumes , les arts et les
sciences des différents peuples de l'Asie, de
l'Afrique et de V Amérique ;V ans,, 1749, 4 vol.
in-12; — Histoire générale, civile, naturelle,
politique et religieuse de tous les Peuples du
monde; Paris, 1750, 15 vol. in-12 ; — Histoire
littéraire du Règne de Louis XIV ; Paris, 1751,
3 vol. in-4°, trad. en allemand; Copenhague,
1758, 3 vol. in-S"; l'auteur s'y montre partisan
des jansénistes; — Histoire de Henri II ; Paris,
1752, 2 vol. in-12 ; — Bibliothèque de Physique
et d'Histoire naturelle; Paris, 1756, 6 vol.
in-12; — Abrégé de l'histoire de Vempire de-
puis Rodolphe d'Habsbourg (1273) ; Londres,
1757, 2 vol, in-12; — Lavertueuse Sicilienne,
ou mémoires de la marquise d'Albelini; La
Haye, 1759, in-12; — La nouvelle Marianne;
Paris, 1759, in-12.
Giraud, Le Temple de Mémoire, p. B9. — Journal des
Savants, Juin 17S6. — Leuglet-Dufresnoy, Méthode pour
étudier Chistoire.
LAMBERT ( Georges), peintre et graveur an-
glais, né dans le Kentshire,en 1710, mort à Lon-
dres,en 1765. Il eut pour maître le paysagiste
flamand Jacques Hassel , et s'attacha surtout à
prendre la manière de Gaspard Duchet, dit le
Guaspre. Il gravait aussi à l'eau-forte avec un
grand talent. L'Angleterre place Lambert au
nombre de ses artistes les plus éminents. Ses
145
LxiMBERT
146
oeuvres sont rares et recherchées. Parmi ses
peintures, représentant toutes des sites de sa
patrie , on remarque une Vue de Douvres, une
Vue du château de Saltwood à Hit h { comté de
Kent) ; ces tableaux ont été reproduits en gra-
vures par James Mason. Georges Lambert fut le
joyeux fondateur du Bee/steack-Club de Covent-
Garden. A. de L.
Gorlon, General biographical Dictionary.
LAMBERT LA PLAIGNE (Bernard), théolo-
gien français, né eu Provence, en 1738, mort à
Paris, en 1813. Il fit profession chez les Domi-
nicains de Saint-Maximin, y prit les doctrines
jansénistes, et devint un des plus ardents adver-
saires de la bulle Unigenitus. Son couvent ayant
été frappé d'interdiction par l'archevêque d'Aix,
Lambert alla professer la théologie à Carcas-
sonne (1762) et à Limoges (1765). Il proclama
avec fermeté et éloquence ses opinions; aussi
ses adversaires le forcèrent- ils à quitter la chaire.
Il se retira alors à Grenoble d'où M. de Mon-
tazet, archevêque de Lyon, l'appela près de lui :
Lambert passe pour avoir rédigé L'instruction
pastorale contre l'Incrédulité (1) et une bonne
partie des mandements de ce prélat, qui figurait
au nombre des appelants (5). 11 vint ensuite à
Paris. Chassé de cette capitale par l'archevêque
M. de Beaumont, il y rentra sous le nomdeXa
Plaigne (3), et à la condition de ne plus s'oc-
cuper de controverse ; il éluda cette promesse
forcée et jusqu'à sa mort, causée par une attaque
d'apoplexie, sa paroleetsa plume furent dévouées
au parti qu'il avait embrassé. Durant la répu-
blique, il ne voulut pas accepter la constitution
civile du clergé; cependant, par sa conduite pru-
dente, il ne provoqua contre lui aucune mesure
violente. Les ultramontains l'ont accusé de mil-
lénarisme (4). 11 est plus juste de reprocher au
P. Lambert d'avoir prôné, comme des vé-
rités , les excentricités du cimetière Saint -Mé-
dard ; et ici encore son zèle religieux peut lui
servir d'excuse. Ses ouvrages les plus connus
sont: Apologie de l'État Religieux; — De l'Im-
molation de N. S. J.-C. dans le Sacrifice de
la Messe , ia-XI ; c'est une réponse au Traité
sur le Sacrifice de J.-C. de l'abbé Plowden
(1778) ; — Idée de l'Œuvre des Secours selon
les sentiments de ses légitimes défenseurs ;
1786, in-8° ; cet écrit fut réfuté par l'abbé Re-
gnault, curé de Vaux en Brie, auquel Lambert
fit une réponse ; — Lettres aux Ministres de
la ci-devant Église constitutionnelle (avec
Maultrot) ; 1795-1796 ; — Dissertation où l'on
justifie la soumission aux lois, et le serment
(1) Publiée par M. de Montazet, en 1776.
(!) Nom donné aus ecclésiastiques qui avaient interjeté
appel au futur concile de la bulle Unigenitus lancée par
le pape Clément XI et portant condamnation d'un livre
du père Quesnel entaché de l'hérésie de Janséoius.
(3) C'était le nom de sa mère.
(4) Doctrine de sectaires qui croyaient qu'après le ju-
gement universel les élus demeureraient mille ans sur la
terre à jouir de toutes sortes de plaisirs.
de liberté ; 1796, in-S" ; — Remontrances au
gouvernement français sur les Avantages
d'une Religion nationale; 180 1 ;— Exposition
des Prédictions et des Promesses faites à l'É-
glise pour les derniers temps de la gentilité;
1806, 2 vol. in-12. Cet ouvrage fut réfuté dans les
Mélanges de philosophie, 1. 1"; — La Pureté
du Dogme et de la Morale vengée (contre l'Ex-
plication du catéchisme de Lachausse); 1808,
in-8°. A. L.
Bibliog . Sacrée.
LAMBERT (iV..), auteur dramatique français,
vivait vers le milieu du dix-septième siècle. On
ignore sou prénom et les dates de sa naissance
et de sa mort. 11 ne nous est connu que par ses
comédies, qui sont peu nombreuses, mais qui
méritent quelque attention. 11 semble n'en avoir
composé ou du moins donné que deux : Les
Sœurs Jalouses, ou l'escharpe et le brasselet
(1658) en cinq actes, en vers, et la Magie sans
Magie (1668), également en cinq actes et en vers,
toutes deux jouées à l'Hôtel de Bourgogne, et
réunies pour la première fois chez Serey en 1661,
in-12. La pièce des Sœurs Jalouses, dont le sujet
est emprunté à l'Espagne, ne manque pas démé-
rite, soit dans la versification, soitdans la manière
dont le sujet est conduit. Mais la Magie sans
Magie est de beaucoup supérieure; on y sent la
main d'un homme habile et exercé. La vivacité
et la verve lui (ont un peu défaut ; mais l'inven-
tion en est ingénieuse , l'intrigue assez bien con-
duite et le style assez élevé. On y trouve du
souffle et de la force, et si ce n'est pas l'œuvre
d'un grand poète, c'est du moins celle d'un ver-
sificateur remarquable dont la langue se rap-
proche des bons modèles. 11 ne faut pas oublier,
d'ailleurs, que Molière, à cette époque, n'avait
pas encore été au delà des Précieuses ridicu-
les. La Magie sans Magie est moins une comédie
qu'une tragi-comédie : c'est à peu près le genre
que devait tenter Molière dans Don Garde de
Navarre. L'auteur se vante de ne devoir rien
qu'à lui-même pour cette pièce ; cependant, sui-
vant l'Histoire comparée des Littératures
espagnole et française de M. de Puybusque,
c'est une imitation de celle de Calderon qui porte
le même titre : Encanto sin Encanto.
Jusqu'à la publication du Catalogue de M, de
Soleinne , les annalistes du théâtre attribuaient
à Lambert deux autres pièces qui auraient été
jouées en 1658, et non imprimées suivant la plu-
part d'entre eux : Le Bien perdu recouvré, et
Les Ramoneurs. M. Paul Lacroix, dans ses notes
sur ce catalogue , est le premier, je crois, qui ait
signalé cette erreur, venant de ce que ces deux
pièces sont mentionnées sans nom d'auteur dans
le privilège qui autorise la publication de celles
de Lambert. Pour Les Ramoneurs, l'erreur est
certaine, et ces mots ne peuvent désigner que la
pièce de Villiers portant le même titre, et publiée
seulement deux ans après ; la preuve évidente ,
c'est que le privilège reproduit à la tête de cette
147
dernière œuvre, lorsqu'elle parut en 1662, est
absolument le même et porte la même date que
celui qui précède La Magie sans Magie. Qtiant
au Bieti perdu recouvre, il serait permis, puis-
qu'on ne retrouve pas cette pièce et qu'on n'en
connaît point l'auteur, de croire que c'est une
œuvre perdue de Lambert. Ce qui peut en faire
douter à juste titre, c'est que, dans la préface des
Sœurs Jalouses, cÛMX-à parle de La Magie sans
Magie, mais sans faire la moindre allusion à
aucune autre pièce. V. Fodrnel.
Hist. du Th. Franc, par les frères Parfaict. — Lévis,
Dictionn.d€S Théâtres. — La Vallière, Biblioth. du Th.
Fr , t. m, p. 56. — De Beaiichamp,iiecAercA.s«r les Th.,
t. II, p. 324. — Catalogue Soleinne, n" 1350.
LAMBERT (Jacques), auteur ascétique fran-
çais, né en 1603, à Mâcon, mort le 31 décembre
1670, à Vienne en Dauphiné. Admis à l'âge de
dix-sept ans dans la Société de Jésus, il professa
d'abord la rhétorique et la philosophie, et prit
ensuite une large part au\ travaux des missions
envoyées dans le midi de la France. Dans les
derniers temps de sa vie , il dirigea le collège de
Carpentras, puis celui de Vienne. On a de lui :
La Philosophie des Gens de Cour, in-4o ; réimpr.
avec de nombreuses additions, Lyon, 1656,
4 vol. in-8° ; — La Science morale des Saints;
Lyon, 1662, 4 vol. in-8°; — La Science d'une
âme consacrée en Vhonneur de la B. Vierge;
ibid., 1665, in^"; — La Science de la Raison
chrétienne, ou logique chrétienne ; ibid., 1669,
in-8°; — De la Maternité divine et de ses pré-
rogatives ; tienne, 1670, in-12.
Un autre jésuite français du même nom, Jac-
quesLxMBERT, né en 1614, àPari3,où il est mort,
le 24 mai 1670, fut pendant longtemps directeur
de la maison professe, et écrivit : Trésor de la
Communion générale; 1663, in-12; — Le bon
Pasteur; i6Q3,m-i2. K.
Le. Long, Biblioth. française.— Papillon, Bibl. des Au-
teurs de Bourgogne, 1. 1. — Sotwel, ScriptoresSoc. Jesu,
p. 373.
LAMBERT (John), général anglais, né vers
1620, mort en 1692. Il appartenait à une bonne
famille, et fut élevé pour le barreau. Lorsque la
guerre éclata entre le roi et le parlement, il
abandonna l'étude du droit, et entra dans l'armée
parlementaire. Il combattit comme colonel .'i
Marston-Moor, le 2 juillet 1644. Sa brillante con-
duite à Naseby et à Worcester lui valut le titre
de major général. Il espérait même la lieutenance
d'Irlande; mais cette dignité fut donnée à Fleet-
wood, en novembre 1651, et Lambert ne pardonna
jamais à Cromwell ce qu'il regardait comme une
injustice. Cependant le lord protecteur et le gé-
néral mécontent gardèrent des ménagements l'un
pour l'autre. Lambert fut un des onze majors
généraux ou gouverneurs militaires nommés en
mai 16.55. Son commandement comprenait les
cinq comtés de Durbam, Cumberland, Northum-
berland , Westmooreland et York. Malgré ces
hautes fonctions , il prit peu de part aux affaires
publiques pendant la vie du protecteur. La partie
LAMBERT J48
la plus importante de sa carrière embrasse l'es-
pace de vingt mois , qui s'écoula entre la mort
d'Olivier Cromwell et la restauration des Stuarts.
Lambert, qui avait été toujours le personnage le
plus marquant du parti de la cinquième monar-
chie ou indépendant et «xtrême républicain , fut
un des chefs de l'opposition contre le faible suc-
cesseur d'Olivier Cromwell. Il s'entendit avec
Fleetwood et Desborough , et forma un conseil
militaire qui, sous prétexte d'aviser aux intérêts
de l'armée, prépara la ruine du nouveau pro-
tecteur. La dissolution du parlement, le 22 avril
1659, et la chute de Richard Cromwell, qui en fut
la suite immédiate , livrèrent le pouvoir suprême
à l'oligarchie des généraux. Ceux-ci rappelèrent
les anciens membres du long parlement, et la
république fut rétablie telle qu'elle existait avant
le protectorat. Le parti royaliste profita des dis-
sensions des républicains pour tenter un soulè-
vement dans le comté de Lancastre, au mois de
juillet. Lambert, à la tête d'excellentes troupes,
eut facilement raison des insurgés, et fît leurs
chefs prisonniers. Le parlement lui décerna un
diamant d'un grand prix. Cette récompense n'em-
pêcha pas Lambert d'adresser à l'assemblée une
pétition menaçante signée des principaux officiers
de l'armée. Le parlement, sur la proposition d'Ha-
selerig , et comptant sur l'appui de Monk, gou-
verneur d'Ecosse, destitua les signataires de la
pétition. Cet acte énergique fut le signal d'une
révolte de l'armée de Londres, qui , sous les or-
dresde Lambert, expulsa, le ISoctobre, les mem-
bres du long parlement, plus connu sous le nom
de parlement croupion. Les auteurs de ce coup
d'État formèrent un conseil de salut public, et
donnèrent à Lambert le titre de major général
des forces d'Angleterre et d'Ecosse. A la pre-
mière nouvelle de ces événements, Monk fi'anchit
avec ses troupes la frontière d'Ecosse, et marcha
sur Londres. Lambert, envoyé contre lui, n'osa
pas engager la bataille, perdit un temps pré-
cieux en négociations inutiles , ^^t la désertion
faire des progrès rapides dans son armée, mal
payée, succomba au commencement de janvier
1660 devant le retour du parlement croupion, et
fut enfermé à la Tour. Le 9 avril il s'échappa, et
parvint à réunir quelques escadrons restés fidèles
à la république ; mais ses soldats l'abandonnè-
rent au moment critique, et le colonel Ingoldsby
le captura à Daventry, le 22 du même mois. Dès
lors rien ne fit obstacle à la restauration, qui
s'accomplit au mois de mai. Lambert fut excepté
de l'acte d'amnistie et traduit, en juin 1662, de-
vant la cour du Banc du roi, avec sir Henri
Vane. Son humble attitude devant les juges ne
le sauva pas d'une condamnation; mais il obtint
un sursis , puis sa grâce, et fut relégué dans l'île
de Guernesey jusqu'à sa mort, survenue trente
ans plus tard. Il amusa ses loisirs en cultivant les
fleurs et en les copiant avec le pinceau , art qu'il
avait, dit-on, appris de Baptiste Gaspars. Il
mourut dans la foi catholique romaine. L. J.
LAMBERT
15)
...inger. Biographieal HUtory oj Jîng/and. — Hume ,
History of England. — GuUot, Histoire de la Hèvolu-
iion d'Angleterre, t. Il- VI.
LAMBERT {Michcl), musicicn français , né
en 1610, à Vivonne, près Poitiers, et mort à
Paris, au mois de juillet 1696, eut à la cour de
France la réputation d'un des meilleurs musiciens
de son temps. Il vint fort jeune à Paris, où il se
fit bientôt remarquer par sa voix agréable et son
talent comme accompagnateur. Lambert jouait
parfaitement du luth , du tliéorl)e et du clavecin.
Le cardinal de Richelieu , qui se plaisait à l'en-
tendre chanter, le prit sous sa protection, et lui
fit avoir la charge de maître de musique de la
chambre du roi. Lambert était devenu le maître
à la mode : les dames de la cour, les hommes du
bon ton recherchaient ses leçons avec empres-
sement; il avait tant d'élèves qu'il tenait chez
lui une espèce d'académie, où, au milieu du cercle
iB plus brillant, il enseignait sa méthode, tcrmi-
lant toujours ses séances par quelques airs qu'il
chantait lui-même en s'accompagnant. Homme
J'esprit, bon convive, et fort plaisant dans sa
manière de conter, sa conversation autant que
son talent faisait aimer sa société. Boileau a
[lit, dans sa troisième satire :
Molière avec Tartufe y doit jouer son rôle;
Et Lambert, qui plus est, m'a donné sa parole :
C'est tout dire en un mut, et vous le connaissez.
Quoi 1 Lambert? — Oui, Lambert : a demain? — C'est assez.
C'était à peine si les nombreuses occupations
de Lambert et les invitations qu'il recevait de
toutes parts lui permettaient d'aller goûter quel-
ques instants de repos dans sa maison de cam-
pagne de Puteaux.
Lambert composa la musique d'une foule de
chansons et de petites cantates, dont Benserade,
Boisrobert , Perrin et Quinault lui fournissaient
les paroles. Ces productions, dans lesquelles on
trouve de charmantes mélodies , avaient un
prodigieux succès; il y avait d'ailleurs plus d'é-
légance , plus de variété que dans les airs de
Lulli , spécialement écrits pour la scène lyrique,
et elles plaisaient par cela même davantage aux
amateurs de musique légère. Lambert y plaçait
beaucoup d'ornements, dont quelques-uns étaient
de son invention, et ce fut vraisemblablement à
son habileté à exécuter ces ornements , alors fort
goûtés et qui furent encore longtemps à la mode
après lui , que Lambert a dû sa réputation de
grand chanteur.
En 16G2, Lambert maria sa fille à Lulli, qui
fut depuis son ami. Lulh avait pour Lambert
une grande considération ; il aimait beaucoup
ses airs, qu'il chantait souvent, et lui en-
voyait toutes ses actrices pour les former.
Lambert , qui se laissait volontiers aller à son
goût, leur faisait de temps en temps couler
un petit agrément dans les récitalifs de Lulli ;
celui-ci n'en admettait aucun dans sa musique,
et lorsque les actrices se hasardaient de faire
passer ces embellissements aux répétitions •■
«C'est bien, c'est très-bien, mesdemoiselles,
leur disait Lulli ; mais morbleu , ajoutait-il en
se servant quelquefois d'une expression moins
polie, chantez ma musique comme elle est
écrite, et réservez les ornements pour mon
beau-père. Lambert mourut à l'âge de quatre-
vingt-six ans, et fut inhumé dans l'église des
Petits-Pères, à côté de Lulli, qui l'avait précédé
dans la tombe depuis quelques années. On a de
lui un recueil d'airs et de brunettes, publié en
1666, dont une seconde édition , augmentée de
quelques morceaux, a paru en 1087 , chez Chris-
tophe IJallard. 11 a laissé aussi en manuscrit
plusieurs petits motets et des Leçons de Ténè'
bres. Dieudonné Denne-B\ron.
Histoire de l'Académie royale de Musique, par un
des secrétaires de Lulli. — Bonnet, Histoire de la MU'
siqve. — De La Borde, Essai sur la Musique. — Fétis,
Biographie universelle des Musiciens.
LAMBERT (Joscph), auteur ascétique fran-
çais, né en 1654, à Paris, mort le 3( janvier
1722, à Palaiseau. Fils d'un maître des comptes,
il prit à la Sorbonne le bonnet de docteur, et
embrassa à trente ans l'état ecclésiastique ; après
avoir consacré une partie de sa vie à la prédica-
tion , il obtint le prieuré de Saint-Martin de Pa-
laiseau , dont les revenus furent par lui entière-
ment abandonnés au soulagement des pauvres.
Zélé pour le maintien de la discipline, et voué à
un incessant labeur, il s'occupa surtout de l'ins-
truction religieuse du peuple, en faveur duquel il
fonda plusieurs écoles gratuites. Il s'éleva avec
force contre la pluralité des bénéfices, et ce fut
à sa réquisition que la Sorbonne fit un décret
qui rendit nulles les thèses de ceux qui en se-
raient plus d'une fois titulaires. Parmi ses nom-
breux ouvrages, écrits dans un style simple et
touchant, et qui ont eu de fréquentes réimpres-
sions, nous citerons : Le Clerc tonsuré , sans
tonsure, sans habit, sans modestie; La Flèche,
1663, in-12; — Histoires choisies de l'Ancien
et du Nouveau Testament, avec des réflexions
morales, nonv. édit. ; Paris, 1780, in-12 (la
date de la première est inconnue ) ; Dijon, 1823,
in-18; — L'Année évangélique, ou homélies
sur les Évangiles; Paris, 1693-1697, 7 vol.
iH-12; Avignon, 1826, 5 vol.; — Discours sur
la Vie ecclésiastique ; Paris, 1702, 2 vol. in-12;
— Lettre sur le livre (de l'abbé Boileau) inti-
tulé : « De Me Beneficiaria »; Paris, 1710,
in-12, écrit anonyme; — Épitres et Évangiles
de Vannée avec des réflexions; 1713, in-12;
— Manière d'instruire les pauvres^ et parti-
culièrement les gens de campagne; Rouen,
1716, in-12; Paris, 1830; — Les Ordinations
des Saints ou la Manière dont les saints sont
entrés dans les ordres sacrés; Paris, 1717,
in-12; — Instructions courtes et familières
sur lesépîtres; ibid., 1721, in-12; 1831, 2 vol.;
— Cas de conscience sur le jubilé, 3' édit.;
Paris, 1724, in-12 ; — Instruction sur le sym-
bole; Paris, 1728, 2 vol. in-12; 9* édit., 1830,
3 vol. ; — Instructions sur les Évangiles ,
151
LAMBERT
152
BOUT, édit., 1831, 2 vol. m-12 ; — Le Chrétien
instruit des mystères de la religion et des vé-
rités de la morale; Paris, 1729. P. L— y.
Chaudoa et Delandine, Dictionnaire univenel. — Qué-
rard, La France littéraire.
LAMBERT ( Jean- Henri ) , célèbre géomètre
allemand, naquit le 29 août 1728, à Miilhausen,
alors ville libre de l'Alsace , et mourut à Berlin ,
le 25 septembre 1777. Sa famille, appartenant à
la religion réformée , avait été chassée de France
par la révocation de l'édit de Nantes, honteuse
proscription sans laquelle Lambert eût été une
de nos gloires nationales. Son père , Lucas Lam-
bert , réduit à tenir une pauvre boutique de
tailleur, ne put que lui faire donner une instruc-
tion bien incomplète, dans un petit collège mu-
nicipal; car bientôt la famille s'accrut, et Jean-
Henri , qui était l'aîné , devint nécessaire à la
maison pour aider sa mère dans les soins du mé-
nage et travailler avec son père le reste du temps.
Lorsqu'il pouvait jouir d'un moment de liberté,
il l'employait à faire de petites images qu'il ven-
dait un ou deux liards à d'autres enfants ; dès
qu'il était parvenu à réunir ainsi deux ou trois
sous, il achetait une chandelle, et passait, en
grand secret, les nuits entières à lire les livres
qu'il trouvait à emprunter. 11 obtint enfin d'être
employé comme copiste à la chancellerie. A
quinze ans, il eut un vif désir d'apprendre la
langue française ; ses parents ne pouvant lui four-
nir l'argent nécessaire pour payer un maître, il
entra en qualité de commis chez un M de La
Lance, de Montbéliard , qui avait une entreprise
dans les mines de Sepoix , en haute Alsace. Au
bout de deux ans , il savait assez de français
pour aller à Bâle remplir les fonctions de secré-
taire du docteur Iselin, conseiller du margrave
de Bade. C'est alors qu'il entreprit d'utiliser ses
loisirs en commençant de sérieuses études phi-
losophiques et mathématiques , sans autre se-
cours que celui des livres. Heureusement pour
lui, en 1748, le comte Pierre de Salis l'emmena
à Coire pour lui confier l'éducation de ses petits-
fils. Installé chez cet homme vénérable, qui lui
témoigna une affection toute paternelle, Lambert
trouva à sa disposition une bibliothèque nom-
breuse et bien choisie. Dès lors, au comble de
ses vœux , le jeune professeur put étendre le
champ de ses connaissances dans la plupart des
branches du savoir humain. En 1756 il com-
mença avec ses élèves un voyage pendant lequel
il visita successivement Goettingue, Utrecht,
Paris , Marseille et Turin. C'est pendant son sé-
jour en Hollande qu'il publia sou livre intitulé :
Sur les Propriétés remarquables de la route
de la lumière, etc., ouvrage qui lui assignait
déjà un rang distingué parmi les géomètres. Ce
livre , consacré à des recherches sur la réfrac-
tion , était destiné à exercer la plus heureuse in-
fluence sur cette belle partie de l'optique; car
c'est ce livre qui , tombant plus tard entre les
mains d'Arago , l'engagea à suivre la voie ouverte
par son devancier dans cette belle étude à la-
quelle l'astronome français devait, lui aussi,
faire faire d'immenses progrès.
De retour à Coire , Lambert resta auprès de
M. de Salis jusqu'en 1759. Il alla ensuite s'éta-
blir à Augsbourg : il était alors agrégé à l'Aca-
démie électorale de Bavière , avec le titre de pro-
fesseui honoraire et un traitement. La Société
royale des Sciences de Gœttingue se l'était déjà
associé lorsqu'en 1763 il se rendit à Berlin, oti
sa réputation l'avait précédé et où l'appelaient
les vœux de la plupart des savants, surtout
de Sulzer. A la fin de 1764, il était académi-
cien pensionnaire. Il enrichit les Mémoires de
l'Académie de Berlin de plus de cinquante
pièces importantes. En même temps il écrivait
des mémoires pour les Acta Helvetica , les Nova
Acta Eruditorum , etc. ; il publiait des traités
sur des matières extrêmement variées , et il en-
tretenait une correspondance scientifique très-
active avec les savants de France et d'Allemagne.
Lorsque les Éphémérides de Berlin reparurent,
en 1774, ce fut sous sa direction. Il coopérait
aussi assidûment à la Bibliothèque allemande
universelle de Nicolaï.
Une fois à Berlin , Lambert se trouva à l'abri
du besoin; il put même venir en aide à sa fa-
mille, restée pauvre, et c'est peut-être pour mieux
remplir ce pieux devoir qu'il ne se maria pas. Il
était d'ailleurs d'une simplicité de mœurs remar-
quable. Un peu dépaysé au milieu de ces cour-
tisans philosophes , assez nombreux dans la cé-
lèbre académie de Frédéric , il passait aux yeux
du vulgaire pour un homme singulier. Lambert'
était tout simplement un distrait, à la façon de
La Fontaine. « Lorsqu'une fois , dit Thiébault,
il avait entamé une discussion, quelle qu'elle i
fût, il n'était plus possible de l'arrêter ou dai
llnterrompre : on était sûr que dès le début ili
voyait si bien le plan qu'il avait à suivre, et y
était si fidèle , que rien ne pouvait l'en détourner.
L'ordre de ses idées était toujours régulier. Sh
on lui faisait quelques objections , il ne s'arrêtailil
qu'autant qu'il fallait pour laisser dire ce quei
l'on voulait, mais jamais il n'y répondait; il re-
prenait la suite de son raisonnement, comme si
on ne l'eût pas interrompu, parce que l'objec-
tion qu'on lui avait faite devait se retrouver dans
un moment et dans un ordre plus convenables,
et que la discussion n'aurait eu qu'à perdre ou
à s'écarter du plan qu'il s'était tracé d'abord. »
Quoique dépourvu d'orgueil , Lambert ne recon-
naissait au-dessus de lui , parmi les géomètres
contemporains, que D'Alembert, Euler et La-
grange. La postérité lui a peut-être accordé da-
vantage, à cause de l'universalité et de la pro-
fondeur de ses connaissances. Lambert n'était
pas seulement versé dans les plus hautes spécu-
lations des mathématiques , de la physique et de
l'astronomie; son érudition philologique et ses
travaux métaphysiques lui ont valu d'être com-
paré à Leibnitz. Avant de donner le catalogue
153
LAMBERT
154
létaillé de ses écrits , indiquons-ea sommaire-
nent les points les plus essentiels.
Les ouvrages philosophiques de Lambert se
ésument dans son IS'ovum Organon et son Ar-
hitectonique. Ce dernier, qui a pour objet la
héorie de ce qu'il y a de simple et de premier
lans les connaissances philosophiques et mathé-
naliques , est un excellent traité de métaphy-
;ique. Le Novum Organon est divisé en quatre
)artie5, que l'aateur nomma la Dianoiologie ,
' Aléthologie , la Lémiotique et la P-hénomé-
wlogie, et où il traite successivement des rè-
;les de l'art de penser, de la vérité considérée
lans ses éléments , des caractères extérieurs du
rai , et de ce qui distingue l'apparence de la
éalité. C'est faire un grand éloge du Novum
trganon que de dire que ce livre, auquel Lam-
)ert attachait la plus grande importance , est en-
core estimé aujourd'hui , bien que la philosophie
le Kant et de ses successeurs soit venue ouvrir
les horizons nouveaux. Parmi les mémoires mé-
aphysiques de Lambert, les plus remarquables
iont ceux qui traitent de la Taxéométrie , c'est-
i-dire de la mesure de Vordre : il y expose des
dées nouTelles et très-ingénieuses , à l'akle des-
]uellesil soumet au calcul l'appréciation des clas-
sifications adoptées dans les sciences et géné-
•alement des systèmes quelconques.
En astronomie, il suffit de lire le traité inti-
tulé : Insigniores Orbitee Cometarum Proprie-
tates pour concevoir la plus haute idée du génie
le Lambert. Ce traité contient de nombreux
héorèmes sur les sections coniques, que l'au-
teur applique à la détermination du mouvement
les comètes. On y distingue surtout, à cause
le la haute importance qu'elle a acquise dans la
béorie des comètes , cette propriété de l'ellipse :
< Si dans deux ellipses, construites sur le même
^and axe , on prend deux arcs tels que les
X)rdes soient égales entre elles , et que de plus
es sommes des rayons vecteurs menés des foyers
le ces ellipses aux extrémités respectives de ces
ircs soient aussi égales entre elles, les deux
ecteurs compris dans chaque ellipse entre son
ire et les deux rayons vecteurs seront entre eux
comme les racines carrées des paramètres des
3eux ellipses. >' Considérant l'ellipse comme une
orbite planétaire, et substituant aux secteurs les
temps employés à parcourir leurs arcs (d'après
le principe de Newton , que 1« temps est propor-
tionnel à l'aire du secteur parcouru, divisée par
la racine carrée du paramètre), Lambert en
conclut que dans les deux ellipses qu'il com-
pare les temps employés à parcourir les deux
arcs sont égaux. Ce théorème lui permet de
ramener le calcul du temps employé à décrire
un arc d'ellipse donné, au calcul du temps em-
ployé à décrire un arc d'une autre ellipse quel-
conque , ayant le même grand axe ; et même au
calcul du temps employé à décrire une partie de
ce grand axe , en supposant que l'ellipse se con-
fonde avec cet axe par l'évanouissement de l'axe
conjugué. Il arrive ainsi à une formule d'une
élégante simplicité, exprimant le rapport qui
existe entre le temps qu'emploie un astre à par-
courir un arc de son orbite , la corde de cet arc
et les deux rayons vecteurs extrêmes. Cette for-
mule , dont l'énoncé est connu sous le nom de
théorème de Lambert, a éJé proclamée par
Lagrange la plus belle et la plus importante dé-
couverte de la théorie des comètes. Les Lettres
cosmologiques, publiées d'abord en allemand
( Augsbourg, 1761 ), traduites en partie en fran-
çais par Lambert lui-même dans le Journal
Helvétique, 1763 et 1764 ; publiées de nouveau
par Mérian sous le titre de Système du Monde,
par Lambert (Berlin, t770 et 1784, in-S" ;
tràd. depuis par d'Arquier (Amsterdam, 1801).
Dans les mathématiques, Lambert a donné
de profondes recherches sur les diviseurs des
nombres , les fractions continues , etc., et s'est
montré l'un des géomètres applicateurs les plus
universels. Dans la seconde édition de sa
Perspective, publiée en 1774, il fait usage
des principes de cet art comme méthode géomé-
trique; il démontre ainsi plusieurs propositions
qui rentrent aujourd'hui dans la théorie des trans-
versales, et il donne les éléments de cette partie
de la géométrie qu'on a appelée depuis géomé-
trie de la règle. Dans son Mémoire sur quel-
ques propriétés remarquables des quantités
transcendantes, circulaires et logarithmi-
ques, lu en 1767 à l'Académie de Berlin, et im-
primé l'année suivante dans le recueil de cette
Académie , il fait voir qu'un arc de cercle est
commensurable avec le rayon ; la tangente de cet
arc est incommensurable , et réciproquement ; il
déduit de là la fameuse démonstration de l'irra-
tionalité du rapport de la circonférence au dia-
mètre , démonstration reproduite depuis par Le-
gendre (à la suite de ses Éléments de Géomé-
trie ) , qui l'a étendue au carré de ce rapport.
Dans ce même mémoire , Lambert se livre à des
considérations dont on trouve le développement
dans ses Observations trïgonométriques ( mé-
moire lu à l'Académie de Berlin en 1768, publié
en 1770) : montrant les nombreuses analogies
qui existent entre les sinus et cosinus du cercle
et les coordonnées de l'hyperbole équitative, il
introduit dans la science les sinus hyperboli-
ques. 11 fait un usage très-curieux et très-utile
des rapports imaginaires déduits de la compa-
raison de ces deux courbes supposées homo-
centriques, et il imagine une espèce de trigono-
métrie hyperbolique , au moyen de laquelle il
trouve des solutions réelles dans des cas où la
trigonométrie ordinaire en fournit d'imaginaires,
et réciproquement. Enfin , dans ses Observations
analytiques (mémoire lu en 1770, imprimé en
1772), Lambert donne la série qui porte son
nom , et qui a été l'objet des travaux d'Euler et
de Lagrange. Les ouvrages publiés séparément
par Lambert ont pour titres : Les Propriétés
remarquables de la route de la lumière par
155 LAMBERT
les airs et en général par plusieurs milieux
réfringents sphériques et concentriques, avec
la solution des problèmes qui y ont du rap-
port, comme sont les réfractions astronomi-
ques et terrestres , et ce qui en dépend ; La
Haye, 1759 (en allemand); Berlin, 1773, in-8° ;
— La Perspective affranchie de l'embarras
du plan géométral ; Zar'ich , 1759, in-8° ; édi-
tion allemande, même année; 2^ édition, avec
une suite; Zurich, 1774, in-8°; — Photometria,
sïve de mensura et gradibus luminis co-
lorum et umbra; Augsbourg, 1760, in-S") ; —
Jnsigmorcs Orbites Cometarum Proprietates ;
Augsbourg, 1761, in-S"; — Cosmologische
Briefe nber die Einrichtung des Weltbaues :
Augsbourg, 1761, in-8° (1); — Beschreibung
und Gebrauch der Logarithmischen Re-
c/ienta/eln in Auflômng aller zur Propor-
tion, etc.; Augsbourg, 1761, in-8°; 2" ériition,
1772); — ISeues Organon oder Gedanken ûber
die Etforschîtng und Bezeichnung des Wahren
und dessen Unterscheidung vom Irrthum und
Schein; Leipzig, 1763, 2 vol. in-8°; — Bey-
trage zum Gebrauche der Mathematik und
deren Anwendung ; Berlin, 1765, 1770, 1772,
3 vol. in-4''; — Beschreibung und Gebrauch
einer neuen und allgemeinen elliptischen
Tafel, etc.; Berlin, 1765, m-4° ; — Anmer-
kungen ûber die Gewalt des Schiesspulvers
und den Wider stand der Luft, etc. ; Dresde,
1766, in-4'>; — Anmerkungen uber die Bran-
derschen Mikrometer von Glase und deren
Gebrauch , etc. ; Augsbourg, 1769, in-8°; —
Kurzgefasste Regeln zu perspektivischen
Zeichnungen , etc.; Augsbourg, 1768 et 1770,
in-8°; — Picards Abhandlung vom Wasser-
wagen, mit neuen Beytràgen und Kupfern;
Berlin, 1770, in-8°; — Zulage zu den loga-
rithmischen und trigonometrischen Tabel-
len, etc.; Berlin, 1770, in-S"; — Anlage zur
Architectonik oder Théorie des Einfachen und
Ersten in der philosophischen und mathe-
matischen Erkenntniss ; Riga, 1771, 2 voL
în-8°; — Beschreibung einer mit calanischen
Wachse ausgemalten Farbenpyramide , etc. ;
Berlin, 1772, in-4°. Il faut ajouter à cette liste
les ouvrages posthumes publiés par les soins de
Jean Bernoulli (2) , savoir : Pyrometrie oder
vom Muasse des Feuers und der Wàrme; Berlin,
1779, iu-4°; — Poetische Beschreibung, etc.;
1781 ; — J.-H. Lambert Deutscher-Gclehrter-
Briefwechsel ; Berlin, 1781 à 1787,5 vol. in-8°;
— Logische und philosophische Abhandlun-
gen, etc.; Dessau, 1782, 2 vol. in-8°; et Berlin,
1787. Les Mémoires de l'Académie de Berlin
renferment les travaux suivants de Lambert :
Sur la Résistance des Fhiides, avec la solution
du problème balistique; — Discours de l'é-
ception de M. Lambert comme membre de VA-
(1) Ce sont les Lettres cosmologiqiies, doat noua avons
indiqué plus haut diverses traductions.
(i) Pellt-fllsde Jean Bernoulli de Bâie,
156
cadémie ( 1767 ); — Sur quelques Propriétés
remarquables des quantités transcendantes
circulaires et logarithmiques; — Analyse de
quelques expériences faites sur l'aimant; —
Sur la Courbure du courant magnétique
( 1768); — Sur le Poids dît Sel et la Gravité
spécifique des Saumures ; — Sur la Méthode
du Calcul intégral; — Sur la Figure de l'O-
céan ; — Solution générale et absolue du Pro-
blème des trois corps, moyennant des suites
infinies (1769); — Sur quelques Instruments
acoustiques ; — Sur les Équations d'un degré
quelconque ; — Sur les Diviseurs d'un degré
quelconque , qui peuvent être trouvés indé-
pendamment de la solution des équations ; —
Sur quelques Dimensions du monde intellec-
tuel ; — Sur la Vitesse du Son ; — Sur Ic^^â
Partie Photométrique de tout l'art dépeindre i|)|
— Observations Trigonométriques ( 1770 ) ; —
Essai d'Hygrométrie, ou sur la mesure de l'hu-
midité (1771). — On trouve dans les Nouveau3!i,g.
Mémoires de l'Académie de Berlin: QuelqueiUil
Remarques sur la Comète de 1769; — Sur les ''
Porte- lumière appliqués à la lampe; — Ob-
servations sur lEncreet le Papier; — Obser'
valions analytiques; — Essai de Taxéométrie
ou sur la mesure de l'ordre ( 1772); — ^^'v
posé de quelques Observations qu'on pourrait
faire pour répandre du jour sur la Météoro-
logie ; — Sur l'Influence de la Lune dans lu
Poids de V Atmosphère ; — Sur les Lorgnettei
achromatiques d'une seule espèce de verre ;~^
Sur l'Orbite apparente des Comètes ; exam-^nj
d'une espèce de superstition ramenée au
calcul des probabilités (1773); — Sur le
Frottement, en tant qu'il ralentit le mouve-
ment ; — Sur la Fluidité du sable, de la
terre et d'autres corps mous, relativemeni.
aux lois de l'hydrodynamique ; — Suite de
Z'Essai d'Hygrométrie;— Sur la Densité de
l'Air ( 1774 ) ; — Construction d'une échelle
balistique; — Rapport fait à l'Académie au
sujet de six traités de M. de Nase ; — Ex-
posé de quelques Observations physiques ;
— Résultat des recherches sur les Irrégw
larïtés du Mouvement de Saturne et de Ju-
piter ; — Essai d'une théorie du Satellite de
Vénus (1); — Second Essai de Taxéométrie
( 1775 ) ; — Rapport/ait à l'Académie au su-
jet d'un Manuscrit du R.P. Knoll; — Sur le
Tempérament en musique; — Sur la Per*
spective aérienne (1776); — Surles Flûtes; —
Sur les Moulins que l'eau meut par en bas
dans une direction horizontale ; — Sur les
Moulins et autres Machines dont les roues
prennent l'eau à une certaine hauteur; —
Sur les Moulins et autres Machines où l'ean
tombe en dessus de la roue; — Sur les
Moulins à vent ( 1777 ); — Second Mémoire
(1) Lambert était tombé dans cette singulière croyance
astronomique: il attribuait un satellite à Vénus.
,37 LAMBERT
fur le Frottement; — Sur les Formes du
Corps humain; — Sur les Observations du
Vent (1779); — Sur les Irrégularités du
Mouvement de Saturne; — Stir les Irrégu-
larités du Mouvement de Jupiter { il Si);
— Sur le Carré de la vitesse dans la Dyna-
mique ( 1785); — Sur les Fluides considérés
relativement à V Hydrodynamique (1780 ). —
Dans les Acta Helvetica : Tentamen de vi
Coloris, qua corpora dilatât ejusque dimen-
sione (1755); — Theoria Staterarum ex
principiis mechanices universalis exposita;
— Observationes varix in Matfiesin puram;
— Observationes Météorologies Curi-x Rhœ-
torum habitx, una cum variis in eas ani-
madversionibus (1758); — De Variationibus
altitudinum barometricarum a Duna pen-
dentibus ( 1760). — Dans lesiVova Acta : Sur
le Son des Corps élastiques ; — Sur les Ma-
chines qui produisent leur effet au moyen
d'une manivelle (1787). — Dans les Kova
Acta Eruditorum Lipsiae : De Ichnographica
çampi vel regionis delineatione indepen-
denter ab omni basi perficienda ( 1763) ; —
De universaliori Calculi Idea, cum annexo
Specimine ( 1765) ; — In Algebramphilosophi-
cam et Richeri brèves Annotationes ( 1767);
— De Topicis Schediasma (1768); — Adnotata
qiiœdam de Numéris eorumque Anatomia ; —
Solutio Problematis admethodum tangentium
inversant pertinentis ( 1769 ). Il (aut encore
ajouter à cette liste de nombreuses notices et des
tables publiées dans les Éphémérides de Berlin
(de 1776 à 1789), plusieurs mémoires posthumes
insérés dans le Leipziger-Magazin : Théorie
der Parallel-Linien ; — Fortsetzung iiber die
Paraliel-Linien ; — Anmerkungen uber die
Bestimmung des kôrperlichen Raumes und
Segmente von solchen Korpern, etc. (178C);
— Veber die Mehrheit der Wurzeln hôherer
Gleichungen; — Fernere Anwendung der
Mayerschen Mondiafeln ( 1787 ) ; — Diffe-
rential und Intégral Rechnung endlicher
Grôssen ; — Tafeln fur die elliptischen neu-
und Voll-Monde, etc. ( 1788 ). — Dans les Ar-
chives de Hindenbourg : Ueber die vierràdï-
gen Wagen (1796) ; — Veber dieBev)egung der
Passer, in welchen Kugeln gerundet werden
(1798), etc. On trouve encore deux mémoires de
Lambert dans les Mémoires de V Académie des
Sciences de Bavière (Abhandlungen der Chur-
furstlich-bayerischen Akademie der Wissens-
chajten), savoir : 1° Abhandlung von dem Ge-
brauch der Mittags-Linie , beym Land und
Fèldmessen; 2° Abhandlung von den Baro-
meter-Hohen und ihren Verànderungen
(Munich, 1763). E. Merliedx.
158
Forraey, Éloge de Lambert ( dans l'Histoire de l'Aca-
démie de Berlin, pour 1778 ). — Éberhard , Notice bio-
graphique, en allemand (placée en tête de la Pyromé-
trie de Lambert ). — Thiébault, Souvetiirs de vingt ans
de séjour â Berlin ( Paris, 1805 ). — Matthias Graf,
fohann-Heinrich Lambert's Leben (Strasbourg, 1829. )
— Chastes, Aperçu historique sur l'Origine et le Déve-
loppement de s Méthodes en Géométrie.
L&MBBRT {Charles -Guillaume), magistrat
et administrateur français, né à Paris, en 1726,
exécuté dans la même ville, le 27 juin 1793. Con-
seiller au parlement, puis au conseil d'Etat, il fut
chargé du rapport au conseil sur l'arrêt qui avait
condamné legénéral Lally, lequel futcassé d'après
ses conclusions. Lambert fut ensuite appelé au
conseil des finances, puis il fit partie de l'assem-
blée des notables en 1787 , et fut nommé con-
trôleur général la même année. Il exerça ces
fonctions sous la direction de l'archevêque de
Toulouse, principal ministre, jusqu'au rappel de
Necker, en aoi^ 1788.11 y fut appelé de nouveau
en août 1789, lorsque Necker, momentanément
éloigné, rentra au ministère avec le titre de pre-
mier ministre des finances. Lors de la retraite
définitive de cet homme d'état (4 septembre
1790), Lambert resta à la tête de l'administra-
tion des finances. A la suite d'une dénonciation
qui fut faite contre lui, le 19 octobre 1790, l'As-
semblée nationale prononça qu'il avait perdu la
confiance de la nation ; le roi lui conserva la
sienne. Cependant il fut remplacé le 4 décembre
par Delessart, se retira à Sainte-Foy, y fut ar-
rêté dans le mois de février 1793, amené à Paris,
traduit au tribunal révolutionnaire, et condamné
à mort. J- ^•
Bresson, Uistoire financière de la France. - Arnault,
Jay, Jouy et Norviiis Biogr. nmiv. des Contemp — Mo-
niteur, 1790, n°s S02, 293, 29», 299, 833 et 340, an 1«', 39.
LAMBERT ( Pierre-Thomas ), écrivain ecclé-
siastique français, né en 1751 à Lons-le-Saulnier,
mort en 1802^ à Sirin ou à Figuières. Après avoir
fait partie de la congrégation des missionnaires
de Saint-Joseph, il rédigea, sous la direction de
l'ancien évêque de Senez (Beauvais), VOrator
Sflcer, ouvrage destiné à former les jeunes prédi-
cateurs; le crédit du même prélat le fit attacher,
en 1790, comme aumônier, à la maison du duc
de Penthièvre, puis à celle de la duchesse d'Or-
léans. Arrêté lors des premiers troubles et jeté
dans la prison de Besançon, il parvint à s'éva-
der, résida quelques années en Suisse, fut chargé
par M™* de Conti d'une mission particulière
auprès du comte de Provence, et reprit ensuite
ses fonctions chez la duchesse d'Orléans, qu'il
accompagna dans l'exil. On a de lui : Orator
Sacer, Paris, 1787, dont l'impression fut sus-
pendue par les événements; — Mémoires de
famille, historiques, littéraires et religieux,
par l'abbé Lamb...; Ma., 1822, !n-8°. Il avait
en outre écrit plusieurs pièces de vers, des ser-
mons, des Instructions chrétiennes etnotam'
ment une traduction entière de la Bible d'après la
Vulgate ; mais tous ces travaux, confiés à un ami
pendant la révolution, ont été détruits. K.
Qusrard, La France Littéraire.
LAMBERT { Louis-Amable-Vtctor), prédica-
teur français, né en 1766, 5 Cherbourg, mort en
1831, à Poitiers.Choisi pour précepteurdes enfants
de M. de Juigné, frère de l'archevêque de Paris,
159
LAMBERT — LAMBERTAZZT
160
il suivit cette famille dans l'émigration, entra un
des premiers chez les Pères de la Foi, et prêcha
plusieurs missions en Allemagne. 11 s'abonna
avec un zèle empressé au soin des prisonniers
de guerre , et plus particulièrement des Fran-
çais, et ne craignit point d'exercer son ministère
au milieu des maladies contagieuses dont ils
étaient atteints. De retour en France vers 1802,
il se livra avec succès à la prédication, et par-
courut tour à tour les principales villes du midi.
Lorsque la congrégation des Pères de la Foi se
trouva dissoute par suite du rétablissement des
Jésuites , l'abbé Lambert s'attacha au diocèse
de Poitiers, en devint chanoine, puis grand-vi-
caire ( 1820), et prêcha en 1825 en présence de
Louis XVTIL On a de lui : Oraison funèbre de
Louis XVIII, prononcée dans l'église cathé-
drale de Poitiers; Poitiers, 1824, in-8''; —
Oraison funèbre de François d'Aviau, ar-
chevêque de Bordeaux; ibid., 1827, in-8°; —
Oraison funèbre de MM. de La Rochejaque-
lein, généraux en chef de formée vendéenne,
prononcée en présence de la duchesse de Berri;
ibid., 1828, is-8°. K.
Henrion, Annuaire Bioçrapbigue, II, 74-75. — Quérard,
La France Littéraire.
LAMBERT { Ferdinand- Amable , abbé),
ecclésiastique français, né à Selles , près Bou-
logne-sur-Mer, eu 1762, mort à Bessancourt,
près Pontoise, le 29 décembre 1847. Après
avoir fait ses études au collège de Saint-Omer,
il entra au séminaire de Saint-Nicolas-du Char-
donnet à Paris. Lorsqu'il eut été ordonné prêtre,
il fut nommé vicaire de Saint -Germain -le -
Vieux, l'une des petites paroisses qui exis-
taient alors dans la Cité. Il embrassa chaleu-
reusement les principes de la révolution fran-
çaise. Son patriotisme et peut-être aussi sa
ligure noble, sa stature, plutôt militaire que sa-
cerdotale , ainsi que l'a dit avec vérité M. de
Lamartine, le firent nommer, en 1789, aumônier
de la garde nationale de Paris. En cette qualité,
il assista M. de Talleyrand , évêque dAutun ,
lors de la messe solennelle qui fut célébrée au
Champ-de-Mars, le jour de la Fédération. Il pro-
nonça aussi un discours à Notre-Dame, à l'oc-
casion de cette fête civique. L'abbé Lambert, qui
avait prêté le serment exigé par la constitution ci-
vile du clergé, fut nommé l'un des vicaires épisco-
paux de Gobel, qui venait d'être élu évêque de
Paris. Logé auprès de la Conciergerie, il s'empressa
d'offrir les secours de la religion aux victimes que
le tribunal révolutionnaire envoyait à l'échafaud.
Plusieurs repoussaient ses offres en raison de sa
qualité de prêtre constitutionnel ; d'autres les ac-
ceptaient avec reconnaissance. La reine Marie-
Antoinette fut de ceux qui refusèrent d'entendre
les paroles de l'Évangile sorties de la bouche
d'un membre du nouveau clergé. M. de Lamar-
tine tenait de l'abbé Lambert le récit de cette
belle scène, dans laquelle l'infortunée princesse
le remercia, ainsi que Girard, curé de Saint-
Landry et l'abbé Lothringer de l'offre qu'ils lui
firent timidement de leur ministère. L'abbé
Lambert fut introduit auprès des vingt-et-un
Girondins, après leur condamnation à mort,
Brissot refusa de se confesser, disant qu'il vou-
lait mourir en philosophe. Gensonné accepta
l'offre du digne ecclésiastique, et le pria de re-
mettre ses be^ux cheveux, qui venaient d'être
coupés par le bourreau, à sa femme.
Après la suppression de l'exercice public du
culte catholique à Paris, l'abbé Lambert oc-
cupa l'emploi d'inspecteur des subsistances. Il
était l'un des commensaux de la courageuse ma-
dame Vernet, qui donna l'hospitalité à Condorcet
dans une petite et obscure maison de la rue
Servandoni. Sous le Directoire, il fut attaché à la
radiation de la liste des émigrés ; puis, sous le
consulat et l'empire, il occupa les fonctions de
commissaire général de police à Boulogne-sur-
Mer. Au retour des Bourbons, l'abbé Lambert re-
prit le ministère ecclésiastique et le vénérable
évêque de Versailles, M. Charrier de La Roche,
lui confia la cure de Bessancourt, à l'extrémité de
la vallée de Montmorency. Il mourut vénéré de
ses paroissiens. A. T.
Histoire des Girondins, par Lamartine . — Documents
particuliers.
LAMBERT. Voy. LaMoTHE.
LAMBERTAZZi (Imelda), dame bolonaise,
morte en 1273. Sa famille, l'une des plus con-
sidérées de Bologne, était à la tête du parti gibe-
lin. Les guelfes reconnaissaient pour chefs les
Gieremei : quoique ces familles nobles n'eus-
sent aucune part au gouvernement, devenu pu-
rement démocratique, elles avaient conservé
entre elles une haine violente par suite du cré-
dit qu'elles exerçaient encore sur les factions.
« Deux jeunes gens , Bonifazio Gieremei et
Imelda, fille d'Orlando Lambertazzi , avoient ,
raconte Sismondi, oublié cette haine de leurs fa-
milles : ils s'aimoient avec passion. Un jour,
Imelda consentit à recevoir son amant chez elle ;
mais tandis qu'ils croyoient s'être dérobés à
tous les yeux, un espion révéla aux frères Lam-
bertazzi la foiblesse de leur sœur. A peine, au
moment où ils entroient furieux dans son ap-
partement, eut-elle le temps de se dérober à eux
parla fuite; Bonifazio y étoit encore. L'un des
Lambertazzi le frappa au cœur, avec un de ces
poignards empoisonnés dont le Vieux de la
Montagne armoit ses assassins d'une manière si
terrible. Les Lambertazzi cachèrent ensuite sous
des décombres le cadavre du jeune homme,
dans une cour déserte; mais ils ne se furent
pas plus tôt retirés , qu'Imelda , suivant les
traces du sang qu'elle voyoit répandu, découvrit
le corps du malheureux Bonifazio. Le seul trai-
tement qui laissât quelque espoir de guérir des
blessures empoisonnées , c'étoit de sucer la
plaie encore sanglante. Un reste de vie sembloit
animer encore le corps de Bonifazio : Imelda
entreprit son triste ministère , et de la blessure
16t
LAMBERTAZZI
de son amant elle puisa un sang empoisonné,
qui porta dans son sein les principes d'une mort
rapide. Lorsque ses femmes arrivèrent auprès
d'elle, elles la trouvèrent étendue sans vie, à
côté du cadavre de celui qu'elle avoit trop
aimé. » Il s'en suivit une lutte acharnée entre
les deux familles auxquelles se réunirent leurs
partisans. Durant quarante jours les deux fac-
tions se combattirtiit sans relâche. Enfin, après
avoir versé des torrents de sang , les Gieremei
obligèrent les Lambertazzi à évacuer Bologne, et
avec eux tout le parti gibelin. Douzemille citoyens
furent bannis ; leurs biens furent confisqués et
leurs maisons rasées. A. d'É— p— c.
Cherubino Ghlrardacci, Storia di Boluyna, l. Vil,
p. 224 et 226. — Fr. Franc. Pipini, Chroniccm, 1. IV,
c' VII et VIII ; t. IX, p. "JIB. — Mathaeo de Grilfonrbus,
Meinm: historic, t. XVlll. p. 123. - Fri Bartol. délia
Piigliota.t. VIII, p. 28B. — Slsmondi, Hist. des Républi-
ques italiennes, t. III, P.425-4Î".
LAMBERTi (Niccolo), peintre de l'écolc flo-
rentine, vivait en 1382. Élève des Orcagnai
il peignit en compagnie de Jacopo, l'un d'eux,
dans la salle du Palazzo de' priori de Volterre,
une fresque représentant I-MHnoHciGiiow, Saint
Just, Saint Octavien , Saint Cosme et Saint
Damïen . Le coloris en est rouge et sec, et ce
défaut est surtout sensible dans la figure de
l'ange ; mais la pose de la Vierge est assez belle,
et sa tète ne manque pas de douceur et de
charme. E. B — n.
Vasari, Fite. — Baldinucci, Notiziè. — P. Torrjni,
Guida di f^olterra.
LAMBERTi {Bonaventura), peintre de l'é-
cole bolonaise, né à Car pi, en 1651 ou 1652,
mort à Rome, en 1721. 11 fut l'élève et l'un des
meilleurs imitateurs de Carlo Cignani. Son co-
loris est excellent et plein de force; sa composi-
tion est sage autant que son dessin est correct.
Après avoir travaillé quelque temps à Modène,
en concurrence avec Lana , il alla s'établir à
Rome, où il ouvrit une école qui produisit de
bons élèves, dont le plus connu est Marco Be-
nefiale. C'est dans cette ville que se trouvent
les principaux ouvrages de Lamberti; ses ta-
bleaux d'histoire du palais Gabrielli, le Miracle
de saint François de Paulek Santo-Spirito de
Napoletani, une voûte à fresque à la Vittoria,
Saint Félix de Valais à Santa-Trinità. Lam-
berti fit pour Saint- Pierre plusieurs dessins qui
furent exécutés en mosaïque par Ottaviani.
Il ne faut pas confondre cet artiste avec un
autre du même nom, qui vivait au treizième
siècle , et qui est connu sous celui de Ventura
da Bologna. E. B — n.
Tirabosehi. J^otizie degli Artefici Modenesi. — Pascoli,
yite de' fittori Moderni, — Lanzi , Storia délia Pit-
tura. — Orlaiidi , Abbecedario. — Ticozzi, Disionario.
— Pistolesi, Descrizione di Roma.
LAMBERTI (Louis), helléniste italien, né à
Reggio, le 27 mai 1756, mort à Milan, le 4 dé-
cembre 1813. Après avoir reçu sa première ins-
truction dans sa ville natale, il alla étudier le
droit à Modène-, mais il quitta bientôt la juris-
prudence pour les lettres, et se rendit à Rome.
NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX,
— LAMBERTI !G2
Son savoir comme helléniste et archéologue at-
tira l'attention d'Ennius Quirinus Visconti, qui
lui confia la description des antiques de la villa
Borghèse. En 1796, Lamberti retourna dans la
Lombardie, qui venait d'être conquise par les
Français, et prit une part active au mouvement
démocratique qui aboutit à la création de la Ré-
publique Cisalpine. Nommé membre du grand
conseil législatif, puis du directoire exécutif de
la république, il dut se soustraire par la fuite à
la réaction de 1799. La victoire de Marengo lui
permit de revenir à Milan. On ne lui rendit pas
ses dignités politiques; mais il fut dédommagé
de cette perte par la place de membre de l'Ins-
titut italien, de professeur de belles-lettres au
collège de Brera et de directeur de la biblio-
thèque publique du même établissement. Il té-
moigna sa reconnaissance à Napoléon par quel-
ques odes louangeuses, et en 1810 il alla à Paris
présenter à l'empereur sa magnifique édition
d'Homère. Il reçut de Napoléon un accueil flat-
teur et une gratification de douze mille francs.
Il mourut quelques mois avant la chute du gou-
vernement français en Italie. Lamberti fut re-
marquable par l'élégance de son style et la
délicatesse de son goût; mais comme poète il ne
s'éleva pas au-dessus du médiocre, et comme
érudit il montra peu de profondeur et d'origina-
lité. On a de lui : Poésie; Parme, 1796; — Sc«^
ture del Palazzo délia Villa Borghèse dette
Pinciano brevemente descritte; Rome, 1796,
2 vol. in-8°; — Ode per la festa nazionale
del 1803 ; Milan, 1803; — Discorsosulle Belle-
Lettere ; Milan, 1803, in- 8° ; — Ode in omaggio
a Napoleone; Milan, 1808; — Alessandro in
Armoria, azione scenica per musica, per il
ritorna delV armata italiana dalla guerra
germanica; Milan, 1808, in-fol.; — Poésie di
Scrittori Greci; Brescia. 1808, in-8'' : ce volume
contient la traduction de rŒrfJ/»e roi, de Sophocle,
des Chants de Tyrtée et de V Hymne à Cérès
d'Homère; — Homeri Ilias; Parme, Bodoni,
1808, 3 vol. gr. in-lol. ; cette édition est surtout
remarquable par son admirable exécution typo-
graphique; — Osservazione sopra alcune le-
zioni délia Iliade di Omero; Milan, 1813,
in-8°; — Aggiunte aile osservazioni délia
lingua italiana, raccolie del P. Marcantonio
Mambelli volgarmente detto il Cinonio, dans
les Classici ilaliani en 1809; — un grand
nombre de pièces en prose et en vers dans le
Poligrafo, journal littéraire dont il avait été le
fondateur. Il laissa en manuscrit des observa-
tions sur le Dictionnaire de la Crusca. Z.
Courrier de Milan, 6 déc. 1813. - Moniteur, 14 déc.
LAMBERTI {Antonio), poète italien, né en
1757, à Venise, mort en août 1832, à Bellune. Il
s'adonna par goût à la culture des belles-lettres,
et écrivit, dans le dialecte vénitien, des poésies
agréables, que ne dépare pas heureusement le
fatras mythologique si commun à cette époque.
Après la chute de la république de Venise, il se
6
163
LAMBERTI — LAMBESC
16'4
retira à Bellune, d'où sa famille tirait son origine.
On a de lui : Le quattro Stagioni campestri
€ quattro Citadine ; Venise, 1802, in-S", sou-
vent réirnpr. depuis; — Poésie varie; ibid.,
1817, 3 vol. in- 16, qui font partie de la Colle-
zione di poésie veneziane, en 16 vol., éditée
par B. Gamba; — Proverbi veneziani ; ibid.,
1824, in- 16, suivis d'un recueil de vers intitulé :
Aggiuntn di quattro nuove S/agioni ed altre
poésie verrmcole. Il a traduit en dialecte véni-
tien les Poésie Siciliane de l'abbé Giovanni
Melli; Bellune, 18 1 8, in-8°, et a inséré dans dif-
férents recueils beaucoup d'odes, de sonnets,
d'idylles, etc. P. L— y.
Tipaldo, Bioar. degli Italiani, I, 406-407.
LAMBKRTiNi, troubadourdu treizième siècle ;
il était de Bologne, et fut l'un de ces Italiens qui
cultivèrent la poésie provençale. Il a célébré une
princesse de la maison d'Esté, nommée Béatrix,
et composé des vers qui ne manquent pàs d'é-
légance. G. B.
Millot, Histoire des Troubadours, t. III, p. 417. — Fan-
tuzzi, Scrittori Bolognesi, t. Il, p. 350. — Raynouard,
Choix des Poésies des Troubadours , t. V, p. 243. — His-
toire littéraire de la France, t. XX, p. 586.
LAMBERTiNi (Michèle), peintre de l'école
bolonaise, vivait de 1426 à 1469. Élève de Lippo
Dalmasio, il est surtout célèbre par une Madone
qu'il avait peinte à fresque en 1448, au marché
aux poissons de Bologne; cette peinture, que
l'Albâne préférait, pour le charme et la douceur,
même à celles du Francia, a été transportée dans
l'église Saint-Isaïe. Les autres ouvrages de Lam-
bertini à Saint-Pierre et à Saint-.Tacques-le-Ma-
jeur et au musée de Bologne montrent qu'il n'é-
tait inférieur à aucun des maîtres de son temps.
Il est souvent désigné sous le nom de Michèle
di Matteo, et lui-même a signé Michael Matthsei
un tableau peint pour l'église S.-Eligio en 1426,
mentionné par Malvasia , et un dessus de porte,
sans doute son dernier ouvrage, qu'il exécuta, en
1469, pour le couvent des PP. Carmélites de
Saint-Martia de Bologne. E. B— n.
Vasari, Fite. — Orlaadi, Abbecedario. — Malvasia,
Pitture di Boloçina. — Lanzi, Storia délia Pittùrû. —
Ticozzi, Dizionario.
LAMBERTiNi (Jean-Baptlste), seigneur de
Cruz-Hoven, voyageur et historien hollandais,
né à Anvers, vers 1570, mort vers 1650. Il ap-
partenait à une illustre famille bolonaise. Son
père était colonel au service de Charles le Té-
méraire, duc de Bourgogne, et fut tué, comme son
maître, à la bataille deNanci (5 janvier 1477).
Lui-même, après avoir fait ses études à Cour-
trai et à Louvain, se mit à voyager. Il traversa
la France, s'arrêta à Rome., à Bologne, où il se fit
recevoir docteur dans l'un et l'autre droit. Une
fougue belliqueuse le saisit à cette époque, et il
s'embarqua sur les galères de Ferdinand, grand-
duc de Torcane, «■ qui pour lors armoit contre
le Turc » ; il aborda à Malte, d'où il fit voile vers
la Morée. Après avoir traversé de nouveaii i'I-
talie, il revint dans sa patrie par l'Allemagne. Au
bout de deux ans, il partit pour l'Espagne, qu'il
visita complètement. A son retour, il fut nommé
maire de Halle. En 1625 , il alla suivre le jubilé
à Rome; ce fut son dernier voyage. Il termina»
ses jours dans le Hainaut, à l'âge de quatre-
vingts ans. On a de lui : Theatrum Eegium,
sive regum Hispanise , Aragoniée , Navarras
■et Portiig allias , séries et compendiosa nar-
f-atio, etc. ; Bruxelles, 1628, in-4°. Selon Pa-
quot cet ouvrage n'a pas même le mérite de
l'exactitude ; — Vita B. Inieldee Lambertinge,
nobilis Bononiensis ( morte à Bologne , en
1333) etc.; Anvers, 1625; trad. en flamand,
1638; — Parsenesis ad virtutem capessendam
et adîtlterinam voluptatem contemnendam ;
Anvers, 1640, in-12. L— z— e.
Swt'crt, Mheme Belg.. p. 392-393. — Valère André;, Bi-
bliotlieca Betaica, p. 454. — Thédtre de la Noblesse de
Hrabant, p. 406-407. — Diercaesens, Antverpia Ckristo
nàscens, etc., t. iv, p. 363-365. — Paquot. il/em. pùur
servir à l'hist. litt. des Pays-Bas, t. V, p. 73-76.
LAMBERTINI. Voy. Benoit XIV.
LASiBERTY ( Guillaume de ), diplomate
suisse, né vers 1660, dans le pays des Grisons,
mort en 1742, à Nyon (canton de Berne). 11 était
issu d'une bonne famille d'Italie, fit dans ce
pays d'excellentes études, et parcourut les prin-
cipaux états de l'Europe. En 1691, étant de pas-
sage à Rotterdam, il visita Bayle, et lui proposa
de traduire en italien les Nouvelles de la Ré-
publique des Lettres. Il passa ensuite en An-
gleterre, devint secrétaire de lord Portland, et
reçut des différents ministres de ce pays diverses
missions politiques, dont il s'acquitta avec beau-
coup de zèle et de prudence. Vers la fin de sa
vie, il se retira à Nyon, petite ville du canton de
Berne. On a de lui : Mémoires pour servir à
r Histoire du dix-huitieme Siècle; La Haye,
1724-1734, 12 vol. in-4", recueil des traités et
autres actes diplomatiques publiés en Europe
depuis la mort du roi d'Espagne Charles II ; les
libraires d'Amsterdam , en ont fait une édition
beaucoup plus estimée, qui parut de 1735 à 1740,
14 vol. in- 4° ; — Mémoires de la dernière ré-
volution d'Angleterre { par L. B. T. ) ; La Haye,
1702, 2 vol. in-12. Lamberty se chargea aussi
pendant quelques mois de la rédaction du jour-
nal que Gueudeville faisait paraître à La Haye
sous le titre A'' Esprit des Cours de V Europe et
dont l'ambassadeur de France avait obtenu la
suppression. P. L — y.
Barbier, Dict. des Anonymes. — Bibl. Hist. de la
France.
LA.UBESC ( Charles- Eugène de Lorraine-
d'Elbeuf, prince de), général français, né le
25 septembre 1751, mort le 21 novembre 1825
à Vienne (Autriche). Issu d'une branche cadette
de la maison de Lorraine rétablie en France
depuis le seizième siècle , et fils du comte de
Brionne,il succéda, à l'âge de dix ans, à la charge
de grand -écuyer de France, qui depuis Louis XIV
165 LAMBESC —
était comme héréditaire dans sa famille (l).
Le mariage de Louis XVI avec Marie-Antoinette,
sa parente, rehaussa sa position à la cour, où il
avait déjà le rang de prince étranger. 11 fut
nommé chevalier des ordres du roi, ayant à peine
vingt-six ans. Bientôt après il devint colonel-pro-
priétairedu régiment decavalerieRoyal-Allemand.
Ce fut en cette qualité qu'il fit partie du camp que
la cour avait formé près de Paris en juillet 1789.
Le 12 de ce mois, dans la soirée, il stationnait
sur la place Louis XV lorsque, emporté par son
ardeur, il franchit à cheval le Pont-Tournant, et
entra dans les Tuileries en chargeant le peuple
qui y était rassemblé, et frappa, dit-on, de son
sabre un vieillard nommé Chauvet. N'ayant pas
été soutenu par les autres corps , il se vit obligé
e battre en retraite devant les gardes françaises,
(|ui, réunies à la foule, menaçaient de lui barrer
le passage. Cet incident souleva une vive irrita-
tion, et le comité des recherches de l'Assemblée
constituante dénonça le prince de Lambesc
comme l'un des principaux auteurs de la cons-
piration ourdie contre la nation. Traduit devant
le tribunal du Châtelet, il fut déchargé de toute
inculpation , et bientôt après, ayant émigré avec
tout son régiment, il se retira à Vienne, prit du
service dans les armées impériales, et combattit
la France jusqu'à la restauration, d'abord comme
général major (1793), puis comme feld-maréchal-
heutenant (1796). Il n'en fut pas moins nommé
pair de France, sous le nom de duc d'Elbeuf
(1814). Cependant, il ne quitta pas la cour d'Au-
triche, où il était premier capitaine des gardes,
et où, comme prince du sang sous le nom de
prince Charles de Lorraine, il avait le premier
rang après les archiducs. Il mourut d'une at-
taque d'apoplexie. En lui s'éteignit la branche de
la maison de Lorraine descendant de Claude,
premier duc de Guise. P. L — y.
Le Bas, Dict Encyclopédique de la France. — Mahul,*
linnuaire ■nècrnl. — Thiers, HiU. de la Révol. fr.
LAMBILLOTTE (Le P. Louis), musicogra-
phe français, né le 27 mars 1797, à Charleroi,
en Hainaut, et mort le 27 février 1855, au col-
lège des jésuites de Vaugirard, près Paris. Il
?tait à peine âgé de sept ans lorsqu'un abbé ita-
lien, chapelain dans un château des environs
le Charleroi, ayant remarqué ses heureuses dis-
positions musicales en l'entendant chanter dans
ime éghse, se chargea de lui enseigner le solfège
et le clavecin; il lui apprit aussi les premiers élé-
ments de la composition. Le jeune Louis fit de
rapides progrès , et à douze ans il parut dans
un concert public, où il chanta avec un de ses
frères un duo qu'il avait composé. Il eut en.suite
pour maître un religieux prémontré, habile or-
ganiste, qui, assujettissant son élève à de plus
sévères études, le mit en état d'occuper, à l'âge
(11 Le prince de Lambesc était grand-écuyer et gou-
verneur d'.injou dès 1761. Comme ce titre fnflait son
orgueil et le rendait indisciplinable, sa mère le plaça au
collège du Plessis, où son caractère s'assoupUL
LAMBILLOTTE 166
de quinze ans, la place d'organiste à l'église de
Charleroi. Après dix années passées soit dans
cette ville, soit à Dinan, au pays de Liège, Louis,
sollicité par un de ses amis, vint en France, se
présenta comme maître de chapelle au collège
de Saint-Acheul , et y fut accueilli en celte qua-
lité. Mais le désir de s'instiuire lui fit demander
en même temps la place d'écolier, et quoiqu'il
eût alors vingt-cinq ans, il s'assit sur les bancs
avec toute l'ardeur et la simplicité d'un autre
âge. Dans une circonstance où sa vie avait été
en danger, il avait fait le vœu de «e consacrer
à Dieu, et ses supérieurs, accédant à sa demande,
l'admirent au noviciat le 15 août 1825. Le reste
de sa vie, passé en différentes maisons de son
ordre, à Saint Acheul, Fribourg, Aix, Brigg,
Brugelette et Paris, fut rempli imiquement par
les exercices religieux et des compositions mu-
sicales et liturgiques.
On a jugé diversement le P. Lambillotte au
point de vue de l'art. Ses adversaires, dans des
critiques trop sévères, l'ont condamné d'une
manière absolue. Ses partisans, de leur côté,
ont fait valoir l'immense succès de ses oeuvres.
Il nous semble que si, dans la grande quantité
de musique que le P. Lambillotte a écrite, on
peut lui reprocher la marche légère de quelques-
uns de ses morceaux; si l'on y trouve de fâ-
cheuses négligences de style, on ne saurait toute-
fois refuser au compositeur d'avoir eu souvent
d'heureuses inspirations. Inventant sans effort,
il ne se lassait pas de produire; ses mélodies
sont simples, gracieuses et naturelles; sa musique
est, suivantl'expression employée par les artistes,
une musique chantante, d'une exécution facile,
et c'est précisément cela qui en a fait le succès
dans les communautés et les pensionnats , pour
lesquels elle a été spécialement écrite. Mais
l'œuvre capitale du P. Lambillotte est sans con-
tredit la Restauration du chant grégorien,
entreprise par lui environ douze ans avant sa
mort. Dans le but de remonter aux sources pri-
mitives, il alla explorer les principales biblio-
thèques séculières et monastiques de l'Europe,
et à l'aide des matériaux qu'il avait rassem-
blés il prépara toute la série des chants liturgi-
ques, qu'il fit précéder de plusieurs publications
théoriques. Les bornes de cet article ne nous
permettent pas d'entrer dans les détails des
controverses soulevées par la question. Il nous
reste seulement à dire que ce travail , dont on
termine en ce moment l'impression, était achevé
lorsque la mort enleva subitement le P. Lambil-
lotte à l'âge de cinquante-huit ans. 11 était mem-
bre de la Société Archéologique de France. On
a de lui : Choix des plus beaux Airs de can-
tiques arrangés à deux parties; — Musée
des Organistes , collection des meilleures fu-
gues composées pour l'orgue et choisies dans
les diverses écoles; Paris, 1842-1844, 2 vol. Le
premier volume contient un traité abrégé du
contre- point et de la fugue; — Choix de Canti-
167
LAMBILLOTTE — LAMBIN
168
ques sur des airs nouveaux pour toutes les
fêtes de Vannée, à trois et quatre voix, avec ac-
compagnement d'orgue ou de piano; Paris, 1843,
in-18; — Petits Saluts pour les fêles dedeuxième
classe; Paris, 1844-1845; — Première Col-
lection de douze Saints pour les grandes fêtes
de l'année, avec orgue et orchestre, douze
livraisons; Paris, 1846; — Quelques motets dé-
tachés publiés de 1843 à 1846-, — Antipho-
naire de saint Grégoire, fac-similé du ma-
muscrit de Saint-Gall ; copie authentique de
l'autographe, écrite vers l'an 790, accompa-
gné d'une dissertation intitulée : De l'Unité
dans les Chants liturgiques, ou clef des mé-
lodies grégoriennes ; Bruxelles, et Paris, 1851 ;
— Seconde Collection de douze Saluts pour
toutes les fêtes de Vannée, avec accompagne-
ment d'orgue ou harmonium; Paris, 1854; —
Chants à Marie , recueils de cantiques à la
sainte Vierge, publiés en trois parties séparées,
de 1844 à 1854 ; Paris, 3 vol., le premier in-12,
les deux autres in- 8" ; — Trois messes solennel-
les avec orgue et orehestre; Paris; — Messe so-
lennelle en style grégorien du cinquième mode;
Paris, 1855; — Quelques Mots sur la Restau-
ration du Chant liturgique; état de la ques-
tion ; solution des dijfficîiltés; Paris, 1855,
ouvrage posthume; — Esthétique, Théorie et
Pratique du Chant grégorien restauré d'après
la doctrine des anciens et les sources primi-
tives; Paris, 1856,in-8°. Ouvrage posthume édité
par le P. J. Dufour d'Astafort, jésuite; — Gra-
duel et Vespéral publiés en double notation.
Nous renfermons sous ce titre toute la série des
livres d'église publiés sous diverses formes depuis
la mort du P. Lambillotte, par la maison Ad. Le
eière, d'après les travaux de ce Père et sous la
direction de son successeur, le P. J. Dufour d'As-
tafort. Dieudonné Denne-Baron.
Documents particuliers.
LAMBIN (Denis), un des premiers philo-
logues français du seizième siècle, né à Mon-
treuil-sur-Mer, en 1516, mort à Paris, en 1572.
Après avoir fait ses études au collège d'Amiens
et y avoir professé les belles-lettres pendant
plusieurs années, il suivit le cardinal de Tour-
non en Italie. A son retour, il fut nommé, en
1560, professeur d'éloquence au Collège royal,
et l'année suivante professeur de grec. Une ma-
ladietontagieuse et les guerres de religion trou-
blèrent son cours, qui réunissait un grand nombre
d'auditeurs. Lui-même fut une victime de la
Saint Barthélémy. « Lorsque Denis Lambin, dit
de Thon , eut appris cette nouvelle ( la mort de
Ramusdansle massacre de la Saint-Barthélémy),
il craignit le sort de Ramus. Et comme il y
avait aussi entre lui et Charpentier quelque haine
cachée à cause des lettres, car, au reste, il avait
de l'aversion pour la doctrine des protestants, il
fut si épouvanté de cet événement, qu'il ne put
revenir de sa crainte, et tomba dans une maladie
dont il mourut un mois après. » Lambin fut un
des premiers philologues de son temps, et pour
trouver son égal comme éditeur critique et
comme commentateur, il faut aller jusqu'à Sca-
liger et Casaubon. On lui reproche beaucoup de
diffusion et de lenteur. Ce défaut, fort exagéré par
ses adversaires , a donné lieu au mot français
lambiner. Malgré la douceur de son caractère
et sa modestie. Lambin ne put éviter des que-
relles avec les érudits contemporains , entre
autres avec Muret et Giphanius ; mais il eut tou-
jours le bon droit de son côté. L'accusation de
plagiat que Giphanius lança contre lui est dénuée
de fondement. André Schott l'a blâmé d'avoir
corrigé avec trop de hardiesse les textes des an-
ciens, et de n'avoir pas assez tenu compte de
l'autorité des manuscrits; mais cette liardiesse
était peut-être nécessaire pour l'épuration des
textes, elles éditions que Lambin a données de
Cicéron, d'Horace, de Lucrèce, De Plaute, de
Cornélius Nepos sont très-supérieures à toute^
les précédentes, et peuvent être regardées comme
le point de départ des travaux de la critique
sur ces auteurs. On a de lui : Q. Horatitis
Flaccus ex fide atque auctoritate decem l
hrorum manuscriptorum emendatus..., e^Ji
commentariis copiosissimis illiistratus ;Lyon
1561, in-4° ; Venise, 1566, in-4° ; Genève, 1605
in-4°; — Titi Lucretii Cari de Rerum Natura;
libri sex, locis innumerabilibus ex aucto
ritate quinque codicum manuscriptorumli
emendati; Paris, 1664, in-4°; 1570, in-4°; — >
Oratio de recta pronunciatione linguse grseceef'^;
Paris, 1668; — Commentarii in Corneliun
Nepotem; Paris, 1669, in-4°. Lambin, le pre
mier, restitua à Cornélius Nepos les Vies de^
hommes illustres attribuées à ^Emilius Pro-|-
bus; — A7i[AOff9évoTj; Aoyot, v.od Ttpooifjita 5y]|jly)-j
yoptxà tt.a.1 è-Kiaiokai ; Paris, 157.0, in fol. ; —
M. T. Ciceronis Epistolse ad Atticum et ad
•Q. Fratrem; Paris, 1673; — Emendationes in
Ciceronis Opéra ; Paris, 1566, 1577, in-fol.;— f
M. Accius Plautus ex fide et auctoritate com-<.
plurium librorum manuscriptorum.... et
commentariis explicatus ; Paris, 1677, in-fol.;
— Curse in orationes Ciceronis ; Baie, 1697,
in-fol.; — Ciceronis Vita ex ejus operibus
collecta; Cologne, 1578, in-8°. Plusieurs des
préfaces et épîtres dédicatoires de Lambin onl
été recueillies avec celles de Muret et de Leroy
(Regius), dans un volume intitulé : Trium il-
lustrium virortim Prsefationes ; Paris, 1679,
in-t6. Z.
Ghilinl, Tbatro degli Uomini illnstri. — Bloiint, Cen-
sura celebriorum Âuctorum. — Teissier, Éloges des
Hommes savants tirés de l'H\s\.o\re de M. de Jhou, t. I.
— Goujet , Histoire du Collège royal. — iVciiagiana,
t. IV, p. 27, édit. de 1715.
LAMBIN {Jean-Jacques), ain\iq[n\re hollan-
dais, né à Ypres, le 16 juillet 1766, mort vers
1840. Il remplit durant une longue suite d'an-
nées l'emploi d'archiviste de sa ville natale, et fit
partie de plusieurs sociétés scientifiques de Hol-
lande et de Belgique. Il a publié, de 1815 à 1836,
Î69 LAMBIN —
un grand nombre de mémoires sur les événe-
ments, l'histoire et les archives de son pays,
liilix- autres : Verzcemeling van de Grafsch-
rifien (Recueil d'épitaphes ) , 4 vol. in-4";
Merkwœrdige Gebeurtenissen , vooral in
: I nderen en Brabant , van 1377 tôt 1443
I \ onemeuts remarquables arrivés principale-
nu ni en Flandre et en Brabant de 1377 à 1443) ;
Ypves, 1835, in-4". lia aussi collaboré au Mes-
sager des Sciences historiques. K.
Dict. des Hommes de Lettres de. la Belgique, 1837.
t.XM'RiSET (Pierre), bibliographe français,
ilÉà Tournes.près deMézières, le 22 octobre 1742,
mort à Charleville, le 10 décembre 1813. Après
avoir fait ses études chez les jésuites à Char-
leville , il entra dans cette société. Resté dans
le monde jusqu'en 1765, il prit alors l'habit de
premontré à l'abbaye de Lavaidieu , et fit pro-
fession , l'année suivante , à l'abbaye de Yillers-
Cotterets, dont son compatriote Richard était
alors abbé. Quelques années après, il sortit de
cette maison, quitta le costume religieux, et habita
Liège, puis Bruxelles, où il devint précepteur du
fils du duc de Croquenbourg. Il obtint plus tard
de la cour de Rome un bref de sécularisation , et
put se livrer exclusivement à son goût pour la
bibliographie, dont il n'avait jamais cessé de
s'occuper. On a de lui : Éloge historique de
Marie -Thérèse , impératrice des Romains,
reine de Hongrie et de Bohême, etc.; Liège et
Bruxelles, 1781, in-S" ; — Table raisonnée des
matières contenues dans l'Esprit des Jour-
naux, depuis 1772 jusqu'en 17S4 inclusive-
ment; Liège et Paris, sans date (1785), 4 vol.
in-12; — Recherches historiques, littéraires
et critiques sur V Origine de l'Imprimerie,
particulièrement sur ses premiers établisse-
ments, au quinzième siècle, dans la Bel-
gique; Bruxelles, 1798, in-8°; nouv. édit.,
sous le titre d'Origine de l'Imprimerie d'après
les titres authentiques, l'opinion de M. Dau-
nou et celle de M. van Praet, suivie des Éta-
blissements de cet art dans la Belgique , et
de l'Histoire de la Stéréotypie, ornée de
calques, de portraits et d'écussons ; Paris,
1810, 2 vol. in-8°; — Imitation de Jésus-
Christ, par le R. P. Gonnelieu, revue et cor-
rigée; Paris, 1811, et Lille, 1825, in-12, fig.: le
premier chapitre du premier livre est seul em-
prunté à Gonnelieu (Cusson); l'auteur s'est
servi de Beauzée pour le surplus de son travail.
11 a aussi revu et augmenté la Notice des édi-
tions de l'Imitation donnée par Desbillons avec
la nouvelle édition de Y Imitation que ce der-
nier a publiée, en 1780, à Mannheim.
Lambinet a rédigé, avec le concours de Wil-
helmi, bibliothécaire de Berne, une Notice de
quelques manuscrits qui concernent l'histoire
de la Belgique, et qui se trouvent dans la
bibliothèque publique de Berne , imprimée
daus le t. V des Mémoires de l'Acndémie de
Bruxelles. Il a inséré dans le Journal des Cu-
LAMBLARDIE 170
rés, année 1809 : Remarques bibliographiques
et critiques sur une édition latine de Z'Imita-
tiou de Jésus-Christ, donnée par Beauzée, de
l'Académie Française , chez Barbou, en 1788,
et sur plusieurs autres éditions du même
livre : Gence cbmbattitces Remarques, â^ns le
même recueil, par sa Défense de l'édition la-
tine de rimitation donnée par Beauzée, et
prouva que l'édition critiquée par Lambinet n'é-
tait autre que celle de Valart, en tête de laquelle
on avait mis le frontispice de l'édition de
Beauzée; — Lettre de Lambinet au rédac-
teur du Journal des Curés : elle est relative au
même sujet. Enfin, L'Esprit des Journaux (an-
nées 1777, 1778 et 1781) contient de Lambinet
divers opuscules en prose et en vers. On trouve
dans les Mélanges pour servir à l'Histoire ci-
vile, politique et littéraire du ci-devant Pays
de Liège, parle baron de Villenfagne, ane Lettre
à M. Lambinet sur Gaultier Morberius, et sur
les Imprimexirs les plus remarquables de la
ville de Liège dans le seizième siècle. Lam-
binet a travaillé à la neuvième édition du Dic-
tionnaire historique de Chaudon et Delandine.
E. Regnard.
Quérard.ia France Littéraire, -BoulUot, Biographie
Ardennaise.
1 LAMBINET (^wii/e), peintre français, né à
Versailles, en 1816. Il reçut ses premières leçons
de M. Boisselier, peintre de paysage historique,
et se fortifia lui-môme par l'étude de la na-
ture dans les environs de Versailles. Son maître
l'ayant engagé à concourir pour le grand prix de
Rome, le jeune homme vint à Paris, et entra dans
l'atelier de Drolling. La lecture d'un Hiver à
Majorque par Mme Georges Sand,lui inspira un
vif désir de voir le ciel d'Afrique. C'était en 1845;
M. Horace Vernet, qui partait alors pour l'Algé-
rie , emmena M. Lambinet comme élève. Mais
celui-ci reconnut bientôt que les palmiers, les
cactus , les sables brûlés par le soleil ne conve-
naient pas à son pinceau ; il n'en revit qu'avec
plus de plaisir la plaine de Chevreuse et les
bois de Ville-d'Avray, et s'attacha désormais à
rendre scrupuleusement la nature des environs
de Paris. C'est de ce moment que datent ses
premiers succès. Les œuvres de M. Lambinet se
distinguent par un vif sentiment de la nature ,
une grande fraîcheur, et une touche grasse et
fondue qui convient particulièrement aux paysages
humides et plantureux qui font le sujet de ses
tableaux. M. Lambinet est allé récemment en
Angleterre et en Hollande; mais il n'y a vu que
les sites qui se rapprodient U plus de ses
paysages favoris. Cet artiste a exposé foi't jeune :
ses ouvrages ont figuré à tous les salons depuis
1833; le jury lui a décerné une médaille de
troisième classe en 1 84 3, et une de deuxième classe
en 1853. Un de ses tableaux se voit actuellement
au musée du Luxembourg. E. Coïtenet.
Documents partirutiers.
ii.\mRhKHî>lB {Jacques-É lie), iagénieurù-àv^
171
LAMRLÂ.RDÏE — LA.MBOY
172
çais , né en 1747, à Loches (Touraine), mort à
Paris, le 26 novembre 1797. Nommé sous-ingé-
nieur, après cinq ans d'études , et employé en
cette qualité sur les côtes de Normandie , il ima-
gina, pour repousser les bancs de galets accumu-
lés à l'entrée des ports de ces parages , un sys-
tème d'écluses de ciiasse flottantes qui pouvaient
être amenées pendant la haute mer vers les
différents points d'où l'on voudrait expulser le
galet. Ce système est exposé dans le mémoire
qu'il a publié sous ce titre : Mémoires su?- les
Côtes de la haute Normandie comprises
entre l'embouchure de la Seine et celles de la
Somme , considérées relativement au galet
qui remplit les ports situés dans cette par-
tie de la Manche; Le Havre, 1789, in-4" avec
2 pi. « Ce mémoire, a dit M. de Prony, est rem-
pli de vues profondes et neuves applicables aux
constructions qu'on fait dans la mer; l'auteur en
a déduit des principes fondés sur l'observation
pour l'établissement et la direction des jetées
dans les ports sujets à alluvion, principes
avec lesquels il a combattu et renversé la mé-
thode vicieuse des épis employée jusque alors
pour empêcher l'obstruction par le galet des
ports situés sur ces côtes ;>. Bientôt après, Lam-
blardie proposa des moyens simples et ingénieux
de tenir, dans les ports d'assèchement , les bâ-
timents à flot sans le secours des portes. Après
avoir ainsi fait connaître ce qu'il pouvait ima-
giner, il prouva son habileté à exécuter, en éta-
blissant les écluses du Tréport et de Dieppe ,
fondées d'après la même méthode que les ponts
de Westminster et de Saumur, c'est-à dire, à
l'aide de caissons fournissant le moyen d'établir
une maçonnerie au sein des eaux sans faire au-
cun épuisement. L'écluse de Dieppe, la plus
grande de son espèce , offrit surtout des diffi-
cultés locales, dont il ne put triompher qu'en re-
courant à l'emploi de moyens extraordinaires.
En même temps qu'il s'occupait de ces tra-
vaux, il se livrait à des recherches approfondies
sur les procédés à suivre pour obtenir le calme
dans l'intérieur des ports, et il rédigeait, sur la
perfection des écluses tournantes un mémoire
intéressant dont l'École des Ponts et Chaussées
a conservé le manuscrit. Au Havre, où il fut
envoyé en 1783, il donna un exemple, bien
rare, de la justesse dans la combinaison de l'en-
semble unie à la perfection dans les détails,
par la construction de l'ingénieux pont à bascule
établi sur l'écluse qui sépare les deux bassins ,
pont qui, au moyen d'une manœuvre aussi simple
que facile , offre au passage des navires une ou-
verture de quatorze mètres, exempte des incon-
vénients jusqu'alors réputés inséparables de cette
sorte de travaux. La construction de ce pont fait
le sujet d'un mémoire, resté inédit, où il traite
en détail des diverses espèces de ponts mobiles.
L'Académie de Rouen ayant mis au concours ,
vers cette époque, la recherche des moyens
propres à détruire les nombreux obstacles qu'é-
prouve la navigation dans la haie de la Seine,
Lamblardie, après avoir démontré l'impossibilité
de combattre avec succès les efforts de la mer
dans la baie elle-même, conçut l'idée grande et
hardie d'un canal qui, partant de la Seine au-
dessus de Villequier et ayant son embouchure au
port du Havre, pourrait recevoir des vaisseaux,
comme l'ont constaté des nivellements exécutés
avec soin. Un des derniers services qu'il rendit à la
science pendant son séjour au Havre fut l'éta-
blissement d'un cours d'expériences sur la force
du bois debout, expériences auxquelles avaient
concouru avec lui , et que continuèrent ensuite
plusieurs de ses collègues. 11 profita de son se*
jour dans le département de la Somme pour re-
cueillir les matériaux d'un mémoire sur la navi-
gation de la Somme , semé de vues géologiques
fort intéressantes, et dont un extrait a été inséré m
dans le Journal des Mines. Appelé à Paris, en f
1793, il y remplaça Perronnet dans la direction
de l'École des Ponts et Chaussées. Il n'existait
plus alors que les débris des diverses écoles
destinées à l'instruction des ingénieurs de tous
les services. Créées successivement, disséminées
dans plusieurs villes , formées d'éléments dispa-
rates, manquant de cohésion et d'unité, elles j,
appelaient une réforme dont Lamblardie prit l'i- fj
nitiative. La création d'une École préparatoire '
pour les ingénieurs des ponts et chaussées s'of-
frit d'abord à sa pensée ; mais bientôt , agrandis-
sant ses premières vues , il songea à en faire la
pépinière de tous les services publics. Monge
s'empara de cette idée avec ardeur, et , sur sa
proposition, la Convention décréta la fondation de
l'École centrale des Travaux publics, dont Lam-
blardie devint le premier directeur. Il déploya
tout ce qu'il y avait en lui de science , de zèle et j j
de dévouement pour assurer le succès de sa I
création , se montrant en quelque sorte le père
des élèves par la sollicitude dont il les entourait.
Lorsque la loi di, l^"" septembre 1795 eut changé
le nom de l'École centrale en celui de l'École Po-
lytechnique et rétabli l'École des Ponts et Chaus-
sées, ainsi que les autres écoles d'application ,
Lamblardie reprit ses anciennes fonctions , qu'il
cumula avec colles de professeur à l'École Poly-
technique. Outre les travaux cités, on a de lui :
Architecture civile ( Journal de V École Poly-
technique, 1. 1, p. 15-36) ; — Extrait d'un mé-
moire de Brémontier sur les moyens de fixer
les Dunes qui se trouvent entre Bayonne et
lu pointe de Grave à l'embouchure de la Gi-
ronde (Ibid., t. II); — Mémoires sur la Navi-
gation de la basse Seine , et swr l'Améliora-
tion de la Somme entre Abbeville et Saint-
Valery (inédits). P. Levot.
M. de Prony, Notice historique sur la vie et les tra-
vaux de Jacques-EUe Lamblardie ( Journal de l'École
Polytechnique, l" cahier, p. 179-18* ). - A. Fourcy, His-
toire de l'École Polytechnique. — Annales maritimes
et coloniales , t. LXXXl.
LAMBOT {Guillaume de), feld-maréchal
d'origine belge, mort vers 1670. Sa famille était
LAMBOY — LAMBRECHTS
174
l'une des plus anciennes et des plus nobles du
pays de Liège. Entraîné vers la carrière des ar-
mes par un goût très- marqué, il obtint, à l'âge
de quatorze ans, d'entrer au service de l'em-
pereur, lit en qualité de volontaire deux, campa-
gnes en Allemagne, et obtint bientôt une compa-
gnie dans un régiment de dragons. Parvenu par
ses talents au rang de général ; il fut envoyé,
conjointement avec le duc de Lorraine, au se-
:ours de la ville de Dôle, poursuivit ensuite
Oondéen Bourgogne, et fit en 1638 lever le siège
3e Saint-Oraer au maréchal de Châtillon.
L'année suivante il tenta de délivrer Brisach, et
opéra, au milieu de circonstances difficiles, une
si belle retraite que l'empereur voulut le récom-
penser en lui donnant le bâton de feld-maréchal.
Après s'être distingué sous les murs d'Arras où
il mit en déroute toute la cavalerie française
(16A0), il s'empara de Creuznach, et assista à la
bataille de La Marfée ( 1641 ). Au moment où il
allait prendre ses quartiers d'hiver, il fut attaqué
à Kemptendans ses retranchements par le comte
de Guébriant, qui s'empara de ses canons et de
ses bagages, lui tua deux mille hommes et le fit
prisonnier lui-même avec la plupart des officiers
(17 janvier 1642). Lamboy continua la guerre
contre Rantzau et le duc d'Orléans avec des
succès divers jusqu'en 1647, où, en secondant
l'archiduc Léopold en Flandre , il contraignit à
capituler les places d'Armentières et de Landre-
cies ; à la bataille de Lens , les troupes espa-
gnoles, dont il commandait une partie, furent
cruellement maltraitées, et lui-même reçut deux
blessures. Il disparut de la scène à la suite de la
paix des Pyrénées conclue en 1659. P. L — y.
Sisranndi, Hist.des Français, XXIII.XXIV. - Becde-
lièvre-Hamal, Bioç/r. Liégeoise, II, 142-147.
LAMBRECHTS ( Charles-Joseph-MatMeu,
comte de) (1), homme politique français, né à
Saint-Trond (Pays-Bas), le 20 novembre 1753,
mort à Paris, le 3 août 1823. Son père, Gilles
de Lambrechts, colonel au service des États
généraux des Provinces-Unies , commandait un
régiment qui faisait partie de la garnison mixte
que la ville de Namur recevait depuis le traité
de La Barrière. Le jeune Lambrechts étudia le
droit à l'université de Louvain, y reçut en 1774
le grade de licencié , et se distingua assez par
son aptitude et ses talents pour obtenir, trois
ans après, une place de professeur de droit ca-
nonique à cette même université. En 1782 il
parvint au doctorat, et en 1786 il fut élu rec-
teur. En 1788 et 1789 il fut chargé par l'empereur
Joseph II de visiter les universités de l'Alle-
magne ; il devait enseigner, à son retour, le droit
naturel, le droit public universel et le droit des
gens, matières jusque alors négligées à Louvain.
(1) Dans son acte de naissance, dans les diplômes de
ses grades universitaires, comme dans les brevets des
{frades militaires de son père, le nom de Lambrechts
est précédé de la particule de, qu'il supprima à partir
de la réunioo de la Belgique a la France.
Comme professeur de droit canonique, Lam-
brechts s'était montré l'ennemi des prétentions
ultramontaines ; aussi lorsque éclata la révolution
brabançonne, il prit parti contre elle ; forcé alors
de s'éloigner de la Belgique, il n'y rentra qu'a-
près le rétablissement de la maison d'Autriche.
En 1793 , il vint habiter Bruxelles pour y
exercer la piofession d'avocat. Les Français
ayant fait la conquête de la Belgique , Lam-
brechts adopta les principes de leur révolution,
et fut successivement officier municipal de
Bruxelles, membre et président de l'administra-
tion centrale et supérieure de la Belgique, com-
missaire du gouvernement et président de l'ad-
ministration centrale du département de la Dyle.
Il remplissait ces dernières fonctions lorsqu'en
septembre 1797 le Directoire lui confia le mi-
nistère de la Justice, en lemplacement de Merlin
de Douay; il en sortit en juillet 1799, après
avoir été mis sur les rangs pour entrer au Direc-
toire quand Rewbel fit place à Sieyès. A la fin
de la même année , il fut élu membre du sénat
Il ne cessa d'y protester, avec un petit nombre
de ses collègues , contre les envahissements du
pouvoir central. Il y vota notamment contre l'é-
limination d'une partie des membres du Triba-
nat, contre le consulat à vie, et contre l'établis-
sement d'une nouvelle monarchie. Aussi, en
1814, il se trouvait à la tête de la minorité op-
posante, et il fut chargé de rédiger les consi-
dérants de l'acte de déchéance porté contre Na-
poléon. Le gouvernement provisoire l'invita,
ainsi que ses collègues le duc de Plaisance, Des-
tutt de Tracy, Emmery et Barbé-Marbois, à ré-
diger une constitulion qui devait être soumise
à l'acceptation du peuple , et qui appelait au
trône la famille de Bourbon ; mais ce projet ,
bien qu'adopté avec quelques changements, par
le sénat, le 6 avril 1814, n'eut pas de suite,
Louis XVIII ne l'ayant pas accepté.
Sous la première restauration , Lambrechts
obtint des lettres de grande naturalisation. Dans
les Cent Jours, il prit généreusement, dans ses
Principes politiques, la défense du sénat , et
vota contre l'acte additionnel aux constitutions
de l'empire. Depuis le second retour des Bour-
bons, il vivait dans la retraite, lorsqu'en 1819
il fut élu député par les départements de la
Seine-Inférieure et du Bas-Rhin. Il opta pour
ce dernier, et siégea dans les rangs de l'opposi-
tion, où sa santé ne lui permit pas toujours de
paraître. Il fut l'un des députés qui votèrent
pour l'admission de l'ancien évêque Grégoire ,
élu dans l'Isère, et l'un de ceux qui se pronon-
cèrent contre la loi du double vote. Par une des
clauses de son testament, cet homme intègre
affecta une rente de douze mille francs à la fon-
dation d'un hospice destiné aux protestants aveu-
gles. Le motif de cette disposition fut qu'il avait
appris qu'on n'admettait pas alors à l'hospice
des Quinze- Vingts les aveugles de cette com-
munion. Son testament contenait en outre di-
175
LAMBRECHTS
vers legs destinés à réparer des injastices dictées
par l'esprit de parti, et mettait à la disposition
de l'Institut une somme de deux mille francs
pour être donnée en prix au meilleur ouvrage
en faveur de Ja liberté des cultes. Corbière,
alors ministre de l'intérieur, n'ayant pas au-
torisé l'acceptation de cette libéralité , et l'béri-
tier de Lambrechts ayant chargé la Société de
la Morale chrétienne de mettre cette question
au concours, le prix fut obtenu en 1826 par
Alexandre Vinet, auteur de l'écrit intitulé : Mé-
moire en faveur de la Liberté des Cultes;
Paris, 1826, in-8°. Lambrechts a publié : Prin-
cipes politiques; Paris, 1815, in-8°; second ti-
rage, avec des additions, notamment une ré-
ponse aux objections du Censeur; Paris, 1815,
in-S" ; — Quelques Réflexions à l'occasion du
livre de M. l'abbé Frayssinous , intitulé :
Des vrais Principes de l'Église gallicane ; Paris,
1818, in-8°. Il avait écrit sur sa vie quelques li-
gnes imprimées après sa mort sous ce titre :
Note trouvée dans les papiers de M. le comte
Lambrechts, et publiée par son héritier;
Paris, 1823, in-8°. E. Regnard.
Mahul, Annuaire Nécrologique, année 1823. — M. A.
Taillandier,/Voiice,dans la Revue encyclopédique, t. XIX,
p. SOS. — M. van Huist, Notice, dans la Bévue Belge ,
t. Il, p. 201. — Comte de Recdelièvre-Hamal, Biographie
Liégeoise. — Larevellière-Lepeaux, Mémoires inédits.
LAMBRi (Stefano), peintre de l'école de
Crémone , vivait au commencement du dix-
septième siècle. Élève et imitateur de Malosso,
il peignit en 1623 pour l'église des Dominicains
de Crémone un bon tableau représentant Sain t
Guillaume et le bienheureux Louis Bertrandi
agenouillés. On ne connaît aucun autre ouvrage
attribué avec certitude à ce maître. E. B — x.
Zaist, Notizie storiche de' Pittori, Scultori e Jrchitetti
Cremonesi. — Lanzi, Storia délia Pittura. — Ticozzi.
Dizionario. — Grasselli, Gricia storico-sacra di Cre-
mona.
LA-MBRUSCHiNi (Louis), prélat italien, né
à Gênes, le 16 mai 1776, mort à Rome, le 12
mai 1854. Entré dans l'ordre des Barnabites,
il devint évêque de Sabine, puis archevêque de
Gênes, fut envoyé en France comme nonce sous
le règne de Charles X, et fut créé cardinal de
l'ordre des évêques, le 30 septembre 1831. Le
pape Grégoire XVI le nomma abbé de Santa-
Maria diFarfa, secrétaire d'État pour les affaires
étrangères, secrétaire des brefs, bibliothécaire de
l'Église, grand-prieur de l'ordre de Saint-Jean-de-
Jérusalem, grand-chancelier de l'ordre de Saint-
Grégoire, et préfet de la congrégation des études.
Ennemi des idées nouvelles, Lambruschini prit
une part importante aux persécutions politiques
et aux procès religieux qui signalèrent le pon-
tificat de Grégoire XVI ; aussi son impopularité de-
vint extrême. En 1845 il céda la direction de
l'instruction publique au cardinal Mezzofante.
Après la mort de Grégoire XVI, en 1846, Lam-
bruschini obtint le plus de voix pour lui suc-
céder au premier scrutin dans le conclave ; il
ne fut cependant pas élu. Le nouveau pape
— LAMBTON 176
Pie rx le nomma membre de la consulte d'État,
de créalion nouvelle, et le rétablit dans ses
fonctions de secrétaire des brefs et de biblio-
thécaire du Vatican. En 1847 Lambruschini fut
en outre nommé évêque de Porto de San-Rufina
et de Civita-Vecchia, en même temps que chan-
celier des ordres pontificaux et sous-doyen du
sacré collège. Gravement menacé lors de l'ex-
plosion de l'esprit de réforme en Italie, il se ré-
fugia à Civita-Vecchia; mais, ne s'y trouvant pas
en sûreté , il prit le parti de revenir à Rome.
Lors de la catastrophe de novembre 1848, il
s'enfuit à Naples, d'où il rejoignit Pie IX à Gaète.
Il rentra avec lui à Rome en 1850, et fut alors
nommé l'un des cardinaux de la maison du
saint-père. Il conseilla, dit-on, à cette époque,
des mesures de clémence, que le cardinal An-
tonelli n'admit pas. On a traduit de lui en fran-
çais: Méditations 5i<r /es Vertus de sainte Thé-
rèse, précédées d'un abrégé de sa vie ; Paris,
1827, in-18 ; — Sur l'Immaculée Conception
de Marie, dissertation polémique; Paris, et
Besançon, 1843, in-8°; — Dévotion au Sacré
Cœur de Jésus, précédée d'une nouvelle mé-
thode pour entendre la sainte mes se, et suivie
de nouvelles prières pour le chemin de la
croix; Paris, 1857, in-18. L. L— t.
Dict. de la Conversation. — Bourquelot et Maury, La
Littér. Franc, contemp.
LAMRSPRiNG (Jean), alchimiste allemand
du quinzième siècle. On manque de détails sur
sa vie ; mais on sait qu'il entra dans un couvent
de Bénédictins, près d'Hildesheim, après avoir
étudié à Paris ; il a laissé un ouvrage en vers in-
titulé : Carmen de lapide, divisé en quinze sec-
tions , lesquelles expliquent autant de figures ;
ces hiéroglyphes et ces interprétations sont dans
le genre des écrits de Nicolas Flamel ; on com-
prend qu'il serait superflu de chercher à deviner
le sens de ces énigmes. Le Carmen en question
a été inséré dans l'ouvrage de Barnaud , Triga
Chemica; Leyde, 1599, in-8"; dans le Muséum
Hermeticum, 1677; et dans le Theatrum- Che-
micum, t. Ill, p. 860. ' G. B.
Schmicder, Oeschickte der Alchewie, p. 229.
LAMBTON ( William ), officier supérieur et
géographe anglais, mort dans un âge avancé, le
20 janvier 1823, àKingin-Ghaut(l). Il était Heu-
tenant-colonel au service de la Compagnie des
Indes anglaises et directeur général des opé-
rations trigonométriques dans cette contrée.
Depuis 1801 jusqu'à sa mort il dirigea les tra-
vaux géodésiques entrepris par la Compagnie
des Indes pour dresser une carte exacte de ses
possessions dont un grand nombre de lieux,
même d'une certaine importance, laissaient en-
core des doutes sur leurs positions géographiques.
Assisté dans ses travaux par plusieurs autres
officiers de mérite, Lambton accomplit heureuse-
ment sa difficile mission. Il s'était réservé les opé
(1) A soixante milles de la résidence de Nagpoor.
177
LAMBTON — LAMÉ
178
rations les plus difficiles; entre autres, il déter-
mina avec précision un arc du méridien depuis
le cap Comorin(lat. 8° 23' to") jusqu'au viliagede
Takoor-Kera à 15 milles sud-est d'Ellichpoor
(lat. 21° 6'). Son intention était de prolonger
son arc jusqu'au 32^ degré en passant par Agra, le
Dooab et les monts Himalaya, et de déterminer
ainsi la fraction la plus longuement prolongée jus-
qu'ici de la ligne du méridien ; mais sa santé le
força d'interrompre ses travaux, que la mort ne
lui permit pas de reprendre. Les Annales des
Sociétés Royale et Asiatique de Londres contien-
nent les principaux résultats de ses observations,
que Fourier a mentionnées honorablement à l'A-
cadémie des Sciences en 1823 dans son Rapport
sur les Progrès des Sciences Mathématiques.
A. DE L.
Mémoires de V Académie des Sciences, ann. 1823. —
— MahuI, jinnuaire Nécrologique, ann. 182*. — Gazette
de Madras du 28 février 1823. — Revue Encyclopédique,
ann. 1823, t. XIX, p 465-466. — Rose, Biographical Dic-
tionary.
^ LAMÉ (Gabriel), géomètre français, est né
à Tours ( Indre-et-Loire), le 22 juillet 1795. Il fit
ses études à Paris au lycée Louis-ie-Grand. II
était élève de l'École Polytechnique en 1816 lors-
qu'elle fut licenciée. Dans l'intervalle qui s'é-
coula jusqu'au rappel des anciens élèves, il se fit
connaître par un mémoire de Géométrie analy-
tique. Aàmisk l'École des Mines à la fin de 1817,
en qualité d'élève ingénieur, il employa les loi-
sirs que lui laissaient ses études à composer un
ouvrage sur la géométrie, qui parut l'année sui-
vante. A sa sortie de l'École des Mines en 1820,
il fut détaché avec M. Clapeyron pour aller
exercer les fonctions d'ingénieur à Saint-Péters-
bourg. Pendant onze ans de séjour en Russie,
M. Clapeyron et lui remplirent les fonctions de
professeur et d'ingénieur dans le corps du génie
des Voies de Communication (1). En 1830
M. Lamé fut chargé, par le gouvernement russe,
de faire un voyage en Angleterre et en France,
pour y recueillir des données nouvelles sur l'art
des constructions. C'est lors de son passage à
Paris qu'il présenta à l'Académie des Sciences,
tant en son nom qu'en celui de M. Clapeyron, une
note sur les lois du refroidissement et la solidifi-
cation d'un globe liquide. H était en Angleterre
lorsque la révolution de Juillet éclata. De retour
à Saint-Pétersbourg près de son ami M. Cla-
peyron, il se vit'forcé de rentrer en France par
(1) L'Ecole des Voies de Communication est destinée
à former des Ingéuieurs civils plutôt que militaires;
les élèves y restent six ans, et en sortent avec le
grade de lieutenant. MM. Clappyron et Lamé étaient
charges d'y enseigner le calcul différentiel et intégral, la
mécanique rationnelle, la physique, la mécanique appli-
quée, la physique appliquée et l'art des constructions.
Leurs cours ont été lithographies , quelques-uns im-
primés. PMrmi les ouvrages lithographies pour l'École
des Voies de Communication, il y en a deux qui offrent
des méthodes nouvelles dans leur application, le cours
de mécanique rationnelle est presque totalement fondé
sur le principe des vitesses virtuelles, et le cours de
mécanique appliquée sur le principe des forces vives.
suite des difficultés qu'on leur suscita. Il con-
sacra une grande partie de l'année 1831 à ré-
diger un rapport détaillé sur son voyage. Trois
mois après il obtint, par le suffrage de l'Aca-
démie, la place de professeur de physique à l'É-
cole Polytechnique, et plus tard celle d'examina-
teur. Il reprit alors ses anciennes lecherches sur
les diverses parties de la physique mathéma-
tique. Le 6 mars 1 843 il fut élu membre de l'A-
cadémie des Sciences en remplacement de
M. Puissant. Outre les ouvrages déjà cités, on
a de M. Lamé : un Traité de Physique , dont
la première édition remonte à 1836, et des
Leçons sur la Théorie mathématique de l'é-
lasticité des corps solides; c'est le recueil des
leçons professées à la Faculté des Sciences.
Selon la croyance de l'auteur, la physique ex-
périmentale n'aura qu'un règne passager et
cédera la place à la physique rationnelle. En
même temps qu'il regarde comme nécessaire
l'enseignement de cette science d'attente pour
répondre aux besoins incessants des arts indus-
triels, il conseille de tenir les élèves ingénieurs
au courant des progrès lents mais sûrs de la
véritable physique mathématique, et par suite il
croit urgent de leur faire connaître les ressour-
ces de l'analyse. M. Lamé a publié récemment :
Leçonssur les fonctions inverses destranscen-
dantes et les surfaces isothermes. Si les fonc-
tions inverses de la transcendante circulaire sont
définies par la trigonométrie, de même les fonc-
tions inverses des transcendantes elliptiques de
première espèce sont définies, géométriquement,
par le système coordonné que forment trois fa-
milles de surfaces isothermes du second ordre,
homofocales et orthogonales; car les trois va-
riétés des transcendantes elliptiques de première
espèce expriment respectivement la tempéra-
ture sur les trois familles considérées isolément,
et leurs fonctions inverses sont les axes mêmes
de ces surfaces. Telle est la définition adoptée
par l'auteur. Prise pour point de départ, elle
éclaircit la théorie des nouvelles transcendantes,
et même celle des anciennes ; elle conduit aux
problèmes résolus par Euler, Abel, Jacobi, et
ramène à. l'unité les formules multiples de
chaque solution. Ainsi présentée, cette théorie
partielle forme en quelque sorte l'inti-oduction
ou le premier chapitre du Calcul des fondions
inverses , c'est-à-dire d'un nouveau calcul in-
tégral, seul capable d'accélérer désormais les
progrès des mathématiques appliquées. Enfin
on a de lui : Examen des différentes Méthodes
employées pour résoudre les Problèmes de
Géométrie; Paris, 1818; — Plan d'Écoles gé-
nérales et spéciales pour l'Agriculture, l'in-
dustrie, le commerce, etc. ; 1833; — Mémoires
sur la Stabilité des Voûtes; 1822 ; — Sur les
Engrenages; \im ; — Sur la Construction des
Polygones funiculaires ; — Sur les Ponts
Suspendus , etc. Jacob.
Rcnseignemenls particuliers.
179 LAMECH — LA
LAMECH , patriarche hébreu, cinquième des- .
cendant de Gain, en ligne directe, était fils de
Mathusael. Il eut deux femmes, l'une s'appelait
Ada , l'autre Sella. « Ada, dit la Bible , enfanta
Jabel, qui fut père de ceux qui demeurent dans
des tentes et des pasteurs. Son frère s'appelait
Jubal, et il fut le père de ceux qui jouent des ins-
truments de musique. Sella enfanta aussi Tiibal-
cain, qui eut l'art de travailler avec le marteau, et
qui fut habile en toutes sortes d'ouvrages d'airain
et de ier. Noëma était la sœur de Tubalcain. »
On lui attribue l'invention de l'art de tisser. La
Genèse ajoute : « Lamech dit à ses femmes Ada j
et Sella : Femmes de Larnech, entendez ma voix, 1
écoutez ce que je vais dire : J'ai tué un homme,
l'ayant blessé ; j'ai assassiné un jeune homme
d'un coup que je lui ai donné. On vengera sept
fois la mort de Gain et celle de Lamech septante |
fois sept fois. » Lamech passe ainsi pour le pre- j
mier polygame et le second meurtrier ; mais on i
ignore qui il tua. J. V.
Genèse, ch. rv, v. 18-24. — Richard et Giraud, Biblio-
thèque Sacrée. — Josèphe, Jntiq. Jud., 1 ii. 2.
LAMECH, patriarche hébreu, fils de Mathu-
salem , descendait de Seth. A l'âge de cent
quatre-vingt-deux ans, Lamech engendra Noé
{voy. ce nom). Tl vécut encore cinq cent
quatre-vingt-quinze ans, et engendra d'autres
fils et des filles. J. V.
Genèse, v, 2S, 29-3t. — Richard et Giraud, Biblioth.
Sacrée.— Josèphe, Antiq. Jud., 1, m, 4.
LA aiEiLLERAYE ( Charles de La Porte,
marquis, puis duc de ), maréchal de France ,
né en 1602, mort à Paris, à l'Arsenal, le 8 fé-
vrier 1664. Il descendait, selon Ghoisy, d'un
apothicaire de Parthenay en Poitou, à qui le peuple
avait donné le nom de la Porte parce que sa
boutique était sur la porte de la ville. Le fils
de cet apothicaire, reçu avocat, vint à Paris
fort jeune, et par son esprit et sa profonde ca-
pacité il devint un des plus fameux avocats de
son temps. Il fit gagner une cause importante
aux chevaliers deMalte, qui, par reconnaissance,
reçurent son fils chevalier sans exiger de preuve
de noblesse. Ce fut le grand -prieur de La Porte.
Son fils aîné se nomma de La Meilleraye, et
son petit-fils fut le maréchal. D'après Bayle et
Tallemant des Réaux, le maréchal fit ses études
à l'Académie de Saumur, avec Amyraut, d'où
MM. Haag concluent qu'il était né protestant. Un
manuscrit de la Bibliothèque de l'Arsenal le dit
fils deGharles de La Porte, avocat, qui embrassa
la réforme et se retira dans le Poitou avec sa
femme. D'autres le font fils du célèbre avocat
français de La Porte, sieur de La Lunardière, et
ami de Charles Du Moulin. Quoi qu'il en soit, La
Meilleraye fut de bonne heure catholique. Cousin
germain du cardinal de Richelieu, qui était le fils
d'unede La Porte, il leva en 1627 un régiment qui
prit son nom et avec lequel il servit au siège de
La Rochelle. 11 se distingua au Pas de Suze, le
6 mars 1629, et au combat du pont de Carignan,
le 6 août 1630. A la journée des Dupes^ le
MEILLERAYE
180
11 novembre 1630, il était capitaine des gardes
delareine mère, Marie de Médicis, qui, se croyant
débarrassée du cardinal, congédia La Meilleraye.
Pourvu de la lieutenance générale de Bretagne et
du comté Nantais, en 1632, La Meilleraye Obtint
le gouvernement de la ville et du château de
Nantes en survivance du cardinal de Richelieu.
En 1634, il assista au siège de la Mothe, en Lor-
raine, et fut créé grand-maître de l'artillerie, va-
cante par la mort du marquis de Rosny et la dé-
mission du maréchal de Sully. Nommé maréchal
de camp, le 17 avril 1635, La Meilleraye devint
mestre de camp d'un régiment de cavalerie formé
par commission. Employé à l'armée commandée
par les maréchaux de Brézé et de Châtillon, il
réduisit Orcimont, dans le Luxembourg, et alla
reconnaître les forces du prince Thomas, que les
Français battirent à Avein. La Meilleraye se
trouva à la prise de Tillemont, de Diest et d'Ars-
chot : l'armée française était alors réunie aux
troupes hollandaises commandées par le prince
d'Orange. Promu lieutenant général des armées du
roi en 1636, La Meilleraye servit en cette qualité
à l'armée de Bourgogne, sous les ordres du prince
de Condé, prit quelques places des frontières,
et passa à la fia de l'année dans l'armée de
Normandie, commandée par le duc de Longue-
ville. Il conduisit cette armée au cardinal de
La Valette et au duc de Saxe-WeJmar. Lieute-
nant général à l'armée de Picardie en 1637, il
prit Bohain, et joignit ensuite le cardinal au siège
de Landrecies. Cette ville se rendit le 26 juillet,
Maubeuge le 5 aofit, et La Capelle le 28 sep-
tembre. Commandant l'armée d'Artois en 1639,
La Meilleraye fit capituler Lillers, investit Hesdin
le 19 mai, et reçut un coup de mousquetade en
reconnaissant cette place, qui se rendit le 30 juin.
Le roi voulut y entrer par la brèche, et y fit le
marquis de La Meilleraye maréchal de France
le même jour. En lui présentant une caime ,
Louis XIII lui dit : « Je vous fais maréchal de
France; voilà le bâton que je vous en donne.
Les services que vous m'avez rendus m'obli-
gent à cela ; vous continuerez à me bien ser-
vir. » La Meilleraye répondit qu'il n'était pas
digne de cet honneur. « Trêve de compliments,
reprit le roi; je n'ai jamais fait un maréchal de
meilleur cœur que vous. » La Meilleraye marcha
ensuite vers Saint-Oraer, et.se saisit des forts d'Es-
perlègue et de Ruminguen. Le 2 août il attaqua
les Espagnols dans leurs retranchements près
delà rivière d'Aa, leur tua dix-huit cents hommes
et fit quatre cents prisonniers. Il battit un corps
de Croates entre Aire et Saint-Venant, et se
rendit maître, au mois d'octobre, du fort de Ma-
tricourt et du Mont-Saint-Éloi. Commandant de
l'armée de Champagne en 1 640, il investit Char-
lemont, au commencement de mai ; les pluies le
forcèrent à abandonner ce siège. La levée des
exluses l'obligea également à renoncer au siège
de Mariembourg. Il joignit les maréchaux de
Chaulnes et de Châtillon au siège d'Arras. Cette
181
LA IVIEILLERAYE — LA MENNAIS
182
ville capitula le 8 aoilt, et La Meilleraye fut
chargé du commandement de l'armée de Picar-
die et de Flandre, le 18 avril 1641. Un mois
après, il investit Aire, qui capitula le 26 juillet.
La Bnssée ne résista que quelques jours ; Ba-
paume se rendit aux maréchaux de La Meil-
leraye et de Brézé, le 18 septembre. En 1642
La Meilleraye passa à l'armée du Roussillon
avec le maréchal de Schomberg, sous le roi. Il
as.siégea Collioure, qui se rendit le 10 avril; Per-
pignan capitula le 29 août, Sakes le 29. En 1643
La Meilleraye commandait en Bourgogne ; l'année
suivante il était à l'armée de Picardie sous Mon-
sieur, et concourut au siège deGravelines, qui se
rendit le 28 juillet, après quarante-huit jours de
défense et quatre assauts. En 1646 La Meilleraye
prit Piombino et Portolongone. En 1648 il ob-
tint pour son fils la survivance de la charge de
grand maître de l'artillerie. En juillet de la
même année il fut nommé surintendant des finan-
ces. Il conserva cette charge jusqu'en 1649. En
1650 il prit le commandement de l'armée royale
du Poitou, de Saintonge et du Limousin, et fit le
siège de Bordeaux, qu'il réduisit après quelques
combats vifs et opiniâtres. En 1652 il commandait
en Anjou. En 1 654 le cardinal de Retz fut remis
à sa garde, à Nantes, d'où le cardinal s'échappa.
Au mois de décembre 1663, le roi créa La Meil-
leraye duc et pair, par lettres d'érection du mar-
quisat de La Meilleraye en duché-pairie. « Le
maréchal de La Meilleraye avait reçu de la na-
ture les plus brillantes qualités, dit de Courcelles.
Comme militaire, il concevait rapidement les
meilleures dispositions , et les exécutait lui-
même. 11 maintenait parmi les troupes la plus
sévère discipline, et donnait l'exemple de la pa-
tience et de la sobriété. On le considérait comme
le meilleur officier général de son temps, surtout
pour faire les sièges. »
Le maréchal de La Meilleraye fut marié deux
fois. De sa première femme, Marie Ruzé d'Effiat,
naquit le duc de Mazarin et deLa Meilleraye, mari
d'Hortense Mancini. La seconde femme du maré-
chal, qui était de la maison de Cossé, et qu'il
épousa en 1637, avait quarante-trois ans quand
elle le perdit. Elle avait installé sa chambre à cou-
cher à l'Arsenal, dans le cabinet de Sully, où cou-
chait Henri rv quand il venait chez son ministre.
Cette chambre fait aujourd'hui partie de la Bi-
bliothèque de l'Arsenal. Le marquis de Paulmy y
fit installer des armoires pour ses cartes et es-
tampes par-devant les peintures dont la duchesse
de La Meilleraye avait fait couvrir les murs en
l'honneur de son mari. Le duc de La Meilleraye
était mal fait et jaloux ; mais la duchesse lui était
fidèlement attachée. Craignant les assiduités du
cardinal de Richelieu, M"" de La Meilleraye partit
à propos pour son gouvernement de Bretagne, et
ne revint à Paris que lorsqu'elle sut son terrible
cousin engagé ailleurs. L. L — t.
Clioisy, Mémoires. — Pinard, Chronologie militaire,
X. II, p. Bll. - Père Grlffet, Histoire de Louis XIII.
— Anselme, Histoire chronologique et qénèal. de la
Maison de France, des Pairs, Grands-Officiers de la
couronne, etc. — Aiinnetil, Histoire de France. - De
Qnincv, Histoire militaire de Louis le Crand. — Kar-
rey, IHst. de France sous le règne de Louis le Grand. —
ntnnt^U, Abreçie cfironolngique de l'histoire de France.
— Biesson, Ifist financière delà France. — De Cour-
celles, Dict. hist. des Cénernux français. — .Sismnnrti ,
Hist.des Français, tomes XXIU elXXlV. — Ed. Thierry,
Moniteur, 28 Juillet 1867.
LA MiiLLERAYE {Amaucl- Charles de).
Voy. Mazarin.
LAMELiN {EncjeWert), médecin français,
né vers 1580 , à Cambrai. Il exerça la même
profession que son père, acquit en Flandre la
réputation d'un bon praticien, et écrivit quelques
ouvrages que l'on peut encore consulter avec
fruit. Nous citerons de lui : De V\l(t longa Li-
bri II : quibus adjecfa siint commoda et in-
commoda sobricC et moderatœvita'; Lille, 162S,
in-12 ; — Tractatus de Peste ejusqnc prœser-
vaiione; ibid., 1628, in-12 : traduction d'un
opuscule de son père composé en français, et qui
se rencontre d'ordinaire à la suite du précé-
dent ; — L'Avant- Goût du Vin, déclaration de
sa nature, faculté médicinale et alimentaire;
Douai, 1630, pet. in-8°, très-recherché par les
bibliophiles. K.
Foppens, Biblioth. Belgica. — Jôcher et Rotermund,
Gelehrten-Lexikon.
LA .MENKAis ( Hugues-Félicité^o^^v.T de),
célèbre écrivain français, né le 19 juin 1782, à
Saint-Malo (1), mort le 27 février 1854, à Paris.
Il était le troisième et dernier enfant de Pierre-
Louis Robert de La Mennais , armateur, et de
Gatienne Lorin, fille aînée de Pierre Lorin, con-
seiller du roi, sénéchal et premier juge de la ju-
ridiction de Saint-Malo. Son père, un des plus
riches négociants de cette ville, et qui, à l'exemple
de ses aïeux, s'était voué au commerce, reçut
des lettres d'anoblissement du roi Louis XVI
en considération des nombreuses marques de
patriotisme et de dévouement civique qu'il avait
données en des circonstances difficiles (2). S'il
faut en croire l'éditeur de ses Œuvres post-
humes, les membres de cette famille « étaient,
paraît-il, des caractères entiers, énergiques, une
race d'hommes résolus, tenaces, et qu'on a vus
quelquefois poussés par leur nature indomp-
table à d'étranges extrémités » (3). Indication
(1) Dans cette même rue des Juifs où, quatorze ans
plus tût, naquit Chateaubriand.
(8! On a reproché à La Mennais d'avoir pris un nom
qui ne lui appartenait pas et de s'être prévalu d'un
ridicule anoblissement. La teneur des lettres con-
férées par Louis XVI, en date du mois de mai 1788, porte
le plus honorable témoignage de la conduite publique
de son père. — Ce nom de La Mennais est tiré d'une
petite terre située sur la commune de Trigavoux (Cô-
tes-du-Nord ), et devenue aujourd'hui la propriété de
M. Ange Blaize, neveu par sa mère de l'illustre écrivain.
Au reste le grand écrivain avait depuis 1834 renoncé à la
particule, et signait toujours : F. Lamennais, contrairc-
tpent à la véritable orthogr.iplie du nom, que nous avons
dii restituer, p'oy. Blaize, Essai biogr. sur L., 1858, in-S".
p. 16-29.
(3' Em. Forgues.iVofe.'îet Souvenirs, en tète de la Cov-
rcspondance, 1. 1.
183 LA MENNAIS
qui, une fois vérifiée, serait loin d'être indif-
férente pour quiconque croit à la transmission
des instincts et des facultés. De bonne heure
l'enfant fut abandonné à lui-même : il perdit,
presque en bas âge, sa mère, femme d'un
mérite plus qu'ordinaire, et se montra rebelle
aux volontés de son père, qui avait cru se re-
poser un jour sur lui du soin de ses affaires
commerciales ; ce dernier, demeuré seul à
soutenir les débris d'une fortune considérable
qu'avaient détruite l'emprunt forcé et des dé-
sastres maritimes, se retira à Rennes, et y vécut
d'une petite pension. L'éducation du jeune La
Mennais, à peine ébauchée par un maître de vil-
lage, se trouva confiée aux soins d'un vieil oncle,
Robert des Saudrais, homme d'esprit, qui avait
traduit Horace et un livre de Job, mais adver-
saire déclaré des philosophes, contre lesquels il
avait écrit une espèce de satire intitulée : Le Bon
Curé, annotée depuis par son élève, et qui n'a
pas vu le jour. Il fuyait le monde, parlait peu
et se plaisait dans la solitude, manifestant déjà
un amour de l'indépendance , ime sorte de dé-
fiance d'autrui et une volonté inébranlable
jointe à une tendresse expansive qui devaient
former les principaux traits de son caractère.
Impatient des règles et altéré de savoir, il tra-
vailla sans relâche et se forma seul. Il passait
des journées entières dans la bibliothèque de son
oncle, comprenait à dix ans Tite-Live, et se pas-
sionnait pour Rousseau, bataillait à douze avec
le curé du pays sur les vérités de la religion, et
paraissait si incrédule que sa première commu-
nion dut en être retardée (1). Vers l'âge de
quinze ans , il sentit le besoin de mettre de
l'ordre dans ses études, et se retira avec son
frère Jean dans cette retraite où il passa une
grande partie de sa vie, à La Chênaie, maison
bâtie par son aïeul sur la lisière de la forêt de
Coëtqnen, à deux lieues de Dinan. Là, afin de dis-
siper les doutes que ce chaos de leictures avait
éveillés en lui , il recommença obstinément ,
mais avec la même ardeur, l'éducation de son
âme et de son intelligence. Le grec, l'hébreu, le
latin , plusieurs langues modernes , devinrent
en quelque sorte les instruments de sa vo-
lonté (2).
184
(1) On a peu de détails sur toute sa jeunesse, que « un
voile épais de pudeur et de silence recouvrait aux yeux
mêmes de ses plus proclies ». En 1796 ou 1797, il envoya
au concours d'une académie de province un discours
dans lequel 11 combattait la philosophie moderne avec
beaucoup de chaleur. Vers la môme époque, U accom-
pagna son père à Paris; le souvenir de la liberté po-
litique dont on y Jouissait laissa sur son esprit une forte
Impression, n Jamais on n'en vit de pareille, disait-il
plus tard; moi-même, à quatorze ans, je glissai quel-
ques articles dans je ne sais quelle feuille obscure. »
Il accaparait les livres et les emportait dans sa chambre,
où personne n'avait le droit de venir troubler ses médi-
tations. A Saint Malo, chei sa soeur, il lisait beaucoup de
romans et aimait à faire de la dentelle ; puis on le vit
donner à l'e-icrlme des journées entières, monter achevai
et nager Jusqu'à l'épuisement.
(î; On a retrouvé dans ses papiers les vestiges de ces
Cette fiévreuse poursuite des fruits de la
science ne lui faisait point négliger la lecture des
Pères de l'Église, des docteurs, des historiens et
des controversistes. Il vivait, pour ainsi dire,
dans un état de conviction rationnelle sans pra-
tique; la foi religieuse ne s'éveilla en lui qu'assez
tard, et ce ne fut qu'à vingt-deux ans qu'il fit sa
première communion. Dès lors, et malgré des
hésitations souvent renaissantes qu'il serait plus
prudent d'attribuer à une espèce de mélancolie
habituelle qu'à une passion profondément sentie,
la vocation de La Mennais parut décidée. Il prit
la tonsure en 1811 , entra en même temps au
petit séminaire de Saint-Malo, que son frère Jean
avait fondé, et y donna des leçons de mathéma-
tiques. Toutefois il attendit encore quelques an-
nées avant de consommer le sacrifice de sa li-
berté; lorsqu'il s'y résolut (1816), il parut
céder à l'exemple de son frère, aux conseils de
ses amis spirituels, peut-être même à l'exalta-
tion qui était le fond de son caractère, bien
moins qu'à un dessein mûrement réfléchi. « Ce
n'est sûrement pas mon goût que j'ai écouté en
me décidant à reprendre l'état ecclésiastique »,
écrivait-il le 14 décembre 1815 à sa sœur.
Jusqu'à ce retour complet à la religion, La
Mennais avait essayé ses forces par la publica-
tion de quelques ouvrages aussi remarquables
par la chaleur du style que par la rigueur ex-
cessive du raisonnement. Après avoir terminé
une traduction pleine de douceur et de grâce du
Guide spirituel , petit livre ascétique du bien-
heureux Louis de Blois, laquelle ne parut qu'en
1809, il jeta, dans les Réflexions sur l'État de
l'Église, son jiremier cri de guerre contre l'in-
différence religieuse. « A la persécution du glaive
et du raisonnement, disait-il, a succédé une nou-
velleespècede persécution, plus dangereuse peut-
être, la persécution de l'indifférence; triste et fu-
neste effet des doctrines matérialistes qui ont
fini par étouffer entièrement le sens moral. « Il ne
voyait de remède à ce lléau que dans l'initiative
puissante du clergé, organisant librement des
synodes , des conférences et des communautés.
Cet appel au droit d'association, bien qu'il n'eût
alors aucune chance d'être écouté, devint un acte
répréhensible aux yeux d'un gouvernement qui
proscrivait les idéologues ; l'ouvrage fut saisi
par la police impériale et immédiatement dé-
truit. Trois ans plus tard La Mennais travaillait,
avec son frère aîné, à la Tradition sur l'Insti-
tution des Évêqîies, publiée dans les premiers
études acharnées, entre autres une version de VOEdipe
roi, dont les marges sont couvertes de notes philologi-
ques, un extrait du livre de Viger sur les principaux
idiotismes de la langue grecque, des Régies sur leschan-
gements de points duns les noms masmlins de l'hé-
breu, un Traité ries Accents d'après Buxtorf, un projet
de grammaire arabe en date du 12 août 1812, etc.
11 eniretenail, pour se guider dans ses recherches, une
assez active correspondance avec le professeur G^il, qui,
en le traitant de respectable ami, le proclamait digne de
cultiver les Muses grecques.
185
LA MENNAIS
186
jours de la Restauration. C'était un recueil de
recherches longues et érudites sur une question
importante, et que plusieurs controversistes ,
MM. de Pradt, Grégoire et Tabaraud entre au-
tres, avaient tranchée en ce sens que l'élection
des évêques n'avait nul besoin d'être validée
par le saint-siége.
Au commencement de 1814, La Mennais vint
à Paris, vécut pauvre et ignoré dans une petite
chambre de la rue Saint-Jacques, et applaudit,
avec la joie d'une àme délivrée, à l'écroulement
du despotisme impérial. Sous l'égide de la mo-
narchie restaurée, il fulmina contre l'université
un factuni violent, où il se laissait aller jus-
qu'à dire en thèse générale que « étudier le génie
de Bonaparte dans les institutions qu'il forma,
c'était sonder les noires profondeurs du crime et
chercher la mesure de l'humaine perversité ».
Après de telles paroles, il pensa qu'au retour de
Napoléon il serait prudent de quitter la France ;
menacé ou croyant l'être, il se déroba aux recher-
ches, annonça son départ pour les colonies « afin
d'essayer d'y faire quelques affaires » (il n'avait
alors qu'un faible revenu de 4 à 500 francs), et
se réfugia en réalité à Guernesey, oîi il demeura
plusieurs mois, sous le nom supposé de Patrick
Robertson. De là il passa en Angleterre. Re-
commandé à l'abbé Carron, prêtre français qui
s'occupait à Londres de l'éducation des enfants des
émigrés, il fut accueilli par lui avec bonté; et
comme il se trouvait dans un entier dénûment,
il accepta dans son pensionnat les modestes
fonctions de maître d'études (1). En novembre
1815 il l'accompagna à Paris, et se fixa près de
lui à la maison des Feuillantines , où , à part
d'assez courtes absences , il devait passer les
plus tranquilles années de sa vie (2). Sept mois
de séjour au sein d'un pays protestant avaient
affermi sa conviction religieuse, entretenue par
l'abbé Carron, qu'il nommait son père spirituel,
et il ne tarda pas à recevoir l'ordination sacer-
dotale des mains de l'évêque de Rennes; ii était
alors âgé de trente quatre ans.
A peu de temps de là l'humble prêtre devait
en un seul jour « se trouver investi de la puis-
Ci) Tous les biographes de La Mennais ont rapporté à
son st'jour à Londres une anecdote, d'après laquelle il
serait allé « tremblant , le chapeau à la main, avec un
habit usé, » se proposer comme précepteur chez lady
Jerninghain, belle-sœur de lord Slafford, qui (aurait ren-
voyé ignominieusement sous prétexte qu'il avait Vair
trop bHe. Quoi qu'il en soit, « celle première impres-
sion, dit M. Forgucs, ne tarda point à s'effacer, et fit
place chez la grande dame à une amitié dont les corres-
pondances de La Mennais portent témoignage »,
(2) Sur les sollicitations de l'abbé Carron et de son
frère, il était entré, en décembre 1818, au séminaire de
.Saint-Sulpioe. k Là, il fut jugé par ses compitrlofesà peu
près comme il l'avait été par la granile dame anglaise.
Ces messieurs lui firent une réputation d'Imbécillité; car
il avait eu le tort de ne se pouvoir plier au régime de
leur maison, et au bout de quinze ]ours| il revint aux
Feuillantines , disant que le plus beau jour de sa vie
était celui où il s'était senti libre sur le pave de la rue
du Pot-de-Fer. » (E. Robinet, Études sur l'abbé de L.,
p. 17. )
sance de Bossuet (1) ». Le premier volume de
Y Essai sur V Indifférence foi préparé dans l'exil
et terminé aux Feuillantines (2) ; lorsqu'il parut
(1817 ), il « fit l'effet au monde d'une brusque
explosion, >> et quarante années d'oubli n'ont
pas encore éteint dans les âmes le retentisse-
ment de ce coup de tonnerre. C'est que, repre-
nant avec plus d'éloquence et d'autorité l'œuvre
de la restauration catholique commencée par
MM. de Maistre, de Bonald et de Chateaubriand,
La Mennais avait touché sans ménagement à la
plaie vive de la société.
« Le siècie le plus malade, dit-il, n'est pas celui qui
se passionne pour l'erreur, mais celui qui néglige,
qui dédaigna la vérité.... Religion, morale, hon-
neur, devoir, les principes les plus sacrés, comme
les plus nobles sentiments, ne sont qu'une espèce
de rêves, de brillants et légers fantômes qui se
jouent un moment dans le lointain de la pensée ,
pour disparaître bientôt sans retour. Non, jamais
rien de semblable ne s'était vu, n'aurait pu même
s'imaginer. Il a fallu de longs et persévérants ef-
forts, une lutte infatigable de l'homme contre sa
conscience et sa raison, pour parvenir enfin à cette
brutale insouciance. Contemplant avec un égal
dégoiît la vérité et l'erreur, il affecte de croire
qu'on ne les saurait discerner afin de les coufondre
dans un commun mépris ; dernier degré de dépra-
vation intellectuelle où il lui serait donné d'ar-
river (5). >>
Se plaçant, aussi haut que possible, au point
de vue unique de l'autorité et de la foi, il s'at-
tache d'abord à prouver la folie et le crime de
la théorie de l'indifférence religieuse, oppose au
protestantisme et à la philosophie une démons-
tration puissante du christianisme ; et , poussant
la discussion à ses derniers termes, dénonce,
comme sources traditionnelles du ma! , le mé-
pris de l'autorité et la suprématie de la raison
individuelle. Cette polémique, si brillamment
engagée , l'appelait en quelque sorte aux hon-
neurs de la vie publique. Il s'y produisit avec
tout l'éclat du génie, et ne recueillit d'abord au-
tour de lui que l'admiration et l'enthousiasme.
Son humeur militante le poussa dans l'arène
(1) H. La.cordaire. Considérations sur le Système phi-
losopliiqve de M. de L.
(2) Nous trouvons dans les iVofes et Souvenirswne rapide
esquisse de celte retraite. « Là vivaient dans une sorte
de communauté quelques femmes nobles , ferventes ca-
tholiques, royalistes quand même , ayant aidé la bonne
cause dans les temps les plus difficiles : M"" de Luci-
nière, de Tremereuc et de ViUiers, qui étaient devenues
et restèrent par la suite les amies de La Mennais. Ce fut
pour lui une famille d'élection. Les prêtres y venaient
en foule, attirés par Testime qu'on y faisait d'eux et par
le crédit notoire dont jouissait l'abbé Carron auprès des
princes et de la grande-aumônerie.... Qu'on n'aille pas
SI- figurer que La Mennais fut séduit par une sotte ido-
lâtrie dont H aurait été l'ol)jet. Ses nouveaux amis
étaient la plupart gens de trop de cœur et de trop de
sens pour ne pas le contr -dire et même le reprendre
quand il semblait s'égarer. Et La Mennais lui-même, à
l'heure des premiers triomphes, écoutait avec une grande
docilité les conseils qu'il savait Inspirés par une amitié
sincère. » (P. 23-24).
(3) Essai sur l'Indifférence, I, Inlrod.
187
LA MENJNAIS
188
politique. Il entra au Conservateur, journal
fondé par MM. de Chateaubriand, de Yillèle, de
Bonald, de Frayssinous, de Casteibajac, etc., et
dont toutes les forces étaient dirigées contre le
ministère Decazes. Cependant , quoique lié avec
les principaux défenseurs de la monarchie, il
n'était pas, même alors , ce qu'on appelle un
royaliste ; moins dévoué à la cause du roi qu'à
celle de la religion, il cherchait dans l'une des
garanties de stabilité pour l'autre, et s'inquiétait
bien plus , dans ses articles , de combattre le
déisme que de défendre le trône et les principes
légitimes. Aussi eut-il rarement quelques pa-
roles flatteuses pour les divers gouvernements
qui se succédèrent sous la Restauration (1) ; soit
mécontentement, soit prévision de l'avenir, il
les combattit tous. Ainsi, après avoir contribué
à la chute de M. Decazes (1820), il passa, avec
une partie de ses collègues qu'on appela « les
incorruptibles, « au Drapeau blanc, qui fit au
ministère Villèle une guerre impitoyable, conti-
nuée par lui dans Le Mémorial catholique. Au
dire des contemporains, nul n'apportait dans ces
luttes quotidiennes une logique plus pénétrante et
une forme plus acérée.
Cependant La Mennais avait donné la solution
du grand problème de la foi. si hardiment posé
dans le premier volume de l'Essai, et cette solu-
tion, peu comprise dès l'origine, avait violem-
ment partagé les esprits. Le monde religieux se
troubla fit la Sorbonne fut scandalisée : prélats et
philosophes s'unirent dans un concert de répro-
bation unanime ; il y eut contre le novateur un
déchaînement d'arguments scolastiques qui rap-
pelait la grande querelle des réalistes et des no-
minalistes. Dans ce second volume (1820), il re-
poussait le système de Descartes, qui s'appuie
sur l'évidence et la raison privée, remontait le
flot des âges, suivait pas à pas la transmission
de la vérité à travers les siècles et fondait la cer-
titude sur l'autorité du genre humain ; cela fait, il
analysait la tradition humaine, la rapprochait du
dogme catholique, établissait leur parfaite con-
cordance, et arrivait à prouver que la vérité ca-
tholique se déduit non-seulement de la révéla-
tion, mais encore de l'autorité traditionnelle
du genre humain (2). Dans les deux derniers
volumes, publiés en 1824, il réunit les tradi-
tions éparses de chaque peuple, et en forma un
redoutable faisceau, qui servit à démontrer que
le christianisme seul possédait, à un degré émi-
ncnt, le double caractère de perpétuité et d'uni-
versalité. Malgré d'amères diatribes et de nom-
breuses lacunes, malgré les fautes d'une érudi-
tion incomplète, quoique bien vaste, et parfois
dépourvue de critique , cet ouvrage, écrit dans
(1) Fiévée r&ndail hommage à l'intégrité du caractère de
La Mennais lorsgu'en passant en revue les principaux ré-
dacteurs du Conservateur, il disait : « MM. de Chateau-
briand et de Vllléle veulent et auront le pouvoir ; MM. de
Bonald et de La Mennais, la satisfaction de leur cons- .
cience. »
• (î) Galerie des Contemp. illustres, t. 1.
un style sérieux, convaincu, pressant, est resté
son plus beau titre de gloire. Frayant une voie
nouvelle aux penseurs, la théorie du sens com-
mun ébauchait l'alliance tant souhaitée de la
raison et de la foi ; peut-être, comme on l'a dit,
contient-elle le programme de la future science
chrétienne. Attaqué avec une violence inouïe
par les deux adversaires qu'il avait cru mettre
d'accord, applaudi par la partie vivace de l'É-
glise, qui se voyait à la veille d'une renaissance,
La Mennais, comme dans un mouvement d'im-
patience, rédigea &a trois semaines la Défense
de l'Essai, consacrée à de nouveaux dévelop-
pements de son système. M. de Maistre, qui
professait pour lui une estime particulière , lui
avait donné le conseil de « laisser coasser toutes
ces grenouilles )> (1).
Sentant la nécessité de raffermir la situation si
contestée que le haut clergé lui avait faite au-
près de l'autorité pontificale, il se rendit en juin
1824 à Rome, et trouva dans le sacré collège
beaucoup d'ennemis et dans le pape un admira-
teur (2). Léon Xn le nommait le « dernier Père de
l'Église, » etlui offrit lechapeaudecardinal; mais
La Mennais refusa cette faveur, et employa son
crédit à faire nommer à la nonciature de France
le cardinal Larabruschini, qui devint par la suite
un de ses ennemis les plus acharnés. De retour
pendant l'hiver de 1825, après avoir publié la
traduction si fraîche et si poétique de limita-
tion , il prit texte d'une ordonnance de M. Laine,
alors ministre de l'intérieur, qui prescrivait dans
tous les séminaires l'enseignement des quatre
articles de la déclaration de lti82, pour faire pa-
raître le livre De la Religion, eonsidérée dans
ses rapports avec Vordre civil et politique
(1825). Poussant jusque dans ses extrêmes con-
séquences l'opposition timide jadis tentée par
Fénelon , comme l'a fait observer Ballanche , il
rompait brusquement avec les légitimistes et les
libéraux , et demandait à Rome, siège de la su-
prématie spirituelle , l'unique solution du pro-
blème social. Cette position fausse, où le plaçait
une piété égarée autant que l'emportement d'une
logique trop rigoureuse, eut pour premier effet
d'attirer sur lui une condamnation pour dé.so-
béissance aux lois, prononcée le 22 avril 1826
par le tribunal correctionnel, malgré l'éloquente
plaidoirie de M. Berryer (3). Dès lors commença
(l)Un écrivain uUramontain portait sur lui à cette
époque le jogement suivant ; « C'est , d'une part, le dé-
sordre d'une imagination ardente et d'un cœur flatté et
superbe ; et d'autre part l'ironie, le sarcasme, non envers
les choses , mais envers les personnes sociales. Sou ta-
lent est de hasard plutôt que de système. C'est une
sorte de Diderot catholique ; s'il continuait, nous trem-
blerions qu'il ne devînt l'autre.» (MadroUe, Défense de
l'Ordre social'; 1825.) -
(2) Le portrait lithographie de l'auteur de VEssai et
un tableau de la Vierge ornaient seuls l'appartement de
Léon XII ; son successeur, Pie VIII, conserva religieuse-
ment cette disposition. — U parut, au salon de 1828, un
beau portrait à rhulle de La Mennais, peint par Paulin
Guérin, et qui attira vivement l'attention.
(3) Ce fut alors qu'à la fin d'une courte allocution, il
189
contre La Mennais la persécution de l'épiscopat, la-
quelle setraduisitd'abord par de sourdes attaques
déns les mandements et les lettres pastorales.
Profondément dégoûté du gouvernement cons-
titutionnel, qu'il appelait une grande parade ,
il s'obstina à chercher en dehors de lui , et dans
le dogme catholique mieux approprie aux be-
soins du siècle , la pensée qui pût édifier l'avenir.
La ruine imminente des Bourbons lui pai'aissait
déjà un fait accompli ; il se détacha par degrés de
la monarchie en la voyant s'iiflranchir de plus en
plus de l'Église. Lorsque 1830 éclata , il était tout
résigné. Ce nouvel ordre de choses auquel on as-
pirait avec une si vive ardeur, ne l'avait-il pas an-
noncé, l'année précédente, dans les Progrès de
la Révolution et de la Guerre contre V Église?
S'il fait encore appel dans cet ouvrage à une théo-
cratie impossible, il y traite le pouvoir avec beau-
coup d'iri-évérence, et témoigne d'un progrès no-
table vers les doctrines de laliberté. « Nous le di-
sons sans détour, dit-il, ce mouvement est trop
général, trop constant pour que l'erreur et les pas-
sions en soient l'unique principe. Dégagé de ses
■fausses théories et de leurs conséquences, le libé-
ralisme est le sentiment qui, partout où règne la
religion du Christ, soulève une partie du peuple
au nom de la liberté.. « La rigueur fatale de ses
principes l'amenait ainsi, par des transformations
successives , à placer en politique la souverai-
neté dans la loi de justice promuJgiiée par la
conscience universelle des peuples comme il
l'avait placée en philosophie dans la tradition
universelle du genre humain (t).
La révolution de Juillet permit à La Mennais,
selon l'expression de M. Sainte-Beuve , de se
produire politiquement dans une pleine lumière.
Profitant de l'affranchissement de la presse , et
voulant poser la première assise du catholicisme
régénéré, il fonda VAveyiir {{" septembi-e 1830),
et choisit, pour indiquer aux croyants la voie
nouvelle , cette double épigraphe : Dieu et
Liberté; — le Pape et le Peuple. Des dis-
ciples jeunes et ardents lui prêtèrent leur con-
cours : nous citerons dans le nombre les ab-
bés Gerbet et de Salinis , tous deux évoques
aujourd'hui, Lacordaire, Combalot, Rohrbacher,
lança ces fameuses paroles : Je leur ferai voir ce que
c'est qu'un prêtre. « M. Dupin, ajoute M. de Loménie,
plaidant pour Le Constitutionnel et invitant le ministère
public à arrêter le débordement des doctrines ullramon-
taines, y lit allusion en disant : « Fait€s-leur donc voir
ce <(ue c'est qu'un procureur général. »
(1) A propos de cet ouvrage, M. Aftre, dans un Essai
sur la Suprématie temporelle du Pape , traçait de l'au-
teur un portrait peu flatté : n Dans son humeur guer-
royante, M. de La Mennais s'attaque à toutes les posi-
tions, à tous les partis, à toutes les opinions, lance des
traits contre tout ce qu'il y a de plus humble et de plus
élevé, à droite et à gauche, dans les directions les plus
contraires: rois, peuples, ministres, évéques, séminaires,
libéraux et royalistes, jésuites et jacobins, tous sont ru-
doyés par cet inflexible censeur, attaqués par ce vigou-
reux athlète, qui frappe sur tous à coups redoublés, et
qui, après avoir combattu toot le monde, finit par se
combattre lui-même. »
LA MEJNNAIS 190
MM. de Coux, de Montalembert et d'Ortigue.
Pendant un moment toutes ces plumes dévouées
rendirent à la religion une popularité depuis
longtemps perdue. Ce n'était pas sans un mé-
lange d'admiration et de sympathie qu'on enten-
dait des prêtres enseigner, avec des paroles brû-
lantes , le progrès et la liberté. La foi , se jetant
au milieu des partis, devenait révolutionnaire;
elle préparait, par le développement des lumières,
la tliéocratie future, présentée, dans un avenir
lointain, comme la forme définitive de la société.
Afin de liàter l'époque de cette évolution su-
prême, que demandait L'Avenir ? Des réformes
radicales dans l'ordre religieux et politique, ré-
formes qu'une révolution nouvelle s'était trouvée
impuissante à pratiquer, et dont le plan seul ef-
fraya le débile, successeur des grands papes du
moyen âge. Soumis sans restriction à l'autorité
du saint-siége, L'Avenir réclamait l'abrogation
du concordat, l'affranchissement de l'Église , la
suppression du budget des cultes, la décentra-
lisation administrative, l'extension des droits
électoraux, la libei-té de conscience pleine, uni-
verselle , sans distinction ni privilège , la liberté
d'enseignement, la liberlé de la presse, la li-
berté d'association. Certes le parti démocratique
d'alors était loin de ces hardiesses.
Encouragé par les acclamations du peuple et
du clergé inférieur, La Mennais rencontra dans
lès rangs de l'épiscopat la plus violente opposi-
tion, entretenue par de vieilles rancunes. Un
grand nombre de prélats, à la tête desquels se
mit le fougueux archevêque de Toulouse,
M. d'Astros, dénoncèrent à Rome les hérésies du
moderne Savonarole ; la Compagnie de Jésus en-
venima habilement la situation. Au milieu de
l'orage qui s'amassait de tous côtés , la publica-
tion de V Avenir fut, de l'avis de tous les rédac-
teurs, suspendue le 15 novembre 1831. « Si nous
nous retirons un moment , écrivait La Mennais,
ce n'est point par lassitude, encore moins par
découragement, c'est pour aller, comme autre-
fois les soldats d'Israël, consulter le Seigneur en
Silo. » Quelques jours après cette déclaration , il
prit, en compagnie de MM. Lacordaire et de
Montalembert , le chemin de la ville éternelle.
Dès son arrivée, il fut laissé dans un isolement
complet. A peine si on se doutait de quels ter-
ribles problèmes il venait chercher la solution.
"■ Il nous importait d'obtenir une audience du
pape même. Des intrigues se nouèrent pour
l'empêcher. Elle nous fut accordée cependant;
mais à la condition qu'il n'y serait parlé en au-
cune manière de ce qui nousamenait (1). » Après
plusieurs mois d'attente , il s'était décidé à ren-
trer en France lorsqu'à son passage à Munich il
reçut la lettre encyclique du 15 août 1832, dans
laquelle Grégoire XVI condamnait, sans les dé-
signer, les théories de L'Avenir. La liberté de
conscience y était notée comme la source in-
(1) Affaires de Rome.
191
LA MENNAIS
:D2
fecte de l'indifférentisme , et la liberté de la
presse flétrie des épitliètes de funeste, d'odieuse
et (Yexc'crable. La Mennais déclara immediate-
meat que le journal ne paraîtrait plus, et que
l'Agence générale pour la défense de la liberté
religieuse était dissoute. Cela ne parut pas suffi-
sant : on exigea de lui une soumission dogma-
tique. De longs pourparlers s'engagèrent ; deux
adhésions furent repoussées, l'une comme in-
complète, l'autre comme perverse dans ses ré-
serves. On trouva peut-être « un plaisir trop
humain à écraser la fierté de La Mennais sous
le poids d'une autorité au nom de laquelle pen-
dant longtemps il avait lui-même tyrannisé les
esprits (1). » De guerre lasse, il se rendit enfin,
« convaincu, écrivait-il à l'archevêque de Paris,
qu'en signant cette déclaration il signait implicite-
ment que le pape était Dieu , et tout prêt à le signer
explicitement pour avoir la paix. » Toutefois il
s'était réservé sa pZei??e Hbertépour tout ce qu'il
croirait intéresser son pays et Vhumanité.
Puis il se retira à La Chênaie, et y composa en
une semaine, dit-on, les Paroles d'un Croyant,
qui ne virent le jour qu'en mai 1834, après un
an de réflexion (2). De ce jour date sa rupture
définitive avec le saint-siége et l'Église catho-
lique, quoiqu'on puisse sans peine la faire re-
monter au moment où il quitta Rome avec l'a-
mère conviction qu'il avait prodigué son cœur,
sa foi , sa volonté à ressusciter un cadavre. Il
hésita toute une année avant de se déclarer
émancipé- Quel courage ne lui fallut-il pas pour
cette transfiguration! et quel martyre d'esprit que
ce reniement de la première moitié de sa vie!
Mais, comme toutes les natures fières et origi-
nales, il avait soif d'une liberté fort étendue ; la
règle et le mot d'ordre lui étaient un joug insup-
portable ; ne tenant compte ni du temps ni des
obstacles , il ne se plaisait que dans l'avenir idéal
qu'il pressentait ou rêvait sans cesse. Tout ce
qu'il y avait en lui de passion , de tendresse et
de colère s'exhala dans les Paroles. « Les deux
qualités essentielles de La Mennais, la simplicité
et la grandeur, se déploient tout à leur aise dans
ces petits poèmes où un sentiment exquis et
vrai remplit avec une parfaite proportion un
cadre achevé. Il créa avec des réminiscences de
la Bible et du langage eccié.siastique cette ma-
nière harmonieuse et grandiose, qui réalise le
(l)Sllvestre deSacy, dans le Journal des Débats, ia\l\et
1837.
(2) Il déduisait ainsi les motifs qui l'avalent déterminé
à la piiblicallon de ce livre, l'acte le plus important de
sa vie : « 1° la conscience qu'en le faisant je remplis un
devoir, parce que je ne vois de salut pour le monde que
dans l'union rie l'ordre, du droit, de la justice el de la
liberté ; 2" la nécessité de fixer ma position, qui aux
yeux du public est maintenant équivoque et fausse; de
laver mon nom , dans l'avenir, du reproche d'avoir
connivé à l'horrible système de tyrannie qui pèse au-
jourd'hui sur les peuples. S'il faut souffrir pour cela, peu
Importe ; Je ne le regretterai pas. 11 y a pour chaque po-
sition on genre de courage, dont il est honteux de man-
quer. »
phénomène unique dans l'histoire littéraire d'un
pastiche de génie « (1). A l'apparition de cet ou-
vrage , qui fut bientôt traduit dans toutes les
langues, édata une immense explosion d'en-
thousiasme et de haine. Les adhérents de L'A-
venir se séparèrent avec éclat de leur maître;
les vaincus et les vainqueurs de Juillet le char-
gèrent à l'envi de leurs fautes (2). Quant au pape,
dans une nouvelle encyclique, datée du 7 juillet
1 834 , il condamna ce livre « petit par son vo-
lume, mais immense par sa perversité « , et, re-
venant sur le passé, réprouva en même temps
le " fallacieux système « à l'aide duquel on avait
essayé de fonder sur une autre base que la ré-
vélation la certitude en matière de religion.
Réduit à recommmencer sa vie , La Mennais
accepta l'ingrate mission d'apôtre du peuple, et y
apporta la même fougue et la même candeur qu'à
l'époque encore récente où il défendait les droits
de la tiare et de la couronne. Cette fois du moins
il eut pour se justifier du nom d'apostat sa
conscience pure et la certitude d'être dans la véri-
table voie. Après avoirécritles Affaires de Rome
(1836), où règne un ton de modération inaccou-
tumée et de mélancolie touchante, il s'adressa
plus directement à la démocratie, dont il était
en quelque sorte la sentinelle perdue, et fonda
un nouveau journal. Le Monde (février 1837),
destiné à vivre à peine quelques mois. Puis ,
de temps à autre, il entreprit une série de
pamphlets politiques : Le Livre du Peuple, L'Es-
clavage moderne, Religion, La Politique du
Peuple, qui sont plutôt des poèmes pleins de
souffle et de vie que des théories élaborées avec
réflexion. On l'y voit appeler de ses vœux la sou-
veraineté populaire, exercée par le suffrage uni-
versel dans la forme républicaine et ayant pour
triple dogme la liberté , l'égalité et la fraternité.
En religion, il adopta ce que M. de Lamartine a
nommé le Christianisme législaté. « Si les
hommes, s'écrie- t-il, poussés par l'impérieux
besoin de renouer, pour ainsi dire, avec Dieu,
(1) E. Renan , Lamennais et ses Écrits, dans la Revue
des Deux Mondes, aoiit 1857.
(2) Tandis que Lerminier proclamait le déserteur de
l'Église « le seul prêtre de l'Europe, » Michaud disait des
Paroles : « C'est 93 qui lait ses pâques»; Chateau-
briand : « C'est un club sous un clocher; » et J. Le-
chevalier: « C'est f évangile diabolique de la science so-
ciale.» Au milieu du déluge de critiques violi'Utes que
souleva la publication de ce livre, on remarqua avec
peine les deux lettres signées l'une Lacordaire, l'îjutre
Corabalot. Ce dernier, dont le dévoâment pour I,a Men-
7iaic était allé jusqu'au fanatame de la tendresse, écri-
vait ceci.: « 11 y a de l'aigle, du lion, du tigre peut-être
dans vos entrailles; la douoeurde l'agneau n'y fut jamais.
Votre ûme est pétrie de sarcasmes, Voltaire vous eiit
envié ce don... Ecrivez le livre de vos rétractations,
c'est le meilleur emploi que vous puissiez faire des
quelques jours qui vous restent. » Et plus bas il ajoutait
sur un autre ton : « Hélas ! j'ai blessé un cœur où je
voudrais répandre des torrents d'amour, etc. » Au reste
La Mennais, un des hommes de ce temps qu'on a le plus
discutés, s'inquiétait peu des libelles qu'on a écrits par
centaines contre lui; si, comme Fontenelle, il n'allait
pas jusqu'à en faire collection , du moins il ne perdait
pas son temps à les lire.
193
rclcviennent chrétiens, qu'on ne s'imagine pas
que le christianisme auquel ils se rattacheront
puisse être jamais celui qu'on leur présente sous
le nom de catholicisme. » Aussi l'a-t-oa accusé
de professer le pur déisme avec morale évangé-
lique. L'un de ces écrits du moment, Le Pays
et le Gouvernement, motiva contre lui, le 26 dé-
cembre 1840, une condamnation en cour d'assises
à un an de prison et à 2,000 fr. d'amende (1). De
l.sil à 184G, il donna YEsquisse d'une Philoso-
phie, qui eut à son apparition un grand succès.
La révolution de 1848 apporta à La Mennais
la même déception qu'il avait subie après 1830 ,"
il la salua avec une vive espérance, exigeant d'elle
ce qu'il avait demandé à l'Église , un coup de
baguette qui fît disparaître du monde l'oppression
et l'injustice. Son rôle fut celui d'un homme sin-
cère , ne prenant souci que du but, et le voyant
plus proche qu'il n'était. Les hommes et les faits
lui présentèrent des obstacles qu'il n'avait point
prévus et qui l'irritèrent ; quatre mois après avoir
ionàé Le Peuple constituant (27févi-ier — 11 juil-
let), il s'arrêtait découragé. «Silence au pauvre!»
s'écriait-il dans un adieu désespéré (2). Cepen-
dant il était entré à l'Assemblée constituante
comme un des représentants de la Seine , et son
mandat lui fut renouvelé pour la législative.
Nommé membre du comité de constitution , il
s'empressa de lui communiquer dès la première
séance un projet complet, rédigé avec une
grande hauteur de vues , mais qui avait le dé-
faut d'être trop radical et inexécutable dans
certaines parties. Ne voyant pas jour à le faire
admettre tel qu'il était par ses collègues , il ne
voulut se prêter à aucune concession, et jugea
inutile d'insister en faisant connaître sa pen-
sée sur l'organisation de la république : il crut
avoir payé sa dette à la démocratie. Depuis cette
époque, on le vit pendant quatre ans assister ré-
gulièrement aux séances et protester de son vote
silencieux contre les violences et les trahisons des
partis. Le coup d'État du 2 décembre le jeta dans
un abattement profond; ses dieux nouveaux l'a-
bandonnaient-ils? fallait-il aussi porter le deuil
de la liberté comme il l'avait fait de la religion ?
Il chercha dans l'étude un soulagement à cette
LA MENNAIS 194
tristesse infinie, qui était devenue chez lui un
mal chronique, et traduisit La Divine Conicdic
du Dante, pour laquelle il professait un enthou-
siasme remontant à ses plus jeunes années. Puis,
cetravail achevé, « ne sentant plus en lui une idée
qui pilt le faire vivre », il mourut après quelques
semaines de maladie (27 février 1854), se possé-
dant lui-même jusqu'au dernier moment, sobre
de paroles et tranquille dans la foi qu'il s'était
faite (1). Ses obsèques eurent lieu le surlende-
main, l*"" mars, au milieu d'un immense concour.'i
de peuple; la police, qui avait déployé un gram^
appareil militaire, ne permit qu'à huit personnes
l'accès du cimetière du Père-Lachaise, où pas uu
mot ne fut prononcé sur sa tombe. Rien, ni croix
ni pierre, n'indique la place où repose un de»
hommes qui de leur vivant ont su le plus re-
muer les passions de leurs contemporains.
En donnant la liste des ouvrages de La Men-
nais, dont M. Quérard a publié une Notice très-
détaillée , nous n'y ferons pas entrer les nom-
breux opuscules, brochures, lettres ou réimpres-
sions d'articles qui ont été, en grande partie ,
réunis dans les Mélanges. Pour la facilité des
recherches, nous diviserons cette liste en trois
parties comprenant les écrits ascétiques , la re-
ligion et la philosophie, et la politique.
Écrits ascétioues. — Le Guide spirituel ou
le Miroir des âmes religieuses, trad. du latin
de Lod. Blosius (Louis de Blois); Paris, 1 809, pet.
in-12, publiésansnomd'auteur, etréimpr. enl820
dans la Bibliothèque des Dames chrétiennes ; —
L' Imitation de Jésus- Christ, trad. nouvelle,
avec des réflexions à lafindechaque chapitre;
Paris, 1824, in-iS; I4''édit., 1845; la Préface
et les Réflexions avaient déjà paru en 1820 en
tête de la traduction de M. de Genoude. A. Bar-
bier, dans son Dictionnaire des Ouvrages ano-
nymes (2®édit., n° 21,863) prétend, sans donner
aucune preuve de cette assertion , que le travail
si remarquable de La Mennais n'est qu'une es-
pèce de contrefaçon de celui que donna au dix-
septième siècle le jésuite Lallement; — Danger
du Monde dans le premier âge ; Paris, nouv.
édit., 1827, in-18 de 36 p., imprimé d'abord
dans le tome V de la Bibliothèque des Dames
'' (1) « Au plus haut de la prison de Salnte-Pélagie.sous
les toits, dans une assez grande pièce basse, éclairée par
quatre ouvertures étroites, La Mennais passa sa cinquante-
neuvième année tout entière. Une fois entré dans ce ca-
chot aérien, 11 n'en voulut jamais franchir le seuil. De
nombreux amis y montaient chaque ]oiir. Ouverte de tous
côtés, cette cellule était glaciale en hiver, brûlante pen-
dant les chaleurs. Sans doute il ne dépendait que de lui
d'être ailleurs. Mais qui se figurera , connaissant La Men-
nais, une demande pareille, signée de lui? Inflexible et
patient, il donna sa liberté comme il eût donné sa vie. »
( Forgues, Notes et Souv., 106.)
(2) Ce journal, un des plus originaux de la presse répu-
blicaine, était rédigé par La Mennais, Pascal Duprat et
Aug. Barbet ; la nouvelle loi sur le cautionnement le
força de suspendre sa publication. Malgré les efforts de
La Mennais pour attirer les poursuites contre lui-même,
le gérant fut déclaré seul responsable et condamné, le
S6 octobre 1848, à un mois de prison et SOO fr. d'amende.
NOUV. BIOGR. GÉNÉB. — T. XXIX.
(1) Il succomba à Paris, rue du Grand-Chantier, n. lï,
aux suites d'une pleurésie. Dès qu'on sut qu'il avait pris
le Ut, on s'agita de tous côtés pour obtenir de lui, sinon
une rétractation du passé, du moins un retour à la foi
catholique. La mort de Grégoire avait déjà donné le triste
spectacle de ces excès du zèle dévot. Mais le malade avait
expressément défendu l'entrée de sa chambre aux per-
sonnes étrangères à sa famille; 11 remit, dès le 16 jan-
vier 185*, à chacun de ses exécuteurs testamentaires,
MM. Aug. Barbet et Benoît-Champy, un exemplaire de l'é-
crit suivant :
« Je veux être enterré au milieu des pauvres et comme
le sont les pauvres. On ne mettra rien sur ma tombe, pas
même une simple pierre. Mon corps sera porté directe-
ment au cimetière, sans être présenté à aucune pgli.se. On
n'enverra point de lettres de faire part Je défends très-
expressément qu'on mette les scellés chez moi. •■>
Un procès-verbal de ses derniers moments fut rédigé
par MM. Montanelli, A. Lévy, H. Carnot, H. Martinet
Jallat, et communiqué aux journaux.
lf&
LA MENNAIS
196
chrétiennes, pvisaLUgmeaté de cinq chapitres, sous
le titre nouveau de Guide du Premier Age ; 1828,
in-18; 1844, ia-32; — fournée du Chrétien;
t*aris, 1828, in-16; c'est un recueil des prières
les plus touchantes que la piété chrétienne ait
formulées; — Recueil de Piété; Paris, 1828,
in-ie de 96 p.; — Les Évangiles, trad. nouv.,
avec des notes et des réflexions à la fin de
chaque chapitre; Paris, 1846, in-12, réimpr.
la même année avec beaucoup de luxe.
Religion et Philosophie. — Réflexions sur
l'état de l'Église en France pendant le dix-
huitième siècle, et sur sa situation actuelle;
Paris, l808,in-8", réimpr. en 1814 et en 1819(1);
— Tradition de V Église sur l'Institution des
Évéques,parM. Pabbé L***; Paris, 1814, 3 vol.
in-S", ouvrage rédigé avec son frère, et qui n"a
jamais figuré dans ses Œuvres (2) ; — Influence
des Doctrines philosophiques sur la Société;
1816; — £ssai sur l'Indifférence en matière
de Religion; Paris, 1817-1823, 4 vol. in-S" ( les
trois premières éditions ne portent pas de nom
d'auteur ); 8« édit., 1825 ; la plus récente est
de 1843-1844, 4 vol. in-12. Peu de livres ont eu
un succès aussi rapide que le tomeP"^ de V Essai,
dont quarante mille exemplaires s'écoulèrent en
peu d'années; il donna lieu à des attaques vio-
lentes publiées par MM. Baston, Bellugon, de
Montlosier, Lucas , Bouchitté , Clausel de Cous-
sergues, etc. (3) ; — Mélanges religieux et phi-
losophiques, premier recueil ; Paris, 1819,
in-8", impr. pour la première fois à la suite de
la .3^ édit. des Réflexions sur l'état de l'Église;
on y a réuni trente opuscules ; — Observations
sur la promesse d'enseigner les quatre ar-
(1) On sait que la première édltioo, qui était anonyme,
fut saisie et supprimée par la police impériale, malgré le
tribut de reconnaissance que l'auteur avait paye an
« grand homme ». Dans le court avertissement qui pré-
cède cette édition, on lit en effet ce passage enlevé plus
tard : «Je me suis trouvé heureux, en défcndiint ma foi,
d'avoir à établir les principes fondamentaux du gouver-
nement qu'un grand homme a rendu à la France pour
son bonheur, » 11 y a loin de là i l'éloge pompeux dont
parle Barbier dans son Dictionnaire, et qui ne s'est pas
retrouvé aux pages indiquées par lui.
(2' 0 La Tradition, dit M. Sainte-Beuve, avait été com-
posée, à partir delRll,au petit séminaire de Saint-Malo,
où M. de La Mennais était entré en prenant la tonsure. Il
y enseignait les mathématiques, et c'est a ses heures de
loisir, sur les cahiers de son frère, fondateur et supérieur
du séminaire, qu'il rédigea cet ouvrage de théologie.»
(Portraits contemp., \, 146. )
(3| ■V ce sujet nous enregistrons poor mémoire une
nouvelle accusation de plagiai portée contre l'illustre
écrivain. « Il devait dominer les philosophes, dit M Ma-
drolle dans son histoire secrète ; il se laisse a\i contraire
dominer par eux. J.-J. Rousseau est devenu de cette fa-
çon le maître du l" vol. de l't'ssai. Tout ce qu'il y a de
vrai avait été dit mille fois avant M. de La Mennais et
mieux que par lui, même par ses oonrtemporiiins. Ses
meilleures pen>"es sont prises, quelquefois copiées et
déoolorées, de M. ae .Maistre, de M de Ronald, et même de
M. de Chateaubriand » r>'après M. Quérard, il aurait em-
prunté à ce dernier le chapitre X du t. 1^^ qui traite de
l'Importance de laRcliaion dans la Société, et il existe-
terait d'assez bonnes preuves ( qu'il ne donne pas) que
ce volume tout entier, en ce qu'il a de bon, est autant
de M. Telssère , théologien de Saint-Sulpice , que de lui.
ticles de la déclaration de 1682, exigée des pro-
fesseurs de théologie par le mirnstre de l'in-
térieur ; Paris, 1818, in-8"; la 2° édit., de 1824,
est signée ; — Sommaire d'un . Système des
Connaissances humaines ; vers 1820; brochure
anonyme , qui n'a été réimprimée que dans les
Œuvres, édit. 1844; — Réflexions sur la na-
ture et l'étendue de la soumission due aux
Lois de l'Église en matière de discipline;
Paris, 1820, in-8° de 16 pag.; — Défense de
l'Essai sur l'Indifférence; Paris, 1821, 1827,
1829, in-8°; réimpr. ensuite avec l'Essai; —
Défense de la vénérable Compagnie des Pas-
teurs de Genève, à Vuccasion d'un écrit in-
titulé: Y érUàhle histoire des Mômiers; Genève,
1824, in-8*' : écrit satirique signé C. P. et inséré
dans Le Mémorial catholique deux mois plus
tard; — Du Projet de loi sur les Congrégations
religieuses de Femmes; Paris, 1825, in -8° de
32 p.; — Quelques Réflexions sur le Procès du
Constitutionnel et du Courrier, et sur les Arrêts
rendus à cette occasion; Paris, 1825, in-8° de
48 p.; — De la Religion considérée dans ses
rapports avec l'ordre politique et civil ; Paris,
1825-1826, 2 part. ia-8°; 3*^ édit. de la 1"^* part.,
1825. Dans cette exposition de la théocratie ro-
maine, on trouve cette phrase, reprise et dévelop-
pée par les orateurs du dernier règne : « La religion
en Fiance est entièrement hors de la société poli-
tique et civile, et par conséquent l'Étatest athée.»
— Nouveaux Mélanges; Paris, 1826, in-8°;
2"^ édit., 1835, recueil de cinquante-et-un opus-
cules ayant paru dans la presse ou tirés à part ; —
Première Lettre à Monseigneur l'archevêque
de Paris ; Paris, mars 1829, in-8° ;— Deuxième
lettre au même; Paris, avril 1829, in-8°; —
Des Progrès de la Révolution et de la guerre
contre l'Église; Paris, 1829, in-8''; réimpr. la
même année ; — Déclaration présentée au
saiyit-siége par les rédacteurs de L'Avenir;
Paris, 1831, in-S" de 32 p.; elle porte les noms
suivants : La Mennais, H. Gerbet, Rohrbacher,
Lacordaire, de Coux, Bartels, Ch. de Montalem-
bert, J. d'Ortigue , de Salinis, Harel de Tancrel
et Waille, gérant; — Paroles d'un Croyant;
Paris, 1834, in-8°; des fragments de ce livre
avaient d'abord paru dans la Revue des Deux
Mondes et la Revue de Paris ; de nombreuses
éditions en tous formats en ont été faites ainsi
que des traductions en plusieurs langues; il a
donné lieu à des imitations , des réfutations et
des parodies de toutes sortes, et un magistrat,
M. Duchapt, a inséré dans le Journal de Bour-
ges la traduction en vers d'un chapitre; — Troi-
sièmes mélanges ; Paris, 1835, in-8", qui ren-
ferment trente-huit opuscules, en partie connus;
— Affaires de Rome; Paris, 1837, in -8° ; V édit.,
1838 , 2 vol. in- 32 : récit assez tardivement
écrit du voyage que l'auteur fit à Rome en 1832
en compagnie de MM. Lacordaire et de Monta-
lembert ; — Esquisse d'une Philosophie ; Paris, .
1841-184C, 4 vol. ia-8°, trad. en allemand ; —
■^1
Discussions critiques et pensées diverses sur
la Religion et la Philosophie; Paris, 1841,
in-8" : feuilles éparses « qui n'étalent, dlt-U,
qu'une sorte d^entretien secret avec lui-inôme»
et où 11 examinait de près les Importantes ques-
tions qui amenèrent un changeuient dans ses
convictions; — Delà Religion; Paris, 1841,
)n-32; — Amschaspands et Darvands ; Paris,
1843, ln-8" : lutte des génies du bien et du mal,
empruntée à la cosmogonie persane et qui pré-
sente un tableau animé de la société moderne;
De la Société première et de ses Lois, ou de
la Religion; Paris, 1848, in-12; partie Inédite
ûe l'Esquisse d'une l'hilosophie, et divisée en
irols livres sur la société en général et la société
spirituelle.
Politique. — Du Droitdu gouvernement sur
^Éducation, Paris, 1817,broch. anonyme; —
Quelques Réjlexions sur la Censtire et VV-
niversité; Paris, 1820, in-8'' de 16 p.;— un
grand nombre de brochures, qui plus tard ont été
réunies dans les divers Mélanges de l'auteur;
— Réponse à M. de Potter ; Paris, 1832 (n'a
•pas été réimpr. dans les Œuvres complètes );
nous en citerons le passage suivant, qui résume
la loi nouvelle de La Mennals : « C'est au peuple,
au vrai peuple qu'il faut s'identifier ; c'est lui senl
qu'on doit voir; c'est lui qu'il faut amener à dé-
femlre sa propre cause, à vouloir, à agir. Tout mou-
vement moins profond sera stérile pour le bleiij
parce qu'il sera vicié dans son principe. » — Ze
Livre du Peuple; Paris, 1837, in-8"; diverses
édit. ln-32; — Politique à l'usage du Peuple;
Paris, 1838, 2 vol. in-32; k" édit. augmentée,
1839; recueil de 53 articles publiés dans Le
Monde (10 février— 4 juin 1837), la Revue des
Deux Mondes et la Revue du Progrés , et pré-
cédé d'une préface; — De la Lutte entre la
Cour et le Pouvoir parlementaire ; Paris, 1839,
in-32; — D« l'Esclavage moderne; Paris,
1839, in-32; 2* édit., 1840; — Questions Po-
litiques et Philosophiques; Paris, 1840, 2 vol.
in- 16 : réunion des articles fournis à L'Avenir,
du 16 octobre 1830 au 15 novembre 1831, et qui
avaient déjà paru en 1831 dans les Mélanges
Catholiques, publiés par l'Agence générale pour
la délense de la liberté religieuse, dont La Men-
nàis était président; — Le Paijs et le Gou-
vernement; Paris, 1840, in-32 : violent pam-
phlet, qui amena la condamnation de l'auteur à
un an de prison; — Du Passé et de l'Avenir
du peuple; Paris, 1841, in-32; — Une voix
de prison; Paris, 1846, in-32 . écrit composé
en 1841, à Sainte-Pélagie; — Projet de Consti-
tution delà République française ; Paris,
1848, in- 18; — Projet de Constitution du
Crédit social ( avec M. Barbet ); Paris, 1848,
in-18; — Question du travail; Paris, 1848;
— De la Famille et de la Propriété ; Paris ,
1848 : ces quatre biochures sont des extraits du
Peuple constituant , dont ii était le principal
rédacteur.
LA MENINAIS 198
La réunion des Œuvres complètes de La
Mennals a été l'objet de deux publications : l'une
date de 1836-1837, 12 vol. in-8"; l'autre, de
1844 et ann. suiv., Il vol. in-18. Il faut citer
en outre ses Œuvres choisies et philosophi-
ques, 1837-1841, 10 vol. ia 32 (édit poiiulaire),
et ses Œuvres posthumes , 1856 et ann. suiv.;
qui doivent comprendre la traduction en prose
de la Divina Commedia de Dante (1856, 2 vol.
in-8°), la Correspondance {\%b^, 2 vol. ln-8"),
qui s'étend de 181s à 1840, et quelques travaux
inédits; le soin de cette dernière publication a
été confié à M. Emile Forgues.
Comme é<iiteur, La Mennais a fait paraître les
ouvrages suivants, qu'il aarmolésou surveillés :
Bibliothèque des Dames chétieiines; Paris, 1 820-
1824, 20 vol. in-32, tig., collection qui reulernie
de lui plusieurs opuscules (1); — Lettres sur
les quatre Articles dits du Clergé de France,
par le cardinal Litta, nouv édit. avec des
notes; Paris, 1826, in-12 ; — Lettres d'Atticus,
ou considérations sur la religion catholique
et le protestantisme, nouv. édit. avec quel-
ques notes; Paris, 1826, in-12, trad. de l'an-
glais ; — Mémoires pour servir à l'Histoire
des Cacouacs , de J.-M. Moreau , suivis d'un
supplément ; Paris, 1828, inl2; — Nouvelle
Journée du Chrétien, de l'abbé Letourneui- ;
Paris, 1830, inl8;— De la Servitude volon-
taire, d'Et. La Boétie; Paris, 1835, in-S"; —
Collection des meilleurs Apologistes de lu
Religion chrétienne, 24 vol. in-B". Enfin, nous
indiquerons, en terminant, les principaux jour-
naux auxquels La Mennais a fourni des arti-
cles : Le Conservateur (1818), Le Défenseur,
Le Drapeau blanc (1823), Le Mémorial ca-
tholique, La Quotidienne , L'Avenir (1830-
1831), La Revîie Catholique (1833), La Revue
des Deux Mondes ( 1833-1838 ), Le ^/07^f/e
(1837), La Revue du Progrès (1839), La Revue
Indépendante et Le Peuple Constituant; ce
dernier journal, fondé par La Mennais en so-
ciété avec MM. Pascal Dupratet Auguste Barbet,
parut tous les jours depuis le 27 février jus-
qu'au 11 juillet 1848, où la loi sur le cautionne-
ment en interrompit la publication. Depuis cette
époque, l'éminent publiciste n'a fait insérer que
de rares articles dans deux ou trois organes de
la démocratie révolutionnaire.
Paul Louis Y.
Papanel (abbé ), Examen critique des Opinions de
l'abbé de Z,.;S« édit., 182d, i vol in-S» — Manet, Hiogr. des
Malovins cclèbi-es; 1824, in-8°. — Rabbe, Bionr.unie. et
portât, des Contewp., III. 565 et suiv. — Gerbct (abbé),
Conférences de Philosophie cuthol. , 1832, in-S" ; et Bé-
fiexions sur la chute de M. de L. , 1838, in-8°. — Maur
(1) a Vers 1820, Il se fit libraire err société avec M.Bins
de Saint-Victor, d'abord sons la raison Lesape , pais
sous celle Bclin jyiaodar et Ocvaiix. » Soi) associé abusa
de sa confiance, et « Lamenals dut souscrire à M, Belin-
Mandar des billets en une fois pour 60,000 fr., qui ont en-
traîné sa condamnation, rnéiiie par corps, à la requête
de M. de La Bouillene. » ( Qucrard, Supercheries littér.
11,421.)
109
Capeliarl ( GréRofrc XVI), Triomphe du Saint-Siège et
de l'Église, ou les novateurs modernes , trad. de l'ita-
lien ; 1932, 2 vol. in-S". — Combalot (abbé ), Élém. de
Philosophie cathoL, 183S, in-8°, et Lettres ( deux i o
M. de L.; 1836, in-8». — Riarabourp;, Du Rationalisme
et de la Tradition ; iSi^t, in-8°. — 1>.-D. Boyer, direct,
«le Saint-Sulpice , Examen de la Doctrine de M. de L. ;
188*, iJi-80. — L.-H. Caron, Démonstrations du Catho-
licisme: 13S4, 2 vol. in-S". — H. l^cordaire, Consid.
sur le Système Philos, de M. de L.; 1834, in-80. — Ma-
drolle, Hist. secrète du parti et de l'apostasie de
M. de L.; 1834, tn-8°. — E. l.enninier, I^s adversaires
de L. ; dans la Bei-né des Deux Mondes, 1834. — Astros
(D'), arcli. de Toulouse, Censure de 56 Proposit. extraites
de div. écri's de M de L.; 1833, in-S". — Le Biographe
et le Nécrologe; 1835. — Guillon (abbé), Hist.de la
nouvelle Hérésie du dix-neuvième siècle, ou réfutât,
compl. des ouvrages de M. de L.; 1835, 3 vol. 10-8". —
Edm. Robinet, Études sur l'abbé de L.; 183S, in-8°. —
Galerie de la Presse , \" série. — G Sarrut et Saint-
Ednie, Biogr. des Hommes du Jour, I, 2« part. — Galerie
des Contemp. illustres, 1 — Elias Regnault, Procès
de L.; suivi d'une Notice, 1841, In-S». - Biogr. du
Clergé Contemp., par un Solitaire; 1841, t. I•^ — .1. Si-
mon , De la Philosophie en France, dans la Bévue des
Deux Mondes; 1843 — V. Giobertl. Lettres sur les Doc-
trines philos, et polit, de L. ; 1843. in-8°. — Sainte-
Beuve, Portraits Contemporains ; 1846, 1, p. 134191. —
Qiiérard, Notice bibliogr. des Ouvrages de L.; 1849,
in-S" ( extr. des Supercheries littér., II, 360, 509 ). —
Moniteur univ., 1848-1851. — L'Illustration, mars 18B4.
— Silvestre de Sacy, Variétés l.ittér., 1858, II. — E. Re-
nan, Lamennais et ses écrits, dans la Bévue des Deux
Mondes, août 1887. — A. Blalze, Essai biogr. sur L.;
1858, in 8°. — E. Forgues, Notes et souvenirs , en tète
de la Correspond., t. I. 1858. — Prévosl-Paradol, deux
art. dans le J. des Débats, 30 oct. et 5 nov. 1858. — Co-
quille, art. dans l'Univers, Janv. 1889.
L,A MERViLLE ( Jean-Marie de ). Voy.
Hedrtadt.
LA MÉSANGÈRE {Pierre de), littérateur
français, né le 23 juin 1761, à Baugé, en Anjou
(ou à La Flèche, d'après Quérard ), mort le
25 février 1831, à Paris. Après avoir fait de
bonnes études à Angers, il embrassa l'état ec-
clésiastique, et occupa la chaire de philosophie
et de belles-letti"es au collège de La Flèche jus-
qu'au moment où la révolution ferma cet éta-
blissement. Il vint alors habiter Paris, et
échappa, grâce à une retraite absolue, aux per-
sécutions que pouvait lui attirer sa qualité de
prêtre. En 1799 il prit la direction du Journal
des Dames et des Modes, fondé deux ans au-
paravant par Sellèque, et il le continua jusqu'à
sa mort. « Il était assez piquant, dit un biogra-
phe, de voir un ecclésiastique fort grave et de
mœurs très-austères se livrer à un pareil tra-
vail. C'était lui-même qni tenait les registres ,
faisait la rédaction et allait dans les spectacles
et les lieux publics observer la toilette des da-
mes. L'entreprise prospéra; La Mésangère y
gagna une honnête fortune qui suffisait à la sim-
plicité de ses goûts (1). » Il fut un des membres
(1) « II sortait toujours sans parapluie , racsnte
M. Fayolle ; s'il venait à pleuvoir, il en achetait un. 11
oubliait souvent sa tabatière, et dans ce cas il en ache-
tait une autre, chaque fois qu'il sortait, y acheialt quelque
chose, tantôt une paire de bas de soie, tantôt une paire
de souliers, un habil 011 un chapeau. Il avait toujours
dans sa poche de? pièces de quinze et de trente sous
pour donner aux pauvres qu'il rencontrait dans la me.
A. sa mort, on a trouvé, parmi ses effets, 1,000 paires de
LA MENNAIS — LA MESCHIINIÈRE
200
du Lycée des Arts. On a de lui : Le Voyageur
à Paris, ou tableau pittoresque et moral de
cette capitale; Paris, 1789, 2 vol. in-12;
2^ édit., augmentée, 1797, 3 vol. in-18 ; —
Géographie de la France d'après la nouvelle
division en 83 départements; ibid., 1791,
in-S" ; — Géographie historique et littéraire
de la France, contenant les détails sur l'ori-
gine, les productions, l'industrie, les édi-
fices, statues, bas-reliefs, inscriptions , les
anecdotes et singularités historiques, le ca-
ractère des hommes célèbres, eic. ;ibid.,
1791, 4 vol. in-12; 4* édit., 1796 ; trad. en alle-
mand; Dresde, 1795; les trois premières édi-
tions sont anonymes ; — Nouvelle Bibliothèque
des Enfants ; ibid., 1794, in-12; — Histoire
naturelle des quadrupèdes et des reptiles;
ibid., 1794, in-12 ; — Journal des Dames et des
Modes; ibid., 1797-1829, 33 vol. in-8°, pi.,
recueil recherché, qui paraissait tous les cinq
jours ; on a réuni quelques exemplaires des
planches (au nombre d'environ 2,700) sous le
titre de Costumes parisiens de la fin du
dix-huitième siècle et du commencement du
dix-neuvième; — Vie de Fr. -René Mole, co-
médien français; ibid., au xi ( 1803), in-12;
— Dictionnaire des Proverbes français;
ibid , 1821 ;3* édit., 1823, in-8° ; cette dernière
a été augmentée par l'auteur et porte seule son
nom ; — Observations sur les Modes et les
Usages de Paris, pour servir d'explication
aux 115 caricatures publiées sous le titre de
Bon genre, depuis le commencement du dix-
neuvième siècle; ibid., s. d., in-4° oblong ;
2' édit., 1822, in-fol. ; — Galerie française
des Femmes célèbres par leur talent, leur
rang ou leur beauté (anonyme); ibid., 1827,:
gr. in-4° avec 70 portr. col. ; — Costumes des^^
Femmes de Hambourg, du Tyrol, de la Hol- ]
lande, de la Suisse, etc.; ibid., 1827, in-4°,
avec 100 pi. col. ; — Costumes des Femmes du
pays de Caux et de plusieurs autres parties
de l'ancienne Normandie; ibid., 1827, in-4°,
avec 105 pi. col. La Mésangère a rédigé, sans
les signer pourtant, le texte de ces deux re-
cueils. Il a été aussi l'éditeur des Voyages en
France, en vers et en prose ; 1798, 4 vol.
in-18, fig., auxquels il a ajouté des notes.
P. L— Y.
Journal des Dames, S8 février 1831. — Henrion, An-
nuaire Biographique, t. II. — Quérard, La France lit-
téraire.
LA MESCHiNiÈRE (Pierre de), poète fran-
çais, vivait à la fin du seizième siècle. Sous le
singulier titre de£a Ceoce/re , Lyon, 1578, in-4°,
il a publié des sonnets, des odes, des chansons,
des églogues et des bergeries qui lui ont été
inspirés par un amour malheureux. K.
Lelong, Biblioth. française.
bas de soie, 2,000 paires de souliers, 6 douzaines d'habits
bleus, 100 chapeaux ronds, 40 parapluies, 90 tabatières et
10,000 fr. en pièces de quinze et de trente sous. »
201
LA^MESNAllDiERE — LAMET
202
tiAMESNARDlÈRE {Hippolljle-JuleS PlLET
i»e), poète français, né en 1610, àLoudun, mort
le 4 juin 1663, à Paris. Il s'adonna d'abord à l'é-
tude de la médecine , fut reçu docteur à la faculté
de Nantes, et se fit connaître par un Traité de la
mélancolie, où il prétendait, contrairement à
l'opinion de l'Écossais Duncan, que la possession
des religieuses de Loudun n'était point l'effet
d'un cerveau dérangé par la folie , mais la suite
des maléfices employés à leur égard. Ce livre
plut infiniment an cardinal de Richelieu, qui fit
venir l'auteur à Paris et l'attacha à sa personne
en qualité de médecin ordinaire ; il remplit, par
un hasard singulier, la même charge auprès de
Gaston, duc d'Orléans. Mais il ne tarda point
à abandonner l'exercice dé sa profession pour se
livrer entièrement à Tétude des lettres, et exerça
successivement dans la maison du roi les fonc-
tions de maître d'hôtel et de lecteur ordinaire
de la chambre II fut reçu à l'Académie Française
en 1655, en remplacement de Tristan L'Hermite.
L'oubli où il est tombé depuis sa mort, en même
temps que ses ouvrages, fait que l'on ignore la
plupart des particularités de sa vie. Ses contem-
porains l'ont jugé diversement ; Bussy l'appelle
« un virtuose qui a fort bien écrit de toutes les
manières ». Chapelain, dans sa Liste de quel-
ques Gens de Lettres français, en parle ainsi :
« Il écrit avec facilité et assez de pureté ; son
style est mou et étendu ; quand il se veut éle-
ver, il dégénère en obscurité et ne fait paraître
que de beaux mots qui ne font que sonner et ne
signifient rien. » L'abbé d'Olivet, plus équitable,
« avoue qu'on voit dans sesouvrages plusd'imagi-
nation que de jugement et une continuelle envie de
se faireadmirerpiutôtqued'instruire.» Enfin Éloy
se contente de l'appeler « un bavard éloquent ».
On a de La Mesnardière : Traité de la Mélan-
colie, sçavoir si elle est la cause des effets que
l'on remarque dans les possédées dé Loudun ;
Là Flèche, 1635, in-S" ; — Raisonnement sur
la nature des Esprits qui servent au senti-
ment; Paris, 1638, in-12; — Panégyrique de
Trajan ; Paris, 1638, in-4° : c'est moins une
traduction qu'une paraphrase des plus libres; —
La Poétique; Paris, t640, in-4° : ouvrage laissé
inachevé à cause de la mort du cardinal de Riche-
lieu, qui avait engagé l'auteur à entreprendre ce
travail « Il donne, dit Nicéron , des préceptes et
des exemples sur la tragédie et l'élégie. Les pré-
ceptes sont empruntés des anciens , et il les ex-
pose, non pas avec une brièveté didactique, mais
souvent avec un faste oratoire ; pour les exem-
ples, il les tire quelquefois de son propre fonds. »
— Le Caracth-e élégiaque ; Pans, 1640, in-4° :
suite de La Poétique; — La Pucelle d'Orléans,
tragédie, qui a été attribuée à Bensevade; Paris,
1642, in-4°; — Alinde, tragédie, dont on a dit
« qu'elle était ennuyeuse dans toutes les règles,
car elles y étaient exactement observées» ; Paris,
1643, in-4° ; — Lettres de Pline le consul;
Paris, 1643, in-12 : qui ne contiennent que la ver-
sion des trois premiers livres , version tellement
littérale que l'auteur n'a presque rien laissé de
cette facilité qui fait le mérite du style épistolaire;
— Les Poésies de Jules de La Mesnardière;
Paris, 1656, in-fol. : recueil de pièces latines et
françaises; les épigrammes tirées de l'anlhologie
grecque sont à peu près ce qu'il y a de mieux ;
— Lettre du sieur du Rivage contenant quel-
ques observations sur le poëme épique et sur
le poëme de La Pucelle; Paris, 1656, in-4°. La
Mesnardière s'est caché ici sous le nom du
Rivage ; — Chant nuptial pour le mariage
du yo?/ ; Paris, 1660, in-fol. : poëme d'environ
sept cents vers ; — Relations de guerre con-
tenant le secours d'Arras en 1654, le siège de
Valence en 1656 et le siège de Dunkerque en
1658; Paris, 1662 et 1672, in-12. P. Louisy.
NIcéfon, niém. des Hommes illustres, XIX. — Bussy,
Mémoires^. —Chape\àin, Liste de quelques Gens de Lettres
vivants. — Èioy, Dict. de la Médecine, IH. — D'Olivet,
Hist de l'Aead. Française. — VioUet -Leduc, fii6ijotA.
Poétique.
LAMET {Adrien- Augustin de Bussy de), théo-
logien français, né dans le Beauvoisis, en 1621,
mort à Paris, le 20 juillet 1691. Il fut reçuenSor-
bonne en 1646, et obtint le doctorat quatre ans
plus tard. Paul de Gondi , cardinal de Retz,
dont il était parent, l'attacha à sa pei sonne. De
Lamet suivit ce prélat en Angleterre, en Hol-
lande, en Italie; confident intime du cardinal,
il ne paraît pas cependant avoir joué de rôle
actif dans les intrigues qui occupèrent la plus
grande partie de l'existence aventureuse de Paul
de Gondi. Cette vie errante déplut enfin à Bussy
de Lamet; il revint à Paris, et quoiqu'il n'eût
pour toute fortune que les revenus de sa sei-
gneurie de Serais (Maine) et ceux du prieuré de
Saint-Martin de Brives, il se livra, dans la mai-
son de Sorbonne, lieu de sa retraite, à l'étude, à
la prière, à l'éducation de nombreux écoliers
pauvres et à la direction de plusieurs maisons
de religieuses. 11 allait aussi visiter les prisons,
consolant les détenus ou les exhortant au re-
pentir. Sa piété sincère le fit choisir pour ac-
compagner les condamnés au dernier supplice.
Son ami Sainte-Beuve se l'associa pour la réso-
lution des cas de conscience, et l'opinion de La-
met fut d'une grande importance dans la plu-
part des solutions qui furent données sur cette
matière. On a de lui : Résolutions de plusieurs
Cas de Conscience (ouvrage posthume), 1714,
in-S"; réimprimé avec les résolutions de Froma-
geau, 1724, in-8°; revu et mis en ordre alpha-
bétique par Saint- Michel-Treuvé, théologal de
Meaux, et l'abbé Goujet , sous le titre de Dic-
tionnaire des Cas de Conscience , etc.; Paris,
1733, 2 vol. in-fôl. Les cas de conscience y sont
traités suivant la morale, la discipline de l'É-
glise, l'Écriture Sainte, les Conciles, les Pères,
les canonistes et 1 s théologiens. Cet ouvrage
a été réuni à celui de Jean Pontas; Bâle, 1741,
5 vol. in-fol. A. L,
Moréri, Le Grand Dict. Historique.
303
î^AMETH, ancienne famille française de la no-
blesse (le Picardie , dont le représentant, au milieu
du dix-huitième siècle, était officier général, chef
d'état-major du maréchal de Broglie, dont il
épousa la sœur. Il en eut quatre fils, qui tous se
sont distingués dans les armées françaises et ont
figuré dans nos assemblées législatives.
P. A. V.
LAMETH [Augustin-Louïfi-Charles, marquis
de), homme politique français, né le 20 juin 1755,
mort le 20 janvier 1837. Il ne prit aucune part
aux événements de la révolution. Appelé au
corps législatif en 1805, par le département de
la Somme, il y siégea jusqu'en 1810.
Il eut deux fils, l'aîné, Alfred, né en 1784, entré
au service militaire à l'âge de seize ans, doué
d'une bravoure brillante, successivement aide de
camp des maréchaux Soult et Murât, fut massacré
en Espagne par un parti de guérillas; — le second,
Adolphe, entré dans la marine à l'âge de quinze
ans, après s'être distingué autant par son huma-
nité que par sa valeur dans la guerre de Saint-
Domingue, mourut de la fièvre jaune à Sainte-
Lucie. P- A. V.
Arnanlt, Jay, Jouy et Norvins, Biogr. nonv. des Con-
temp. — Dict. de la Convers.
LAMETH (Théodore, comte de), homme po-
litique français, né à Paris, le 24 juin 1756, mort
au château de Busagny, près dePontoise,le 19 oc-
tobre 1854. A l'âge de quinze ans il entra dans la
marine, où il se distingua , comme enseigne de
vaisseau, dans plusieurs campagnes qu'il lit sous
de Guichen et d'Orvilliers. Il passa ensuite avec
le grade de capitaine dans un régiment de cava-
lerie, et fit avec deux de ses frères, en 1778,
la guerre d'Amérique, où il fut blessé au combat
de La Grenade. De retour en France, il fut nommé
colonel en second, puis colonel commandant un
régiment de cavalerie, Royal-Étranger. <i II n'a-
vait pas, comme beaucoup de ses compagnons
d'armes, rapporté d'Amérique, dit M. Beugnot,
l'engouement pour les institutions républicaines;
et quoiqu'il adhérât ave« chaleur aux idées de ré-
forme qui, peu ou point contenues, firent explo-
sion en 1789, il ne prit aucune part aux premiers
événements de la révolution et ne s'occupa qu'à
maintenir la discipline dans son régiment et l'ordre
dans les villes où il tint garnison. Les habitants
du département du Jura, pour reconnaître les
services qu'il leur avait rendus, le nommèrent,
en 1790, administrateur de ce déparlement, et
l'année suivante député à l'Assem'olée législative.
Il ne balança pas dans le choix de la place qu'il
occuperait au sein de cette assembl(>e; il alla
.s'asseoir au côté droit, dans les rangs d'une mi-
norité courageuse, qui, sans se l'aire d'illusion sur
les vices de la constitution de 1791, ne croyait
pas trouver ailleurs que dans l'expculion rigou-
reuse f^e cette constitution le moyen de sauver
le roi. Il suffit d'ouvrir Le 3îoiiHe?tr et de par-
courir les débats de cette tumultueuse assem-
blée pour rester convaincu qu'aucun membre de
LAMETH 204
ce côté ne put disputer à Théodore de Lametli
la palme du courage que rien ne rebute ni n'in-
timide, et qui puise même dans des revers jour-
naliers un surcroît d'énergie. Lameth ne se bor-
nait pas à défendre le roi, la reine , sans cesse ou-
tragée, la constitution quotidiennement violée, il
portait l'attaque dans les rangs de ses adversaires
et les forçait souvent, par l'énergie de son langage
et de son attitude , de reculer et de se défendre
à leur tour. » Lorsque Pastoret proposa de dé-
clarer la guerre à l'empereur d'Allemagne, La-
meth fut un des sept députés qui votèrent contre
le décret de l'assemblée. Il n'abandonna pas,
comme presque tous ses collègues du côté droit,
l'assemblée après le 10 août, et continua de
lutter en désespéré. A l'époque des massacres de
septembre 1792, il osa dénoncer ces horreurs à
la tribune et conjura vainement ses collègues d'y
mettre un terme. Charles de Lameth avait été
arrêté à Rouen quelques jours après le 10 août;
à la dernière séance de l'Assemblée législative,
Théodore de Lameih obtint l'élargissement de
son frère par un décret. Après la dissolution de
l'Assemblée législative, il demeura à Paris, ca-
chant ou faisant évader des personnes compro-
mises, exigeant avec autorité des passe- ports de
Danton. 11 se décida à quitter la France quand il
apprit que l'ordre de l'aiTêter était donné II se
réfugia en Suisse , où l'amitié de l'avoyer de
Berne, Steiger, lui assura un asile paisible et ho-
norable, qu'il quitta à regret, en 1798, quand les
armées du Directoire vinrent révolutionner ce
pays. Après un court séjour dans le nord de l'Al-
lemagne, où il rejoignit son frère Charles et le duc
d'Aiguillon, il profita de l'amnistie accordée à
l'occasion du 18 brumaire, pour rentrer en
France. Lebrun l'ayant présenté au premier con-
sul, celui-ci lui adressa quelques reproches peu
mérités ; Lameth les releva avec fierté. Cela suffit
pour le brouiller avec Napoléon. Théodore de
Lameth avait été nommé maréchal-de-camp
par Louis XVI en 1791 ; il se trouvait donc en
1814, au moment de la restauration , le second
par ancienneté du tableau des officiers-géné-
raux de son grade; il espérait passer lieutenant
général : il fut rois à la retraite. Le département
de la Somme l'envoya à la chambre des repré-
sentants durant les Cent Jours. Il y fit peu
parler de lui. Il ne prit aucune part aux af-
faires publiques ni sous la Restauration ni sous le
gouvernement de Juillet. Il ne briguait point la
députation et quoiqu'il fût attaché au parti libé-
ral , il ne prit part à aucun acte d'opposition. A
un âge avancé, il ne réservait pour lui qu'une
faible partie de ses revenus, et venait au secours
d'un grand nombre de malheureux. « Sa charité,
dit M. Beugnot, était active, ingénieuse, non-
seulement pour faire lui-même le bien, mais pour
décider encore les autres à le faire.» Il avait en
outre une clientèle nombreuse de solliciteurs
d'emplois publics, pour lesquels il ne négligeait .
rien. Retiré chez sa nièce, M"® la marquise de
205
KicolM, il avait fini par professer des sentiments
religieux dont son éducation, empreinte de la
philosofshie du dix-huitième siècle, l'avait long,
temps tenu éloigné. On a de lui : Observations
de A> le oénéral comte Th. de Lameth , re-
latives à des notices qui se trouvent dans la
Biographie universelle sur ses frères Charles
et Alexandre; Paris, 1843, in-8°. J. "V.
Comte Bpusnot, W. te comte TModore de Lameth,
daii-- k' Journal des Débats du 13 novembre 18Si. — Ar-
nault, Jay, Jouy et Norvins, Bioçr. nouv. des Contemp.
LAMETH (Charles-Malo- François, comte
de), homme politique français, né à Paris, le
5 octobre 1757, mort le 28 décembre 1832. Il
figura honorablement, ainsi que ses deux frères
Théodore et Alexandre, dans la guerre de l'in-
dépendance américaine. Attaché au corps d'ar-
raée du général Rochambeau, en qualité d'aide
major général des logis , il fut blessé au siège
d'Yorktown, ce qui lui valut le grade de colonel
en second du ré.giment des dragons d'Orléans.
De retour en France, il fut fait colonel des cui-
rassiers du roi, et devint gentilhomme d'hon-
neur du comte d'Artois, place qui était alors un
titre aux plus hautes faveurs de la cour. Il s'em-
pressa cependant de la quitter, aussitôt qu'il eut
été nommé député aux états génératix par la
noblesse de l'Artois. Lors de la lutte des deux
ordres privilégiés contre le tiers état, au sujet de
la vérification des pouvoirs , il fut l'un des pre-
miers de sa chambre à se réunir aux communes,
et siégea constamment au côté gauche, après la
réunion des ordres en Assemblée nationale. Op-
posant à l'institution du marc d'argent comme
condition du droit d'éligibilité, parce que, selon
lui, c'était favoriser l'aristocratie des richesses,
il demanda la liberté de la presse et la liberté
des cultes; il opina pour que l'armée ïùi appelée
à voter sur la consiitution, et pour que les af-
faires civiles et criminelles fussent soumises à
la décision des jurés ; il réclama la suppression
des justices prévôtales, ainsi que celle des titres
honorifiques, et 1 abolition du droit de faire
grâce, comme attribution du pouvoir royal. Au
mois de mars 1790, Charles de Lameth ayant,
en qualité de membre du comité de surveillance ,
fait une perquisition nocturne dans le couvent
des Annonciades de Pontoise, pour y rechercher
)'ex-garde-des-Sceaux Barentin, compromis par
une dénonciation, Lameth riait tout le premier du
rôle qu'on lui faisait jouer dans cette expédition;
mais, sérieusement provoqué quelques mois après
par le duc de Castries, il l'appela en duel, et en
reçut un coup d'épée. Tandis qu'une députation de
patriotes se portait chez le blessé pour lui adres-
ser une harangue civique, la foule se rua sur
l'hôtel de Castries, qu'elle mit au pillage. Lorsque
vint la discussion sur le lit)re ronge, Charles de
Lameth fit verser au trésor public 60,000 fr.,
dont il avait bénéficié par cette voie. Plus tard,
il proposa de retirer au roi, pour l'attribuer à
l'assemblée, le droit de déclaration de guerre; il
LAMETH 206
combattit, le 28 juillet 1790, la motion de Mira-
beau, tendant à faire déclarer le prince de Condé
traître à la patrie; et le 1 1 décembre suivant,
contrairement encore à l'opinion de Mirabeau,
il demanda que, le roi et l'héritier présomptif
exceptés, tous les autres membres de la famille
royale ne jouissent d'aucun privilège en dehors
de la loi commune ; enfin, il provoqua la priva-
tion de toutes fonctions salariées à l'égard des
prêtres insoumis aux décrets relatifs à la constitu-
tion civile du clergé. Après la fuile de Louis XVI,
dans la nuit du 20 juin 1791, Charles de Lameth
proposa : 1° de faire tirer le canon d'alarme;
2° de renouveler, par un acte législatif, le ser-
ment de fidélité à la nation; 3° de décréter d'ar-
restation le marquis de Rouillé, ainsi que tous
les officiers suspectés d'aristocratie. Ces mesures
furent adoptées. Le 5 juillet suivant, élu prési-
dent de l'Assemblée nationale, il s'éleva forte-
ment contre les opinions qui tendaient à la dé-
chéance de Louis XVI, et soutint de tous ses
efforts l'établissement du régime constitutionnel.
A l'ouverture de la campagne de 1792, il com-
manda, en qualité de maréchal de camp , la di-
vision de cavalerie de l'armée du nord. A la suite
des événements du 10 août, étant en congé, il se
dirigeait avec sa femme et sa fille vers le Havre,
lorsque, sur un ordre du ministre Clavière, il
fut arrêté à Rouen, et retenu au secret pendant
vingt-sept jours. Rendu à la liberté, et bientôt
après dénoncé de nouveau, il parvint à se réfu-
gier à Hambourg, où, rejoint, à la fin de 1795,
par son frère Alexandre, tous deux, de concert
avec le duc d'Aiguillon, leur ami, établirent une
maison de commerce, où ils firent des gains con-
sidérables. Au mois de juin 1797, ils crurent
pouvoir sans danger reparaître en France ; mais
la catastrophe du 18 fructidor les força à s'expa-
trier de nouveau ; enfin la révolution du 18 bru-
maire vint mettre un terme à leur exil. Charles
de Lameth vécut dans la retraite jusqu'en 1809, où
il reçut l'ordre de rejoindre, à Hanau, l'armée d'ob-
servation ; à la fin de la campagne, il fut nommé
gouverneur de Vi^urtzbourg. Hentré en France
en 1810, envoyé en 18 i 2, comme gouverneur, à
Santona, sur la côte de Biscaye, il rendit cette
place à Ferdinand Vil, le 16 mai 1814, d'après
les ordres de Louis XVHI. Le 22 juin suivant,
il obtint le grade de lieutenant général. I! dispa-
rut alors delà scène po'itique jusqu'en 1829, où
il fut envoyé à la chambre des députés pai- l'ar-
rondissement de Pontoise , en remplacement de
son frère Alexandre. Après avoir figuré en 1830
parmi les 221, il protesta contre les ordonnan-
ces du 25 juillet, et lutta ensuite contre les
principes anarchiques qui tendaient à fausser
les conséquences de la révolution faite en faveur
des principes constitutionnels, avec non moins
de persévérance qu'il en avait mis autrefois à
combattre les abus du pouvoir royal. Dans la
discussion sur l'hérédité de la pairie, il en vota
le maintien, et ne cessa de prendre une part ae-
207
LAMETH
208
tive aux travaux de la chambre. [P.-A. Vieil-
lard, dans VEncycl. des G. du M.]
Arnault. Jay, Jouy et Norvins, Bioçr. nouv. des Con-
temp. — Dict. de la Convers. — Moniteur de 1190-179».
LAMETH ( Alexandre - Théodore - Victor
comte de), homme politique français, né à Paris,
le 28 octobre 1760, mort dans la même ville, le
18 mars 1829. 11 se distingua sous les ordres du
général Rochambeau et dans la guerre d'A-
mérique. Il commanda, en qualité d'adjudant
général, l'attaque contre la Jamaïque, et à son
retour en France il fut fait colonel ( 3 mars 1785)
des chasseurs de Hainaut (cavalerie). Député de
la noblesse de Péronne aux états généraux de
1789, Alexandre de Lameth se réunit à la
chambre du tiers état, et il fit partie, avec son
frère Charles, de cette section de gauche de
l'Assemblée nationale désignée sous le nom de
camp des Tartares. Dans la célèbre nuit du
4 août 1789, où, selon l'expression pittoresque
de Rivarol, il fut fait une Saint- Barthélémy
de privilèges , Alexandre de Lameth se dis-
tingua par l'ardeur avec laquelle il fit l'abandon
de ceux qu'il tenait de sa qualité de membre
des états de l'Artois. Il ne mit pas moins de
chaleur à poursuivre l'abolition de tous les pri-
vilèges dont jouissait le clergé. Dès le 8 août
il demanda que les biens du clergé fussent affectés
au payement des créanciers de l'État, et qu'il fût
pirivé de tous les avantages qui consacraient la
prédominance de la religion catholique sur les
autres cultes. En septembre suivant il combattit
avec force l'opinion de Mirabeau en faveur du
tieto absolu. Le 3 novembre, un décret rendu sur
sa proposition fit défense aux parlements de se
rassembler, en prorogeant les pouvoirs des cham-
bres des vacations. Dans la séance du 15 mai 1 790,
de concert avec son frère Charles et avec Bar-
nave, il soutint le principe de l'intervention na-
tionale dans le droit de déclarer la guerre. Au
sortir de la séance, Barnave et Alexandre de
Lameth reçurent une ovation populaire. Ce der-
nier ayant présenté un plan d'organisation mili-
taire, d'après lequel le mérite et l'ancienneté
étaient les seuls titres reconnus à l'avancement,
ce plan fut accueilli avec acclamation par l'as-
semblée. Le 13 juin il fit la proposition d'abattre
les statues des nations enchaînées aux pieds de
Louis XIV, sur le monument de la place des
Victoires. 11 soutint le principe de la liberté illi-
mitée de la presse appliquée aux journaux, et,
tout en adopant celui de la liberté des noirs , il
demanda qu'elle ne fût réafisée que par un af-
franchissement progressif. Le 20 novembre 1790
il fut appelé au fauteuil de la présidence. Lors-
que le roi eut été arrêté à Varennes, dans sa fuite
vers la frontière, et que le parti , qui déjà aspi-
rait au renversement du trône, eut fait au Champ-
de-Mars un appel à l'insurrection , Alexandre de
Lameth demanda qu'une députation de l'Assem-
blée nationale se rendît auprès de Louis XVI, afin
de le garantir, ainsi que sa famille , des effets de
l'irritation populaire. Membre du comité de révi-
sion de l'acte constitutionnel, il y dénonça les ma-
nœuvres de Robespierre et des jacobins pour in-
troduire dans l'armée l'esprit d'insubordination.
Il insista aussi pour qu'après l'acceptation de la
constitution par le roi l'assemblée continuât à
siéger comme simple législature ; mais cette sage
proposition échoua contre les scrupules d'une im-
prévoyante majorité. A cette époque, un rappro-
chement eut lieu entre Louis XVI et Alex, de La-
meth. Le faible monarque demanda au député des
conseils, et ne suivit point ceux qu'il reçut de lui,
entraîné par l'influence contraire du baron de Bre-
teuil et d'autres encore. Lorsque la guerre eut
été déclarée à l'Autriche, au mois d'avril 1792,
Al. de Lameth, alors maréchal de camp, prit du
service dans l'armée du nord , commandée par
le maréchal Luckner, et il traça le camp de
Maulde, qui plus tard fut occupé par Dumou-
riez. De l'armée de Luckner il passa à celle de
La Fayette ; après le 10 août, décrété d'accusation,
en même temps que ce général, Lameth sortit de
France avec lui, et pendant trois ans il partagea
en Autriche sa captivité; enfin, à la suite d'un
échange de prisonniers, il recouvra la liberté,
grâce aux instances de sa mère, sœur du der-
nier maréchal de Broglie. Retiré à Londres, dans
les derniers jours de 1795, il y fut accueilli avec
le plus vif empressement par Fox, Grey et les
autres chefs du parti whig. Mais Pitt, inquiété
par sa présence, lui fit donner l'ordre de quitter
l'Angleterre, d'où il passa à Hambourg, auprès
de son frère.
Après la révolution du 18 brumaire, Al. de La-
meth fut successivement appelé à administrer,
comme préfet, les départements des Basses- Alpes
(1802),deRhin-et-Moselle(1805),delaRoër(1806),
et du Pô (1809). A l'époque de la Restauration, il
quitta le titre de baron de l'empire pour prendre
celui de comte, fut promu au grade de lieutenant
général et nommé préfet de la Somme. Au retour
de Napoléon, il accepta de lui un siège à la
chainbre des pairs, et il y fit entendre ces belles
paroles par lesquelles il repoussait les mesures
de rigueur adoptées à la chambre des représen-
tants contre les royalistes : « Cette révolution-ci
passera comme les autres, mais les principes ne
passent pas. Les lois d'exception ne sont jamais
que des lois de partis. Aujourd'hui, on veut vous
faire appliquer des lois rigoureuses aux roya-
listes ; qui sait si, près comme nous le sommes
de grands événements, on ne se prépare pas déjà
à vous poursuivre avec des lois dont vous ne
pourriez vous plaindre, puisque vous les auriez
faites vous-mêmes? » Les événements qui sur-
vinrent donnèrent bientôt raison à ces paroles.
La seconde Restauration amena la dissolu-
tion de la chambre des pairs formée par Na-
poléon. Al. de Lameth fut, en 1819, envoyé à la
chambre des députes par le département de la
Seine- Inférieure. Il y siégea pendant quatre ses-
sions, et fit constamment partie de l'opposition
209
de gauche. Peu de discussions importantes eu-
rent lieu sans qu'il y prit part, et souvent d'une
manière remarquable. Dans la session de 1822,
il signala la marche du ministère de Villèle, qui,
selon lui , tendait ouvertement au renversement
de la charte et à la destruction de l'ordre
constitutionnel. Alexandre de Lameth ne vit
point la révolution de 1830. Il avait été réélu
député parle collège de Pontoise,.à la fin de
1827. Avec moins d'ardeur que son frère, c'é-
tait un orateur plus distingué ; ce fut surtout un
habile administrateur. On a de lui : Examen
d'un écrit intitulé : Discours et réplique
du comte de Mirabeau à VAssemblee na-
tionale sur cette question : A qui la nation
doit-elle déléguer le droit de la paix et de
la gtierre; Paris, 1790, in-8°; — Rapport
fait à VAssemblee constituante sur l'avance-
ment militaire, avec des Observations préli-
minaires ; Paris, 1818, in-8°; — Opinion sur
la loi des élections; Paris, 1820, in-8''; — Opi-
nion sur le retranchement proposé par la
commission du budget relativement à l'ins-
truction primaire; Paris, 182l,in-8°; — Opi-
nion dans la discussion du projet de loi sur
les canaux; Paris, 1821, in-8°; — Un Electeur
à ses collègues; Paris, 1824, in-8°, 3 éditions;
— La Censure dévoilée; Pans, 1824, in-8°; —
Considérations sur la garde nationale ; Paris,
1827,in-8°; — Discours prononcé sur la tombe
de Stanislas de Girardin; Paris, 1827, in-8";
— Histoire de l'Assemblée constituante ; Paris,
1828-1829, 2 vol. in'8°. A. de Lameth avait été
l'un des rédacteurs du Logographe de 1790 à
1792 ; il a travaillé à la Revue encyclopédique,
à la Minerve française, au Précis des événe-
ments militaires, parle général Dumas. [P. -A.
Vieillard, dans VEnc. des G. du M. ]
Arnault, Jay, Jouy et Norvins, Biog. nouv. des Con-
temp. — Ùict. de la Convers. — Quérard, La France
Littéraire.
LA MÉTHERIE (Jean-Claude de), médecin
et naturalistfi français , né à Clayette ( Maçon-
nais) le 4 septembre 1743, mort à Paris, le
l""" juillet 1817. Il était fils d'un médecin, et
reçut une bonne éducation. Destiné à l'état ec-
clésiastique , il vint suivre les cours de la Sor-
bonne, et prit les quatre ordres mineurs au sé-
minaire de Saint-Louis. Sur ces entrefaites, son
frère aîné étant venu à mourir, il obtint la per-
mission de se livrer à la médecine, qu'il étudia
pendant cinq années, et qu'il alla ensuite prati-
quer dans sa ville natale jusqu'en 1780, époque
à laquelle il vint à Paris. En 1778, il avait fait
paraître une sorte de logique et de métaphy-
sique où il prétendait indiquer les moyens de
réduire les probabilités en calcul , parce qu'il
avait inventé quelques signes pour en marquer
les différents degrés ; il y regardait le mouve-
ment comme essentiel à la matière et attribuait
la formation de tous les corps à la cristallisa-
tion. Il développa ces idées dans un nouvel ou-
LAMETH — LA METHERIE 210
vrageen 1781 ; mais ce livre n'eut aucun succès,
et La Métherie s'occupa alors des gaz, que les
travaux de Priestley venaient de signaler à l'at-
tention des savants. La Métherie soutenait
que l'oxygène n'est pas le principe de tous les
acides. « Cette idée, dont le temps a démontré
la justesse , dit Jourdan , parut alors paradoxale,
et disposa mal, jusqu'à Lavoisier lui-même, à l'é-
gard de l'auteur. » En 1785 il fut associé à la di-
rection du Journal de Physique, travail dont il
demeura seul chargé, la même année, après le
départ de l'abbé Mongez le jeune pour l'expédi-
tion de La Peyrouse, et qu'il continua sans in-
terruption jusqu'à sa mort. A partir de 1792, il
se livra à l'étude de la minéralogie, de la géolo-
gie, et bâtit un système de cosmogonie ; puis il
s'occupa de physiologie. En 1812 il devint pro-
fesseur adjoint des sciences naturelles au Collège
de France « La Métherie fut un homme de bien,
dans toute l'étendue de ce mot , ajoute Jourdan ;
mais il vécut plus sous l'empire de l'imagination
que dans le monde des réalités , et se trompa
souvent sur les hommes et sur les choses. Sui-
vant lui , la création et l'annihilation sont im-
possibles ; chaque partie de la matière a une
force propre qu'elle ne perd jamais ; dans les
corps solides cette force est in nisu; mais dans
les fluides elle donne à chaque molécule un
mouvement continuel de rotation , d'ondulation
et de vibration autour de son axe, différente
dans chaque corps. C'est ce mouvement qui pro-
duit tous les phénomènes de la nature. La Mé-
therie croyait qu'on peut supposer tous les corps
dans un état électrique ou magnétique... Il rap-
portait la vie à l'action galvanique... Il admettait
que les corps organisés peuvent bien n'avoir pas
commencé à la même époque, que par consé-
quent il peut y en avoir de perdus, et que tous
sont susceptibles de perfectibilité ou de dégéné-
rescence, suivant les circonstances dans les-
quelles ils se trouvent. Il croyait à l'existence
dans les végétaux d'une véritable circulation,
idée que des observations modernes ont justifiée.
Il croyait que nous ne sommes qu'une certaine
combinaison momentanée de molécules de ma-
tière affectée d'une forme déterminée par les
lois générales de la nature. Il croyait l'excitabi-
lité produite par l'action galvanique pravenant
de la superposition des fibres nerveuses et mus-
culaires. Suivant lui, la chaleur animale n'est
pas un produit de la respiration , mais elle est
due en outre aux combinaisons diverses qui ont
lieu dans l'habitude du corps pour former les
différents produits solides ou liquides. L'homme
n'est qu'un singe perfectionné par l'état social.
L'espèce humaine ne se partage qu'en deux
races , la nègre et la blanche. Elle a dû ne se
trouver originairement que dans une contrée
particulière et bornée. Son existence n'est pas
postérieure à celle des autres animaux. La vertu
est un amour de soi calculé de manière à pro-
curer un bonheur durable. Tous les êtres sen-
211
LA MÉTHERIE — LA METTRiE
212
sibles veulent le bien des autres êtres sensibles,
et ne peuvent trouver le bonheur que dans la
vertu. La somme des plaisirs du corps, de l'es-
prit et du cœur constitue la vraie volupté , celle
sans laquelle il n'y a pas de bonheur, en un
mot le souverain bien. » Livré bien plus aux
idées spéculatives qu'à l'expérience et à l'ob-
servation , La Métherie était assez ignorant en
mathématiques , et peu instruit dans l'histoire
des plantes et des animaux ; dans les parties
qu'il connaissait le mieux, comme la chimie et
la minéralogie, il avait des préventions qui nui-
saient à la rectitude de. ses jugements. Il combat-
tit l'emploi exclusif de la cristallographie comme
moyen principal de classification des minéraux, et
contribua à faire connaître un grand nombre d'es-
pèces minérales. Son style est sec, et il ne lie pas
assez ses idées pour en former un système. Sui-
vant Jourdan, « les travaux de La Métherie furent
peu utiles, parce qu'il ne sut pas les faire valoir
et qu'il ignora l'art si utile de l'intrigue, qui ré-'
pugnait à son âme ; aussi vécut-il presque in-
connu, dans un état voisin de la gêne , où son
bon cœur l'avait léduit, et dont nulle main se-
courable n'eut la générosité de l'aider à sortir. »
On a de lui : Essai sur les Principes de la Phi-
losophie naturelle; Genève, 1778, in-12; —
Viies physiologiqiies sur V Organisation Ani-
male et Végétale; Amsterdam et Paris, 1781,
in-12; — Essai analytique sur l'Air pur et
les différentes espèces d'Air; Paris, 1786,
in-S"; 1788, 2 vol. in-8° ; — Principes de la
Philosophie naturelle; Genève, 1787, 2 'vol.
in-8° ; réimprimés sous ce titre : De la Nature
des Êtres existants, ou principes de la phi-
losophie naturelle; Paris, 1805, in-8"j —
Théorie de la Terre; Paris, 1795,3 vol. in-8'';
nouv. édit., augmentée d'une Minéralogie ; Pa-
ris, 1797, 5 vol. in-8" ; — Analyse des Travaux
sur les Sciences naturelles pendant les an-
nées 1795-1797, conteitant les principales
découvertes sur V astronomie , la physique,
la chimie , les arts et les différentes bran-
ches de l'histoire naturelle, servant d'intro-
duction au Journal de Physiqzie de l'an VI ;
Paris, 1 798, in-4'' : chaque année il continua
ce travail, et plaça en tête de ce journal un ré-
sumé historique de ce qui avait été découvert ou
observé dans l'année précédente ; — De l'Homme
considéré moralement , de ses mœurs et de
celles des animaux; Paris, t803, 2 vol. in-S°;
— Considérations sur les Êtres organisés;
Paris, 1805, 2 vol. in-8"; — De la Perfectibi-
lité eu de la Dégénérescence des êtres orga-
nisés ; Paris, 1806, in-S" : ce travail forme la
suite de l'ouvrage précédent; — Leçons de
Minéralogie données au Collège de France;
Paris, 1812, 2 vol. in-8°; — Leçons de Géolo-
gie données au Collège de France; Paris,
1816, 3 vol. in-8°. Il a inséré dans \e Journal de
Physique un grand nombre d'articles .sur presque
toutes les branches de la physique, de la chimie.
de la minéralogie, de la géologie et des autres
parties de l'histoire naturelle. Enfin on lui doit
une nouvelle édition, augmentée, de la traduction
du Manuel du Minéralogiste de Bergmann ;
Paris, 1792. La plupart des ouvrages de La Mé-
therie sont devenus rares. L. L — t.
.lourdan, dans la Biogr. médicale. — Quérard, Lu
France Littéraire.
L.\ METTRIE {Julien Offray de), médecin
et philosophe français, né à Saint-MaJo, le 25 dé-
cembre 1709, mort à Berlin, le 11 novembre'
1751. Son père, riche négociant, ne négligea rie^'
pour lui faire donner une brillante éducation. Il
termina ses humanités à Paris, alla faire sa
rhétorique à Caen chez les jésuites , et revint
au bout d'une année dans la capitale, où il sui-
vit les cours de l'abbé Cordier; il se prononça
alors pour le jansénisme avec une ardeur
extraordinaire. Après avoir achevé ses études,
il retourna dans sa famille, et, suivant les con-
seils d'un ami , il embrassa la carrière médicale,
contre le voeu de son père, qui le destinait à l'état
ecclésiastique. 11 étudia l'anatomie pendant deux
ans, et se lit recevoir docteur à Reims. Eu 1733
il se rendit à Leyde , auprès de Boerh;jave, dont
il traduisit plusieurs ouvrages. De retour dans sa
ville natale , La Mettrie s'y occupa encore de tra-
ductions. Morand l'appela à Paris en 1742, et lui
fit obtenir la place de médecin des gardes fran-
çaises. La Mettrie suivit ce corps à l'armée , et
assista avec lui aux batailles de Dettingen et de
Fontenoy. Il tomba malade pendant le siège de
Fribourg, et, s'étant aperçu que diiraot sa ma-
ladie l'affaiblissement du moral avait suivi
chez lui l'affaiblissement du physique, il en tira
l'induction que la faculté de penser est le ré-
sultat de l'organisation, etque le moindre déran-
gement dans les ressorts de notre machine doit
exercer une grande influence sur l'âme. L'ou-
vrage dans lequel il exprimait ces idées et une
satire qu'il publia contre les médecins lui atti-
rèrent les persécutions des prêtres et de ses
confrères. Privé d'abord de sa place aux gardes,
après la mort du duc de Gramont, son protec-
teur, il perdit aussi celle qu'il avait obtenue dans
les hôpitaux des armées, et dut même, pour évi-
ter la Bastille, se réfugier à Leyde, en 1746. Il
écrivit dans cette ville une nouvelle satire contre
les médecins , qui fut condamnée au feu par le
parlement de Paris, et une sorte de code du ma-
térialisme qui lui attira autant de désagréments
de la part des réformés que son hétérodoxie lui en
avait attirés de la part des catholiques. Ce second
livre fut condamné à Leyde, et, se voyant sur le
point d'être persécuté, La Mettrie accepta l'asile
que le roi de Prusse, Frédéric le Grand, lui fit
offiir par Maupertuis, à Berlin. Ce prince l'ac-
cueillit favorab;ement, comme une victime de
l'intolérance; il lui accorda une pension avec le
titre de son lecteur, et le nomma membre de
l'Académie de Beriin. Thiébaut raconte que La
Mettrie se mit sur un grand pied de familiarité ;,
2f3
LA METTRIE
214
à la cour de Prusse; il entrait, dit-il, dans le ca-
binet du roi comme chez un ami, et se coucliait
sans façon sur les canapés ; lorsnu'i! faisait trop
chaud, il déboutonnait sa veste, jetait son col
et sa perruque sans gêne en présence du l'oi. Il
se lassa pourtant bientôt de cette vie, et pria
Voltaire de négocier son retour à Paris. "Voltaire
écrivait à M""^ Denis, le 2 septembre 1751 : « La
Mettrie brûle de retourner en V rance. Cet homme
si gai , et qui passe pour rire de tout , pleure
quelquefois comme un enfant d'être ici. » Deux
mois après, La Mettrie mourait d'une indigestion
dans la maison de lord Tyrconnel , envoyé
d'Angleterre à Berlin. « Nous avons perdu le
pauvre La Mettrie, écrit Frédéric II à sa sœur,
la margrave de Bayreuth,le 21 novembre 1751.
Il est mort pour une plaisanterie , en mangeant
tout un pâté de faisan...; il s'est avisé de se
faire saigner pour prouver aux médecins alle-
mands, qu'on pouvait saigner dans une indiges-
tion ; cela lui a mal réussi... 11 est regretté de
tous ceux qui l'ont connu. Il était gai, bon dia-
ble, bon médecin et très-mauvais auteur; mais
en ne lisant pas ses livres il y avait moyen d'en
être très-content. » D'un autre côté , Voltaire
écrivait à M™* Denis : « Il a prié mylord Tir-
conncl , par son testament , de le faire enterrer
dans son jardin... Les bienséances n'ont pas
permis qu'on y eût égard ; son corps a été porté
dans l'église catholique , où il est tout étonné
d'être. » Le roi de Prusse se chargea lui-même
de composer l'éloge de La Mettrie, et le fit lire à
l'Académie par son secrétaire des commande-
ments, Darget. « Les circonstances, plus qu'un
mérite réel , dit Jourdan , furent la source de sa
célébrité. Dans un siècle où la raison n'eût pas
eu à disputer sur tous les points l'empire aux
préjugés et aux institutions gothiques, La Met-
trie n'aurait été remarqué ni parmi les savants
ni même dans les cercles frivoles de la haute
société; homme d'esprit, mais sans goût, sans
instruction solide, et frondeur par caractère, il
fut matérialiste, parce que son siècle jouait la dé-
votion. » Les philosophes eux-mêmes avaient peu
d'estime pour les ouvrages de la Mettrie. D'Argens
dit de lui : «■ Tous ses ouvrages sont d'un homme
dont la folie paraît à chaque pensée et dont le
style démontre l'ivresse de l'âme; c'est le vice
qui s'explique par la voix de la démence : La
Mettrie était fou au pied de la lettre. » Diderot
le peint comme un auteur sans jugement , « dont
on reconnaît la frivolité d'esprit dans ce qu'il
dit, et la corruption du cœur dans ce qu'il n'ose
dire; dont les sophismes grossiers, mais dange-
reux par la gaieté dont il les assaisonne, décè-
lent un écrivain qui n'a pas les premières idées
des vrais fondements de la morale ; dont le
chaos de raison et d'extravagance ne peut être
regardé sans dégoût , et <loat la tête est si trou-
blée elles idées sont à tel point décousues que
dans la même page une assertion sensée est
heurtée par une assertion folle , et une assertion
folle par une assertion sensée... La Mettrie,
dissolu, impudent, bouffon, flatteur, était iait
pour la vie des cours et la faveur des grands.
Il est mort, comme il devait mourir, victime de
son intempérance et de sa folie; il s'est tué par
ignorance de l'état qu'il professait. »
On a de La Mettrie : Traité du Vertige., avec
la Description dhme Catalepsie hystérique ,
Rennes, 1737, in-12 ; Paris, 1738, in-12; —
Lettres de M. D. L. M., docteur en médecine,
sur l'Art de conserver la Santé et de prolonger
la Vie; Paris, 1738, in-12; — Nouveau Traité
des Maladies vénériennes; 1739, in-12; —
Traité de la Petite Vérole, avec le traitement
des plus habiles médecins; Paris, 1740, in-12;
— Essai sur V Esprit et les Beaux- Esprits;
Amsterdam, sans date (1740) , in-12; — Obser-
vations de médecine pratique; Paris, 1743,
in-12 : il y décrit plusieurs maladies et y mani-
feste son penchant pour les remèdes violents ,
les fortes saignées , etc. ; — Saint- Corne vengé,
ou critique du traité d'Asiruc De Morbis ve-
nereis; Strasbourg, 1744, in-8° ; — Histoire
naturelle de F Ame, traduite de l'anglais de
Sharp, par feu H....; La Haye, 1745, in-8";
Oxford, 1747, in-12; cet ouvrage n'est pas
une traduction : il a pour auteur La Mettrie ; —
Politique du Médecin, de Machiavel, ou le
chemin de la fortune ouvert aux médecins,
ouvrage réduit en forme de conseils , par le
docteur Fum-Ho-Ham , et traduit sur l'ori-
ginal chinois , par un nouveau maître es arts
de Saint-Côme : première partie, qui contient
les portraits des plus célèbres médecins de
Pékin; Amsterdam, sans date (1746), in-12 :
cet ouvrage fut condamné par arrêt du parle-
ment de Paris du 9 juillet 1746 à être lacéré et
brûlé par l'exécuteur de la haute justice; on dit
que les matériaux de ce travail avaient été fournis
à l'auteur par un homme qui aspirait à la place de
premier médecin du roi; — La Faculté vengée,
comédie en trois actes , par M*** , docteur régent
de la faculté de Paris ; Paris, 1747, in-8° ; nouv.
édit., posthume, sous ce titre : Les Charlatans
démasqués , ou Pluton vengeur de la société
de médecine, comédie ironique en trois actes;
Paris et Genève, 1762, in-8", avec la clef; —
L' Homme-machine ; Leyde, 1748, in-12 : les
magistrats de Leyde ordonnèrent de poursuivre
l'auteur de cet ouvrage, et le chassèrent de Hol-
lande; le livre fut brûlé en vertu d'un ariêt
rendu par eux; La Mettrie l'avait fait précéder
d'une dédicace au pieux Haller : celui-ci en té-
moigna une vive indignation; — L' Homme-
plante ;9oi9,A&m, sans date (vers 1748), in-12;
— Ouvrage de Pénélope, ou le Machiavel en
médecine; Berlin et Genève, 1748, 2 vol. in 12;
supplément avec la clef; Berlin, 1750, in-12 :
c'est une satire violente contre les plus illustres
médecins de l'Europe : Boerhaave, Linné, Wins-
low, Astruc, Ferrein, etc., qui y sont attaqués
avec cynisme; La Mettrie publia le livre sous le
215
LA METTRIE — LAMI
2-16
nom d'Alethenis Demetrius ; un anonyme en a
fait imprimer un abrégé sous ce titre : Carac-
tères des Médecins, ou l'idée de ce qu'ils sont
communément et celle de ce qu'ils devraient
être, d'après Pénélope; Paris, 1760, in- 12.
Les ouvrages de La Mettrie contre les méde-
cins sont rares et recherchés; — Les Animaux
plus que machines; Berlin, 1750, in-8°; —
Réfleocions philosophiques sur l'Origine des
Animaux; Berlin,« 1750, in-4° ; — Traité de
l'Asthme et de la Dyssenterie ; 1750, in-8°; —
L'Art de jouir ; Berlin, 1751, in-12; — Vénus
métaphysique , ou essai sur l'origine de l'âme
humaine; Berlin, 1752, in-12 ; —Épitre à mon
Esprit; Paris, 1774, in-8°. Les Œuvres philo-
sophiques de La Mettrie ont été publiées à Lon-
dres ( Berlin ) , 1751, in-4°; nouv. édition, pré-
cédée de VÉloge de l'auteur, par Frédéric le
Grand, Berlin, 1774, 2 vol. in-8"; Amsterdam,
1774, 3 vol. in-12 ; Berlin (Paris) , 1796, 3 to-
mes en 1 vol. in-8" : celle-ci est la plus complète;
elle contient l'Éloge de La Mettrie, par Frédé-
ric n ; Discours préliminaire de l'auteur ; Traité
de l'Ame; Abrégé des systèmes pour faciliter
l'intelligence du Traité de l'Ame; Système d'É-
picure ; V Homme-plante ; Les Animaux plus
quemachines ; l'Anti-Sénèque, ou discourssur
le bonheur ; Épitre à M^i" A. C. P., ou la ma-,
chine terrassée; Épitre à mon Esprit, ou l'a-
nonyme persiflé; La Volupté, par M. le cheva-
lier de M***, capitaine au régiment Dauphin;
L' Homme-machine avec la dédicaee à H aller ;
L'Art de jouir. Ses œuvres de médecine ont été
imprimées à Beriin; 1755, in-4''. Outre ces écrits,
on doit à La Mettrie la traduction de sept ouvrages
de Boerhaave, savoir : Traité du Feu; 1734 ; —
Système sur les Maladies vénériennes; 1735;
— Aphorismes sur la Connaissance et la Cure
des Maladies; 1738; — Traité de la Matière
Médicale ; 1739; — Institutions de Médecine;
1740 ; — Abrégé de la Théorie Chimique, thée
des écrits de Boerhaave; 1 74 1 ; — Institutions
et Aphorismes , avec un commentaire; 1743.
La Mettrie avait aussi traduit le Traité de la
Vie heureuse de Sénèque, avec un discours du
traducteur sur le môme sujet; 1748. L. Louvet.
Frédéric II, Éloqe de La Mettrie, et Correspondance.
— Diderot, Essai sur les Hégnes de Claude et de Néron.—
D'Argens, traduction d'OcelliisLucaous. — Voltaire, Cor-
respondance. — Ttiiébaut, Souvenirs d'un Séjour à Ber-
lin. — Joiirdan, dans la Biogr. médicale. — Vlrey, dans
le Uict. de la Convers. — Artaud, dans i'Encycl. des Gens
du Monde. — Darniron, Mémoires pour servir à l'histoire
de la Philosophie du dix-huitième siècle, tome I". —
Quérard , La France Littéraire.
L.AMBV {André), historien allemand, né à
Munster en Alsace, le 20 octobre 1726 , mort le
17 mars i802. Il devint bibliothécaire et secré-
taire perpétuel de l'Académie des Sciences de
Mannheim. On a de lui : Codex Laureshamen-
sis abbatise diplomaticus , ex eevo maxime
caroZHipico; Mannheim, 1768-1770, 3 vol. in-4°;
le troisième volume a paru séparément; ibid.,
1773-1777, 2 parties in-4''; — Diplomatische
Geschichte der Grafen von Ravensberg (His-
toire diplomatique des comtes de Ravensberg);
Mannheim, 1779, in-4°. Lamey a aussi fait pa-
raître, dans les sept premiers volumes de l'His-
toria et Commentationes Academix Theodoro-
palatinee , vingt-six dissertations, parmi les-
quelles nous citerons : Ad Lapides quosdam
romanos inventas ad Neccarum; — Pagi Lo-
bodiinensts sub Carolingis regibus Descriptio;
— Pagi Wormatiensis sub Carolingis Des-
criptio; — Pagi Rhenensis sub Carolingis
regibus Descriptio; — De legione I Adjutrice
ad lapidem Maguntinum ; — De insignium
Palatinorum Origine et Variationibus ; — An-
nales diplomatici Conradi I, Germanix régis;
— Annales diplomatici Henrici I, Germanix
régis; — Epistolx Palatinx, ex codice And.
Masii, consiliarii Palatini; prxmissa hujus
Masii vita. Lamey a édité YAlsatia Diploma-
tica de Schœpflin, son maître et son ami ; il a
ajouté à cet ouvrage deux préfaces étendues et
plusieurs additions. E. G.
Rotermund, Supplément à JOcher. — Meusel, Gelehrtes
Deutichland, t. IV, p. 318.
LAMI {Jean ) , célèbre littérateur et antiquaire
italien, né le 8 février 1697, à Santa-Croce, pe-
tite ville située près de Florence, mort le 6 fé-
vrier 1770. Il étudia la jurisprudence à Pise, et
se fit recevoir docteur en droit en 1719. Il s'é-
tablit à Florence pour y exercer la profession
d'avocat, mais il quitta bientôt le barreau ; sur
le conseil de Salvini , il se mit à étudier à fond
la langue grecque, et à apprendre l'hébreu , l'es-
pagnol et le français. En 1726 J. Liice Pallavicini
l'appela auprès de lui à Gênes, et lui confia la
garde de sa bibliothèque (1). 11 accompagna ce
seigneur à Vienne, où il vécut dans l'intimité
d'Apostolo Zeno, de Garelli et autres savants,
séjourna ensuite à Venise, et parcourut tout le
nord de l'Italie. Les notes recueillies par lui
pendant ce voyage ont été consignées dans un
journal , dont le manuscrit est conservé à la bi-
bliothèque Ricciardana. S'étant séparé de Pal-
lavicini, Lami visita successivement Lyon -et
Marseille, continuant à fréquenter les bibliothè-
ques et les collections d'antiquités. Les ressour-
ces lui manquant pour continuer ses voyages , il
prit le parti de s'engager dans le régiment Royal-
Italien , alors en garnison dans une ville de la
Flandre. Il se mit en route pour aller le re-
joindre, et arriva à Paris en novembre 1729. Il
demanda l'annulation de son engagement, et
il l'obtint, ayant présenté au roi un poème
latin sur la naissance du dauphin. Entré en re-
(1) Un débat s'étant élevé entre François et CatlieriBe
Pallavicini, deux parents de Luce, sur la question de
savoir si un tiomme savant et taciturne devait être pré-
féré à celui qui n'ayant que peu d'instruction causerait
beaucoup et avec agrément, Lami, choisi pour juge de
cette contestation, se prononça oour l'affirm.itive, sou-
tenue par François Pallavicini Cela lui valut l'aversion de
toutes les dames de Gênes , qui lui suscitèrent mille tra-
casseries.
217
lai ion suivie avec les Bénédictins de la con-
grégation de Saint-Maur, il fit pendant deux
ans à Paris des recherches sur diverses bran-
ches de l'érudition, telles que la diplomatique et
la numismatique. De retour à Florence au com-
mencement de lyS"? , il devint professeur d'his-
toiic ecclésiastique au lycée de cette ville. Son
livre De Rectachristianorum de Trinitate Sen-
tentia , publié en 1733, fit suspecter son ortho-
doxie. Ses adversaires lui reprochaient surtout
l'intitulé d'un des chapitres de l'ouvrage ainsi
conçu : De Joanyiis Evangelistee Rusticitate
et Imperitia. Pour répondre aux insinuations de
ses adversaires, Lami fit paraître en 1737 son
traité De Eruditione Apostolormn, où il cher-
che à établir que les premiers chrétiens n'avaient
aucune teinture des belles-lettres. Bientôt après,
Lami fut entraîné dans une autre polémique,
excitée par l'animosité qui régnait à Florence
entre les jésuites et la société des Apatistes ,
dont il faisait partie. Les jésuites Cordara et
Lagomarsini ayant publié les Quinti Sectani
Sermones, où Salvini, Corsini et Lami étaient
persiflés , ce derniçr répondit par ses Pifferi di
Montagna et ses Thymoleonis Menippea, sa-
tires pleines de sel , qui eurent un grand succès.
II entreprit ensuite un journal littéraire , qu'il
continua jusqu'à sa mort. Le ton de sa critique y
devint bientôt acerbe et railleur, ce qui le brouilla
avec plusieurs hommes de mérite, tels que Gori
et le cardinal Quirini. Le principal mérite de
Lami est d'avoir plus que tout autre contribué
à débrouiller l'histoire civile, ecclésiastique et
littéraire de la Toscane. On a de Lami : De
Recta Patrum Nicxnorum Fide; Venise, 1730,
et Florence, 1770, in-4''; — De Recta christia-
norum in eo quod mysterium Trinitatis ad-
tinet Sententia; Florence, 1733, in-4°; — De
Eî'uditione Apostolorum ;¥lorence, 1738, in-8° :
la seconde édition, qui parut à Florence , 1766,
2 vol. in-4°, contient beaucoup d'additions,
et a pour titre : De Eruditione Apostolorum
Liber, in qiw multa quse ad primilivorum
Chris tianorum literas , doctrinas , scrïpta,
studia , conditionem, censura, mores, ritus
attinent , exponuntur ; accedunt disserta-
tiones de re vestiaria, de artibus , opificiis et
ministeriis veterum ch^'islianorum ; — Ap-
plausi poetici per le nozze del marchesa Ric-
cardi ; Florence, 1733, in-fol. ; — Delicix Eru-
ditorum, seu veterum anecdotorum opuscu-
lorum Collectanea ; Florence, 1736-1769,
18 vol. in-8" : cet ouvrage contient principale-
ment des documents concernant l'histoire civile
et ecclésiastique de la Toscane ; quatre volumes
renferment des observations de tous genres,
recueillies par Lami pendant un voyage de Flo-
rence à Pise; — /. Pifferi di montagna che
audavano per sonare efurono sonati; satira
in terza rime di Gesellio Filomasti^e ; Leyde,
1738, in-8°; — Thymoleonis adversus impro-
bos lUerarum osor es Menippea ; Londres, 1738,
LAMI 218
in-4° ; — Adversus Mtitonium Lyeorestcn Me-
nippea II; Londres, 1742, in-4°; — Meursii
Opéra; Florence, 1741-1763, 12 vol. in-fol. ; cette
excellente édition contient des notes savantes
ajoutées par Lami aux travaux de Meursius ; en
tête se trouve une biographie étendue de ce der-
nier écrite par Lami; — Dialoghi di A. Ven-
cesio in defesa e confutazione délie stolte
letlere checontro il libro De Eruditione Apos-
tolorum furono date in luce; Roveredo, 1742,
in-fol. ; — Observationes in bullam Bene-
dicti XIV qua ritus sinici iterum damnan-
tur; Bologne, 1742, in-8°; — Jos. Rigacci in
suum primum epistolarum Colucci Salutati
volumen Appendix; Genève, 1742, in-8" ; —
Novelle Letterarie ;F\oreQce, 1740-1770,30 vol.
in-4° ; les deux premières années de cette revue
hebdomadaire furent publiées par Lami avec le
concours de Gori, de Gentili et de Tartigioni;
les suivantes furent rédigées par Lami tout seul;
— Memorabilia Italorum eruditione prge-
stanimm; Florence, 1742-1748, 3 vol. in-8°; le
troisième volume, qui ne renferme que les bio-
graphies de Rich. Rom. Riccardi et de Fr. Ar-
risius , contient beaucoup de détails intéressants
sur l'histoire littéraire de Florence au seizième
siècle ; dans les deux premiers volumes se trouvent
les biographies de cinquante-trois savants italiens
alors vivants ; — Memorie per servire alla
vita del P. Guido Grandi; Massa, 1742, in-4'';
— In antiquam tabulam Atheneam, Decu-
rionumnoniina et descriptionem continentem,
Observationes ;F\orence, 1745,in-fol.; les conclu-
sions tirées de cette inscription par Lami furent
attaquées par Gori ; — Florentinoriim codicum
manuscriptorum decas I et H ; Florence, 1745-
1746; — Catalogiis codicum manuscriptorum
qui in bibliotheca Riccardiana adservantur,
in quo multa opuscula anecdota in lucem
passim prqf&runtur, et plura ad historiam
litterariam completendam illustrandamque
idonea , antea ignota , exhibentur ; Livonrne,
1756, in-fol.; — Sanctse ecclesiœ Florentins
Monumenta ; Florence, 1758, 3 vol. in-fol. ; —
Lezioni d'Antichità Toscane; Florence, 1766,
2 vol. in-4°; recueil de dix-huit mémoires sur
les origines de Florence, sur l'histoire de cette
ville sous la domination lombarde , et sur l'in-
fluence qui y fut exercée par l'hérésie dés Pate-
rini ; — Chronologia viroriim eruditorum
prsestantium, a mundi ortu usque ad sascu-
lum christianum XVI, Lamii juvenilis lu-
cubratio , opus posthumum; Florence, 1770,
in-S". Lami a aussi donné une édition des
Carmina d'Anacréon; Florence, 1742, in-12; il
a encore publié divers opuscules et dissertations,
entre autres Suite Geste mistiche dans le tome ï
des Saggi delV Academia di Cortona ( Rome,
1 735 ) et Sopra i Serpenti sacri, dans le tome TV
du même recueil. Lama laissa en manuscrit des
matériaux pour une histoire de l'Église depuis
le concile de Florence ; ces manuscrits ainsi que
219
LAMI — LAMIA
220
tous les autres , qui restent de lui , sont con-
servés h la bibliothèque Riccardiaiia à Florence;
on y trouve aussi quarante volumes contenant
la correspondance de Lami avec les principaux
savants de l'Europe. E. G.
Lamii f^ita (autobiographie dans le t. XV des Oelicix
Eruditorum). — Fontani. Elouio di Lami; KIorence,
1789, 10-4». — Fabroni, f^Ux Italonim, t. XVI. — Lom-
bardi, Sloria délia Letter. ItaL, t. IV. — Brucker, Pi-
nacotkeca (Décade !V, n» 5). — Strodlinanii , Beytràge
zur Historié der Gelehrsamkeit, t. 1. — Sax, Oiwmas-
ticon, t. V), p. 490. — Tipallo, Bioyr., t. vu.
LAMI { Pierre- Reini Crussolle), littérateur
français, né à Paris, le 1^'' août 1798, décédé à
Saint-Mandé (Seine), le 17 juillet 1832. Élevé
dans la maison et par les soins du savant Dau-
nou , Lami, dès son plus jeune âge, prit du goût
pour la philosophie et les lettres. 11 avait à peine
dix-sept ans lorsque, l'Académie Française ayant
mis au concours pour l'année 1816 VÈloge de
jllonlesqziieu , il ne craignit pas de traiter ce
sujet difficile, et son ouvrage fut envoyé à l'Aca-
démie, qui lui accorda une mention honorable. On
sait que le prix fut décerné à M. Villemain. Le
secrétaire perpétuel Suard dit dans son rapport
que le discours auquel l'Académie accordait une
mention honorable « renfermait des beautés réel-
les, et que l'analyse de l'Esprit des Lois y était
surtout traitée d'une manière qui annonçait de
l'esprit, des lumières et de bonnes études ».
Mais Suard , déserteur de la philosophie du dix-
huitième siècle, reprochait au jeune auteur des
« opinions exagérées et quelques idées incon-
venantes qu'un écrivain sage ne devait pas
se permettre ». L'Eloge de Montesquieu par
Lami n'a été imprimé qu'en 1829, in-8°. En 1819
il publia un Éloge ( en vers ) de la Clémence,
ou ëpitre à Fénelon, in-8°, adressé à la Société
d'Émulation de Cambrai. En 1818 Lami inséra
dans le Magasin Encyclopédique de Millin une
notice étendue sur des traductions en espagnol
des Eléments d'Idéologie et des Principes d'É-
conomie politique , par Destut de Tracy. Il s'y
montie partisan zélé de la philosophie de M. de
Tracy. Le grand succès qu'obtint le Résumé de
l'Histoire de France par Félix Bodin, ayant mis
ces sortes d'ouvrages en vogue , Lami fut chargé
par l'éditeur d-'en composer deux, et ce fut ainsi
qu'il publia, en 1824, le Résumé de l'Histoire du
Danemark, et en 1825 le Résumé de l'Histoire
de Picardie. Mais une plus vaste composition
historique devait l'occuper : il avait conçu, avec
MM. Augustin Thierry et Jarry de Mancy, le
projet de publier une Histoire de France tra-
duite et extraite des chroniques originales,
mémoires et autres doc^iments authentiques,
en 30 vol. in-8°. Le plan qu'avait suivi M. de
Barante pour son Histoire des Ducs de Bour-
gogne était celui que se proposaient d'adopter
les jeunes auteurs. Leur prospectus parut en
1824. M. Migaet dut remplacer M. J. de Mancy
dans cette entreprise, qui ne fut oas mise à exé-
cntion.
Au plus fort de la guerre des classiques et
des romantiques, Lami lut, le 16 avril 1824, à
l'Athénée des Observations sur la Tragédie
romantique (Paris, 1824, in-8°), où il déclare
préférer Corneille et Racine à Shakespeare, Go Ihe
et Schiller. Lami atravaillé à plusieurs journaux-
politiques et recueils périodiques , particulière-
ment à La Tribune, dont il fut l'un des princi-
paux collaborateurs avec Auguste Fabre , Mar-
rast, etc. Ses opinions politiques étaient fort
avancées , sans aller toutefois jusqu'à la déma-
gogie. Mort avant d'avoir accompli sa trente-
quatrième année, il est loin d'avoir pu tenir
toutes les promesses que faisait concevoir son
ardent amour des idées généreuses et ses goûts
littéraires. A. Taillandier.
Documents particuliers.
^ LA.^aî (Louis-Eugène), peintre français ,
né le 12 janvier 1800, à Paris. Élève de Gros
et de M. Horace Veruet, il suivit, de 1817 à
1820, les cours del'École des Beaux-Arts, et s'oc-
cupa d'abord de gravure et de lithographie;
nous citerons dans ce dernier genre le Voijage
en Angleterre et en Ecosse et Les Contre-
temps. Après la révolution de Juillet, il fut
chargé d'enseigner le dessin à quelques-uns
des princes de la famille d'Orléans. Depuis 1824
il a exposé aux salons annuels un grand
nombre de tableaux de genre et d'histoire,
parmi lesquels nous signalerons : Éttides de
Chevaïixetle Combat de Puerto de Miravente
( 1824), acquis par le musée du Luxembourg,
ainsi que Charles I^r recevant une rose en se
rendant à sa prison ; — Un Bal aux Tui-
leries; — La Prise de C'onstantine; — La
Scène du sonnet du Misanthrope ; — L'Orgie:
(1853); — La Bataille de l'Aima {i?>aà) ; ;
— et au musée de Versailles ; La Bataille de ■
Cassano; — La Prise de Maëstricht; — Le Com-
bat de ffondschoote; — La Capitulation d'An-
vers, etc. Cet artiste a aussi rapporté beaucoup i
de dessins et d'aquarelles des voyages qu'il avait I
entrepris en Russie, en Espagne, en Italie, en i
Angleterre et en Crimée. K.
Dictionnaire universel des Contemporains, ISiiS. ■
Livrets des .Salons.
LAMIA (AàfjLia), courtisane athénienne,
fille de Cléanor, vivait dans la seconde moitié -
du quatrième siècle avant J.-C. Elle commença i
sa carrière comme joueuse de flûte sur le
théâtre, et obtint une grande célébrité dans cette
profession, qu'elle quitta cependant pour celle de
courtisane. Elle se trouvait à bord de la Hotte
de Ptolémée dans la balaille navale de Salamine,
en 306, et tomba entre les mains de Démétriuâ ■
Poliorcète. Elle réussit à captiver le jeune prince,
et garda son empire sur lui pendant plusieurs
années. Elle devait ce pouvoir moins encore à sa
beauté qu'à son esprit, souvent célébré par les
poètes contemporains, et dont Athénée et Plu-
tarque nous ont conservé plusieurs témoi-
gnages. Lamia se distingua aussi par ses pro-
'221
hisions et la magnificence de ses bantinots. '■
Dans une circonstance elle fit un utile usage des
richesses que Démétrins lui prodiguait avec une
incioyaiile libéralité, en l)àtis8ant pour tes ha-
bitants de Sicyone un splendide portique. Entre
autres flatteries que les Athéniens inventèrent
pour flatter Déraétrius, ils élevèrent un temple
àLamia sous le nom d'Aphrodite. D'après Athé-
née cette courtisane eut de Déniétiius une fille
nommée Phiia. Y.
Pintarqtie, Demetri'js, 16, 19, 24, 25, 27. - Athénée.
III, p. fOl ; IV, p. 128 ; VI, p. 25S ; XIII, p. 577 ; XIV, 615.
- Élien, far. Hist., XII, 7 ; Xlll, 9.
LAMiA, famille romaine de la maison {gens)
JEVià. Elle faisait remonter son origine à une
haute antiquité , et prétendait descendre du
héros mythique Lamus, fils de Neptune et roi
des Lestrygons. Aucun membre de cette famille
n'est mentionné avant la dernière période de la
république ; mais sous l'empire elle passait pour
une des plus nobles familles romaines (Horace,
Carm., III, 17; Juvénal, IV, 154; VI, 385).
Les membres historiques de cette famille sont :
LAMIA ( L. JElius ), magistrat du rang
équestre, vivait vers 50 avant J.-C. Il aida Ci-
céron à réprimer la conspiration de Catilina.
Ses services dans cette circonstance le signa-
lèrent à la vengeance du parti populaire, et il
fut banni sous le consulat de Gabiriius et de Pi-
son, en 58. Rappelé de l'exil, il épousa dans la
guerre civile la cause de César, et obtint l'édilité
en 45. L'année suivante il sollicita la préture, et
Cicéron, qui était lié avec lui, recommanda vive-
ment sa candidature à Brutus. On croit que La-
mia réussit, et qu'il était préteur en 43, lors du
meurtre de Cicéron. On pense aussi que ce La-
mia est le même que L. Laraia, homme pré-
torien (prseiorius vir), qui, placé comme mort
sur le bûcher funèbre, reprit ses sens, et parla
lorsque le feu déjà allumé ne permettait plus
de le sauver des flammes. Lam.ia fut le véritable
fondateur de sa famille, à qui il légua une grande
fortune acquise dans des spéculations commer-
ciales et financières. V.
Cicéron, Pro Sest., 12 ; In Pisoii., 27 ; Post red. in
sen., 5; ^d Att., XII, 21 ; XIU. 45 ; Jd Fain., XI, 16,
17; XII, 29. — Valère Maxime, I, 8. — Pline, Hist. Nat.,
VII, 62.
LAMIA (L. Mlïus), fils du précédent et
ami d'Horace, fut consul en l'an 3 après J.-C.
Tibère le nomma gouverneur de la Syrie, mais
ne lui permit jamais de prendre possession de
cette province. A la mort de L. Pison, en 32, il
lui succéda dans la place de préfet de la ville.
Il mourut l'année suivante , et fut honoré des
funérailles d'un censeur. Deux des odes d'Ho-
race, la 26^ du l*"' livre et la 17* du 3®, sont adres-
sées à Lamia. Y.
Dlun Cusslus, VÏII, 19. — Tacite, Ann., VI, 27.
LAMIA iEMiLiANCS ( L. jEîhis), appar-
tenait originairement à la gens jEmilia, et entra
par adoption dans la gens jElia. Il fut consul
suppléant sor.s le règne de Titus en 80 après
LAMIA — LA MILLETIERE 222
.T.-C. Il était marié avec Domitia Longina, fille
de Corbulon. Domitien la lui enleva du vivant
de Yespasien , la prit d'abord poui' maîtresse,
puis pour femme, et peu a{)rès son avènement
au trône il iH tuer le mari. Le nom complet de
Lamia était L. ^Elius Plautius Lamia. Y.
Dion Cassius, LXVI, 3. -Suétone, Doinit-, !, 10. — Ju-
véna!, IV, 154. — Warini, Atti ûegli frutr. arv., 1, table
XXIll, 23, p. CXXX et 222.
LA MILLETIERE (Théophile Bkachetde),
controversiste français, né vers 1596, mort eu
1665. Fils d'un intendant de la maison de Na-
varre, il fit ses études à l'uîiiver.siié d'Heidel-
berg, et, de retour à Paris, pril !a robe «l'avocat;
mais, doué d'un caractère ver-salile, il se def^oûva
du barreau, et approfondit, avec plus de zèle qi;e
de talent, les matières théologiques. Koiiiir.é an-
cien de l'église protestante de Cliaienton, il se
fit remarquer dans les di.->puîes leligieuses du
temps, fut député en iû>,0 par lo consistoire de
Paris à l'assemblée politique de La Roclielle ,
qu'il entraîna dans le parti de la résistance
contre le gouvernement, et se rendit avec La
Chapellière en Hollande, pour solliciter des se-
cours des états généraux. Mêlé depuis cette
époque à toutes les intrigues des réformés, il as-
sista à l'assemblée de Milhau (1625), et fut ar-
rêté à Paris comme agent du duc de Rohan
( 1627 ). Détenu pendant six lïiois à la Bastille, il
fut envoyé à Toulouse et condamné à mort. Le
roi lui fit la grâce de la vie, parce que les Ro-
chelois menaçaient d'user de représailles envers
un parent du P. Joseph. Au bout de quatre an-
nées de détention, La Milletière obtint une pen-
sion de mille écus à la condition de travailler
de tout son pouvoir à la réunion des diverses
Églises protestantes. Devenu l'instrument do-
cile du cardinal de Richelieu, il entama de nom-
breuses controverses avec ses coreligionnaires,
lesquelles, comm.e on devait s'y attendre, n'a-
boutirent à aucun résultat. En 1644, le consis-
toire de Charenton , considérant que depuis
douze ans il s'était abstenu de la cène, lança
contre lui une sentence d'excommunicalion, ce
qui précipita sa conversion au catholicisme, qu'il
accomplit publiquement le 2 avril 1645. Ce
théologien a été l'objet, de la part de ses amis
ou de ses adversaires, de jugements passioiinés
et contradictoires ; Grotius , Costar, l'abbc de
Marolles louent son zèle pour la concorde ; Tal-
lemant des Réaux en fait le portrait suivant :
« C'est un homme d'esprit et qui sait, mais
assez confusément; bon homme, mais vain, et
qui a quelque chose de démonté dans la têîe. »
Parmi ses nombreux écrits, on remarque : Dis-
cours des vraijes raisons pour lesquelles
ceux de la religion en France peuvent et
doivent, en bonne conscience, résister par ar-
mes à la persécution ouverte; 1622, in-S";
livre devenu rare, parce qu'il fut condamné par
la chambre de l'Édit à être brûlé de la main du
bourreau ; — Lettre à M. Rambours pour la
223 LA MILLETIÈRE
rcunion des èvangéliques aux catholiques ; \
Paris, 1C28, in-12 ; — De unïversi orbis chris-
tiani Pace et Concordia per cardinalem du-
cem Bichelium constituenda ; Paris, 1634,
in-S" ;trad. en français, 1635, in-4°; — Chris-
tianas concordix inter catholicos et evange-
licos in omnibus controversiis instituendse
Consilium; 1636, in-S" : ouvrage où il donne
raison à l'Église romaine sur beaucoup de
points; — Le Moyen de la Paix chrétienne;
Paris, 1637, in-8° : réponse à la réfutation que
Daillé avait faite du livre précédent, qui faillit,
sans l'opposition de Richelieu, subir une censure
delà Sorbonne; — La Prédication de Jésus-
Christ aux esprits captifs; Paris, 1638, in-S";
— Sommaire de la doctrine catholique du
Franc- Arbitre, de la Grâce, de la Prédestina-
tion, etc.; Paris, 1639, in-8"; — La Nécessité
de la Puissance du pape en l'Église ;ih\à.,
1640, in-8°; — Le Catholique réformé ; Ma. ,
1642, in-S"; — Le Pacifique véritable ; ibid.,
1644, in-8" : censuré par la Sorbonne à cause de
cette proposition, « que dans le sacrement de la
pénitence la satisfaction devait précéder l'ab-
solution « ; — Déclaration des causes de sa
conversion; Ma., 1645; — L'Extinction du
Schisme; ibid., 1650; — La Victoire de la
Vérité pour la paix de l'Église; ibid., 1651 ;
—Le Flambeau de la Vraie Foi ; ibid., 1654 ; —
Explication catholique de l'Eucharistie;
ibid., 1664. P. L— y.
Benoit, Histoire de TÉdit de Nantes, II. — De Ma-
roUes, Mémoires. — Grotlus, Epistolx — Bayle, Dict.
Hist. — Tallemant, Historiettes. — Haag frères, La
France Protestante.
I.AMIOT {Louis- Marie), missionnaire fran-
çais, né vers 1765, dans le diocèse d'Arras ,
mort le 5 juin 1831, à Macao. Reçu en 1787 dans
la congrégation de Saint-Lazare, il s'embarqua
deux ans plus tard pour la Chine en compagnie
des missionnaires Clet et Pené, fut ordonné
prêtre à Macao, et se rendit à Pékin. Dans cette
ville, où il résida pendant près de trente années,
il eut la direction d'un séminaire, enseigna les
mathématiques, et fut interprète du gouverne-
ment pour les langues européennes. Ayant été
accusé en 1819 d'entretenir des relations avec le
P. Clet, qui prêchait l'Évangile dans la pro-
vince de Ho-Nan, il fut confronté avec lui, as-
sista à son supplice, et fut condamné , faute de
preuves suffisantes, à être chassé de l'empire.
Il s'établit à Macao,vet y fonda un collège. K.
annules de la Propag. de la Foi.
LAMMA (Agostino), peintre de l'école véni-
tienne, né à Venise, en 1636, mort en 1700.
Élève d'Antonio Calza , il fut un des plus ha-
biles peintres de batailles du dix -septième
siècle, et se fit remarquer par la variété des
expressions et la perfection des détails.
E. B— N.
Melchlorl, f^ite de" Pittori Veneti. - Lanzi ; Storia
délia Plttura. — Ticozzt. Dizionario.
iiAMO ( Pietro), peintre de l'école boloBaise,
— I.AMOIGNON
254
né à Bologne, dans les premières années du
seizième siècle, mort en 1578. Élève d'Inno-
cenzio da Imola, il travailla beaucoup dans sa
patrie. Il avait peint à fresque dans le cloître
de l'église San-Francesco, où plus tard il de-
vait trouver sa sépulture, divers traits de la vie
du saint, dans lesquels il était facile de recon-
naître le style de son maître. Il est plus connu
encore par une description qu'il a laissée des
peintures existant à Bologne. Ce manuscrit, qui
a été mis à contribution par tous ceux qui lui
ont succédé, est l'ébauche d'un livre qu'il écrivit
en 1560 à la demande de Messer Pastovino, ar-
tiste siennois et pour l'instruction d'une dame
qui désirait connaître les objets d'art de sa ville
natale. Il donna à son ouvrage le nom bizarre
de Graticola (le Gril), parce que dans son tra-
vail il avait divisé la ville en un certain nombre
de carrés égaux, comme on le fait pour réduire
un tableau , procédé que les Italiens appellent
graticola et graticolare. E. B— n.
Malvasia, Pilture di Bologna. — Lanù, Storta Pitto-
rica. — TicozTl, Dlzionario. — Giialandi, Memorie
oriçînali di Belle AHi. — Le même, Tre Giorni in Bc-
logna.
LAMOIGNON, famille française, originairi
du Nivernais ; elle remontait jusqu'au treizième
siècle , où plusieurs Lamoignon se firent con-
naître dans les armes. Le premier qui soit entré
dans la magistrature est Charles de Lamoi-
gnon, seigneur de Basville, né en 1514 et mort
en 1572, au moment où l'opinion publique le dé-
signait comme le successeur du chancelier L'Hô-
pital. Son dixième fils. Chrétien de Lamoignon,
élève de Cujas , et conseiller au parlement de
Paris, sut, par sa probité et son intelligence, ga-
gner l'estime et la protection de Richelieu; il
ne craignit pas de compromettre son avenir en
entrant dans les desseins de Marillac, qui vou-
lait un gouvernement plus parlementaire. Ri-
chelieu, qui ne se vengeait que de ses grands en-
nemis , le fit nommer président à mortier en
1633. Ch. de Lamoignon mourut le 28 janvier
1636. Il avait épousé Marie de Landes , fille de
Guillaume de Landes, conseiller au parlement.
L'on peut dire que depuis Chrétien de Lamoi-
gnon cette famille fût considérée comme l'une des
dynasties parlementaires. C'est son fils qui donna
à ce nom de Lamoignon plus d'éclat et une bien
autre renommée.
LAMOIGNON {Guillaume de), premier pré-
sident du parlement de Paris , né à Paris, en
1617, et mort le 10 décembre 1677, était élève
du célèbre Jérôme Bignon, que Chrétien de
Lamoignon lui faisait considérer comme le plus
parfait modèle et qui lui fit connaître les doc-
trines parlementaires. Il remplit ensuite pendant
dix ans les fonctions de conseiller au parlement,
et fut nommé maître des requêtes en 1644. Ces
positions diverses, relativement subalterne», ae
présentaient point un aliment suffisant à son in-
quiète activité. « Je me souviens, dit-il, que
j'étais impatient d'entrer dans les affaires pour
225
LAMOIGWON
22G
agir avec la même fermeté que mon père. » Il
aurait voulu aussi marcher sur les traces de
Jérôme Bignon, dont il ne parlait qu'avec en-
thousiasme. Il en était là lorsque arriva le mou-
vement politique de 1648. Il suivit d'abord l'im-
pulsion de sa compagnie, qui résistait tout en-
tière à Mazarin , et qui, sous le nom de Vieille
Fronde, essaya une seconde fois d'établir, ou
plutôt, suivant l'opinion de Bignon et d'Omer
Talon, de rétabhr la monarchie parlementaire
ou tempérée. Quand les seigneurs eurent fait
dévier le mouvement politique , quand la Nou-
velle Fronde , rompant entièrement avec les
idées parlementaires, n'eut plus d'autre objet
que de mettre Condé à la place de Mazarin,
tantôt en trompant le peuple, tantôt en se li-
vrant à lui au lieu de le diriger, Guillaume de
Lamoignon se rallia au parti de la cour. La rai-
son qu'il donne de ce changement dans ses opi-
nions peint bien le véritable parlementaire, qui
aurait voulu voir sa compagnie placée , comme
pouvoir pohtique, entre la royauté et le peuple,
mais qui redoutait l'anarchie plus encore que le
pouvoir absolu; « Je me rangeai, dit-il , pour ne
pas être soumis à la populace dont la tyrannie
est plus extravagante et plus insupportable aux
gens de bien que ne le seraient les princes les
plus cruels. « 11 rendit des services au gouver-
nement comme colonel de son quartier, qui était
celui de la Cité, alors le plus redoutable. Dans
les années qui suivirent, il plut à Louis XIV par
la netteté des rapports qu'il lisait au conseil.
C'est alors que Louis XIV dit ce mot : «Je n'en-
tends bien que les affaires que M. de Lamoignon
rapporte. » Du reste, il avoue lui-même que le
besoin qu'il eut de la cour et la nécessité de ses
affaires l'obligèrent de devenir courtisan. C'est
alors que le premier président de Bellièvre mou-
rut. Fouquet et Le Tellier, qui aspiraient tous
deux au titre de chancelier, Mazarin, qui voulait
avec adresse diriger le parlement , songeaient ,
chacun de leur côté , à lui donner un chef qui pût
ensuite seconder, dans ses desseins particu-
liers, celui qui l'aurait élevé. Ce fut enfin Maza-
rin qui disposa de cette dignité en sa faveur ;
mais ce qui montre que Lamoignon resta ver-
tueux au milieu d'une foule d'intrigues, ce sont
les paroles de Mazarin en lui annonçant sa no-
mination, le 20 ctobre 1658 : « Vous serez premier
président pour servir avec honneur et cons-
cience ; jamais on ne vous demandera rien d'in-
juste... et si moi-môme je vous le demandais ,
refusez-le moi ; nous travaillerons ensemble au
soulagement du petiple. » C'était prendre le
nouveau dignitaire par son faible , car si les
parlementaires voulaient écarter le peuple des
affaires, ils ne luttèrent le plus souvent contre
les rois que pour le rendre plus heureux par la
diminution de l'impôt. Ne pouvant coiTompre
Lamoignon, l'habile ministre le gagnait. De là en-
core ces mots qu'il.lui dit, et que Louis XIV ré-
péta ensuite publiquement : « Si j'avais connu un
NODV. BIOCR. GÉNÉR. — T. XXIX.
plus honnête homme, je lui aurais donné votre
place. » Mazarin réussit, car, le 4 août 1660, La-
moignon, en complimentant avec sa compagnie
Louis XIV sur son mariage et sur la paix, dit
« que Dieu donnait les rois aux peuples pour
être les causes universelles de tous leurs biens,»
et que « les rois avaient institué le parlement
uniquement pour rendre justice ». Tout en pa-
raissant ainsi renoncer à la plus haute préroga^
tive de sa compagnie, il en conservait avec soin
la dignité extérieure. Dans un lit de justice le
maître des cérémonies s'étant avancé pour saluer
le parlement après les évêques, lé premier pré-
sident lui dit : « Saintot, la cour ne reçoit pas
vos civilités. — Je l'appelle monsieur Saintot ,
dit alors le roi. — Sire , reprit le premier pré-
sident, votre bonté vous dispense quelquefois
de parler en maître , mais votre parlement doit
toujours vous faire parler en roi. » Survint alors
le procès de Fouquet, dont Lamoignon avait été
d'abord l'ami , et avec lequel il s'était brouillé,
sans doute parce qu'il n'approuvait pas les folles
prodigalités du surintendant. On le força de
présider la chambre de justice qui avait jugé ou
plutôt condamné Fouquet. Colbert tremblait que
ce dernier ne fût absous, parce qu'alors il était
lui-même perdu; il voulut savoir l'opinion du
président : « Un juge, répondit Lamoignon, ne
donne son avis qu'une fois et sur les fleurs de
lys ». Jamais Colbert ne le lui pardonna. En le
voyant incliner à l'avis de d'Ormesson, on mit à
sa place pour présider la chambre le chancelier
Seguier ; il en fut transporté de joie , et comme
on le pressait d'y revenir comme simple juge , il
répondit : Lavavi manus meas, et quomodo
inquinabo eas? En ce même temps tous les mi-
nistres songeaient à se signaler par des réformes
dans la justice; Colbert crut s'avancer vers
cette dignité de chancelier, qui fut toujours son
rêve , en préparant les deux ordonnances civile
et criminelle.
Lamoignon avait eu un dessein bien plus vaste,
celui de réunir en un seul code toutes les lois qui
devaient régir la France. Voyant que Colbert tra-
vaillait en secret avec Pussort , sans paraître rien
savoir, il alla parler au roi de ses projets d'une
nouvelle législation. « M. Colbert emploie actuel-
lement M. Pussort à ce travail, répondit le roi;
voyez M. Colbert, et concertez-vous ensemble. »
C'est ainsi que Colbert fut obligé de communiquer
ses desseins aux membres les plus éclairés du
parlement, et que s'établirent ces fameuses con-
férences dont nous avons encore les procès-ver-
baux en partie imprimés , et où Lamoignon , Bi-
gnon, Omer Talon, dépositaires des traditions
les plus hbérales, résistèrent souvent aux volon-
tés absolues de Poissort, bien que leur avis n'ait
pas toujours prévalu , et que cinquante ans
plus tard chacun sentît la nécessité de remanier
ces ordonnances. Lamoignon avait bien pris des
parlementaires pour donner plus de perfection à
cet ouvrage; mais le parlement même en était
8
227
LAMOIGNON
228
exclu. Il cherchait à contrarier les législateurs.
Colbert n'en était pas fâché, parce qu'il aurait
désiré que le roi supprimât la cinquième cham-
bre. On insinua à Lamoignon qu'il faudrait aigrir
les esprits, pour les poussera quelque acte d'in-
subordination; il essaya de les adoucir au con-
traire , en repoussant atec mépris une somme
d'argent qu'on lui offrait s'il réussissait ; et tout
porte à croire, malgré les paroles qu'on a vues
plus haut , qu'au fond il aurait désiré pour le
parlement, mais pour la grand'-chambre seule-
ment, des prérogatives politiques, s'il n'avait vu
qu'avec le droit de remontrance, cette com-
pagnie ne pourrait qu'inquiéter inutilement la
royauté, et empêcher quelquefois le bien que
celle-ci désirait faire. Cette situation particuhère
d'un homme qui , avec des idées toutes par-
lementaires cependant, se rapprochait de la
cour, où il trouvait des adversaires, ne pouvait
troubler son calme habituel. Un jour que Col-
bert lui avait été encore plus contraire que de
coutume : « Ne nous vefigeons jamais sur l'État,
dit-il à son fils, du chagrin que les ministres
nous donnent. » Mais la discorde éclata à pro-
pos d'une question où Colbert l'emportait de
beaucoup sur Lamoignon , une question de fi-
nance. Pour relever les finances du roi, épuisées
par la guerre, deux partis se présentaient : un
nouvel impôt, ou un emprunt. Colbert prétendait
qu'on ne pourrait réaliser l'emprunt; Lamoi-
gnon soutint que rien n'était plus facile, et son
avis l'emporta. En sortant du conseil le grand
financier dit au premier président: «Vous triom-
phez, je le vois. Ne savais-je pas aussi bien que
vous qu'on pouvait emprunter? Mais vous venez
de précipiter le roi dans ce système déplorable
de l'emprunt. Qui l'arrêtera maintenant? Vous
en répondrez à la postérité. »
Les années suivantes ne montrèrent que trop
combien Colbert avait raison ; mais, comme par-
lementaire, Lamoignon avait en horreur tout
nouvel impôt, il se tira avec plus d'honneur d'une
discussion qu'il soutint avec le nonce du pape à
propos d'une thèse condamnée à Rome, où l'on
soutenait l'indépendance du roi et l'infaillibilité
des seuls conciles œcuméniques. En même temps
il recevait chez lui, à Basville, des littérateurs,
Racine et Boileau, et, profitant d'une dispute qui
avait amusé Paris pendant huit jours, il excitait ce
dernier à composer le poëme le plus parfait qui soit
écrit en notre langue. Chacun prévoyait qu'il se-
rait bientôt chancelier. « C'est un titre de royauté,
dit-il à ceux qui lui en parlaient , mais la royauté
n'est pas encore conquise. » Il voulait fah-e enten-
dre que pour mériter de présider la justice, il
fallait la réformer, et il travaillait toujours, avec
Fourcroy et Auzanet , à former un recueil unique
de lois qui pût servir de code à la France en-
tière sur toutes les questions jugées différemment
dans les parlements, c'est-à-dire sur presque
toutes les questions civiles. Ses collaborateurs
lui apportaient des mémoires; i! dressait les
articles en style clair et précis. A peine la pre-
mière édition de cet ouvrage eut-elle paru, qu'elle
fut aussitôt épuisée. On ne trouve nulle part un
simple particulier réussissant dans une semblable
tentative; c'est un véritable code, et Daguesseau,
qui s'en est beaucoup servi dans ses ordon-
nances, dit que « c'est l'ouvrage le plus propre à
former cette étendue et cette supériorité d'esprit
avec laquelle on doit embrasser le droit fran-
çais , si Ton en veut posséder parfaitement les
principes. » C'est là en effet ce qui recommande à
la postérité le nom de Guillaume de Lamoignon,
en nous faisant voir en lui l'un de ces magistrats
laborieux et justes qui ont préparé cette grande
codification de nos lois achevée seulement dans
ce siècle. Guillaume de Lamoignon devança sou-
vent le sien.
LAMOIGNON ( Chrétien- François de ), fils
aîné du précédent, naquit à Paris, le 26 juin
1644, et mourut le 7 août 1709. Son père avait
voulu faire lui-même son éducation. Quoiqu'il
se destinât à la magistrature , il débuta dans le
barreau, où l'on remarqua en lui une éloquence
facile, naturelle et débarrassée de citations la-
tines et de faux brillants. Conseiller au Parle-
ment en 1666, il fut chargé pendant la peste de
Soissons d'établir une hgne sanitaire, dont l'effet
fut heureux et intercepta toute communication.
Successeur de l'illustre Bignon dans les fonctions
d'avocat général , il les exerça pendant vingt-cinq
ans (1673) avec tant de considération et de zèle
qu'il conserva encore huit ans cette dignité après
avoir été nommé président à morlier en 1690. Il
fut l'un de nos plus grands avocats généraux. II
recevait à Basville les littérateurs les plus connus,
Bourdaloue, Regnard, surtout Racine et Boileau.
C'est à lui que Boileau adressa sa VPépître. Il de-
vait être nommé membre de l'Académie Française;
mais ii refusa cet honneur, pour ne pas en exclure
l'abbé de Chaulieu, qui ne put cependant être
nommé. En 1704, il fut nommé membre de l'Aca-
démie des Inscriptions et Belles-Lettres. On par-
lait de lui à la cour comme d'un loyal caractère.
Il avait accepté en dépôt des papiers plus impor-
tants, sous le rapport politique, qu'il ne l'avait
d'abord pensé. Le roi voulut voir ces papiers :
« Sire, répondit le président,jenem'en serais pas
chargé si j'eusse su qu'ils continssent quelque
chosede contraire au roi et à l'État ; Votre Majesté
me refuserait son estime si j'étais capable d'en
dire davantage. » Il avait écrit la vie de son père,
qui est perdue, aussi bien queses plaidoyers ; mais
on les retrouverait sans doute en Angleterre;
car c'est là que fut vendue plus tard la biblio-
thèque des Lamoignon, qui ne renfermait pas
moins de quinze cent cinquante vol. manuscrits
et huit cents cartons. ^
LAMOiGJSOX »E bÂviim.e( A'icoZas , 164S-
1724), quatrième frère du précédent, débuta
comme avocat, avec succès. Devenu maître des
requêtes et plus tard conseiller d'État, i! obtint !
successivement les intendances de Montauban,
229 I.AMOÏGNON
de Pan , de Poitiers , enfin de Montpellier en
1685; il resta trente-trois ans (1634 à 1718)
dans cette dernière, et n'y laissa qu'un sou-
venir d'effroi par les rigueurs qu'il exerça contre
lès protestants. Ruihières a essayé de le justilier
en prétendant « qu'il ne voulait que faire peur ».
Cette explication ne saurait s'entendre de toutes
les actions de Bàville, et le chancelier Da-
guesseau , qui l'avait connu en Languedoc , le
représente comme partisan « des voies de l'auto-
rité » et paraissant dans le Languedoc « comme
s'il en eût voulu faire la conquête ». Ce qu'il y
a d'étonnant c'est que dans un mémoire dont il
est lui-même l'auteur, Bâville dit « qu'en reli-
gion il faut attaquer les cœurs , et que c'est là
où elle réside ». Mais ce mémoire était écrit pour
l'instruction du duc de Bourgogne, prince très-
pieux. Ce qu'il y a de plus étonnant encore c'est
que Bâville écrivait à son frère, le 18 avril 1708:
« Je n'ai jamais été d'avis de révoquer l'édit de
Nantes. » Louvois lut alors le grand coupable;
il s'était arrangé de manière à faire croire avant
l'acte même de révocation qu'il n'y avait plus
en France qu'une poignée de protestants et de
séditieux. De là l'impitoyahle sévérité des inten-
dants, qui croyaient d'abord en finir bien vite,
surtoirt de Bâville, dont Louvois était le protec-
teur. Il est certain que Bàville sfe fit souvent aux
yeu\ de Louvois plus inflexible qu'il ne l'était en
effet. Toutefois, si la postérité doit faire retom-
ber sur Louvois tant de crimes alors commis,
elle ne saurait en absoudre ceuK qui lui servirent
d'instruments. Bâville finit sa vie dans une sorte
de disgrâce ; car après la chute de Louvois les nou-
veaux ministres refusèrent de le rappeler à la cour.
LAMOiGNOiV ( Guillaume II), seigneur de
i de Blancmesnil et MalesherbEs, second fils du
i président Chrétien- François , 1683-1772. Il
i exerça successivement les fonctions d'avocat gé-
néral , de président à mortier au parlement, de
premier président de la cour dès aides , enfin de
chancelier en 1750 où il surcéda à d'Aguesseau.
Il n'y joignait pas celles de garde des sceaux.
C'était un homme honnête, mais d'un caractère
faible. Il se trouva presque toujours dans une
fausse position, entre l'autorité royale et la ma-
gistrature, et ne participait qu'à regret aux me-
sures de rigueur exercées envers elle. Il fut exilé
en 1763, mais ne consentit qu'en 1768 à donner
sa démission. Maupeou père , qui jiendant ces
cinq années avait eu le titre de vice-chancelier,
lui succéda en 1762, pour faire place aussitôt à
] son fils, auteur de la destruction du parlement.
I Le célèbre Malesherbes était fils du chancelier
' de Lamoignon, et composa les épitaphes qu'on li-
sait sur sa tombe dans l'église de Saint-Leu.
LAMOKiSON ( Chrétien- François //de),
arrière-petit-fils du président Chrétien-François,
1735-1789. Président à mortier /lès 1758, il fut
exilé avec tout le parlement en 1772. 11 fut un
l'os principaux collaborateurs de ia Correspon-
dance, satire contre le parlement Maupeou.
LA MONCE
230
1 Nommé garde des sceaux pour remplacer Miro-
ménilen 1787 pendant la première assemblée des
notables, il travailla avec Loménie aux édits du
timbre, de la subvention territoriale, à l'emprunt
des 4,000,000, aux èlits des bailliages et de la
cour plénière, actes ou tentatives impopulaires
que repoussait le parlement. Ainsi, dans la se-
conde moitié de sa vie, il fut l'adversaire d'une
compagnie qu'il avait défendue dans la première.
Les deux ministères se retirèrent au milieu de
l'indignation générale en 1788, et Lamoignon,
accabiéde thagrin, mourut à Basville l'année sui-
vante, victime d'un accident de chasse, qui donna
lieu à des bruits de inort volontaire. Un de ses
fils, pair dé f'rance sous la restauration, fut le der-
nier mâle de cette Illustre famille. Son nom est
réuni aujourd'hui à Celui d'une branche de Sé-
gur. A considérer dans SOn ensemble cette famille
parlementaire , Charles de Lamoignon en fut le
fondateur, Chrélien en fut la pensée politique
dans sa formation, Guillaume la pensée législa-
tive, Chrétien-François la pensée littéraire, Bâ-
ville la pensée militante. Enfin Chrétieri-Frail-
çois II la représente au motnent ôii elle se con-
sume en inutiles efforts n'ayant plus ni assez de
souplesse ni assez de puissance pour se trans-
former et se prêter à un nouvel ordre de choses.
Fr. MONNIER.
Loiivet, Éloge du P. P. de Lamoignon ; Paris, 1661. —
GaiUard, Fie de M. le p. président de Lamoiçtnon ; P;i-
ris, 1782. — Klécliier, Oraison funèbre du presid. de La-
moignon. — Lairioi;;non Bâville, Mémoires. — Salnt-
Sltaon , Mémoires, IV et Vil. — Journal de I°;ivocat
Bacîiier. — D'Aguesseau, Discours sur la vie ef la mort
de i\l. Henri d'Aguesseau- — An étés àé M. le P. P. aS
Lamoignon ; Paris, 1737.— Séances et. travaux de l'Jcd-
rieni. ie des Sciences morales et politiques, 1858, n°« d'oc-
tobre, novembre et déceuibre
LAMOIG^OIV DR MALESHERBES. VoijeZ
Malesuerbes.
LAMOLA ( Jean ), philologue italien, né à Bo-
logne, vers 1400, mort à Rome, vers 1450. Il
fit ses études à Vérone, sous Guarino, et devint
ensuite précepteur des enfanis de Palla Stroz7i;
gentilhomme florentin. 11 professa à Pavîc, à Ve-
nise , à Bologne. Le produit de ses leçons ne
suffisant pas à le faire vivre, il eut recours à la
protection du pape Nicolas V, qui l'appela à Rome.
Lamola mourut après son arrivée dans cette ville.
On a de lui des dissertations et des discours la-
tins, re.stés manuscrits. Son principal titre est
d'avoir découvert, en 1427, dans la bibliothèque
Ambrosienne à Milan, le meilleur manuscrit
d'Aur. Cornélius CeISus. Y.
Or\anài, Scritlori Botognesi.
LA MONCE {Ferdinand de), architecte fran-
çais, né le 2^ juin 1678, à Munich, mort le
30 septembre 1755, à Lyon. Fils d'un artiste di-
jonnais, Paul de La Monce, qui mourut en 1708,
premier architecte de l'électeur de Bavière , il
reçut des leçons de son père , perfectionna son
éducation à Paris, et visita ensuite les princi-
pales villes d'Italie. Durant son séjour à Rome,
il fut chargé d'acquérir, pour le compte du d«c
231
LA MONCE — LA MOINNOYE
232
d'Orléans, le cabinet du duc de Bracciano, qui
avait appartenu à la reine Christine. En 1731,
il s'établit à Lyon, où, sur sa réjnitation, on lui
confia d'importants travaux ; nous rappellerons
notamment le frontispice et le portail de l'église
de Saint- Just; la porte d'entrée du grand hôtel-
Dieu avec les ailes, la coupole et une des façades ;
le plan du quai du Rhône; la chaire de l'église
du collège de La Trinité ; les plans et dessins de
différentes parties de l'église des Chartreux ainsi
que le dôme, etc. Obligé d'abandonner l'archi-
tecture à cause des infirmités incurables dont il
était accablé, il composa des dessins pour la
gravure, et ce fut d'après lui qu'on exécuta les
planches de l'édition de l'Essai sur Vhomme de
Pope, publiée à Lausanne; et de la Description
de la chapelle des Invalides. Il a aussi laissé
en manuscrit des remarques critiques sur huit
églises modernes bâties à Lyon (1747 et 1749).
P. L— Y.
Péricaud et Breghot du Lut, Lyonnais dignes de mé-
moire. — Bollioud Mermet, Hist. ( inédite ) de l'Acadé-
mie de Lyon.
LA MOîîNOYE (Bernard de), poète érudit
et philologue français, naquit à Dijon, le 15
juin 1641, et mourut à Paris, le 15 octobre 1728.
La particule que l'on remarque dans son nom
n'était point pour lui un indice de noblesse ; son
père, honnorable Nicolas de La Monnoye, n'a-
vait d'autre profession que celle de marchand
paticier. Une honnête fortune permit à ses pa-
rents de lui donner une bonne éducation , et il
sut grandement la mettre à profit. C'est au col-
lège des jésuites de Dijon qu'il commença ses
études, et qu'il sentit se révéler en lui un pen-
chant prononcé pour la poésie latine. De douze
à seize ans il fit courir sur les bancs de sa classe
des épigrammes dans la langue de Martial, et
que Martial lui-m<5me n'aurait pas toutes désa-
vouées. A cet âge déjà, les littérateurs d'Athènes
et de Rome n'avaient plus de secrets pour notre
écolier, qui ne négligeait pas non plus la poésie
française. Plongé avec délices dans ces occupa-
tions, La Monnoye atteignit ainsi son adolescence,
moment critique que la plupart des hommes de
talent ne traversent que comme une crise et en
luttant le plus souvent contre la volonté pater-
nelle. On n'avait pas été sans remarquer les
riches aptitudes du jeune élève, et son brave
homme de père, poussé par ses amis, songea
avecorgueilaubarreau, et l'envoya étudier le droit
à Orléans. La Monnoye devint légiste par obéis-
sance, et, de retour à Dijon, il fut reçu avocat
au parlement, le 16 novembre 1662. Mais, con-
trarié de plus en plus de s'être laissé imposer
cette carrière, il allégua l'affaiblissement de sa
santé, et revint tout entier à ses travaux de
poésie et de littérature. Dès ce moment , malgré
sa jeunesse, il trouva des amis qui eurent pour
lui la considération que méritaient ses talents. De
ce nombre furent le président Bouhier, qui édita
par la suite les Noëls de notre auteur, Laniare ,
Lantin, Dumay, élégant traducteur bourguignon
de \' É néide , Legouz, Chevannes, Moreau de
Mautour, l'abbé Nicaise, et le père Oudin, qui
remplit plus tard la triste mission de chanter la
mort de son ami. Ce cercle intime était tout pour
La Monnoye , qui se trouvait heureux d'en re-
cueillir les suffrages.
En 1671, l'Académie Française venait, pour la
première fois , de proposer un concours de poé-
sie. Le sujet était : La Fureur des duels abolie
par Louis XIV. La Monnoye remporta le prix,
et de cette année jusqu'en 1685 il réussit cinq fois
à obtenir le même honneur. Dans l'intervalle, au
moisdejuin 1675, notre auteur avaitépousé Clau-
dine Henriot, fille de M. Henriot, officier en la
chancellerie du palais près le parlement de Bour-
gogne. En 1700 et 1701, il publia se.s Noëls bour-
guignons. Six ans plus tard, cédant aux instances
de ses amis, il vint s'étabhr à Paris. Dès qu'il y fut
installé , on le pressa de commencer les démar-
ches nécessaires pour obtenir une place à l'Aca-
démie, en l'assurant qu'il y arriverait facilement.
Cette prédiction se réalisa, et, en remplacement
de l'abbé Regnier-Desmarais, l'érudit bourguignon
fut unanimement élu, le 23 décembre 1713. Avant
cette élection , trente-sept des quarante immor-
tels n'avaient pour sièges que des chaises ordi-
naires. Trois d'entre ces derniers étaient les car-
dinaux d'Estrées, de Rohan et de Polignac,
tous brûlant de donner leur voix au spirituel
candidat , mais ne pouvant , grâce à la sévère
étiquette, compromettre la dignité du chapeau
rouge en se confondant dans la foule. Louis XrV
proclama l'égalité académique... et le fauteuil,
dont jusque alors le directeur, le chancelier et le
secrétaire seuls avaient eu le privilège, fut donné
à tous les membres , et depuis on n'a plus dit :
avoir une place à l'Académie , mais y avoir un
fauteuil. Le premier ouvrage que donna La
Monnoye, après son entrée à l'Académie , fut la
nouvelle édition du Menagiana, dont il s'occu-
pait depuis longtemps. Tout ce que ses lectures
variées , sa critique exacte et approfondie , sa
connaissance particulière des langues , des livres
et des auteurs , purent lui fournir d'inconnu , de
nouveau , de curieux , d'original et de piquant
dans tous les genres, il l'ajouta à cet ouvrage ,
qui eut ainsi 4 vol. au lieu de 2 (1715). Le com-
mentateur obtint un grand succès ; les curieux
s'ameutèrent contre lui, et, sans le crédit du car-
dinal de Rohan, on ne sait trop de quelles tra-
casseries il aurait pu être victime. Certains pas-
sages, d'un ton sympathique à l'esprit de La Mon-
noye, avaient paru un peu libres. On demanda
des suppressions ; mais le malin auteur, appor-
tant dans son travail une lenteur calculée, le
nouveau Menagiana eut le temps de se débiter,
presque en entier, sans cartons.
A cette époque de sa vie , un événement bien
imprévu vint le frapper cruellement. Le système
de Law, qui porta un coup si funeste à tant
d'honnêtes familles, ruina entièrement La Mon-
I
233
LA MONNOYE
234
noyé. Pour venir à Paris , il avait vendu ses
biens-fonds, dont il avait placé le prix à consti-
tution de rentes sur l'État , et tous ses contrats
lui furent remboursés en billets, qui ne tardèrent
pas à devenir de nulle valeur. Il avait alors quatre-
vingts ans!... Mais ce terrible revers ne l'abattit
pas. Obligé de vendre jusqu'aux médailles de ses
prix remportés à l'Académie , il eut le courage
d'en plaisanter en quelques vers français et
même en un distique en cette langue latine dont
il avait si bien l'habitude. Cependant il ne resta
pas longtemps dans cette gêne extrême , et des
procédés aussi affectueux que généreux vinrent
apporter de notables adoucissements à sa posi-
tion. D'abord le duc de Villeroy lui fit, sur quel-
ques mots du comte de Caylus , une pension de
de cinq cents livres, qu'il porta presque aussitôt
à six cents ; une société de libraires de Paris lui
acheta son commentaire des Jugements des Sa-
vants deBaillet moyennant une pareille pension;
enfin M. de Saint-Port, avocat général au grand-
conseil , lui acheta sa bibliothèque dix mille hvres
comptant et lui en laissa la jouissance pendant sa
vie. Des pareils faits lui rendirent sa première
tranquillité. Il se remit au travail, et prouva que le
grand âge, qui avait affaibli sa vue, n'avait point
affaibli ses idées. Un nouveaucoup vint le frapper :
le 20 janvier 1726, il perdit sa femme. L'auteur a
laissé des stancesvraies et touchantes sur ces évé-
nements (il avait alors quatre-vingt-cinq ans). Il ne
sortaitpresque plus, maisil recevait toujoursavec
grand plaisir. Un de ses bonheurs de ce moment
fut d'apprendre que son ami le président Bouhier
venait d'être nommé membre de l'Académie
Française. Au milieu de ces tranquilles événe-
ments, La Monnoye touchait insensiblement au
terme de sa vie. Comme il se préparait depuis
longtemps à la mort, il n'en fut point effrayé, et,
plein d'idées douces et religieuses, il s'éteignit pai-
siblement, dans sa quatre-vingt-huitième année.
Il fut inhumé dans l'église de Saint-Sulpice , et
Poucet de La Rivière lui succéda à l'Académie.
C'est avec intention que nous avons réservé
ses Noëls Bourguignons pour en parler à la
fin de sa biographie. Malgré le renom de savant
et de critique de La Monnoye, ce recueil, où le
philologue se délassa, sera de plus en plus son
principal titre à nos yeux. Très- versé dans les
langues grecque, latine, italienne et espagnole, il
en est une autre qu'il possédait magistralement
aussi, et dans laquelle, en se jouant, il nous a
tout simplement laissé son chef-d'œuvre; nous
l'avons dit : cette langue , c'est le patois bour-
guignon ; ce chef-d'œuvre, ce sont les Noéi. Je
rapproche à dessein dans ma phrase ces deux
mots langue et patois , parce que La Monnoye
(autrement ici Gui Barôzai), dans ses malins
cantiques, a élevé le patois bourguignon à la
hauteur d'une langue. Tout le convenu , tout le
guindé fie ses poésies françaises s'est changé là en
un laisser-aller plein de vierve, de trait et de
finesse; il y a jeté à pleins couplets le sel bour-
guignon, ce vrai sel attique de l'Athènes de
la Bourgogne. Cette production, qui restera
toujours en première ligne parmi celles de son
genre, a été jugée à différents points de vue: les
uns, effrayés d'y voir tant d'esprit , ont voulu à
toute force y entrevoir de l'impiété; tandis que les
autres ont bien de la peine à ne pas en proclamer
chaque ligne œuvre pieuse. Il y a, certes, exagé-
ration des deux côtés. Un peu plus de malice
que l'un n'en voit , un peu moins de hardiesse
que l'autre n'en veut voir, telle est, nous croyons,
la moyenne qu'il convient de prendre pour se
faire une juste idée du recueil.
Les Noëls, dont La Monnoye dut l'idée à Aimé
Piron, apothicaire et père du fameux Alexis,
acquirent promptement une célébrité populaire ,
et leur auteur en ressentit en même temps deux
contre-coups très-différents : pendant que ses re-
frains au langage rustique pénétraient jusqu'à la
cour, où l'on s'amusait à essayer de parler le
patois bourguignon , le vicaire Magnien tonnait ,
du haut de la chaire de Saint-Étienne à Dijon,
contre ces mêmes refrains, et les déférait à la
censure de la Sorbonne, qui eut le bon esprit de
ne point censurer, une minorité de neuf docteurs
ayant seule prononcé l'arrêt. Gui Barôzai leur
répondit par une Epôlôgie dé" Noëi , qui est un
chef-d'œuvre de plaisanterie et de raisonnement.
Ces Noëls, que Rigoley de Juvigny crut pou-
voir se dispenser d'insérer dans les Œuvres
choisies de La Monnoye, en sont aujourd'hui
à leur 22^ édition ( les deux dernières sont la pre-
mière et la deuxième de la traduction, que nous
avons nous-même donnée de cette production
locale si piquante et si pleine de saveur ).
Les principaux ouvrages d'érudition de La
Monnoye sont : Remarques sur les Jugem,ents
des Savants d'Adrien Baillet, in-4°; Paris,
1722, 7 vol.; et Amsterdam, 1725, in-4°, 8 vol.,
et in-12, 16 vol.; — Lettre à M. Vabbé Conti,
sur les principaux Auteurs français (terminée
à 1725; imprimée au tom. vn de la Biblio-
thèque françoise ) ; — Lettre à M. Bouhier,
sur le prétendu Livre des Trois Imposteurs
(imprimée àla suite du Menagiana, tom. 4); —
Dissertation sur le Songe de Poliphile (insérée
dans le 4^ volume du Menagiana) ; — Disserta-
tion sur le Moijen de parvenir, dont il à révélé
le véritable auteur; — Commentarius in Ste-
phani Baluzii carmen de laudibus J.-B. Bras-
sard, dans le goût de celui du docteur Mathana-
sius; — Notes et Préfaces pour la Panckaris
de Jean Bonnefons ; — Remarques sur le Pog-
giana; — Notes sur les Nuits de Straparoli ;
— Observations sur le Cimbalum Mundi, et
Notes historiques et critiques sur les Contes ou
Nouvelles Récréations et joyeux Devis de Bo-
naventure des Perriers, etc. Parmi ses ouvrages
non imprimés, on peut citer en première ligne ses
Lettres , roulant sur des points intéressants de
critique, et où il sp montre très-agréable causeur.
Viennent eiisujte : Hemarques sur les Vies des
235
LA MONNOYE — LAMORICIÈRE
jurisconsultes de P. Taisand ; — Remarques
sur la farce de Pathclin; — Commentaire sur
les Poésies de Mellin de Sainl-Gelais ; — He-
marques, Additions et Corrections sur les Bi-
bliothèques françoises de La Croix du Maine et de
DuVerdier. On pourrait encore citer sept ou huit
ouvrages importants, auxquels il a contribué,
puis les notes marginales dont il avait couvert
tous les livres de sa nombreuse bibliothèque et
qui ont donne un grand prix à certains exem-
plaires, qui en provenaient.
Les vers grecs et latins de La Monnoye ont
été recueillis par d'Olivet dans les Recentiores
Postas Selecti; — ses Poésies françaises ont
été, en premier lieu, publiées à La Haye, 1716,
in-8'^, par Sallengre ; mais sur des copies incor-
rectes et tronquées. Pour faire suite au vol.
précéd., l'abbé Joly rassembla de nouvelles
pièces, qu'il publia in-8°, à Dijon, 1743. Plus
tard (1770),Rigoley de Juvigny donna les Œuvres
choisies de La Monnoye, en 2 vol. in-4° ou
3 vol. in-8° ;mais cette compilation est faite sans
goût, et la chose la plus saillante qu'on puisse y
remarquer, c'est, comme nous l'avons dit, l'ab-
sence des fameux Noëls. Des vingt-deux éditions
des Noël barguignons de Gui Barôzai (qu'il serait
oiseux d'indiquer ici en détail ), on peut mention-
ner lae*", 1720, où le Glossaire se trouve pour la
première fois; la 16^, 1776, portant sur le titre
cinquième édicion ; la 20^, 1817, donnée par
M. Dubois, et dite édition de Châtillon; et,
nous l'espérons, les deux nôtres, qui traduisent
littéralement le texte patois et dont la V est il-
lustrée de vingt-quatre dessins, F. Fertiault.
Rigolev de Juvigny, jUémoir. Aisforig. sur la V\e. elles
Écrits de Im. Monnaye. — L'abbé .Joly, Poésies nouvellei
<ie M. de La Monnoye. — Dict. Historiq. — I/abbé d'Ar-
tigny, Nouveaur Mémoires d'fiist., de Critiq. et lAt-
tératitre. — Annanton et Peignot , Virgille tirai an
bqravianon. - F. KerUault, Noëi borguignom de Gui
garôzai. aivô leu viremati au françoi, etc. - Mignard,
ïlistoire de l'Idiome bourguignon:
LA MONTAGNE (Pierre, baron de), poète
français, né en 1755, à Langon, dans le Bor-
delais, mort vers 1825. Il cultiva la poésie
dès sa jeunesse, fit insérer plusieurs pièces de
vers dans différents recueils, et publia entre
autres : Les Nouvellistes , comédie en un acte
et en rers; Bordeaux, 1780, in-8°; — La Phy-
sicienne, comédie en un acte et en vers;
Paris, 1781, in-8°; — La Lévite conqui.se,
poëme en deux chants ; Amsterdam et Paris,
Ï782, in-8"; — La ThéâtromaniP., comédie en
deux actes et en vers ; Amsterdam et Paris, 178.3,
in.go. — V Enthousiasme , comédie en deux
actes et en vers, suivie de poésies fugitives;
Paris, 1785, in-S"; — La Visite d'été, trad.
de l'anglais, de Blower ; 1788, in-8° ; —
Mémoires relatifs à Vétat de PInde , trad.
de l'anglais , de Hastings; 1788, in-8° ; — Cor-
nelia Sedley, trad. de l'anglais; 1789, in-8°; —
Poésies diverses; Paris, 1789, in-8°; — De
V Influence des passions sur les maladies du
corps, trad. de l'anglais, ^ie Falconner; 1791,
236
in-S" ; — Arabella etAltamont, tragédie en trois
actes et en vers; Paris, J791, in-8°; — Lp Ban-
quet de Xénophon, trad. du grec et ajouté à la
Vie de Xénophon, par Fortia d'Urban, 1 7^3, in-8°;
— Étheiinde,ou la recherche du iac, trad.de
l'anglais, de Ch. Schmith, 1796, in-S"; — Pape-
lard,ouïe tartuffephilosophe, comédie en cinq
actes et en vers; Paris, 1796, in-8° ; — His-
toire de Hollande, trad. de l'anglais, de Gordon ;
1808, in-8°; — Laure et Pétrarque, églogue
héroïque, etc.; Paris, 1822, in-8°; dans une note,
l'auteur soutient, sans donner de preuves, que
Laure ne fut jamais mariée , qu'elle résida tou-
jours à Vaueluse, qu'elle y naquit et mourut,
qu'on ne connaît pas sa famille, etc.; — VHi-
nozonisme, ou la nature animée , ode; Paris,
1824, in-8°. G. de F.
I.ouandre et Bourquelot, La Littérature contempo-
raine.
LA MORELLE (De), auteur dramatique fran-
çais et contemporain de Louis XIII. On manque
de renseignements sur sa vie. On possède sous
le nom de La Morelle deux pièces qui sont as-
sez singulières et qui se ressentent complètement
de la licence qui régnait alors au théâtre, et dont
personne ne songeait à se choquer. C'est d'abord
une tragi-comédie pastorale , Endijmion, ou le
ravissement , Paris, 1627, ensuite une pastorale,
Philine, ou l'amour contrarié, Paris, 1630*
D'après V Avis au lecteur, cette première pièce,
honorée du suffrage de M. de Malherbe, avait été
représentée bien des fois sur le théâtre de l'hôtel
de Bourgogne et dans les meilleures maisons de
la France. Malgré le laisser-aller de certains
passages, V Endymion est dédié à la duchesse
d'Orléans. G. B.
Bibliothèque du Théâtre- François, t. r, p. 566-574. —
Catalogue de la bibliothèque dramatique de M. de So-
leinne. 1. 1, p. 2)8, et supplément, p. J9.
1^ LAMORICIÈRE ( Christophe-Louis-Léon
Jcchacltde), général français, né à Nantes, le
6 février 1806. Il fit de bonnes études dans sa
ville natale, et entra en 1824 à l'École Polytechni-
que. En 1826 il passa comme élève sous-lieute-
tenant à l'école d'application de Metz. Lieutenant
du génie en 1830, il fit partie de l'expédition
d'Alger en qualité d'officier d'état-raajor de son
arme. Nommé capitaine le 1"^ novembre 1830,
il passa avec ce grade dans le deuxième bataillon
des zonav«.s , à la création de ce corps, qui fut
bientôt réduit à un seul bataillon. Quand la re-
traite du duc de Rovigo laissa le commandement
intérimaire de l'Algérie au général Avizard, au
mois de mars 1833, les relations avec les Arabes
étaient encore soumises à l'intermédiaire d'inter-
prètes, généralement peu instruits et prévenus.
Pour donner plus de régularité aux rapports des
Français avec les indigènes, le général Avizard
institua un bureau arabe, qui devait concentrer
toutes les affaires arabes, réunir et apprécier les
documents originaux, et mettre chaque jour sous
les yeux du général en chef la situation du pays
et la traduction des lettres les plus importantes.
2-3/
La direction de ce bureau fut confiée à M. de La-
rnoricière, qui s'était appliqué à comprendre et à
parler les différents dialectes arabes. Ce jeune of-
ficier se mit aussitôt à parcourir les tribus des envi
rons d'Alger : il leur apprit le but de sa mission,
le désir sincère qu'il avait de connaître, de satis-
faire leurs besoins réels, et leur donna l'assurance
formelle qu'elles seraient à l'avenir traitées avec
justice. Ces paroles conciliantes ramenèrent chez
ces tribus la conliance que de sanglantes exécu-
tions leur avaient ôtée. Les indigènes réapprovi-
sionnèrent les camps et les marchés français.
M. deLamoricière se présentait seul aux Arabes,
armé seulement d'une canne , ne dédaignant pas
sans doute de s'en servir parfois sans recourir
aux juges ni au chaouch, ce qui lui valut de la
part des Arabes le surnom de Bou-Aroua ( père
du bâton ). Lorsque l'occupation de Bougie fut
résolue, M. de Lamoricière fut chargé de recon-
naître la place : il y pénétra et n'en sortit pas sans
peine. Il exagéra, dit-on, la facilité de l'entreprise ;
mais il paya de sa personne à Tassant de cette
ville. Promu au grade de chef de bataillon des
zouaves, le 2 novembre 1833, M. de Lamoricière
garda le commandement supérieur de ce corps ,
comme lieutenant-colonel, le 31 décembre 1835,
lorsque son effectif fut augmenté de nouveaux
bataillons. Les zouaves , créés par le maréchal
Clausel et commandés d'abord par M. Maumet et
Duvivier, étaient un mélange de Français, de
Maures, d'Arabes, de Turcs, d'étrangers de toutes
les origines , un corps où semblaient se donner
rendez-vous des hommes de toutes les langues,
des esprits aventureux, des enfants perdus de
toutes les nations. Ils devinrent, sous le comman-
dement de M. de Lamoricière, un corps d'élite. Le
zouave , habillé à l'arabe , fut par excellence le
soldat d'Afrique, l'homme des coups demain
difficiles , le fantassin des longues marches , des
nuits sans sommeil et des journées sans eau. Les
Arabes le caractérisèrent en disant qn'il mâchait
«le la poudre depuis l'aube du jour jusqu'au cou-
cher du soleil. Aussi employait-on les zouaves
dans toutes les expéditions où l'on prévoyait de
grandes fatigues et de rudes combats. Après la
prise de Constantine, où il s'était particulièrement
distingué, M. de Lamoricière devint colonel,
le 11 novembre 1837, tout en restant à la tête
des zouaves. En 1839 le ministre de la guerre
l'appela à Paris ; l'année suivante il retourna en
Afrique, et au mois de mai 1840 il assistait à
la prise duTeniah de Mouzaïa. Le 21 juin sui-
vant, il fut élevé au grade de maréchal de camp,
et le colonel Cavaignac le remplaça comme chef
des zouaves. Bientôt après, M. de Lamoricière
prit le commandement de la division d'Oran. Il
se distingua dans l'expédition dirigée contre
Tagdempt et Mascara, et le 5 juin 1841 le ma-
réchal Bugeaud disait dans son rapport sur cette
expédition : « Le général de Lamoricière m'avait
rendu les plus grands services dans les prépara-
tifs de la guerre ; il a prouvé que le soin si im-
LAMORICIÈRE 238
portant des détails d'organisation et d'adminis-
tration pouvait s'allier avec l'ardeur et le courage
qu'il montre en toute occasion. » Pendant la
caiDpagne de l'automne de 1841, le général de
Lamoricière parvint à ravitailler Mascara, après
un combat opiniâtre et meurtrier contre les
troupes d'Abd-el-Kader. En 1843, continuant
cette guerre de surprises où l'adresse doit l'em-
porter encore sur le courage, il parvint à sou-
mettre la grande tribu des Flittas , après d'heu-
reuses razzias; ce qui lui valut, le 9 avril, le grade
de lieutenant général. L'année suivante, le Maroc,
soulevé par Abd el Kader, devint manife.stement
hostile à la France. Le général de Lamoricière se
distingua le 30 mai dans un combat contre les Ma-
rocains, qui étaient venus attaquer le camp de
Lalla-Maghrnia. A la bataille d'isiy, le 14 août
1845, il reçut encore les éloges du général en
chef, et au mois de novembre ce fut à lui que le
maréchal Bugeaud, s'en allant en France, remit le
gouvernement intérimaire de l'Algérie.
En 1846, le général de Lamoricière, qui avait
un système particulier relativement à la coloni-
sation de l'Algérie, vint en France dans le but de
se faire élire député, afin de pouvoir défendre son
systèmeà la tribune. Partisan de l'occupation gêné-
raie, il croyaitles indigènes susceptibles de se rat-
tacher aux intérêts de la métropole, et demandait la
colonisation libre par la formation de villages euro-
péens. Le maréchal Bugeaud ne croyait pas cette
colonisation possible , et voulait le camp agricole,
les colonies uiilitaires. Le 2 août M. de Lamori-
cière se présenta devant les électeurs du premier
arrondissement de Paris, comme candidat de
l'opposition modérée, contre M. Casimir Périer,
candidat ministériel. Dans une réunion prépara-
toire, tout en déclarant ne pas approuver la poli-
tique du gouvernement, il refusa de se prononcer
pour la réforme électorale, qui ne lui paraissait
pas nécessaire, et de s'expliquer sur la dotation
du duc de Nemours, qui, disait-il, n'était pas de-
mandée. Il échoua; mais deux mois après il fut
élu à Saint-Calais (Sarthe), à la place de M. Gus-
tave de Beaumont, qui avait opté pour Mamers.
Reparti pour l'Algérie, M. de Lamoricière orga-
nisa l'expédition qui fit tomber la smalah d'Abd-
el-Kader aux mains du duc d'Aumale; quelque
temps après il réussit à envelopper l'émir et à le
forcer de déposer les armes. Abd-el-Kader de-
manda à se rendre au duc d'Aumale. Ce prince,
heureux d'en finir, consentit trop promptement
à promettre à l'émir de lui faire obtenir l'au-
torisation d'aller en Egypte ou en Turquie; mais
le gouvernement refusa de ratifier cette promesse.
D'abord le prince n'avait pas pu en prendre l'en-
gagement formel; il n'avait pas besoin d'ac-
cepter les conditions de l'émir, puisque celui-ci
était cerné de toutes parts et ne devait guère
espérer échapper à nos troupes. D'ailleurs Abd-
el-ICavler, qui avait tant de fois trompé les Fran-
çais, pouvait redevenir dangereux pour la colonie
naissante lorsqu'il se trouverait libreen Orient. Sa
239
LAMORICIERE
240,
liberté n'était'donc possible qu'autant que le pays
serait paoitié et qu'il y serait oublié, c'est-à-dire
après un certain temps; c'est pourquoi il fut
retenu captif en France.
Élu député au commencement de 1847 ,
M. de [.amoricière se plaça dans les rangs de
l'opposition constitutionnelle. Il parla dans la
discussion des projets de loi relatifs à l'Al-
gérie et sur l'avancement des lieutenants nom-
més à des fonctions spéciales. Quand la révolu-
tion de février éclata, Louis-Philippe le comprit
dans ses dernières et vaines combinaisons mi-
nistérielles. Le 24 février au matin , le général
Lamoricière, eu colonel de la garde nationale,
se rendit sur les boulevards , proclamant un
nouveau ministère centre gauche, dont il faisait
partie avec MM. Thiers et Odilon Barrot; un
insurgé demanda la proclamation, la mit dans sa
poche , et la baiTicade refusa de laisser passer le
général ni de l'écouter. Celui-ci revint aux Tuile-
ries. Le roi ayant abdiqué , le général de Lamori-
cière voulut en porter la nouvelle aux combat-
tants de la place du Palais-Royal et proclamer la
régence de la duchesse d'Orléans. Déjà le général
Gourgaud avait échoué dans cette tentative;
MM. Baudin, Merruau et Emile de Girardin n'a-
vaient pas été plus heureux. M. de Lamoricière
lança son cheval au milieu des balles : son cheval
fut frappé et tomba. On enveloppa le général ; on
le menaça, un coup de baïonnette l'atteignit au
bras; il voulut parler, personne nel'écouta; on
l'enleva alors, et on le conduisit à une ambulance
de la rue de Chartres. Le soir même il allait à
l'hôtel de ville et donnait son adhésion au gou-
vernement provisoire ; mais , comme le général
Bedeau, il refusa le ministère de la guerre. Envoyé
par le département de la Sarthe à l'Assemblée
constituante, il y fit partie du comité de-la guerre.
Lors des événements de juin , il fut chargé du
commandement d'une des divisions de l'armée
de Paris, et combattit l'insurrection sur les bou-
levards et dans les faubourgs Saint-Martin , du
Temple , Popincourt et Saint-Antoine. Dans ces
fatales journées , il eut trois chevaux tués sous
lui. Devenu chef du pouvoir exécutif, le général
Cavaignac appela le général de Lamoricière au
ministère de la guerre. Au mois de septembre
M. de Lamoricière fit voter un décret ouvrant un
crédit de cinquante millions pour l'établissement
de colonies agricoles en Algérie , déci'et qui pro-
voqua un mouvement d'émigration prématuré
vers l'Algérie, où rien n'était prêt pour recevoir
ce surcroît de population trop peu appropriée.
M. de Lamoricière fit beaucoup d'ailleurs pour
l'Afrique. Il créa d'abord une commission de
révision de la législation de l'Algérie, liquida
les indemnités dues pour expropriation depuis
la conquête, fonda la municipalité sur le sol
africain., détacha du ministère de la guerre ce
qui était du ressort des autres ministères, fixa
le taux de l'intérêt légal , constitua la propriété
communale, détermina la nature des revenus
de la commune , et mit les concessionnaire des
mines en demeure de les exploiter ou de les aban-
donner ; enfin, la réorganisation administrative de
l'Algérie, la création de préfectures et de tout
un système civil nouveau couronna ces premiers
essais. Le général de Lamoricière s'occupa aussi
de la question d'une réserve militaire qui eût mé-
nagé les finances de la France sans en affaiblir la
puissance; il proposa de substituer au rempla-
cement militaire une exonération qui, payée à
l'État, devait profiter aux soldats appelés sous
les drapeaux; mais l'assemblée n'adopta pas
les vues du ministre , qui avait été surtout com-
battu*par M. Thiers. Du re^te, le générai de La-
moricière vota contre le droit au travail , contre
les deux chambres, pour la proposition Râteau
tendant à la prompte dissolution de l'assemblée,
pour la loi contre les clubs, etc. Il s'était très-
nettement prononcé contre la candidature du
prince Louis-Napoléon à qui il déniait même le
titre de citoyen français. Le 20 décembre il fut
remplacé au ministère de la guerre. Aux élections
générales pour l'Assemblée législative, le 13 mai
1.849, il fut élu le sixième dans le département
de la Seine , et le premier dans le département
de la Sarthe. Il opta pour la Sarthe. Il vota la
loi contre les clubs et l'autorisation de poursuites
contre ses collègues arrêtés par suite de la
journée du 13 juin. Dans ce même mois une
fraction de la majorité parlementaire, qui soute-
nait la politique de M. Dufaure, forma une réu-
nion qui prit le nom de Cercle constitutionnel,
et qui déclara vouloir le mamtien de la constitu-
tion dans toute sa rigueur. Le général de Lamo-
ricière en fut élu le premier président. Peu de
temps après, il accepta du gouvernement une
mission extraordinaire auprès de l'empereur de
Russie, dont les armées opéraient en Hongrie,
conjointement avec l'armée autrichienne. Le
général arriva auprès du czar au moment où les
canons russes célébraient la chute de la natio-
nalité hongroise. En apprenant la formation' du
ministère du 31 octobre et la chute du cabinet
présidé par M. Odilon Barrot, M. de Lamori-
cière envoya sa démission au président de la
république , et vint reprendre sa place à l'as-
semblée, où il vota l'amendement Grévy relatif à
l'exploitation du chemin de fer de Lyon par l'État.
Le 19 avril 1850, il prit part à la discussion du
projet de loi relatif à la déportation. Amené'à
s'occuper du sort des derniers transportés de
juin, le général de Lamoricière soutint que la
transportation était un acte de clémence, puisque
ceux à qui elle était appliquée auraient dû être
traités plus rigoureusement par les tribunaux , ce
qui n'était certainement pas exact pour tous les
transportés. A ceux qui criaient : des juges! des
juges ! il répondit qu'à présent on se couvrirait
certainement devant les juges du décret de trans-
portation et qu'ainsi on échapperait à toute juri-
diction. De peur que le président de la républi-
que ne fût tenté encore de faire gràee aux der-
241
LAMORICIÈRE
nievs transportés et ne semblât s'arroger à lui seul
la clémence, M. de Lamoricièr* proposa un amen-
dement suivant lequel le président de la républi-
que n'aurait pu accorder de nouvelles grâces aux
transportés sans le concours de l'assemblée ; cet
amendement ne fut pas adopté. Quelques jours
après, le général faillit être maltraité par la foule
ameutée à l'occasion de l'abattage des arbres
de la liberté. Reconnu dans sa voiture au carré
Saint-Martin, il n'eut que le temps de se réfugier
dans un cabinet de lecture du boulevard, d'où i!
put s'échapper par une fenêtre donnant sur la
"our d'une maison voisine. Le 16 juillet, appuyant
î amendement de M. de Lasteyrie sur la permis-
ion de vendre librement les journaux sur la voie
publique, le général de Lamoricière prononça un
discours remarquable, dans lequel il retraça l'état
des partis et les montra tous intéressés au main-
tien de la constitution. Le 22 juillet il fut élu un
•les vingt-cinq membres chargés de représenter
l'assemblée pendant sa prorogation. Au mois de
mars 1851, il parla en faveur de l'expédition de
.'a petite Kabylie, proposa un ordre du jour mo-
tivé, et défendit le gouvernement des militaires en
Afrique.
Arrêté chez lui dans la nuit du 2 décembre 1851 ,
M. de Lamoricière fut conduit au fort deHam, où
il souffrit d'un violent accès de rhumatisme. Éloi-
gné temporairement de France par le décret du
9 janvier 1852, il se retira en Prusse. Lorsque le
nouveau gouvernement exigea le serment de tous
les officiers qui voulaient rester en activité, le
général de Lamoricière refusa ce serment par
une lettre très- vive, que les journaux ont publiée
an mois de mai 1852. II habita successivement
Coblentz, Mayence, Wiesbaden et Ems. Marié,
I en 1847, à M"^ Marie-Amélie Gaillard d'Auber-
ville, M. de Lamoricière avait eu un fils à son
retour de sa mission de Russie. Cet enfant
mourut , âgé de quelques mois seulement , en
mars 1850. Un second fils, placé dans un col-
lège de Paris, fut atteint d'une maladie qui
l'enleva en vingt-quatre heures, en novembre
1857. En apprenant que cet enfant était dange-
reusement malade , l'empereur avait donné par
le télégraphe l'ordre d'autoriser la rentrée du
général de Lamoricière en France , où il vit de-
puis dans la retraite. On a de lui : Réflexions
sur Vétat actuel d'Alger; Paris, 1836, in-8'';
— Projet de Colonisation de VAlgérié; 1045;
— Rapport sur les Haras ; 1850, in-4".
Un frère du général, Joseph de Lamoricière,
mourut de la lièvre jaune, en 1838, à bord d'un
vaisseau de la flotte française qui blot]uait la
Vera-Cruz. Il assistait à ce blocus en qualité de
secrétaire de légation. L. Lodvet.
' Galerie Nationale des Notabilités contemporaines. —
DM. do la Convers. — Mars, Les Zouaves et les Chasseurs
d'Afrique. — H. CasUlle, Portraits JJist. au dix-neu-
vième siècle.
LlAmorier ( Loiiis ), chirurgien et naturaliste
français, né à Montpellier, en 1696, mort en 1777.
Il était membre delà Société royale des Sciences
- LA MORLIÈRE 242
de Montpellier et membre associé de l'Académie
royale de Chirurgie de Paris. On a de lui un grand
nombre à'Obsei-vations et de Mémoires insérés
dans les recueils des Académies royales des
Sciences de Paris et de Montpellier. Les princi-
paux sont : Nouvelle Manière d'opérer la Fis-
tule lacrymale; 1728;— Sur les Causes qui
empêchent le cheval de vomir; 1733; — Ob-
servations sur les Tumeurs qui ont paru par-
ticiper à la fois des caractères variqueux et
anévrismal; — Anatomie de la Sèche ( sepia),
et principalement des organes avec lesquels
elle lance sa liqueur noire; 1766; — Sur un
JSpiplocèle hydatideux ; — Sur V Union qui
se fait des Artères avec les Nerfs après les
amputations, pour déterminer la cause mé-
canique des douleurs que Von croit sentir
dans plusieurs parties du corps qui en ont été
séparées; — Sur les Rapports et les Diffé-
rences du Tigre avec le Chat; — Sur les Suites
de certains Pessaires trop longtemps retenus
dans le Vagin. L — z — e.
Recueil de la Société royale de Montpellier, ann. 1766-
1778. — Quérard , La France Littéraire.
LA MORLIÈRE ( Adrien de), antiquaire
français, né à Cbauny, vers la fin du seizième
siècle. 11 était chanoine de l'église d'Amiens , et
consacra ses loisirs à l'étude des monuments
historiques de ce diocèse; c'est un généalogiste
exact, au dire de Ménage. Il a publié: Bref État
des Antiquités, Histoires et Choses les plus
remarquables de la ville d'Amiens ; Amiens,
1621 (aussi 1622 ), in-8° ; la seconde édition porte
pour titre : Premier Recueil des Antiquitez
d'Amiens; Paris, 1627, in-8", et la troisième,
très-augmentée : Les Antiquitez, Histoires, etc.;
Paris, 1642, 2 tomes en 1 vol. in-folio.; ouvrage
recherché et d'un bon secours, quoique mal
écrit; — Recueil de plusieurs nobles et illus-
tres Maisons dans l'étendue du diocèse d'A-
miens , Amiens, 1 630, in-4° ; réimprimé à la suite
de la troisième édition des Antiquitez. P. L— y.
Ménage, Histoire de Sablé; 1683, in-fol., p. 180.— Len-
glet-Dufresnoy, Méthode pour étudier l'histoire.
LA MORLIÈRE ( Charles- Jacques-Louis-
Auguste de La Rochette , chevalier de ), litté-
rateur français, né à Grenoble, en 1701, mort à
Paris, au mois de février 1785. Il avait été mous-
quetaire, et portait le cordon de l'ordre du
Christ. « Il s'était d'abord mis à la solde des amis
d'un poète immortel, qui ne dédaignoit pas les
petits moyens pour s'assurer de grands succès, »
ditunjournalistedu temps. La Morlière comman-
dait le camp volant de Voltaire, et se signala dans
les petites guerres de théâtre; il avait entrepris
de ci'itiquer toutes les pièces, et offrait aux
auteurs dramatiques son amour ou sa haine. Ce
manège lui réussit ; malheureusement , les au-
teurs n'étaient pas riches : quelques dîners,
quelques louis empruntés sans terme de rem-
boursement, une petite spéculation dé finance
sur les billets du parterre dont il avait la dispo-
sition , le sentiment de sa propre importance,
243
LA MORLIÈRE
244
c'était tout son salaire. Il avait établi son quar-
tier général au café Procope. « Dès qu'il parois-
soit, nous apprend le même journaliste, un cercle
de néophytes se formoit autour de lui ; affable
avec dignité , il accueilloit l'un d'un coup d'œil,
faisoit rougir d'une vanité modeste celui à qui il
adressoit la parole , les endoctrinoit tous, il ju-
geoit d'un trait l'ouvrage nouveau , annonçoit le
succès ou la chute de la pièce de théâtre qu'on
préparoit, racontoit l'anecdote du jour ou de la
nuit, en faisoit quand il n'en savoit pas ou qu'il
en avoit besoin pour ses vues ; tranchant sur
tout, il parloit avec la même familiarité d'un
bon livre qu'il n'étoit pas en état de lire et d'un
homme en place qu'il n'avoit jamais approché.
Un ton moitié d'homme du monde, moitié
d'homme de lettres, donnoit un certain poids à
ses paroles... La troupe était composée de volon-
taires et de soudoyés ; il commandoit ceux-ci,
et (iirigeoit ceux-là; mais les premiers étoient
ceux sur qui il coraptoit le plus. » Il développait
pour eux les principes d'une poétique qu'il va-
riait suivant les circonstances. « Pendant la pièce,
il donnoit le signal d'applaudir ou de murmurer,
continue son biographe , et les échos qu'il avoit
répandus avec art aux différents coins de la salle
y réi>ondoient fidèlement. 11 avertissoit les voi-
sins d'un beau vers qui alloit partir, ou tenoit
une épigramme prête pour atténuer l'effet d'un
trait applaudi. Comme on étoit un peu con-
trarié sur la liberté de huer et de siffler ce qui
déplaisoit, il s'étoit fait une manière de bâiller
éclatante et prolongée, qui produisoit le double
effet de faire rire et de communiquer le même
mouvement au diaphragme de ses voisins. Un
jour la sentinelle l'avertit de ne pas faire de bruit :
Comment, mon ami, lui dit-il, vous qui paroissez
un homme de sens et qui avez l'habitude du
spectacle, est-ce que vous trouvez cela beau?
— Je ne dis pas cela , lui répondit le soldat un
peu radouci ; mais ayez la bonté de bâiller uu
peu plus bas. » La Morlière s'était également
imposé aux débutants et aux débutantes. Voyant
qu'il tenait dans ses mains la destinée des pièces
de théâtre d'autrui , il s'imagina qu'il pourrait
assurer celle de ses propres ouvrages. Il com-
posa plusieurs comédies, que les comédiens n'o-
sèrent refuser. Malgré les plus habiles manœu-
vres de ses amis, soutenues par les efforts zélés
de ses créanciers, elles tombèrent. Dès lors il
perdit sa puissance. Peu à peu tout le monde
l'abandonna. Avant de travailler pour le théâtre,
il avait fait paraître quelques romans dans le
genre libre et même licencieux. Angola avait
eu un tel succès qu'on l'avait attribué à Crébillon
fils. M. Edouard Thierry appelle cet ouvrage « le
roman du siècle, le livre des jolis boudoirs, le
manuel charmant de la conversation à la mode ».
Une discussion qu'eut La Morlière avec Fréron
lui enleva encore de son crédit. Accusé de
vendre ses suffrages et ses censures, et d'être
plus audacieux que brave, soupçonné d'avoir
des relations avec la police, il fut accablé de
mépris. S'il faut en croire les Mémoires de Ba-
chaumont, La Morlière était absolument décrié
par son immoralité et même par ses escroquer es ,
qu'il exerçait particulièrement sur des personnes
du beau sexe , qu'il prétendait former .pour le
théâtre. Sa famille le fit enfermer à Saint-Lazare
pendant quelques mois. Il disparut alors, et à son
retour personne ne le connaissait plus. Il composa
encore quelques ouvrages romanesques, et dédia
un de ses livres à M™® Du Barry, dont personne
avant lui n'avait osé encenser les vertus et les ta-
lents. Il dut à cette dédicace le débit de son livre
et l'honneur de souper avec cette femme célèbre.
Vivantdanslaplus obscure retraite, iltombadans
la plus profonde misère. Il perdit en 1772 une
jeune personne dont il avait fait sa gouvernante, et
qui seule lui était restée fidèle. « Depuis il traîna ,
dit M. Edouard Thierry, une vieillesse délaissée
et quémandeuse, empruntant l'aumône, tirant de
l'un et de l'autre un écu après un écu , se re-
layant peut-être avec le chevalier de Mouhy
pour obtenir par importunité quelque pistole
de Voltaire, et s'éteignit un peu après l'auteur
de La Mouche, tous deux avec le même dégoût
de leurs quatre-vingt-trois ans avihs. «
On a de La Morlière : Le Chevalier de R...,
anecdotes du juge de Tournay ; 1745, in-12 ; —
Angola, histoire indienne ; Paris, 1746, 2 vol.
in-12; — Milord Stanley, ou le criminel
vertueux; Cadix (Paris), 1747, 3 parties in-12;
— Les Lauriers ecclésiastiques, ou campagnes
de Vabbéde T...; Paris, 1748, in-12 : livre obs-
cène, défendu, très-cher et très-recherché par
les libertins; — Mirza Nadir, où se trouve
l'histoire des dernières expéditions de Tlia-
mas Koulikan ; 1749,4 vol. in-12; — Très-
humbles Remontrances à la cohue au sujets
de la tragédie de Denys le Tyran; 1749,
in-12; — Réflexions sur la tragédie d'Oreste,
où se trouve placé naturellement fessai d'un
parallèle de cette pièce avec- l'Electre dei
M. de G. ( Crébillon ) ; in-12 ; — Lettre de Ra-. ■
cine à M. M... ( Marmontel) et Réponse de ce
dernier sur la tragédie des Héraclides;
1752; — Observations sur la tragédie du
Duc de Foix, de M. de Voltaire; 1752, in-12}
— Le Gouverneur, comédie en trois actes et eai
prose, jouée en 1751, sur le Théâtre-Italien;
1752 ; — La Créole, comédie en un acte et en
prose, jouée au Théâtre-Français, en 1754, non
imprimée; — Lettre dhm sage à un homme
respectable, et dont il a besoin, sur la Musi-
que italienne et française ; Paris, 1754; —
Le Contre-poison desjeuilles, ou lettres sur
Fréron; 1754, in-12 : sans doute le même ou-
vrage que A nti-feuilles, ou lettres à M'^e de '
sur quelques jugements portés dans VKnnép.
Littéraire ^/e Fréron; 1754, in-12; — Anar;>
lyse de la tragédie de L'Orphelin de la Chine ;
1755, in-12; — L'Amant déguisé , comédie e,a
deux actes et en prose, jouée en 1758, non im-
245
LA MORLIÈRE — LA MOTHE
246
primée ; — Le Fatalisme , ou collection d'a-
necdotes pour prouver V influence du iort
sur Vhistoire du cœur humain; Paris, 1769,
2 vol. in-12, dédié à M™*" Du Barry ; — Le Roya-
lisme, ou les mémoires de Du Bnrry deSaint-
Aunetz et de Constance de CezeUe, sa femme,
anecdote historique sous Henri IV; 1770,
in-S". L. L— T.
Tahlettea d'un Curieux, tome U, p. 64. — Rachauraont,
Mémoires secrets. — Monselet, Oubliés et Dédaignés,
tome !«■•, p. 251. — Cbaudon et Delandine, Dict. univ.
Hist., Crû. et Bibliogr. — Ed. Thierry, Moniteur, du
^juiii 185".
LAMORMAïKi { Guillaume GETiJu^kv be),
panégyriste belge, né dans le duché de Luxen;»-
i)Qiirg, vers 1 570, mort à Vienne (Autriche ) , le 23
février 164H. 11 fit profession chez les jésuites en
1690, enseigna la théologie et la philosophie à
Gratz, où il fut reçu docteur dans l'une et l'autre
faculté. Qn le fit recteur du collège de cette ville,
d'où il passa à Vienne an même titre , mais avec
J^ direction de la maison professe. Lorque La-
raormaini fut nommé provincial d'Autriche,
'empereur Ferdinand II le prit pour confesseur
(1624). Ce Père dojt donc être regardé comme
l'inspirateur des mesures énergiques qui frappè-
fent les protestants au profit du catholicisme.
« Ce fut, dit le P. Paquot, à la libéralité du mo-
narque et aux soins du confesseur que les
jésuites durent leur extension en Autriche et
en Bohême, où ils fondèrent plusieurs maisons,
collèges et séminaires. C'étoit un religieux
fort attaché à la règle de son ordre et à sa pros-
périté, très -intelligent dans la conduite des af-
faires , et d'un courage à l'épreuve des plus fâ-
cheux contretemps. Il sçut dans un poste dé-
licat acquérir et conserver l'estime des grands. »
On a de lui : Oratio habita grsece XXVIII
unaii anno M. DC. VIII, in funere Serenis-
^1n3e Marise, matris Ferdinandi II, impera-
toris; Gratz; —Ferdinandi II, Romanorum
mperatoris, Fir^w^es, etc.; Vienne, 1638, in-4'';
envers, 1638, in-4° : cet ouvrage, dans lequel
1^ flatterie déborde, fut multiplié par l'interven-
tion des jésuites , et parut à Cologne sous le
Ktre d'/rfea Principis christiani, 1638, in-lô;
1 fut traduit en italien par le P. Jean-Jacque.s
^urtzius. Vienne, 1638, in-4°; en français par
e P. Jean Lévrechon. « Il est peu de princes,
lit le traducteur, qu'on ait loués avec autant
ie fondement que Ferdinand II du côté de la
•eligion et de la piété ». Le P. Lévrechon n'a
ws osé ajouter « de la raison et de l'humanité ».
R. P. Nicolai Gaussini, e Soc. Jesu, aula
mpia Herodis : pia , Tkeodosii junioris II :
\iCaroli Magni Castra, impietatis victri-
ka, etc.; Cologne, 1644, in- 12. A. L.
Alegambe, Bibliotheca Scriptornm Soc. Jesu, p. 169.
• So'thwell, /iibl. Script. Soc. Jesu, p. 315. — Vaqiiot,
Hémoires pour servir â l'Histoire littéraire des
Hys-Bas, t. V, p. 98-100.
lâmo'RMAini ( Henri de), théologien belge,
rère du précédent, et né comme lui dans le
lUxembourg , mort aussi à Vienne ( Autriche ) ,
le 26 novembre 1647. H se fit jésuite en 1596,
et « se livra, dit Paquot, avec beaucoup de /èle
aux exercices de la chaire et du confessionnal ;
mais une faiblesse qui lui survint dans les jambes
( 1625 ) l'empêcha de continuer ses travaux ».
Alors il écrivit ou plutôt il traduisit jusqu'à sa
mort. On a de lui : Catechismus Controver-
I siarum Guilielmi Baile, Societatis Jesu;
Vienne et Cologne, 1626, in-16; — Modus
disponendi se ad bene moriendum ; Vienne,
1641, in 16 ; — Tractatus Amoris divini cons-
tant, Libri Xll , trad. du français de D. Fran-
cisco de Sales , évêque et prince de Genève ;
Vienne, 1643, in-4°; une seconde édition, aug-
mentée de la Vie de saint François de Sales,
parut à Cologne, 1657, in-8° ; — De Virtute Pœ-
nitentiœ, etc.; Vienne, 1644, in-4°. A. L.
.41egarnbe, BiUioth. Scrip. Soc. Jesu, p. 175, 176 et
426. — Sotwell, fliblioth. Script. Soc. Jesu., p. 32S. —
l'aquot. Mém. pour servir à l'Hist. iitt. des Pays-Bas,
t. V, p. 101-103.
LA MOTHË (N Père), plus connu sous
le nom de La Hode , historien français , né vers
1680, dans la basse Normandie , mort vers 1740.
Entré de bonne heure dans la Société de Jésus,
il fut chargé de l'enseignement dans plusieurs
collèges de sqn ordre, et vint enfin à Paris , où
il était préfet au collège Louis-le-Grand quand
le marquis d'Argenson y faisait ses études. Ayant
acquis un certain talent pour la prédication, il
prêcha avec éclat dans plusieurs villes , et s'é-
tant permis de blâmer la marche du gouverne-
ment dans un sermon qu'il prononça à Rouen,
en 1715, il fut décrété de prise de corps ; les jé-
suites de Paris s'empressèrent de désavouer leur
collègue, et vinrent demander au régent ses or-
dres pour la punition du coupable : le duc d'Or-
léans leur dit qu'il s'en rapportait à la décision
du parlement et de l'ofticialité de Rouen. Le Père
La Mothe fut interdit et relégué par ses supé-
rieurs dans leur petite maison de Hesdin , où il
remplit les fonctions de procureur. De son exil,
il demanda du travail à son ancien élève, le mar-
quis d'Argenson, avec lequel il était resté en rela-
tion. Celui-ci avait préparé une Histoire du Droit
public ecclésiastique français, qu'il devait lire
à la Société de l'Entresol; il en envoya une copie
au père La Mothe avec des livres sur le même
sujet. Le père La Mothe s'enfuit quelque temps
après en Hollande, où il essaya d'abord la pra-
tique de la médecine, et publia l'ouvrage qui lui
avait été confié , nonobstant les remontrances de
l'auteur. Il se mit ensuite aux gages des libraires
sous le nom de La Hode, et prit part , si l'on
en croit d'Argens, à la Correspondance histo-
rique, philosophique et littéraire, publication
périodique inspirée par le succès des Lettres
juives de d'Argens, qui lui dédia un volume de
ce dernier ouvrage par une épître ironique à
maître Nicolas, barbier de l'ilhistre don Qui-
chotte de la Manche. D'Argens attaqua encore
La Mothe dans ses Lettres cabalistiques. Ce-
lui-ci avait oublié en Hollande des Anecdotes
247
historiques, galantes et littéraires qu'il avait
attribuées à d'Argens. Lorsque La Hode mourut,
il travaillait depuis dix ans à une Histoire de
Louis XI V, que La Martinière fit paraître. L'au-
teur, d'après Voltaire, <■ «^tait un.jésuite chassé
de son ordre, qui se fit secrétaire d'Etat de France
en Hollande pour avoir du pain ». Si La Motlie
n'avait pas été positivement chassé de son ordre ,
il avait du moins été forcé de travailler avec pré-
cipitation à cette Histoire de Louis XIV; il man-
quait de documents essentiels, et dut s'en rap-
porter à des écrivains mal informés ; aussi lui
reproche-t-on de graves erreurs. On a de La
Hode : Vie de Philippe d'Orléans , régent de
France ; Londres ( La Haye), 1736, 2 vol. in-12 ;
— Histoire des Révolutions de France, où
l'on voit comment cette monarchie s'est for-
mée et les divers changements qui y sont ar-
rivés par rapport à son étendue et à son
gouvernement; La Haye, 1738, 2 vol. in-4°, ou
4 vol. in-12; — Histoire de Louis XIV, ré-
digée sur les mémoires de M. le comte D.. .;
Bàle et Francfort (La Haye), 1740 et suiv., 5 vol.
in-4\ J. V.
Mémoires de la Bégence ; 171B. — Marquis d'Argeii-
son. Mémoires. — D'Argens, Lettres juives et Lettres
cabàlisliqiws — Voltaire, Des Mensonges imprimés et
Siècle de Louis Xiy.
LA MOTHE - HOCDANCOCRT ( Philippe,
comte de), duc i>e Cardone , maréchal de France,
né en 1605, mort le 24 mars 1657. Cornette de la
compagnie des chevau-légers duduc de Mayenne,
il servit, en 1622, aux sièges de Négrepelisse, de
Saint-Antonin , de Sommières , de Lunel et de
Montpellier contre les protestants. En 1625, il
se trouva au combat naval où le duc de Mont-
morency battit les Rochellois, le 15 septembre,
et à la défaite des Anglais dans l'île de Ré, le
8 novembre 1627. En 1629 il assista aux sièges
de Soyon, de Pamiers , de Réalmont, de Saint-
Sever, de Castelnau et de Privas. Il concourut
à l'attaque de Pignerol en 1630, de Brigueras, du
pont de Carignan, où il fut blessé , le 6 août, et
se trouva à l'affaire de Castelnaudary, le 1*" sep-
tembre 1632. Il obtint la même année le gouver-
nement de Bellegarde. Nommé mestre de camp
d'un régiment d'infanterie qu'il leva en 1633, il
assista au siège de Nancy, combattit à Avein,
le 20 mai 1635, au siège de Louvain, et à la
prise du fort de Schenk. Sergent de bataille en
1636, il servit en cette qualité dans l'armée
de Bourgogne et secourut Saint-Jean-de-Losne,
assiégé par le duc de Lorraine et par le géné-
ral Galas. Maréchal de camp le 31 mars 1637,
il commanda un corps séparé à l'armée d'Al-
lemagne, et se signala à la tête de l'infanterie
française au combat de Kintzingen. L'année sui-
vante, il fut employé à l'armée de Bourgogne
sous le duc de Longueville. Il battit un corps en-
nemi à Poligny. En 1639 il défit Savelli, et se
Tendit maître du château de Blamont. Fait lieu-
tenant général en Bresse, le 20 avril, et c.v\, -aine
d'une compagnie de gendarmes , il pacsa en Pié-
LA MOTHE 248
mont. A la mort du cardinal de La Valette , il
prit le commandement de l'armée en attendant
l'arrivée du comte d'Harcourt. Sur l'ordre de ce
nouveau chef, La Mothe-Houdancourt s'empara
de Quiers à la vue de l'armée espagnole, dans
la nuit du 24 octobre. Cependant d'Harcourt
éprouva quelques défaites, et l'armée, obligée de
battre en retraite, eût essuyé de grandes pertes
si La Mothe à l'arrière-garde n'eût soutenu seul
pendant deux heures les attaques du marquis de
Leganez , dont les troupes triomphantes étaient
bien plus nombreuses. La Mothesetrouvaenl640
à la bataille de Casai , au siège de Turin et aux .
deux combats livrés devant cette place. Sa belle
conduite dans les dernières affaires le fit désigner \
pour un commandement supérieur. Promu au
grade de lieutenant général des armées du roi en
1641, il fut envoyé à l'armée de Catalogne sous les :
ordres du prince de Condé. Cette province, sou-
levée contre l'Espagne, s'était donnée à la France,
sous la réserve de ses privilèges. La Mothe y mena
cinq mille hommes de troupes, s'empara de Valz,
de Lescouvette , du fort de Salo , de la ville et du
fort de Constantin, et assiégea Taragone; mais
cette ville ayant été ravitaillée par mer, il se re-
tira. Au mois de septembre, il emporta d'assaut
Tamarit, dans l' Aragon, revint devant Taragone ,
et marcha au secours d'Almenas, assiégé par les
Espagnols, au commencement de novembre. Sa
troupe étant moins forte que celle des assiégeants,
il envoya dans la nuit cent chevaux avec toutes
les trompettes et les tambours de son armée par
les montagnes voisines, tandis qu'il débouchait
avec ses soldats dans une vallée. Le bruit des trom-
pettes attira les Espagnols du côté des montagnes,
et les Français s'emparèrent de leur camp, de leurs
canons et de leurs bagages. En 1 642, La Mothe,
après avoir pourvu à la sûreté de ses conquêtes^
en Aragon, revint en Catalogne. En marchant
sur Villelongue , il rencontra un parti espagnol,!
qu'il défit. Pendant que le roi assiégeait Col-
lioure, les Espagnols marchèrent au secours de
cette place, le 24 mars. La Mothe les battit près
de la rivière de Martoreil , les surprit au passage
d'un défilé, et le dernier jour de mars, secondé
par du Terrail, il força un corps ennemi de
trois mille six cents hommes à mettre bas les
armes. En récompense, il fut créé maréchal de
France le 2 avril. Au mois de mai il attaqua et
prit d'assaut Tamarit. Nommé vice-roi de la Ca-
talogne, sur la démission du maréchal de Brézè, le
25 juin, et duc de Cardone au mois d'octobre, La
Mothe fit lever le siège de Lerida. Le 7 du même
mois , Leganez s'avança pour le combattre avec
vingt-cinq mille hommes; La Mothe, qui n'en
avait que douze mille, prit position sur les hau-
teurs voisines , fit sept cents prisonniers aux
Espagnols , qui perdirent en outre trois mille
hommes tués ou blessés. Le maréchal fut reçu
comme vice-roi à Barcelone au mois de dé-
cembre. Quoique inférieur en forces à l'armée
espagnole, il se maintint en 1643; il obligea même
,249 - LA MOTHE
n'ennemi à lever le siège de Flix, de Mirabel et
du Gap de Quiers. En 1644 les Espagnols, com-
mandés par Philippe de Silvas, étant venus mettre
le siège devant Lerida , La Mothe marcha contre
eux ; mais le désordre se mit au milieu de ses
troupes, et il fut battu le 15 mai. Lerida se rendit
aux Espagnols le 31 août. On lui fit un crime de
cette défaite. La vice-royauté de la Catalogne lui
fut enlevée le 24 décembre, et arrêté le 28 du
iraême mois, il fut enfermé au château de Pierre-
lEncise. On l'accusa de n'avoir pas profité de l'oc-
casion qu'il avait eue de s'emparer du roi d'Es-
pagne pendant une partie dechasse. Traînédevant
plusieurs tribunaux, il fut enfin justifié par le
parlement de Grenoble, et il sortit de Pierre-En-
ci.'^e au mois de septembre 1648 , après quatre
ans de détention. On attribua cette persécution à
Le Tellier, qui avait succédé comme ministre de
la guerre à Desnoyers , dont le maréchal était
l'ami. La Mothe-Houdancourt se retira d'abord
lans ses terres ; mais lorsque les troubles de la
Fronde éclatèrent, il se rangea parmi les mé-
contents qui demandaient l'éloignement de Maza-
rin, en 1649. Le cardinal de Retz le représente
îonime « enragé contre la cour » ; La Mothe était
iu moins tout dévoué au duc de Longueville,
]ui lui faisait une pension depuis vingt ans, pen-
sion que La Mothe avait voulu retenir par recon-
laissance, même après avoir été fait maréchal,
c Le maréchal de La Mothe , ajoute le coadju-
eur, avoit beaucoup de cœur. Il étoit capitaine
le la seconde classe ; il n' étoit pas homme de
ton sens. Il avoit assez de douceur et de faci-
ité dans la vie civile; il étoit très-utile dans un
larti parce qu'il y étoit très-commode. » Le
!2 février 1649, la cour lui enleva ses régiments,
lentré dans le devoir, on lui rendit la vice-
oyauté de Catalogne, sur la démission du duc
ie Mercœur, le 15 novembre 1651, avec le cora-
nandement de l'armée et ses deux régiments.
Sn outre son duché de Cardone fut érigé en pairie
lu mois d'avril 1652. Le 23 du même mois, il
brça les lignes de fortification élevées devant
Barcelone, et se jeta dans cette place, où il se dé-
endit pendant plusieurs mois : la disette l'obli-
;ea à se rendre le 13 octobre. La prise de Bar-
«lone fit perdre la Catalogne à la France et au
naréchal de La Mothe son duché de Cardone;
nais sa terre de Fayel fut élevée au titre de du-
;hé-pairie en janvier 1653. Au mois de mai , il se
iémit de la vice-royauté de Catalogne, du com-
nandement de l'armée, et revint à Paris.
La Mothe-Houdancourt laissa de sa femme,
ùouise de Prie , trois filles ; l'une fut duchesse
l'Aumont; la seconde, duchesse de Ventadour,
gouvernante de Louis XV et de ses enfants, mou-
'ut en 1744, à quatre-vingt-treize ans; la troi-
sième futduchessede LaFerté-Seneterre. Bussy-
^abutin n'en a ménagé aucune. Mais une lettre de
« caustique écrivain à sa cousine, M"^ de Sévi-
j;né, peut faire penser qu'il cherchait à se venger
sur les filles de La Mothe-Houdancourt d'une pe-
250
tite rancune qu'il avait gardée contre leur père.
Pendant le siège de Paris , Bussy-Rabutin avait
fait redemander au maréchal des chevaux qui lui
avaient été enlevés. Le maréchal n'avait sans doute
tenu aucun compte de la réclamation. « Pour moi,
écrivait Bussy à M"^ deSévigné, je suis toutcon-
solé de la perte de mes chevaux par les marques
d 'amitié que j 'ai reçues de vou s en cette rencontre.
Pour M. de La Mothe , maréchal de la Ligue, si
jamais il a besoin de moi, il trouvera un chevalier
peu courtois. » C'est sans doute dans cette mau-
vaise disposition d'esprit que le célèbre choniqueur
s'est occupé des filles du maréchal. L. L — t.
Pinard, Chronelogie militaire, torae II, p. 529. —
D'AvrIgny, Mémeires. — Dupletx etGrlffet, Hist. de
France. — De Qaincy, Histoire tnilitaire. — Anquetil,
Hisf. de France. — De Courcelles, Dict. des Généraux
français. — Chaudon el Delandine , Dict. univ. , Hist.,
Crit. et Bibliogr. — Le cardinal de Retz, Mémoires.
LAMOTHE {Pierre Lambert de), célèbre
prélat français, né à Bucherie, dans le diocèse
de Lisieux, le 18 janvier 1624, mort à Siam, le
15 juin 1679. Avant de se consacrer aux travaux
de l'apostolat, il avait exercé pendant plusieurs
années les fonctions de conseiller-clerc au parle-
ment de Rouen. Son mérite le fit remarquer
parmi les ecclésiastiques qui s'associèrent, vers
1652, pour aller prêcher l'Évangile dans la Chine
et les royaumes voisins et travailler à y former,
selon les vues du saint-siége, un clergé indigène.
Il fut sacré évêque de Bérythe, en 1660, à Paris,
dans la chapelle des religieuses de la Visitation.
Il partit le 18 juillet de la même année pour
la Chine, avec M. Deydier, qui fut premier vicaire
apostolique du Tonkin oriental, et M. de Bourges,
qui devint le premier évêque du Tonkin occiden-
tal. A cause de la guerre, Lambert dut renoncer
à faire le voyage sur les bâtiments de la Hol-
lande, de l'Angleterre ou du Portugal. Il ne res-
tait que la voie de la Méditerranée et de la Tur-
quie. Le prélat s'embarqua à Marseille, le 27 no-
vembre 1660, et s'arrêta dix-huit jours à Malte.
Débarqué en Syrie au, commencement de janvier
1661, il s'achemina par Antioche, Alep, Bassora,
Chalzeran, Schiras, Ispahan, Lara, Surate, Ma-
sulipatan, Tenasserim, Yalinga, Pram, Pikfri,
vers Jutlica, capitale du Siam , où il arriva, le
22 avril i662. Il y trouva quinze cents chrétiens
de différentes nations et deux églises adminis-
trées l'une par les dominicains et l'autre par les
jésuites. La politique libérale de Phra-Naraï, qui
avait ouvert ses ports à toutes les nations , avait
attiré dans le royaume de Siam un grand nombre
d'étrangers, surtout des Hollandais et des Por-
tugais. Bien accueilli d'abord de ces derniers,
dont le chef lui procura une demeure dans le
quartier qu'il habitait, La Mothe Lambert se vit
ensuite de leur part en butte à de nombreuses
vexations. Un grand-vicaire de Goa, qui se
trouvait alors à Siam, vint le trouver dans sa
maison, accompagné des principaux de la nation,
et au nom de l'archevêque de Goa, qui préten-
dait être primat de toutes les Indes, il le somma
251
LA MOTHE
253
de lui montrer ses pouvoirs. L'évêque de Bérythe,
en sa qua'ilé de Français et de délégué du saint-
siége, refusa de se soumettre à cette formalité ;
mais il se crut obligé de changer de demeure
et d'aller habiter dans le quartier des Portugais.
En attendant l'occasion de partir pour la Chine,
it s'appliqua à l'étude des langues et aux soins
du ministère apostolique auprès de quelques Co-
chinchinois, prisonniers de guerre, et de plusieurs
familles chrétiennes du Japon qui avaient aban-
donné leur patrie pour fuir la persécution. Ce-
pendant, au mois de juillet 1663, La Mothe s'em-
barqua avec deux missionnaires sur un vaisseau
portugais qui faisait voile pour Canton. Une
tempête l'obligea de retourner à Siam. Il se fixa
dans le quartier des Cochinchinois pour être plus
en sûreté et plus à portée de les instruire. Les
Portugais, que son départ avait réjouis, furent
exaspérés de son retour. Ils prirent la résolu-
tion de s'emparer de sa personne et de l'envoyer
en Portugal. Un aventurier nouvellement arrivé
de Lisbonne se présenta à sa maison avec une
nombreuse escorte et l'aurait infailliblement en-
levé si les Cochinchinois ne fu.ssent accourus
pour le délivrer. Cette violence faillit coûter la
vie à l'aventurier et à tous les Portugais établis
à Siam. L'évêque de Bérythe se servit de son
ascendant sur l'esprit des Cochinchinois pour
calmer leur fureur et empêcher l'effusion du
sang. Les Portugais n'en furent pas moins hos-
tiles au prélat. Ils le traitaient d'hérétique, et
menaçaient de l'inquisition tous les prêtres fran-
çais venus aux Indes sans la permission du roi
de Portugal. Ces insultes réitérées, jointes au
besoin pressant d'ouvriers apostoliques et de
ressources pécuniaires, firent prendre à Lam-
bert la résolution d'envoyer à Paris et à Rome
un de ses missionnaires pour les intérêts de la
mission et de la société. M. de Bourges quitta
Siam, le 14 octobre 1663, et reprit le chemin de
l'Europe. Le pape Alexandre VII étendit la juri-
diction des vicaires apostoliques sur les royaumes
de Siam de Pégu , de Camboge , de Ciami^a, de
Lao, du Japon, ainsi que sur les îles et les con-
trées voisines. Pallu du Parc, évêque d'Hé-
liopolis, parti de Marseille le 2 janvier 1662,
arriva à Siam le 27 janvier 1664, avec quelques
missionnaires. Les deux vicaires apostoliques
tinrent un synode où ils dressèrent, à l'usage des
ouvriers apostoliques, des instructions qui furent
approuvées par le saint-siége. La Mothe Lambert
obtint ensuite du roi de Siam un terrain et des
matériaux pour la construction d'une église.
Siam devant être, dans les desseins du prélat, le
centre de communication entre les différentes
missions de l'extrême Orient, il y fonda un sé-
minaire pour former des prêtres et des caté-
chistes chinois, coehinchinois , siamois, tonki-
nois et japonais, un collège pour élever les
jeunes gens de ces pays et un hôpital où les
pauvres étaient secourus gratuitement. Le sé-
minaire et le collège furent bientôt remplis d'é-
lèves. En 1668 La Mothe Lambert fut rejoint
par M. de Bourges avec de nouveaux mission-
naires, et l'amena avec lui au Tonquin. Au mois
de mars 1670 il y célébra un synode, où il fit
divers règlements qui eurent l'approbation de
Rome. Il visita deux fois la mission de Cochin-
chine,en 1671 et 1675. Il y fonda une congrégation
de vierges et de veuves, qui, sous le titre à'A-
mantes de la Croix, furent destinées à l'édu-
cation des jeunes tilles. Dans son second voyage
en Cochinchine, il eut une audience du roi Hien-
Vuong, et en obtint la permission d'exercer ses
fonctions, d'y laisser et d'y envoyer des mis-
sionnaires. Pallu du Parc, qui était allé à Rome
faire approuver les décrets du synode de Siam^
fut de retour dans cette dernière ville le 27 mai
1673. Il était porteur de lettres et de présents
que Louis XIV et Clément IX envoyaient au roi
de Siam. A cette occasion Phra-Naraï reçut les
évêques français avec des honneurs extraordi-
naires. De concert avec Lanneau, qu'il avait^
sacré évêque de Métellopolis et vicaire apostolique
de Siam et de Nankin, La Mothe Lambert continua
de s'appliquer au gouvernement de toutes les
missions fondées par les missionnaires français
auTonkin, en Cochinchine et dans le Camboge,
missions dont il était le gouverneur général. A
Tenassérim, à Phitsilôk et à Bangkok, les con-
versions se multipliaient. Louis XIV, instruit de
la réception brillante faite à son représentant à
la cour de Siam, avait promis de témoigner à
son tour aux ambassadeurs siamois qui seraient
envoyés dans ses États son estime et sa recon-
naissance. Ces témoignages et cette promesse de
Louis XTV furent si agréables à Phra-Naraï qu'il
semblait déterminé à embrasser la religion chré-
tienne : il défendit à tous ses sujets d'aller aux
temples des idoles, et punit les infracteurs dèi
cette défense. Il voulut plusieurs fois entretenir
La Mothe Lambert sur la religion. Il fit achever
un grand corps de logis du séminaire, donna
aux évêques une chaire dorée, déclara de nou-
veau publiquement qu'il permettait à ses peuples
d'embrasser le christianisme, et ordonna à se$
ministres de choisir, parmi les mandarins, ceux
qu'ils jugeraient les plus propres pour l'ambas-
sade de Rome et de France, qu'il méditait d'en-
voyer dès que la paix serait publiée en Europe.
Tout ce zèle n'était qu'apparent comme le mon-
trent les événements. On a de La Mothe Lambert
des InstructÀons à Vusage des Missionnaires
et plusieurs lettres, publiées dans lé Becueildes
Lettres édifiantes.
Son frère, mort en 1668, fut un des premiers
directeurs du séminaire des Missions étrangère^
établi à Paris. Au mois de mars 1666, il s'embar*:
qua à La Rochelle sur un vaisseau de la nouvelfe
Compagnie française pour aller à Siam partager
les travaux de son frère. Il passa trois ans suf
mer à Madagascar ou au Brésil. La longueur da
voyage , les tempêtes fréquentes , les chaleurs
excessives de la zone torride lui causèrent une
253
telle fatigue qu'il fut attaqué d'une fièvre violente
et emporté en quelques jours, vers 1668. F.-X. T.
Documents inédits. — Relation de la Mission des
/.régnes français aux royaumes de Siam, de la Co-
r inchine et du Tonkin. — De Bourges, Relation du
yoyage del'évêque de Bérythe. — Nouvelles Lettres édi-
fiantes, tom. Vi. — Gallia CUristianu, lom. Vil. — Lu-
quet, Lettre à Mtjr , l'évéqne de Langres. — Pallegoix ,
Description du royaume [haï, tom. 11.
L.AMOTHE {Christophe-Suzanne de), ma-
gistrat français, de la famille du cardinal Gail-
lard de Lamotlie, né à Toulouse, en 1719, mort
à Saint-Félix, le 3 novembre 1785. Après avoir
fait de brillantes études au collège de L'Esquille,
I! fut pourvu, en 1741, d'une charge de conseil-
ler au parlement de Toulouse. Exilé en 1771,
avec ses confrères du parlement dont il avait
partagé la résistance aux prétentions du chance-
lier Maupeou, il reprit ses fonctions avec sa
compagnieen 1774. Un second exil pour la même
cause l'amena, en 1782, à Saint-Féiix, où il mou-
rut bientôt. Il fut membre de l'Académie de
Peinture de Toulouse et l'un des mainteneurs
des Jeux Floraux. On trouve plusieurs écrits de
lui dans le recueil de cette dernière académie.
Il a laissé en manuscrit un Traité sur l' Admi-
nistration générale et sur celle particulière
des Colonies, quelques tragédies et comédies en
vers, des traductions d'Horace, etc.
Son fils, Marie-Joseph Lamothe, né à Tou-
louse, le 11 septembre 1756, mort le 6 juillet
1794, fut aussi conseiller au parlement de Tou-
louse. La part qu'il prit en 1790 aux protesta-
tions énergiques de ce parlement et au refus
d'enregistrer les lettres patentes qui supprimaient
ce corps , ayant dévoué à l'échafaud ceux qui
avaient souscrit à ces actes, M. J. de Lamothe
fut traduit, en 1794, au tribunal révolutionnaire
de Paris ; il s'y rendit librement, et fut envoyé
à l'échafaud. G. de F.
Biogr. Toulousaine.
* LAMOTHE -LANGOiv (Le bdiron É tienne-
Léon de), littérateur français, fils du précédent,
naquit lel" avril i786 (non en 1790,commerin-
dique la Biographie des Hommes du Joxir), à
Montpellier, d'une famille issue de Guienne, où
elle avait possédé la baron nie souveraine de Lan-
gon, et qui s'était établie depuis plusieurs siècles à
Toulouse. Pendant la révolution, et quoiqu'en-
core enfant, il fut porté sur une liste d'émigrés,
dont on eut beaucoup de peine à le faire rayer.
A dix-sept ans il publiait des vers contre l'An-
gleterre et des chants dithyrambiques sur la gloire
nationale. Il vint à Paris en 1807, et y fut ac-
cueilli parDelille, Boufflers et Chénier. En 1809
l'empereur l'appelait au conseil d'État en qualité
d'auditeur; en 1811 il le nomma sous-préfet à
Toulouse. Lamothe se signala dans ce poste, en
apaisant, pendant la disette de grains de 18 12, une
sédition qui s'était élevée dans la ville de Ville-
mur; il passa seul le Tarn, et ne craignit iws
de se livrer aux insurgés ; sa confiance les dé-
saiTOa, et par des Doesures fermes et rapides il
LA MOTHE 254
( leur procura en quelques heures le blé dont ils
I manquaient. En 1813 il passa à la sous-préfec-
I ture de Livourne, on Toscane, et se signala en di-
verses occasions, entre autres au combat de Viar-
reggio, où il fut blessé, et à la défense de Livourne,
où il se mita la tète des employés civils pour aider
à garnir les remparts. Lors de l'évacuation de
l'Italie, il revint à Toulouse, où il refusa de don-
ner à Wellington, maître de la ville, des rensei-
gnements sur la position de l'armée du maréchal
Soult, qu'il venait de traverser. M. Lamothe-
Langon ne fut point employé pendant la première
restauration. Au retour de l'île d'Elbe, Napoléon
lui confia la préfecture de l'Aude, qu'il quitta au
refour des Bourbons. Nommé sous-préfet de Saint-
Pons, il fut évincé avant d'entrer en fonctions.
Rentré dans la vie privée, il se livra avec ardeur
aux travaux littéraires. Il échoua dans une tra-
gédie d'Isabelle de Bavière, commença un
poème en vingt chants ayant pour sujet Cons-
tantin, ou le triomphe de la religion, et com-
posa un grand nombre de romances. Doué d'une
féconde imagination , il écrivit de nombreux ro-
mans, dont quelques-uns, entre autres Monsieur
le préfet, eurent du succès. Enfin il fut un des
écrivains qui mirent en vogue l'histoire anecdo-
tique et les mémoires historiques, même apo-
cryphes. Suivant M. Quérard {La France lit-
téraire), le style néghgé de ces mémoires aurait
nécessité une révision dont l'éditeur avait chargé
M. Amédée Pichot et quelques autres écrivains.
M. Lamothe-Langon nous a affirmé que cette
assertion était inexacte, et qu'il n'eut ni réviseur
ni collaborateur.
Ses principaux ouvrages sont : Ode sur la
campagne de Prusse; 1806, in- 8° ', — Louis XVI
dans sa prison; 1808, in-8°; — Légendes,
Ballades et Fabliaux ; 1829, 2 vol. in-18; —
Les nouveaux Martyrs, satire; 1829, in- 8°;
attribuée à Lamothe-Langon quoique publiée sous
le nom de Baour-Lormian ; — Les Merveilles
de la Nature, poëme; 1837, in-8°; —Clémence
Isaure et les Troiibadours ; 1808, 3 vol. in-12 ;
— Les Mystères de la Tour Saint-Jean, ou les
chevaliers du Temple, traduction, (supposée)
d'Anne Radcliffe] 1818, 4 vol. in-12; — L'Er-
mite de la Tombe mystérieuse, traduction (sup-
posée) d'Anne Radcliffe, 18.., 4 vol. in-12; —
Le Spectre de la galerie du château d'Esta-
lens, traduction (supposée) de l'anglais, parle
baron G., 1819, 4 vol. in-12; — Duranti,
premier président au parlement de Toulouse
(publié sous le nom de Baour deLonnian);
1822, 4 vol. in-12; — La Province à Paris;
1825, 4 vol. in-12; — Le 2i janvier ou Id
Malédiction dhin père; 1825, 3 vol. in-12; —
Le Chancelier et les Censeurs; 1828, 5 vol.
in-12; — Ze Ventru, roman de mœurs ; 1829,
4 vol. in-12; — La Princesse et le Sous-offi-
cier; 1831, 4 vol. in-12; — Le Diable; 1832,
5 vol. in-12; — Un Fils de l'Empereur ; 1832,
5 vol. in-12; — Le Gamin de Paris; 1833,
255 LA MOTHE
5 vol. in-12; — Le Comptoir, la Plume et
VÉpée; 1834,2 vol. in-S"; — Les jolies Filles
(avec Touchard-Lafosse); 1834, 2 vol. in-8°;
— Le Roi et la Grisette; 1836, in-8°; — Mon-
sieur et Madame; 1837, 2 vol. in-8°; — Bona-
parte et le Doge; 1838, 2 vol. in-8°; — L'Es-
pion russe (sous le pseud. comtesse O. D.);
1838, 2 vol. in-8°; — Marquise et Charlatan;
1840, 4 vol. in-12 ; — Mon Général, ma Femme
et moi; 1841, 2 vol. ^-8"; — Histoire de l'In-
quisition en France ;i829, 3 vol. in-8° ; —
Une Semaine de l'histoire de Paris; 1830,
in-S"; — Trois Mois de Vhistoire de Paris;
1831, !n-8°; — L'Exilé d'Holy-Rood (sous le
pseud. de Vie de Varieléry); — Les Soirées
de Louis XVI 11; 1835, 2 vol. in-8°; — L'Em-
pire, ou dix ans sous Napoléon; 1836, in-8°;
suivant M. Quéraid {France Littéraire), cet
ouvrage aurait été revu par Max. de Ville-
marest.qui y aurait ajouté quelques chapitres ;
— Napoléon, sa famille, ses amis, ses gé-
néraux, ses ministres, ses contemporains,
ou soirées secrètes du Luxembourg , des Tui-
leries, de Saint-Cloud, de La Malmaison, de
Fontainebleau et de Paris; 1838, in-8°, publié
sous le nom de M. Le..., ex-ministre de S. M.
Impériale et Royale; — Mémoii-es historiques
et anecdotiques du duc de Richelieu; 1829,
4 vol. in-8° ; — Mémoires et Souvenirs d'un
pair de France {le comte Fabre de l'Aude);
1829-1830, 4 vol. in-8°; suivant M. Quérard
(France Lit ter.), les deux premiers volumes
ont été refaits et publiés par M. Guillimard, avo-
cat, et les deux derniers par M. L'Héritier; —
Mémoires d'une Femme de qualité depuis la
mort de Louis XV III jusqu'à la fin de 1829;
1830, 2 vol. in-8°; — Révélation d'une Dame
de qualité sur les années 1830 et 1831 ; 1831,
2 vol. in-S". Ce sont ces quatre derniers ouvrages,
qui, au rapport de M. Quérard, furent écrits avec
tant de précipitation, que les éditeurs étaient
obligés, avant de les mettre sous presse, d'en
confier la révision à M. Amédée Pichot, qui au-
rait même intercalé quelques chapitres dans
les deux premiers volumes des Mémoires de
Louis XVIII. Le même bibliographe ajoute que
M. Ch. Nodier rédigea aussi quelques chapitres
pour ces deux volumes, et que la tâche de re-
fondre ces Mémoires fut confiée à MM. Hinard,
Grimaud et Ferrier ; il cite comme refaits par ce
dernier les chapitres qui concernent le divorce
de Napoléon et le séjour de madame de Staël à
Coppet; — Mémoires sur Louis XVIII, re-
cueillis et mis en ordre par M. le duc de D* ;
1832-1833, 12 vol. in-8° ; — Mémoires de Na-
poléon Bonaparte, recueillis et mis en ordre
par le rédacteur des Mémoires de Louis XVIII ;
1834, 4 vol. in-8°: cet ouvrage, qui devait for-
mer 10 volumes, n'a pas été achevé. M. Lamothe
a été le collaborateur de Jouy dans son Her-
mite en province, et a" travaillé à beaucoup de
recueils périodiques. Guyot de Fèf.e.
256
Documents particuliers. — Statistique des Gens de
Lettres. — Qii(?rard, La France Littéraire.
LA niOTHE LE VAYER { FéHx DE), magis-
trat français, né en 1547, mort le 25 septembre
1625. Il descendait d'une famille noble originaire
du Maine. Il fut pendant longtemps substitut
du procureur général du parlement. On a de
lui : Legatus , seu de legatorum privilegiis ,
of/icio ac munere libellus ; Paris, 1579, in-4''.
La Croix du Maine et Du Verdier, Bibl. françaises. —
Moréri, Grand Dict. Histor.
LA MOTHE LE VATER (FraUÇOiS DE),
écrivain et philosophe français , fils du précé-
dent, né à Paris, en 1588, mort en 1672. Son i
père lui fit apprendre les lettres, le droit et la i
morale. Lié avec plusieurs savants de l'époque,
il fut admis dans la société de M''" de Gournay,
qui lui laissa en mourant sa bibliothèque. Ea
1625 il succéda à son père dans la charge de
substitut du procureur général au parlement. Il 1
s'en défit bientôt pour se livrer tout entier à i
l'étude. L'Académie Française le Choisit, le 14 fé-
vrier 1639, pour succéder à Bachet de Meziriac,
Richeheu , qui l'estimait , satisfait de l'ouvrage
que LaMothe Le Vayer venait de publier sur l'é-
ducation d'un prince, le désigna en mourant pour
être le précepteur du dauphin; mais la reine
Anne le refusa, parce qu'il était marié. La Mothe i
fut néanmoins chargé de la direction des pre-
mières études du jeune duc d'Anjou, depuis duc s
d'Orléans, frère du roi, en 1649. Les progrès de
son élève frappèrent la reine, qui en 1652 confia !
à Le Vayer le soin de terminer l'éducation du roi.
La Mothe accompagna Louis XIV en différents
voyages, et le suivit à Reims pour la cérémonie du i
sacre, en 1654. Il cessa toute fonction auprès du
roi à l'époque du mariage de Louis XIV, en 1660.
Ayant perdu sa femme et son fils unique, La
Mothe se remaria, à l'âge de soixante-dix-huit
ans, avec M"" de La Haye, fille de l'ambassa- •
deur de France à Constantinople , âgée de qua-
rante ans, quoique, dit-on, il n'eût pas eu à se
louer de son premier mariage. Rayle raconte que
« La Mothe Le Vayer s'était un peu égaré après
les plaisirs illégitimes pendant les feux de sa î
première jeunesse; mais il s'en délivra bientôt,
et depuis il mena très-constamment une vie pure (
et qui le fit regarder comme un sectateur rigide (
de la plus belle morale ; de sorte qu'il acquit par i
là une estime singulière. Quoi qu'il en soit , La-
mothe a écrit fort librement sur des matières ob- •
scènes ; on trouve des pensées gaillardes et des
expressions sales, suivant l'expression de Bayle,
dans les Dialogues et dans l'Hexaméron. Mais •
les autres livres de La Mothe Le Vayer ne con-
tiennent rien de semblable, encore qu'en certains '
endroits il débite par citation ou sans citation
quelques pensées un peu cyniques. « L'Académie
Françoise le considéroit, dit Vigneul-Marville,
comme un de ses premiers sujets; mais le monde
le regardoit comme un bourru qui vivoit ^ sa
fantaisie et un philosophe sceptique. Sa physiO'
nomie et sa manière de s'habiller faisoient juger
LA MOTHE
258
, quiconque le voioi't que c'étoit un homme
t xtraordinaire. Il marchoit toujours la tête levée
et les yeux attachez aux enseignes des rues par
011 il passoit. Avant que l'on m'apjjrît qui il
etoit, je le prenois pour un astrologue ou pour
lin chercheur de secrets et de pierre philoso-
phale. « A la cour, La Mothe Le Vayer fut mo-
deste, et Je ressemble ici, disait-il, à la christopho-
riane , qui se tient d'autant plus petite qu'elle
est dans un lieu plus élevé. » Il avait beaucoup
lu et beaucoup retenu, et il fit usage de tout ce
qu'il savait. Balzac disait de La Mothe Le Vayer :
'( 11 vit en faisant le dégât dans les bons livres. »
Son Traité de la Vertu des Païens eut d'abord
peu de succès ; le libraire s'en plaignait : « Ne
soyez point en peine, lui dit La Mothe, je sais un
secret pour le faire vendre. » Il alla solliciter
l'autorité de défendre la lecture de son écrit;
à peine la défense fut-elle connue que chacun
eut envie de le lire, et l'édition fut promptement
épuisée. Dans son travail sur l'instruction d'un
prince, il montre qu'il ne partageait pas les er-
reurs de son temps sur l'astrologie et la magie.
Dans un écrit sur l'éloquence, il soutient la
supériorité des anciens sur les modernes , la
nécessité de l'étude du grec , et il indique les
rapports de cette langue avec le français. Les
relations des pays éloignés étaient, suivant
Chevreau , un des amusements de La Mothe
Le Vayer. Comme il avait la mort sur les lèvres,
Bernier, son ami, vint le voir. « Eh bien ! lui dit-
il, quelles nouvelles avez-vous du grand Mogol? »
Ce furent presque ses dernières paroles.
A propos de la nomination de La Mothe Le
Vayer à l'Académie Française, Balzac écrivait à
Chapelain : « Je me réjouis de la nouvelle ac-
quisition que l'Académie a faite du philoso-
phe ***, qui en effet est un galand homme , et
ne laisse pas d'avoir de l'esprit, quoy qu'il se
serve la plus part du temps de celui d'autruy. «
Suivant Bayle, 't il avoit plus d'érudition et de
lecture que la plupart de ses confrères ; mais ils
écrivoient presque tous plus élégamment que
lui : car il n'avoit pas une grande politesse dans
son style; et s'il avoit voulu se servir de sa
mémoire et de sa lecture des livres latins beau-
coup moins qu'il ne faisoit, il auroit été pour-
tant fort éloigné de la perfection en matière de
langage. C'étoit un homme d'une conduite ré-
glée, semblable à celle des anciens sages; un
vrai philosophe dans ses mœurs, qui méprisoit
même les plaisirs permis, et qui aimoit passion-
nément la vie de cabinet, et à lire et à com-
poser des livres. Cette régularité, cette austérité,
cette sagesse n'empêchèrent point qu'on ne
soupçonnât qu'il n'avoit nulle religion. On se
fondoit apparemment sur certains dialogues qu'il
avoit faits et sur ce qu'en général il faisoit pa-
roître dans ses ouvrages trop de prévention pour
la sceptique ou pour les principes des pyrrho-
niens. m En effet Gui Patin écrivait en 1649 :
« M. de La Mothe Le Vayer a été depuis peu ap-
NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T, XXIX.
pelé à la cour, et y a été installé précepteur de
M. le duc d'Anjou, frère du roi. II est âgé d'en-
viron soixante ans, de médiocre taille, autant
stoïque qu'homme du monde, homme qui veut
être loué et ne loue jamais personne, fantasque
et capricieux, et soupçonné d'un vice d'esprit
dont étoient atteints Diagoras et Protagoras. »
Bayle avoue que « il y a beaucoup de libertinage
dans les Dialogues d'Orasius Tubero; mais,
ajoute-t-il, qui en voudroit conclure que l'auteur
n'avoit point de religion se rendroit coupable d'un
jugement téméraire ; car il y a une grande dif-
férence entre écrire librement ce qui se peut
dire contre la foi, et le croire très-véritable. » Un
jour, en passant dans la galerie du Louvre, La
Mothe Le Vayer entendit quelqu'un dire, en le
montrant : « Voilà un homme sans religion. —
Mon ami, reprit le philosophe, j'ai tant de religion
que je vous pardonne en pouvant vous faire
punir. M
Dans ses ouvrages, La Mothe Le Vayer prétend
enseigner la sceptique chrétienne , « laquelle
forme des doutes sur tout ce que les dogmatiques
étabhssent de plus affirmativement dans toute
l'étendue des sciences, et cela àSoÇaoTûç, citra
ullam opinationem , à cause qu'elle doute
même de ses doutes... Je n'empêche personne,
ajoute-t-il, d'être opiniâtre si bon lui semble,
mais qu'on me permette aussi de douter avec
une simplicité innocente. « Il appelle sa doctrine
chrétienne parce que « ce système a par préfé-
rence cela de commun avec l'Évangile qu'il con-
damne le savoir présomptueux des dogmatiques
et toutes ces vaines sciences dont l'apôtre nous a
fait tant de peur ». Le père Mersenne ayant traité
de la musique, La Mothe Le Vayer écrivit aussi-
tôt sur (c cette charmante partie des mathéma-
tiques >) , s'efforçant de montrer qu'il n'y a rien
de certain dans cette prétendue science , « et
qu'ici comme ailleurs l'habitude se rend maî-
tresse, et que la ceutume peut tout ». Dans un
autre ouvrage, il développe trente- et-une propo-
sitions morales , « ébattements innocents d'un
sceptique,, propositions ordinair^nent accompa-
gnées d'interrogation et de deux branches, le
non et le oui, et dont le dénoûrnent est abso-
lument impossible ». Dans les Discours, il
montre que les doutes de la philosophie scep-
tique sont d'un grand usage dans les sciences ,
c'est-à-dire la logique, la physique et la morale.
« Comme humainement parlant , dit-il, tout est
problématique dans les sciences et dans la phy-
sique principalement, tout doit y être exposé aux
doutes de la philosophie sceptique, n'y ayant
que la véritable science du ciel, qui nous est ve-
nue par la révélation divine, qui puisse donner à
nos esprits un soHde contentement avec une sa-
tisfaction entière. » Ailleurs il soutient que Po-
lybe s'est trompé en pensant que « la vérité est
de l'essence de l'histoire ; » il cherche à prouver
que le vrai des choses ne parvient pas toujours
jusqu'à nous; que l'histoire n'est très- souvent
259 LA MOTHE
que fable, et que les bonnes histoires sont de la
nature de ces médicaments qui ne doivent êtie
employés que longtemps depuis qu'ils sont pré-
parés. « Patercule, dit-il, élevait Séjan jus-
qu'au ciel ; Eusèbe écrivait les vertus de Cons-
tantin sans dire ses crimes ; Éginard celles de
Charlemagne, se taisant sur ses défauts. Si nous
avions les Commentaires de Vercingétorix ou de
Divitiacus comme ceux de César, il s'y trouve-
roit des récits bien différents; et ces vieux Gau-
lois donneroient à leurs guerres des jours bien
contraires à ceux où les fait voir leur vainqueur. »
Les cinq Dialogues publiés dans la vieillesse
de LaMothe Le Tayer « sont destinés, selon Bar-
tholmess, à ses amis philosophes, et non au
grand public, parce qu'il les a composés en phi-
losophe ancien et païen , in puris naturalïbus.
En effet, Sénèque, Cicéron, Aristote même s'y
trouvent cités à côté de Socrate. Pline a fourni
l'épigraphe. Mais l'autorité qui domine à travers
toute la publication, c'est SextusEmpiricus... Les
dix motifs de doute développés par le sceptique
grec lui font l'effet d'un autre décalogue. Sur les
pas de Sextus, précédé de cette famille glorieuse
qui a pour aïeux les sept sages, il s'attaque
gaiement à ces Bellérophons de dogmatisme, àces
« sophistes pédants , ergotistes, philosophes ca-
ihédrants, assertcurs de dogmes et docteurs
irréfragables, qui ne doutent de rien, pointil-
leux .et critiques, opinionissimi homines ».
11 se donne à la vérité pour philosophe éclec-
tique, pour « amateur de la secte élective qui
faisoit choix de ce qui lui plaisoit dans toutes
les autres, comme un agréable miel qu'elle
composoit du suc d'une diversité de fleurs ; »
mais il n'est en réalité qu'un libre et spirituel
commentateur de Sextus. Il n'a d'autre intention
que d'atteindre le but proposé au philosophe
par Sextus même, le repos et la tranquillité
d'âme dans l'indifférence. C'est afin de procurer
aux autres ce même bonheur que La Mothe Le
Vayer composa ses cinq Dialogues. Dans le
premier, il insiste sur la diversité et la contra-
diction des opinions, des coutumes et des mœurs
des hommes. Dans le second, intitulé Banquet
sceptique, il dépeint la différence des mets , des
boissons, des usages aux repas, des idées rela-
tives à l'amour et aux sexes. Dans le troisième
il prône la solitude , dont les charmes durables
nous dédommagent des biens imaginaires du
monde, des joies inutiles et bruyantes de la foule.
Dans le quatrième, il prononce l'éloge des rares
et éminentes qualités des ânes de son temps.
Dans le cinquième, il s'étend sur la différence
des religions. La conclusion des cinq parties
est résumée dans ces vers espagnols :
De las cosas mas seguras
La mas segura es dudar.
La manière dont La Mothe Le Vayer applique
son pyrrhonisme au problème de l'origine et de
la nature des religions a fait demander s'il y avait
Yayer déclare à plusieurs reprises qu'il i'aii une
exception en faveur de la religion fondée sur l'An-
cienne et la Nouvell(> Alliance. 11 va jusqu'à pré-
tendre que sa sceptique sert admirablement la
religion véritable, comme aussi que la véritable
philosophie, précisément parce qu'elle ne saurait
rien affirmer, a besoin du secours de la grâce divi-
ne. » — « Je ne puis dissimuler, dit l'abbé d'Olivet,
que la doctrine répandue dans les é€rits de ce sa-
vant homme paroît tendre au pyrrhonisme ; mais
aussi rendons-lui cette justice qu'il prend tontes
sortesde précautions, dans une infinité d'endroits,
pour bien faire sentir qu'il ne confond nullement '
et qu'on ne doit nullement confondre la nature
des connoissances humaines, dont il nie l'évi-
dence, avec la nature des vérités révélées, dont
il reoonnoît la certitude. Peut-on , comme il le
prétend, tenir en même temps pour douteux les
objets de la raison et des sens , et pour certains -
les objets de la foi ? Si ce n'est là une contradic-
tion formelle, c'est du moins un étrange para-
doxe. Mais je ne laisse pas de dire qu'en parlant I
d'un pyrrhonien de ce caractère il est juste d'ob-
server, et pour son honneur et pour l'édification
publique, qu'il n'a donné ou cru donner nulle at-
teinte à la religion... Au miheude sa nombreuse
bibliothèque, il se voyoit entouré de livres écrits
en divers siècles, en divei'ses langues , dont l'un i
disoit blanc, l'autre noir. Frappé d'y trouver cette
multiplicité, cette contrariété d'opinions su r tous-
les points que Dieu a livrés à la dispute des*
hommes , il en vint à conclure que la sceptique ^
étoit de toutes les philosophies la plus sensée.
Les principauxouvragesdeLa Mothe Le Vayer r
sont : Discours de la Contrariété d'Humeur'
qui se trouve entre certaines nations, et sin-
gulièrement l'afrançoise et l'espagnole , tra-
duit de l'italien de Fabricio Gampolini ; Paris, ,
1636, in-S" : c'est une traduction supposée; —
Considérations sur l'Éloquence française; ;
1638, in-12; — De l'Instruction de monsieur
le Dauphin ; 1640, in-4°; — De la Vertu des
Païens; Paris, 1642, in-4°; 3* édit., 1647 : Ar-
nauld réfuta cet ouvrage dans son Traité de la
Nécessité de la Foi en Jésus-Christ ; — Juge-
ment sur lés Anciens et Principaux Historiens :
grecs et latins; 1646, in-8°; — Géographie, .
Rhétorique, Morale, Économique , Politique, ,
Logique et Physique du Prince, traités divers
composés pour l'éducation du Dauphin et publiés
de 1651 à 1656; — En quoi la Piété des Fran-
çois diffère de celle des Espagnols ; — Petits
Traités en forme de lettres ; 1659-1660, 4 vol.;
— Discours pour montrer que les doutes delà
philosophie sceptique sont d'un grand usage
dans les sciences ; Paris, 1668 ; — Du Peu de
Certitude quHl ij a dans l'Histoire ; 1668 ; —
Hexaméron rustique, ou les six journées
passées à la campagne; Paris, 1671, in-12 ; —
Dialogues faits à Vimitation des anciens, par
Horatius Tubero ; Francfort, 1698, in-4" ; 1716,
enveloppé jusqu'au christianisme? LaMothe Le ! in-ï2. Son fils, l'abbé Le Vayer, donna trois édi-
261 LA MOTHE
tiens des œuwes de La Mothe L& Vayer; Paris,
1664, 1656, 2 vol. in-fol.; 1662,3 vol. La meil-
leure édition de ces œuvres est celle de Dresde,
1756-17.59, 14 vol. in-8", faite sur les matériaux
fouinis par son neveu Roland Le Vayer de Bou-
tigny. Montlinot adonné l'Esprit de La Mothe
Le Vayer; 1763, iu-12; Alletz a publié Philo-
sophie de La Mothe Le Vayer; Paris, 1783,
in-I2. L. LouvET.
MortTi, Grand Dict. Historique. — Pellisson, Hist. de
V Académie française. — Balzac, Lettres. — Gui Pntin,
]. ri 1res. — Naudé, Dialogue de Mascvrat. — Nouvelles
dr la Répttbliquedes Lettres, oct. 1686.— Mercure Galant;
1772. — La Molhe Le Vayer, Lettres. — Baillel, Jugements
des Savants. — Vigneul-Marville, MÉlançes d'Hist. et de
Ulter. — Rayie, Dict. Critique. — Biihie, Hist. de la
Philosophie. — Barthoinaess, dans le Dict. des Sciences
philnsopfiiques. — Du Roure, Jnalecla Biblion. —
.".tienne, Essai sur La Mothe Le P'ai/er; 1849,^1-8».
LA MOTHE LE VAVER (N DE), littéra-
teur français, fils du précédent, né en 1629,
mort en 1664. Il avait embrassé l'état ecclésias-
tique. Boileau lui a dédié une de ses satires. Il
mourut, suivant Gui Patin, de ce que les docteurs
Esprit , Brayer et Bodineau « lui ayant donné
trois fois le vin émétique, l'envoyèrent au pays
d'où personne ne revient ». On lui doit une
édition estimée de Florus, 1661. J. V.
Gui Patin, Lettres. — Bayle, Dict. Critique.
LA MOTHE LE VATER( JenH-jP/-flnçoiSDE),
jurisconsulte français, de la même famille que
le précédent, mort en 1764. Il était maître des
requêtes. On a de lui : Essai sur la possibilité
d'un Droit unique; 1764, in-12. J. V.
Chaudon et Delandme, Dict. univ., Hist, Crit. et Bi-
bliogr. — Quérard, !m France Littéraire.
LA MOTHE LE VAYER ( iïoZaHC? DE). Voy.
BOUTIGJNY.
* LAMOTHE {Léonce de), économiste et
archéologue français , né à Bordeaux, le 21 sep-
tembre 1811. Il fut chef de bureau à la préfec-
ture de la Gironde, et remplit aujourd'hui les
fonctions d'inspecteur des établissements de
bienfaisance du département. Ses principaux tra-
vaux sont : Essai historique et archéologique
sur l'Église cathédrale de Saint-André à Bor-
deaux; Bordeaux, 1843, in-8° , et dans les Actes
de l'Académie de Bordeaux , année 1842; —
Choix des Types les plus remarquables de
V Architecture au moyen âge dans le dép. de
la Gironde; Bordeaux, 1846, gr. in-folio, avec
planches gravées ; — Notice sur le Monastère
Saint-Antoine-des-Feuillants, à Bordeaux;
Bordeaux, 1846, in-8°; — Jouannet, sa Vie et
ses Ecrits ; 1846, in-8°; — Essai de complé-
ment sur la Statistique du dép. de la Gi-
'ronde (avec M. Gust. Brnnet); Bordeaux, 1847,
in-4° ; — Des Moyens d'améliorer le Sort de
la classe ouvrière; 1849, in-8''; — De l'Orga-
,nisalion des Sociétés savantes en France;
J1849, in-8°; — Observations sur les Enfants
\trouvés , etc.: 1850, in -8", et dans les Actes
\de l'Acad. de Bordeaux; — É tildes d'É-
conomie charitable (suite au travail publié
en 1850); 1851, in-S" : extrait des Actes de
- LA MOTTE 262
l'Acad. de Bordeaux ; — Les Théâtres de Bor-
deaux, suivi de quelques vues de réforme
théâtrale; 1854, in-8°. Comme secrétaire de la
commission des monuments de la Gironde, M. La-
mothe a rédigé et publié les comptes-rendus an-
nuels des travaux de cette commission; 1848-
1849,1849-1850, 1850-1851, in-8°. Il adonné des
notices et des articles aux Actes de l'Acad. de
Bordeaux, au Journal des Économistes , au
.Tournai des Communes , à Y Écho de la Se-
maine et aux journaux de Bordeaux. G. de F.
Documents particuliers. — Journal de la Librairie.
LA MOTHE (Dorléans de). Voy. Dorléans.
LA MOTTE. Voy. Mauguest de (Guillamne).
LAMOTTE DE LA PEYROUSE. Voy. Ro-
CHON (de).
1.AMOTTE-MESSEMÉ {François Le Pohl-
CHRE, sieur de), poète français, né vers 1540,
à Mont-de-Marsan, mort en 1597. Tenu sur les
fonts de baptême par François I" et sa sœur
Marguerite, il prit part aux guerres de religion,
et devint capitaine de cinquante hommes d'armes
des ordonnances d'Henri III. Il se retira en Lor-
raine, et y employa ses honnestes loisirs, comme
il dit, à retracer en vers lés événements dont il
avait été témoin. Il ne manquait pas d'instruc-
tion , et quoiqu'il écrive sans méthode et même,
avoue-t-il,
.... Sans sçavoir l'art, sans sçavoir les césures,
Ny, non plus , des mots longs que des briefs les mesures.
sa chronique rimée contient des particularités
dignes d'être connues. On a de lui : Les Sept
Livres des Honnestes Loisirs, intitulez chacun
du nom d'une des planettes , qui est un dis-
cours en forme de chronologie , oii sera véri-
tablement discouru des plus notables occur-
rences de nos guerres civiles , avec unmélange
de divers poèmes , d'élégies , .stances et son-
nets; Paris, 1587, in-12, avec une longue dédi-
cace à Henri III ; — Les Passetemps ; Paris,
2'' édit., 1597, in-8° : mélange de vers et de prose
en deux livres. D'après M. Viollet-Leduc, ce se-
rait probablement dans le second livre de cet
ouvrage que La Fontaine aurait puisé le sujet
de La Goutte et l'Araignée, une de ses fables.
P. L— Y.
CoUetet, Hist. génér. et partie, des PoStes français
( Mans). — Bibliothèque Poétique. — Man. du Libraire.
LA MOTTE {Antoine Houda.rt de), poète
et critique français, né à Paris, le 17 janvier
1672, mort dans la même ville, le 26 décembre
1731. Il était fils d'un chapelier. Après avoir fait
ses études chez les jésuites, il suivit les cours de
droit ; mais il ne tarda pas à laisser le barreau
pour le théâtre. « Une comédie ( Les Originaux,
jouée en 1693), son coup d'essai, dit D'Alem-
bert , tomba , et tomba au Théâtre-Italien , qui,
n'étant- alors qu'un théâtre de farce, ne laissait
pas même à l'auteur infortuné la consolation de
croire que les spectateurs avaient été dilTiciles.
La disgrâce ne pouvait être plus mortifiante; etle
affligea si vivement l'écrivain novice , qu'elle le
9.
263
fil renoncer pendant quelques mois au théâtre,
au\ lettres et même aux hommes. Il alla se jeter
à La Trappe, et se crut pénitent parce qu'il était
humilié. Cette vocation n'était que le finit mal-
heureux et avorté de l'amour-propre mécontent ;
aussi ne dura-t-eile que le temps nécessaire
pour le calmer et pour lui faire reprendre de
l'espoir et des forces. Ce moine, si peu fait pour
l'être , et que le dépit avait donné au cloître pour
quelques moments, fut bientôt rejeté dans le
monde, et ne prouva que trop, dès qu'il s'y fut
replongé, à quel point sa ferveur était refroidie.
Il fit le charmant opéra de L'Europe galante.
Campra , qui n'avait fait encore que des messes
et des motets pour la cathédrale de Paris , trans-
fuge comme La Motte du sacré au profane , mit
cet opéra en musique, et fut si enivré, ou plutôt
si perverti par le succès , que l'Église, à laquelle
il avait consacré ses talents , se vit aussi obligée,
non sans douleur, de l'abandonner au théâtre.
La Motte fît encore représenter, presque toujours
avec succès, quinze autres opéras , opéras-comi-
ques et ballets , qui lui valurent une grande ré-
putation en ce genre, et entre lesquels les criti-
ques du dernier siècle distinguaient LeTriomphe
des Arts , Issé et Sémélé ; mais les productions
de Quinault, le maître du genre, ne se lisent plus
aujourd'hui ; à plus forte raison , a-t-on oublié
celles de ses disciples. D'ailleurs La Motte, si on
en croit La Harpe, n'avait rien de la mollesse
quelquefois gracieuse de Quinault. « Un de ses
défauts habituels, même dans ses opéras , dit ce
critique, c'est la gêne des constructions; et le
prosaïsme et la dureté s'y joignent encore trop
souvent. Il s'en faut bien que sa pensée paraisse,
comme dans tout auteur né poète, s'arranger
d'elle-même dans sa phrase métrique. Le plus
souvent il a l'air d'avoir pensé en prose et tra-
duit sa pensée en vers. « La Motte s'essaya aussi,
mais sans succès, dans la comédie. Il fut plus
heureux dans la tragédie; il y porta quelques
velléités d'innovations curieuses à rappeler au-
jourd'hui. Il osa attaquer les trois unités. « Il
prouva d'abord (1) , et la chose était facile , que
dans nos meilleures pièces l'unité de lieu coûtait
beaucoup à la vraisemblance; qu'il fallait des
hasards impossibles pour amener toujours les
différents personnages dans le même lieu qui sert
aux entretiens du prince, au complot des cons-
pirateurs , à la confidence des amants ; puis il
soutint que si les spectateurs se prêtaient à une
première supposition qui les transportait dans
Athènes et dans Rome, leur imagination ne ré-
sisterait pas davantage aux changements de lieu,
d'acte en acte. L'unité de temps ne lui parut pas
plus raisonnable ; il dit tout ce que nous savons
sur l'invraisemblance d'une intrigue complexe,
nouée et dénouée en quelques heures, et sur
l'ennui des récifs préliminaires. » La Motte n'é-
tait hardi que dans ses préfaces. Il n'osa même
(1) Villemaln, LAU. mi dix-hnitiéme siècle, leçon 3.
LA MOTTE 264
pas s'affranchir du préjugé qui voulait quechaque
tragédie contînt une intrigue d'amour. Dans ses
Machahées il prêta à Misael , le plus jeune des
Machabées, une passion partagée pour Antigone,
la favorite d'Antiochus. Dans la préface de son
Romulus , il exprima le désir qu'on donnât à la .
tragédie « une beauté qui semble de son es-
sence, et que pourtant elle n'a guère parmi nous ; »
je veux dire ces actions frappantes qui deman-
dent de l'appareil et du spectacle. « La plupart de ï
nos pièces, dit-il , ne sont que des dialogues et i
des récits. » La pièce destinée à réparer ce vice '
du théâtre français , le Romulus « n'est , dit I
M. Villemain , qu'une parodie romaine enchevê-
trée d'un amour le plus ridicule du monde. » <
« Mais , ajoute le même critique , dans un sujet I
moderne et d'un pathétique familier pour nous,
dans Inès , La Motte trouva sans système quel- ■
ques accents du cœur. Il ne devint pas grand
poëte, cette métamorphose était au-dessus de
son art; mais lorsqu'au dernier acte Inès dit,
en s'ad ressaut tour à tour à ses deux enfants et
au roi son persécuteur :
Embrassez, mes enfants, ces genoux paternels :
D'un œil compatissant regardez l'un et l'autre;
N'y voyez pas mon sang, n'y voyez que le vOtre.
Pourriez- vous refuser à leurs pleurs, à leurs cris,
La grâce d'un héros , leur père et votre fils?
Puisque la loi trahie exige une victime,
Mon sang est prêt, seigneur, pour expier mon crime.
Epuisez sur moi seule un sévère courroux ;
Mais cachez quelque temps mon sort à mon époux,
il y a là cette expression tendre et vraie qui fait
la beauté du drame, et que ne remplacent ni i
la force des combinaisons ni l'éclat pompeux du i
spectacle. Cette lueur du naturel et de poésie ne
brille qu'un moment sur Inès; mais elle a fait i
vivre l'ouvrage , et elle montre à l'esprit de sys-
tème quelle source de nouveautés , toujours
prête à s'ouvrir, est cachée dans le cœur. Malgré
la faiblesse du style, Inès ravit les spectateurs. » •
Ce fut, dit-on, depuis Le Cid, le plus grand I
succès du Théâtre-Français. La Motte donna, trois
ans après Inès, une tragédie à'Œdipe, qui n'eut
que quatre ou cinq représentations. Il refit sa
pièce en prose, et osa demander que désormais
les tragédies ne fussent plus écrites en vers : il
prétendait que des tragédies écrites en prose se
rapprocheraient infiniment plus que les tragé-
dies en vers de la simplicité et de la vérité de
la nature; qu'un auteur tragique, délivré de la
contrainte de la versification , serait obligé de
mettre dans son ouvrage plus de mouvement et
de vie. On reconnaît dans ces idées un esprit
ingénieux , mais qui avait peu le sentiment de la
poésie. Cette absence du sentiment poétique se
trahit bien plus encore dans sa prétendue tra-
duction de Ylliade d'Homère. Engagé dans la
querelle des anciens et des modernes , et par-
tisan des modernes comme Perrault et Fontenelle,
il écrivit contre, Homère , et attaqua avec esprit
le sujet, la marche et les détails de Ylliade;
mais il eut la malheureuse idée de traduire ce
poënie en l'abrégeant et en le corrigeant à sa
265
LA MOTTE
266
manière. Cette misérable copie d'un admirable
original eut le sort qu'elle méritait ; les rieurs,
qui avaient été jusque là pour La Motte, se tour-
nèrent en partie contre lui. Rousseau, son com-
pétiteur malheureux à l'Académie Française, ne
laissa pas échapper cette occasion de se venger,
et lança à l'adresse de La Motte plusieurs épi-
grammes très-piquantes, entre autres celle-ci :
Le traducteur qui rima l'Iliade,
De douze clianls prétendit l'abréger;
Mais par son style aussi triste que fade
De douze en sus il a su l'allonger.
Or le lecteur, qui se sent affliger,
Le donne au diable, et dit, perdant haleine
« Eh! finissez, rirneur à la douzaine;
« Vos abrégés sont longs au dernier point. »
Ami lecteur, vous voilà bien en peine :
Rendons-les courts en ne les lisant point.
Un autre advei'saire de La Motte, moins spiri-
tuel que Rousseau , mais plus savant , M™' Da-
cier, répondit au discours préliminaire, et en
réfuta les erreurs avec une rudesse digne d'un
érudit du seizième siècle. La Motte répliqua, dans
des Réflexions sur la critique, avec beaucoup
de finesse , de grâce et de modération. « Alci-
biarle, avait dit M""" Dacier, donna un grand
soufflet à im rhéteur qui n'avait point lu les ou-
vrages d'Homère ; que ferait-il aujourd'hui à un
rhéteur qui lui lirait Viliadede M. de La Motte ? »
ft Heureusement, répond La Motte, quand Je ré-
citai à Mme Dacier un des chants de mon Iliade,
elle ne se souvint pas de ce trait d'histoire. »
tl compare les injures dont elle l'accable à ces
charmantes particules grecques qui ne signifient
rien , mais qui ne laissent pas, à ce qu'on dit, de
soutenir et d'orner les vers d'Homère. » Il
ajoute que ces « injures ont toute la simplicité
des temps héroïques , et toute l'énergie de celles
que se prodiguent les héros de l'Iliade ». Cette
réponse adoucit un peu M"® Dacier, et Valin-
court réconcilia les deux adversaires.
Les Fables de La Motte, publiées quelques
années après son Iliade , sont le seul de ses
ouvrages poétiques qui ait encore du prix. On
y trouve de l'invention, des pensées fines, ex-
primées d'une manière ingénieuse , et, ce qui est
plus rare chez lui , des vers élégants et faciles.
Ses Églogues et ses Orfes offrent aussi des
pensées ingénieuses ; mais la versification en est
généralement dure. Le principal mérite de La
Motte consiste dans sa prose, qui est aussi fine
et plus nette que celle de Fontenelle.
La vie de La Motte, en dehors de ses ou-
vrages, se réduit à quelques anecdotes. Il fut
reçu le 8 février 1710 à l'Académie Française, à
la place de Thomas Corneille. L'Académie le
préféra en cette occasion à Rousseau , « par la
raison très-essentielle, pour une société littéraire,
dit D'Alembert, qu'il avait mérité des amis et
que Rousseau n'en avait pas un ». Peu après,
des couplets scandaleux, lancés contre les mem-
bres d'une petite réunion littéraire dont les deux
poètes faisaient partie, donnèrent lieu à un pro-
cès. Rousseau {voy. ce nom), qui attribuait les
couplets àLaMotte, fut condamné à l'exil. L'hon-
nêteté de La Motte était trop connue pour que le
public le regardât comme l'auteur des chansons
grossièrement diffamatoires, et quoique Boiudin,
que Rousseau avait aussi désigné comme auteur
des couplets, ait plus tard tout rejeté sur La
Motte, on considère sa révélation comme une
calomnie, que le caractère de l'accusé réfute suf-
fisamment. La Motte devint aveugle dès sa jeu-
nesse, et ce malheur, dont il prit courageusement
son parti , ne nuisit pas à sa fécondité Httéraire.
Les infirmités qui s'y joignirent avec l'âge n'al-
térèrent point l'égalité de son humeur, et les
injurieuses attaques de ses adversaires ne l'en-
traînèrent jamais à répliquer sur le même ton. Il
supportait avec la même douceur des outrages
d'un autre genre. Un jeune homme à qui , par
mégarde, il marcha sur le pied dans une foule,
lui ayant donné un soufflet : il se contenta de
lui dire : « Monsieur, vous allez être bien fâché,
je suis aveugle. » La Motte était un des habi-
tués du salon de M™* de Lambert, et sa princi-
pale amitié littéraire fut avec Fontenelle. Vers la
fin de sa vie, en 1726, il entretint une correspon-
dance avec la duchesse du Maine. Il avait cin-
quante-quatre ans et la duchesse en avait cin-
quante. « Le bel esprit aveugle, dit M. Sainte-
Beuve , se mit à jouer l'amoureux , et M"^ du
Maine la bergère et l'ingénue. Il s'agissait de
faire entendre à une altesse sérénissime qu'on
était amoureux d'elle sans prononcer le mot d'a-
mour, de retourner cette idée galante en tous
sens , de simuler une ardeur contenue encore dans
les termes du respect, d'obtenir d'elle des faveurs
enfin. » Cette correspondance n'est qu'un jeu
prétentieux et fade. La Motte, malgré les galan-
teries de ses Odes et de ses Églogues , avait des
mœurs irréprochables, et, avec une tournure
d'esprit philosophique, il était religieux.
On a de lui : Les Originaux , comédie jouée
en 1693 et insérée dans le Théâtre- Italien de
Gherardi , t, IV; — V Europe galante, ballet;
Paris, 1697, in-4°; — Issé, pastorale héroïque;
Paris, 1697, in-4° ; — Amadis , tragédie lyrique;
1699, in-4° ; — Marthésie , première reine des
Amazones, tragédie lyrique; 1699, in-4°; —
Le Triomphe des Arts, ballet; 1700, in-4''; —
Canente, trag. lyr. ; Paris, 1700, in-4'' ; — Om-
phale, trag, lyr., 1701, in-4°; — Alcione, trag.
lyr.; 1 706, in-4'' ;—Seme7e', trag. lyr.; 1709, in-4°;
— Scanderberg , trag. lyr.; 1735, in-4''; — Le
Carnaval et la Folie, com. ballet; 1703, in-4°;
— La Vénitienne, com. -ballet; Paris, 1705,
in-4°; — Le Ballet des Ages, com. -ballet; dans
l'édit. des Œuvres de La Motte , 1754, t. VII;
— Le Ballet des Fées, com. -ballet; ibid.; —
Les Trois Gascons, comédie ( composée avec
Boindiu ) ; — La Matrone d'Éphèse , com. ;
1702, in-12 ; — Le Port de Mer (composé avec
Boindin); 1704; — Le Talisman, com.; dans
l'édit. des Œuvres , t. V ; — Richard Minu-
telo, com. ; dans l'édit. des Œuvres, t. V; —
267
LA MOTTE
268
Lp- Magnifique, com. en deux actes; dans l'é-
rlit. des Œuvres , t. V; — V Amant difficile,
com. en cinq actes; ibid., t. V; — Les Ma-
chabées , tragédie en cinq actes: Paris, 1722,
in-8° ; — Romulus , trag. ; 1722, in-8° ; — Inès
de Castro, trag. en un acte et en vers; Paris,
1723, in-8° ; — Œdipe , trag. en cinq actes et
en vers, dans l'édit. de ses Œuvres de théâtre;
Paris, 1730, 2 vol. in-8°; — Odes , avec un dis-
cours sur la poésie en général et sur l'ode en
particulier ; Paris, 1709, in-12; — i'Iliade en
vers français et en douze chants , avec un dis-
cours sur Homère; Paris, 1714, in-12; — Ré-
flexions sur la Critique, avec plusieurs autres
ouvrages du même auteur ; Paris, 1715, in-12;
— Éloge funèbre de Louis XIV, avec une Ode
sur sa mort et diverses autres pièces ; 1716,
in-S" ; — Suite des Réflexions sur la Tragédie,
où l'on répond à M. de Voltaire; Paris, 1730,
in-12; — Œuvres de théâtre avec plusieurs
discours sur la Tragédie; Paris, 1730, 2 vol.
in-8°; — Œuvres; Paris, 1754, 11 vol. in-12;
— Œuvres choisies; Paris (Didot), 1811,
2 vol. in-18; — Lettres de H. de La Motte,
suivies d'un Recueil de Vers dti même auteur
pour servir de supplément à ses œuvres, par
l'abbé Leblanc; 1754, in-12. L. J.
D'.ilembert, Histoire des Membres de V Académie fran-
çaise, t. 1 et IV. — La Harpe, Cours de Littérature. —
Hérissant, L'Esprit des Poésies de Houdart de La Motte.^
avec quelques notes, la P'ie de l'auteur et des Remarques
historiques sur quelques-uns de ses ouvrages. — Ville-
main, Cours de Littérature française au dix-huitième
siècle. 1. 1, lec. 2 et 3. — Rigault, Querelle des .anciens et
des Modernes.
LAMOTTE ( Jeanne de Luz , de Saint-Remy,
DE Valois , comtesse de ), fameuse intrigante
française, connue par le rôle qu'elle joua dans le
procès du collier, née à Fontète (Champagne ),
le 22 juillet 1756, morte à Londres, le 23 août
1791. Elle descendait, ainsi que son frère, Jac-
ques baron de Valois, mort capitaine de frégate
pendant le procès de la comtesse, et sa sœur,
Marie-Anne de Saint-Remy, qui devint chanoi-
nesse en Allemagne, d'un baron de Saint-Remy,
fils naturel de Henri II et reconnu pour tel.
« Mon père avait vu, dit le comte Beugnot, le
chef de cette triste famille : il le peignait comme
un homme de formes athlétiques , qui vivait de la
chasse, de dévastations dans les forêts , de fruits
sauvages et même du vol de fruits cultivés. Les
Saint-Remy menaient depuis deux ou trois géné-
rations cette vie héroïque, qu'enduraient les
habitants et les autorités , les uns par crainte,
les autres pour quelque retentissement d'un nom
longtemps fameux. Le Saint-Remy dernier du
nom n'avait pas assez vécu pour conduire son
fils sur ses traces. Il retomba avec ses sœurs ,
et comme tous les indigents , sous la tutelle du
curé de la paroisse. « Le père de la comtesse de
Lamotte était mort à l'hôtel-Dieu de Paris, le 16
février 1761. Une seule chose s'était conservée
sous les derniers débris de la famille , c'était sa
généalogie. Chérin, alors généalogiste des or-
dres dn roi , certifia la descendance directe des
Saint-Remy par les mâles du fils naturel de
Henri II. Ce certificat leva tous les doutes, et
alors le gouvernement intervint. Le roi accorda
au baron de Valois le brevet d'une pension de
1,000 livres et l'admission gratuite à l'école
de marine. Chacune des demoiselles reçut un
brevet de 600 livres, et elles fuient placées gra-
tuitement à l'abbaye de Longchamps, près
Paris. On espérait décider le baron à faire des
vœux dans l'ordre de Malte , et ses sœurs à em-
brasser la vie religieuse; mais l'esprit aventu-
reux de l'aînée des demoiselles de Saint-Remy
renversa ce plan. Le frère était parvenu dans la
marine au grade de lieutenant de vaisseau, et
ses sœurs avaient déjà passé six ans à Long-
champs, lorsqu'un beau matin elles s'évadèrent
du couvent , et se rendirent à Bar-sur-Aube, où
elles furent recueillies par une dame de Surmont.
« M"^ de Lamotte était dénuée de toute espèce
d'instruction , dit le comte Beugnot ; mais elle
avait beaucoup d'esprit, et l'avait vif et péné-
trant. En lutte depuis sa naissance avec l'ordre
social, elle en bravait les lois et ne respectait
guère mieux celles de la morale. » Elle resta un
an chez cette dame de Surmont, et finit par re-
marquer le neveu de son mari , nommé de La-
motte, qu'elle épousa. « Dénué de toute espèce
de fortune, ajoute Beugnot, son mari avait ce-
pendant eu le talent de se noyer de dettes, et ne
vivait qu'à force d'industrie et de la pension obli-
gée de 300 livres que son oncle lui faisait pour
le soutenir. » Un mois après son mariage, M'^^de
Lamotte, qui prit alors le titre de comtesse , ac-
coucha de deux garçons, qui ne vécurent que
quelques jours. Mme de Surmont ne voulut plus
garder chez elle les époux qui l'avaient trompée,
et les renvoya. Leur position était bien gênée;
alors Mme de Lamotte résolut de venir tenter la
fortune à Paris.
Avec un caractère si bien disposé à l'intrigue,
Mme de Lamotte obtint du cardinal de Rohan
(voy. ce nom), grand -aumônier de France,
une entrevue qu'elle réussit à renouveler ; puis
elle alla s'établir à Versailles. « A son arrivée
à Versailles, raconte Beugnot, Mme de La-
motte fut bien vite entourée de ces fripons pa-
tentés , qui, repoussés de toute carrière hon-
nête, cherchent des intrigues à e^xploiter, en
trouvent et en vivent tant bien que mal, M'ue de
Lamotte apportait au jeu un nom et du mal-
heur; les autres se chargèrent détenir les car-
tes. Mais il faut placer ici une triste réflexion, et
qui donne la clef du roman de Mme de Lamotte.
La reine avait alors une réputation de légèreté
que sans doute elle n'a jamais méritée. On la
supposait aux prises avec des besoins d'argent
que provoquait son goût pour la dépense. On
citait d'elle des traits, des paroles qui la faisaient
descendre du rôle de reine à celui de femme ai-
mable... Avant que parût Mme de Lamotte, il ne
manqua pas de femmes intrigantes pour exploi-
269
ter cette dangereuse disposition des esprits...
Elle sema doucement autour d'elle le mensonge
de ses relations mystérieuses avec la veine. Le
bruit en glissa jusqu'à M. le cardinal, que des
exemples du passé disposaient à y croire. Elle
soutint d'ailleurs cette partie de son roman par
des apparences de discrétion et de retraite pro-
pres à en imposer... Le sentiment que M. le car-
dinal avait porté à M"'e de Lamotte dès les pre-
mières entrevues prit, par ces révélations, un
caractère plus vif, et bientôt M. le cardinal eut
tant d'intérêt à ce que les bruits que semait cette
femme fussent vrais, qu'il finit par n'en plus
douter... Le cardinal de Rohan était de tous les
courtisans sans faveur celui que sa position ren-
dait le plus malheureux ; il ne cessait pas d'en
être tourmenté. C'est de M™e de Lamotte qu'il
attendait sa réconciliation avec la souveraine...
A l'époque où ses rapports avec M^e de Lamotte
étaient devenus intimes, une ardente ambition
se confondait chez lui avec une affection très-
tendre. Chacun de ces deux sentiments s'exaltait
l'un par l'autre , et ce malheureux homme était
livré à une sorte de délire. » Le cardinal, qui
avait toujours été en défaveur auprès de la
reine, avait le plus extrême désir de faire cesser
cette disgrâce. Dès les premiers mois de 1784
M'Dc de i.amotte lui faisait croire qu'elle amè-
nerait cette princesse à se réconcilier avec lui ,
que déjà ses préventions s'étaient affaiblies , et
le flattait de l'espoir d'une audience, qui n'arriva
jamais. Elle imagina pour le mieux fasciner, une
scène à peine croyable : elle lui promit de lui
ménager une entrevue nocturne avec la reine.
En effet au mois d'août 1784, vers l'heure de
minuit, une demoiselle d'OIiva, qui ressemblait
beaucoup à la reine, surtout par la tournure et
la taille, se laissa conduire auprès du cardinal
dans les bosquets de Versailles ; elle eut à peine
le temps de lui dire à demi-voix qu'il pouvait
espérer que le passé serait oublié ; le cardinal
était à ses genoux , mais la comtesse de Lamotte
les prévint aussitôt que Madame et la comtesse
d'Artois se promenaient de ce côté. On entendit
du bruit. La prétendue reine s'enfuit en laissant
tomber une rose dans la main du princede Rohan
comme gage de satisfaction; cet incident valut
à l'événement le nom de la chute de la rose,
qu'on lui donna dans le temps. Cette scène ra-
pide parut produire son effet sur l'esprit du car-
dinal. Quelques mois plus tard, suivant Georgel,
secrétaire du cardinal de Rohan, Mme de La-
motte se fit remettre par ce prélat cent vingt
mille livres, dont la reine était censée lui deman-
der l'avance pour des aumônes. Enfin, elle put
tenter l'escroquerie du fameux collier. Deux
joailliers , Bœhmer et Bassange , avaient réuni à
grands frais des diamants d'une rare beauté et en
avaient composé un collier qu'ils voulaient vendre
un million huit cent mille livres , mais qu'ils
avaient en vain offert plusieurs fois à la reine.
Muie de Lamotte persuada au cardinal que la reine
LA MOTTE 270
désirait ardemment ce collier; que, voulant l'a-
cheter à l'insu du roi et le payer successivement
avec ses économies , elle donnerait une preuve
de sa bienveillance au cardinal en lechargcantde
faire cette emplette en son nom. Pour décider le
prince de Rohan , il lui fut remis de faux billets
d'autorisation signés du nom de la reine, et écrits
par un nommé Reteaux de Villette, qui était par-
venu à contrefaire l'écriture de Marie-Antoinette.
Le cardinal conclut le marché avec les joailliers,
au prix de un million six cent mille livres, dont
le paiement devait s'effectuer en quatre échéan-
ces, la première au 31 juillet 1785. Releaux de
Villette écrivit en marge de chaque article de
cet arrangement que M™e de Lamotte avait dÊ
montrer à la reine : Approuvé, et en bas la
signature Marie- Antoinette de France.he car-
dinal fit voir ces approuvés aux bijoutiers, et la
parure lui fut livrée le 1^"^ février 1785. Il s'em-
pressa de la remettre aux mains de Mnae de La-
motte pour la porter à la reine ; mais les pierres
en furent démontées et vendues pour la plupart
en Angleterre. Cependant il fallait entretenir le
cardinal dans ses illusions. II est étonnant que
ces grands coupables n'aient pas cherché leur
salut dans la fuite, surtout lorsque l'époque de la
première échéance approchait. Mn^e de Lamotte
espérait sans doute profiter encore de l'enfantine
crédulité du prince de Rohan , ou peut-être le
croyait-elle assez compromis pour qu'il fût forcé
de payer en silence. Le cardinal, toujours dans
l'illusion , et qui avait déjà invité les joailliers à
remercier Marie-Antoinette par écrit, les y en-
gagea de nouveau; le 12 juillet, Bœhmer envoya
à la reine une lettre si embrouillée qu'elle n'y
comprit rien et la jeta au feu. Cependant le pre-
mier terme de payement approchait : M^e de
Lamotte annonça un retard, et ne donna qu'un
faible à-compte. Bœhmer vint le 3 août exposer
sa position à M™'' Campan , première femme de
chambre de la reine, pour obtenir son payement.
La reine le fit venir. On s'expliqua. Marie-Antoi-
nette , indignée, dénonça au roi l'outrage dont
elle était l'objet de la part du grand aumônier,
et le 15 août 1785, jour férié, le roi fit arrêter
le prince de Rohan à Versailles , et le fit con-
duire à la Bastille. Louis XVI soumit cette affaire
au parlement de Paris, et grâce à l'esprit de
malveillance qui régnait à cette époque contre la
royauté, ce procès scandaleux ne manqua pas de
tourner à la dérision du souverain.
Mme de Lamotte fut arrêtée, le 18 août, à
Bar-sur- Aube; son mari s'enfuit, et passa en
Angleterre. Cagliostro ( voy. ce nom ), qui était
lié avec le cardinal, fût aussi arrêté. Le cardinal
s'était rejeté sur la scène du bosquet, qui, di-
sait-il, avait été cause de ses erreurs : on obtint
l'extradition de la demoiselle d'OIiva, qui s'était
enfuie à Bruxelles avec son amant; plusieurs
autres personnes furent encore arrêtées. Le car-
dinal avait réussi à faire brûler sa correspondance
avec Mme de Lamotte, laquelle en avait fait au-
27t
tant de son côté. Rien ne se découvrait relative-
ment aux fausses signatures de la reine. Il était
reconnu qu'elles n'étaient pas de l'écriture de
Mme de Lamotte. Le hasard mit sur la voie de
ce faux. Reteaux de Villette , arrêté à Genève
pour un autre fait, se crut dénoncé : il entra dans
des révélations qui permirent d'en finir avec
cette procédure. Le parlement n'en fit plus
qu'une affaire d'escroquerie; il ne vit qu'une
dupe dans le cardinal , qu'il acquitta. Par son
arrétdu 31 mai 1786, la cour condamna le comte
de Lamotte, contumace, au fouet, à la marque
et aux galères à perpétuité; Reteaux de Villette
au bannissement perpétuel, sans fouet ni mar-
que; M^ie de Lamotte, ad omnia citra mor-
tem, c'est-à-dire qu'elle serait fouettée et mar-
quée par le bourreau sur les épaules, la corde au
cou, et enfermée à l'hôpital pour le reste de ses
jours ; M"® d'Oliva fut mise hors de cour, at-
tendu que, quoique innocente au fond , il a été
regardé comme juste qu'il lui fût imprimé cette
lâche pour le crime purement matériel qu'elle
avait commis. Tous les autres prévenus furent
déchargés de l'accusation. La cour de Versailles
ne dut pas être satisfaite de ce jugement, qui
acquittait celui qu'elle regardait comme le plus
coupable. Aux yeux du public le châtiment infa-
mant infligé àM'nede Lamotte semblait trop fort.
On ne tarda pas à dire que les débats étaient loin
d'avoir éclairci toutes les questions. Ce qui est
certain, c'est que ce procès eut le plus fâcheux ré-
sultat par le discrédit qu'il jeta sur les plus hauts
personnages de la cour. Cependant, après quel-
ques jours de délai , le parlement put faire
exécuter son arrêt. Quand il en fut donné lecture
à M™e de Lamotte, elle se roula à terre en pous-
sant des hurlements affreux. On eut toutes les
peines du monde à la transporter dans la cour
du palais , où elle devait subir sa peine. Il était
six heures du matin , et peu de personnes se
trouvaient présentes. Elle saisit l'exécuteur au
collet, lui mordit les mains , et tomba dans des
convulsions violentes. Il fallut déchirer ses vê-
tements pour lui imprimer les marques d'infa-
mie, et l'un des fers chauds porta en partie sur
son sein ; enfin on la jeta dans un fiacre, qui la
conduisit à la Salpétrière , où elle devint l'objet
d'une curiosité inconvenante. Le jour même où
elle fut flétrie on fit courir dans Paris ce qua-
train, qui faisait allusion à la fleur de lis dont le
fer du bourreau était marqué :
Lamotte, on n'en peut douter,
©es Valois est bien la fille.
Puisqu'on lui fait porter
Les armes de la famille.
Marie- Antoinette, oubliant bientôt les chagrins
que les intrigues de cette femme lui avaient cau-
sés, s'occupa d'en adoucir le sort. Pendant qu'on
cherchait les moyens d'arrêter le mari en An-
gleterre , celui-ci menaçait de publier des mé-
moires où la reine ne serait pas ménagée, si l'on
poursuivait sa femme avec rigueur. Ils parurent
LA MOTTE ' 272
en effet, et la poHce en acheta une édition en-
tière, que l'intendant delà liste civile fit brûler à la
manufacture de Sèvres en 1792; on en retrouva
quelques exemplaires aux Tuileries après le
10 août. Cet ouvrage a reparu sous le titre de
Vie de Jeanne de Saint- Remy de Valois',
comtesse de Lamotte, etc., écrite par elle-
même; Paris, l'an l", 1 vol. in-8". M^e de
Lamotte a encore publié : Mémoires justifica-
tif s de lacomtesse de Valois de Lamotte, écrits
par elle-même; Londres, 1788, 1789, in-8".
Dans ces mémoires elle accuse la reine d'avoir
eu un goût particulier pour elle , de l'avoir sou-
vent reçue la nuit à Trianon , de l'avoir élevée <
jusqu'à elle , de l'avoir chargée de remettre des
lettres au cardinal, et d'avoir reçu par son inter-
médiaire celles du cardinal. Elle prétend que la
scène de Versailles fut imaginée par la reine, qui,
voulant savoir comment le cardinal se conduirait
à son égard dans une entrevue qu'il sollicitait de-
puis longtemps, pensa à se faire représenter par [
quelque autre femme et à tout voir derrière un i
bosquet; Mme de Lamotte ajoute qu'ayant parlé"
de cette idée au comte de Lamotte, celui-ci décou-
vrit M"" d'Ofiva, laquelle fut agréée par la reine.
Le cardinal fut averti par la comtesse du tour
que voulait lui jouer la reine , et il se prêta à
cette comédie. Mme de Lamotte soutient que
la reine se servait du cardinal pour correspon-
dre avec les ennemis de la France , et qu'enfin
elle l'avait employé pour l'achat du collier que le
roi avait eu la lésinerie de lui refuser. M»ic de
Lamotte raconte que la reine prit des arrange-
ments particuliers avec le cardinal pour cette
acquisition ; mais que , ne voulant pas signer les
conventions et les joailliers exigeant sa signature,
elle suggéra à la comtesse d'écrire elle-même un
approuvé ; la comtesse en parla à Reteaux de
Villette, qui était venu dîner avec elle; celui-ci
écrivit en effet l'approuvé sans contrefaire son
écriture, et du faux nom à' Antoinette de France
pensant que le papier devait être seulement
montré aux joailliers et brûlé ensuite. Mme de La-
motte affirme que le collier a été remis chez elle
à un valet de chambre de la reine par le cardi-
nal lui-même. La comtesse de Lamotte prétend
aussi que le cardinal était devenu iusupportable
à la reine aussitôt après l'acquisition du collier, et
que Marie- Antoinette, voulant se débarrasser
également de la comtesse , lui avait remis une
boîte de diamants enlevés au coUier, lesquels lui
devenaient inutiles, parce qu'elle était dans
l'intention de faire subir à ce bijou des chan-
gements qui nepermissentipas auroi de le recon-
naître. Enfin M™" de Lamotte explique toutes ses
tergiversations et ses mensonges pendant son
procès, ainsi que les dires vagues et contracdictoi-
resdu cardinal, parleur préoccupation mutuelle de
ne pas compromettre la reine. Comme pièces jus-
tificatives, elle joint à son mémoire sa généalogie
et la prétendue correspondance entre le cardinal
et la reine, avouant toutefois qu'elle n'a pas les ori-
273
LA MOTTE
274
ginauxdans ses mains, mais qu'avant de remettre
les lettres dont elle était chargée aux personnes
I intéressées, elle les ouvrait, en prenait connais-
Isance et les copiait. Ce trait suffit pour donner
|une idée de la moralité de cette femme et mon-
itrer le cas que l'on doit faire de ses explications.
i On a pu croire, et avec raison, que l'évasion le
1 5 juin 1787 de la Salpétrière de Mme de Lamotte
I avait été favorisée : elle rejoignit son mari en An-
gleterre, où elle mourut, des suites d'une chute.
Le comte de Lamotte lui a longtemps survécu.
Poursuivi en Angleterre par les agents du gou-
vernement français, il revint en France quand la
révolution eut éclaté. 11 se mit en rapport avec
Mirabeau , fut arrêté et enfermé à la Concier-
gerie, où il n'échappa que par un miracle aux
massacres de septembre. En 1793 il fut arrêté à
Bar-sur-Aube, où il s'était réfugié, et incarcéré à
Troyes; le 9 thermidor lui rendit la liberté. De-
puis, il traîna une existence misérable, tenta
deux fois de se suicider, et entra enfin à l'hôpital
de la Pitié. Il avait écrit l'histoire de sa vie , et
ses mémoires furent rédigés deux fois; la pre-
mière rédaction lui fut enlevée par la police, en
1825, et la seconde, qu'il communiqua à l'auto-
rité, ne lui fut rendue que mutilée dans ses parties
les plus importantes ; ainsi tout ce qui regarde
l'affaire du collier manque dans le manuscrit
qu'a eu dans les mains M. L. Lacour et sur le-
quel il a fait paraître : Affaire du collier. Mé-
moires inédits du comte de Lamotte- Valois
sur sa vie et son époque (1754-1830), publiés
d'après le manuscrit autographe, avec un
historique préliminaire, des pièces justifi-
catives et des notes; Paris, 1858, gr. in-18.
L. LOUVET.
Comte Beugnot, Mémoires. — Georgel, Mém. pour
servir à l'hist. des événements de la fin du dix-hui-
tième siècle. — M™» Campan, Mémoires. — M"« Berlin,
Mém. sur la reine Marie- Antoinette.— Peuchet, Mém.
tirés des archives de la police. — Louis Blanc, ffist. de la
Révol. franc., loine H. — MM. de Concourt . Hist. de
Marie- Antoinette. — Dufey de l'Yonne, Dict. de la Con-
vers., art. Collier.
LAMOTTE - FOCQCÉ ( Frédéric - Henri -
Charles , baron de ) , poète allemand , petit-fils
du général Henri-Auguste de Lamotte-Fouqué ,
est né à Brandebourg, le 12 février 1777, et
mort à Berlin, le 23 janvier t843. Il assista comme
lieutenant de cavalerie aux campagnes de 1793,
1794 et t795, et se retira, après la paix de Bâle,
à la campagne pour s'y consacrer exclusive-
ment aux belles-lettres. Pendant la mémorable
année de 1813, il fit la guerre comme capitaine
d'un régiment de cuirassiers brandebourgeois ;
mais , déjà malade avant la bataille de Leipzig, à
laquelle il prit cependant part, il fut obligé de
demander son congé au moment où les armées
des alliés allaient franchir le Rhin. Depuis cette
époque il vécut tour à tour à Paris, à Neunhau-
sen, à Halle et en dernier lieu à Berlin.
La Motte-Fouqué s'était déjà fait connaître dans
le monde littéraire sous le pseudonyme de Pel-
legrinus. Élève et partisan de M. G. Schlegel , il
avait fait des vers dans le genre espagno., traduit
la Numance de Cervantes , publié des Essais
dramatiques , le roman d'Alwin et celui qui
porte le titre d'Histoire du noble chevalier de
Galmy et d'une belle duchesse de Bretagne,
enfin les Funérailles de Schiller , espèce de
prologue dont la facture appartient en partie à
Sophie Bernhardi. Mais ce n'étaient là que des
préludes. Ses véritables succès ne datent que de
1815. Depuis plusieurs années, on commençait
à s'occuper en Allemagne de littérature Scandi-
nave : des fragments traduits de VEdda avaient
paru; les Nibelungen fixaient de plus en plus
l'attention des littérateurs. La Motte-Fouqué po-
pularisa les légendes du Nord ; il s'en inspira, et
les reproduisit, refondues et mises à la portée du
public, dans des romans ou dans des poèmes,
tels que Le Héros du Nord , trilogie que notre
auteur dédia au philosophe Fichte , et qu'il signa
pour la première fois de son vrai nom. Vers la
même époque il fit paraître le délicieux conte
d'Ondine (Berlin, 1813, et souvent depuis), le
seul de ses romans qui soit traduit en français
( Paris, 1817 ), et sans contredit son chef-d'œu-
vre : c'est, d'après quelques critiques , une des
créations les plus heureuses de la littérature alle-
mande et qui démontre que Lamotte-Fouqué était
véritablement poète. Toutefois il est du nombre
de ces auteurs que l'on n'aime lire que dans la
jeunesse. Il se plaisait presque exclusivement
dans ce « patriotisme piétiste et teutonique » qui
faisait tant rire Gœthe , et ses héros « tout de
fer et de sentiment , sans corps ni raison « ,
comme disait H. Heine, sont maniérés, faux et
le plus souvent ridicules.
On a de La Motte-Fouqué : Dramatische
Spiele (Pièces dramatiques); Beriin, 1804; —
Bie Zwerge (Les Nains ) , drame; Leipzig, 1805
et 1816; — Romanzen vom Thaïe Ronceval
{ Romances de la vallée de Roncevau ) ; Berlin,
1805; — Sigurd des Schlangentoedter (Si-
gourd le Tueur de Serpents ) , drame héroïque
en six tableaux; ibid., 1808, in-4° ; — Der Held
des ISordens (Le Héros du Nord); ibid,, 1810;
— Numancia , tragédie en cinq actes, traduite
de Cervantes; ibid., 1810, in-12; — Vaterlaen-
dische Schauspiele ( Drames patriotiques ) ;
Berlin, 1811 ; — Die Jahreszeiten (Les Saisons
de l'année); Berlin, 1811-1815, 4 parties; —
Taschenbuch der Sagen und Legenden (Re-
cueil de contes et légendes ) , publié en commun
avec Caroline de La Motte-Fouqué et Amélie de
Helwig; Berlin, 1812-1813, 2 vol. ; — Drama-
tische Dichtungen fuer Deutsche (Poésies dra-
matiques pour les Allemands ) ; ibid . , 1 8 1 3 ; — Ge-
dichte vor und waehrend des Feldzuges ( Poé-
sies avant et pendant la campagne); Berlin, 1813
et 1814, in-12; — Kindermaerchen (Contes
pour les enfants ) ; Berlin, 1816, 2 vol. in-12; —
Die Pilgerfahrt (Le Pèlerinage), tragédie en cinq
actes; Nuremberg, 1816; — Gedichte ans dem
Jûnglingsalter (Poésies d'un jeune homme);
275
LA MOTTE — LAMOURETTE
276
Stutigard, 1816; — Gedichte aus dent Manne-
.■scWe/- ( Poésies (le l'âge viril) ; ibid., 1817-1827,
2 vol. ; — Romanzen und Idyllen ( Romances et
Idylles); ibid., 1818; — KarVs des Grossen Ge-
burt und Jugendjahre (La Naissance et la Jeu-
nesse de Cbarlemagne ) , poëme de chevalerie ;
Nuremberg, 1 8 1 6 ; — Der Zauberring (L'Anneau
magique); Nuremberg, 1816,3 vol.; — Saenger's
Liebe (L'Amour d'un Poëte); Tubingue, 1816;
— Dïe zwei Brueder (Les Deux Frères), tra-
gédie; Tubingue, 1817; — Dïe wunderbaren
Fahrten des Grafen Alathes von Lindenstein
( Les Aventures miraculeuses du comte Alathes
de Lindenstein) ; Leipzig, 1817 ; — Abendunter-
haitungen zur Erheiterung des Geistes ( Ré-
créations du soir), en commun avec Zschokke,
Glatz et Fichier; Vienne, 1817; — Altsaech-
sischer Brider saal (Tableaux de l'ancienne
Saxe) ; Nuremberg, 1818-1820, 4 vol. ; — Hel-
derispiele ( Drames héroïques ) ; Stuttgard, 1818;
— Hieronymus von Stauf, tragédie en cinq
actes; Berlin, 1819; — Der Leibeigene (Le
serf), drame en cinq actes; Berlin, 1820; —
Wahrheit und Luege. Eine Reïhe politischer
Betrachtungen in Bezug au/ den Vendée-
krieg (Vérité et Mensonge; une série de ré-
flexions politiques touchant la guerre de la Ven-
dée); Leipzig, 1820;— Der Réfugié; Gotha,
1823-1824, 3 vol. ; — Die Sage von dem Gun-
laugur (La Légende du Gunlaugnr); Vienne,
1826, 3 vol.; — Gescfiichte der lungfrau
von Orléans ( Histoire de la Pucelle d'Or-
léans ) ; Berlin, 1826, 2 vol. ; — Biographie des
General E. P. von Ruechel; Berlin, 1828,
2 vol. ; — Der Saengerkrieg auf der Wait-
burg (La Guerre des Poètes sur la Wartbourg);
Berlin, 1 828 ; — Der Mensch des Suedens und
der Mensch des Nordens ( L'Homme du Sud et
l'homme du Nord); Berlin, 1829; — Jakob
Boehme, étude biographique; Greitz, 1831; —
Lebensgeschichte (Autobiographie); Halle,
1840. La Motte-Fouqué surveilla lui-même une
édition de ses œuvres choisies : Awigewàhlte
Werke; Halle, 1841-1846, 12 vol. R. Lindau.
Blsetter fuer litterarische Vnterfialtung ; lU^, n" 323.
— Matthison, Literarischer Nachlass, vol. IV, p. 80. —
Horii, Zur Geschichte und KrUik der schoenen Literatur
Teutsclilands, p. 17â. — Bouterwek, Geschichte der
Poésie une BeredsamJceit, vol. XI, p. 477. — Gervinus,
Geschichte der deutschen Dichiung. — Jul. Schmidt,
Geschichte der deutschen Literatur des XlXten Jahrh.
LA MOTTE- FOCQtrÉ ( Caroline de) , femme
du précédent, née en 1773, morte le 21 juillet
1831, a publié plusieurs ouvrages, dont quelques-
uns ont été traduits en français. Voici les prin-
cipaux : Die Fraudes Falkenstetns {ha¥emme
du Falkenstein ) , roman ; Berlin, 1810, 2 vol. ; —
Romanbibliothek fiir Damen ( Bibliothèque de
Romans pour les dames); Berlin, 1810-1817,
7 vol.; — Feodora, roman; Leipzig, 1814;
— Ida; Berlin, 1820, 3 vol. : roman traduit en
français par M'^'" de Rougemont; Paris, 1821,
3 vol. ; — Die Herzogin von Montmorency
(La duchesse de Montmorency); Leipzig, 1822,
3 vol. ; — Frauenliebe (L'Amour des Femmes ) ;
Nuremberg, 1818, roman traduit en français
sous le titre de Claire, ou les femmes seules
savent aimer; Paris, 1820, 3 vol.; — Brieje
uber den Zweck weiblicher Bildung (Lettres
sur le but de l'éducation des femmes); Berlin,
1811, etc. R. L.
V. Schindel, Teutsche Schriftstéllerinnen des XlXten
Jahrhunderts. — Mciisel, Gelehrtes Teutsctiland,t. XIII,'
p. 404. — Neuer Nekrolog der Teutschen, année IX,
t. Il, p. 652.
LA MOTTRJVTE (Aubry de), voyageur fran-
çais, né vers 1674 , mort en mars 1743, à Paris.
Retiré depuis plusieurs années en Angleterre pour
cause de religion, il entreprit nn long voyage
dans les pays du Nord , la Tartarie et la Turquie.i
A son retour, il obtint une pension du roi Geor-i
ges, visita quelques contrées de l'Europe, et liait
par rentrer en France. Voyageur véridique , maVsi
observateur superficiel , il s'attache dans ses
relations à décrire les villes , les monuments,
les coutumes ; il raconte des anecdotes curieuses,
mais il se laisse trop souvent entraîner à ites
digressions sur des points de théologie. On a de'
lui : Voyages en Europe, Asie et Afrique; La
Haye, 1727, 2 vol. in-f° , fig. ; ouvrage publié
dès 1723 en anglais et abrégé en allemand eni
1783 ; — Voyages en diverses provinces de la
Prusse ducale et royale, de la Russie, de la
Pologne, etc.; ibid., 1732, in-f", avec fig.,
dont 12 sont signées de Hogarth ; trad. en anglais;
Londres, 1732, in-f° ; — Remarques critiques
sur ^'Histoire de Charles XII composée par
M. de Voltaire ; Paris, 1732, in-8°. K.
Eug. et Ém. Haug, La France Protestante, t. VI.
LAMOURETTE (Adrien), prélat français,
né à Strevent, dans le Boulonais, en 1742, mort
à Paris, le 10 janvier 1794. 11 entra dans la con-
grégation des Lazaristes , et après avoir été su-
périeur du séminaire de Toul, directeur à Saint-
Lazare, il devint grand-vicaire d'Arras en
1789. 11 était d'une piété sincère, tout en cher-
chant à allier la philosophie à la religion. Cette
tendance le fit rechercher par Mirabeau, qui le
chargea de la partie théologique de ses discours
relatifs au clergé ; cet ecclésiastique paraît être
réellement le véritable auteur de Y Adresse au
peuple français sur la constitution civile du
clergé, que Mirabeau présenta à l'Assemblée cons-
tituante. Ayant prêté le serment constitutionnel,
Lamourette fut nommé à l'évêché de Lyon et sacré
à Paris en 1791. Au mois de septembre suivant, il
fut appelé à faire partie de l'Assemblée législative
dont il fut un des membres les plus modérés. Il
y parla contre la liberté des cultes, et demanda
qu'on fît cesser les recherches relatives aux chefs
de l'insurrection du 20 juin 1792. C'est à cette
époque qu'il fit la célèbre motion qui tendait à
réunir dans un même esprit tous les membres
de l'assemblée. Cet appel à l'union et à la fra-
ternité détruisit passagèrement les distinctions
de partis : l'on vit Dumas et Bazire , Chabot et
27 7 LAMOURETÏE -
Gentil , Jaucourt et Merlin, Pastoret et Condor-
cel , etc., se serrer mutuellement la main. Des plai-
sants appelèrent ce rapprochement le. baiser La-
monrette. Le terrible événement du 10 Août laissa
Lainourette insensible, et lorsque Louis XVI eut
été enfermé au Temple, il demanda que toute
I communication ftit interdite entre les membres
de la famille royale. Le Moniteur ayant signalé
M. Damourette , honnête cultivateur des Ârden-
nes comme auteur de cette motion cruelle, ce
dei)iité réclama contre l'assertion, et \it Moniteur
se ri'tracta, le 6 septembre 1792, en déclarant que
« le véritable auteur de la motion était l'abbé La-
imourette,de Lyon ». — Lamourette exprima
ll'horreur que lui inspiraient les massacres de Sep-
tembre, et, sur sa motion, l'assemblée décréta que
la municipalité de Paris répondrait de la sûreté
publique. Après la session il se retira à Lyon, où
il se trouvait pendant le siège par les troupes de
la Convention. Arrêté et conduit à Paris , il fut
livré au tribunal révolutionnaire. Tl était à table
lorsqu'on lui apporta son acte d'accusation; il
continua de s'entretenir tranquillement avec les
autres détenus. « Faut-il donc s'étonner de mou-
rir, dit-il, et la mort est- elle autre chose
qu'un accident de l'existence.^ » Condamné à mort,
il montra jusqu'à son dernier moment la plus
grande fermeté. Lamourette est auteur des ou-
vrages suivants : Pensées sur la Philosophie et
V Incrédulité, ou réflexions sur l'esprit et le
dessein des philosophes religieux de ce siècle;
1786, in-S"; — Pensées sur la Philosophie de
la Foi, ou Le système du christianisme consi-
déré dans son analogie avec les idées natu-
relles de l'entendement humain; 1789, in-8°;
— Les Délices de la Religion, ou le pouvoir de
l'Évangile pour nous rendre heureux ; 1789,
in-12, trad. en espagnol, Madrid , 1795 , iu-8°;
— Désastre de la maison de Saint- Lazare ;
1789, in-8o ; — Le Décret de l'Assemblée na-
tionale sur les biens du clergé justifié par
son rapport avec la nature et les lois de
l'institution; 1789 et 1790, in-S" ; — Lettre
pastorale, suivie de la Lettre au Pape; Lyon,
1791, in-8"; — Prône civique, ou le pasteur
patriote; 1790 et 1791, in-8°; — Discours
sur l'exposition des principes de la constitu-
tion civile du clergé , prononcé par Mirabeau
à V Assemblée nationale dans la séance du
14 novembre 1791; Paris, 1791. Lamourette
déclara publiquement qu'il avait rédigé ce dis-
cours ainsi que le Projet d'adresse aux Fran-
çais sur la constitution civile du clergé pré-
senté par le comité ecclésiastique de l'Assem-
blée nationale dans la séance du 14 janvier
1791 , publié en 1790, in-8°; — Considérations
sur V Esprit et les Devoirs de la vie religieuse ;
1795, in 19, publiées après sa mort. G. de Père.
Arnault, Biogr. nouv. des Contemporains , elc.
L'AMOURECX { Abraham-César ), sculpteur,
en 1674. Élève de Nicolas Coustou , il promettait
un artiste digne de son maître, quand il fut enlevé
■ LAMOUROUX 278
à la fleur de l'âge par un funeste accident : il
tomba dans la Saône, et s'y noya. Il a travaillé
pour quelques églises de Lyon ; mais le plus
considérable de ses ouvrages est le modèle du
monument érigé à Copenhague en l'honneur de
Christian V, statue équestre colossale de plomb
doré ainsi que les figures symboliques qui rac-
compagnent. E. B — N.
Cicognara, Storia deUa ScuUura.
' LAMOUREux (Jean- Baptiste-Justin) ,
littérateur et biographe français , né à Nancy, le
19 septembre 1782. Il étudia le droit, débuta
au barreau de Nancy, et entra ensuite dans la
carrière administrative. ïl était contrôleur prin-
cipal des contributions indirectes à Bruxelles
quand le traité de 1814 vint distraire la Bel-
gique du territoire français ; c'est alors qu'il
reprit sa place au barreau. En 1821 il fut
nommé substitut du procureur du roi près le
tribunal de première instance de Nancy, et en
1829 juge d'instruction au même siège. Le décret
du 1^' mars 1852 l'a fait passer dans le cadre de
retraite, avec le titre de juge honoraire. Ses mo-
ments de loisir ont été et sont encore consacrés
à la culture des lettres. On a de lui : Mémoire
pour servir à l'histoire littéraire du dép, de
la Meurthe, ou tableau statistique des pro-
grès des lettres , des sciences et des arts dans
ce département, depuis 1789 jusqu'en 1803;
Nancy, 1803, in-8° ; -— Notice des Travaux de
la Société d'Émulation de Nancy ; Nancy, 1 804,
in-8° ; — De la Régénération des Juifs ; Nancy,
1806, in-8° ; — Notice biograph. sur A. Serrao,
évéque de Potenza , dans le royaume de Na-
pies; Paris, 1806, in-8°; — Notice histor. et
iittér. sur la vie et les écrits du comte Fran-
çois de Neuf château ;^aincy, 1843, in-8" (ex-
traite des Méni. de la Société Académique de
Nancy, ann. 1840); — des Rapports et des
Notices dans les Mémoires de cette société; —
des articles dans la Décade Philosophique, dans
le Mercure, dans l'Esprit des Journaux, pu-
blié à Bruxelles; dans Le Publiciste. Enfin,
M. Lamoureux a travaillé au Dictionn. des Au-
teurs anonymes de Barbier, à La France Lit-
téraire et aux Supercheries Littéraires de
M. Quérard , au Bulletin du Bibliophile et à
la Biographie Générale M.
statistique des Gens de Lettres du dép. de la Meurthe.
— Doc. partie.
LAMOUROUX (Jean-Vincent-Félix), natu-
raliste français, né à Agen, le 3 mai 1779, mort
le 26 mai 1 825, à Caen. Il étudia de bonne
heure les sciences naturelles, et fit des progrès
si rapides qu'à peine âgé de dix-sept ans, il put
suppléer Saint-Amans, professeur de botanique
à l'École centrale d'Agen. En 1805, il pubha
ses observations sur plusieurs espèces de fucus
nouvelles ou peu connues En 1807 il vint à
Paris pour y étudier la médecine, et obtint en
1811 la place de professeur d'histoire naturelle à
l'Académie de Caen. Il essaya de montrer le règne
279
LAMOUROUX
280
animal sous une face particulière. Sans adopter
la disposition de Cuvier, il réduisait à deux règles
générales les diversités que présente l'organisa-
tion : il divisait les animaux en deux grands em-
branchements : l'un renfermant les animaux qu'il
appelait symétriques , c'est-à-dire les mammi-
fères, les oiseaux, les reptiles, et les poissons à
squelette vivants; l'autre, composé des animaux
asymétriques, tels que les annélides, les cirrhi-
pèdes, les mollusques, les polypes à polypiers,
les échinodermes, les acalèphes, les polypes nus
et les infusoires. S'attachant à l'étude des plantes
marines, il sentit la nécessité de les subdiviser
beaucoup plus qu'elles ne l'avaient été jusque
alors, et de faire cesser l'espèce de désordre qui
subsistait dans leur disposition scientifique. En
1813 il faisait paraître son important essai sur
les genres de la famille des tbalassophytes inar-
ticulés , sorte de gênera composant vingt-sept
genres distribués en six familles et renfermant
toutes les espèces alors connues distribuées dans
une classification nouvelle, qui fut adoptée par
les botanistes français et étrangers. Ce travail,
qui mit l'auteur au premier rang de nos bota-
nistes, est devenu le point de départ des progrès
de l'hydrophytologie, devenue une science par
le mouvemetrt qu'imprima Lamouroux à cette
étude. Au nom de tbalassophytes pour désigner
les végétaux croissant dans les eaux de la mer,
Lamouroux substitua le nom à'hydrophytes,
comme plus général. Il avait l'intention de publier
un Specilegium de toutes ces plantes. Sa mort
a laissé ce travail inachevé.
Ce savant s'occupa ensuite des polypiers, et
publia, en 1816, une histoire générale des po-
lypiers coralligènes flexibles qui fit époque dans
la science. L'auteur y divise ces zoophyles en
cinquante-six genres, dont vingt-quatre seule-
ment étaient connus avant lui, et en plus de cinq
cent soixante espèces, dont cent quarante étaient
alors absolument inconnues. L'œuvre était loin
d'être complète; Lamouroux se proposait d'en
taire une révision avec Bory de Saint- Vincent,
son ami ; il voulait retirer de la classe des po-
lypiers les genres que leur double constitution
doit placer dans un règne nouveau, proposé sous
le nom de Psychodiaires. Bory de Saint- Vincent
a continué ce travail. Sur le même sujet , on a
de Lamouroux une exposition méthodique des
genres de l'ordre des polypiers, où sont repro-
duites et augmentées les planches de V Histoire
des zoophytes de J. Eliis et Solander. Tous les
polypiers vivants et fossiles y sont compris et
classés en trois grandes divisions. Il était diffi-
cile de s'occuper des polypiers, êtres qui jouent
un si grand rAle dans la composition de la croûte
du globe, sans aborder l'étude de la géologie.
Aussi Lamouroux s'en occupa-t-il longtemps
d'une manière spéciale, sa place l'obligeant
à faire un cours de géographie physique à la
faculté des sciences et au collège de l'Académie
de Caen. Après avoir communiqué à Cuvier
à Alex, de Humboldt et à d'autres savants
un résumé de ce cours, il le livra au public
dans un volume qui fut accueilli avec empres-
sement.
Après avoir contribué à fonder la société Lin-
néenne du Calvados et le musée de Caen ; après
avoir propagé dans le département le goût des
sciences naturelles, Lamouroux, qui méditait
encore d'autres travaux utiles , mourut, à peine
âgé de quarante-six ans , frappé d'apoplexie fou-
droyante. L'Institut l'avait admis au nombre de
ses correspondants depuis environ dix ans. Une
souscription s'ouvrit à Caen pour lui ériger un ^
monument, qu'on voit dans le cimetière de Caen.
Cette ville s'empressa d'acquérir pour son Mu-i
sée les précieuses collections qu'il avait laissées,
les plus riches alors en hydrophytes et en po-i
lypiers.
Voici la liste des ouvrages de Lamouroux :
Dissertation sur plusieurs espèces de Fucusi
nouvelles ou peu connues ; Agen, 1805, in-i",'
avec trente-six pi. ; — Essai sur les genres d&
la famille des Thalassophytes non articulés}
1813, in-4°, avec sept pi.; inséré aussi dans les'
Annales du Muséum d'hist. naturelle, t. XX,.
avait été lu à l'Institut, le 3 avril 1812 ; — Rap-i
port sur le blé Lammas, fait à la Société d'Agri-i
culture du Calvados, le 28 mars 1813; Caenyj
in-8°. L'auteur y appelait l'attention des cultiva-<i
teurs sur cette variété de blé que l'on cultivaidi
pour ainsi dire comme essai depuis quelques an-i
nées dans le département du Calvados et dont il
a ainsi puissamment propagé la culture dansi
d'autres départements; — Histoire générale
des Polypiers coralligènes flexibles; Caen^i
1816, avec plus de cent cinquante fig., dessi-^i
nées par l'auteur ; — Exposition méthodique
des genres de l'ordre des Polypiers ; Caen ,i
1816, in-4°, avec sept pi. ; — Résumé d'un nou-i
veau cours élémentaire de Géographie phy-'i
sique;Càen, 1822, et 1829, in-8°, avec portrait;
trad. en allemand sous le titre Umriss eines
elementar. etc., par Lebret, Stuttgard , 1823; —
Notice sur le Bon-Sauveur (institution de-
sourds-muets, à Caen); Caen, 1824, in-8°;
Notice sur les aras bleus nés en France et
acclimatés dans le dép. du Calvados; Paris,
1828, in-8°. Lamouroux a rédigé jusqu'à la lettreEl
l'Histoire naturelle des Zoophyles, dans l'En-
cyclop. méthodique. Il a coopéré au Diction-
naire classique d'Histoire naturelle da vol.I"
au Vir ; on y remarque surtout l'article qui traite
de la géographie des Hydrophytes des eaux salées.
On trouve de lui des notices dans les recueils
suivants: Décade Philosophique, année 1802;
— Bulletin delà Société Philomatique ; 1800-
1812; — Journal de Botanique ; 1809; — An-
nales du Muséum d'Hist. naturelle; 1813-
1814; — Annales des Sciences phys., 1820;
des Rapports dans les Mém. de la Soc. d'Agri-
cult. de Caen ; — une Introduction à l'His-
toire naturelle des Zoophyles, dans le t. XIII,
, ,281 LAMOUROUX
f jannée 1824, delà Revue Encyclopédique. Enfin,
il a dirigé l'édition des Œuvres de Bitffon, don-
née par le libraire Verrière en 1824 et années
suivantes.
Son frère, J.-P. Lamourocx, est l'auteur
de quelques travaux de botanique. Il a donné
jpour VEncyclopdie portative : un Résumé
complet de Botanique; 1826, 2 vol. gr. in-32;
îla partie physiologique et pathologique est de
'M. Bailly de Merlieux; — un Résumé de Phyto-
p-iiphie, etc. ; 1828, 2 vol. gr. in-32. Il a rédigé
['Hxplicatmi des Plantes de l'Iconographie
ies Familles Végétales faisant aussi partie de
['Encyclopédie portative et publiée en 1828,
leiix cahiers gr. in-32. Enfin, il a publié une No-
tice biographique sur J. V. F. Lamouroux;
Paris, 1829, in-8\ Guyot de Fère.
Notice biographique par J. P. Lamouroux, son frère,
1829, m-S". — Ann. ries Se. naturelles, t. V, juin 1825. —
Mém. de la Société Llnneenne de Paris, t. IV, ann. 1825.
- Dictionn. classique d'Hist. naturelle, notice de Bory
ie S:iint-Vincent, dans Y Avertissement en tête du t. VIII.
- Mèm. de l'Acad. royale des Sciences de Caen, 1829.
Lv siotrssAYE {Louis-Toussaint, marquis
de), diplomate français, né à Rennes, le 15 no-
vembre 1779, mort au mois d'avril 1854. Appar-
î tenant à une des principales familles de la Bre-
tagne, il faisait avec son frère aîné ses études au
collège de Rennes lorsque la guerre civile éclata
en Vendée eu 1791. Son père émigra en Angle-
terre. Les deux jeunes gens le .suivirent, et en-
trèient dans un régiment royaliste qui se formait
à .Jersey, et qui vintdébarquer à Quiberon en 1795.
L'aîné y périt; Louis de La Moussaye retourna en
;Angieterre, subit les examens nécessaires pour
entrer dans l'artillerie anglaise, et resta attaché
ià l'état-major de cette arme jusqu'en 1801,
iépoque à laquelle il rentra en France. Tous les
biens de sa famille avaientété confisqués. En 1806
La Moussaye demanda du service à l'empereur,
et rejoignit le quartier général peu de jours
après la bataille d'Iéna. Il le suivit à Beriin, et fut
envoyé en Silésie. Après la paix de Tilsitt il fut
inommé auditeur au conseil d'État; au mois
d'avril 1809 il reçut une mission pour Vienne, et
iaprès la bataille de Wagram il devint successi-
vement intendant de la haute Autriche, inten-
dant de la Carinthie, puis de la Carniole. En
1812 il fut nommé résident et consul général à
Dantzig. Des motifs de service l'appelèrent au
quartier général durant la retraite de Moscou.
jEn 1813 il rejoignit le ministre des affaires
'étrangères en Saxe, suivit les négociations qui
j s'ouvrirent à Dresde et à Prague, et assista aux
i batailles de Dresde et de Leipzig. En janvier
1814 il fut nommé préfet du Léman; il se rendit
sous les murs de Genève, qu'occupaient les Autri-
chiens, et n'y put entrer. La Restauration replaça
le marquis de La Moussaye dans les affaires étran-
gères. Premier secrétaire d'ambassade à Saint-
Pétersbourg, il devança dans cette résidence
le comte de Noailles, ambassadeur. Napoléon,
étant revenu de i'ile d'Elbe , rappela en France
— LAMPADIUS
282
tous les agents diplomatiques français. Aucun
n'obéit, et pour la seconde fois La Moussaye se
vit condamner à mort par contumace, avec con-
fiscation de ses biens. Après la bataille de Wa-
terloo, le comte de Noailles revint à Paris; le
marquis de La Moussaye resta chargé des affaires
de France en Russie jusqu'au 15 mai 1816. Il
résida ensuite successivement comme envoyé
extraordinaire et ministre plénipotentiaire de la
France à Hanovre auprès du roi d'Angleterre etde
Hanovre, auprès du roi de Wurtemberg, auprès
du roi de Bavière, et durant trois ans auprès du roi
des Pays-Bas. En ISlGle marquis de La Mous-
saye fut chargé, dit-on, à la suite de plusieurs
entretiens avec l'empereur de Russie, Alexan-
dre P'', de faire comprendre de la part de ce
prince à Louis XVIH que la politique suivie par
le gouvernement du roi à l'intérieur pouvait com-
promettre le trône , et il s'acquitta avec courage
de cette mission. Lorsque éclata la révolution
belge, en septembre 1830, le marquis de La
Moussaye engagea les résidents français à entrer
dans la garde nationale, et il défendit le prince
d'Orange au péril de sa vie. Quelques chefs de
l'insurrection voulaient arborer le drapeau fran-
çais à l'hôtel de ville de Bruxelles et proclamer
la réunion de la Belgique à la France. L'assen-
timent du marquis de La Moussaye fut de-
mandé; il le refusa. Quoique sa conduite eût été
approuvée par le gouvernement , il fut bientôt
rappelé. Pendant dix ans il avait représenté le
département des Côtes-du-Nord à la chambre
des députés. Le 11 septembre 183511 fut élevé
à la pairie. Partisan du gouvernement monar-
chique , il était ami des libertés publiques et de
l'instruction populaire fondée sur la religion.
En 1829 il avait refusé la présidence du collège
électoral de Dinan, pour ne prêter aucun appui
au ministère Polignac. J. V.
V. Lacaine et Ch. Laurent, Biogr. et Nécrol. des
Hommes marquants du dix-neuviéme siècle, t. I, p. 401.
LAIUPADIIJS {Guillaume- Auguste), chi-
miste allemand, né le 8 août 1772 , à Hehlen,
dans le duché de Brunswick, mort à Freiberg, le
13 avril 1842. Protégé par Lichtenberg, Kaestner,
Gmelin et Blumenbach, qui devinèrent en lui. le
savant futur, il put, malgré la pauvreté de ses
parents, faire ses études à l'université de Gœt-
tingue. En 1793 il accompagna le comte Joachira
de Sternberg dans un voyage à travers la Russie,
et plus tard il se fixa à Radnitz en Bohême, où
il s'occupa de chimie et de météorologie. Appelé
en 1794 à l'académie des mines de Freiberg ,
il y professa pendant près d'un demi-siède la
métallurgie, et rendit des services immenses à
cette branche des sciences naturelles, dont il
devint le véritable fondateur. Parmi ses décou-
vertes chimiques nous signalons surtout celle
du carbure de soufre. On a de lui : Kurze
Darstellung der vorzueglïchsten Theorien
des Feuers, dessen Wirkungen und verschie-
dene Verbindungen (Description des prind-
283 LAMPADIUS
pales théories du feu, etc.); Gœttingue, 1792,
in-S"; — Versuche und Beobachmngen ueber
die ElecfricitcXt und Wn'rme der Atmos-
ÎJhœre; Théorie der Luftelecfricifset nach
den Grundssetzen des Herrn de Luc, und
Abhandlung iieber das Wasser (Expériences
et Observations sur l'Électricité et la Chaleur
atmosphérique; théorie de l'électricité atmos-
phérique d'après les principes de M. de Luc, et
dissertation sur l'eau); Berlin et Stettin, 1793,
in-8°; Leipzig, 1804, in-8°; — Sammlung clie-
mischer Abhandlungen (Recueil de disserta-
tions chimiques); Dresde, 1795-1799. tom. I-TII;
— Handbuch znr chemischen Annlijae der
Mineralkœrper ( Manuel d'Analyse chimique des
corps minéraux); Freiberg, i2,Qi , m-d," ; sup-
plément, MA., 1818, in-S"; 2"= supplément;
Gœttingue, 1818, in-S" ; — Handbuch derallcje-
meinen Hiiettenkunde, in theoreiischcr iind
praktischer Mnsichf entworfen (Manuel de
Métallurgie générale au point de vue théorique et
pratique) ; Gœttingue, 1801-1809, 3 vol. ; 1" édi-
tion, ibid., 1817-1818, 4 vol.; nouvelle édition
avec des stippléments, 1818-1826. C'est le prin-
cipal ouvrage de Lampadius; — Beitrasge zur
Erweiterung der Chemie und deren Anwen-
dung auf Hiiettemoesen, Fabriken und Acker-
bail (Documents pour servir à agrandir le do-
maine de la Chimie et ayant rapport à l'applica-
tion de cette science à la métallurgie, à l'industrie
et à l'agriculture) ; Freiberg, 1 804, in-S" ; — Sys-
tematischer Grundriss der Atmosphœrologie
(Éléments systématiques d'Atmosphérologie);
Freiberg, 1806, in-8''; — Grundriss der Elec-
trochemie (Éléments d'Électro-Chimie); ibid.,
1817, in-8°; — Bandivœrterbuch der Huet-
tenkunde in theoretischer und praktischer
Einsicht entworfen (Dictionnaire de Métal-
lurgie au point de vue théorique et pratique);
Gœttingue, 1817, in-8° ; — Beitrœge zur At-
mosphœrologie (Études Atmosphérologiques ) ;
Freiberg, 1817, in- 8°; — Chemische Briefe
(Lettres de Chimie) ; ibid., 1817, in-8°; — Neue
Erfahrungen ivi Gebiete der Chemie und
Huettenkunde (Nouvelles Expériences de Chi-
mie et de Métallurgie); ibid., 1816-1817, 2 vol.;
— Anleitung zum Studhim des Bergbaues
und des Huettenweserts (Introduction à l'é-
tude de la Métallurgie et de l'Art d'exploiter les
Mines); ibid., 1820, in-8°; — Grundriss der
Huettenkunde (Élémentsde Métallurgie); Gœt-
tingue, 1827 : c'est l'ouvrage le plus répandu
parmi les élèves des écoles des mines alle-
mandes; — Nezie Erfahrungen im Gebiete
der Landwirlhscha/t ( Nouvelles Expériences
sur l'Agriculture); Freiberg, 1822. En fin, il pu-
blia des éditions d'anciens auteurs, rédigea plu-
sieurs journaux et revues scientifiques, et colla-
bora notamment au Journal de Chimie pratique
d'Erdraann : Journal fur praktische Chemie,
R. LlNDAl).
Gelehrtes Deutschland, t. XXIIf. — JVetier Nelcrolog
— LAMPILLAS
284
der Deutscken, t. XX. -Callisen, a/edicinischesSchrifts-
teller-Lexikon. — Conv.-Ux. — Biographie Médicale.
LAMPE ( Frédéric-Adolphe), théologien pro-
testant allemand, né à Detmold , dans le comté
de Lippe, le 19 février 1683, mort le 8 décembre
1729. Il étudia à l'université de Franeker et à
Utrecht la théologie. Après avoir rempli les fonc-
tions de pasteur successivement à Wees , Duis-
burg et Brème, il fut chargé en 1720 d'une chaire
de théologie à Utrecht ; sept ans après il alla
professer la même science à Brème. On a de
lui : DeCymbalis veterum Libri ires ; Utrecht,
1703, in-12; — Exercitationum sacrarum
Dodecas , qu'ibus psalmus XLV perpétua
commentario explanalur ; Brème, 1715, in-4°;
trad. en hollandais, Dordrecht, 2 vol. in-8° ;
— Geheirnniss des Gnadenbundes (Secret de^
l'alliance de grâce); Brème, 1723, in-12; trad.
en hollandais, Amsterdam, 1727, in-8"; —
Commentarius analytico - exegeticus Evan-
gelii secundum Johannem ; Amsterdam, 1724-
1725, 3 vol. in-4°; — De Insignibus Aca-
demiac Trajectinse; Brème, 1727, in-4''; —
Delineatio Theologiae activée; Utrecht, 1727,
in-4°; — Rudimenta iheologiœ elenchticœ;
Brème, 1729, in-8°. —Lampe a encore publié en
allemand un grand nombre de sermons et d'ou-
vrages de piété, qui furent presque tous traduits <
en hollandais ; il a aussi édité et mis dans un meil-
leur ordre VHistoria Ecclesise reformatée in
Hungaria et Transylvania, attribuée à Paul
de Debrezin; Utrecht, 1728, in-4°. En colla-
boration avec Hase, il a fait paraître les trois
premiers volumes de la Bibliotheca Bremensis,
dans lesquels il a inséré plusieurs dissertations
théologiques ; il en a publié beaucoup d'autres
dans divers journaux ; elles furent recueillies
avec ses discours et ses programmes, en deux
volumes, publiés en 1737 à Amsterdam par les
soins de Dan. Gerdes. E. G.
Schumacher, Memoria Lampii (dans le tome 11 des
Miscellanea Dnisburgensia). — Acta Etuditornni (an-
née 1722 ). — Klefker, Bibi. Eruditor. Prsecocium. — Bur-
mann , Trajectum eniditum. — JOcher, Allgem. Geh-
Lexikon.
LAMPE ( Jean-Frédéric ), compositeur et
musicographe allemand , mort en 1756, à Lon-
dres. Il se rendit en 1725 à Londres, où son
compatriote Haendel le fit entrer comme basso-
niste à l'orchestre de l'Opéra; en 1730 il fut
engagé pour écrire la musique des pantomimes
et des intermèdes représentés à Covent-Garden.
On a de lui des opéras qui ont eu du succès,
tels que Le Dragon de Wàntley, Margery,
Amalia (1732) et Roger et Jean (1739); — et
des ouvrages théoriques : A plain and com-
pendious Method of teaching thorough bass
after the most rational manners , toith pro-
per rules for prac^ice; Londres, 1737, in-4'';
— The Art of Music; ibid., 1740, in-4°. K.
Gerber, Afx. der Tonkilnstler, 1, 778.
LAMPILLAS OU LLAMPILLAS (L'abbé J?'rû!W-
çois-Xavier), littérateur espagnol, né en Cata-
,, m LAMPILLAS ■
' ) ogne, ea 1731, mort en 1810. Membre de la So-
''' kéié de Jésus, il professa quelque temps les
itlles-lettres à Barcelone, et fut exilé en 1767
n PC les autres membres de sa Compagnie. De-
mis cette époque jusqu'à sa mort, il vécut prin-
;il)alement à Gênes, occupé de travaux litté-
aiies. Il écrivait l'italien avec assez de pureté,
i i)t composa dans cette langue divers ouvrages
m prose et en vers. Le plus important, intitulé
laggio storico-apologcdco délia Letteratura
Ipagnuola, Gênes, 1778-1781, 6 vol. in-8°, est
me réfutation des attaques de Bettinelli et de
Liraboschi contre la littérature espagnole. Dans
es dissertations séparées dont se compose cet
>uvrage, Lampillas traite des poètes latins que
'Espagne fournit à Rome , dans la période qui
juivit la mort d'Auguste ; il essaye de prouver
jue la culture littéraire est plus ancienne en
îspagne qu'en Italie , et qu'elle n'y a pas été
noins féconde; il soutient que l'Espagne ne doit
ien à l'Italie pour la renaissance des lettres ,
andis que l'Italie a beaucoup emprunté à l'Es-
)agne pour réformer sa théologie et sa jurispru-
ience; enfin , les deux dernières dissertations
;XVIP et XVIII'^) résument les titres de la poé-
sie espagnole , et contiennent une apologie du
théâtre espagnol depuis les Romains jusqu'au
iix-huitième siècle. Toutes ces prétentions ne
sont pas fondées, et la discussion n'est pas tou-
jours conduite avec ordre et méthode ; mais en
somme l'ouvrage est intéressant , et avec les
publications analogues de Arteaga, Clavigero,
Eximeno, Andrès, il contribua à détruire les
préjugés qui régnaient en Italie au sujet de la
littérature espagnole. Bettinelli et Tiraboschi ré-
pondirent à Lampillas, l'un dans le XIX^ vol. du
Diario de Modène, l'autre dans un pamphlet
séparé, qui a été réimprimé dans les différentes
éditions de son Histoire de la Littérattire Ita-
lienne. Lampillas riposta en 1781; sa réplique
est faible; Tiraboschi l'inséra dans son Histoire
sans daigner la réfuter autrement que par de
courtes notes. En Espagne, le livre de Lampillas
obtint un grand succès ; une dame de quelque
réputation littéraire le ti'aduisit en espagnol , en
1789; le roi Charles III donna une pension à
l'auteur, et son ministre, le comte de Florida
Blanca, fit un pompeux éloge de cet ouvrage,
dont il vante non-seulement le savoir, mais aussi
l'urbanité, « mérite qu'il nous est impossible d'y
découvrir aujourd'hui », dit Ticknor. Z.
Tiraboschi, Storia délia Letteratura Italiana, t. IX. —
Ticknor, History of Spanish Literature, 1. 111.
LAMPINET [Ferdinand], érudit français, né
à Dôle , mort en 1720, à Besançon. Il était d'una
ancienne famille de robe, et siégea comme con-
seiller au parlement de Franche-Comté. Ama-
teur éclairé des belles-lettres, il forma un«
bibliothèque nombreuse, et laissa en manuscrit
plusieurs ouvrages qui ont été consultés avec
fruit, entre autres : Histoire dti Parlement de
Franche' Comté; in-fol.; — Actes des Saints
- LAMPRECHT 286
de la province de Franche- Comté, in-fol., sur
lesquels l'abbé Trouillet a publié une bonne
dissertation; — Bibliothèque séquanaise , in-
fol., qui se compose de plus de cinq cents ay-
ticles;— Dissertation sur leD'idatium de Ptolé-
mée,la première ville des Séqîianais ;in-i°. K.
Felleret Weiss, Dict. historique. — lUém. de VAcad.
de Besançon.
LAMPRECHT DER PFAFFE ( Lambert le
prêtre), poëte allemand , composa dans la se-
conde moitié du douzième siècle un poëme sur
Alexandre, que le savant Gervinus met au même
rangque \^Parzii)alà& Wolfram d'Eschenbach.
Au début de sa romanesque composition, Lam-
precht déclare s'être conformé fidèlement au
récit d'un poëte français , Albert de Besançon
{Elberich von Bisenzem), et rejette sur lui
toute responsabilité. « Que personne, s'écrie-t-il,
ne m'accuse! Comme son livre dit, ainsi je dis
aussi». Cet Albert de Besançon est complète-
ment inconnu, et dès lors il nous est impossible
d'apprécier au juste le mérite de son imitateur,
ne sachant pas dans quelle mesure il s'est écarté
de l'original. En tous ca?, il est à peu près cer-
tain que l'auteur de VAlexanderlied ne doit
rien au clerc de Châteaudun. Lambert le Court
est, selon toute apparence, venu après Lamprecht,
et il y a entre les narrations des deux homo-
nymes des différences importantes. Dans l'écri-
vain allemand la première partie, celle qui suit
de plus près l'histoire, est plus développée et ,
disons-le, beauconp mieux traitée; dans la se-
conde , remplie, comme on sait, de prodiges et
de merveilles, nous remarquons un épisode fort
curieux qui ne se rencontre pas dans notre trou-
vère. Enflé d'orgueil, Alexandre veut ajouter à
ses conquêtes celle du paradis; il entraîne son
armée à travers des périls sans nombre , brave
impunément les fléaux de la nature et les mons-
tres de l'enfer, et arrive à la porte du séjour des
anges. Il y frappe impérieusement; mais les
bienheureux, absorbés dans la contemplation de
Dieu, dont ils chantent les louanges, ne font au-
cune attention au conquérant du monde. Un
vieillard pourtant demande à Alexandre ce qu'il
veut : « Que vous cessiez vos chants, répond-il
fièrement, et que vous me payiez un tribut. » Le
vieillard fait alors au roi de Macédoine une
leçon d'humilité, qui n'est point perdue. î! lui
fait comprendre le néant de la gloire, et le héros,
converti, retourne sur ses pas : désormais il
mettra un frein à son insatiable avidité, et n'aura
plus d'autre ambition que de gagner le ciel en
rendant ses peuples heureux. Telle fut sa con-
duite pendant douze ans, au bout desquels il
mourut; Dieu lui avait pardonné. De la vie
d'Alexandre ainsi racontée ressort le salutaire
enseignement que Lamprecht en commençant
avait promis à ses lecteurs : « Maître Albert,
dit-il, en écrivant ce poëme, pensait comme
Salomon : Vanitas vanitatum! et moi je pense
comme maître Albert » v. 19 et sqq. Cette
2S7 LAMPRECHT
préoccupation morale et religieuse, qui domine
toute l'œuvre du poëte allemand, est complète-
ment étrangère à Lambert le Court. Il est plus
mondain, plus superticiel et plus léger; sa muse
est facile et féconde , ses descriptions sont par-
fois brillantes, mais il n'atteint jamais à l'énergie
et à la profondeur de son émule. Il serait inté-
ressant et instructif de comparer certains mor-
ceaux des deux écrivains où le même sujet est
traité ; par exemple, le combat singulier d'A-
lexandre et de Porus (1). On verrait que si
Lamprecht est inférieur en imagination, il l'em-
porte en vigueur, et Ton remarquerait dans son
récit, parfois un peu sec, des traits dignes des
Nibelungen ou du fameux chant de Hildebrand.
I! est regrettable que V Alexandre d'Albert de
Besançon soit perdu; mais, en l'absence de cette
source à laquelle Lamprecht prétend avoir puisé,
on peut affirmer que, soit directement , soit par
l'intermédiaire de son modèle français, il a fait de
très-grands emprunts au Liber de Prseliis, tra-
duit du grec en latin vers le milieu du dixième
siècle par le prêtre Léon. Il doit l'idéede son expé-
dition d'Alexandre pour la conquête du Paradis
à un autre ouvrage latin , Vlter ad Paradisum,
que possède la Bibliothèque impériale sous le
n® 8519; telle est du moins l'opinion de Gervi-
nus, qui a consacré à notre personnage tout un
chapitre de son excellente histoire de la poésie
allemande. H. Weismann a publié une bonne
édition de ï'Alexanderlied ; Francfort-sur-le-
Mein, 2 vol. in-8°, 1850. On en possède deux
manuscrits; celui de Strasbourg, en bas-alle-
mand , est le plus complet. Alexandre Pey.
Karl Gœdeke, Deutsche Dvehtung im Mittelalter,
p. 873 et sqq. — Gervinus, Gesckichte der deutschen
Dichtung, 1""^ vol. p. 211-231. — H. Weismann, Aiexan-
der, Gedicht des zwôlften Jh. vom Pfaffen Lamprecht.
LAMPRECHT DE RATiSBONNE, poëte alle-
mand, vivait au commencement du quatorzième
siècle. Nous n'avons d'autres renseignements
sur ce Lamprecht que ceux qu'il nous fournit
lui-même dans son unique ouvrage. Il nous y
apprend qu'après avoir assez longtemps vécu
dans le monde , il fut frappé de la vanité des
choses humaines, et se décida à entrer dans le
couvent des Franciscains à Ratisbonne. Là son
provincial, frère Gerhard, l'engagea à composer
un poëme pieux dont il lui suggéra le sujet et
même les principales idées ( von sinem munde
er mir gab die materie und den sin), et qu'il
intitula la Fille de Sion « Die tohter von Sione ».
La fille de Sion, c'est l'âme éprise de l'amour de
Dieu ; l'âme attachée au monde, c'est la fille de
■ (1) Dans le roman, français, c'est un duel entre deux
chevaliers du douzième siècle ; dans le poëme allemand,
c'est une lutte furieuse entre deux sauvages guerriers
francs : « Ils tirèrent leurs glaives et s'élancèrent l'un
sur l'autre comme des sangliers en colère; le choc des
épécs retentissait au loin; les étincelles volaient quand
les lames d'acier rencontraient le bord des bou-
cliers, etc. 1) Voir le (même passage dans Lambert le
Courl. Ed. Michelant., Stuttgard, 1846.
- LAMPREDl 288
Babylone. Les épreuves que l'âme dévote doit
subir pendant la vie , sa lutte contre les passions,
son triomphe et enfin sa récompense , tel est le
sujet du poëme de Lamprecht, qui se distingue
des autres compositions du même genre et de la
même époque par une certaine onction et une
incontestable facilité de versification. Nous
en avons deux manuscrits ; l'un , à Lobris , daté
de l'an 1314, l'autre à Giessen, un peu plus ré-
cent. Hoffmann a fait du premier une copie qui
se trouve actuellement à la Bibliothèque de Ber-
lin. A. P.
Karl Gœdeke, Deutsche Dichtung im Mittelalter,
p. 249 et sq. — Welker, Heidelberg. Jahrbuch, 1816, 1,
713-720.
LAMPREDl ( Giovanni-Maria ) , publiciste
italien, né le 6 avril 1732, à Ravezzano, près
Florence, mort le 17 mars 1793, à Pise. Reçu i
docteur en théologie en 1756, puis avocat, il de-
vint en 1763 professeur de droit public à l'uni-
versité de Pise, et conserva cette chaire jusqu'à
la mort. L'attachement qu'il avait voué à son
pays lui fit à diverses reprises refuser les offres
brillantes de plusieurs villes d'Italie. Vers la fin
de sa vie, il reçut du grand-duc Léopold mission
de rassembler les lois et coutumes de la Toscane,
et d'en faire un code homogène. Il s'est appliqué
dans ses ouvrages à développer avec une cer-
taine indépendance les principes de Montesquieu
et de Grotius sur la constitution des sociétés et
le droit des gens. Nous citerons de lui: Disser-
tazione istorico-critica sulla Filosofia degli
antichi Etruschi; il'Sl \ — Governo civile
degli antichi Toscani e délie cause délia
loro decadenza; — De Licentia in hostem;
— Juris publici îiniversalis , sive juris na-
turœetgentium, Tkeoremata;LivoorBe, 1776-
1778, 3 vol. : le meilleur ouvrage de Lampredi ,
trad. en italien et abrégé par Sacchi sous le
titre : Diritto pubblico universale; Milan,
1828 ; — Commercio dei popoli neutrali in
tempo di guerra , réplique à l'abbé Galiani ,
mise en français et en allemand. P. L — y.
p. Ranucci, Elogio di G.-M. Lampredi,- Florence,
1793. - Giornale de' Letterati, XXVI et XXVIII. -
Gamba, Série dei Fasti di Lingua (Venise, 1839;, p. 624.
LAMPREDI {Urbain), philologue italien,
né à Florence, le 13 février 1761, mort à Naples,
le 22 février 1838. Après avoir achevé ses études,
il devint professeur au collège Nazzareno à
Rome ; de là il passa comme professeur de phi-
losophie et de mathématiques au collège To-
lomei de Sienne. Dans les événements qui sui-
virent l'invasion française en Italie, Lampredi
se prononça pour les idées libérales. En 1799
il rédigea à Rome l^Monitore romano, et donna
des preuves de son esprit satirique en attaquant
Faypoult et les autres commissaires français , et
en écrivant contre En. Quir. Yisconti un article
intitulé : Le Litanie di Pasquino. Mais bientôt
la défaite de l'armée française et l'invasion des
Napolitains forcèrent Lampredi de ^'enfuir avec
tous ceux qui avaient joué un rôle dans l'éphé-
239
LAMPREDI — LAMPRÎDÏO
290
iriM-8 république romaine , et de se réfugier en
Fiance. Il obtint une place dans le collège de
Sorrèze. En 1807 il quitta Sorrèze, dans l'es-
1 poir d'obtenir la chaire de mathématiques au
I collège militaire de Modène; mais en arrivant à
! Milan il apprit que la chaire avait été donnée à
Ruffini. Il forma alors le projet de passer en
Angleterre, et traversa l'Espagne pour aller
j s'embarquer à Lisbonne. Ce long voyage lui
I donna le temps de rélléchir. Il n'alla pas plus
loin que Madrid, et revint à Sorrèze. Dans l'in-
tervalle, la Revue Littéraire (ancienne Décade)
publia une critique piquante du Bardo délia
Se/va Nera, poème de Monti en l'honneur de
^'apoléon. L'article avait été rédigé par Biagioli,
Gianni, Buttura, et traduit en français par l'ex-
I conventionnel Barrère ; mais Lampredi l'avait
! inspiré et en avait fourni les matériaux. Monti
ne l'ignorait pas, mais des amis communs, Lam-
berti, Breislak, réconcilièrent les deux écrivains.
I Lampredi, appelé à Milan comme professeur de
j mathématiques des pages du vice-roi , fut le col-
ilaborateur de Monti au Poligrafo,et lui donna
d'utiles conseils pour sa traduction de l'Iliade.
Un article contre le conseiller d'État Compagnoni
attira surlui le mécontentement du vice-roi. Lam-
predi se rendit à Naples en 1812, comme profes-
seur dans une riche maison. En 1821 un article
de journal lui valut un nouvel exil. Il séjourna
en France, en Angleterre , à Raguse, et obtint et
1825 la permission de revenir à Naples. Il dut
le bien-être de ses dernières années à la protec-
tion de François Ricciardi, comte de' Camaldoli.
On a de Lampredi : Osservazioni sopra il
giudizio pronunciato in Firenze intorno ad
alctine opère italïane; Milan, 1811,in-12; —
Lettere filologiche e critiche seguite da un
dialogo intorno alV opéra del cavalier Vin-
cenzo Monti, intitolata « Proposta d'alcune
correzioni ed aggiunte al vocabolario délia
Crusca » ; Naples et Milan, 1820, in-8° ; — Let-
tere a Vincenzo Monti intorno alla sua tra-
duzione delV Iliade d'Omero, con appendice
di lettera di Quirino Visconti e di Angelo
Mustoxedi ; Milan, 1827, in-8" ; — I Fenomeni
e le Apparenze celesti di Arato Solitano, volti
dal greco in esametri latini da M.-T. Cicé-
rone coi supplementi del Grozio, ed un ap-
pendice di altri frammenti diversi di Cicé-
rone, e tradotti de Omero ad originali suoi,
che ci sono rimasti: il tutto volto in ende-
casillaU; Naples, 183'1, in-8". Z.
Tipaido, Biografta degli Italiani illustri, t. VU.
LAMPRiAS (AaiJLTTpiaç), fils de Plutarqne,
et, suivant Suidas, auteur d'une liste de tous les
ouvrages de son père, vivait dans le second
siècle de l'ère chrétienne. La liste que Suidas lui
attribue existe encore. Publiée pour la première
fois par Hœschel d'après un manuscrit florentin,
elle a été ensuite réimprimée dans l'édition de
l'ouvrage de Plutarque faite à Francfort en 1620.
Fabricius l'a aussi donnée avec quelques chan-
NOUT. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX.
gements, d'après un manuscrit de Venise. Bien
que cette liste soit précédée d'une lettre où
l'auteur s'appelle lui-même fils de Plutarque,
elle ne peut être la production d'un contem-
porain et d'un proche parent de cet écrivain ; car
elle contient des ouvrages qui, au jugement de
tous les critiques, ont été composés plusieurs
siècles aprè5 lui. Cependant il est possible que
Lamprias ait composé une liste des ouvrages de
son père, et que cette liste ait été interpolée plus
tard par l'addition d'œuvres supposées.
Le grand-pèreetle frère de Plutarque s'appe-
laient aussi Lamprias. Y.
Suidas au mot Aajjnrpîaç. — Fabricius, Bibliotfieca
Grsnca, vol. v, p. 159. — A. Schàfer, Comment, de Libro
Fit. Decem. Orat., p. 2.
ljliMPRIDG {jElius-Lampridius) , un des
six écrivains de X Histoire Auguste ( Scriptores
Historise Augustœ), vivait vers 300 après J.-C.
Son nom est placé en tête des biographies de
Commode, d'Antonin Diadumène, d'Élagabale
et d'Alexandre Sévère. La première et la troi-
sième sont dédiées à Dioclétien, la quatrième
est dédiée à Constantin et la seconde ne porte
pas de dédicace. Dans le manuscrit palatin de
Y Histoire Auguste , toutes les Vies depuis
Adrien jusqu'à Alexandre Sévère inclusivement
sont attribuées à .^Elius Spartianus. De cette par-
ticularité, Saumaise a conclu que Spartianus ou
Spartien sont le même personnage dont le nom
entier éUit ^tius Lampridins Spartianus. Cette
conjecture probable est jusqu'à un certain point
confirmée par le fait que Vopiscus.dans son énu-
mération des écrivains qui l'ont précédé, men-
tionne Trebellius Pollion, Jules Capitolin, M\ias
Lampride, et ne dit rien de Spartien. D'un autre
côté, les Vies de Commode et de Diadumène,
examinées avec soin, paraissent être du même
auteur que celles de Marc-Aurèle et de Macrin
attribuées à Capitolin. Mais une discussion sur
ce point serait inutile ; on manque de preuves
qui permettent d'assigner avec certitude les
biographies de V Histoire Auguste à leur véri-
tables auteurs. Pour les éditions de l'Histoire
Auguste, voy. Capitolin. Y.
Vossius, De Hist. lat. — Fabricius, Bibliot. lot. — G.
de MouliDes , Mémoires sur les Écrivains de l'Histoire
Auguste, dans les Mémoires de l'Jcad. de Berlin iilSO.
— Heyne, Opusc. , Academ., vol. VI, p. 62.
LAMPRIDE. Voy. Lampridio.
L.AMPRIDIO (Benedetto), poète latin mo-
derne, né à Crémone , vers la fin du quinzième
siècle, mort en 1540, ou, selon l'abbé Lazzari,
en 1542. II vint jeune à Rome, où il fut accueilli
dans la maison de Paul Cortesi. De là il passa
comme professeur au collège des Grecs, récem-
ment fondé par le pape Léon X et dirigé par
Jean Lascaris. Après la mort de Léon X, en
1521, il alla à Padoue, et pendant plusieurs an-
nées il y donna des leçons particulières avec
plus de profit que de gloire, dit Paul Jove, qui
l'accuse de vanité. Cette remarque ne paraît pas
juste. Bembo, Sadolet, Negri, Paléarius attesten
10
291
LAMPRIDÏO — LAMPUGNANI
292
son savoir et son succès comme professeur. Le
ducHeMantoue, Frédéiic deGonzague, lui confia,
en 1536, l'éducation de son fils François. Quoi-
que fort occupé de l'éducation du jeune prince,
Lampridio continua de donner des leçons parti-
culières, entre autres , au fils de Bembo. Une
mort prématurée l'enleva à ses élèves et aux
lettres On a de lui des poésies latines, odps,
épitres, élégies et épigrammes. Dans ses odes,
qui constituent son principal titre poétique, il
eut la hardiesse d'imiter Pindare. Paul Jove l'en
reprend, et lui reproche d'être gonflé, dur et peu
agréable à des oreilles habituées à la douceur de
la poésie latine. « Il est certain, dit Tiraboschi,
que Lampridio introduisit dans cette poésie des
formes de mètres qui n'y semblent pas très-
adaptécs. Mais on ne peut nier que pour la no-
blesse des idées et l'essor de l'imagination, il
n'ait heureusement imité Pindare, et qu'à ces
qualités il ne joigne d'ordinaire beaucoup d'élé-
gance. Il est encore digne d'éloge en ceci que le
premier, parmi les poètes modernes, il osa imiter
un si difficile modèle. » Les poésies de Lampri-
dio, publiées à Venise, 1540, in-8°, ont été In-
sérées dans divers recueils, entre autres dans les
Carmina illustrium Poetarum Ilalorum;
Florence, 1719, vol. VL On a de lui trois lettres
en italien, adressées au cardinal Bembo, et une
lettre latine de félicitation au cardinal Polus, qui
venait d'être élevé au cardinalat. Paléarius lui
attribue une élégante traduction latine des Œu-
vres d'Aristote. Tiraboschi doute avec raison de
l'existence de cette traduction. Z.
Arlsi, Cremona Litterafa, vol. II, p. 95. — Paul Jove
Elogia. — Paléarius, Epistolœ. — Tiraboschi, Storia
délia Letterat. Italiana. t. VII, part. 3, p. 221.
LAMPROCLÈs, poëte et musicien athénien,
vivait vers 500 avant J.-C. On ne possède sur
lui que de vagues renseignements, mais qui s'ac-
cordent à le représenter comme ayant pratiqué
un style sévère en musique et en poésie. Plu-
tarque lui attribue un perfectionnement du mode
musical appelé le mixolydien, et d'après le sco-
liaste d'Aristophane, il composa l'hymne à Pal-
las, auquel il est fait allusion dans les Nuées. Le
même scoliaste le dit fils ou disciple de Midon,
tandis qu'un scoliaste de Platon fait de lui l'élève
d'Agathocle et le maître de Damon. Z.
Plutarque, De Music. 16, p. 1136. — Scoliaa,te de Pla-
ton, Alcib., I, p. 387, Bekker. — Scoliaste d'Aristo-
phane, In Niib., 767. — Fabricius, Bibt. Crseca, Vol. II,
p. 127. — Schmiflt. Diatrxb. in Dithyramb., p. 138-143.
— Schneidewin, DHect. Poes Grœca. p. 462. — Burette,
Mémoires de V Académie des Inscriptinns, t XIX, p. 374.
— G Luetke, De Grœcorum Dy t/Urambis ;Ber\in, 1829,
In-S", p. 64.
LAMPRus, musicien grec, mentionné par
Athénée ( Deipnosophisies, liv. I et XI) ; il en-
seigna la danse à Sophocle. Il est question aussi
chez divers auteurs anciens d'un poète dithy-
rambique grec nommé Lamprus, dont les ou-
vrages ont complètement péri. Fabricius croit
qn'il ne s'agit que d'un seul personnage. Burette
en fait deux ; la question est d'ailleurs bien peu
importante. G. B.
Burette , fllémoircs de V Académie des Inscriptions,
t. XSIII, p. 189. — Lessiiig, Ueber Lamiprits deh Liry-
ker, dans sa Leben der SuphoUes (Berlin, 1790 ) etdôifl*
ses Sâmmtliche f^erke, l. X, p. 139.
LA»iPSON OU LASipsirtNitJS ( Dominique),
poëte latin et peintre (larhand , né à Bruges, eh
1632, mort à Liège , en 1699. 11 s'attacha d'abord
au service du cardinal Pôle, qu'il suivit en Angle-
terre. Après la mort de ce prélat , il vint se fixer
à Liège, en, 1558, où il obtint un canonicat de
la collégiale de Saint-Denis. Il fut successive-
ment secrétaire intime de trois princes-évêques
de Liège, Robert de Berg, Gérard de Groësbeck
et Ernest de Bavière. 11 contribua beaucoup à
ramener Juste Lipse à la religion catholique,
ainsi que le prouve leur correspondance publiée
par Burrnann. Un penchant naturel portait
Lampson vers la peinture ; ami de Lambert
Lombard, il prit des leçons de ce grand artiste,
et devint lui-même fort habile. Ses œuvres sont
rares et estimées. Parmi les nombreuses poésies
latines qu'il a composées on Cite surtout : Ode
ad Ernestum Bavarum;— in Tabulam Ce-
hetis Carmen; — Lamberfi Lombardi, apud
Ebiirones pictoris celeberrimi , Vita; Bruges,
Hub. Goltzius, 1565, in-8° (livre extrêmement
rare); — Elogia in Effigies Pictorum cele-
brium Germaniee inferioris, carminé ; kas ers,
ià71, in-4°; — Psalnii septem Pcepitentialës-f
lyricls versibus redditi; — Dominici Lamp-
sonii ac Nicolai Lampsonii fratrum selectai
Poemata; Liège, 1626, in-8°; — Typus VitX'
humanœ, que l'on trouve à la suite des Poe-
mata et Effigies trium fratrum Belgarumn
de Grudius. — Deux autres pièces de poésie la- !
tine dans le t. III des Deliciœ Poetarum Bel-
garum.
Son frère, Nicolas Lampson, mort à Liège, enii
1635, dans un âge avancé, était protonotaire
apostolique, chanoine et doyen de Saint-Denis
de Liège. Il cultivait aussi la poésie latine, et plu-
sieurs de ses pièces ont été imprimées avec celle
de Dominique Lampson; Liège, 1626, in-S".
L— 2 — E.
Burrnann, Sylloge Epist., p. 128-149. — Juste Lipse,
Epist. — Comte de Becdelièvre-Hamâl, Biographie Lié-
geoise, t. I, p. 332-334.
LAMPCGNASi (Augustin), poëte et philo-
logue italien, né à Milan, en 1588, mort dans la
même ville, en 1668. Il entra dans l'ordre des
Bénédictins, et publia un grand nombre d'opUs-
cules en prose et en vers, qui offrent peu d'in-
térêt aujourd'hui, mais qiii obtinrent un grand
succès. Les plus célèbres académies de l'Italie
se l'associèrent , et il parvint dans son ordre à
la dignité d'abbé. Parmi ses écrits on remarque:
La Pestilenza seguita in Milano l'annoi 630;
Milan, 1634, in-4''; — Lettera intorno alcune
Difficoltà délia Lingua Italiana; Bologne,
1641, in-12; — Cecilia predicante, diame
saèré; Bologne, 1643; — Délia Vita de santa
p93
lEarJeç/ondn; Milan, 1649, in-4'>; — Lîimi délia
■Lingua Italiana; Bologne, 1652, in-12; — Di-
porti academici; Milan, 1653, in-8°. Z.
Armellini, Bibliotheca Benediclitio-Cassinensis. — Ar-
lelail, Bibliotheca Scriptorutn Mediolanensium, t. U.
LA MrRE (/ean-Mann de), historien fran-
çais, né à Roanne, mort vers 1682. Il était cha-
floiii'^ de Montbrison, et descendait probablement
le la famille du même nom connue dans le Forez
Jepuis le treizième siècle. On a de lui : Anti-
quités du Prieuré des religieuses de Beau-
ieu, ordre de Fontevrault ; 1654, in-12; —
histoire ecclésiastique du Diocèse de Lyon,
raitée par la suite chronologique des Vies
les archevêqties ; Lyon, 1671, m-i" ; — His-
oire universelle, civile et ecclésiastique du
^orez; Lyon, 1674, in-4''. Les manuscrits de
a Mure relatifs à l'histoire de son pays se trou-
rentdanslabibUothèque de Montbrison. P. L — y.
Pernetti, Lyonnais dignes de mémoire, 1, 114. — Aug.
iefnnrd, Histoire du Forez, 1835 (préface). — Revue
lu Lyonnais , v, 177. — Breghet du Lut et Péricaud
iné, Catal. des Lyonnais, 202.
LAMCRE ( François- Bourguignon de Bus-
lÈRE de), médecin français, né au Fort-Saint-
ierre de la Martinique , le U juin 1717, mort
e 18 mars 1787. Il étudia la médecine à Mont-
ellier, où il devint plus tard professeur. Ses
rincipaux ouvrages sont: Theoria Injlamma-
ionis; Montpellier, 1743, in-8°; — Quœstiones
^ledicee XII; Montpellier, 1749, in-8°; —
onspecius Physiologicus; Montpellier, 1751,
1-4°; — De Respiratione; Montpellier, 1752,
1-4" ; — Primée Linesp Pathologicse; Montpel-
er, 1766, in-8o. Tous ces ouvrages ont été
éunis en deux vol. in-12. G. de F.
Biographie Médicale.
LiAtMï {Guillaume),, médecin français, né à
ioutances, dans la première moitié du dix-sep-
ème siècle. Reçu docteur à Paris, en 1672, il
ratiqua dans cette ville, fut un des premiers
ni s'élevèrent contre les partisans de la transfu-
ion, adopta sur l'âme les opinions du sensua-
sme, et soutint, à rencontre d'Haller, qui le
raite d'impie, que l'homme n'était pas le roi de
i nature et que les bêtes , chacune dans leur
spèce, étaient aussi bien organisées que lui. On
de lui : Lettre à M. Moreau contre les pré-
endues utilités de la transfusion , Paris,
668, in-4<' , suivie d'une seconde lettre, publiée
iansla même année; — De Principiis Rerum
Abri, ni ; ibid., 1669, in-t2; —Discours ana-
omiques; ibid., 1675 et 16S5, in-12; Bruxelles,
679; — Explication mécanique des, fonc-
ions de l'âme sensitive , oii l'on traite de
"organe des sens, des passions et du mou-
vement volontaire ;PaLns,, 1677, in-12, réimpr.
m 1681 et en 1687 ; — Dissertation siir Van-
JmoJMe; ibid., 1682, in-12.
Un médecin du même nom, Alaïn\j\wi, né
i Caen, et reçu docteur à Paris, en 1655, a
aissé : Ergo Phrenitidi Narcotica; Paris,
LAMPUGNANI — LAMY 294
ie54, in-4''; — Non ergo Anginee Repellentia;
ibid., 1655, in-4° ; etc.
Enfin on a d'un troisième Lamy ( Honoré),
originaire de Lyon, un Abrégé Chirurgical,
tiré des meilleurs auteurs ; Paris, 1644, in-12.
K.
Biogr. Médicale,
LAMY ( Dom François), écr\\am ecclésias-
tique français, né au village de Montyreau, dio-
cèse de Cliartres, en 1635, mort en 1711. Il
entra dans l'ordre de Saint-Benoît, congrégation
de Saint-Maur, et eut des relations avec plu-
sieurs hommes distingués de l'époque, entre
autres avec Fénelon ; pendant longtemps une
correspondance assez suivie eut lieu entre ce
prélat et lui. Dom Lamy a publié un grand
nombre d'ouvrages , dont les principaux sont :
Conjectures physiques sur divers effets du
Tonnerre; 1689, in-12; une addition la même
année ; — Traité de la Vérité évidente de la
Religion chrétienne ; 1694, in-12 ; — Le Nouvel
Athéisme renversé, ouréfutation dusystème
de Spinosa, etc. (anonyme); Paris, 1696, in-12;
— Sentiments de piété sur la profession re-
ligieuse; Paris, 1697, in-12 : on accusa l'au-
teur d'avoir mis dans cet ouvrage un grand
nombre de paradoxes et d'opinions systémati-
ques ; il entreprit de le défendre, et une longue
polémique s'ensuivit; — Leçons de la Sagesse
et de rengagement au service de Dieu ;Pans,
1703, in-12; — La Rhétorique de collège tra-
hie par son apologiste ( Gibert); Paris, 1704,
in-12; — Les premiers Éléments des Sciences,
ou entrée aux connaissances solides, en di-
vers entretiens proportionnés à la portée
des commençans , et suivis d'un Essai de
logique; Paris, 1706, in-12; — L'Incrédule
amené à la Religion par la raison; Paris,
1710, in-12 ; — Traité de la Connaissance et
de l'Amour de Dieu; Paris, 1712, in-12; cet
ouvrage posthume est estimé et rare ; — plusieurs
lettres dans la Correspondance de Fénelon,
publiéeà Paris, 1827-1829, 11 vol. in-S". G deF.
Le Cerf, Bibliothèque des Auteurs de la Congrégation
de Saint-Maur. — Mémoires de Nicéron, t. X.
LAMY ( Bernard ), philosophe français, né au
Mans, au mois de juin de l'année 1640, mort à
Rouen, le 29 janvier 1715. Son père se nommait
Alain Lamy, sieur delà Fontaine; sa mère, Marie
Masnier. Ayant fait ses premières études chez le.s
oratoriens du Mans, il fut admis dans leur con-
grégation à l'âge de dix-huit ans , et vint alors
achever ses cours à Paris, à Saumur. Ensuite il
enseigna la grammaire, la rhétorique, la philo-
sophie à Vendôme , au Mans , à Angers. C'est
dans cette dernière ville que , par une action
courageuse et même téméraire, Bernard Lamy
fit connaître aux gens du monde son nom encore
obscur. La Congrégation de l'Oratoire avaiî , on
le sait, embrassé dès l'abord la cause de Des-
cartes. Mais c'était alors une cause compromise :
la faculté deLouvain, la Sorbonne, lacongrégation
10.
*t96
LAMY
296
de l'Index, le pape Alexandre VII, toutes les auto-
rités compétentes s'étaient prononcées contre les
nouveautés cartésiennes , et les oratoriens eux-
mêmes , pour échapper aux censures, c'est-à-*
dire aux persécutions des thomistes, avaient fini
par adhérer à une sentence dont il n'était pas
en leur puissance, de faire changer les termes.
Acte de déférence, de soumission, non de bonne
foi. Aussi tous les professeurs oratoriens étaient-
ils suspects et surveillés. Bernard Lamy ne l'i-
gnorait pas ; cependant on l'entendit, durant le
cours de l'année 1674, proposer et soutenir au
collège d'Anjou ses thèses les plus contraires au
péripatétisme officiel. Le recteur de l'université
d'Angers, nommé Rebous , était un ardent tho-
miste. Il dénonça Lamy, obtint du roi l'ordre de
le poursuivre, et l'assigna devant tous les doc-
teurs, tous les régents de la ville et des faubourgs
d'Angers : c'était pour une cité de médiocre im-
portance une affaire des plus considérables. Aus-
sitôt clercs et laïcs, professeurs, magistrats, ci-
toyens , tout le monde s'agite, parle, écrit : re-
quêtes, placets, remontrances en prose, satires
en vers paraissent à la fois et circulent dans
toutes les mains : les esprits délicats se pro-
noncent pour les cartésiens ; mais les thomistes
ameutent le vulgaire, et le poussent même à des
actes de violence. Tonte cette agitation ne fut
terminée que par un arrêt du conseil d'État,
rendu le 2 août 1675. Cet arrêt condamna Ber-
nard Lamy. Pouvait-il l'absoudre ? Il ne le pou-
vait guère, puisque les intérêts de l'orthodoxie
passaient alors bien avant les intérêts de la li-
berté. Pour ne reproduire qu'une des proposi-
tions dénoncées dans le cours du P. Lamy, il
avait renouvelé la définition de la substance
donnée par Descartes : or il est incontestable
que cette définition renverse toute la théorie de
la présence réelle. Les cartésiens qui ont nié
cette conséquence ont manqué de sincérité. Après
l'université d'Angers et le conseil d'État, la Sor-
bonne s'occupa de l'affaire du P. Lamy, et con-
firma la sentence rendue contre sa doctrine.II fallut
céder. Les supérieurs de l'Oratoire, qui avaient
discrètement servi de toute leur influence leur
régent accusé , se virent contraints de l'aban-
donner en public dès qu'il eut été condamné. Ils
l'envoyèrent à Grenoble. Lamy partit d'Angers,
le 8 décembre 1675, en laissant une protestation
contre la perfidie de ses dénonciateurs entre les
mains du lieutenant général de la sénéchaussée.
On s'étonne sans doute de voir un fonction-
naire de cet ordre mêlé à une controverse dog-
matique Qu'on sache donc que les thomistes
d'Angers, pour assurer le succès de leur entre-
prise, avaient signalé le P. Lamy non-seulement
comme un damné cartésien, mais encore, ce qui
devait être plus grave aux yeux de la cour,
comme un factieux dont les discours tendaient
à ruiner le principe de l'autorité royale. Lamy
déclarait en partant qu'il était plein de respect
pour la monarchie héréditaire, qu'il tenait
Louis XIV pour une véritable image de la Divi-
nité, et qu'il voyait la main de Dieu même dans
l'établissement et l'élection de MM. les lieute-
nants généraux de la sénéchaussée : il était alors
admis qu'on pouvait sans cesser d'être un ga-
lant homme descendre jusque là. A Grenoble,
Lamy trouva dans l'évêque de cette ville, le
cardinal Le Camus, un protecteur éclairé. LeSj
supérieurs de l'ordre, redoutant de le voir com-
mettre quelque indiscrétion nouvelle, lui avaient
interdit d'enseigner la philosophie. Mais le car-
dinal Le Camus les pria lui-même de révoquer
cette interdiction , et , à sa demande, Lamy fui
admis dans la chaire de philosophie du collège
de Grenoble. Il ne se contenta pas alors de pro'
fesser : il publia des livres, de bons livres, qui
furent très-favorablement accueillis et par les
savants et par le public. Il s'abstint toutefois de
traiter dans ses premiers écrits quelque queS'
tion de logique, de métaphysique ou de poli-
tique • il n'y revint que plus tard , en l'année
1684, dans ses Entretiens sur les Sciences;
mais alors, comme pour s'indemniser d'un long
silence, il mit au jour une enthousiaste apologie
de Descartes, qu'il appela sans détour et sans
mesure le plus grand de tous les philosophes,
proposa de lui dresser un magnifique monu
ment, et, jaloux d'y contribuer pour sa part en
quelque chose, offrit des vers latins qui devaieni
être gravés sur le socle de la statue.
En cette même année 1684, il y eut à Grenoble
un grand événement : le ministre Vignes, abju-
rant la confession de Calvin, se convertit au ca-
tholicisme, et, dans un écrit qu'il rendit public,
remercia le P. Lamy d'avoir opéré sa conver*
sion. Deux ans après, Lamy fut rappelé à Paris,
et fut placé dans le séminaire de Saint-Magioire;
mais il n'y resta pas longtemps. Ayant violé un
des statuts de sa congrégation en ne soumettant
pas au général, le P. de Sainte-Marthe, un écril
d'ailleurs un peu libre, il lut exilé dans la ville
de Rouen, en l'année 1689. C'est la dernière cit'
constance que nous ayons à rapporter de la vie
du P. Lamy. S'il ne mourut pas en paix avec
les thomistes , sa grande renommée le mit du
moins à l'abri de nouvelles persécutions. On sait,
d'ailleurs , que dans les dernières années du
dix-septième siècle les thomistes se virent con-
traints d'abandonner la poursuite de Descartes et
d'employer tous leurs efforts à lutter contre
Jansenius.
Les ouvrages du P. Lamy, si nombreux
qu'ils soient, méritent tous d'être désignés ici,
et même avec quelques renseignements sur ce
qu'ils contiennent. Les voici, dans l'ordre où ils
furent publiés : L'Art de parler, avec un dis-
cours dans lequel on donne une idée de Vart
4^ persuader, est le premier en ordre de date
des ouvrages du P. Lamy. Il parut d'abord en
1675, in-12, et obtint ensuite au moins huit édi-
tions : il a de plus été traduit en allemand, en
talien, en anglais. C'était un livre très estimé
297
LAMY
298
par Malebranche. Bayle,plus désintéressé dans
les succès du P. Lamy, l'a lui-même honoré de
ses suffrages. Les Nouvelles Réflexions sur
/'ir; poé^j^Me furent publiées en 1678. L'année
suivante, l'éditeur ordinaire du P. Lamy, André
Pralard, livrait au public un antre de ses opus-
cules : Traité de Mécanique , de l'Equilibre
des solides et des liqueurs , petit in- 12. C'est
un abrégé méthodique des démonstrations de
Rohault et de Gaston Pardies , suivant le juge-
ment porté sur ce livre par le P. Nicéron et
par Chrétien Wolff. En 1680 parut le Traité
de la Grandeur en général, qui comprend
l'Arithmétique, V Algèbre et V Analyse. Le
Journal des Savants a plusieurs fois loué cet
ouvrage, dont le principal mérite paraît être une
remarquable clarté. Il y a plus d'originalité, plus
de véritable talent dans l'ouvrage intitulé : En-
tretiens sur les Sciences, dans lesquels on
apprend comme Von doit se servir des scien-
ces pour se faire l'esprit juste et le cœur
droit ; Lyon, 1684, in-12. J.-Jacqnes Rousseau,
dans ses Confessions , livre vi, nous apprend
qu'après avoir lu et relu cent fois c&t ouvrage du
Lamy, il résolut d'en faire son guide. C'est
en effet un écrit où abondent les pensées justes
et les bons conseils. Il n'y a rien , il est vrai ,
qu'on recherche moins de nos jours ; mais n'est-
ce pas assez pour la gloire de cet ouvrage qu'il
ait été lu jusqu'à la fin du dix -huitième siècle
et qu'il ait produit une si vive impression sur
l'esprit de Rousseau? L'année suivante, 1685,
vit paraître les Éléments de Géométrie, estimés
par Leibnitz , et dans lesquels Rousseau, après
avoir adopté le P. Lamy comme son maître,
étudia cette science sans laquelle, dit Platon, il
n'y a pas de philosophe. Nous mentionnerons
encore : Apparafus ad Biblia sacra; Greno-
ble, 1687, que l'évêque de Châlons fit traduire
en français sous le titre de : Introduction à la
Lecture de V Écriture Sainte. Tous les ans Lamy
produisait quelque nouvel ouvrage : en 1 688 : Dé-
monstration ou Preuves évidentes de la vé-
rité et de la sainteté de la morale chrétienne,
2 vol. in-12; ouvrage ensuite augmenté par le
P. Lamy, et dont la dernière édition a cinq vo-
lumes; — en 1689 : Harmonia, sive Concordia
quatuor Evangelistarum , in-12. Ce dernier
livre offre plusieurs conjectures historiques sur
lesquelles on a beaucoup disputé ; il fut attaqué
d'abord par un curé de Rouen, nomme Bulteau.
Lamy ayant essayé de justifier ses assertions
dans une Lettre au P. Fourré, de l'Oratoire,
publia cette lettre sans avoir sollicité l'agrément
du P. de Sainte-Marthe; ce qui le fit exiler à
Rouen. Jean Piénud, professeur au collège d'Har-
court, et Lenaiu de Tillemont se joignirent alors
aux censeurs de B. Lamy. Celui-ci publia, pour
leur répondre : Traité historique de T ancienne
Pâqiie des Juifs; Paris, 1693, in-12. Ayant en-
suite rencontré pour adversaires le P. Hardouin,
Je P.Mauduit; le P. Rivière, le P. Daniel, etc., etc.,
il les réfuta successivement dans six opuscules
qui portent le titre commun de : Suite du traité
historique de V ancienne Pâque des Juifs,
ainsi que dans les traités suivants : Reflexions
sur le Système de Louis de Léon, et Tractatus
de vinculis Joannis-Baptistse, methodo geo-
meti'is usitata dispositus. Les derniers ou-
vrages de Bernard Lamy sont : Apparatus Bi-
blicus,seu manuductio adsacram Scripturam;
Lyon, 1696, in-8"; — Commentarius in Har-
moniam evangelicam; 1699, 2 vol. in-4°; —
Défense de l'ancien sentiment de l'Église la-
tine touchant l'office de sainte Madeleine;
1699, in-12; — Réponse à la lettre de M. Du
Chêne; 1700, in-12; — Démonstration par
laquelle on prescrit la possibilité de l'immo-
lation de l'Agneau pascal; 1700, in-12;
Introduction à la Lecture de l'Écriture;
enfin. Traité de Perspective, où sont contenus
les fondements de la peinture; 1701, in-S".
Telle est la liste des ouvrages du P. Lamy qui
ont été imprimés de son vivant. Après sa mort,
le P. Desmollets publia De Tabernaculo Fœ-
deris , De Sancta Civitate Jérusalem et de
templo ejus Libri septem; Paris, 1720, in-fol.
C'est un des principaux ouvrages du P. Lamy.
Quelques-unes de ses lettres au P. André ont
été lécemment mises au jour par MM. Mancel
et Charma, dans leur édition des ouvrages iné-
dits du P. André. Nous en signalerons une autre,
adressée au P. Nicaise, qui est encore inédite.
Elle se trouve dans le num. 1958 (3) du supplé-
ment Fr.jàla Bibliothèque impériale. B. H.
Elites Dupin, £ibl. des Auteurs ecclés., t. XIX, édit.
in-4". — Journal de tout ce gui s'est passé en l'Univer-
sité d'Angers; 1679, ln-4o. — Vie du P. Lamy, par le
P. Desmollets, en tète du De Tabernaculo Fœderis. —
F. Bouillier, Hist. du Cartésianisme, t. 11. — B. Rauréau,
Hîst. Littér. du Maine, t. Il, p. 117-16S.
LAMY (Dom François), philosophe français,
né à Montereau (diocèse de Chartres), en 1636,
mort à Saint- Denis, près Paris, le 4 avril 1711. il
suivit d'abord la carrière des armes, qu'il quitta
en 1659, pour entrer dans la congrégation des
Bénédictins de Saint-Maur les-Fossés, Étranger
à toute ambition, sa vie entière s'écoula dans son
cloître : il la partagea entre l'étude et la charité.
Il poussa cette vertu jusqu'à vendre ses instru-
ments de physique pour en distribuer le produit
aux pauvres : c'était assurément le plus grand
sacrifice qu'il pût faire. Dom Lamy passait en
son temps pour le bénédictin qui écrivait le
mieux en français ; cependant son style est loin
d'être exempt de défauts : quelquefois faible, sou-
vent diffus , une certaine affectation y domine.
Il réussissait mieux probablement dans la dis-
cussion , Si l'on doit en croire le résultat d'une
conférence qu'il soutint à La Trappe contre l'abbé
de Rancé, Il s'agissait des études monastiques;
M™* la princesse de Guise, duchesse d'Alençon,
singulier juge dans un pareil débat, malgré son
attachement au fondateur des trappistes , donna
le prix de l'éloquence au bénédictin. Le P. Lamy
209
LAMY — LAMZWEERDE
300
avait d\i reste un penchant décidé pour la polé-
mique et le paradoxe; aussi soutint-il de chaleu-
reuses discussiops contre Bossuet, Malehranche,
Arnault, Nicole , l'abbé Duguet, Gibert, Sillery,
évêque de Soissons et quelques autres théologiens
érudits. On a de lui : Conjectures physiques
sur deux colonnes de nues qui ont paru de-
puis quelques années, et sur les plus extraor-
dinaires effets du tonnerre, avec une expli-
cation de ce qui s'est dit jusqu'ici des trom-
bes de mer, et une nouvelle addition où Von
verra de quelle manière le tonnerre tombé
nowellement sur une église de Lagnl a im-
primé sur une nappe d'autel une partie con-
sidérable du canon de la messe ; Paris, 1 689,
in-12; — Véi-ité évidente de la Religion
chrétienne; Paris, 1694, in-12; — I>e la Con-
naissance de soi-même; Paris, 1694-1698,
6 vol. in-12; avec augmentations, Paris, 1700,
in-8°; c'est le principal et le plus estimé des
ouvrages de dom Lamy, et celui qui lui attira
le plus d'adversaires. Dans son t. 111, il avait
attaqué le P. Malebranche au sujet de son Traité
de la Nature et de la Grâce et de son système
Sur V Amour ('■^nntéressé. Malebranche répon-
dit par le traité De l'Amour de Dieu. Lamy ne
laissa pas ce nouvel écrit sans réplique, et il ne
fallut rien moins que l'intervention de ses supé-
rieurs pour faire cesser cette lutte théologique ,
dans laquelle, on doit le dire, Lamy apporta plus
de conviction que de calme. Le Nouvel Athéisme
renversé, ou réfutation du système de Spi-
nosa, tirée pour la plupart de la connaissance
de la nature de l'homme; Paris, 1696, in-12.
Bayle, Bossuet, l'abbé Duguet et Voltaire lui-
même ont loué cet ouvrage. L'abbé Lenglet-Du-
fresnoy en a donné un extrait dans sa Réfuta-
tion des erreurs de B. de Spinosa , etc. ;
Bruxelles, 1731, in-12; — deux Lettres d'un
théologien à un de ses amis sur un libelle
qui a pour titre : Lettre de l'abbé *** aux
RR. PP. bénédictins de la congrégation de
Saint-Maur, sur le dernier tome de leur édition
de saint Augustin; 1699, in-12. Le roi crut de-
voir défendre aux bénédictins et aux jésuites de
continuer cette dispute, qui menaçait de diviser
tout le clergé ; — Les Saints Gémissements de
l'âme sur son éloignement de Dieu, la tyran-
nie du corps, premier sujet de gémir ; Paris,
1701, in-12; — Les Leçons de la Sagesse sur
l'engagement au service de Dieu; Paris,
1703 ; — Six Lettres Philosophiques sur di-
vers sujets importants ; Trévoux et Paris,
1703, in-12; — Les premiers Éléments des
Sciences, ou entrée aux connaissances so-
lides , suivi d'un Essai de Logique, en forme
de dialogue; Paris, 1706, in-12. Cet ouvrage est
clair et précis. L'auteur y rejette l'art des syllo-
gismes, comme inutile ; il développe surtout avec
ordre et netteté les principales idées de Des-
cartes et de Malebranche; — U^ait Lettres Théo-
logiques et Morales sur quelques sujets im-
portants; Paris, 1708, in-12. L'auteur y dé
veloppe l'excellence du culte intérieur sur le
culte extérieur; — L'Incrédule amené à la re
ligion par la raison, en quelques entretiens
où l'on traite de l'alliance de la raison avec
Za/oi; Paris, 1710, in-12 : cet ouvrage, devenu
rare, est écrit avec force et solidité ; l'auteur a
eu le talent de rendre sensibles aux esprits,
même vulgaires, des matières très-abstraites ; —
Lettres Philosophiques sur divers sujets ;
in-12; — Réfutation du Système De la Grâce
universelle (de Nicole); — La Rhétorique de
Collège trahie par son apologiste (contre Gi-
bert ), in-12. Cet ouvrage est assez vif, et les ex-
pressions n'en sont pas toujours mesurées. Le
sujet de la querelle était de savoir « si la con-
naissance du mouvement des esprits animaux
dans chaque passion est d'un grand poids à l'o-
rateur pour exciter celles qu'il veut dans le dis-
cours ». Le professeur Pourchot avait soutenu
l'affirmative ; dom Lamy se rangea de son côté
contre le rhétoricien Gibert- On disputa long-
temps, et chacun, se flattant d'avoir pour soi la
vérité, demeura dans son opinion; — De la.
Connaissance et de V Amour de Dieu (pos-^
thume ); Paris, 1712, in-12. A. L.
Dom Tasslri, Bibliothèque des Auteurs de la Congréga-
tion de Saint-Maur, p. 336. — Uom M^ibillon, OEvvres
posthumes, t. 1<^', p. 376 ctsuiv. — Dom Dcfuris, œuvres
de Bossuet, t. X. — Bayle, lettres, p. 577. — Le même,
Dictionnaire Historiqueet Critique. — Moréri,ie Grand
Dictionnaire universel.
LAMV. Voy. Lami.
LARizwEERBîE { Jean-Baptiste) , médecin
hollandais, né dans la première moitié du dix-
septième siècle. Il était docteur lorsqu'il vint
pratiquer la médecine à Amsterdam , où il fut,
vers 1667, admis au Collège médical. Vers 1683,
il abandonna cette ville pour aller remplir à Co-
logne une chaire de professeur extraordinaire
d'anatomie. Repoussant toute nouveauté en phi-
losophie, sous prétexte que les anciens n'avaient
rien laissé à faire à leurs successeurs, il déclara
une guerre acharnée à Descartes, et se fit, en
quelque sorte, un devoir de s'afficher comme un
des plus mortels ennemis de ce novateur. On a
de lui : Explication de la Cause du Mouve-
ment des Muscles; Amsterdam, 1667, in-12;
trad. en flamand du latin de Willis ; — Joan-
nis Sculteti Armamen,tarium Chirurgicum,
auctum et illustratum; ibid., 1671, in-S";
Leyde, 1693, in-8° ; Amsterdam., 1741, in-8°;
la part de l'auteur dans cet otjvrage consiste en
cent-trois observations tirées de Pierre de Mar-
chetti, qu'il n'a même pas nommé, ce qui l'a
fait accuser de plagiat par Almeloveen; — Res-
pirationis Swammerdammianœ Exspiratio ,
una cum analomia neologices Joh. de Bai;
Amsterdam, 1674, in-S", fig., où il soutient
que l'air s'insinue dans les poumons pour y
remplir le vide; — Œconomia animalis ad
circulationem sanguini s br éviter delineata;
Gouda, 1682, in-S" ; — Monita salutaria de
301
magno thermarum et acidularum abusu
confirmata; Cologne, 1684 et 1686, in-12; —
De Podagra; ibid., 1685, io-fol. ; — Hisiana
naiuralis molarum uteri; Leyile, 1686, ia-12,
fig., ouvrage où il combat d'absurdes préjugés et
qui fait beaucoup d'honneur à sa sagacité ; —
Examen eucharisticumdurioris Uarderiansô
apologise; Francfort, 1689, in-4°. K.
Koterinund, Supplém. ii JOcher - Biog. Médicale.
LiXA (Lodovico), peintre de l'école de Mo-
dène, né dans cette ville, en 1597, mort à Rome,
en 1646. Fils d'un père ferrarais, il a été mis
par quelques auteurs au nombre des maîtres de
l'école de Ferrare. On croit qu'il fut élève du
Scarsellini; mais il prit pour modèle le Guer-
chin, dont il devint habile imitateur. La plupart
de ses ouvrages sont restés dans sa patrie. Son
chef-d'œuvre, conservé dans l'église del Voto,
et représentant Moc/ène délivrée de lapeste(\\à
la désola en 1630, est sans contredit un des meil-
leurs tableaux que possède cette ville, tant pour
la force du coloris, le nombre, la variété et l'heu-
reuse disposition des figures, et l'expression des
têtes que pour le dessin, qui approche du gran-
diose et de la perfection des Carraches. On voit
que Lana a réussi h imiter la touche du Guer-
chin, tout en visant à la hardiesse de pose du
Tintoret, et en se formant pour le coloris et les
airs de visage une manière qui lui est propre. La
mênieéglise possède un Christ sur la Croixavec
la Vierge, les Saintes Femmes et saint Jean,
tableau inachevé de Lana. On voit de lui à la
galei'ie ducale une Mort de Clorinde ; au musée
de Ferrare est une Mort d'Olopherne due à son
pinceau ; enfin, parmi ses autres ouvrages, ré-
pandus dans les diverses galeries, on admire
surtout certaines têtes de vieillard pleines de
majesté et exécutées avec une hardiesse digne
des grands maîtres. Lana fut directeur de l'A-
cadémie de Peinture de Modène. Ou a de lui
quelques belles eaux-fortes. E. B — n.
Tiraboschi, Notizie deçili Artifici Modenesi. — Ve-
(iriani. f^ite de' Pitturi, Scultnri ed Architetti Modenesi.
— Scanelli, jUicrocosmo iella Pittiira. — Oxianài, Ab-
becedario. — lanzi, Atoria Pittorica. — Sossa), Modena
descritta.
LANA ( François Terzi), naturaliste et phy-
sicien italien, né à Brescia, le 13 décembre 1631,
mort le 26 février 1687. Issu d'une ancienne fa-
mille, il entra de bonne heure dans la Société des
Jésuites, et y fut solennellement admis à Rome, en
1647. Après avoir achevé sa philosophie et sa
théologie au collège romain , il alla enseigner
les belles-lettres en diverses villes d'Italie. En
1652 il revint à Rome, où il fit quelques expé-
riences de physique avec le père Kircher. En
1656 il professait la rhétorique à Terni. Les ma-
gistrats de cette ville, pour le récompenser des
succès de son enseignement, lui donnèrent une
place dans le conseil municipal. Il les remercia
en composant un drame religieux sur le martyre
de saint Valentin, patron de Terni. Les sciences
l'attiraient pourtant davantage. En 1665, pendant
LAMZWEERDE — LANA 302
qu'il professait la philosophie à Brescia, il fit
d'importantes observations avec le baromètre sur
la montagne de la Madeleine; trois ans après, il
les répéta sur la tour degU Asinelli de Bologne,
et, de retour dans le Brescian , il en parcourut les
montagnes pour étudier leurs minéraux. 11 cher-
cha par des expériences le secret des cristal-
lisations, et il essaya avec du nitre et d'autres
sels d'imiter celles de la nature. Vers cette
époque il inventa un semoir pour éviter la perte
du grain. Algarotti nous a conservé la descrip-
tion de cet instrument, qui a été perfectionné
depuis. S'occupant surtout de physique et de
mécanique , il réunit les matériaux d'un grand
ouvrage qui devait renfermer tous les principes
de la physique, contenir toutes ses découvertes
et avoir neuf volumes ; il en publia deux seule-
ment ; le troisième parut après sa mort ; les aur
très n'ont jamais été imprimés. Lana avait du
moins résumé ses recherches dans un Prodrome
publié dès 1670. D'une complexion débile, souf-
frant de nombreuses infirmités, le père Lana re-
vint à Brescia après avoir professé les mathé-
matiques à Ferrare; il réunit autour de lui tout
ce que sa ville natale possédait i^^ommes éclairés
et fonda l'Académie des Filesoïici ( Academia
Philexoticorum Naturde et Artis), qu'il présida,
mais qui ne lui survécut pas.
On possède un portrait du père Lana, qu'on
croit peint par lui-même. Comme plusieurs sa-
vants de son temps et de son ordre, le père Lana
s'occupa de diverses parties de la science, il
proposa plusieurs machines tant pour l'éléva-
tion des eaux que pour d'autres usages; il fit
des expériences sur l'accélération et Vimpétuo-
sité qu'acquièrent les choses pesantes dans leur
chute naturelle; il inventa de nouvelles horloges,
fort simples, et enseigna une manière de mesurer
la profondeur de la mer ; il étudia le mouvement
des corps projetés, qu'il montra n'être pas para-
bolique, et s'occupa du jet des bombes, de l'u-
sage des mortiers et des canons. U en décrivit
de plusieurs sortes, et même d'une nouvelle fa-
çon avec lesquels on pourrait tirer sans poudre
de petits boulets; il corrigea Galilée en plu-
sieurs points relativement au mouvement sur
les plans inclinés, et décrivit la vis d'Archi-
mède ainsi que différentes sortes d'horloges. En
traitant du mouvement qui procède de Yimpé-
ttiosité imprimée aux corps mus par un autre
mobile , il combattit l'opinion de Kopernik sur le
mouvement annuel et diurne de la Terre ; il la ré-
futa parneuf démonstrationsKOMw//e«, etiiappli-
qua ces démonstrations à la navigation dans la ré-
cherche des longitudes, qu'il enseigne à trouver par
plusieurs méthodes. En expliquant le mouvement
circulaire, il donna la description de plusieurs
nouveaux horomètres singuliers. Il distingua
trois sortes de mouvements perpétuels, l'un qui
est purement mécanique et artificiel, qu'il regar-
dait comme absolument impossible , et les deux
autres qui devaient dépendre en partie de l'art et
303
en partie de quelque motion naturelle et physique
pour lesquels il proposait diverses madiines et
plusieurs inventions. Il imagina en outre une
machine pour éteindre les incendies ; une de ses
horloges marchait perpétuellement par le sable ;
une autre était mue par la diminution de l'huile
brûlée dans une lampe. Il proposa quatre moyens
de fabriquer des oiseaux mécaniques volant et
se soutenant en l'air comme la colombe d'Ar-
chytas ou l'aigle de Regiomontanus. 11 imagina
aussi une barque volante, suspendue à quatre
globes composés de lames métalliques , desquels
on aurait ôté l'air au moyen d'une pompe pour
les rendre plus légers qu'un égal volume d'air
atmosphérique. Sturmius parla de cette inven-
tion ; Leibnitz fit des calculs à ce sujet et ap-
prouva ceux du père Lana ; mais il émit des doutes
sur le succès de l'expérience, qui ne fut pas même
tentée par le savant jésuite , à cause de sa pau-
vreté monastique, comme il le dit lui-même; la
même raison et peut-être aussi son état valétudi-
naire l'empêchèrent de réaliser ses autres inven-
tions, qui se portaient sur tout, même sur la pein-
ture. Il fit encore des expériences sur l'élasticité
de l'air, sur les effluves, sur les exhalaisons
de la paille , etc. « On peut lui reprocher, dit
M. Hoefer, d'être trop prolixe dans ses démons-
trations. Il semble croire à la transformation
du rubis, du saphir, etc., en diamant. Pour opé-
rer ce phénomène , il conseille l'emploi de la
limaille d'acier. On se rappelle sans doute que
le manganèse, employé en proportion conve-
nable, jouit de la propriété de décolorer les
verres de couleur et de les transformer en un
cristal ou une sorte de taux diamant. Sa nou-
velle méthode de concentrer l'alcool consiste à
faire passer les vapeurs spiritueuses à travers
une membrane de vessie de porc; le phlegme
(eau) serait ainsi séparé de l'alcool. Le père
Lana n'est pas toujours très-sévère dans le
choix de ses propositions chimiques et accorde
une créance trop facile aux secrets des alchimistes
lorsqu'il rapporte par exemple : Ex communi
aère kydrargyrumsui argentum vivum pro-
licere; et : Aère vel cuspide acuto brachia vel
aura per/orare sine ullo dolore sensu, etc. »
On a du père Lana : Rappresentazione di
S. Valentïno, vescovo, martire ei proiettore
di Terni ;Term, 1656,in-4°; — Prodrome overo
sag/jio di alcune Inventioni nuove, premesso
ail' arte maestra, opéra che prépara il
P. Fr. Lana; Brescia, 1670, in fol.; — La belta
Svelata in cui si scuoprono le belezze deW
Anima; Brescia, 1681, in-s" : c'est un ouvrage
mystique , dans lequel il compare l'âme qui fait
voir ses beautés par les yeux du corps à une
reine au balcon, et les plaisirs du corps par les-
quels l'âme est enlevée à Dieu , à des philtres
amoureux présentés à l'épouse du serviteur pour
la porter à l'adultère; — Magisterium Naturse
et Ariis ; opus physico-maihematkum P. Fr.
Tertiide Lanis, in qxio occultiora natwalis
LANA — LANÇAROTE
304
philosophix principia mani/estantur, tome l^^; '
Brescia, 1684; tome II, Brescia, 1686; tome 111, :
Parme, 1692, in-fol.; — Bissertazione sopra la
Declinazione deli' Ago calamitato nel paese
Bresciano, publiée dans les Acta novas Aca- !
demiœ Philexoticorum Naturse et Artis; Bres-
cia, 1687; — Rejlections concerning the For-
mation of Crystal; dans les Philosophical
Transactions, n° 83; — Saggio sulla Storia
Naturale délie provincia Bresciana, publié
par Christophe Pilati; Brescia, 1769. L. Louvet.
Tiraboschi, Storia délia lutter. Italiana, tome VIH,
p. 216. — Journal des Savants, du 9Juillet 1685. no XXI.
— Sturmius, CoUeyium Ptiysicum expcrimentum. —
Leibnitz, Hypothesis P/ii/sica nova. — IVova Mandel-
liana racœlta d'opuscoli scient.ift.ci, tome XL, p. 77. —
F. Hoeftr, Hist, de la Chimie, tome II, p. 273,274, 283. —
Dict. de Physiuue, art. Aérostat.
LA NASIZE (LoMîs JocABD de), érudit fran-
çais, né le 27 mars 1696, à Villeneuve d'Agen,
mort le 2 mai 1773. Admis dans la Société de
Jésus , il professa quelque temps les humanités,
et se chargea successivement de l'éducation du
duc d'Antin et de celle de son fils, mort en 1757.
11 fit partie, depuis 1729, de l'Académie des Ins-
criptions. Modeste autant qu'instruit, il apportait
de la clarté et de la précision dans ses travaux, et
plusieurs points de la plus haute antiquité furent
éclaircis par lui avec beaucoup de pénétration.
Onadelui: Le Directeur des Ames religieuses,
traduit du latin de Louis Blossius; Paris, 1726,
in-18; — Cinq Lettres adressées au P. Souciet
sur le système chronologique de Newton et in-
sérées dans lest. V et VI de la Continuation des
Mémoires de la Littérature de Sallengre; —
et un grand nombre de mémoires fournis au Re-
cueil de l'Académie des Inscriptions, parmi les
quels nous citerons ; Recherches sur l' Histoire
de Héro et Léandre (t. VU); — Sur les An-
nées de Jésus-Christ {t. IX); — Sur tes Chan-
.wns de l'ancienne Grèce (t. IX ) ; — Histoire
du Calendrier égyptien en 3 part. (t. XIV et
XVI ) ; — Deux Dissertations sur Pythagore
(t. XIV) ; — De la Vie et des Actions de Bal-
bus V Ancien (t. XIX); — Mémoire sur la ma-
mère dont Pline a traité de la Peinture
(t. XXV); — Le Calendrier romain, depuis
les décemvirs jusqu'à la correction de Jules
César (t. XXVI) ; — Sur le Poids de l'ancienne
Livre romaine (t. XXX); — Idée générale de
la Géographie d'Hérodote (t. XXXVI). K.
JMém. de l'^cad. — La France Littéraire.
LANÇAROTE, navigateur portugais , premier
explorateur du Sénégal, vivait au quinzième
siècle. Il était écuyer de l'infant donHenrique, et
exerçait àLagos, où il demeurait habituellement,
la charge à'Almoxarise. Sa fortune était assez
considérable pour qu'il fit des armements pour
son propre compte et que, sous l'impulsion
du prince , il donnât l'exemple d'un zèle très-
actif. En 1444 nous le voyons partir comme
capiiao mor à la tête de six caravelles. L'ar-
mement de ces bâtiments dut lui coûter des
sommes considérables, et à en juger par le récit
305 LANÇAROÏE
d'Azurara ; ce fut un événement notable dans
le port môme où avaient lien fréquemment
ces sortes d'expéditions. Lançarote commandait
non-seulement en chef, mais il avait décidé les
principaux hommes de mer de Lagos à prendre
la direction des bâtiments ; parmi eux se remar-
qua surtout Gil Eannez. Bientôt Lançarote attei-
gnit l'île das Garças, puis, se dirigeant vers l'île
de Naar, dans le voisinage du cap d'Arguim, il
détacha trente hommes montés sur six cha-
loupes, qui, opérant leur descente le long de la
côte et notamment à Tider, parvinrent à s'em-
parer de soixante-cinq Maures ; ces captifs furent
amenés à Lançarote, et leur arrivée lui prouva
fatalement, pour les peuples pasteurs de la côte,
combien ils étaient peu en mesure de lui résister.
Puis il gagna le cap Branco, dirigea lui-même
plusieurs attaques de villages, et bientôt la flot-
tille remit à la voile pour rentrer au port de La-
gos. Lançarote n'hésita pas à offrir au prince
don Henrique ce que l'on appelait alors le quint
de la prise, qui se montait en tout à cent qua-
rante-cinq individus. Ces malheureux furent
vendus publiquement sur la place de la ville;
l'infant présida à ces déplorables transactions.
Après cette expédition, qui commença le com-
merce régulier des esclaves, Lançarote, que
l'infant don Henrique avait créé chevalier, se re-
posa trois ans; au bout de ce temps, et peut-être
alors qu'il était excité par son beau-père Sueiro
da Costa, alcaïde de Lagos, personnage qui
avait joué un rôle dans toutes les grandes ex-
péditions européennes du temps, il reprit la
mer. En 1447 nous le voyons à la tête d'une
flotte de quatorze caravelles bien armées, et au
mois d'août il quitte la côte en donnant aux
j siens pour point de ralliement le cap Branco ;
! les navires ne purent marcher de conserve, et
neuf d'entre eux seulement parvinrent au lieu
indiqué. Le conseil tenu, il fut décidé que l'on fe-
rait voile pour l'île das Garças, où la flotte se
grossit de quatre bâtiments. Forte de treize na-
vires , elle se porta sur l'île de Tider, où elle
opéra un débarquement. Plusieurs Maures fu-
rent faits prisonniers et ces dernières prouessfs
remplirent d'une telle joie le camp des Portugais,
qu'on vit se renouveler sur ce point ignoré de
l'Afrique la cérémonie guerrière la plus solen-
nelle qui marquât alors les grandes expéditions;
ceux des chefs qui avaient la conduite la plus
brillante voulurent recevoir l'ordre de chevalerie,
et Sueiro da Costa, qui avait combattu à la
journée d'Azincourt, fut armé par un brave que
l'on appelait Alvaroz de Freitas, celui-là même
qui voulait que « le cas échéant, l'on aWàï jus-
qu'au Paradis terrestre «. Il est bon de le
remarquer en passant , comme un fait qui n'a-
vait pas encore eu lieu, que les Portugais se
portèrent durant cette expédition sur le conti-
nent ; ils s'avancèrent même jusqu'à sept lieues
dans les terres et, parvenant à un village que
l'on nommait Tira, firent de nouveaux prison-
— LANCASTER
306
niers : après le partage du butin, une partie de
la flotte se dispersa, et Lançarote, résolu à de
nouvelles découvertes , prit le parti de pousser
jusqu'à la Guinée (1) : il voulait résoudre un
grand problème, que se posait l'infant; il pré-
tendait découvrir dans toute son étendue le
cours du Nil. Ainsi diminuée, l'expédition con-
tinua son voyage , et parvint au delà des deux
Palmiers, où s'était arrêté Diniz Dias, et où, à
proprement parler, commençait la terre des noirs.
La température de l'air, les parfums qu'exha-
lait le sol, les fruits que l'on se procura firent
croire aux navigateurs qu'ils avaient atteint les
régions baignées par le fleuve d'Egypte, et bientôt
la vue du Sénégal leur persuada que le cours du
Nil était découvert : c'était une preuve de plus
de l'influence persistante qu'exerçait alors sur
les navigateurs la géographie systématique des
anciens : selon Pline , le Niger lui-même était un
bras du Nil.
C'était beaucoup que d'avoir découvert un
fleuve dont le cours arrose trois cent cinquante
lieues de terrain : les rives du Çanaga virent se
renouveler les scènes déplorables qui marquaient
partout le passage des Européens : on s'empara
de deux jeunes noirs qui plus tard furent instruits
par ordre de l'infant. Après diverses aventures,
les capitaines avaient l'intention de poursuivre
leur voyage le long du littoral ; mais les vents con-
traires firent aborder Goraez Pirez au Cap Vert,
où avait déjà été Diniz Dias. Quant à Lançarote, il
se dirigea sur l'île de Tider, où, dans une seule
escarmouche, il parvint à s'emparer de cinquante-
six Maures. De retour à Lagos , il cesse de pa-
raître dans l'histoire des autres expéditions (2) :
ce fut Nuno Tristan qui continua ses découvertes
le long des côtes du Sénégal. Ferdinand Denis.
Goiriez Eanez de Aziirara, Conquista de Guinè.— Joâo
de Barros, Da Asia, decada l'».
L.ANCASTËK {S\r James), navigateur anglais,
mort en 1620. L'un des premiers marins an-
glais qui pénétrèrent dans la mer des Indes, il
mit à la voile de Plymouth le 10 avril 1591,
avec trois vaisseaux : il en perdit un dans le ca-
nal Mozambique; il visita Ceylan et Sumatra,
établit des relations avec les indigènes, et fit beau-
coup de mal aux Espagnols et aux Portugais, qui
possédaient alors tout le commerce de ces pa-
rages. Les combats, les tempêtes, l'insalubrité
du climat, le réduisirent à rassembler ce qui
lui restait de monde sur un seul vaisseau : il
tenta alors de regagner sa patrie ( 8 décembre
(1) On serait dans l'erreur si l'on supposait que l'une
des îles Canaries, connue sous le nom 6'Isla de Lança-
rete, prit son nom du navigateur portugais. Elle fut dési-
gnée ainsi d'après celui de Lancelot Maloysel, aventurier
français, qui vint dans ce pays en 1502, et qui faisait partie
de l'expédition de Béttiancourt.
(21 On peut supposer, avec quelque raison, qu'il eut un
fils ou un frère, nommé Joâo Lanparole, attaché en qua-
lilé de secrétaire à la personne de I). Pedro, duc de Coïm-
bre. Ce personnage avait été déclaré iufâme à la suite de
la bataille d'Alfanobeira : il y a à la Bihliottièque impé-
riale une pièce qui le relève de cette condamnation.
3Q7
LANGASTER — LANCASTRE
308
1592). Il relâcha dans le golfe de Paria pour y
prendre des vivres. Des vents contraires le pous-
sèrent sur une île déserte des Antilles , où
il déliarqua avec vingt-et-un hommes. Le reste de
l'équipage profita de l'absence de son chef pour
mettre à la voile, et s'approprier ainsi le butin
ramassé dans l'expédition. Tout semblait présager
que ce crime resterait ignoré et que Lancaster
et ses compagnons, demeurés sans ressources,
périraient rapidement de faim et de misère. Il
n'en fut pas ainsi ; un navire français recueillit
les abandonnés, les conduisit à Saint-Domin-
gue, puis à Dieppe, et enfin Lancaster débarqua
à Rye, le 24 niai 1593.
Le mauvais succès de cette entreprise ne dé-
couragea pas Lancaster : l'année suivante, il
conduisit une autre flotte ravager les côtes du
Brésil, Il prit et pilla Fernambuco , et revint en
Angleterre avec d'immenses richesses. En leOO,
la Compagnie des Indes orientales, nouvellement
constituée, lui confia sa première expédition. Le
célèbre John Davis lui fut donné pour premier
pilote. On partit de Torbay, le 18 avril 1601.
Lancaster se montra digne de sa mission; il
passa des traités de commerce avec les princes
d'Achera, de Sumatra, de Bantam et de Java; il
fonda même des fomptoirs sur ces points impor-
tants. Le 20 février 1603, il se décida à revenir
en Europe, et faillit, cette fois encore, périr dans
le golfe de Mozambique. Cependant il gagna
Sainte- Hélène y fit radouber ses navires, et le
11 septembre atterrit aux Dunes. La reine le créa
chevalier, et dès lors il jouit paisiblement de sa
fortune et de la grande considération qu'il avait
acquise. Lancaster s'était toujoursmontré partisan
de la croyance d'un passage au nord-ouest de l'A-
mérique et dans son dernier voyage il avait re-
cueilli des documents précieux à l'appui de cette
opinion. L'expérience d'un marin si consommé
fut décisive pour encourager de nouvelles recher-
ches ; aussi, plus tard, Baffin donna-t-il le nom de
Lancastefs Sound à la baie qu'il découvrit par
74° lat. nord. Les voyages de sir Lancaster ont
été insérés dans les recueils d'Hackluyt et de
Purchas. Alfred de Lacaze.
Hackluyt, Tfie pvincijpal Navigations, etc., t. III. —
Purchas, Pilgrimages, t. 1. ■— Rose, Biographical Dic-
tionary.
LANCASTER (Nathaniel), poète anglais, né
dans le Cheshire, en 1700, mort en 1775. Jl était
recteur de Staraford-rivers , près d'Ongar, dans
le comté d'Essex. Le comte de Chohïiondeley,son
protecteur et son ami, l'introduisit dans le grand
monde. Il y brilla par son esprit; mais une cer-
taine paresse l'empêcha de se faire parmi les
écrivains du temps une place digne de son
mérite. Il passa ses dernières années dans la
retraite, et composa divers ouvrages que par
son testament il ordonna de brûler. On a de lui :
£ssaîj on Delïcacy; 1748 : agréable poëme, qui
a été inséré dans les Fugitive Pièces de Dodsley ;
un sermon intitulé : Public Virtue, or the love
ofour countrtj ; 1746, in-4°, et un poëme ano-
nyme publié sous ce titre : The old Serpent, or
methodism triumphani , in-4°. Z.
Gentleman's Magazine, vol. HV. — ïlu\l, Select Lef-
ters, t. I, p. 7; II, p. 132. — Chalmers, General Biogra-
phical DicUonary.
LANCASTRE OU LAKCASTER {Edmond le
Bossu, comte de), fils puîné de Henri lil, roi
d'Angleterre, et d'Éléonore de Provence, né à
Londres, en 1245, mort à Bayonne, en 1296. En
1253 il fut investi, au nom du pape, de la sou-
veraineté future du royaume de Sicile. Il avait
alors huit ans, et portait le nom de comte de
Chester, auquel son père ajouta un peu plus tard
celui de comte de Derby, et enfin de comte de
Lancastre. Henri lui conféra en même temps les
nombreuses propriétés confisquées sur la famille
des Montfort. Ainsi furent posés les fondements
de la première maison de Lancastre. Le comte
de Lancastre partit pour la croisade en 1269,
et revint en 1271. Il se trouvait en Angleterre à
l'époquedelamortdesonpère, en 1272, et la fidé-
lité qu'il montra à son frère aîné, Edouard p"^,
alors absent, lui valut de la part de ce prince de
nombreuses marques de faveur. En 1293, à la
suite d'un sanglant engagement entre des ma-
rins anglais et des Normands, sujets du roi de
France, le parlement de Paris cita Edouard à
comparaître. Le roi d'Angleterre envoya son
frère à Paris pour y négocier un accommodement
avec le roi de France Philippe le Bel. Le l'''" jan-
vier 1294 fut conclu un traité secret par lequel
le duché de Guienne devait être remis au roi de
France, qui promit de le restituer au bout de
quarante jours. Le parlement retira la citation
faite à Edouard. A l'expiration des quarante jours,
le comte de Lancastre rappela à Philippe le Bel
ses engagements, et ne put rien obtenir. « Phi»
lippe, dit Lingard, vint dans son parlement, ré-
futa les arguments des avocats d'Edouard ; et quoi-
que la citation eût été retirée, il prononça un ju-
gement contre Edouard pour défaut de comparu-
tion. Tel est le rapport fait par Edmond lui-même
et inséré dans les Acta de Rymer; il paraît
que la substance en est exacte, d'après les récits
des historiens français qui, en rapportant la ces-
sion de la Guienne, ne peuvent dire à quelle
occasion elle eut lieu. » Ce manque de foi de la
part de Philippe amena la guerre, et le comte de
Lancastre fut chargé de reconquérir la province
qu'il avait imprudemment cédée. Il débarqua en
Guienne en 1295. Après quelques succès, il fut
atteint d'une maladie violente, et mourut presque
subitement. Le comte de Lancastre avait été ma-
rié doux fois ; il neut pas d'enfants de sa pre-
mière femme, Aveline, fille de Guillaume, comte
d'Albemarle. Il laissa de sa seconde femme,
Blanche d'Artois, reine douairière de Navarre,
trois fils : Thomas, Henri, Jean, et une fille. Z.
Duptdale, The Baronage of England. — Rymer, Aeta,
t. Il, 619-626. — Lingard, History of England, c. xvi.
LANCASTRE {Tkomas, comte de), fils aîné
du précédent, né vers 1275, mis à mort, le
309
S3 mars 1322. Cousin germain du roi d'Angle-
terre Edouard II, premier prince du sang, héri-
tier des immenses domaines de son père, Thomas
de Lancastre augmenta encore sa puissance et
ses richesses en épousant, en 1311, Alice, fille
unique de Henry de Lacy, comte de Lincoln. I!
possédait à la fois les cinq comtés de Lancastre,
de Lincoln, de Leicester, de Saiisbury et de
Derby. Lorsque les barons anglais se confédé-
rèrent, en 1312, contre Gaveston, favori d'E-
douard II, ils choisirent pour chef le comte de
Lancastre. A la nouvelle du danger qui le me-
naçait, Gaveston s'enferma dans le château de
Scarborough , où l'armée des barons l'assiégea
bientôt. Il se rendit, et malgré une capitulation
qui lui assurait la vie sauve, les chefs des confé-
dérés le condamnèrent à mort. Il fut décapité le
19 juillet en présence du comte de Lancastre.
« Les annales du royaume, dit Lingard, ne four-
nissaient aucun exemple d'une pareille exécution
depuis la conquête. Ceux qui l'ordonnèrent la
regardaient eux-mêmes comme une expérience
très -hasardeuse, et c'est pour cette raison qu'ils
avaient conduit la victime dans un lieu soumis à
la juridiction du comte de Lancastre, qui, par
sa grande puissance et par sa parenté avec le
roi, semblait à l'abri de tout danger. Mais ils
se trompèrent, et la mort de Gaveston fut ven-
gée dans la suite par celle de son persécuteur. »
Les confédérés arrachèrent à Edouard II le par-
don de leur acte; mais, craignant que l'amnistie
ne fût pas observée, ils restèrent en armes et
refusèrent de se joindre à l'expédition que le roi
conduisait contre les Écossais. Des fléaux qui
pendant plusieurs années ravagèrent l'Angleterre,
la peste et la famine, portèrent au comble le
mécontentement public, et Edouard fut forcé de
mettre à la tête de l'administration le meurtrier de
son favori. Le 3 mai 1316, le comte de Lancastre
accepta la place de président du conseil, aux trois
conditions suivantes, qui sont enregistrées dans
les Rôles du parlement : il lui serait permis de
se retirer si le roi refusait de suivre son avis;
rien d'important ne serait fait sans qu'il eût été
consulté; les conseillers intimes seraient congé-
diés par l'ordre du parlement. Ces précautions
témoignaient du peu de confiance de Lancastre
enrers le roi, et la lutte recommença bientôt ;
elle se termina momentanément par le traité de
Leek, le 9 août 1318. Un nouveau favori du roi,
Hugues Spenser, que Lancastre lui-même avait
placé auprès d'Edouard, ne tarda pas à exciter
la jalousie des barons, qui réclamèrent l'assis-
tance de Lancastre. Le 28 juin 1320, une con-
yention fut signée par laquelle le comte et les
seigneurs s'engagèrent mutuellement à pour-
suivre les deux Spenser, père et fils. Les confé-
dérés commencèrent par piller les domaines des
deux Spenser, etdemandèrent leur bannissement.
Le roi céda encore, et attendit avec impatience
le moment de se venger. Un incident inattendu
lui en fournit roccasion. La femme d'un des
LANCASTRE 310
confédérés, ladyBadlesmere, refusa de recevoir la
reine dans son château , et le roi demanda ré-
paration d'une injure que réprouvait sévèrement
l'opinion publique. Lancastre, dont la popularité
était déjà sur le déclin, eut le tort de soutenir
une mauvaise cause, et le tort non moins grave
d'appeler à son secours les Écossais, les ennemis
les plus redoutables de l'Angleterre. Edouard,
averti de cette alliance, marcha, au mois de jan-
vier 1322, contre les confédérés, déjà maîtres de
Glocester. A l'approche de l'armée royale, le
comte de Lancastre se retira vers le nord ; mais,
avant d'avoir rejoint ses auxiliaires écossais, il
fut enveloppé et forcé de se rendre. Edouard,
qui n'avait oublié ni la mort de Gaveston ni
l'exil de Spenser, résolut de faire un exemple. Le
22mars, à Pontefract, lecorate de Lancastre com-
parut devant le roi et plusieurs comtes et barons
du parti royal. « Comme il ne pouvait y avoir
aucun doute sur sa culpabilité, dit Lingard, on
lui déclara qu'il était inutile de parler pour sa
défense; et il fut condamné, comme traître, à
être traîné , pendu et décapité. En considération
de son extraction royale, Edouard retrancha la
partie ignominieuse du supplice; mais les assis-
tants et les exécuteurs de la justice, pour faire
preuve de loyauté, accablèrent d'outrages le mal-
heureux condamné. Il fut conduit au lieu de
l'exécution sur un petit cheval gris sans bride;
un frère prêcheur qui l'avait confessé marchait
à ses cotés ; pendant la route, on lui jeta de la
boue et on l'insulta en ['appelant roi Arthur, nom
qu'il avait pris dans sa correspondance avec les
Écossais, n Roi du ciel, s'écria-t-il, accorde-moi
merci ; car le roi de la terre m'a abandonné. »
Le cortège s'arrêta sur une éminence hors de la
ville, et le comte s'agenouilla, le visage dirigé à
l'est; mais on lui ordonna de le tourner vers le
nord, afin de regarder du côté où se trouvaient
ses amis ; et comme il était dans cette position, sa
tête fut tranchée par un exécuteur de Londres. «
Ainsi périt ce grand rebelle, qui, par ambition
personnelle plus que par dévouement au bien
public, continua la lutte des seigneurs contre la
royauté, et défendit les franchises obtenues sous
Jean sans Terre. Le peuple resta fidèle à la mé-
moire du comte de Lancastre, et Edouard II re-
gretta de l'avoir fait mourir. Le jugement pro-
noncé contre lui fut annulé en 1327, et Edouard in,
sur la proposition du parlement, demanda sa ca-
nonisation à Rome. Le pape refusa. Le comte
Thomas de Lancastre ne laissa pas d'enfant. Z.
Ryiner, Jeta, 111,287-338; 404-449; 846-898. 907-940. —
Motiilie Parlemen , I, 352,364; 111, 362, 363. — Knighton,
Compilatio de event. Angliae. — Lingard, tiistory ojf
Enfiland, c. xvii.
s.,AWCASTRE( Henri, comte de), né vers 1281,
mort en 1345. Il s'appela d'abord comte de Lei-
cester, et succéda au titre mais non aux biens
de son frère, il ne joua qu'un rôle secondaire
dans les événements qui aboutirent à la chute
et à la mort des deux Spenser (voy. Isabelle de
France ). Les vainqueurs lui restituèrent les do-
311
maines confisqués sur son frère, et lui confièrent
la garde de leur captif Edouard II. L'attention
qu'il mit à adoucir les souffrances de son prison-
nier ne s'accordant pas avec les intentions de la
reine et de Mortiraer, on le lui retira pour le
confier à Jean de Maltravers. Lancastre ne prit
aucune part au meurtre d'Edouard, et il se mit
bientôt en hostilité ouverte avec Its deux insti-
gateurs du crime , Isabelle et son amant Morti-
mer. Mais, malgré l'autorité que lui donnait son
titre de président du conseil et de gardien du
roi, il dut plier devant le favori en 1328. Il de-
manda pardon en présence des deux armées, et
s'engagea «■ à ne faire ni faire faire aucun mal ou
injure au roi, aux deux reines ou h toute autre
personne élevée ou de basse classe, de leur con-
seil ou de leur maison ». Sa faiblesse ne l'empê-
cba pas d'être emprisonné en 1 330, par l'ordre
de Mortimer. 11 fut remis en liberté l'année sui-
vante après la chute du favori, et n'eut plus de
part aux affaires publiques. Il laissa un fils et
six filles. Z.
Rymer, ^cta, IV, 220-260. — Rotul. Parlem., II, 82. —
Knighton, Compil. de Eventibus Anglix. — Lingard,
History of England, c. xvii, xviii.
LANCASTRE {Henri, comte de Derby et duc
be), fils du précédent, né vers 1310, mort en
1362. Il fit ses premières armes dans la guerre
contre les Écossais, et reçut d'Edouard III, en
f\il, le titre de comte de Derby. La même au-
née il fut chargé de reprendre l'île de Cadsand,
où les Français avaient mis garnison et qui gê-
nait les communications de l'Angleterre avec la
Flandre. Il débarqua dans l'île avec Ix cents
hommes d'armes et deux mille archers, et cul-
buta l'armée ennemie. Il fut blessé dans l'action,
et eût péri sans le secours de son plus vaillant
lieutenant, Gautier de Manni (1). Les vainqueurs
s'emparèrent de l'île de Cadsand, qu'ils pillèrent
et incendièrent, le 10 novembre 1337. En 1339
il accompagna Edouard dans la campagne de
Flandre, et assista en 1340 à la bataille de L'É-
cluse, où la marine française fut détruite. En
1342 il eut le commandement d'une arm/^eiontre
les Écossais, et en 1344 il fut envoyé en Espagne
pour traiter avec Alphonse XI, roi de Castille.
Au retour de sa mission, il l'ut nommé lieutenant
du roi d'Angleterre en Aquitaine, et débarqua à
Bayonne, le 6 juin 1345. Il réunit à ses Anglais
la noblesse de la Gascogne et les milices de
Bordeaux, et marcha sur Bergerac, où comman-
dait le comte de L'Ile-Jourdain, lieutenant du roi
de France, Philippe VI, en Périgord, Limousin et
Saintonge. « On vit dès la première rencontre,
dit M. Henri Marlin, toute la supériorité des ar-
chers anglais : les pauvres bideaux ou fantas-
sins mal armés qu'avait ramassés le comte de
L'Ile-Jourdain furent balayés en un moment par
les terribles sayettes (flèches) des ennemis, se
LANCASTRE 312
rejetèrent sur les gens d'armes et portèrent le
désordre parmi eux; les faubourgs de Bergerac
furent enlevés de vive force. L'Ile-Jourdain et
ses gens d'armes défendirent bravement la ville;
mais. Derby ayant mandé de Bordeaux des nefs
et barques pour donner l'assaut par terre et par
eau, L'Ile-Jourdain dut évacuer Bergerac et se
retirer dans La Réole (26 août). Derby accorda
merci aux habitants, reçut leur serment de
féauté, au nom du roi son seigneur, et poussa
vigoureusement sa pointe dans le Périgord, l'A-
genais et la Lomagne Puis il vint se reposer
à Bordeaux. » Les barons d'Aquitaine profi-
tèrent de sa retraite pour assaillir le château
d'Auberoche en Périgord, où le comte de Derby
avait mis garnison. Le général anglais avec Gau-;
tier de Manni accourut, et mit l'armée franco-
gasconne en pleine déroute, le 23 octobre 1345.i
Cette victoire valut aux Anglais tout le pays;
entre la Garonne et la Charente, excepte quel-
ques places fortes comme Périgueux et Blaye.:
Si l'on en croit Froissart, Derby et Manni ho-
norèrent leurs succès par leur humanité. Effrayé i
des avantages des Anglais, Philippe VI fit les plus
grands efforts pour y mettre un terme. Il réunit
dans Toulouse en 1346 «unearméedeplusdecenti
mille hommes de têtes armées », dit Froissart. Le
duc de Normandie, qui commandait cette armée,
reprit Angoulême, Saint-Jean-d'Angely, et mit lei
siège devant la ville d'Aiguillon, défendue par :
Manni et Pembroke ; mais la bataille de Crécy \
(août 1346) le força de ramener ses troupes;
dans le nord, et de livrer le midi au comte de*
Derby, qui avait pris depuis la mort de son père '
le titre de comte de Lancastre. Les Anglais s'a-
vancèrent jusqu'à la Loire, et retinrent à Bor-
deaux avec un immense butin. Le comte de Lan-
castre alla ensuite rejoindre Edouard devant i
Calais, et repoussa, le 27 juillet 1347, l'attaque i
de Philippe contre les lignes anglaises. Il fut un t
des premiers chevaliers de la Jarretière, et reçut,
en 1352, le titre de duc de Lancastre. Il partit
la même année pour la croisade ; mais il n'alla •
pas même j usqu'en Terre Sainte. La guerre entre t
la France et l'Angleterre recommença en 1356. Le
duc de Lancastre, qui guerroyait en Bretagne
contre le parti de Charles de Blois , envahit la
Normandie, mais il évita de se mesurer contre
les forces supérieures du roi de France Jean.
Dans les années suivantes, il administra la Bre-
tagne pour Edouard et Jean de Monlfort. D'a-
près Froissait, il décida par ses instances le
roi d'Angleterre à faire la paix, qui fut conclue à
Bretigny en 1360. Il mourut de la peste deux
ans après ce traité, ne laissant que deux filles.
Avec lui finit la première maison de Lancastre.
Une de ses filles. Blanche, mariée à Jean de Gand,
comte de Richmond, troisième fils d'Edouard III,
fut la tige de la seconde maison de Lancastre. Z.
(1) Mauni dans les éditions de Froissart. Mais le vrai
nom est M;inni ou Masni. Voy. A. Le Beau, Dissertation
sur le Siège de Calais,
Froissart, Chroniques, 68-70, J16-241 , 280-286. —
Rymer, ^cca, t. IV et V. — Knighton, Compilatio. — •
Henri Martin , Histoire de France, t. V, I. xxix et xxx-
313
LANCASTRE (/mn DE Gand, doc de), gendre
du précédent, et troisième fils d'Edouard llî et
de Philippa de Hainaut, naquità Gand, en 1339, et
mourut en 1399. Ilépousa en 1359 Blanche, fille de
Henri de'Lancastre, et succéda au titre de son
beau-père en 1362. Il suivit le prince de Galles
en Espagne, et se signala à la bataille de Najara
(1367), qui replaça Pierre le Cruel sur le trône
de Castille. Après la seconde déchéance et la
mort de ce prince, le duc de Lancastre, qui avait
perdu, en 1369, sa première femme, épousa en
1370 la fille aînée de Pierre le Cruel. 11 prit en
même temps le titre de roi de Castille et de Léon .
Ses prétentions irritèrent le véritable roi de Cas-
tille, Henri de Transtamare, qui s'allia étroite-
ment avec le roi de France. En 1370, le comte
de Lancastre conduisit quelques troupes à son
frère, leprince Noir, qui luttait péniblement contre
les forces du roi de France et l'insurrection des
Aquitains, et au mois de janvier suivant il reçut
du prince le commandement de l'armée anglaise
et le gouvernement de- la Guienne. Se trouvant
trop faible pour agir, il alla chercher du secours
en Angleterre au printemps de 1372. Une grande
expédition préparée contre la France fut disper-
sée par la tempête, et Lancastre remit à l'année
suivante ses projets d'invasion. Vers la fin de
juillet 1373, il débarqua à Calais, et pénétra eu
Artois. Charles V et ses prudents lieutenants, du
Guesclin et Clisson, se tinrent sur la défensiYe,
et nul corps d'armée ne barra le chemin aux An-
glais, qui franchirent successivement la Somme,
l'Oise, l'Aisne, la Marne, l'Aube, la Seine, ga-
gnèrent la haute Loire et se dirigèrent vers la
Gaienne par l'Auvergne et le Limousin, ravageant
tout sur leur passage, etharceléspar les habitants
et des corps détachés de l'armée française. « Les
Anglais n'eurent mie toutes leurs aises en ce
voyage » , dit Froissart. Un automne froid et
pluvieux les acheva, et le duc de Lancastre n'at-
teignit la Dordogne qu'avec les débris de son
armée. Sur trente mille chevaux de selle ou de
trait, débarqués à Calais, « les Anglais n'en
purent pas mettre à Boideauxsix mille, dit Frois-
sart, et bien avoient perdu le tiers de leurs gens
et plus. On voyoit de nobles et illustres cheva-
liers, qui avoient de grands biens dans leur pays,
se traîner à pied, sans armure, et mendier leur
pain de porte en porte, sans en trouver. » Cette
campagne désastreuse mit le duc de Lancastre
hors d état de rien entreprendre, et en 1374 i!
retourna en Angleterre pour n'être pas témoin
de la perte de l'Aquitaine. Une trêve d"un an
I fut signée en juin 1375. Les Anglais ne gardèrent
j de leurs conquêtes que Calais. Il en résulta une
vive impopularité pour le duc de Lancastre, que
la maladie de son frère aîné et l'âge avancé de
son père avaient autorisé à prendre les rênes de
l'administration. Le prince Noir, qui se mourait
etqui redoutait pour son fils Richard, héritier pré-
somptif de la couronne d'Angleterre, la puissance
de Lancastre, appuya l'opposition des communes.
LANCASTRE 314
qui réclamèrent énergiquement et obtinrent l'é-
loignement du duc. La mort du prince Noir
(8 juin 1376), enleva toute force aux représenta-
tions des communes ; le parlement fut dissous, et
le due de Lancastre reprit la première place dans
l'administration, lise servit de son pouvoir pour
protéger Wycliffe contre la ju.stice ecclésiastique
et une émeute populaire. Edouard III mourut
peu après (juin 1377), et Richard, son petit- fil s,
âgé de onze ans, lui succéda sans opposition.
Le premier parlement du nouveau roi se com-
posa en grande partie d'ennemis du duc de Lan-
castre , et, au lieu de conférer la régence à ce
prince seul , il se contenta de lui donner place
dans le conseil. La trêve avec la France était
rompue; le duc de Lancastre conduisit, en 1378,
une armée contre Saint-Malo, dont il ne put s'em-
parer, et revint en Angleterre à l'approche de
l'hiver, sans avoir rien fait. Cet échec augmenta
encore son impopularité , et une formidable in-
surrection, dirigée principalement contre lui,
éclata dans l'été de 1381. Les rebelles qui avaient
pris pour mot d'ordre « Le roi Richard et les
communes», mais qui prétendaientdétruire l'aris-
tocratie {votj. Richard II), obtinrent d'abord des
succès, et pillèrent plusieurs palais de Londres,
entre autres celui du duc de Lancastre ; mais,
découragés par la mort de leur chef Tyler, ils
se dispersèrent. Le duc de Lancastre était à cel'c
époque sur les frontières d'Ecosse , occupé à né-'
gocier avec les Écossais. Craignant d'abord que
le roi ne fût d'accord contre lui avec les rebelles,
il se ref^ . à Edimbourg. Il ne tarda pas à être
rappelé honorablement par son neveu. De graves
soupçons s'élevèrent de nouveau dans l'esprit
du roi contre le duc ; tandis que celui-ci se trou-
vait sur le continent pour négocier une prolon-
gation d'armistice avec la France , un de ses
agents fut étranglé par Jean Holland , frère utérin
du roi. Lui-même aurait été arrêté au retour
s'il ne s'était réfugié dans son château de Ponte-
fract. La guerre civile allait éclater lorsque la
prince 1 de Galles, mère de Richard, parvint à
réconcilier le jeune roi et son oncle en 1385.
Vers le même temps, le roi de Portugal, Jean V ,
sollicita les secours du duc de Lancastre contre
leur ennemi commun, le fils et l'héritier de Henri
de Transtamare. Le duc accueillit avec plaisir un
projet qui pouvait le placer sur le trône de Cas-
tille, et Richard, charmé de trouver un prétexte
d'éloigner son oncle , lui prodigua les ressources
de l'Angleterre. L'hiver se passa en préparatifs, et
le 6 juillet 1386 une flotte emportant une armée de
vingt mille hommes fit voile pour l'Espagne. Le
duc débarqua à La Corogne, conquit la Galice et
fit sa jonction avec le roi de Portugal, qui, pour
mieux cimenter leur alliance, épousa Philippa,
fille aînée du duc de Lancastre et de sa première
femme. La seconde campagne fut malheureuse,
et le duc termina la lutte en mariant une de ses
filles, Catherine, avec don Eurique, fils du roi
d'Espagne. Il reçut de plus, pour prix desa renon-
315
LANCASTRE
316
dation au trône, deux cent mille couronnes et
une annuité de cent mille florins. L'absence de
Laiicastre servit mal Richard, qui fut exposé aux
projets ambitieux d'un autre de ses oncles, le duc
de Giocester. Lancastre, au retour, réconcilia le
roi avec Glooester. Richard, comme récompense,
loi permit d'épouser une femme de petite noblesse,
Catherine Rouet, dont il avait plusieurs enfants.
Ces enfants furent légitimés sous le nom de
Beaufort. Lancastre obtint peu après la souve-
raineté de la Guienne; mais il ne put faire recon-
naître son autorité des Gascons, et là donation
fut révoquée. Pour le dédommager, le roi créa
en 1397 le comte de Derby, son fils aîné, duc de
Hereford, et fit marquis de Somerset un autre de
ses fils. — Le duc de Lancastre avait été marié
trois fois. De son premier mariage avec Blanche
de Lancastre il eut deux, filles : 1° Philippa, ma-
riée à Jean de Portugal ; 2" Elisabeth, mariée à
Jean Holland, comte d'Exeter ; et un fils, Henri,
d'abord comte de Derby, puis duc de Hereford
et enfin roi sous le nom de Henri IV; de sa se-
conde femme. Constance, il eut une fille nommée
Catherine, qui épousa Enrique ou Henri III, roi
de Castille; de Catherine Rouet, il eut une fille,
Jeanne, mariée au comte de Westmoreland , et
trois fils : Jean de Beaufort, comte et marquis
de Somerset; Thomas de Beaufort, duc d'Exe-
ter ; Henri de Beaufort, cardinal de Winchester,
Henri, duc de Hereford, succéda aux titres et
biens de son père. Avec lui commença cette
grande lutte des maisons de Lancastre et d'York,
qui agita l'Angleterre pendant le quinzième siècle
(t;oî/. Henri IV). Z.
Frnissart , Chroniques. — C?ironique de Saint-Denis.
— Holiil. Parlem., 11, III. — Rynier, y4cta, V, VI. —
Walsirigham, Historia brevis. — Dom Lobineau, .Histoire
de Bretagne, t. Xll. — Emma Roberts, Memoirs of the
rival hoiises of York and J.ancaster.
LANCASTRE ( Dofiâ Felippa de ), reine de
Portugal, fille du précédent morte le 18 juillet
1415. Son père se croyant des droits à la cou-
ronne de Castel, débarqua en 1386 à la tête d'une
flotte puissante dans la Galice. Il passa en Por-
tugal, et joignit ses forces à celles de Joâo [*"",
grand-maître de l'ordre d'Aviz, auquel le peuple
venait de décerner la couronne. 11 emmenait
avec lui ses deux filles Catherine et Felippa;
le jeune souverain admira la beauté de cette
dernière princesse, et fut surtout touché de ses
vertus. La discipline ecclésiastique ne lui per-
mettait pas néanmoins de l'épouser immédiate-
ment : pour contracter ce mariage , il dut se
faire relever des vœux qu'il avait, prononcés
comme grand-maître de l'ordre d'Aviz. Le pape
Urbain VI ayant accordé les dispenses néces-
saires, .lean i*^"^ de Portugal épousa solennelle-
ment à Porto la nièce du roi d'Angleterre, un
samedi 2 février de l'année 1387. Jamais union
avec une princesse étrangère ne fut plus heu-
feuse que celle-ci pour le Portugal. Dona Fi-
lîp'pa transmit ses hautes qualités aux nombreux
enfants qu'elle eut de son mariage, et qui illus-
trèrent la maison d'Aviz. On ne saurait oubliei
qu'elle fut la mère dedom Henriqne, surnommé k>
Navigatetir, decedom Pedro d'Alfarrobeira, quf
les chroniqueurs du temps qualifient « d'homme
presque divin (homem qiia.n divinal) », et enfir
de cet héroïque infant dom Ferhand , qui mourut
dans les fers, pour conserver à son pays un(
cité qu'on regardait alors comme la clef de l'A-
frique. Dona Filippa avait vingt- huit ans lors-
qu'elle épousa dom Joâo. Elle perdit ses deux pre-
miers nés, Dona Bratica et dom Affonso. Dom
Duarte ( Edouard ) , qui monta sur le trône et qu'on
a surnommé parfois le Roi éloquent, lui dut cet
esprit d'équité , cet amour persévérant pour les
lettrés , qui lui assignent un rang distingué dani
l'histoire du Portugal. A l'époque où cettel
reine , à l'esprit viril et tendre à la fois, s'occdi
pait avec îant de sollicitude du développement
de ces nobles intelligences, la cour de Lisbonne
offrait un assemblage de lumières et de vertus
privées qu'on ne rencontrait dans aucun autre
pays. Jamais chez dona Felippa l'affection ma-
ternelle ne prédornina au point qu'elle pûi
mettre en oubli l'honneur du pays, même quand
ellp pouvait redouter quelque grand péril poui
ses fils. Lorsque l'expédition pour Ceuta fut ré-
solue, elle fut la première à en préconiser les im-;
menses résultats et à souhaiter que les jeunes
princes allassent s'y former aux vertus guerrières,
qui méritaient à l'un d'eux le titre de chevalier .i
Elle ne put jouir, toutefois, de la gloire qui cou-
ronna les premiers effôts des iftfants : la flotte
qtii devait les conduire éh Afrique allait mettre à
la voile, lorsqu'elle se sentit atteiiite de la pesta
i-épandue alors dans la Péninsule. En vain le roœ
lui offrit- il d'ajourner son départ, dont le bdfc
d'ailleurs était célé à tout le moride , elle ne voit
liit jamais consentir à iin pareil retard. On af-l
Armé inême qu'animée d'uri esprit prophétiquéi
elle pressa le départ de Varmada , disant qttè'
les conquêtes réservées cette fois aux armés
portugaises n'étaient que le faible début de la
gloire dont la nation allait se couronner. Déjà
attaquée par M maladie, dona Felippa avait
quitté Lisbonne, et s'était fait transporter dans
le bourg de Sacavem. Ce fut là qu'elle vit poui*
la dernière fois dom Joao : ce prince ne se
sentit pas la force d'assister à ses dernières an-
goisses; il la quitta en versant des larmes abon-
dantes, et se retira plein de deiiit à Aihos Ve-
dros. La reine expira la veille du jour où la flotte
devait mettre à la voile pour Ceuta. Elle fut en-
terrée à Batâlha Ferdinand Denis.
.losé Soares da Sylva, Memoriai para a historia dèl
Rey don foâol".— Barbosa, Catalorio das R/tînhas. —
Schacffor, flist. rie Portiiçial. — Soiiy.a, Historia genea-
logica. — Éetracos e E/ogios dos varôes e donas.
iL.'t!VCASTiIîE(Dona Felippa de), religiens'é!
et poète portugaise, petite-fille de la précédente,'
née à Coimbre, en 1437, morte à Odivellas, le
If février 1493. Elle était fille du duc de Coïrnbrè
doWi Pedro d'Alfarrobeira. Au milieu des mal-
heurs qui vinrent assaillir sa famille, elle de-
7 LANCASÏRE
la an cloître la paix qu'elle ne put ren-
ler à la cour. Retirée au monastère d'Odi-
s , elle traduisit du latin en portugais : 0
jivro do menosprecio do Mundo de S. Lau-
ent Justinien; elle fit suivre ce volume d'un
uvrage écrit en français : Le Livre des
^'ivanqile.s , suivi d'' homélies pour tous les
ours de l'année, dont elle donna une version
ïtine. Elle écrivit aussi en portugais des poé-
ies fort supérieures à celles qu'on faisait alors,
t qui rappellent un peu , par leur caractère
assionné, celles de sainte Thérèse ; elles n'ont
imais été imprimées; VAgiologio Ltt.sitano en
onne un fragment. Dona Felippa, qui portait
3 titre de reco//iirfœ (recueillie), ne s'était pas
empiétement détachée du monde; toutes ses
ffections s'étaient portées sur un prince de sa
imille : elle avait adopté, pour ainsi dire, l'infant
Ufonse, fils de Jean II, qui était destiné à monter
ur le trône; elle entourait ce jeune prince de soins
aspirés par la plus vive sollicitude. Lorsqu'un
Ccident imprévu l'eut privé de la vie, sa tante
le fit plus que languir, et pour nous servir
es expressions d'une religieuse, sa contempo-
mloraine, elle « s'endormit doucement au Sei-
neur ». Sa mémoire est encore en vénération à
'jbdivellas ; on y montrait naguère un livre d'un
"laut prix, qui prouvait combien la royale recluse
s|.vait su varier ses études. Ce livre était un
Jvangéiiaire orné de peintures charmantes, exé-
utées toutes par la princesse. Ferd. Denis.
Cârdoso, Jginlogio Lusitano. — Barbosa Machado, Bi-
Hotheca Ltisitana. — Souza, Historia en Gealogica.
LANCASTRE (D. Joâo de), écrivain portu-
;ais, né en 1501, mort à Coïmbre, le 22 août
571.11 descendait de la famille royale, et avait
itfnr père ce dom Jorge, auquel Jean II desti-
lait la couronne au préjudice d'Emmanuel ; on
ecréa premier duc d'Aveiro et marquis de Tor-
■es-Novas. 11 fut choisi pour accompagner de
îastille en Portugal la fille de Charles Quint,
orsqu'elle dut épouser son cousin. Il fonda deux
auvents de chartreux dans la montagne d'Arra-
)ida. Marié à dona Juliana de Lara, il eut d'elle
plusieurs enfants, dont l'aîné fut tué à la bataille
i'Alcaçar Kebir. On a de dom Joâo de Lancastre
m hvre devenu rarissime : Paixâo de Christo
'irada dos quatro Evangelistas; Lisbonne,
juiz Rodrigue^, 1542 , ia-4°. C'est simplement
lune taduction latine du livre de Crispoldo Rea-
llino , écrit en italien. F. D.
! Barbosa Machado, Bibliotheca Lusitana.
j * LANCE ( Georges), peintre anglais , né le 24
oiars 1802, à Little-Easton, près de Colchester,
excelle dans la production des fruits , des fleurs
et de la nature morte. Il est élève de B.-R. Haydon.
Ses débuts l'encouragèrent à persister dans un
genre où il n'avait pas de rivaux : depuis vingt
ans, M. Lance envoie aux expositions anglaises
des tableaux de fruits qui sont recherchés par
les plus riches amateurs. On cite particulière-
ment de lui de très-beaux tableaux de nature
— LANGELIN 318
morte , tels que le Combat de hérons et Le
Paon inanimé, et plusieurs tableaux de genre
historique, entre autres, Mélanchthon dou-
tant pour la première fois de V Église, œuvre
qui remportaleprix décerné par l'académie deLi-
verpoolen I83fi, et Le maréchal de Biron s'en-
temianl reprocher sa trahison par sa sœur.
Le S^n^cAa/ est une des toiles les plus estimées de
M. Lance. — La Chasse au Sanglier, de Valas-
quez, que l'on voit à la Galerie nationale, est en
grande partie l'œuvre de M. Lance, qui dut re-
peindre ce tableau à la suite d'un accident dont il
avait souffert au rentoilage. Les œuvres de cet ar-
tiste se recommandent par une composition har-
monieuse, une couleur pleine d'éclat, et une exé-
cution d'un fini tellement minutieux que parfois
l'effet général en est amoindri. Au jugement des
Anglais elles peuvent soutenir la comparaison
avec les meilleures productions de l'école hollan-
daise. Il y en avait quatre à l'exposition de Paris :
Des fruits ;aaSingecoi//é d'une toque rouge;
La Coquette du village; et un singulier tableau
intitulé : La Vie et la Mort, représentant,
d'une part, des canards sans vie et des œufs
frais, et, de l'autre, des carpes pâmées et des
poissons rouges dans un bocal. E. Cottenet.
The Art Journal, 1857. — Men of the Time, lSo7. —
Max. du Camp, Les Beaux- Arts à l'Exposition.
* LANCK {Adolphe-Etienne), architecte
français, né à Littry (Calvados), le 3 août 1813.
Il débuta sous les auspices de M. Visconti,
fonda, en 1847, le Moniteur des Architectes,
donna au Siècle un grand nombre d'articles sur
les beaux-arts et l'archéologie , et dirige depuis
1852 {'Encyclopédie d'Architecture. En 1850
il fut attaché en qualité d'inspecteur des tra-
vaux publics aux travaux en cours d'exécution
à l'église de Saint-Denis. Nommé architecte
du gouvernement au mois d'octobre 1854, il
fut chargé de la restauration des édifices dio-
césains de Sens et de Soissons. On a encore
de M. Lance : Sur V Assainissement des ha-
bitations, travail publié en 1850 par la So-
ciété centrale des Architectes; — Du Concours
comme mot/en d'améliorer l'état de l'Archi-
tecture et la situation des Architectes; Paris,
1848; — des notices biographiques sur les archi-
tectes Achille Leclère , Abel Blouet , Leta-
rouilltj; — Du Diplôme d'architecte, etc.
Documents partie.
LANCEiJN, poète français, né à Laval, dans
le dix-huitième siècle. On ne sait rien sur sa vie.
Sesœuvres,peu dignes d'estime, sont : Histoires
secrètes du Prophète des Turcs; 1754 et 1775,
2 vol.in-12; — Le Triomphe de Jésus-Christ
dans le Désert, traduction libre du Paradis
reconquis de Milton; 1755, in-12;— La Cal-
Hpédie, ou manière d'avoir de beaux enfants^
traduction également très-libre et très-médiocre
de la Callipasdiaàe Quillet; 1774, in-8°. B. H.
Narcisse Desportes. Bibl. du Maine. — B. Hauréau,
Hist, Uttér. du Maine, t. IV, p. 268.
319
LANCELLOTI — LANCELOT
32
LANCELLOTÏ OU LANCILLOTTI ( Le P. Se-
condo ) , archéologue italien , né à Pérouse, en
1575, moitié 13 janvier 1643. Il entra en 1594
dans la congrégation du Mont-Olivet , et obtint
une abbaye. Il vi.sita les.principales villes d'Italie,
et fit connaissance à Rome avec Gabriel Naudé,
qui l'emmena à Paris. Le père Lancelloti y
mourut peu après son arrivée. « Lancelloti , dit
Jacobilli, était un homme d'un talent élevé, d'une
mémoire tenace , très-versé dans toutes sortes
de connaissances. » On a de lui : Historia Oli-
vetana , sive congregationis S. Marise-Montis-
Oiiceti; Venise, 1623, in-4'' : cette histoire de
la congrégation du Mont-Olivet est estimée, et
passe pour le meilleur ouvrage de Lancelloti ; '—
Il Battimeo cieco di Gierico; Pérouse, 1626,
in-4" ; — Jl vestir di bianco di diverse reli-
gioni; Pérouse, 1628, in-4"; — Mercurius
OUvetanus , sive dux itinerum per integram
Italiam; 1628, 2 vol. in- 12; — VHoggi di,
overo gli Ingegni moderni, non inferiori ai
passati; Viterbe, 1630, in-4°; — Hoggi di se-
condi; Vitert)e, 1632, in-4°; — FarfaUoni
degli antichi historici; Venise, 1638, in-8° ;
— CM l'indovina è savio , overo la prudenza
humana fallacissima ; Venise, 1640. Les Far-
faUoni ont été traduits en français par l'abbé
Oliva, sous ce titre : Les Impostures de l'his-
toire ancienne et profane; Paris, 1770, 2 vol.,
in-12. Lancelloti laissa plusieurs ouvrages ma-
nuscrits, entre autres un Acus nautica, qui, selon
Jacobilli, ne formait pas moins de vingt-deux
grands volumes. Z.
Aug. Oldoln, Athenseum Augustinum, in gw) Perusi-
norum scripta publics exponuntur. — Jacobilli, Biblio-
theca Vmbrise.
LANCELOT OU LADISLA.S , surnommé le
Victorieux et le Libéral , roi de Naples et de
Hongrie, né en 1375, mort à Naples, le 16 août
1414. Fils de Charles III dit de la Paix, auquel
il succéda en 1387, et de Marguerite de Duras, il
commença à régner sous la tutelle de sa mère,
princes.se ambitieuse, cruelle et astucieuse. Il avait
hérité d'une partie des défauts de sa mère, et les
événements contribuèrent beaucoup à développer
sa mauvaise éducation. Louis II d'Anjou, investi
du royaume de Naples, le 21 mai 1 385, par le pape
d'Avignon Clément VII, se portait comme son
compétiteur à la couronne, et en juillet 1387 le
chassait de Naples après un combat opiniâtre ;
mais ce revers ne fut que de courte durée, et
Otto de Brunswick rétablit le jeune Lancelot dans
sa capitale. En 1388 le pape Urbain VI entreprit
de se rendre maître du royaume de Naples ,
comme dévolu au saint-siége par l'excommuni-
cation de Charles III; il fut deux fois repoussé
et obligé débattre en retraite. Cependant l'an-
née suivante le parti de Lancelot se trouva tel-
lement affaibli qu'il ne restait plus à ce prince
que Capoue, Gaète et les châteaux de Naples
(la ville était au pouvoir de Louis II). Le 29mai
1390 Lancelot fut couronné sollenneilement à
Gaète par le cardinal de Florence, légat du noi
veau pontife Boniface IX; mais le 20 juilji
Louis II débarqua en Italie, et le 15 août il ei
tra triomphalement dans Naples. Le 10 avt
1392, Lancelot envoya des troupes contre
maison puissante de San-Severini , l'un des pli
fermes appuis du parti angevin. Elles furent ba
tues et leurs deux généraux OIto de Brunswick i
Albéric de Barbiano restèrent au nombre d^
■prisonniers. Au mois de juin, Ladislas, déses
çéré , se mit pour la première fois à la tête c
son armée. Il ramena la victoire sous ses dré
peaux , prit Aquilée , obligea le duc de Sess
à se. décider en sa faveur, et mit les Angevin
en déroute à Monte Corvino. En avril 1395
bloqua Naples par terre et par mer; mais quatr
galères provençales mirent en fuite son escadt
le 15 mai. Cet échec le força à lever le siège
De rapides conquêtes le dédommagèrent de cell
qu'il avait manquée. En 1399, les San-Severini
gagnés par Lancelot, trahirent Louis II en l'eni
.gageant à passer à Tsrente pour empêcher cett
ville de tomber au pouvoir de son rival. Loui
y fut reçu avec de grands honneurs; mais de
le lendemain de son arrivée Raymond des Ursin
vint l'assiéger. Charles d'Anjou tenait Naples ei
l'absence de son frère; le 9 juillet Lancelot entr
dans le port avec sa flotte, traita avec les habi
tants, qui lui livrèrent leur ville. Charles n'eu
que le temps de se retirer dans le château Neuf
Louis II, pressé dans Tarente par Raymond des
Ursins, évacua cette place, comptant rentrer i
Naples, mais il trouva qu'elle avait changé di
maître. Alors, perdant courage , il proposa s
Lancelot un traité qui laissa sou rival maître
de tout le royaume. Lancelot abusa de son
triomphe, et exerça de cruelles vengeances contre
les barons qui lui avaient été opposés, sans
même faire grâce à ceux qui s'étaient ralliés à
lui et lui avaient rendu de grands services. Son
ambition ne connut plus alors de bornes : il éleva
des prétentions sur la Provence, et prétendit au
trône de Hongrie dont son père Charles III avait
été couronné roi, le 31 décembre 1386. Il pro-
fita de la captivité deSîgismond [voy. ce nom) pour
se faire reconnaître à Javarin , le 5 août. Mais
bientôt Sigismond , délivré, le contraignit à re-
prendre la route d'Italie. A peine de retour, Lan-
celot apprend que le peuple romain s'est soulevé
contre le pape Innocent VII. Aussitôt il accourt
sous prétexte de défendre le pontife; au lieu de
calmer la sédition, il l'anime clandestinement a(in
de rendre nécessaire un accommodement, qui eut
lieu en effet le 27 octobre. S'il fut avantageux aux
Romains, il ne le fut pas moins à Lancelot, qui
mit garnison dans le château Saint-Ange, laissant
seulement au pape le quartier Saint-Pierre et
son château. En août 1405, à l'occasion d'une
nouvelle émotion populaire, Lancelot envoya des
troupes pour s'emparer du reste de Rome en
l'absence du pontife, qui s'était retiré à Viterbe;
ces forces furent mises en fuite par Paul des
Ursiiis. Innocent VII étant rentré dans sa capi-
tale, le 13 mars 1406, procéfla contre Lancelot,
qu'il déclara déchu de son royanme et de tout
privilège, comme perturbateur de Rome et de
J'État ecclésiastique. Il fit en même temps assiéger
le château Saint-Ange, ce qui engagea Lancelot
a l.iire sa paix avec le saint-père, auquel il remit,
le 9 août, la place assiégée, et dont il reçut pour
compensation le titre de gonfalonier de l'Église.
Le roi de Naples ne se tint pas pour satisfait, et
le 21 avril 1408 ses troupes prenaient Rome,
introduites par le gouverneur Paolo de'Ursini,
qu'il avait corrompu. Lancelot fit son entrée le 25,
établit un nouveau gouvernement, et repartit le
23 juin. Son éloignement lui fut préjudiciable.
Paolo de' Ursini , changeant encore une fois
de drapeau, se mit à la tète des forces du pape
Alexandre V, et le 31 décembre 1409, après trois
mois d'efforts, il chassa les Napolitains de Rome
et de ses forteresses. En même temps Louis II
rentrait en Italie; le 20 septembre 1410 il était
reçu dans la ville pontificale. Baldassare Cossa,
qui occupait alors le saint-siége sous le nom de
Jean XXIIT, ne négligeait rien pour seconder ses
armes. Le 19 mai 1411, Lancelot fut complète-
ment défait à Rocca-Secca (ou Ponte-Corvo), sur
les bords du Garigliano. C'en était fait de sa
couronne et de sa vie si les vainqueurs eussent
su profiter de leur succès ; leur lenteur lui permit
de rassembler une nouvelle armée, et bientôt
Louis II fut obligé de quitter l'Italie pour tou-
jours. Jean XXIII, demeuré seul, eut recours aux
grands moyens. Par une bulle du 15 août, il cita
Lancelot à comparaître personnellement en sa
présence, comme hérétique et fauteur de schisme,
et peu de temps après prêcha contre lui une
croisade. Ces déclamations n'arrêtèrent pas les
progrès du roi de Naples. De grosses sommes
d'argent firent plus d'effet, et le 15 juin Lancelot
consentit à la paix , promettant même de livrer à
JeanXXni son compétiteur à la tiare, le Vénitien
Corario (Grégoire XII), dont il avait jusqu'alors
soutenu les intérêts. Cette paix fut de courte durée.
Lancelot laissa d'abord échapper Corario ; puis,
les juin 1413, il se rendit maître deRome par sur-
prise. Il y commit des violences de tous genres,
et obligea les Florentins à expulser de leur terri-
toire Jean XXIII, qui se réfugia à Bologne. Lan-
celot marchait contre cette république lorsqu'il
tomba subitement malade à Pérouse. Ramené à
Naples, il y mourut peu après dans sa trente-
neuvième année. S'il faut en croire plusieurs his-
toriens italiens, la fille d'un médecin dont il était
amoureux l'aurait empoisonné avec un philtre
que son père aurait préparé, soit pour plaire au
pape, aux Florentins et aux Bolonais, soit
pour venger l'honneur de sa fille. Lancelot ne
laissa pas d'enfants légitimes, quoiqu'il eût été
marié trois fois : 1° le 5 septembre 1389, avec
Constance de Clermont, qu'il répudia en mai
1392 ; 2° avec Marie, Mariette ou Marguerite de
Lusignan, princesse de Chypre, morte le 4 sep-
NOUV. BIOGR, GÉNÉR. — T. XXIX.
LANCELOT 3:2
tembre 1404; 3" avec Marie d'Enghien, prin-
cesse de Tarente. Sa sœur Jeanne II, dite Jean-
nette, lui succéda sur le trône de Naples et lui
fit ériger un superbe mausolée dans l'église de
Saint-Jean de Carbonara. A* d'E— p^c.
Muratori, Annal., t. VIII et IX.— Giornale NapoliU,
t. XX. - Thierri de Niem, rita Joannis ÂXUl:
Francfort, 1620, in-4". — Sistnondi, Histoire des Hépu-
bligues italiennes.
LANCELOT (Nicolas), écrivain français , né
à la fin du seizième siècle, dans l'île de France ; on
ignore l'époque de sa mort. Il habita longtemps
le Daupliiné, où le retenait un modique emploi.
On a de lui : La Palme de Fidélité, ou récit
véritable des amours de la princesse Orbe-
lande et du prince Charmant; Lyon, 1620,
in-s" ; — Les Délices de la Vie pastorale de
VArcadie, traduction de Lope de Vega; Lyon,
1622 et 1624, in-8°; — Nouvelles tirées des
plus célèbres auteurs espagnols ; Parh, 1628;
Rouen, 1641, in-8°-, — Le parfait Ambassa-
deur, traduit de J.-A. Vera y Zuniga ; Paris,
1635, in-4°; 1642, in-12; jouxte la copie;
Hollande , Elzevier, 1642, in-12; Leyde, 1709,
in-8°. G. DE F.
Barbier, Dictionn. des anonymes.
LANCELOT ( Dom Claude ) , célèbre gram-
mairien français, né à Paris, vers 1615, mort à
Quimperlé, le 15 avril 1695. Il était fils d'un
tonneher. Il entra à l'âge de douze ans dans la
communauté de Saint-Nicolas-du-Chardonnet, où
il se distingua par sa piété et son application à
l'étude. L'abbé de Saint-Cyran le remarqua, et
l'introduisit dans la société religieuse réunie au-
tour du couvent de Port-Royal de Paris, et qui
comptait parmi ses membres Le Maître, de Sé-
ricourt, Singlin. « Ils vivaient là, ditNicéron,
dans des appartements séparés, comme des
chartreux, et n'étaient occupés que de la prière,
de la méditation de l'Écriture Sainte et de la
pratique de la pénitence. » L'emprisonnement de
Saint-Cyran, qui fut mis au château de Vincen-
nes en 1637 par l'ordre de Richelieu, dispersa
les solitaires sans les désunir, et au bout de deux
ans Lancelot retourna dans sa retraite. Saint-
Cyran, après sa sortie de prison, eut l'idée de
faire servir le savoir des solitaires à l'instruc-
tion de la jeunesse. La mort l'empêcha de réa-
liser ce projet, qui fut repris par ses pieux dis-
ciples. Ils établirent, en 1645, une école dans une
maison proche de Port-Royal de Paris, dans l'im-
passe de la rue d'Enfer. Nicole y professa la
philosophie et les belles-lettres, et Lancelot fut
chargé de l'enseignement de la langue grecque et
des mathématiques. Ces premières écoles durè-
rent peu. Les maîtres, accusés de jansénisme, du-
rent se disperser de nouveau. Lancelot et quel-
ques autres se retirèrent aux Granges près de
Port-Royal des Champs ; ils reformèrent ileurs
écoles , qui jouirent d'une grande réputation et
exercèrent une influence notable sur l'éducation
au dix-septième siècle. L'enseignement gardait
encore les formes pénibles et pédantesques de la
il
323
LANCELOT
324!
colasfique du moyen âge ; les maîtres de Port-
Royal le rendirent pins facile en employant la
langue française , et substituèrent des règles sim-
ples, clairement exprimées à la rédaction techni-
que et barbare des anciens grammairiens. Lan-
celot eut la plus grande part à cette réforme.
Ces Méthodes 'pour l'étude du grec, du latin,
du français, de l'espagnol, ses Racines Grec-
ques, sa Grammaire générale furent, pour le
temps, des livres élémentaires excellents, égaux
pour le fond et très-supérieurs pour la forme à
ce que l'on possédait de mieux en ce genre. Les
nouvelles écoles de Port-Royal furent interdites
en 1660. La réputation de Lancelot le fit recîier-
cher par des personnes considérables. Il fut
chargé de l'éducation du duc de Chevreuse , puis
de celle des jeunes princes de Conti. Il resta au-
près de ses élèves jusqu'à la mort de leur mère,
la princesse de Conti, en 1672, et renonça alors
à l'enseignement pour se consacrer à la vie re-
ligieuse. Il se retira à l'abbaye de Saint-Cyraii ,
auprès de son ami, M. de Barcos, neveu de l'abbé
de Sàint-Cyran. Il y fit profession l'année sui-
vante; mais il se contenta du degré de sous-
diacre, et par scrupule il ne se laissa pas élever
à la prêtrise. La persécution rc^^gieuse, qui l'a-
vait déjà atteint plusieurs fois , le troubla dans
cet asile. Il fut relégué à Quimperlé en 1680.
Il y mena le même geme de vie qu'à Saint-Cy-
ran, et même, dans ses dernières années, il re-
doubla ses austérités. Il fut enterré dans l'église
de l'abbaye de Sainte-Croix à Quimperlé.
Grammairien instruit, maître judicieux et ai-
mable, malgré les sévères doctrines puisées dans
l'intimité de Saint-Cyran, Lancelot est une des
figures les plus attachantes de l'histoire de Port-
Royal. On a de lui : Nouvelle méthode pour ap-
prendre la Langue Grecque; Paris, 1655, in-s" ;
l'auteur en donna plusieurs éditions corrigées et
augmentées. Cet ouvrage est un bon résumé des
grammairiens qui avaient expliqué dans les deux
siècles précédents les règles de la langue grec-
que. Lancelot ne s'y montre ni helléniste pro-
fond, ni philologue original; mais on ne peut
lui refuser le mérite d'une exposition claire et
d'une remarquable exactitude. On lui reproche ,
outre plusieurs erreurs difficiles peut-être à éviter
de son temps, d'avoir adopté et fait prévaloir
la détestable prononciation qu'Éî'asme et ses
disciples avaient substituée à la prononciation
encore usitée chez les Grecs modernes ; — Abrégé
de la Nouvelle Méthode .pour apprendre la
Langue Grecque ; Pavis, 1655, in-12; — Nou-
velle Méthode pour apprendre la Langue La-
tine ; Paris, 1656, in-8°, 3^ édition. La pre-
mière édition , beaucoup moins complète, est de
1644. Comme pour sa première méthode, Lan-
celot a mis à profit les grammairiens précédents,
Sanctius, Scioppius, Vossius; il a heureuse-
ment résumé et coordonné leurs travau-x, et il
y a beaucoup ajouté. M. Leclerc a publié une
savante édition de cet ouvrage encore bon à con- ;
sulter, malgré les progrès de la science gramma-
ticale; — Abrégé de la Nouvelle Mclhnde
pour apprendre la langue latine; Paris, 16.i6,
in-12; — Le Jardin des Racines Grecques,
mises en français; Paris, 1657, in-12. C'est un
dictionnaire des mots simples de la langue grec-
que ; chaque mot grec et sa signification fran-
çaise composent un petit vers de huit syllabes.
Cette forme rhythmique, donnée à un diction-
naire, est d'autant plus bizarre que les vers ri-
mes par de Sacy, le pieux collaborateur de
Lancelot, sont d'une extrême platitude'; mais
elle est utile comme moyen mnémonique. Les
Racines Grecques sont encore en usage dans les
collèges. L'édition qu'en a donnée M. Régnier se
recommande par une savante introduction, trop
savante même pour un ouvi'age élémentaire ,
et peu en rapport avec le but que se proposait
Lancelot. Ce grammairien ajouta à ses racines-
grecques un Recueil des mots français qui
ont quelque rapport avec ceux de la langue-
grecque. Cette partie de l'ouvrage est très-
faible. « Tout , selon Baillet, n'y est pas égale-
ment juste; mais Lancelot ne dit rien de lui-
même, et il ne se rend pas toujours garant de
ce que disent les autres. D'ailleurs son principal
dessein était de faire une espèce de jeu de ces
mots , afin qu'ils pussent servir à en retenir
d'autres. » Le père Labbe attaqua rudement le
Recueil des mots français dans ses Etymo-
logies de plusieurs mots français , contre les
abus de la secte des nouveaux hellénistes de
Port-Royal , et Goujet, à son tour, a réfuté le
père-jésuite. « Ce qu'on a jugé répréhensible,
dit-il, et ce dont il est, en effet, difficile de •
donner de bonnes raisons , c'est que, quoique
cet ouvrage ne soit, pour ainsi dire, qu'une ré-
pétition de celui de Claude Lancelot, le père '
Labbe prétend soutenir que cet auteur et ses
amis n'ont travaillé , en donnant ce recueil, qu'à
ruiner le langage que nous avons reçu de main
en main de nos ancêtres depuis douze ou treize
siècles. Il est vrai qu'il ne prouve pas cette ac-
cusation ; mais il suppose que le crime est ma-
nifeste, et il en demande vengeance à l'Aca-
démie Française, à qui il s'adresse et à qui il
s'efforce de faire regarder le procès qu'il intente
aux prétendus criminels, comme une affaire de
la dernière importance; » — Grammaire gé-
nérale et raisonnée, contenant les fonde-
ments de Vart de parler, expliquée dhuie ma-
nière claire et naturelle, les raisons de ce
qui est commun à toutes les langues, et des
principales différences qui s'y rencontrent,
et plusieurs remarques nouvelles sur la lan-
gue française ; Paris, 1660, in-8°. Le fond de
cet ouvrage appartient à Arnauld et Nicole. Lan-
celot ne fit que rédiger et coordonner leurs pen-
sées à ce sujet; — Nouvelle Méthode pour ap-
prendre facilement et en peu de temps la
Langue Espagnole ; Paris, 1660, in-8° ; — Nou-
velle Méthode pour apprendre facilement et
3-25 L4NCEL0T
en peu de temps la Langue Italienne ; Paris,
liifiO, in-8°. Ces trois derniers ouvrages furent
■ iîiiliés par Lancelot sous le pseudonyme du
sieur de Trigny ; — Chronologla Sacra; ce
j travail, extrait en gi-ande parties des Annales
! d'Usserius, fut publié pour la première fois à la
fin de la grande Bible de Vitré; Paris, 1662,
jn-fol. ; — Nouvelle Disposition de l'Écriture
Sainte, mise dans un ordre perpétuel, pour
la lire tout entière, chaque année; Paris,
1670, in-8°; — Dissertation sur l'Hémine de
vin, et sur la Livre de pain de saint Benoît,
et des autres anciens religieux , où l'on fait
voir que cette hémine n'étoit que le demi-
sciier, et que cette Livre nétait que de
ifouze onces; Paris, 1667, in- 12; 2^ édition,
revue, corrigée et augmentée. Avec la ré-
ponse aux nouvelles difficultés qui avaient
été faites sur ce sujet , et tme disquisition
de Vannée, du jour et de l'heure oii est mort
le glorieux patriarche saint Benoît; Paris,
16S8, in-8°; — Nouvelle Méthode pour ap-
prendre parfaitement le Plain-Chant en fort
peu de temps; Paris, 16G8, in-S". On a encore
de Lancelot la relation d'un voyage qu'il fit à
Aleth, pour visiter Pavillon, évêque de cette
ville. Il laissa en manuscrit des Blémoires pour
servir à la vie de Duverger de Hauranne,
abbé de Saini-Ctjran , qui furent publiés à Co-
logne, 1738, 2 vol. in-12. N.
Vigneul-Marville, Mélanges, t. I, p. 132. — Nécrologe
de Pnrt-Hoyal. — Moréri, Le grand Dict. Historique.
— Chaufepié , Dictionnaire Historique. — Kicéron,
Mém.pour servir à l'Hist. des hommes ill., t. XXXV. —
Sainte-Beuve, Port-Royal.
LANCELOT [Antoine), archéologue et his-
torien français, né à Paris, le 4 octobre 1675,
mort dans la même ville, le 8 novembre 1740.
Tandis que sa famille le destinait à l'état ecclé-
siastique, il s'engagea dans l'armée française, qui
faisait alors le siège de Namur. Jl assista aussi
à la bataille de Steinkerque. Bientôt, dégoûté du
service militaire , il revint à Paris , où il fut placé
par son père chez un conseiller au Chatelel
nommé Herbinot, espèce de savant bizarre, « qui
se laissa raourrir de faim , n'ayant besoin pour
vivre, disait-il , que de ses racines grecques et
hébraïques ». Comme on doit le croire, il sou-
mettait sa maison au même régime, et l'estomac
du jeune Lancelot eut beaucoup à souffrir du-
rant le temps qu'il travailla avec Herbinot à la
confection d'un Dictionnaire Étymologique.
Lancelot ayant obtenu une place à la bibliothèque
Mazarine fournit à Bayle des articles intéressants
pour son Dictionnaire Critique, à Prosper Mar-
chand sur le Cymbohcm Mundi de Bonaventure i
Desperriers (Amsterdam, 1732, m-12),et étudia !
les anciens monuments avec dom Mabillon. Il fut
attaché ensuite h Valbonnais, premier président
delà chambre deGrenoble, et l'aida dans son /Tis-
toire du Dauphiné. Lancelot se trouvait trop
près de l'Italie pour ne pas visiter cette terre ;
classique : il y fit des amis parmi les savants, et i
326
I en rapporta de curieux documents. ^ spp re-
tour, il trouva la cour de France en grand érnoj :
les pairs se disputaient la préséance entrpcux, ej;
repoussaient les bâtards royaux. D'un coinmi^p
accord, les parties intéressées choisirent LançelQj;
pour arbitre. C'était une fort grosse affaire que
de mettre d'accord tant d'amours propres. Il
fallait éclaircir les titres, revendiquer les pri-
vilèges , suivre la déchéance des branches , enfin
compulser les archives de plusieurs siècles. Lan-
celot osa accepter cette rude tâche, et réussit si
bien que les pairs se cotisèrent pour lui acheter
une charge de secrétaire du roi (1719). La même
année l'Académie des Belles-Lettres l'appela pariïii
ses membres. Il publia alors ses Mémoires pour
les Pairs de France, avec leurs preuves;
Paris, 1720, in-fol. En 1725 il vendit sa charge
de secrétaire du roi, et en 1732 fut créé inspec-
teur du Collège royal et commissaire au Trésor
des Chartes, dont il avança beaucoup la Table
historique. De 1737 à 1740, il fut chargé d'aller
à Nancy faire l'inventaire des duchés de Bar et
de Lorraine, récemment unis à la France. Il
mourut peu de temps après son retour, lais-
sant une fort belle bibliothèque, composée de sept
mille ouvrages t'a manuscrits précienx, qu'il lé-
gua à la Bibliothèque du Roi. Outre les ouvrages
déjà cités, on a de Ini Iti^. Préface de V Histoire
des Grands-Officiers de la Couronne par le
P. Anselme et Dufourny ; — un grand nombre de
bons mémoires insérés dans le Recueil de l'A-
cadémie des Inscriptions, entre autres : Re-
marques sur quelques anciennes inscriptions
du pays de Comminges, t. V; — Discours sur
les Sept Merveilles du Dauphiné, t. VI : Lan-
celot réduit ces merveilles à peu de chose; —
Recherches sur Gergovia et quelques autres
villes de l'ancienne Gaule , même volume; —
Explication d'un Monument de Guillaume le
Conquérant, t. VI et VIII; — Dissertation
sur Genabum, t. VIII: l'auteur y reconnaît. Or-
léans; — Éclaircissements stir les premières
années du règne de Charles VIII , même vol. ;
— Recherches sur Gui, dauphin du Vien-
nois, même vol.; — Remarques sur le nom
d'Argentoratum , donné à la ville de Stras-
bourg , t. IX ; — Description des figures qui
sont sur la façade de l'église de la Mfldeleine
à Châteaudun , t, IX; — Mémoire pour servir
à l'histoire de Robert d'Artois, t. X; — Mé-
moire sur la vie et les ouvrages du prési-
dent de Boissieu, t. XII; — Mémoire sur le
mariage de Charles VIII avec Anne de Bre-
tagne , t. XIII; — fustification de la conduite
de Philippe de Valois dans le pfocès de Ro-
bert d'Artois , même vol. ; — Mémoire sur la
Vie et les Ouvrages de Raoul de Prestes,
même vol. On attribue à Antpipe Lancelot
Y Esprit de Guy Patin. Il fut éditeur des Nau-
dseana, des Patiniana, des Pithseana et des
Antiquités gauloises de P. Borel, ouvrage au-
auel il a fourni de nombreuses additions et des
11.
327 LANCELOT -
corrections j — de V Abrégé de l'Histoire uni-
verselle de Claude Delisle; Paris, 173!, 7 vol.
in-12, aL\ec Préface ; — desAmoiirs deDaphnis
et Chloé de Longus;. Paris, 1731, in-8°, enrichi
de savantes notes, dans lesquelles il corrige
souvent la traduction d'Amyot. L — z — e.
De Boze, Éloge de Lancelot. — Bourchenn de Valbon-
nais, Œuvres, t. V. p. 354. — G. Martin, Catalorjue de
la BiOltot/iègue de A. Lancelot; Paris, 1741, in-8°. —
Le Bas, Dict. Encycl. de la France.
LiANGELOT, Voy. La Popelinière.
LANGELOT ou LANCILLOTI GASTELLO
{Gabriel), prince de Torremuzza, archéologue
italien, né à Païenne, en 1727, mort danslamême
ville, le 27 février 1794. Sa vie fut consacrée à
des travaux d'archéologie et d'économie poli-
tique. Il était membre de l'Académie du Buon
Gusto, et laissa un riche cabinet de médailles,
dont Salvator di Blasi a publié le catalogue à
Palerme, 1794. On a de lui : Dissertazione so-
pra una Statua scoperta in Aleza, eidea di
una Raccolta délie antichità di Sicilia ; Pa-
lerme, 1749, in-4°. Cette savante dissertation
fut composée au sujet d'une statue trouvée à
Alèse, ville de Sicile, qu'il ne faut pas confondre,
commeTont fait certains biographes, avec l'Alesia
gauloise, assiégée par Jules César ; — Storia di
Aleza, città di Sicilia; Palerme, 1753, in-4°;
— Le antiche Iscrizioni di Palermo raccolte
espiegate; Palerme, 1762, in-fol. ; — Sicilias
veterum populorum, urbium, reguvi et ty-
rannorum Numismata quse Panormi exstant
in ejus Cimelio; Palerme, 1767, in-8°; — Sici'
liœ et objacentium insularum veterum in-
scriptionum Nova Collectio , prolegomenis et
notis illustrata ; Palerme, 1769, in-fol.; —
Alla Sicilia numismatica di Filippo Paruta,
publicata da Sigel. Havercampio , correzioni
ed aggiunta ; Palerme, 1770, m-S° ;— Seconda
Aggiunta al Paruta; 1771 ; — Terja Aggiunta
al Paruta; i.112 ; — Quarte Aggiunta; 1773 ;
— Quinta Aggiunta; 1774, in-S" ; — Sicilix
populorum et urbium, regum quoque et ty-
rannorum Veteri Nummi, Saracenorum epo-
cham antécédentes; Palerme, 1781, in-8°. Z.
Nova. Acta Eritditorum, juin 17S4, août 1770, dé-
cembre 1775. - Burmann, Addenda ad Anthol. La-
tinam, t. II, p. 181. — Sax, Onomasticon, t. VU, p. I3i.
LANCELOTi OU LANCELOTUS ( Jean-Paul ),
jurisconsulte italien, surnommé le Tribonien de
Pérouse, né dans cette ville, en 1511, mort en
1591. Il était professeur de droit canon. On a de
lui : Instifutiones Juris Canonici, quibus jus
pontificium singulari méthode libris quatuor
comprehenditur.... par Jean-Baptiste Barto-
lino; Cologne, 1609, in-8°. A cette édition on
a ajouté : 1° Megulse Cancellariee , et 2° Index
Decretorum concilii Tridentini, avec des7Vo^<?5
de Doujat; Paris, 1685: cette édition est la meil-
leure ; Venise, 1740, 2 vol. in-12. Ces Institutes
ont aussi été publiées dans le Corpus Juris Ca-
nonici notis illustratum, Gregorïi XIII jussu
editum; Lyon, 1661, tom. II, in-4o. Lanceloti
LANCELOTZ 328
dit positivement dans sa préface qu'il dressa le
plan de son ouvrage par ordre du pape Paul IV,
qui l'approuva. Durand de Maillane a traduit
cet ouvrage de Lanceloti en français, sous le
titre suivant : Institutes du Droit Canonique
traduites en français et adaptées aux usages
présents de l'Italie et de l'Église gallicane
par des explications qui mettent le texte
dans le plus grand jour ; Lyon, 1770, 10 vol.
in-12; — De Comparatione Juris Pontificii et
Ceesarei, ac utriusque interpretandi ratione.
Prœlectio in Rubricumext. de Testamentis ;
Cologne, 1609; — Breviarium practorium ac^
curiale et de Decurionibus de Substitutio-
nibus. R— R et A. L.
Terrasson , Hist. de la Jurisprudence rom., pag. 422.
— Camus, Biblioth. des Livres de Droit, tom. Il, p. 248, i
n» 1167.
LANCELOTI ( Robert ) , jurisconsulte italieai
du seizième siècle, frère du précédent, né ai
Pérouse, mort à Rome , en 1585. Il professa;
longtemps le droit dans sa patrie; plus tard ili
prit fe carrière du barreau , et alla s'établir ai
Rome, où son talent comme avocat lui avait ac-
quis une grande réputation. On a de lui : Dei
Appellationibus ; — De Attentatis et Inno-
vatis; — De Restitutione in integrum. R — r.
Terrasson, Hist. de lajurisp. rom., pag. 42î.
LANCELOTZ (Corneille) , en latin Lanci-
lottus , biographe et théologien belge, né à Ma-
lines en 1574, mort à Anvers le 20 octobre 1622.
Son père était secrétaire du grand conseil ; lui-
même fit ses études à Anvers, et entra dans
l'ordre des Ermites de Saint- Augustin àMalines,
en 1591. Il parvint aux premiers emplois de i
son ordre, et fut successivement prieur des cou-
vents de Cologne, de Hasselt, et provincial en
1607. Il fonda le premier monastère d'Augustins ■
:'à Anvers, et fut en 1622 nommé abbé des Pré-
raontrés de Postel (Campine). La même année,
il mourut d'une maladie contagieuse qu'il gagna :
en soignant des soldats espagnols blessés. On a
de lui : Nectar et Antidotum , confectum ex
medullis operum sancti Augustini, digestum
ordine alphabetico, contra quosvis sectarios; ,
1612; — Pancarpium Augustinianum , con-
tinens vitas SS. Patris Augustini, Monicx,
Nicolai Tolentinaiis , beatee Virginia Mariée
Encomium , et sodalitatis corrigiatœ Délia
Consolazione privilégia, cum Tractatu de
Indulgentiis et quibusdam parergis ; Anvers,
1616, in-12; — S. Aurelii Augustini, Hippo-
nensis episcopi , et S. R. E. doctoris^ Vitas,
piis omnibus , nec non de vera fide , deque
vitas statu deliberantibus utilissi^na ; Anvers,
1616, in-12 ; — Lucerna vitse perfectse , cum
sacerdotalis , tum monachalis , juxta regu-
lam D. Augustini, sanctis Scripturis, Pa-
irum auetoritatibus et exemplis fuse illus-
tratam {cRUNre posthume); Anvers, 1642, in-4°.
A. L.
Th. Gratiani, Anastasis Atig., p. «6. —Sweert. Biblio-
329 LANCELOTZ
tlieca Belgica, p. 190. — Valère André, Bibliotheca Bel-
gica, p. «5. — Elssius, Encomiast. Augustin., p. 1S6.
LANCEHbTZ ( en latin Lancelottus ou Lan-
ciLOTTDs) (/fenri), théologien belge, frère du
précédent, né à Malines, en 1 576, mort à Anvers,
le 11, janvier 1643. Il entra dans l'ordre des Au-
gusfins, et à vingt-cinq ans fut élu prieur du cou-
vent de Hasselt. Il exerça successivement les
mêmes fonctions à Trêves , à Bruxelles , à Gand,
à Anvers, et enseigna depuis 1617 la théo-
logie à Louvain. Son ordre lui confia aussi la
charge dedéfiniteur de la province belgiqne (ou
de Cologne) et celle de commissaire général
pour les provinces du Rhin et de Souabe. Il
écrivit beaucoup, et se Hvra avec succès à la
prédication. Le P. Mantélius le représente comme
un prédicateur « dont l'éloquence était relevée
par une bonne mine et une taille avantageuse »,
Ses principaux ouvrages sont : Pseudo-Minis-
terium Pseudo- Reformaniium , hoc est de
illegitima prsetensa et subreptitia missione
seuvocatione ministrorum pseudo-reformatee
Ecclesix lutheranorum, zwinglianorum,ana-
baptistarum, calvinistarum , etc.; Anvers,
1611, in-8°. Nicolas Hunnius, professeur luthé-
rien de théologie , attaqua ce traité dans celui
qu'il intitula : Ministerii Luther ani divini
adeoque legitimi Bemonstratio ; Wittemberg,
1614, in-12. Le P. H. Lancelotz lui répondit par
Capistrum Hunnium, sive apologeticus pro
demonstratione de illegitima missione , etc. ;
Anvers, 1616, in-12; son adversaire rephqua
par : Capistrum Hunnio paratum Lancelotto
injectum, hoc est evidens probatio demons-
tratione ministerii lutherani divini, adeoque
legitimi, Henricum Lancelotum ita convic-
tum etcaptum, ut ejus fundamenta toto suo
Apologetico ne quidem tangere ausus fuerit ;
"Wittemberg, 1617, \a-i2; — Anatomia chris-
tiani deformati ; juxta epistolas D. Judœ
apostoli exegeticam prxscriptionem theolo-
gicam, catholicam, moralem; Anvers, 1613,
in-go . — Heereticum quare, per catholicmn
quia, in omni pêne maieria religionis clare
sohitum ;Gand, 1614, in-8° ; trad. en français, par
le P. Clément Le Mariier ; en flamand, en anglais,
en italien et en polonais ; — Abecedarium Lu-
tkero- Calvinisticum ; Anvers, 1617, in-12; —
Paralleli LXXIII Augiistini romano-catho-
lici, et Augustino-Mastigis heeretïci ; Anvers,
1618, in-12; — De Libertate religionis e re-
publica christiana proscribenda ; Mayence,
1622, in-12; — Blasphemium Calvini de
Christi in cruce desperaiione , pœnarum in-
ferni perpessione, etc., obturatwm ; c'est une
réfutation de ce que Calvin avait écrit sur les
souffrances du Christ crucifié ( dans ses Harm.
Evangel. ad cap. XXVfï, Matth.). A. L.
Le P. Jean Manleliiis, Oratio infunere M. Lancelotti.
— Valère André. Bibliotheca Belgica, p. 359, 360.
iiANCHARES {Autonio), peintre espagnol, né
à Madrid, en 1586, mort dans la même ville, le
20 juillet 1658. Il fut le plus distingué des élèves
LANCISI
330
de Patrido Caxes, et vit souvent ses ouvrages
confondus avec ceux de son condisciple Eugenio
Caxes. En 1620, il peignit dans la Chartreuse
del Paular une Ascension et une Pentecôte qui
le classent parmi les meilleurs fresquistes d'Es-
pagne. En 1625, il exécuta pour le couvent des
Carmes de Madrid une série de tableaux repré-
sentant la Vie de saint Pierre Nolasco. Les
jésuites de la même ville possédaient de Lan-
chares un tableau longtemps célèbre , aujourd'hui
perdu : L'Enfant Jésus au milieu d'une gloire
d'anges. Il a laissé aussi quelques dessins re-
cherchés. Son principal mérite était le naturel
et une simplicité bien entendue. A. de L.
Guevarra, Los Comentarios de la Pintura. — Quilliet,
Dict. des Peintres espagnols.
LANCILOTTI (Francesco), peintre de l'école
florentine , né à Florence , vers la fin du quin-
zième siècle. Il peignait le paysage, excellait dans
les effets de nuit, et paraissait s'être proposé
pour modèle le Flamand Mostaert. Malgré le
mérite incontestable de ses tableaux , Lancilotti
est plus connu encore par un petit poëme sur
la peinture, qu'il composa, dit-on, sur mer pen-
dant une tempête. L'édition de ce poëme, fort es-
timé et devenu fort rare, porte cette indication :
Impressum Romee anno MDVIII et di XXV
de Zugno. E. B— n.
Slret, Dict. hist. des Peintres.
LANCINUS. Voy. CURTIUS.
LANCISI { Jean- Marie) , célèbre médecin
italien, né à Rome, le 26 octobre 1654, mort
dans la même ville, le 21 janvier 1720. Ses parents
étaient d'honnêtes bourgeois, qui ne négligèrent
rien pour développer les heureuses dispositions
dont il faisait preuve. Il avait commencé, au sortir
de ses études classiques , à suivre un cours de
théologie,qu'il abandonna bientôt pour les sciences
naturelles et médicales, vers lesquelles il se sentait
attiré par une irrésistible vocation. Tels furent les
progrès qu'il fit à l'université de Rome, dite
Collège de la Sapience, qu'il y était reçu doc-
teur en médecine et en philosophie dès 1672,
n'ayant encore que dix-huit ans. Quatre ans plus
tard il était nommé médecin assistant à l'hô-
pital du Saint-Esprit, où il se livrait avec ardeur
à l'observation clinique. Mais comme les études
d'érudition faisaient encore la base de l'éduca-
tion médicale, Lancisi songea à perfectionner son
instruction théorique en se faisant recevoir au
collège de Saint-Sauveur, où il passa cinq an-
nées consécutives dans l'étude des classiques,
dont il s'appropria la substance par de nombreux
extraits. Déjà les talents précoces du jeune pra-
ticien et sa réputation de savoir étendu l'avaient
placé au rang des médecins les plus distingués
de Rome, lorsqu'il fut chargé d'enseigner l'ana-
tomie au Collège de la Sapience. Doué d'une
grande facilité d'élocution , servie par une con-
naissance approfondie de la matière, Lancisi
s'acquitta pendant treize ans de ses fonctions
avec un tel succès, qu'il eut fréquemment l'hon-
3âi
LANGISI
332
nèUf déconiDter parmi sèsabditeotsdés hommes
en renom, entre autres Malpighi. Il n'avait guèrfc
plus de trente ans lorsque le pape Inilocent XI
lui donna un canonicat, et l'élevaâu rang d'ar-
chiâtre. Depuis cette époque jusqu'à sa mort ,
les succès de la renommée de l'ëminent prati-
cien ne firent que s'accroître. Appelé aux postes
les plus élevés de l'État Romain, nommé succes-
sivement médecin du sacré collège et des souve-
rains pontifes , faisant marcher du même froUt
les soins d'une grande clientèle et les études du
cabinet, il trouvait encore le temps de corres-
pondre avec les savants de différents pays, et de
participer activement au\ travaux des sociétés
savantes dont il était membre. Quoique d'une
santé constante et d'habitudes très-régulières,
Lancisi n'avait que soixante-cinq ans lorsqu'il
succomba en quelques jours aune fièvre maligne
compliquée de pleurésie. Voyant venir la mort
avec sérénité, il avait demandé les secours de
la religion, et dicté un testament par lequel il
consacrait une partie de sa fortune à des fonda-
tions charitables. Le pape Clément XI , dont il
était l'ami autant que îe médecin, lui fit faire de
splendides funérailles.
Ses biographes nous le représentent comme
un homme de petite stature, d'une physionomie
spirituelle et vive ; éloquent en public, affable et
même enjoué dans le inonde sans cesser d'être
digne ; se faisant de nombreux amis par son esprit
conciliant : Vi7' eruditus et 'philanthropus, ad-
juvarevierentes et lites componere amans, a dit
de lui le grand Haller. Lancisi eut la générosité
de faire don de son vivant à l'hôpital du Saint-
Esprit de la magnifique bibliothèque qu'il avait
rassemblée , et qui ne comprenait pas tnoins de
20,000 voliuïies , et un assez grand nombre de
manuscrits. Il y joignit un cabinet de physique
et un capital considérable, destiné à l'accroisse-
ment annuel de ces précieuses collections. L'i-
nauguration s'en fit avec solennité en présence
de Clément XI, et un ouvrage imprimé par Car-
sughi consacra le souvenir de cet acte de muni-
ficence.
Les ouvrages de Lancisi, d'une latinité pure
et élégante, dénotent un savoir aussi versé qu'é-
tendu. L'anatomie, la physique et les mathéma-
tiques étaient ses sciences favorites. Quoique
partisan déclaré du iatro-chimisme , il savait,
dans la pratique, subordonner ses idées théori-
ques aux données de l'expérience, et n'apportait
jamais au lit du malade les utopies du sectaire.
Lancisi a, comme anatomo-pathologiste et comme
épidémiographe, des titres durables à l'estime de
la postérité.
Son traité De Subitaneis Mortibus fut com-
posé à l'occasion des morts subites qu'on comptait
en assez grand nombre à Rome en 1705 et 1706 et
dans le but de prouver que ces événements ne te-
naient pas à des causes générales, mais à des états
organiques individuels. Sans contester ce que cette
doctrine a de fondé, nous feroûs remarquer qu'on
ne saurait nier non plUs l'influence de certains
états atmosphériques sur les individus |j|édlsposés
à ce genre de mort par un état organique an-
térieur. Ainsi nous avons vu fréquemment des
morts subites coïncider avec une diminution ra-
pide et considérable de la pression atmosphéri-
que. Duhamel avait déjà fait la même remarque
{Mémoire de l'Académie des Sciences, il kl). La
suffocation par suite de lésions intéressant les
voies respiratoires,- V apoplexie résultant d'une
congestion subite ou lente du cerveau, la syncope
occasionnée par des vices organiques du cœur ou
des gros vaisseaux , telles sont les trois causes
générales auxquelles Lancisi attribue ces évé-
nements. Il étudie les signes qui distinguent la
mort apparente de la mort confirmée, indique
ce qu'il y a à faire dans le premier cas, et donne
des conseils aux individus pléthoriques pour se
préserver de l'apoplexie : il insiste surtout sur
les dangers de l'intempérance. Ces recherches,
étayées d'observations intéressantes, eurent une
heureuse inlluence sur la direction de la science
en faisant mieux comprendre l'importance des
investigations nécroscopiques. Ainsi jusques là
les morts subites, résultat d'une maladie du
cœur, avaient été presque toujours confondues î
avec l'apoplexie.
Dans le traité De Noxiis Paludum EJfluviis, ,
qui parut dix ans après le précédent, Lancisi
étudie les propriétés morbigènes des miasmes ma-
récageux, dont aucun auteur n'avait jusque alors
parlé ex prq/esso. Il y donne, en outre, la rela-
tion de cinq grandes épidémies qui ravagèrent
l'État Romain, et qu'il attribue à des émana-
tions paludéennes. Il montre en observateur
sagace qu'au commencement de l'été les fièvres
de cet ordre sont des tierces simples, sans ap-
parence de malignité; qu'à une époque plus
avancée, et sous l'influence des grandes chaleurs,
elles ont souvent une issue funeste; qu'enfin à
l'équinoxe elles sont meurtrières et revêtent un
caractère pestilentiel , . laissant à leur suite ,
quand le malade y échappe, des congestions
viscérales souvent accompagnées de fièvres
quartes. Quant aux explications théoriques que
l'auteur donne de ces faits, on comprend com-
bien elles paraîtraient erronées de nos jours.
L'assainissement des marais, des citernes et des
canaux furent les moyens qu'il indiqua pour
éviter le retour de ces calamités publiques. Il
avait cru devoir aussi conseiller d'allumer de
grands feux, conformément à la doctrine des
anciens, à laquelle les progrès de la chimie mo-
derne ne permettent plus d'ajouter foi. Mais
l'onvrage capital de l'auteUr, celui pour la com-
position duquel il a le moins emprunté à ses
devanciers, c'est le traité De Motit, Cordis et
Anevrismatibus. Dans le premier livre, il décrit,
en anatomiste habile, la structure et les mouve-
ments du cœur. Dans le second, il traite des
anévrismes de cet organe et de ceux des ar-
tères, qu'il divise en vrais ou spontanés, et faux
o3'3
LAINCISI
ou consécutifs. Plusieurs points de la sympto-
matologie du cœur y sont élucidés avec discer-
nement. Il y donne le premier, pour signe de là
dilatation des cavités droites, les pulsations des
veines jugulaires. Il regardait l'altération des
fluides comme capable d'occasionner l'accroisse-
ment du cœur. Ce traité, enrichi d'observations
très-curieuses, a ouvert la voie aux travaux des
pathologistes modernes sur cette matière, en fai-
sant voir qu'une foule de symptômes rapportés à
des affections de la plèvre ou des poumons dé-
pendent de lésions auatomiques des organes
centraux de la circulation : Occultée multorum
Morborum Camée sunt investigandes, quee
ipsis cordis vasis dilatatis vel obstructis re-
positee sunt. Nonmdla su/focativa asthmata,
pectons hydropisis uno ex fonte pendent,
vixquaWms videlicet vasibus cordis.
Les ouvrages de- Lancisi ont pour titres : De
Suhitaneis 3Iorlïbus Libri duo; Rome, 1707,
in-'i" : cinq édit. ; deux traductions allemandes;
— De nativis atque adventitiis Romani cœli
Qualïtatlbus , cui accedit hïstoria épidémies
rhiunaiicae quee per hyemem anni 1709 va-
gala est; Rome 1711, in-4°; et Genève, 1713,
in- 12. L'auteur prouvait dans cette dissertation
(qui eut un résultat important en hygiène pu-
blique, puisqu'elle provoqua plusieurs édits du
pape pour l'assainissement des États romains )
(jut; les miasmes qui se dégagent sous l'in-
fluence de la chaleur des marais Pontins , que
[les inondations du Tibre et les eaux sta-
gnantes de Rome y entretenaient des foyers
perpétuels d'insalubrité, auxquels il fallait at-
tribuer le caractère de malignité constaté dans
l'épidémie dont l'auteur donne la relation;
— De Noxiis Paludum Effluviis, eorumque
remediis, Libri duo; Rome, 1717, în-4°. Ce
traité comprend deux parties : dans la pre-
Imière, revenant sur les questions qu'il avait
I traitées dans l'ouvrage précédent, il étudie les
I causes et le traitement des maladies palu-
i déennes ; dans la seconde, il décrit, comme nous
l'avons dit, les épidémies dont il avait été té-
moin ; — De Motu Cordis et Anevrismati-
hus, opus posthîimum, in duas partes divi-
sum ; Rome, 1 728, in-fol., avec planches : quatre
édit. ; la première, d'une belle exécution typo-
graphique, est la moins complète. On trouve
encore dans les œuvres de Lancisi un recueil de
consultations, un traité de méthodologie médi-
cale, quelques ouvrages sur les épizooties ; un
cours d'anatomie classique ; une édition des ta-
bles anatomiques d'Eustache ( voy. ee nom) avec
le concours de Morgagni.
La bibliothèque Lancisienne du Saint-Esprit
possède aussi quelques manuscrits de son cé-
lèbre donateur. Enfin les de Tournes publièrent,
du vivant de l'auteur, une édition de ses œuvi'es
sous le titre de : S. M. Lancisii Opéra quee hac-
tenus prodierunt omnia, dissertationibiis
tionnidlis adhUcditm ineditis locupletatee ;
LANÇON 334
Genève, 1718, 2 vol. in-4». Mais ce n'est que
dans l'édition suivante, publiée dix-neuf ans
après la mort de l'auteur, qu'on possède ses œu-
vres complètes ■• Opéra varia in unumcongesta,
et in duos tomos distributa; Venise, 1739,
in-fol.; Rome, 1745, 4 vol. in-4°.
D" C. S.\ucEROTrE.
p. Assalti, p'ie de Lancisi, en tète du traité De MotU
Cordis. — E. Sgnaidi, OEuvres complètes. — Fabroni,
Fitse Jtalorym, etc.
LANCiVAL. Voy. LcceIde La.noival.
LASCLUSE (François), écrivain du seizième
siècle. On manque de renseignements sur sa vie ;
on sait seulement qu'il avait embrassé avec zèle
les opinions de la réforme et mis en vers français
VAntithesis Christi et Antichristi, videlicet
Papee, un des ouvrages les plus vifs que le cal-
vinisme lançait alors contre la papauté. Ce livre
avait le mérite de joindre aux injures du texte
des images satiriques. Ce sont des figures sur
bois, gravées avec habileté , qui amènent les bi-
bliophiles à rechercher et à payer à un prix
élevé ces vieux témoignages de colères au-
jourd'hui apaisées. Voici le titre d'une des édi»
tions françaises : Antithèse des faicts de Je'
sus-Christ et du pape, mise en vers fran-
çois , ensemble les traditions et décrets du
pape opposez aux commandements de Dieu.
Item la description de la vraye image de
V Antéchrist avec la généalogie , la nativité
et le baptesme magnifique dHceluy. Le texte
remanié et sans gravures reparut en 1612 et
en 1620, sous le titre d'Antithèse de Notre-
Seigneur Jésus-Christ et du pape de Rome,
dédié aux champions et domestiques de la
Foy. Lancluse jugea à propos de déguiser son
nom sous une anagramme facile d'ailleurs à de-
viner. L'original latin est attribué à Simon Ro-
sarius et avait paru pour la première fois à
Genève en 1557. G. B.
Observationes selectse ; 1700, tom. IV. — Schelhorn,
Amœnitates litterariae, t. lU, p. ISl. — David Clément,
Bibliothèque curieuse, t. Vil.
LAKÇON ( Nicolas- François ), seigneur de
Sainte-Catherine, archéologue français, né à
Metz, le 17 mars 1694, mort dans lamême ville,
le 6 mars 1767. il étudia le droit, et suivit quelque
temps la carrière du barreau, devint conseiller au
parlement de Metz, maître échevin de Metz, le 12
féviier 1758. Il consacra ses loisirs à des recher-
ches historiques et archéologiques sur sa ville na-
tale et le pays Messin. On a de lui : Mémoire sur
Vétat de la ville de Metz et les droits de
ses évêques avant V heureux retour des trois
évêchez sous la domination de nos roys ;
Metz, 1737, in-fol.; — Table chronologique
des Edits, Déclarations, Lettres patentes et
Arrêts du conseil, registres au parlement de
Metz depuis sa création jusqu'en 1740, en-
semble des écrits et règlements rendus
par ladite oour, etc. ; Metz, 1740, in-4°; —
Usages locaux de la ville de Tout et pays
Toulois, homologués et autorisés par lettres
335 LANÇON -
patentes du 31 septembre 1746, ensemble le
procès verbal de rédaction ; Metz, in-12. Les
villes de Toul et de Verdnn étaient tombées, de-
puis 1552, dans une jurisprudence incertaine,
qui laissait un vaste champ à l'ignorance et à la
mauvaise foi. Lançon, qui avait fait une étude
approfondie de l'ancienne législation, s'appliqua
à mettre en ordre tout ce qui pouvait concerner
les coutumes des deux villes de Toul et de Ver-
dun; — Recueil des Lois, Coutumes et Usages
des Jziifs de Metz, déposé au greffe du parle-
ment, le 11 mars 1743. Le roi avait ordonné
aux Juifs de Metz , par déclaration du 20 août
1742, de recueillir et traduire en langue française
leurs coutumes et leurs usages en matière ci-
vile; mais ce travail fut tellement prolixe et
rempli de tant de choses inutiles, que Lançon
s'appliqua à en extraire tout ce qui offrit de l'in-
térêt. C'est à Lançon, son protecteur, que dom
Joseph Cajot dédia son ouvrage des Antiquités
de la ville de Metz. A. Jadin.
Dom Cajol, Antiquités de Metz, épUre dédicatoire. —
Duhamel ( Bardou ), Mémoire historique de M. Lançon,
maître échevin de Metz. — Histoire de Metz, tom. III,
p. 356-357. — I^ temple des Messins, p. 120. — Essai
philologique sur la Typographie. — Bégin, Biographie
de la Moselle.
LÂNCONEL.LO ( CristofoTO ), peintre de l'é-
cole bolonaise, né à Faenza, vivait au commen-
cement du dix-septième siècle. On conserve de
lui au palais Ercolani de Bologne une Madone
dans une gloire avec saint François, sainte
Claire et deux autres saints, dont le coloris plein
de charme et la gracieuse expression font re-
connaître dans l'auteur de ce beau tableau un
élève ou au moins un bon imitateur du Baroc-
cio. On ne connaît aucun autre ouvrage qui
puisse lui être attribué avec certitude. E. B — n.
Lanzi, Storia Pittorica. — Ticozzi, Dizionario.
LANCRE ( Pierre de ), démonographe fran-
çais, né à Bordeaux, mort en 1630. Sa famille
appartenait à la magistrature, et lui-même était
conseiller au parlement de sa ville natale , lors-
qu'il fut envoyé comme commissaire extraor-
dinaire dans le canton de Labour pour instruire
les procès d'une foule de malheureux entassés
dans les prisons et accusé^ de sortilèges. Il ré-
sulté de ses procès-verbaux qu'à la suite des
tortures légales qu'il leur lit infliger, plus de
cinq cents détenus se reconnurent sorciers,
et furent brûlés vifs par suite de leurs aveux.
Lancre fut récompensé de son zèle par une
charge de conseiller d'État. On a de lui : Ta-
bleau de l'inconstance et instabilité de
toutes choses; Paris, 1611, in 4°; — Ta-
bleau de l'inconstance des mauvais anges et
démons; Paris, 1613, in-4°. Ce livre est fort
rare; les exemplaires les plus recherchés con-
tiennent une représentation du sabbat des sor-
ciers qui, quoique mal exécutée, ne manque pas
d'originalité; — Le Livre des Princes, conte-
nant plusieurs notables discours ; Paris, 1617,
10-4"; — L'IncrédulUé et Mescréance du sor-
LANÇUÇKI 336
tilége pleinement convaincue, etc.; Paris,
1622, in-4° : l'auteur y traite de la fascination,
de l'attouchement, etc. A. L.
Chaudon et DelanUine, Dictionnaire historique. —
Brunet, Manuel du Libraire, t. II, p 221.
l L.ANCRENON ( Charles ), peintre français,
né à Lods (Doubs), vers 1792. Élève deGirodet,
il remporta le deuxième grand prix en 1816,
exécuta divers tableaux d'histoire et de genre,
qu'il exposa aux divers salons depuis celui de
1819. Il est aujourd'hui directeur du Musée de
Besançon. Ses principaux ouvrages sont : Tobie
rendant la vue à son père (Salon de 1819);
— Borée enlevant Or,ijthie, plafond ( Salon de
1822) ; — Le Fleuve Scamandre (Salon de
1824 et exposition de 1851 ) : ce tableau a été
ensuite placé au Musée du Luxembourg ; —
Apothéose de sainte Geneviève ( Salon de
1827); ce tableau est aujourd'hui à l'église Saint-
Laurent, à Paris ; — La Paix, dans la qua-
trième salle du Conseil d'État au Louvre; —
Alphée et Aréthuse (Salon de 1831 et exposi-
tion de 1855 ) ; — Scène tirée de D. Juan de
lord Byron (Salon de 1833); — Enfant
jouant avec unchien (Salon de 1845 ). M. Lan-
crenon a reçu une médaille au Salon de 1827.
G. DE F.
Doe. partie. — Annuaire statistique des Art, franc.
lANCRËT ( Nicolas), peintre français, né à
Paris, en 1690, mort en 1743. Il eut pour maî-
tres Pierre Ulin et Gillot. Condisciple de Wat-
teau , il suivit en tous points les conseils de son
ami, et, aveuglé par le succès qui accueillait ses
œuvres, il s'identifia tellement avec sa manière
que, dans une exposition publique, on prit un
tableau de Lancret pour un Watteau : ce suc-
cès amena la brouille entre les deux artistes. Ce-
pendant Lancret ne saisit que rarement la
finesse de pinceau et la délicatesse de dessin de
son émule. Les compositions de Lancret sont
riantes et agréables, mais généralement affec-
tées; sa couleur est faible et papillotée. Il eut
néanmoins une grande réputation dans son
temps, et fut nommé peintre du roi. En 1719
l'Académie de Peinture le reçut, sous le titre de
peintre de fêtes galantes, titre assez curieux,
et qui montre dans quel état étaient tombés. les
arts sous la régence. On connaît au moins
quatre-vingts tableaux de cet artiste, presque
tous reproduits par la gravure. On en voit plu-
sieurs dans les galeries de Dresde, de Sans-
Souci en Prusse, au Louvre de Paris, etc.
A. DE L.
Ballot, £/oge de M. Lancret, peintre du roi ; 1743, in-12.
— Charles Blanc, /histoire des Peintres, livr. 91, n" 43 de
l'École française.
LANÇUÇRi ( ye«w ), mathématicien polonais,
né vers 1450, mort vers 1520. On a de lui :
Alyorithmus Unealis cumpulchris cofiditio-
nibus duarum Regularum de Fri : una de
integris : altéra vero de fractis : Regulisque
socialibus , et semper exemplis idoneis ad-
junctis. Cet ouvrage, publié pour la première
337
fois à Cracovie, en 1517, fut réimprimé en 1519,
en i538, en 1548 et en 1550. L. Ch.
Janociana, vol. III.— F. Bentkowski, Hist. de la Littér.
Polon. — J. Chodyniçki, Les Polonais savants, 1833.
LANDA (Mathieu de) littérateur français,
vivait au seizième siècle. Il appartenait à l'ordre
des Carmes, et prenait le titre de docteur en
théologie de la faculté de Paris. On a de lui :
Manuel des abus de l'homme ingrat, avec la
copie des lettres de Martin Bucere de Stras-
bourg, envoyées audit F. Mathieu, et lares-
ponse d'icelles; Paris, 1544, in-8°, livre rare;
— Miroir du corps humain , oii est décrit ses
misères et calamitez, aussi son excellence et
dignité; Rouen, 1553, 1563, in-S", et Paris,
1584, in-16. K.
Tessier, Essai sur la Typographie de Metz.
LANDA (Juan de), peintre espagnol , vivait
àPampelune de 1570 à 1630. Il peignait fort bien
la fresque et l'histoire ; les prix élevés accordés
à ses productions sont une preuve de l'estime
que l'on en faisait. En 1599, il décora le grand
maître autel de Sainte-Marie de Tafalia, et reçut
pour prix de ses travaux 70,460 réaux (environ
18,000 livres), somme considérable pour le
temps. L'année suivante, il peignit pour la pa-
roisse de Caseda un Saint Michel et une Sainte
Catherine, qui lui furent payés 3,787 ducats. A
cette époque les peintres de mérite ne dédai-
gnaient pas de dorer et de colorier les sculptures.
Lanza a étoffé de la sorte beaucoup de monu-
ments religieux. A. de L.
Ouilliet, Dictionnaire des Peintres espagnols.
LANDAIS (1) ( Pierre ), favori du duc de Bre-
tagne François II , né à Vitré, pendu à Nantes ,
le 18 juillet 1485. Il était fils d'un tailleur, et
lui-même exerça celte profession. Il devint valet
de garde-robe du duc François II , et gagna la
faveur de son maître, qui lui confia le pouvoir
le plus absolu en Bretagne. « Il éleva, dit Mé-
zeray, aux charges du pays des gents de sa sorte
et surtout de ses parents, entre autres les Guibez,
fils de sa sœur, à cause de quoy il y avoit beau-
coup d'envie contre lui de la part des seigneurs,
particulièrement depuis qu'il avoit fait mourir
de cruelle faim dans la prison le chancelier Jean
Chauvelin et Jacques de Lespinay, evesque de
Renés. » — « Avide comme un parvenu, dit un
autre historien, reportant toutes ses faveurs sur
les siens, traitant cruellement quiconque ne pliait
pas devant lui, il résista à la noblesse, qu'il mé-
prisait , sut contenir le clergé , brava Louis XI,
et porta continuellement le duc à se jeter dans
l'alliance de l'Angleterre. Quant au peuple, il
n'eut pas à se plaindre de l'administration de Lan-
dais. Soit haine des nobles, soit sympathie pour
les hommes de sa classe, soit conscience ins-
tinctive de l'avenir, il favorisa la représentation
des bourgeois aux états , protégea le commerce,
fit abolir beaucoup de droits féodaux , et encou-
. (1) Ce nora est écrit quelquefois Landays et Landais.
LAJNÇUÇRI — LANDELLE
338
ragea l'imprimerie. Cependant, les nobles , im-
patients de se venger de ses insolences , prirent
les armes , et tentèrent de l'assassiner. Une pre-
mière fois il déjoua leurs complots, et son crédit
en devint plus grand que jamais. Il en profita
pour engager son maître à donner asile au duc
d'Orléans. Tous les ennemis de Landais crièrent
contre son système politique. Une nouvelle ligue
de nobles , soutenue par Charles VIII, l'attaqua
alors , et cette fois elle réussit à soulever contre
lui le peuple de Nantes. Il fut livré par le duc
lui-même, dans la chambre duquel il avait cher-
ché un asile. François II exigeait formellement
de son chancelier François Chrestien qu'on épar-
gnât les jours de Landais; mais les six commis-
saires qui instruisirent son procès y mirent une
telle diligence, qu'en peu de jours les exactions,
les abus du pouvoir, les déprédations, les meur-
tres dont on l'accusait à tort ou à raison furent
suffisamment constatés après que le prévenu eut
subi la question. Il fut condamné à être pendu
et exécuté sur-le-champ. « Le gibet, continue
Mézeray, fut le dernier degré de son orgueil. »
A. d'É— p — c.
Mézeray, Abrégé chronologique de V Histoire de
France , t. V, p, 7-18. — Slsmondi, Histoire des Fran-
çais, t. XIV, p. 396-399, t. XV, p. B à 19. — Le Bas, Dict.
encycl. de la France.
LANDAIS (Napoléon), grammairien et ro-
mancier français, mort à Paris , en 1852. On a de
lui : Dictionnaire général et grammatical des
dictionnaires français , etc.; Paris, 1834, 2 vol.
in^" ; cette première édition est pleine de fautes ,
indiquées à la fin du 2^ volume; — Gram-
maire générale et raisonnée de toutes les
grammaires françaises; 1836, gr. in-8°; -—
Une Vie de Courtisanne; 1832, 3 vol. in-12;
— Une Femme du peuple; 1834, 2 vol. in-8'^;
— La Fille d'un Ouvrier ; 1836, 3 vol. in-8°,
(sous le pseud. Eug. de Massy ); — Commen-
taires et Études littéraires ; 1849, in-8°.
G. DE F.
Documents particuliers. — Journal de la Librairie.
LANDAZCRi (JoacMm), historien espagnol,
né à Vittoria, en 1724, mort dans la même ville
le 12 janvier 1806. Il entra dans les ordres , et
consacra sa vie à l'étude de l'histoire et de la
géographie de sa province. Il fut admis dans l'A-
cadémie de Madrid, et reçut une pension du roi
Charles III. On a de lui : Historia ecclesiastica
y polit ica de la Vizcaya; Vitoria, 1752, 5 vol.
in-4°; — Geographia de la Vizcaya; Vitoria,
1760, 2 vol. in-8° ; — Historia de la Ciudad
de Vitoria; Vitoria, 1780, in-4''; —Historia
civil de laProvincia de Alava; Vitoria, 1798,
in-4°. Z.
Brunet, Manuel du Libraire. — Arnault, Jouy, etc.
Biogr. des Contemporains.
* LANDELLE ( Charles ) , peintre français ,
né à Laval (Mayenne), vers 1816. Il eut pour
maître Paul Delaroche , et exposa pour la pre-
mière fois au salon de 1841. Ses principaux ta-
339
LANDELLE — LANDER
340
bleaux sont : Le bienheureux Angélique de
Fiesolle demandant Vïnspiration à Dieu (mé-
daille de deuxième classe au salon de 1 842) ; — La
Charité (salon de 1843 ); — La Sainte Vierge
et les saintes femmes allant au sépulcre (mé-
daille de troisième classe au salon de 1845) ; —
Sainte Cécile (salon de 1848, médaille de première
classe); — Jésus-Christ avec saint Pierre
et saint Jean ( salon de 1850); — Sainte
Véronique (même salon) ; — Le Repos de la
la sainte Vierge : ce tableau lui valut à l'expo-
sition universelle de Paris , en 1855 , une mé-
daille de troisième classe. M. Landelle a reçu la
croix de la Légion d'Honneur, le 14 novembre
1855. G. DE F.
Documents particuliers.
LANOEN (/oM), géomètre anglais, naquit
en janvier 1719, à Peakirk, près Peterborough,et
mourut le 15 janvier 1790 , à Milton. Nous sa-
vons peu de chose sur sa jeunesse. Nous le trou-
vons travaillant au Ladifs Diary en 1744. Il
s'abandonna ensuite complètement aux spécula-
tions mathématiques , et ses travaux, insérés
pour la plupart sous forme de mémoires dans
les Transactions Philosophiques, le firent
nommer, en 1 766 , membre de la Société royale
de Londres. Landen avait déjà publié : Mathe-
matical Lncubrations {in-S", 1755), renfer-
mant plusieurs beaux théorèmes sur la rectifica-
tion des lignes courbes, la sommation des sé-
ries et l'intégration des équations différentielles ;
et The residual Anal y sis , a neio branch of
the algebric art (in-8°, 1764), exposition d'une
méthode que l'auteur proposait de substituer à
celle des fluxions , tentative malheureuse, qui fut
cependant renouvelée par Kramp , par Arbogast
et enfin par Lagrange, dans sa Théorie des Fonc-
tions analytiques. « Cette analyse résiduelle,
a dit un critique auquel nous nous associons plei-
nement, cette analyse résiduelle, dont les pro-
cédés embarrassants et compliqués font perdre au
calcul différentiel ses principaux avantages ma-
thématiques , savoir la simplicité et l'extrême fa-
cilité des opérations , doit être rangée aujour-
d'hui parmi toutes ces méthodes indirectes qui ont
voulu usurper dans ces derniers temps la place
du calcul infinitésimal et dont toute la valeur
repose sur ce qu'elles empruntent implicitement,
à leur insu, aux principes supérieurs de ce cal-
cul. » Dans ses autres travaux, Landen eut le
bon esprit de se servir des procédés newtoniens,
et on ne peut que donner des éloges à ses re-
cherches sur la sommation des séries , sur les
lois du mouvement de rotation^ etc . Une de ses
plus belles découvertes est celle de l'égalité d'un
arc d'hyperbole à la différence de deux arcs el-
liptiques assignables, vérité dont Legendre a
donné depuis une démonstration plus simple,
dans sa Théorie des Fonctions elliptiques.
Outre les ouvrages que nous venons de citer,
on doit encore à Landen : Animadversions on
D' Stewarts Computation ofthe Sun 's distaîice
from theEarth; Londres^ 1771, in-8<"(l). Son
dernier ouvrage, intitulé Mûthematical Me-
moirs (2 vol. in-4°), parut la veille de sa mort.
Parmi les mémoires de Landen, publiés dans
les Philosophical Transactions, les principaux
sont : An Investigation of some Theorems
îvhich suggest some remarkable properties of
the Circle, and are ofuse in resolving Frac-
tions, whose denominators are certain multi-
nomials , into more simple ones ( année
1754); —A Spécimen of a new Method ofcom-
paring CurvoUneal Areas, by which means
such areas may be compared, as hâve not yet
appeared to be comparable by any other
method (1768) ; — A Disquisition concerning
certain Fluents , which are assignable by the
Arcs of the Conic Sections , wherein are in-
vestigated some new and useful theorems
for Computing such fluents (1771); — An
Investigation af a gênerai Theoremfor fin-
ding the Lenght of any Arc of any Conic
Hyperbola by means of two Elliptic Arcs ,
with some other new and useful theorems
deduced therefrom (1790); etc. E. Merlieux.
Philosophical Transactions, années 1754 à 1790. —
Barginet, article Landen, dans le Dictionnaire des
Sciences Mathématiques de Montferrier. — Chasle,
Jperçu historique sur l'origine et le développement des
Méthodes en Géométrie.
LAKDËR ( Richard ) , voyageur anglais , né
en 1804, dans le comté de Cornwall, mort dans
l'île de Fernando-Po, le 27 janvier 1834. 11 exer-
çait la profession de typographe, lorsque le goût
des voyages le décida à suivre le capitaine Clap-
perton dans son voyage de découvertes en Afri-
que. Arrivé avec lui à la baie de Bénin, ils pé-
nétrèrent jusqu'à Sakkatou, où Clapperton mou-
rut (1). Richard Lander revint en Angleterre en
1828, et y publia le récit du capitaine ainsi que
son propre journal (i829). Il s'offrit au gouver-
nement anglais pour continuer les explorations
relatives au cours du Niger. Son offre fut ac-
ceptée, et , conjointement avec son frère John,
il partit de Plymouth le 9 janvier 1830 , sur le
brick Ale7~te, et le 22 février suivant il débarqua
à Const-Castle, l'un desprincipauxétablissements
anglais en Guinée. Après un séjour de trois se-
maines, les voyageurs se dirigèrent sur Badagry,
où ils atterrirent le 22 mars. Ils y furent assez mal
reçus par le roi Adouly, et, dit Lander, « si nous
eussions trouvé parmi les Badagryotes un seul
brave homme , nous aurions pris plaisir à pro-
clamer ce fait; mais il n'en fut pas ainsi : ils
exercèrent sur nous sans scrupule leurs mau-
vais penchants. Les Badagryotes, quoique maho-
métans, font encore des sacrifices humains aux
démons. » Les frères Lander se hâtèrent de
quitter de si dangereux hôtes, et le 17 juin ils ar-
rivèrent à Boussa, où ils visitèrent l'endroit où
(1) L'erreur signalée par Landen avait déjà été recon-
nue et espliquée par Dowson, en 1769.
(2) Pour éviter (ie& répétions, nous renverrons noslec-
eurs à l'article CLAPPiiRXON.
341 LANDER
Mungo-Park et ses compagnons avaient trouvé la
rnoii, en 1809; mais ils ne purent recueillit
aucuu détail sur la catastrophe qui termina la
Tie (le ce courageux voyageur. Ils s'embarquè-
rent ensuite sur le Niger ( Quorra dans le lan-
gage indigène ), passèrent devant les villes de
Congi, d'Inguazilligie, devant l'île de Pastastrie,
et le 12 octobre ils descendirent à Rabba, capitale
du roi des Eaux-Noires , qui les reçut cordiale-
ment. Us visitèrent ensuite Damuggou , Eboe , et
le 18 novembre ils entrèrent dans la principale
branche du Quorra , appelée la rivière Nun, el
montèrent à bord d'un brick anglais, qui les coii-
duisit à Fernando-Po (!'''' décembre). Le 20 jan-
vier 1831 il reprirent la mer sur le Caernarvon,
mouillèrent à Rio-Janeiro , et le 9 juin jetèrent
l'ancre à Portsmouth. Ce voyage n'avait eu d'au-
tre résultat que de constater que le Niger se jette
dans la baie de Bénin par plusieurs bras.
En 1832, les frères Lander tentèrent une nou-
velle expédition; ils entreprirent de remonter
le Quorra stir un bateau à vapeur, faisant partie
d'une expédition armée par des négociants de
Liverpool. Us entrèrent dans le Tschadda, qui se
jette à Adda-Koudda,dansle Quorra, et construi-
sirent un fort sur une petite île, qu'ils nommè-
rent Ënglûnd-Island. Le commerce qu'ils éta-
blirent avec les indigènes fut assez avantageux
pour les exciter à en chercher l'extension, et en
1833 Richard Lander et quelques-uns de ses
compagnons entreprirent une excursion dans
le Bras5, rivière qui fait partie du delta du Niger.
A une distance de dix à onze myriamètres, leur
petit navire s'ensabla, et ils furent tout à coup
assaillis par les habitants des deux, rives. Ils pu-
rent échapper en se jetant dans un canot; mais
dans leur fuite Lander fut gravement atteint d'un
coup de feu à la hanche. Il mourut des suites
de cette blessure.
Son frère John , né en 1807, mort le 16 no-
vembre 1 839, avait comme lui débuté dans la ty-
pographie, et l'accompagna dans tous ses voyages.
il revint en Angleterre, où il obtint un emploi dans
la douane ; mais il mourut bientôt des suites de
ses fatigues.
Les frères Lander ont publié : Journal oj an
Expédition ta explore the Course and Termi-
nation of the Niger; Londres, 1832, 2 vol.;
trad. en français par M™" Louise Belloc, Paris,
1832, 3 vol. in-8°. A. de L.
William Smith, Collection ohoisie des yoyages autour
àù Monde, t. IX, p. 4to-43S. — Ferd. Hoefer, yjfrique
centrale, dans l'Univers pittoresque , p. 215-249.
LANDERER (Ferdinand) , dessinateur et
graveur allemand, né en 1743 à Stein (Autriche),
mort à la fin du dernier siècle. Il eut Schmutzer
pour maître de gravure, enseigna le dessin au
Collège militaire de Vienne , et fit partie de l'A-
cadémie impériale. Ses oeuvres originales sont,:
Héiiodore au temple de Jérusalem ; — Jo-
seph de Kurtz; — une série de têtes diverses
dans le stvle de Rembrandt; — Paysage avec
LANDES
342
ruines; — Oes planches pour l'ouvrage inti-
tulé : Sittiationen ; Vienne, 1784, 2 vol. —
Samson et Dalila; d'après Rembrandt; — d'à-,
près M. J. Schmidt : Jésus-Christ guérissant
les boiteux; 1760; — Le bon Samaritain;
1760; V Astronome ; Le Chimiste; Le Joueur de
violon ; — d'après F. Casanova : Le Décharge-
ment des Bagages et Les Vivandiers en repos;
— d'après Loutherbourg : deux Paysages avec
figures et animaux ; d'après Rubens : — Suzanne
elles Vieillards et Diogène et Alexandre. K.
G. GandelUni, iVofiite.XI. — Fuessti, Kûnstler-Lex.,
357. — Nagler, KUnstler- Lex., VII, 264. — Ch. Le Blanc,
Man. de l'Amateur d'Estampes.
LANDES (Pierre), publiciste français, né
en 1754, à Paris, lîlort le 28 novembre 1806, à
Dijon. Reçii avocat, il exerça sa profession au
barreau de Dijon. Lorsque la révolution éclata, il
prit la plurhe pour en combattre les principes, et
soutint avec Urte certaine vivacité la cause des
parlements, qu'il ne séparait point de celle de la
monarchie. La hardiesse de ses opinions faillit
lui être fatale : arrêté daiis les premiers jours de
la terreur, on le conduisait à Paris lorsque plu-
sieurs de ses amis, bien armés et masqués,
s'embusquèrent sur la route et réussirent à le
déhvrer. 11 gagna aussitôt la Suisse, où il entre-
tint une correspondance active avec le prince de
Condé. L'invasion de l'armée française Texposa
à de nouveaux dangers ; signalé comme un agent
politique des plus dangereux, il fut jeté en pri-
son, et allait être transféré à Paris ; l'interven-
tion de sa fille , enfant de sept ans , émut à un
tel point le général en chef, qu'il lui fit grâce de
la vie. Landes passa en Allemagne , s'y employa
de nouveau au service des Bourbons , et profita
en 1801 de l'amnistie accordée aux émigréspour
rentrer définitivement en France. On a de lui :
Journal de ce qui s'est passé à Dijon à l'oc-
casion de la rentrée du parlement; Kehl
(Dijon), 1789,in-8°; —Discours aux Welches,
dans lequel on a inséré la justification des
chambres des vacations des parlements de
Rouen, de Metz , et particulièrement de
Rennes, ouvrage dénoncé à l'Assemblée na-
tionale; Dijon, de Vimpr. des Aristocrates ,
27 mars 1790, in-8°; — Nouveau Discours aux
Welches, par Biaise Vadé, fils d'Antoine et ne-
veu de Guillaume; Paris, 1790; in-8°: ces deux
écrits , qui causèrent beaucoup de sensation ,
furent publiés à l'occasion des tracasseries qui
précédèrent la suppression des parlements; — ■
Principes de Droit politique mis en opposition
avec ceux de J.-J. Rousseau sur le Contrat
social; Neufchâtel (Suisse), 179I,in-8°, réimpr.
en 1801 à Paris; — De la Nécessité d'un État
monarchiqiie en France;ihiâ, 1795, in-S", qui
fut, dit-on, écrit par ordre du comte de Pro-
vence; — Lois de la Morale et de l'Honneur;
ibid., 1797, in-S"; — Le Fugitif, ou les malheurs
dé la proscription ( ouvrage posthume) ; Paris,
1825, 4 vol. in-12. P. L— y.
343
LANDES — LANDl
Î44
Desessarls , Siècles littéraires. — Journal de la Li-
brairie, 182s,
LANDÈscHi ( Giovanni-Battista), agronome
"italien , né en 1725, en Toscane , mort en 1786.
Destiné à l'état ecclésiastique, il devint curé à
Montorzo, et s'appliqua , dans l'exercice de ces
modestes fonctions, à perfectionner les procédés
de l'agriculture dans la campagne de Florence
ainsi qu'à défricher le haut pays. On a de lui des
Saggi di Agricoltura; Florence, 1782 : traité
fort utile et qui a eu de nombreuses éditions. K.
Tipaldo, Biogr. degli Italiani, VI.
LANDi {Vergusio), chef de parti italien,
mort dans la première moitié du quatorzième
siècle. Il était originaire de Plaisance et chef
d'une famille gil)eline qui s'était montrée fort at-
tachée aux Visconti de Milan. Exilé de cette
ville par Galeas Visconti , qui avait séduit sa
femme, il s'associa aux Guelfes, et, soutenu par
le légat Bertrand de Poiet, s'empara par sur-
prise de Plaisance (9 octobre 1322). Mais, mal-
gré les nombreuses preuves de dévouement qu'il
donna à son nouveau parti , il ne put maintenir
son autorité dans cette ville , et en fut chassé
l'année suivante par les Guelfes eux-mêmes.
P. L— ï.
Slsmondi, Hist. des Républ. ital.
LANDi (Le comte Costanzo), philologue et
numismate italien, né à Plaisance, en 1521, mort
à Rome, le 25 juillet 1564. Il composa à l'âge de
douze ans une élégie latine, qui fit beaucoup es-
pérer de lui ; mais la poésie ne l'empêcha pas
de se livrer à des études plus sévères. Il suivit
les cours du philologue Amaseo à Bologne, du
savant jurisconsulte Alciat à Ferrare et à Pavie,
et alla étudier en 1555 la médecine à Padoue.
Quelques années avant, en 1545, un voyage à
Rome et la vue des antiquités de cette viJle évdl-
lèrent en lui le goiit de l'archéologie et de la nu-
mismatique. Le désir de perfectionner ses con-
naissances en ce genre le ramena à Rome vers
1560. Il y mourut, à l'âge de quarante-trois ans.
On a de lui : Lusuum puerilium Libellus ; Fre-
rare, 1545, in-8°; — Oratio habita Ticiniin
Academia III. Hippolytse marchesiee Males-
pineecumordiretur lectionem VergiHi,MDXL;
Ferrare, 154€,in-4°; — Ad titulum Pandec-
tarum de Justitia et Jure enarrationum Li-
ber ; Plaisance, 1549, in-fol. ; — Carmina ad
Venturinum Vasollum Fivizanensem ; Pavie,
1550, in-4° ; — In Epithalamium Gatidli An-
notationes; Pavie, 1550, in-8°; — Veterum
Numismatum Romanorum miscellaneœ Sxpli-
cationes ; Lyon, 1560, in-4°. C'est le plus connu
des ouvrages de Landi, et, malgré beaucoup d'er-
reurs, il mérite d'être encore consulté ; une se-
conde édition parut sous le titre de Selectiorum
Numismatum prsecipue Romanorum, Exposi-
tiones ; Leyde, 1695, in-4°. Z.
Tiraboschi, Storia delta Letteratura Italiana, t. VII,
part. II, p. 227. — Pogglali, Storia Letteraria di Pia-
cenza, 1. 11. p. 130. — Ginguené, Histoire Littéraire d'I-
ttilie, t. VU, p. S96.
LANDI (Le comte Jules), littérateur italien ,
né à Plaisance, vers 1500, mort vers 1580. Après
avoir fait ses études dans sa ville natale et à Rome,
il voyagea dans divers pays de l'Europe, et alla
jusqu'à Madère, en 1530. De retour à Plaisance, il
exerça des charges importantes. Un événement,
resté ignoré, le conduisit dans les prisons de i
Rome, vers 1536. On ne sait à quelle époque il :
obtint sa liberté , et la seconde partie de sa car-
rière est encore plus obscure que la première.
Au milieu des aventures d'une vie agitée, Landi
publia plusieurs ouvrages qui attestent un savoir
varié et une certaine facilité , mais ne s'élèvent
pas au-dessus du médiocre; en voici les titres :
Formaggiata di sere Stentato al sei'enissimo
Me délia Virtude; 1542, in-8''; — La Vita di
Esopo tradotta ed adornata; Venise, 1545,
in-8°;— La Vita di Cleopatra, reinad'Egitto,
con una Orazione nelfine, recitata nelV Acca-
demia degV Ignoranti in Iode delV ignoranza;
Venise, 1551, in-8°. Cette Vie de Cléopatre
est un roman ingénieux, et qui a été réimprimé
plusieurs fois, entre autres par Molini, Paris,
1788, in-12; elle a été traduite en français par
Bertrand Barrère, Paris, 1808, in-18; — Le
Azioni morali nelle quali , olire la facile ed
espedita introduzione alV Etica d'Aristotele,
si discorre molto risolutamente intorno al
duello ; Venise, 1564, t. P% in-4°; Plaisance.
1575, t. II, 10-4°; — La Descrizione deXV
Isola délia Madera; Plaisance, 1574, in-12. Z.
Poggiali, Memorie per la Storia Letteraria di P.la-
cenza, t. II, p. 195.
LANDI { Hortensius ) , érudit et littérateur
italien, de la famille du précédent, né à Milan, au
commencement du seizième siècle, mort vers
1560. Fils de Dominique Landi, professeur de
droit, il étudia les belles-lettres à Milan et la
médecine à Bologne. Il était, comme il l'avoue
lui-même, d'un caractère très-irritable, et mé-
nageait peu la susceptibilité d'autrui (1); aussi
se fit-il de bonne heure un grand nombre d'en-
nemis , qui profitèrent de ce qu'il avait ouver-
tement manifesté en religion des sentiments assez
peu orthodoxes pour lui faire quitter l'Italie. En
1634 il partit pour Lyon, et s'y lia avec le cé-
lèbre Etienne Dolet. Après avoir mené quelque
temps une vie errante, il retourna dans sa patrie;
il y fiit secouru et protégé par Pic de La Miran-
dole, Carraciolo, évêque de Catanea et Madruni,
évêque de Trente. Mais son humeur inquiète et
son désir d'habiter un pays libre lui firent de nou-
veau quitter l'Italie ; il se retira en Suisse, d'abord
dans le pays des Grisons, et en 1 540 à Bàle. En
1543, il alla passer quelques mois à la cour de
François r'',qui séjournait alors à Lyon. L'année
suivante il parcourut l'Allemagne, et revint bien-
tôt en Italie. Dépouillé par des voleurs , il fut
accueilli à Brescia par M.-Antonio da Mula,
(1) Par antiphrase Landi fut inscrit parmi les membres
de l'Académie des Elevati de Ferrare sous le nwu de
Hortensius Tranquillus
345 I-
gouverneur de cette ville. En 1545 il yisita plu-
sieurs parties de l'Italie , assista au mois de dé-
cembre de cette année à l'ouverture du concile
de Trente, et alla enfin se fixer à Venise , où il
passa le reste de ses jours. Son savoir était varié,
mais manquait de solidité, ce qui, joint à l'ex-
centricité qu'il affecta constamment dans ses
opinions philosophiques, religieuses et littéraires,
a rendu ses ouvrages plutôt curieux que vrai-
ment utiles. On a de lui : Cicero retegaius et
Cicero revocatus, Dialogl fesHvissimi ; Lyon,
1534, in-8"; Venise, 1534 et 1539; Leipzig,
1534; Naples, 1736, in-8°; se trouve aussi
comme appendice dans les Opei'a de Latinitate
selecta, de Vorstius (édition de Berlin, 1718) ;
ouvrage écrit pour attaquer la renommée morale
et littéraire de Cicéron; — Forcianee Queestio-
nes, in quibus varia Italoruvi ingénia ex-
plïcantur, multaque alia scitunon indigna;
Naples, 1536; Bâie, 1544, et Francfort, 1616,
in-8" ; ce livre, publié sous le pseudonyme de
Phïlalètes Polyiopiensis , contient des détails
très-intéressants sur les mœurs et coutumes de
diverses villes de l'Italie au seizième siècle ; —
In D. Erasmi Funus, Dialogus lepidissimus ;
Bâle, 1540, sous le pseudonyme de Philalèthes
ex Utopia; ce libelle injurieux contre la mémoire
d'Érasme provoqua de la part de B.-J. Eraldo,
professeur de médecine à Padoue, une réponse
très-vive , insérée dans le tome VIII des Opéra
d'Érasme ; — Paradossi, cioè sentenze fuori
del comun parère, opéra non meno dotta
che piacevole ; Lyon, 1543; Venise, 1544, et
1545, in-8°; Venise, 1563, in-8° (édition qui
contient aussi l'ouvrage suivant); Bergame,
1594, édition incomplète; les Paradossi, au
nombre de trente , contenaient non-seulement
des opinions étranges en matière de philosophie
!et de littérature, mais aussi des attaques directes
icontre la rdigion ; l'auteur crut devoir en atté-
nuer l'effet fâcheux pour sa personne , en pu-
hliant lui-même, mais sous l'anonyme, une ré-
futation de son ouvrage, laquelle fut intitulée :
Contntazione del libro de' Paradossi; Venise,
lji.j et 1563, in-8"; ce livre contient peut-être
encore plus d'idées bizarres et extravagantes
que celui des Paradossi; — Lettere di moite
valorose donne ; Venise, 1548 et 1549, in-8o :
ces lettres ont pour unique auteur Landi lui-
même; — Sermoni funebri di varj autori
\t\ella morte di diversi animali; Venise, 1549,
'et Genève, 1559, in-8° ; traduit en français par
!C1. Pontour , Paris, 1570, in-16, et par Th. Ti-
jmofille, Paris, 1576, in-16, traduit en latin par
'G. Ganter, Leyde, 1590, in-8", ce livre con-
tient onze oraisons funèbres burlesques sur la
mort d'un âne, d'un chien, d'un coq, etc.; —
La Sferza de' Scrittori antlchi et moderni ;
Venise, 1550, in-8'', sous le voile de l'anonyme :
cet écrit, qui est une satire violente contre les
plus célèbres écrivains, reçut l'approbatien de
l'Arétin, undes amis intimes de Landi ; — Oracoli
ANDI 346
de' moderni ingeni si d'uomini corne di donne,
ne' quali unita si vede tutta la filosofia mo-
rale; Venise, 1550, in-8''; — Commentario
délie piii notabili e mostruose Cose d'italia
e d'altri luoghi, di tingu-a aramea in italiana
tradotta ; Venise, 1550, in-S"; ibid., 1553,
1554 et 1569, in-8'' : ouvrage rempli à dessein
des assertions les plus fausses ; — Ragiona-
navienti familiari di diversi autori, non
meno dotti che faceti; Venise, 1550, in-8"'; ces
soit-disant extraits de divers auteurs émanent
tous de la plume de Landi ; — Vita del beato
Ermodoro, da T. Cipriano scritta et nella
volgar lingua tradotta; Venise, 1550; —
Consolatorie di diversi autori; Venise, 1550,
in-8'' ; sous l'anonyme , ouvrage écrit tout entier
par Landi; — Miscellanex Quasstiones ; Ve-
nise, 1550, in-8°, — Quattro Libri de' Dubbj
con le solutioni; Venise, 1552, inr8''; cette
édition contient les questions douteuses au sujet
de la nature, de la morale et de la religion; le
quatrième livre, qui renferme celles qui ont rap-
port à l'amour, ne fut publié que dans la seconde
édition; Venise, 1556, in-8o; — Sette Libri di
Cataloghi avarie cose appartenenti, non solo
antiche , ma anche moderne; Venise, 1552,
in-8° ; ouvrage rempli de plaisanteries mordantes
et même de calomnies contre beaucoup d'écri-
vains;— Varj Gomponimenti di M. Hortensia
Lando : Quesiti amorosi con le risposte;
Dialogo intitolato Ulisse ; Ragionamento
accorso tra un cavalière ed un uomo solitario;
Alcune Novelle; Alcune Favole; Alcuni Scru-
poli, che sogliono occorrere nella cottidiana
nostra Zm(7?<a; Venise, 1552, in-8'>; ibid., 1554
et 1555, in-8° : outre les Novelle, qui sont d'une
lecture agréable, on remarquera dans ce re-
cueil le Ragionamento, dans lequel l'auteur a
exhalé toute sa haine contre le genre humain;
— Lettere di Lucrezia Gonzaga da Gaziiolo;
Venise, 1552, in-8° : ces lettres, que Bayle a cru
avoir été écrites en vérité par Lucrèce de Gon-
zague, ont toutes été rédigées par Landi , qui,
ainsi qu'on a pu le remarquer, aimait à exercer
ce genre de supercherie; — Due Panegirici,
l'uno in Iode délia signora marchesa délia
Padula , l'altro in commendazione délia si-
gnora Lucrezia Gonzaga di Gazuolo ;\emse,
1552, in- 8° ; — Dialogo nel quale si ragione
délia consolatione e utilità che si riporta
leggendo la Sacra Scrittura, mostrandosi
esser le Sacre Lettere di vera eloquenza e di
varia dottrina aile pagane superiori; Venise,
1532, in-s"; — Vna brève Pratica di Mede-
cina per sanare le passioni delV animo; Pa-
doue, vers 1553, in-4o. — Plusieurs lettres de
Landi se trouvent dans les recueils de celles de
l'Arétin et de divers écrivains du seizième siècle.
On a attribué faussement à Landi divers ou-
vrages de théologie écrits par un certain Jéré-
mie Landi, moine augustiu apostat , qui vivait à
la même époaue que notre auteur. E. G.
?.47
' Pog?iali, Menorie per la StoHa Letteraria di Pia-
ceniit , t. I, p. 171-207. — Tiraboschi, Storia délia
IMter. liai., t. VII, pars II.
ï>*NDi ( Etienne), compositeur italien, né à
Rome, vers la (in «tu seizième siècie ; on ignore
la date de sa mort. Après avoir rempli les fonc-
tions de maître de chapelle à l'église du Saint, à
Padoue, et à l'église de Sainte-Marie-in-Monte ,
Landi retourna à Rome, y obtint le titre de clerc
bénéficié de Saint-Pierre du Vatican , et fut
agrégé, en 1629, au collège des cliapelains-
chantres de la chapelle pontificale. Parmi les
compositeurs de son époque, Landi s'est parti-
culièrement distingué par ses connaissances
étendues dans le chant ecclésiastique et dans le
style ancien, ainsi que par son génie inventif dans
les formes mélodiques, dans le rhythme, et
dans les modulations. Son drame religieux de
,S«?3 Alnssio , écrit en 1634, offre une foule
d'heureuses innovations sous ces divers rap-
ports, et n'est pas moins remarquable par la va-
riété et le pittoresque de son instrumentation,
composée de trois parties distinctes de violons ,
de harpes, de luths , de théorbes, de basses, de
violes et de clavecins pour la basse continue.
C'est le premier drame lyrique dans lequel on
trouve l'exemple d'un duo.
Ce musicien d'un rare mérite est connu par
les ouvrages suivants ; Il primo libro di Ma-
drigali a quattro voci; Venise, 1619; — Ma-
drigalia cinqiie voci; Rome, 1625 : — Poésie di-
verse in m«.çira ; Rome, 1628; — Missa in
benedictione nuptiorum , sex vocum, aiictore
Stephano Lando, in basilica principis Apos-
tolorum clerico beneficiato , nec non in eccle-
sia S. Mariee-ad-Monies prxfecto, etc. ; Rome,
1628; — Arie ad %ma e due voci, huit livres
publiés à Rome, de 1G28 à 1639 ; — Salmi interi
a quatre voci; Rome, 1629; — Usante Alassio,
dramma musicale dalV Emo. e Rmo. sig.
card. Barberino fatto reppresentare al Ser.
principe Alessandro-Carlo di Polonia; Rome,
1634 ; _ Il primo libro délie Misse a capella
ff 4, 5 voci ; Rome, 1639 ; — La Morte d'Orfeo ,
pastorale; Rome, 1639. D"« Denne-Baron.
(jprber, Historisch - Biographisches Le.xikon der
Tohkumtler, etc. — Adami de Bol.sena, Osservazioni
pcr bcn rcgolare il coro délia Capella Pordiftca. —
Kélis, Biogr. univ. des Musiciens.
LAMDS {Antoine), littérateur italien, né à
Livourne, de 1720 à 1730, et mort à Berlin, en
1783. Destiné à l'état ecclésiastique, il fit son
cours de théologie à Pise; mais il s'occupa plus
de poésie dramatique que des études relatives
à la profession qu'il allait embrasser. Il composa
une tragédie lyrique, qu'il crut digne d'être mise
sous les yeux de Métastase. Cet essai fut goût^
par le Quinault italien, qui proposa le jeune abbé
à Frédéric II , qui lui avait demandé un sujet
capable de comiw&er et d'arranger des opéras
pour son théâtre de Berlin. Cette position, qui
favorisait les goûts de Landi pojir les exercices
dramatiques, fut acceptée par lui avec empresse-
LANDl 348 !
ment. A l'exemple de l'abbé Pellegrin, qui « dî-
nait de l'autel et soupait du théâtre , » il no le-
nonça pas au sacerdoce. Quoique dans un pays
protestant, il disait tous les jours la messe ; mais
s'étant attiré des remontrances de la p.'^.rt du
curé catholique sur le peu de régularité de 'qs
mœurs, et même sur quelques aventures scan-
daleuses qu'on lui attribuait, il renonça à l'exer-
cice du ministère, et quitta mênie l'habit ecclé-
siastique. Cette abdication lui valut le titre de
conseiller de cour. Labbé Landi avait composé
en langue italienne une Histoire des Empereurs
saxons. Il fut obligé de la faire traduire en alle-
mand sur le manuscrit pour pouvoir la publier,
aucun libraire n'ayant voulu se chargei' <îo l'im-
pression de l'ouvrage original. Il fut pins heu-
reux dans une autre entreprise. \j Histoire de la
Littérature italienne At Tiraboschi avait produit
dans l'Europe méridionale une assez vive sensa-
tion; mais cet important ouvrage, dont la pre-
mière édition s'élevait déjà à treize volumes
iil-4"', ne semblait destiné qu'à être lu ou con-
sulté par les gavants de profession. L'abbé
Landi voulut en rendre la connaissance accès-'
sible à un plus grand nombre de lecteurs. Il
s'occupa d'en faire une analyse en langue fran-i
çaise, et la publia sous le titre à' Histoire de M
Littérature d'Italie , tirée de l'Italie de Ti-
raboschi et abrégée par Antoine Landi ^
Berne, 1784, 5 vol. in-S". Le succès de l'oui
vrage dépassa ses espérances, '^ quoique le stylp,;
dit l'abbé Denina , ne fût rien moins que boçi
français; « mais ce critique lui-même n'écrivait
pas avec beaucoup de correction dans une langue
qui n'était pas la sienne. C'est paf là surtouti
que pèche l'abrégé de Tiraboschi, dont l'impres-:
sion négligée fourmille d'ailleurs de fautes typo-
graphiques. C'est donc par erreur que letraduc.-(
leur de VÉloge de Tiraboschi par Lombard»
(M, Boulard), a cru que l'ouvrage avait étéi
publié en italien et traduit ensuite en français. Sa-
traduction italienne par le père Moschini n'a paru
qu'en 1801 à Venise, 5 vol. in-8°. Parmi les ma-;
nuscrits laissés par l'abbé Landi se trouvaienli
un abrégé de Mezerai, en langue italienne et une
autre de l'fi^JsïoM'e de V Amérique à&V,obçxi?,çiai
J. Lamobreux.
Denina, La France Littéraire, L H- — Lombardi,£/0(;«:
de Tiraboschi, traduit par Boulard ; 1802, in-S». - Bar-i
bieret Dalisson, Bibliothèque d'un Homme de goût, t. \V.
LANDî (Cav. Gaspardo), peintre italien, né
à Plaisance, en 1756, mort à Rome, le 24 février
1830. Les Italiens le placent au nombre de leurs
meilleurs peintres. Il étudia son art à Rome, où
Battoni et Corvi furent successivement ses maî-
tres. A vingt-cinq ans, il remporta le premier
prix de l'académie de Parme i»our son tableau
de Sara. Son nom se répandit alors à l'étrangei
et de nombreux tableaux lui furent demandés.
La Bible, Homère, Virgile, Sophocle, le Dante,
le Tasse, l'Arioste lui en fournirent les sujets. B
était depuis longtemps directeur de l'Académi©
349 LAWDI —
,le Saint-Luc, lorsqu'en 1817 il en devint le pré-
r.i !,'n(, |ierpétueL Les ouvrages de Landi se re-
commandent par une composition savante et
vauée, par le choix et la vérité de l'expression
dans les personnages ; son pinceau révèle une
grande facilité, sa couleur est agréable, mais
quelquefois peu naturelle. Comme peinlre de
portraits, Landi a aussi obtenu beaucoup de
succès. 11 passe avec Sabatelli, Camnccini, et
Podesti pour l'un des restaurateurs de la pein-
ture italienne moderne. Ses principaux ouvrages
sont : V Assomption de la Vierge et La Vierge
admise dans le ciel à siéger à côté de Jésus,
qui décorent le dôme de la métropole de Plai-
sance; — Jésns portant sa croix rencontré
par les Saintes Femmes , immense toile; —
Œdipe à Colonne; — Marie Stiiart quittant
la France; — à Naples, un tableau représentant
des Turcs, etc. A. de L.
L. C. Soyer, Encyclopédie des Gens du Monde. — Dict.
lie la Conversation.
LANOîNi ( Taddeo), sculpteur et architecte
■Qorentin , vivait dans la seconde moitié du sei-
jzième siècle, et mourut vers 1594. Il commença
pa réputation par une excellente copie du Christ
'.le Michel-Ange à la Minervà. Venu à Rome
?eiis Grégoire XIII, il fut employé par le pon-
tife et par ses successeurs Sixte V et Clé-
nent VIII à un gi-and nombre de travaux de
narbre et de bronze, pour des tombeaux, des
oûtaines , des jardins , etc. Clément VIII venait
le lui donner le titre d'architecte général avec
a su l'intendance des édifices qu'il faisait élever,
]uand il fut frappé d'une maladie terrible, qui
jieiitùt termina sa vie. Au Vatican , au-dessus
ie la porte de la chapelle Pauline , on voit un
'çrand bas-relief de Landini représentant Ze Christ
\a.vant les pieds aux apôtres. On lui doit aussi
a statue de Sixte V placée au Capitole dans la
;a'lle, des ^Conservateurs, et l'exécution sur les
iessins de Giacomo délia Porta de la charmante
bntaine des Tortues qui orne la place Mattei.
E. B— N.
Vnsnri, Vite. — Cicognara, Storia délia Scultura. —
)rl;indi, Abbecedario. — Plstolesi, Deserizione di Honia.
- Bncchi, Bellezze di Firenze. — BagUone, Vite de'
'j»i')-s, etc., dfiZ 1373 ai 1642,
; LA?iDiKO (François) , célèbre organiste et
jompositeur italien, surnommé Francesco Cieco,
larce qu'il était aveugle , et Francesco degli
\)rgani, à cause de son talent sur l'orgue, naquit
[Florence, vers 1325, et mourut dans la même
iille en 1390. Fils d'un peintre distingué, qui des-
endait de l'illustre famille des Landini, il perdit
î vue dans son enfance, par suite de la petite
érolc, et chercha des consolations à son mal-
leur dans la culture de la musique et de la poé-
ie. Doué des plus heureuses dispositions natu-
elles, il parvint, sans le secours d'aucun maître,
jouer habilement de plusieurs instruments, et
e fit bientôt une réputation comme organiste,
divers recueils du temps contiennent de ses poé-
es. Vers l'année 1364 Landino était à Venise,
LANDINO
350
et l'on rapporte que lors des fêtes qui furent
données dans cette ville au roi de Chypre, qui
s'y trouvait ainsi que Pétrarque, l'artiste aveugle
fut couronné de laurier des mains mêmes de ce
prince. Les auteurs contemporains, entre autres
Philippe Villani, parlent de Landino comme
j ayant surpassé tous les musiciens florentins de
! cette époque. Il existe à la Bibliothèque impé-
riale de Paris un manuscrit du commencement
du quinzième siècle, in-4°, n° 535 du supplément,
qui contient cent-quatre-vingt-dix-neuf chan-
sons italiennes à deux et trois voix, parmi
lesquelles se trouvent cinq chansons de Landino :
ce sont les seules compositions que l'on connaisse
de ce musicien. M. Fétis a publié un de ces mor-
ceaux en partition et en notation moderne dans
le premier volume de la Bévue Musicale, année
1827, p. lit et suiv. ; cette chanson justifie les
éloges donnés à son auteur. Dné Denne-Baron.
Philippe Villani, P'ited'illustri Fiorentini. — Gertier,
Historisck - Biographisches Lexikon der Tonhunst-
ler, etc. — De Winterfeld, Johannes Gabrieli und sein
Zeitalter, etc. — Fétis, Biogr. univ. des Music.
LANDINO {Christophe), philologue italien,
né à Florence, en 1424, mort en 1504. Il fit ses
premières études à Volterra , et pour obéir à
son père, il s'appliqua à la jurisprudence ; mais
la protection de Cosme et de Pierre de Médicis
lui permit bientôt de s'adonner librement à ses
études de prédilection : la philosophie et les
lettres anciennes. Il contiibua activement à cette
renaissance platonicienne qui honora Florence
au quinzième siècle, et devint un des principaux
membres de l'académie fondée par Cosme de Mé-
dicis. A partir de 1457, il occupa avec éclat la
chaire de belles-lettres à Florence (1). Vers le
même temps Pieme de Médicis le choisit pour
achever l'éducation de ses deux fils, Laurent et
Julien. Landino resta attaché à Laurent, qui lui
montra toujours beaucoup d'amitié. Il fut nommé
dans sa vieillesse secrétaire de la seigneurie de
Florence et reçut en présent un palais dans le Ca-
sentin. A l'âge de soixante-treize ans, il renonça
à sa chaire de belles-lettres, et se retira dans une
maison de campagne à Prato-Vecchio, où il passa
paisiblement les dernières années de sa vie. Les
ouvrages de Landino , si on excepte son com-
mentaire sur Dante, sont oubliés aujourd'hui
parce qu'ils ne peuvent plus rien nous appren-
dre ; mais au quinzième siècle ils furent juste-
ment célèbres; et Christophe Landino peut être
regardé comme un des maîtres de la renais-
sance. On a de lui : Disputatiomim Camaldu-
lensium Libri IV , scilicet de vita activa et
contemplativa liber primus ; de summo bono
liber secundus; in P. Virgilii- Maronis aîle-
gorias liber iertius et quartus ( sans date ,
mais probablement Florence, 1480), in-fol.; —
Formulario de lettere volgare, cou la pro-
posta e riposta, e altrefiori de' ornati parla-
(1) Cette clialre avait été créée spécialement pour com-
menter et interpréter les poésies du Dante. V.
3-5t
LANDINO —
menti; Rome, 1490, in-4". Landino a laissé des
commentaires sur Dante {Commento sopra la
Commedia di Dante), Florence, 1481, infol. (1);
sur Horace, Florence, 1482, in-fol.; sur Virgile,
Venise, 1520, in-fol.; — une traduction de l'His-
toire naturelle de Pline; Venise, 1476, in-fol. ;
— une trad. lat. de la Sforziade de Jean Si-
inonetta ; Milan, 1490, in-fol et des poésies
latines dans les Carmina illustrium Italorum,
t. VI. z.
Bandlnl, Spécimen Uterahirse florentinx sseculi Xy.
— Negri, Istoria de Sorentini, Ficrittori. — , Tiraboschl,
Storia délia Letteratura Italiana, t. VI part., II, p 376,
— Gingucné, Histoire de la Littérature italienne, t. III,
p. 370. — Roscoe, Life of Lorenzo de Medicis, c. 2, up-
pcnd. XII.
LANDO ou DE LANDAU (Conrad et Iwms),
aventuriers allemands, vivaient dans la seconde
moitié du quatorzième siècle. Originaires de la
Souabe, ces deux frères s'engagèrent de bonne
heure dans les bandes mercenaires qui servaient
en Italie. Conrad, qui prenait le titre de comte, se
distingua surtout dans la grande compagnie de
condottieri qu'avait formée, dans un double but
d'oppression et de brigandage, le chevalier de
Montréal. Après la fin tragique de ce dernier, qui
eut la tête tranchée à Rome, le 19 août 1354, par
ordre du tribun Rienzi , il lui succéda dans le
commandement de cette armée, composée en
grande partie d'Allemands et ne dépendant d'au-
cun souverain, continua de faire la guerre
pour son propre compte , pillant les faibles , le-
vant des contributions et passant d'un camp dans
un autre avec la plus insigne mauvaise foi. En
1358 les Siennors, qui brûlaient de tirer ven-
geance des Florentins , offrirent une solde au
comte Lando pour l'attirer en Toscane sous con-
dition qu'il passerait un mois sur le territoire de
Pérouse afin de le ravager. Ce dernier, qui
comptait sous .son obéissance trois mille cinq
cents cavaliers et une nombreuse infanterie, s'é-
tant aventuré au milieu des Apennins, fut attaqué
par un parti de montagnards, à qui ses exactions
avaient mis les armes à la main, et complètement
battu au passage de la Scalella ; trois cents ca-
valiers furent tués, un plus grand nombre fut
pris ainsi que plus de mille chevaux et un riche
butin; enfin lui-même, blessé à la tête, fut
fait prisonnier, et ne put s'échapper qu'en don-
nant une grosse rançon (24 juillet 1358). Cepen-
dant il rallia les débris de la grande compagnie,
et l'année suivante se mit en marche contre Flo-
rence avec plus de vingt mille hommes ; mais le
(1) Cetlt édiUon , ou ce livre, est un des plus rares et
des plus curieux Incunables. Elle compte au nombre de
ces précieux monuments de la typographie, que se dis-
putent à prix d'or les bibliomancs ou bibliophiles. Ce
livre fut imprimé à Florence, par l'un des élèves de Gut-
tenLerg, nommé Nicolo d'Ellamagna (Nicolas d'Alle-
magne ) ou le Todesco. C'est { après le Monte santo di
/Mo du même imprimcur)ledeuxième ouvrage connu où
l'art du graveur en estampes est associé à celui du typogra-
phe, .^n commentaire de Landino sont jointes, dans cette
magniflque édition, quelqnesplanches.gravécsparBaccio
Baldini, d'après les dessins du Botlicello, V de V.
LANDOLÎNA 352
manque de vivres et aussi la ferme attitude de
Toscans le déterminèrent à brûler son camp et à
se retirer sur le territoire de Lucques. En 1363
il fut tué près de Novare,
Son frère Lîicius, qui l'avait jusque là secondé
dans ses entreprises , se mit alors à la solde des
États qui voului-ent l'employer, et rendit des ser-
vices aux Florentins en 1376 et en 1377 pendant
la guerre que ceux-ci soutinrent contre l'Église,
P. L— y.
Villani, Hist., VIII. — Cronica Sanese. — SismondI,
hist des liépubl. italiennes, VI et VU.
LANDO, de Sienne, architecte, sculpteur et or-
fèvre italien, vivait dans la première moitié du
quatorzième siècle. I! avait été chargé, en 1 337,
d'ajouter à la cathédrale de Sienne une nef im-i
mense dont l'ancien édifice ne devait plus être
que le transept. Cette entreprise gigantesque fui
interrompue par la peste de 1348; mais ce qui
en reste encore suffit pour donner une idée de
ce qu'eût été le projet de Lando s'il eût reçu
son entière exécution. Dans une charte de 1311,
publiée par Muratori, Lando est ainsi désigné
Magister Landus de Senis aurifaber Hen-
rici VII régis Italise. E. B— n.
Baldlnucci , Notizic. — Cicognara , Storia délia Scul-
tura. — Romagnoll, Cenni storico artistici di Siena.
LANDOis (Paul), auteur dramatique fran-i
çais, vécut au dix-huitième siècle. On n'a aucun
détail biographique sur cet écrivain obscur, qui
est représenté dans un recueil comme « l'inven-i
teur du genre bâtard « inauguré plus tard au;
théâtre par La Chaussée, Diderot, Beaumar-
chais, et continué avec succès par les drama^
turges modernes. La seule pièce qu'il fit jouer
par les acteurs de la Comédie Française avait
pour titre : La Silvie ( 17 août 1741 ), et poun
sous-titre tragédie bourgeoise ; aWe était en un
acte et en prose, et n'eut que deux repi'ésenta-i
tions. L'auteur, qui en avait tiré le sujet du ro-
man des Illustres Françaises , la livra néan-i
moins à l'impression l'année suivante. K.
Palissot, 3Ièm. littér., IV, 497.
LANDOis. Votj. Landais.
LANDOLiNA (Saverio), savant italien, né le
17 février 1743, à Catane, mort en 1813. Il s'ap-
pliqua de bonne heure à l'étude des antiquités et!
des sciences naturelles, et attira en 1780 l'atten-i
tion du monde savant par la découverte qu'il:
fit à la fontaine Cyanée, sur l'Anapus, en Sicile, i
del'ancien papyrus d'Egypte. Des feuilles de cette
plante, transformées en bandes de papier, sui-
vant les procédés indiqués par Pline , furent en-
voyées par lui à la plupart des musées et sociétést
littéraires de l'Europe, avec l'inscription suivante ;i
Ferdinandi III,Sicili3e régis, provideniiaar-
tificium chartœ papyri texendee multis ante\
seculis obliteratum , Xaverius Landolina
Nova Mgyptio more ex scyrpo Cyanes Syra*
cusarumfluminis indigena renovavit : PlinU
leges variantibus codicibus collatis experi-
menteque emendatis in integrum restitua
MDCCLXXX. Cette découevrte mit Lanncliiia'
353
LANDOLINA — LANDOLT
354
eu rapport avec beaucoup d'hommes instruits,
qui ont parlé de lui avec éloges , entre autres
Heyne, Denon et Lalande, et les académies de
Naples et de Gœttingue l'admirent dans leur sein.
Il est auteur de quelques mémoires disséminés
dans les recueils scientifiques. K.
Denon, Voyage en Sicile.— ha\anAe, Foy. en Italie.lV.
LANOOLPHB (Jean-Fraîiçois), navigateur
français, né le 5 février 1747, à Auxonne, mort
à Paris, le 13 juillet 1825. Il s'embarqua comme
mousse sur un bâtiment marchand armé pour
Saint-Domingue. Après plusieurs voyages aux
Antilles et à la côte ocddentale d'Afrique, il se fit
recevoir capitaine au long cours en 1775. Lors
des hostilités entre la France et l'Angleterre, il
obtint des lettres de marque, et plusieurs courses
heureuses qu'il fit pendant la guerre lui procu-
rèrent son admission dans la marine royale avec
le grade de lieutenant de vaisseau. En 1786 il
réahsa le projet qu'il avait soumis quelques an-
nées auparavant à David , ancien gouverneur du
Sénégal, de fonder un comptoir sur un des points
de la côte d'Afrique. Ayant sous ses ordres trois
petits bâtiments légers , armés par MM. Marion
et Briliantais, de Saint-Malo, il commença sur
la rive gauche du Bénin un établissement qui
était en pleine voie de prospérité lorsque les
événements de 1789 interrompirent les relations
commerciales entre la France et la colonie. Lan-
dolphe y suppléa de son mieux en recevant tous
les navires étrangers qui fréquentaient ces para-
ges. Jaloux de ses succès , les Anglais lui tendi-
rent des embûches, auxquelles il n'échappa qu'à
grand'peine. Traîtreusement attaqué de nuit,
par deux capitaines et un subrécargue de cette
nation, qui dans la journée avaient été ses hôtes,
il lui fallut se traîner, blessé, dans un fossé, où
il avait de l'eau jusqu'au cou , et d'où il eut la
douleur de voir brûler ses établissements. Re-
cueilli par des nègres , et secouru par le roi du
pays, qui pansa lui-même ses blessures, Lan-
dolphe prit passage, six mois après , sur un vais-
seau français qui le transporta à La Guadeloupe.
Après avoir aidé à préserver cette colonie des at-
taques des Anglais et <les nègres insurgés , il fut
chargé de diverses missions qui lui procurèrent
les approvisionnements dont elle manquait. En
revenant des États-Unis, il eut à soutenir un com-
bat contre des forces anglaises, et devint prison-
nier. Bientôt rendu à la liberté, et nommé capitaine
de frégate, il fit diverses campagnes à Cayenne ,
à La Guadeloupe, dans la mer des Antilles, à la
côte d'Afrique , revint à son ancien établisse-
ment, y prit quatre baleiniers anglais armés en
guerre et chargés de marchandises, s'empara de
l'île du Prince, dans le golfe de Guinée, fit
éprouver au commerce anglais, dans toutes ces
expéditions, des pertes énormes , et comprima
une révolte des nègres. L'insalubrité du climat
l'ayant forcé de s'éloigner, il était en croisière,
en 1800, à la hauteur de Rio-Janeiro, lorsque,
attaqué par une division anglaise, il fut une se-
KOUV. BIOGR. GENER.
T. XXIX.
conde fois fait prisonnier, dans un combat où il
perdit un coffre renfermant toute sa fortune. Sa
santé, profondément altérée par ses nombreuses
blessures, ne lui permit plus de naviguer. La
seule récompense de ses services fut une modi-
que pensionde 1,200 francs,à laquelle il auraitpu,
il est vrai, ajouter les bienfaits du premier consul
s'il avait voulu profiter des ouvertures que ce
dernier lui avait faites. Landolphe employa une
partie de ses loisirs à écrire le récitde ses voyages,
qui a été publié sous ce titre : Mémoires, conte-
nant l'histoire des voyages du capitaine Lan-
dolphe, pendant trente-six ans, aux côtes
d'Afrique et aux deux Amériques , rédigés
sur son manuscrit, par /.-S. Quesné; Paris,
1823, 2 vol. in-S" (3 pi. ).Ces mémoires, malgré
quelques inexactitudes ou exagérations, attachent
par un récit candide et humain. Palisot de Beau-
vois, à qui Landolphe avait facilité, en 1786, les
moyens de pénétrer fort avant dans les pays
d'Oware et de Bénin et qui, malade de la fièvre
jaune, avait reçu ses soins personnels, lui a té-
moigné sa reconnaissance en donnant le nom de
Landolphia Owariensis à une très-jolie plante
des pays qu'il avait parcourus. P. Levot.
LANDOLPHE. Voy. Landulphe.
Mémoires de Landolphe.
LANDOLT (SaZomon), peintre suisse, né en
1741, àZurich, mort en 1818, à Andelfingen. Fils
d'un membre du grand conseil , il quitta l'école
militaire de Metz pour aller à Paris étudier la
peinture dans l'atelier de Le Paon ; rentré dans
sa ville natale, il siégea au tribunal municipal, et
organisa le premier corps de tirailleurs canton-
naux qu'ait eu 4a Suisse. En 1776 il se rendit à
Berlin, où Frédéric II, qui l'accueillit fort bien,
l'engagea à lever pour lui un corps de troupes
suisses, fut admis en 1777 au grand conseil, et
obtint en 1778 le bailliage de Greifensee. Sa ma-
nière de rendre la justice était des plus expédi-
tives; «elle ressemblait, dit un biographe, à
celle d'un cadi turc, et le bâton y jouait un grand
rôle ». xVIais,tout en administrant comme un
despote, il rendit des services réels, comme de
faire des plantations, de dessécher les marais et
d'améliorer les routes. Ses fonctions ayant cessé
au bout de six ans, il se retira à la campagne,
et vécut en compagnie de quelques artistes jus-
qu'au moment où éclata la révolution française.
A cette époque il reprit l'épée, commanda un con-
tingent de volontaires, et fût envoyé comme b&illi
à Eglisen, sur les bords du Rhin. Peu de temps
après, Landolt, dont le caractère impérieux s'ac-
cordait mal avec les principes démocratiques, fa-
vorisa l'arrivée des Russes et des Autrichiens, ce
qui lui attira dans son bailliage quelques coups de
fusil, auxquels il échappa par miracle. En 1799,
il se rangea sous les drapeaux de l'archiduc
Charles, et combattit vaillamment à Wiedikon et
à Zurich. Après avoir séjourné pendant quatre
ans en Souabe, il revint dans sa ville natale
(1803), et, grâce à on mouvement de réaction, y
12
855 LANDOLT
reçut le double titre rie membre du grand conseil
et de colonel de la réserve des tirailleurs. La der-
nière charge publique qu'il exerça fut celle de
président du tribunal de Wiedikon. Comme
peintre, cet artiste singulier a laissé un certain
nombre de tableaux représentant des scènes delà
tie militaire, des chasses et des paysages.
P. L— Y.
David Hess, yie de S. fandolt; Zurich, 1820.
LANOo:?} [Charles-Paul), peintre, critique
et éditeur artistique français, né à Nouant
(Normandie), en 1760, mort à Paris, le 6 mars
1826. li montra de bonne heure du goût pour le
dessin, et entra dans l'atelier de Regnault. Ayant
remporté le grand prix de peinture à l'Académie,
il passa cinq ans à Rome comme pensionnaire
de la France. De retour à Paris avant la révo-
lution , il s'occupa de littérature et de critique
artistique. Plusieurs de ses tableaux furent re-
marqués aux salons sous l'empire. Parmi eux on
cite La Leçon maternelle; Le Bain de Paul et
Virginie; Dédale et Icare. Tous les trois ont
été gravés; les deux derniers ont longtemps
figuré dans la galerie du Luxembourg. Les pein-
tures deLandon sont froides et néanmoins agréa-
bles; son dessin laisse à désirer; ses attitudes
sont roides ; mais son coloris avait de la fraîcheur
et ses têtes de femme ont de la finesse. Il a
beaucoup écrit sur les arts et publié de grandes
et magnifiques collections gravées avec soin par
divers artistes, qui répandirent ainsi le goflt des
bons modèles. Quoique gravées au trait seulement,
en général les planches éditées par Landon sont
très-estimées, à cause de la pureté du dessin. Il
mourut d'épuisement. Il avait été peintre du ca-
binet du duc de Berry ; il était correspondant de
l'Académie des Beaux- Arts, conservateur des ta-
bleaux du Musée royal du Louvre et de la ga-
lerie de la duchesse de Berry. On lui doit comme
éditeur : Explication des ouvrages de peinture
et dessin, sculpture, arcfiitecture et gravure
des artistes vivants exposés au Muséum cen-
tral des Arts, le là fructidor an Vlïf ; Paris,
anvni(1800), in-12; — Examen des ouvra-
ges modernes de peintîire, sculpture, archi-
tecture et gravure exposés au salon du Mu-
sée le ià fructidor an JX; Paris, an ix (180 f),
in-8°; — Annales du Musée et de l'École mo-
derne des Beaux-Arts : recueil de gravures au
trait d'après les tableaux des anciens maî-
tres et les monuments antiques exposés suc-
cessivement dans la grande galerie du Musée
de France, depuis sa formation jusqu'à Ce
jour; les principaux morceaux du M Usée
historique des monuments français ; la ga-
lerie du Lîtxembotcrg et les principaux ou-
vrages de peinture , sculpture ouprojets d'ar-
chitecture qui aux expositions des artistes
vivants ont remporté le p7'ix, etc.; Paris, 1801-
1808, 17 vol. in-S" : on sait que Béranger travailla
au texte qui accompagne cet ouvrage ; — Nou-
velles des Arts, peinture, sculpture, architéc-
- LANDON 356
tnre et gravure, tomes I-lîï; Paris, 1802-1803,
3 vol. in-8°, ornés de planches : recueil hebdoma-
daire qui parut d'abord sous le titre de Précis
historique des producfions des Arti ; — Vies et
Œuvres des Peintres les plus célèbres detoutes
les écoles : recueil classique contenant l'œuvre
complète des peintres du premier rang, et
leurs portraits^ les ^principales productions
des artistes de deuxième et troisième classe,
un abrège de la vie des pein 1res grecs , et un;
choix des pkis belles peintures antiques, ré-
dnil et gravé au trait d'après les estampes de
la Bibliothèque impériale et des plus riches.
collections purticnlières ; Paris, 1803 et ann.
suiv., 25 vol. in-4° : on y trouve les œuvres'
complètes du Dominiquin et un choix de l'AI-
bane, 3 vol.; les œuvres de^R.aphael, 8 vol.; du
Poussin, 4 vol.; de Michel-Ange, Baccio Bandi-
nelli et Daniel de Volterre, 2 vol.; Le Sueur et un
choix de .îouvenet, 2 vol.; les o'uvres du Cor-
rège, 2 vol.; de Léonard de Vinci, le TiSien,le
Guide et Paul Véronèse, I vol.; le choix dés
plus belles peintures antiques forme 3 vol. :
après la mort du libraire Wiirtz, cessionnaire
de Landon, MM. Firmin Dijiot ont acquis les
planches de cet important ouvrage; — Alma-
nach des Arts, Peinture^ Sculpture, Archi-
tecture et Gravure^ pour les années XIII et
XIV, contenant l'indication des écoles et des
concours, l'organisation des musées, le nom,
l'adresse et lès œuvres des artistes , et le titre
des ouvrages relatifs aux arts qui ont paru
dans les deux années-, Paris, 1803-1804, 2 vol.
in--18 ; — Choix de Tableaux, Statues et autres
Objets d'art conquis par les armées françaises
en 1805 et 1806; les Antiquités de la villa
Borghèse et les nouvelles Acquisitions du
musée Napoléon ;PfinSj 1805-1810, 4vol. in 8°:
complément des Annales du Musée ; — Pay^
sages et Tableaux de genre dîc Musée Napo-
léon, gravés à Peau-forte : recueil ponvant !
faire suite aux Annales du Musée; et réunis-
sant un choix de productions modernes , arec
l'explication des -planches ; Paris, 1805 et
ann. suiv., 4 vol. in-8°, avec des planches om-
brées entaille-douce ; ^- Galerie historique des
Hommes les plus célèbres de tous les siècles
et de toutes les nations, contenant leurs por-
traits au trait d'après les meilleurs origi-
naux, avec l'abrégé de leurs vies et des ob-
servations sur leurs caractère?, ou sur leurs
ouvrages, par une société d« gens de lettres;
Paris, 1805-1811, 13 vol. in-12; avec 930 por-
traits : Andrieux,Auger, Béranger, Bourdois, Cti-
vier, Delambre, Durdent, Feuillet, Landon, Le
Breton, Quatremère de Quincy. MM. de Baranfè,
Biot, etc., travaillèrent à la rédaction de cet ou-
vrage ; — Les Antiquités d'Athènes, d'après
Stnart et Revett, texte traduit de l'anglais par
Feuillet ; Paris, 1806-1823, 4 vol. in-fo!.; — Des-
criptions de Paris et de ses édifices, avec un
précis historique et des observations par Le.gran(i;
357
Paris, 1806-1S19, 1 Toi. in-8°; — Recueil des
principaux Tableaux, Statues et Bas-reliefs
exposés au Louvre depuis 1808 par les artistes
vivants, et autres productions nouvelles et iné-
ditesde V école française avec des notices des-
criptives, critiques et historiq.; Paris, 1808 et
ann. suiv., 15 vol. iii-S": savoir salon de 1808,
2 vol.; de 1810, 1 vol.; de 1812, 2 vol.; de 1814,
1 vol.; de 1817, l vol.; de ISig^ 2 vol.; de 1822,
2 vol.; de 1824, 2 vol.; de 1827, 1 vol.; de 1831,
1 vol ; — Les- Amours de Psyché et de Cupi-
don, traduction d'Apulée par M. Feuillet, avec
3'2 planches au liait d'après Raphaël ; Paris, 1809,
in-l'ol.; — Le saint Évangile, in-4°,avec iSl plan-
I ches au trait d'après Raphaël, le Doniiniquin, le
|poii.ssia et l'Albane; — Prix décennaux : re-
\cHeil des ouvrages de peinture, sculpture,
• iirclùtecture, etc., cités dans le rapport dit
•urij sur les prix décennaux , etc., exposés le
'>âaoùt 1810, dans le grand salon du Musée;
Pari.s, 1810, in-8" : tiré des i4w«a/es du Musée;
I — Description de Londres et de ses édifices,
jpar Barjaud; Paris, 1810, in-8°, avec 42 plan-
jches; — Choix de Biogrùpliie ancienne et
\moderne, à l'usage de la jeunesse, ou notices
sur les hommes illustres des diverses nations,
avec leurs portraits gravés au trait; Paris,
J810, 2 vol. in-12, avec 144 portraits: extrait
de la Galerie historique; — Galerie Giusti-
niani,ou catalogue figuré des tableaux de
celte célèbre galerie transportés d'Italie en
France; accompagnée d'observations criti-
ques et historiques et de 11 planches gravées
au trait ; Paris, l812,in-8° : sejoint aux An-
\nales du Musée; — Atlas du Musée, ou ca-
'talogue figuré de ses tableaux et statues;
— Galerie de M. Massias , ancien résident
de France à Carlsruhe, ou catalogue figuré
des tableaux de cette galerie, accompagné
d'observations critiques et historiques, et de
72 planches gravées au trait, contenant plus
de cent srijets des écoles italienne, française
et allemande; Paris, 1815, in-S"; — Numis-
nw.tique du Voyage du 'jeune Anarcharsis , ou
médailles des beaux temps de la Grèce, ac-
compagnées de descriptions et d'un Essai sur
la science des Médailles par Dumersan; Pa-
ris, 1818, 2 vol. in-80, avec 90 planches. En 1824
Landon entreprit une nouvelle édition des An-
nales du Musée et de l'École moderne des
Beaux-Arts, mises dans un meilleur ordre et
iclassées par écoles et par maîtres , accompagnées
:3e descriptions , d'observations critiques et his-
jtoriques et d'un abrégé de la vie des artistes. La
jmort ne lui permit pas d'achever cette publication,
lont il fit paraître seulement les tomes 1 à X.
îabien Pillet continua ce travail, qui a été publié
jans l'ordre suivant : Peinture: école italienne,
â vol.; écoles flamande et allemande, 4 vol.;
école française ancienne, 3 vol.; école française
snodeme, 4 vol.; sculpture moderne, 2 vol.;
sculpture antique, 3 vol.; architecture française.
LANDON — LANDOR 358
1 vol.; galerie Giustiniani et galerie Massias
2 vol. Les libraires Treuttel et Wiirtz entrepri-
rent, pour faire suite à cet ouvrage, un recueil
intitulé ; Choix de Tableaux et Statues des plus
célèbres musées et cabinets étrangers ; Paris,
1821 et ann. suiv., 12 vol. in-8°. Landon avait
été avec Lavallée et Villeterque un des collabo-
rateurs du Journal des Arts, des Sciences et
de la Littérature, qui paraissait vers le commen-
cement du dix-neuvième siècle. Jl fut aussi un
des propriétaires de la Gazette de France, où
il rendit coinpte pendant longtemps des exposi-
tions des beaux-arts. Il esi l'auteur de l'explica-^'
tion des monuments qui accompagne les grandes
vues pittoresques des Principaux Sites et Mo-
numents de la Grèce^ de Cassas; Paris, 1812.
L. LoutET.
Arnanll, Jay, Jouy et Norvins, Biogr. nouv des Con-
temp. — Qiiérard , La France littératre.
J LANDOR ( Walter-Sauaye), littérateur ail-
glais,néà Ipsley-Court,dans lecomtéde Warwick,
le 30 janvier 1775. Il fut élevé avec beaucoup de
soin à Bugby-School , et ensuite à Oxford. En
1795, il débuta par un petit volume de poésies.
De brillantes renommées occupaient alors l'at-
tention publique, Crabbe, Burns, Coleridge,
Rogers , et ce début n eut pas un grand éclat. En
1802, profitant de la paix d'Amiens, il visita Paris.
A son retour, ayant recueilli les vastes pro-
priétés de sa famille, il en vendit la plus grande
partie pour acheter des teiTes dans un autre
comté , et se prit d'une telle ardeur pour amé-
liorer et embellir qu'il y dépensa 70,000 hvres
sterl. La mauvaise gestion de quelques uns de
ses fermiers vint modifier tous ces plans. Il ré-
solut, dans les premiers moments d'irritation, de
vendre la plus grande partie de ses domaines,
dont plusieurs étaient dans sa famille depuis sept
cents ans, et de vivre en citoyen libre du monde
(1806). A la première insurrection d'Espagne, il
leva un petit corps de troupes à ses frais, et joi-
gnit Blake, qui combattait alors en GaUice avec les
insurgés. Il soutint de son argent et de sa
personne la cause de l'indépendance. La junte
suprême lui adressa des remerciraents publics,
et lui conféra le titre de colonel dans l'armée
espagnole. A la restauration de Ferdinand ,
la constitution qui avait été faite pendant la
guerre -de l'indépendance ayant été abolie par
le roi, M. Laador renvoya son brevet de co-
lonel, ainsi que la lettre officielle de remer-
cîments, et déclara que « bien que tout disposé à
seconder la nation espagnole pour la défense de
ses libertés contre le dictateur de l'Europe, il ne
voulait avoir rien à faire avec un parjure et un
traître. « En 1815, à la chute de Napoléon,
M. Landor alla s'étabhr en Italie. Pendant plus
de sept ans il occupa le palais Medici à Flo-
îence , et acheta ensuite la célèbre villa du comte
Gherardesca àFiesole. Il s'était marié en 1811 ;ses
enfants furent élevés en Italie. Il y fit une résidence
de plus de trente ans , à peine interrompue par
13.
359
LANDOR — LANDRI
360
quelques voyages et quelques visites en Angle-
terre. Il n'est revenu s'y fixer, à Bath, que dans
ces dernières années. C'est pendant ce long
séjour en Italie que ses travaux littéraires ont été
les plus nombreux. En 1820 parut à Pise son ou-
vrage en latin intitulé : Idyllïa Heroica , avec
nne dissertation latine sur les causes qui font
que les poètes latins modernes sont si peu lus.
De 1824 à 1829 parurent à Londres, en cinq vo-
lumes : Conversations imaginaires de littéra-
teurs et d'hommes d'État, le plus remarquable
et le plus original de ses ouvrages. Il donna une
nouvelle édition de Gebir, du Comte Julien et
de divers poèmes (1831). Gebir est un poërae
épique, qui originairement avait été écrit en la-
tin, et qui a peu d'éléments de popularité. Le
Comte Julien est une tragédie qui à son appari
tien reçut les plus grands éloges de Southey, le-
quel avait choisi le même sujet pour son poëmede
Roderich. Landor publia, de 1836à 1839, Lettres
d'un conservateur, où l'on expose les seuls
moyens de sauver ce qui reste de l'Eglise an-
glicane; — Une satire sur les satiristes et
remontrance aux détracteurs ; — le Penta-
méron et le Pentalogue ;— André de Hongrie et
Jeanne de Naples, drame. En résumé, M. Lan-
dor a montré plus de talent et obtenu plus de
succès comme prosateur que comme poète. Son
principal titre consiste dans les Conversations
imaginaires , qui dès le début firent sensation
par la nouveauté de la forme et la vive peinture
des caractères. Il y montre un talent remarquable
pour faire agir, parler et paraître les personnages
célèbres du passé , tels qu'ils ont pu agir et
parler dans leur temps; pour quelques-uns, la
fidélité est parfaite. Mais tout en louant le style
incisif et l'originalité des idées, on est souvent
choqué par les paradoxes, les opinions singu-
lières ou moroses , le manque de goût , les con-
tradictions. Ainsi, M. Landor cherche à justifier
les empereurs Tibère et Néron ; il parle du mi-
nistre Pitt comme fort médiocre, de Fox comme
d'un charlatan; il recommande aux Grecs,
dans leur lutte avec les Turcs, de mettre de côté
les armes à feu, etdereveniràrusagedel'arc.etc.
Pendant longtemps , il a été un des collabo-
borateurs du journal hebdomadaire The Exa-
miner, et depuis son retour en Angleterre il a
donné assez souvent des articles qui, pour la
vigueur et la verve, ne se ressentent nullement
de la vieillesse. Ennemi déclaré de la tyrannie
sous toutes les formes , il a saisi toutes les oc-
casions de lui faire la guerre, et sa parole pas-
sionnée s'emporte souvent jusqu'à la menace
pour les «tyrans couronnés ». Il a publié depuis
dix ans les Helléniques , augmentées et com-
plétées;— Conversation imaginaire du roi
Charles- Albert et de la princesse Belgiojoso sur
les affaires et les espéran ces de V Italie ( 1 848) ;
— Papauté anglaise et étrangère (1851);
— Le dernier Fruit d'un vieil arbre, recueil
d'esquisses philosojihiques (1853); — Lettre
d'un Américain (sous le pseudonyme de Pot-
tinger); 1854. Dernièrement son nom a retenti
d'une manière fâcheuse devant les tribunaux
au sujet de lettres anonymes en vers et eu
prose, adressées à une lady avec laquelle il
avait entretenu des relations d'amitié ; ces lettres,
taxées d'injurieuses , lui attirèrent une condam-
nation de 1,000 liv. steri. (25.000 fr. ). Il a quitté
l'Angleterre pour aller vivre en Italie. J. Chandt.
Charabers, Cyclopxdia of English Literature. —
Biography (Éngtisfi Cyclopxdia). — Mcn ofthe Time.
— London Times.
LANDKÉ- BEAtrvAis ( Augustin -Jacob),.
médecin français, né à Oriéans, le 4 avril 1772,
mort en décembre 1840. Il étudia la chirurgie à
Paris sous Desault en 1792, à Lyon sous Rey
et A. Petit, en 1793 et 1 794.11 fut chiiurgieneu se-
cond de l'hôpital de Chàlons snr-Saône, puis re-
vint à Paris, où lors de la création de l'École de
Santé, en 1795, il fut reçu élève par concours.
En 1799 il devint médecin de l'hospice de la Sal-
pétrière , et commença un cours de séméiotique
et de pathologie interne qui lui attira un grand
nombre d'élèves. On a de lui : Doit-on admet-
tre une nouvelle espèce de goutte, soiis la
dénomination de goutte asthénique primitive .^
Paris, an viii ( 1800), in-8-' ; — Séméiotique, ou\
traité des signes des maladies ; Vdiris , 1810, i
in-8°; 1813, in-8° ; 1818, in-8" : cet ouvrage?
présente un bon résumé des travaux d'Hippocrale,e
de Leroy et de Gruner, enrichi de remarques'
propres à l'auteur ; le tout coordonné d'après les;
principes nosographiques du professeur Pinel.l
Landré-Beauvais a donné des articles au Die-:
tionnaire des Sciences Médicales et au Dic-
tionn. de Médecine. G. de F.
Biographie Médicale.
LANDRI (Saint), vingt-huitième évêque dei
Paris, occupa ce siège vers 650, sous ClovisII,!
entre Audebert et Chrodebert. Il montra son.
amour pour les pauvres, pendant la grande!
famine qui désola Paris en 651. Après s'être)
défait de tout ce qu'il possédait, il venditi
même les vases de l'autel pour secourir les indi-
gents. Une tradition, généralement reçue dans lel
diocèse de Paris et admise par les Bollandistes.i
attribue à saint Landri la fondation et la dotatioai
de l'hôpital qui dans la suite a pris le nomi
à' Hôtel- Dieu. Le moine Marculfe dédia à Lan-r
dri ses Formules, qu'il avait probablement re-i
cueillies à son invitation. On trouve le nom de
ce prélat parmi ceux des vingt-quatre évoques
qui souscrivirent la charte d'émancipation que
Clovis II accorda, en 653, à l'abbaye de Saint-
Denis, fondée par Dagobert I". Le dernier bré-
viaire de Paris place la mort de saint Landri en
656 et sa fête au 3 juin. Il fut inhumé dans l'é-
glise de Saint -Germain- l'A uxerrois, appelée
alors Saint-Germcdn-le-Rond. F.-X. T.
Longueval, Histoire de l'Église gallicane, tom. U, III.
— Dora PJtra, Vie de saint Léger. - Lebeuf, Histoire
ecclésiastique et civile de Paris, tom. II, pag. XXXHI.
LANDRI, maire du palais sous Clotaire II,
361 LANDRI —
roi de Neustrie, défendit ce prince contre les
entreprises de Childebert, roi d'Austrasie. En
593, un stratagème deLandri procura aux Neus-
Itriensune victoire éclatante sur les Austrasiens.
I Lorsque les deux années étaient en présence ,
Landri pendant la nuit fit avancer vers le camp
jde Childebert quelques troupes avec des ra-
I mées qu'elles plantèrent. Trompés par cet ar-
itifice, les soldats de Childebert ret)osaient
dans la plus profonde sécurité lorsqu'ils furent
surpris et taillés en pièces. Landri passait pour
l'amant de Frédégonde. Son courage ferait ou-
blier ses galanteries , s'il n'avait été l'un des
instigateurs du meurtre de Chilpéric. Voy. Chil-
pÉRic et Frédégonde. F.-X. T.
AmÉdée Thierry, Histoire des Mérovingiens.
I LAN DRiANi ( Paolo-Camtllo ), peintre de l'é-
cole milanaise, né vers 1570, mort vers 1618.
i Attaché à la cour ducale, il reçut le surnom du
\Duchino, sous lequel il est surtout connu. Élève
j d'Ottavio Semini et fort jeune encore à l'époque
lOÙ Lomazzo écrivait son Idea del tempio délia
\Pittura, il annonçait déjà ce qu'il serait un jour,
et mérita d'y obtenir sa part d'éloges. Landriani
a laissé dans sa patrie un grand nombre d'ou-
vrages dans lesquels il a su ajouter à la pureté
du dessin et à la grâce de son maître une sua-
vité de coloris et de contours qui semble em-
pruntée à l'école de Parme. Parmi ses tableaux
d'autels, les plus remarquables sont -. Saint
Martin, saint Dominique et sainte Agnès à
Saint- Eu storge, la Nativité de Jésus-Christ, à
Saint-Ambroise , et le même sujet peint en 1602
pour Santa-Maria-della-Passione. 11 peignit la
fresque d'une manière aussi franche que gran-
diose. E. B— N.
Oretti, Memo7-ie.—BoTs\en,Supplemento al Morigia.—
Soprani, Fite de' Pittori Genovesi. — I.anzi, Mtoria Pitto-
rica. — Orlandi, Jbbecedario — Ticozzî, Dizionario.
* LANDRI N {Armand-Pierre iB'mi^c), homme
politique français, né le 19 mai 1803, à Ver-
sailles. Après avoir fait ses études .sous la di-
rection d'un savant ecclésiastique, il fut reçu
avocat, exerça d'abord près le tribunal de Ver-
sailles, et prit part à la révolution de 1830 en re-
nouvelant le conseil municipal de cette ville. La
même année il passa au barreau de la cour
royale de Paris , et devint un des rédacteurs ha-
bituels de la Gazette des Tribunaux. Ses re-
lations d'ancienne date avec le parti démocra-
tique lui firent donner, dès le 26 février 1848,
les fonctions de procureur près le tribunal civil
de la Seine; en cette qualité, il apporta beau-
coup de diligence et de fermeté à faire respecter
les ateliers typographiques de La Presse et de
L^ Assemblée nationale , et s'associa aux me-
nées du parti qui poussait M. Ledru-Rollin
dans une voie plus révolutionnaire. Chargé avec
M. Portails d'ouvrir une instruction à l'occa-
sion de la manifestation socialiste du 16 avril,
il agit avec énergie, et s'entendit avec M. Caus-
sidière, préfet de police , pour l'exécution, difti»
cile alors de quelques-uns des mandats d'ame-
LANDSBERG 362
ner; mais, la veille du 4 mai, le gouvernement
provisoire arrêta l'action de la justice. M. Lan-
drin ne fut pas plus heureux lorsqu'il s'occupa de
rechercher les auteurs de la journée du 1 5 mai :
ayant demandé l'autorisation de poursuivre
M. Louis Blanc, il se vit désavoué par M. Cré-
mieux lui-même , qui tenait le portefeuille de la
Justice, et envoya le lendemain sa démission de
magistrat (4 juin 1848); cette démission amena ,
à quelques jours de là, celle du ministre. Élu le
23 avril précédent représentant du peuple dans
Seine-et-Oise , il siégea au bureau de l'Assemblée
en qualité de secrétaire, et vota en général avec
la gauche. D'accord avec MM. Peupm et Bérard,
il fit adopter, le 30 juillet, l'ordre du jour mo-
tivé qui déclara la fameuse proposition de
M. Proudhon « une atteinte odieuse aux prin-
« cipes de la morale, un encouragement à la
« délation, ainsi qu'un « appel aux plus mau-
vaises passions ». Au mois d'avril 1849, il ré-
signa son mandat et reprit sa place au barreau
de Paris. P. L — y.
Biogr. des Hepres. du peuple. — Rapport de la Com-
mission d'enquête, août 1848.
LANDRY ( Pierre), graveur français, né à Pa-
ris, vers 1630. Comme éditeur, il a publié des
pièces gravées par P. Desvaulx, Fr. Langot,etc.,
et particulièrement des pièces hiérologiques d'un
immense format, qui d'ordinaire ne portent que
son nom. Ses propres ouvrages indiquent une
main ferme et beaucoup d'originalité ; dans ce
nombre on cite : La Sainte Vierge assise avec
V Enfant- Jésus; — Saint Jérôme; — Abel
Brunier, médecin du duc d'Orléans, 1661 ; —
Jérôme Vavasseur, prieur des Carmes dé-
chaussés, etc. Il a encore gravé, d'après Ann.
Carrecci : La Sainte Famille , La Cananéenne,
un Saint Jean-Baptiste, en buste; — d'après
Fr. Albano: La Samaritaine ; — d'après Titien :
Les Pèlerins d'Emmaiis; — d'après Ribera :
Le Martyre de saint Barthélémy; — d'après
J. François : Louis XIV ; V Arbalétrier, pièce
très-rare, gravée dans la manière de Masson ; et
plusieurs portraits de personnages contem-
porains. K.
Basan, Z)îc(!. des Graveurs, I, 307. Gori Gandinelii, Dfo-
tiziedegli Intagliatori, XI, S94. — Bruiliot, Z)ictionn,, II.
— Nagler, Kunstler-Lexicon , VII, 270. — Ch. Le Blanc,
Hlan. de l'Amateur d'estampes.
landsbëbg {Jean ), surnommé Le Juste,
écrivain ascétique allemand , né à fiandsberg en
Bavière, vers 1490, mort à Cologne, le 10 août
1539. Après avoir fait ses études à Cologne, il
entra en 1509 chez les Chartreux de cette ville.
Il se fit remarquer par une extrême austérité
pour lui-même et une très-grande charité pour
les autres. Chargé pendant plusieurs années
d'instruire les novices à la Chartreuse de Co-
logne , il fut ensuite envoyé comme prieur à Cau-
tavie près de Juliers. Il prêcha souvent à la cour
du duc de Juliers , et devint plus tard visiteur
de son ordre. En 1536 sa santé délabrée le força
de se retirer à Cologne. Landsberg a écrit en
363 LANDSBËRG
allemand et en latin un grand nombre d'ouvrages
et d'opuscules ascétiques ainsi que de nombreux
sermons , recueillis en 5 vol. in-4'' ; Cologne ,
1630 et 1693. Parmi ces écrits, dont la plu-
part ont paru séparément nous citerons : Se?'-
mones in praecipuis anni Feativitatibus ; Co-
logne, 1536, in-S"; — Vita Servatoris nostri
in 150 meditutlones concinnata ; Cologne, 1 537 ;
— Paraphrases in dominicales Epistolas et
Evangelia ; Co\ogne, 1545, in-8°; Anvers, 1570
et 1575, in-S"; — Enchrridion militiee cfiris-
tianœ; Paris, 1546;. An vers , 1576, et Cologne,
l(i07, in-12 ; — Alloquia Jesu Christi ad fide-
lem anïmani ; Louvain, 1572; Cologne, 1590
et 1724, in-12; traduit en allemand, Cologne,
1747; en français, Paris, 1657, et Lyon, 1687,
in-12; une nouvelle traduction en a été donnée
par le P. Possoz ; Nantes, 1858; — Ënchiridion
Vitœ spiritualis ; Paris, 1573; — Pharetra
divini Amoris ignUls aspira tioni bits referla;
Cologne, 1607, in-12; — Diulogus inter mi-
lifem Ititheranum et Johannem monachum
de Vila monaséica, en aiiemand; — Apologia
pro Monasteriis ad Caroium V imperatorem ,
en allemand ; — Epistolas parxneticse- ad di-
versos. E. G.
H;irtzheim, Bibl. Coloniensis. — Petreius, Bibl. Car-
thiisiana. - P06fie\la, Àpparatus. — Rotennund, 5!//)-
ptément à JOcher.
LASOSEER (John ), graveur anglais, né en
1769, à Lincoln, mort le 29 lévrier 1852, à Lon-
dres. Élève de Byrne, il se fit connaître en 1793
par la reproduction de quelques paysages de Lu-
terbourg , et collabora à divers ouvrages à vi-
gnettes, entre autres à Y History of England
de Bowyer et aux Views of Scotland de Moore.
Il publia ensuite une excellente série d'animaux
d'après les œuvres de Rubens , Snyders, Gilpin
et autres artistes éminents. En 1806 il lit à Lon-
dres un cours de gravure qui fut imprimé l'année
suivante et lui ouvrit les portes de l'Académie
royale en qualité de membre associé. Après avoir
fondé deux revues artistiques, quiw'eurent qu'une
existence éphémère , il s'occupa d'archéologie et
d'esthétique, et donna à la Société des Anti-
quaires un mémoire sur les Pierres gravées
provenant de Babylone, inséré dans ÏAr-
chseologica, 1817, t. XVUl. Ensuite il fit des
leçons publiques sur les Hiéroglyphes gravés ,
et publia Sahaean Researckes ; Londres, 1823,
et Descriptive, explanatory and critical
catalogue of the earliest pictures in the
National Gallery ; ibid, , 1834 , in-8°. Comjna
graveur, il a donné : un portrait de Nelson;
— Planches poM la galerie Stafford ;
Londres, 1818, 4 vol. in-fol. ; — d'après B.
West : Saint-Jean; — d'après R. Smirke ;
la Victoire du Nil, grande pièce avec 15 por-
traits; — d'après Edwin Landseer, son fils : le
Rat à ra/f-ût et les Chiens du mont Saint-Ber-
nard.
Cet artiste a laissé trois lils : Thomas, Edwin
— LANDSEER 364
I ( voy. ci-après ) et Charles. Thomas, qui a suivi
la profession paternelle, est surtout connu pai'
les planches qu'il a gravées d'après son frèrc
puîné, telles que Un Chien de Terre-Neuve, Le
Braque endormi, Dignité et Impudence, eic.
Dans ces derniers temps, il a reproduit un des
bons tableaux de M'!'- Rosa Bonheur, La Foire
aux chevaux. Un de ses ouvrages originaux ,
Monkefana, or men in miniature, in-4", a
obtenu une grande popularité. Paul Lodisy.
j Elmes, Annals of the Fine Arts. — Nagler, KiinsUer
', Lejc., VII. — Tàe Engtisfi Cyclopsedia-
î * LAfliDSEEB ( Sir iÇ(iîri« ), peintre anglais ,
■ né à Londres, en 1803, fils aine du précédent.
. Son talent se développa de très-bonne heure , et
; il exposa dès l'âge de quatorze ans, en 1817. A
ving-trois ans, ii devint associé de l'Académie
! royale, et fut créé baronet en 1850. Sa réputa-
: tion avait depuis longtemps traversé le détroit,
. lorsque l'exposition universelle de Paris vint la
: consacrer d'une manière éclatante : sir Landseer ;
' reçut alors une des dix grandes médailles d'iionn
neur accordées aux artistes jugés dignes d'une-
récompense exceptionnelle. Aujourd'hui sir Ed-
win Landseer est le peintre le plus à la modei
j du royaume-uni, et son pinceau ne peut suffire
j à tous les portraits de chiens et de chevaux quen
! lui commandent ses compatriotes; aussi
I Landseer comprend et représente les animaux»
autrement que d'autres peintres contemporains.
i II ne se borne pas à dessiner le plus exaclementi
possible leurs formes , à reproduire leur allure,
et à en saisir l'expression générale de peur oui
de colère que leur donne l'instinct de la conser-
vation : il prétend rendre dans leur physionomiei'
ou révéler dans leurs poses toutes les nuances'
des sentiments et des passions qui peuvent les
agiter. Sir Landseer a beaucoup observé les ani-
î maux; ii les connaît parfaitement, aussi est-ili
irréprochable dans ses tableaux simplementi
i conçus; mais lorsqu'il lui arrive <routrer son:
, système, il tombe dans une exagération re-
grettable : ses compositions ne sont plus alors
que des plaisanteries spirituelles, qui n'ont pasi
I même la portée satirique des dessins de Grand-i
! ville. Citons comme exemple le Procès des
; chiens et Jack en faction. La plupart des œn-
' vres de sir Landseer ont été popularisées par lai
gravure. On remarque parmi ses tableaux expo»
ses à Paris : Le Soir, Le Matin, Le Sanctuaire^
j Animaux à la forge, Le Déjeuner, Les CoH'
': ducteurs de bestiaux, Jack en faction. Le Bé-
' lier à rattache, Chiens au coin du feu, Lsloy
I et Macaw, Singes brésiliens. Parmi ses autres
} tableaux exposés en Angleterre , nous citerons ;
Highlanders au retour de la chasse; le Singe
qui a vu le monde (1827) ; diverses scènes des
Highlands(1828) ; La Musique écossaise; U At-
tachement (1830); Braconniers à la chasse^
(1831) ; Chasse au Faucon (1832) ; Sir Waltef
Scott et ses chiens (1 833); le Départ du Bouvier
(1835); la Chasse à la Loutre (1844); Vani
LAWDSEER — LANDULPHE
36(i
AniMtrgh et ses ammauv- Sir Landseer excelje
à reproduire les types de bergers et des jopeurs
de cornemuiie écossais; il a peint avec beaucoup
de sentiment et d'evpression une Scène pasto-
rale (1845) ; La Paix et la Guerre ( 184C ); il
a déployé beaucoup d'imagination et de fantaisie
dans unescènedu Songed'une Nuit d'été (1851).
M. CAa7Zes Landsï;e;r, frère de sir Edwin,
et aussi menibrede l'Académie royale, est connu
oonime peintie de genre. On cite parmi ses ta-
bleaux : Charles II quittant le colonel Lane;
Le Retour de la Colombe à V arche; Clarisse
Harlowe et plusieurs compositions dont les su-
jets sont tirés des œuvres de Walter Scott et de
l'histoire d'Angleterre. E. Cottenet.
J. Riiskii) , Modem Painters — Men of the time ,
, 1867. — Max. du Camp , Bea,ux-arts à l'exposition uni-
! verselle.
LANDSPEBiti ( Herrad de ), religieuse alle-
liuaude, morte le 25 juillet 1195, au couvent de
jSaint-Octilie àHolienburgdont elle était abbesse
depuis le 22 juillet 1167; elle se livra à l'étude
avec zèle, et elle fait preuve de connaissances fort
étendues pour l'époque dans son Hortus Pell-
ciiirum, espèce d'encyclopédie composée d'ex-
traits de la Bible et des Pères , de vers latins
( accompagnés de musique ), de notions sur
les sciences , les arts , les coutumes de l'époque.
jSous divers rapports , cet ouvrage est digne d'at-
itention; on y trouve cités un grand nombre
d'auteurs ecclésiastiques, et entre autres citations
qui témoignent de la connaissance des écrivains
profanes , il y est parlé d'Ulysse et des syrènes.
Divers savants modernes ont mis en lumière ce
que pouvait offrir d'intéressant cette compila-
iion lemarquable , qui mériterait d'être publiée
en entier avec les éclaircissements qu'elle ré-
clame. G. B.
Engelhardt, Hortus Deliciarum , Ein Beitray zur Ge-
schic/ite.., Stuttgard, 1818, ln-8», — Histoire Littéraire
de la France, t, XUI, p. 588. — Lenoble , Mémoire sur
le Hortus Deliciarum, dans la Bibliothèque de l'École
des Chartes ; Paris , t. I ;i84o;.
LANDULPHE SAGàX , historien italien, vi-
vait au neuvième siècle. On n'a sur lui aucun
détail; on sait seulement, sur la foi d'un manus-
crit, que c'est lui quia remanié et continué V His-
toria Miscella de Paul Diacre. Cet ouvrage, qui
s'arrête à l'an 813, ne nous est pas parvenu dans
Xd rédaction primitive de Paul Diacre. Outre que
celui-ci est mort vers 799, les huit derniers
livres contiennent des extraits nombreux d'une
Histoire Ecclésiastique traduite du grec par
Anastase le Bibliothécaire vers le milieu du neu-
vième siècle. Quelques-uns attribuent le travail
de révision fait sur SHiistoria Miscella à un cer-
tain Johannes Diaconus , qui vivait à Rome vers
875. Quant aux éditions de cet ouvrage, voy. l'ar-
ticle Paul Diacre.
Miiratori, Scriptores herum Italicarum , t. I, p. 179.
— Schœll, Hist. de la Littérature romaine, t'. 111, p. 178.
LANDULPHE, sumommé l'Ancien, historien
italien, né à Milan, vers l'an lOOO, mort vers
1085. Ordonné prêtre, il prit part aux luttes aof-
mées qui s'engagèrent dans sa ville natale sous
le pontificat de Grégoire VII, se trouva du côté
des ennemis de ce pai>e, et se prononça ouverte-
ment pour le mariage des prêtres. Il est l'auteur
à'imeI{'istoriaMediolanensis,ou\Tà^eécritd'nn
style assez barbare, qui retrace les événements
passés à Milan depuis les temps historiques jus-
qu'en 1085. Landulphe y manifeste une partialité
injuste; il calomnie les adversaires de la cause
qu'il avait soutenue, et leur prête souvent de.s
discours supposés. Malgré ces taches , dont lu
plupart ont été relevées par Puricelli dans sa
Vita Herlembaldi, l'ouvrage de Landulphe est
cependant précieux, parce qu'il contient divers
détails qui ne sont connus que par cette histoire,
L'Historia Mediolanensis , que plusieurs éru-
dits ont prise pour le CJironicon, que Datius^
archevêque de Milan, était supposé avoir rédigé,
a été publiée dans le tome IV des Scriptores
Reruvi italicarum de Maraiton. E. G.
MiiratOFi , Prxfatio in Meâiolanensem historifjum
( dans les Scriptores Rer. Ital., t. JV, p. 49). — Argelati,
Scriptores Mediolanenses , t. II, p 777.
LAatDULPHE, surnommé le Jeune ou de
Santo- Paulo historien italien, né à Milan, vers
1080, moit un peu après 1137. Son oncle Luit-
prand , riche ecclésiastique de Milan , était l'ami
de Ssint-Herlembald et de Saint-Ariald , et lutta
avec eux contre !e mariage des prêtres et la si-
monie. Le zèle qu'il déploya à cette occasioii lui
valut en 1075 d'être jeté en prison par ses ad-
versaires et d'avoir le nez et les oreilles coupés.
Relâché après la cessation des troubles, il fit
usage de sa fortune pour rebâtir et orner ma-
gnifiquement l'église de la Trinité et celle de
Saint-Paul , dont il fut autorisé , par charte im-
périale et métropolitaine , à laisser le gouverne-
ment à ses héritiers. Il appela auprès de lui
Landulphe son neveu , le fit ordonner acolyte et
l'envoya vers 1102 à Orléans pour y continuer
ses études. Landulphe y suivit les leçons d'Alfred
et de Jacob , et vint en compagnie de son com-
patriote Anselme de Pusterula, plus tard arche-
vêque Je Milan , à Tours et à Paris , oii il sui-
vit les leçons de Guillaume de Champeaux.
De retour dans sa ville natale vers 1100, il oc-
cupa pendant quelque temps un office à l'église
Saint-Paul; en 1109 il repartit pour la France
avec Anselme de Pusterula et CEricus, vidarae
de Milan, et alla compléter ses études en théo-
logie sous la direction du célèbre Anselme, sco-
lastique de Laon. L'année suivante, il revint en
Italie , alla voir son oncle Luitprand , qui s'était
retiré dans la Valteline, et prit possession de
l'église de Saint-Paul , dont Luitprand lui laissa
le bénéfice à sa mort, survenue en 1112. Mais
tu cette même année Landulphe s'étant déclaré
contre l'archevêque Jordanus , qu'il traitait
de simoniaque, se vit enlever violemment tout
ce qu'il tenait de la succession de son oncle.
En 1 116 il alla porter plainte de cette spoliation
367
LANDULPHE —
auprès du concile du Latran, puis auprès du
pape Calixte II ; mais il ae put obtenir justice.
L'avènement à l'archiépiscopat de ses deux con-
disciples, Œricus et Anselme de Pusterula, ne
lui servit pas plus à rentrer dans i>es droits ; mais
il fut promu successivement aux fonctions de
scribe, d'écolâtre, de chef des secrétaires des
consuls, et il fut enfin placé à la tête des cha-
pelains de l'archevêque. En 1137 il s'adressa à
l'empereur Lothaire pour obtenir la remise des
biens dont il avait été dépouillé; l'empereur
recommanda la cause de Landulphe aux consuls
de Milan ; mais Arnaldus.l'un d'eux, qui avait été
l'ennemi juré de Luitprand , empêcha que la
volonté de l'empereur fût écoutée. Landulphe
termine son Histoire, où se trouvent consi-
gnés ces faits, en implorant la justice divine,
désespérant de celle des hommes. Cet ouvrage,
intitulé : Historia Mediolanensis , contient le
récit des événements qui se sont passés à Mi-
lan depuis 1095 jusqu'en 1137; il est très- pré-
cieux à cause des nombreux détails qui s'y trou-
vent rapportés, par un témoin oculaire, sur
les luttes animées engagées à cette époque dans
la république naissante de Milan. Landulphe y
a aussi relaté beaucoup de faits concernant l'his-
toire générale de l'Italie. V Historia Mediola-
nensis, dont plusieurs fragments se trouvent
dans le tome rv de ÏJtalia Sacra d'Ughelli, a
étépubliéeavec des notes deSassi dans le tome V
des Scriptores Rerum Italicarum de Muratori.
E. G.
Sassl, Prœfatio in Historiam Mediolanetisem (dans
le t. V des Scriplores de Muratori ). — Argelatl, Scrip-
tores Mediolanenses , t. 11, p. 279.
LANDULPHCTS DE coLrMiVA. (1), historien
et théologien français , vivait au commencement
du quatorzième siècle. Devenu chanoine de la
cathédrale de Chartres, il écrivit les ouvrages
suivants : Breviarium historiale ut homines
bonis praeteriiis discant vivere etmalis exem-
plis sciant prava vitare; Poitiers, 1479, in-4'';
c'est le premier ouvrage imprimé à Poitiers;
quelques fragments de ce Breviarium se trou-
vent dans le t. I de la Bibliotheca nova du
P. Labbe ; on ne sait pas si ce livre, qui s'arrête
à l'an 1320 et dont un manuscrit existe à la
bibliothèque d'Alby, est le même que Y Historia
Temporimi Pontificiim Romanorum, que Lan-
dulpheavait, selon Volaterranus , dédié au pape
Jean XXII; — De Translatione imperii ad
Grsecos, dans làSylloge de Jurisdictione Impe-
riali de Schardius et dans le tome II du recueil
de Goldast De Monarchia imperiali; — De
Statu et Mutatione Imperii romani; cet ou-
vrage, dont il existe des manuscrits aux biblio-
thèques de Paris et de Strasbourg , est peut-être
le mônie que le précédent; — De Pontificali
Officio se trouvait en manuscrit dans. la biblio-
thèque deColbert; — Super libros III et IV
(1) Il a été souvent confondu avec Landulphe Sagax.
LA NEUFVILLE 368
Sententiarum , en manuscrit à la bibliothèque
deBâle.
Oudln, Scriptores Ecclesiastici , t. III, p. 7BS.
LANE (Sir Richard), magistrat anglais, né
dans le comté de Northampton, dans la dernière
partie du seizième siècle, mort dans l'île de
Jersey, en 1651. 11 étudia le droit à Middle-
Temple, et acquit une grande réputation comme
avocat. Strafford, accusé de haute trahison, le
choisit pour conseil en 1641 ; mais l'habileté du
défenseur échoua devant le parti pris de la
chambre des communes. Lorsque la guerre ci-
vile éclata, il rejoignit à Oxford le roi Charles P',
qui le nomma premier baron de l'éclûquier et {
membre du conseil privé. A la fin de 1642, ili
fut un des commissaires royaux qui négocièrent i
inutilement la paix avec le parlement à Ux- '
bridge, et en 1646, après la mort de lord Lyttie-
ton, il reçut les sceaux. Il fut encore un des
commissaires qui traitèrent de la reddition
d'Oxford en 1646, et peu après il se retira à
Jersey, pour échapper aux persécutions des par-
lementaires. On a de lui : Reports in the Court
of Exchequer in the reign of king James ;
1657, in-fol. Z.
Wood, Mhetus Oxonienses, vol. II. — Clarendon, i
History of the Rébellion. — Hoyd, Memoirs.
LA NEUFVILLE (Jacques Le Quiejn de ),
historien français, né le 1'^'' mai 1647, à Paris,
mort le 20 mai 1728, à Lisbonne. Appartenante
une ancienne famille de Picardie dont le nom pa-
tronymique était Le Chien ou Le Quien, suivant
la prononciation du pays, il entra dès l'âge de
quinze ans comme cadet dans les gardes fran-
çaises , régiment avec lequel il fit une canir-
pagne, et fut obligé, à cause de la faiblesse de
sa santé, de renoncer à la carrière des armes.
Il s'appliqua alors à la philosophie et au droit,
et comme il avait conservé du goût pour les
lettres , il dirigea ses études vers l'histoire. D'a-
près les conseils de Pellisson, il se proposa d'é-
crire les annales du Portugal, qui manquaient
en français. « Les préparatifs , dit Nicéron, en
furent un peu longs; il lui fallut d'abord tra-
vailler à se rendre familières les langues espa-
gnole et portugaise, dont il n'avait qu'une légère
teinture, pour être en état de puiser 'dans les
sources ; il établit ensuite diverses correspon-
dances pour tirer des archives du pays des co-
pies ou des extraits des pièces manuscrites né-
cessaires à son dessein. » Cet ouvrage lui coûta
plus de trente années d'efforts : la première
partie, qui parut en 1700, fut -jugée si remar-
quable qu'elle lui procura en 17061a place d'as-
socié à l'Académie des Inscriptions. Il travailla
ensuite à V Histoire des postes, entreprit celle
de la Flandre française, qui n'a point paru, et
accompagna en 1713 l'abbé de Mornay dans son
ambassade de Portugal. Sa réputation l'avait
précédé dans ce pays , où il passa le reste de
ses jours, et le roi, en récompense de ses tra-
vaux, lui accorda l'ordre du Christ et une pen-
369 LA NEUFVILLE
sion de 1,500 livi-es. On a de lui : Histoire \
générale de Portugal; Paris, 1700, 2 vol.
in-4°; ce livre, laissé incomplet par son auteur,
s'étend depuis les premiers temps jusqu'à la
mort du roi Emmanuel P"", en 1521 ; il est bien
écrit, mais inexact, ce que les académiciens de
Lisbonne lui reprochent dans le tome I*'" de
leurs Mémoires, en faisant observer qu'il est
difficile à un étranger d'arriver jamais à cette
perfection que l'on peut à peine attendre de l'é-
lite des savants nationaux ; — Origine des
Postes chez les anciens et chez les modernes ;
Paris, 1708, in-12, réimpr. en 1734 sous le titre:
Wsage des Postes. P. L — y.
Histoire dcl' .Icadémie des Inscriptions, Vil. — Chau-
fepié, Dict. — Nlcéion . Mémoires pour servir à l'His-
toire des Hommes illustres, XXXVUl.
LA NEUVILLE {Anue-Joscph de), théolo-
gien Irançais, né vers la fin du dix-septième
siècle. Il faisait partie de la Compagnie des Jé-
suites, coopéra à la rédaction des Lettres Édi-
fiantes , et a été confondu par quelques biogra-
phes avec les frères de Neuville, prédicateurs
du dix-huitième siècle. On a de lui : Morale du
Nouveau Testament partagée en réflexions
pour tous les jours de l'année; Paris, 1722,
1758, 4 vol. in-12, imprimée d'abord sans nom
i'auteur, et faussement attribuée par l'édition
le 1782, 3 vol. , au P. Charles Frey de Neu-
pjlle; — Morale des Familles chrétiennes,
m le livre de Tobie , avec des réflexions mo-
'•ales et des notes critiques ; Paris, 1723, in-12 ;
l'après les Mémoires de Trévoux ; ce comraen-
aire devait être suivi du Modèle des Veuves
chrétiennes dans la personne de Judith, et
l'études semblables sur les autres livres his-
oriques de l'Ancien Testament ; — La Vie de
\aint François Régis ;^&xi%, 1737, in-12, fig.,
ït Liège, 1738. K.
Barbier, Dict. des Anonymes, n° 12140. — Mémoires
le Trévoux, nov. 1724. — De Backer, Bibliothèque des
icrivains de la Soc. de Jésus.
LANFRANC, célèbre prélat français, né vers l'an
005,àPavie,mort le 28 mai 1089. Son père Ham-
«Id , qu'il perdit de bonne heure , était un des
oagistrats chargés de veiller à la garde des droits
ides lois de la cité. Après avoir achevé ses pre-
[jières études dans sa ville natale, il suivit à Bo-
9gne les cours de cette célèbre école de jurispru-
ence qui venait de s'y ouvrir, et bientôt il y
rofessa lui-même. De retour à Pavie, il s'y fit
emarquer comme avocat et comme jurisconsulte ;
uis, traversant les Alpes et la France, il alla,
u fond de la Normandie, enseigner sa science
ivorite , et peut-être aussi les belles-lettres ,
ans la ville d'Avranches , où sans doute il porta
uelques-uns des anciens et précieux manus-
rits qu'on y conserve encore. Il avait environ
rente-sept ans , lorsque, quittant Avranches
our se rendre à Rouen, il fut aiTêté en route,
ion loin de Brionne, par une troupe de malfai-
eurs qui le dévalisèrent, lui attachèrent les mains
lerrière le dos, lui jetèrent son capuchon sur les
— LANFRANC
370
yeux et l'entraînèrent au plus fort d'une forêt, où
ils l'abandonnèrent. Tiré de ce mauvais pas par
des voyageurs que ses cris avaient émus, il gagna
un monastère qu'un noble chevalier, le bien-
heureux Herlime, bâtissait alors dans le voisi-
nage. Ce monastère, c'était l'abbaye bénédictine
du Bec. Il y prit l'habit, en 1042, et en 1045,
il en fut nommé prieur. Là il fonda cette école
fameuse qui fut une des gloires de la Nor-
mandie et du moyen âge. A ses leçons, qui
résumaient toute la science du temps, accouru-
rent non-seulement de la province, mais encore
de la Bretagne, de la Gascogne, de la France,
des Flandres, de l'Allemagne et même de l'Italie,
les enfants des plus grandes familles, des clercs
déjà fameux, des maîtres renommés. Au nombre
de ses disciples les plus honorés, on cite un
évêque d'Aversa, Guitmond ; deux évêques de
Rochester, Hermoste et Gondulfe ; un abbé de
Caen, Guillaume-Bonne-Ame; saint Yves, évê-
que de Chartres; le pape Alexandre II, et enfin
saint Anselme, de Cantorbéry. Entre les écolâ-
tres qui étaient venus l'entendre, il en avait dis-
tingué un, Bérenger de Tours, qui se faisait re-
marquer par la subtilité et l'indépendance de sa
pensée. Comme il s'entretenait volontiers avec
lui de questions théologiques , Béranger s'était
cru autorisé à lui dédier un livre sur le mystère
de l'Eucharistie, où il niait sans déguisement la
présence réelle. Appelé à s'expliquer sur l'hé-
résie qu'on avait en quelque sorte mise sous son
patronage, Lanfranc la réfuta, en 1050, à Rome
d'abord, et ensuite au concile de Verceil, avec
tant d'éloquence et de savoir, qu'on s'habitua
dès lors à le regarder comme un des plus fermes
soutiens de l'orthodoxie. C'était ainsi qu'il prélu-
dait au rôle important qui lui était réservé. Un
autre incident, qui faillit aussi lui être funeste,
fut pour lui l'occasion d'un autre triomphe.
Guillaume le Bâtard avait, en 1053, pour mettre
un terme aux querelles qui divisaient la Nor-
mandie et les Flandres, épousé, contrairement
aux canons de l'Église , la fille de Baudoin le
Pieux, sa cousine Mathilde. Rome s'était scan-
dalisée de cette union, et les foudres de l'ex-
communication avaient frappé les conjoints.
Lanfranc n'avait pas craint de se prononcer
contre un mariage que les conciles prohibaient.
Le duc l'apprend, et, dans un accès de colère, il
ordonne que l'indiscret prieur soit chassé de la
Normandie. Mais avant de partir pour l'exil il
ose se présenter devant le prince irrité, plaide
sa cause et la gagne. Guillaume, qui se connais-
sait en hommes , avait bien vite compris tout le
parti qu'il pourrait tirer, s'il se l'appropriait, de
ce talent qui l'avait désarmé, et, après l'avoir
lié par ses faveurs et fasciné par ses caresses, il
le mit sans délai à l'épreuve ; ce sera lui qui
sera chargé de réconcilier la papauté avec cette
alliance qu'il avait lui-même si formellement
condamnée. Nouveau succès pour l'habile né-
gociateur ! Nicolas II consent à fermer les yeux
871 LANFRANC
sur cette infraction à la règJe; les époux en
seront quittes pour élever à Caen les magnifiques
abbayes de Saint-Étienne et de la Sainte-Trinité,
dont nous admirous encore aujourd'hui les im-
posantes constructions. A partir de ce moment,
ï^anfrauc devint le conseil le plus intime du
maître qu'il avait si bien servi. En 1066, quand le
duc quittait la Normandie pour conquérir un
trône, Lanfranc fut appelé à Caen , où il acheva
le monastère de Saint-Étienne, dont il devint le
premier abbé et qu'il dota d'une école qui riva-
lisait bientôt avec celle du Bec.
JLn 1067 , l'archevêque de Rouen, Maurille,
étant mort, le peuple et le clergé désignèrent tout
d'une voix l'abbé de Caen pour son successeur.
Lanfranc refusa cet honorable fardeau avec une
opiniâtreté que ne purent vaincre les plus vives
instances, et il parvint à faire nommer à sa
place un de ses anciens amis, Jean d'Avranches,
pour lequel il alla demander à Rome le pallium,
qu'il en rapporta eu 1069. Mais il n'échappait à
rarchevêché de Rouen que pour être porté à un
siège plus éminent encore.
La victoire d'Hastings avait livré l'Angle-
terre à Guillaume ; le duc s'était fait roi. Cette
royauté que les armes avaient fondée, il ne pou-
vait l'affermir que par de fortes institutions.
Aussi profond politique qu'intrépide guerrier, il
372
fier prétendant courba la tête, et l'Angleterre
religieuse tout entière reconnut l'archevêque
de Cantorbéry pour son prince spirituel; ce
triomphe équivalait pour Lanfranc à la victoire
remportée sur Harold par son maître : c'était sa
bataille d'Hastings. Une fois en possession du
jjouvoir absolu, il plaça à la tête des évêchés et
des maisons religieuses , tantôt par la persua-
sion, tantôt de vive force, les hommes sur les-
quels Guillaume pouvait compter, conciliant, au-
tant que possible, les intérêts de la royauté et
ceux de l'Église; mais, avant toute chose, ser-
vant le maître temporel qu'il s'était donné et
dont il fut toute sa vie l'instrument non moins
intelligent que docile.
Cependant il rétablissait dans les- monastères
la discipline qui s'y était scandaleusement relâ-
chée ; il obligeait les prélats à donner aux popu-
lations de salutaires exemples ; grâce à sa fer-
meté, le célibat des prêtres s'établissait défini-
tivement ; d'odieuses coutumes, celles entre au-
tres d'échanger sa femme légitiihe contre celle i
d'autrui, étaient abolies; il relevait la cathédrale i
de Cantorbéry, reconstruisait l'abbaye de Saint-
Alban , couvrait l'Angleterre d'hôpitaux et de
léproseries. L'abbaye du Bec n'était pas oubliée
au milieu de ses générosités, et nous le voyons
consacrer lui-même, en 1077, sa modeste église,
comprit bien qu'une organisation puissante, dont j dont il avait, dix ans auparavant, en sa qualité
il serait le centre, t;arantirait seule à son œuvre
ce qu'il avait tant à cœur de lui donner, la
durée; et comme il était maître absolu de ses
comtes et de ses barons, qui avaient d'ailleurs
le même intérêt que lui à contenir la nation
vaincue, il ne lui restait qu'à s'assurer à un
égal degré le concours de l'Église. C'est ici sur-
Itout que Lanfranc le pouvait utilement seconder.
L'archevêque de Cantorbéry, Stigand, Saxon de
sang et de cœur, avait osé marcher en armes à
la rencontre du prince normand, et après la vic-
toire il s'était refusé à le sacrer roi. Guillaume
le fit déposer au concile de Winchester, et
Lanfranc , nommé à sa place , rapporta bientôt
de Rome le pallium qu'il était allé y recevoir des
mains de son ancien élève, le pape Alexandre II.
Aussitôt il se mit à l'œuvre. Avant tout il avait
à soumettre un puissant rival , l'archevêque
d'York, Thomas, qui se prétendait l'égal, dans
la hiérarchie religieuse, de l'archevêque de Can-
torbéry. Lanfranc , par son éloquence et ses
subtilités, s'efforça d'abord d'établir, à Rome et
en Angleterre, dans des assemblées solennelles
tenues à ce sujet, le prétendu droit de son siège
à la suprématie : mais la question ainsi prise ne
se décidant pas, on eut recours à une argu-
mentation plus efficace; on signifia au prélat
récalcitrant que s'il ne se rendait point, on se
verrait à regret, dans l'intérêt de la paix et de
l'unité du royaume, contraint de confisquer ses
biens et de l'expulser lui et les siens de la Nor-
mandie et de la Grande-Bretagne. Abattu par
ces menaces, que l'effet aurait suivies de près, le
de prieur, posé la seconde pierre. Ce n'était pas
seulement comme primat et dans les affaires de
l'Église qu'il secondait admirablement son roi;
Guillaume avait en lui, pour toutes les branches'
de sa vaste administration, une confiasice sansi
bornes, et lorsqu'il lui arrivait de quitter l'An-
gleterre, c'était à son cher primat que ses pou-
voirs étaient remis. Tant que Guillaume vécut, :
Lanfranc fit, sous sa haute direction, tout le
bien qu'on pouvait attendre de son âme géné-
reuse et de son dévouement à la cause à la-
quelle il était lié. Mais lotsqu'en 1087 le puis-
sant monarque alla rendre ses comptes, comme
on disait alors, à V échiquier suprême, l'état deçi
choses ne tarda pas à changer. Guillaume 1^1
Roux , que Lanfranc avait lui-même sacré roj :
pour obéir aux dernières volontés du Conque?
rant, s'engagea dans des routes où le sage coa- 1
seiller ne pouvait le suivre; voyant ses aver-t
tissements méconnus, ses avis méprisés, jïi
tomba dans une profonde tristesse, qui sang i
doute abrégea ses jours. Attaqué d'une fièvre
ardente, qu'il ne voulut pas soigner, il mourut,
comme il en avait souvent exprimé le désir, saii§
avoir un instant perdu ni la mémoire ni la pa-
role, âgé d'environ quatre-vingt-quatre ans. Sa
perte fut vivement ressentie, universellemeiit
pleurée; il emporta surtout au tombeau les re-
grets de l'Église. Quoiqu'il n'ait pas été formel-
lement canonisé, quelques hagiographes l'ont
placé au rang des saints , et les Bollandistes
ont inscrit son nom dans leur livre.
Lanfranc ne fut pas seulement un grand ar-.j
373
chevêque, un habile politique, ce fut encore
pour son époque un remarquable écrivain. Nous
avons trois éditions de ses œuvres; la première
et la meilleure, eu un volume in-fol., fut publié
à Paris, en 1048, par les soins d'un savant bé-
néilictin , doni Luc d'Achery ; la seconde , qui
n'est guère qu'une réimpression de la première,
fait partie du XVIII" volume de la Bibliothèque
des Pères que Margarin de La Bique éditait à
Lyon en 1677; la troisième, en deux volumes
in-8°, est du docteur Giles ; elle a paru à Paris et
à Ovford en 1844. Ce que ces publications con-
tiennent de plus important, c'est sans contredit
un Livre sur le Corps et le Sang de Notre
Seigneur, où Lanfranc a reproduit les argu-
ments sous lesquels il avait acrablé l'hérésie de
Bérenger, et une soixantaine de Lettres adres-
sées à toutes les notabilités du temps, qui jet-
tent une vive lumière sur l'état moral et reli-
gieux, à cett« époque, de l'Angleterre et même de
la chrétienté. N'oublions pas ce qu'il fit pour la
culture iuteilectiiella des populations qui lui
étaient confiées, en ouvrant partout des écoles,
en multipliant les bons livres, qu'il faisait trans-
crire à grands frais et que quelquefois même il
transcrivait de sa maia;ses biographes mention-
nent entres autres une copie, signée de lui, des
Dix Collations de Jean Cassien , que l'on con-
serve encore aujourd'hui à la bibliothèque pu-
blique d'Alençon. A. Charma.
Bistmre littéraire delà France, t. VIII, p 260 305. —
BBcb, Sevue de Rouen ; iS%l . 1«' semestre, p. 83 96. —
B. Haiiréau, De la Philosophie scolastique, l. I, p. 168-
170. — A. Charma. Lanfranc, notice biographique, lit-
téraire et philosophique, Paris, in-S"; ISSO.
L.AiVFRA?i€ ciGALA, troubadour génois, né à
Gênes, aucommenceinent du treizième siècle.
Crescimbeni prétend avoir vu dans cette ville, chez
le vicomte Cigala, un portrait de notre personnage
portant cette inscription : Layifrancus Cigala,
consul, anno 1248, jurisconsultus, poeta egre-
gius. Nous ne savons si Lanfranc exerça re-elle-
i»ent dans la république de Gênes les hautes
fonctions de consul ; mais le reste de l'inscrip-
tion est parfaitement d'accord avec ce que dit
de lui un biographe des troubadours : « Il ap-
partenait à une famille noble; il étudia les
' lois, et fut juge et cavalier ; mais il vécut plu-
tôt en magistrat qu'en militaire (1). 11 était
galant et faisait volontiers des chants reli-
gieux (2). » Lui-même s'est peint dans une de
ses pièces d'une manière bien peu flatteuse.
Daus un accès de dévotion, il s'accuse d'avoir
(te menteur, envieux, convoiteux du bien d'au-
trui, voleur, médisant, rusé et fourbe quand ii
a trouvé quelqu'un à tromper. Nous espérons
que dans cette confession, par trop sincère , il
faut faire la part de l'amplification poétique, et
nous sommes d'autant plus disposé à l'exonérer
de quelques-uns des vices dont il se charge que
\X) Et fo juges e cavalliers, mas vida de juge me-
nava.
(8) Era grans amadors, et trobava volontiers de Dieu.
LANFRANC 374
plusieurs de ses chansons respirent une iiaorale
assez pure. ïl parait surtout avoir été très-dé-
licat en amour, si nous en jugeons par un tenson
qu'il soutint contre une femme poète, dame
Guilhelma, et où il se fit l'avocat du sentiment
platonique et dudévouement désintéressé, tan lis
que son adversaire, malgré son sexe, pi'ofessait
des théories passablement grossières. Ou peut
supposer d'ailleurs dans sa vie deux époques
distinctes et faire dater sa conversion de son
mariage. 11 épousa en effet une demoiselle de la
maison génoise de Cibo, qu'il célébra dans plu-
sieurs de ses poésies sous le nom de Na (abrëv.
pour domina) Belris. Elle mourut avant lui, et
il déplora sa fin prématurée d'une manière tou-
chante. Doué, comme on voit, d'une certaine
sensibilité , et fort susceptible d'enthousiasme,
il se passionna pour les croisades, sans y prendre
part il est vrai , et adressa de vives remon-
trances aux princes qui oubliaient Dieu « dans son
besoin «.c'est-à-dire qui négligeaient de prendre
la croix. 11 exhorta en particulier le roi d'An-
gleterre et le comte de Provence d'accompa-
gner saint Louis quand celui-ci partit en 1248
pour l'Egypte. Malgré son zèle pour la religion,
il était ardent gibelin , et l'on ne peut rien lire
de plus énergique que ses satires contre le
marquis de Montferrat, Boniface III, qui avait
abandonné la cause de Frédéric II. Il l'accuse
d'être avide et sans foi , et si changeant qu'on
le croirait tils ou frère du vent. Pourquoi l'ap-
pelle-t-on £o«i/«fe, puisqu'il n'a jamais su faire
en sa vie une bonne action?
Ans crei que fo fils o traire de ven ,
Tan cambia leu son cor e son talen !
En BoiiUiiz et clariialz faisuiuen,
Car anc bon fdlg non sap lar a savia. »
Ce dernier jeu de mots est assurément de
fort mauvais goût, et peu conforme à l'étymo-
logie ; mais on voit que les pièces d e Lanfranc
Cigala ( ainsi que celle d'un grand nombre de
troubadours ) pourraient offrir un véritable in-
térêt historique. A cette époque où la presse
n'était pas encore née, les chanson? des poètes
tenaient lieu de pamphlets politiques et de
journaux ; et c'est chez eux plutôt que dans
les chroniqueurs qu'il faudrait chercher l'ex-
pression passionnée , mais fidèle, de l'opinion
publique au moyen âge. Lanfranc, suivant les
uns , mourut tranquillement dans sa ville na-
tale; suivant Nostradamus, il périt assassiné en
1278, à son retour d'un voyage en Provence. Il
à. été souvent cité avec éloge par les écrivains
des siècles suivants, et le cardmal Bembo met
au nombre des titres de gloire de sa patrie
l'honneur d'avoir donné le jour à Lanfranc Ci-
gala. Nous possédons un assez grand nombre
de ses chansons à la Bibliothèque impériale
dans le manuscrit 7225, et dont quelques-unes
ont été publiées par Raynouard dans son Choix
des Poésies des Troubadours ;PeLvis, 1816-1821.
Alexaijdre Pey.
375
LANFRAIîC — LANFRANCO
37G
éméricj Durai, Histoire Littéraire de la France,
t. XIX. — L'abbé Mfllot . Hist. des Troubadours, t. II.
LANFRANco ( *** ) , architecte italien, com-
mença en 1099 et dirigea jusqu'en 1106 la cons-
truction (ie la cathédrâle de Modène, qui après
sa mort fut achevée sur ses dessins. Ce monu-
ment, l'un des premiers qui annoncèrent l'au-
rore de la renaissance italienne, mérite à ce titre
d'attirer l'attention de tous ceux qui aiment à
étudier l'histoire de l'art. E. B— n.
Carlo Borghi, Il Duomo ossia cenni storici délia cathé-
drale di lilodena. — Campori, Gli Artisti negli Stati
Estensi. — Sossaj, Modena descritta.
LANFRANCO OU LANFRANC , médecin et
chirurgien italien , né à Milan , vivait dans la
seconde moitié du treizième siècle. Sa vie est
très-peu connue, et on ignore la date de sa nais-
sance et celle de sa mort. Les rares détails que
l'on possède sur sa carrière scientifique se trou-
vent dans ses ouvrages. Disciple de Guillaume
de Saiiceto, il pratiquait et enseignait avec éclat
la médecine et la chirurgie lorsqu'il fut victime
des dissensions intestines de sa patrie. Chassé
de Milan par ordre de Matteo Visconti, il se
rendit à Lyon, où il s'arrêta quelque temps
pour soigner l'éducation de son fils. Il voyagea
ensuite dans diverses provinces de la France ;
mais il ne paraît pas qu'il ait professé à Mont-
pellier. Son compatriote Passavant, doyen de la
faculté de Paris, et Pitard, premier chirurgien de
Philippe le Bel, l'appelèrent à Paris en 1295. Il
pratiqua devant eux plusieurs grandes opéra-
tions, et fut très-satisfait de l'accueil qu'il reçut.
Les élèves vinrent en foule s'instruire à son
école, et les maîtres de la faculté lui donnèrent
des marques si flatteuses d'estime et d'amitié
que, selon ses propres expressions, trop modestes
sans doute, « il n'était pas digne de la centième
partie de celles dont on l'honora ». 11 trouva la
chirurgie dans le plus triste état. Il se plaint
sans cesse de l'ignorance grossière de ceux qui
exerçaient cet art à Paris. Ils étaient, si on l'en
croit, illettrés, presque dénués de toute notion
anatomique, et réduits à une pratique pure-
ment mécanique; simples barbiers auxquels il
fallait pourtant avoir recours pour des opéra-
tions chirurgicales, dont eux seuls avaient
quelque habitude. D'importantes réformes, con-
seillées par Lanfranc et exécutées par Pitard,
renouvelèrent l'enseignement et la pratique de
la chirurgie. Lanfranc contribua encore active-
ment à cette rénovation par deux traités ( Chi-
rurgia magna etparva) qui devinrent le ma-
nuel des chirurgiens. « Cet ouvrage ( CM-
rurgia magna ) , dit la Biographie Médicale,
joint aux leçons et aux exemples de Lanfranco,
tira l'art chirurgical de l'état de barbarie dans
lequel il languissait en France. On doit surtout
remarquer la sage méthode de l'auteur, qui à
la suite de chaque blessure donne l'anatomie de
l'organe qu'elle atteint. Il indique les signes
auxquels on peut distinguer une hémorragie ar-
térielle d'une hémorragie veineuse ; mais il ne
conseille encore d'autre moyen contre la pre-
mière que de tenir le doigt pendant une heure
sur l'ouverture du vaisseau , pour donner au
sang le temps de former un caillot ; cependant,
si ce moyen, aidé de l'application de substances
astringentes et styptiques, ne suffit pas, il pro-
pose la ligature, que lui-même dit avoir prati-
quée avec succès dans un cas de blessure à l'ar-
tère brachiale. Il expose fort bien le danger des
tentes, dont on faisait un si grand abus de son
temps dans le pansement des plaies, et dont l'u-
sage dura encore plus de quatre siècles, malgré
la sagesse de ses avis. Les règles qu'il trace
pour le traitement des plaies simples et des
plaies envenimées sont excellentes ; il veut qu'on
réunisse les premières par première intention,
et qu'on cautérise les secondes après les avoir
ventousées. Le tableau qu'il trace des signes de
la gravelle et de la pierre est fort exact ; il in-
dique les signes auxquels on peut distinguer la
colique néphrétique de toute autre colique , et
prévient qu'on rencontresouvent des graviers dans
les fièvres ardentes , les fièvres tierces, les fiè-
vres hémitritées et quelques autres maladies, sans
qu'on puisse conclure de là que le sujet est at-
teint de la pierre , observation dont le temps a
confirmé l'exactitude et la justesse. Cependant,
au milieu des bonnes idées que Lanfranco ré-
pandit, on est surpris de le voir rejeter le tré-
pan et condamner absolument la lithotomie,
sous le vain prétexte que l'extraction des cal-
culs urinaires rend les hommes impuissants.»
Suivant Éloy , Lanfranc a puisé dans les ou-
vrages de Guillaume de Saiiceto ce qu'il y a de
mieux dans les siens. « Il ne nomme point,
dit-il, ce grand maître, dont il adopte les maxi-
mes de préférence à celles de tout autre ; mais
c'était la coutume des écrivains de ce temps-là
de se copier mutuellement sans en dire mot. «
On a de Lanfranc : Chirurgia magna et parva ;
Venise, 1490, 1499, 1519, 1546, in-folio ; 1553,
in-fol. avec les ouvrages de Gui de Chauliac,
de Roger, de Bertaglia, de Roland. Le traité de
Lanfranc a été traduit en français par maître
Guillaume Yvoire, Lyon, 1490, in-4°, et en alle-
mand par Othon Brunfels, Francfort, 1566,
in-S". Montfaucon cite comme existant en ma-
nuscrit, un Traité de Chirurgie de Lanfranc
de Milan, écrit à Montpellier au mois d'a-
vril l'an 1434. L'auteur de ce traité est proba-
blement fils du précédent. Z.
Van der l.indea, DeScriptis Medicis. — Barth. Cur-
tius. De Medicis scriptoribus Mediolanensibus. — Man-
get, Bibliotheca Scriptorum Medicorum, t. III, p. 23. —
Montfaucon , Bibliotheca Bibliothecarum, t. I, p. 96 ;
t. II, p. 960. — Portai, Histoire de V Anatomie et de la
Chirurgie, 1. 1, 199-201. — Éloy, Dictionnaire historique
de la Médecine. — Biographie Médicale. — Argelati, Bi-
bliotheca Mediolanensis.
LANFRANCO, LANFRANC OU LANFRANCHI
{Giovanni), peintre de l'école de Parme, né
dans cette ville, en 1581, mort à Rome, en 1647.
Issu d'une famille pauvre , il avait dû entrer
comme page au service du comte Orazio Scott
377
de Plaisance. Entraîné par sa vocation , il con-
sacrait tous ses loisirs à dessiner sur le pa-
pier et souvent même sur la muraille. Son maître,
ayant vu une grande frise qu'il avait dessinée
tout entière au charbon dans une des salles du
palais, fut étonné des dispositions qu'il reconnut
dans cet enfant, et résolut de les seconder. Au-
gustin Carrache travaillait alors à Ferrare pour
le duc Rannuccio; Lanfranc lui fut confié. Ce
fut sous la direction de ce maître qu'il peignit
son premier tableau, une madone, qui fut placée
dans l'église Saint-Augustin. Il étudia aussi les
œuvres du Corrége, qu'il copia pour la plupart.
Augustin étant mort, Lanfranc, âgé de vingt ans,
alla à Bologne, où il travailla quelque temps dans
l'atelier de Louis Carrache; mais bientôt il partit
pour Rome, où il devint le disciple d'Annibal, qui
peignait les merveilleuses fresques de la galerie
Farnèse , travail dans lequel il fut aidé par son
nouvel élève. Ce fut pendant cette période de sa
vie qu'en compagnie de Sisto Badelocchio, il
grava à l'eau-forte une partie des loges de Ra-
phaël , qu'ils dédièrent à Annibal , leur maître
icommun. Grâce aux conseils de ce grand artiste,
à l'étude des chefs-d'œuvre de Michel-Ange et
de Raphaël, Lanfranc se forma une manière
qui tient à la fois des Carrache pour le dessin,
iu Corrége pour la composition, de Michel-Ange
pour la hardiesse et le grandiose, de Raphaël
pour l'expression des têtes et la noblesse des
poses et des mouvements. Ce n'était point encore
issez pour son génie, qui ne pouvait se renfermer
ians la simple imitation même des principales
:jualités des grands maîtres , il sut y joindre des
beautés qui lui sont propres , des masses d'om-
bre et de lumière habilement disposées, une
. science profonde des raccourcis, des groupes
bien distribués , des draperies larges , nobles et
riches. A tant de mérites divers Lanfranc unis-
!ait une facilité d'invention et une habileté
le main qui lui permirent d'exécuter, tant à
n'huile qu'à fresque, d'innombrables travaux dont
i'énumération occuperait seule plusieurs colonnes
ie ce livre; nous devrons donc nous borner à
signaler les principaux. Après la mort d'Annibal,
arrivée en 1609, Lanfranc revint à Parme, où il
oeignit pour le baptistère le Martyre de saint
Octave, tableau aujourd'hui fort endommagé.
îL'année suivante, nous le trouvons à Plaisance
jîxécutant pour la Madonna- délia - Piazza un
Mïnt Luc, tableau d'autel à l'huile et une cou-
jole à fresque, imitation, trop évidente de celle de
saint-Jean de Parme par le Corrége ; enfin, pour
a cathédrale, le beau tableau de La Mort de
mint Alexis. Retourné à Rome, Lanfranc pei-
gnit pour les religieuses de Saint-Joseph un ta-
Dleau qui lui valut une grande réputation et de
lombreuses commandes , telles que La Verge
ie Moïse changée en serpent, et Le Sacrifice
i' Abraham, frise exécutée dans le palais du
Quirinal par ordre de Paul V et une Madone
1 Sainte-Marie-Majeure, enfin la coupole de San
LANFRANCO 378
Andrea-della-Valle, qui devait être son plus
beau titre de gloire , et où il allait avoir à lutter
contre le voisinage des admirables pendentife,
peints déjà par le Dominiquin.
Voulant éviter la possibilité d'une comparaison
avec la coupole de la cathédrale de Parme du
Corrége, dont il avait fait une esquisse dans sa
jeunesse, Lanfranc adopta un parti tout diffé-
rent ; il consacra quatre années à ce grand tra-
vail, dans lequel il fut aidé par son élève Giovanni-
Francesco Mengacci de Pesaro. Il y représenta
par des figures de proportion colossale Saint
André montant au ciel au milieu d'une gloire
inondée d'une lumière splendide et éclatante.
Il employaà dessein une touche large, brutale ; on
dit même que parfois il se servit d'une éponge
au lieu de pinceau. Ainsi peinte, la coupole de
Saint-André fait plus d'effet vue à distance que
celle de Parme, qui a besoin d'être examinée
de près comme un tableau. Lanfranc disait que
pour ces grandes pages destinées à être vues
de loin , « il fallait laisser à l'air le soin de les
peindre ». Ce procédé, qu'il appliqua aussi à
Naples à la coupole et aux pendentifs du Giesù-
Nuovo , ainsi qu'à la coupole du trésor de Saint-
Janvier, qu'avait commencée le Dominiquin , eut
partout un égal succès, et depuis a inspiré pres-
que tous les peintres de ces vastes compositions
appelées en Italie opère macchinose. Lorsqu'il
le voulait, Lanfranc savait aussi ne le céder à
personne pour la délicatesse et le fini du tra-
vail ; en ce genre on admire surtout la Mort de
la Vierge de Macerata, le Saint Roch et saint
Conrad de Plaisance.
Citons encore parmi les autres ouvrages de
Lanfranc, qui se trouvent à Rome, ua Saint
André d'Avellino à San-Andrea-della-Valle;
une Sainte Thérèse aux Capucins; à Saint-
Pierre, la voûte et les lunettes à fresque de la
chapelle délia Pieta, Saint Pierre et saint
Jean,, le Triomphe de la Croix, et des sujets
de la Passion, Saint Pierre marchant sur les
flots, tableau qui, remplacé par sa copie en mo-
saïque, est placé maintenant dans la loge de la
Bénédiction ; à San-Giovanni-de' Fiorentini, deux
tableaux, le Christ au jardin des Olives, et
le Christ succombant sous le poids de la
croix, et aussi la coupole à fresque de la cha-
pelle où ils sont placés, coupole représentant
L'Ascension et dontle Christ est un chef-d'œuvre
de raccourci; une Cléopâtre au palais Sciarra;
un Saint Pierre à la galerie Chigl ; une Sainte
Dorothée, un Saint Pierre, et Le Repas à Em-
maûs au palais Doria; la Cène et Saint Pierre
en prison au palais Colonna ; une Sainte Cé-
cile au palais Barberini ; une loge à fresque à la
villa Borghèse; Lucille surpriseparle monstre
marin, et La Chasteté de Joseph au palais
Borghèse; un plafond au palais Mattei; La Jus-
tice et la Paix au palais Costaguti; Saint
Pierre en prison au palais Corsini, enfin la cou-
pole de San-Carlo-ai-Catinari , son dernier ou-
379 L4NFRANC0
vrage qu'accoiupagnent encore des pendentifs
du Dominiquin ; enfin, les fresques de la cha-
pelle du Saint Sacrement à Saint-Paul-hois-les-
Murs.
Appelé à Naples par le général des jésuites,
Lanfranc consacra dix-huit mois à peindre la
coupole de leur église du Giesù-Nuovo ou de la
Trinità-Maggiore ; malheureusement cette cou-
pole, où il avait retracé le paradis, a été détruite
par un tremblement de terre en 1688, et il n'est
resté que les Évangéiistes des pendentifs, parmi
lesquels on admire surtout Saint Luc peignant
la Vierge, l'une des meilleures figures qui soient
sorties du pinceau de Lanfranc. Il peignit en-
suite à la coupole de la chartreuse de Saint-Mar-
tin V Ascension de Notre-Seigneur, et aux
côtés des fenêtres les Douze Apôtres, aussi va-
riés de poses que d'expression. Lanfranc tra-
vaillait à l'église des Saints-Apôtres, où il a re-
présenté au.\ pendentifs de la coupole les Évan-
géiistes, à la voûte de la grande nef Quatre
martyrs, aux arrière-voussures des fenêtres
une Suite de prophètes; enfin, au-dessus de
la porte principale La Piscine probatique,
quand survint la mort du Dominiquin, qui lais-
sait à peine commencée la coupole de la chapelle
du trésor de Saint -Janvier. Lanfranc, ici, comme
à San-Andrea-della-Valle,succédaau Dominiquin,
né le même jour que lui, et dont, malheureuse-
ment pour sa mémoire, il avait été le rival et
l'un des pins acharnés persécuteurs, et il faut
avouer que là il s'est montré inférieur non-seu-
lement à l'illustre maître bolonais, mais encore
à lui-même. Dans la Gloire de saint Janvier,
la composition de Lanfranc est encore grandiose ,
mais le coloris est terne et sans vigueur. Lan-
franc avait peint aussi quelques fresques à la
Nunziata; mais elles ont été détruites par un in-
cendie, dans la nuit du 8 février 1757.
Parmi ses ouvrages conservés à JNaples , men-
tionnons au musée : Herminie couverte des
armes de Clorinde, La Cène dans le dé-
sert, La Gloire de sainte Marie Égyptienne,
et La Vierge délivrant une âme du purga-
toire, l'un des chefs-d'œuvre du maître. Lan-
franc quitta Naples en 1646, chassé par la ré-
volte de Masaniello, et revint à Rome, où, avant
de mourir, il peignit, comme nous l'avons dit, la
coupole de San-Carlo-aiCatinari.
Voici une liste succincte des ouvrages de Lan-
franc qui se trouvent dans les autres villes de
l'Europe. Florence : Galerie publique, La Ma-
deleine, Saint Pierre repentant, et Saint
Pierre au pied de la croix ; Galerie Pitti :
L'Assomption et Sainte Marguerite de Cor-
tone ; Palais Capponi : une Tête de Vieillard et
un Saint Pierre ; Palais Corsini : Le Père éter-
nel; Palais Brinuccini : une Tête de Saint. — Pis-
toie, à l'église du Saint-Sacrement : une Bésur-
rection, qui passe pour un des meilleurs tableaux
de la ville ; et à Saint-Philippe-Neri une belle
Flagellation ; — Parme : nn Tableau de tous les
— LAKFRANÎ
380
Saints, ài'église qui leur est consacrée; — Bolo-
gne, au musée : Le Christ mort; — Pérouse,
palais Cenci : La Présentation au temple et La
Dispute avec les Docteurs ; à San-Domenico : La
Vierge, saint Dominique et sainte Catherine de
Sienne; au Palais Sorbello: Sninl François d'As-
sises ; — Paris, musée du Louvre : Agar dans le
désert. Saint Pierre en prière, Le Couronne-
ment de la Vierge, La Séparation de saint
Pierreetsaint Paul, el Pan offrant une toison
à Diane ; — Lyon, au musée : Saint Conrad en
prière; — Rouen, musée : Mars et Vénus; —
Marseille, musée : Le Père éternel ; — Londres,
National-Gallery : une Tête de Saint; Saint
Pierre et saint Jude. — Amsterdam, m.usee :
Saint Jeu n-Baptiste^ — Dresde, musée : Quatre
Vieillards et Saint Pierre repentant. — Mu-
nich,Pinacothèq"je : L'Ange indiquant la source
à Agar, Jésus-Christ au jardin des Oliviers, h-
bleau sur ardoise, Muter do/orosa, médaillon sur
cuivre. — Berlin, musée : Saint André devant la
croix. — Darmstadt, musée : La Charité ro-
maine. — Vienne, musée : Apparition de la
Vierge aux saints ermites Antoine et Paul.
— Madrid , musée : L'Entrée de Constantin à
Rome , Les Funérailles de César, des Soldais
romains après une victoire , un Combat de
Gladiateurs, un Simulacre de combat naval,
et Un Empereur romain consultant les arus-
pices.
Tant de travaux avaient valu à Lanfranc une
des plus brillantes réputations. Protégé par
Paul V, créé chevalier par Urbain VIJI, com-
blé d'honneurs et de richesses, dont il jouissait
largement, il mourut regretté de tous les amisn
des arts; mais, il faut le dire, il ne fut pas pleurer
de ceux qui l'avaient connu ; si son talent luia
avait valu de nombreux admirateurs, son carac-n
tère hautain et envieux ne lui avait pas perraisii
d'acquérir un seul ami. Ses restes mortels furentr
déposés en grande pompe à Santa - Maria-in-i
Trastevere.
Lanfranc avait formé de nombreux élèves,-
dont le pins connu est Giacinto Brandi ; il compta»li
aussi parmi eux sa propre fille, et son frère Gio-
vanni Egidio, qui fut habile sculpteur en bois.
E. Breton.
Vasari . Vite. — Orlandi, Abbeceriario. — Baldinucci,
Notizie. — L;inzi, Storia Pittorica. — TiCozzi, Diziona-
rio. — y/inckeimann, Neues JUaklerlexiknn. — Pontenay,^'
Dictionnaire des Artistes. — Caalaniii . Memoric origiÀ
nali di Belle Arti. — Pistolesi , Descrisione di Roma. ' '
Bertalu7.7.i , Guida per osservare le Pitture di Parma.
— Gambini , Guida di Perugia. — Fantozzi , Gitida di
Fireme.
LANFRANi (Jacopo), sculpteur et architecte
vénitien, vivait dans la première moitié du qua-
torzième siècle. Il eut pour maîtres Agostino
et Agnolo de Sienne. Il sculpta en 1338, pour le
cloître de Saint- Dominique de Bologne, le tom-
beau d'Andréa Calderini, et pour la même église,
en 1347, l'élégant et précieux mausolée de Tad-
deo Pepoli, ancien seigneur de Bologne Le sar-
cophage est orné d'un bas-relief qui a été publié
381
LAISFRANI — LANG
382
'icognara, et qui représente Pepoli rendant
■iceà ses concitoyens, qu'il gouverna pen-
dix années. Comme architecte Lanfrani
lia les dessins de l'église Saint-François à
• niola, et il sculpta les portes de l^is de cet édi-
':<::t , en y gravant son nom et la date de 1343. Il
avait aussi construit à Venise l'église Saint-
Antoine aujourd'hui détruite , et qui avait été
ieiminée en 1349. E. B— n.
iMalvasia, l'ittitre, SciiUure ed Architetture di Bolo-
:na. — Balditmcci, Noiizie. — Oïlandi, Abbecedario. —
:ico',';iar;i, Storia delta SruUura.
LA.>îFREi>i>'i (Jacques), prélat romain, nà-
[iiit à Florence, le 26 octobre 1070, et mourut le
6 mai 1741. Auditeur civil du cardinal Camer-
inf;iie en 1722, il fut l'année suivante déclaré
);elat domestique, membre de la congrégation
Sonsistoriale et référendaire de l'une et l'autre
ignature. Benoit XHI l'ordonna prêtre le
6 mars 1727. Clément XIII, son compatriote,
e nomma, en 1730, à un canonicat de Saint-
i^ieire. Après avoir été successivement secré-
aire de la congrégation du concile, votant de la
ignature de grâce, dataire de la pénitencerie, il
ut, en 1735, promu au cardinalat et aux évê-
hés unis d'Osimo et de Cingoli dans la marche
'Ancône . On a de ce savant prélat ; Raccolta
Orazïonï sinodali e pastorali; Jesi, 1740,
Q-4°; — Lettere pastoi-aii, etc.; Turin, 1768,
vol. in-S"; — Lettere scritte alla ywbiltà ed
gli ArtÏKli , \n-%° . F.-X. T.
Guarnacci, Fitx et Gesta Pontiflcmn Romanorum et
ardinalivm, tom. U, pag. 681. — Buonamiei, De Claris
ontiftciarvjn epistolanim Scriptnribus, pag. 286.
IjXHG (Matthieu de Wellenbourg), cardinal
Uemand, né en 1468, mort en 1540. Il devint
accessivement grand-prévôt d'Augsbourg, évê-
ue de Gurck et ensuite de Carthagène, et car-
inal en 1511. Plus tard il fut élu archevêque
e Salzbourg. Une relation intéressante de ses
oyages en Autriche, en Hongrie et en Tyrol, a
té publiée par son chapelain Bartholinus, sous
titre de : Odeporiam D. Matthei cardinalis ;
ienne, 1515, in-4° : au sujet de cet ouvrage,
ès-rare , consultez la Dresdener Bibliothek,
e Gôtz, t. III, p. 37. E. G.
Veilb , Bibliotheca Augvstana (Alphabet V, p. 8b-ii6).
LANG (Charles-Nicolas), raéàedn et natu-
aliste suisse, né à Lucerne, le 18 février 1670,
îortle 2 mai 1741. Après avoir étudié les belles-
;tti-es à Fribourg en Brisgau, il alla suivre des
'ours de médecine à Bologne. S'étant fait
'cevoir docteur en 1692, à Rome, il se rendit
Paris pour compléter ses connaissances en
lédecine. Il s'y lia étroitement avec le célèbre
ournefort. De retour dans sa patrie, il y de-
int, en 1 709, médecin ordinaire de Lucerne, et
n 1712 membre du conseil de cette ville. On
de lui : Jdea historiée naturalis Lapidum
guratorum Helretiae ejusque viciniœ ; Lu-
erne, 1705, in-4°; — Historia Lapidum figu-
atorum Helvetiae ejusque viciniae, in qua
narrantur omnia eorum gênera, species et
vires, œneisque iabidis reprœsentantur , et
adducuntur eorum loca nativa in quibus re-
periri soient; Venise, 1708, in-4o, avec cin-
quante-trois planches; cet ouvrage fut suivi d'un
complément publié en 1735, s» Einsiedlen, in-4",
sous le titre de : Appendix ad historiam La-
pidum Helvetias de miro quodam achats qui
imaginem Christi représentât, et de aiiis
mirabilibus achatum quom aliorum Lapidum
figuris, quse quidquam de passions Domini
exhibent; — Tractatus de origine lapidum
figuratorum, in quo dïsseritur uti'um sint
corpora marina a diluvio ad montes trans-
lata, vel an a seminis quodam e materia la-
pidescente in terram generentur ; Lucerne,
1709, in-4°; — Methodus nova Testacea ma-
rina in suas débitas classes, gênera et species
distribuenda; Lucerne, 1722, in-4°. Lang a
laissé en manuscrit un grand nombre d'ouvrages
d'histoire naturelle concernant sou canton ; ces
manuscrits sont conservés à la bibliothèque de
Lucerne; il avait recueilli des collections d'ob-
jets d'histoire naturelle également conservées à
Lucerne ; il en a donné, en dix volumes in-4",
une description restée manuscrite, ornée de
figures par son fils Béat Lang. E. G.
Muséum Helveticum ,• particula XII, p. 590. — Roter-
mund, Supplément à Jôcher.
LANG (Charles-Henri, chevalier de), histo-
rien allemand, né le 7 juillet 1764, à Balgheim
(Souabe ), mort dans ses terres près d'Anspach, le
26 mars 1835. Il étudia le droit, passa quelques
années à Vienne comme secrétaire de l'ambassade
de Wurtemberg, et se fit d'abord connaître par son
ouvrage ; Historische Entvnckelung der deut-
schen Steuerverfassung ( Développement his-
torique de l'Administration des Impôts en Alle-
magne); Berlin, 1793. Employé par le prince
de Hardenberg, il assista au congrès de Rastadt,
et obtint la place de directeurdes archives du gou-
vernement de Munich. Ses principaux écrits sont:
Historische Pruefung des Alters der deutschen
Landstxnde (Examen historique de l'Antiquité
des États en Allemagne); Gœttingue, 1796; —
Neuere Geschichte des Fuerstenthiims Bai-
reuth (Histoire moderne de la Principauté de
Baireuth); Gœttingue, 1798-1811, 3 vol.; —
Annalen des Fuersthums Ansbach nnter
preussischer Êegierung (Annales de la Princi-
pauté d'Anspacli sous le gonvernement prus-
sien); Francfort, 1806; — Baierische Jahr-
b'uecher von 1179 bis 1294 (Annales delà
Bavière de 1179 à 1294); Âugsbourg, 1S16;
2^ édit., 1824; — Geschichte der Jesuiten in
Baiern (Histoire des Jésuites en Bavière);
Nuremberg, 1819; — GeschicMe des bairis-
chen Herzogs Ludivigs des Basriigen ( His-
toire de Louis le Barbu, duc de Bavière ) ; ibi<l.,
1821 ; — Regesta Bavarica, seu rerum Boica-
rum autographa; Munich, 1822-1828, 4 vol. ;
— Baierns Gauen nach den drei Volksstœm-
men Alemannen, Franken und Bajaren I La
3S3
LANG - LANGBAINE
38^
Bavière d'après les trois l'aces : Alemans ,
Francs et Bajars, qui la peuplent) ; ibid., 1830;
— Baierns aile Grafschaflen ( Les anciens
comtés de la Bavière); ibid., 1831. R. L.
Conv.-Lex. — Rezatkr. Jahresb., VI, p. 19.
LANGAL.LERIE ( Philippe DE GENTILS,
marquis de), militaire français, né à Lamotte-
Charente, en 1656, mort à Vienne, le 20 juin
1717. Issu d'une ancienne famille de la Sain-
tonge, il portait le titre de premier baron de
Saintonge. Il se consacra de bonne heure à la
carrière militaire , servit longtemps en France,
où il se distingua par son courage. En 1672, au
passage du Rhin, il était major. Quelques offi-
ciers et soldats s'étaient déjà noyés en voulant
traverser le lleuve ; mais Langallerie, à la tête de
quarante maîtres, se précipite, rompt le courant
et parvient le premier sur l'autre rive. Après
vingt-deux campagnes, il obtint, en 1704, le
grade de lieutenant général. Plein d'ambition, il
ne voulait pas reconnaître de supérieur. Voici
le portrait qu'en traçait le duc de Noailles
dans une lettre adressée à Louvois : « C'est un
homme enivré de lui-même , qui veut un com-
mandement en chef; il n'est pas permis d'avoir
un autre avis que le sien , sans s'exposer à ses
emportements. Il se croit engagé à se justifier
à tout le monde des mauvaises démarches que
je fais, parce qu'il prétend que tout roule sur lui
et que je ne dois rien faire que ce qu'il me pro-
pose. » On conçoit qu'avec un pareil caractère
il devait être peu aimé de ses supérieurs ; peut-
être le desservit-on près de Cliamillart, mais
Langallerie, persuadé qu'il n'obtiendrait rien de
lui, quitta l'armée, alors en Italie, et se retira à
Venise. C'est à cette époque ( 1706) qu'il fit pa-
raître un mémoire dans lequel il explique les
motifs qui l'avaient forcé à quitter la France.
Ayant appris qu'un courrier avait apporté un
ordre du ministre pour le faire enlever, Langal-
lerie entra dans l'armée de l'empereur comme
général de cavalerie. Duclos dit, dans ses 3Ié-
moires,q\ie tandis que ce général servait l'empe-
reur, oninstruisait son procès en France ; qu'il fut
condamné à être pendu, et que ses biens, d'abord
confisqués, furent ensuite donnés à sa sœur. Il
servit sous les ordres du prince Eugène au siège
de Turin, et pendant les campagnes de 1707 et
1708 il donna de nombreuses preuves de cou-
rage; mais, selon son habitude, il se plaignit de
son chef, l'accusa de s'être attribué à tort les
succès dont l'honneur et le mérite appartenaient
à lui seul. Il se fit ainsi un grand nombre d'en-
nemis parmi les officiers, et, voyant sa faveur
décroître, il quitta l'armée autrichienne, et accepta
du roi de Pologne le commandement delà cava-
lerie lithuanienne. Veuf depuis plusieurs années,
Langallerie, en passant par Berlin en 1709 pour
se rendre à son nouveau poste , fit la rencontre
d'une de ses parentes qui, étant luthérienne,
avait été obligée de quitter la France ; il l'épousa,
el l'emmena en Pologne. Mais bientôt, trouvant
que le roi Auguste ne tenait pas toutes ses pro-
messes, il quitta son service et vint à Francfort!
sur-l'Oder. Là, n'ayant rien à faire, il voulu!
convertir sa femme au catholicisme; mais loicl
de réussir à ébranler sa foi , ce fut au contrainj
la sienne qui chancela; il fit discuter devant lu
des théologiens catholiques et des ministre!!
protestants , et finit par embrasser le luthéra- !
nisme, dont il fit profession le 17 juillet 1711. l'
parcourut ensuite Berlin, Hambourg, Brème, et
sur l'offre du prince héréditaire de Hesse, vin'
s'établir à Cassel. Le landgrave étant mort
Langallerie, qui s'ennuyait d'une vie inactive
s'en fut à La Haye; il se lia intimement avec!
l'aga turc envoyé près la cour de Hollande , qu
conclut avec lui, au nom du grand-seigneur, un
traité dont on n'a jamais bien connu les articles '
mais dans lequel il paraît qu'il s'agissait d'um
expédition que Langallerie devait commander e
dont le but était de s'emparer de l'Italie. Il del
vait, pour prix de cette conquête, avoir la sou-'
veraineté d'une des îles de l'archipel. Quoi qu*ii
en soit, le mouvement qu'il se donna, ses dé-
marches, ses dépenses éveillèrent des soupçons;
on le surveilla , et au moment où il passait <
Stade pour aller, dit-on , acheter à Hambourg
des bâtiments de transport, il fut arrêté pai
ordre de l'empereur, et conduit à Vienne ; dt
là on le transféra au château de Raab , où i,
mourut de chagrin, après un an de captivité
L'abbé Guillot de Marsilly, qui fit un voyage à Lai
Haye dans l'espoir de ramener Langallerie à li
religion catholique, et qui a publié en 1719 une
Relation historique et théologique de ce
voyage, dit qu'il est mort, le 18 septembre, d(
la fièvre chaude, et qu'il donna dans ses derniers
moments des marques de repentir ; la date du
20 juin est plus généralement adoptée. Il a paru
sous son nom : Manifeste de Philippe de Gen-
tils,marquis de Langallerie , écrit par Zmjh
même en 1706; Cologne, 1707, in-4°; — Zû
Guerre d'Italie, ou mémoires historiques {
politiques et galants du marquis de Langal-
lerie ; Cologne, 1709, 2 vol. in-12; — Mémoires
du marquis de Langallerie , histoire écriteti
par lui-même dans sa prison à Vienne; Cô-:
logne ou La Haye, 1743, in-8°. On prétend qu£|
ces mémoires apocryphes sont une spéculation,;
faite sur la réputation aventureuse du marquiS4
A. Jadin.
Le comte de Guiche, Relation du Passage du Rhin. —
I^mbcrt, Mémoires, tom. IV, page 126. — Mercure : hii-*
toire et clef du cabinet, années 1715 et 1716. — Zedler,!
Universal Lexikon. — L'abbé Guillot de Marsilly, Rela*
tinn historique et théulopigue d'un Voyaye en Hollande,'
— Duclos, Mémoires. — De Slsmondi, Histoire des Fran-
çais, tom. XXV, p. 241.
LANGBAINE ( Gérard ), philologue angla
né à Bartonkirke, dans le W^estmoreland, vers
1608, mort à Oxford, en 1658. Après avoir reçu
sa première éducation à BIcncow, dans le Cum-
berland , il entra comme serviteur pauvre au
collège de la Reine à Oxford. Plus tard il priti
385 LANGBAINE
les gracies universitaires, et fut agrégé au collège
de la Reiue. En 1644 il fut nommé gardien des
archives de l'université, et en 1645 prévôt de
son collège. Il garda ces deux places jusqu'à sa
mort. Habile helléniste et twn controversiste, il
fut estimé de beaucoup d'hommes savants de
son temps, entre autres d'Usher, avec qui il en-
tretint une correspondance littéraire. Sa pru-
dente soumission aux pouvoirs établis le préserva
de toute persécution pendant la guerre civile, et
lui permit de rendre d'impoi-tants services à
l'université et particulièrement au collège de la
Reine. On a de lui : Longinus, De grandi Elo-
quentia, sive sublimi dicendi génère, e grœco
latine redditus et notis illustratus ; Oxford,
1636, {&:à%,m-9>'^ ; — Brief Discourse relating
to tlie times of Edward VI, en tète du traité
intitulé : The true Subject to the rebel de sir
John Cheek; Oxford, 1641,in-8° ; — Episcopal
ïnherltanee... or the answers to nine reasons
of the House of Gommons against the votes
-)f bishops in Parliament; Oxford, 1641,
in-4" ; — A Rewiew ofthe Covenant : wherein
'lie original, g rounds , means ,matter, and
?>ids of it are examined; Oxford, 1644; Lon-
Ires, 1661, in-4°; — Answer of the chancel-
ier, master and scholars ofthe university of
Oxford , to the pétition , articles of grie-
.vance , and reasons ofthe citij of Oxford;
bxford; 1649, in-4°; — Qusestiones pro more
solemni in Vesperiis propositx ann. 1651 ;
Oxford, 1658, in-4°; — Platonicorum aliquot,
■juï eliamnum supersunt , Authorum , Gree-
:orum imprimis, mox et Latinorum, Syllabus
'ilphabeticus ; O\forà, 1667, in-8°, à la suite
ie VAlcini in Platonicam philosophiam In-
troduclio, publiée par le D'' Jean Fell. — The
iFoundation of the University of Oxford, vnth
p catalogue of the principal founders and
spécial benefactors of ail the collèges , and
iotal numbers of students,mostly takenfrom
he tables ofJohn Scot of Cambridge ; Londres,
65l,in-4"; — The Foundation ofthe Univer-
ity of Cambridge, with a catalogue, etc. Il
avaiila à la Chronologia sacra de Usher, et
raduisit du français en anglais la Revue du
[Concile de Trente; Oxford, 1638, in-fol. On
trouve plusieurs lettres de Langbaine dans le
Recueil des Lettres de Usher, publié par Richard
Paw. On lui attribue aussi A view of the New
Directory ; and a Vindication of the ancient
Litur'gy of the Church of England; Oxford,
1645, in-4°. Z.
Wood, Athenm Oxonienses, t. II.— Chaufepié, Nou-
veau Dictionnaire Historique. — Ctialmers , General
Biortraphical Dictionary .
LANGBAINE (Gérard), fils du précédent, né
à Oxford, le 15 juillet (656, mort dans la même
ville, le 23 juin 1692. Il fit ses études au collège
de l'université. « Quoiqu'il y fût sous la con-
duite d'un très-bon maître, dit Wood, il devint,
par la tendresse aveugle de sa mère pour lui ,
NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIK.
— LANGDALE
386
un fainéant, ne s'oc^fupant que de chevaux; il
se maria, et dissipa une grande partie du bien
qu'il avait hérité. Mais, comme il avait des ta-
lents, il revint à lui par la suite , et mena une
vie fort retirée près d'Oxford ; pendant quelques
années, il cultiva le génie naturel qu'il avait
pour la poésie dramatique, et écrivit, sans y met-
tre son nom, de petites pièces qu'il n'a jamais
voulu avouer ,>> Plus tard il publia sous son
nom les ouvrages suivants : Momus trium-
phans; Londres, 1688, in-4": catalogue de co-
médies et de tragédies anglaises avec l'indication
des plagiats. Cet essai réussit si bien que l'au-
teur le réimprima immédiatement sous le titre
de : A new Catalogue of English Plays, con-
taining comédies, tragédies, etc.; Londres,
1688, in-4o; cette édition servit de base à l'ou-
vrage, plus étendu, de Langbaine intitulé : An
Account of the English dramatick Poets;
Oxford, 1691, in-8". Ce livre est généralement
exact , et Langbaine n'avance rien que sur de
bonnes autorités ; mais il a eu le tort de citer
les éditions qu'il avait sous la main , au lieu de
remonter aux premières éditions, ce qui intro-
duit dans son catalogue une grande confusion
chronologique. Z..
Wood, Jthenœ Oxonienses, t. II. — Warton, History
of Voetry. — Centleman's Magazine, vol. I.XXVI. —
Bio(iraphia Dramatica (édit. de 181'2, p. LXXl}. —
Chaufepié, nouveau Dictionnaire [liUorique.
LANGBEiN ( Auguste- Frédéric - Ernest ),
poète et romancier allemand, né le 6 septembre
1757, à Radeberg, près Dresde, mort à Berlin,
le 2 janvier 1835. Il étudia le droit à Leipzig,
et vint en 1820 s'établir à Berlin, où il rem-
plit les fonctions de censeur. Parmi ses nom-
breux travaux, dont plusieurs sont devenus po-
pulaires, nous citerons : Gedichte (Poésies);
Leipzig, 1788; dernière édit., 1820; — Neuere
GerfîcÂ^e (Poésies nouvelles); Tubingue, 1812 et
1823, 2 vol. ; — Schwxnke (Facéties) ; Dresde,
1792, 2 vol.; 3" édit., Berlin, 1816; — Feiera-
bende (Récréations du soir); Leipzig, 1793-
1794, 3 vol.; — Der Ritter der WahrheU (Le
Chevalier de la Vérité); ibid., 1805, 2 vol.; —
Thomas Kellerwurm; ibid., 1800; — Kleine
Romane iind Erzxhltingen ( Petits Romans et
Contes); ibid., 1SI2-1S14, 2 vol.; — Unterhal-
tungen fuer muessige Stunden ( Passe-temps
dans les heures de loisir); ibid., 1815; —
Deutscher Liederkranz (Guirlande de chansons
allemandes); ibid., 1820 ; et, 1830; — Mxrchen
und Erzaehlungen (Légendes et Contes) ; ibid.,
1821; — Ganymeda; ibid., 1823, et 1830
2 vol.; — Herbstr-osen (Roses d'automne);
ibid., 1829. Les œuvres complètes de Langbein
ont paru à Stuttgard; 1835-1837, 31 vol. in-12,
R. L— D~u.
Conv.-Lex.
LANGnALE(Sir Maruaddke), général an-
glais, né dans le comté d'York , vers la fin du
seizième siècle, mort le 5 août 1661. Il fut un
des plus vaillants officiers royalistes dans la
13
387 LANGDALE
guerre civile entre Charles ï^' et le parlement.
En sa qualité de sheriCl' du comté d'York, il
mit le plus grand empressement à faire des le-
vées d'hommes et d'argent pour Charles 1". Il
leva à ses frais Irois compagnies d'infanterie, à la
tète desquelles il défit un corps d'Écossais à Cor-
bridge dans le Nortbumberland. Envoyé avec
deux mille hommes au secours du château de
Pontefract, assiégé par Fairfax , il traversa les
lignes ennemies , battit Fairfax , délivra Ponte-
fract et revint à Oxford en retraversant les can-
tonnements des parlementaires. Ce brillant fait
d'armes valut à Langdale le commandement de
l'aile gauche de l'armée royale. A la bataille de
Naseby, le 14 juin 1645, il fût opposé à Crom-
well, qui conduisait la droite des parlementai-
res. Le combat, soutenu de part et d'autre avec
une valeur opiniâtre, était encore incertain lors-
qu'une imprudence du prince Rupert permit aux
parlementaires de prendre en flanc les royalistes
qui plièrent et s'enfuirent. Cette défaite ruinait
le parti royaliste. Charles n'ayant plus d'espoir
que dans les Highlanders de Montrose , lear en-
voya, coui! e renforts, quinze cents cavaliers
sous les v.ï?dres de Digby et de Langdale. Les
deux généraux royalistes, après un premier
succès, furent complètement battus, et se réfu-
gièrent dans l'île de Man. Langdale passa de là
sur le continent ; il en revint à la nouvelle de
ia captivité de Charles P'', rassembla un corps
de royalistes, et se joignit, en 1648, à l'armée
écossaise, qui s'était déclarée pour le roi. Mais
l'accord n'était pas possible entre les Écossais,
partisans du covenant, et les Anglais, dévoués
à leur Église nationale. Hamilton et Langdale
se séparèrent, et se firent battre séparément.
Langdale, fait prisonnier et enfermé dans le châ-
teau de Nottingham, parvint à s'échapper, et alla
rejoindre en Flandre Charles II, qui le créa baron.
Il revint en Angleterre avec les Stuarts , et fut
nommé lord-lieutenant du comté d'York. Mar-
maduke Langdale, malgré les malheurs de sa
carrière militaire, laissa une grande réputation
de courage et d'habileté. Lord Clarendon parle
de lui avec admiration. Z.
Lloyd , Memolrs of Persans who suf/ered for their
loyalty durinq the rébellion. — Clarendon, History of
thc Rébellion.
L.ANGDARMA, roi du Tibet, né vers la fin du
neuvième siècle , fut un des ennemis les plus
ardents du bouddhisme , qu'il parvint à faire
disparaître pour quelque temps , en renversant
les temples et les statues consacrés à ce culte,
et en persécutant les religieux. Mais ceux-ci ,
usant de leur influence , soulevèrent le peuple ;
Langdarma fut détrôné , et son frère Ralpatchan
fut mis à sa place. Cependant les partisans de
Langdarma ne tardèrent pas à reprendre cou-
rage , et le nouveau roi ayant été attiré dans une
embuscade, loin de ses gardes, fut étranglé, et
son frère rétabli sur le trône. La persécution
contre les bouddhistes recommença alors avec
— LAWGE
383
plus de rigueur encore qu'auparavant. Un autre
frère de Langdarma, qui était entré dans l'ordre
des religieux , indigné de la conduite du roi,
revint à Lhassa , se joignit à ses confrères qui
conspiraient, et l'on décida que Langdarma mé-
ritait la mort. Un jour qu'il lisait avec attention
une inscription écrite sur une pyramide à là
porte d'un temple , il tomba tout à coup percé
mortellement par une flèche, et le meurtrier
disparut aussitôt. Ph. Ed. Fodcaux.
Csoma , Grammaire Tibétaine, p. 178 et 183. — Georgi,
Alphab. Tibetanitni, p. 30o et suiv.
LANGE ( Paul ), littérateur et historien alle-
mand, lié à Zwickau, en 1460, mort vers 1536. Il
entra dans un couvent de Bénédictins, fut élève
de Tritlième, et entreprit de visiter les monas-
tères germaniques pour recueillir des manuscrits
et des titres. Il a laissé divers ouvrages, entre
autres un Chronicon Citizense (inséré dans le
premier volume du recueil de Pistorius Scriptores
Rerum Germanicnrum ; 1726, 3 vol. folio) ; —
un Chronicon Numburgense, publié par Menc-
ken (Scriptores rerum germanicarum, prœci-
pue Saxonicarum, 1728, t. II, p. 1-102 ) ; — un
Carmen de laudibus Saxonix. Un petit poëme
qu'il avait écrit pour justifier les moines contre
les attaques de Vimpheling est resté inédit. G. B.
.1 -C. Grnbcr, Geschichtschreiber von Naumbiirri und
Zeitz, p. 1-8. — Kreyssig, Diplomatische Nachlese der
Historié von Obersachsen, t. XI, p. 88.
LANGE ( Jean ), médecin allemand , né en
1485, à Lemberg en Silésie, mort à Heidelberg, le
21 juin 1565. Après s'être fait recevoir en 1514
maître en philosophie , il fit pendant quatre ans
des cours sur Proclus et sur Pline à l'université
de Leipzig. En 1519 il passa en Italie; après
avoir séjourné quelque temps auprès de Pic de
La Mirandole, il suivit les cours de Leonicenus
à. Ferrare. S'étant rendu à Bologne, il y étudia la
médecine sous la direction de Louis de Lconi et
de Jean Carpo ; il partit ensuite pour Pise, on il
se fit recevoir docteur en 1522. Quelque temps
après , il s'établit' à Heidelberg, et fut nommé en
1524 premier médecin de l'électeur jialatin
Louis Y et ensuite de son fils Frédéric II , qu'il
accompagna dans ses voyages d'Espagne, d'Italie
et de France ; il occupa le même emploi auprès
des successeurs de ce prince. Lange était un
homme érudit. Ses ouvrages méritent encore
d'être consultés aujourd'hui ; car il s'attache à y
éclairer les médecins sur l'abus des excitants
et sur l'avantage des boissons rafraîchissantes
dans le traitement des maladies inHammatoire.s,
en^uoi il a précédé le célèbre Sydenham. On a
de lui : Medicinalium Epistolarum Miscella-
nea; Bâie, 1554, in-4° ; cette édition ne contient
que quatre-vingt-trois lettres; la seconde, don-
née à Francfort, 1589, in-4", en contient cent
cinquante-six ; les suivantes, qui parurent h Ha-
nau, 1605, in-fol., et à Francfort, 1605, et 1689,
in-8°, sont encore plus "complètes; tout ce qui
dans cet ouvrage a rapport au traitement des plaies
a été inséré dans les Scriptores de Chirurgia
389
LANGE
890
de Gessner ; — De Syrmaisnw et Ratione pw-
gancli per vomitum, ex JEgyptiorum inventa
etj'onnula; Paris, 1572, et 1607, in-S"; — De
Scorbuto Epistolx dux; Wittemberg, 1624,
in-8°; — Consilia qusedam et Expérimenta ,
dans les Consilia de Velschius; Ulm , 1676,
m-4°. E. G.
Frelier, Thentrum Firorum ernd. clar., pars, (II,
p. l-2o7. — Adam, fitx Germ. Medic. — Tei-isier, Élo-
ges, t. I, p. 257. — Stolle, Historié der niedîcinischeii
Gelahrtfieit, p. 181. — Rotermiina, Supplément à lôcher.
LAA'GE (Jean), émdit et poète latin allemand,
né à Freistadt, dans le duché de Teschen, en
1503, mort le 25 août 1567. Il commença ses
études à Neissen. Son père , pauvre tailleur, ne
pouvant lui fournir les moyens de les achever,
Lange dut pour gagner quelque argent chanter
dans les rues. Il alla suivre à Vienne des cours
de philosophie et de belles-lettres. En 1530 il
devint précepteur des enfants de chœur de la
cathédrale de Bude. Dans la suite il fut nommé
professeur au collège de Neisse, secrétaire
et chancelier de l'évêque de cette ville. Député
en ambassade auprès de l'empereur Ferdi-
nand , il reçut de lui le diplôme de docteur en
droit ainsi que le titre de conseiller et orateur
impérial. Plus tard il fut envoyé en Pologne,
chargé de diverses négociations. On a de lui :
Nicephori Callisti ecclesiasticse historise Ver-
xiolatina; l]âle, 1553, et 1561, in-fol. ; Paris,
1562, 1566, et 1573, in-fol.: cette traduction se
trouve reproiluite dans la collection du Louvre
de la Byzantine; — Justini philosophï Opéra
\latine; Bâle, 1565, in-fol.; cette traduction a
été jointe à plusieurs éditions du texte de saint
Justiu; — Carminum hjricorum liber ; Augs-
bourg, 154S, in-8". Lange a encore publié qua-
torze poèmes latins sur des sujets religieux et
autres , parmi lesquels on remarque : De se ipso
Elefjia ; Cvàco^ie, 1546, in-8". E. G.
Adam, p'itse Cerm.. JureconsuU., p. 78. — Freher,
Theatrum F'ir. erud. clar ; pars II, p. 825. — Conradi
Silesia togata. — Sioapius, Schlesische lAiriositdten ,
t. II, p. 765. — Biographische Nachric/iten von schlesi-
schen Celehrten (Grostkau, 1788 ). — Rotenimiid, Sup-
plément à Jôcher.
LAKGE ( Joseph), philologue et mathématicien
'alsacien, né à Kaisersberg, mort vers î630. Après
avoir abjuré le protestantisme, il devint profes-
seur de mathématiques et de langue grecque à
Fribourg en Brisgau. On a de lui : Aciagia
sive Sententiœ proverbiales en grec, latin et
allemand; Strasbourg, 1596; — De Obitu Geor-
gii Calamini Ode ; S,[raiibourg, 1597, in-4''; —
Florilegium; Strasbourg, 1598, in-8"': recueil
de sentences, de comparaisons, d'apophthegnies,
fait sur des compilations fautives; — PoUjanr
thea nova; Genève, 1600, in-fol. ; Lyon, 1604 ;
Francfort, 1607 et plusieurs autres fois: recueil
du même genre que le précédent. La Polyan-
thea novissima et le Florilegium magnum de
rhomasius, Francfort, 1621, 2 vol. in-fol., ne
contiennent que de simples addi lions à l'ouvrage
de Lange; ce dernier, n'ayant pas cité les sour-
ces où il avait puisé , fut qualifié à tort de pla-
giaire par Thomasius ; — Odae. Horatii in locos
communes digestx; Hanau, 1605 et 1614,
in-S" ; — Tyrocinium grœcariim L'itterarum ;
Fribourg, 1607, in-8" ; — Elément a le Muthe-
maticum logisticœ, astronomie^ et theore-
ticœplanetarum; Fribourg, 1C12 et 1627, in-4'';
Strasbourg, 1625, in-4°, avec des notes et ad-
ditions d'Isaac Haebrecht. Lange a aussi donné
une édition de Martial; l^aris, 1601 et 1607,
in-4° et 1617, in-fol. , avec un Index très-com-
plet, et une autre de Juvénal et de Perse , Fri-
bourg, 1608, in-4°, dont un exemplaire avec des
notes manuscrites de Nic.-Rigault se trouve à !a
Bibliothèque impériale de Paris. E. G.
Bayle, Dict. — Voris\us , De Scientiis Mathematicîs ,
cap. 66. — îllorhof , Polyhistor., t. I, cap. 21, § as et § 73.
LANGE ( Guillaume), mathématicien et écri-
vain danois , né en 1622, dans l'île de Sélande,
mort à Copenhague, le 12 mai 1682.. Après avoir
terminé ses études et visité l'Italie et la Hollande,
il fut nommé professeur de mathématiques à
l'iiniversité de Copenhague. On a de lui : De
Annis Christi Libri rfîio; Lcyde^^flipiQ, in-4'' ;
— De quatuor Monarchiis ; C^^enhague,
1650, in-4°; — Exercitationes Mathema-
ticœ VII, de annua emendatione et motu
apogxi Solis ; ibid., 1653; — De Veritatibus
Qeometricis; ibid., 1656, etc. V — u.
Rotermund, Supplément à Jôcber.
LAKGE (FrflHçois), jurisconsulte français, né
à Reims, en 1610, mort à Paris, le U novembre
1684. Après avoir fait ses études dans sa ville
natale, il vint se fixer à Paris, et fut reçu, le 1 î mai
1638, avocat au parlement On lui attribue le
Praticien français , qui , suivant Moréri et la
Biographie universelle de. Michaud, aurait paru
pour la première fois sous le nom de Gastier.
Mais la Bibliothèque impériale de Paris possède
de l'une des premières éditions de cet ouvrage
un exemplaire dont voici le titre : Le Nouveau
Praticien jrançois, contenant une facile ins-
truction de toutes les matières civiles et cri-
minelles, bénéficiales et de finance, etc.; ci-de-
vant rédigé par questions et réponses par
maistre Vincent Tagereau, advocat en par-
lement, et depuis revu, corrigé et augmenté
par René Gastier, procureur en la cour du
parlement de Paris ; Paris, 1662, in-4° (dédié
à l'avocat général Denis Talon). Lange ne fît
donc que refondre et améliorer, en le publiant
sous le nom de Gastier, le travail de Tagereau.
Les ordonnances de 1667 et 1670, en apportant
de nombreuses modifications à la procédure civile
et criminelle, exigèrent un remaniement complet
de ce livre, souvent réimprimé. Après la mort
de Lange, on trouva dans ses papier^ deux ou-
vrages manuscrits ,-run sur le droit d'induit, et
l'autre sur la jurisprudence ecclésiastique, qui
furent ajoutés au Praticien françois , dont la
quinzième et dernière édition est intitulée : Nou-
velle Pratique civile , criminelle et bénéfi^
391 LANGE — LANGEAC
ciale ou le nouveau Praticien français, ré-
formé sxàvant le^ nouvelles ordonnances, etc.,
avec un nouveau sUjle des lettres de chan-
cellerie, suivant Vusage qui se pratique à
■présent, par Pïmont, conseiller référendaire
à la Chancellerie; Paris, l755, 2 vol. m-4°.
E. Regnard.
Moréri, Le Grand Dict. l-Ji.it. — lîlanctuird, Liste des
.Avocats au Parlement de Paris, inanusc. de la bibl. de
la cour de cassation. — Catalogue de la Bibliothèque
impériale.
i.AKGE (André), jurisconsulte et poète alle-
lïianrl, né à Lubeck, le 15 janvier 1680, mort le
24 octobre 1713. Fils d'un commerçant, il étudia
les belles-lettres et la jurisprudence à Helm-
staedt, Leipzig, Wetzlar etUtrecbt, où il fut reçu
docteur en 1704. Il visita l'Autriche, et à son re-
tour, en 1705, dans sa ville natale, il devint mem-
bre du sénat. On a de lui ; De ^quilate Juris
Lubecensis ; Leipzig, 1703, in-4°; — De Erro-
ribus qui circa quœstiones per tormenta com-
mittuntur; Utrecht, 1704, in-4°; -— Brevis
Introductio in notitiam legum nauticarum
et scriptorum juris reique maritimes ; Lubeck,
1713 et 1724, in-8". Lange a encore publié en
allemand huit ouvrages de poésie religieuse et
de théologie mystique. E. G.
Rotermund, Supplément à JOcher. — Seelcn, Athenae
Lubecenses, pars m, p. 49.
LANGE (Jean-Michel), philologue et théolo-
gien allemand, né à Etzelwangen, près Sulzbach,
le 9 mars 1664, mort à Prenzlow, le 10 janvier
1731. IJ exerça le ministère évangéhque succes-
sivement à Hohenstrauss, Halle, Aldtorfet Prenz-
low. On a de lui cinquante-six ouvrages, dont la
liste complète se trouve dans le Dictionnaire de
Rotermund (t. III, p. 1227) et dont voici les prin-
cipaux •.Apho7'ismiTheologici;AMor{, 1687; —
BeFabulis Mohamedicis ;ih\d., 1697,in-4°; —
Exerciiatio Philologica de differentia linguœ
Gras£oru7n veteris et novse seu barbaro-grxcœ,
T édit. ; Altdorf, 1702; — Decas I. disputatt.
theolog. exegeticarum cum positiva polemica-
rum numéro sacro; Altdorf, 1703, in-4"; — De
Alcorani prima inter Europxos editione ara-
bica per Paganinum Brixiensem, sed jussu
Pontif. Rom. abolita; ibid., 1703 ; — De Alco-
rano arabico et variis speciminibus atque
novissimis successibus doctorum quorumdam
virorum in edendo Alcorano arabico; ibid.,
1704; — De Alcorani Versionibus variis, tam
oriental, quam occidental., impressis et a-^zv.-
ôÔTEi;; ibid., 1705; — Octo Dissertationes de
Versione'^. T. barbaro-grxca; Altdorf, 1705;
— Institutiones Pastorales ; Nuremberg, 1707 ;
— Philologia barbaro-greeca , continens me-
letema de origine et progressu lingux grœcœ ;
grammatiCcB barbaro-grœcee synopsin ; glos-
sarii barbaro-grœci compendium ; Nuremberg,
1707-1708, 2 parties, in-4°. V— u.
Zeltner, Fiton Theolog.; Altdorf., p. 468-488. — Wlll,
Lexicon, t. II, p. 394-405. — Rotermund, Supplément à
Jôcher.
l LANGE (/oacAim), grammairien allemand,
S92
né le 26 octobre 1670, à Gardelegen, mort à
Halle, le 7 mai 1744. Il fut depuis 1709 jusqu'à
sa mort professeur de théologie à l'université
de Halle, et publia une Grammaire latine ( Halle
1707, dernière édition 1809), une Grammaire
grecque (RoWq, 1705, dernière édition, 1805),
deux ouvrages qui pendant cent ans furent d'un
usage général dans les écoles de l'Allemagne, et
qui sont encore aujourd'hui très-connus sous le
nom de Hall&sche Grammatiken (Gràmm^ives
de Halle). On doit en outre à Lange : Lociitio-
num ac sententiarum latinarum Flores;
Anthologia Latinitatis et institutiones stili
latini ; Berlin, 171 2; — Colloquia latina; Halle,
1705; — C lavis hebrœi Codicis ; ibid., ,in-8°;
plusieurs éditions; — Medicina Mentis, cum
appendice logicx et metaphysicx vulgaris;
ibid., in-8°; plusieurs éditions; — Sciagraphia
sacra; Halle, 1712; — Isagoge exegetica gène-
ralis ; ibid., 1712; — Repetita solïda ile-
monstratio Doctrinae evangelicx de vera illu-
minatione ; ihiti., i7ii;~ - Exegesis Epistola-
rum cqjostoli Pétri ; ibid., 1712; — Exegesis
Epistolarum Joannis ; ibid., 1713; — Elircn-
gedxchtniss des D^ Mart. Luther (Panégyrique
du docteur M. Luther); ibid., 1717; — Com-
mentatio historico- hermeneutica de Vita et
Epistolis Paiili, isagogen generalem et specia-
lem historico -exegeticam prxbens in acta
apostolorum et Paull epistolas ; ibid., 1718;
— Historia ecclesiastica;\{a\\e,il2ï. R. L.
Rotermund, Supplément à Jôcher. — Fabricius, His-
toria Biblioth., p. IV, p. 398. — Heuinann, Conspectus
Hist. Lit., c. 1. § vil. — Catalogus Biblioth. Bmiav.,
t. I, vol. II, p. 1379.
LANGE (Samuel-Gotthol), littérateur alle-
mand, né en 1711, à Halle, mort le 25 juin 1781,
à Laublingen, près Halle. Il étudia la théologie , \
vécut quekpie temps à Berlin, et occupa enfin la
place de pasteur de Lanblingen, qu'il conserva jus-
qu'à sa mort. Ennemi de la rime. Lange combattit
les principes del'école de Gottsched, et tenta d'in-
troduire dans la poésie allemande la métrique
des anciens. Leasing s'en moqua impitoyable-
ment. On a de Lange : Thyrsis, und Damon's
freundschaftliche Lieder ( Poésies amicales de
Thyrsis et Damon); Zurich, 1745 : en société
avec Pyra ; — la traduction métrique des Odes
d'Horace; Halle, 1752; un recueil de lettres
remplies de renseignements curieux sur la vie des
littérateurs de son temps : Sammkmg gelehrter
rind freundschaftUcher Briefe (Recueil de
Lettres savanteset amicales ) ; Halle, 1769-1770,
2 vol. R. L.
Conv.-Lex. — Gervinus , Geschichte der deutschen '
Dichtung, vol. IV, p. 65, 182, 192, 226.
LANGEAC ou LANGHAC (Jean de), prélat
français, né à Langeac ( Auvergne), vers la fin i
du quinzième siècle, mort à Paris, en 1541.
Issud'une maison qui avait régné en Sicile, il em-
brassa de bonne heure l'état ecclésiastique , et
fut bientôt pourvu de nombreux bénéfices ; il lut ;
presque en môme temps précepteur de l'Hôtel-
393 LANGEAC ■
Dieu (le Langeac, curé de Coulange , comte de
Brioude, doyen du chapitre de Langeac , archi-
diacre de Retz, chevecier de l'église du Puy,
comte de Lyon, prévôt de Brioude, abbé de
Saint-Gildas-des-Bois, de Saint-Lo, de CharH,
d'Eu, de Pibrac, puis évêqne d'Avranches ,
siège dont il se démit en faveur de Robert Cé-
nalis après six mois d'occupation, et prit posses-
sion de l'évêché de Limoges le 22 juin 1533.
L'estime que lui portait François l" lui valut
dans l'État des faveurs non moins grandes. Il fut
protonotaire du saint-siége , conseiller au grand
conseil, grand-aumônier du roi en 1516 , maître
des requêtes en 1518, ambassadeur en Portugal,
en Pologne , en Hongrie, en Suisse , en Ecosse , à
Venise, à Ferrare , en Angleterre, enfin à Rome.
Il fit élever à Limoges un palais épiscopal, ré'
para la cathédrale, qu'il orna du magnifique jubé
qui sépare le chœur de la nef, et s'occupa surtout
du bien public; aussi sa mémoire est-elle vé-
nérée à Limoges, où on l'appelle encore le bon
évéq'ie. Partout où il était envoyé, il défendit
avec fermeté les intérêts et les droits du roi. A
Rome même, il défendit avec force les libertés de
l'Église gallicane. Ce prélat aimait et protégeait
les lettres. Pendant son ambassade à Venise , il
avait pour secrétaire Etienne Dolet, qui lui dédia
trois de ses livres. Il n'existe de Jean de Langeac
qu'un recueil des statuts synodaux de son dio-
cèse; ce recueil est resté manuscrit. A. Jadijn.
Gallia Christiana. — La Croix du Maine, Bibliothèque
française. — Chaudon et Delandine, Ukt.Hist,
LANGEAC ( TV. DE L'EspiNASsE, chevalier de ),
poète français, né vers 1748, mort en 1839. Issu
d'une famille noble originaire d'Auvergne, il prit
le petit collet, et entra dans l'ordre de Malte;
puis il remphtle poste de secrétaire d'ambassade
à Vienne, à Saint-Pétersbourg et à Moscou, où
il fut chargé d'une mission secrète lors de l'in-
surrection de Pougatscheff. Ses opinions monar-
chiques le firent comprendre sur les listes d'exil
dressées à la suite de la révolution du 13 ven-
,démiaire (octobre 1795). Après avoir passé
quelque temps en Italie, il rentra en France sous
le consulat, et devint secrétaire intime de M. de
Fontanes. Ce fut à la sollicitation de ce dernier
qu'il dut sa nomination de conseiller ordinaire
de l'université (1811 ). Toutefois, en 1814,
il exprima son vœu pour la déchéance de
Napoléon, à qui il n'avait point épargné les élo-
ges, et reçut, en même temps que la croix d'Hon-
neur, la place de garde de la bibliothèque
et des archives de l'université. Après 1830 il
se retira dans la vie privée. Poète agréable, de
Langeac s'occupa toute sa vie de littérature
légère; il concourut plusieurs fois aux prix de
l'Académie, et remporta celui de 1768, avec
l'aide du parti Choiseul, contre La Harpe, que
soutenaient les philosophes ; sa traduction des Btc-
coliques de Virgile a jadis passé pour une des
plus exactes qui aient été publiées. On a de lui :
t-cttredhiniùsparvenuà son père, laboureur ;
■ LANGEAIS 394
Paris, 1768, in-8°, fig., pièce de vers qui obtint
les suffrages de l'Académie; — Épitre d'un fils
à sa mère; Paris, 1768, in-8''; — Éloge de
Corneille ; Paris, 1768, in-8°, présenté àl'Aca-
démie de Rouen ; — Traduction d'un morceau
de l'Iliade ( Prièi-e de Patrocle à Achille ) ;
1778, in-7°; — Suger, moine de Saint-Denis;
i.119, in-8°; — Le Poème séculaire, trad.
d'Horace en vers français; Paris, 1780, in-8'';
— La Servitude abolie, discours en vers;
Paris, 1781, in-8° ; — Colomb dans les fers, à
Ferdinand et à Isabelle; Paris, 1782, in-S":
pièce qui remporta un prix à Marseille ; — Co-
raly et Blandford, 1783, comédie en deux
actes; — Précis historique sur Crtimwel (sic),
suivi d'un extrait de TEikon basilikè, etc.;
Paris, 1789, réimpr. en 1822 à Genève; — Les
Bucoliques de Virgile, traduites en vers fran-
çais; Paris, 1806, in-4° et in-8°, trad. qui fut
mise en 1810 au concours du grand prix décen-
nal; — Essai d'Instruction Morale, ou les
devoirs envers Dieu, le prince et la patî'ie,
la société et soi-même , à l'usage des jeunes
gens élevés dans une monarchie ; Paris, 1812,
2 vol. in-4'' et in- 8°; 3*'édit., 1813; le premier
volume de l'édition in-4» est orné d'un portrait
de Napoléon en costume impérial et assis sur le
monde; — Anecdotes anglaises et améri-
caines, années 1776 à 1783; Paris, 1813,
2 vol. in-8°; — Réponse à un cuistre; Paris,
1814, in-8°; — Le Bonheur que procure l'é-
tude, par le chancelier L'Hospital, frag-
ments; Paris, 1817, in-8° ; — Ode sur la sta-
tue de Henri IV ; Paris, 1818. On a aussi du
même poëte différents morceaux dans l'Aima-
nach des Muses. P. L— y.
Desessarts, Les Siècles Littér., IV.— Bibl.d'un Homme
de Coût, I. — Barbier, Dict. des Anonymes. — Quérard,
La France Lilt.
LANGEAIS ( Raoul de), prélat français, mort
après l'année 1086. Son père, qui s'appelait
Foulquoie de Langeais, appartenait à une noble
race; son frère, aussi nommé Foulquoie, Ful-
chredus, était abbé de Charroux. Après avoir été
doyen de l'égUse de Tours, Raoul fiit élevé, par
la majorité des suffrages, sur le siège métropoli-
tain, vers l'année 1072. Mais cette élection ne se
fit pas sans troubles .Toutesles églises des Gaules
étaient alors en proie aux plus affreuses dis-
cordes. Pourquoi l'éghse de Tours aurait-elle
joui d'une paix exceptionnelle? On accusa Raoul
d'avoir corrompu les électeurs ; ses adversaires,
irrités par l'insuccès de leurs intrigues, al-
lèrent même jusqu'à mettre au compte de ses
mœurs un abominable crime : ils le dénon-
cèrent au pape comme ayant été l'amant de sa
propre sœur. Sur cette dénonciation, Alexan-
dre II ne se contenta pas de le déposer' ; il fit
plus, il l'excommunia. Mais, quelque temps
après, Raoul se rendit à Rome, plaida sa cause,
et, comme il paraît, se justifia, puisque le même
pape le rétablit sur son siège. Cependant,
395
Alexandre II étant mort, Grégoire \' Il lui suc-
céda. On le connaissait déjà peu facile à cor-
rompre ou à tromper. Aussitôt on parla de sou-
meltre au nouveau pape la cause de Raoul. Ce-
lui-ci, sans aucun retard , reprend le chemin de
Rome, expose devant le redoutable pontife toute
l'affaire de son élection , et obtint encore une
fois une sentence favorable. Hugues de Saint-
Maure et l'abbé de Beaulieu s'étaient montrés les
plus ardents et les plus audacieux, parmi les en-
nemis de Raoul ; ils furent assignés devant le
plus prochain concile. Mais ce fut une vaine
menace à l'adresse de leurs adhérents. En effet,
Raoul allant peu de temps après à l'abbaye de
Marmoutiers pour entendre, suivant l'usage, la
messe de Pâques dans l'égHsede cet illustre mo-
nastère, les portes de l'église se fermèrent à son
approche : c'est ainsi que l'archevêque de Tours
tait traité par une partie de son clergé, et sur-
tout par les moines. Cependant Grégoire YIl lui
accordait chaque jour denouvaux témoignages de
sa bienveillance et de son estime. C'est ce que
nous apprennent plusieurs lettres très-authen-
tiques qu'il lui écrivit vers ce temps-là, le char-
geant des plus importantes et des plus délicates
commissions. La confiance d'un tel pape à l'égard
d'un prélat aussi mal noté dura même si long-
temps, et résistait à de si nombreuses épreuves,
qu'on ne sait comment s'expliquer un fait^ aussi
extraordinaire. En effet, en 1078, au concile de
Poitiers, Langeais est accusé de simonie, et pour
se défendre , à défaut, dit-on , de bonnes raisons,
il fait envahir la salle du concile par une cohue
de gens armés débâches, qui mettent en déroute
tous les évêques assemblés. Ce scandale a lieu
sous les yeux mêmes des légats pontificaux, (jui
s'empressent, dès qu'ils sont hors de péril, de
faire connaître au pape toutes les circonstances
du crime, et leur lettre, qui nous est parvenue,
atteste de quels sentiments ils étaient animés, en
l'écrivant, à l'égard de Raoul. Eh bien! sur cette
lettremême,Grégoire Vllordonne qu'une nouvelle
enquête soit faite à Tours sur l'élection toujours
contestée de Raoul; mais en même temps il
s'exprime sur son compte en des termes qui certai-
iiementle recommandent plus qu'ilsne l'acciisent.
Cette enquête eut-elle lieu? Quel en fut le résul-
tat? On l'ignore. En 1079, tout paraît apaisé. Gré-
groire Vil écrit à Raoul (|u'il vient de proclamer
primat des Gaules Gébuin, archevênue de Lyon,
et lui recommande de reconnaître celte primatie.
Vers le même temps , le légat Ainat convoque
Raoul au concile de Bordeaux, et l'appelle son
très-cher frère, la plus noble tête ae l'Église,
relïgioms ecclcsiaslÀCiv capiU honornbiUus.
Raoul se trouve même au concile de Piordeaux
avec les légats du concile de Poitiers.
Mais voici d'autres épreuves pour notre arche-
vêque. Après avoir censuré les n?08urs de Foul-
ques Rechin, comte d'Anjou, il a le courage d'ex-
communier ce puissant personnage. Gébuin, pri-
mat de Lyon, appuie Raoul dans cette affaire;
LANGEAIS 396
c'est assurément un valide soutien. Mais le roi
Philippe, qui avait trouvé l'archevêque de Tours
favorable au parti de Grégoire V!l dans l'affaire
des investitures, se déclare de son côté pour le
comte d'Anjou. Aussitôt, sans plus de débats, la
violence est employée : l'Angevin s'empare des
terres épiscopales, et chasse l'archevêque de
son siège. Enfin les ennemis de Raoul triomptient.
L'historien doit-il à son tour se mettre de leur
parti, et condamner un homme qui parait au
dernier moment abandonné par tout le monde ?
C'est un conseil qui nous est donné par un li-
belle violent, composé contre Raoul par un
chanoine de Saint-Martin. Tandis que notre in-
fortuné prélat s'éloignait tristement de sa ville
métropolitaine, allant chercher un toit où cacher
sa tête proscrite, les chanoines de Saint-Martin
l'excommunièrent comme ennemi de Dieu : Ini-
micus Dei; c'est le surnom que donnent à Raoul
plusieurs diplômes. Mais l'a-t-il mérité? Voici i
Grégoire VI! qui flétrit en des termes plus véhé-
ments encore le comte d'Anjou, ses partisans, les
complices de tous ses crimes; voici les légats
du concile de Poitiers, Hugues et Amat, qui, de-
venus les plus chauds défenseurs de Raoul , excom-
munient les chanoines de Saint-Martin à cause
même de l'inique sentence qu'ils ont rendue
contre leur archevèi;nr ; vc.ici les évêques de la
métropole de Lyon i]iii f';;s?f;:'.-iblent à la hâte et
lancent d'autres fouilres contre les moines de
Marmoutiers, coupables, il paraît, du même
méfait que les chanoines de Saint-Martin. Entre
tant d'arrêts contradictoires l'historien a bien le
droit d'hésiter. Il sait, d'ailleurs, que durant tes
périodes révolutionnaires les hommes les plus
honnêtes, ceux qui ont les convictions les plus
pures et les plus fermes, pèchent souvent dans
leur conduite contre les règles de la stricte mo-
rale; il sait aussi que les partis acharnés les uns
contre les autres ne se montrent pas alors avares
d'hommages à l'égard des méchants qui les
servent, et d'invectives à l'égard des bons qui
ne sont pas de leur côté. On peut conclure de
tout ce qui précède que Raoul, d'abord incertain
entre le parti de Grégoire VU et celui de ses
adversaires, offrit cependant alors même assez
dégages à cet entreprenant réformateur pour que
celui-cicrfit utile de leménager; et queplustard,
gagné par la bienveillance de Grégoire, Raoul de-
vint un des plus vifs, un des plustéméraires de ses
adhérents. C'est pour cela sans doute qu'il fut suc-
cessivement dénoncé et protégé par les mêmes
légats. Ses constants ennemis furent d'ailleurs
ceuv de Grégoire VU, le roi, les grands vas-
saux du roi, et la portion du clergé gallican qui
redoutait et combattait les accroissements quo-
tidiens de l'Église romaine. Raoul exerça dans un
grand parti l'emplolpérilleux de cheX de cohorte.
Voil;"» peut-être le plus grand de ses crimes.
Quoi qu'il en soit, il parait avoir, sur la fin de sa
vie, obtenu quelque avantage sur ses adver-
saires; car plusieurs diplômes de l'église de
397
LANGEAIS — LANGELANDE
398
Tours nous lemontrent rétabli dans sa métropole
durant les années 1084 et 1086. Si l'on ne sait la
date précise de sa mort , c'est qu'il eut pour
successeur un autre Raoul, frère de Jean, évêque
d'Orléans. Ce Raoul, deuxième du nom parmi
les archevêques de Tours , occupait certaine-
ment le siège en l'année 1093. C'est donc une
assertion manifestement erronée que celle des
frères Sainte- Marthe inscrivant en l'année 1095
le décès de Raoul de Langeais. B. Hauréau.
J. Maan.Sacr. etIUetr. eccl. Turon.. — Galiia Christ.,
t. XIV, col. 63.
LANGEBBCK (Jacob), historien danois,
né le 23 juin 1710, dans le Jutland, mort le
16 août 1775, à Copenhague. 11 était (ils d'un
ministre luthérien du diocèse d'Aalbourg, et se
destina d'abord à la même profession; en même
temps qu'il suivit les cours de théologie, il étu-
dia par goût les belles- lettres et les anciens
idiomes du noni. Après avoir été réduit à exer-
cer les humbles fonctions de maître d'école, il
fut appelé en 1740 à Copenhague par le savant
Gram, qui lui procura une place à la Bibliothèque
royale. Depuis cette époque , s'occupant sans
cesse de rechercher les monuments relatifs à
l'histoire nationale, il fit, en Suède, en Allemagne
et dans son pays, une riche collection de manus-
crits, d'inscriptions et de pièces inédites, dont il
tira le plus grand parti dans ses publications.
Reçu membre de la Société royale des Sciences
de Copenhague (1754), il fit aussi partie des
académies de Stockholm et de Gœttingue. En
outre il fut appelé à des places lucratives, comme
celles de garde des archives du royaume, de
conseiller dejustice et de conseiller d'État. « Peu
flatteur et même assez caustique, dit un de ses
biographes, Langebeck était simple dans sa vie
privée et communicatif pour les gens de lettres
qui avaient recours à ses lumières ou à ses ri-
chesses littéraires ; aussi fut-il en commerce de
lettres avec un grand nombre de savants de tous
les pays. « On a de lui : Danische Biblioihek
: (Bibliothèque danoise ); Copenhague et Leipzig,
! 1738-1739, 3 vol., ouvrage rédigé en allemand et
I continué par Olaùs Moller ; — Danske Magazin
i (Le Magasin danois); Copenhague, 1745-1752,
I 6vol in-4°, collection de pièces diverses sur
; l'histoire et la langue danoise , publiée sous les
! auspices de Christian VI et de Frédéric V, et
i avec le concours de quelques gens de lettres ; —
I Histoire de la Société royale de Danemark
(en latin); ibid., 1748, in-8°; — Bidenska-
! bernes Tab i Kong Christian VI Dôd ( Vie du
roi Christian VI) ; ibid., 1746, in-8°; — Vie du
roi Frédéric JV; ibid., 1747, in-4°; — - Norske
Bergverkers Historié (Histoire des Mines de
Norvège); ibid.; 1758, in-4°, se trouve aussi
écrite en latin, dans le tome VII des Mémoires
de la Société de Copenhague; — Intimatio de
collectione latina scriptorum rerum Dani-
canim medii xvi; ibid., 1771, in-4o ; — Drey
Bardengeseenge su einer Aufkleerung der Ges-
chichte uns&r Zeit (Trois bardits pour l'éclair-
cissement de l'histoire de notre temps); ibid.,
1772, in-4o (prospectus en allemand), de l'ou-
vrage suivant; — Scrip tores Rerum Danica-
carum medii œvi partim hactenus inediti,
partim emendatius editi; ibid., 1772-1776,
t. I à IV, in-4°; le quatrième volume de cette
importante collection fut édité par les soins de
Frédéric Suhm , et la continuation, comprenant
les tomes V-VII, 1783-1792, fut confiée à
M. Schœning, qui en trouva la plupart des élé-
ments dans les trois cents portefeuilles manus-
crits laissés par Langebeck. Ce savant avait
aussi travaillé au lexique danois de Rostgaard et
à V Atlas danois commencé par Pontoppidan ; il
fut encore l'éditeur des Ëpistolœ d'OlaiJs Worm;
1751, 2 vol. in-8°. K.
Notice en tète du t. IV, des Scriptores Rerum Dani-
eanim. — Bianchi, dans les JVovelle Utterurie. — Dansk,
Litteralur-Lexikon.
LANGEBEKME. Voy. AnGLEBERME (d').
LANOELANDE, LANGLANDE OU LONGLAND
( Robert ), poète anglais du quatorzième siècle.
D'après une tradition fort répandue au seizième
siècle, mais dont on ne trouve pas de traces avant
cette époque, il naquit à Cleobury Mortinier,
dans le Shropshire (1), entra dans les ordres,
et devint agrégé du collège Oriel à Oxford (2).
Il vivait sous les règnes d'Edouard III et de
I Richard II, et Baie prétend qu'il fut un des pre-
miers disciples de WycUffe. Langelande , sui-
vant le même auteur, compléta sa Vision en
1369, quand Jean Chichester était maire de Lon-
dres. Le poème dont il est ici question, et dont
Langelande est supposé l'auteur, porte le titre de
Vision of Fiers ploughman , se divise en vingt
parties (passtis, pauses, comme les appelle l'au-
teur ), et forme une suite de visions séparées. Le
poète, qui se donne pour le laboureur (ploughman)
Piers ou Pierre, raconte comment un matin de
mai, las d'errer, il s'étendit au bord d'un ruisseau
et s'endormit. Dans son sommeil, il vit un puis-
sant château sur une colline, avec un donjon,
de sombres fossés, et au-dessous une vallée
profonde. Devant le château s'étendait une place
remplie d'hommes de tous les rangs et de tous
les métiers, qui vaquaient chacun à son occupa-
(1) Biichanan, on ne sait sur (pielle autorité, rcTcndique
pour l'Ecosse l'auteur de la Fision, « Robert Langland,
dit-il, Écossais de nation, prêtre de profession, iiomme
issu de parents obscurs, tout à fait pieux et ingénieux et
rempli du zèle de la gloire divine ; élevé chez les béné-
dictins de la citéd'Aberdeen , horame également remar-
quable par ses connaissances dans les belles-lettres et
par son savoir médical, il écrivit en langue vulgaire un
ouvrage pienx, qu'il intitula : f^ision de Pierre le laàou-
rczir, et un traité en faveur du Mariage des Prêtres. Il
florissait en 1369, sous le règne de David 11 d'Ecosse. »
ÎJuchanan,i)e Scriptoribiis Scotis, ins. Bibl. Univ. Edin.
(2; L'auteur delà f-'ision, à en juger par sa connaissance
des Écritures et des Pères, devait être un moine; cepen-
dant le rêveur parle de « Kytte, sa femme » et de « Ca-
lotte, sa fille u ; mais U ne faut pas identifier le poëte avec
son personnage.
399
LANGELANDE — LANGELIER
400
tion particulière. Tout à coup une belle dame ap-
parut au laboureur, et lui révéla le mystère de ce
qu'il voyait. Chaque vision commence ainsi par
un récit des circonstances qui ont amené le som-
meil du poète; une fois, entre autres, il nous ap-
prend qu'il s'endormit en disant son chapelet.
La Vision de Pierre le laboureur est une
satire où figurent des personnages allégoriques
tels que l'Avarice, la Simonie , la Conscience, la
Paresse ; elle est particulièrement dirigée contre
le clergé, et abonde en traits piquants et spirituels.
Mais ces mérites d'imagination disparaissent
presque pour les lecteurs modernes sous la vé-
tusté du style et de la versification. L'auteur n'em-
ploie pas la rime , et supplée à cet ornement par
un procédé d'allitération usité dans l'ancienne
poésie saxonne. Dans chaque distique, le premier
vers contient deux mots principaux qui commen-
cent parla même lettre, et cette lettre doit être
l'initiale du premier mot sur lequel porte l'accent
tonique dans le second vers. Comme échantillon
de ce genre de versification, nous citons le début
de la vision :
In a soraer seson
Whan softe was the sonne,
I slioop rae into shroudes
As i a shecp weere ,
in habite as an herimite
Unholy of werkes,
"Wente wide in this world
Wondres to hère;
Ac on a May morwenynge
On Malvernc hilles
Me bifel a ferly,
Of falrye me thoghte.
La Vision de Pierre le laboureur répondait
au vague désir d'émancipation religieuse qui en-
traînait la foule vers Jean Wycliffe , et exprimait
avec énergie les griefs des classes laborieuses ;
aussi elle obtint une grande popularité , qui du-
rait encore au dix-septième siècle. Pierre le la-
Loureur était devenu en Angleterre , comme Jac-
ques Bonhomme en France, le synonyme du
travailleur honnête et opprimé, le représentant
des agriculteurs. Il figure dans beaucoup de
pamphlets du seizième siècle et du siècle sui-
vant. Tandis que le peuple aimait le franc-parler
et le robuste bon sens de Pierre le laboureur,
les esprits cultivés appréciaient sous la rouille
du temps ce précieux spécimen de la pure langue
anglaise du moyen âge et de la versification
saxonne. Selden mentionne l'auteur de la Vision
avec éloge, et Hicker l'appelle « celeberrimus
illesatyrographus, morum vindex acerrimus »,
Chaucer, dans son comte du Laboureur ( Plow-
man's taie), si ce conte, peu digne de lui, est son
ouvrage, semble avoir copié Langelande; Spenser
l'a aussi imité dans ses Pastorales, et Milton
lui a peut-être des obligations. Dans les meil-
leurs manuscrits l'auteur est appelé William
sans aucun surnom. Le nom de Longland ou
Langlande repose entièrement sur l'autorité de
Crowley, le premier éditeur de la Vision. Il y a
deux versions distipcte^ de la Vision 0/ Piers
ploughman , on plutôt deux classes de manus-
crits distinguées chacune par des leçons particu-
lières. Sur les manuscrits de la première classe,
Crowley donna en 1550 son édition princcps ,
suivie de deux autres dans la même année. Voici
le titre de la seconde édition : The Vision of
Pierce ploughman, noive the seconde lime
imprinted by Roberte Crmuley, dwellyngein
Elye rentes in Holburnc. Whereunto are
added certayne notes and cotations in the
mergyne gevynge light to the reader ; Londres,
in-4°. La réforme avait fait de la Vision un ou-'
vrage de circonstance. OwenRogers en donna
d'après les mêmes manuscrits une autre édi-i
tion: The Vision 0/ Pierce plowman, newhje
imprynted a/ter the authoufs oldecopy, ivith
abrefe summary ofihe principal l matters
set before every part called Passus. Wfie-
reunto is also annexed the crede of Pierce
ploivman, never imprinted with the book
before ; Londres, 1561, in-4°. Cette édition n'est'
pas paginée , et beaucoup d'exemplaires ne con-
tiennent pas le second poème qui est annoncé
sur le titre. Cet ouvrage (la profession de foi de
Pierre le laboureur), est postérieur à la Vision^
puisque Wycliffe, qui mourut en 1384, y est
mentionné comme ne vivant plus. Il est écrit
dans le même esprit et dans le même mètre
que la Vision, et avait été publié pour la première
fois par Raynold Wolfe ( Pierce the ploughman's
Crede), 1553. La première édition donnée d'après
la seconde classe des manuscrits est celle du doc-
teur Thomas Dunham Wkitaker, Visio Willielmi
dePetro plouhman , item Visiones ejusdem de
Dowel, Dobet, et Dobest. Or the Vision of Wil-
liam concerning Piers plouhman\and the Vi-
sions ofthe same concerning the origin , pro-
gress and perfection of Christian life; Lon-
dres, 1813, in-4°. Dunham publia le Crede,
l'année suivante. La Vision et le Crede ont trouvé
iin excellent éditeur dans M. Thomas Wright :
The Vision and Creed of Piers plough-
man; Londres, 1856, 2 vol. in-18.
L. J.
Cale, Illustres Majoris Brilannix Scviptores, cent. VI, ,
p. 474 (cdit. de nale, 1559).— Percy, Reliques, II, 27S (cdit.,
de 1794).— Ellis, Specim. of Engl. Poet., I, 147, et les In-
troductions en tête des éditions de Whitaker et Wright.
LANGELiEii (Nicolas), prélat français, mort '■
à Dinan, au mois de septembre de l'année 1595.
Élevé sur le siège de Saint-Brieuc en 15G4, il fut i
pourvu par Pie IV, le 5 août de cette année, et prêta
serment au roi le 3 février 1565. Son administra-
tion fut pleine de troubles. Ayant, en effet, pris
le parti de la Ligue , Langel'ier devint un des
plus actifs conseilleis du duc de Mcrcœur. Mais
les citoyens de Saint-Brieuc et la meilleure [lart
des clercs diocésains étaient restés fidèles à la
cause du roi, et luttant de tout leur pouvoir
contre les entreprises de leur évêque, ils lui ren-
dirent la vie fort difficile. Langelier était cepen-
dant un prélat distingué , qui connaissait à fond
les questions canoniques. Il nous reste de lui un
401 LANGELIER -
écrit intitulé : Notée in C'anones, dont le manus-
crit fait partie du fonds de Saint-Germain, à la
Bibliothèque impériale, num. 370. B. H.
Giill. Christ., t. XIV, col. 1102.
LAivGEPiBECK(Conrrtd-/ean-Mar^m),ana-
tomiste et chirurgien allemand, naquit le 5 dé-
cembre 1776, à Hornebourg, dans le royavnne de
Hanovre, et mourut à Gœttingue, le 24 janvier
1851. Il iitses études à léna et à Vienne, s'établit
comme médecin pratique à Hornebourg, et vint
en 1802 à Gœttingue, où il ouvrit un cours d'a-
natomie. Nommé chirurgien en chef de l'armée
hanovrienne, il assista à la campagne de Belgi-
que ; après la conclusion de la paix, il se livra de
nouveau à l'enseignement. C'est Langenbeck qui
fonda l'Institut de clinique et d'ophthalmologie
de Gœttingue, et qui y fit construire la nou-
velle salle d'anatomie. On a de lui : Ueber eine
eïnfache und sichere Méthode des Stein-
schnittes (D'une méthode simple et sûre de l'o-
pération de la pierre); Wurtzbourg, 1802; tra-
duction hollandaise; Amsterdam, 1806; — Veber
einige ivichtige Erjordernisse zur Bildung
eines Wundarztes ( De quelques qualités im-
portantes nécessaires à un chirurgien ) ; Gœt-
tingue, 1803; — Tractatus anatomico-chi-
rurgicus de nervis cerebri in dolore/aciei con-
sideratis; Gœttingue, 1805; — Anatomisches
Handbuch ( Manuel d'Anatomie); ibid., 1806;
cet ouvrage a été traduit en suédois, Stockholm,
1818; — Pruefung der Keratonyxis ( Examen
de la Keratonyxis); Gœttingue, 181t ; — Com-
mentarius de structura peritoneei , testiculo-
rum tunicis, eorumque ex abdomine in scro-
tum descensu, ad illustrandam herniarum
indolem ; ibid., 1817; — Nosologie und Thé-
rapie der chirurgi-schen Krankheiten und
Beschreibung der chirurgischen Operationen
(Nosologie et thérapie des maladies chirurgicales
et description des opérations chirurgicales );
Gœttingue, 1822-1850, 5 vol.; — Icônes ana-
fomiCc-c; Gœttingue, 1826-1839, 8 vol.; — Hand-
buch rfer^na^omie (Manuel d'Anatomie) ; ibid.;
1831-1847, 4 vol., ouvrage auquel se rattache un
Atlas avec des planches d'anatomie microsco-
pique : Ânatomisch mikroskopische Abbïldiin-
gen; Gœttingue, 1848-1851, 4 livraisons; —
Bibliothek fuer Chirurgie und Ophthal-
vwlogie (Gœttingue et Hanovre, 1806-1828,
8 vol.) etc.
LANGENBECK (Max), fils du précédent, pro-
fesseur à l'université de Gœttingue , s'est fait con-
naître par un recueil intitulé : Klinische Beitreege
ans dem Gebiete der Chirurgie und Ophthal-
mologie ( Documents de clinique ayant rapport
à la chirurgie et à l'opthalmologie) ; Gœttingue,
1840-1850, 2 vol. D"" L.
Conv.-tcx. — Callisen , Medieinisckes Sc/triftsteller
Lexikon.
LANGENDTK (Pierre), poète hollandais, né
en 1662, à Harlem, où il est mort en 1735. His-
toriographe de sa ville natale, il s'occupa de tra-
LANGENSTEIN 402
vaux littéraires, qui se distinguent par celte sorte
d'esprit que les Anglais appellent humour, se
débattit presque toute sa vie contre le besoin, et
termina ses jouis dans un hospice. On a de lui
des comédies originales : Don Quichotte aux
noces de Gamache, composée à l'âge de seize
ans, remaniée par lui, et qui resta longtemps au
théâtre; — Krelis Louwen, ou la noce villa-
geoise, traiàmte, par J. Cohen;dans les Chefs-
d'œuvre de Th. Holland; — Les Mathémati-
ciens;— Le Hâbleur, ou le Gascon; — des
tragédies imitées du français : Jules César et
Caton; — un certain nombre A' Epigrammes ;
— VÉnée endimanché, parodie bouffonne du
quatrième livre de \ Enéide probablement ins-
pirée par la lecture de Scarron ; — enfin , une
espèce de poëme historique en pièces détachées
intitulé : Les Comtes de Hollande. La collec-
tion des œuvres deLangendyk forme 4 vol.in-S".
K.
Kotbus et de Rivccourt, Dict. Hist. de la Hollande.
* LANGENN { Frédéric- Albert Du), historien
et jurisconsulte allemand , né à Mersebourg, le
26 janvier 1798. Il devint en 1835 gouverneur du
prince Albert de Saxe et membre du conseil d'É-
tat. En 1845 il obtint la direction du ministère de la
justice et en 1849 la présidence de la cour d'appel
de Dresde. On a de luit: Eroerterungen prak-
tischer Eechtsjragen ( Explications de quelques
Questions de Droit pratique); Dresde el Leipzig,
1829-1833, 3 vol.; — Leben des Herzog Al-
brecht des Beherzten (La Vie du duc Albrecht
le Courageux) ; Leipzig, 1 838 ; — Moritz, Herzog
et Churfûrst von Sachsen (Maurice, duc et
électeurde Saxe) ; Leipzig, 1841 , 2 vol.; — Chf-is.
tophvon Carlowitz ; Leipzig, 1854; — Zuege
aus dem Familienleben der Herzoginn Si-
donie (Traits de la vie de famille de la duchesse
Sidonie ) ; Dresde, 1852. R. L.
Conv. Lex.
LANGENSTEiN ( Hugo VON ) , poëtc alle-
mand, natif de la Souabe, vivait à la fin du trei-
zième et au commencement du quatorzième
siècle ; il fut chevalier de l'ordre Teutonique, et
mourut, on ne sait exactement à quelle époque,
dans son château situé sur le lac de Constance. 11
a laissé, entre autres écrits, des Vies en vers de
saint Gilles, de Sainte Martine et de sainte Elisa-
beth. Graff, Warkemayel et Grimm les ont in-
sérées dans leurs recueils de poésies germaniques
du moyen âge. G. B.
Geryinxis, Histoire de la Littérature germanique, 1. 1,
p. 436 (en allemand).
LANGENSTEIN ( Henri ), surnommé Hen-
ricus de Hassia, célèbre mathématicien, astro-
nome, jurisconsulte et théologien allemand, né à
Langenslein, dans la Hesse supérieure, au com-
n)encement du quatorzième siècle, mort à Vienne
en 1397. Il étudia à Paris, y devint maître en
philosophieet en 1375 licencié en théologie. Pen-
dant plusieurs années, il fit des cours à l'uni-
versité de cette ville ; il en fut plus tard élu vice
403 LANGENSTEm
chaDcelier. En 1381, il fut appelé à Vienne comme
reeteur de l'université qui venait d'être fondée
dans cette ville. En commun avec son ami Henri
d'Oyta, il propagea en Allemagne l'étude des ma-
thématiques et de l'astronomie. Il eut le mérite,
rare à son époque, de s'élever avec force contre
les rêveries astrologiques; en 1368 le roi Phi-
lippe de Valois ayant demandé à l'université si la
comète qui venait d'apparaître annonçait des
événements malheureux, Langenstein décida les
docteurs à se prononcer pour la négative. Il se
fit aussi remarquer par son zèle à signaler les
abus introduits dans l'Église. Une de ses princi-
pales préoccupations fut de faire cesser le grand
schisme , dont il dépeignit avec éloquence les ef-
fets désastreux. C'est lui qui le premier indi-
qua comme moyen de pacifier et réformer l'É-
glise la convocation d'un concile général ; et le
premier aussi il avança en termes précis la supré-
matie d'un pareil concile sur le pape. Les ouvrages
écrits par lui à ce sujet, souvent invoqués par ses
célèbres disciples Gerson et Pierre d'Ailly, eu-
rent une grande influence sur l'esprit de ses con-
temporains. On a de Langenstein : Vocabula-
rius tenninos Bibluc difficiles declarans;ii73,
jn-fol.; — Spéculum seu Soliloquiicm Animée;
li}07, in-4°, avec une préface de J. Wimpheling;
réimprimé dans les Orthodoxographi ; Bàle,
1555 et 1569; — De quatuor novissimis sive
cordiale, etc. ; in-4°, publié sans lieu ni date vers
la fin du quinzième siècle ; — De Arte prsedi-
candi ( édité à la même époque par Gruminger ) ;
— Sacerdotum Sécréta circa missani, publié
sans lieu ni date dans les premiers temps de
l'invention de l'imprimerie ; — De Eruditione
Confessarioruin ;Memmmgen, 1483; — Qicœs-
tiones XXXIII deContractibus et Ordinecen-
suum, inséré dans l'appendice des Opei-a de
Gerson, édition de 1484;— De Vifiis et Erro-
ribux spirituaUum,}^\ib\\é à la suite du De Er-
roribus christianorum du chartreux Gruytrod;
Consïlium pacis de unione ac refoi'ina-
tione Ecclesiœ in concilio universali quee-
renda; cet ouvrage, écrit en 1381, se trouve
dans le tome II des ^cta conciliï Constantien-
sis de Hardt et dans le tome II des Ope7-a de
Gerson, édition d'Ellies du Pin; — Dialogus de
schismate (voy . Baluze, Histoire des Papes d'A-
vignon, 1. 1, p. 1230); — Adversus Telesphori
eremitas vaticinia de ultimis temporibus,
fortuna paparum, cessatione schismatis , dans
le tome l des Anecdota de Pez. Langenstein a
encore laissé un grand nombre d'ouvrages et
d'opuscules qui sont restés inédits ; on en trouve
des manuscrits principalement dans les biblio-
thèques de Strasbourg, de Baie, de Saint-Gall,
de Vienne et d'Augsbo-irg; ces ouvrages ont
surtout trait à des sujets de théologie et de mo-
rale. Langenstein a aussi écrit plusieurs traités
sur l'astronomie, qui de même n'ont pas encore
ôté publiés; voici les titres des principaux : De
Improbatione epicijclorum et concentrico-
— LANGERON 4041
rum; — Theoricas Planetarum; — Contra\
Astrologos. Langenstein a exposé longuement-
ses idées sur l'astronomie et le système du mondei
dans la première partie de ses Commentaria\\
in quatuor Geneseos capita. E. G.
Du Boulay, Hist. Acaiiem. Paris., t. IV, p. 961. —
B. Pez. Anecdota, l. II, Dissert. iiaqoijia, p. 74. — Hardt,
Acta Concilij. ConUantiensis, t. Il, l'rolegomena, p. lo.-.
Llebknecht, De Bassia Mathematica, p. 10. — Striedcr,
Hess. Gelehrtengeschickte fortriesezt vonjusti, t. XVIIJ,
p. 210. — Kabriciiis. Jiibl. mcd. et inflm;e Latin., t. III,
p. 6't6. — Heidelbcrçier Jcihrbiicher, ;innée 1826, p. 997,
article de Crcii/.er. ~ A/lgemeinc Kirchenzcituna, année
1828, livraisons 16 et 53. — Ersch et Griiber, Encyclopsedie,
au mot Heinrich a'on Hessen. — Voigt, Enea Silvio
und sein Zeitalter; Berlin, 18S7, p. IBO.
l..4HGER«>w [ Andrault , comie.'ù'E] , général
russe d'origine française, né à Paris, le 13 jan^
vier 1763, mort le 4 juillet 1831. Il entra
comme sous - lieutenant dans le régiment de
Bourbonnais, et s'embarqua en 1782 sur la fré-
gate Z'/liy^e, qui devait le conduire en Amérique.
En arrivant dans ce pays, cette frégate soutint un
combat contre le vaisseau anglais L'Hector, et s'é-
choua dans laDeldware. Langeron put rejoindre
les troupes alliées, et il fit la campagne de 1783
sous les ordres de Viomesnii. La paix ayant été
signée, il revint en France, fut nommé capitaine
au régiment de Condé dragons, colonel en second
du régiment de Médoc en 1786, et colonel sur-
numéraire du régiment d'Armagnac en 1788. II
émigra à la révolution , et soUicita vainement du
service dans l'armée autrichienne; il fut plus
heureux du côté de la Russie, et au mois de mai
1790 il partit pour Saint-Pétersbourg. Chargé du
commandement d'une division de chc^loupes ca-
nonnières, sous les ordres du prince de Nassau,
dans la Baltique , il se signala dans plusieurs
combats. La paix ayant été faite avec la Suède,
Langeron se rendit en Bessarabie, à l'armée du
prince Potemkin. Le 21 décembre 1790, il tenta
l'assaut d'ismail, à la tête d'un bataillon de chas-
seurs de Livonie, après avoir traversé le Danube
sous le feu de l'ennemi. Rejetédans le fleuve, il fut
blessé à la jambe, et reçut pour cefaitd'armes une
épéeaveccette inscription : Alabravoure '.'Lwmm
1791, il servit sous Repnin, en Moldavie, comme
colonel, etse signala à Matchin. En 1792 il entra en
qualité de volontaire dans l'armée du prince de
Saxe-Teschen,qui opérait dans les Pays-Bas. Au
mois de septembre, il fit avec les princes et l'ar-
mée du duc de Brunswick la campagne de Cham-
pagne. Cette armée ayant été forcée de se retirer,
Langeron retourna à Saint-Pétersbourg , d'où il
revint avec le duc de Richelieu dans les Pays-Bas,
et servit dans l'armée autrichienne, commandée
par le prince de Saxe-Cobourg. 51 se trouva aux
batailles de Maubeuge, de Landrecies, de Lannoy,
de Turcoing, de Tournay, et du camp de César,
au combat de Rosendael , aux sièges de Valen-
ciennes , du Quesnoy et de Waltignies. Les Au-
trichiens ayant aussi été forcés à la retraite,
Langeron retourna encore à Saint-Pétersbourg,
et reçut le commandement du régiment des gre-
!05
ji-idiers de la Petite-Russie. Promu brigadier en
1796, général major en 1797, et lieutenant général
a 1799, il fut employé dans la Courlandc et la
uiinogitie. L'empereur Paul I" le nomma inspec-
onr d'infanterie et comte de l'empire. En 1805
LAii^eron vint rejoindre Kutusof, et commanda
iiie division de l'armée russe à Austerlitz. Sa di-
njsion, qui devait tourner l'armée française, se
;ioiiva rejetée sur nn lac glacé, et périt presque
ont entière. On rejeta en partie l'insuccès de cette
.latail'e sur Langeron, qui tomba en disgrâce ; l'em-
pereur de Russie lui ordonna même de quitter
l'armée. Cependant, l'année suivante Langerou
lit employé à Bucharest, sous les ordres de Mi-
helson, et en 1807 il commanda l'aile gauche de
Mevendorf en Bessarabie. Il combattit encore sous
PS innrs d'Israaïl. L'hiver suivant , il était sur le
jPnith, d irigea l'aile gauche du prince Prozorowsky
:^n Bessarabie, puis ïa réserve chargée de défendre
iia Yalachie et le cours du Danube. Enfermé dans
;Bucharest à la tête de six mille hommes seule-
inent, il battit l'avant-garde du grand-visir, forte
de quinze mille hommes, à Fracina, la culbuta et la
p)Oi!rsuivitjusqu'à Giurgewo, oii campait l'armée
iurtjue. Le grand-vizir n'osa pas accepter le com-
aat, et se retira. Au mois de juin 1810,Langeron
^'empara de Sibstrie après sept jours de tranchée
ouverte; il fit ensuite une excursion dans les
innonts Hémus, et fit capituler Routschouk elGiur-
jgewo. Chef de la vingt-deuxième division militaire
ien ISl 1, il se trouva à la tête de l'armée de Mol-
davie en attendant Kutusof, sous lequel il com-
battit avec habileté ; l'armée russe parvint à en-
velopper les Turcs, qui se rendirent à discrétion;
en 1812 la paix fut conclue avec la Turquie.
Pendant l'expédition de Napoléon en Russie,
Laiigeron commanda une colonne sous Tchit-
diagof, qui avait été chargé de mener l'armée
de Yalachie en Pologne et en Lithuanie pour
prendre l'armée française en flanc et l'arrêter,
mais qui ne put l'atteindre qu'après la retraite.
11 assista à plusieurs combats sur le Don , à
l'enlèvement du pont de Borisof et au passage
ide la Bérézina. Jl poursuivit l'armée française
jusque sur la Vistule par Vilna, et dans cette
iretraite il montra de l'humanité pour les prison-
jniers français que les rigueurs de la saison li-
ivraient en nombre incalculable à leurs ennemis.
lEn mars 1813 Langeron entra dans Thorn,
Iqiii se rendit après un siège de sept jours. II
;iïiarcha ensuite sur Bautzen , et attaqua le vil-
ilage de Kœnigswarta , où il fit douze cents pri-
sonniers, il se retira bientôt sur Sctiweidnitz , et
pendant l'armistice il commanda l'armée de Bar-
clay. Mis à la tête d'un corps de 50,000 hommes,
qui avec ceux de Sacken et du général York
composaient l'armée de Silésie, sous les ordres
du maréchal Bliicber, il passa la Bober au mois
d'août, et soutint la retraite lorsque Napoléon
eut battu Bliicber à Lœwenberg. Langeron contint
encore l'armée française commandée par Macdo-
nald, après la bataille de Goldberg, où il dirigeait
LANGERON 406
l'aile gauche. Le 26 août, i! contribua au gain
de la bataille de la Katzbach. Au mois de sep-
tembre il passa l'Elbe avec Blûcher, et marcha
sur la Saale. Le 16 octobre, il se distingua sur
les bords du ruisseau de Wetteritz. Le 18, à la
bataille de Leipzig , où il était placé sous les
ordres du prince de Suède, il passa la Parlhe, et
attaqua le village de Schœnfeld ; il parvint à s'y
maintenir, et contribua ainsi à la victoire des
alliés. Le lendemain il força la porte de Halle
avec Sacken, et entra dans Leipzig. Le l^"' jan-
vier 1814 il passa le Rhin à Kaul, enleva Bin-
gen et bloqua Mayence pendant deux mois. Il
remit ensuite le commandement du blocus au duc
de Saxe-Cobourg, et rejoignit Blùcher en France.
Il combattit à Soissons, à Laon , à Craonne , à
Vitry, marcha sur Paris par Reims et Châlons ,
et traversa la Marne à Trilport ; le 29 mars il
s'empara du Bourget, et repoussa les avant-
postes français sur la Villctte; le 30 il se trou-
vait à l'extrême droite des alliés, s'étendant
jusque vers Saint-Denis; à quatre heures du
soir il emportait d'assaut la position retran-
chée de Montmartre, défendue par vingt-neuf
canons, et à la nuit il était maître des bar-
rières du Nord de Paris. Ce fait d'armes lui valut
l'ordre de Saint -And ré , qu'il avait « trouvé, lui
dit l'empereur Alexandre, sur les hauteurs de
Montmartre ». On le soupçonna d'avoir forte-
ment contribué aux dispositions qui se manifes-
tèrent tout à coup dans le conseil de l'empeienr
de Russie en faveur des Bourbons. A son retour
en Russie, Langeron eut le commandement d'un
corps d'armée en Volhynie. En 1815 il marcha
de nouveau sur le Rhin, et après la bataille de
Waterloo , il prit position en Alsace et en Lor-
raine. Après la campagne, il fut chargé de diriger
la marche rétrograde des troupes russes par
Mannheim. Il quitta Paris au mois d'octobre 1815,
et se rendit à Odessa pour remplir les fonctions
gouverneur de Kherson,d'Iékaterinoslaf et de la
Crimée, de chef des Cosaques du Don et de la mer
Noire. En 1810 il vint à Saint-Pétersbourg sol-
liciter la franchise du port d'Odessa, et il l'obtint.
Nommé gouverneur généra! de la Nouvelle Russie
et protecteur du commerce de la mer Noire et de
la mer d'Azof en 1822, il tomba en disgrâce l'année
suivante, et ne revint en faveur qu'après l'avéne-
ment de l'empereur Nicolas, qu'il suivit à Moscou
pour le couronnement. Enl828, Nicolas l'appela
près de lui pendant la guerre contre la Turquie.
Langeron se trouva au combat de Satounose, et
accompagna le tsar devant Schoumla. A la finde
juillet, il fut chargé de la défense de la Yalachie;
avec peu de troupes , il surveilla les Turcs, et les
battit en plusieurs rencontres. Le 27 octobre il
vint mettre le siège devant Silistrie; mais un ou-
ragan violent le força à se retirer le jour même où
devait s'ouvrir la tranchée. Ce ne fut pas sans
peine qu'ilparvint à sauver son matériel. Au mois
de novembre, l'armée russe prit ses quartiers
d'hiver, et Langeron commanda toutes les troupes
407
LANGERON
cantonnées dans les principautés danubiennes.
]1 fit enlever la forteresse de Kalé et bombarda
Tourne, qui se rendit. A ce dernier siège la gelée
ayant rendu la terre trop dure pour la construc-
tion des batteries, on en forma avec de la neige
battue. En récompense l'empereur donna au
comte Langeron deux canons et le régiment de
Miajsk. Diebitsch ayant été nommé général en
chef de l'armée qui agissait contre la Turquie,
Langeron, qui était plus ancien que lui, demanda
à se retirer. Il passa deux ans à Saint-Péters-
bourg, où il mourut du choléra, et fut inhumé
dans l'église catholique d'Odessa.
Langeron s'était , dans sa jeunesse, passionné
pour la littérature. Avant la révolution il avait
fait jouer à Paris une comédie en un acte et en
prose intitulée : Le Duel supposé; Paris, 1789,
in-8°. Il travailla aux Actes des Apôtres, et il a
laissé des Mémoires inédits, dont M. Thiers a pu
profiter. L. L — t.
liiorir. des Hommes vivants. — Arnault, Jay, ,Iouy et
Norvins, Biogr. nouv. des Contemp. — Thiers, Hist. du
Consulat et de l'Empire.
LANGES (Nicolas de), surnommé Angélus,
magistrat français, né à Lyon, en 1525, mort dans
la même ville, le 4 avril 1606. Papire-Masson et
Du Cange prétendent que sa famille descendait
en ligne directe des anciens empereurs de Cons-
tantinople de ce nom. Il lit ses études à Bologne
et à Pavie, et, reçu avocat à Paris, suivit quelque
temps le barreau de cette ville. En 1551 il fut
pourvu d'une charge de conseiller au présidial
de Lyon, qu'il exerça en même temps que celle
de conseiller au parlement de Bombes, qu'il te-
nait de son père. En 1570 il succéda à son pa-
rent de Pomponne-Bellièvre dans la charge de
lieutenant général de la sénéchaussée de Lyon.
L'estime générale qu'il s'était acquise par ses
lumières, sa sagesse et sa droiture, lui mérita de
la part des calvinistes des éloges qu'ils n'accor-
daient qu'avec peine dans ce temps de troubles
aux magistrats catholiques. On en a un témoi-
gnage authentique dans les Mémoires de l'État
de la France soîis Charles IX; l'auteur, cal-
viniste, parlant du massacre de la Saint-Bar-
thélemi, exécuté à Lyon le 22 février 1572,
déclare formellement que toutes les autorités
furent d'accord pour la tuerie « hormis le lieute-
nant de Langes, qui était opposé à ce malheureux
massacre ». En 1574 Nicolas de Langes prêta ser-
ment à Henri III en qualité de premier conseiller
de ville. En 1582 François de Mandelot, gou-
verneur de Lyon,' le mena avec lui en Suisse
pour s'aider de ses conseils dans la négociation
dont il était chargé auprès des cantons; il con-
tribua beaucoup au succès de cette mission. A
son retour, de Langes fut fait premier président
du parlement de Dombes, et deux fois ses con-
citoyens le choisirent pour consul. De Langes,
ami écJairé des lettres, réunissait dans sa mai-
son de Fourvières un certain nombre de littéra-
teurs et de savants ; il en forma une académie
— LANGEVIN 40f
qui dura longtemps. La médaille représentan
A. de Langes se trouve dans La France mêlai
tique avec ces mots ; Veterum volvit monu-
meuta vironwi {Wr^.) . lia laissé de nombreux
documents sur l'antiquité dont Paradin a sv
profiter pour son histoire. L — z — e.
Paplre-Masson, Elogia. — Du Cangc, Franc. Scriptor
— L'abbé- l'ernetli , Recherches pour .lervir à l'histoir
de Lyon, t. 1, p. 408.
LANCETTi {Giovanni-Battista), peintre d(
l'école génoise, né à Gênes, en 1635, mort ;
Venise, en 1676. Il fut d'abord élève dePiern
de Cortone, puis du Cassana, excellent coloriste
et son compatriote. Il alla jeune s'étabhr à Venise
où il passa le reste de sa vie , travaillant pet
pour les églises et pour les monuments publics,
mais beaucoup pour les galeries particulières;
qu'il enrichit d'un grand nombre de têtes dt
vieillards, d'anachorètes, de philosophes, peinte!
d'après nature. Doué d'une excessive facilité, -
en faisait une par jour, aussi pouvait-il les dos
ner à un prix peu élevé, qui les mettait à la por-
tée d'un plus grand nombre d'amateurs. Parmi
ses rares compositions , on remarque un Cruci'
fiement peint pour léglise des Thérésiennes de
Venise , et le Supplice de Marsyas du musé^
de Dresde. Son coloris est vigoureux et brillant,
mais son style est peu élevé, et n'atteint jamais à
la beauté idéale. E. B — n.
Zanetti, Délia Pittura f^eneziana. — Boschini, Carta,
del navegar pittoresco. — Lanzi, Storia delta Pittura.
— Ticozzi, Dizionario. — Catalogue de Dresde.
LANGERSiANiv {Georges- Frédéric ) , général!
polonais, né dans le grand-duché de Mecklem-i
bourg, le 27 octobre 1791 , mort en Belgique, en(
1840. Il servit d'abord dans la marine française.'
Fait prisonnier en 1809, par les Anglais, il put se
sauver en 1812, et fît les campagnes de 1813 et
de 1814 en Croatie et en Italie, et celle de 1823
en Espagne. Il devint aide-de-camp du général
Lamarque pendant la guerre de la Vendée. En
1831 il concourut à la révolution de la Pologne,
et en 1834 il entra au service de la Belgique, et
publia quelques Mémoires militaires. L. Ch. i
J. Straszewicz, Les Polonais du 29 novembre 1830. —
— Annales militaires de la Belgique.
LASGEVIN »Ë PONTAITMONT (TllOmas),
historien français, né le 24 février 1658, à Ca-
rentan , dans le Cotentin , mort dans cette ville,
le 19 décembre 1713. En 1701 il fit imprimer
à Rotterdam un recueil d'épigrammes latines,
qui fut suivi, douze ans plus tard, du Gallia-
rum historix Tabula , ouvrage dans lequel il
semble avoir voulu resserrer dans un cadre
étroit les faits principaux de l'histoire de la
Gaule ancienne et de la Gaule romaine. Le style
en est correct et la latinité facile.
Son frère aîné, Langevin [Léonor- Antoine),
docteur en Sorbonne , né à Carentan, le l."' jan-
vier 1G53, mort à Paris, le 14 juillet 1707, s'est
fait connaître surtout par un ouvrage intitulé-:
V Infaillibilité de V Église dans tous les actes
}09 LANGEVIN
(e sa doclrine totichant la fol et les
nœurs, etc.; Paris, 1701, in-12. G. de F.
ylnn. de la Manche, 1335.
LANGEVIN ( L'abbé Piei-re-Gïlles), historien
I ;inçais, né à Falaise, le 9 novembre 1755, mort
e 19 août 1831.11 embrassa l'état ecclésiaslique,
t vécut fort retiré. Il est auteur de Recherches
listoriques stir Falaise, im\o\. in-12. 11 faut
;;e garder, toutefois, d'adopter la plupart de ses
Conjectures sur l'origine de sa ville natale, à ia-
||uelle il donne pour marraines une chatte de
Diane du nom de Fêlé et la déesse Isis. On a de
Langevin un Discours (en vers) 5m;' la Vertu et
Ijuelques autres poésies. G. de F.
Boisard , Notices biogr., littér. et critiques sur les
lommes du Calvados.
LANGEY. Voy. Bellay.
LANGFORD ( ThoTnas ), dominicain anglais ,
lé dans le comté d'Essex, mort, suivant les his-
oriens de son ordre, en 1314. On lui attribue
livei's ouvrages, dont aucun n'a vu le jour :
"hronica ab orbe condito ; — Postilla super
Job; — Sermoncs per totum annum. B. H.
Écliiird, Script. Ord. Prxdicat., t. I, p. 623. — Vossius,
e Hist. Lat., p. 514.
liANGHAM {Simon de), prélat anglais, né
Irers 1310, mort à Avignon, le 22 juillet 1376. Il
|tait probablement originaire de Langham (comté
le Rutland ), ville dont il prit le nom ; après
ivoir été admis en 1335 dans le couvent de
Saint-Pierre, à Westminster, il devint, en 1349,
îbbé de son ordre, et déploya la plus grande
ictivité dans la répression des abus monasti-
ques. Entre autres réformes, il réunit en code
lin ensemble de règlements et de mesures conçus
dans un esprit plus élevé que ceux qui gouver-
naient à cette époque les diverses obédiences
religieuses. Edouard III, appréciant ses talents
et son habileté, l'éleva en 1360 aux fonctions
de lord trésorier et en 1364 à celles de chance-
lier ; dans l'intervalle, il avait été nommé évêque
d'Ely (1361), d'où il était passé à Tarchevèché
(Je Canterbury (1366). Le principal acte de son
administration fut la destitution du fameux
Wiclef, que son prédécesseur avait placé à la
tète d'un collège fondé à Oxford. Pour le con-
traindre à quitter ce poste, il mit sous le sé-
questre les revenus du collège. "Wiclef appela
de cette décision au pape Urbain V, qui donna
gain de cause à l'archevêque et lui envoya même,
en septembre 1368, le chapeau de cardinal.
Tombé dans la disgrâce du roi , qui dans cette
dernière querelle avait appuyé la résistance de
Wiclef, Langham se rendit auprès du pape, et
fut par lui comblé de dignités de toutessortes.il
fut cependant encore employé dans les affaires
politiques de son pays , tenta vainement d'opérer
un rapprochement entre les cours de France et
d'Angleterre , et ménagea la paix avec le comte
de Flandre. Dans les derniers temps de sa vie,
Grégoire XI le chargea des intérêts du saint-
siège à Avignon, où il mourut, d'une attaque
d'apoplexie. Son corps, ramené en Angleterre ,
— LANGHE
410
fut inhumé en grande pompe à l'abbaye de West-
minster. P. L— Y.
Wliarton, Anglia Sacra.— Moscr, /-.i/e of SimonofL..
dans ['Europe .Magazine, 1797. — Th. Tanner, Biblioth.
Britannica. — Baluze, Film Pap. Aven., I.
LA\GiiAi\s ( Charles- Gotlhard ), architecte
allemand, né à Landshnt, en Silésie, mort en
1808. Après avoir étudié les belles-lettres et
l'histoire , il s'appliqua aux mathématiques et
au dessin, et se destina enfin à l'architecture.
En 1759 il entreprit un voyage à travers toute
l'Europe pour en visiter les principaux monu-
ments. De retour dans son pays en 1775, il fut
nommé conseiller au département des bâtiments
à Breslau; en 1785 il fut appelé à Berlin comme
chef de ce département. 11 devint plus tard mem-
bre de l'académie de cette ville. Ses talents sont
attestés par un grand nombre de monuments
élevés par lui dans diverses villes de l'Alle-
magne, et parmi lesquels nous citerons : L'église
des Onze mille Vierges , la Bourse, et le pa-
lais Halzfeld à Breslau ; à Berlin : le Nouveau
Théâtre, et la porte de Brandebourg , l'œuvre
capitale de Langhans. E. G.
Nagler, Allgem. Kilnstler-Lexicon.
LANGHE, en latin LANGics (Charles HE),
philologue belge, naquit à Gand selon Sander,
Sweert et Valère- André; à Bruxelles selon Juste
Lipse, Aubert Le Mire et Paquot; mourut à
Liège, le 29 juillet 1573. Son père, seigneur de
Beaulieu, fut successivement secrétaire de Char-
lesQuint et de Philippe II. Le jeune de Langhe,
instruit dans les belles-lettres, commença son
droit à Louvain et le termina en Italie, où il se fit
recevoir docteur. Il embrassa l'état ecclésiastique,
et fut pourvu d'un canonicat à Saint-Lambert de
Liège. De Langhe laissa une fort belle bibliothèque,
presque toute composée de manuscrits grecs et
l.itins;il avait aussi des jardins et des serres
remplies des plantes les plus curieuses d'Europe
et des Indes. Le P. Scliott dit de de Langhe
« qu'il était très-savant en grec et en latin , fort
bon poète, et l'un des plus judicieux critiques
de son siècle ». Juste Lipse l'appelle « le plus
docte et en même temps le plus homme de bien
qui fCit parmi les Flamands » ; Montanus en parle
dans le même sens. « Tous, enfin , ajoute Pa-
quot, conviennent qu'il réunissait en lui une
érudition extraordinaire et une vertu très-dis-
tinguée. » On a de lui : Marci Tullii Ciceronis
Officia, De Amicitia, ac De Senectute e mem-
branis Belgicis emendata , notisque illus-
trata; Anvers, 1563 et 1573, in-12; à la suite
des Observationcs humanœ du P. André Schott ,
Anvers, 1615, in-4"; — Carmina lectiora : De
Luudibus urbis Leodicensis , etc.; Anvers,
1615, in-4"; — Variantes Lectiones in Plauii
Comœdias ; Plantin, 1566, in-16; ave* ISotesûc
Turnèbe, d'Adrien Junius , Bûle , 1568, in-12.
De Langhe a laissé en manuscrit : Collectio va-
riorum Diplomattim et Actorum Fcclesise et
patriee Lcodiensis; — des Noies sur Sénèque,
411
LANGHE —
sur Solin, sur Suétone, sur Pline, sur Théo-
pliraste et sur Diosooride. L— z— e.
Le Mire. EInçia Betgica, p. lGl-163. — Chapcaiiville,
Gesta Pontijtenm Leodiens\um,,cic.,i. 111, p. 470.— Sander,
De Gandaveiisis, p. 9". — .Swcert, Athœn. Helfj., p. 168.
— Valère André, Bibliotàeca Belgica, p. 121.
LANGHE-CRUYS {Jeayi van), en latin Lan-
gke-Cruclus, canoniste belge, né à Hilverenbeek
(Campine), vers 1530, mort à Cassel, en 1604. Il
lit ses études à Louvain, où il enseigna les bel-
les-lettres durant quelques années, et fut élu pré-
sident du collège de Winckelius en 1564. 11 prit
dans la même université le grade de licencié
dans l'un et l'autre droit en mars 1565. et fit des
cours sur le décret de Gi'atien. L'année suivante
il succéda à Mattliias Ruckenbossche comme
professeur extraordinaire de droit civil et cba-
noine du second rang dans la collégiale deSaint-
Pierre de Louvain. Le 16 juin 1568, son parent
Jean-Baptiste de Langhe lui résigna la riche
prévôté de Saint-Pierre à Cassel. Selon Paquot,
« c'étoit un prêtre appliqué à ses devoirs, en-
nemi du faste et de l'ambition. Ses ouvrages res-
pirent partout la piété et montrent beaucoup de
lecture et de jugement ». On a de lui : De Ma-
lonim horum temporum Causis et Remedus ;
Douai, 1584, in-4"; — De Vita et Uonestate
Canonïcorum ; Douai, 1588, in-S"; — Flores
spiritnales ; Anvers, 1592, in-18; — Precatio-
nes ; Anvers, 1601, in- 12 ( rare). A. L.
Hégistres du collège de JFinckelius, lib. IV, cap. xxrii,
n° 1. — Sweert, Bibliotheca Belgica, p. 441.— Valère
André, Bibliotheca Belgica, p. 323. — Foppens, Biblio-
theca Belgica, p. 672. — l'aquot. Mémoires pour servir
à l'hist. un. des Pays-Bas, t. V, p. 78-80.
LAKGHËENRiCH (Georges-Mcolas ), savant
allemand, né à Hof, le 8 janvier 1650, mort en
1680. Il se fit recevoir en 1672 maître en philo-
sophie à Leipzig, et devint quelques années après
recteur du gymnase de Hof. On a de lui : Quxs-
tio an in copula possH esse tropus ; Leipzig ,
1672, 111-4"; — De Sensu Plantaruni; ibid.,
1672, in-4°; — De Pontii Pilati Patria; Hof,
1677, in-4" ; — De nomine Csesaris; Hof,
1677, in-4°; — Num cognitus Augusto Mes-
sise adventus fuerit; Hof, 1678, in-4° ; —De
Simulatione et Dissimulatione Tiberii; Hof,
1678, in-4°; — De Luthero cygno ; Hof, 1679,
10-4°; — Disputatio moralis atque historica
de Anthropophagia ; Hof, 1680, deux opuscu-
les, in-4°. E.G.
Fickenscher, Gelekrtes Dayreuth, t. V. — Rotermund,
Supplément à JOcher.
LANGHElrsuiCH { Isaac- Frédéric ) , érudit
allemand , né à Hof, le 7 septembre 1698, mort
en 1753. Il étudia à Leipzig, où il obtint en 1720
le grade de maître en philosophie; il y devint
en 1722 prédicateur à l'église Saint-Paul. L'année
suivante il fut nommé diacre à Delitsch; en
1734 la duchesse douairière de Mersebourg le
choisit pour son directeur. En 1738 il fut appelé
aux fonctions d'archidiacre. On a de lui : De Tl-
mone syllographo ejusque fragmentis;heip-
Zig, 1720-1723, trois opuscules, iij-4°; — De
LANGHORNE 412
j authentia et auctoritate codicis Ebreac; Leip-
I zig, 1721, in-40; reproduit dans le tome T" de
la Crïtica sacra de Carpzov. E. G.
! Fickenscher, Gel. Bayreuth, t. V. — yicta histnrica
I ecclesiastica l Leipzig, 1734-17SS),t. III, p. 483. — Allgem
I litter. Jnzeiger; Leipzig, 1798, p. 1182.
i LANGHORNE (^Daniel), antiquaire anglais,
ne à Londres, mort en 1681. Admis à l'univer-
; site de Cambridge , il y reçut les diplômes de
: maître es arts et de bachelier en théologie, \
fit partie du corps enseignant, et obtint en 167u
un bénéfice dans le comté de Hertlord. On a de
I lui : Elenchus Anliquitatum Albionensïum ;
j Londres, 1673, in-8"; augmenté d'un supplément
en 1674; — Chronicon Regum Angloruni;
Londres, 1679, in-8°; il devait en donner une
suite, dont le manuscrit s'est conservé sous le
titre de Dan. Langhornii Chronicl Anglorum
Continuatio, vel pars secunda ab A. C. 800
ad 978. P. L— Y.
Masters, J^Jist. of coll. of Corpus-Christi.
LANGHORNR [John), littérateur et poëtel
anglais, né en mars 1735, à Kirkby-Steven (West-
moreland ) , mort le \" avril 1779. Il fit de'
bonnes études à l'école d'Appleby ; mais comme
il était trop pauvre pour les terminer à l'univer-
sité, il se fit précepteur, et prit les ordres.
D'abord vicaire à Dagenham ( 1761 ), puis à Lon-i
dres ( 1764), il put déployer dans cette ville le
remarquable talent dont il avait fait preuve it
bonne heure pour l'étude des lettres, et surtout
de la poésie. Sa collaboration à la Monthly Re-
view, que dirigeait Griffitlis, contribua à le'
placer parmi les écrivains distingués de l'épo-
que ; SmoUett le traita avec égard, et Robertson,!
qui était à la tête de l'université d'Edimbourg,,
lui fit envoyer en 1766 le diplôme de docteur
en théologie. Après avoir prêché deux ans à h
chapelle de Lincoln's Inn, il acquit le bénéfice!
de Blagdon, dans le Somerset ( 1767), d'où il
passa avec une prébende à la cathédrale de-
Wells. Langhorne, qui mourut Jeune encore, a
laissé un grand nombre d'écrits; il était d'hu-i
meur aimable, homme du monde et d'un carac-'
tère facile. L'élégance et la sensibilité sont lesi
traits saillants de sa poésie; l'invention ne luii
fait pas défaut, et il a fort souvent le mérite!
d'être original. Quant à ses écrits en prose, il a
touché à tant de sujets qu'on a lieu d'admirer jâ
fertihlé de son imagination; mais il manque de'
fond, il est léger, amusant, plein d'imprévui
quelquefois, mais il frappe si peu l'esprit que sa
réputation, considérable jadis, semble usurpée'
et que ses ouvrages n'ont pas survécu à leuf
auteur, malgré l'engouement avec lequel ils
étaient accueillis. Nous citerons de lui : Poems;
Londres, 1804, 2 vol. in-12, édition donnée par
son fils et dont les meilleurs morceaux, publiés
séparément, sont : Tears of the Muses; 1760;
. — The Visions of F ancy, élégies; 1762; — The
Enlargement of the Mind , poëme philoso-
phique; 1763-17G5; — Genius and Valour ;\
1766; — The Country Justice, poëme satif
113
LANGHORISE
ic(ue, 1774-1777; — Letters on Religious Re-
irement , Londres, 1762, in-8°, qui sont dé-
liées au savant Warburton ; — Sohjman and
\Umena; Ma., 1762: fiction conçue dans le
;oùt des contes orientaux ; — The Letters pas-
ed between Theodoshis and Constantia;
bid., Î763-1764 ; traduction française , Rotter-
lam, 1764, in-8°; — Effusions of Friendship
md Fancij; ibid., 1763, 2 vol. in-12; 1766,
dition augmentée: ce livre, qui obtint une vogue
«nsidérable et fut traduit en français par
îriffet de La Baume en 1787, offre un agréable
nélange de fantaisie, d'humour et de satire,
naiheureuseinent déparé par un style irrégulier
t trop fleuri; c'était une des plus heureuses
mitations qu'avait fait naître le Voyage senti-
mental de Sterne; —Sei-mons; ibid., 1764,
vol., dont le seul mérite est d'être fort courts ;
- Letters on the Éloquence of the Pulpii :
uid., 1765;— The fatal Prophecy , tragédie
iieiliocre insérée dans le recueil qu'il fit de ses
eiâ en 1766 ; — Frederick and Pharamond,
rr the consolations of human lif'e; in-8°; —
ietters supposed to hâve passed between
>/. de Saint-Evremond and Waller : corres-
pondance imaginaire assez habilement con-
duite; — Plutarch's Lives ; Londres, 1770,
vol. in-8", traduction devenue rapidement po-
ulaire et retouchée depuis par Wrangham; —
'Ubles of Flora; 1771, in-4° ; 5"= édit., 1801;
— Owen of Carron, conte.
1 i^ANGHORNË {William ), frère aîné du pré-
j;édeut, né en 1721 et mort en 1772, fut chargé
lepuis 1754 de la cure de Folkstone. U y a pu-
'ilié Job, poëme, ainsi qu'une paraphrase poé-
jique d'isaïe, et a travaillé à la version anglaise
lie Plutarque donnée par son frère. P. L — y.
I Ifotice biogr. (en tête de redit, des Poems, 1804). —
iohnson et Chalnoers, English Poets, 1810.
j L.4Nr.iNl {Antonio), sculpteur italien, dit
fussi Antonio da Carrara, parce qu'il était né à
Carrare, vivait dansla première moitié du seizième
iècle. Il passa la plus grande partie de sa vie à
'alarme, où il exécuta pour le vice-roi de Sicile,
e duc de Monteleone, de la maison Pignatelli,
rois Vierges qui furent placées sur les autels de
ja cathédrale de Monteleone en Calabre, et plu-
sieurs autres figures qui restèrent en Sicile. 11
prichit le choeur de la cathédrale de Palerme
ile seize statues en marbre et d'une foule de
pas-reliefs, d'arabesques et d'ornements de la
plus grande beauté. 11 excellait surtout dans
exécution des draperies, et Michel Ange, qui sa-
vait l'apprécier, répondait à ceux qui lui deman-
iaient une figure drapée : « Allez trouver le Lan-
jini en Sicile ".
Cet artiste laissa un fils, qui marcha dignement
iur les traces de son père. E. B— n.
Va.sari, P'ite.
L-ANGicrs. Voy. Lang et Langhe.
LANGLADE, baron de Saumières {Jacques
)e), historien français, né vers 1620, au château
— LANGLK 414
de Limeuil (Périgord), mort au même endroit,
en mai 1680. Il fut secrétaire du duc de Bouillon,
et servit en 1649 les intérêts de la princesse de
Condé. Ami du duc de La Rochefoucault et de
M"^ de La Fayette, de Langlade se vantait d'être
connu de tout ce que la cour renfermait d'il-
lustre : c'était là sa manie. Il mourut, dit-on, de
ce que le ministre Louvois, invité par lui à re-
cevoir l'hospitalité dans son cliàteau, s'était borné
à saluer eu passant le généreux châtelain. On a
de Langlade : Mémoire sur la vie du duc de
Bouillon de 1628 à 1642; Paris, 1692, in-12,
A. d'E — p — G.
Sisraondi , Histoire des Français, t. XXII, p. 324. -.■
Dictionnaire Universel (édit. de 1822).
LANGLAOE. Voy. SeRKE.
LAKGLE {Jean-Maximilien de), écrivain
protestant, né à Évreux, en 1590, et mort à
Rouen, en 1674. Il fut nommé pasteur à Rouen
en 1015. H remplit ces fonctions pendant cin-
quante-deux ans ; sept ans avant sa mort, il fut
frappé de paralysie. Outre une dissertation
en forme de lettre pour la défense de Charles I",
roi d'Angleterre, ou a de lui : Les Joyes iné-
narrables et glorieuses de l'âme fidèle, re-
présentées en quinze sermons sur le huidème
chap. de VÉ pitre de saint Paul aux fio-
mains; Saumm, 1669, iu-8°; — un Sermon
de jeûne imprimé à la fin des Sermons faicts
un jour de jeûne célébré à Charenton le
U avril 1636 par Mestrezat, Drelincourt et
Daillé; Genève, 1637, in-18; — Sermons sur
divers textes de VÉcriture.
Son fils, Samuel, né à Rouen, en 1622, mort
à Londres, en 1693, laissa quelques ouvrages
inédits et me. Lettre sur les difficultés des épis-
copauxetdespresbyté7-iens,httpYiméeh\c\iiade
l'ouvrage du d"' Willingfleet sur le même sujet.
M. N.
Bayle, Diction. Bistorig.
LANGLE (Le chevalier Paul-Anioine-Marie
Fleuriotde), marin français, né le 1^'' août
1744, au château de Kerlouet (Côtes-du-Nord),
mort le 11 décembre 1787, près de l'île de
Maouna. Il entra dans la marine, comme garde,
le 4 juin 1758. Lieutenant de vaisseau depuis
1778, il participa, sur le vaisseau Le Solitaire,
au combat d'Ouessant, puis, en 1779, comme
commandant de la corvette Le Hussard, à un
autre combat contre le vaisseau anglais de
soixante-quatre Non such, qui le força d'a-
mener son pavillon. 11 fut ensuite chargé du com-
mandement des frégates V Aigrette et La Ré-
solue, ainsi que du vaisseau V Exiteriment.
Ayant sous ses ordres le vaisseau Le Sagittaire
et deux frégates escortant une flotte de cent cin-
quante voiles, qui devait être employée à la con-
quête de la Jamaïque , il eut le bonheur, après
avoir repoussé quelques croiseurs qui essayèrent
d'entamer son convoi, de le conduire à bon port
au Cap-Français. La défaite du comte de Grasse
415 LANGLE
ayant fait échouer l'expédition de la Jamaïque,
La Pérouse ( voy. ce nom ) ayant sous ses ordres
les frégates de trente canons L'Âstrée et VEn-
gageayite, commandées la première par de Lan-^
gle, la seconde par M. de La Jaille, alla détruire
les forts de Galles et d'York dans la baie d'Hud-
son. Le grade de capitaine de vaisstauetle brevet
de membre de l'association deCincinnatus furent
la récompense des services que de Langle avait
rendus pendant la guerre. Le sang-froid dont La
Pérouse et de Langle avaient donné des preuves
dans l'expédition de la baie d'Hudson détermi-
nèrent Louis XVI à les charger simultanément
d'exécuter le voyage d'exploration dont la di-
rection supérieure fut confiée au premier. Le
choix des deux chefs de l'expédition convenait
parfaitement au but qu'on se proposait. Si La
Pérouse, d'un esprit plus brillant et plus géné-
ralisateur que de Langle, était digne de la direc-
tion générale de l'entreprise , d'un autre côté ,
de Langle , par sa conception prompte, par son
coup d'œii sûr et exercé, par sa force d'âme,
qui savait dominer et écarter le danger, en était
le véritable chef naval. Aussi M. de Lesseps,
qui avait été le compagnon des deox amis pen-
dant une partie de cette fatale expédition, fut-il
l'écho fidèle des officiers de la marine, lorsque,
présenté à Louis XVI, à son retour en France,
et apprenant de la bouche de ce monarque la
mort de de Langle, il lui dit ces paroles qu'il a
depuis répétées à l'un des petits-fils de l'infor-
tuné navigateur : « Sire, votre expédition est
Du reste, de Langle, aussi modeste
perdue
qu'iiabile, aurait refusé, s'il faut en croire une
version assez accréditée, l'honneur du comman-
dement en chef, que des instances royales l'au-
raient pressé d'accepter. Si cette version est
exacte, son abnégation ne peut qu'ajouter à l'es-
time qu'il inspire à tant d'autres titres, et dé-
montrer la sincérité de son attachement pour La
Pérouse, dont il ne parle dans sa correspon-
dance qu'avec un vif sentiment d'affection et
d'admiration.
Des deux frégates La Boussole et L'Astrolabe,
affectées à l'expédition , la première était com-
mandée par La Pérouse, la seconde par de
Langle. Elles firent un grand nombrede reconnais-
sances et de découvertes, celles, entre autres,
d'une île très-escarpée sur la côte de Corée, et
d'une baie dans l'île de Seghalien, qui reçurent
l'une et l'autre le nom de de Langle; et vinrent
mouiller, le 8 décembre 1 787, en vue de la grande
île de Maouna, dont les pics aigus , et étayé?. les
uns au-dessus des autres, s'élèvent à l'ouest de
l'Archipel des Navigateurs. Le lendemain elles
jetèrent l'ancre et reçurent des insulaires un
accueil cordial. Pendant qu'on faisait de l'eau
dans une anse voisine du mouillage, de Langle
découvrit, à une lieue plus à l'ouest, une autre
anse, qui recevait une cascade de l'eau la plus
limpide. Des symptômes de scorbut commen-
çaient à se manifester sur L'Astrolabe : il pria
'416
La Pérouse de lui permettre d'aller faire quelque»
barriques d'eau avant qu'on s'éloignât de l'île. La
Pérouse ayant cédé aux instances de son ami
deux chaloupes et deux canots partirent de chaque
bâtiment, le 1 1 décembre, à midi et demi, sous les^
ordres de de Langle, qui avait cru devoir diriger
lui-même l'expédition, et armer, à tout événe-
ment, ses soldats et ses matelots. L'anse, qui la
veille lui avait paru si belle, parcs que la mer
était haute, n'avait- plus le même aspect; les
chaloupes furent obhgées de se tenir un peu au
large ; les canots avaient seuls assez d'eau pour
flotter. Le premier mouvement de de Langle fut
de se retirer, car un grand nombre d'insulaireS'
étaient réunis sur le rivage ; mais leur air pai-
sible, la présence de leurs femmes et de leurs
enfants , les branches d'arbres jetées à l'eau dei
toutes parts en signe d'amitié, et surtout le désir
de se procurer de l'eau et des vivres frais, le
déterminèrent à rester. Tout allait au gré de ses
désirs, et vers trois heures les futailles avaient
déjà pu être rembarquées , lorsque la foule gros-
sissant à tout moment par l'arrivée de nouvelles
pirogues (l'expédition de Dumont d'Urville
fait connaître qu'elles portaient des sauvages
étrangers à l'île de Maouna ), de Langle crut pru-
dent de donner l'ordre de la retraite. Les nou-i
veaux venus laissèrent les Français regagner leurs
chaloupes, et quand ils eurent de l'eau jusqu'à
la ceinture, s'avançant eux-mêmes à moins de
six pieds des embarcations, ils saisirent les ca-
blots avec une telle force que les soldats dont
les fusils avaient malheureusement été mouillés
dans le trajet firent d'inutiles efforts pour les
rejxiusser. Chaque minute de retard augmentait
le danger. Un coup de fusil tiré en l'air, loin
d'effrayer la foule, devint le signal d'une îittaquf
générale. Une grêle de pierres, lancées avec au-i
tant de vigueur que d'adresse, fondit sur les Fi'an<
çais. De Langle tomba de dessus sa chaloupe du
côté des assaillants, qui le massacrèrent aussitôt
à coups de massue et l'attachèrent immédiate-i
ment par un bras au-dessus de l'eau, pour prio-
fiter plus sûrement de ses dépouilles. Ainsi péritj
à l'âge de quarante-trois ans, cet infortuné navii
gateur, laissant la réputation d'un marin aCH
compli. Trois de ses petits-fils ont servi ou ser-î
vent encore avec distinction dans la marine.
P. Levot.
Archiccs de la Marine. — Kerguelen, Relation, etc^,
de la fjuerre marUime de 1778. — ?\tanen,Découvertei
des Français au sud-est de la Kouvelle-Giiinée. — DO-
cuments inédits.
i.ANGLE { Jean -Marie - Jérôvie Fleurioï
de) (1) , littérateur français, né sur la paroisse
Saint Malo de Dinan, le 13 décembre 1749, morl
à Paris, le 12 octobre 1807, qui se qualifiait très-
improprement marquis de Langle, puisque
cette seigneurie appartenait à la branche aînée
de sa famille, fut admis en février 1767 a«
(1) Et non pas Fleuriau ( Jéràme-Charlemagne), coaimc
l'écrivent quelques biographes.
417
nombre des pages que M"* la dauphine faisait
élever dans ses écuries , servit ensuite dans les
mousquetaires noirs, et fit la guerre d'Amérique
comme volontaire. A son retour en France, il
jsollicita vainement sa rentrée au service, et
jtourna alors vers la littérature son activité dé-
sordonnée. Avant son départ, des motifs qui ne
inous sont pas connus l'avaient fait exiler pen-
jdant deux ans dans une ville de province. C'est
icet exil, travesti en une longue détention dans
des châteaux forts, qui en a fait un Mirabeau
au petit pied. De Langle, par sa forfanterie et
son besoin de faire parler de lui , n'importe à
quel titre, contribua à accréditer cette opinion ,
tant il était fier d'être comparé à Mirabeau , au-
quel il ne ressemblait d'ailleurs que par sa lai-
deur, sa causticité, et les désordres de sa vie
(privée; mais il était si superficiel et si médiocre
écrivain, qu'un parallèle complet ne peuts'expli-
iquer que par l'engouement dont de Langle de-
Ivint l'objet lors des poursuites dirigées par le
gouvernement contre son premier ouvrage.
Exploitant la vogue que Beaumarchais avait su
attacher au nom de Figaro, il avait publié sous
ce pseudonyme l'ouvrage intitulé : Voyage de
'Figaro en Espagne; Saint-Malo (Paris), 1785,
i2 vol. in- 12. Grâce aux poursuites comme aux
critiques qu'il provoqua , et dont il ne méritait
certainement pas l'honneur, cet ouvrage fut tra-
duit en anglais, en danois, en allemand, en ita-
lien, et il eut en France six éditions, dont la
dernière parut sous ce titre : Voyage en Es-
\ pagne par L. M. de Langle, seule édition
avouée par l'auteur; Paris, Perlet, 1803, in-8".
Ce voyage est apocryphe ; de Langle n'avait ja-
mais mis le pied en Espagne. C'est en Suisse,
dit Mercier, et d'après l'idée que lui suggéra ce
dernier, qu'il le composa sous ses yeux, en com-
pilant les diverses relations connues de l'Es-
pagne. Le Voyage de Figaro , qui sans aucun
doute aurait passé inaperçu en France , fit sen-
sation au delà des Pyrénées. Le comte d'Aranda,
organe de l'indignation qu'il avait soulevée parmi
ses compatriotes, le réfuta dans sa Dénoncia-
tion au public du Voyage d'un soi-disant Fi-
garo en Espagne, par le véritable Figaro;
Londres et Paris, 1785, in-12. La vignette qui
orne le frontispice de ce livre représente une
poignée de verges en croix avec un fouet. Le
gouvernement espagnol s'émut à son tour, et fit
de la condamnation du Voyage une affaire di-
plomatique. Charles III dénonça l'ouvrage au
ministère français, comme n'étant qu'une amère
et injuste satire du gouvernement, de la religion
et des mœurs de l'Espagne, menaçant, si justice
n'était pas faite de ce libelle, de fermer à tous
les Français l'entrée de son royaume. Le parle-
ment de Paris, sur un long et virulent réquisi-
toire de l'avocat général Seguier (27 p. in-4°),
ordonna, le 15 février 1786, qu'un exemplaire
de chacune des trois éditions du Fo^ûf/e, parues
jusque alors, serait lacéré et brûlé par la main
NOUV. BIOGR, CÉNÉK. ■— T. XXIX.
LANGLE 418
du bourreau, comme livre impie, sacrilège, blas-
phématoire, destructeur des mœurs et de la re-
ligion, etc., etc. Transporté de joie d'avoir eu les
honneurs d'un auto-da-fé, et amorcé par cette
bonne fortune, de Langle publia presque immé-
diatement les ouvrages suivants : Amours ou
Lettres d'Alexis et de Justine, par M. ***;
Neufchâtel, 1786, 2 vol. in-8°, ou 1797, 3 vol.
in-18. Ce roman, qu'il ne faut pas confondre avec
celuidu trop fameux marquis deSade, n'eutaucun
succès , bien que de Langle dise, à la fin de la
3« édit. du Voyage en Espagne, que la frénésie
de l'amour n'a jamais été rendue avec plus de
chaleur, de volupté, et de chasteté, tout à la fois,
que dans cet ouvrage ; — Le nouveau Werther,
imité de V allemand; Neuchâtel, 1786, in-8°;
— Tableau pittoresque delà Suisse; Paris,
1790, in-8»,ou Liège, 1790, in-12. Ce n'est guère
qu'une réimpression du Voyage en Espagne,
dont l'auteur se borna audacieusement à changer
les noms de villes; ce qu'il y ajouta, il le prit
au doyen de la littérature française en Suisse,
le savant M. Philippe Bridel, qui s'est plaint de
ces plagiats dans une lettre adressée à M. Qué-
rard, le 20 mars 1834; — Soirées villageoises,
ou anecdotes et aventures, avec des secrets
intéressants ; \l^i,\n-i2, opuscule au-dessous
de la critique.
A l'époque de la révolution, de Langle était ré-
duit à d'assez tristes expédients. A sa sortie de
la Force, oti il avait été détenu six mois, par une
méprise, disait-il, de la police correctionnelle,
il vint révéler au ministre Bertrand de Molle-
ville ce qu'il aurait appris pendant sa détention, et
débuta par lui demander à manger, parce qu'il
avait faim. Ce besoin satisfait, il présenta à
M. de Molleville, comme échantillon de ses ta-
lents littéraires, son Voyage en Espagne et
les deux premières pages du Postillon de la
guerre (1), journal monarchique qu'il se propo-
sait de publier. Après que le ministre lui eut
avancé 300 francs pour les premiers frais d'im-
pression, il en vint au sujet qui avait motivé son
introduction, et dit avoir vu les prisonniers fa-
briquer de faux assignats qui auraient servi à
payer les énormes dépenses des Jacobins. Par
le conseil de M. de Molleville, de Langle dénonça
ces faits à l'Assemblée nationale; mais le comité
chargé de les examiner ne fit aucun rapport,
et de Langle, bien qu'il se présentât chaque jour
à la barre de l'assemblée, ne put réussir à s'y
faire entendre. Cette affaire ne fût pas la seule
dont il se mêla ; les liaisons qu'il entretenait avec
la maîtresse du mulâtre Raymond , agent des
(1) On volt dans la Bibliographie des Journaux, par
M. Deschiens, qu'il a paru, du !6 avril au 12 août 179Î,
cent vingt-cinq numéros d'un Journal intitulé: Le Pos-
tillon de la guerre, ou gazette générale de l'Europe;
in-i». M. Desclilcns ne fait pas connaître les noms des
rédacteurs de cette feuille, que MM. Lunicr et Isidore
Langlals reprirent, le SO août, sous le second de ses titres,
précédé, du 1" vendémiaire an iv à la fin de l'an v, de
celui de Messager du Soir.
14
419
LAINGLE '— LANGLÊ
420
hommes de couleur de Saint-Domingue , lui per-
mirent d'avoir connaissance des mesures arrêtées
par le comité des Amis des Noirs pour fomenter
l'insurrection de Saint-Domingue, et la maîtresse
de Raymond était à la veille de soustraire les
pièces originales dont elle avait révélé l'exis-
tence, lorsque la catastrophe du 10 Août l'em-
pêcha d'en faire la remise à de Langle. Du reste,
ce dernier gagnait consciencieusement les subven-
tions qu'il recevait du ministre, qui déclara dans
SCS Mémoires que nul de ses agents n'était plus
zélé ni plus exact.
Depuis le 10 août de Langle s'était prudem-
ment fait oublier, et personne ne songeait plus
à lui, lorsque Le Moniteur du 25 fructidor an vi
vint emphatiquement annoncer son projet de
publier, au pri\ de 36 francs, payables d'avance,
un Tableau de la Suisse, auquel quatre cents
personnes avaient souscrit jusqu'en 1803, mais
qui n'a jamais paru. Ce prospectus n'ayant pas
suffisamment stimulé l'attention publique, de
Langle ne trouva rien de plus propre à la réveil-
ler que la publication d'un pamphlet rempli d'in-
jures contre tous les auteurs dont les noms se
présentèrent à sa mémoire. Tel est l'esprit du
livre intitulé : Pai'is littéraire, V partie, Pa-
ris, an viu (1800), in-12. Les trois autres par-
ties ou n'ont jamais été faites, ou sont restées
dans le portefeuille de l'auteur, qui a reproduit la
première en l'an ix sous le titre de L'Alchimiste
littéraire , ou décomposition des grands
hommes du jour. U se borna à faire recompo-
ser les pages 2, 119, 120, et à mettre à la fin
de V Alchimiste ce qui était au commencement
du Paris littéraire. Ces deux ouvrages, abso- j
Jument semblables, ont été refondus dans son |
Nécrologe des Auteurs vivants, par L. M. D. j
L***; Paris, 1807, in-18. Cette même année, il i
publia : Mon Voyage en Prusse, ou mémoires
secrets sur Frédéric le Grand et sur la cour
de Berlin; Paris, Freschet, 1807, in-S". Comme
dans ses autres ouvrages, l'auteur affecte un ton
sententieux qui n'apprend rien et est très-fatigant.
Il avait promis de donner tous les ans, ou môme
tous les six mois, un volume de supplément au
Nécrologe ; mais sa mort l'empêcha de fournir
cette pâture à la malignité publique. De Langle
n'a pas laissé de postérité.
P. Levot.
Mémoinep secrets de Bachaiimont. — Mémoires pour
servir à l'histoire de la dernière année du règne de
Louis XFI. par Bertrand de Molleville. - France litté-
raire et Supercheries littéraires de Quérard. — Docu-
ments inédits.
LANGLE (Henri- François- M ari£), musicien,
né à Monaco, en 1741, d'une famille originaire
de Picardie, qui s'était établie en Italie vers la
fin du dix-septième siècle, et mort le 20 sep-
tembre 1807, à Villers-le-Bel, près Paris. A l'âge
de seize ans, ses parents l'envoyèient à Naples,
où il entra au conservatoire de la Piefarfe'
Turchini; il y étudia la composition sous la di-
rection de Cafaro, et se fit bientôt remarquer
par des morceaux de musique qu'il écrivit pour
les fêtes de Saint- Janvier et de Sdint-Irénée, à,
la solennité desquelles concouraient tous les
élèves du Conservatoire. Enfin, après être resté
pendant huit années dans cet établissement, où il
eut le titre de maître, c'est-à-dire de répétiteur,
il se rendit à Gênes et séjourna quelques années
dans cette ville en qualité de directeur du théâtre
et du concert des Nobles. En 1768 Langle vint
à Paris, et y donna des leçons de chant, de cla-
vecin et de composition. Possédant bien l'art du
chant, qu'il enseignait d'après les piincipes de
l'école napolitaine , la meilleure de cette époque,
il ne tarda pas à se faire une réputation comme
professeur. Un Cantate Domino, à grand chœur,
et d'autres motets exécutés au Concert spirituel,
ainsi que diverses cantates, entre autres cellei
d''Alcide, de Sapho, et de Cireé, qu'il fit eA
tendre au Concert des Amateurs , en le faisai
connaître comme compositeur, lui valurent
poëme de l'opéra A'Antiochus et Stratonid
dont il écrivit la musique, et qui fut représen^(
en 1786, sur le théâtre de la cour, à Versaillesj
Déjà, en 1784 , lors de la création de l'Écolel
royale de Chant et de Déclamation par le barojç^i
de Breteuil, Langle avait été chargé de l'enseîr
gnement du chant dans cet établissement; y
exerça ces fonctions jusqu'à la suppression (Ji?
l'école, en 1791, et donna dans le courant de j{|
même année à l'Académie royale de Musique
Corisandre, opéra en trois actes qui, quoique
repris l'année suivante, n'eut jamais beaucoup dei
succès. A l'époque de la formation du Conserva-!
toire de Musique, en 1795, il fut nommé biblio-
thécaire et professeur d'harmonie; mais en 180^
il cessa de professer, et ne conserva que son em-
ploi de bibliothécaire. Sur la fin de sa carrière,
cet artiste s'était retiré dans sa maison de caïq-
pagne de Villers-le-Bel, où il se plaisait à cultiver
son jardin; il y mourut, à l'âge de soixante-six aq^.'i
Outre les deux opéras à'Antiochus et Stratçç- i
nice et de Corisandre que nous avons cités, s
Langléaécrit les ouvrages dramatiques suivants,: .
Oreste et Tyndare; — Soliman et Éronirney'
ou Mahomet II (1792) ; — La Mort de Lavo^-
sier (1794); — Le Choix d'Alcide (1801); —
Médée;-— Tancrède; — L'Auberge des volon- ■'
taires ; — Les Vengeances. Ces ouvrages, dont
plusieurs n'ont pas été représentés, existent à
la bibliothèque du Conservatoire; on y trouve
des mélodies faciles, mais elles manquent de cha-
leur et attestent peu de génie chez leur auteijî'.
Langle a écrit aussi pour la première édition a(i
solfège du Conservatoire un certain nombre de
leçons qui sont loin d'être les meilleures du re-
cueil, Les travaux théoriques de ce musicien
sont ceux qui ont le plus contribué à le faire con-
naître en France; en voici les titres : Traité
d'Harmonie et de Modtdation ; Pms, 1797.
Cet ouvrage est un des premiers traités dans
lesquels les accords n'étant plus considérés,
comme précédemment, d'uae manière isolée,
421 LANGLÉ — LANGLÈS
lont soumis aux lois de succession qui les
422
•égissent. Malheureusement Langlé n'avait pas
saisi les vrais principes de la science de l'har-
nonie, et ses exemples pratiques sont remplis
rincorrections; — Traité de la Basse sous le
: fiant ; Paris, Nadermann, 179S; — Nouvelle
néthode pour chiffrer les accords; Paris,
1801; — Traité de la Fugue; Paris, 1805.
Dieudonné Denne-Baron.
De La Borde , Essai sur la Musique. — Choron et
'ayolle, Dictionnaire historique des Musiciens. — Ga-
ict, Dictiannaire des Artistes de l'école française au
Ux-neuviéme siècle. — Fétis, Biographie universelle
te Musiciens.
l LANGLK ( Joseph-Adolphe-Ferdinand ) ,
luteiir dramatique français , fils du précédent et
;ousin d'Eugène Sue, naquit à Paris, le 21 no-
vembre 1798. Élève du lycée Bonaparte, il étu-
lia d'abord la médecine, et devint sous-aide
najor attaché aux gardes du corps, sous le
)rofesseur Sue , son oncle. Il se livra alors à
Il culture des lettres, publia des livres de
;ontes , écrivit dans les journaux politiques ,
ittéraires et scientifiques et fit un grand nombre
le pièces de théâtre, la plupart en collaboration.
Il avait depuis longtemps quitté la médecine
lorsqu'il entra dans l'administration des pompes
liinèbres, dont il est devenu directeur. On a de
ui ; Appollon II, ou les Muses à Paris, vau-
ievilli^ épisodique en un acte (avec Romieu);
'aiis, 1825, in-8°; — Les Biographes, co-
iiciiii' en un acte et en prose (avec Dittmer
t Cave); Paris, 1826, in-8"; — Les deux
ilèc:-s, OU V éducation pa7-ticîilière , ùomédïe-
Faudeville en un acte (avec Rochefort, Dittmer
[t Cave ); Paris, 1827, in-8°;— Les Contes du
my sçavoir ; Paris, F. Didot 1828, in-8°;
'Ballades, Tableaux et Traditions du moijen
tge, ornés de vignettes et fleurons imités des
Manuscrits originaux par Bonington et Mon-
'lier; Paris, 1828,10-8°; — VHistorial diijon-
ileur; Paris, F. Didot 1829, in-8°; — Un Tour
'n Europe , cauchemar en quatre actes , avec
iirologue et épilogue ( avec Charles de Livry et
ueuven); Paris, 1830, 10-8°; — Le Tailleur
\t la Fée, ou les chansons de Béranger, conte
iantastique mêlé de couplets (avec M. Em. Van
lier Burch); Paris, 1831,1832, 1839, 1845,in-8°;
!- La Fée aux Miettes, ou les camarades de
liasse, roman imaginaire mêlé de couplets
javecM. Gabriel ); Paris, 1832,in-8°; —Le Ca-
marade de lit , comédie en deux actes mêlée de
louplets ( avec M. Em. Van der Burch ) ; Paris,
1833-1834, in-S"; — Le Procès du Cancan, ou
\a chasse aux Pierrots, folie de carnaval en un
|icte mêlée de couplets (avec le même); Paris,
834, in-8° ; — La Jacquerie , opéra en quatre
des ( avec M. Alboize ) , musique de M. Joseph
lainzer; Paris, 1839, in-8»;— Xes Maquignons,
'?< le Marché aux chevaux, vaudeville en deux
des (avec M, Roquefort ); Paris, 1840, in-s";
-Funérailles de l'empereur Napoléon; Paris,
840-1841, in-8°; — Un Bas bleu, vaudeville
en un acte (avec M. F. Devilleneuve ) ; Paris,
1842,in-8°; — Le Lansquenet , comédie-vau-
deville en un acte ( avec M. Lockroy ) ; Paris ,
1845, in-8°, — Une Sangsue, vaudeville en un
acte, aux Variétés ( avec M. Villeneuve ) ; Paris,
1854, in-8° ; — Maître P at h e lin , arrangé en
opéra comique (avec M. de Leuven), musique
de M. Bazin; Paris, 1856. L. L— t.
Quérard. La France Littéraire. — Boiirqut'lot, La
Littér. Franc, contemp. — Vapereaii, Dict. univ. des
Contemp. — Lefeuve , Hist. du Lycée Bonaparte, p. 200.
LANGLEBERME. VotJ. AnGLEEERME.
liANGLET. Voy. Lenglet.
LANGLÈS ( Louis-Mathieu ), orientaliste
français, né à Perenne, près Saint-Didier, le
23 août 1763, mort le 28 janvier 1824. Après
avoir achevé ses études , il obtint la charge d'of-
ficier près le ti'ibunal des maréchaux de France ,
charge qu'avait occupée son frère. Dès son en-
trée en fonctions , il avait résolu de faire un
jour partie de l'armée de l'Inde et de s'adon-
ner ainsi à l'étude des nations orientales dont
l'histoire et les coutumes avaient dès sa pre-
mière jeunesse excité vivement sa curiosité.
Ses rêves tardant à se réaliser, il abandonna la
carrière militaire pour s'adonner exclusivement
à celle des lettres orientales. A cet effet , il suivit
les cours d'arabe et de persan du Collège de
France, et se fit présenter à Silvestre de Sacy,
qui le dirigea dans ses études. Le premier ou-
vrage de Langlès qui attira l'attention du public
fut une édition française des Instituts politi-
ques et militaires de Tamerlan écrits par
lui-même , en magol , et traduits sur la version
persane d'Abou-Taleb-al-Hosséini , avec la vie
de ce conquérant d'après les meilleurs auteurs
orientaux, des notes et des tables historiques, etc. ;
Paris, 1787, in-8°, fig. (f). Cette publication valut
à Langlès la protection du maréchal de Riche-
lieu, qui lui fit obtenir, avant vingt-cinq ans , une
des douze pensions destinées à récompenser le
mérite. Vers la même époque, Langlès fut chargé
par M. Berlin, ancien ministre-secrétaire d'État, de
publier le lexique mandchou-français rédigé en
Chine par le père Amiot. Avant de mettre au jour
cet important travail , il fit paraîti-e sous le titre
de Alphabet Tartare-Mandchou ( Paris, 1787,
in-4° ) , un mémoire sur les éléments graphiques
de l'écriture mandchoue et sur les moyens de
les reproduire par l'impression en types mobiles.
La découverte de ces éléments graphiques, à la-
quelle Langlès attachait une haute valeur, avait
été faite depuis longtemps par tous ceux qui
avaient su lire le mandchou , et elle avait paru
d'une telle simplicité que nul n'avait songé à en
parler et encore moins à s'en faire un titre scien-
tifique. — Peu après parut le Dictionnaire Tar-
tare-Mandchou Français , composé d'après un
(1) n existait déjà une traduction anglaise de cet ou-
vrage, puljliée sous le titre de : Institutes political and
military,written originally in the mogul languaije, etc.,
by major Davy, published by J. White; Oxford, 1783,
in-4-°, fig.
14.
423 LANGLÈS -
Dictionnaire Maiit chou- Chinois par le père
Amiot, rédigé et publié avec des additions et l'al-
phabet de cette langue ; Paris , Fr.-A. F. Didot ,
1789-1790, trois volumes in-4°. Un orientaliste
distingué, Abel de Rémusat (1), s'exprime ainsi
à propos de ce dictionnaire : « M. Langlès n'a
jamais su le mandchou, assez du moins pour
en lire une page dont il n'aurait pas connu le
sens d'avance; mais il a donné une édition très-
exacte du Dictionnaire d'Amiot ; il a fait graver
deux corps de caractère de cette langue ; et il
en a tant de fois vanté l'utilité et la facilité, qu'on
peut le regarder, à plus juste titre encore que les
missionnaires , comme étant celui qui en a intro-
duit l'étude en Europe. » Le plus beau titre
de Langlès à la postérité est d'avoir amené le
gouvernement de la république française à créer,
en 1795, l'École spéciale des Langues orientales
vivantes, qui subsiste encore aujourd'hui. Il en
fut nommé le premier administrateur, et pro-
fesseur de langue persane. Il devait joindre
à son enseignement celui du malay et du tar-
tare-mandchou ; mais ce projet paraît n'avoir
point été réalisé. Lors de la fondation de l'Ins-
titut, il fut compris au nombre des membres
de la classe de littérature et beaux-arts , d'où il
passa plus tard dans la classe d'histoire et de
littérature ancienne qui devait reconstituer, en
1816, l'Académie des inscriptions et belles-lettres.
Plusieurs corps savants étrangers, et notamment
les sociétés asiatiques de Londres et de Calcutta,
lui avaient également conféré le titre de membre
honoraire. Langlès peut être considéré comme
l'im des savants qui ont le plus contribué à ré-
pandre en France le goût des langues et des lit-
tératures orientales; et on lui doit en grande
partie l'impulsion qui fut donnée à ces études
dans les premières années de ce siècle. Toute-
fois il ne participa point à la fondation de la
Société Asiatique, à laquelle il parut toujours
vouloir rester étranger; mais c'est à lui que
l'on doit principalement l'institution de la So-
ciété de Géographie. Outre les ouvrages men-
tionnés ci-dessus, on a de Langlès : Contes,
Fables et Sentences, tirés de différents auteurs
arabes et persans; Paris, 1788, in-18; — Fa-
bles et Contes indiens nouvellement traduits ,
avec un discours préliminaire et des notes ; Paris,
1790,in-fol. ; — Paroles du Sage; 1790, in-18;
— Notice de trois magnifiques manuscrits
orientaux rapportés d'Egypte par Bonaparte
et déposés par son ordre à la Bibliothèque
nationale; Paris, an v (l797), in -8"; — -
Voyage pittoresque de la Syrie, de la Phéni-
cie et de la Palestine et de la basse Egypte;
Paris, 1799, in-8°; — Notice des ouvrages
élémentaires manuscrits sur la langue chi-
noise que possède la Bibliothèque nationale;
Paris, an vm (1800), in-S"; — Notices et
Éclaircissements sur le voyage de Norden,
(IJ Nouveaux Mélanges asiatiques., lome II , pag. 8i7.
LANGLOIS 424
tirés-principalement des écrivains arabes ; Paris,
1 802, gr. in-4'' ; — Recherches sur la découverte
de l'essence de rose; Paris, Impr. impér.,
1804, in-18; — Observations sur les relations
politiques et commerciales de V Angleterre et
de la France avec la Chine; Paris, 1805,
in-8°; — Notes sur les Monnaies de Crimée;
Paris, Impr. impér., 1806, in-8°, fig. ; — Ca-
talogue des manuscrits de la Bibliothèque
impériale ; Pdirh , 1806, in-8» ( en collaboration
avec A. Hamilton); — Monuments anciens et
modernes de VIndoustan, décrits sous le double
rapport archéologique et pittoresque, et précédés
d'une notice géographique, etc.; Paris, 1812-
1821, 2 vol. in-fol., avec 144 planches el
3 cartes. Cette belle publication, la plus impor-
tante de celles qui portent le nom de Langl(
n'a jamais été terminée; — Notice des tra-
vaux littéraires des missionnaires anglais
dans l'Inde; Paris, 1817, in-8°; — Des Castei
de l'Inde, ou lettres sur les Indous; Paris,
1822, in-8°; — Analyse des mémoires conte-
nus dans le quatorzième volume des Asiatic
Researches, avec des notes et un appendice;
Paris, 1824, in-4'' (2 planches ). Cet ouvrage
n'a paru qu'après la mort de l'auteur. — Langlès
a également publié de nombreux articles dans
les Mémoires de l'Institut, les Notices et Ex-
traits des Manuscrits de la Bibliothèque du
Roi, le Magazin Encyclopédique , la Revui
Encyclopédique, et dans plusieurs autres re-
cueils littéraires de son temps. On peut dire de
Langlès qu'il fut l'orientaliste pour lequel on
prodigua avec le plus d'exagération les éloges
et les critiques. II ne fut point un savant de pre-
mier ordre, mais il rendit, pour le répéter, des
services incontestables aux études orientales pat
l'ardeur qu'il mit à les propager et surtout par la
protection généreuse qu'il accorda à tous ceux
qui voulurent s'adonner à cette laborieuse car-
rière. L. Léon DE RosNY.
Documents particuliers. — Abel Remusat, Nouveau»
Mélanges Asiatiques, In- 8°. — bulletin de la Société de
Géoçiraphie , in-S". — Merlin, Catalogtte de la Biblio-
t/iégiie de langlès, m-H".
l'anglois {Michel), en latin Michael As-
GLicus , poète latin belge , né à Beauraont ( Hai-
naut ), né vers 1470. Il étudia les belles-lettres
et la langue grecque à Paris sous Hermonyme
de Sparte et Tranquiilus Andronicus de Dal-
matie. Il entra ensuite dans les ordres. En 149S
L'Anglois, ayant eu sa famille ruinée par la guerre,
se consacra à l'éducation particulière, et, mettant
à profit ses dispositions naturelles pour la poésie,
dédia des pièces de vers à plusieurs personnes
de marque. Il trouva des protecteurs dans Pierre
de Courthardi , premier président du parlement
de Paris, et dans le cardinal Philippe de Luxem-
bourg, évoque du Mans et de Thérouanne, qui
lui donna une cure dans ce dernier diocèse.
A la mort de Charles VIII (1498), L'Anglois,
après une courte résidence en Savoye , passa en
Italie, et étudia à Pavie les droits civil et cano-
i25
LANGLOIS
426
liqiie, qu'il professa à Paris, en 1507, avec une
çraniie léputation. Oa a de lui : Varia Opus-
vj/«;Pavie, 1505 et Paris, 1507, in-4°. Ce re-
•iieil contient quatorze pièces, parmi lesquelles
ine Epitre dédicatoire à François de Luxem-
»urg; Y Éloge du président Courthardi ; une
^Exhortation à la vertu adressée à ses disci-
ples lorsqu'il entreprit de leur expliquer les
Fastes d'Ovide; deux Eglogues; un traité De
Mutatione Studiorum, etc. Tous ces morceaux
;e recommandent par un bon style et un latin
rar. C'est à tort que Vossius a confondu Michel
L'Angiois avec Michel Blanipain, Anglais de
inaissance et que Sweert, Valère André et Josias
jSimler lui ont attribué d'autres écrits que ceux
que nous venons de citer. L — z— e.
G.-J. Voss, Histor. Latini, H, p. S8. — Swcert. Biblioth.
Bclgica , p. 5«8. — Val. André, Bibliotheca Belgica,
ip. 670. - Simier, Epitome bibliothecœ Gesneri. — nom
■Urrin, Singularités Historiques et Littéraires, t. 1 et III.
— Paquot, Mémoires pour servir à l'fiistoire des Pays-
Bas, \. I, p. 68-71.
LANGLOIS ( Pierre ), sieur de Belestat , lit-
jtérateur français, vivait dans la seconde moitié
jdu seizième siècle. Il appartenait à une bonne
famille de Loudun, et fut médecin de Henri III,
alors qu'il portait le titre de duc d'Anjou. Quel-
ques passages d'un de ses livres donnent à croire
qu'il pratiquait la foi protestante. Il a écrit :
Discours des Hiéroglyphes des Égyptiens,
emblèmes, devises et armoiries; Paris, 1583,
en prose; — Tableaux Hiéroglyphiques pour
eocprimer toutes conceptions à la façon des
Égyptiens , par figures et images des choses,
au lieu de lettres, avec plusieurs interpré-
tations des songes et prodiges ( vers et prose ) ;
ibiil., 1584, in-4° , où l'on trouve beaucoup de
choses utiles à ceux qui ont le goût des mé-
dailles ou qui étudient les anciens monuments.
Ce livre est dédié au père du cardinal de Riche-
lieu. K.
. Dreux-Radier, Hist. Littér. du Poitou , II.
LANGLOIS ( Martin ) . échevin de Paris, est
connu par sa fidélité au roi Henri IV. Ennemi
des chefs de la ligue, dont il connaissait l'ambi-
tion , Langlois ne faisait pas mystère de ses sen-
timents. « Le mercredi 19 janvier 1594, dit
Pierre de L'Estoile , le cardinal Pellevé ayant
rencontré au Louvre le prévôt Langlois , lui dit :
« On ne vous voit pas souvent à la messe des
états, et vous y devez venir. — Je vais, répondit
Langlois, à la messe de ma paroisse. — Vous ne
faites pas votre charge, répliqua le cardinal. — Je
pense, repartit Langlois, faire ma charge aussi
bien et mieux que ne faites la vôtre. — Ne me re-
connaissez-vous donc pas pour votre archevê-
que (1 ) ? lui demanda le cardinal transporté de co-
lère? — Mais que vous ayez, répondit Langlois ,
fait élection de l'un des deux archevêchés de
Sens ou de Reims, alors je vous reconnaîtrai
pour tel , et non plus tôt. — Il faut vous déposer,
(1). Pellevé était archevêque de Sens, et, à ce titre,
aiétropoUtaiD d« Parts, qui n'avait alors qu'un évèque.
reprit le cardinal ; aussi bien vous connaît-on
trop, et chacun sait le liou d'où venez. — On
me connaît , voirement pour homme de bien ,
dit Langlois; et pour le regard du ciel, je
veux que vous sachiez que je suis de meil-
leure maison que vous. Quant à me déposer, il
n'est pas en votre puissance, ni d'homme qui
vive ; il n'y a que le peuple qui in'a élu qui me
puisse déposer. Au reste, je n'ai que faire de
vous .... Et ainsi se départirent. » Deux mois
après, Langlois, de concert avec le comte de
Brissac, gouverneur de Paris, fit ouvrir à
Henri IV les portes de cette capitale. Pendant
la nuit du 21 au 22 mars, Langlois se porta lui-
même en avant de la porte Saint-Denis pour
donner accès aux troupes du roi. Henri IV
entra cette nuit même dans Paris. Grâce aux me-
sures prises par de Brissac et Langlois , ce
triomphe ne coûta la vie qu'à trois bourgeois
et à un corps de garde espagnol. Pour le récom-
penser de ses services, le 28 mars, Henri rv
nomma Langlois maître des requêtes et bientôt
après prévôt des marchands. Marguerite de Va-
lois employa Langlois pour la dissolution de son
mariage. Suivant Sully, on eîit trouvé difficile-
ment un homme de plus d'esprit dans les af-
faires. F.-X. Tessier.
Pierre L'Estoile, Mémoires.'— OeThou, Hist.
LANGLOIS (/ean ), graveur français, né en
1649, à Paris. Après avoir appris les éléments
de son art dans cette ville, il alla s'établir à
Rome, où il fut reçu membre de l'Académie
française de Peinture. Il reproduisit principale-
ment les tableaux d'histoire, et ses œuvres, que
recommande la fermeté du burin , ne sont pas
sans mérite. Nous citerons : La Vie de Jésus,
suite de seize planches gravées avec Audran et
Simoneau ; — La Ville de Paris remerciant
Louis XIV, pièce rare et curieuse; ^- Pierre
Loisel , docteur deSorbonne; — Saint Luc
/aisant le portrait de la sainte Vierge , de
Raphaël; — Jean Law; — Tobie et l'Ange,
d'A. Carracci; — La Descente de Croix, de
Ch. Le Brun; — La Vierge apparaissant à
saint Philippe de Neri, de Guido Reni; —
La Guérison du Paralytique , de Bon Boul-
longne; — Le Maréchal de Villars, de Ri-
ga ud.
Plusieurs graveurs français du nom de Lan-
glois, qui semblent se rattacher à la même fa-
mille , ont laissé des ouvrages dignes de men-
tion ; dans le nombre nous signalerons : Fran-
çois Langlois, dit dartres, qui travaillait à
Paris dans la seconde moitié du dix-septième
siècle. Il a donné V Histoire de Psyché, suite
de treize planches d'après Raphaël, et Xes Vertus
théologales et cardinales, d'après les pein-
tures de Fontainebleau. — Nicolas Langlois,
fils et élève du précédent, dont il continua le
commerce d'estampes pendant le siècle dernier.
Il était fort habile, et a gravé : une Sainte Fa-
mille, Saint Paul et saint-Barnabe, d'après
427
Raphaël, et Saint Pierre repentant, d'après
Le Pautre. P. L— y.
Ba-ian , Virt. des Graveurs. — Gorl-Gandellini, /?i(£i-
gliatori. — Fuessli, Kunstler-Lexïk. — Ch. Le Blanc,
Man. de l'Jmat. d'Estampes.
LASGLOis (Isidore), publiciste français, né
à Rouen, le 18 juin 1770, mort à Paris, le 12 août
1800. 11 rédigea pendant plusieurs années Le
Messager du Soir. Déporté après le 18 fruc-
tidor, il parvint à s'échapper; mais arrêté en
1798, il l'ut renfermé au Temple et envoyé à
Oléron. Rappelé après le 18 brumaire, il mou-
rut l'année suivante. Il avait pubhé : Des Gou-
vernements qui ne conviennent pas à la
France; 1795, in-8° ; — Appel à mes juges
et à nies concitoyens; 1795, in-8°. G. de F.
Desessarts, Siècles lAttcraires de la France.
LANGLO!S ( Pierre-Gabriel ), graveur fran-
çais, né en 1754, à Paris, mort vers 1810. 11 fut
élève de Simonet, collabora à la Galerie de
Florence, au Musée des Monuments français
de Lenoir et à l'édition des Œuvres de Vol-
taire publiée par Beaumarchais, et reproduisit
un grand nombre des tableaux de l'école ita-
lienne et de l'école hollandaise. On peut citer
de lui : Le Silence, d'Ann. Carracci; — La
Vierge et l'Enfant- Jésus , de Titien ; — La
Charité romaine, de Pellegrini ; — Le Renie-
ment de saint Pierre, L'Alchimiste, Le Fu-
meur et Le Rémo'uleitr, de David ïéniers ; —
Une Tabagie d'Adrien van Ostade ; — La Le-
çon de violon, de Netscher.
i.XJiiii.&iS (Vincent-Marie), graveur fran-
çais, frère du précédent et son élève, né en 1756,
à Paris. On a de lui : Le Repas chez Simon le
pharisien, de Philippe de Champaigne ; — ies
quatre Évangélistes , de Valentin; — Les
Muses, de Lesueur, suite de cinq planches ; — Le
Concert dans un jardin, de Lavreince. P. L— y.
Naglcr, Kvnstler-Lex. — Ch. Le Blanc, Man. de l'A-
mateur d'Estampes.
î^ANGLOiS s>îJ BoncHET ( Denis-Jcan-Flo-
rimond, marquis), général et écrivain français,
né à Clermont (Auvergne), le 20 octobre 1752,
mort à Paris, en octobre 1826. Sa famille était
originaire de Normandie. Il entra à quinze ans
dans le génie militaire, passa dans l'artillerie, et
fit avec distinction la campagne de Corse (1769)
dans le régiment d'infanterie de La Marche-
Prince. En 1776 il alla combattre en Amérique
dans les rangs des républicains. Sa valeur lui
mérita le grade de général major après la vic-
toire deSarratoga (1777). En 1780, Rochambeau,
qui commanda les forces françaises dans l'A-
mérique septentrionale, le choisit pour son ma-
jor général. De retour en France en 1783, Lan-
glois du Boucheî reprit du service comme colo-
nel. Déjà décoré (le l'ordre américain de Cincin-
natus, il reçut la croi\ de Saint-Louis , et le
prince de Condé se l'attacha en qualité d'aide-
major général ( camp de Saint-Omer, 1788 ). En
1791 il était adjudant-général chef d'état-major
de la vingt-et-unième division militaire; mais il
LAIMGLOIS 428
émigra, et rejoignit le prinoe de Condé , qui iui
confia le commandement de la compagnie de
Guyenne et ensuite celui des chasseurs nobles.
En 1795 Louis XVIII le créa maréchal-de-camp,
En 1803 Langlois du Bouchet rentra en France, |
sollicita un emploi dans l'armée impériale, et }
commanda successivement Ypres (1809) et!
Breda (1810). Napoléon le nomma officier de|_
la Légion d'Honneur ; cependant Langlois ac-
clama le retour des Bourbons, et se fit inscrire i
dans la maison royale comme garde de la Porte.-i
En avril 1816, il prit sa retraite avec le graile,!
de lieutenant général. On a de lui : Tactique
militaire; 1785, in-8°; — Histoire du prince
Timor, contenant ce qui lui est arrivé pen-
dant ses voyages dans les différentes parties-
du monde, et particulièrement en France
après l'abandon et la trahison de so7i gou-
vernement dans le port de Lorient ; Paris,
1812,4 vol. in-12. — Anecdotes, Contes moraux
et philosophiques et autres Opuscules; Paris,
1821, 2 vol. in-12; — et quelques écrits sur la
science militaire, H. Lesueuk.
Bourqiielot, La Littérature Française contemporaine.
— Norvins, ,Iay et Joiiy, Biographie des Contemp.
LANGLOIS (Jean -Jacques-Jude), mariiS i
français, né le 28 octobre 17C9, à Dieppe, moit
le 17 juillet 1829, à Calais. Après avoir navigué
pour le commerce, il fut nommé en 1793 en-
seigne de vaisseau, assista aux combats de Belle-
Isle et de Groix, ainsi qu'à l'expédition d'Irlande,
reçut le commandement de la corvette Le Festin,
et croisa dans les mers du Nord. En 1799 il
commandait La Désirée lorsque, le 19 messi-
dor (7 juillet), cette frégate fat attaquée par leS
Anglais dans la rade de Dunkerque : tout l'équi-
page fut mis hors de service, et Langlois, qùî
favait reçu dix blessures , fut réduit à amener
son pavillon. A la suite d'une captivité de plu-
sieurs mois sur les pontons anglais , il fit partie
de la flottille de Boulogne, et fut envoyé en
1804 dans la mer du Nord, où il réussit à captu-
rer un grand nombre de bâtiments de commerce.
Promu capitaine de frégate , il se trouva à bord
de L'Armide, au malheureux combat du 27 sep-
tembre 1800 : il ne se rendit qu'à la dernière
extrémité, ayant quatre cent quatre hommes
tués ou blessés, toute sa mâture et son gréement
détruits. Tombé une seconde fois au pouvoir
des Anglais , il passa six années sur les pontons,
rentra en 1812 en France, et fut employé à la
défense d'Anvers , puis au commandement du
Tourvïlle, qui servait d'école aux élèves de la
marine. K.
Ga()T\n, Hist. de la Marine française. — La France
Maritime.
LANGLOIS ( Eustache- Hyacinthe ) , anti-
quaire , dessinateur et graveur français , né an
Pont-de-l' Arche , en Normandie, le 3 août 1777,
mort à Rouen, le 29 septembre 1837. Après avoir
été élève des peintres Leraonnier et David , il
fut , à la suite de la révolution , incarcéré sur
de fausses dénonciations, et ne dut sa liberté.
429
qu'à l'intervention de Dupont ( de l'Eure ), ami
de son pèie. Atteint parla conscription, il se
rendit sous les drapeaux ; mais il obtint son congé
par la protection de l'impératrice Joséphine.
Vers 1816 il alla se fixer à Rouen. En 1828 la
duchesse de Berry lui fit donner la place de pro-
fesseur à l'École de Dessin et de Peinture de
cette ville. Ses principaux écrits sont : Notice
sur l'Incendie de la Cathédrale de Rouen,
occasionné par la foudre, le 15 octobre 1822,
et sur l'histoire monumentale de cette
église, etc.; Rouen, 1823, in-8°, fig. : l'auteur
donne une description exacte des monuments de
cette basilique , sur laquelle il fait connaître une
foule de détails intéressants ; — Essai histori-
que et descriptif sur l'Abbaye de Fontenelle
ou de Saint-Wandrille et sur plusieurs autres
monuments des environs; Paris, 1827, in-S*";
— Essai historiqîie et descriptif sur la Pein-
ture sur Verre ancienne et moderne , et sur
les vitraux les plus remarquables de quelques
monuments français et étrangers , suivi de
la Biographie des plus célèbres peintres ver-
riers , etc. ; Rouen , 1832, in-8°, fig. ; — Stalles
de la cathédrale de Rouen , avec une Notice
sur la Vie et les Travaux de E.-H. Langlois,
par Ch. Richard; Rouen, 1838, in-8°, fig. ; — Es-
sai sur les Énervés de Jumiéges et sur quelques
Décorations singulières des églises de cette ab-
baye, suivi du Miracle de sainte Bautreuch;
Rouen, 1839, in-8°, fig. ; — Essai historique,
philosophique et pittoresque stir les Danses des
Morts; Rouen, 1851, 2 vol. gr. in-8". Cet ou-
vrage, qui est suivi d'une lettre de M. C. Leber
et d'une note de Depping sur le même sujet, a
été complété et publié par MM. André Pottier
et Alfred Baudry. Langlois a inséré des notices
dans les Mémoires de la Société des Anti-
qxiaires de France, la Revue de Rouen , la Re-
vue Normande , les Mémoires de la Société
des Antiquaires de Normandie, les Mémoires
de la Société d'Émulation de Rouen , et le
Journal de Rouen. H a été collaborateur ano-
nyme du Glossaire de la Langue Romane, par
Roquefort. — Son œuvre de graveur se com-
pose de près de mille pièces. Son médaillon en
bronze a été fait par le statuaire David.
E. Regnari). .
Gilbert, Notice biographique sur M. E.-H. Langlois,
dans les Mémoires de la Société des Antiquaires de
France, t. XV. — Ch. Richard, Notice sur la Fie et les
Travaux de Hyacinthe Langlois du Pont-de-V Arche.
— Journal de la Librairie.
LANGLOIS {Jérôme- Marie), peintre fran-
çais, né à Paris, en 1789, y est mort, le 28 dé-
cembre 1838. Il était élève de David, et remporta
le prix de Rome en IS... Neuf mois avant sa
mort, il fut admis à l'Académie des Beaux- Arts.
Ses principaux ouvrages sont : L'abbé Sicard
instruisant les sourds-muets, tableau exposé
au salon de 1812 ; — Cassandre aux pieds de
la statue de Minerve ;œ tableau lui valut une
médaille au salon de 1817 ; — Ajax sur le ro-
LANGLOIS 430
cher, même salon; — Enlèvement de Déja-
nire, même salon ; — Diane et Endymion ,
exposé au salon de 1819, puis au musée du
Luxembourg; ce tableau valut à l'auteur une
nouvelle médaille; — Saint Hilaire écrivant
contre les Ariens , tableau exposé au salon de
1822 et qui est aujourd'hui dans la cathédrale
de Bordeaux; — Portrait en pied de Bel-
zunce, salon de 1824 : est au musée de Mar-
seille; — La Mort d'Hyrnétho, salon de 1827.
11 fut nommé en 1822 membre de la Légion
d'Honneur. G. de F.
Annuaire statistique des Artistes français, 1836.
LANGLOIS (Simon -Alexandre ), orienta-
liste français, né le 4 août 1788, mort le 11 août
1854, à Nogent-sur-Marne. Il fut d'abord pro-
fesseur de rhétorique au Lycée Charlemagne, et
plus tard inspecteur de l' Académie de Paris. En
1835 il fut élu membre de l'Académie des Ins-
criptions et Belles-Lettres. Il s'est distingué par
ses travaux sur la langue sanscrite et surtout
par son grand ouvrage sur les livres sacrés des
Hindous, qu'il venait de terminer lorsqu'il mou-
rut. Voici les titres de ses écrits : Monuments
Littéraires de l'Inde , ou mélanges de litté-
rature sanscrite, etc.; Paris, 1827, in-S"; —
Chef s-d'' œuvre du Théâtre- Indien, traduits
de l'anglais de H.-H. Wilson; Paris, 1828,
2 vol. in-8° ; — Harivansa, ou histoire de la
famille Hari, ouvrage formant un appendice
au Mahabharata et traduit sur tin original
sanscrit; Paris et Londres, 1834-1836, 2 vol.
in-4°; — Souvenirs d'Autun; 1841, in-8''; —
Rig-Veda, ou Livre des hymnes, traduit du
sanscrit; Paris, 1849-1852, 4 vol. in-S"; des ar-
ticles dans la Biographie générale. G. de F.
Documents particuliers. — Discours de M. Lenormand
aux funérailles de A. Langlois.
LANGLOIS (Louis), jurisconsulte et homme
politique français, né en 1805, dans le département
de l'Eure, mort au Goulet, près Gaillon, en avril
1855. Avocat à Paris depuis 1830, il prit part
aux luttes électorales du département de l'Eure
sous Louis-Philippe, et c'est sur sa protestation
que l'élection de M. Charles Laffittc à Louvicrs
fut plusieurs fois annulée. Après la révolution de
février 1848, il fut envoyé à l'Assemblée consti-
tuante par le département de l'Eure. II lit partie
du comité de l'agriculture , vota avec le parti
démocratique modéré, et repoussa la proposition
Râteau. Il ne fut pas réélu à l'Assemblée législa-
tive. On a de lui : Des Institutions locales et
municipales en France , et spécialement de
la Nouvelle Organisation et des Attributions
des Conseils généraux et d'arrondissement ;
Paris, 1833, in-8°; — Les Médecins doivent-
ils être soumis au service de la garde natio-
nale? Paris, 1835, in-8°; — Lettres sur le Cré-
dit agricole; Paris, 1848, in-8°; — Mémoire
sur les Droits des Sociétaires étrangers dans
les Entreprises industrielles de la France; —
Paris, 1848, in-8°; — Administrations locales
431
LANGLOIS — LANGRISH
432
de France et de Belgique comparées; Paris,
1846, in-8°; — Bu Crédit privé dans la so-
ciété moderne et de la réforme des lois qui
doivent le constituer. Réforme du Régime hypo-
thécaire; Projet de Crédit foncier sans cours
/bro^ ; Paris, i 848, in-8°. L. L— t. "
Le Saulnicr, Blog. des neuf cents Représ, à V Assemblée
nationale. — Uourquelot et Maury, La iitter. Franc, con-
temp. — Vapereaii , Dict. univ. des Contemp.
•LANGLOIS {Jean-Charles), peintre fran-
çais, né à Beaumont en Auge (Calvados), le
22 juillet 1789. Élève de l'École Polytechnique
en 1806, il en sortit en 1807, servit d'abord dans
l'infanterie, et fit les campagnes de Dalmatie,
d'Allemagne, d'Espagneetde Russie. 11 fitcellede
France dans la garde impériale. Sons la Restau-
ration il entra avec son grade de capitaine dans
le corps royal d'état-major à sa formation , et
devint aide de camp du maréchal Gouvion Saint-
Cyr lorsque celui-ci sortit du ministère. Nommé
chef d'escadron d'état-major en'1830, M. Lan-
glois parvint jusqu'au grade de colonel, et prit
sa retraite en 1849. Passionné pour la peinture,
il avait reçu des leçons de Girodet, de Gros
et de M. Horace Vernet, et exposa successi-
vement : en 1822, La Bataille de Sediman,
qui lui valut une médaille d'or; — en 1824: Pas-
sage et Bataille deVArsobispo; — Prise de
la Glande Redoute de la Moscowa en 1812 ; —
Passage du Lech en 1796 par le général
Gouvion Saint-Cyr ; — Vue d'une Cascade du
mont Dore; — en 1827 : Passage de la Bé-
rézina ; — Bataille de Walls ; — Combat de
Bénouth ; — Campillo de Las Arenas ; — en
1831 : Combat de Navarin, pour le ministère
de la Marine; — Bataille de Montereau;
— Vue du Couvent du Mont-Serrat ; —
en 1834: Combat de Sidi-Féruch ; — en 183S :
Combat de Castalla; — Bataille de Po-
lotsk; — Bataille de la Moskowa; ces trois
tableaux pour le musée de Versailles; — en
1839 : Bataille de Smolensk; — Entrevue du
général Maison et d'Ibrahim-Pacha à Na-
varin; — en 1840: Combat de Champaubert;
Bataille de Montereau; — Bataille de Tou-
louse : tous trois pour le musée de Versailles ;
— en 1841 : Combat de Krasnoe; — en 1842 :
Combat de Nœfels; — en 1843: Combat de
Polotsk; — en 1849 -.Bataille de Hoff; —
Combat de Wesen ; — en 1850, Passage de la
Lintk; — en 1855 : Ruines de Karnac ; —
Prise et incendie de Smolcnsk; — Bataille
de la Moskowa. A la mort de Prévost {voy. ce
nom), M. Langlois conçut le projet de faire ser-
vir les panoramas à la reproduction des princi-
paux épisodes des grandes campagnes militaires
de la France. Prévost employait des teintes
plates pour ses panoramas, laissait pénétrer peu
de lumière, et plaçait le spectateur sur une tour
éloignée du lieu qu'il représentait. M. Langlois
mit le spectateur au milieu de l'action, laissa pé-
nélrer une plus grande lumière, et dut employer
les ressources de la grande peinture : les panora-
mas devinrent de véritables tableaux artistiques.
Il loua un vaste terrain rue des Marais du Tem-
ple, y fit édifier une rotonde soutenue par un
point d'appui au centre, et débuta par la bataille
de Navarin : le mât central figura le mât d'arti-
mon d'un vaisseau sur lequel le spectateur était
censé placé et d'où il assistait au combat. Les
panoramas d'Alger et de La Bataille de la
Moscoiva eurent un succès immense. Le pro-
priétaire exagéra ses prétentions : il fallut quitter;
mais en 1838 M. Langlois obtint de la ville de
Paris la concession pour quarante ans d'un terrain
aux Champs-Elysées, et y fit élever une rotonde
par M. Hittorf. Il y représenta le panorama
de l'Incendie de Moscou (1839); de la Ba-
taille d'Eylau (1843) , de la Bataille des Py-,
ramides (1849) , etc. Lors de l'exposition uni-
verselle de 1855, cet établissement, placé entre lei
palais de l'Industrie et le Cours la Reine fut^
exproprié; la salle servit à l'exposition des dia-i
mants et bijoux de la couronne , ainsi que des;
produits des manufactures impériales; ensuitel
elle fut démolie. En 1858, la ville de Paris afaiti
construire entre le palais de l'Industrie et l'allée'
des Veuves une autre rotonde concédée à
M. Langlois, et dans laquelle il doit exposer lai
prise de Sébastopol. Il est auteur d'un Voyage<
pittoresque et militaire en Espagne : Cata-
logne; accompagné de notes explicatives sur
les batailles, communiquées par MM. ,le
maréchal Gouvion Saint-Cyr, les généraux
Decaen, Lamarque, Souham, Petit, etc., Pa-i
ris, 1826-1830, in-fol. ; — Panorama de la Ba-
taille de la Moskowa; 1835, in-4°; — Notice^
sur le panorama de l'Incendie de Moscou;
1839 , in-8° ; — Relation du Combat et de la ;
Bataille d'Eylau, précédée d'un précis histori- i
que; 1844, in-8'' ; — Relation de la bataille des
Pyrajnides ; Pdiùi, 1853, 1854, in-8°. L. L— T.
Ch. Gabct, Dict. des Artistes de l'école française au i
dix-neuvième siècle. — Livrets des Salons. — Vapereau, i
Dict. univ. des Contemp. — Rens. part.
LANGRISH (Browne), médecin anglais, né i
vers 1700, mort en 1759. On n'a pas de détails i
sur sa vie ; mais ses ouvrages ont encore quelque (
intérêt. 11 se fit le défenseur des théories méca-
niques en physiologie et en médecine , et s'ef-
força par de nombreuses expériences de soutenir
des doctrines qu'une étude plus approfondie de i
l'organisation animale a fait abandonner. « H
expliquait , dit la Biographie médicale , le
mouvement musculaire par des esprits éthérés
qui devaient augmenter la force contractile des
éléments de la fibre charnue. On lui doit des
tables particulières, mais sur la fidélité etTeiiac-
titude desquelles il ne faut pas compter, des dif-
férentes proportions de la sérosité et de la partie
solide du sang, etc. » On a de Langrish : New
Essay on musculan Motion, founded on expe-
riments and Newtonian philosophy; Londres,
1733, in-S"; — The modem Theory and
433 LANGRISH
Praetice of Physih;LondTeSy 1738, in-8°. Ce
traité a été traduit en français; Paris, 1749,
in-8°. « On y remarque, d'après la Biographie
Médicale, des expériences sur l'empoisonne-
ment par l'acide hydrocyanique, et sur les traces
qu'il laisse après la mort » ; — Croonian Lec-
tures on muscular motion; Londres, 1747,
in-8°. Z.
Eloy, Dict. hist. de la Méd. — Chalmers, Cen. Biogr.
Dict. — Bioçrapkie Médicale.
LANCSBORFF { Georges- Henri , baron de),
voyageur et naturaliste allemand , né en 1774, à
Laisk en Souabe, mort le 3 juillet 1852, à Fri-
bourg en Brisgau; Il étudia la médecine à l'uni-
versité de Goettingue et accompagna en 1797 le
prince Chrétien de Waldeck à Lisbonne. Durant
son séjour dans le Portugal, il y introduisit le vac-
cin. Après la mort du prince, Langsdorff re-
tourna en Allemagne, et se rendit de là à Copen-
hague, où Krusenstern se l'associa à son expé-
dition scientifique entreprise sous les auspices
du gouvernement russe. Plus tard Langsdorff
entra au service de la Russie, et devint consul
général au Brésil. Dans cette position il s'occupa
activement de l'exploration scientifique des con-
trées qu'il habitait. Après son retour en Europe,
il visita en 1823 les montagnes de l'Oural. Plus tard
il retourna dans l'Amérique du Sud, et parcourut
pendant quatre ans (1825-1829), en compagnie
avec l'astronome Ruszow , les naturalistes Ridel
et Ménétries et le peintre Rugendas, une grande
partie de l'intérieur du Brésil. Il rapporta de ses
voyages de belles collections, qui se trouvent ac
tuellement au musée de Saint-Pétersbourg. En
1831, il se retira à Fribourg en Brisgau, où ri passa
le reste de sa vie. On a de lui : Plantes recueil-
lies pendant le voyage des Russes autour du
monde. Expédition dirigée par M. Krusen-
stern; Tubingue , 1810-1818, 2 vol. grand in-
folio en français. F. Fischer a collaboré à cet ou-
vrage ; — Bemerkungen auf einer Reise um
die Welt in den Jahren 1803-1807 (Observa-
tions faites pendant un voyage autour du monde
durant les années de 1803 à 1 807 ); Francfort,
1812, 2 vol.; — 31émoire sur le Brésil pour
servir de garde aux personnes qui désirent
s'y établir; Paris, 1820, en français; — plu-
sieurs Mémoires insérés dans les Comptes ren-
dus de l'Académie de Saint-Pétersbourg , etc.
R. L.
Convers. -Lexikon.
LANGTOFT ( Pierre ), chroniqueur anglais,
né vers la fin du treizième siècle. Il était cha-
noine régulier de l'ordre dos Angustins à Brid-
lington, dans le comté d'York. Il traduisit du
latin en vers français la Vie de Thomas Becket
d'Herbert Bosenham ou Boscam , et compila,
également en prosodie française, une Chronique
d'Angleterre ; ces deux manuscrits ont été con-
servés à la Bibliothèque Cottonicnne et à l'an-
cienne Bibliothèque royale du Brilish Muséum.
La Chronique commence au siège de Troie et
— LANGTON
434
s'arrête à la fin du règne d'Edward l". Robert
de Brunne en a donné une version métrique en
anglais, laquelle a été éditée à Oxford, 1725,
2 vol. in-S" par les soins de Hearne. P. L — y.
Ilearne, Jntrod. to the Chronicle. — Warton , Hisiory
0/ Poetry.
LANGTON (Etienne), cardinal anglais, né
vers le milieu du douzième siècle , mort le
9 juillet 1228 , à Slindon, dans la province de
Sussex. Ayant fait ses éludes à Paris, il y pro-
fessa dans la suite la philosophie et la théologie,
devint chanoine de Notre-Dame , ainsi que le
rapporte le cartulaire de cette église, puis chan-
celier de l'université. Innocent III , qui l'avait
eu pour condisciple aux écoles de Paris, le fit,
vers l'année 1-206, cardinal-prêtre du titre de
Saint-Chrysogone. En cette année 1206, l'arche-
vêché de Cantorbéry perdit son chef spirituel,
et, prétendant avoir le droit de pourvoir à ce siège,
les moines de Cantorbéry élurent clandes-
tinement archevêque un de leurs confrères ,
nommé Reginald. A cette nouvelle le roi Jean,
qui ne reconnaissait guère les libertés ecclésias-
tiques, s'emporta, menaça, et après avoir an-
nulé l'électionde Reginald, il ordonnad'élire Jean
de Gray, alors évêque de Norwich. La terreur
des moines fut grande. Ils obéirent au roi. Les
évêques suffragants de la province de Cantor-
béry protestèrent alors contre l'une et l'autre
élection, alléguant qu'ils avaient le droit de
participer au choix de leur métropolitain. De là
grand débat, procès en forme, orateurs envoyés
au saint-père par les deux parties. Innocent III
confirma le droit des moines. Mais, admettant
les objections du roi contre la personne de Re-
ginald, et ne pouvant d'ailleurs accepter Jean de
Gray, violemment imposé par la puissance ci-
vile, il enjoignit aux moines de faire une troi-
sième élection, qui fût à la fois publique et li-
bre, et leur recommanda l'un des plus éminents
docteurs de toute l'Angleterre, le cardinal
Etienne Langton. A son tour il fut élu par les
moines, et consacré par le pape, à Viterbe, le
17 juin 1207. Le roi ne pouvait être satisfait de
cette conclusion. Innocent III, qui le pensait
bien , lui envoya plusieurs cadeaux , plusieurs
lettres. Mais il ne réussit pas plus à le séduire
qu'à le convaincre. Ayant alors commis pour se
venger les plus odieuses violences, Jean fut ex-
communié par le pape. Pendant cette lutte, qui
dura sept ou huit ans , Etienne Langton habita
le monastère de Pontigny , en France. Quand
enfin le roi Jean, vaincu par la fermeté d'Inno-
cent III, parut céder, ce fut Etienne Langton
qui, nouvellement établi sur son siège primatiai,
proclama la solennelle réconciliation du roi pé-
nitent et de l'Église miséricordieuse. Mais il
n^ avait pas de paix durable avec un homme
aussi lâche, aussi fourbe, il souleva toute l'An-
gleterre par de nouveaux crimes, et la noblesse
se joignant cette fois à l'épiscopat, le soulève-
ment fut général. Etienne Langton fut à la tête
435 LANGTON
des mécontents. Le roi, forcé de signer la grande
charte, ce fut en sa présence qu'il jura d'ob-
server ces articles, dont il s'empressa bientôt
de demander l'abrogation. Ce fut une erreur
d'Innocent III d'intervenir dans cette affaire et
de ratifier les trahisons du roi. Etienne Langton
ne put, malgré sa déférence pour Innocent, lui
obéir en cette circonstance. Aussi fut-il pendant
quelques années exilé d'Angleterre et suspendu
de ses fonctions métropolitaines. Henri III le
rappela, et se fit coilronner par lui en 1220.
Les ouvrages laissés par Etienne Langton sont
assez nombreux. Il faut d'abord indiquer ses
Commentaires sur l'Ancien Testament. Ils sont
inédits ; mais il en existe de nombreuses copies
dans les grandes bibliotlièques. Les anciens et
les nouveaux bibliographes mentionnent ensuite
des Sermons, deux traités, De BenedictioniMis
et De Maledictionibîis , un poëme en vers
hexamètres sous le titre de Hexameron, deux
Sommes, l'une intitulée Summa Theologïee,
l'autre Summa de diversïs, des opuscules ou
fragments d'opuscules ainsi désignés : Repeti-
tiones lectionum. Documenta clericorum, De
saccrdolibui Dcum nescientibus , De vera
Pœnïtentia , De Sïmilitudinibus , Adam ubi
es P Tous ces ouvrages sont inédits.
Fabriciiis, Bibl. Med. yEvi. — Tanner, Biblioth. Bri-
tannico-Hibern. — Oudin, Comment, de Script. Eccles.,
t. II — Cave, Script, eccles. Hist. Litterar., t. II. —
Histoire Littéraire de ta France, t. XVIII, p. 60. —
Hurter, Histoire d'Innocent III, passlm. — Ciacontius,
yitse Pontifie, et Cardin., t. II. — Godwin, De Praesu-
Ubus Angliie Commentarius.
LANGïJESimc {Michel), érudit français, né
le 3 novembre 1670, à Rennes, mort le 28 mai
1742, à Paris. Admis dans la Sociétédes Jésuites
en 1688, il professa pendant vingt ans la philo-
sophie et la théologie, et fut attaché, de 1718 à
1728, à !a bibliothèque de sa compagnie. « Il ac-
quit beaucoup d'érudition, dit Moréri; mais il se
soucia peu de se faire connaître au public. « On
a de lui : Dissertation sur les Trirèmes, ou
vaisseaux de guerre des anciens ; Paris ,
1721, in-4°; — et des Notes sur les sept pre-
miers tomes du Nouveau Testament du P.
Lallemant, 1713-1716.
Un de ses parents, Gilles Languedoc, greffier
de la communauté de Rennes, composa un Re-
cueil historique sur cette ville; il mourut en
1731, à l'âge de quati-e-vingt-onze ans. K.
Moréri, Dici. Histor. — Miorcec de Kcrdanet, Écri-
vains de la Bretagne.
LANGUET {Hubert), célèbre homme d'État
et publiciste français, né en 1518, à Vitteaux en
Bourgogne, mort à Anvers, le 30 septembre 1581.
Son éducation fut confiée par son père Germain
Languet (1), gouverneur de Vitteaux, à Jean
Perelle, helléniste distingué ; dès l'âge de dix ans
le jeune Hubert parlait le latin avec facilité et
traduisait à livre ouvert les tragiques grecs. De
(1) Germain Languet eut encore deux autres fils :
Claude, seigneur de Saint-Cosuie, premier camérier de
Catherine de Médicis, et Hubert Guy, archidiacre d'Autun.
LANGUET
436
1536 à 1539, il étudia le droit à Poitiers, et se
fit recevoir en 1548 docteur à Padoue. La lec-
ture des Loci communes theologise de Melanch-
thon, qu'un Allemand lui avait prêtés à Bologne,
le fit, en 1547, incliner à la religion protes-
tante (1). Un point qui ne lui semblait pas assez
élucidé, la question delà Cène, l'arrêtait encore;
il résolut d'aller, en 1549, consulter MelanchthoH
lui-même à Wittemberg. Satisfait des réponses du
célèbre réformateur, il se lia avec lui et avec son
gendre, Caspard Peucer, et resta plusieurs an-
nées à Wittemberg pour jouir de leur commerce.
En 1551 il parcourut la Poméranie et une partie
de la Suède ; il visita Augsbourg trois ans après,
et partit pour Rome en 1555. Recommandé par
Melanchthon au cardinal du Bellay, il reçut de ce
dernier l'accueil le plus bienveillant, et fut mis
en rapport avec la plupart des hommes mar-
quants qui habitaient Rome à ce moment, le
Titien entre autres , qui peignit son portrait. Il
passa ensuite en France, s'arrêta quelque temps
à Paris, où il eut des conférences avec les prin-
cipaux huguenots, et revint à Wittemberg vers
le milieu de l'an 1556. L'année suivante il fit un
assez long séjour à Stockholm ; il y fut reçu avec
distinction par le roi Gustave, qui, ainsi que ses
■fils, le consultait souvent sur des affaires im-
■.portantes. Il parcourut dans la même année là
Finlande, la Carélie, l'Ingrie, et il explora avec
soin la Livonie et la Laponie. De retour en Suède,
il y revit le roi, qui voulut le charger d'aller
avec deux bâtiments à la recherche d'un passage
dans les Indes orientales par les mers du Nord.
Languet répondit que son désir était de visiter
les contrées habitées et non celles qui sont dé-
sertes, et il déclina l'offre du roi. Ce prince alors
lui donna mission d'engager en France pour le
service de la Suède le plus grand nombre pos-
sible d'ouvriers habiles dans tous les genres d'in-
• dustrie. Languet alla passer de nouveau quelques
mois à Wittemberg, et repartit ensuite pour l'Ita-
lie, accompagnant le jeune Adolphe de Nassau,
qu'il quitta en t560 pour se rendre à Paris. Il
voulait y observer les dispositions de la cour de
France et l'état intérieur de ce pays , afin de tenir
au courant à ce sujet l'électeur de Saxe, auprès
duquel il remplissait dès l'année précédente les
/onctions d'agent diplomatique. Rappelé bientôt
à Wittemberg, parla mort de Melanciithon, qu'il
(1) Voici le récit de sa conversion adressé par lui-même
à son ami Camerarius : « Je commençai dès Tâge le phis
tendre à lire les livres de controverses religieuses; mais,
lisant sans choix et sans précaution tout ce qui se pré-
sentait, au bout de quelques années je m'aperçus que
mes lectures n'avaient servi qu'à jeter de l'inquiétude
dans mon esprit; j'étais seulement choqué du fiel et de
l'amertume qui régnaient dans ces discussions. Les fJeiix
communs de Ph. Melanchthon furent pour moi le fil d'A-
riane , au milieu du labyrinthe où j'étais ; à la lecture
de ce traité eélèbre, je conçus plus d'estime pour son
auteur que pour tous les docteurs de la foi; il me parais-
sait être le seul qui cherchât sincèrement la vérité et la
solide religion , au lieu que je ne trouvais dans les autres
que des âmes passionnées. «
48T
LANGUET
43é
aimait comme un fils, il revint à Paris en juin
1561. En relation continuelle d'une part avec les
chefs du parti huguenot, dont il partageait les
espérances, d'autre part avec des membres in-
fluents du gouvernement, auprès desquels il était
chargé de négocier, il était à même d'obtenir sur
les événements graves, qui se passaient alors
en France, des renseignements précieux, qui se
trouvent consignés dans la correspondance en-
tretenue par lui d'abord avec Mordeiscn, chan-
celier de rélecteur de Saxe et plus tard avec ce
prince lui-même. Après un séjour de près de six
ans en France, il accompagna, en 1567, l'électeur
au siège de la ville de Gotha, alors occupée par
le célèbre Grumbach {voy. ce nom), auquel, sur
les instances réitérées de Languet, la cour de
France venait de refuser tout envoi de secours.
Après la prise de cette ville, il voulut reprendre
son poste à Paris; mais les troubles qui agi-
taient alors la France ne lui permirent d'y pé-
nétrer qu'après la pai.'i. de Longjuraeau. Forcé
bientôt, après par la reprise de la guerre civile, de
s'éloigner de la capitale, il se retira en Alle-
magne ; il y passa deux ans, et eut à y rem-
plir, au nom de son électeur, plusieiu's missions
importantes. En septembre 1570, ce prince le
chargea d'aller comphmenter Charles IX au su-
jet de la paix, conclue récemment avec les hu-
guenots, et de chercher à obtenir pour eux de
meilleures conditions. Plusieurs princes protes-
tants de l'Empire avaient dans le même but en-
voyé en France des ambassadeurs, au nom des-
quels Languet piononça, le 23 décembre suivant,
devant Charles IX un discours hardi en faveur de
ses coreligionnaires (1). 11 resta ensuite près de
deux ans à Paris, consacrant à l'étude et à des
entretiens avec Ramus, Pibrac, Pierre Pithou,
de la Place , le Tasse et autres hommes distin-
gués, tout le temps rju'il pouvait dérober aux
affaii'es. Dans la nuit de la Saint-Barthélémy,
après être parvenu à sauver le savant imprimeur
Wechel, chez lequel il demeurait, il sortit à la
hâte pour venir au secours deDuplessis-Mornay,
qu'il avait pris en affection depuis plusieurs an-
nées. Reconnu par la populace et fait prisonnier,
il n'échappa à la mort que par l'intervention de
MorvilUers, évêque d'Orléans. Un mois après il
quitta Paris, et alla passer quelque temps à Franc-
fort, où il fit la connaissance de Philippe Sidney,
qui devint bientôt son ami. En mai 1573, l'élec-
teur de Saxe le nomma son représentant auprès
de la cour de l'empereur. Languet y résida près
de quatre ans, au milieu des plus grands soucis.
D'abord il eut à lutter contre de pressants be-
soins d'argent. Plein de désintéressement, il
avait consacré tout son héritage maternel à sou-
tenir la cause des huguenots ; ce n'était que de-
puis 1567 qu'il recevait la modique somme de
deux cents thalers d'appointements; les cinq
(1) Ce discours a été recueilli dans les Mémoires de
l'Eslat de France, dans l'Histoire de la Popeliniére et dans
la f je d'Hubert Languet de M. Chevreul.
cents florins qu'on y ajouta depuis ne furent pas
toujours payés régulièrement, et Languet se
trouva plusisiurs fois dans de cruels embarras.
De plus, au lieu de lui tenir compte de son dé-
vouement pour la cause du protestantisme, plu-
sieurs envoyés extraordinaires de l'électeur lui
firent éprouver des affronts sanglants : ils cher-
chaient à complaire au puissant conseiller Lin-
demann, qui faisait exécuter ou jeter en prison
tous ceux qui, comme Languet, se montraient
partisans des idées de Melanchthon au sujet de la
Cène. Poussé à bout, Languet demanda son rap-
pel, qui lui fut accordé en février 1577 ; sa pen-
sion annuelle de deux-cents thalers lui fut main-
tenue. Tous ses biographes, les frères Haag
exceptés, ont prétendu sans fondement que de-
puis ce moment il avait abandonné le service
de l'électeur; il y resta au contraire attaché jus-
qu'à la fin de sa vie. Ce n'est qu'accessoirement
qu'il intervint dans les affaires de Jean Casimir
de Bavière, qu'il accompagna à Londres en jan-
vier 1579, et quelque temps après dans celles
du princed'Orange, qui avait déjà consulté Lan-
guet plusieurs années auparavant. Vers le milieu
de l'an 1579, il se rendit aux eaux de Bade, où
il se lia avec le célèbre de Thou, auquel il confia
un grand nombre de particularités sur les événe-
ments de son époque (1). Il alla ensuite s'établir
à Anvers, qu'il ne quitta presque plus. En mai
1 580 il se rendit une dernière fois en France ,
tant pour y recueillir les restes de son héritage
paternel, que pour négocier, au nom. du prince
d'Orange, un traité secret avec le duc d'Alençon :
il mourut bientôt après (2).
Languet est l'auteur d'un ouvrage oii sont dé-
posés des principes politiques qui eurent au
seizième siècle une très-grande influence et furent
plus tard repris par ceux qui ont ranimé la cause
de la liberté et de la justice. Cet ouvrage a pour
titre : VindicicV contra tyrannos, sive de
principis in populum popuUqiie in princi-
pem légitima potestate , Stephano Junio
Bruto Celta auctore; Bâle, 1581, in-8° (l'édi-
tion porte la fausse indication d'Edimbourg,
1579); Francfort, 1608 et 1622, in-12; Paris,
1631, in-12; Leyde, 1643, in-18 ; Leipsig, 1846,
in-8o, avec une vie de Languet par Treitsclike;
(1) Dans &tis, Mémoires, de Tliou raconte qu'il ne quittait
pins Languet que lorsque celui-ci prenait ses bains, et il
ajoute : « M. de Tliou était cliariné de sa franchise, de
sa probité et de la solidité de son jugement, non-seule-
ment par rapport aux belles-lettres, mais encore par
rapport aux intérêts publies , qu'il avait traités toute sa
vie auprès des princes avec une droiture qui a peu
d'exemples. Il possédait si bien les affaires d'.^lleœagne
qu'il en instruisait même ceux du pays, u
(2) Voici ses dernières paroles, qui nous ont été conser-
vées par M"'fi Huplessis-Mornay , qui l'assista à son lit de
mort: « Qu'il n'avoit regret que de n'avoir peu revoir
M. Duplessis, auquel il eust laissé son cœur s'il eust peu;
qu'il avoit désiré de vivre pour voir le siècle amender;
mais puisqu'il alloit lousjours s'erapirant, il n'y avoit
plus que faire ; que les princes de ce temps estoicnt cKes-
tranges gens; que la vertu y avoit beaucoup à souffrir
et peu à gagner. »
439
François Estienne en publia en 1581 une tra-
duction française , due probablement à Duples-
sis-Mornay; elle parut en format in- 12, sans
lieu et sans nom d'imprimeur. On a longtemps
varié sur l'auteur des Vindicix, qui ont été
attribuées à Théodore de Bèze, à Hotman, à Du-
plessis-Momay et à d'autres encore; ce fut
Bayle, qui dans son Dictionnaire établit le
premier que cet ouvrage, qui a dû être écrit de
1574 à 1577, émane de Languet. Le fait est at-
testé entre autres par Tronchin , qui le tenait de
Simon Goulart, l'ami de Duplessis-Mornay, et
par d'Aubigné, qui, après avoir, dans la première
édition de son Bistoi7'e, indiqué comme auteur
des Vitidiciœ Duplessis-Mornay, déclara dans
la seconde que ce livre avait été rédigé par
Languet. Dès leur apparition, les Vindtciee pro-
duisirent la plus grande sensation; brûlé en
Allemagne par la main du bourreau , cet ouvrage
provoqua dans d'autres pays des controverses
animées. Deux livres entiers du traité De Regno
de Barclay sont consacrés à la réfutation des
Vindici3s, contre lesquelles Baricave publia en
1614 sa Défense de la Monarchie Jrançoise
et autres Monarchies. Voici un résumé de ce
célèbre ouvrage, d'après l'analyse qu'en a
donnée M. Janet, dans son Histoire de la Phi-
losophie morale et politique; Paris, 1858.
Languet puise son principe fondamental dans
l'histoire sacrée, dans la Bible. 11 commence
par constater dans l'histoire juive l'existence
de deux contrats passés lors de la constitution
de la royauté, l'un entre Dieu d'une part, et le
roi et le peuple de l'autre, obligeant soli-
dairement ces deux derniers à l'observation fi-
dèle de la vraie religion , le second entre le roi
et le peuple séparément , d'après lequel le roi
est tenu à garantir à son peuple un gouverne-
ment équitable. L'auteur affirme ensuite le droit
de résistance par les armes dans le cas où le
premier de ces contrats ne serait plus observé
par le prince. Ce droit, reconnu dans l'anti-
quité, devait au moyen âge être préalablement
autorisé par la puissance ecclésiastique, qui
déliait les sujets de leur serment de fidélité.
Languet proclame que du premier instant où le
contrat est violé le peuple a le droit de s'insur-
ger; car, dit-il, le peuple est tenu de défendre
Dieu contre le roi. Mais, obéissant à l'antipathie
prononcée du calvinisme pour la démocratie, il a
grand soin d'expliquer que par ce mot peuple il
n'entend pas désigner la masse des citoyens,
cette bête féroce sans entendement, comme il
l'appelle, mais les magistrats elles représentants
réguliers de la nation, les grands, regum epho-
ros et optimales. C'est à eux qu'appartient la
tutelle du peuple quand le roi s'en rend indigne;
c'est à eux qu'il appartient de le faire revenir
de force à ses devoirs. Si par hasard la majorité
des magistrats faisait cause commune avec le roi,
cela n'empêche pas, selon Languet, que tout
magistrat, toute ville n'ait le droit de donner le
LANGUET 440
signal delà révolte. Maïs quant aux personnes
privées , elles ne peuvent, à moins d'une mission
divine toute spéciale, se soulever de leur propre
autorité même contre le prince qui foulerait an
pied la loi de Dieu; car comme individus elles
ne sont pas partie au contrat.
Languet examine ensuite le cas de la violation
faite par le prince du second contrat, qui assure
au peuple la jouissance des droits naturels, et il
admet de même péremptoirement la légitimité
de l'insurrection. Sa manière de raisonner est
neuve, hardie et nette. Avant lui il avait déjà été
admis par les jurisconsultes romains et par ceux
du moyen âge, que c'est le peuple qui a créé les
rois. Mais, selon ces juristes, le peuple ne pouvait
plus jamais revenir sur la cession de la souve-
raineté, qu'il était supposé avoir abandonnée une '
fois pour toutes en faveur du prince. A ce so-
phisme Languet répond avec force : « Il n'y a
pas de prescription contre le peuple ; le temps
ajoute aux torts des rois , mais n'ôte rien aux
droits du peuple. » La seule fin de l'institution
du pouvoir civil , continue-t-il , est l'utilité pu-
blique, la défense de la nation contre les enva-
hisseurs étrangers et l'administration de la jus-
tice. « [mperium non honos, sed omis; non
immunitas,sed 'munus;non vacatio, sedvo-
catio. » Les rois ne sont autre chose que les
gardiens et les conservateurs de la loi (1 1. Lors- .
qu'ils ne l'observent plus, le peuple doit leur re-
fuser obéissance.
Le droit de résister aux violateurs du pacte
social une fois établi, Languet examine comment
.11 doit être exercé. 11 distingue à cet effet, avec
Barthole, deux espèces de tyrans ; le tyran abs-
quetitulo, l'usurpateur sans aucun droit, elle
tyran ab exercitio, qui, possédant le pouvoir à
titre légitime, vient à en abuser. Contre le pre-
mier, dit Languet, même un homme privé peut
.prendre les armes et le tuer; mais contre le se-
cond le simple particulier n'a pas le droit d'en-
treprendre quoi que ce soit de son chef : il faut
qu'il attende les mesures que sont appelés à
prendre les magistrats et les grands ou au
moins l'un d'entre eux. Et même lorsque les
magistrats se décident à redresser les torts du
roi, ils doivent le faire avec ménagement et
employer tous les moyens de persuasion avant
de recourir aux armes. Mais si le roi persiste
dans son iniquité, Languet déclare aussi catégo-
riquement que saint Thomas d'Aquin et tous
les scolastiques , que le prince prévaricateur
doit être déposé par la force.
Voilà en résumé les principes politiques con-
tenus dans les Vindiclse contra tijrannos. On
voit que si, d'une part, ils se rapprochent singu-
(1^ Le pouvoir d'édicter les lois est altribné par Lan-
guet an roi conjoinlcmcnt avec les maKislrals, les grands
et les étals du royaume. Qnant à la particip;itlon du
peuple il n'en est pas question. Les p'indicix en effet
prOnent tout autant que la Franco-Callia \n prépondé-
rance de l'aristocratie.
441 LANGUET
lièrement du système de Rousseau, sauf que
Languet remettait la garde de la liberté non à la
démocratie, mais à l'aristocratie, d'autre part
ces principes s^ecartent de ce qu'on appelle pro-
prement la doctrine du tyrannicide.
Les autres ouvrages de Languet sont : Histo-
rica Descriptio susceptoe a Ceesarea Majestate
execuiioms contra Imperii romani rebelles et
captée îirbis Gothse ; Gotha, 1567, in-4°; 1568 et
1569, in-4° ; traduit en allemand et en français, et
inséré dans le tome IV des Scriptores de Schard ;
— Epistolee politicas et historicge ad Ph.
Sijdnxuin ; Francfort, 1633, in-12 ; Leyde, 1646,
in-12; quatre-vingt-dix-sept lettres écrites de
1573 à 1580; — Epistolx ad Joachtm Came-
rarium patrem et Joachim Camerarium fi-
Itiini; Groningue, 1646, in-12 ; Leipzig et Franc-
fort, 1685, in-12; — Arcana seculi decimi
sexti : II. Langueti Epistolee secrètes ad
princïpem suum Augicstum Saxoniee ducem;
Halle, 1699, in-4° : ce recueil, rempli de détails
intéressants, contient plus de quatre cents let-
tres de Languet ; le manuscrit en existe aux
archives de Saxe ; les frères Haag annoncent
qu'ils en donneront prochêiinement une édition
complète; six autres lettres de Languet se trou-
vent encore dans les Décades très Epistola-
rum Langueti, Camerarii , Cratonis et Peu-
ceri; Francfort, 1702, in-4°. Dans la collection
Dupuy se trouvait au dix-huitième siècle un
Mémoire sur V empire d'Allemagne, que Lan-
guet avait rédigé pour le président de Thou ; ce
Mémoire a disparu de la Bibliothèque impériale
de Paris. Ernest Grégoire.
Bayle, Dictionnaire. — Nlcéron , Mémoires, t. XXII.
— Papillon, Bibliothèque des Auteurs de liourgoyne. —
Philibert de la Mare, fie d'Hubert Languet ( traduite en
latin par Liidwtg; Halle, 1700, in 12). — Clievreul, Hu-
bert Languet (Paris, 1852, in-8o). — Haag, La France
Protestante.
LANGUET DE GERGT ( Jean-Joseph ), pré-
lat français, né à Dijon, le 25 aoiU 1677, mort
à Sens, le 3 mai 1753. Compatriote et ami de
,Bossuet, il se consacra à l'état ecclésiastique, et
devint supérieur de la maison de Navarre. Après
avoir été reçu docteur en Sorbonne, il fut nommé
évoque deSoissons en 1715; il s'était fait aimer
dans ce diocèse par sa douceur et sa libéralité,
lorsqu'il fut promu à l'archevêché de Sens, qu'il
administra avec le même soin et la même géné-
rosité. Mais son zèle exagéré pour la constitution
Vnigenitus l'entraîna dans de perpétuelles con-
troverses et dans des discussions avec des suf-
fragants qui firent dans le temps beaucoup de
bruit, et qui lui attirèrent de violentes inimitiés.
Plusieurs de ses écrits furent condamnés par le
parlement. Enfin, la publication de l'histoire de
Marie Alacoque, contenant des puérilités et des
détails ridicules, qu'il fut obligé de supprimer
dans les éditions subséquentes, excita les rail-
leries (lu public, et fit tort à sa réputation. Lan-
guet de Gergy fut nommé conseiller d'État en
1747. 11 avait été reçu à l'Académie Française en
442
1721, à la place de M. d'Argenson, garde des
sceaux. Il fut remplacé par Buffon ; et il est à re-
marquer que ni son successeur ni le directeur
de l'Académie ne parlèrent , dans leurs discours,
de son talent et de ses ouvrages.
On a de Languet de Gergy un grand nombre
d'écrits, dont voici la liste : Traité du véri-
table Esprit de l'Église dans Vusage des cé-
rémonies, ou réfutation dît traité de Dom
Claude de Vert, intitulé : Explication simple,
littérale et historique des cérémonies de l'É-
glise; Paris, 1715, in-12; 1721, in-S" ; — Jrai^^
de la confiance en la Miséricorde de Dieu,
pour la consolation des daines que la crainte
jette dans le découragement ; Paris, 1725,
in-12; deuxième édition, avec un Traité du
faux Bonheur des gens du monde et du vrai
Bonheur de la vie chrétienne, Paris, 1718,
in-12; troisième édition, revue par l'auteur, 1720.
Cet ouvrage a été souvent réimprimé ; — Alé-
moire pour Vévêque de Soissons contre les re-
ligieuses du Val de Grâce et les bénédictines
de Saint-Corneille de Compiègne; Paris, 1726,
in-fol. ; — L'Office de la Semaine Sainte en
latin et en français, avec des réflexions et des
méditations, dédié à la reine pour l'usage de
sa maison; Paris, 1729, in-8° et in»12; — Vie
de la vénérable mère Marguerite-Marie, re-
ligieuse de la Visitation Sainte-Marie , du
monastère de Parraij-le-Monial en Cha-
rolais {plus connue sous le nom de Marie
Alacoque ) morte en odeur de sainteté en
1690; Paris, 1729, in-4" ; nouv. éd.; Paris,
1830, in-12; Avignon, 1830, in-12, avec por-
trait ; — Catéchisme sur le Mariage pour
les personnes qui embrassent cet état; Paris,
1732, in-16; —Catéchisme du diocèse de
Sens; 1737, in-16; -— Catéchisme pour la
Tonsure (ibid.); deux de ces catéchismes
soulevèrent de nombreuses réclamations ; douze
avocats de Paris firent paraître une consultation
en leur faveur; — Mandement ou Instruc-
tion pastorale du 20 avril 1737 au sujet du
nouveau Missel de Troyes ; Paris, 1737,in-4°.
Ce mandement donna lieu à une longue dis-
cussion entre l'archevêque de Sens et l'évêque
de Troyes, neveu de Bossuet ; — Instruction
pastorale avec une nouvelle traduction des
Psaumes de David selon la Vulgate ; Paris, 1744,
in-12 ; — Traité sur les moyens de commenter
la vérité dans VÈqlise; 1745, in-12; 1749,
in-12 ; — Lettre à M. le cardinal de Noailles
sur les Immunités ecclésiastiques ; in-12; —
Remarques sur le livre du Père Pichon in-
titulé : De l'Esprit de Jésus-Christ et de l'É-
glise sur la fréquente communion; Sens, 1747,
in-4", in-S", in-12; — Témoignage contre le
schisme {MA.); — Lettre pastorale de l'évêque
d'Auxerre portant permission de manger des
œufs dans le carême de 1750; Paris, 1750,
in-12; —Lettre àuyi conseiller du parlement
de Paris; Paris , 1752, in-4"; — Opéra omnia
443
LANGUET
pro defensione constitutionis Vnigenitus et
advei'sus ab ea appelantes successive édita;
in latinam linguam conversa a vai'lis docto-
rïbus et ab auctore recognita et emandata ,
Sens, 1752, 2 vol. in-fol. A. Jabin.
Bihlioihéque Sacrée, tom. XIV. — Chaudon et De-
l.indine , Dictionnaire Hist. — Quérard , iM France
l.iUérutrc.
LANCWEDEL ( Bernard ) , médecin alle-
mand, né à Hambourg, le 10 septembre 1596;
mort dans cette même ville, le 10 février 1656.
Il étudia la médecine à Giessen et à Padoue, par-
courut l'Italie , la France et l'Angleterre, et vint
exercer son art dans sa ville natale. On a de
lui : Carolus Piso emicleatiis, sive observa-
tiones medicx Caroli Pisonis, certis conclu-
sionibïis phtjsico-paihologicis comprehensas ,
rationibus firmis illustratse et in epitomen
redactœ; Hambourg, 1639, in-8° ; Leyde,
1639, in-12; —Thésaurus Hippocraticus ,
sive aphorismi Hippocratis in classes et
certos titulos ordlne dispositi atque succinc-
tis rationibus illustrati ; Hambourg, 1639,
in-12; — Hippocratis Defensio contra quos-
cunique peiulcos ejusdemque obtrectatores ac
calumniatores suscepta ; Leyde, 1647, in-12 ;
Amsterdam, 1661, in-12; — Colloquium Ro-
mano-Hippocraticum inter Marforium et
Pasquinum, patricios Romanes ; Leyde, 1648,
in-12; Amsterdam, 1661, in-12. D"" L.
Rotermund, Supplément li lôcher. — MùUer, Cimbria
Litterara; Hanau, 1744, 1. 1, p. 832.
LAKIÈKE ( Nicolas), peintre, graveur et mu-
sicien italien, né en 1568, en Italie, mort en no-
vembre 1646, à Londres. Il passa en Angleterre
au temps de Jacques l", et devint un des favoris
de Charles F% qui l'employa dans l'acquisition
de ses tableaux. « Il partageoit avec ce prince,
ditBasan, un grand amour pour les beaux-arts.»
Sa collection de dessins était considérable : il
en a gravé quelques-uns à l'eau-forte , qui ,
joints à ceux qu'il fit graver par L. Vosterman
le jeune, font une fort jolie suite. Il se connais-
sait en peinture, et comme il avait pleins pou-
voirs du roi, il n'était guère ménager de son ar-
gent; un contemporain, Sanderson {Graphice,
p. 16), l'accusa même de n'être pas assez scru-
puleux dans ses choix, et de faire passer pour
des originaux de faibles copies dont il noircissait
et craquelait les couleurs. On a deux portraits
de lui, l'un par Van Dyck, l'autre d'après lui-
même; ce dernier est encore à l'école de mu-
sique d'Oxford. C'est principalement comme
musicien que Lanière se distingua à la cour, oîi
son goût et sa facilité lui acquirent une grande
réputation. Charles T' le nomma, en 1626,
maître de sa chapelle avec un traitement de
200 liv. sterl. Non-seulement il écrivit un
grand nombre d'ariettes qui ont été insérées dans
les recueils du temps , mais il écrivit la musique
de plusieurs mascarades et intermèdes dans le
genre italien; celle qui est intitulée :£«m«na-
— LANINO 444
lia, or the festival of ligiht, fut représentée à '•
la cour le mardi gras de l'année 1637, et la reine
y joua un personnage. On y trouve touç les élé-
ments d'un opéra moderne : libretto, récitatif à
l'italienne, chœurs, danses et mise en scène. La
cantate de Hero and Leander, du même ar-
tiste, eut également beaucoup de succès , et le
récitatif en est regardé comme un parfait modèle
de déclamation musicale. P. L— y.
liurnet, diins la liees's Cyclopœdia. — Walpole, ^nec-
dotes. — Diary of J. Pepys. — Hawkins, Hist. of Music.
— Basan, Dict, des Graveurs, U. — Chajmers, General
Dictionary.
LANINO { Bernardino), peintre de l'école
milanaise, né à Verceil, dans les premières an-
nées du seizième siècle, mort vers 1578. C'est
cet artiste que Vasari a nommé par erreur Ber-
nardino del Lupino. Il fut élève de G.audenzio
Ferrari, dont plus tard il introduisit le portrait
dans sa belle fresque du martyre de sainte Ca-
therine. Lomazzo le proclame avec raison le
plus illustre imitateur de Gaudenzio; en effet, on
pourrait attribuer à ce grand maître la Piété
qu'il peignit en 1547 pour l'église Saint-Julien de
Verceil, si ce tableau ne portait la signature de
Lanino. C'est dans la cathédrale de Novare que
se trouvent les chefs-d'œuvre de cet artiste, les
Traits de la Vie de la Vierge, les fameuses Si-
byles, le magnifique Père éternel, fresques si jus-
tement vantées par Lomazzo. Au même rang, il
faut placer le Martyre de sainte Catherine,
fresque qu'il peignit en 1546 dans l'église de
Santa- Catarina presso San-Celso de Milan. Dans
la même ville, on admire une Cène à Santo-
Nazzaro Grande, le Christ souffrant secotiru
par deux anges à Saint-Ambroise , fresque
qui a été attribuée par Lanzi à Bernardino
Luini , et par d'autres au Borgagnone, plusieurs
Traits de la Vie de saint Georges également à
fresque dans une chapelle de la même église, et
au Musée de Brera : La Vierge et sainte Amie,
La Madone et plusieurs saints.
A la fameuse église de Saronno, près Milan,
il suffira à la gloire de Lanino de pouvoir dire
que les sujets de la Genèse qu'il y a peints à •
fresque ne sont point écrasés par le voisinage
des chefs-d'œuvre de Gaudenzio Ferrari et de
Bernardino Luini. Le Musée de Berlin possède
une Sainte Famille de Lanino. Vasari cite de
ce maître plusieurs autres ouvrages qui n'exis-
tent plus ou dont on a perdu la trace, et entre
autres des sujets tirés des Métamorphoses d'O-
vide, dont il avait enrichi le palais Rabbia de
Milan.
Les peintures de Lanino sont pleines d'effet,
son dessin est correct, sa composition pleine de
genre; ses draperies seules sont un peu négli-
gées. Il était également recommandable par sa
profonde instruction, l'élévation de son esprit et
la noblesse de ses manières. Il eut pour élèves
ses deux frères Gaudenzio et Girolamo, qui ne
suivirent ses traces que de loin et lui furent sur-
tout inférieurs par le dessin. On ne connaît que
445 LANINO —
deux (\e leurs ouvrages restés à Verceil , une
toile de Gaudenzio dans la sacristie des Bar-
nabites et une Descente de Croix de Girolamo
dans une galerie particulière.
Bernardino laissa deux fils et une fille. L'un
des fils, nommé Pïer-Francesco, s'adonna à la
peinture sous sa direction ; Laura, sa fille, épousa
le peintre Giorgio Solero. E. B— n.
Vasari, f^ite. — Lomazzo, Idea del Tempio délia PU-
tura. — Lanzi, Storia Pittorica. — Orlandi, Jbbece-
dario. — Memoric mil' insigne tempio di Nostra Si-
gnora pi-esso Saronno. — Pirovano, Guida di jMilano.
LAMS (Dr). Voij. Lana.
tANJUiNAîS (Joseph), littérateur français,
né en Bretagne, vers le milieu du dix-huitième
siècle, mort en 1808. Il entra d'abord dans l'ordre
de Saint-Benoît, où il professa la théologie. Son
esprit d'indépendance lui attira de la part de ses
supérieurs quelques désagréments, qui lui firent
'abandonner son monastère. Il se retira à Mou-
idon, en Suisse, où il embrassa la religion réfor-
Imée, et devint maître d'école. On a de lui : Le
^.Monarque accornpli, ou prodiges de bonté,
\de savoir et de sagesse qui font Véloge de
S. M. impériale Joseph II, et qui résident
cet auguste monarque si précieux à l'huma-
nité, discutés au tribunal de la raison et de
d'équité; 1774, 3 vol. petit in-8". L'éloge de Jo-
seph II sertàLanjuinais de thème pour exposer
ses idées sur divers points de philosophie et d'é-
conomie politique. Condamné par un arrêt du
iparlement, du 7 mai 1776, le Monarque ac-
compli fut réimprimé en 1777 et 1780; — Ma-
muel des Jeunes Orateurs, ou tableau histo-
rique et méthodique de V éloquence; \111,
1 vol. in-12; — Supplément à L'Espion an-
glais, ou lettres intéressantes sur la retraite
de M. Necker, sur le sort de la France et de
V Angleterre et sur la détention de M. Lin-
guet à la Bastille, 1781, petit in-8°; plusieurs
fois réimprimé ; — Éloge de Catherine II ; —
Esprit du pape Clément XIV, mis au jour par
le R. V. B., confesseur de ce souverain pon-
tife et dépositaire de tous ses secrets, tra-
duit de l'italien par l'abbé C....; 1775. Cette
satirecontre l'Église, publiée sous le voile de l'ano-
nyme, est avouée par Lanjuinais dans la neu-
vième lettre du Supplément à l'Espion anglais.
Ce livre fut défendu en France comme le Mo-
■ narque accompli^ dont il reproduisait les prin-
icipes. Lanjuinais a donné une Traduction des
\ Méditations de Dodd. F.-X. Tessîeu,
I Qoérarà, La France Littéraire. — Pldanzot de Mal-
I rabert, V Observateur annlais, tom. X[.
LANJUINAIS (/eajî-Denis, comte), homme
politique et publiciste français, né le 12 mars
1753, à Rennes, mort le 13 janvier 1827, à Paris.
Son père était avocat. Il fit de bonnes études au
collège de sa ville natale ; à seizeans il partageait
les travaux de son père, s'occupant à la fois
d'histoire, de droit ecclésiastique, de droit civil
et de philosophie. Dès son enfance il s'était ar-
demment attaché aux croyances chrétiennes.
LANJUINAIS
446
Reçu par dispense d'âge avocat et docteur en
droit, il venait d'atteindre dix -neuf ans lors-
qu'une chaire de droit fut mise au concours à
Rennes; il obtint une nouvelle dispense pour
être admis à ce concours, et déploya beaucoup
de talent et de science dans les épreuves : il
emporta le suffrage de ses concurrents et du pu-
blic; mais les juges ne voulurent pas se donner
un collègue si jeune : sa place resta du moins
honorablement marquée au barreau. Se livrant
à des études encore plus fortes , il puisa de
nouvelles connaissances dans les livres des ju-
risconsultes allemands. En 1775 il se présenta à
un concours ouvert pour une chaire de droit
ecclésiastique. \\ y parut avec une supériorité
non contestée; il allait pourtant échouer, les uns
le trouvant trop jeune , les autres le trouvait
trop savant, lorsque Loisel, éclatant en vifs
reproches contre ses collègues , déclara qu'il se
croirait déshonoré s'il signait leur décision. Cet
acte de vigueur ramena les esprits, et Lanjuinais
obtint la chaire vacante. Sa réputation s'accrut
dans sa' chaire et au barreau. En 1779 il fut élu
par les trois ordres l'un des conseils des états
de Bretagne. « Lanjuinais, qui avait puisé dans
l'Évangile autant que dans la philosophie con-
temporaine le principe de l'égalité entre les
hommes , condamnait , dit son fils , les privi-
lèges de la noblesse et du clergé. » Cette dis-
position d'esprit l'entraîna à laisser passer, dans
une consultation imprimée en 1779, quelques
paroles qui soulevèrent contre lui les deux
ordres privilégiés. Il s'agissait du droit de co-
lombier, c'est-à-dire d'avoir des pigeons, ré-
servé par un article de la coutume à la seule
noblesse en Bretagne. Lanjuinais soutenait
qu'il ne suffisait pas de prouver ce droit par
titre, mais qu'il fallait y joindre une posses-
sion ancienne. « Qu'il y ait eu, disait-il, de
grands débats entre la noblesse et le tiers état
au sujet des colombiers , que l'ordre de l'église
ait pris le parti de la noblesse contre le tiers,
ainsi qu'il fait presque -toujours , cette prépon-
dérance de la noblesse sur le tiers par le
moyen de l'Éghse ne prouve sûrement pas que
notre article soit l'ouvrage de la raison saine et
impartiale. » Ce mémoire fut dénoncé par le pro-
cureur général et supprimé par arrêt du parle-
ment de Bretagne comme injuriant et calomniaat
tes trois ordres de l'État. Le barreau de Rennes
protesta contre cette décision, et déclara que te
mémoire de Lanjuinais renfermait les principes
que l'ordre entier s'engageait à soutenir. Lanjui-
nais gagna son procès ; mais il renonça dès lors à
la plaidoirie. Il se livra exclusivement aux tra-
vaux du cabinet et du professorat et produisit
quatre volume.? de consultations et deux traités
généraux de droit canonique écrits en latin,
mais qui n'ont pas été imprimés ; l'un avait pour
titre : Institutiones Juris Ecclesiastici ad fort
gallici usum accommodatas : c'était un abrégé
de là législation canonique, reçue en France;
447 LANJIIINAIS
i'autre, intitulé : Prxlectiones Juris Eclesias-
tici juxta serie.jn Gregorianse Decrelalium
collectionis, et ad fort gallici usus accom-
modatae, était un traité général de droit canon
suivant l'ordre des décrétâtes.
La convocation des états généraux on 1788
suscita de vives polémiques dans tonte la France.
Lanjuinais y prit part, et écrivit deux brochures
sur les questions à l'ordre du jour : dans l'une,
il disait : « Nous rejetons avec une égale horreur
la démocratie, l'aristocratie elle despotisme;
mais nous chérissons cette forme mixte tant
désirée des anciens politiques , tant applaudie
par les modernes, où du concours du roi , des
grands et du peuple agissant par ses représen-
tants, sortiront des résultats d'une volonté gé-
nérale et constante qui feront régner uniquement
la loi sur toutes les têtes de l'empire. » Puis, at-
taquant les injustes prétentions de la noblesse,
il ajoutait : « Imprudents , voulez-vous qu'on
vous ledise, la noblesse avec ses privilèges n'est,
dans son origine et dans sa nature, qu'une mi-
lice, armée trop souvent contre les citoyens ,
qu'un corps parasite vivant des travaux du peuple
en le méprisant. Dans tous les États, elle a souffert
et maintenu la tyrannie, pourvu qu'on lui laissât
en partagerles tristes avantages. Partout elles'est
rendue redoutable au prince et au peuple, selon
ses intérêts : en un mot la noblesse n'est pas un
mal nécessaire. <> La noblesse de Bretagne n'é-
couta pas cet avis ; elle protesta contre la décla-
ration du roi qui accordait le doublement des
députés du tiers, et refusa de nommer ses dé-
putés. Des troubles éclatèrent à Rennes, et la no-
blesse eut à se repentir de les avoir suscités. Le
cahier des vœux de la sénéchaussée de Rennes
futleplus hardi de la France; il demanda l'abo-
lition des droits féodaux et même de la noblesse
titulaire, et formula presque tous les grands prin-
cipes proclamés plus tard dans la déclaration des
droits et dans la constitution de 1791. Lanjui-
nais , qui avait été le principal rédacteur de ce
cahier, fut un des députés chargés de le défendre
aux états généraux. La députation de la Bre-
tagne forma à Versailles le noyau du Club bre-
ton, auquel se joignirent les députés des autres
provinces qui partageaient leurs opinions avan-
cées. C'est là que se préparèrent les premiers
actes de résistance de l'Assemblée nationale.
Lanjuinais , l'un des fondateurs de ce club, parut
des premiers à la séance du Jeu de paume. Quel-
ques jours après la séance royale du 23 juin 1 789, il
censura sévèrement les formes impérieuses que
le roi avait employées , et les mots f ordonne, je
veux, qui ne lui paraissaient plus devoir trou-
ver place dans le langage constitutionnel ; bientôt
il attaqua la noblesse de Bretagne, soutint les
mesures prises contre les parlements , demanda
l'abolition des privilèges, et réclama l'admission
des hommes de couleur au libre exercice des
droits civils et politiques.» Il ne faisait pas de longs
discours, remarque M. Lanjuinais fils; c'était par
448
des phrases vives et brèves, par des expressions
toujours incisives et souvent véhémentes qu'il
portait coup aux institutions vieillies , mais en-
core si vivaces de l'organisation féodale. » Il
l'emporta une fois sur Mirabeau, qui avait pré-
senté, le 6 novembre 1789, un proj.etde décret
pour donner aux ministres voix consultative dans
l'Assemblée. Lanjuinais rappela dans un discours
les principes sur la division des pouvoirs, et la
proposition de Mirabeau luf-repoussée. Lanjui-
nais faisait partie da comité ecclésiastique de
l'Assemblée constituante. Dans l'église, des abus
nombreux étaient à supprimer; la France était
couverte de bénéfices dont les titulaires vi-
vaient dans l'oisiveté, tandis que les prêtres
des paroisses manquaient du nécessaire; des pré-
lats trop riches étalaient des mœurs mondaines,
les évêchés étaient divisés en circonscriptions!!
trop inégales ; les hauts offices ecclésiastiques nei
s'obtenaient guère que par l'intrigue et par la fa-i
veur; un tiers du sol français, possédé pai- desi
congrégations souvent inutiles, se trouvait frappé
d'inaliénabihté et de stérilité par la mainmorte y
c'est dans le but de réformer ces abus que futi
adoptée la constitution civile du clergé, à laquellel
Lanjuinais eut une grande part. « Sincèrement!
attachéàla rehgion, assure M. Victor Lanjuinais,:
son seul désir avait été de raviver la foi par le re-i
tour à la discipline, trop oubliée, des premierst
siècles. Ayantécarté avec soin tout ce qui, d'après
les canons, ne pouvait être réglé par l'autoritéi
temporelle , il n'imaginait pas que les réformes;
pussent engendrer un schisme et déchirer leseini
d« l'Église. » Ce fut pourtant ce qui arriva. LBu
haut clergé réprouva la législation nouvelle, et
entraîna à sa suite une grande partie du clergé;
inférieur. Les ennemis de la révolution trou-i
vèrent dans une querelle religieuse un levier'
puissant pour agir sur les populations des cam-i
pagnes; les résistances furent vives, et engen-
drèrent d'affreuses persécutions. Chargé spécia-
lement de la rédaction d'une loi pour la consta-i
talion de l'état civil des citoyens et le règlement)
des dispenses de mariage, Lanjuinais présenta à
l'Assemblée un projet qui confiait aux officiers
municipaux la rédaction et la conservation des*
actes de l'état civil, restreignait les empêche-:
uients de mariage- à un petit nombre , et pro- 1
posait d'abolir entièrement les dispenses. Dansi
son rapport, il établissait que les sacrements n'a-
vaient rien de commun avec les actes de la vie;
civile, et stigmatisait le commerce simoniaque'
des dispenses. Son projet fut présenté à l'As-
semblée constituante en juin 1791; elle en pro-|
nonça l'ajournement, dans la crainte d'exciter I
encore les clameurs du clergé; mais l'Assemblée'
législative reprit ce projet l'année suivante, et
l'adopta avec quelques modifications; ce sys-
tème est entré dans le Code Civil de Napoléon,
s'est maintenu dans la législation française mal- '
gré des tentatives opiniâtres , et est envié par '
bien des peuples.
449
LANJUINAIS
430
Après la clôture de l'Assemblée constituante ,
Lanjuinais revint à Rennes , où il fut nommé of-
ficier municipal, et se remit paisiblement à ses
travaux. Les élections à la Convention l'arra-
chèrent à ce repos ; il y fut envoy-é par le dépar-
tement d'IUe-et- Vilaine. A peine arrivé à Paris,
il se présenta à la Société des Amis de la Consti-
tution ; on mit à l'ordre du jour la prestation du
serment de haine aux rois et à la royauté. 11
combattit ce serment, et fit observer que, chargé
de prononcer personnellement sur le sort du
roi , il ne pouvait déclarer sa haine contre lui.
Le serment fut voté malgré son opposition, et il
se retira. A la Convention il prit la parole pour
résister aux excès qui lui paraissaient devoir
entraîner la perte de la révolution. Dès le
22 septembre il fit ajourner une proposition
de ïallien tendant à faire renouveler en masse
tous les fonctionnaires administratifs et judi-
ciaires, que les démocrates ne trouvaient pas
assez purs. Le 23 il appuya vivement l'établis-
sement de la garde départementale, demandé par
Kersaint pour protéger la Convention, et peu de
temps après il joignit sa voix à celle de Louvet,
qui accusait formellement Robespierre.Depuis lors
!il fut l'objet quotidien des injures de Marat dans
II' Ami du Peuple. Lors des premiers débats du
procès de Louis XVL Buzot demanda qu'a-
vant de juger le roi on exilât le duc d'Orléans
et sa famille. Lanjuinais soutint cette proposi-
tion, qui ne fut pas adoptée. Il se déclara alors
>( étranger à tous les partis, isolé de toutes les
! sociétés, n'en connaissant d'autres que la Con-
Ivention nationale ». Après la plaidoirie de De-
sèze, un débat tumultueux s'engagea dans la
Convention sur la question desavoir si on ouvri-
rait la discussion ou si l'on procéderait de suite
à l'appel nominal. Dubem et Bazire demandaient
que l'on décidât sur-le-champ si Louis subirait
la peine de mort. Ils prétendaient que l'on con-
damnât d'abord , et que l'on renvoyât après le
jugement à délibérer sur l'impression de la défense
du roi. « Le temps des hommes féroces est passé,
s'écria Lanjuinais en élevant la voix au-dessus des
clameurs des tribunes ; il ne faut plus songer à
nous arracher des délibérations qui pourraient
déshonorer l'assemblée. Aujourd'hui, citoyens,
on veut vous faire juger l'accusé sans vous
donner le temps de méditer sa défense ; eh bien !
moi, je viens vous demander le rapport d'un dé-
cret barbare, qui vous a été ravi en peu de mi-
nutes et par voie d'amendement, celui qui vous
a fait juges dans cette affaire, m L'orateur ajoutait
que si la Convention voulait agir comme corps
politique, elle ne pouvait prendre que des me-
sures de sûreté contre le ci-devant roi ; mais
que si elle agissait comme tribunal, elle serait
horo de tous los principes, car ce serait faire
juger le vaincu par le vainqueur lui-même,
puisqu'un grand nombre des membres présents
s'étaient déclarés les conspirateurs du 10 août.
« Nous ne pouvons , disait-il , être à la fois
NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX.
dans la même affaire et législateurs, et accu-
sateurs, et juges, surtout ayant publié d'avance
nos avis, et quelques-uns avec une férocité
scandaleuse. « Ce discours énergique, souvent
interrompu par des injures et des cris de rage,
ne put faire rapporter le décret de mise en juge-
ment, mais du moins la discussion fut ouverte
sur le procès. Lanjuinais n'y prit point de part
orale, mais il publia son opinion, où il soutenait
que le roi ne pouvait être jugé par la Convention,
et demandait que l'appel au peuple précédât le
jugement. Il ajoutait que si la Convention vou-
lait juger, elle devait au moins suivre la pro-
portion des suffrages exigée par la loi et voter
au scrutin secret. « L'appel nominal qu'on vous
a fait décréter, et qu'on ne me soupçonnera
pas de redouter pour moi, disait-il, cet appel si
terrible en cette salle, en cette ville , quand une
faction puissante et audacieuse réclame le
supplice avec tant d'éclat et de fureur, pour-
riez-vous y persister quand la loi la plus sage
commande un scrutin secret et silencieux? Vos
contemporains, la postérité, le ciel et la terre
vous le reprocheraient comme une lâcheté in-
signe et impardonnable. » Après de longs débats
les questions du procès furent posées en ces
termes : « Louis Capet est- il coupable de cons-
piration et d'attentats contre la sûreté générale
de l'État? » Lanjuinais répondit : « Oui, sans
être juge. » Sur la seconde : «■ Le jugement,
quel qu'il soit, sera-t-il envoyé à la sanction du
peuple? ». Lanjuinais opina ainsi : « Je dis oui
si vous condamnez Louis à mort ; dans le cas
contraii-e je dis non... J'entends dire que mon
suffrage ne sera pas compté; comme je veux
qu'il le soit, je dis oui. » L'appel nominal sur
ces deux questions avait absorbé toute la
journée du 15 janvier 1793. La troisième ques-
tion : « Quelle peine sera infligée ? » fut remise
au lendemain. Au moment où l'appel nominai
allait commencer, Lanjuinais tenta un dernier ef-
fort par ces paroles : « La première violation des
principes fait toujours marcher de violation en
violation : je pourrais vous en donner plusieurs
exemples dans cette affaire même; mais au
moins soyez conséquents dans cette violation
des principes , soyez d'accord avec vous-mêmes.
Vous invoquez sans cesse le Code Pénal ; vous
dites sans cesse : nous sommes jury; eh bien,
c'est le Code Pénal que j'invoque; ce sont ces
formes de jury que je demande et auxquelles je
supplie de ne pas faire d'exception. Vous avez
rejeté toutes les formes que la justice et l'Im-
manité exigeaient; la récusation et la forme si-
lencieuse du scrutin, qui peut seule garantir la
liberté des suffrages. On paraît délibérer ici
dans une Convention libre, et c'est sous les poi-
gnards et les canons des factieux... » Aces mots
une longue interruption éclata. Enfin Lanjuinais
termina en demandant, au nom de la justice et
de l'humanité , que la condamnation ne pût être
prononcée que par les trois quarts des suffrages,
15
451 LAN.TU1NAIS
Danton prit ensuitela parole, et fit décréter l'ordre
du jour. Lanjuinais formula ainsi son vote :
« Comme législateur, considérant uniquement le
salut de l'État et l'intérêt de la liberté , je ne
connais pas de meilleur moyen de les préserver
et de les défendre contre la tyrannie que l'exis-
tence du ci-devant roi. Au reste, j'ai entendu
dire qu'il faut que nous jugions cette affaire
comme la jugerait le peuple lui-même ; or le
peuple n'a pas le droit d'égorger un prisonnier
vaincu; c'est donc d'après le vœu et les droits
du peuple que je vote pour la réclusion jusqu'à
la paix et pour le bannissement ensuite. "
Après la condamnation de Louis XVI, les Giron •
dins renouvelèrent le décret sur la poursuite des
massacres de septembre. L'instruction produi-
sait des preuves accablantes contre Danton et
plusieurs montagnards. Une pétition signée dans
les clubs et demandant la suspension des pour-
suites fut apportée à la Convention le 8 février ;
Lanjuinais, sans craindre les menaces de la foule,
parla avec véhémence contre les assassins des
prisons, et demanda qu'ils fussent livrés à la sé-
vérité des lois. La Convention vota la suspen-
sion des poursuites. Le 9 mars, des pétition-
naires se présentèrent pour demander la création
du tribunal révolutionnaire. Carrier proposa de
convertir cette pétition en décret. Lanjuinais,
qui s'était déjà opposé dans l'Assemblée consti-
tuante à l'établissement d'un tribunal spécial,
se leva, et s'écria : « Je m'oppose à ce qu'on vote
un principe tel que celui-là. » Les murmures de
la Montagne et des pétitionnaires couvrirent sa
voix. Désespérant d'empêcher le décret « : Je
propose, reprit-il, un amendement à ce décret, af-
freux par les circonstances qui nous environnent,
affreux par la violation de tous les principes,
affreux par l'abominable irrégularité de la sup-
pression de l'appel en matière criminelle. Je
demande que ce soit au seul département de
Paris que s'étende cette calamité. « Guadet sou-
tint cet amendement, qui fut rejeté, et la Con-
vention décréta l'établissement d'un tribunal ex-
traordinaire pour juger les conspirateurs et les
contre-révolutionnaires. Le comité de législation
fut chargé delà rédaction du décret. Lanjuinais,
qui était membre de ce comité, fut sommé de
s'y rendre ; mais il refusa hautement d'y aller.
Le 15 avril Pache vint lire à la barre une péti-
tion contre vingt-deux membres du côté droit :
elle (ut déclarée calomnieuse , et la majorité y
répondit en créant une commission de douze
membres investie du pouvoir de poursuivre les
complots tramés contre la république. Le 24 mai
1793, Lanjuinais dénonça la Commune de Paris à
l'Assemblée, etdemanda qu'il y eût dans la capi-
tale une municipalité par chaque cinquante mille
habitants; ce discours fut envoyé, malgré la
Montagne, à tous les départements. Mais la
violence l'emporta bientôt sur la modération. Le
27 mai des pétitionnaires audacieux vinrent à la
barre demander la dissolution de la commission
452
des douze et la mise en liberté des citoyens ar-
rêtés par ses ordres; envahissant les bancs de
l'Assemblée, ils votèrent eux-mêmes ce décret.
Le lendemain, Lanjuinais demanda la nullité de
ce décret et le rétablissement de la commission
des douze. De violents murmures l'accueillirent.
Il parvint enfin à se faire entendre, et dit à l'as-
semblée : « Vous protégez des hommes de
sang. « A cemotLegendre, dominant le tumulte,
s'écria : « Si Lanjuinais ne cesse de parler, je
me porte à la tribune, et je le jette en bas. »
Lanjuinais continua, et le décret fut rapporté. Le
30 Lanjuinais défendit encore la commission
des douze. Le 31 l'émeute entoura la Conven-
tion, qui céda à la menace et prononça la disso-
lution de la commission des douze; mais elle
refusa l'arrestation de plusieurs de ses membres.
Dans la nuit du 1" au 2 juin, le tocsin, la générale
et le canon d'alarme se font entendre dans Paris.
La salle de la Convention fut entourée d'hommes
armés. La séance s'ouvre ; en arrivant, Lanjuinais
s'élança à la tribune, et demanda la parole. « A
bas! à bas! s'écria-ton; on veut amener
la guerre civile. — Tant qu'il sera permis de
faire entendre ici sa voix, reprit le courageux
orateur, je ne laisserai pas avilir dans ma per
sonne le caractère de représentant du peuple ; je
réclamerai ses droits et sa liberté.... Jusque ici
vous n'avez rien fait, vous avez tout souffert ;
vous avez sanctionné tout ce qu'on a exigé de
vous. Une assemblée insurrectionnelle se réunit,
nomme un comité chargé de préparer la révolte,
un commandant pour l'exécuter ; et cette as-
semblée, ce comité, ce commandant, vous souf-
frez tout cela. — Descends de la tribune, Lan-
juinais, lui cria le boucher Legendre, ou je vais
t'assommer! — Fais décréter que je suis bœuf,
répondit Lanjuinais, et tu m'assommeras. » Cettel
épigramme rétablit le silence, et Lanjuinais con
tinua son discours. « On m'accuse de calomnie!
Paris! reprit-il; non Paris est pur, Paris el
bon, Paris est opprimé par les tyrans qui veii
lent du sang et de la domination. ■» A ces motsi
quelques montagnards s'élancèrent à la trihune'
les pistolets à la main, et voulurent en précipiter
Lanjuinais; des Girondins volèrent à son se-
cours ; il se crampona à la tribune , et acheva
son discours en demandant la dispersion des as
semblées révolutionnaires et la mise hors la loi di
tous ceux qui voudraient s'arroger une autoriti
nouvelle et contraire aux lois. Il avait à peinié
fini, que la députation des autorités révolution^
naires de Paris présenta une pétition qui de-
mandait la mise en arrestation des factieux de lai
Convention. La Convention renvoya cette péti-
tion au comité de salut public ; le peuple court
aux armes. Bientôt Barrère annonça qu'il était
prêt à faire son rapport, et, s'appuyant sur l'état
politique et moral de la Convention, il projiosâ
la suspension volontaire des députés désignés
dans la pétition. Isnard, Lanthenas, . Fauçhet et
Dusaulxse soumirent. Lanjuinais refusa en çeS
m
LANJUINAÎS
454
ermef:«Si j'ai montréjusqii'à présent quelquecou-
age, je l'ai puisé dans l'ardent amour qui m'a-
jiime pour la patrie et la liberté. Je serai fidèle
1: ces mêmes sentiments, je l'espère, jusqu'au
'lernier souffle de ma vie ; ainsi n'attendez pas
e suspension. « Interrompu à ces mots, il re-
irit : « Je dis à mes interrupteurs, et surtout
Cliabot, qui vient d'injurier Barbaroux : on a
u orner les victimes de fleurs et de bande-
ittes , mais le prêtre qui les immolait ne les
isiiltdit pas. » Puis, profitant d'un moment de
ilence produit par cette magnifique apostrophe,
ajouta : <' J'ai encore la faculté de faire en-
mâi-e ici ma voix. Eh bien, j'en userai pour
ous donner un conseil digne de vous, qui
eut vous couvrir de gloire et sauver la liberté.
isez manier avec vigueur le sceptre des lois dé-
ose en vos mains; cassez en ce moment toutes
:s autorités que les lois ne connaissent pas ,
éfendez à tontes personnes de leur obéir;
noncez la volonté nationale : ce ne sera pas en
lin ; les factieux seront abandonnés des bons
toyens, qu'ils abusent... Si vous n'avez pas ce
Mirage, c'en est fait de la liberté. Je vois la
jerre civile, qui déjà est allumée dans ma pa-
ie , étendre partout ses ravages et déchirer
Fiance en petits États; je vois l'horrible
lonstre de la dictature ou de la tyrannie, sous
Lielqne nom que ce soit, s'avancer sur des
f onceaux de ruines et de cadavres, vous englou-
r successivement les uns les autres et repous-
■r !a république. » Bientôt la Convention se
onva cernée de toutes parts. Couthon propose
le décréter l'accusation et l'arrestation des
jingt-deux membres dénoncés par la pétition,
:3s membres de la commission des douze, et
i3s ministres Lebrun et Clavière. L'assemblée
l^créta que les membres dénoncés seraient
lirdés à vue chez eux. Cette proposition fut
lloptée par la montagne et une partie de la
laine ; le côté droit s'abstint de voter. Lanjui-
lis avait excité l'enthousiasme par son con-
gé. Quoique surveillé chez lui par un gen-
irme, il reçut des témoignages éclatants d'ad-
. iration. Les villes de Rennes et de Saint-Malo
f. votèrent des adresses de félicitation. 11 pu-
^a encore un récit de l'insurrection, et provo-
la le peuple à sauver la liberté ; mais tout cela
[t inutile : la terreur dominait les âmes. Le
juin Lanjuinais demanda sa mise en jugement,
tp une lettre adressée à la Convention ; mais,
jyyant les mesures de rigueur que prenait le
iirti dominant , il consentit à s'échapper. Il
Vait peu de temps auparavant rendu quelques
rvicesau marquis de Châteaugiron, qui, en Te-
nant de Prusse avec son fils, avait failU être
iité comme émigré. Le marquis lui procura le
oyen de s'évader. Le 23 juin, l'abbé Baron ,
écepteur de Châteaugiron fils, vint faire une
urte visite à Lanjuinais; celui-ci, feignant de le
conduire, sortit après lui ; le gendarme de garde
voyant nu tête et en costume de chambre ne
conçut aucun sonpçon. L'abbé Baron le fit mon-
ter dans une voiture qui les attendait et qui les
conduisit à la campagne de Châteaugiron, au
Marais, près d'Argenteuil. Lanjuinais y resta
deux jours, et, muni d'un passeport où il était
désigné Jean Denis, écrivain, il arriva àCaen,
où plusieurs de ses collègues proscrits essayaient
d'organiser la résistance. Après vingt-quatre
heures de repos, Lanjuinais partit pour Rennes,
où il fut reçu au milieu des acclamations gé-
nérales. Il y publia une brochure dans laquelle
il attaquait la constitution rédigée par Hérault
de Séchelles. L'arrivée de Carrier à Rennes
obligea Lanjuinais à se cacher dans sa propre
maison, dans un petit grenier, dont la Incarne
était à demi bouchée par un fagot, et qui com-
muniquait avec une autre chambre par un
trou pratiqué au niveau du sol et recouvert par
une tapisserie. Il vécut là dix-huit mois, exposé
aux intempéries de l'air, et ne dut son salut
qu'au dévouement de sa femme et d'une ser-
vante. Carrier fit des recherches actives contre
Lanjuinais, mais elles demeurèrent infructueuses.
Des garnisaires restèrent continuellement placés
dans sa maison. La loi des suspects atteignit la
famille de Lanjuinais : sa mère, son frère, sasœnr,
sa fille, encore enfant, furent jetés en prison.
M™'' Lanjuinais n'avait qu'un m.oyen d'échapper
à la proscription, c'était le divorce; elle y re-
courut le 1 2 novembre 1793. Cet acte adoucit l'hu-
meur soupçonneuse du comité révolutionnaire.
M"^ Lanjuinais conserva ainsi sa liberté et la
jouissance de ses biens personnels ; les biens de
son mari avaient été confisqués. Enfin arriva
le 9 thermidor. Lanjuinais ne fut pas libre aus-
sitôt. 11 travailla de sa retraite à faire sortir ses
parents de prison, et n'y réussit qu'après plusieurs
mois. Sa maison fut encore investie et fouillée
par la troupe; mais sa femme avait eu le temps
de le faire cacher dans une alcôve. Au mois de
brumaire an m (novembre 1794), Lanjuinais
adressa à laConvention une pétition danslaquelle
il demandait des juges. Bientôt il envoya une
seconde adresse à la Convention, et le 18 frimaire
(8 décembre) cette assemblée rendit un décret
qui rappelait à la vie civile les députés mis hors
la loi par suite de l'insurrection du 2 juin. Trois
mois plus tard ils furent réintégrés dans leurs
fonctions de représentants du peuple. Aussitôt
que Lanjuinais eut recouvré sa liberté, il s'em-
pressa de faire annuler son divorce. Il allait
partir pour Paris lorsqu'il fut adjoint aux re-
présentants chargés de la pacification des
chouans. U se rendit aux conférences de La Ma-
bilaie, et y exerça une grande influence. Le
traité conclu , il vint reprendre son poste à la
Convention. Il y fut accueilli avec enthousiasme
par ses collègues dans les premiers jours de
floréal. Il fut nommé membre de la commission
des onze, qui rédigea la constitution de l'an ni, et
fut élu président de la Convention le 19 prairial
(7 juin). Insulté par les insurgés dans la journée
15,
455
LANJUINAIS
456
du l"^"" i)r<iiiial, il appuya la proposition de Le-
sage, (jiii demandait le renvoi des députés com-
promis devant les tribunaux ordinaires ; mais ce
fut en vain, la Convention renvoya tous les chefs
de la rébellion devant une commission militaire.
Le 18 floréal, Lanjuinais avait demandé avec cha-
leur la restitution des biens confisqués sur les
condamnés révolutionnairement, soutenant qu'in-
nocents ou coupables ils n'avaient pas été jugés,
mais assassinés. Sa motion, appuyée par Boissy
d'Anglas,fut adoptée. 11 demanda ensuite l'abro-
gation des lois qui frappaient les parents des
émigrés. Il combattit Fréron, qui proposait d'an-
nuler tous les certificats de résidence des indi-
vidus qui s'étaient enfermés à Toulon, ce qui était
les livrer à la mort; la proposition ne fut pas
adoptée. Dans beaucoup d'autres circonstances,
il professa les mêmes principes d'humanité, et
parvint à faire rayer des listes de proscription un
grand nombre d'émigrés et de prêtres déportés.
Enfin, il persuada ses collègues de restituer au
culte les édifices qui lui étaient nécessaires, et les
comités de salut public, de sûreté générale et de
législation le chargèrent de présenter à ce sujet
un projet, que l'assemblée adopta. Par cette
conduite, Lanjuinais se compromit à la fois au-
près des montagnards et des thermidoriens. Le
13 vendémiaire, il voulut s'opposer à ce que la
Convention appelât les anciens terroristes à sa
défense, et appuya la proposition de Gamon, qui
voulait qu'on parlementât avec les section-
naires. Quelques jours après, il fut accusé ipar
Tallien de complicité avec les royahstes. Lan-
juinais dédaigna de répondre ; mais il fut dé-
fendu par Louvet, Sieyès et l'ancien boucher Le-
gendre. A cette époque il fréquenfaif la société la
plus recherchée. M™" de Staël, M"" de Beauhar-
nais ; les généraux Hoche et Moreau étaient ses
amis.Lorsque après l'acceptation delà constitution
directoriale, on procéda à la nomination des dé-
putés aux nouvelles législatures,Lanjuinais fut élu
par soixante-treize départements, et dans presque
tous le premier de la liste. Appelé par le sort au
Conseil des Anciens, il s'opposa avec force aux
lois d'exception et à toutes.les mesures inconsti-
tutionnelles. Ses fonctions législatives cessèrent le
l*"" prairial an v ( 20 mai 1797 ) ; il retourna à
Rennes ; mais cette ville était devenue royaliste,
et Lanjuinais rentra dans la vie privée. Nommé
professeur de législation à l'école centrale de
Kennes, il imprima à son enseignement une di-
rection utile. La chaire de grammaire générale
devint vacante , il s'en chargea bénévolement.
Au milieu de ses occupations, il trouvait encore
le moyen de dénoncer les intrigues royalistes
dans le Journal de V Ouest ; mais il pensait que
la république ne devait employer contre ses
ennemis que des moyens légaux , et il désap-
prouva la révolution du 18 fructidor. Après le
18 brumaire, Lanjuinais fut présenté au sénat
par le corps législatif; le 22 mars 1800 il fut
élu membre de ce corps. Il s'y distingua parson
indépendance. Ainsi il s'opposa aux proscrip-
tions dirigées à la fois contre les démocrates et
les émigrés à la suite de l'explosion de la ma-
chine infernale. En 1802 il combattit avec éner-
gie l'élévation de Bonaparte au consulat à vie,
et en 1804 son élévation à l'empire. Mais en-
suite il se condamna au silence , et se contenta de
protester par son vote contre les mesures despo y
tiques sanctionnées par le sénat. Néanmoins lors-
que tous les sénateurs reçurent un titre nobiliaire^
Lanjuinais fut créé comte de l'empire en 1808;
il prit pour devise de ses armoiries Dieu et le&
lois. Le sénat donnait peu d'occupation. Lm-i
juinais ayant dû renoncer à sa profession d'à-,
vocat, incompatible avec sa haute dignité,
fonda avec Target , Portails , Malleville, etc.
une académie de législation , qui ne tarda pas l
se faire remarquer. Chargé de rédiger les pro-!
grammes d'enseignement de cette nouvelle aca
demie , il fit porter le nom des chaires à qua-;
torze , et se chargea de la chaire de droit ro-
main. Ses leçons, quoique faites en latin, étaien!
recherchées. M. Dupin aîné les fréquenta. Lii
création des écoles de droit en 1804 entraînai,
chute de cette école libre. Lanjuinais se jeta alor»
dans l'étude des théogonies orientales, et publiai
dans le Magasin Encyclopédique et dans li
Moniteur, des articles sur les langues, lei
mœurs et les religions de l'Asie. En même tempii
il donnait aux Mémoires de VAcadémie Ceh
tique des notices d'archéologie et d'histoire. Ld
16 décembre 1808, la classe d'histoire de l'Insi
titnt l'accueillit parmi ses membres à la plact
de Bitaubé.
Lorsque Paris fut investi par les troupes étran-i
gères, Lanjuinais se réunit à Grégoire, Lam-,
brechts et quelques autres sénateurs pour avi-
ser aux mesures à prendre. Le sénat, entraîné
par eux, prononça la déchéance de Napoléon, cl
nomma un gouvernement provisoire. CrcA
pair de France, le 4 juin 1814, il parut à la tri-
bune pour défendre les droits de la liberté. Il j
combattit la loi de censure du 21 octobre et la
proposition du maréchal Macdonald relative i
l'indemnité à accorder aux émigrés. Lanjuinais wi
s'opposait pas à ce qu'on donnât des secours aux
personnes nécessiteuses; mais il soutenait quei
l'État ne devait point établir des classes d'infor-
tunes privilégiées, surtout au profit d'hommea
qui possédaient les plus grands biens du pays/
et qui, après s'être enrichis des faveurs de l'em-i
pire, occupaient déjà tous les postes éminents de
la monarchie. Après le retour de Napoléon au
20 mars 1815, Lanjuinais se retira à la campagne,
et refusa de prêter les nouveaux serments qu'oa
lui demandait comme membre de l'Institut et
commandant de la Légion d'Honneur. Il ne fut
pas compris dans la chambre des pairs impériale ;
mais il fut élu à la chambre des représentants
par la ville de Paris et par le département de
Seine-et-Marne. Au premier tour de scrutin , il
fut élu président par cette assemblée. L'empe-
457
LANJUINAIS
458
reur ne roulait point sanctionner ce choix ;
Carnet l'engageait à l'accepter. Auparavant l'em-
pereur lit venir Lanjuinais , et lui demanda :
« Étes-vous à moi ? — Je n'ai jamais été à per-
sonne ; je n'ai appartenu qu'à mon devoir, » ré-
pondit Lanjuinais. — Me servirez-vous?— Oui,
sire, dans la ligne du devoir. — Me haïssez-
vous? — J'ai eu le bonheur de ne haïr jamais
personne. » Napoléon l'embrassa , et donna son
acceptation. Lerôle passif de président empêcha
Lanjuinais de participer autrement que par son
vote aux délibérations de la chambre des repré-
sentants. Il prit seulement part à la discussion de
l'adresse, où il fit substituer le mot de héros à
celui de grand homme, appliqué à l'empereur,,
en faisant observer que l'expression de grand
homme supposait des vertus dont celle de hé-
ros pouvait plus aisément se passer.
1 Dans la nuit du 21 juin, il assista à un comité
tenu aux Tuileries pour délibérer sur l'abdication
iprovoquée le matin à la chambre par Jay et La
Fayette, et il appuya la base de délibération pro-
IposéeparThibaudeau, qui disait qu'on saci'itierait
itout pour la patrie , excepté la liberté consfitu-
jtionnelle et l'intégrité du territoire. Lanjuinais
appuya aussi la proposition tendant à l'abdica-
ition de l'empereur ; mais elle ne fut pas adoptée.
Le lendemain Napoléon envoya à la chambre une
abdication en faveur de son lils. L'abdication fut
lacceptée par la chambre, mais sans condition.
Lanjuinais porta le décret aux Tuileries , et sur
l'observation de Napoléon que cet acte ne parlait
jpas de son fils, Lanjuinais répondit : « La
jchambre n'a délibéré que sur le fait précis de
l'abdication; je me ferai un devoir de lui rendre
compte du vœu de Votre Majesté pour son fils. «
jNapoléon comprit, et dit qu'il recommandait son
jfiis à la chambre. Peu de jours après, les étran-
gers étaient maîtres de Paris. Les portes de la
jchambre furent fermées et occupées militaire-
ment. Quatre-vingts représentants repoussés se
réunirent chez leur président, signèrent avec lui
un procès- verbal constatant la violence qui met-
tait fin à leur mandat. Une nouvelle chambre
des députés ayant été convoquée, Lanjuinais fut
nommé par le roi président du collège électoral
de Rennes. Il eut à soutenir une lutte très-vive
contre le parti ultra-royaliste. De retour à Paris,
il combattit à la chambre des pairs un projet de
loi présenté par le ministère concernant les me-
sures de sûreté contre les inculpés d'attentats
1 politiques, par lequel la liberté individuelle était
suspendue, les fonctionnaires administratifs au-
torisés à faire arrêter et détenir arbitrairement
tous les citoyens pendant un temps indéfini.
Lanjuinais prononça un discours énergique, qui
excita la fureur de ses adversaires; la loi passa.
Lanjuinais fit imprimer son discours ; le 3 no-
vembre, le duc de Saint-Aignan l'accusa d'avoir
voulu par cette publicité exciter au mépris d'une
loi votée par la chambre, et demanda la cen-
sure contre lui. La proposition du duc de
Saint-Aignan fut prise en considération; Lanjui-
nais répondit par un mémoire justificatif, et
l'affaire n'eut pas de suite. La chambre des pairs
ayant été saisie du jugement du maréchal Ney,
un pair demanda qu'il fût interdit à l'accusé
d'invoquer dans ses moyens de défense la capi-
tulation de Paris qui le couvrait. Lanjuinais
s'opposa seul à cette interdiction : « La conven-
tion de Paris, dit-il , a été stipulée précisément
pour les délits politiques, et il s'agit dans ce
moment d'un militaire illustre ! Cette conven-
tion fournit une exception non pas seulement
préjudicielle, mais péremptoire, puisqu'elle dé-
truit l'accusation. Les exceptions péremptoires
peuvent s'opposer à toutes les périodes de la
procédure, jusqu'à ce qu'il y ait condamnation;
cela est reconnu, écrit dans tous les livres, reçu
dans tous les temps, admis dans tous les pays. »
Le maréchal ayant refusé de se défendre, la
chambre passa au vote. Trois questions de fait
furent posées et résolues contre le maréchal par
plus des deux tiers des voix. Lanjuinais refusa
de voter, alléguant qu'il ne pouvait juger en
conscience, attendu le refus qu'on avait fait à
l'accusé d'entendre sa défense sur la convention
du 3 juilllet. MM. D'Aligre et de Nicolaï adhé-
rèrent à sa protestation. Sur l'application de la
peine, Lanjuinais prit la parole, et motiva ainsi
son vote : « Il n'y aurait point de chambre des
pairs, ou il ne devrait pas y en avoir, si en fait
de crimes d'État elle n'était pas un grand jury
politique, astreint principalement aux considé-
rations d'utilité pubhque. Ainsi , considérant,
1° la conviction où je suis qu'il y a des vices
majeurs dans l'instruction; 2° l'article 1 2 de la
convention de Paris, qui s'applique à l'accusé
ou à personne, et qui a été rejeté sans l'entendre
dans ses moyens de défense; 3° les circonstan-
ces atténuantes que chacun connaît ; 4° redou-
tant pour ma patrie l'abîme de malheurs qui
peuvent naître de la multiplication des supplices
pour des crimes politiques, multiplication que je
verrais appeler par celui de l'accusé; j'accède
à l'avis pour la peine de la déportation. » Dix-
sept pairs votèrent pour la déportation, cent
trente-neuf pour la mort.
Lanjuinais continua de s'opposer au déborde-
ment réactionnaire de la chambre introuvable. Il
combattit successivement la proposition de resti-
tuer au clergé ses biens non vendus et de lui per-
mettre d'en acquérir indéfiniment de nouveaux ;
la résolution relative à la suppression des pensions
des prêtres mariés ; le projet de loi pour le réta-
bUssement des cours prévôtales ; la prétendue loi
d'amnistie qu'il appela loi de proscription, etc.
L'ordonnance du 5 septembre 1816 changea la
direction de la politique générale. Lanjuinais cessa
son rôle d'opposition. Il appuya les projets mi-
nistériels, et particulièrement la loi des élections
de 1817 et la loi de recrutement de 1818. Il atta-
qua pourtant dans une brochure la constitution du
conseil d'État, et signala le danger de soumettre
459
LANJUmAIS
460
à une commission amovible les questions élec-
torales. Dans toutes les occasions , il demanda
le rappel des proscrits, la réintégration des
vingt-neuf pairs qui avaient siégé dans la chambre
des Cent jfours, et le payement arbitrairement
suspendu des pensions de Grégoire, de Monge
et de quelques autres sénateurs. Il appuya vi-
vement le ministère dans la discussion de la pro-
position Barthélémy contre la loi électorale. Il
dénonça les menées des royalistes exagérés,
et excita un orage en signalant à la tribune
l'existence de l'armée de l'ouest, ses dépôts
de matériel, ses assemblées secrètes et sa co-
carde verte. Cette dénonciation lui valut un rap-
pel à l'ordre. L'année suivante, le duc Decazes
changea de politique, et il était entré dans ce
système surnommé de bascule, lorsque le duc de
Berry périt assassiné. Le duc Decazes dut quitter
le ministère après avoir présenté trois projets de
loi restrictifs de la liberté individuelle et de la li-
berté de la presse, et modifiant la loi électorale.
Lanjuinais rentra dans l'opposition, et combattit
pied à pied toutes les tentatives rétrogrades des
cabinets Richelieu et Villèle. En même temps il
publiait des travaux qui doivent le ranger parmi
nos premiers publicistes. Attaché aux libertés
de l'Église gallicane, il attaqua à la chambre des
pairs et dans la presse les entreprises ministériel-
les qui tendaient à faire revivre les anciens con-
cordats, à rétablir des tribunaux ecclésiastiques,
à multiplier les couvents avec certains privilèges,
et à soumettre la puissance temporelle à l'au-
toi'ité spirituelle. Rappelant que le royaume de
Dieu n'est pas de ce monde, il rejetait les pré-
tentions des papes au gouvernement absolu de
l'Église et leur infaillibilité. Adversaire des jé-
suites , admirateur des philosophes de Port-
Royal , il passait pour janséniste ; mais il était
loin cependant d'admettre- les opinions théologi-
ques attribuées à Jansenius sur la grâce. Sin-
cèrement attaché à la religion catholique, mais
sans intolérance, sans esprit de prosélytisme, il
admettait et aimait la discussion même en ma-
tière religieuse ; c'est ainsi qu'il eut pendant vingt-
cinq ans des relations amicales avec Volney et
des rapports suivis avec H. Wronsky, Fourier
et Saint-Simon. En 1822 il s'opposa à la dispo-
sition de la loi sur la presse qui qualifiait délit
Voutrage aux religions reconnues. « Le monde,
disait-il, ne se règle pas comme un couvent,
ni comme un séminaire... Les apôtres n'ont pu
établir l'Évangile sans outrager de paroles, no-
nobstant les édits des Tibère, des Néron et des
Dioclétien , les mystères de Bacchus , ceux de
Sera pis et de la mère des dieux. Votre loi n'est
qu'un édit de Tibère, de Néron et de Dioclé-
tien. » En 1825 il prononça ces mots contre la
loi du sacrilège : « Tout révolte les esprits et les
cœurs dans ce projet de rouvrir les charniers
de l'intolérance. » Les loisirs que lui laissaient
la politique et la religion , il les consacrait à la
littérature, à la philosophie et à l'étude des
langues orientales. Atteint en 1826 des premières
atteintes d'un anévrisme au cœur, il parut encore
à la tribune de la chambre des pairs, et y com-
battit le droit d'ainesse et les substitutions. Le
11 janvier 1827 une inflammation cérébrale se
manifesta. Deux jours après il mourut.
Dans son éloge, le comte de Ségur caractérise
ainsi Lanjuinais : « Plus célèbre encore par sii
constante vertu que par sa vaste érudition ,
vertu rigide, et dont aucun souffle de la calomnii
n'a pu, n'a même essayé de ternir la pureté ;
homme éminemment de bonne foi , soit qu'il s(
trompât ou non, sans s'occuper de ce qui pou-
vait plaire aux différents partis , ou les cho
quer, et par cette bonne foi toujours respec-
table, même dans les écarts de son imagination,
il exprimait sans ménagement toute opinion qu
lui paraissait juste et conforme à l'intérêt gêné
rai... Ceux même dont il combattait les opiniom
rendaient hommage à la pureté de ses intentions
à cette verdeur de vieillesse qui étonnait. la jeu
nesse la plus ardente , à cette franchise sansi
bornes qui ne lui permettait de contenir aucune
de ses pensées, et qui donnait à ses discoun
quelquefois impétueux une empreinte d'originai
lité qui peignait fidèlement son caractère. Cett<
tête si vive était d'ailleurs toujours animée pai
une bonté de cœur inaltérable. « A ce portraili
Julien de Paris ajoutait : « Ami de la liberté/
ami de la justice, toujours animé des principes
de la charité et de la tolérance dans sa vie pui
blique et dans sa vie privée ; doué d'une piétt
sincère, d'un patriotisme ardent mais supérieui
à l'esprit de parti; actif et infatigable pour h
bien; distingué comme professeur dans noj
écoles de droit, comme défenseur des libertéii
publiques dans nos assemblées nationales .
comme publiciste profond , judicieux et éclairé,i
dans les rangs de nos écrivains politiques,!
comme savant laborieux dans nos académies,
comme excellent dans ses relations domestiquer
et sociales, Lanjuinais a mérité l'estime et leS'
respects de ceux qui n'ont point partagé ou qu)
ont combattu ses opinions. »
On a de Lanjuinais ; Mémoire sur Vorigine.
Vimprescriptibilïlé, les caractères distinctify
des différentes espèces de Dîmes , et sur
présomption légale de Vorigine ecclésiastique:
de toutes les Dîmes tenues en fief; Rennesi
et Paris, 1786, in-8°; — Préservatif contre
l'Avis à mes compatriotes; Rennes, 17S8,
in-12; — Réflexions-patriotiques sur Varrêié
de quelques nobles de Bretagne du 25 août»
1788 ; Rennes , 1788, in-12 ; — Rapport sur la
nécessité de supprimer les dispenses de ma-
riage , de supprimer ou de modifier les ob-
stacles qui le retardent ou l'annulent, enfin
d'établir une forme purement civile pour
constater i'état des personnes; Paris, 1791,
1815, in-8°; — Discours sur la question de
savoir s'il convient de fixer îtn maximum de:
population pour les communes de la repu-
461
bliqtie; Paris, 1793, in-8°
LANJUINAIS
— Dernier Crime
de Lanjuinais aux assemblées primaires sur
la constitution de 1793; Rennes, 1793, in-S»;
— Rapport sur l'e/fet rétroactif des lois du
12 brumaire, du 17 nivôse an II; 1795, in-8°;
— Notice sur Vouvrage de Vévêque et séna-
teur Grégoire intitulé : De la Littérature des
Nègres; Paris, 1808, in-8o;— Christophe Co-
lomb, ou notice d'un livre italien concernant
cet illustre navigateur ; Paris, 1809, in-8°; —
Proposition faite au Sénat le 26 avril 1814;
Paris, 1814, in-8"; — Opinion sur la loi con-
cernant des mesures de sûreté contre les in-
culpés d'attentats politiques; Paris, 1815,
in-80; — Mémoire justificatif pour le comte
Lanjuinais, pair de France... dénoncé par
quatre de ses collègues pour avoir imprimé
et publié son opinion sur le projet de la loi
nouvelle concernant des mesures de sûreté
générale , avec des notes sur un libelle in-
titulé: Réfutation de l'opinion de M. le comte
de Lanjuinais, etc. ; Paris, 1815, in-8°; — De
l'Initiative des Chambres ; opinion de M. le
comte Lanjuinais prononcée en la chambre
des pairs le 24 /emerl816, à l'occasion du
projet de loi sur la formation de la cham-
bre des pairs eji cour de justice criminelle;
Paris, 1816, in-S"; — Opinion contre la réso-
lution de la chambre des députés relative
aux libéralités et immeubles territoriaux au
profit du clergé , prononcée le 5 mars 1S16 à
la chambre des pairs; Paris, 1816, in-8"; —
Opinion contre la résolution pour supprimer
les pensions des prêtres mariés; Paris, 1816,
in-s^; — Appréciation du projet de loi rela-
tif aux trois Concordats, avec les articles du
dernier Concordat, ceux du projet de loi et
une Revue des ouvrages sur les Concordats ;
Paris, 1817, in-8° ; 4"= édition, 1818; — Opi-
nions de MM. les comtes de Boissy d'Anglas,
Lanjuinais et le duc de Broglie relatives
au projet de loi sur la liberté individuelle ;
Paris, 1817, in-8°; — Du Conseil d'État et de
sa compétence sur les droits politiques des
citoyens, ou examen de l'article de la loi sur
les élections du Q février 1817; Paris, 1817,
in-8°; — Notice de la Dissertation de feu
M. Baradère, curé, sur l'usure; Paris, 1817,
in-8" ; — Des Dépenses et des Recettes de l'É-
tat pour l'an 1818, et dïi Crédit public; Pa-
ris, 1818, in-8° ; — Constitution de la nation
française, avec iin essai de traité historique
et politique sur la Charte, et tm recueil de
pièces corrélatives ; Paris,, 1819, 2 vol. in-8°; —
La Charte, la Liste civile et les Majorais;
Paris, 1819, in 8° ; nouv. édition, augmentée
d'un fragment sur les inconvénients des
majorais pour l'État et les familles ; Paris,
1819, in-8"; — Opinion sur la proposition
de szibstituer une autre peine à celte de la
déportation ; Paris, 1819, in-8°;— Examen
du système de M. Flaugergues établissant la
462
dictature du roi et des chambres ou leur
pouvoir de changer la constitution sa7is ob-
server aucune forme spéciale; Paris, 1820,
in-8° ; — Cinq discours prononcés à la cham-
bre des pairs pour faire conserver : 1" la li-
berté individuelle ; 2o la liberté de la presse
ou des journaux ; 3° la loi des élections du
5 février 1817 ; Paris, 1820 , in-S" ; — Contre
les privilèges de surséance légale au paye-
ment des dettes privées; Paris, 1820, in-8'';
— Discours sur le nouveau projet de loi
sur les élections; Paris, 1820, in-8"; — His-
toire abrégée de l'inquisition religieuse en
France , suivie de l'Opinion contre le projet
relatif aux pensions ecclésiastiques, au-
trement à l'érection de trente évéchés nou-
veaux; Paris, 1821, in-8°; — Mémoires sur
la religion, avec des tableaux de la disci-
pline,et des mœurs du temps présent dans
les différentes communions; premier mé-
moire: Des officiantes anciennes et nouvelles;
Paris, 1821, in-8''; — De l'Organisation mu-
nicipale en France, et du projet présenté aux
chambres en 1821 par le gouvernement du
roi sous l'empire de la charte ; Paris, 1821,
in-8o ( avec M. Kératry) ; — Vues politi-
ques sur les changements à faire à la cons-
titution d'Espagne afin de la consolider, spé-
cialement dans leroyaume des Deux-Siciles ;
Paris, 1820, 1821, in-8"; — Discours prononcé
le IG décembre 1820 sur la compétence de la
chambre des pairs en crime d'attentat à la
sûreté durai et des membres de sa famille;
Paris, 1821, in-8"; — Contre le nouveau pro-
jet de loi relatif aux délits de la presse;
Paris, 1822, in-8" ; — Études biographiques et
littéraires sur Ant. Arnauld, P. Nicole, et
Jacq. Necker, avec une Notice sur Christ.
Colomb; Paris, 1823, in-8°; — La Religion
des Indous selon les Vedah , ou analyse de
l'Oupnek'hat publié par Anquetil Du Perron
en 1802; Paris, 1823, in-8"; — Contre un
article du projet de loi de timbre et d'enre-
gistrement qui suppose les congrégations re-
ligieuses assez bien autorisées, leur attribue
des privilèges en matière d'impôts, etc., avec
des Réflexions sur le nouveau projet de loi
relatif aux maisons religieuses de femmes;
Paris, 1824, ïn-8o; — Tableau général de l'é-
tat politiqtie intérieur de la France depuis
1814 et de l'Angleterre depuis 171G, ou dis-
cours de M. le comte Lanjtiinais contre la
septennalité ; Paris, 1824, in-8" ; — Exa-
men du huitième chapitre du Contrat social
de J.-J. Rousseau, intitulé De la religion ci-
vile; Paris, 1825, in-8o • — Lu Bastonnade
et la Flagellation pénales considérées chez
les peuples anciens et chez les modernes;
Paris, 1825,in-8'>; — Contre le Rétablissement
des Péchés de Sacrilège dans le Code crimi-
nel; Paris, 1825, in-8'»; — Les Jésuites en mi-
niature, ou le livre du Jésuitisme ( de M. d^
463
LANJUINAIS
464
Pradl ), analysé, avec quelques mots sur des
Réflexions nouvelles de M. Vabbé de la Men-
nais, et sur la vie de Scipion Ricci, évêque
de Pistoje; Paris, 1826, m-18; — Discours
contre le projet de rétablir et d'aggraver les
privilèges d'aînesse, de masculinité , de sub-
stitution; Paris, 1826, in-So; nouv. édit., aug-
mentée du discours spécial du même orateur
sur les Substitutions; Paris, 1826, in-8°.
Lanjuinais a fourni aux Mémoires de l'Aca-
démie Celtique un morceau intitulé : Des Lan-
gues et des Nations celtiques extrait du Mi-
thridates d'Adelung (dans les tomes IV et V)
et une Notice sur la Grammaire du dialecte
slave par de Zoïs (dans le tome V). Il est
auteur du Discours préliminaire sur l'his-
toire de la Grammaire générale et des notes
d'une nouvelle édition de V Histoire naturelle
de la parole A& Court de Gebelin; 1816; et
d'un Fragment historique sur ledi 7?iai im-
primé à la suite de l'Histoire de la Convention
nationale de Durand de Maillane; 1825. On a
encore de lui deux opuscules, l'un Sur la
Langue chinoise, l'autre Sur les Vases mur-
rhins. 11 a enfin fourni des articles en grand
nombre aux Annales Encyclopédiques ( 1817 ) ;
à la Chronique Religieuse, qu'il avait contribué
à fonder pour la défense des libertés de l'Église
gallicane ( 1818-1821); à la Revue Encyclopé-
dique (1819-1826); au Mercure de France;
aux Annales de Grammaire , au Journal de
la Société Asiatique, kVEncylopédie moderne
de Courtin, etc. Peu de temps avant de mou-
rir, il acheva la traduction du poëme sanscrit
le Baghavadgita, et composa un Mémoire his-
torique sur la célèbre maxime de l'édit de
Pistes de 884 : Lex fit consensu popuU et
constitutionc régis. Longtemps après sa mort
on a publié : Opinion de M. le comte Lanjuinais
sur le Divorce , prononcée à la chambre des
pairs en 1816; Paris, 1832, in-8''. — Son fils,
M. V. Lanjuinais, a publié une édition des Œu-
' vres complètes du comte Lanjuinais ; Paris,
1832, 4 vol. in-80, avec portrait. L. Louvet.
Victor Lanjuinais, Notice historique sur J.-D. I/in-
fuiiiais; Paris, 1832, in-8°, et en tète des Œuvres de
Lanjuinais publiées par son fils. — Comte de Ségur,
Éloge de M. le comte Lanjuinais , lu à la ciiambre des
pairs, le l" mars 1827. — M. A. Julllen (de Paris), NO'
tiee biographique et littéraire sur M. le comte Laiijui-
nai5L,dans la Revue encyclopédique, tomeXXXT, juillet
1827, p. 27 et suiv., avec un portrait littiogr. — Dupin
a\né, îfotice sur Lanjuinais ; Paris, 1827, in-12. — Da-
cler. Notice sur la Fie et les Ouvrages de Lanjuinais ,
dans les Mémoires de l'Académie des Inscriptions,
V série, liistoirc, t. IX, p. 159. — Quérard, La France
Uttér. — Moniteur, 1789-1827.
J LANJUINAIS {Victor), économiste et
hûiiime politique français, fils du précédent, est
né à Paris, le 13 novembre 1802. Il fut nommé
député par l'arrondissement de Nantes, le 15 fé-
vrier 1838. Dans la session de 1847, il vota pour
la proposition relative à la réforme électorale ;
mais il refusa d'assister aux banquets politiques.
Après la révolution de 1848, il fut élu membre
de l'Assemblée constituante. Sans cacher ses re-
grets pour la monarchie constitutionnelle , il ac-
cepta sincèrement et servit loyalement la ré-
publique. Membre et secrétaire du comité des
finances, il y combattit les opinions socialistes,
et contribua à y faire prévaloir les doctrines éco-
nomiques de l'école hbérale. Il s'opposa surtout
à l'emploi de la trop facile et dangereuse res-
source du papier monnaie, et proposa de com-
bler le déficit par la consolidation des bons du
trésor et des livrets des caisses d'épargne, et
par l'émission d'un emprunt de deux cents mil-
lions en rentes sur l'État. Cette mesure , appuyée
par M. Jules de Lasteyrie et M. Berryer, fut vi-i
vement combattue, et les partisans du papier-
monnaie étaient sur le point de l'emporter, lors-;
que M. Lanjuinais , qui s'était assuré à l'avance
de l'assentiment du gouverneur de la banquei
de France et du syndic des agents de change, de-;
manda que le comité ne prît sa décision qu'a-i
près avoir entendu ces fonctionnaires. L'autoritél
de leur témoignage formel en faveur de la pro-
position décida la majorité du comité. L'en-i
semble de ces mesures financières, adopté bientôt)
après par l'Assemblée constituante, a été le point
de départ de la restauration du crédit public.
M. Lanjuinais fut ensuite chargé de plusieurs
rapports sur les caisses d'épargne et les bons dui
trésor et sur les propositions relatives à la créa-i
tion de nouvelles banques. Ilfutaussi membre de •
la commission d'enquête nommée pour recher-
cher les auteurs des insurrections du 15 maietdui
23 juin 1848. Il fit partie de la majorité de cette i
commission, et prit une part assidue à ses travaux. ,
Lorsque après le vote delà constitution M. Rateaui
et plusieurs autres représentants demandèrent la»
dissolution de l'Assemblée constituante, le côtéi
gauche repoussait avec violence cette proposition i
et paraissait disposé à prolonger indéfiniment &es;i
pouvoirs, tandis qu'au dehors une réaction pas-;
sionnée et de sourdes intrigues menaçaient l'as-
semblée d'une dissolution violente. Dans cesi
circonstances , M. Lanjuinais fit une proposition i
dont les dispositions conciliantes, exposées avec i
de grands égards pour tous les partis, obtinrenti
la majorité en faveur d'une dissolution volontaire i
de l'assemblée après le vote de la loi électorale, et;
prévinrent une collision qui semblait inévitable.
Lors de la nomination de l'Assemblée législative i
quelques meneurs légitimistes habilement organi-
sés dans le département de la Loire- Inférieure et
maîtres des élections par leur influence sur les
électeurs illettrés des campagnes, écrivirent aux
représentants de ce département qu'ils ne se-
raient portés sur les listes qu'à la condition de
pi-endre des engagements en faveur du réta-
blissement de la royauté légitime. M. Lanjuinais
refusa de se soumettre à cette injonction, et ne
fut pas réélu dans le département qu'il représen-
tait depuis onze ans. Il se retira à la campagne.
Il y était à peine arrivé, qu'une dépêche télégra-
phique du 2 juin 1849 lui apprit qu'il était ap-
465 LANJUINAIS
pelé, comme ministre du commerce et de l'agricul-
ture à faire partie du cabinetprésidéparM.Odilon-
BaiTot. Au mois de juillet suivant, treize rééiec-
jtions ayant eu lieu à Paris , il fut nommé le pre-
mier delà liste, et rentra à l'Assemblée nationale.
Comme ministre du commerce, il prit part à une
mesure importante, la suppression de l'ancien et
labusif système des quarantaines du Levant. 11
ordonna aussi la suppression du monopole de la
boulangerie parisienne; mais sa décision, rendue
dans les derniers jours de son administration, fut
révoquée par son successeur avant d'avoir été
exécutée. Chargé pendant trois mois de l'inté-
rim du ministère de l'instruction publique, il eut
jà statuer sur la question délicate de la tenue des
isynodes provinciaux , que les évêques voulaient
isoustraire à l'autorisation du gouvernement. Il
Résolut cette difficulté en obtenant du président
ide la république l'autorisation collective des
jsynodes qui seraient tenus pendant le cours de
Irannée 1849, en réservant au gouvernement
jrintégrité des droits qui lui ont été attribués par
la loi organique du concordat. Le ministère dont
!m. Lanjuinais faisait partie fut révoqué avec éclat
!le 31 octobre, au moment où il avait l'adhé-
sion de toutes les nuances de la majorité, et
;0Ù il ne comptait plus d'adversaires que dans
jle parti de la Montagne. 11 refusa d'entrer dans
laucune des combinaisons mises en avant. Au mi-
llieu des divisions croissantes et habilement
lexcitées de l'Assemblée nationale, M. Lanjuinais
Iprit part aux travaux de plusieurs commissions
(importantes, telles que la commission d'enquête
Ide la marine et celle des boissons ; il fut en outre
l'nommé président et rapporteur de la commis-
'sion d'enquête sur la production et la consom-
imation de la viande de boucherie. Il a écrit
!pour la première de ces commissions un i-apport
spécial sur l'inscription maritime et le recrute-
tement de l'armée navale, et fait au nom de la
iseconde le rapport général sur la consomma-
tion de la viande de boucherie en France. Le
J2 décembre 1851, M. Lanjuinais, repoussé de
■l'Assemblée nationale avec MM. Daru , Barrot,
Ide Tocqueville, etc., se rendit avec eux à la mai-
'rie du dixième arrondissement, y prit part à
'toutes les délibérations, fut arrêté et transféré
làVincennes, puis relâché le 5 décembre. Il est
'resté depuis ces événements étranger aux af-
faires publiques. Les travaux économiques de
jM. Lanjuinais ont été publiés en 1852 par
:M. G. Hubbard. X.
Doctiments particuliers.
LANKRiiSK {Prosper- Henri), peintre alle-
mand, né en 1628, mort en août 1692. Fils d'un
colonel qui avait pris du service dans les Pays-
Bas, il fut destiné par sa mère à l'état ecclésias-
tique; mais il obtint d'elle, quoique avec beau-
coup de répugnance , de suivre son goût pour la
peinture, et entra à l'académie d'Anvers. Ses
progrès furent rapides, surtout dans le paysage;
il choisit pour modèles Titien et Salvator Rosa.
- LANNEAU 4fi6
La mort de sa mère l'ayant mis en possession
d'une modeste fortune, il passa en Angleterre, ou
deux amateurs éminents, l'amiral Edward Sprag
et sir W. Williams, le prirent sous leur pro-
tection. Malheureusement la galerie de ce der-
nier devint la proie des flammes, de sorte qu'il
resta fort peu de tableaux achevés de Lankrink,
dont l'œuvre n'était pas déjà trop nombreuse.
Pierre Lely, peintre de la cour, l'employa sou-
vent dans la décoration des palais dont il fut
chargé. Les paysages de cet artiste distingué
sont remarquables par l'invention, l'harmonie
et la couleur; on cite de lui le plafond qu'il pei-
gnit pour Richard Lent, à Causham , dans le
Wiltshire. Il laissa après sa mort une précieuse
collection de tableaux, de dessins et d'objets
d'art, dont la plupart avaient été réunis à l'é-
tranger. P. L — Y.
Watpole, .anecdotes. — Naglcr. Kûnstler-Lcxicon.
LANNEAU DE MKKV.Y [ Pierre- Antoinc-Vic-
tor de), fondateur de Sainte-Barbe, né à Bard,
près Sémur (Côted'Or), le 24 décembre 1758,
mort à Paris, le 31 mars 1830. Issu d'une famille
noble de Bourgogne , il fit ses études au col-
légedeLa Flèche, puis à l'École-Militaire, à Paris.
La mort d'un de ses frères l'obligea de changer sa
carrière. Il prit les ordres , entra chez les théa-
tins pour se consacrer à l'enseignement, et fut en-
voyé à Tulle comme principal du collège. Privé
de cet emploi par la révolution, il se rendit à Au-
tun , prêta serment à la constitution civile du
clergé, et resta comme grand-vicaire près de l'é-
vêqae constitutionnel. Il devint administrateur
de la fonderie du Creuzot et maire de la ville
d'Autun. Élu député suppléant à l'Assemblée lé-
gislative, en 1794, il fut dénoncé et incarcéré
dans la prison du Luxembourg, d'où il fut tiré
par Carnot, son compatriote. De Lanneau s'é-
loigna de Paris, et n'y revint qu'après le réta-
blissement du calme. II sollicita un emploi, et
obtint la sous-direction du Prytanée français,
en 1797. Non loin de cette institution étaient les
bâtiments vacants du collège de Sainte-Barbe,
qui avaient été vendus comme domaine natio-
nal. Ils allaient être démolis lorsque de Lanneau,
qui eut quelque temps Miellé pour associé, y ré-
tablit , en 1798, le 4 décembre , l'ancien collège,
dont la réputation n'avait pas été oubliée. Ouvert
sous le titre de Co/^e'^e des Sciences et des Arts,
le collège reprit plus tard l'ancienne dénomina-
tion de Sainte-Barbe. Habilement dirigé et réu-
nissant des professeurs d'élite, il ne tarda pas à
reprendre son ancienne splendeur. Victor de Lan-
neau a été, au commencement de ce siècle, un
des plus actifs organisateurs de l'instruction pu-
blique; les règlements de Sainte-Barbe furent
appliqués aux nouveaux Lycées par ordre de
M. de Fonfanes, qui appelait de Lanneau Vu-
niversitaire de Vuniversilé. Les élèves dis-
tingués qu'il a produits ont consacré son souve-
nir par une association qui célèbre chaque année,
dans une réunion, le collège et son digne chef, en
467
LANNEAU — LANNEL
46;
riionneur duquel ils ont fait frapper une médaille,
en 1825, par Gatteaux, un de leurs condisciples.
De Lanneau, cherchant à étendre les bienfaits de
l'instruction, établit dans les bâtiments de son col-
lège une école gratuite pour les enfants pauvres
du douzième arrondissement. Sa générosité s'é-
« tendit môme à un nombre notable de ses élèves
dont les parents avaient perdu leur fortune, et
qu'il garda près de lui comme des enfants d'a-
doption.
Sous la restauration on se souvint qu'il avait
reconnu la constitution civile du clergé, et
qu'il s'était marié. Aux reproches qui s'éle-
vaient contre lui il opposait vainement un
bref du pape qui l'avait relevé de ses vœux
lors de son mariage ; il fut obligé de quitter la
direction de Sainte-Barbe, qu'il confia à son
gendre et plus tard, après la mort de celui-ci,
à M. Ad. de Lanneau, son fils aîné. Néanmoins,
il conserva jusqu'à sa mort la surveillance de
l'établissement.
De Lanneau écrivit quelques ouvrages d'é-
ducation. Quelques fragments de sa correspon-
dance, précédés d'une notice par M. L. Qui-
cherat, ont été publiés par un de ses fils :
cet ouvrage, distribué à quelques amis et tiré
à 160 exemplaires numérotés, l'a grandi dans
Je souvenir de ceux qui l'ont connu. Voici
les titres des ouvrages de Victor de Lanneau :
Coûtas ou Leçons pratiques de Grammaire
française; 1824, in-12; — Grammaire des
enfants; 1824, in-12; plusieurs éditions; —
Grammaire élémentaire; 1824, in-12; —
Grammaire à l'usage des premières classes
de latin; 1824, in-12; — Dictionnaire -de
poche de la Langue Française; 1827, gr. in-32 ;
i_ 2^ édit., 1829; — Dictionnaire po^étique des
rimes françaises; 1828, in-32 ; — Dictionnaire
de poche Latin- Fr ançais ; 1829, in-32.
GUYGT DE FÈRE.
Recueil de lettres de V. de Lanneau, publié par
E. de Lanneau, en 1351, in-8". — Notes particulières. —
L. Quicherat, Notices sur V. de Lanneau.
LAKNEL {Jean de ), seigneur f/e Chaintreau
et d'Imbert, historien et romancier français, se
fit connaître, au commencement du dix-septième
siècle, parla publication d'un assez grand nombre
d'ouvrages ; mais on ignore la date et le lieu de
sa naissance et de sa mort : on sait seulement
qu'élevé par les soins de son oncle, M. de Hillerin,
conseiller d'État, trésorier de France , il fut at-
tacliéàla personne du maréchal Cossé de Brissac,
et qu'après la mort de ce protecteurp arrivée en
1621, il passa au service du duc de Lorraine,
près duquel il avait trouvé un appui dans la per-
sonne de Louis de Lorraine, fils naturel du car-
dinal de Guise, tué à Blois, et qui, devenu le
beau-frère du duc, avait été créé prince de Phalz-
bourg. Ce dernier, qui habitait souvent Paris,
avait formé dans son hôtel une espèce d'aca-
démie, où il réunissait quelques beaux esprits du
temps, et parmi lesquels figurait Jean de Lannel.
Prosper Marchand, dans son Dictionnaire Histo
rique, n'a donné sur Lannel qu'un article dehui_
lignes, el assure qu'il n'a pu recueillir à son suje!
aucun autre renseignement ; mais il s'en dédom
mage amplement par huit colonnes serrées dii
notes ayant un rapport plus ou moins direet au)l
ouvrages de l'écrivain, qui serait tombé dam
l'oubli le plus profond, s'il n'eût attaché son non
à un roman qui obtint, lors de sa publication, ui
succès auquel les penchants malins du pubH(
eurent plus de part que le mérite de l'œuvre
Marchant de loin sur les traces de l'auteur Â
VEuphormion, Jean de Lannel dans son Ro-
man satirique (Paris, Jean du Bray, 1024,
in-8° de 1113 pag. ), essaya de présenter le ta-
bleau des désordres et de la corruption qui ré-
gnaient en France au commencement du règne d{
Louis XIII ; il met en scène, sous des noms sup-
posés, un assez grand nombre de personnages!
qui avaient joué un certain rôle sur le terrain
mouvant de la politique , de la guerre et des aven-
tures amoureuses. L'abbé d'Artigny, dans ses
Mémoires, a dévoilé les noms véritables de quel-
ques-uns d'entre eux ; mais il est à regretter
qu'il n'ait pas donné la clef de beaucoup d'autres,
dans la crainte, dit-il, de devenir ennuyeux.
Les auteurs de la Bibliothèque des Romans
ont été plus explicites : à la suite d'un long extrait
du Roman satyrique oatronve, sous le titre de
Notes historiques et interprétatives, des con-
jectures plus ou moins plausibles sur l'attribution
qui peut être faite de ces noms déguisés à plu-
sieurs personnages d'un rang élevé qui avaient
figuré dans les intrigues politiques ou galantes
de la cour. Ces noms , ridiculement forgés , ne
prêtent souvent à l'interprétation que des simili-
tudes syllabiques. Qui pourrait reconnaître, par
exemple, le prince de Gonzague dans le mot
Gonzanverî, Condé dans le prince de Rocando,
la maréchale d'Ancre dans laduchesse à&Confor-
liche, etc.? Ce qui porterait à penser que lai
perspicacité maligne du public avait pénétré le
secret de plusieurs de ces déguisements , c'est le
soin que prit l'auteur de publier l'année suivante
une nouvelle édition de son livre sous le titre de
Roman des Indes, Paris, Toussaint du Bray,
1625,in-8°, à laquelle il ne fit d'autres change-
ments que de transporter de la Galatie dans les
Indes le lieu de la scène, et d'imposer de nou-
veaux noms à ses personnages, de manière à
les rendre plus méconnaissables encore. Au
surplus, nous ne pouvons donner une entière
adhésion au jugement trop avantageux que les
auteurs delà Bibliothèque des Romans portent
de cet ouvrage ; suivant eux, « il est plein de
mouvement, de caractères, de situations pi-
quantes et d'imagination ». On ne peut con-
tester, il est vrai, au romancier un certain talent
de narration qui attache le lecteur, alors qu'il
devrait être rebuté par l'invraisemblance ou la
bizarrerie des situations ; mais un défaut plus
grave tient au peu d'intérêt qu'inspire le héros
Lé^jd*/
469 I,ANNEL
du roman. Nouvel Amadis , il s'escrime d'estoc
et détaille contre tous venants, et sort vainqueur
des luttes les plus périlleuses. Parmi tant d'ex-
ploits , il en est d'une nature bien extraordinaire.
Déguisé sous les habits de l'autre sexe, il par-
tage à diverses reprises la couche de plusieurs
femmes charmantes qu'il aime, et qui sortent
de ces épreuves aussi pures qu'auparavant. Les
bornes assignées à un simple article biogra-
phique ne nous permettent pas de nous livrer à
un examen plus étendu du Roman sahjrique. \\
a été réimprimé à Paris en 1637. Quoique de-
venu rare, les amateurs des curiosités bibliogra-
phiques le recherchent peu.
Les autres ouvrages de Jean de Lannel sont :
Histoire de la Vie et de la Mort d' Arthémise ;
Paris, 1622, in-12; — Histoire de don Jean,
deuxièsme roij de Castilîe, recueillie de di-
vers auteurs ; Paris, 1622, 1640, et Rouen, 1641,
in-S". Cette histoire a été attribuée aussi au car-
dinal de Richelieu, qui , pour faire ressortir le
danger que les princes pouvaient courir en se
livrant à des favoris aurait tracé le tableau de
l'élévation et de la chute d'Alvarez de Luna ,
connétable de Castilîe , de manière à provoquer
toute comparaison avec la haute fortune du con-
nétable de Luynes , en France ; mais cette con-
jecture de Claude Joly et de Le Laboureur, édi-
teur des Mémoires de Castelnau, n'a pas été ac-
cueillie; — Recueil de plusieurs harangues,
remontrances, discours et avis d'affaires
d'État de quelques officiers de la couronne
et d'autres grands personnages ; Paris , 1622,
iu-S". On trouve dans cette collection , qui
comprend des pièces datées de 1453 à 1615,
vingt harangues du maréchal de Brissac, des
discours et des lettres de Villeroy, l'arrêt rendu
contre Jacques Cœur, un discours des obsèques
et de l'enterrement de Charles IX, roi de France,
lequel a été tiré séparément, etc. L'éditeur a eu
le tort « de se donner beaucoup de peine pour
retoucher le style de ces pièces, dont il n'a
changé que les paroles sans altérer en rien les
choses. >' Prosper Marchand compare avec rai-
son « ces changements de mots aux altérations
et rognures d'espèces » ; — Vie de Godefroy de
Bouillon, duc de Lorraine, 7'oy de Jérusalem ;
Paris, 1625, in-8°. Ce n'est pas une réimpres-
Isiondn roman de Godefroy, ainsi que l'a con-
jecturé un savant philologue de nos jours
(M. Weiss). Elle n'a ni la même forme ni la
même étendue. Elle se trouve jointe quelquefois
à la traduction faite par le même auteur de
l'ouvrage du cardinal Bellarmin : De Officio
Principis christiani, et qu'il a intitulée : Le
Monarque parfait, ou le devoir d'un prince
chrétien; Paris, 1625, in-8". Pellisson , dans
son Histoire de V Académie Française, dit que
jcette traduction est due à Guillaume Colletet ,
jqui la publia sous le nom de Lannel. Aucunaiitre
document bibliographique n'est venu confirmer
cette assertion ; — ie^^res de Jean de Lannel;
— LANNES 470
Paris, 1626, in-8°. Les auteurs d& la. Biblio-
thèque histoi-ique de la France regardent ces
lettres comme curieuses pour la connaissance du
temps où vivait leur auteur.
J. Lamoureux.
Prosper [Marchand, Dictionnaire Historique, tome II,
P.9.—V ArUgny , Nouveaux Mémoir'es d'Histoire, de Cri-
tique et de Littérature, t.W. — Bibliothèque des Romans,
septembre, 1733. — Lelong et Fontette, Uibliothéque
Historique de la France, tome III.
LANNES (Jean), duc de Montekello , maré-
chal de France, né à Lectoure (Armagnac ), le
11 avril 1769, mort à Vienne, le 31 mai 1809.
Fils d'un simple garçon d'écurie, il dut les pre-
miers éléments de l'instruction à un vieux prêtre
qui lui apprit à lire et à écrire. A quinze ans ,
il entra en apprentissage chez un teinturier
d'Auch, nommé Dulau. Il exerçait encore cette
profession lorsqu'en 1792 il s'enrôla dans un
bataillon de volontaires nationaux du départe-
ment du Gers. Fait aussitôt sergent major, il alla
servir à l'armée des Pyrénées orientales. Le
bouillant courage qu'il déploya le fit bien vite
remarquer; et après avoir passé rapidement par
tous les grades intermédiaires, il devint chef de
brigade en 1795. Le représentant du peuple
Aubry, président du comité militaire, chargé en
1795 de présenter à la Convention un travail
pour la réforme de l'armée , comprit Lannes
dans les officiers supérieurs à congédier. Lannes
s'indigna du repos auquel cette résolulionle con-
damnait ; et lorsque Bonaparte , général en chef
de l'armée d'Italie, fit un appel aux braves en
disponibilité, Lannes s'empressa de l'aller joindre
comme simple volontaire, décidé à recommencer
sa carrière. Le général Bannel, qui connaissait
sa bravoure, le présenta à Bonaparte, et celui-ci
eut bientôt l'occasion d'apprécier le mérite de
Lannes. Dans la campagne de 1796, Lannes se
fit remarquer en plusieurs combats , et après
celui de Millésime , il reçut sur le champ de
bataille le commandement d'une demi-brigade
de ligne dont le chef avait été tué pendant l'ac-
tion. A Dego il contribua à repousser l'ennemi,
qui avait surpris les Français. Le 17 mai les
Français franchirent le Pô vis-à-vis de Plai-
sance , et repoussèrent deux escadrons de hus-
sards ; Beaulieu envoya un corps de 6,000 hom-
mes et de 2,000 chevaux pour arrêter ce mou-
vement ; les Autrichiens se retranchèrent dans
le village de Fombio ; les Français les culbutè-
rent et les poursuivirent jusque sur l'Adda. Un
autre corps autrichien de 5,000 hommes arriva
de Casai, et fut battu près de Cadogno , où le
général La Harpe ( voy. ce nom) perdit la vie.
« Le chef de brigade Lannes, aussi brave qu'in-
telligent, disait le général Bonaparte dans son
rapport, est le premier qui ait mis pied à terre.
Le succès du combat de Fombio est dû en grande
partie au courage du chef de brigade Lannes. »
Au passage du pont de Lodi, le 10 mai, Lannes
fut un des officiers généraux qui , en se précipi-
tant à la tête des colonnes françaises, contri-
471
btièrent par leur exemple à exciter le courage
des soldats et à les rendre maîtres de la posi-
tion. Lors du mouvement insurrectionnel qui
éclata en Lombardie, et dont le centre était à
Pavie , Bonaparte , marchant contre cette ville,
envoya le chef de brigade Lannes brûler le vil-
lage de Binasco. Lannes concourut ensuite à la
prise de Pavie , qui fut enlevé d'assaut. Ses ser-
vices furent alors récompensés par le grade de
général de brigade. Le général en chef ayant
ordonné, au mois de juin, l'investissement et le
siège de la forteresse de Mantoue, Lannes, qui
servait à l'avant-garde, commandée par le général
Dallemagne, se porta sur le faubourg Saint-
Georges, l'enleva à la baïonnette, et se rendit
maître de la tête de pont. Emporté par un excès
d'audace, Lannes voulait enlever Mantoue ; mais
le général en chef lui donna l'ordre de s'arrêter.
Quand on montra aux soldats les batteries dont
les remparts de Mantoue étaient hérissés , ils
répondirent : « 11 y en avait bien davantage à
Lodi. M Lannes fut encore cité avec éloge pour
sa conduite à la bataille de Bassano , le 8 sep-
tembre. Le 23 septembre, il fut blessé au
combat du pont de Governolo. Le 14 novembre
suivant, il reçut deux coups de feu à la bataille
d'Arcole. Souffrant de ses blessures, il apprend
le lendemain 15 que le combat continue devant
le pont d'Arcole ; il se fait aussitôt donner ses
armes, monte à cheval, se précipite au milieu
des balles et de la mitraille, et reçoit à la tête
du pont un coup qui le jette par terre sans con-
naissance. A peine guéri , Lannes se distingua
encore à la bataHIe de Rivoli, le 14 janvier 1797.
Il marcha ensuite avec l'armée qui se portait
sur Rome, et arriva le premier à Imola, dont il
enleva les retranchements. La prise de cette
ville décida le souverain pontife à se soumettre
et à conclure un traité avec le gouvernement
français (19 février 1797). Le pape ayant écrit
au général en chef de l'armée française, Bona-
parte envoya Lannes à Rome. Pie VI lui fit un
accueil distingué. Lannes eut ensuite le com-
mandement d'une colonne mobile de 1,200 hom-
mes, avec laquelle il entra dans les fiefs impé-
riaux voisins de la république de Gênes. 11 y prit
de vive force le bourg d'Argenta, dispersa un
grand nombre d'insurgés , fit arrêter et fusiller
plusieurs chefs, et par cette rigueur, qu'il étendit
jusqu'à Tortone, il ramena le calme dans cette
contrée. Après la signature de la paix à Campo-
Formio , Lannes revint à Paris, et obtint le com-
mandement des départements de la Drôme, de
l'Isère, de l'Ardèche et du Gard.
L'expédition d'Egypte ayant été résolue en
1798, Lannes, désigné pour en faire partie, fut
employé dans la division de Kleber, se trouva à
la prise de Malte, et prit part aux divers com-
bats qui furent livrés aux mamelucks avant la
prise du Caire. Il poursuivit Ibrahim-Bey, et
lit partie de l'expédition de Syrie. A la tôte'
d'une division , il concourut à clmsser les
LANNES 472
troupes d'Abdallah des hauteurs et de la ville de
Gaza, le 23 février 1799, et contribua à l'inves-
tissement et à la prise de Jaffa, le 7 mars.
Le 15 du même mois, à l'affaire de Kakouni , il
culbuta les ennemis, et leur tua beaucoup de
monde. Il se distingua au siège de Saint-Jean
d'Acre, et conduisit le 8 mai sa division à l'as-
saut général donné à cette place, sur la brèche
de laquelle il monta un des premiers. Il fut griè-
vement blessé à cet assaut, qui échoua. Lors de
la retraite des Français sur l'Egypte, Lannes pro-
tégea la marche de l'armée, par sa vigilance et
ses bonnes dispositions. A la bataille d'Aboukir, i
le 24 juillet, il fut dangereusement blessé, en
attaquant une redoute, dont il emporta les re-
tranchements. Chargé de la conduite du siège:
du fort de cette place, il le conduisit avec tant;
de vigueur que les Turcs durent se rendre à dis-;
crétion le 2 aoilt. Lannes quitta l'Egypte le 22
septembre, avec Bonaparte, revint en France, et
contribua pour une part importante au succès'
de la journée du 18 brumaire (9 novembre 1799).,
Il avait alors le grade dégénérai de division, et'
commandait le quartier général établi aux Tui-
leries. 11 fut ensuite envoyé à Toulouse, où il
apaisa quelques troubles, et resta chargé du i
commandement des neuvième et dixième di-i
visions militaires. Le 16 avril 1800, un arrêté
du gouvernement le nomma commandant en
chef et inspecteur de la garde consulaire. A la
formation de l'armée de réserve destinée à agir
en Italie, sous les ordres du premier consul,
Lannes eut le commandement de l'avant-garde.
Le 17 mai il avait déjà pénétré jusqu'à Saint-
Pierre, par le col Major, et il commençait à gra-
vir le mont Saint-Bernard. Aucun obstacle ne
put l'arrêter; à peine arrivé à Étroubles, il
dirigea plusieurs bataillons et quelques pièces
d'artillerie contre les Autrichiens, qui se trou-
vaient dans la vallée d'Aost. 11 les débusqua de
tous les points qu'ils y occupaient, et le 20 mai
il était sur la roule d'Ivrée. Il attaqua cette ville
et sa citadelle, quedéfendaient 4,000 Autrichiens,
s'en rendit maître par escalade le 25, et marcha
rapidement sur Turin. Il côtoya ensuite le Pô,
et repoussa tous les partis ennemis qui se pré-
sentèrent pour passer le (leuve. Le 7 juin , il
s'empara de Pavie, et y trouva 200 pièces de ca-
non. Ayant passé lePô à Belgiojoso, il enleva aux
Autrichiens la position de Stradella. Il se porta
le 9 juin sur Casteggio, et contribua puissam-
ment à la prise de ce point important ainsi
qu'au succès de la bataille de Montebello : « Ce
jour-là, disait-il lui-même en parlant de cette
affaire , les balles claquaient sur les os de mes
soldats comme la grêle sur des vitrages. « A Ma-
rengo , Lannes commanda, en qualité de lieute-
nant général du premier consul , les divisions
Watrin et Mainoni. La garde des consuls fut
placée en réserve derrière ce corps d'armée.
Dans cette journée , Lannes soutint durant
sept heures les efforts de l'armée autrichienne
1473
ILANNES
474
' et (le qualrc- vingts pièces de canon dirigées
contre i'avant-garde qu'il commandait. Les con-
[ isuls lui décernèrent un sabre d'honneur pour sa
belle conduite dans cette mémorable aft'aive. De
I retour à Paris après cette campagne, Lannes re-
prit le commandement en chef et l'inspection
générale de la garde des consuls. Un arrêté du
Igouvernement le nomma, le 14 novembre 1801,
iministre plénipotentiaire en Portugal. Il comprit
jmal le caractère de ces nouvelles fonctions , et
Itraita si cavalièrement les autorités portugaises,
Ique l'on fut obligé de le rappeler. 11 prétendait
[notamment faire entrer dans le Tage des vais-
;seaux de marchandises sans payer aucun d»oit.
Jiinot le remplaça.
Devenu empereur, Napoléon nomma Lannes
maréchal de l'empire, le 19 mai 1804. Le l^"" fé-
vrier 1805 il reçut le grand-cordon de la Légion
jd'Honneur avec le commandement de la neuvième
cohorte. La même année le prince régent de Por-
tugal lui envoya l'ordre du Christ. Lannes com-
manda I'avant-garde de la grande armée qui
marcha contre l'Autriche à la fin de septembre
1805. Il passa le Rhin à Kehl, le 25 du même
mois, et se trouvait dès le 6 octobre à Neresheim.
Il traversa le Danube le 8 à Donawerth, et con-
tribua au succès du combat de Wertingen, et à
la reddition d'Ulm . Il s'empara ensuite de Brau-
nau, marcha sur Lintz, et y entra en vainqueur.
Arrivé l'un des premiers à Vienne, il marcha sur
l'armée russe, et combattit son avant-garde à Hol-
labrunn, le 16 octobre. A la bataille d'Austeriitz,
le 2 décembre, il commanda l'aile gauche de
l'armée , composée des divisions de Suchet et.de
Cafarelli. Il eut une grande part au succès de
cette journée, dans laquelle deux de ses aides
de camp furent tués à ses côtés. S'étant jeté,
après la bataille, sur la route de Wischau, il en-
leva avec Murât les bagages de l'ennemi. A la
suite de l'armistice signé le 7 décembre, Lannes
occupa la Moravie. A l'ouverture de la cam-
pagne de 1806 contre la Prusse, il continua de
commander l'aile gauche de l'armée française,
et battit le 9 octobre I'avant-garde du prince de
j Hohenlohe, commandée par le prince Louis de
j Prusse, qui fut tué près de Saalfeld. A la bataille
I d'Iéna, le 14 octobre, Lannes commanda le centre
: de l'armée :un biscaien déchira son habit. Le 21,
iil s'empara de la forteresse de Spandau. 11 fit en-
suite la campagne contre les Russes, marcha sur
[ Thorn, que l'ennemi abandonna, et se porta sur
Varsovie, où il entra le 30 novembre. 11 battit
les Russes à Pultusk le 26 décembre, et les chassa
de cette ville. Blessé dans ce combat , Lannes
dut retourner à Varsovie pour se rétablir. Lors-
qu'il fut guéri, l'empereur lui donna le comman-
dement du corps de réserve, composé des gre-
nadiers aux ordres d'Oudinot, et le chargea de
soutenir les opérations du dixième corps, qui
faisait le siège de Dantzig. Après la prise de cette
ville, le 24 mai 1807, Lannes retourna à la |
grande armée, et participa au combat de Heils-
berg, le 10 juin. Le 14, il commanda le centre de
l'armée à la bataille de Fricdland. A la suite de
cette campagne, Lannes fut nommé colonel gé-
néral des Suisses. En 1808 il suivit Napoléon en
Espagne, et prit le commandement d'un corps
formant la gauche de l'armée française. Il battit
complètement les généraux Castanos et Palafox
à Tudela,le 22 novembre. Le 21 janvier 1809 il
prit la direction des opérations du siège de Sa-
ragosse. Dès le 27, et après des actions très-
meurtrières, une partie de la ville était envahie
par les troupes françaises. « A partir de ce mo-
ment, dit de Courcelles, il s'établit dans la place
un nouveau genre de guerre entre les assiégeants
et les assiégés. Ces derniers étaient renfermés
dans des maisons bien barricadées et crénelées ,
de sorte que pour continuer à avancer, il fallait
faire le siège particulier de chacune d'elles. De
tels obstacles , sans cesse renaissants, fatiguaient
les soldats français, et bientôt le maréchal Lannes
eut besoin de toute la fermeté de son caractère
pour lutter contre une opposition morale, qui
de la part de ses troupes était peut-être plus
fâcheuse que la résistance opiniâtre des Espa-
gnols. Ranimés par les allocutions vigoureuses
et par l'exemple de leur chef , les Français con-
tinuèrent cependant à pousser successivement
leurs travaux. Chaque jour on enlevait quelques
maisons ; et enfin, le 20 février, la junte de Sara-
gosse envoya proposer une capitulation, qui fut
signée, et à la suite de laquelle les Français
occupèrent le 21 tous les postes de la ville.
Ainsi fut terminé l'un des sièges les plus mémo-
rables dans l'histoire ancienne et moderne. La
tranchée fut ouverte pendant cinquante-deux
jours , dont vingt-neuf pour entrer dans la place,
et vingt-trois autres pour combattre de maison
à maison. La garnison fut faite prisonnière de
guerre , et l'on trouva dans la place cent treize
bouches à feu. >■-
Napoléon ayant organisé une armée pour re-
pousser l'invasion des Autrichiens en Bavière,
le maréchal Lannes, créé depuis duc de Mon-
tebello , reçut l'ordre de quitter l'Espagne et
de se rendre à la grande armée d'Allemagne.
A la bataille d'Abensberg, le 20 avril 1809, il
culbuta une division autrichienne. Il prit une
part active à la bataille d'Eckmùhl, le 22, et se
trouva à la prise de Ratisbonne le lendemain.
Il marcha en avant-garde sur Vienne, battit
l'arrière-garde autrichienne à Amstetten le 5 mai ,
ef se trouvait à Mœlk le 6. Le 10 Napoléon parut
aux portes de Vienne avec le corps du duc de
Montebello; cette ville fut bombardée, et capi-
tula le 12. Lannes combattit encore avec valeur
à Essling le 21 , et la division Boudet, placée sous
ses ordres, défendit avec fermeté ce village. Le
lendemain Lannes fut chargé par Napoléon de
couper en deux l'armée autrichienne en traver-
sant son centre. Lannes s'avança dans le meil-
leur ordre, à la tête de la division Saint-Hilaire,
ayant à sa ganche les troupes dn général Ou«
475
LANiNES
476
dinot, à sa droite la division Boudet, derrière
lui une masse de cavalerie placée dans les in-
tervalles de l'infanterie, son front garni d'une
nombreuse artillerie sous les ordres du général
Lariboisière . Tous les efforts des troupes autri-
chiennes commandées par l'archiduc Charles ne
purent arrêter la marche du maréchal Lannes,
et bientôt la ligne autrichienne fut rompue, cul-
butée et mise en déroute. Tout à coup on ap-
prit que les ponts jetés sur le Danube venaient
d'être rompus par les bateaux chargés de pierres
que les Autrichiens avaient lancés contre eux.
L'armée française se trouvait coupée. Napoléon
fit arrêter le mouvement. L'archiduc reprit l'of-
fensive et attaqua vigoureusement les villages
d'Aspern et d'EssIing. Les Français , privés de
leurs munitions, ne se servaient plus que de la
baïonnette. Lannes, pour maintenir ses soldats
exposés à un feu épouvantable, se plaça sur le
front de sa ligne. Un boulet l'atteignit et lui en-
leva la jambe droite tout entière et la jambe
gauche au-dessus de la cheville. Douze grena-
diers le transportèrent sur leurs fusils dans l'île
de Lobau , où il subit une double amputation ;
et de là on le porta à Vienne, où il mourut neuf
jours après. Napoléon, apprenant la blessure du
maréchal Lannes, s'avança au-devant des grena-
diers qui le portaient, et, se précipitant sur le
maréchal qui était presque évanoui par la perte
de son sang, lui dit d'une voix presque étouffée
par les larmes : « Lannes , mon ami , me recon-
nais-tu?.. C'est l'empereur... C'est Bonaparte...
C'est ton ami... » A ces mots, suivant les uns ,
le maréchal, entr'ouvrant ses paupières, revint à
lui , fit quelques efforts et voulut parler ; mais
il ne put que lever ses bras affaiblis et les passer
au cou de Napoléon. Suivant d'autres histo-
riens , Lannes aurait répondu à l'empereur :
« Dans quelques heures vous aurez perdu un
homme qui meurt avec la consolation et la
gloire d'avoir été votre meilleur ami. » D'au-
tres prétendirent que Lannes avait éclaté en re-
proches amers contre la folie et meurtrière am-
bition de l'empereur. Un biographe rapporte du
moins qu'après les premiers mots d'affection
rapportés plus haut, il y eut une conversa-
tion entre le maréchal et Napoléon d'où la
suite de ce dernier fut écartée, « mais où les
yeux, à défaut des oreilles, purent juger, à la vi-
vacité des gestes du maréchal, qu'il profitait des
droits de son agonie et de son trépas pour faire
entendre de graves conseils à l'homme pour le-
quel il périssait mutilé. » On raconte d'ailleurs
que le maréchal, en partant pour sa dernière
campagne, avait pleuré en quittant sa femme,
ses enfants et sa belle retraite de Maisons, qu'il
venait d'acquérir. Était-ce le pressentiment qu'il
ne les reverrait plus, ou l'amour du foyer domes-
tique qui s'était emparé de lui? Quoi qu'il en
soit, son corps fui rapporté d'abord àStrasbourg,
puis à Paris , où il fut inhumé aux Invalides.
L'année suivante, le 6 juillet 1810, anniversaire
de la bataille de Wagram , il fut porté solennel-
lement au Panthéon. « Lannes , disait Napoléon
à Sainte-Hélène, lorsque je le pris pour la pre-
mière fois par la main , n'était qu'un ignoran-
taccio. Son éducation avait été très-négHgée ;
néanmoins il fit beaucoup de progrès, et pour
en juger il suffit de dire qu'il aurait fait un gé-
néral de première classe. Il avait une grande
expérience pour la guerre ; il s'était trouvé dans
cinquante combats isolés et à cent batailles plus
ou moins importantes. C'était un homme d'une
bravoure extraordinaire; calme au milieu du
feu , il possédait un coup d'œil sûr et pénétrant,
prompt à profiter de toutes les occasions qui se
présentaient, violent et emporté dans ses expres-
sions , quelquefois même en ma présence. Il m'é-
i tait très-attaché. Dans ses accès de colère, il
j ne voulait permettre à personne de lui faire des
: observations, et même il n'était pas toujours
: prudent de lui parler lorsqu'il était dans cet état
de violence. Alors il avait l'habitude de venir à
moi et de me dire qu'on ne pouvait se fier à telle
et telle personne. Comme général il était infini-
ment au-dessus de Moreau et de Soult. » Une
autre fois Napoléon disait encore du duc de Mon-
tebello : « Chez Lannes, le courage l'emportait
d'abord sur l'esprit. L'esprit montait chaque jour
pour se mettre en équilibre. Il était devenu très-
supérieur quand il a péri. Je l'avais pris pygmée,
je l'ai perdu géant. « Lannes avait i-eçu les sur-
noms de VAjax et du Roland français. Mon-
tholon dit de lui : « 11 était sage , prudent, au-
dacieux, devant l'ennemi d'un sang-froid im-
perturbable. Il avait peu d'éducation. La nature
avait fait tout pour lui. Napoléon, qui avait vu
les progrès de son entendement, en marquait;
souvent sa surprise. Il était supérieur à tous les
généraux de l'armée française sur le champ de
bataille pour manœuvrer vingt-cinq mille hom-
mes d'infanterie. Il était encore jeune, et se fût !
perfectionné ; peut-être fût-il devenu habile pour
la grande tactique, qu'il n'entendait pas en-
core. »
Après la révolution de Juillet, les habitants de
Lectoure élevèrent une statue en marbre au
maréchal Lannes.
Avant son élévation, Lannes avait épousé une
demoiselle Méric ; mais plus tard 51 fit annuler
ce mariage. Devenu maréchal, il épousa une de-
moiselle de Guéhéneuc, fille d'un ancien com-
missaire des guerres, laquelle lui survécut jus-
qu'en 1856. Après la mort du maréchal, un fils
de sa première femme, qui réclamait une part
dans sa succession, fut déclaré adultérin par
les tribunaux. L. Louvet.
René Perin. P^ie militaire de J. Lannes; Paris, 1810,
in-8". — Tl/onifewr universel, 1796-1810. —De Courcelles,
Dict. histor. et biogr. des Généraux français. — Las
Ca^qs, Mémorial de Sainte-Hélène.— i\oniho\on, 3té-
moires pour servir à l'iiist. de France sous Napoléon.
— Arnault, Jay, Jouy et Norvins, Biog. nouv. des Con-
temp. — Rabbe, Vieilli de Boisjolin et Sainte-Preuve,
Biogr. tiniv. et portât, des Contemp. — A. Gencvay,
dans le Dict. de la Conversation. — Thiers , fJist. de la
477
LANNES
Révol. et Hist. du Consulat et de l'Empire. — Norvins,
Hist. de N apotcon. — Mariiiont, MémcHres.
LANKES ( Napoléon- Auguste ), duc dk
MoNTEBELLO, diplomate et homme politique fran-
çais , fils aîné du maréchal , est né en 1802. Créé
)air de France par Louis XVIII en 1815, il prit
)Ossession de son siège en 1827. L'année sui-
vante, il fit un voyage aux États-Unis. En 1829
1 était attaché à l'ambassade de Chateaubriand
1 Rome. Après la révolution de Juillet, il parla
lans la discussion du projet de loi sur les jour-
iau\; en 1831 il parla et vota contre le projet de
oi relatif à l'abolition de l'hérédité de la pairie; en
832, il prit la parole sur la contrainte par corps,
ur le budget et sur l'avancement dans l'armée,
ja même année il se rendit à Madrid, et en 1833
I fut nommé envoyé extraordinaire et ministre
lénipotentiaire à Berlin. A la chambre des pairs
II appuya l'amendement de M. Cousin dans la dis-
ussioudu projetde loi sur l'abrogation du deuil du
1 janvier. En 1835, il proposa à la chambre de
jraduire à sa barre le gérant du journal La Tri-
mne, et appuya le projet de loi sur la presse. A
1 fin de l'année, il fut nommé ambassadeur de
rance près de la confédération helvétique , à la
jlace du général Rumigny. Par une note du
J8 juillet 1836, il demanda l'éloignemenfdes ré-
ijgiés , et plus tard il réclama également des
antons suisses l'expulsion du prince Louis-Napo-
;ion,domiciliéàArenenberg. Nommé ambassadeur
fès du roi des Deux-Siciles à la fin de 1838, il
lit appelé, le 1'^'" avril 1839, à remplacer le comte
llolé au ministère des affaires étrangères dans
ji cabinet provisoire formé par Louis-Philippe
iprès le succès de la coalition dans les élections,
l'émeute du 12 mai amena la création d'un mi-
istère parlementaire, et M. le ducdeMontebello
3mit son portefeuille au maréchal Soult. Dans
i session suivante, il parla à la chambre des
airs sur la propriété littéraire, sur la Légion
.'Honneur, sur l'emprunt grec et sur le projet de
'À relatif au travail des enfants dans les manufac-
iires. Il partit ensuite pour Naples, où il né-
locia, en 1844, au nom du roi et de la reine, le
iiariage du duc d'Aumale avec la princesse Ca-
oline-Auguste de Salerne. En 1847, il remplaça
« baron Mackau comme ministre de la marine
it des colonies, et fit adopter en cette qualité di-
ers projets destinés à préparer l'émancipation
iBs esclaves , ainsi que la loi relative à la juri-
|iction des cours d'assises aux colonies. Il parla
lia tribune sur le budget , sur les défrichements
les bois, sur l'enseignement et l'exercice de la
jiédecine et de la pharmacie, etc. 11 présenta
lu roi deux rapports importants : l'un sur l'af-
anchissement des esclaves aux colonies,
autre sur les corps de l'administration du con-
'ôle et de la comptabilité de la marine. La ré-
olution de février 1848 le trouva encore mi-
istre, et il fut compris dans les poursuites
rdonnées contre le dernier ministère du roi
ouis-Philippe à la demande du procureur gé-
- LANNO 478
néral près la cour d'appel de Paris, Portails,
poursuites qui se terminèrent par un arrêt de
non lieu. Au mois d'avril 1849, M. le duc de
Montebello fut élu membre de l'Assemblée lé-
gislative par le département de la Marne. 11 se
fit peu remarquer dans cette assemblée , et vota
avec la majorité. En 185Ô et 1851, il fut élu
membre de la commission de vingt-cinq mem-
bres dite de prorogation , qui se réunissait pen-
dant les vacances de l'assemblée. Au 2 décembre
1851, il essaya de résister comme Mole et quel-
ques-uns de ses collègues. Il se tenait éloigné de
la vie publique lorsque, le 15 février 1858, il ac-
cepta l'ambassade de Russie , que le décès du
comte de Rayneval laissait vacante. Arrivé au
mois de mai à Saint-Pétersbourg, il y représente
encore aujourd'hui Napoléon III. M. de Monte-
bello est propriétaire de vignobles considérables,
qui produisent une grande partie des vins de
Champagne les plus renommés. L. L — t.
Biogr. des 750 Représ. à l'Ass. législative. — Dict. de
la Convers. — Moniteur, 1827 à 1858.
* LAWNES DE MONTEBELLO ( GUStave-OU-
vier), général français, frère du précédent, né
vers 1804, embrassa de bonne heure la carrière
militaire. Il fit partie de l'expédition d'Alger, et
quitta en 1831 la France pour aller servir en
Pologne contre la Russie. De retour dans sa pa-
trie, après la défaite des Polonais, il fut nommé
heutenant-colonel de dragons en 1844; il était
colonel d'un régiment de chasseurs en 1851. De-
venu aide de camp de Louis-Napoléon après le
coup d'État du 2 décembre, il a été nommé gé-
néral de brigade, puisgénéral de division le 28 dé-
cembre 1855. L. L.
Jnnuaire militaire.
* LANNO ( François-Gaspard- Aimé ) , sta-
tuaire français, né à Rennes (îlle-et- Vilaine), en
janvier 1800. Élève de Cartellier, il remporta
à l'École royale des Beaux -Arts le second grand
prix en 1825, et le premier grand prix en 1827
sur le sujet de Mutins Scevola, conjointement
avec M. Jaley. Il envoya de Rome : en 1830,
un bas-relief de Pandore chez Épiméthée ; — en
1831, une figure ronde-bosse en plâtre de Samson;
— en 1832, uneautre figure ronde-bosse en plâtre
de Lesbie, et un groupe (esquisse) deBélisaire;
— en 1833, l'exécution en marbre de sai Lesbie,
qu'il exposa au salon de 1834, et qui est aujour-
d'hui au musée de Rennes. Depuis , il exécuta
successivement : La Chalotais , statue en mar-
bre, exposée au musée de 1836; — Montaigne,
statue en bronze , érigée à Périgueux , exposée
au salon de 1838 ; le modèle en plâtre a fait
partie de l'exposition de 1855; — Fénelon,
statue en bronze exposée au salon de 1840,
érigée à Périgueux; — Le Maréchal Brune,
statue en bronze, inaugurée en 1841 à Brive-la-
Gaillarde; modèle en plâtre, exposé aux salons
de 1 843 et de 1 855, et qui fait aujourd'hui partie du
musée à Versailles ; — Majour, statue en bronze,
à Brive-la-Gaillarde; — Fénelon, statue en
479 LAN NO -
pierre, qui décore la fontaine de la place de
Saint-Sulpice, à Paris; — Sainte Geneviève,
statue en pierre , église de la Madeleine à Paris ;
— La Récolte des Fruits et la Récolte des
Fleurs, statues en fei" qui décorent la place de
la Concorde; — Pascal, Fléchier, Le Génie
de l'Art égyptien, trois statues placées au nou-
veau Louvre; — L'Université , ;j;i and bas-re-
lief en marbre, au tombeau de l'ompereur; —
Bertrand d'Argentré, figure en pierre, au pa-
lais de justice de Rennes ; — Apollon et les
neuf Muses; ces dix statues décorent la salle
de spectacle de Rennes. Philippe le Long,
ï Amiral Bonnivet, le Duc d'Orléans, fils de
Charles VI, Bustes historiques : au musée de
Versailles; — Montaigne, pour l'École normale;
— Etienne, pour l'Opéra-Comique. G. de F.
Documents particuliers.
LANNOV ( Guillebert de ) , diplomate et
voyageur français, né en 1386, mort le 22 avril
1162. Il était sire de Villerval et de Tronchien-
nes : le duc de Bourgogne l'admit au nombre
de ses favoris en le créant d'abord chancelier,
puis chambellan. Lannoy se distingua en 1413
dans plusieurs combats contre les Polonais. Pro-
fitant des loisirs de la paix, il parcourut la Li-
thuanie, et, à la suite d'un vœu à saint Patrice,
passa en Angleterre. Retenu prisonnier, il em-
ploya son temps à étudier les mœurs du pays
(1414). De retour chez lui, il devint gouverneur
de L'Écluse, et fut mandé à la fameuse assem-
blée de Troyes (1421). H en partit aux ordres
d'Henri V d'Angleterre, pour aller;;îtenter la
restauration d'un gouvernement chrétien à Jé-
rusalem. Il traversa la Prusse, la Pologne et
la Hongrie. A Constantinople , il congédia ses
serviteurs, et gagna la Syrie, où il recueillit un
grand nombre de renseignements relatifs au
vaste projet rêvé par le souverain qui l'envoyait.
Il écrivit la relation de son voyage sous ce titre :
Les Pelerinaiges de Sîirye et de Egipte, et en
fit faire deux copies, qui furent présentées l'une
au duc de Bourgogne, l'autre au roi d'Angle-
terre. C'est alors (1429) qu'il fut nommé cheva-
lier de la Toison d'or.
Le manuscrit offert au duc de Bourgogne a
disparu en 1797 : celui du roi d'Angleterre existe
encore aujourd'hui , et a été publié dans le
tome XXI de ['Archœologia. Mais Guillebert
avait écrit pour son propre usage le récit plus
complet de ses voyages. Une copie de ce livre a
été retrouvée heureusement dans ces dernières
années et pubhée par les soins de la Société des
Bibliophiles de Mons; en voici le titre exact :
Les Voyages et Ambassades de messire Guil-
lebert (le Lannoy (1399-1450); Mons, 1842. On
y retrouve entièrement les Pelerinaiges. Les
défauts de l'édition de Mons, qui sont nombreux,
ont été réparés par M. Lelewel dans son livre
intitulé : Guillebert de Lannoy et ses Voyages
en 1413, 1414 et i^9A , cotnmentés en français
et en polonais; cette brochure parut en 1844 à
LANGUE 480
Posen, dans la secondede ces langues, et fut suivie
d'uneédition française publiée à Bruxelles (1845).
Louis L\couR.
Bibliothèque de l'École des Chartes, série B, t. H, p. Ï7T.
* LANNOY ( Marie-Antoine de ), architecte
français, né le 28 juin 1800, à Paris. Après avoir
fréquenté les ateliers de Vaudoyer, de Deles-
pine et de M. Hippolyte Lebas, il remporta en
1826 un second prix d'architecture et en 1828
le grand prix de Rome sur ce sujet : une Bi
bliothèque publique. Pendant son séjour et
Italie, il envoya le Temple d'Antonin et un(
Étude de Vile Tibertine , qui a figuré à l'ex-
position universelle de 1855. Il a été chargé d(
la direction de quelques constructions publique?
et attaché à la Banque jusqu'en 1849. On a d(
lui : Projet d'agrandissement de la Biblioi
thèque royale; 1827; — Éludes architectu
raies en Italie; — Etudes artistiques dam
la régence d'Alger; 1835-1837; — Tombeai
de Robert de Naples ; 1852. K.
Livrets des salons.
LA NOCE ( François de ), dit Bras de fer
célèbre capitaine français, né en 1531, aux envi
rons de Nantes , mort le 4 août 1591, à Moncon
tour. Il appartenait à une ancienne famille d
gentilshommes de Bretagne, et dès son jeun
âge il voyagea en Italie, où il lit ses première
armes. A son retour en France, il embrassa le
doctrines de la réforme , qui s'était depuis plu
sieurs années propagée en Bretagne; les calvi
nistes n'avaient rien négligé pour attirer à eu
ce guerrier, qui, suivant l'expression de Mezerai
« valait seul toute une armée. « Lorsque la guerr
fut rallumée , ce fut lui qui , à la tête de quinz
cavaliers, s'empara d'Orléans par un coup d
main et en chassa le gouverneur catholique, qi
s'était réfugié à la porte Banière ( 28 septembr
1567). Il conduisit en 1569 l'arrière-garde à I
bataille de Jarnac , devint prisonnier à celle d
Moncontour, et fut gouverneur de Mâcon. Puis
ayant pris le commandement d'une petite armée^
il parcourut le Poitou et la Saintonge, et pri
plusieurs petites places. Au siège de Fontenay
un coup d'arquebuse l'atteignit au bras gauche
l'amputation en fut faite à La Rochelle, mais ui
ouvrier habile lui fabriqua un bras de fer ave
lequel il put manier la bride de son cheval. D
là le surnom de Bras de fer que lui donnèreu
les soldats. En 1571 il fut envoyé avec Genli
dans la Flandre, où il surprit Yalencienne!
Après la perte de Mons (1572), qu'il fut con
traint de rendre à la suite d'une défense énei
gique, La Noue se trouvait à Cambrai lorsqu
Charles IX, qui avait su apprécier sa probité
sa valeur et sa sagesse, jeta les yeux sur li
pour amener les habitants de La Rochelle à u
accommodement. La Noue ne se chargea d
cette mission qu'avec beaucoup de répugnance
mal accueilli d'abord , il accepta , après de loU
gués hésitations , le commandement en chef d€
troupes rebelles , et, tout en assurant les moyen
481
LA NOUE
482
le prolonger la résistance , il ne cessa d'em-
)loyer toute son autorité pour le bien de la paix.
A. cette occasion , le ministre Laplace, homme
les plus exaltés, le poursuivit un jour jusque
lans sa propre maison , l'accabla d'injures, et
jinit par lui donner un soufllet. La Noue eut la
générosité de pardonner cette grave offense, et
ie contenta de dire : « Qu'on ramène ce fou fu-
ieux à sa femme, afin qu'elle le tempère et en
prenne soin. » Après avoir reconnu l'impossibi-
ité de conclure un arrangement , il sortit de la
l'ille avec quelques officiers , tenant au roi la
promesse qu'il avait faite d'y ramener l'ordre ou
le la quitter (1573). Cependant, avant la fin de
jette année il se vit forcé de changer de sys-
tème : convaincu qu'il n'y avait plus pour son
parti d'autre sûreté que dans une guerre ou-
rerte, il se remit à la tête des Rochelais, et les
engagea à faire cause commune avec tous les
lutres réformés. Pendant quatre ans il déploya
:outes les ressources de son génie pour main-
:enir la ville en état de défense, ayant sans cesse
\ lutter contre les prétentions de la noblesse ré-
fugiée, les méfiances du peuple et l'indifférence
lies marchands. Plusieurs expéditions qu'il fit
lors des murs eurent des résultats heureux :
rtin-si il s'empara successivement de Royan, du
Brouage et de l'île de Ré, piaces dont l'occu-
pation as.surait les subsistances de La Rochelle,
mis de Marennes, de Lusignan , de Melle et
le Fontenay.
A peine la paix venait-elle d'être conclue par
e toi de Navarre que La Noue se rendit en
Flandre pour prendre la charge de grand-maré-
chal de camp , que lui avaient offerte les états
j(1578). Ses premiers exploits, la défaite de la
garnison de Louvain et la prise de Bruges et de
Cassel lui valurent le rang de général en chef.
Disposant alors de forces plus considérables , il
surprit Ninove (1580), où il fit prisonnier le comte
i'Egmoiit; mais à quelque temps de là, atteint
an village d'Iseghem , il tomba à son tour aux
mains des Espagnols, qui l'enfermèrent dans le
ichâteau de Limbourg et le traitèrent avec une
barbare cruauté. Ce ne fut que cinq ans plus
tard que Philippe II consentit à échanger le re-
doutable capitaine huguenot contre le comte
id'Egmont , non sans lui imposer de dures con-
ditions (28 juin 1li85) : il dut laisser, pour ga-
rantie de sa promesse, son fils Théophile en otage
entre les mains du duc de Lorraine , qui se porta
igénéreu sèment sa caution ainsi que le roi de
Navarre et le duc de Guise. Au commencement
des troubles de la Ligue, il se retira à Genève ;
nommé, en 1588, l'exécuteur testamentaire du
comte Guillaume-Robert de LaMarck , il ne né-
iiiiiiea rien pour rétablir les affaires de cette fa-
mille, et vint se joindre à l'armée royale, un pou
avant l'assassinat de Henri III. Il continua ses
services sous le Béarnais, prit part aux deux
Isiéges de Paris, combattit à Arques et à Ivry, et
Idéfendit Château,Thierry. Envoyé en 1591 dans
NOUV. BIOGK. GÉINÉR. — T. XXIX.
la Bretagne, il mit le siège devant Lamballe;
comme la place s'était trouvée plus forte qu'on
ne le supposait, il monta sur une échelle pour
examiner l'état de la brèche ; atteint d'une balle
à la tête , il chancela, perdit l'équilibre et tomba.
Quoique la blessure eût été d'abord jugée peu
grave, il mourut quinze jours après, à Moncon-
tour, où il avait été transporté. Ainsi finit « le
dernier de ces héros amis et compagnons de Co-
ligny, qui avaient si longtemps, dit Sismondi,
soutenu une lutte désespérée, non par ambi-
tion, non par esprit d'intrigue, comme la plu-
part de ceux qui leur succédèrent , mais par
une profonde conviction , pour continuer à pro-
fesser et à défendre ce qu'ils croyaient la vé-
rité. )• En apprenant la mort de La Noue, Henri IV
s'écria : « Nous perdons un grand homme de
guerre et encore plus un grand homme de bien, w
Ce capitaine fut également regretté des protes-
tants et des catholiques; tous les écrivains du
temps s'accordent à reconnaître qu'il unissait à
la plus grande bravoure à une expérience con-
sommée et à une rare prudence , la pureté des
mœurs, le désintéressement, la modération,
l'urbanité même. On a de lui : Discours poli-
tigiies et inilitaires ;Bk\(i , 1587, in-4"; réimpr.
à La Rochelle, 1590, in-12, et souvent depuis;
trad. en allemand, Francfort, 1592, in-4"; en
anglais, Londres, 1597, in-4". Ces discours, com-
posés pour occuper les tristes loisirs de sa capti-
vité, l'ont placé parmi les prosateurs les plus émi-
nents de son siècle ; ils sont au nombre de vingt-
six, et traitent principalement des guerres civiles,
de l'éducation de la noblesse , de la tactique mi-
litaire et de la politique des rois chrétiens. Le
dernier, qui est en même temps le plus étendu ,
renferme sous le titre d'Observations sur plu-
sieurs choses advenues aux trois premiers
troubles, le récit, tracé avec autant d'impar-
tialité que de modestie, des événements qui se
sont passés en France de 1562 à 1570. Ces Mé-
moires ont été reproduits séparément dans plu-
sieurs collections historiques ; — Déclaration
de F. de La Noue pour la prise d'armes et
la défense de Sedan et de Jamets; Verdun,
1588, in-8°; — Observations politiques et mo'
raies sur l'Histoire de Guicciarclini, impri-
mées en marge de la traduction française donnée
par Jérôme Chomedey; Genève, 1593, 2 vol.
in-8°; — Correspondance de François de
La Noue, Gand et Paris, 1854, in-8°, publiée
par les soins de M. Kervyn de Volkaersbeke.
La Noue avait encore composé un Abrégé des
Vies de Plutarque avec des annotations , qui
n'a point vu le jour. P. L — y.
Amyraiit , Fie de F. de La Noue; Leyde, 1661, In-t».
— Brantôme, f^ies des grands Capitaines. — De Thon,
Historiarum sHi temporis Lib. if7/, l. V. — Mezcral,
Daniel, Dupleix, Hist. de France. — Davila, Hist. des
Guerres civiles de France. — Le P. Slrada, Hist. de la
Guerre de Flandre. — Moréri, Dict. Hist. — Haag frères,
La France Protestante. — Arcère, Hist. de La Rochelle,
— Sismondi, Hist. des Français, WVll à XXXI.
LA NOCE {Odet de), seigneur de Téligny,
483 LANGUE
fils aîné du précédent, mort à Paris, au mois
d'août 1618. Il fit ses premières armes dans les
Pays-Bas, sous les ordres de son père, et tomba,
eu 1 j84, entre les mains des Espagnols, qui le
transportèrent, gravement blessé, dans un châ-
teau de Tournay ; il ne recouvra la liberté qu'en
lû9(. Étant allé rejoindre l'année de Henri IV,
il contribua à la prise de Paris (1). Il prit ensuite
une pai't très-active aux travaux des assemblées
qui négocièrent l'édit de Nantes, et servit àdiver-
ses reprises en Hollande, où en 1617 il se rendit
nne dernière fois en qualité d'envoyé extraordi-
naire. A l'époque de sa mort, il réunissait les titres
de conseiller du roi, de cbambellan ordinaire et
de maréchal-de-camp, il cultiva la poésie avec
quelque succès ; mais la plupart de ses œuvres
ne sont pas arrivt'es jusqu'à noub On cite de lui :
Paradoxe que les adversitez sont plus néces-
saires que les prosperilez et qu'entre toutes
restât d'une es/roite prison est leplus doux et
le plus profitable ; La Rochelle,! 588, in-S" ; dis-
cours philosophique en vers ; — Poésies chres-
tiennes de messire Odet de La Noue, nouvelle-
ment mises en lumière par le sieur de La Vio-
lette ; (Genève) , 1 594 , petit in-8" : ce recueil, com-
posé ainsi que la pièce précédente pendant la
captivité de l'auteur à Tournay, se compose de
cent cinquante sonnets , de cantiques , d'odes et
de stances. Au jugement de l'abbé Goujet, toutes
ces poésies <• sont vraiment dignes d'un chré-
tien, et elles font honneur à la piété du jeune
auteur, à la bonté de son cœur, à sou zèle pour
le roi et môme à son esprit; « — Dictionnaire
des Rimes françaises selon l'ordre des lettres
de V alphabet, auq u el deux traités sont ajoutés ^
Vun des conjugaisons, l'autre de l'orthogra-
phe; (Genève), 1596, in-8°, et Cologne, 1624,
in-8° : cette compilation anonyme est donnée à La
Noue par Sorel, La Monnoye et Le Duchat. On lui
attribue aussi, peut-être avec raison : Vive Des-
cription delà Tyrannie et des Tyrans, avec
les moyens de se garantir de leur joug;
Reims, 1577, iu-16. Enfin, on conserve de lui
deux manuscrits sur la fortification de Genève
aux Archives de cette ville. P. L — y.
D'AiibiKné, Hlst. i/,nv. de son temps. — Sismondi,
H ist. des Français, XXXI. — Goujet, Uiblioth. franc.,
111. — Menckc, Uiblioth. Doctorum Militum.
LANOlTi; ( Jeanine de), fondatrice de l'ordre
des Sœurs hospitalières de la Providence, née
à Saumur,en 1666, morte dans la même ville, le
16 août 1736. Ses parents étaient marchands, et
elle commença [>ar tenir la boutique de son père ,
se montrant âpre au gain et dure aux pauvres.
Un ciiangement subit s'opéra dans sa conduite
(1) i< Comme La Noue gardoit encore la porte Saint-
Dcnvs, raconte d'Aubigné, son équipage fut saisi et en-
levé par les sergents du Ctinslelet, notamment pour la
dette des poudres dont son père s'estoit obligé en allant
au secours de Senlls. Le pis fut qu'en venant supplier le
roy qu'il fist cesser cette rudesse pour un temps, il eut
pour réponse : « La Noue, quand il me faut payer mes
dettes, je ue lue vas point plaindre â vous. »
^ 484
vers 1693, année de famine où les pèlerins abon-
daient aux Ardillers. Une pauvre réfugiée qu'elle
outrageait lui ayant reprociié ses torts, tlle la
recueillit, et s'éprit tout d'un coup de cette vie
de dévouement et d'austérité qu'elle ne quitta
plus. Sa maison élait remplie d'indigents ou de
malades qu'elle entretenait à grand peine de rares
aumônes, quaml le 15 septembre 1702 le coteau
au pied duquel elle était bâtie et qui domine tout
le faubourg de Fenet, s'ébranla. Elle avait eu le
temps à peine de sortir avec quelques vêtements,
que le roc s'afCaissait sur onze maisons du quar-
tier. Ses protégés furent engloutis sous les diî-
combres; un seul enfant y périt. Ainsi ruinée,
elle s'adressa aux Oratoriens, qui lui refu.sè-
rent même une écurie pour abriter son monde,
niais à grand prix lui louèrent une maison voi-
sine. A force de quêtes et d'emprunts, ellft -
parvint à payer son loyer et ses dettes. En i
1704, elle s'associa plusieurs tilles pour soigner s
les pauvres , et leur donna un habit tel à peu i
près qu'elles le portent encore , robe et tablier
de laine bleu pâle, voile noir, le rosaire à la
ceinture, le crucifix sur la poitrine. L'institut
invoquait pour patronne sainte Anne; mais le
peuple lui a retenu le nom de la Providence,
sous lequel il existe encore. En 1709 les so'urs
commencèrent à faire des vœux; en 1710 l'é-
vêque d'Angers approuva leur règle. Trente ans
plus tard trois cents pauvres femmes, filles et
enfants, dont plus de cent folles, étaient recueil-
lies à Saumur; mais l'hospice vivant des au-
mônes de chaque jour, la misère y était quel-
quefois si grande, que la soupe y manquait
« faute de sel ». Avant la fin de sa vie, .Jeanne
de Lanoue put voir des maisons de son ordre •
s'établir à î'rezé, Nantes, Châtillon-.sur-lndre,
Le Blanc, Le Puids-NotreDame , Le Lude,
Mazé , Josselin , L'Isle-Bouchard. Depuis la Ré-
volution, la maison mère a été transférée à Notre-
Dame-des-Ardillers, dans les bâtiments mêmes ;
de l'Oratoire. Les sœurs ont transpoité dans la
chapelle le corps de leur fondatrice.
Célestin Pour.
Discourssur la Fie et les Fertus do la vénérable sœur i
Jeanne de Lanoue ; Angers, Louis ,Dubé, 1743. — .^r-
c/m-es de l'hôpital de Sanmur, llf, E, 1.
LAKOiTE. Voy. Sauvé.
h.iL^OtJE{Eené- Joseph de), général français,
né vers 1740, en Bretagne, exécuté à Paiis, le
15 avril 1793. Il embrassa de bonne heure la
carrière militaire , fit la guerre de Sept Ans et
fut nommé lieutenant général à l'époque de la
révolution. Employé en cette qualité sur la
frontière du nord à la fin de 1792, il fut arrête
par ordre des représentants du peuple en mission,
sous prétexte qu'il n'avait point voulu marcher
au secours de Lille. Acquitté néanmoins à l'una-
nimité par le tribunal criminel, ii se rendit au
camp de Dumouriez, qui faisait de lui une estime
particulière , et obtint le commandement d'une
dirision d'infanterie établie le 'long de la Rocr,
185 LANGUE —
ittaqué, le 1" mars 1793, par un corps d'armée
onsidéiable , il n'eut pas le temps de rallier ses
oldats, disséminés sur une ligne de quatorze
eues , et opéra sa retraite dans un grand dé-
ordre. On le rendit responsable de cette défaite,
laquelle il n'était pas en son pouvoir de s'op-
oser : arrêté de nouveau, il fut traduit, ainsi
ue le général Steingel, qui servait sous ses or-
res, à la barre de la Convention dans la séance
u 28 mars 1793. Ce fut l'avocat Jean de Bry,
résident , qui procéda à son interrogatoire,
[aigre l'intervention bienveillante de Danton, qui
btint de l'assemblée que les comités fissent un
ipport plus complet sur l'ensemble de cette af-
ire , Lanoiie, ramené en prison , comparut, le
î avril suivant, devant le Tribunal révolution-
iireet monta, trois jours après, sur Téchafaud.
P. L— Y.
Dumouriez, Mémoires. — Moniteur univ., 1793.
î LA NO CE ( Félix- Hippolij te), peintre fran-
lis, né à Versailles (Seine-et-Oise), le 14 octobre
Î12. Élève de Victor Berlin et d'Horace Ver-
ît, il remporta en 1841 le premier grand
•ix de paysage sur le sujet ô'Adam et Eve
lassés du Paradis terrestre. Ce paysagiste
reproduit différents sites de la forêt de Fon-
inebleau et des environs de Versailles , ex-
isés à divers salons , depuis 1835. On a sur-
ut remarqué de lui : au salon de 1833, une
'le de la Seine à Rouen ; au salon de 1835,
16 Vîie des Aqueducs de Bue; à ceux de 1837
1839, une Vue prise à Sassenage (Isère);
celui dfe 1844 : une Vue de Terracine (États
imains); en 1847, \efi Tombeaux étrusques
mvirons de Naples) ; en 1848 : une Vue prise
ins Vile de Capri ( golfe de Naples ) ; en
(52 : une Vîie prise dans le bois de La Haye
Hollande); en 1854 ; Saint Benoit dans les
•Utudes de Subiaco, tableau qui est dans l'é-
ise Sàint-Étienne-du-Mont; en 1855 : une Vue
ise à Pont-Rousseau , près de Nantes, et
le autre des Bords de la Newa. G. de F.
.'Irclùves de l'École imp. des Beaux-Arts.
l LA KOVRAis (Prosper- Alexandre de ),
onoiniste français, né le 27 juillet 1810, à Saint-
ionard , pi'ès de Saint-Malo. Après ses études
issiques, il suivit les cours de l'École de Droit
, Paris, et fut reçu avocat au barreau de Paris.
s'adonna alors spécialement à l'étude des lan-
es modernes et à l'histoire. Après avoir donné
,e traduction du célèbre ouvrage de Hammer,
Histoire de l'Ordre des Assassins, il voyagea en
lède, en Danemark, surtout en Allemagne, dont
jî'est parfaitement appropriée la langue, et plus
ii'd en Angleterre et en Belgique. On a de lui :
stoire de V Ordre des Assassins, par Hammer,
id. de l'allemand et augmenté de pièces justi-
atives, avecJ.-J. Hellert; Paris, 1833, in-S";
La Confédération et la Diète gei-maniqiies ;
iris, 1836, in-8° ; — V Association des douanes
\lemandes , son passé, son avenir; Paris,
40, in-8° ; cet ouvrage a été traduit en alle-
LANSBERGHri 486
' mand ; — Les Chemins de Fer et les Chambi'es,
ou observations sur- les chemins de fer votés
dans les précédentes sessions par la Chambre
des Députés; Paris, 1841, in 8"; — De l'Asso-
ciation douanière entre la France et la Bel-
1 gique; Paris, 1842, in-s"; — Étude sur les
moyens les plus propres à amener la réduc-
tion du prix delà viande, et par suite de la
condition de la meilleure alimentation chez
! les peuples ; Paris, 1857, in-8" (extrait du jour-
nal L'Ami des Champs). Depuis 1835 il fut un
des rédacteurs de la Revue Germanique, à la-
quelle il a fourni un grand nombre d'articles sur
l'économie politique, la statistique, le droit
public, l'histoire et l'agriculture de l'Allemagne.
Depuis la même ipoque il est aussi l'un des ré-
dacteurs de la Revue française de Législation
et d'Économie politique. Enfînil afourni denom-
breux articles d'histoire, de commerce et d'indus-
trie à Y Encyclopédie des Gens du Monde, au
Journal des Économistes et à divers autres re-
cueils périodiques. G. de F.
Documents particuliers.
* LANSAC (Frariçois- Emile de ), peintre fran-
çais, né en 1805, à Tulle ( Corrèze). Il étudia la
peinture dans les ateliers de MM. Langlois et Ary
Scheffer, s'adonna d'abord au genre historique,
puis au portcait, et obtint du jury des exposi-
tions deux médailles d'or en 1836 et en 1838 et
une mention honorable à la suite du concours uni-
versel de 1855. Nous citerons de lui : Episode
du Siège de Missolonghi ; — La jeune Fille à
la fontaine; — Trait de courage du Com-
mandant Daru ; 1842 ; — Sujet tiré des Confes-
sions deJ.-J. Rousseau ; i8i6; — Chasseurs
au marais ; 1852 ; — L'Aumônier du régiment
et ^e Trompette des Guides ; 1855; — Che-
vaux en liberté; 1857. Parmi ses portraits
équestres, on remarque ceux de Napoléon I^r^
d'Olivier de Clisson , du duc d'Orléans et du
prince Louis- Napoléon. K.
, Livrets des Salons.
hLXKsnE&G (Mathieu). Voy. Laenseerg.
LANSBERGHE DE JVIEULEBEECRE (Phi-
lippe VAN ), mathématicien belge, né à Gand, le
25 août 1561, mort à Middelbourg, le 8 no-
vembre 1632. Ses parents, fuyant en 1566 la
pei'sécution des catholiques , l'emmenèrent en
France, puis en Angleterre, oii il fit ses études.
De retour dans les Pays Bas, il fut nommé mi-
nistre à Anvers; mais cette ville étant retombée
au pouvoir de Philippe H, le 17 août 1585, van
Lansberghe dut se réfugier dans les Provinces-
Unies, et l'année suivante fut installé dans la chaire
évangélique de Ter-Goes (Zélande), qu'il remplit,
exerça durant vingt-neuf années (i). En 1615,
ayant été déclaré émérite, il se retira à Middel-
bourg, où il ne s'occupa plus que d'astronomie
et de mathématiques. On a de lui : Sermones LU
(1/ C'est ce long séjour qui a fait écrire à Vossius et à
Bayle que Philippe Tan Lansberghe était né en Zélande.
i6.
487
LANSBERGHE
in cathesin religionis christianx, qiise in
Belgii et Palatinaius Ecclesiis docetur; —
Chronologie sacrœ Libri VI, in qidbus an-
norum mundi séries, ab orbe condito, ad
eversa per Romanes Èierosolyma, nova me-
thodo ostenditur ; kmsitxA&m, 1626, etMiddel-
bourg, 1645, in-4°; cette chronologie a été peu
suivie ; — Cyclometrix novse Libri duo ; Middel-
bourg, 1628, in-4° ; — Progymnasmatum As-
tronomias restitutee Liber primus, De Motu
Solis; Middelbourg, 1629, m-V; — Commen-
tationes in Motum Terrse diurnum et an-
nuum, et in verum adspectabilis cœli ty-
pum, in quibus £TTi<j7i[iovtxw; ostenditur diur-
num annuumque motum, qui apparet in sole
et cœlo, non deberi soli aut cœlo sed soli
terras ; simulque adspectabilis cœli typais ad vi-
vumexprimitur, etc.;Middelbourg, 1630,in-4°;
trad. en français par David Goubard, Midfiel-
bourg, 1633, in-fol. Lansbergbe se déclare vive-
ment pour l'hypothèse de Kopernik, qu'il se propo-
sait de perfectionner ; — Vranometrise Libri III;
Middelbourg, 1631, in-4°; — Triangulorum
geometricum libri IV; Middelbourg, 1631,
in-4°; — Introductio in Quadrantem, tum
astronomicum , tum geometricum, necnon
in Astrolàbium; Middelbourg, 1633, in-fôl.;
trad. en flamand par Goubard, Middelbourg,
1650, in-4° ; — Horologiographia nova, in
qua omne genus Scioiericorum Horologiorum
ostenditur; — Tabulas Motuum cœlestium
perpétuas, ex omnium temporum observatio-
nibus constructae : l'auteur travailla quarante
années à ces tables; — Observationum astro-
nomicarum Thésaurus; trad. en français par
D. Goubard , sous le titre de Les Tables per-
pétuelles de Philippe Lansbergue, etc.; Middel-
bourg, 1633, in-fol. Les Opéra omnia de Phi-
lippe van' Lansbergbe ont été publiés à Middel-
bourg, 1663, in-fol. L— z— E.
Valèrc André, Hibliotheca Belqiea, p. 775. — Smalle-
g^ng, Chronyk van Zeeland, p. 317. — Bayle, Diction-
naire, I, p. S8i. — Lulscli.'S, Jlyemeen woordensb., I. 90.
— Lelong, Bibliotheca Sacra, p. 821. — Toppcns, Bibtio-
theca Belgica, p. 1035-1036.
LANSBERGEN ( Pierre), théologien hollan-
dais, fils du précédent, né à Ter-Goes (Zéiande),
mort à Middelbourg, vers 1660. Il exerça d'a-
bord le pastorat dans sa ville natale; mai» de
nombreuses disputes théologiques l'en dégoû-
tèrent; il apprit alors la médecine, qu'il pra-
tiqua à Middelbourg. Il a écrit en flamand les
ouvrages suivants : Découverte des Turpi-
tudes de M. Apollonius , dans les excuses
qu'il fait des calomnies qu'il a débitées contre
Pierre Z/awsôerg'en ; Middelbourg, 1647, in-12;
— Liste des Fautes commises en 1613 par les
ministres de Zéiande dans leur écrit contre
Philippe et Pierre Lanshergen; Middelbourg,
1648, in-12; — Avis contre les infâmes men-
songes débités nouvellement sous le nom em-
prunté d'Yiûànt Vellepoter; Middelbourg, 1648,
in-i2. On attribue à Pierre Lansbergen ; Bel-
■ LANSDOWNE 488
lum germanicum Gnstavi Magni; Rotterdam
1652, in-12. L— z— e.
Jia\en,Beschr.van Dordreeht, p. 1113-llU.
LANSBERGEN {Jacques ), médecin, magis
trat et mathématicien hollandais, frère du précé
dent, né à Ter-Goes, vers 1590, mort en 1657
Il se fit recevoir docteur en médecine. En 1640 i
entra dans la régence de Middelbourg en qualil(
de conseiller, fut plusieurs fois échev'in et devini
bourgmestre en 1649. Mais, suspecté de vouloii
attenter aux droits des kiezeren (électeurs), i,
fut exclu de la régence, et se retira en Hollande
où il termina ses jours. Le portrait de Jacquej
Lansbergen a été peint et gravé en 1734. Jacquei
Cats y a joint un éloge en vers dans lequel i
vante l'habileté du savant zélandais commi
médecin et mathématicien. On a de Lansben
gen : Disputatio de Moscho, conversus medico
Mittelburgenses (ces médecins étaient Corneilli
Heris, David Ultraeus et Jérôme Smallegang}
dans les Tractatus varii de Moscho; Middel
bourg, 1613, 1614, in-8"; — Apologia pr
Commentationibus Philippi Lansbergii i
Motum Terras diurnum et anmium contre Li
bert Froidmont, Jean-Baptiste Morin, et Pieri
Bartholin-, Middelbourg, 1633, in-4°. C'est un
réponse à la Solutio problematis de Tellur,
Motu vel Quiète de J.-B. Morin (Paris, 163
in-4''), dans laquelle celui-ci attaquait le systèn
des kopernicains. Morin riposta par Responsi
pro Telluris Quiète, etc.; Paris, 1634, in-4
Heris écrivit aussi contre l'^poZo^ie de Lansbei
gen. L— z— E.
Paquot, Mémoires povr servir à l'histoire Uttërai
des Pays-Bas, t. Vlll, p. 379-381.
LANSBERGHE (7aco6 VAN ), historien hoi
landais, né à Hulst, vers 1650. Il fut échevin li
sa ville natale en 1682 et bourgmestre de 1685)
1688. On a de lui : Beschryvinge van de siau
hulst, behelsende haer oude opkomst, tegei
woodige, toeslandt, en veelvulgevallen, e1
(Description de la ville de Hulst, contenants'
origine, ses accroissements et les principaux év
nements qui y sont arrivés , etc. ) ; La Haye, 1 68
10-8°; Rotterdam, 1692, in-8°.
Paquot, Mém. pour l'hist. litt. des Pays-Bas, t. VI
p. S81.
* LANSDOWNE ( Henri Petty Fitz-Mauri(
troisième marquis de), homme d'État an
né le 2 juiflet 1780. Lord Henri Petty (il apo
ce nom jusqu'à la mort de son demi-frère
1809) est le second fils et le seul survivant
premier marquis de Lansdowne, homme d'É
illustre, plus connu sous le nom de comte
Shelburnc. 11 fut d'abord envoyé à Westminst
School, passa dès 1795 quelques années à l'u
versité d'Edimbourg, et vint achever son édu
tion à Cambridge, où il prit son diplôme
maître es arts en 1801. C'est surtout à Édi
bourg qu'il fit les fortes études qui formèrent!
esprit et développèrent ses talents naturels. PI
sous les soins immédiats de Dugald Stewart
puisa dans sa société et ses leçons les doctrii
469
es plus libérales et les plus éclairées en histoire,
m politique et en philosophie, et non pas sim-
jDlemenl l'amour du gouvernement constitution-
jiei et de la liberté, mais le goût le plus vif pour
a littérature et les sciences, goût qui a donné à
>a vie sociale et privée un cachet de distinction
particulière, et qui pendant près d'un demi-
;iècle a fait de sa maison l'asile et le rendez-
cour de la société littéraire la plus distinguée de
ion époque. C'est à Edimbourg qu'il connut
Srougham, Horner, Jeffrey, Sidney Smith et
lutres, alors jeunes gens pleins d'espérance, et
levenus plus tard hommes célèbres, les uns par
l'éclatante supériorité de leurs talents, les autres
bar la vivacité desprit, la profondeur de savoir
;f la haute intelligence de critiques. Après avoir,
suivant l'usage des jeunes lords anglais, fait un
>oyage dans plusieurs États du continent, il se
disposa à entrer dans la vie publique , et l'in-
iluence de son père le fit nommer membre du
îparlement pour le bourg de Calne dans le comté
ie Wilts (1802). Il ne se pressa point de prendre
part aux discussions de la chambre des com-
munes ; il observait et étudiait le caractère des
)rateurs et de l'assemblée, et poursuivait eu si-
lence ses études du passé. En 1804, il fit son pre-
mier discours sur une question irlandaise. Le parti
tory, dirigé par Pitt, était alors au pouvoir, et
d'après l'acte de restriction sur les banques les
Irlandais étaient menacés de désastres sérieux,
à cause de l'émission excessive de papier-mon-
naie qu'avaient faite les banques privées du
pays. Le discours que prononça le jeune lord à
icette occasion, discours tout à fait opposé aux
vues du ministère, était remarquable par la
clarté et la rectitude des idées qu'il développa
sur la question générale de circulation et les
vrais principes d'économie politique. L'année
suivante, il ajouta à sa réputation de débuter
parlementaire par son discours sur une accusa-
tion de péculat portée contre lord Melville. Pitt,
qu'excitaient à la fois les exigences de son parti
et son amitié privée, défendit avec beaucoup de
chaleur son collègue sur l'accusation de corrup-
tion officielle; lord Henri Petty, dont le carac-
tère loyal et élevé ne comprenait pas qu'on pût
s'exposer même à un soupçon d'improbité poli-
tique ou de concussion privée , lui fit une ré-
ponse aussi forte que sévère. Le ])remier mi-
nistre étant mort quelques mois après, et le parti
tory ayant été désorganisé, les whigs parvinrent
au pouvoir .sous Grenville et Fox, qui nommè-
rent lord Petty chancelier de l'Échiquier, poste
occupé naguère par Pitt, auquel il succéda aussi
comme représentant de l'université de Cam-
bridge (1806). Il prit alors souvent la parole,
particulièrement sur des sujets de finances.
Mais ce ministère Grenville ne dura pas assez
pour donner à lord Petty l'occasion de montrer
l'étendue de ses talents politiques et financiers, et
le temps de se faire unegrande réputation (1807).
11 inspira cependant une haute opinion de sa ca-
LANSDOWNE 490
pacité comme homme d'État. Pour qu'elle se
HiOntràt dans tout son éclat, il fallait des chances
favorables dans l'avenir, et ce ne fut que vingt
ans après que son parti parvint de nouveau au
pouvoir. Il ne resta pas inactif pendant ce long
intervalle ; son nom est associé à toutes les prin-
cipales mesures du parti libéral. Telle fut, entre
autres, l'abohtion de l'esclavage , qu'il défendit
dès 1807 et plus tard en 1814 et 1821 par des
motions spécifiques. Admis à la chambre des
pairs, comme marquis de Lansdoowne, a la
mort de son demi-frère (1809), il se montra le
défenseur constant des droits et de la liberté des
nations étrangères. En 1807 il avait commencé
à battre en brèche les lois pénales contre les ca-
tholiques d'Irlande; il continua à soutenir leurs
droit.s avec autant de chaleur que d'éloquence,
et quelques-uns de ses meilleurs discours furent
inspirés par cette cause. Après avoir été dix-huit
ans en dehors de l'administration , il devint mi-
nistre de l'intérieur à l'avènement de Canning
comme premier ministre (1827), et des affaires
étrangères sous la courte administration de son
successeur, lord Goderich. Il prit la plus noble
part à l'importante question de l'émancipation
des catholiques, qu'il fit enfin triompher. Il fut
dans les rangs de l'opposition, sous le ministère
du duc de Wellington (1829-30), et devint pré-
sident du conseil dans le ministère whig de
lord Grey (1830-34). Il prit un rôle actif dans
les débats sur le bill de réforme, bill dont il avait
défendu le principe pendant tout le cours de sa
vie politique. Sorti du ministère en novembre
1834, il y rentra en avril ,1835, et en fit partie
jusqu'à laretraite de lord Melbourne (sept. 1841).
A l'avènement de sir Robert Peel, cette même
année, lord Lansdovsne devint le chef reconnu
de l'opposition dans la chambre des lords, et
dans cette position sa dignité et sa politesse lui
concilièrent le respect et l'estime même de la
part de ses adversaires. A une connaissance pro-
fonde de tous les sujets de débats, passés et pré
sents, il joint une éloquence facile, et une par-
faite égalité de caractère, que ne peuvent troubler
les attaques les plus violentes. En 1846, sous le
ministère de lor.d John Russel, il redevint ministre
président du conseil et chef des whigs dans la
chambre haute. Il sortit de l'administration en
1852 avec le premier ministre, et en se retirani
prononça un discours plein d'une touchante di-
gnité, et qui a laissé un long souvenir. A la re-
traite du comte de Derby (décembre 1852j, il fut
invité par la reine à prendre les rênes de l'admi-
nistration ; mais il refusa, et se contenta d'occuper
un siège dans le cabinet, sans fonctions détermi-
nées, sous le comte d'Aberdeen et ensuite sous
lord Palmerston. Lord Landsowne est le Nestor
de la chambre haute, et il jouit au plus haut
degré de l'estime universelle de toutes les classes
de la nation anglaise. J. Chasut.
Emjlish Cyclopcdia.
LAKSDOWNE (Vicomte). yoy.GRANvai.E,
491 LANSEL -
LANSELon LANSSRLirs (Pierre), érudit fla-
mand, né eu 1580, à Gravelines, mort le 16 août
1632, à Madrid. Admis de très-bonne heure dans la
Société de Jésus, il s'appliqua à l'étude des lan-
gues orientales ainsi qu'à la critique sacrée et par-
courut l'Allemagne, dont il explora avec soin les
plus riches bibliothèques. Sa réputation d'érudit
était si bien acquise que Philippe IV, roi d'Es-
pagne , l'appela à Madrid pour y occuper une
chaire d'hébreu. On a de lui : S. Dïonysn Areo-
pagitœ Opéra omnia qux exstant ; Paris, 161 5,
in-fol., édition reproduite dans la Bibliotheca
magna Patrum, X. \", et à laquelle Lansselius
a ajouté d'anciennes scoties grecques et une Dis-
putatio apologetica sur la vie et les écrits de
Denys; — Bihlïa sacra Yulgatse editioms
Sixti V; Anvers, 1624-1625, 2 vol. in-fol.; sup-
plément au\ scolies de Jean Mariana et d'Emma-
nuel Sa , augmenté des Correctiones de Fran-
çois Luc, de Bruges; — Dispitnctio Calum-
niarum qux S. Justïno martyri imiruntur
ab Isaaco Casaubono; Paris, 1636, in-fol. K.
Solwel, Biblioth. Scriptorum Soc. Jesu. — JOcher,
^llg. (Jelchrlen-Lexilcon.
LANTARA {S\mon-Mathurin),Qé\khY& peintre
et dessinateur français , né à Oncy, près Miily,
le 24 mars 1729, mort à l'hôpital de la Charité
de Paris, le 22 décembre 1778 (1). Il était fils de
Françoise Malvilain , fille non mariée; mais, à
la suite d'un procès difficile, l'enfant fut re-
connu par Simon-Mathurin Lanlara, ouvrier
tisserand, qui épousa Françoise Malvilain, le
25 février 1732 (2). II ne reçut dans son en-
fance d'autres leçons que celles du magister de
son village, et cette première instruction s'arrêta
bien vite; car à l'âge de huitans, ayant perdu sa
mère, le jeune homme fut contraint d'abandonner
l'école et d'entrer comme gardien de bestiaux au
château de La Renommière, appartenant à
Pierre Gillet, échevin de la ville de Paris. Ce
fut dans cette fraîche campagne, au milieu de
sites pittoresques et gracieux, que le jeune pâtre
sentit se révéler en lui ce goût de la représenta-
tion de la nature qui devait le placer au rang des
premiers paysagistes. Bientôt la passion du pein-
tre s'empara de Lantara : il traçait avec un bout
débranche, sur le sable ou sur les rochers, le
plan de ses tableaux agrestes qu'il nuançait en-
suite avec des couleurs naturelles, des feuilles
vertes, des brins de mousse, des petits cailloux.
Un jour le fils du seigneur de La Renommière,
(1) La plupart des biographes ont toujours parlé de
cet artiste sans donner le moindre détail sur son exis-
tence. Les uns le font naîlrf; à Montargis on à Chaliettes,
vill;ige près de cftte ville; les autres lui donnent pour
patrie Melun, Fontainebleau ou Achères. l/époque de
sa naisssance variait depuis 17)0 jusqu'en 174S. Grâce
aux recherches de M. Emile Bellier de La Chavi-
gnerie, nous pouvons donner sur Lantara des rensei-
gnements inédits et certain^:.
(2) M. Ch.-F. Lapicrre, dans Les Hommes illustres de
VOrléiinais, le fait fils d'un peintre d'enseignes et d'une
marchiinde de toilettes. Le même écrivain le fait mourir
a trente- trois ans.
LANTARA 49:
.^I. Gillet de Laumont, étant venu au château dij
son père , fut frappé des dispositions arlistiqiîfeij
du jeune vacher. Il l'emmena à Versailles, et li
plaça chez un peintre dont on ne sait pas Ii
nom : Lantara quitta ce premier maître pou
entrer au service personnel d'un autre artiste di
Paris, qui lui paya ses gages en leçons de pein
ture. Se sentant assez fort pour se passer dt
guide , Lantara quitta l'atelier, et vint se logei
rue Saint-Denis dans une pauvre mansarde, d'oî
il pouvait à peine entrevoir le ciel. 11 travaillai
peu et rêvait beaucoup. Dans sa maison étal
ime fruitière nommée Jacqueline, fille d'une inar^
chande aux halles, qui chantait plus qu'elh
ne vendait. La man.sarde et le rez de chausséi
tirent bientôt connaissance; tous deux jeune.s.
insouciants et pauvres, ils associèrent leur gaUf
et leur misère. Avec son talent et son heureuse
facilité, Lantara eût pu acquérir de l'aisance;!
mais artiste par le génie, il l'était aussi par k
paresse, et la pauvreté était la véritable muse insi
piratricedu paysagiste. Puis, enfant de la nature,
il ne dessinait jamais si bien qu'en bras de che-
mise et sans cravate. Ce laisser-aller ne pouvail
lui faire trouver de protecteurs; il ne plaçait
donc ses productions qu'à des marchands et à
vil prix. Pour son complet malheur, Jacqueline
mourut; c'était la seule per.sonne dont il eûtét^
compris et aimé. 11 ne chercha pas à se remar-
rier : il se mit à hanter le cabaret pour oublier uo
amour aussi constant que sincère. Cependant La»
tara ne fut point le bohème , le fainéant , l'ivrogne
qu'il a plu aux vaudevillistes de mettre en scène,
Assurément il allait au cabaret ; mais il y allai!
pour prendre ses modestes repas, comme la ma-
jeure partie des écrivains et des artistes de son
temps. Alexandre Lenoir, qui l'avait connu, le
montre pauvre et heureux dans sa misère ;
crayons, sa palette, ses pinceaux et une huppe
qu'il chérissait, formaient tout son mobilier,
« Avec de grands talents il avait l'insouciance
et la naïveté d'un enfant. Ce Lantara, ajoute-t-il,'
avait les bonnes et les mauvaises qualités d'Ar-'
lequin ; il était, comme le Bergamasque , naïf,
spirituellement bête et habilement maladroit. »
Il le peint plus gourmand qu'ivrogne. Il aimaits
mieux une bavaroise au chocolat qu'une bonteilh
de vin , et tous ceux qui l'entouraient abusaieii
de ce défaut et de son insouciance en lui faisani
faire des des.sins, même des tableaux, pour un
dîner, un gâteau d'amandes, une tourte ou quel
que friandise (1). Quand il avait bien bu, bien:
mangé, il allait rêver dans les champs, sans souci
de la gloire, ni de la fortune. Il aimait la splea
deur des astres, les mystères du crépuscule et le'
silence de la nuit. « Souvent, dit M. Charles
Blanc, on le voyait le soir, immobile sur le Pont-
I
j (1) .\lcxandre Lenoir cite le limonadier Talbot, placéi
I près du Louvre, comme ayant obtenu une bille suite de
j dessins de Lantara, dont il tira un ^Tand bénéfice, avec
I les bavaroises et le café à la crème (\n'\\ lui donnait à. ses
I déjeuners.
493 LANTARA —
Neuf, à regaitler, dans une sainte extase, le soleil
dessinant les arches des autres ponts et se mou-
vant en rayons brisés sur l'eau du fleuve; il pleu-
rait d'admiration. Une fois rentré dans son ga-
Iclas ou remisé au fond de son café, Lantara
peignait de mémoire les effets qui l'avaient ému,
ou bien il dessinait à la lueur d'un quinquet, sur
papier bleu, avec des rehauts de ciayon blanc,
tantôt des clairs de lune tranquilles et mysté-
rieux, tantôt des levers de soleil dont il savait
par cœur les teintes , les oppositions et les ac-
cidents. »
Vers la fin de sa vie, Lantara avait acquis de
la réputation. Quelques amateurs éclairés tâ-
chèrent de l'attirer chez eux. Mais il semblait
que la dépendance éteignît son génie; au milieu
des séductions du luxe et du confortable, l'in-
constant artiste ne savait rien produire; et il
retournait vite à son cabaret de la rue du Chantre.
Un financier voulut être son prolecteur : Lan-
tara mangea et but quelque temps chez lui, puis
il s'ennuya, et revint à l'auberge en disant : « J'ai
secoué mon manteau d'or i>. Un de ses Clairs
de lune lui fut payé par le comte de Caylus
cent écus. Lantara , surpris de se voir autant
d'argent, emporta chez lui son trésor. Mais,
comme le savetier de la fable , il eut peur des
voleurs; il consulta ses amis, et, après mûre dé-
libération, il fut décidé qu'on boirait les cent
écus pour qu'ils ne fussent pas volés. Jl avait
une profonde aversion pour les figures, et n'en
mettait jamais dans ses tableaux. M. Charles
Blanc affirme qu'il savait si peu faire ce qu'il ap-
pelait des bonshommes, queTaunay, Demarne,
Barré, Bernard et surtout .losepb Vernet lui
prêièrent souvent leur concours pour animer ses
paysages. Un jour un certain marquis lui avait
commandé la vue extérieure d'une église avec
ses environs ; le peintre n'y mit pas un seul per-
sonnage. Le marquis lui fit observer cette ab-
sence. '< Ils sont à la messe, dit Lantara en mon-
trant l'église. — Eh! bien ! je prendrai votre ta-
bleau quand ils en sortiront, répliqua l'amateur. «
La misère et l'inconduite minèrent rapidement
la santé de Lantara, qui dut chercher un refuge
à rhô[iital de la Charité. Le supérieur le soigna,
et parvint môme à le faire travailler en tlattartt
son penchant; il lui promettait pour chaque
dessin une visite à la cave. Lantara appelait cela
« la carte à payei- ». Sorti une première fois de
l'hospice , il ne tarda pas à y rentrer : c'était le
22 décembre 1778 à midi; à six heures il avait
cessé de vivre ; il avait quarante-neuf ans. A
son det nier moment , l'aumônier chercha à lui
peindre les joies du paradis : « Vous êtes bien
heureux, mon fils, lui disait-il, vous allez voir
Dieu en face pendant l'éternité ! — Quoi , mou
pèie, reprit le moribond, toujonrs de face? Ja-
mais de profil ! » Et il expira. Un bel esprit du
temps composa et fit graver au bas du portrait
de Lantara le quatrain suivant qui nous semble
assez bien résumer la vie du grand artiste ;
LANTHENAS
494
Je siii.'! le peintre Lantara.
La Foi m'a tenu lieu de livre,
L'Espérance me faisait vivre
El la Charité in'çnterra.
Malgré la rapidité et le décousu de sa vie, Lan-
tara est resté l'un des premiers paysagistes fran-
çais. Sa manière rappelle celle de Claude Lor-
rain. Il excellait dans la perspective aérienne; il
rendait d'une manière merveilleuse les différentes
heures du jour ; les ciels de ses tableaux sont
d'un ton vaporeux et fin et d'une exquise légè-
reté de touche : ses points du jour ont toute la
fraîcheur du matin; ses couchers de soleil,
chauds et lumineux, n'ont pas moins de vérité;
ses clairs de lune sont d'un ton argentin, plein de
mélancolie. Ses eaux sont toujours mobiles, trans-
parentes et naturelles. Lantara a laissé peu de
tableaux, parmi lesquels son portrait, mais beau-
coup de dessins au crayon noir rehaussé de
blanc. On cite entre autres un Orageeià&nx Vues
de fleuves avec des ruines (1706) dans le genre
de Joseph Vernet, qui probablement en a fait les
personnages. Duret a gravé d'après Lantara La
Rencontre fâcheuse ; Le Pêcheur amoiireiix ;
L'heureux baigneur; Le Bercjer amoureux ç,n
quatre pièces. Piquenot a reproduit La Nappe
d'eau et Les Chasse-Marée , deux pièces. Le
Bas a gravé le premier livre des Vues des En-
virons de Paris, douze feuilles en long. Les œu-
vres de Lantara , signées de lui , sont fort re-
cherchées. Le buste de ce maître, dû au ciseau de
Guersant, a été solennellement inauguré le 6 juin
1852, par les soins de M. Emile Bellier de La
Chavigncrie. Une charmante pièce de Barré, Pi-
card, Radet et Desfontaines, intitulée Lantara
ou Le l'cinlre au cabaret, a obtenu en 1807, au
Va\i<Ieville, un succès populaire.
A. DE Lacaze,
Charles Blanc , Histoire des l'eintres, a" 40, École
française, n" 20. — Ch -F. Lapierre, dans Les Hommes
tUtist7'es de l'Orléanais, t. l<'^, p. 33-60. — Le Bas, Oict.
encyclopédique de la France. — Emile Bellier de La
r.havignerie , Notice sur S.-M. Lantara. — Eugène Dau-
riac, dans Le Siècle, ii" du 30 octobre 1836.
LASTEîii (Francesco), littérateur italien, né
en 1801, à Briga, mort le 15 janvier 1843, à Tu-
rin. Reçu docteur en 1823, il professa d'abord
les belles-lettres à Casai , puis la littérature ita-
lienne à l'université de Turin; en 1840 il échan-
gea cette chaire contre celle d'éloquence latine.
On a de lui : Il Mattino d'estate; Turin, 1821,
in-8"; — / due Cantici dl Mosc. ed altre Poé-
sie sacre; ibid., 1827, in-8''; — Vocobolario
Italiano e Latine , accresciuto di moite ag-
giunte ; ibid., 1833, in-4°; — Storia délia Mo-
narchia di casa Savoja; ibid., 1835, in-8°;
2'' édit., 1838; — et plusieurs pièces de vers
insérées dans les recueils périodiques. K.
Ti[aldo, Biogr. degli Italiani illustri, IX.
!-A:vTHE>iAs ( FrffJîfois ), homme politique
eipubliciste français, né dans le Forez, vers 1740,
mort en 1799. Médecin obscur à Paris au com-
mencement de la révolution , il acquit une cer-
495
LANTHENAS — LANTIER
496
taine notoriété par la pubHcation de quelques
brochures démocratiques, et fut admis dans l'in-
timité de la famille Roland. Il devint chef de di-
vision au ministère de l'intérieur sous Roland, et
fut élu en 1792 député à la Convention nationale
par le département de Rhône-et-Loire. Il vota
la mort de Louis XVI, mais d'une manière con-
ditionnelle, et motiva ainsi son vote : « Louis a
mérité la mort; je l'y condamne, à condition de
suspendre l'exécution , et de l'exiler si les en-
nemis nous laissent en paix, lorsque la constitu-
tion sera bien établie; de proclamer cette sus-
pension avec ses motifs ; d'abolir ensuite la peine
de mort, en exceptant Louis, si ses parents ou
amis envahissent le territoire. » La liaison de
Lanthenas avec les Girondins faillit lui être fa-
tale. Son nom fut porté sur la liste de proscrip-
tion du 31 mai. Marat l'en fit rayer. .^ Tout le
monde sait, dit-il, que le docteur Lanternas
est un pauvre d'esprit. » Lanthenas traversa
obscurément la Convention et le conseil des Cinq
Cents. A sa sortie du conseil, en 1797, il reprit
l'exercice de la médecine. On a de lui : Incon-
vénients du Droit d'Aînesse ; Paris, 1789, in-8° ;
— De la Liberté indéfinie de la Presse ; Pari»,
1791, in-8"; — Des Sociétés populaires consi-
dérées comme une branche essentielle de
Vinstruction publique; Paris, 1791, in-8°; —
Théorie et Pratique des Droits de Vhomme,
trad. de l'anglais de Thomas Paine; Paris, 1792,
jn-go- — Nécessité et Moyens d'établir la
Force publique sur la relation continuelle du
service militaire et de la représentation na-
tionale, sur la représentation exacte du
nombre des citoyens; Paris, 1792, in-S»; —
Motifs de faire du 10 Août un jubilé frater-
nel, une époque solennelle de réconciliation
entre les républicains, etc. ; Paris, 1793, in 8°;
— Déclaration des Devoirs de l'homme, im-
primée par ordre de la Convention ; 1794, in-8° ;
— Bases fondamentales de l'instruction pii-
biique; Paris, 1795, in-8"; — Décadence et
Chute du système des finances de l'Angle-
terre, trad. de l'anglais de Thomas Paine; 1796,
in-S"; — Religion civile proposée aux répu-
bliques; Paris, 1798, in-l2. Z.
Mme Roland, Lettres et Mémoires. — Quérard, La
France. Littéraire. — Arnault, Jouy, etc., Biographie
det Contemporains.
LANTiiENÉE ( Le Ratz DE ) , mathématicien
belge, né dans le pays de Liège au commence-
mentdudix-huitième siècle. II cultiva les sciences,
et resta si obscur, malgré ses ouvrages, qu'on n'a
aucun détail sur sa vie. On croit qu'il est mort
vers 1770. Il a publié : Éléments de Géométrie,
ou principes de la mesure de l'étendue expli-
qués par démonstrations,la plupart nouvelles,
et surtout sans le secours des proportions ;
Paris, 1738, iu-S", traité écrit avec clarté et pré-
cision, d'après le Journal de Trévoux (mai
1739); — Lettre à M. de Voltaire sur son
(jcrit intitulé ; Ré^)onse aux objéelions contre
la philosophie de Newton; 1739, în-8°; —
Examen et Réfutation de quelques opinions
sur les causes de la Réflexion et de la Ré-
fraction ; Paris, 1740, in-8°, dirigé surtoutcontre
les idées émises par Jean de Banières, zélé car-
tésien;— Nouveaux Essais de Physique; ibid.,
1750, in-12; — Essai sur une méthode de
rendre les aéromètres ou pèse-liqueurs com-
parables; ibid., 1769, in-12, où l'auteur n'in-
dique d'autre moyen que l'aéromètre de Fahren-
heit, décrit depuis longtemps dans les recueils
scientifiques. P. L — y.»
Becdflièvre - Hamal, Biogr. Liégeoise, t. H. — Im,
France littéraire, édit. de 1736.
LANTIER { Etienne- François de), écrivain
français, né à Marseille, le 1" octobre 1734, mort
dans cette même ville, le 31 janvier 1826.11 fitses
études chez les jésuites , et au sortir du collège
suivit la carrière militaire. 11 parcourut, avec le
grade de sous-lieutenant dans le régiment d'An-,
goumois, la Corse, la France et l'Espagne. Puis ;
il retourna à Marseille, meuant joyeuse vie ef-
forçant plus d'une fois son père à le faire en-
fermerpour huit jours à Notre-Dame-de-la-Garde.
Il composa dès cette époque la comédie de L'Im-
patient; mais peu jaloux des succès de pro-
vince, il vint à Paris. Une petite pièce de vers
sur Choiseul, assez galamment tournée pour
qu'on la mit sur le compte de Delille et même
de Voltaire, lui valut les faveurs du ministre,
douze cents livres de pension et un secrétariat
d'ambassade à Dresde. Mais six mois après, Choi-
seul disgracié quittait Paris pour Clianteloup,
et d'Aiguillon ôtait à Lantier place et argent. II
se consola en revoyant L'Impatient, qui ne fut
joué pourtant qu'en 1778. L'auteur avait alors
quarante-quatre ans. Grâce au talent de Mole et à
quelques vers spirituels, la pièce fut bien accueil-
lie, et les salons s'ouvrirent devant l'auteur; le
maréchal de Sainville, frère de Choiseul, M""" de
Boufflers, M""* de Brancas l'admirent dans leur
société; il se lia avec François de Neufchâteau,
Cerutti, Dorât, La Harpe. Un brevet de capitaine,
récompense de quelques fadeurs en vers adres-
sées au comte d'Artois, et un peu plus taid la
croix de Saint-Louis, lui permirent de se présen-
ter sur un certain pied dans le grand monde, où
il devint à la mode. Le Flatteur, comédie en cinq
actes et en vers, jouée en 1782, entassez de
succès pour faireoublier celui de J.-B. Rousseau.
Lantier fut dès lors ce qu'il a été toute sa vie,
jusqu'à l'âge de quatre-vingt douze ans, bel-es-
prit de salon, aimable et spirituel, maie frivole,
et s'il nous présente aujourd'hui quelque intérêt
c'est seulement pour avoir transporté, à travers
la révolution, en plein dix-neuvième siècle, les
légèretés erotiques et les bouquets à Chloris un
peu fanés du dix-huitième. Ses Contes en vers
et en prose que la camaraderie indulgente de La
Harpe plaçait au premier rang de la littérature
française, immédiatement après ceux de Voltaire
et dé La Fontaine; ses poésies légères pubiiijcs
197 LANTIER
ous le nom de Vabbé Mouche ; son Erminie, en
rois chants, son Geoffroy Rudel, qu'il composa
jusque nonagénaire, n'ont pu maintenir le nom
le Lantier. On lit à peine son chef-d'œuvre, le
royage d'Aniénor en Grèce. Le fameux comte
e Saint-Germain prétendait avoir vécu deux
liiie ans. Lantier eut l'idée de lui faire peindre
es siècles qu'il avait dû traverser dans les di-
erses phases de son existence. Il commença par
;s Grecs, et n'alla pas plus loin : telle est l'origine
'Anténor. L'auteur y travailla pendant la révo-
fltion, et le fit paraître en 1798. L'ouvrage eut
m succès prodigieux, malgré les vives attaques
je Dussault et de Féletz. Il n'a pas eu moins
e seize éditions. Miiller le traduisit en allemand,
Iraud en anglais, Calzava en espagnol, Vas-
{oncellos en portugais, Harow en russe; il fut
lussi traduit en italien et en grec moderne. On
le saurait y méconnaître de l'entrain, de la grâce,
Itun certain mérite de style; mais les mœurs
jrecques , même sous le côté erotique que l'au-
eur semble affectionner, y sont grandement
léfigurées , et le titre &Anacharsis des Bou-
doirs, qu'on a donné à Lantier, ne doit pas être
'ris comme un éloge.
I Lantier quitta Paris en 1814, et alla achever
ja carrière dans sa ville natale. Il y vécut dans
•ne grande considération , fondée sur la vogue
jncore récente de son dernier livre, et aussi sur
les qualités d'homme privé, auxquelles tous ses
'iographes , et notamment la princesse de Salm,
■nt rendu d'unanimes hommages. Il était de l'A-
ladémie de Marseille depuis 1786, des Arcades
e Rome, et de la Crusca de Florence. Il ne
lOulut jamais se mettre sur les rangs pour l'Ins-
jtut. « J'aime mieux, disait-il, que l'on demande
lourquoi je n'y suis pas, que pourquoi j'y suis. «
1 avait aussi fait partie de la société du Caveau
inoderne.
! On a de Lantier : L'Impatient, en un acte et en
'ers; 1778, in-8°; traduit en italien par Capac-
jelli; — Le Flatteur, comédie en cinq actes
et en vers, 1782, in-8°; — Travaux de l'abbé
Mouche; 1784, in-12; — Erminie, poëme en
rois chants, 1788, in-12 ; — Les Rivales, co-
jnédie en un acte, représentée sans succès au
théâtre Feydeau, à la fin de 1798; — Voyage
\V Anténor en Grèce et en Asie avec des no-
ïions sur l'Egypte; 1798, in-8°, réimprimé
jous divers formats; la 16' édition est de Paris,
|1823, in- 18; — Contes en prose et en vers
mivis de pièces fugitives et du poëme d' Er-
minie; 1801, 1806, 1809, in-S"; —Les Voya-
|j««rs en Suisse; 1S03, et 1817, in-8°; traduit
Sn anglais, 6 vol. in-12; — Voyage en Espagne
iuchevalier Saint-Gervais, officier français ;
1809, et 1820 in-8°; — Correspondance de
mademoiselle Suzette-Césarine d'Arly; 1814,
in-S"; 1815, in-12 : souvenirs d'un voyage fait
par l'auteur en Italie avant la révolution ; —
Recueil de Poésies; 1817, in-8°; — Geoffroy
Rudel, ou le troubadour, poëme en huit chants ;
— LANTIN
498
1825, in-8° ; — Le jeune Métastase à Naples^
comédie ; — V Inconséquen t, com. en trois actes
et en vers ; — Le Confiant, com. en cinq actes
et en vers. On a publié en 1836 les Œuvres
complètes de E.-F. de Lantier, etc., précédées
d'une notice biographique et littéraire par
M. Gaston de Flotte; Paris, 1836, in-8°. On
a à tort attribué à Lantier Lucette (1785), Les
Coquettes rivales (cinq actes et vers, 1782), Le
Faquir, conte, et Les Réflexions sur le plaisir
par un célibataire ; ce dernier ouvrage est de
Grimod de La Reynière. Charles Defodon.
Préface de l'édition de 1836. — Rabbc, Viellh de Boi«-
jolin et Sainte-Preuve, Biographie universelle et porta-
tive des Contemporaint. — Ch. du Rozolr, Dictionnaire
de la Conversation.
LANTIN (Famille de), appartenant à la magis-
trature de Bourgogne et dont plusieurs membres
se distinguèrent dans la littérature : les plus
connus sont :
LANTIN (Jean- Baptiste ), né à Châlons-sur-
Saône, le 13 décembre 1572, mort à Dijon, le 15
décembre 1652. D'abord avocat, il exerça ensuite
les fonctions de conseiller au parlement de
Bourgogne jusqu'au 16 janvier 1641. On a de lui
plusieurs poésies latines insérées avec divers
ouvrages ; un Recueil des Arrêts du Parlement
de Dijon ( resté manuscrit ) et un Traité des
Bailliages de Bourgogne ( idem ).
LANTIN {Jean- Baptiste), fils du précé-
dent, né à Dijon, le 9 novembre 1620 (1). Après
avoir fait des études très-variées et appris les
langues hébraïque, grecque, latine, italienne et
anglaise, il visita une grande partie de l'Eu-
rope. De retour à Dijon, il fut reçu conseiller
aux requêtes du palais en 1650, et conseiller au
parlement en 1652, fonctions qu'il occupa jus-
qu'en 1695. On a de lui des lettres et des poé-
sies latines et françaises insérées dans divers
ouvrages ou recueils du temps, et en manus-
crits: le premier livre des Éléments d'Euclide
en vers techniques ; — une traduction latine De
Numéris, et De Arithmetica de Pappus d'A-
lexandrie; — Dissertation sur le Géranium
noctu olens ; — des Épigrammes grecques et
latines; — des Poésies italiennes; — des Re-
marques sur l'Oi'igine des Arts; — des Notes
sur Diogène Laerce; — un Traité de la Joie
et de la Douleur ; — une Traduction de Léo-
nard Arétin ; — plusieurs psaumes de David
traduits en vers latins. J.-B. Lanlin a mis en
musique plus de trente Odes d'Horace; YAtys
de Catulle et quelques autres pièces. Le conseiller
Legouz a fait un recueil des bons mots , pensées
ingénieuses, etc., de J.-B. Lantin, sous le titre
de Lantiniana.
LANTIN {Jean-Baptiste), second fils du pré-
cédent, né à Dijon, le; 13 janvier 1674, mort le 10
décembre 1709. Il a laissé des Contes en vers
français, des Épigrammes, des C^ansoni, plu-
sieurs Ballades et autres poésies publiés dans
(1) Et non en 1619, comme l'écrit MorérL
499 LANTIN — LANUSSE
le Mercure Galant et dans le Nouveau Choix
de Poésies; La Haye, 1715. Parmi ses manus-
crits, on cite la traduction en vers français de
plusieurs Psaumes et de fragments de Sénèque,
une traduction en prose de VAne d'Or d'Apulée
et des vers latins tort bien tournés.
LANTIN DE DAMEREY ( Jcan-Baptiste ),
neveu du précédent, né à Dijon, vers t680, mort
dans la môme ville, le 21 septembre 1756. Il fut
doyen du parlement de Bourgogne et membre
honoraire de l'académie de Dijon. On a de lui :
Supplément au Glossaire du Roman de la Rose,
contenant des Notes critiques, historiques et
grammaticales, etc.; Dijon, 1737, in-l2; —
Éloge de Pou/fier, fondateur de l'académie de
Dijon, etc. ; Dijon, 1754, in-12. L — z — e.
Le P. Jacob , De claris Scriptor. Cabil., p. 103. — Ciil-
joniorvm Opéra, p. 122 et suiv. — Musnier, Antiquités
d'Âutun, préface, p. xv. —Papillon, BiMiothéqne des
Auteurs de Botirqoyne, t. I, p. 380-386 — Uc l,a Mon-
noye. Journal des Sçavavs, p. 300. — Moreau, dans le
Mercure de juin 1695, p. 33. — Legouz , Éloge de J.-B.
Lantin, dans l'Ouvrage des Sçavans, février 1696, p. ass.
— Huet , Cnmmentariiis de vita sua, p. 274 et 331. —
Bayle, Lettres, t. II, p. 530. — Menagiana, t. III, p. 359.
— Journal historique de Verdun, mars 1737, p. î7 et
suiv. — Moréri, Ix Crand Dictionnaire Historique.
LAJITZ {Jean), mathématicien allemand, né
à Teltingen, sur le lac de Constance, mort en
1638, à Munich. A l'âge de vingt-cinq ans, il devint
agrégé à la Société de Jésus, et fut appelé en 1601
à Ingolstadtpour y enseigner les mathématiques
et les langues orientales. On a de lui : Institu-
tionum Arithmeticarum Libri IV, cum ap-
pendice fractionum et altéra de utriusque
calendarii canonibus et veris epactarutn
xquandarum fundamentis; Munich, 1616,
in-4° ; Augshonrg, 1617, et à Cologne, 1621,
in-8'^; — Euclidis Elementorum Geometri-
corum Libri VT priores ; Ingolstadt , 1617,
in-8°; le livre premier a été inséré dans l'yEra-
rium PhilosopMee mathematicse du P. Bettini,
en 1648. K.
Alcgambc, Bibl. Soc. Jesu. — Adelung, Suppl. à J6-
cher.
LAXCSSE {François), général français, né à
Habas (Landes), le 3 novembre 1772, tné à
Alexandrie (Egypte), en mars 1801. Entré au ser-
vice en 1792 comme volontaire dans le bataillon
delà Haute-Vienne, il fut choisi par ses cama-
rades pour chef de bataillon en second. Nommé
commandant du même corps peu de temps
après, il fut appelé à faire partie de l'armée des
Pyrénées orientales, sous les ordres de Dugom-
mier. Blessé à la cuisse à la prise d'une redoute
dite le Tombeau des Français devant Figuières,
il fut promu au grade d'adjudant général chef
de brigade sur le champ de bataille. La pai\
ayant été signée avec l'Espagne, Lanusse passa
à l'armée d'Italie, et fut d'abord employé dans
l'état-major. Il se signala particulièrement aux
batailles de Montenote, le 22 germinal an iv, de
Millesimo, le 24, et de Dego, le 20 ( 15 avril
1790). Le général Bonaparte lui attribua en
partie le succès de cette dernière affaire. <• Il était
ô(
deux heures , dit-il dans son rapport au Dire
toire, et rien n'était encore décidé ; déjà je f;
sais former en colonne la quarantc-neuvièn
demi-brigade, commandée par le général <
brigade Victor, lorsque l'adjudant général L
nusse rallie la huitième demi-brigade d'infantei
légère, et se précipite à sa tète sur la gauche (
l'attaque. Un instant ses troupes chancelèreff
mais il les décida par son intrépidité. Ce brai
officier a eu, pendant le combat, une épaulet
emportée par une balle; il s'est depuis lagueri
distingué par son activité, son courage et S(
connaissances. Je vous demande pour lui
place de général de brigade, vacante par la ma
du général Causse. >> Le 3 floréal, Lanusse, blesi:
de nouveau à Mondovi , ne voulut pas cesser (
combattre. Commandant les carabiniers, le 19,»
combat de Loabio , il fit des prodiges de vale*
et le 21 il franchit le premier, à leur tête, lepoi
de Lodi sous le feu de l'ennemi. Bonaparte Ir
remit après cette affaire le brevet de général «1
brigade. Investi du commandement de Pavie
l'époque des troubles qui agitèrent cette ville
Lanusse parvint à y rétablir l'ordre. Bient*
api'ès il fut chargé du commandement d'une M
gade de la division d'Augereau , et se couvrit d
gio're sous ce général. Le 28 thermidor an iv,*
reçut un sabre d'honneur. Le 15 brumaire an ii
Lanusse attaqua avec impétuosité les Autricliieij
sur la Brenta, les mit en déroute, les poursuiw
à la lête d'un escadron de hussards, et leur I'
un grand nombre de prisonniers ; mais, cliarg
à son tour par le régiment de Wurniser, il s
trouva entouré, et tomba frappé de trois coiïji
de sabre. Fait prisonnier, il fut conduit à Vienm
où il se rétablit promptement. Rendu à la liberhi
il prit un commandement dans la division de Vie
for, fut chargé de l'organisation des miinicipa
lltés du Padouan, et reçut ensuite l'ordre de serre
le blocus de Venise. Après le traité de Campo
Formio, il se rendit aux eaux de Baréges!
puis il fut appelé à l'armée d'Angleterre. Bol
naparte, en partant pour l'Egypte, lui envo^j
l'ordre de le rejoindre. A son arrivée à Toulon
la flolle avait levé l'ancre ; Lanusse s'embarcfi!»
sur un aviso, et débarqua à Alexandrie huit jotfM
avant le combat d'Aboukir. Il prit le commSfl
dément de la province de Menouf, l'organiSJ
avec habileté , en tira une remonte et un impiSi
considérable , et contint les habitants. Penrtéfti'
la campagne de Syrie, Bonaparte lui confiai!
commandement du Delta, en ne lui laissaw
qu'une colonne mobile de 250 hommes et quel-
ques chasseurs. Plusieurs tribus arabes vinrent
l'attaquer; il prit l'offensive, les tailla en pièces,
s'empara de leurs troupeaux , courut délivrer la
garnison de Rahmanié, et la ville de Damanlioot
fut incendiée. L'activité déployée par Lanuss*
dans la répression de cette révolte lui valut k
surnom de Abou-Rhad (Père du Tonnerre). Bo-
naparte, avant de quitter l'Egypte, lui donna le
commandement d'une division. Kîeber ayanli
-01 LANUSSE
voulu rappeler Menou, gouverneur d'Alexandrie, >
et le remplacer par Lanusse. Menou tenla de
soulever les troupes, Lanusse les maintint dans
le devoir; mais après la mort de Kleber, Menou
remplaça Lanusse par Friant. Lanusse revint au
Caire,et blâma le systèmedeconcentration adoptée
par son supérieur, qui laissait les côtes dégarnies.
Les Anglais débarquèrent à Abonkir. Malade de
la lièvre , Lanusse rejoignit ses troupes , et fut
blessé d'un coup de biscaïen à l'épaule dans les
opérations préliminaires; il n'en continua pas
moins son service, et commanda l'aile gauciie de
l'année à la dernière bataille d'Aboukir, dont il
iivait tracé le plan. 11 ramenait au combat la co-
lonne du général Valentin lorsqu'il fut frappé
mortellement à la cuisse par un biscaïen. Il tomba ;
jn s'ecriant: « Je suis perdu, et l'Egypte aussi;
' t' suis heureux de ne point survivre à la défaite. »
Ramené à Alexandrie, il y mourut, des suites de
xi blessure. Ainsi périt à vingt-huit ans « un des
:;énéi aux les plus estimables que la révolution ;
m donnés à la France, dit un historien. Brave,
l'un sang-froid imperturbable sur le champ de
liataille , juste et sévère envers les troupes, actif, ;
lyaiU le coup d'œil prompt, etc. » Napoléon disait i
le lui à Sainte-Hélène : « Lors du débarquement |
es Anglais en Egypte, une masse de 12,000 à ;
3,000 hommes furent intrépidement attaqués
un Lanusse, qui n'en avait que 3,000. Brûlant I
l'ambition et ne désespérant pas d'en venir à |
août, h lui seul, il ne voulut attendre personne; |
l'abord il renversa tout , fitim carnage immense, j
't succomba. S'il eut eu seulement 2 à 3,000
iiommes de plus, il remplissait son projet... Le !
^éinM-al Lanusse avait le feu sacré. » L. L— t. i
V. l,;ir;iii!e cl Charles Laurent , fiioyr. et Nécrol. des
Uoiniiies uiarqîiants (lu dix-neuvième siècle, tomeUI,
S. îVi. — Arnault, Jay, .louy etiNorvins, Bioçir. noui\ des
Çontcmp. — C. MiiUip, Biotjr. des Célèhr. militaires. —
L,ascas(s, Mémorial de Sainle-Hélene. — Napoléon,
correspondance. — Thiers, liist. de la llévo-l. — Moni-
teur, 1796-1801.
LANfZA {Vincent- Blasco de), historien es-
pagnol, né à Sallent, petite ville du diocèse de
facca en Aragon, vivait dans la première moitié
Jh dix-septième siècle. Il entra dans les ordres,
et. devint professeur de théologie à Jacca, puis à
Saragosse. On a de lui : Historias ecclesiasti-
cas y seculares de Aragon; Saragosse, 1622,
2 vol. in-fol.; — Peristepfianon, seu de coro-
mis sanctorum Aragonensium , vila, morte,
miraciuis Pétri Arbuesii canonici Cœsar Au-
ïgustani et primi inqidsitoris , libri V; Sara-
gosse, 1623, in- 8°. Z.
Nicolas Antonio, Bibliotkeca Hispana veitis.
LANZA., troubadour, appelé communément
Lanza le marquis; il ne reste de ses écrits
qu'une pièce de vers dirigée contre un autre trou-
badour, Pierre Yidal. G. B.
Ralnoiiard , Choix des Poésies des troubadours, t. V,
p. 248. — Histoire litt. de la France, tom. XVIl , p. 469.
LANZANi (Andréa), peintre de l'école mila-
naise, né à Milan, vers la moitié du dix-septième
siècle, mort à Vienne, en 1712. Il reçut d'abord
— LANZI .502
les leçons du Scaramuccia. Son maître ayant
quitté Milan, Lanzani partit pour Rome, où il
travailla sous Carlo Maratta, et étudia les ou-
vrages de Lanfranc. De retour à Milan , il sur-
prit tous les connaisseurs par la Gloire de
saint Charles, qu'il exécuta pour la cathédrale,
et par un Trait de la vie du Cardinal, Orderic
/iorrowe'e, qui fut placé dans la bibliothèque Am-
brosieone. On voit dans la même ville un assez
grand nombre d'autres ouvrages de Lanzani,
tels qu'une Ascension à fresque à San-Nazzaro-
Grande; à Saint-Ambroise, le Saint recevant le
viatique, une de ses meilleures toiles; à Saint-
Joseph , une Sainte Famille; à San-Pietro-in-
Gessate, Saint Pierre marchant sur Peau;
enfin, plusieurs peintures au palais Archinti. Ap-
pelé à Vienne par l'empereur, qui le créa che-
valier, il y fut chargé de travaux importants, et
y passa le reste de sa vie. Le talent de cet artiste
était assez inégal. Dans ses bons ouvrages on
reconnaît beaucoup de facilité, une grande fran-
chise de pinceau, un coloris souvent plein de
charme, et une bonne disposition des ajuste-
ments et des draperies. E. B— n.
Oiiandi, Jbhecedario. — I.anzi, Siorla Pitiorica. —
Ticozzi , Dizionario. — Wirickclinann, Nevcs Mahler-
I.extkon. — l'irovano , Guida di Mtluno.
LASZASï (Polidoro), (Vit Poli/dcre de Venise,
peintre de l'école vénitienne, né à Venise, vers
1515, mort en 1565. Élève du Titien, il peignit
avec talent des madones, des saints, des enfants
dans des paysages; s'il n'obtint pas toute la ré-
putation qu'il méritait, il faut en accuser le voi-
sinage écrasant de tant de grands maîtres ses
contemporains. On voit de lui une Sainte fa-
mille au musée de Vienne, une autre Suinte
famille et un 3Iariage de sainte Catherine au
musée de Dresde. E. B — n.
Orlandi, Jbbeccdarin. — Rldolû, f^ite de' Pittori P'e-
rteziani. — Winckelmann , Nettes Mahlerlexikon. —
Catalogues des Musées de Vienne est de Dresde.
LANZi (L'abbé Louis), érudit italien, né en
1732, à Monte del Olmo, non loin de Fermo,
mort à Florence, le 31 mars 1810. Après avoir
reçu de son père, médecin distingué, sa première
éducation, il acheva ses études au collège des jé-
suites à Fermo. Entré dans la compagnie de Jésus
en 1749, il fut chargé pendant trois ans d'en-
seigner les belles-lettres dans diverses maisons
de son ordre. 11 séjourna ensuite quatre ans à
Rome , ^our y compléter ses connaissances en
théologie. Dans les années suivantes il professa
de nouveau les humanités dans les collèges de
la société. Après la suppression de cette dernière,
il fut nommé, en 1773, sur la recommandation de
Fabroni, sous-directeur de la galerie de Florence.
Ayant voulu donner une description détaillée des
médailles conservées dans cette collection, il en
fut empêché par la jalousie du directeur en chef
Pelli ; il s'occupa dès lors de la langue et des anti-
quités des Étrusques, et fit de nombreux voyages
pour recueillir les documents ayant rapport à ce
sujet. En 1789 il publia son Saqgio di Lingua
503
LANZI — LANZONl
604
Etrusca , ouvrage qui lui valut la réputation de
profond érudit et de critique habile, et le fit
nommer en t790 à l'office d'archéologue du
grand-duc. Il entreprit ensuite de réunir pour la
première fois dans un tableau d'ensemble toutes
les notices éparses qui existaient sur les diverses
écoles de peinture en Italie. 11 parcourut ce pays
dans tous les sens, afin de juger par lui-même
du mérite des tableaux des différents maîtres.
En 1792 il mit au jour le résultat de ses patientes
et judicieuses recherches, dont on avait attendu
avec impatience la publication. Pendant le reste de
ses jours il s'occupa assidûment, malgré le mau-
Tais état de sa santé, de divers travaux archéo-
logiques; il écrivit aussi vers la fin de sa vie plu-
sieurs ouvrages de dévotion. On a de lui : Des-
crizione délia Galleria di Firenze; Pise, 1782,
inséré dans le tome XL VII du Journal des Sa-
vants publié dans cette ville; — Saggio di Lin-
gua Etrusca e di altre antiche d'Italia per
servire alla storia de' popoli, délie lingue e
délie arti; Rome, 1789, 3 vol. in-B". Depuis la
publication de ce livre , la découverte de plu-
sieurs inscriptions importantes et les progrès
de la philologie comparée ont permis de péné-
trer beaucoup plus avant dans la connaissance
de la langue étrusque; mais il ne faut pas ou-
blier que l'ouvrage de Lanzi, rempli, du reste, de
renseignements précieux et d'aperçus ingénieux,
a pour la première fois établi quelques principes
solides pour l'étude de cette langue. Les con-
clusions de Lanzi furent attaquées avec violence
par L. Coltellini ; Lanzi les défendit avec habileté
dans sa Dissertazione sopra un' Urnetta tos-
canica, insérée dans le Giornale di Venezia
(année 1799); — Storia pitlm-ica délia Italia
dal risorgimento délie belle arti fin pressa
al fin delXVIII seco/o; Florence, 1792 ; Bas-
sano, 1789 et 1806, 6 vol. in-8° ; cet ouvrage,
aussi instructif qu'intéressant, fut traduit en
anglais par Th. Pcurose, et en français par
M"" Dieudé ; Paris, 1824, 5 vol. in-8" ; — De' Vasl
antichi dipinii chiamati Etruschi , Disserta-
zioni ^re ; Florence, 1806, in-B" : dans cet opus-
cule Lanzi s'élève contre la quahfication d'étrusque
donnée à tous les vases antiques trouvés en Tos-
cane; il donne aussi des détails intéressants sur
les Bacchanales des anciens, et il termine parla
description d'un vase où se trouve figuré le
combat de Thésée avec le Minotaure ; — Saggio
délie Lingue Italiane an <icAc; Florence, 1806,
in-8°; — Jnscriptionum et Carminum Libri
très; Florence, 1807 ; — Hesiodi Opéra et Dies,
con cinquanta codici riscontrata emendata
la versione latina aygiuntavi IHtaliana in
terze rime, con annotazioni; Tlorcnce, 1808,
in-4°; — Illustrazione di due Vasi fittili cd
altri Monumenti recentemente trovati in
Pe5<o; Rome, 1809, in-fol.; — Opère postu-
me; Florence, 1817, 2 vol. in-4°. E. G.
Zaraeoni, Elogio storico di Lanii ; Florence ). —
M. Boni, Saggio iiBtudjjAi Lami; Venise, 181S, In-S»,
traduit dans les annules encyclopédiques, année 1817
t. IV. — On. Boni, Elogio di Lanzi; Florence. I8u!
ln-40. — Al.Cappi, ISiografiadi Lanzi; Forli, 18J0, iii-s».
— Tlpaldo, liiogr. degh Ital. illustri, t. VlU, p. 448.
LANZONE, chef de parti italien, vivait au
milieu du onzième siècle. Quoique étant d'une
famille noble de Milan , il se fit admettre parmi
les membres de la Motta , la confédération des
francs bourgeois de cette ville , et il en devint
un des capitaines. En 1041 un vassal de l'arche-
vêque ayant frappé de sa canne un artisan , la
Motta s'insurgea contre la caste entière des
nobles. Lanzone, chargé du commandement
suprême, prit une à une les demeures forti-
fiées que les nobles occupaient dans la ville, et
les fit toutes démolir. Les nobles se retirèrent
dans leurs châteaux situés aux environs et en-i
treprirent le siège de la ville. Après avoir ré- '
sisté avec succès pendant trois ans , Lanzone, i
craignant que le manque de vivres ne mit les '
bourgeois a la merci de leurs ennemis , alla I
trouver l'empereur Henri III pour l'intéresser r
au sort de ses concitoyens. Henri promit d'en- 1
Toyer une armée de quatre mille cavaliers aun
secours des Milanais. Lanzone, de retour eni
Italie, fit prévenir les nobles de l'intervention «
prochaine de l'empereur, en leur représentant ii
combien il serait utile aux deux partis de se ré-
concilier avant l'arrivée des troupes allemandes, s
L'archevêque Héribert, qui avait eu beaucoup à
souffrir de la part des Allemands, engagea vive-'
ment ses vassaux à s'entendre avec Lanzone ; etf
ce dernier parvint à faire conclure un traité del
paix avantageux pour la Motta, C'est à lui quei
les bourgeois de Milan durent l'affermissementD
de leur indépendance jusque alors toujours mena-f
cée, . E. G.
Arnulphus, Hisloria Mediolanensis, I. II, ch, 18. —
Landulphiis senior, Hist. Mediolan., 1. Il, ch. 2ii.
LANZOM. Voy. Gros.
LANZONl (/osepA ), médecin et philologue]
italien, né à Ferrare, le 26 octobre 1663, morti
dans la même ville, le 1" février 1730. Il fut ap-)
pelé en 1696 à la chaire de philo>iophie dans l'u-i
niversité de Ferrare, place qu'il garda jusqu'à'
sa mort. Il était plus érudit que médecin et don-o
nait plus de temps à l'archéologie qu'à l'art del
guérir. « Comme la plupart de ceux qui avaient)
pris pour guide un véritable esprit philosophi-ii
que , dit la Biographie Médicale, il n'avait pasj
grande confiance dans le pouvoir de la méde-
cine. » Parmi ses ouvrages on remarque : Z>et
Balsamatione cadaverum; Ferrare, 1693,
in-12; — Délie ghirlande ed unguenti né ^
conviti degli antichi; Ferrare, 1698, in-12;
— De usu Tabacci et animx Affectionibus ;
Ferrare, 1702, in-12. Les ouvrages de Lanzoni
ont été réunis sous le titre suivant : Opéra om-
nia medico-physica et philosophica , tum
édita hactenus, tum inedita; Lausanne, 1738,
3 vol. ia4". Z.
yie de Lanioni en tête de ses Opéra omnia. — TX-
lia\(io , Biograftia degli Italiaui itlustri, t. I. — Éloy,
Diction, historique de la Médecine, — Biog. Médicale.
505
LAOUICE ( AaoSîKY) ). On connaît dans l'his-
toire grecque quatorze princesses de ce noni. L»
plus ancienne était femme d'Antiochiis , général
distingué au service de Philippe de Macédoine,
et mère de Séleucus, fondateur de la monarchie
grecque de Syrie. Cinq cités au moins, fondées
par Séleucus dans différentes provinces de son
empire , portèrent le nom de Laodicée ( Jus-
tin, XV. 4; Appien, Syriaca, 57). Parmi les
autres princesses du nom de Laodice, les prin-
cipales sont :
LAODICB, femme d'Antiochus IIThéos, roi
de Syrie, et mère de Séleucus Callinicus, vivait
dans le troisième siècle avant J.C. Suivant Eu-
sèbe elle était fille d'Achaeus , et probablement
sœur d'Antiochus, mère d'Athale I*"", roi de Per-
^game. Polyen, au contraire, dit qu'elle était fille
i d'Antiochus Soter. Par la paix conclue entre An-
tiochus et Ptolémée Philadelphe en 248 avant
J.-C, il fut stipulé que le premier épouserait
Bérénice, sœur du monarque égyptien ; Antiochus
devait répudier Laodice, et déclarer illégitimes
les enfants qu'il avait d'elle. Le roi de Syrie se
conforma au traité pendant la vie de Ptolémée;
niais, après la mort du prince égyptien, il se hâta
de rappeler Laodice et ses enfants. Cette satis-
faction n'apaisa point la princesse, qui, craignant
peut-être un second changement, empoisonna
Antiochus, en 246, et fit proclamer roi son fils
Séleucus. Elle étendit sa vengeance sur Bérénice,
et la fit tuer avec son enfant encore au berceau ,
dans le bois sacré de Daphné. Ces crimes, qui
furent suivis de nombreuses exécutions, excitè-
rent l'indignation du peuple. Une révolte éclata,
et Ptolémée Évergète, accourant pour venger le
destin de sa sœur, ravagea la Syrie. Si on en
croit Appien, Laodice elle-même tomba entre
les mains du monarque égyptien et fut mise à
mort , tandis que Plutarque la représente comme
survivantà cette invasion et poussantdans la suite
le plus jeune de ses fils, Antiochus Hierax, à la
révolte contre son autre fils Séleucus. Outre
ces deux fils , Laodice eut deux filles , appelées
toutes deux Laodice, et qui épousèrent l'une
Mithridate IV, roi de Pont, l'autre Ariarathe ,
roi de Cappadoce. Y.
Eusèbe, Chrnnicon, édit. de Haï, p. 164. — Polyen,
XIII, SO. — Athénée, XIII, p. 393.— Appien, ^yr., 63,
66. — Justin, XXVII, 1. — Plutarque, De fratemo
Amorc, 18, p. 489. — Valère Maxime. IX, 14. — Pline,
Hist. Nat., VII, 10. — Froelich, Jnn. Beau. Syriaci,
p. 86. — Clinton , Fasti Hellenici, III, p. 310-401. — Nie-
buhr, Kleine Schrijten.
LAODICE, fille d'Antiochus IV Épiphane , vi-
vait dans le deuxième siècle avant J.-C. Héra-
clide, dans le dessein de faire prévaloir les pré-
tentions de l'imposteur Alexandre Balas contre
Démétrius Soter, gagna Laodice, et la conduisit
à Rome. Le sénat, dupe ou complice de cette ruse,
rendit un décret en faveur de Laodice et de son
frère supposé Alexandre. On pense que cette
princesse partagea le trône avec lui après la dé-
faite de Démétrius , et quelle fut mise à mort
LAODICE — LAO-TZE 506
par Ammonius, mini-strc d'Alexandre. Visconti
et Millingen ont supposé sans preuve que la
Laodice mise à mort était une femme de Démé-
trius d'ailleurs inconnue. Y.
Polybe, XXXIII, 14, 16. - Tlte Llve , Epitome. - Vis-
conti, Iconoyraphie grecque, II, p. St4. — MllllDgen,
Ancient Coins of cUies and kings, p. 76.
LAoniCB, sœur de Mithridate Eupator et
femme d'Ariarathe VI, roi de Cappadoce, vivait
dans le premier siècle avant J.-C. Son mari fut
assassiné en 96 par Gordius, à l'instigation de
Mithridate. Afin d'éviter un sort semblable pour
elle-même et ses deux enfants , elle se jeta dans
les bras du roi de Bithynie, Nicomède, qu'elle
épousa et mil en possession de la Cappadoce.
Mais Nicomède ne put se maintenir sur le trône,
que deux fils d'Ariarathe, soutenus l'un par Mi-
thridate , l'autre par les Cappadociens, occupè-
rent successivement. Après la mort des deux
princes, Mithridate voulut donner la royauté
de la Cappadoce à un de ses fils , tandis que Ni-
comède réclamait le trône pour un prétendu
troisième fils d'Ariarathe VI et de Laodice. Cette
princesse se rendit complice de l'imposture , et
alla à Rome attester qu'elle avait eu trois fils
d'Ariarathe. Mais le sénat, rejetant les demandes
de Mithridate et celles de Nicomède, rendit la li-
berté aux Cappadociens. Y.
Jnstin, XXXVm, 1, 2.
LAODiciA Di PAVIA , peintre de l'école mi-
lanaise, contemporaine d'Andrino d'Edesia, vi-
vait à Pavie dans la première moitié du qua-
torzième .siècle. Elle est citée par Lomazzo
comme ayant joui d'une grande réputation au
temps de Giotto et de Pétrarque. Son nom fait
penser qu'elle pourrait bien avoir été Grecque
ou au moins fille de quelqu'un de ces maîtres
grecs qui travaillèrent en Italie avant la renais-
sance des arts. E. B — n.
Vasarl, A'ife. — Laozl, Storia Plltorica. — Ticozj;!,
Dizionario. — Siret, Dictionnaire historique des Pein-
tres.
I.AOJîlC. Voy. CnALCONDYLE.
LAO-TZE ou LAO-KiUN, célèbre philosophe
chinois , vivait vers le milieu du sixième siècle
avant l'ère chrétienne : il est regardé comme
le patriarche de la secte religieuse des Taose,
rivale du bouddhisme. L'histoire fournit peu de
données certaines sur cet homme éminent, dont
la doctrine, interprétée de mille manières diffé-
rentes par les siècles postérieurs, a exercé une
influence considérable, tantôt salutaire, tantôt
pernicieuse sur les destinées de l'empire chinois.
Les Annales historiques de Se-ma-tsièn, qui ont
paru vers l'an 70 avant J.-C, sont le monument
le plus ancien où se trouve la biographie de ce
philosophe ; or, voici en résumé ce qu'ils nous en
apprennent : Lao-tze, ayant pour nom de famille
JJ , pour petit nom Œil et pour nom posthume
Ta)i, na(iiiit dans le royaume feudalaire de
Tsou, et remplit les fonctions d'archiviste à la
cour des Tchéou. Confiicius alla le voir, et lui
507 LAO
demanda ce qu'il pensait des lites : Lao tze fit
une réponse qui donna de lui une très-haute
opinion à son interlocuteur. Il continua ensuite
à vivre dans l'isolement, tout adonné à la mé-
ditation de la vérité et de la vertii, jusqu'à ce
que , voyant les désordres de la dynastie Tcheou,
il abandonna la cour pour vivre dans la re-
traite. Arrivé à une passe dans les montagnes,
l'officier de garde le pria d'écrire pour lui un
livre instructif. Lao-tze composa alors le Tdo-
tèe-King , puis il se retira et alla finir ses jours
on ne sait dans quelle solitude.
De ce récit laconique on peut tirer deux con-
séquences : la première , que Lao-tze a dû se
trouver à la cour des Tïhéou sous les empereurs
King-ouang et Keng-ouang entre les années 530
et 510 avant J.-C, puisque c'est à cette époque
que Confucius a fait des voyages pour son ins-
truction : la seconde , que de son vivant Lao-tze
n'a pas formé d'école, encore moins une secte
religieuse ayant le moindre rapport avec celle
des Tao-se, qui l'ont cependant pris pour patriar-
che en lui attribuant une origine et des qualités
surhumaines.
A cet égard, nous avons découvert, il y a quel-
que temps déjà, dans le dictionnaire I-ouen-péï-
lan { voyez le caractère Laï de huit traits , sous
la classifique Tsao, plantes), une rectification
historique que je m'étonne de n'avoir vu signalée
par aucun sinologue, et qui a cependant une
assez grande importance , si tant est qu'elle re-
pose sur des données authentiques. Au dire de
cet ouvrage, il aurait existé à la même époque
dans le royaume de Tsou deux, auteurs du nom
de Lao ayant également Li pour nom de famille :
l'un serait le pliilosophe qui nous occupe , l'au-
teur du traité de morale intitulé Tao-tëe-Mng ;
l'autre, plus généralement connu sous le nom de
Lao-taï-tze , aurait composé le livre Tsing-tao-
tèe-king, où sont formulées les doctrines creu-
ses de l'ensorcellement, et serait par consé-
quent le véritable fondateur de la secte des Tao-
se. Dans les connnencements, ces deux Lao
auraient été reconnus pour des personnages
parfaitement distincts; mais peu à jieu on les
aurait confondus en un scii, et le plus célèbre
des deux, le Lao-tze du Tao-tèe-hïng , aurait
fini par absorber la réputation et les droits de
son liomonyme tombé depuis dans l'obscurité et
presque dans l'oubli. Les écrivains Tao-se, fiers
de se donner un maître illustre , auraient puis-
samment contribué à propager cette confusion
de personnes, en publiant sur le véritable phi-
losophe Lao-tze des légendes mythologiques en-
tièrement conçues dans l'esprit de leur religion.
La plus curieuse de ces légendes a été écrite vers
le milieu du troisième siècle de notre ère par
un nommé Ko-houng, que les Tao-se modernes
placent au rang des immortels. Elle donne à
Lao-tze une origine céleste , le fait -naître doué
de la raison et de la parole, lui sufipute trois
cents ans d'existence pendant lesquels ii aurait
■TZE 508
voyagé en Occident et converti une foule de
royaumes à sa doctrine; en un mot, elle le trans-
forme en une véritable divinité faisant des mi-
racles et enseignant aux hommes tous les se-
crets de l'art magique.
Un simple aperçu du célèbre ouvrage Tao-
tèe-king, seul témoignage authentique que nous
ayons des idées personnelles de Lao-tze, suffit
pour démontrer que les théories de ce grand pen-
seur ne visent à rien de surnaturel ni de mer-
veilleux, et qu'elles ont quelque analogie avec
1 celles des philosophes de l'école de Confucius,
j pour ne pas dire aussi avec celles des grands
1 philosophes de la Grèce.
\ Selon Lao-tze, il existe un Être immatér.iel ,
origine de toutes choses , dont l'homme ne peut
comprendre la nature ni mesurer l'étendue , soit
en immensité, soiten petitesse. Son action s'exerce
I sur toutes les créatures avec une bienveillance
infinie; aucune ne peut échapper à sa toute
' puissance ; mais cette action est insensible aux
yeux , imperceptible dans ses mouvements et
! prend sa source dans une éternelle et parfaite
quiétude. La perfecHon, pour l'homme, consiste
à s'identifier en toutes choses avec cet Être in-
visible, à ne poursuivre avec ardeur rien de ce
qui est terrestre et à se tenir dans un état de
calme et d'inaction intérieure qui ne permette
j jamais ni à la volonté ni aux sens d'être entraînés
. malgré lui. Quelle er.t l'entité infinie qui remplit
1 ainsi l'univers de son essence? Lao-tze dit qu'il
ne le sait point, et il lui donne un nom de con-
; vention, celui de Tao, qui signifie ordinairement
' Voie ou Raison , mais que nous croyons plus
rationnel de traduire par le mot ]'érité pris dans
une acception abstraite et la plus étendue pos-
sible qui impHque l'idée de Dieu lui-même (J).
Du reste, ce terme de pure convention n'est
point particulier à Lao-tze. Confucius l'a sou-
i vent employé aussi, et en a donné une définition
1 presque identique à celle qui résulte de l'ensemble
' du Tao-tèe-king , ainsi qu'on peut s'en con-
vaincre pai' le passage suivant extrait d'un en-
tretien que le Li-kl rapporte avoir eu lieu entre
; Haï-koung, prince du royaume de Lou, et Con-
I fucius :
« Koung ajouta : Oserai-je vous demander
i pourquoi le Sage fait un si grand cas de la Vérité
i céleste (du Tao)? — Confucius répondit : On
I en fait grand cas parce qu'elle est sans fin, sem-
blable au soleil et à la lune, qui se suivent sans
I jamais s'arrêter; telle est la Vérité céleste (le
! Tao ). Rien ne peut mettre obstacle à sa per-
{ pétuité : telle est la Vérité céleste. Elle n'agit
1 pas ( en apparence ) , et les êtres se forment :
telle est la Vérité céleste. Les êtres, une fois
formés, apparaissent clairement, telle est la
Vérité céleste, » ( Li-ki, ou Mémorial des Rites;
Turin et Paris, 1853, chap. XXil, page 142).
(1) Voyez à ce sujet notre traduction commentée du
Mémorial des rôles, page 142, note i
509 LAO-TZE
Les disciples immédiats de Confucius ont aussi
parlé du Tao dans des termes très-élevés; mais,
peu enclins à admettre une entité psychologique
qui résume en elle tous les êtres visibles et invi-
sibles , ils font du Tao comme un être de raison ,
et, se rapprodiant davantage du sens naturel de
Voie, Clieniin , ils les prennent le plus souvent
dans raccepiion de Devoir, Rectitude, le devoir
étant en efl'et le cliemin direct que l'homme est
tenu de suivre toute sa vie s'il veut arriver au
but de sa destinée, qui est sa perfection morale.
A l'instar de Lao-tze, Confucius admet égale-
ment qu'on se tienne dans l'Iiumilité, l'abnéga
tion et le recueillement, sans courir après l'éclat,
le pouvoir ou les plaisirs ; mais il recommande
l'exercice direct de la vertu par des efforts vo-
lontaires et persévérants, ce qui exclut la théorie
de l'abstention absolue préconisée par Lao-tze.
Ce système de passivité imperturbable, au mi-
lieu du tourbillon des choses créées, offre beau-
coup d'analogie avec ceux des Brahmes et des
Bouddhistes hindous, qui font consister la perfec-
tion divine et humaine dans un état de non-agir,
de non-être et de suspension extatique de toutes
les facultés. Aussi a-t-on supposé que Lao-t/e
i a eu des rapports avec l'Inde, et qu'il n'a fait
I que modifier, d'après ses vues personnelles, les
! idées fondamentales qui lui venaient de ce pays
i rêveur. Quelques missionnaires jésuites du temps
! de Louis XIV ont aussi cru retrouver dans le
(traité de Laotze la noliou du vrai Dicu et jus-
qu'au mystère de la Tiiuité, et ils en ont conclu
à des l'elations directes entre ce philosophe et
les théologues de l'Occident. Mais sans prétendre
qu'il ait été impossible aux grandes idées de la
divinité émises par la Bible de pénétrer jusqu'en
Chine en passant par l'Inde ou par la haute
Asie , nous croyons que la raison humaine pou-
vait par ses lumières naturelles s'élever aux
conceptions abstraites du Tao-tèe-king, sans
aucune révélation étrangère.
Quant au passage où Lao-tze dit ( livre II,
chap. 42°) : « Le Tao a engendré un; un a en-
gendré deux; deux ont engendré trois; trois
ont engendré toutes choses, n il serait en
effet susceptible d'une interprétation chrétienne
si on s'en tenait à la lettre ; mais pour peu qu'on
se rappelle les principes cosmogoniques de l'an-
cienne philosophie chinoise, on est forcé de
convenir que dans sa forme de logogriphe ce
passage n'est autre chose qu'une application de
la théorie des pa-koua ou lignes divinatoires de
Fou-hi. La ligne entière un représente le prin-
cipe actif yang identifié avec le ciel; la hgne
brisée, deux, représente le principe in identifié
avec la terre ; et ces lignes réunies , donnant une
figure géométrique, consi;itiient l'harmonie des
deux principes créateurs, parla combinaison des-
quels surgissent tous les êtres. Dans plus d'une
circonstance déjà nous avons eu occasion de
dire que la théorie bizarre du diagramme de
Fou-hi, telle qu'elle a été commentée par Ouen-
510
ouang, Tchéou-koung et Confucius dans le livre
canonique l-king, exerce sur toute la philoso-
phie chinoise une influence profonde qu'on ne
peut méconnaître sans tomber dans des appré-
ciations i-adicalement errojiées.
A la restaïuation des lettres par la dynastie
Han, le livre de Lao-tze, retrouvé avec beaucoup
d'autres dans des tombeaux , des cavernes ou
de vieux murs, devint un objet d'études sérieuses
de la part des philosophes, et chacune des
écoles ou des sectes religieuses qui se parta-
geaient la cioyance publique cherchait à l'inter-
préter dansle sens de ses doctrines de prédilection.
Les Tao-se, qui dès le deuxième siècle avant
J.-C. commençaient à faire beaucoup de pro-
sélytes, affectèrent d'y trouver l'art des prodiges
qui donne tant de merveilleux à leur religion ;
le premier commentaire publié sous Han-ouen-ti,
par un des leurs nommé Ho-changkoung, est
encoie de nos jours l'œuvre la plus complète
en ce genre , ce qui n'a pas empêché un grand
nombre d'auteurs Tao-se, parmi lesquels on
compte cinq ou six empereurs, decherclier .sans
cesse de nouvelles interprétations au texte pri-
mitif.
Les bouddhistes ont lu et commenté »vec une
partialité évidente le Tao-tèe-king, parce qu'ils ont
cru reconnaître le dieu Fo dans le Tao et leur
propre doctrine du quiétisme absolu dans l'inac-
tion prôchée par Lao-tze; sous ce rapport ils
sont peut-être plus dans le vrai que les Tao-se,
qui ne pourront jamais faire constater dans
l'reuvre de leur patriarche d'adoption ni la re-
cette du breuvage d'immortalité, ni le secret de
guérir toutes les maladies, ni le moyen démonter
au ciel tout vivant, ni celui de maîtriser les dé-
mons. Enfin, les lettrés de l'école de Confucius se
sont aussi fort occupés du Tao-tèe-king, et on ne
compte pas moins de quarante commentaires
publiés par eux ; mais leurs efforts ont générale-
ment tendu à prouver que dans toutes ses
parties intelligibles et conformes à la saine lo-
gique la doctrine de Lao-tze ne diffère pas de
celle de leur maître, tandis que quand elle sem-
ble s'en écarter, c'est qu'elle se contredit elle-
même ou qu'elle se fonde sur des principes qui
n'ont pas le sens commun.
Cette sévérité d'appréciation tient à deux
causes : 1" à la rivalité qui a toujours existé entre
les deux écoles et dont le germe se retrouve dans
les entretiens qu'on raconte avoir eu lieu entre
Confucius et Lao-tze ; 2° à la répugnance insur-
montable qu'éprouvent les lettrés purs à ad-
mettre la préexistence d'un seul Être infini et
immatériel comme celui dont les attributs sont
décrits dans le Tao-tèe-king. Il est juste, cepen-
dant, de convenir que si cette œuvre d'un génie
éminent renferme de hautes conceptions et des
maximes d'une saine morale, empruntées, ce
semble, aux livres sapientiaux,on n'y trouve pas
moins une foule de passages où l'auteur n'a évi-
demment visé qu'à l'antithèse des mots, laissant
511
LAO-TZE — LA PÊNE
M2
au lecteur le soin de débrouiller la contradiction
des idées. Ce défaut, signalé avec beaucoup de
raison par le célèbre critique Tchou-lii, est très-
apparent dans le texte chinois ; il l'est beaucoup
moins dans une traduction quelconque, mais
colle-ci n'en devient pas pour cela plus intelligible.
— Le livre de Lao-tze se divise en deux parties ,
le Tao-hing et le Tèe-king, dont la n'union a formé
le Tao-lèe-king complet, renfermant quatre-vingt-
un chapitres et un peu plus de cinq mille carac-
tères. On chercherait en vain dans le sens du
texte le motif qui a dicté ces divisions , fort an-
ciennes à la vérité, mais aussi incertaines d'o-
rigine; dans tout le cours de l'ouvrage, le dogme
et la morale se trouvent également mêlés, et ne
sont soumis à aucune forme didactique.
Sous le rapport du style , le Tao-tèe-king dif-
fère notablement de celui des autres livres de
la mémo époque, dont il n'a ni la clarté ni l'élé-
gance ; ce n'est pourtant pas, comme on l'a dit,
à son extrême concision qu'est due l'incontes-
table obscurité qui enveloppe le sens ; on doit
plutôt l'attribuer à sa phraséologie, qui semble
avoir été combinée tout exprès pour favoriser
l'équivoque. Le Chou-Mng etie Tchouen-tsiéou,
par exeiHi^le, sont des ouvrages très-concis, qui
expriment beaucoup d'idées en fort peu de mots ;
mais ils présentent des formes littéraires sou-
mises à dos règles qui ne permettent pas de se
méprendre sur ce qu'ils veulent dire. Le Tao-
ièe-king, an contraire, renferme un grand
nomlire de phrases qui peuvent être coupées
d'autant de manières qu'il y a de mots, et pré-
senter ainsi autant de significations différentes.
La nature abstraite et souvent discutable du
sujet prêle encore au vague de l'interprétation ,
et il en résulte que tout en ayant sous les yeux
des caractères fort simples et d'un emploi cou-
rant, on est dans l'impossibilité d'affirmer avec
certitude qu'ils expriment un sens plutôt qu'un
autre. C'est pour cela que nombre d'écrivains de
l'école confucienne, Tchou-bi entreautres, ne crai-
gnent pas de dire que le Tao-tèe-king n'a par
lui-même aucune valeur intrinsèque, et qu'avec
un peu d'esprit on peut lui faire dire tout ce
qu'on veut. Il est sorti en 1 842 des presses de
l'Imprimerie royale, sous le nom de M. Stanislas
Julien, une traduction du texte original du Tao-
tèe-king et de quelques commentaires, avec le
titre de « Livi-e de la Voie et de la Vertu ». A cette
occasion, un autre orientaliste, M.Pauthier, pu-
blia un pamphlet, Vindici3eSinicx,où il accusait
le traducteur d'avoir dérobé ce travail d'un ma-
nuscrit que lui-même avait présenté à l'Imprimerie
royale pour en obtenir l'impression gratuite, et
que la direction, en vue de s'éclairer, avait soumis
à l'examen de M. Julien. Ce dernier riposta par
l'impossibilité qu'il y aurait eu de soustraire une
bonne traduction chinoise à un homme « qui en
était encore à apprendre les premiers élé-
ments du chinois, et qui dans l'espèce n'a-
vait pas entendu une .seule phrase du livre
qu'il avait essayé de traduire ». Des répliques
suiviient de part et d'autre; mais la science si-
nologique n'y gagna rien , et les deux cham-
pions perdirent à s'échanger des personnalités
plus de temps et de peine qu'il n'en au-
rait fallu pour traduire paisiblement tous les
Kings de la Chine. Au reste, pour que la tra-
duction du Tao-tèe-king ait toute la fidélité que
sou extrême concision permet d'atteindre, il est
indispensable qu'elle se borne religieusement à
rendre la lettre du texte, sans en forcer l'inter-
prétation dans le sens d'un système préconçu,
car si on adopte, comme on l'a déjà fait, les
commentaires des Tao-se ou ceux des Boud-
dhistes, on tombe dans un mysticisme indéfini qui
enlève à l'œuvre du grand philosophe tout ca-
ractère pratique, tandis que le contraire aurait
lieu si on s'arrêtait exclusivement auxcommen-ï
taires des lettrés matérialistes, J. M. Callery. \
Annales de Se matsien. — Tao-tée king.
LAPACCi (Bartolommeo), prélat itaben, né
vers 1396, à Flopence, où il mourut, le 21 juin
1466. Admis dans l'ordre de Saint-Dominique,
il reçut en 1427 le diplôme de docteur, et fut au
concile de Florence un des dix théologiens qui
dressèrent les articles de l'union de l'Église grec
que avec l'Église latine; le pape Eugène IV le
récompensa de ses services en le nommant en
1439 maître du Sacré Palais à la place de Tor-
quemada, qui venait d'être créé cardinal. Envoyé
en 1443 en Grèce, en compagnie de F. Condel-
merio, il devint évoque d'Argoli. Deux ans après,
il était à Constantinople , où il disputa publique
ment avec Marc d'Éphèse ; à cette époque, il oC'
cupait le siège de Coron , abandonna cet* ; \ille
lorsque les Turcs s'en furent rendus maîtres, et
se retira à Florence. On a de lui : De sensibili
bus Deliciis Paradisi; Venise, 1498, et des
traités manuscrits sur plusieurs points de théo-
logie, des sermons, etc. K.
Échard, Script, ord. Prœdicat., I. — Moréri, Dict. Hist.\
LAPÈNE {Blaise-Jean-François-Édoitaj'd),
général français, né en 1790, mort à Saint-Gau;
dens, en mai 1854. Élève à l'École d'AppHcatioi
d'Artillerie en 1809, il devint capitaine le 28 juii
1813, et fit les dernières campagnes de l'empire,
Sous la restauration, il devint sous-directeur d(
la manufacture d'armes de Tulle. Chef d'esc*
dron après la révolution de Juillet , il servit en
Afrique, et fut nommé commandant supérieur de
Bougie. Lieutenant-colonel en 1839, colonel en
1843, il passa général de brigade après la révO'
lution de Février. On a de lui : Événements
militaires devant Toulouse en 1814; Paris,
1822; Toulouse, 1834, in-8°; — Conquête de
l'Andalousie, campagnes rfe 1810 et 1811 dans
le midi de l'' Espagne; Paris, 1823, in-8°; —
Campagnes rfe 1813 ef rfe 1814 sur l'Èbre, les
Pyrénées et la Garonne, précédées de consi-
dérations sur la dernière guerre d'Espagne;
Paris, 1823, in-8° , avec cartes ; — Vingt-six
Mois à Bougie, ou collection de mémoires
513
LAPÈNE — LA PÉROUSE
514
sur sa conquête, son occupation et son avenir;
notice historique, morale, politiqxie et mili-
taire sur les' Kabyles ; Saint-Gaudens et Pa-
ris (1840), in-S"; — Tableau historique de
l'Algérie, depuis l'occupation romaine jus-
qu^à la conquête par les Français, en 1830;
Toulouse et Metz, 1845, 2 parties in-S"; —
Tableau historique moral et politique siir les
Kabyles ; Metz, 1846, in-8o. Le général Lapène
a en outre publié dans les Mémoires de l'Aca-
démie de Metz un Rapport sur un Projet de
Remonte de la Cavalerie de M. Fréd. Lenfant
(1842-1843), et un Tableau historique de la
Province d'Oran depuis le départ des Espa-
gnols en 1792 jusqu'à Vélévation d'Abd-el-
Kader, en 1831. L. L— t.
Quérard, La France littéraire. — Bourquelot,/,aiii-
térut. Franc, contemp. — Annxiaires milit.
LA. PÉRELLE (Augustc JuBÉ, baron de),
Voy. Jubé.
LA PÉROVSE (1) {^Jean-François de Ga-
L\up, comte de), célèbre navigateur français, né
au Guo, près Albi, le 22 août 1741. Il était fils de
Victor-Joseph de Galaup et de Marguerite de Res-
séguier. Sa première éducation le prépara de bonne
heure à devenir un marin distingué, et son incli-
nation pour cette profession se fortifia à mesure
que ses connaissances acquirent de l'étendue. Il
avait à peine quinze ans lorsqu'il fut reçu garde
de la marine, le 19 novembre 1756. Il servait
en cette qualité sur Le Formidable, et faisait
partie de l'escadre du maréchal de Conflans
lorsqu'elle fut attaquée par la flotte anglaise,
solis les ordres de l'amiral Hawke. Le combat se
livra le 20 novembre 1759 , à la hauteur de
Belle-Isle : il fut acharné, mais désastreux pour
les Français. Le Formidable dut se rendre
après une glorieuse défense, et le jeune La Pé-
rouse, grièvement blessé, fut conduit prisonnier
en Angleterre. Sa captivité ne fut pas de longue
durée : rendu à sa patrie , il fit avec distinction
plusieurs autres campagnes, qui lui méritèrent le
grade d'enseigne ( l*^"^ octobre 1764) et celui de
lieutenant de vaisseau ( 4 avril 1775). Durant
les quatorze années de paix qui s'écoulèrent de
1764 à 1778, La Pérouse ne resta pas oisif; il
parcourut les parties du globe les plus éloignées,
(1) Ce nom était celui d'une petite propriété située
près d'Albl; cette terre lui lut donnée par suite d'ar-
rangements de famille, et, suivant un usage tr«s-géné-
ral alors, il ajouta ce nom à celui qu'il portait déjà.
Dans le pays on écrivait indifféremment le nom de cette
terre tantôt /« Pérouse et tantôt La Peyrouse; mais
J.-Fr. de Galaup adopta la première de ces orlhographes,
et depuis elle a été conservée dans sa famille. Le célèbre
navigateur dont nous parlons ici se maria le 17 Juin
1"8S, avec Louise-Éléonore Branden, ,iée à Nantes. Il ne
naquit pas d'enfants de ce mariage; le nom de La Pé-
rouse se serait donc éteint si une ordonnance royale
du 21 février ISlï n'avait autorisé les maris des deux
sœurs du navigateur, MM. Dalmas de Labessière et de
Barthei, à joindre le nom de La Pérouse au leur et à
transmettre ces noms à leurs descendants. C'est ainsi qu'il
existe aujourd'hui deux familles, l'une Dalmas de La
Pérouse, l'autre Batthez de La Pérouse, dont le nom se
rattache à celui du navigateur. ( Note de M. Herold. )
NOliV. BIOGR. GÉNÉR, — T. XXIX.
apprit la pratique de son métier, et devint un of-
ficier expérimenté. Lorsque la guerre se ralluma,
il fut appelé au commandement de la frégate
L'Amazone, qui comptait dans la flotte du comte
d'Estaing, lorsqu'il combattit si brillamment en
Amérique contre l'amiral anglais Byron (voy.
ce nom). Pendant cette campagne, La Pérouse
s'empara de la frégate Ariel, et contribua à la
prise du vaisseau Experiment. Au mois d'a-
vril 1780, il fut promu au grade de capitaine de
vaisseau. Abord de L'Astrée, il se rendit sur les
côtes de la Nouvelle-Angleterre, et ayant rallié
V Hermione, commandé par La Touche-Tréville,
il attaqua près de l'île Royale une frégate en-
nemie et cinq bâtiments d'un rang inférieur. La
frégate et un autre navire durent amener pa-
villon. La Pérouse amena ses prises au Cap-
Français. Le cabinet de Versailles ayant formé
le projet de détruire les établissements de la
Compagnie anglaise de la Baie d'Hudson, chargea
La Pérouse de cette mission difficile. Les pré-
paratifs furent faits avec activité, elle 31 mai
1782 il sortit de la rade du Cap-Français, por-
tant son pavillon sur le vaisseau Le Sceptre
( de 74 ), et suivi de la frégate L'Astrée et de la
cov\eii&L' Engageante, he 17 juillet l'escadre
pénétra dans le détroit d'Hudson ; malgré les
glaces et les brumes , le 8 août, La Pérouse dé-
truisit le fort du Prince de Galles, situé à l'em-
bouchure de la rivière Churchill, par environ
59° de latitude nord. Le 21 il rasa également
le fort d'York, élevé sur une pointe qui sépare
la rivière Nelson de la rivière des Haies. L'hu-
manité du vainqueur égala sa bravoure. Instruit
que plusieurs Anglais avaient fui dans les bois,
et restaient exposés, après son départ, à périr
de faim ou sous le tomahawk des sauvages,
il eut la générosité de leur laisser à terre des
armes et des vivres. La paix de 1783 termina
cette campagne , qui, peu connue, n'a pas rap-
porté à La Pérouse toute la gloire qu'il devait
en recueillir.
Le gouvernement français, voulant compléter
les travaux de Cook et de Clarke, résolut d'en-
voyer une expédition sur les traces des explora-
teurs anglais pour rechercher le passage au Nord
qu'ils n'avaient pas trouvé. C'était d'ailleurs le
meilleur moyen de continuer les découvertes de
Bougainville. Louis XVI dressa lui-même le
plan du voyage, et La Pérouse fut choisi pour
l'exécuter. Il devait reconnaître les terres res-
tées inconnues , recueillir des données certaines
sur la pêche de la baleine dans l'Océan méridio-
nal au sud de l'Amérique et du cap de Bonne-
Espéi-ance , sur la traite des pelleteries dans le
nord-ouest de l'Amérique, explorer soigneuse-
ment les côtes , encore peu connues , de la Tar-
tarie et de l'Amérique occidentale , les mers de
Chine et du Japon, les îles de Salomon, la bande
sud-ouest de l'Australie , rechercher dans tous
ces lieux les plantes, les minéramt utiles, en étu-
dier les divers peuples, et ouvrir au commerce de
17
515
LA PÉROUSE
516
nouveaux débouchés. Deux frégates furent ar- !
mées à Brest pour accomplir cet immense projet.
La Pérouse prit le commandement de La Bous- '
sole, et le capitaine De Langle celui de V Astro-
labe. Le l*-'"" août 1785, et après avoir doublé le
cap Horn, elle remonta, le 23 juin 1786, jusqu'au
mont Saint-Élie, situé vers le 60° de latitude sep- :
tentrionale sur la côte nord-ouest de l'Améri-
que. C'est de ce |)oint, d'où Cook avait toujours
été repoussé par les gros temps et les courants,
que devait commencer la mission de La Pérouse.
Il parcourut la côte pendant plusieurs jours, et
y découvrit une baie qu'il nomma baie Monti,
du nom de l'officier qu'il avait chargé de son ex-
ploration. Le 2 juillet, par 58o 36' de latitude
nord et 1400 31' de longitude, il entra dans une
nouvelle baie, échappée aux investigations de
Cook; elle reçut le nom de port c''-s Français.
Il ne restait plus que quelques sondes à y faire ;
trois embarcations furent envoyées pour les ter-
miner. Entraînées au milieu des brisants, deux
d'entr'elles furent brisées et vingt et une per-
sonnes parmi lesquelles six officiers périrent
dans les flots: De ce nombre étaient les deux
frères de La Borde ( voy. ce nom). La Pérouse
donna le nom d'//e du Cénotaphe au petit îlot
qui s'élève dans la baie et sur lequel il fit cons-
truire un monument comméraoratif de ce déplo-
rable accident. Du reste, il ne put fixer que la
position de quelques points de la côte ; il éprouva
les mêmes difficultés naturelles que Cook; les
rares habitants se montrèrent inhospitaliers, et
d'ailleurs son itinéraire ne lui permettait de pas-
ser là que six semaines (1). 11 mit donc le cap
sur les îles Sandwich, et le 5 novembre, à environ
cent lieues dans le nord-ouest, sous le tropique
du Cancer, il découvrit une petite île déserte,
qu'il appela lie Necker. Il mouilla le 3 janvier
1787, dans la rade de Macao, et environ un mois
plus tard il faisait route pour les Philippines.
Après avoir reconnu l'île Quelpaert, il se dirigea
à l'est vers le Japon. Le 23 juin il relâcha dans
une baie qui reçut le nom de Ternai. Le 27 il
reprit la mer; mais d'épaisses brumes retardè-
rent sa marche. Le 4 juillet il entra dans une
grande baie où se versaient les eaux d'un fleuve
d'environ quarante mètres de largeur : elle reçut
le nom de baie Suffren. La Pérouse continua
ensuite à s'avancer vers le nord. Bientôt il s'a-
perçut qu'il naviguait dans im canal qui parais-
sait se rétrécir à mesure que les frégates avan-
çaient. Le 1 2 juillet les navigateurs mouillèrent
près d'une anse qu'ils nommèrent baie De Lan-
gle en l'honneur du capitaine de V Astrolabe.
On se dirigea ensuite au nord-ouest, vers les
côtes de la Tartarie chinoise , louvoyant sous
les basses voiles, à cause des brumes continuelles
qui environnaient les navires. Le 19, par une
(1) Celte reconnaissance a été refaite depuis par Van-
couver, qui ne l'a terminée qu'après trois années de tra-
vaux,
éclaircie, on aperçut la terre au fond d'une ma-
gnifique baie, celle d'Estaing. Le 28 les fré-
gates se trouvèrent sur la côte de Tartarie, à l'ou-
verture d'une nouvelle baie ( baie de Casiries ) ,
qui par sa position, au fond d'un golfe, assui-e un
excellent mouillage aux bâtiments du plus fort
tonnage. La Pérouse appareilla le 2 août 1787,
et, par 45° 10' de latitude au sud du cap Gril-
lon, il découvrit le détroit qui porte aujourd'hui
son nom. Jusqu'à cette époque la côte oi'ientale
de l'Asie n'était connue que par les récits de
quelques missionnaires, qui confondaient sous la
dénomination de Jesso toutes les terres au nord
du Japon. La Pérouse reconnut que ces terres
forment deux îles , dont l'une, l'île Ségalien, est
détachée de la Corée par le détroit de La Pé-
rouse, et l'autre, l'île Chika, est sépai'ée delà
grande île du Japon par le détroit de Sangaar.
Après avoir relevé les îles des États, de la Com-
pagnie , des Quatre-Frères et de Malikan, il
donna dans le canal de La Borisaole, qui lui per-
mit de se rendre au Kamtsckatka, où il relâcha
àPetropauIowsk, le 7 septembre 1787. L'impéra-
trice de Russie , Calherine II, avait donne des
ordres pour que les voyageurs fussent reçus
avec hospitalité. On remit à La Pérouse des dé-
pêches venant de Fi'ance, parmi lesquelles il s'en
trouvait une qui relevait au grade de chef d'es-
cadre. Ce fut aussi de là qu'il expédia par la
voie de terre M. de Lesseps, chargé d'apporter à
Paris les journaux, notes, cartes, plans et des-
sins recueillis dans le voyage.
La Pérouse quitta la baie d'Avatcha le 29 sep-
tembre, et fit route au sud. Après avoir coupé la
Ligne pour la troisième fois, il entra dans l'ar-
chipel des Navigateurs, et le 8 décembre relâcha
à Maouna. Un affeux malheur vint l'y attrister.
Son ami, De Langle, le capitaine de L'Astro-
labe, étant entré avec sa chaloupe dans une pe-
tite anse entourée de l'écifs pour làire aiguade,
fut attaqué et massacré par les indigènes avec
onze de ses compagnons, parmi lesquels le sa-
vant naturaliste Robei-t de Paul Lamanon. La
plupart des autres Français revinrent blessés
grièvement. La Pérouse eut hâte de quitter ce
lieu de désolation, remettant à un autre temps
une juste vengeance. Le 14 décembre il levai
l'ancre, et fit route pour Oyolava, et ensuite pour
Pola. Le 20 il eut connaissance des îles des
Cocos et des Traîtres. Il entra ensuite dans
l'archipel des Amis. Le 27 ilfuten vue de Vavao,
le 31 il passa Tonga-Tabou, et après s'être arrêté
à l'île Norfolk, atterrit le 26 janvier 1788 à Bota-
ny-Bay. C'est de ce port, et du 7 février, qu'est
datée la dernière lettre écrite par La Pérouse
au ministre de la Marine. Dès lors un voiie fu-
neste est jeté sur la destinée de l'expédition. Les
navigateurs devaient arriver à l'île de l'rance
en 1788; deux années s'écoulèrent sans qu'ils-
parussent. L'intérêt qui s'attachait au sort de La
i Pérouse et de ses compagnons se fit jour au mi-
1 lieu même des agitations de la révolution. La
517
LA PEROUSE — LA PERRIÈRE
518
Société d'Histoire naturelle de Paris éleva sa
voix jusqu'à l'Assemblée nationale, et Louis XVI
fut piié d'ordonner des recherches (1).
Le contre-amiral d'Entrecasteaux reçut l'ordre
d'armer deux navires et de visiter tous les points
où devait toucher La Pérouse après son départ
de Botany-Bay; mais ses recherches , d'ailleurs
mollement faites, n'eurent aucun résultat. Ainsi
resta inconnu le sort de cette malheureuse expé-
dition jusqu'en mai 1826, époque où le lieu de son
naufrage fut découvert par le capitaine anglais
Peter Dillon, qui, naviguant au nord des Hébri-
des, trouva sous l'eau, au milieu des récifs qui
environnent l'île de Vanikoro, des débris de na-
vires et une quantité d'objets tels que canons,
pierriers, saumons de plomb, ancre, etc., qui ont
évidemment appartenu aux naufragés de La
Boussole et de L'Astrolabe, et qui sont aujour-
d'hui déposés au Musée naval du Louvre. Il
paraîtrait même , au rapport des vieillards du
pays, que quelques hommes des équipages fran-
çais auraient survécu longtemps à leur désas-
tre. En 1828 le capitaine Dumont d'Urville, sur
sa corvette L'Astrolabe, visita Vanikoro lors de
son voyage scientifique autour du monde : il
recueillit encore quelques débris du naufrage, et
reconnut l'exactitude des faits signalés par le
capitaine Dillon. Il ne voulut pas s'éloigner de
ce lieu, si tristement célèbre, sans payer un tribut
de regrets à la mémoire de La Pérouse et de ses
compagnons d'infortune. Il leur consacra un mo-
nument funéraire,le 14 mars 1828. C'est un mau-
solée en pierres brutes, surmonté d'un obélisque
quadrangulaire, sur lequel on lit cette inscripion :
A la mémoire
de La Pérouse
et de ses compagnons.
L'Jftrolabe ,
14 mars 1828.
Alfred de Lac\ze.
GérSrd, Vies et Campagnes des plus célèbres Marins
français {?at\s, 182S, ln-l2, fig. ), p. 197-200. — Peler
Dillon, yoyarjes aux Iles de la mer du Sud, en 1826 et
1827, et Relation de la découverte du sort de La Pé-
rouse ( Paris, 1S3G, 2 vol. avec cartes et 4 planch.). —
Oiimont d'i'rvllle, Voyage pittoresque autour du Monde.
— Domcny de Rienzi, Oceanie, dans VUniverspittoresqife,
t. ni, p. 260-397. — Van Tenac, Histoire générale de la
Marine, t. iv, p. 238-264. — Quoy et l'aul Galmard,
Voyage de la corvette L'Astrolabe. — Willi.im Smitli,
Collection des Voyages autour du Monde, t. V|, p. 3
et 338. — /.e Moniteur universel du 13 février 1847. —
— Théogène Page, dans le Dictionnaire de la Conver-
sation. — Documents particuliers.
LA PERRIÈRE (Qitillazime de), poète et
historien français, né en 1499, à Toulouse, mort
vers 1565. Il appartenait à une famille de petite
noblesse, et avait fait des études de droit, puisqu'il
prenait le titre de licencié. Sa vie s'écoula proba-
blement tout entière dans sa ville natale, où ses
(i; Nos lecteurs trouverontaux articles Dmoy {Peter),
DuMOiST d'Urville et d'Ewtrecasteattx les détails
les plus circonstanciés et les plus exacts sur les résultats
obtenus par les diverses expéditions envoyées à la re-
cberohe de La Pérouse. Reproduire ces détails ici serait
faire un double emploi.
nombreux ouvrages lui avaient acquis une répu-
tation de savoir, qui ne s'est pas maintenue. En
1552 le conseil municipal la chargea de rédiger
pour cette année les annales de Toulouse; mais
il ne paraît pas qu'il ait poussé bien loin ce tra-
vail. Il vivait encore en 1560. La plupart de ses
écrits sont en vers, et portent, suivant l'usage du
temps, des titres bizarres ; nous citerons : [n-
vective satyrique , tissue et composée par
maistre Guillaume de La Perrière, licencié
es droits, contre les suspects monopoles de
plusieurs crimineux, satellites et gens de vie
réprouvée; Toulouse, 1530, in-4° : un des écrits
les plus rares de l'auteur, qui s'est plu à l'ac-
compagner de notes en latin , ex purissimo ,
dit-il, sacrarum literarum fonte mariantes ;
— Le Théâtre des bons Engins, auquel sont
contentez ce'°.t Emblèmes moraulx ; Lyon,
sans date, in-S" : suite de cent dizains sous au-
tant d'emblèmes, dédiés à Marguerite, reine de
Navarre. Ce recueil de moralités obtint une vogue
singulière , peut-être à cause des cent figures
en bois qui en corrigèrent la fadeur depuis l'é-
dition de Paris, 1539, petit in-8° ; il fut réim-
primé à Angers, 1545; à Lyon, 1547, 1549 et
1553; à Paris, 1550, 1554, 1580, etc.;— Les
Annales de Foix, joinctz à icelles les cas et
faictz dignes de perpétuelle recordation, ad-
venus tant aulx paijs de Bearn, Commynge,
Bigorre, Armygnac, Navarre , que les lieux
circumvoisyns , depuis le premier comte de
Foix Bernard jusques à Henry, à présent
comte de Foix et de Navarre; Toulouse, 1 539,
petit in-4'', lig. On a prétendu que l'histoire des
comtes de Foix, écrite originairement en langue
basque, par Arnaud Squarres , avait été mise en
latin par Bertrand Hélie , de Pamiers , et que
c'était cette dernière version que La Perrière avait
à son tour fait passer en français ; mais Rigoley
de Juvigny, dans son édition de la Bibliothèque
de La Croix du Maine (1, 339), a prouvé que
cette opinion, émise par le P. Lelong et La
Monnoye, n'avait aucun fondement; — Les
cent Considérations d'Amour; Lyon, 1543,
in-16, fig.; — Le petit Courtisan, avec la
Maison parlante, et le Moyen de parvenir
de pauvreté à richesse, et comment le riche
devient pauvre ; Lyon, 1551, in-16; — Les
Considérations des quatre Mondes , a sauoir
est -.divin, angélique , céleste et sensible;
comprinses en quatre centuries de quatrains,
contenant la cresme de divine et humaine
philosophie; Lyon et Toulouse, 1552,in-8°,
avec le portrait de l'auteur. Dans la quatrième
centurie, il raconte fort sérieusement qu'il a vu
une paire de mandragores effigiées à la face
humaine, masculine et féminine, qui avait été
achetée trois cents livres par un évêque de
Rieux ; — La Morosophie, contenant cent em-
blesmes moraulx , illustrés de cent tetras-
tiques latins, reduitz en autant de quatrains
françoys; Lyon, 1553, petit in-S», fig. ; ce
17.
519
I<A PERRIÈRE — LA PEYRÈRE
520
livre Aq folle sagesse est encore un recueil de
moralités, auquel les vignettes en bois ajoutent
du prix ; — Le Miroir politique , œuvre non
moins utile que nécessaire à tous monarques,
rois, princes, seig^newrî, etc., Lyon, 1555,
in-fol., et Paris, 1567, in-8°; — Dialogue mo-
ral de la lettre qui occit et de l'esprit qui
vivifie; interlocuteurs Engins : humains ,
Franc Vouloir, Bon Conseil, Glose con-
fuse, etc. La Perrière a corrigé et augmenté
la traduction française anonyme de l'ouvrage de
Nicolas Bertrand : Les Gestes des Tholosains,
qui avait paru en 1517, in-4o. Paul Louisv.
La Croix du Maine et Du Verdier, Biblioth. franc. —
Leiong, Biblioth. franc. — Biogr. Toulousaine, I, 373-74.
— Brunet, Man. du Libraire. — Viollet-Leduc, Bibliolh.
Poétique.
LA PERRIÈRE DE ROIFFË [JacqUCS-
Charles- François de), physicien français, né
à Surgères (Saintonge), en 1694, mort à Paris,
en 1776. Issu d'une des premières familles
du Nivernais, il fit ses premières études à
Saint • Jean-d'Angdy, et les termina au collège
de Pont-le-Voy. II s'acquit une certaine cé-
lébrité en consacrant son temps et sa fortune
surtout à la physique et à l'astronomie. Mais
il adopta des opinions qui heurtaient les sys-
tèmes de Descartes et de Newton. Il accusait
Lemonnier et Lalande de lui avoir dérobé l'idée
des réfractions écliptiques : aussi se brouilla-
t-il avec presque tous les savants de son temps,
et finit par être entièrement délaissé. On a de
lui : Mécanisme de l'électricité et de l'îtnivers ;
Paris, 1755, 1756, in- 12 avec fig. ; —Arrêt
burlesque; 1110, in-12; —Extrait du Nou-
veau Système; 1761, m-i2; — Nouvelle Phy-
sique céleste et terrestre à l'usage de tout le
monde; Paris, 1766, 3 vol. in-12; en tête de
cet ouvrage est le portrait de l'auteur, au-dessous
duquel on lit ces vers :
De Descartes et de Newton
Osant attaquer les systèmes,
De la nature il prit le ton
Et découvrit les lois suprêmes;
Et de leur lumineux Qambeau
U éclaira son système nouveau.
G. DE F.
Rainguet, Biogr. Saintongeaise.
LA VEKKmKiL {Michel-Gabriel). Foy. Per-
DOULX.
LA PËRDSE ( /ean-BASTiER de ) , poète
français, né vers 1 530 , mort dans les environs
de Poitiers, en 1555. Les auteurs ne sont point
d'accord sur le lieu de sa naissance. La Croix
du Maine et Goujet le font naître à Angoulôme ;
du Verdier de Vauprivas le dit Poitevin ; Colin
l'inscrit parmi les littérateurs limousins. Il est
probable, dit Vitrac, qu'il naquit à La Péruse en
Angouraois , mais dans le diocèse de Limoges.
On a peu de renseignements sur sa vie, quoique
ses contemporains lui aient adressé de nombreux
éloges. Il fit ses premières études à Paris , et
joua en 1552, au collège Boncour, la Cléopâtre
de Jodelle. De Paris il se rendit à Poitiers, où il
dut suivre un cours de droit.
Paris ( dit-il ) a nos jeunes ans ;
Puis lorsque nous sommes grands.
On nous achemine
De Paris en autre endroit,
Pour la guerre, pour le droit,
Pour la médecine.
Les poésies de La Péruse ont été recueillies par
deux de ses amis, Jean Boiceau et Guillaume
Bouchet, qui les firent imprimer ; Poitiers, 1556,
in-4''; édition de Claude Binet, Paris, 1573,
in-l6. Elles se composent de Médée, tragédie
en cinq actes, imitée et traduite de Senèque; re-
vue et corrigée par Sainte-Marthe
Tu vins après ( Jodelle), encottiurné Péruse_.
Espoinçonné de la tragique muse, »
dit Ronsard, etc.. Le mélange des rimes mascu-
lines et féminines y est rigoureusement observé.
Cette pièce valut à son auteur d'être appelé par
Talsureau le premier tragique de France.
Sainte-Marthe ajoute : « Si la mort ne se fût op-
posée aux desseins de La Péruse , ce poëtu eût
sans doute été, au jugement des doctes, l'Euripide
français, n Pasquier ne poussait pas aussi loinî'ad-
miration. « La Mérfée n'était point trop décousue,
dit-il ; toutefois, par malheur, elle n'a été accompa-
gnée de la faveur qu'elle méiitait. » Le reste con-
siste en cinq odes, diverses épigrammes, quelques
sonnets, six élégies, quatre chansons amoureuses
et de petites pièces sous le titre de Mignardises,
d'étrennes, d'amourette, etc.. Dans l'une de ses
odes La Péruse , poëte après tout médiocre, se
flatte d'aller à l'immortalité , et vante en ces
termes sa fécondité :
J'ai cache dix mille vers.
Pleins de grâces non pareilles.
Qui ne seront découverts
One pour les doctes oreilles ;
La vulgaire populace
Ne mérite telle grâce, etc..
Martial Audoin.
La Croix du Maine, Bibl. — Du Verdier de Vauprlvasi
Bibl. —Pasquier, Heckerches, liv. 7, cliap. vi. — Scé-
vole de Sainte-Marthe, Éloge de Robert Garnier. — Vau-
qiielin de La Fresnaye, >^rt poétique. — Hist. du Thédt.
)ranç., t. UI. — Colin, Lem. mult., p. 63. - Bibliothèque
du Poitou, t. V. — Goujet, Bibl. franc., t. XII, p. 52 et
suiv. — Vitrac, Feuil. hebd. du Limousin, 1771.
LA PEYRÈRE {Isaac de), littérateur fran-
çais, né en 1594, à Bordeaux, mort le 30 janvier
1676, Il commanda une compagnie au siège
de Montauban, et accompagna en 1644 l'am-
bassadeur français La Thuillerie en Danemark,
où il s'occupa de réunir les matériaux des ou-
vrages qu'il a publiés sur l'Islande et le Groen-
land. A son retour, il s'attacha à la fortune du
prince de Condé , qui fut chargé par lui d'une
mission particulière en Espagne, et le suivit
plus tard dans les Pays-Bas. Ce fut en Hol-
lande qu'il fit paraître, sous le voile de l'ano-
nyme, son fameux livre des Préadamites, inti-
tulé : Preeadamitx , sive exercitatio super
versibus 12, 13 et 14 capitis V Epistolx
D. Pauli ad Romanes, quibus indicantur
521
LA PEYRÈRE
prhni homines ante Adamum conditi; 1655,
in-4°; 1656, in- 12. Il y établit deux créations,
faites à des intervalles fort éloignés : de la pre-
mière , qui est la création générale , sortit le
inonde physique , pourvu, dans toutes ses par-
ties, d'hommes et de femmes; la seconde n'est
autre que la formation d'un peuple particulier,
le peuple juif, dont Adam fut le chef. En outre,
il soutient que le déluge ne submergea que la
Judée; que toutes les races ne descendent pas
de Noé; que les gentils, issus de la première
création, ne commettaient point de péchés parce
qu'ils n'avaient point reçu de loi positive ; que les
Chaldéens, les Égyptiens et les Chinois sont bien
plus anciens qu'Adam , etc. Cette hypothèse,
hardie pour le temps oîi elle fut émise, suscita
une polémique des plus violentes. L'auteur,
après avoir vu le parlement de Paris condamner
son livre au fçu, fut arrêté à Bruxelles en 1656,
par l'ordre de l'archevêque de Malines ; mis en
liberté, il se rendit à Rome, et signa entre les
mains du pape Alexandre VII un acte de rétrac-
tation en même temps que l'abjuration de la foi
calviniste. II fut ensuite nommé bibliothécaire
du prince de Condé, et se retira , vers la fin de
sa vie, au séminaire de Notre- Darae-des- Vertus,
près Paris, où il mourut. « C'était, dit Nicéron ,
un homme d'un esprit fort égal, et qui avait la
conversation fort agréable. » Son érudition était
médiocre, et son style souvent bas et plein d'en-
flure. On a encore de lui : Traité du Bappel
des Juifs; Paris, 1643, in-S" , où il affirme
que tous les Juifs finiront par se convertir au
christianisme, et seront rétablis par un roi de
France dans la Terre Sainte; le moyen qu'il
donnait de hâter celte conversion, comme de
réunir toutes les sectes chrétiennes , était d'en
revenir à la formule apostolique, la foi en
Jésus-Christ;— /feZa^ion du Groéfwtenrf; Paris,
1647, 1651, in-8°, adressée à La Mothe Le Yayer
et réimpr. dans le t. F"" du Recueil des
Voyages au Nord; — La Bataille de Lens;
Paris, 1649, in-fol.; — Systema Theologicum
ex Prasadamitarum hypothesi, pars prima ;
1655, in-4°; — Epistola ad Phiiotinum, qua
exponit rationes propter quas ejuravït sec-
tam Calvini, quam profitebatur, et librum
de Praeadamitis, quem ediderat; Rome, 1657,
in-4°; Francfort, 1658, in-4°; trad. en français,
Paris, 1658, in-8°,et réimpr. sous le titre d'^-
pologiede La Peyrère faite par luy-mesme ;
Paris, 1663, in-12 ; — Recueil de lettres écrites
au comte de La Su'ze pour Vobligcr par rai-
son à se faire catholique ; Paris, 1661-1662,
2 vol. in-12; — Relation de Vlslande; Paris,
1663, in-S". On attribue en outre à La Peyrère
des Notes sur la Bible française de l'abbé de
MaroUes, dont l'impression fut arrêtée par ordre
supérieur ; et un roman intitulé : Alix Pierce,
maîtresse d'Edouard III , roi d'Angleterre.
Son frère cadet, Abraham de L,v Peyrère,
fut avocat au parlement de Bordeaux, et y jouit
— LA PEYRONIE 622
I d'une grande réputation ; il a écrit : Décisions
sommaires du palais et Arrêts de la cour du
parlement de Bordeaux, illustrés de notes
et d'arrêts de la cour dïi parlement de Gre-
noble; Bordeaux, 1675, in-4°; 1" édit., Paris,
1808, 2 vol. in-4°. Paul Louisy.
Bayle, Dictionnaire Ilistor. et Crit., t. IV. - Nicéron,
Mémoires, t. XU et XX. -Le Long, Biblinth. Sacra, t. I,
p. 331.— Vlgneul-Marville, Mélanges, t. ï, p. 144. -Eug.
et Em. Hang, La France protestante. — Dictionn. des
Hérésies ;IS5Z, 1. 1".
LA PETRONIE ( François Gigot de), chirur-
gien français, néà Montpellier, le 15 janvier 1678,
mort à Versailles, le 25 avril 1747. A sa sortie
du collège des jésuites, il se consacra à la chi-
rurgie, profession de son père. En 1714 il fut
appelé à Paris pour donner ses soins au duc,
depuis maréchal de Chaulnes. Il enseigna l'ana-
tomie à Saint-Côme, fut nommé démonstra-
teur au Jardin du Roi, et reçut, en 1717, la sur-
vivance de la charge de premier chirurgien du
roi, dont il devint titulaire en 1733. Louis XV
lui accorda en 1721 des lettres de noblesse.
Les chirurgiens étaient à cette époque confon-
dus avec la corporation des barbiers; La Pey-
ronie obtint en 1 743 des lettres royales qui don-
naient aux chirurgiens de Paris les mômes pri-
vilèges que ceux des régents et des docteurs de
l'université. Possesseur d'une immense fortune,
par son testament il en donna une grande partie
aux établissements consacrés à la chirurgie,
tant à Paris qu'à Montpellier, légua sa biblio-
thèque au Collège des Chirurgiens de Paris , et
fonda des prix annuels pour l'Académie de Chi-
rurgie, que Louis XV avait créée en 1731 sur
sa proposition. Il en était le président, et appar-
tenait aussi comme associé libre à l'Académie
des Sciences. On a de lui : Observations sur
les Maladies du Cerveau, par lesquelles on
tâche de découvrir le véritable lieu du cer-
veau dans lequel l'âme exerce ses fonctions,
lu dans l'assemblée publique de la Société royale
des Sciences de Montpellier en 1708; ce mé-
moire a paru d'abord par extrait dans le Jour-
nal de Trévoux, en 1707 ; il fut augmenté de
plusieurs observations et inséré sous une forme
nouvelle dans les Mémoires de l'Académie
royale des Sciences de Paris, année 1741; —
dans le l'''' volume de la Société des Sciences
de Montpellier (Lyon, 1766, in-4°) : Obser-
vation sur une Expérience de la Matrice;
— Sur la dernière phalange du pouce arra-
chée avec tout le tendon de son muscle flé-
chisseur et une partie de ce muscle ; — Sur
une grande Opération de chirurgie; — Des-
cription anatomique de l'Animal qui porte
le Musc; dans les Mémoires de VAcad. des
Sciences de Paris , année 1731 ; — dans les
Mémoires de l'Académie de Chirurgie, an-
née 1743: Observations sur la Cure des Her-
nies avec gangrène; — Swr quelques Mala-
dies qui s'opposent à l'Éjaculation naturelle
de la Semenc-e; — Sur VÉtranglement de
528 LA PEYRONIE — LA PEYROUSE
l'intestin causé intérieuremoit par l'adhé-
rence de l'épiploon au-dessus de Vanneau; etc
G. DE F.
524
liist. de l'.Jcad. des Sciences, année 17M. —lilém. de
l'Académie royale de Chirurgie, année 1774, t. IV, édit.
in-iî.
LA PiE.\KOVSV.( Philippe Picot, baron de),
naturaliste français, né à Toulouse, le 20 oc-
tobre 1744, mort dans la môme ville, le 18 oc-
tobre 1818. Son père, Picot de Buissaizon , négo-
ciant, avait été anobli par le capitoulat. Après
des études brillantes , le jeune Picot entra dans
la magistrature, et fut en 1768 pourvu d'une
charge d'avocat général près la chambre des
eaux et forêts du parlement de Toulouse. La
réforme de Maupeou, en 1771, le porta à donner
sa démission. Il put dès lors se livrer tout entier
à l'étude de l'histoire naturelle, pour laquelle il
avait du goût, et ce ne fut pas sans regret qu'il
reprit ses fonctions lors du rappel des parle-
ments en 1774. La mort de son oncle, le baron
de La Peyrouse, qui lui léguait avec son titre une
fortune considérable , lui permit de quitter sa
charge et de reprendre ses études favorites. 11
explora d'abord les Pyrénées, étudiant à la fois
la structure des montagnes, les végétaux qui les
recouvrent et les animaux qui les habitent. 11 servit
de guide à Doloraieu sur les montagnes qui envi-
ronnent Baréges, et lui sauva la vie sur le pic de
l'Hiério. Les ouvrages que La Peyrouse publia Ip
firent connaître dans le monde savant. La convo-
cation des états généraux en 1789 l'arracha encore
à ses paisibles occupations. Il fut chargé de ré-
diger les cahiers delà noblesse delà sénéchaus-
sée de Toulouse, et publia pour les députés de la
province un écrit sur l'administration diocé-
saine du Languedoc. Plus tard il fut élevé à la
présidence de l'administration du district de Tou-
louse. 11 donna sa démission en 1792, et fut
presque aussitôt arrêté. Le 9 thermidor lui ren-
dit la liberté. Nommé bientôt après inspecteur
des mines , il préféra la chaire d'histoire natu-
relle à l'école centrale de Toulouse. Son cours
attira de nombreux élèves. Placé en 1800 à la
tête de la municipalité de Toulouse, il marqua
son administration par d'utiles mesures , comme
le rétablissement des revenus de la ville, la dota-
tion des hospices, la fondation d'une école de pein-
ture, d'un observatoire, d'un cabinet de physique
et de chimie, etc. 11 enrichit le jardin bota-
nique, les bibliothèques , le muséum , et établit
pour la ville un système d'embellissement qui
a été suivi par ses successeurs. Pour subvenir
à tant de dépenses, il laissa s'établir à Toulouse
un trop grand nombre de maisons dejeu,etsur
les plaintes de Puymaurin il dut donner sa dé-
mission. La Peyrouse remplit la chaire d'histoire
naturelle à l'école des sciences de Toulouse, qu'il
avait fait créer; et à la fondation de l'université
impériale, il occupa les mêmes fonctions à la fa-
culté des sciences de Toulouse, dont il fut aussi
nommé doyen. Il devint successivement officier
de l'université, baron de l'empire, correspon-
dant de l'Institut, secrétaire perpétuel de l'Aca-
démie des Sciences de Toulouse depuis 1811,
maintcneur de l'Académie des Jeux floraux, etc.
En 1815, dans les Cent Jours, il fut nommé pré-
sident du collège électoral de la Haute-Garonne,
puis élu membre de la chambre des représen-
tants. 11 ne prit aucune part aux débats de
cette assemblée, et après la seconde restauration
il revint dans sa ville natale finir tranquillement
ses jours. On a de lui : Description dephisieurs
nouvelles espèces d' Or thocér alites et Ostra-
cites (en français et eu latin); Erlangen, 1781,
in-fol. avec pi. col.; — Traité des Mines et
Forges à fer du comté de Foix; Toulouse,
1786, in-8°; — Réflexions sur les Lycées;
Toulouse, 1791, in-8°; —Flore des Pyrénées,
avec des descriptions, des notes critiques et
des observations ; 1" décade, 1795; 2*, 3* et
4*^ décades, 1801, grand in-fol., dessins lie Ré-
douté : cet ouvrage, qui devait contenir 200
planches , n'a pas été continué ; — Tables mé-
thodiques des Mammifères et des Oiseaux
observés dans le département de la Haute-
Garonne ; Toaloase, 1799, in-8o;— La Mono-
graphie des Saxifrages; 1801 ; — Histoire
abrégée des Plantes des Pyrénées et Itiné-
raire des botg,nistes dans ces montagnes-,
Toulouse, 1813, in-8°, avec un supplément:
La Peyrouse a joint à cet ouvrage une notice des
auteurs qui ont voyagé dans les Pyrénées et
qui ont écrit sur la botanique de cette contrée
ainsi qu'un extrait des manuscrits laissés par
Tournefort; — De quelques espèces d'Orobes
des Pyrénées; Toulouse, 1818, in-8°; réim-
primé dans les Mémoires du Muséum d'His-
toire naturelle , tome II. La Peyrouse a fourni
des matériaux précieux à Mauduit pour le Dic-
tionnaire des Oiseaux de YEncyclopédie vié-
thodiqu/s. Sa Statistique agricole du canton
de Mont-Astruc a été couronnée par la Société
centrale d'Agriculture de Paris. Avant 1781, La
Peyrouse avait fait imprimer dans les Mémoires
de l'Académie de Toulouse une Histoire na-
turelle du Lagopède et diverses recherches sur
les minéraux des Pyrénées; plus tard il donna
dans le même recueil des mémoires sur les pro-
ductions de ces montagnes ; des Recherches sur
les Organes du Chant dans les cygnes; des
Descriptions de la Barge aux pieds rouges et
du Traque t montagnard. On cite en outre la
Relation d'un Voyage au Mont-Perdu et un
Mémoire sur des silex que La Peyrouse avait
trouvés dans cette montagne. Comme secrétaire
perpétuel de l'Académie de Toulouse, il a rédigé
différents éloges et discours qui sont restés ma-
nuscrits. A la fin de sa vie, il s'occupait d'une
Monographie des Pins : il avait rassemblé dans
son parc les plus belles espèces de ce genre,
principalement celles qui croissent dans les Py-
rénées. L. L— T.
Durozoir, dans le Diet, de la Conv., f» édition.
525
Jourdan, dans la Bior/raphie Médicale. — Quérard, La
France Littéraire.
la peyrocse. voy. bonpils, la pékouse,
Picot et Rochon.
LAPHAÈs (AaçaYiç), de Phlius, statuaire
grec, appartenait à la période primitive de l'art
grec (huitième ou neuvième siècle avant J.-C).
Pausanias mentionne sa statue d'Hercule (en
bois ) à Sicyone, et il lui attribue, d'après la res-
semblance des styles, une statue colossale d'A-
potion ( en bois ) à Égire en Achaïe. Y.
Pausanias, Vil, 28.
LAPi (Niccolo), peintre de l'école floren-
tine, né à Florence, en 1661, mort en 1732. Il
fut élève de Luca Giordano, qu'il, aida sans doute
dans ses travaux de la galerie Riccardi. Dans
ses nombreux ouvrages, pleins de facilité, il est
facile de reconnaître l'imitation du style de son
maître. On trouve à Florence plusieurs fresques
de Lapi , telles qu'une petite coupole avec plu-
sieurs saints et Saiîit 3Iichel terrassant le
diable à San-Michele-Visdomini , le Jugement
de Paris, plafond du palais Capponi, plusieurs
traits de lavie desaint Dominiqueaadoitrede
Saint-Marc, et quelques saints accompagnant
un crucifix sculpté à Saint-Étienne-et-Sainte-Cé-
cile. La galerie de Florence possède de lui une
Transfiguration et son portrait peint par lui-
même. Son tableau de l'église Saint- Laurent, le
Saint retirant des âmes du purgatoire, est
justement estimé. E. B — n.
Lanzi , Storia Pittorica. — Ticozzi, Dizionario. —
Fantozzl, Guida di Firenze.
LAPI (Lorenzo- Maria), poète et théologien
italien, né dans le bourg de San-Lorenzo en Tos-
cane , le 9 août 1703, mort le 16 octobre 1754. Il
fit ses études au séminaire de Florence ; mais il
s'occupa moins de théologie que de littérature,
ïleçu membre de l'Académie degii Apatisti ,
il y lut une satire où les moines n'étaient pas
épargnés. Le père Accetta, moine augustin, dé-
fendit les religieux, et Lapi ne poussa pas la po-
lémique plus loin. 11 entra peu après dans les
ordres, et fut nommé professeur de théologie
morale au séminaire de Florence. On a de lui :
Theologia scholastica , elegiacis versibus
expressa; Florence, 1728; — Instruzione, in
cui brevemente si spiegano le cose jnu ne-
cessaria e più utili per vivere christiana-
mente; Florence, 1748,in-12 ; — Compendio
délia Dottrina Christiana; 1749, in- 12; —
Traduzione in versi toscani di alcunï inni
sacri; 1753, in-12. Z.
. Rotermund, Supplément à Jôcher.
LAPiccoLA (Niccolo), peintre de l'école
napolitaine, né à Crotone, dans la Calabre ulté-
rieure, en 1730, mort à Rome, en 1790. On ignore
quel fut son premier maître; il reçut à Rome
quelques leçons de Fr. Mancini ; mais il con-
serva toujours dans son coloris les traditions
de son école nationale. H a donné les dessins
des mosaïques de l'une des chapelles de Saint-
Pierre, et a fait quelques peintures pour les
LA PEYROUSE — LAPIE 526
églises de Rome et des autres villes des États
pontificaux , et principalement de Velletri. On
voit de lui à la villa Albani plusieurs fresques
représentant : la Délivrance d'Andromède ,
Mercure recevant la pomme pour la porter à
Paris , et les Noces de Thétis et de Pelée ,
d'après un dessin de Jules Romain. E. B— n.
Lanzi, Storia Pittorica. — Ticozzi, Dizionario.
LAPIDE. (A.) Voy. Steen.
LAPIE (Pierre), géographe français, né à
Mézières, le 11 août 1779, mort à Paris, le 30 dé-
cembre 1850. Admis à l'école du génie en 1789, il
fut mande à Paris, en 1793, par le ministre Bou-
chotte, qui le plaça au dépôt de la guerre comme
ingénieur géographe. De là il passa au cabinet
topographique du comité de salut public, et à ce-
lui du Directoire ; puis il rentra au dépôt de la
guerre après le 18 fructidor. Appelé avec le
rang de capitaine à l'armée des Alpes, il fut
blessé dans la retraite d'Italie; il fit plus tard les
campagnes de Marengo, du Tyrol et d'Auster-
litz. Après cela il prit part à la rédaction des
importants travaux exécutés au dépôt de la
guerre. Nommé en 1814 directeur du cabinet to-
pographique du roi, il exerça ces fonctions
jusqu'à la suppression de ce cabinet; il fut alors
promu chef d'escadron au corps d'état-major,
et chargé de la direction des levés de la carte de
France exécutée par le dépôt de la guerre. Lieu-
tenant-colonel en 1829 et colonql en 1832, il
prit sa retraite en 1839; mais il resta attaché au
dépôt de la guerre, dont il dirigeait les travaux
de gravure et d'impression. On a de lui : Atlas
complet pour le Précis de la Géographie uni-
verselle de M. Malte-Brun; Paris, 1812,
gr. in-4°; — Mémoire sur le Cadastre de la
France, ou moyen de perfectionner cette opé-
ration tout en obtenant une diminution de
vingt ans sur sa durée et de cent millions
sur sadépense; Paris, 1816, in.4° etin-8°; —
Atlas classique et universel de Géographie
ancienne et moderne, dressé pour IHnstrtic-
tion de la jeunesse, et servant à L'intelli-
gence tant de l'histoire que des voyages dans
toutes les parties dumonde; 1817, 1824, 1830,
in-fol.; — Atlas universel de Géographie an-
cienne et moderne, précédé d'un abrégé de
Géographie j)hysique et historique; Paris,
1828, in-fol.; 2^édit., avec M. Lapie fils; Paris,
1842, in-fol.; — Nouvel Atlas classique de
géographie, enrichi d'un traité complet de
géographie universelle et d''une description
de chaque État en particulier ; Paris, in-fol. :
ouvrage publié par M. Poirson ; le texte gravé
sur les marges de chaque carte est de MM. Sar-
ret et Depping. On doit en outre au colonel La-
pie une Carte générale de la Turquie d'Eu-
rope en qmme feuilles; Paris, 1822-1824; -v
une Carte de la Macédoine, jointe au Journal
d'un Voyage dans la Turquie d'Europe par
M. Viquesneî ; — une Carte de la Perse dans
le Voyage en Perse de M. Am. Jaubeft; 1819^
527
LAPIE — LAPISE
528
— une Carte de la Russie d'Europe, avec
l'empire d' Autriche , la Suède , le Danemark
et la Norvège , la Prusse et le grand-duché de
Varsovie, gravée par Tardieu; —une Carte ré-
duite de la Méditerranée, de la mer Noire;
1840;— une Carte de la colonie d'Alger,
avec le tracé de la régence de Tunis et de la
partie septentrionale de l'empire de Maroc ;
— des Cartes de la Grèce, de Candie, de
l'Asie occidentale, cartes qui accompagnent les
Itinéraires des Anciens publiés par le mar-
quis de Fortia-d'Urban. On a encore du colonel
Lapie : Mémoire sur les Voyages exécutés dans
l'océan Glacial arctique , au nord de l'Amé-
rique, avec une carte; — Mémoire sur la carte
de la partie nord-est de l'Afrique, pour ser-
vir à l'intelligence dti Voyage Délia Cella
dans la Cyrénaïque.
Son fils , M. Alexandre-Emile Lapie , lieute-
nant-colonel d'état-major, s'est fait connaître en
aidant son père dans ses travaux et comme
chef d'une brigade topographique de la carte de
France du Dépôt de la Guerre. L. L— t.
Sarrut et Salnt-Edme, iJioffr. des Hommes du Jour,
tome II, l"' partie, p. 437.— I.aeaine et Laurent, Biogr. et
Nécrol.des Hommes marquants du dix-neuvième siècle,
tome 11, p. H31. — Birague, Jnnuaire Hist. et Biogr.,
t844, 2" partie, p. 8i. — Quérard, Xa France Littéraire.
— Bonrquelot, La Littcr. Franc, contemp.
LA PIEKRE {Corneille de), Voy. Morei,
et Steen.
LA. piLONNiÈRE {François de), littérateur
français, né dans la seconde moitié du dix-
septième siècle. Après avoir passé quelque
temps dans la Compagnie de Jésus , il se con-
vertit au protestantisme , et fut obligé de cher-
cher un refuge d'abord en Hollande , puis en
Angleterre , où il fut accueilli avec bienveillance
par l'évêque Hoadly. On ignore l'époque de sa
mort. Il a publié : L'Athéisme découvert par
le P. Hardouin, jésuite, dans les écrits de
tous les Pères de UÊglise et des philosophes
modernes; 1715, in-S"; réimpr. en 1"16, par
Saint-Hyacinthe dans ses Mémoires littéraires;
— L'Abus des Confessions de foi; 1716, in-8";
— An Answer to the R. D. Snape's Accusa-
tion containing an account ofhis behaviour
and suffering amongst the Jesuits, espèce
d'autobiographie; Londres, 1717, in-S"; traduit
en latin en 1718; — Défense des Principes
delà Tolérance; Londres, 1718, iu-S"; —
Further account of himself; Ma., 1729,
in-8°. En outre, il a traduit VEssai sur la Cri-
tique de Pope, 1717;— La République de
Platon; 1725; in-8°; — L'Histoire des der-
nières Révolutions d'Angleterre de Burnet; La
Haye, 1725, 2 vol. in-4°, et Londres, 3 vol.
in-12; nouv. cdit., LaHeye, 1735; — des ou-
vrages de l'évêque Danger et du chevalier
Steele. P. L— y.
Adeluni,', Svppl. à Jucher.
France Protestante, t. VI.
Eug. et Em. Haag, I,a
LA PiNQLi^HP ( Gv.érin de), poëte français,
né à Angers, vers 1605, mort à Paris, vers 1640.
A vingt ans à peine, il se fit connaître par un
petit livret écrit de verve contre les ridicules de
ses confrères en poésie sous le titre de : Le Par-
nasse , ou le critique des poètes , dédié à
monseigneur le marquis Du Bellay, Paris, 1635,
in-12.' 11 y a quelques pages d'excellent esprit
comique « contre les galants des dames poêles
! et ces petits messieurs qui importunent de leurs
fades productions les comédiens du Marais ou
de l'hôtel de Bourgogne ». La même année il pu-
blia une tragédie d'Hippolyte , imitée de Sé-
nèque, avec un prologue en vers libres , dédiée
à M. de Bautru ( Paris, 1635, in-8° ). Le volume
se termine par quelques autres de ses poésies.
En tête du livre , parmi les vers à la louange
de l'auteur, se trouve une pièce de Pierre Cor-
neille qui ne paraît jamais avoir été reproduite.
ï C. P.
ne de Costar, à la suite de Tallcmant des KcaiiJt,
1" édit. , t. VI, p. 874. — Catalogue de la Bibliothèque
deM.de Soleinne, t. I, p. î»3. - Bibliothèque des Théâ-
tres, t. 11, p. 521. — De Beauchamps, Recherches sur les
Théâtres français, p. 143, t. 11. — Les frères Parfait,
t. V, p. 103. — Lettres de Costar, t. I, p. 85.
LAPiM. Voy. Glicino.
LAPIS {Gaetano), peintre de l'école romaine,
surnommé le Carraccetto , né à Cagli, dans
rombrie , en 1704, mort en 1776. Après avoir
étudié le dessin sous un maître inconnu, il entra
dans l'atelier de Sébastien Conca, et sut y con-
server une manière originale. A l'église Santo-Bêr-
nardino de Pérouse, on voit de lui un tableau
justement estimé, La Madone avec saint Jean-
Baptiste , saint André et saint Bernardin.
Cagli possède plusieurs ouvrages de Lapis entre
autres une Cène, une Nativité et un Saint André
d'Avellino dans la cathédrale, et des Madones
aux églises de Saint-François, Saint- Pierre et
Saint-Nicolas. Ces peintures montrent, par la
correction du dessin, que Lapis avait fait une
sérieuse étude des chefs-d'œuvre de l'iantiquité ;
malheureusement les figures manquent quel-
quefois de grâce. 11 n'en est pas ainsi du pla-
fond qu'il a peint à fresque à Rome dans le pa-
lais Borghèse ; il y a représenté la Naissance de
Vénus avec un talent qui lui eût assuré un
rang distingué parmi ses contemporains si sa
timidité excessive lui eût permis de lutter avec
des rivaux audacieux et intrigants. E. B— n.
Lanzi, Storia Pittorica. — Ticozzi, Dizionario. —
Gualandi, Memorie original* di Belle Jrti. — Gainbini,
Guida di Perugia,
LAPISE ( Joseph DE ) , seigneur de Mao-
coiT, etc., historien français, né à Orange, vers
1589, mort le 8 mai 1648. Il fut notaire, garde
des archives , secrétaire du prince et greffier
en la cour du parlement de cette ville. Profi-
tant des matériaux laissés par son père ( Jac-
ques), qui avait rempli les même fonctions que
lui, il publia : Tableau de l'Histoire des Prin-
ces et principauté d'Orange, divisé en quatre
parties selon les quatre races qui y ont régné
529
LAPISE — LAPLACE
530
depuis Van 793, etc. ; La Haye, 1640, in-fol. ;
orné de cinq blasons des maisons d'Orange, de
Baux, de Châlons et de Nassau , d'une carte de
la principauté et du Venaissin; de gravures
représentant les antiquités les plus remarquables
d'Orange; des quatre tableaux généalogiques
des princes de ce pays et des portraits de René
de Cliâlons, de Guillaume IX de Nassau et de
Frédéric-Henri. Cet ouvrage , que déparent de
fastidieuses digressions, est recherché à cause
de sa rareté : il contient les dessins les plus
nombreux de l'arc de triomphe d'Orange. On
trouve à la Bibliothèque d'Orange un manuscrit
intitulé : Décade de Lapise contenant l'His-
toire d'Orange de 1030 à 1640.
G. DE F.
Millln, foyage dans les Départements du midi de la
France, t. III. p. 147. — Histoire de la Fille d'Orange,
par A. -P. de Gasparin.— Barjavel, Dictionn. des hommes
remarquables du dép. de Faticluse.
LAPISSB ( Pierre-Belon ), baron de Sainte-
Hélène , général français , né le 25 novembre
1762, à Lyon, mort le 30 juillet 1810. D'abord
soldat dans le régiment d'Armagnac, il fit de
1780 à 1783 les campagnes d'Amérique; sous
la république, il servit en Corse et en Italie,
et prit à l'armée du Danube le commandement
de la 36e demi-brigade. A la bataille de Zurich,
il fut chargé d'effectuer le passage de la Linth, et
porta le désordre dans les rangs des Russes
par un feu de mousqueterie des mieux nourris ;
ce fait d'armes lui valut sa promotion au rang
de général ( 27 vendémiaire an vui ). 11 eut en-
icore l'occasion de déployer ses talents au com-
ibat de Castel-Franco, où il eut un cheval tué
sous lui en enlevant les positions de l'ennemi-
Appelé à faire partie de la grande armée, il fit
la guerre de Prusse, fut élevé au rang de gé-
néral de division (30 décembre 1806), servit
l'année suivante en Pologne, passa en Espagne,
et obtint en 1808 le titre de baron avec l'autori-
sation d'ajouter à son nom celui de Sainte-Hé-
lène; cette distinction lui fut accordée pour la
bravoure dont il fit preuve au siège de Madrid.
Le 28 juillet 1810, après avoir combattu avec
la plus héroïque abnégation à Talavera, il fut
blessé mortellement, et expira le surlendemain.
Napoléon ordonna que sa statue serait placée
sur le pont de la Concorde: Son nom figure sur
l'arc de triomphe de l'Étoile. K.
Victoires et Conquêtes des Français. — Fastes de la
Lèg. d'Honneur.
Là PLACE (Jo5î<^ de), en latin Placsnis,
célèbre théologien protestant, né vers 1605,
dans la Bretagne; et mort à Saumur, le 17 août
1665. Sa famille comptait de nombreux minis-
tres de l'Évangile. Après avoir terminé ses
études à Saumur, il y enseigna la philosophie.
En 1625 il fut nommé pasteur de l'église de Nan-
tes. Il quitta ce poste en 1633 pour retourner à
Saumur, où il fut appelé à une chaire de théo-
logie. L. Cappd et Moïse Amyraut furent nom-
més en même temps que lui professeurs à cette
école, et ces trois hommes distingués, se parta-
geant le champ de la théologie , essayèrent d'y
introduire un esprit nouveau, plus en harmonie
avec les exigences de l'époque et de la rai-
son. La Place , attaquant le dogme* calviniste
de l'imputation du péché d'Adam à toute sa
postérité, chercha à montrer qu'il est contraire
à la bonté de Dieu et incompatible avec sa jus-
tice. Le péché originel selon lui n'est imputé
aux hommes que d'une manière indirecte, et
chacun n'est responsable devant Dieu que de
son péché personnel. L'orthodoxie calviniste se
souleva en masse contre cette nouvelle théorie.
Sur la proposition de Garissoles, le synode na-
tional réuni à Charenton, en 1644, la condamna,
sans désigner cependant nominativement son
auteur. Les écoles de Sedan, de Genève, de la
Hollande la repoussèrent comme une liérésie
et une impiété. Mais, d'un autre côté , elle eut
pour elle tous les esprits modérés. Un grand
nombre de synodes provinciaux trouvèrent que
les membres du synode national de Charenton
avaient mis un trop grand empressement à
condamner une doctrine qu'on n'avait pas eu
encore le temps de bien étudier ni de discuter,
et ils refusèrent positivement de recevoir leur
sentence jusqu'à ce qu'un nouveau synode na-
tional eût prononcé. Cependant La Place, par
amour pour la paix , garda le silence , quoique
harcelé sans relâche par Desmarets, Rivet et
d'autres théologiens orthodoxes. 11 ne se décida à
répondre qu'après avoir attendu pendant dix ans
la convocation du synode qui devait trancher la
question. On a de La Place : Discours en forme
de dialogue entre un père et son fils sur la
question : Si on peut faire son salut en al-
lant à la messe, pour éviter la persécution ?
Quevilly, 1629, in-8", plusieurs éditions ; réim-
primé aussi sous ce titre : Entretiens d'un
père et de son fils sur le changement de re-
ligion; Saumur, 1682, in-12; trad. allemande
peu fidèle, Bâle, 1665, in-8°; — Examen des
Raisons pour et contre le sacrifice de la Messe;
Saumur, 1639, in-8°; — Suite de l'Examen des
Raisons pour et contre le sacrifice de la messe;
Saumur, 1643, in-8°; — Delocis Zacliarix XI,
13, Xir, 10, Malachia III, 1 ; Saumur, 1650,
in-4''; — Eooposition et Paraphrase du Can-
tique des Cantiques; Saumur, 1656, in-8°; à la
fin du volume se trouvent un Traité sur l'In-
vocation des Saints et une Dissertation sur
la Défense faite par la loi mosaïque de man-
ger du sang ; — Explication typique de l'his-
toire de Joseph , composée par La Place en
latin, traduite et publiée en français par Rosel,
pasteur de Tours; Saumur, 1658, in-8°; — De
argumentis quibus efjlcitur Christum prius
fuisse quam in utero beatx Virginis secun-
dum carnem conciperetur ; Saumur, 1649,
in-4° ; — De Testimoniis et Argumentis ex
Veteri Testamento pctitis, quibus probatur
DovUmtm nosirtan Jestim- Christum esse
&31 LAPLACE
Deum, prxditiim essentia divina ; Saumur
1651, in-4"; — Disputât ionum pro divina Do-
7mni nostri Jesu-Chrsti essentia, Pars tertia;
Saumur, 1657, in-4°. Les deux ouvrages précé-
dents forment les deux premières parties; le tout
est dirigé contre les sociniens. A ces trois écrits
il faut joindre Catechesis pro conversione Ju-
dœorurn ; Saumur, in-4° ; — Thèses Theologicx
de statu hominis lapsi unie gratiain; Sau-
mur, 1640, in-4"; publié aussi dans \e Syn-
iagma Thesium Salmuriensium, Pars prima,
page 205 et suiv. C'est dans cet écrit qu'est
présentée la doctrine condamnée à Charenton
en 1644; — De Imputaiione primi peccati
Adami; Saumur, 1655, in-4°. On cite une édi-
tion de 1661 ; nous ne l'avons jamais vue. Cet
ouvrage est une défense de sa théorie de l'im-
putation contre les nombreuses attaques dont
elle avait été l'objet; — Opuscula nommlla;
Saumur, 1656, iu-8" ; — Sijntagma Thesiian
theologicarum in academia Salmuriensi va-
riis temporibus disputatarum sub prœsidio
L. Capelli, Mosis Amyraldi et Jos. Placxi ;
Saumur, 1660,3 part, in-4'', et une 4*^ partie,
1664. Ce recueil contient, outre le traité De
statu hominis lapsi ante gratiam, plusieurs
dissertations de Josué de La Place ; — Opei-a
omnia; Franeker, 1699 et 1703, 2 vol. in-4''.
Cette collection comprend tous ses écrits; ceux
qu'il avait publiés en français s'y trouvent tra-
duits en latin. Michel Nicolas.
Mosheiin, Histoire Ecclésiastique, édit. de MacstFicht,
tom. V, p. 334 et 446. — Ayinon, Synodes nation., t. Il,
pag. 680 et 750. — MM. Haag , La France Protestante.
— Revue de théologie par T. Colani, 1833, octobre. —
Bartholmess, Discours sur la vie et le caractère de
J. de La Place, dans le Bulletin de la Société de VHis-
toire du Protestantisme français, 185$.
53 ri
LAPLACE (Pierre-Simon marquis de) , cé-
lèbre géomètre, astronome et physicien français,
naquit le 23 mars 1749, d'une famille de pauvres
cultivateurs de Beaumont-en-Auge, village de
basse Normandie , appartenant aujourd'hui au
département du Calvados , et mourut le 5 mars
1827. On ignore comment il fit ses premières étu-
des, car plus tard Laplace, parvenu aux honneurs,
eut la faiblesse de vouloir cacher l'humilité de
son origine. On sait cependant qu'il se distingua
de bonne heure et que sa prodigieuse mémoire
lui fut d'un puissant secours. Il suivit comme
externe les cours de l'École militaire de Beau-
mont, puis il devint professeur provisoire à
cette école. Mais il sentit bientôt l'impérieux
désir d'aller à Paris. Précédé de recommanda-
tions nombreuses, il se présente chez D'Alem-
bert ; il n'est pas reçu par l'illustre encyclopé-
diste. Il lui adresse alors une lettre remarquable
sur les principes généraux de la mécanique. Le
jour même, D'Alembert fit appeler Laplace, et
lui dit : « Monsieur, vous voyez que je fais
assez pau de cas des recommandations ; vous
n'en aviez pas besoin. Vous vous êtes fait mieux
connaître ; cela me suffit : mon appui vous est
da. » Peu de jours après, Laplace était, grâ(
à son protecteur, nommé professeur de malin
matiques à l'École militaire de Paris. « Dès c i
moment, dit Fourier, livré sans partage à I {
science qu'il avait choisie, Laplace donna à toi i
ses travaux une direction fixe, dont il ne s'e: i
jamais écarté ; car la constance imperturbabi f|
des vues a toujours été te trait principal de so ■!
génie. Il touchait déjà aux limites connues d «
l'analyse mathématique ; il possédait ce que ceti
science avait de plus ingénieux et de plus puis
sant, et personne n'était plus capable que li
d'en agrandir le domaine. Il avait résolu un
question capitale de l'astronomie théorique (t,
et forma le projet de consacrer ses effoits
cette science sublime, qu'il était destiné à pei
fectionner, et pouvait l'embrasser dans tout
son étendue. Il médita profondément son glo
rieux dessein; il a passé toute sa vie à l'accom
plir avec une persévérance dont l'histoire de
sciences n'offre peut-être aucun autre exemple
L'immensité du sujet flattait le juste orgueil d
son génie. Il entreprit de composer YAlmagest
de son siècle : c'est le monument qu'il nous .
laissé sous le nom de Mécanique céleste; e
sou ouvrage immortel l'emporte sur celui d.
Ptolémée autant que la science analytique de
modernes surpasse les éléments d'Euclide. :
Laplace et Lagrange ont souvent été mis en pa-
rallèle. « 11 y avait, dit Poisson, entre leurs gé
nies une différence qui aura été remarquée pai
tous ceux qui ont étudié leurs ouvrages, que c«
fût la libration de la lune ou un problème sui
les nombres; Lagrange semblait le plus souveni
ne voir dans les questions qu'il traitait que les
mathématiques dont elles étaient l'occasion , ei
de là vient le haut prix qu'il mettait à l'élégance
des formules et à la généralité des méthodes ,
pour Laplace, au contraire, l'analyse mathéma-
tique était un instrument qu'il pliait aux appli-
cations les plus variées , mais toujours en sub-
ordonnant la méthode spéciale au fond même
de chaque question. Peut-être la postérité ju-
gera-t-elle que l'un fut un grand géomètre, dL
l'autre un grand philosophe, qui cherchait
connaître la nature en y faisant servir la plus
haute géométrie. » Cette philosophie, dans tous
les cas, n'était pas pratique. L'appréciation sui-
vante de Fourier nous paraît être plus juste :
« Lagrange n'était pas moins philosophe que
grand géomètre. Il l'a prouvé, dans tout le
cours de sa vie, par la modération de ses dé-
sirs, son attachement immuable aux intérêts gé-
néraux de l'humanité, par la noble simplicité de
ses mœurs et l'élévation du caractère, enfin par
(1) Dans son Mémoire sur les solutions particulières
des équations différentielles et sur les inégalités sécu-
laires des planètes {Mémoires de l'académie des
Sciences, 1772 ), Laplace démontre que, bien que les
distanecs moyennes des planètes au Soleil pendant un
nombre de révolutions successives varient, la moyenne
des moyennes est invariable.
.33
1 justesse et la profondeur de ses tiavaux
cientifiques. >> Ces quelques lignes, empruntées
; 1 l'éloge de Laplace , ne renferment-elles pas ,
lans la stricte mesure de ce qu'autorise l'éloge
cadéniique, une critique sévère de sa vie poli-
I ique? Et puisqu'il nous faut absolument en dire
' i|uclques mots , liàtons-nous de le faire pour
l'avoir plus à nous occuper que des travaux du
, .avant (1).
b I Laplace avait à peine vingt-quatre ans lors-
Iju'il entra à l'Académie des Sciences , comme
nombre adjoint. Peu d'années après, il succé-
lait à Bezout dans les fonctions d'examinateur
les élèves du corps royal d'artillerie et en
785 il devenait membre titulaire de l'Aca-
liiémie, en remplacement de Leroy. En 18CU la
I Société royale de Turin, celle de Copenhague,
'Académie des Sciences de Gœttingue se l'as-
-ocient ; en 1802, celle de Milan; en 1808,celle
le Berlin ; en 1809, la première classe de l'Ins-
itut de Hollande; et en 1816, l'Académie Fran-
çaise l'appelle dans son sein. Ce n'est certes
las nous qui le blâmerons d'avoir été comblé
riionneurs de ce genre, qui lui étaient dûs et
I qu'il eut d'ailleurs plutôt à accepter qu'à re-
I chercher. S'il est nommé professeur d'analyse
aux Écoles normales en 1794, s'il devient en-
suite membre , puis président du Bureau des
Longitudes, si, en 1816, Louis XVIII lui confie
a présidence de la commission pour la réorgani-
sation de l'École Polytechnique, nul n'est plus
ligne de tous ces titres , et nous ne voyons
lans ces distinctions, amplement méritées, qu'une
iaihle récompense pour tant de services rendus
a la science. iMais sur le terrain politique l'il-
lustre géomètre, entraîné par une inquiète am-
bition, nous montre le déplorable exemple d'une
versatilité dont aurait dû le préserver l'élévation
de son esprit. Il n'eut pas l'attitude de convenance
■et de réserve que surent garder d'autres person-
'nages, amenés, comme lui, par les vicissitudes
politiques, à occuper des fonctions publiques sous
des régimes opposés. Républicain avec Lacépède,
il devient, après le 18 brumaire, ministre du pre-
mier consul, son ancien collègue de l'Institut : le
portefeuille de l'intérieur demandait, en ces temps
diflldles, un plus habile administrateur; au
bout de six semaines, Laplace est remplacé par
Lucien Bonaparte, et son court passage aux af-
faires ne lui attire qu'une appréciation sarcas-
tique de Napoléon (2). Sénateur ensuite, puis
(1) n Nous avons séparé, dit plus loin Fourier, l'im-
mortel auteur de la Mécanique céleste de tous les faits
I accidentels qui n'intéressent ni sa gloire ni son génie.
î En effet, qu'importe à la postérité, qui aura tant d'autres
! détails à oublier, d'apprendre ou non que Laplacfl fut
quelques instants ministre d'un grand État? Ce qui im-
porte, ce sont les vérités éternelles qu'il a découvertes;
: ce sont les lois immuables de la stabilité du monde , et
I non le rang qu'il occupa quelques années dans le sénat
appelé conservateur. »
(2) « Géomètre du premier rang, Laplace ne tarda pas à
se montrer administrateur plus que médiocre; dès son
premier travail, nous reconnûmes que nous nous étioas
LAPLACE 534
chancelier du sénat, il nous offre le singulier
spectacle d'un astronome présentant un raiiport
pour le rétablissement du calendrier grégorien.
Plus tard enfin, devenu grand-officier de la Lé-
gion d'Honneur, grand-officier de l'ordre de la
Réunion , comte de l'empire, il signe l'acte de
déchéance, et, marquis delà restauration, il va
siéger à la chambre des pairs, où le poursuit l'i-
ronie vengeresse de P.-L. Courrier. Cette sou-
plesse , comme l'appelle bénévolement un de
ses biographes , se retrouve dans ses écrits.
Ainsi la première édition de V Exposition du
Système du Monde, dédiée au Conseil des
Cinq Cents, se termine par ces mots : « Le plus
grand bienfait des sciences astronomiques est
d'avoir dissipé les erreurs nées de l'ignorance
de nos vrais rapports avec la nature, erreurs
d'autant plus funestes que l'ordre social doit re-
poser uniquement sur ces rapports. Vérité,
justice, voilà ses bases immuables. Loin de
nous la dangereuse maxime qu'il peut être quel-
quefois utile de tromper ou d'asservir les hom-
mes pour mieux assurer leur bonheur ! De fa-
tales expériences ont prouvé dans tous les
temps que ces lois sacrées ne sont jamais impu-
nément enfreintes. » Mais en 1824 le marquis
de Laplace supprime cette péroraison, et finit
ainsi son livre : « Conservons avec soin, aug-
mentons le dépôt de ces hautes connaissances,
le délice des êtres pensants. Elles ont rendu
d'importants services à la navigation et à la géo-
graphie ; mais leur plus grand bienfait est d'avoir
dissipé les craintes produites par les phéno-
mènes célestes et détruit les erreurs nées de l'i-
gnorance de nos vrais rapports avec la nature,
erreurs et craintes qui reparaîtraient bientôt si
le llambeaii des sciences venait à s'éteindre. »
L'ambition qui égara Laplace ne lui fit cependant
jamais déserter le culte de la science. Pendant
plus d'un demi-siècle, ce fécond génie fit pa-
raître une série non interrompue de travaux sur
les questions les plus ardues , sur les théories
les plus abstraites. Retiré dans sa maison d'Ar-
cueil, dont les jardins touchaient à ceux de
Berthollet, il existait entre lui et l'illustre chi-
miste une communauté d'idées que décèle la
lecture comparative de l'Exposition du Sys-
tème du monde et de la Statique chi-
mique.
Laplace mourut le .5 mars 1827, après une
courte maladie. On rapporte qu'à ses derniers
in.stants, quelqu'un lui rappelant ses plus écla-
tantes découvertes , il répondit : « Ce que nous
connaissons est peu de chose; ce que nous igno-
rons est immense. » On a remarqué que Laplace
trompés. Laplace ne saisissait aucune question sous son
véritable point de vue; il cherchait des subtilités par-
tout, n'avait que des idées problématiques, et portait
enfin l'esprit ûe&infiniment petits dans l'administration.»
Telles sont les paroles mises dans la bouche de Na-
poléon par le rédacteur des Mémoires de Sainte-Hé-
lène.
535
LAPLACE
&m
est mort, à quelques jours près, un siècle juste
après Newton (1), dont il a terminé l'édifice
scientifique.
11 est difficile de classer systématiquement les
travaux de Laplace : souvent un mémoire appar-
tient à la fois au\ mathématiques pures, à l'as-
tronomie et à la physique. C'est pourquoi nous
donnons ici la liste de ses travaux dans l'ordre
de leur publication : Mémoire sur les Solutions
particulières des Équations différentielles et
sur les Inégalités séculaires des Planètes
(inséré dans les Mémoires de V Académie des
Sciences, année 1772 ) (2) ; — Recherches sur le
Calcul intégral et sur le Système du Monde
( Mém. de l'Acad. des Se, 1772); — Recher- '•
ches sur le Calcul intégral aux différences
partielles (Mém. deVAcad. des Se, 1773); —
Mémoire sur les Suites récurro-récurrentes
et sur leurs usages dans la Théorie des Ha-
sards ( Recueil des Savants étrangers, t. VI,
1774); — Sur la Probabilité des Causes par
les Événements ( Rec. des Sav. étr., t. VI,
1774); _ Recherches sur plusieurs points du
Système du Monde ( Mém. de UAcad. des Se,
deux parties, publiées en 1775 et 1776 ); — Re-
cherches sur l'iniégration des Equations dif-
férentielles aux différences finies, et sur leur
usage dans la Théorie des Hasards, sur le
principe de la Gravitation universelle et sur
les Inégalités séculaires des Planètes qui en
dépendent {Rec. des Sav. étr., t. VII, 1776);
— Sïir Vlncliiiaison moyenne des Orbites
des Comètes, sur la Figure de la Terre, et
sur les fonctions ( Rec. des Sav. étr., t. VII,
1776); — Sur les Usages du Calcul aux dif-
férences partielles dans la théorie des Suites
(Mém. de l'Acad. des Se, 1777); — Sur la
Précession des Équinoxes (Mém. de VAcad.
des Se, 1777 ) ; — Sur l'Intégration des Équa-
tions différentielles par approximation
( Mém. de l'Acad. des Se, 1777 ); — Sur les
Probabilités (Mém. de VAcad. des Se, t778);
— Sur les Suites (Mém. de l'Acad. des Se,
1779); — Sur la Détermination des Or-
bites des Comètes ( Mém. de l'Acad. des Se,
1780 ) ; — Sur la Chaleur (Mém. de l'Acad.
des Se, 1780), en collaboration avec Lavoisier;
— Sur l'Électricité qu'absorbent les corps qui
se réduisent en vapeurs ( Mém. de l'Acad. des
Se, 1781 ), avec Lavoisier; — Sur les Approxi-
mations des Formules qui sont fonctions de
très-grands nombres ( Mém. de l'Acad. des
Se; deux mémoires publiés en 1782 et 1783);
— Théorie des Attractions des Sphéroïdes, et
de la Figure des Planètes (Mém. de l'Acad.
des Se, 1782); — Sur la Figure de la
Terre (Mém. de VAcad. des Se, 1783); —
Essai pour connaître la Population du
(1 ) Mort le 20 mars 1727.
(2) Plusieurs de ces mémoires ont été réimprimés dans
différents recueil», notamment dans la Connainance des
Temps,
royaume et le nombre des habitants de li\
campagne (Mém. de VAcad. des Se, année i
1783 à 1788 ), avec Du Séjour et Condorcet;-;
Sur les Inégalités séculaires des Planètes e
de leurs Satellites ( Mém. de l'Acad. des Se
1784); — Théorie du Mouvement et de h
Figure elliptique des Planètes; Paris, 1794
in-4°, imprimé à deux cents exemplaires au?
frais de Saron; — Sur les Naissances, la
Mariages et les Morts à Paris, depuis 177;
jusqu'à 1784 (Mé7n. de VAcad. des Se, 1785)
— Théorie de Jupiter et de Saturne (Mém
de VAcad. des Se, 2 parties, 1785 et 1786);-
Sur VÉquation séculaire de la Lune ( Mém
de VAcad. des Se, 1786 ); — Sur la Théorù
de VAnneau de Saturne ( Mém. de VAcad
des Se, 1787); — Sur les Variations sécw
laires des Orbites des Planètes ( Mém. d\
VAcad. des Se, 1787); — Théorie des Satel
lices de Jupiter (Mém. de VAcad. des Se.
2 parties, 1789); — Sur le Flux et le Reflux
de la Mer (Mém. de VAcad. des Se, 1790)
— Leçons d'Analyse ( Séances des École,
normales, t. VI, 1795); — Exposition
du système dic monde; Paris, 2 vol. in 8"
1796; 4^ édition, 1813, in-4° ou 2 vol. in-S"
5^ édition, revue et augmentée, 1824, in-4" ou
2 vol. in-8°; 6' édition, précédée de l'éloge de
l'auteur par le baron Fourier, 1835, in-4" ou
2 vol. in-8'*); — Mémoire sur la Détermina
tion d'un Plan qui reste toujours parallèle à
lui-même dans le mouvement d'un système
de corps agissant d'une manière quelconque
les uns sur les autres, et libres de toute ac-
tion étrangère (Journal de V École Polytech-
nique , t. II, 1798); —Sur la Mécanique
(Journ. de VÉe Polyt.,\. II, 1798 ).; —Sur le
Mouvement des Corps célestes autour de leur
centre de gravité {Mémoires de V Institut,
section des sciences mathématiques et phy-
siques, 1. 1, 1798); — Sur les Équations sécu-
laires du Mouvement de la.Lune, de son Apogée
et de ses Nœuds (Mém. de Vlnst.,t.U, 1799);
— les deux premiers volumes du Traité de la Mé-
canique céleste, renfermant les cinq premiers
livres; Paris, 1799, in-4"; réimprimés en 1829
et 1830; — Sur le Mouvement des Orbites
des Satellites de Saturne et d'Uranus (Mém.
de Vinst., t. III, 1801 );— Sur la Théorie de
la Lune {Mém. de VInst., t. III, 1801); — le
3' volume de Xa Mécanique céleste, renfermant
les livres VI et VII (1802); le 4« volume du même
ouvrage , renfermant les livres VIII, IX et X
( 1805) ; — Sur divers points d'analyse (Journ.
de VÉePolyt., t. VIII, 1809); — Sur le
Mouvement de la Lumière dans les milieux
diaphanes (Mém. de VInst., 1809; Recueil
de la Société d'Arcueil, même année); —
Sur les Approximations des Formules qui
sont fonctions de très-grands nombres, et sur
leur application aux Probabilités (Mém, de
Vins t., 1809) ; — Théorie analytique des pro'
37 LAPI
alnlités; Paris, 1812, in-4°; 3* édition, 1820,
1-4°, avec 4 suppléments ; — Essai philoso-
hig lie sur les Probabilités ; Paris, 1814, iii-4°;
-, 3% 4% 5*= éditions, 1814, 1816, 1819,1825,
Mes in-8° ; — second Mémoire sur la Figure
e la Terre ( Méjyi. de Vlnst., 1817); — Ad-
itions à ce second mémoire ( Mémoire de
Inst., 1818); — second Mémoire sur le Flux
t le Reflux de la Mer ( Mém. de PInst.
818 ); — Mémoire sur le déveîoppement vrai
e V anomalie du rayon vecteur elliptique en
éries ordonnées suivant les puissances de
'excentricité {Mém. de Vlnst., 1S23); les
vres XI et Xll de la Mécanique céleste (1823) ;
^■s livres XTI[, XIV et XV (1824); le XVP et
ernier, terminant le V* volume de la Méca-
•iquc céleste (1825); — Sur les Oscilla-
ions de r Atmosphère ( Connaissance des
emps ) (1).
En 1842 il était devenu presque impossible
e se procurer les plus importants de ces ou-
frages. Pour les rééditer, M"* de Laplace se
isposait à vendre un petit domaine qu'elle pos-
édait près de Pont-l'Évôque, non loin des lieux
|ui avalent vu naître son mari , lorsque les
liambres rendirent un juste hommage à la mé-
noire de l'illustre géomètre en votant une somme
le 40,000 francs pour la réimpression de ses
euvres (2). Védition du gouvernement est
ornposée de 7 volumes in-4°. Les cinq premiers
ont consacrés à la Mécanique céleste; le
;i\ième renferme V Exposition du Système du
Monde , et le septième la Théorie analytique
les Probabilités. Ces ouvrages résument en ef-
et les travaux les plus importants de Laplace ,
't c'est leur analyse que nous allons essayer de
)résenter.
LaA/(^canï(7î/ecé;es^e,nousravonsdéjà dit, est
divisée en seize livres, auxquels il faut ajouter
quatre suppléments. Voici la disposition de ce
traité : I""^ Partie, Livre I : Des Lois générales
de l'équilibre et, du Mouvement ; — Livre II : De
la Loi de la Pesanteur universelle, et du Mou-
vement des Centres de gravité des Corps cé-
lestes;— Livre TIl : De la Figure des Corps cé-
lestes; — Livre IV : Des Oscillations de la mer
et de l'Atmosphère ; — Livre V : Des Mouve-
ments des Corps célestes autour de leurs pro-
pres centres de gravité;— II" Pautie, Livre VI :
Théorie des Mouvements planétaires; —
Livre VIT: Théorie de la Lune; — 1" Supplé-
ment : Sur les deux grandes Inégalités de Jic-
piler et de Saturne ; — LiyTe\lll : Théorie des
Satellites de Jupiter, de Saturne et d'Ura-
nus ; — Livre IX : Théorie des Comètes ; —
(1) Il existe plusieurs traductions désœuvrés de Laplace
en diverses langues. L'une des plus estimées est la ver-
sion anglaise de la Mécanique céleste par Bowdilch.
(2) M""" de Laplace a fondé une rente perpétuelle, dont
l'Académie des Sciences dispose, pour donner chaque année
au premier élève sortant de l'École Polytechnique la
collection des œuvres de Laplace.
ACE
538
Livre X : Sur divers points relatifs au Sys-
tème du Monde (1) -, — 2* et 3* Suppléments,
formant la Théorie de l'action capillaire ; —
Livre XI : De la Figure et de la Rotation de la
Terre; — Livre XII : De l'Attraction et de la Ré-
pulsion des Sphères, et des Lois de l'Équilibre
et du Mouvement des Fluides élastiques ; —
Livre XIII : Des Oscillations des fluides qui re-
couvrent les Planètes ; — Livre XIV : Des Mou-
vements des Corps célestes autour de leur
centre de gravité; — Livre XV : Du Mouve-
ment des Planètes et desComètes ; — Livre XVI:
Du Mouvement des Satellites ; — 4^ Supplé-
ment :Swr ZeDéyeioppemeHi en série du Ra-
dical qui exprime la distance mutuelle de
deux planètes.
Dans les deux premiers volumes de la Méca-
nique céleste, Laplace commence par don-
ner les principes généraux de l'équilibre et du
mouvement de la matière. Leur application
aux mouvements célestes le conduit sans hypo-
thèse, et par une série de raisonnements géo-
métriques, à la loi de la gravitation universelle,
dont la pesanteur n'est qu'un cas particulier. En
considérant ensuite un système de corps soumis
à cette grande loi de la nature, Laplace pai-vient,
au moyen d'une analyse singulière, aux expres-
sions générales de leurs mouvements, de leurs
figures et des oscillations des fluides qui les re-
couvrent , expressions d'où il fait découler tous
les phénomènes observés du flux et du reflux de
la mer, de la variation des degrés et de la pesan-
teur à la surface terrestre, de la précession des
équinoxes, de la libration de la Lune, de la figure
et de la rotation des anneaux de Saturne , et
de leur permanence dans le plan de son équa-
teur. 11 en déduit les principales inégalités des
planètes , et spécialement celles de Jupiter et de
Saturne , dont la période embrasse plus de neuf
cents années , « et qui, n'offrant aux observa-
teurs que des anomalies dont ils ignoraient les
lois et la cause, ont paru longtemps faire exception
à la théorie de la pesanteur : plus approfondie,
elle les a fait connaître, et maintenant ces inéga-
lités en sont une des preuves les plus frappantes « .
Laplace développe donc les variations des élé-
ments du système planétaire, qui ne se rétablis-
sent qu'après un très-grand nombre de siècles.
Au milieu de tous ces changements , il reconnaît
(1) Ce X» livre renferme le» neuf chapitres suivants :
I. Des Réfractions astronomiques. — II. Des Itéfrac-
tions terrestres. — III. De l'Extinction de la Lumière des
astres dans l'atmosphère , et de V Atmosphère du Soleil.
— IV. De la Mesure des hauteurs par le baromètre. —
V. De la Chute des corps qui tombent d'une grande hau-
teur. — VI. Sur quelques cas où l'on peut riçioureuse-
ment obtenir le mouvement d'un système de corps qui
s'attirent. — VII. Siir les altérations que le mouvement
des Planètes et des Comètes peut éprouver par la résis-
tance des milieux qu'elles traversent, et par la ti-ans-
mission successive de la pesanteur. — WWl. Supplément
aux Théories de Jupiter, de Saturne et de la Lune. —
IX. Sur les Masses des planètes et des satellites. Sur
les Tables astronomiques.
539
LAPLACE
540
la constance des moyens mouvements et des
distances moyennes des corps de ce système
<c que la nature semble avoir disposé primiti-
vement pour une éternelle durée, parles mêmes
vues qu'elle nous paraît suivre si admirablement
sur la terre, pour la conservation des individus
et la perpétuité des espèces. Par cela seul que
ces mouvements sont dirigés dans le même sens
et dans des plans peu différents, les orbes des
planètes et des satellites doivent toujours être à
peu près circulaires et peu inclinés les uns aux
autres. Ainsi, la variation de l'obliquité de l'é-
cliptique à l'équateur, renfermée constamment
dans d'étroites limites , ne produira jamais un
printemps perpétuel sur la Terre. » Laplace
prouve que l'attraction du spliéroïde terrestre,
ramenant sans cesse vers son centre l'hémi-
sphère que la Lune nous présente, transporte au
mouvement de rotation de ce satellite les grandes
variations séculaires de son mouvement de ré-
Tolution , et dérobe pour toujours l'autre hémi-
sphère à nos regards. Enfin, il démontre sni- les
trois premiers satellites de Jupiter deux théo-
rèmes remarquables , connus aujourd'hui sous
le nom de lois de Laplace : 1° Le moyen mou-
vement du premier satellite, plus deux fois
celui du troisième, est rigoureusement égal
à trois fois celui du second; 2° La longitude
moyenne du premier, vu du.centre de Jupi-
ter, moins trois fois celle du second, plus
deux fois celle du troisième, est exactement
et constamment égale à 180°. De ce second
théorème , il résulte que les trois premiers satel-
lites de Jupiter ne peuvent jamais être à la fois
éclipsés.
La seconde partie de la Mécanique céleste
est spécialement consacrée à la perfection des
tables astronomiques. Laplace y considère par-
ticulièrement les perturbations du mouvement
des planètes et des comètes autour du Soleil, de
la Lune autour de la Terre, et des satellites au-
tour des planètes qu'ils accompagnent. Jamais
problème plus complexe n'avait été soumis à
une analyse victorieuse. Newton lui-même, après
avoir énuméré les forces si raullipliées qui de-
vaient résulter des actions mutuelles des planètes
et des satellites de notre système solaire , s'é-
tait arrêté comme saisi de vertige en présence de
ce dédale où il fallait démêler des variations con-
tinuelles de vitesse, de forme, de distance, d'in-
clinaison. Cette extrême complication avait amené
Newton à supposer que le système planétaire ne
renfermait pas en lui-même des éléments de con-
servation indéfinie ; et il croyait que l'interven-
tion périodique d'une main puissante était né-
cessaire au maintien de l'ordre. Mais Laplace,
tout en établissant que les ellipses planétaires
sont perpétuellement variables , et que les plans
de ces courbes n'offrent pas plus de fixité , La-
place, disons-nous, reconnut que le grand axe
de chaque orbite reste constant , et conséquem-
ment la durée de la révolution de chaque pla-
nète , cette dernière quantité est celle qui aurait
dû principalement varier si les préoccupation?
de Newton eussent été fondées. « Si la pesan
teur universelle, dit Arago, suffit à la conserva-
tion du système solaire ; si elle le maintient dan?
un état moyen sans jamais lui permettre de s'er
écarter que de petites quantités ; si la variétc
n'entraîne pas le désordre; si le monde offre des
harmonies, des perfections dont Newton lui-
même doutait, cela dépend de circonstances quf
le calcul a dévoilées à Laplace, et qui, sur de
vagues aperçus, ne sembleraient pas devoii
exercer une si grande influence. A des planètes
se mouvant toutes dans le même sens, dam
des orbites d'une faible ellipticité , et dam
des plans peu inclinés les uns aiix autres
substituez des conditions différentes , et la sta
bilité du monde sera de nouveau mise en ques
tion, et , suivant toute probabilité , le chaos naî-
tra.... Quoique depuis le travail que nous venoni
de citer, l'invariabilité des grands axes des or
bites planétaires ait été démontrée d'une ma^
nière encore plus complète , et en poussant plu
loin les approximations analytiques (1), ellen'ei
reste pas moins une des admirables découvertei
de l'auteur de la Mécanique céleste. »
Cette découverte de Laplace ne permettailj
plus de considérer l'attraction newtoniennt,
comme une cause de désordre dans notre sys-
tème solaire. Mais on pouvait supposer qut
d'autres forces venaient se mêler à celle-là ei
produire les perturbations graduellement crois-
santes dont Newton s'était inquiété. Ces craintes
étaient justifiées par des faits positifs, notamment
l'accélération du mouvement moyen de la Lune
Halley avait, le premier, remarqué ce singulier
phénomène, en calculant une éclipse de lune
observée à Babylone , et rapportée par Ptoléméf
dans son Almageste. Cette éclipse, qui, ré-
duite au calendrier Julien, revient au 9 mars dt
l'an 720 avant l'ère vulgaire (c'est la plus an
cienne de toutes les observations connues ), com-,
mença, d'après l'astronome grec, plus d'un
heure après le lever de la Lune et fut totale. C'é
circonstances remarquables permettaient de fixl
à peu près le moment du milieu de l'éclipsé pnâ
Babylone ; le calcul de Halley, exécuté d'apr^
les meilleures tables, indiqua le commenceinerï
de l'éclipsé pour trois heures plus tôt : le moûr
vement de la Lune s'était donc accéléré depuis
cette époque. La même méthode appliquée à
deux autres éclipses du moyen âge , observées
au Caire par Ibn-Junis, le conduisit à la
même conséquence. Dunthorn parvint à un ré-
sultat identique en discutant un plus grand
nombre d'éclipsés (2), et il fit voir clairement
que la différence du calcul avec l'observation dé-
croît à mesure que l'on approche de son époque,
(1) On peut voir sur cet objet deux très-beaus mé-
moires de Lagrange et de Poisson.
(2) Transactions philosophiques, 1749 et 1760.
41
LAPLACE
542
iusi que cela devait avoir lieu dans Fiiypothèse
e Halley. Lalande et Meyer ajoutèrent une nou-
elle force à ces conclusions. Or, dire d'un astre
ue sa vitesse augmentait de siècle en siècle,
'était déclarer en termes équivalents qu'il se
approchait du centre du mouvement. La Lnne
evait donc, dans un temps plus ou moins éloi-
né, se précipiter sur la Terre. La cause de cette
ccélération inquiétante fut longtemps vainement
emandée aux géomètres : les uns l'attribuaient
la résistance de l'éther, d'autres aux perturba-
ons occasionnées par les comètes; ceux-ci pré-
iraient admettre une retardation dans le mou-
ement diurne de la Terre , retardation dont ils
liaient chercher l'origine dans l'action continuelle
es vents d'est contre les montagnes dirigées du
ord au sud. L'Académie des Sciences, espérant
iter quelque jour sur la question , proposa pour
rix de 1768, 1770, 1772 et 1774, la théorie de
i Lune. Euler et Lagrange entrèrent dans la
ce, et ils déclarèrent que l'équation séculaire
u mouvement de la Lune ne saurait être pro-
uite par les forces de l'attraction. D'Alembert et
ernoulli ne furent pas plus heureux dans leurs
ïntatives. Laplace échoua une première fois,
[ais le 19 décembi'e 1787 il annonça à l'Aca-
émie qu'il avait trouvé la cause du phénomène
ui l'occupait depuis tant d'années : «... Cepen-
aait , dit-il dans cette importante communica-
on, la correspondance des autres phénomènes
51estes avec la théorie de la pesanteur est si
arfaite et si satisfaisante, que l'on ne peut voir
ms regret l'équation séculaire de la Lune se
îfuser à cette théorie , et faire seule exception
une loi générale et simple, dont la découverte,
ar la grandeur et la variété des objets qu'elle
mbrasse, fait tant d'honneur à l'esprit humain.
:ette réflexion m'a déterminé à considérer de
ouveau ce phénomène; et, après quelques ten-
itives, je suis enfin parvenu à en découvrir la
ause. L'équation séculaire de la Lune est due à
action du Soleil sur ce satellite, combinée avec
i variation de l'excentricité de l'orbite terrestre,
four se former de cette cause la plus juste idée
!ue l'on puisse avoir sans le secours de l'analyse,
faut observer que l'action du Soleil lend à di-
linuer la pesanteur de la Lune vers la Terre ,
t par conséquent à dilater son orbite, ce qui
ntraine un ralentissement dans sa vitesse angu-
!iire. Quand le Soleil est au périgée , son action,
evenue plus puissante, agrandit l'orbite lunaire;
lais cette orbite se contracte lorsque le Soleil ,
tant vers son apogée, agit moins fortement
ur la Lune. De là naît dans le mouvement de ce
atellite l'équation annuelle, dont la loi est exac-
îment la même que celle de l'équation du centre
u Soleil, à la différence près du signe, en sorte
ue l'une de ces équations diminue quand l'autre
ugmente. L'action du Soleil sur la Lune varie
ncore par des nuances insensibles, relatives
ux altérations que l'orbite de la Terre éprouve
e la part des planètes. On sait que l'attraction
de ces corps change à la longue les éléments
de l'ellipse que la Terre décrit autour du Soleil.
Son grand axe est toujours le môme; mais son
excentricité , son inclinaison sur un plan fixe , la
position de ses nœuds et de son aphélie , varient
sans cesse ; or, la force moyenne du Soleil pour
dilater l'orbe de la Lune dépend du carré de
l'excentricité de l'orbite terrestre; elle augmente
et diminue avec cette excentricité : il doit donc
en résulter dans le mouvement de la Lune des
variations contraires, analogues à l'équation an-
nuelle, mais dont les périodes, incomparablement
plus longues , embrassent un grand nombre de
siècles. Maintenant que l'excentricité de l'orbite
terrestre diminue , ces inégalités accélèrent le
mouvement de la Lune; elles le ralentiront
quand cette excentricité, parvenue à son mini-
mum, cessera de diminuer pour commencera
croître. Les mouvements des nœuds et de l'apo-
gée d,e là Lune sont pareillement assujettis à des
équations séculaires d'un signe opposé à celui
de l'équation du moyen mouvement, et dont le
rapport avec elle est de 1 à 4 pour les nœuds,
et de 7 à 4 pour l'apogée. Quant aux variations
de la moyenne distance, elles sont insensibles,
et n'influent pas d'une demi-seconde sur la pa-
rallaxe de ce satellite ; il n'est donc point à
craindre qu'il se précipite un jour sur la Terre,
comme cela aurait lieu si son équation sécu-
laire était due à la résistance de l'éther, ou à la
transmission successive de la pesanteur (1) ».
« L'inégalité séculaire du mouvement de la Lune,
dit plus loin Laplace, est périodique, mais il lui
faut des millions d'années pour se rétablir.
L'excessive lenteur avec laquelle elle varie
l'aurait rendue imperceptible depuis les obser-
vations anciennes, si sa valeur en s'élevant à un
grand nombre de degrés ne produisait pas des^
différences considérables entre les mouvements
séculaires de la Lune observés à diverses épo-
ques. Les siècles suivants développeront la loi
de sa variation; on pourrait mêmedès à présent
(t) Laplace fait allusion à l'hypothèse qu'il avait émise
dans ses Recherches sm- l'intégration des équations dif-
férentielles aux différences finies, et sur leur vsarje
dans la théorie des hasards, sur le principe de la gra-
vitation universelle et sur les inégalités séc%ilai7-es des
planètes gui en dépendent. Reconnaissant que la résistance
de l'éther serait une cause Insuffisante pour produire
l'accélération ob.servée dans le mouvement moyen de la
Lune, il en cherche une antre explication, et il la trouve
dans une modification à faire à la loi de l'attraction new-
tonienne, qui consiste à admettre qu'elle n'agit pas éga-
lement sur un corps déjà en mouvement et sur un en re-
pos. U faut admettre que la pesanteur soit l'effet de l'action
d'un fluide ou d'une émanation corporelle quelconque,
agissant par des coups répétés ; un corps déjà mis en
mouvement par plusieurs de ces coups réitérés pourra
se dérober à l'action complète des autres. Il pourra
même se mouvoir avec une telle rapidité qu'il n'en éprou-
verait plus aucune action appréciable. Laplace remarque
que cette explication doit satisfaire ceux qui, admettant
qu'on n'a encore donné aucune explication satisfaisante
de la pesanteur, prétendent que ee n'est pas une raison
pour croire qu'il n'en est aucune.
543
LAPLACE
544
la connaître et devancer les observations si les |
masses des planètes étaient bien détermi- j
nées (1) .» En même temps que Laplace faisait
cette brillante découverte , il reconnaissait que
si l'action de la gravitation sur les astres n'est
pas instantanée , il faut supposer qu'elle se pro-
page au moins cent millions de fois plus vite
que la lumière, dont la vitesse est déjà si consi-
dérable (2). 11 concluait également de sa théorie
que le milieu dans lequel les astres se meuvent
n'oppose à leur cours qu'une résistance pour ainsi
dire insensible.
Les perturbations de la Lune ont fourni à
Laplace une riche moisson de vérités astrono-
miques. Ainsi il a pu en conclure que le mou-
vement de rotation de la Terre sur son axe est
invariable, ou, du moins, que la durée du jour
n'a point changé de la centième partie d'une
seconde depuis deux mille ans. Ainsi encore
les perturbations lunaires lui ont donné la me-
sure de notre distance au Soleil et de l'apla-
tissement de notre planète. Pour déterminer la
distance du Soleil à la Terre, Laplace partit
de cette considération , que certaines pei'tur-
bations de la Lune étaient intimement liées
à cette distance; que ces perturbations dimi-
nueraient si la distance augmentait , et récipro-
quement. Il sut dévoiler la relation mathématique
(1) « SI pour les usages astronomiques on réduit l'ex-
pression de l'équation circulaire de la Lune dans une
suite ordonnée par rapport aux puissances du temps, le
terme proportionnel au carré du temps représentera l'é-
quaUon séculaire que les astronomes emploient dans les
tables de la Lune , en supposant qu'ils l'aient bien déter-
minée par les observations. Pour comparer la théorie
avec leurs résultats, j'ai porté l'approximation jusqu'aux
cubes des temps, ce qui est nécessaire pour un aussi grand
Intervalle que celui qui sépare les observations modernes
(te celles des Chaldéens. Kn nommant» le nombre des
siècles écoulés depuis 1700, et en adoptant les masses des
planètes données par M. de La Grange dans sa Théorie des
inégalités séculaires (Mémoires de Berlin, année 1782),
à l'exception de la masse de Vénus, que J'ai déterminée
de manière à réduire à cinquante secondes la variation sé-
culaire de l'obliquité de l'écllptique, j'ai trouvé l'équa-
tion séculaire de la Lune égale à
11",135 i>-j-0",0439S »3,
i devant être supposé négatif pour l'es siècles antérieurs
à 1700. Cette formule peut, sans erreur sensible, s'étendre
aux observations les plus anciennes des éclipses, et à mille
ou dou/.e cents ans dans l'avenir. Il peut y avoir une se-
conde d'erreur dans le coefficient de «^, à cause de l'in-
certitude qui existe sur les masses de Vénus et de Mars.»
( Sur l'Équation séculaire de la Lune, dans la Connais-
sance des Temps pour l'année 1790.)
(î) Pour cela, il cberche l'équaUoD séculaire que peut
produire dans les mouvements planétaires la transmis-
sion successive de la gravité, en la supposant produite
par l'Impulsion d'un fluide : cette équation est d'autant
moindre que la vitesse du fluide pravifique est plus con-
sidérable. Si l'on voulait attribuer à cette cause l'équa-
tion séculaire de la Lune, Laplace fait voir qu'il f.iudrait
donner au fluide gravilique une vitesse sept naillions de
{oi« plus grande que celle de la lumière ; et comme il a
démontré précédemment que cette équation est due,
au moins presqu'en totalité, à la diinlnution de lexcen-
Iricllé de l'astre terrestrr, il s'ensuit que la transmission
successive de la gravite ne peut y contribuer que pour une
portion extrétuement petite; ce qui supposerait au fluide
grnvilique une vitesse au moins cent millions de fois plus
grande que celle de la lumière; en sorte qu'on peut re-
,jardcr sa transmission comme tout à fait instantanée.
dc'ces divers éléments, et, le problème une
fois mis en équation, il n'eut plus qu'à y substi-
tuer les valeurs numériques fournies par l'ob-
servation, il trouva de cette manière pour la
distance moyenne du Soleil à la Terre un ré-
sultat peu différent de celui qu'on avait déduit
de tant de voyages pénibles et dispendieux.
Quant à l'aplatissement de la Terre, Laplace
remarqua que la marche de la Lune étant soumise
à l'action de notre planète, et celle-ci ne devant
pas attirer comme une sphère parfaite, cette
marche devait porter l'empreinte de l'aplatisse-
ment terrestre. Il reconnut enfin deux perturba*
tions , nettes et caractéristiques, qui répondaienl
parfaitement à son attente. Traitant alors ce pro-
blème, comme il avait fait pour celui de la pa-
rallaxe solaire, il parvint à l'expression de Va-
platissement général du globe; avantage inap^
préciable, car les immenses travaux géodésiques
exécutés jusque alors n'avaient pu donner qa*
l'aplatissement de tel ou tel lieu. Après avoir ré
sumé ces admirables découvertes, Arago ajoute \
« Un géomètre observateur qui jamais depuis si
naissance ne serait sorti de son cabinet de tra
vail, qui jamais n'aurait aperçu le ciel qu'àtraven
l'ouverture étroite et invariablement orientée
dans le plan vertical de laquelle se meuvent lei
principaux instruments astronomiques; à qu
jamais rien n'eût été révélé concernant les astre
roulant au-dessus de sa tête, si ce n'est qu'ili
s'attirent les uns les autres suivant la loi new
tonienne, serait cependant arrivé, à force di
science analytique, à découvrir que son humble
que son étroite demeure, reposait sur un globi
aplati ellipsoïdal, dont l'axe équatorial surpassai
l'axe des pôles ou de rotation de tin trois cen,
sixième ; il aurait trouvé aussi , lui isolé , lui toui
jours immobile, sa véritable distance au Soleil. )
Nous avons déjà cité les travaux de Laplaci
sur les grandes inégalités de Jupiter et de Sa
turne, sur la libration des satellites de Jupiter
sur le flux et le reflux de la mer, etc. Disoni
quelques mots de ses recherches sur l'anneau oi
plutôt les anneaux de Saturne (voyez Willian
Herschel). a l'époque où Laplace en fit l'obje
de ses recherches, on ignorait complètement s
l'anneau de Saturne était immobile, ou douéd'ui
mouvement de rotation. Les observateurs n'a^
valent aperçu ni tache ni protubérance proprt
à les tirer de ce doute. « Par quel mécanisme
se demanda Laplace, ces anneaux se souiiennenl
ils autt)ur de cette planète? II n'est pas probabl
que ce soit par la simple adhérence de leurs mo
lécules ; car alors, leurs parties voisines de Sa
turne, sollicitées par l'action toujours renaissant
de la pesanteur, se seraient à la longue détachée
des anneaux, qui, par une dégradation insen
sibie, auraient fini par se détruire, ainsi que tou
les ouvrages de la nature qui n'ont point eu le
forces suffisantes pour résister à l'action de
causes étrangères. Ces anneaux se maintiennen
donc sans effort, et par les seules lois de iéqui
,545 LAPLACE
llibie; mais il faut pour cela leur supposer un
mouvement de rotation autour d'un axe perpea-
biculaire à leur pian, el passant par le centre
[lie Saturne , afin que leur pesanteur vers la pla-
nète soit balancée par leur force centrifuge due
k ce mouvement. « Comme toujours, Laplace
lavait recours à la puissance du calcul. Suppo-
l^ant qu'une couche tluide infiniment mince, ré-
ipandue sur leur surface, y serait en équilibre en
eertu des forces dont elle est animée, c'est d'a-
près la condition de cet équilibre qu'il détermine
jla figure des deux parties de l'anneau. Pour y
parvenir, il conçoit chaque partie de l'anneau
[comme engendrée par la révolution d'une figure
irermée, telle que l'ellipse, mue perpendiculaire-
ment à son plan autour du centre de Saturne,
alacé sur le prolongement de l'axe de cette figure.
Introduisant ces circonstances dans l'équation
iii second ordre aux différences partielle», rela-
tive aux attractions des sphéroïdes, et supposant
es dimensions de l'anneau très-petites, par rap-
jort à sa distance au centre de Saturne, il en
jéduit une équation intégrale, qui est la même
que si la surface annulaire était un cylindre d'une
longueur infinie ; et l'on voit en effet que ce cas
îst à fort peu près celui de l'anneau , lorsque le
joint attiré est près de sa surface. Mais cette
jremière approximation n'est pas suffisante en
'énéral ; Laplace donne le moyen d'en obtenir de
)lus en plus exactes, et il fait voir que pour les
)btenir il suffira de connaître les attractions des
anneaux sur des points placés dans le prolonge-
nent de l'axe de leur figure génératrice. Consi-
lérant en particulier le cas où cette figure est
jne ellipse , il donne les valeurs de ces attrac-
;ions , tant sur un point éloigné des anneaux que
iur un point de leur surface. Il suppose ensuite
]ue l'anneau soit une masse fluide homogène et
que la courbe génératrice soit une ellipse ; l'é-
quation générale de l'équilibre lui fait connaître,
îans cette hypothèse, le mouvement de rotation
546
ie l'anneau et l'elliplicité de la courbe généra-
trice. Laplace en déduit encore les limites du
rapport de la moyenne densité de Saturne à
belle de l'anneau ; enfin, il obtient ce résultat re-
marquable, que le mouvement de l'anneau est le
même que celui d'un satellite qui serait autant
éloigné du centre de la planète que l'est le centre
ie là figure génératrice de l'anneau. La vitesse,
ainsi calculée, est égale à celle que des observa-
tions extrêmement délicates firent plus tard re-
iconnaître à Herschel. Laplace fait voir ensuite
ique la théorie précédente subsisterait encore
jâans le cas où l'ellipse génératrice varierait de
igrandeur et de position dans toute l'étendue de
la circonférence de l'anneau, qui pourrait ainsi
&tre supposé d'une largeur inégale dans ses di-
verses parties, ce qui paraît avoir lieu dans la
Inature. Bien plus, il démontre que cette inégalité
lest nécessaire, parce que si l'anneau était par-
jfaitement semblable dans toutes ses parties, les
centres de la planète et de l'anneau se repousse-
NOUV. BIOGH, CÉNÉR, — T. XXIX.
raient mutuellement, pour peu qu'ils cessassent
de coïncider, ce qui devrait nécessairement ar-
river par les attractions étrangères. Le centre de
l'anneau décrirait donc alors une courbe con-
vexe vers le centre de la planète, et l'anneau
finirait par atteindre la surface de Saturne, à la-
quelle il se réunirait. Il faut donc, pour la stabilité
de son équilibre, que ses figures- génératrices
soient dissemblables et que son centre de gravité
ne coïncide pas avec son centre de figure. La-
place remarque encore que sans la rotation et
l'aplatissement de Saturne les anneaux, en vertu
de l'attraction du Soleil et du dernier satellite de
leur planète , cesseraient d'être dans un même
plan ; mais l'action de Saturne les maintient tou-
jours à fort peu près dans le plan de sonéquateur,
ainsi que les orbes des six premiers satellites.
L'examen attentif des phénomènes du système
solaire conduit Laplace à une hypothèse cosrao-
gonique, qui consiste à considérer les planètes
comme des condensations de l'atmosphère so-
laire. De même les satellites et les anneaux se-
raient lormés par les zones que les atmosphères
de leurs planètes respectives ont successivement
abandonnées à mesure qu'elles se sont resserrées
en se refroidissant. Comme système de philoso-
phie naturelle , la Mécanique céleste amène à
cette conclusion que la nature tient en réserve
des forces conservatrices et toujours présentes,
qui agissent aussitôt que le trouble commence ,
et d'autant plus que la perturbation est plus
grande. Cette puissance préservatrice qui règne
dans toutes les parties de l'univers nous en ga-
rantit l'ordre, la perpétuité et l'harmonie.
VExposition du Système du Monde est di-
visée en cinq livres : Livre I, Des Mouvements
apparents des corps célestes; — Livre IL Des
Mouvements réels des corps célestes; —
Livre m. Des Lois du mouvement ; — Livre IV.
De la Théorie de la pesanteur universelle ;
— Livre V. Précis de Vhistoire de Vastrono-
mie. C'est Y Exposition du Système du Monde
qui ouvrit à son auteur les portes de l'Académie
Française. Voici le jugement qu'en porte Arago :
« "L'Exposition du Système du Monde est la
Mécanique céleste débarrassée de ce grand at-
tirail de formules analytiques par lequel doit
indispensablement passer tout astronome qui,
suivant l'expression de Platon, désire savoir
quels chiffres gouvernent l'univers matériel;
c'est dans l'Exposition du Système du Mondtt
que les personnes étrangères aux mathématiques
puiseront une idée exacte et suffisante de l'esprit
des méthodes auxquelles l'astronomie physique
est redevable de ses étonnants progrès. Cet ou-
vrage, écrit avec une noble simplicité, une
exquise propriété d'expression, une correction
scrupuleuse, est terminé par un abrégé de l'his-
toire de l'astronomie, classé aujourd'hui, d'un
sentiment unanime, parmi les beaux monuments
de la langue française (1). «
(1) Selon M. A. Maury {Mhenxum,tl avril 1853 ), de«
1$
547
La Théorie analytique des Probabilités ,
outre une introduction qui se termine par une
note historique sur le calcul des probabilités,
renferme deux livres et quatre suppléments :
Livre I. Bu Calcul des Fonctions génératrices ;
— Livre IL Théorie générale des Probabilités ;
— 1^*^ supplément. Sur l'Application du cal-
cul des Probabilités à la philosophie natu-
relle; — 2^ supplément. Sur V Application du
calcul des Probabilités aux opérations géo-
désiques, et sur la Probabilité des résultais
déduits d'un grand nombre d'observations ;
— 3'^ supplément. Application des formules
géodésiques de Probabilité à la Méridienne
de France; — 4" supplément. Sur les Fonc-
tions génératrices. C'est dans cet ouvrage que
Laplace exposa sa belle théorie des fonctions
génératrices. Leibnitz, ayant adapté à sa caracté-
ristique différentielle des exposants pour expri-
mer des différentiations répétées, avait été con-
duit à l'analogie des puissances et des différences ;
analogie que Lagrange avait suivie , par voie d'in-
duction dans tous ses développements. La théorie
des fonctions génératrices étend cette analogie à
des caractéristiques quelconques, et la montre
avec évidence. Toute la théorie des suites et
l'intégration des équations aux différences dé-
coulent de la considération de ces fonctions.
Laplace ne se serait pas moins distingué dans
les questions de haute physique que dans cel-
les d'astronomie ; mais cette dernière science
le captiva presque exclusivement. Il avait cepen-
dant fait avec Lavoisier une série d'expériences
sur les dilatations des substances solides, expé-
l'iences à l'occasion desquelles ils inventèrent le
calorimètre de glace. Outre ces travaux sur la
chaleur, les recherches de Laplace sur les ré-
fractions, sur la capillarité, sur les mesures ba-
rométriques, sur les propriétés statiques de
l'électricité, etc., attestent que rien dans l'in-
vestigation de la nature ne pouvait lui être
étranger. Guidé par la pénétration de son génie,
il vit dans la constitution moléculaire des corps
matériels comme autant d'univers nouveaux qui
restaient encore à soumettre aux lois de la mé-
canique générale. « Sortes de systèmes, dit
M. Biot, non moins merveilleux que le monde
planétaire, mais d'une complication infiniment
supérieure, où des myriades de particules agis-
sant et réagissant à la fois les unes sur les autres,
à des distances imperceptibles, offrent au calcul
des difficultés incomparablement plus grandes
que les mouvements réguliers et simples qui s'o-
pèrent dans la solitude des cieux. » L'application
de la mécanique à la physique corpusculaire,
entrevue par Descartes, essayée par Newton, a
été réellement préparée à toute son extension
future par Laplace.
Nous terminerons cet article en empruntant
fautes graves se sont glissées dans l'impression de la nou-
velle édition, faite par l'État, de la Mécanique céleste, et
laissent ainsi à la preralère toute sa rareté et tout son prix.
LAPLACE 548
encore à Fourier quelques lignes dans lesquelles
il caractérise le génie de Laplace : « On ne peut
pas affirmer qu'il lui eût été donné de créer une
science entièrement nouvelle, comme l'ont fait
Archimède et Galilée; de donner aux doctrines
mathématiques des principes oiiginaux et d'une
étendue immense, comme Descartes, Newton
et Leibnitz; ou, comme Newton, de transporter
le premier dans les cieux et d'elendre à tout
l'univers la dynamique terrestre de Galilée :
mais Laplace était né pour tout perfectionner,
pour tout approfondir, pour reculer toutes les
limites, pour résoudre ce que l'on aurait pu croire
insoluble. Jl aurait achevé la science du ciel, si
cette science pouvait être achevée. «
E. Merliecx.
Poisson et Biot, Discours prononcés aux funérailles
de Laplace. — Fourier, Éloge historique d<i Laplace. —
Arago, [{apport présenté à la chambre des députes au
nom do la Commission charçiée de l'exavicn du projet
de loi relatif à la réimpression des œuvres mathéma-
tiques de Laplace (moniteur universel du 18 mai 1842).
l LAPLACE {Charles-Émile-Pierre- Joseph,
marquis de), général et sénateur français, fils du
précédent, né à Paris, le lâavril 1789. Admis à
l'École Polytechnique, le 1"' octobre 1805 il
passa le l'^'' octobre 1807 à l'école d'application i
d'artillerie et du génie de Metz. Nommé lieutenant
le 19 juin 1809, il devint capitaine en 1812, et fut
appelé à faire partie de la maison militaire de
l'empereur en qualité d'officier d'ordonnance.
M. de Laplace fit la campagne de 1 809 à l'armée
d'Allemagne, celles de 1812 en Russie, de 1813
et 1814 en Saxe et en France , et obtint le 5 mai's
1814 le grade de chef de bataillon. L'année sui-
vante il suivit le duc d'Orléans à Lyon et à
Lille. Le 27 janvier 1818, il passa avec son grade
dans l'artillerie à pied de la garde royale , devint
lieutenant-colonel le 25 octobre 1820, et prit i-ang
de colonel le 2 février 1826. Le 19 avril 182711
fut admis à siéger à la chambre des pairs à titre
héréditaire. Maréchal de camp depuis le 11 oc-
tobre 1837, il fut nommé commandant de l'école
d'artillerie de LaFère,et appelé à Vincennes, en
1840, avec le même titre. Lieutenant général et
membre du comité de son arme depuis le 9 avril
1843, M. de Laplace , qui avait été maintenu sur
les cadres de l'armée par le gouvernement pro-
visoire, fut admis, en 1853, dans le cadre de ré-
serve de l'état-major général , en conservant ses
fonctions de membre du comité d'artillerie; il
reçut peu de temps après celles de membre
de la commission mixte des travaux publics. Lé
1853 il fut élevé à la dignité de
SiCARD.
Archives de la guerre. — Documents particuliers.
^ LAPLACE {Cyrille-Pierre-Théodore), na-
vigateur français, né le 7 novembre 1793. Entré
à l'âge de seize ans comme élève dans la marine
impériale , il devint successivement enseigne en
1812, lieutenant de vaisseau en 1819, capitaine de
corvette en 1828, capitaine de frégateen 1830,ca-
pitaine de vaisseau le 6 janvier 1834, contre-
amiral le 12 juillet 1841, et vice-amiral le 11 juin
31 décembre
sénateur.
149 LAPLACE —
j 853. Sous le gouvernement de j uilkt il fiit chargé
jle deux importantes expéditions scientifiques.
. |)e 1844 à 1847 il commanda la station navale des
Intilies. Préfet du quatrième arrondissement ma-
litime à Roclieforten 1848, il devint membre du
ionseil d'amirauté en 1854, et préfet maritime
|U deuxième arrondissement à Bresten 1855. Il
i été admis dans la section de réserve, le 7 no-
ombre 1858. On a de lui : Voyage autour du
fonde, par les mers de Vinde et de la Chine,
xécuté sur la corvette de l'État La Favorite,
lendant les années 1830, 1831 et 1832 ; Paris,
833-1835 et 1839, 5 vol. in-8°, avec atlas : le
lome V, qui renferme la partie relative à l'histoire
' taturelle, aété rédigé par MM. Eydoux et Baume,
hiinrgiens de la marine attachés à l'expédition ;
atlas historique a été gravé par les soins de
I. de Sainson; — Campagne de circumna-
•iyation de la frégate L'Artémise, pendant les
■nné.es 1837, 1838, 1839 et 1840, sous le com-
i nandement de M. Laplace, publiée par oindre
lu roi ; Paris, 1845-1848,4 vol. in-8°. L. L— t.
Bourquclot et Maury, La Littéral. Franc, contemp. —
apereau, Dict. univ. des Contemp. — État général de
a Marine el des Colonies.
LA PLACETTE ( Jean), théologien et mora-
ste protestant français, né le 19 janvier 1639, à
'ontac (Béarn), et mortà Utrecht, le 25 avril
7 1 8. 11 reçut sa première éducation de son père,
ni était pasteur, et après avoir terminé ses
tudes à l'académie protestante de Montauban ,
fut en 1660 nommé pasteur à Orthez, et
uatre ans après à Nay, dans la même province.
les talents pour la prédication engagèrent le
onsistoire de Charenton à l'appeler dans cette
glise. Il refusa ce poste pour continuer à des-
ervir la petite communauté de Nay. Peu de
iiois avant la révocation de l'édit de Nantes, il
emanda et obtint la permission de sortir du
oyaiime , et de passer en Hollande. Renonçant
u dessein qu'il avait formé de se fixer dans ce
■ays , il alla en Prusse , sur l'invitation de l'é-
îcteur, qui lui fit offrir une place de pasteur dans
i église française de Kœnigsberg. L'année sui-
' ante (1686), il accepta la place de pasteur de
église française de Copenhague. Il l'occupa jus-
|u'en 1711. Son grand ûge et ses infirmités ne
ni permettant plus de remphr ses fonctions de
irédicateur, il donna sa démission, et se retira
l'abord à La Haye, et deux ans après à Utrecht,
uprès de sa fille unique , mariée au colonel d'A-
)remont.
La Placette était un homme instruit, doux ,
olérant. Il est regardé comme le Nicole des pro-
estants ; il faut reconnaître cependant qu'il est
inférieur à ce célèbre moraliste pour la profondeur
^ jit l'étenduedesidées. On adelui: Deinsanabili
■omanxEcclesixScepticis'mo;km?Xe:vAàm,\f)i&
\ l't 1696, in-4'' ; trad. en franc, par Nie. Chalaire
;ous ce titre : Traité du Pyrrhonisme de l'É-
dise romaine; Amsterd., 1724,in-12; enallem.,
?rancfort et Leipzig, 1751, in-8° j et en anglais par
LA PLACETTE 550
extraits, Londres, 1688, in4''. Cette dissertation
n'est qu'un fragment d'un ouvrage plus étendu
qu'on trouva dans ses papiers, après sa mort, et
qui est resté inédit; — Discours stir la Négli-
gence du Salut; Genève, 1692, m-il;— Traité
de l'Orgueil; Amsterdam, 1692, in-12,pius.
édit. ; — Nouveaux Essais de Morale; Ams-
terdam, tom. I, 1692, et tom. II, 1693, in-12;
2^ édit,, augmentée dedenx volumes, Amsterdam,
1697, 4 vol. in-12 ; — Nouveaux Essais de Mo-
rale qui peuvent servir de suite aux autres
Essais du même auteur; La Haye, 1715, 2 vol.
in-12, réimprimés avec les précédents; Amster-
dam, 1732, 6 vol. in-12; trad. en allem.;Iéna,
1719et 1728; etenhoUand., 1715. Ces 6 vol. ne
renferment pas un traité de morale proprement
dit, mais une suite de dissertations sur quelques-
unes des questions les plus importantes de la
science des mœurs. On reconnaît généralement
avec Nicéron que les préceptes que donne La Pla-
cette sont fort sensés et égalem^t éloignés d'une
excessive rigueur et d'un funeste relâchement;
— Traité de la Co?îscie?2CP,- Amsterdam, 1695 et
1696, in-12; trad. en angl., Londres, 1750, 2 vol.
in-12; en allem., Francfort, 1703, in-8°; en hol-
land., 1714; — La Mort des Justes, ou la ma-
nière de bien /«w^nr; Amsterdam, 1695, in-12 ;
— La Communion dévote,ou lamanière de par-
ticiper saintement et utilemen i à l'eucharistie;
Amsterdam, 1695, in-12; 4*^ édit., coiTJgée et aug-
mentée d'une 2"^ partie, Amsterdam, 1699, in-12;
— La Morale chrétïemie abrégée et réduite
à trois principaux devoirs : la repen tance
des pécheurs, la persévérance des justes et les
progrès dans la piété; Cologne»-; Amsterdam),
1695, in-12; plusieurs autres éd'it. augmentées;
trad. en allem., Saint-Gall, 1702, in-S". La Pla-
cette regardait cet ouvrage comme sa meilleure
production; — - De la Restitution; Amsterdam,
1696, in-12; Genève, 1714, in-8° ; trad. en
allem., Lemgo, 1775, in-8°; — De la Foi di-
vine; Amsterdam, 1697, in-12; Rotterdam,
1716, in-12 ; — Divers Traités sur des ma-
tières de conscience; Amsterdam, 1697, in-12.
Onloue l'ordre, la méthode et la netteté d'exposi-
tion de cet ouvrage. Parmi ces traités se trouve
le Traité des Jeux de Hasard, réimprimé plus
tard à part, La Haye, 1714, in-12, et destiné à
soutenir, contre le sentiment de Joncourt, que
ces sortes de jeux n'ont en soi rien de contraire
à la morale, et que s'ils doivent être défendus,
c'est à cause des abus qu'ils entraînent; —
Des bonnes Œuvres en général; Amsterdam,
1700, in-12; — De l'Autorité des Sens contre
la Transsubstantiation ; Amsterdam, 1700,
in-12; ~ Du Serment; La Haye, 1700 et 1701,
in-12; — De V Aumône; Amsterdam, 1699,
in-12; trad. en allem. Francfort, 1717, in-8°. Ce
traité est suivi d'une dissertation dans laquelle
La Placette démontre que les thérapeutes dont
parle Philon n'étaient pas des chrétiens ; — Ré-
flexions chrétiennes sur divers sujets ; Ams-
18.
551
LA PLACETTE — LA PLANCHE
5S2
terdam, 1701, m-12; et 1707, trad. en allem.,
ScbafThouse, 1711, in-8°; — Dissertations sur
divers sujets de Morale et de Théologie; Ams-
terdam, 1704, iQ-12; — Réponse à deux objec-
tions qu'on oppose de la part de la raison à ce
que la foi nous apprend sur l'origine du mal
et sur le mystère de la Trinité , avec tine ad-
dition où Von prouve que tous les chrétiens
sont d'accord sur ce qu'il y a de plus incom-
préhensible dans le mystère de la prédesti-
nation ; Amsterdam, 1707, in-12 : contre les ob-
jections de Bayle sur l'origine du mal; — Ré-
ponse à une objection qui tend à faire voir
que si Dieu a résolu les événements , on peut
négliger les soins qui paraissent les plus né-
cessaires ; Amsterdam, 1709, in-12; — Éclair-
cissement sur quelques difficultés qui nais-
sent de la considération de la liberté néces-
saire pour agir moralement, avec une additioji
où l'on pi'ouve, contre Spinosa, que nous som-
mes libres, pour servir de suite à la Réponse
aux objections de M. Bayle ; Amsterdam, 1709,
in-12; — Nouvelles Réflexions sîir la Prémo-
tion physique et sur les Jeux de Hasard;
La Haye, 1714, in-12 ; — Avis sur la manière
de p?-6'c/2er; Rotterdam, 1733, in-12 : cet ouvrage
postimme, publié par Castier de Saint-Philippe,
qui le fit précéder d'une notice biographique de
La Placette, n'est qu'une ébauche à laquelle l'au-
teur n'eut pas le temps de mettre la dernière
main; trad. en allem., avec des remarques par
Raniït, Leipzig, 1739, in-8°; — De la Justifica-
tion; Amsterdam, 1733, in-t2. On lui attribue
aussi un traité sur VEucharistie dont l'arche-
vêque de Cantorbery fit traduire le manuscrit en
anglais et qu'il publia sous cette forme. On croit
que ce traité a été également publié en français.
Michel Nicolas.
P'ie de La Placette, par Carrier de Saint-Philippe,
en tête de l'Jvis sur la manière de prêcher. — Ni-
céron, Mémoires, tom. n.~ Europe Savante, t. XVIII.
— Nouvelles Littéraires, Juillet 1718. — MM. Huapr, La
France Protestante. — Quérard , La France Littéraire.
— Savons, Hist. de la Littér. franc, à l'étranger, t. Il,
pag. 211-220.
LAPLAGKE-BARRis ( Raymond-Jean-Frau-
çois-Marie Lacave), magistrat français, frère
de Lacave-Laplagne {voy, ce nom), né île
21 décembre 1786, à Montesquiou, mort dans la
même ville, le 14 octobre 1857. Héritier du pré-
sident Barris, son oncle maternel, il ajouta ce
nom au sien. Nommé juge auditeur au tribunal de
la Seine, le 19 mai 1808, il devint successivement
conseiller auditeur et substitut du procureur gé-
néral près la cour impériale de Paris, procureur
général à la cour royale de Metz en 1820, et avo-
cat général à la cour de cassation le 24 août 1 824.
Le 28 janvier 1844, il fut nommé président de la
chambre criminelle de la cour suprême. Le 3 oc-
tobre 1837, le roi l'avait élevé à la pairie. En 184C,
Laplagne présenta à la cour des pairs le rap-
port sur l'affairede Jo&epti Henry, espèce de fou,
qui le 29 juillet avait tiré du jardin des Tuileries
un coup de pistolet sur Louis-Philippe au mo-
ment où il paraissait au balcon du palais. En 1838
le roi avait chargé Laplagne-Barris de l'adminis-
tration des domaines laissés au duc d'Aumale, par
le prince de Condé. En 1 850 Louis-Philippe le
1 choisit pour un de ses exécuteurs testamentaires.
j « La réunion d'une science sans limite et d'une
I raison sans défaillance est le signe, dit M. de Mar^
nas, de la véritable supériorité. Ce fut celle de
M. Laplagne-Barris. 11 apportait dans les déli-
bérations de la cour de cassation des connaissant
ces universelles et mûries : droit etjurisprudence,
il avait tout épuisé; une parole nette et dénuée de
prétention , une vaste mémoire, qui fournissai!
sans effort les ressources nécessaires à chaquf
décision, des trésors d'expérience et un esprit
remarquablement sûr. Sans rechercher les loin-i
tains horizons, il s'attachait aux difficultés à re
soudre pour ne les abandonner qu'après leun
avoir surpris leur secret. « Malade depuis long ■
temps déjà, Laplagne-Barris, surmontant ses dou
leurs , voulut remplir les devoirs de ses fonc
tions jusqu'au dernier moment. L. L — t.
.M. de Marnas, Discours de rentrée de la Cour de Cas
sation, du 3 novembre 1857. — Cuvilier-Fleury, Le prt
sident Laplagne-Barris, dans le Journal des Vébati
du 4 décembre 1857, et dans les Dernières Études hisi
et litt., tome II, p. 212. — Aylles, L'yJudience, 13 ocl
185-.
LA PLANCHE {Louis RÉGNIER, sieur de)
capitaine et historien français, mort vers 1580
Son père, Pierre Régnier, était lieutenant gé^
néral au siège présidial de Poitiers ; il fut un de
premiers habitants de cette ville qui se converlireD|
aux doctrines de Calvin, et mourut en 1 570, aprè,
s'être marié deux fois. Issu de la première unioD
Louis, destiné à la magistrature, avait pris se
degrés lorsque , à la suite d'un duel , il fut oblig
de chercher un refuge en Allemagne. L'affair
ayant été étouffée par le crédit du connétabl
de Montmoi-ency, qui « l'aimait fort pour
grande connaissance des lettres et affaires d
^France » , il s'attacha au fils aîné de son protec
teur, et le servit en mainte occasion contre l'om
brageux pouvoir des Guise. Il fut nommé mestr
de camp d'un régiment d'infanterie et capitain
de cent hommes d'armes. Après la conjuratioi
d'Amboise, il fut appelé à la cour par Cathe
riiie de Médicis, qui lui adressa plusieurs quei
tions sur la cause des troubles du royaume; I
cardinal de Lorraine a.ssistait, dit-on, à l'eB
trevue, caché derrière une tapisserie du cabine!
La Planche répondit, avec une brusque frar
chise, que selon lui l'éloignement des Guis
était le seul moyen de ramener la paix ; la rein
mère parut irritée de ce conseil, et lui ordoni)
de révéler la retraite des prisonniers qui s'étaiei
évadés de Tours et de Blois; sur son refus
formulé avec indignation, elle le fit arrêter sui
le-champ comme complice. Heureusement, pf
l'influence du maréchal de Montmorency,
réussit à se tirer bientôt de ce mauvais pai
Ce gentilhomme fut très-versé dans les affaiw
i3
LA PLANCHE — LAPO
554
de son temps; plusieurs foison se servit de lui
pour conduire des négociations difficiles. Ses
contemporains le citent avec éloges. De Tliou lui
reconnaît beaucoup d'habileté; d'après Mé-
zeray, il avait un esprit droit , pétillant et malin ;
iLa Popelinière lui reproche d'avt)ir été plus
imondain que consciencieux; enfin, Tabaraud dit
'je lui : « Cet auteur est grave , sérieux, sou-
rent théologien et plus souvent moraliste. Il est
■royable sur les faits, parce qu'il était très-hon-
nête homme et qu'il a été lui-même employé dans
('S affaires dont il parle. » On a de La Planche :
Dit !jrand et loyal Devoir, Fidélité et Obéis-
unice de MM. de Paris envers le roi et cou-
-0)1 ne de France; 1565, in-8°; 1567, in-16;
ielon La Croix du Maine, cet opuscule était
uissi connu sous le titre de Livre des Mar-
chands, parce que l'auteur y met en scène piu-
-ieur.s marchands qui discourent sur les services
les Montmorency et les desseins ambitieux des
ïuise; — Hesponse à l'épistre de Charles de
Vaudemont, cardinal de Lorraine jadis
irince imaginaire des royaumes de Jéi'usa-
em et de N aptes , duc et comte, par fan-
ai sie , d'Anjou et de Provence, et mainte-
lant simple gentilhomme de Hainault ; 1665,
n-8"; satire extrêmement vive, qui « vient, dit
îayie, d'une plume mieux taillée que la ré-
)onse de l'apologiste du cardinal ■»• — La Lé-
tende de Charles , cardinal de Lorraine, et
le ses frères de la maison de Guise ; Reims,
576, in-8°; réimpr. dans le t. VI àes, Mémoires
le Condé, et signée François de Vlsle; —
iistoire de r Estât de France , tant de la ré-
mblique que de la religion sous François II ;
s. 1.), 1576, in-8°; Paris, 1836, 2 vol. in-8°.
Cette histoire , disent MM. Haag , la meilleure
ue nous possédions sur ce règne , renferme un
rand nombre de pièces intéressantes, d'actes
uthentiques, d'analyses des écrits publiés par
es deux partis ; le style en est clair, animé et si
orrect, que pàs une expression, pour ainsi dire,
'en a vieilli. » Paul Louisy.
Haag frères, La France Protestante, t. VIII, 401-403.
- Dreux du Radier, Biblioth.da Poitou.
LA PLANCHE {Etienne de), latiniste fran-
ai-s. Il était, dans le seizième siècle, avocat au
larlement de Paris, et n'est connu que par une
raduction des cinq premiers livres des Annales
le Tacite; Paris, 1548, 1555 et 1581, in-4°.
les cinq autres livres furent traduits par Claude
l'auchet. L — z — e.
Pasqiiier, liv. XIX, lett. IH. — Du Verdier et La Croix
u Maine, Bibliothèques françaises.
! ^L.iPLANE [Henri- Pierre-Félix de), ar-
chéologue français , né le 26 février 1806, à Sis-
jeron (Basses-Alpes). Il étudia le droit à Aix,
k se lit inscrire au tableau des avocats de la
our de Grenoble ; peu de temps après , il fut
jiommé juge auditeur au tribunal de Tarascon
11826). La révolution de Juillet brisa sa car-
lière; il renonça à la magistrature, et vint s'é-
ablir dans le Pas-de-Calais, où il se consacra,
comme avait fait son père, à l'étude des chartes
et des anciens monuraents. Aux élections de
1846, il accepta le mandat de Sisteron, et rem-
plaça le général Laidet à la chambre des dé-
putés ; jusqu'en 1848 il y siégea parmi les mem-
bres de la majorité conservatrice. Il fait partie
de la Société des Antiquaires delà Morinie. !?^ous
citerons de lui : Notices bibliographiques sur
deux ouvrages imprimés au seizième siècle ;
Paris, 1845, iQ-8"; — V Église de Sisteron;
ibid., 1846; — Les Abbés de Saint- Berlin ;
Saiut-Omer, 1854, in-8''. P. L — y.
liiogr. des Députas, 1846. — Littér. Franc, contemp.
LAPLOKO-RICHETTE (£.), généalogiste
français, vivait au commencement du dix-sep-
tième siècle. On a de lui : Histoire généalo-
gique des Dieux des anciens; Tournon, 1C06,
in-s" ; Lyon, 1623, in-8''. L'épître préliminaire
adressée à Just.-Louis de Tournon contient des
détails d'une médiocre exactitude sur la généa-
logie de la maison de Tournon. A. DE L.
Lelong, Biblioth. kist. de la France. — Recherches
inédites sur Vhist. de l'imprimerie à Tournon.
LAPO OU JACOPO, architecte que l'on croit
avoir été Allemand , vivait en Toscane au trei-
zième siècle. Il était attaché à l'empereur Fré-
déric II, quand peu de temps après la mort de
saint François, frère Élie, général du nouvel
ordre des Franciscains, le demanda à ce prince,
et le chargea d'élever la triple basilique d'Assise.
Ces travaux acquirent à l'architecte allemand
une telle renommée qu'il fut appelé à Florence,
où il reçut l'accueil le plus flatteur. Ce fut alors
que, suivant l'usage italien, il changea son nom
de Jacopo en celui de Lapo, abbréviation qui
devint le nom de sa famille ; c'est donc à tort
qu'on le désigne souvent sous celui de Jacopo
di Lapo, qui n'est qu'un pléonasme. Lapo fût
chargé à Florence de travaux aussi nombreux
qu'importants. Il débuta en 1218 par les piles
en pierre du pont Alla Carraja , qui , achevé en
bois , reçut alors le nom de Ponte Nuovo. En
1221 il commença l'église de San-Salvatore
et celle de San-Michele , qui depuis a été re-
bâtie sur les dessins de Matteo Nigetti. Il cons
truisit ensuite le pont Rubaconte ou Aile Gra-
zie , dalla les rues de Florence jusque là pavées
en briques, donna le modèle du palais du Po-
destat et celui du tombeau de l'empereur Fré-
déric 1 1 pour l'abbaye de Monreale en Sicile.
On lui doit aossiVévêcké d'Arezzo et le palais
Poppi dans le Casentino. Malgré tant de travaux
importants, le plus beau titre de gloire de Lapo
est d'avoir été le père et le maître d'Arnolfo di
Lapo {voy. ce nom). E. B — n.
Vasari , f^ite. —■ Ticozzl, Dizionario. — Kantozzi,
Guida di Firenze.
LAPO (diminutif de /acopo) (Castiglionchio),
humaniste et canoniste italien, né dans la pre-
mière moitié du quatorzième siècle, mort à Rome,
le 27 juin 1381. Il étudia à Bologne les belles-
lettres et la philosophie, et il y obtint le grade de
docteur es arts. Il se mit avec ardeur à recher-
555 LAPO — LAPONNERAYE
cher dans la poussière des bibliothèques les au-
teurs de l'antiquité depuis si longtemps négligés ;
et il découvrit entre autres les Institutes ora-
toires de Quintilien, le discours Pro Milone et
les Philippiques de Cicéron, ouvrages qu'il
s'empressa d'envoyer à son ami Pétrarque. Ce-
lui-ci essaya eu vain d'obtenir de Lapo qu'il se
consacrât entièrement à la littérature. Après
avoir pris ses grades en droit canon, Lapo fut
chargé, en , 1457 d'expHquer les Décrétales à l'u-
niversité de Florence. Dans les années suivan-
tes il fut envoyé par la république, comme am-
bassadeur, successivement auprès des papes Ur-
bain V et Grégoire XI ainsi qu'auprès des cités
de Gênes, Sienne et Lucques. Il eut aussi à
remplir plusieurs fois l'office de conseiller et de
secrétaire des prieurs, et fut nommé à différentes
reprises capitaine des guelfes , dont il sauve-
garda souvent le parti dans de grands périls.
Mais le 21 juin 1378 les gibelins étant parvenus
à s'emparer complètement du pouvoir, ils brûlè-
rent les maisons de plusieurs chefs de leurs en-
55i
nemis, et entre autres celle de Lapo , qui n'é-
chappa qu'avec peine à la mort. Relégué pendant
un an à Barcelone, il se rendit en 1379 à Pa-
doue, où il obtint une chaire de droit canon,
qu'il abandonna l'année suivante pour accom-
pagner à Rome Charles de Durazzo. Il agit avec
tant d'habileté auprès de la cour pontificale en fa-
veur de ce prince, qu'Urbain VI dit publiquement
que c'était à Lapo que Charles devait la couronne
de Naples. En récompense de ses services, Lapo
fut promu à l'office de conseiller du roi de Na-
ples et de solliciteur de ce prince auprès du
pape, qui le nomma avocat consistorial et sé-
nateur de Rome. On a de lui : Allegationes
juris; Lyon, 1537 et 1571; Florence, 1568; —
De Hospitalitate, dans le t. XIV du "Practatus
Tractatuurn, publié par Ziletti; — Decanonica
portione et quarta , dans le t. XV du même
ouvrage; — Eplstola, publié en 1753 par l'abbé
Melius, avec une excellente notice sur la vie de
Lapo ; ce dernier a encore laissé en manuscrit :
Chroyiica in Dantem ; Orationes in legatio-
nibus habitœ ; Eplstola apologetica pro Si-
mone Lamberto, nobili Florentino, qui artem
militarem reliquerat, ut litterarum studia
sectaretur,et des traductions latines de quelques
Dialogues de Lucien, des Caractères de Théo-
phraste, de deux Discours d'Isocrate, du récit
de la mort des MacchabéeSjpav Josèphe, et de
plusieurs autres ouvrages grecs. E. G.
Tirabosch', Storia délia Lett. liai, t. V. — Fabricius ,
Bibl. medin: et inflmœ Latinitatis.
* LAPOiNTE (Savinien ), poète français, né à
Sens (Yonne), en 1812. Fils d'un cordonnier que
l'invasion de 18 14 avait chassé vers Paris, il prit
le métier de son père. Bientôt il sentit en lui le
germe poétique , et, nourri de la lecture de quel-
ques poètes, et entre autres de Béranger, il
composa, bien jeune, des vers remarquables par
la vivacité et l'originalité de la forme. Ses pre-
miers essais furent accueillis dansla Revue popu
laire. En 1830 il combattit dans les rangs d
peuple, prit part aux émeutes qui agitèrent 1
gouvernement de Louis-Philippe, et en 1848 il s
lit remarquer parmi les démocrates avancé?
Il a publié : Une Voix d'en bas, poésies, precé
dées d'une préface par Eugène Sue, et suivie
de lettres adressés à Vauteur par Béranger
Victor Hugo, Léon Gozlan, etc.-, Paris, 184^
in-8o, avec 18 grav. et portraits ; — Les Prc
testations, satires (avec M. Ch. Deslys) ; Pa
ris, 1848, in-8" ( Extrait du journal VOrgani
sation du Travail) ; — La Baraque à Poli
chinelle, petites scènes de la vie morale t
politique {en vers); Paris, 1849, in-8o; — J
était unejois, chants du foyer; Paris, l85î
in-32; — Contes de Savinien Lapointe, prc
cédés d\ine lettre adressée à l'auteur pa
P.-J. de Béranger; Paris, 1856, inl8 ; — Mt
moires de Béranger ; souvenirs, confidence!
anecdotes, lettres, recueillis et mis en ordr
par Savinien Lapointe ;Pàris, 1857, grand in-f
avec une photographie. M. Lapointe a été u
des rédacteurs de YAlmanach républicain c
1850, de La Ruche populaire et de la Revv
indépendante. G. de F.
Documents partie. — Journal de la Librairie.
LAPOIX DE FRÉMINVILLE (EdmC DE
jurisconsulte français , né â Verdun , en Boui
gogne, en 1680, mort à Lyon, le 14 septembi
1773. Il était bailli de la ville et marquisat c
La Palisse, et composa plusieurs ouvragi
estimés sur les droits seigneuriaux, la police i
les communautés d'habitants. Les principau
sont : Pratique nouvelle sur la rénovatio
des terriers et des droits seigneuriaux; Pari;
1748; et 1752, 5 vol. in-4''; — Traité génén
du gouvernement des biem et affaires di
communautés d'habitants des villes, bourg,
villages et paroisses; 1759 , in-4° ; cet ouvrag
peut être regardé comme la suite du précédent
— Traité historique de l'origine et de la no
ture des Dixmes ; Paris, 1752, in-12 ; — Trdii
de la Police; Paris, 1758, in-12; — Diction
naire dit Traité de Police générale des villes
bourgs et seigneuries, etc.; Paris, 1758 et 1'
in-4» ; — Indication générale pour régénère
une grande terre seigneuriale ; 1760, in-S"
— Les vrais Principes des Fiefs, en forme a
dictionnaire; Paris, 1769, 2 vol. in-4o.
G. DE F.
Quérard, La France Littér. — Decum. part.
LAPONNERAYE {Albert), historien frat
çais, né à Tours, le 8 mai 1808, mort à Mai
seille, dans les premiers jours de septembi
1849. Seul soutien de sa mère et de sa sœui
restées sans fortune, il ouvrit d'abord une ini
titution. En 1848, il fonda à Marseille, sous i
titre de La Voix du peuple, un journal destit
à soutenir les idées démocratiques; mais ur
mort prématurée arrêta ses travaux. On a (i
lui : Histoire de l'amiral de Coligny ; Pari:
557
1830, m-80 ; — Cours publics d'Histoire- de
France depuis 1789 jusqu'en 1830; Paris,
1831-1834,^-8°; — Commentaire sur les droits
de r homme ; 1832, in-S"; — Lettres aux prolé-
taires; Paris, 1833, in-8o; — Dictionnaire his-
torique des Peuples anciens et modernes, leurs
coutumes , leurs lois, leur gouvernement, les
principaux faits de leur histoire, etc. ; Paris,
1835- 1836, 2 vol. in-S"; — Biographie des Rois,
des empereurs et des papes ; 1837-1838, 2 toI.
in-S» ; — Catéchisme républicain ; 1836, in-32 ;
— Histoire de la Révolution française depuis
1789 jtisqu'en 1840; Paris, 1840, 3 vol. gr. in-8°,
avec 25 grav. — Stéphanowa, histoire russe;
Paris, 1840, in-8°; — Histoire des rivalités et
des luttes de la France et de l'Angleterre
depuis le moyen-âge jusqu'à nos jours (avec
M. Hipp. Lucas); Paris, 1846-1847, 2 vol. in-8o
avec pi. ; — Histoire de la Révolution française
depuis 17 fi9 jusqu'à Louis- Phi lippe, par Lapon-
neraye; suivie de la Révolution de 1848, par F.
Barthez, 1852, in-18. Laponneraye a laissé ina-
chevée une Histoire universelle depuis les pre-
miers âges du monde, qui devait avoir 20 vol.
in-8'' : il n'en a paru que 7 et les premières
feuilles du tom. VIII, 1845-1846. Il a édité les
Œuvres de Maximilien Robespierre, 1842,
3 vol. in-S". G. de F.
Docum. part. — Journal de la Librairie.
LA POPELiiviÈRE (Henri Laîncelot-Voisin
de), historien français , mort en 1608, dans un
âge avancé. On a de lui une Histoire des
Troubles et Guerres civiles en France pour le
fait de la religion, depuis iàbà jusqu'en 1581 ;
La Rochelle, 1581, 2 vol. in-12. Cet ouvrage,
après suppression de ce qui y est défavorable
au catholicisme, a été mis à profit par Jean Le
Frère de Laval et Paul Piguerre. Lancelot- Voisin
a traduit de l'italien en français le livre des
Ruses de guerre, Paris, 1571, in-8'', et celui
des Trois Mondes , Paris, 1582, in-4° et in-8».
11 a laissé en manuscrit un Traité du premier
Langage usité chez les François ou Gaulois,
et des changements d'icelui , etc. G. de F.
Nicépon, Mém., t. XX.XIX, p. 380. — La Crois du Maine,
Biblioifi. franc. '
LA POPELINIÈRE. Voy. Le RlCHE.
LA PORTE ( Raoul de), théologien français,
né au bourg d'Allaines-en-Passais, vers la fin du
quatorzième siècle, mortà Paris, en 1438. Admis
au collège de Navarre en 1406, après avoir déjà
dirigé quelques enfants confiés à sa tutelle, il se
fit bientôt remarquer parmi les savants hôtes de
cette illustre maison. 11 y professait la théologie
en 1411. Quelque temps après il en fut élu
principal. Raoul de La Porte n'était pas seule-
ment un des habiles théologiens de son temps;
on le compte encore au nombre des plus vail-
lants champions des prérogatives universitaires.
Eu 1417, désigné par l'université comme son
orateur dans le parlement , il défend les droits
LAPONNERAYE — LA PORTE 558
de l'Église et conteste ceux du roi en des termes
qui le font incarcérer au Louvre. On le félicite
d'avoir préservé le collège de Navarre d'une
ruiné complète, après qu'il eut été envahi par
les Bourguignons , en l'année 1418. 11 mourtit
doyen de la faculté de théologie. C'était un
grand ami de Nicolas de Clémenge , qui lui a
écrit plusieurs lettres. B. H.
Jean de Launoi, Reg. Navar, Gymn. Hist. — B. Hau-
réau, Hist. Litt. du Maine, t. I, p. 174.
LA PORTE ( L'abbé Joseph de ), critique et
littérateur français, né à Béfort, en 1713, mortà
Paris, le 19 décembre 1779. 11 quitta l'ordre
des Jésuites, où il s'était engagé, et vint à Paris.
Un premier ouvrage de critique littéraire, qu'il
publia sous le titre de Voyage au séjour des
ombres, ayant eu quelque succès, il commença
en 1749 une feuille périodique, intitulée Obser-
vations sur la Littérature, dans laquelle il
s'attachait à louer tout ce que Fréron critiquait
et à déchirer tout ce que celui-ci exaltait. 11
offrit bientôt sa plume à Fréron lui-même, et
eut part aux quarante premiers volumes de
l'Année Littéraire. 11 faisait la moitié du tra-
vail ; mais, suivant le traité, il ne recevait que
le quart de son produit* Les deux journalistes
s'étant brouillés, l'abbé de La Porte commença
ime nouvelle publication périodique, en forme
de lettres, sous le titre de l'Observateur Lit-
téraire. Cet ouvrage réussit peu, malgré l'ap-
pui des philosophes, que l'auteur louait parce
que son antagoniste les censurait. Mais il eut
plus de succès avec sa Revue des Feuilles
de Fréron, dans laquelle il donnait d'un côté la
liste des auteurs que Fréron avait loués, de
l'autre celle des auteurs qu'il avait déchirés ,
en montrant ainsi que les premiers étaient les
écrivains les plus obscurs et les auteurs déni-
grés les chefs de la littérature. De La Porte
ayant abandonné son journal , créa un atelier
de compilations , et y déploya une merveilleuse
activité, qui lui valut cette épigramme de
Fréron :
Fréron de La Porte diffère ;
Voici leur devise à tous deux ;
L'un fait bien, mais est paresseux;
L'autre est diligent à mai faire.
Parmi les compilations de l'abbé de La Porte,
la plus importante et la plus connue est son
Voyageur français , collection où les aven-
tures romanesques sont mêlées aux récits his-
toriques , et qui, écrite en général avec soin,
plut aux gens du monde. On a reproché à de
La Porte d'avoir poussé ses spéculations lit-
téraires jusqu'à s'approprier des ouvrages pu-
bliés en province; du moins l'abbé Chaudon
l'en accuse dans son Dictionnaire Historique.
Chaudon avait fait imprimer à Avignon, en
1772, la Bibliothèque d'un Homme de Goût ;
de La Porte s'en empara pour faire, sous le
même titre, une compilation indigeste. Il paraît,
du reste, que ses travaux furent lucratifs ; car
559
LA PORTE
560
à sa mort H avail, dit-on, dix mille livres de rente.
Les titres de ses principaux ouvrages sont :
Voyage au Séjour des Ombres; Paris, 1749,
in- 12 : ce livre de critique a été réimprimé sous
le titre de Voyage dans V Autre Monde; l"5i,
2 vol. in-12; — Observations sur la Littéra-
ture moderne; La Haye (Paris), 174i) et
suiv,, 9 vol. in-12 ; — V Antiquaire, comédie en
trois actes et en vers ; Londres, 1751, in-8° ; —
Observations sur l'Esprit des Lois, ou Vart de
lire ce livre, de V entendre et de le juger,
2* édit., Amsterdam, 1751, in-8"; 3« édit., Lon-
dres et Paris, 1752, in-12 ; — Les Spectacles
de Paris , ou calendrier historique et chro-
nologique de tous les théâtres; depuis 1751
jusqu'en 1.778 inclusivement; Paris, 28 vol.
in-24 ; — Esprit de Vabbé Desfontaines, ou
réflexions sur difjérents genres de sciences
et de littératures; Londres (Paris), 1757,
4 vol. in-12; — Tableau de l'Empire Otto-
man, Paris, 1757, in-12; et de nouveau sous le
titre : Almanach turc. Tableau de l'Empire
Ottoman, 1760, in-12 : cet ouvrage est copié
sur celui qui a pour titre : La Cour ottomane,
ou l'interprète de La Porte, par A. D. S.;
Paris, 1673, in-12; — L'Observateur Litté-
raire (ouvrage mensuel); Paris, 1759-1761,
15 vol. in-12; — Almanach chinois , ou coup-
d'œil sur la religion, les sciences, les arts, le
commerce et les usages de l'empire de la Chine;
Paris, 1761, in-24; — Esprit de Bourdaloue,
tiré de ses Sermons et de ses Pensées ; Paris,
1762, in-12 ; — Esprit, Saillies et Singularités
du P. Castel; Paris, 1763, in-12 ; — Esprit,
Maximes et Pensées de J.- J.Rousseau; Paris,
1763, in-12; Amsterdam, 1766, 2 vol. in-12;
souvent réimprimés; — École de Littérature,
tirée de 7ws meilleurs écrivains ; Paris, 1763,
2 vol. in-12 ; 1767, avec augmentation ; — Esprit
des Monarques philosophes : Marc-Aurèle ,
Julien, Stanislas, Frédéric; Paris, 1764,
in-12; — Bibliothèque des Génies et des
Fées; Paris, 1765,, 2 vol. in-12 ; — Les Phi-
losophes en querelle, entretiens encyclopédi-
ques pour l'année 1765; Leipzig (Paris), 1765 ,
in-lfi, sous le pseudonyme de Duplain; — Le
Voyageur français , ou connaissance de
l'ancien et du nouveau monde; Paris, 1765-
1795, 42 vol. in-12; extrait en forme de lettres
de tous les voyages connus; cet ouvrage fut
traduit dans presque toutes les langues de
l'Europe. De La Porte n'est auteur que des
vingt-six premiers volumes ; Fontanelle et Aug.
Domairon en ont fait la suite; — Ressource
contre l'Ennui, ou Vart de briller dans
la conversation ; Paris, 1766, 2 vol. in-12;
réimprimé sous le Witt Magasin récréatif, etc.,
1771, 2 vol. in-12 ; — L'Esprit de l'Encyclo-
pédie, ou choix des articles les plus curieux ,
les plus agréables , les plus piquants , etc. ;
Paris, 1768 , 5 vol. in-12; — Recueil de
Contes moraux; 176,., in-12j — Histoire
littéraire des Femmes françaises (avec La-
croix de Corapiègne) ; Paris, 1769, 5 vol. in-8° ;
— Anecdotes dramatiqiies (avec Clément);
Paris, 1775, 4 vol. in-8°; — Dictionnaire
dramatique; Paris, 1776, 3 vol. in-S" ; Cliam-
fort a rédigé la partie didactique ; — Nouvelle
Bibliothèque d'un homme dégoût, ou Tableau
de la Littérature ancienne et moderne ,
étrangère et nationale, dans laquelle on ex-
pose le sujet et l'on fait connaître l'esprit de
tous les livres qui ont paru dans tous les
siècles, etc. ; Paris, 1777, 4 vol. in-12. A. A.
Barbier et Desessarts en ont commencé, en 1808
et 1809 , une nouvelle édition, qui n'a pas été
terminée. L'abbé de La Porte a pris à divers
ouvrages, entre autres : au Recueil A. B. C.
D., etc. ; 1745-1762, 24 vol. in-12; à l'Année
Littéraire, du 1"' au 50* vol.; au Choix
des Mercures et anciens journaux, depuis
le 60° vol. jusqu'à la fln; au Mercure de
France, depuis 1760 jusqu'en 1776; aux quatre
premiers volumes de La France Littéraire de
1769, dont il a fait seul le Supplément. Comme
éditeur, il a publié : les Pensées de Massil-
lon ; 1748, in-12; —les Poésies de l'abbé
de Latteignant ; 1757, 4 vol. in-12; — les
Œuvres de J.-J. Rousseau; 1764-1779, 10 vol.
jn-12; — les Œuvres de Legrand; 1770,
in-12; — les Œuvres de Regnard ; 1770,
4 vol. in-12 ; — le Théâtre de Diderot ; il72,
2 vol. in-12; — le Théâtre de Crébillon ;
1772; — les Œuvres de Sainte-Foix ; 1778,
6 vol. in-12; — les Œuvres de Pope; 1779,
8 vol. in-12. G. de F.
Desessarts, Siècles Littér. de la France. — Chaudon
et Delandine, Dict. Universel .
LA PORTE DUTHEiL {François- Jean- Ga-
briel), helléniste français, né à Paris, le 13 juil-
let 1742, mort le 28 mai 1815. Fils d'un habile
diplomate qui avait représenté la France au
congrès d'Aix-la-Chapelle et négocié le traité
qui céda la Lorraine à la France, il entra à l'âge
de quatorze ans dans la maison militaire du roi.
Il passa ensuite dans le régiment des gardes
françaises, et fit les dernières campagnes de la
guerre <le Sept Ans, Mais jusque dans les camps
il continua d'étudier les lettres anciennes, et
plus d'une fois il se délassa d'une longue marche
ou d'un combat par la lecture d'Homère. La
paix lui permit de se consacrer tout entier aux
lettres , et l'Académie des Inscriptions l'admit
dans son sein en 1770, bien qu'il n'eût encore
rien publié. Il justifia le choix de l'Académie
par ses traductions de Y Or este d'Eschyle et des
Hymnes de Callimaque, travaux plus distingués
par l'érudition que par le talent d'écrire. « On y
icmarqua avec plaisir, dit Dacier, le savoir et le
goût d'un homme qui connaissait les nuances
les plus délicates et les plus légères de la langue
des Grecs et toutes les ressources de la sienne,
et avec regret les traces trop fortement mar-
quées des efforts d'un écrivain qui, cherchant à
561 LA PORTE
I s'élever à une perfection qu'il est presque im-
! possible d'atteindre, affaiblit ou décolore trop
i souvent, à force de travail, la pensée et l'expres-
I sion de l'auteur original: » Il partit en 177G pour
l'Italie avec une mission littéraire du gouverne-
ment, et trouva dans le cardinal de Bernis, mi-
nistre de France auprès de la cour de Rome ,
un protecteur généreux et éclairé. Grâce au cré-
dit du cardinal, il put rechercher dans les diffé-
rentes bibliothèques et particulièrement dans les
I archives du Vatican, dont l'accès avait été jus-
que là sévèrement interdit, tout ce que ces riches
dépôts pouvaient contenir de pièces et de docu-
ments authentiques , inédits ou incomplètement
connus , concernant l'histoire ecclésiastique et
civile de la France. Le résultat de ses longues
investigations fut une collection de près de dix-
huit mille pièces, presque toutes propres à éclai-
rer l'histoire générale de l'Europe dans les trei-
zième et quatorzième siècles. De retour à Paris
en 1786, La Porte du Theil fut chargé avec Bré-
quigny de publier la collection des chartes, actes
et diplômes relatifs à l'histoire de France; et il
résolut d'y insérer de nombreuses lettres histo-
riques des papes extraites des archives du Va-
tican ou découvertes dans d'autres dépôts. Trois
volumes de ce recueil parurent en 1791. Le
premier était commun aux deux académiciens ;
le deuxième et le troisième étaient de La Porte
du Theil seul, et contenaient les lettres inédites
d'innocent III. Cette publication, si intéressante
pour l'histoire de France, fut interrompue par la
révolution ; mais les matériaux rassemblés par
La Porte du Theil ne furent pas perdus, et ils
sont aujourd'hui déposés à la Bibliothèque im-
périale. Forcé par les événements de renoncer
à ses travaux sur le moyen âge , La Porte du
Theil revint à l'antiquité. Il avait publié de con-
cert avec Rochefort une nouvt^ie édition du
Théâtre grec par le P. Brumoy, et il y avait in-
séré une traduction complète d'Eschyle, accom-
pagnée de notes courtes et substantielles. L'au-
teur jugeant ce travail très-imparfait le refit en
grande partie. Il voulait y joindre un commen-
taire étendu; il avait déjà fait imprimer un vo-
lume d'observations; mais un certain dégoût des
travaux d'érudition et une grande défiance de
lui-même le décidèrent à abandonner cette
jœuvre. 11 renonça aussi à un commentaire sur
IAth(inée et à une traduction des Fragments
de Ménandre, à laquelle il attachait d'autant
jplus de prix quil se flattait d'avoir reconstruit
ipresque entièrement une des comédies perdues
fie Ménandre. C'était sans doute une Hlusion.
Cependant on doit regretter que sa traduction
n'ait pas été publiée. Il s'était aussi occupé d'une
traduction du Satyricon de Pétrone ; elle de-
vait former deux volumes, et était déjà im-
Iprimée en partie, lorsque Sainte-Croix repré-
;senta à La Porte du Theil qu'elle pouvait être
jpréjudiciable aux mœurs. Le traducteur se ren-
dit à cette observation, et brûla son manuscrit
562
avec tous les exemplaires de l'édition (1). Peu de
temps après, il fut chargé par le gouvernement
de traduire en français avec Gossellin et Coiaï
la Géographie Ae, Strabon, et d'y joindre tous les
éclaircissements nécessaires pour en faciliter
l'intelligence. La Porte du Theil se dévoua avec
beaucoup de zèle à cette tâche, qu'il n'eut pas
le temps d'acheTer. A l'époque de sa mort, des
dix-sept livres dont se compose l'ouvrage de
Strabon, neuf seulement avaient paru. « Mais
ils suffiraient seuls, dit Dacier, pour acquérir
aux trois savants traducteurs des droits cer-
tains à l'estime des hommes éclairés de tous les
pays ; et on peut avancer sans crainte que leur
traduction, devenue classique avant d'être ter-
minée, et même dès sa naissance, est un des plus
beaux et des plus utiles monuments de l'érudition
française au commencement du dix-neuvième
siècle. » On a de La Porte du TheH : Oreste, ou
les Choépharts, tragédie d'Eschyle, trad.
nouvelle avec des notes; Paris, 1770, in-8®;
— Hymnes de Callimaque, nouvelle édition
avec une version française et des notes ;
177 b, in-8"; — Les Amours de Léandre et de
Héro, par Musée, traduits du grec en fran-
çais; 1784, in-12; — Théâtre d'Eschyle, tra-
duit du grec en français; 1794, 2 vol.; —
Géographie de Strabon, traduite du grec en
français ; 1805-1815, 3 vol. in-4". La Porte du
Theil a inséré des mémoires dans divers re-
cueils. Les principaux sont : Recherches sur
les Fêtes Carnéennes, dans les Mémoires de
r Académie des Inscriptions, t. XXXIX; —
Recherches sur les Thesmophories ; ibid., id. ;
— Recherches sur les différentes fêtes insti-
tuées chez les Grecs, en V honneur de Pallas ;
ibid., id. ; — Exposé des Recherches litté-
raires relatives à l'histoire de France, faites
à Rome, depuis le 7nois d'octobre 1776 jus-
qu'au mois d'août 1783; ibid., t. XLVI; —
des notices et extraits ; dans les Notices et Ex-
traits des Manuscrits de la Bibliothèque du
Roi, t. I-IX; — Mémoire sur les relations
qui existaient au douzième siècle entre le
Danemarli et la France; dans les Mémoires de
l'Institut, section des Sciences morales et po-
litiques, t. IV ; — Sur l'état de l'Église de Mes-
sine dans la hiérarchie catholique jitsqu'au
treizième siècle ; ibid., id. La Porte du Theil a
pablié comme éditeur, en société avec Bréqui-
gny : Diplomata, Chartx, EpistoLv etalia do-
cumenta ad res Franciscas spectantia ; Paris,
1781, 3 vol. in-fol.; — et seul : Liber igniumad
(1) Quelques exemplaires sur papier vélin échappèrent
seuls à la destruction. Un de ces exemplaires fai.'tait
partie de la bibliothèque de M. lioissonadc. ( J^oy. liru-
net. Manuel du Libraire, t. 111, p. 712, édition de 1843,
et le Catalogue de la Bibliothèque Hoissonade, Paris,
1859). Cette édition a pour titre : Titi Vctronii Jrbitri
Satyricon, quotqiiot hodic siipersunt fraymenta, ad
duorum optintae nota; mamiscriptorum coilicvm nec
non ipaitismet Tragntitmi libri ftdem, recensita; Pa-
ris, Baudoin, 1196-1800, gr. ln-8», de 320 p.
563
LAPORTE — LAPPENBERG
564
comburendos hostes , auctore Marco Greeco ;
Paris, 1804, in-4'' { broch. introuvable). N.
Sllvestre de Sacy, Notice sur la P'ie et les Ouvrages de
M. de La Porte du Theil ; Paris, 1816, in-S". — Dacicr,
Éloge de La Porte du Theil, dans les Mémoires de CA-
cad. des Inscriptions, nouvelle série, t. V.
LAPORTE ( Hïppolyte, marquis de), littéra-
teur français , né à Paris, en 1770, mort en jan-
vier 1852. FHs du dernier intendant de la pro-
vince de Lorraine, il tut élevé au collège de Juilly,
émigra en Italie au commencement de 1792,
et y resta jusqu'en 1797. Rentré en France à
l'époque du 18 fructidor, il ne put parvenir à
se faire rayer de la liste des émigrés, et dut se
retirer à Hambourg. Revenu après le 18 bru-
maire, il s'adonna entièrement à la culture des
lettres. On a de lui quelques traductions ou imi-
tations de nouvelles allemandes d'Auguste de La
Fontaine et d'un petit roman anglais imprimées
dans la Nouvelle Bibliothèque des Romans de
1803 à 1805; — La Forêt de Hohenelbe, ro-
man traduit de l'anglais; Paris, 1807, 5 vol.
in-12 ; — Notice nécrologique sur M. le baron
d'Autigmj; Paris, 1822, in-8"; — Chronologies
historiques de la Suisse , des 7'ois de Sar-
daigne, des républiqiies de Gênes et de Venise,
des États de Milan, Manioue, Parme, Plai-
sance et Modène; dans la 3*" partie de VArt de
vérifier les dates publiée par de Courcelles et
le marquis deFortia ; — Notices sur M'ne Geof-
frin , Sur le duc de Vendôme , Sur Villavi-
ciosa; dans le Plutarque français ; — Notice
sur Rivarol; in-8"; — Notice sur quelques
Femmes delà société du dix-huitième siècle :
M"'"^ de Montrond , Thiroux d'Arconville et de
LaTour-Franqueville;in-8°; — Notice sur l'Ar-
cade Saint-Jean faisant partie de l'hôtel de
ville de Paris ; dans les Souvenirs du vieux
Paris; — Jvelina; Paris, 1830, 3 vol. in-12;
— Apparitions historiques ;V&Th, 1832, 1834,
in-8°; — Souvenirs d'un Émigré, de 1797 à
1800; Paris, 1.843, in-S";— Notice sur le der-
nier des maréchaux de Brissac; Paris, 1851,
ia-8°. Laporte a donné un grand nombre de no-
tices à la Biographie des Hommes vivants, et
on doit à ses soins la publication de deux ou
trois opuscules des Mélanges de la Société des
Bibliophiles. L. L— t.
Biog. des Hommes vivants. — Qnérard, La France
Littéraire. — Bourquelot et Maury, La Littér. Franc,
contemp.
LA PORTENEILLE. Voy. GAILLARD.
LA POYPK DE VERTRiEU ( Jean-Claudô
de), prélat français, né en 1655, mort le 3 fé-
vrier 1732, aux environs de Poitiers. Issu d'une
ancienne famille du Poitou , il était vicaire de
M. de Saint-Georges, archevêque de Lyon, lors-
qu'il fut nommé, en 1702, au siège épiscopal de
Béziers ; il le refusa, et devint la même année
évêque de Poitiers. En 1716, i-1 fut du nombre
des prélats qui signèrent la lettre écrite au ré-
gent pour l'engager à demander au pape des
explications sur la bulle Unigenitus. 11 est en
partie l'auteur d'un ouvrage estimé, qui parut
sousce titre: Compendiosx InstitutionesTheo-
logicae; Poitiers, 1708, 2 vol. in-8° ; les ques-
tions y sont traitées avec beaucoup de précision,
et il règne dans la distribution des matières une
grande méthode. K.
Dreux du Radier, Hist. Litt. du Poitou. — Journaldes'
Savants ( Suppl. ), janv. 1709.
l LâPPE {Charles ), poète allemand, né le
24 avril 1774, à Winterhausen près Wolgast.
Élève de Kosegarten, et plus tard précepteur des
enfants de ce poète, il occupa, depuis 1801 jus-
qu'en 1817, une place de professeur au collège
de Stralsund. Les poésies de Lappe sont po-
pulaires en Allemagne. Elles ont pour titres:
Blaetter (Feuilles); Stralsund, 1824; Berlin,
1829; — Friedhofskraenze (Couronnes mor-
tuaires); Stralsund, 1831; Kein's und
Guliiver''s ivunderbare Reisen (Les Voyages
miraculeux de Klein etde Gulliver );ibid., 1832;
— Die Insel Felsenburg (L'ilede Felsenbourg),
une robinsonade ; Nuremberg, 2"^ édit., 1834;-
Bluethen des Allers (Poésies d'un Vieillard);
Stralsund, 1841. Ses œuvres complètes ont été
publiées deux fois : Saemmtliche poetische
TFerAe ;Rostock, 1836, 1841, 5 vol. R. L.
Conv.-Lex.
LAPPEN van WAVEREN ( GisbertVAîi der),
en latin Lappius a Waveren, grammairien hol-
landais, né à Wesep, près Amsterdam, en 1511,
mort à Utrecht, le 4 janvier 1574. Il fit ses études
àNaerden, sous Lambert Hortensius, et enseigna
quelque temps la grammaire à Ziriczée (Zélande).
11 suivit à Louvain les cours de médecine de
Reyner Gemma, et se fit recevoir docteur en
cette science à Bologne, le 10 octobre 1545. De'
retour en Hollande , il exerça sa profession d!a-
bord à Kempen (Over-Yssel) , puis à Utrecht, où
il mourut. On a de lui : Institutiones Gram-
maticas; Anvers, 1539, in-12 ; — une Élégie en
tête du commentaire de Hortensius sur Y Enéide,
1559, et quelques autres poésies latines.
LAPPEX van WAVEREN ( Glsbert van der ),
historien hollandais , petit-fils du précédent , né
à Utrecht, vers 1595, mort dans la même ville,
vers 1650. Il fit ses études à Louvain et à Douai,
et prit à Paris le grade de docteur en droit.
Il se fixa ensuite dans sa ville natale, où il passa
sa vie à rassembler les antiquités historiques de
sa patrie. On a de lui : Corpus Historiss T)'a-
jectinx; Utrecht, 1643, in-fol. C'est un résumé
complet et précis de tous les ouvragés publiés
avant lui sur l'évêché d'Utrecht; — Observa-
tiones de morte Alberti Pighii ; insévées dans
YHypodigma de Barthold Nihusius; 1648; —
Epistola Johanni-Isaacio Pontano ; dans les
Syll. Epistolarum de A. Mattlieus. Van Lappen
a beaucoup aidé Valère André dans la rédaction
de sa Bibiiotheca Belgica. L — z — e.
Biirniann, Traieclum eruditum, p. 172, 173. — Valère
André, Bibiiotheca Belgica , p. 290. — Paquot , Tl/em,
■pour servir à l'hist. litt. des Pays-Bas; t. I, p. 177-181.
l LAPPEN bErg ( Jean-Martin ) , historien
565
LAPPENBERG — LÂPRÀDE
566
allemand, ne à Hambourg, le 30 juillet 1794. Il
étudia d'abord la médecine et la jurisprudence ,
et séjourna quelque tempa en France et en An-
gleterre. De retour à Hambourg en 1823, il fut
nommé archiviste du sénat de cette ville; En
1850 il représentait Hambourg à te diète de
Francfort. On lui doit un grand nombre de
travaux historiques, estimés pour leur exac-
titude. En voici les principaux : Geschichie von
Englaiid (Hi&loke d'Angleterre); Hambourg,
1834-1837, 2 vol. Le premier volume de ce tra-
A^ail a été traduit en anglais par Thorpe ; Lon-
dres, ;1845; — Vrkundliche Geschichte des
Ursprungs der deutschen Hansa ( Histoire
authentique de l'origine delà Confédération Han-
séatique de l'Allemagne); Hambourg, 1830,
2 vol. ; — Ueher den ehemaligen Umfang und
die Geschichte Helgolands ( De l'ancienne
grandeur et histoire de l'île de Helgoland ) ; ibid.,
1831; — Hamburgisches Urkimdenbuch {Re-
cueils des documents relatifs à l'histeire de la
ville de Hambourg ) ; Hambourg, 1842, 1*"^ vol. ;
— Zeitschrift des Vereins fuer Hamburger
Geschichte ( Journal de la Société historique
de Halnbourg); Hambourg, 1841-1851, 3 vol.;
— Hamburger Rechtsalterthuemer ( Docu-
ments anciens de droit Hambourgeois ) ; Ham-
bourg, 1845; — Geschichte der Buchdruc-
kerkunst in Hamburg ( Histoire de l'Impri-
merie à Hambourg ); Hambourg, 1840; —
Hamburger Chroniken ( Chroniques Hambour-
geoises); ibid., 1852; — Quellen ziir Ges-
chichie des Érzbisthums und der Stadt
Bremen ( Sources pour servir à l'histoire de
l'archevêché et de la ville de Brème ) ; Brème ,
1841; — Reliquien des Fraeulein C. S. von
Klettenberg ( Reliques de la noble demoi-
selle C. S. de Klettenberg); Hambourg, 1849.
M. Lappenberg a édité : Gesta Hamburgensis
Ecclesise d'Adam et les Œuvres de Thietmar
de Mersebourg, deux travaux qui font partie
de la magnifique collection des Monumenta
Germ. de Pcrtz. R. L.
Cona.-],ex,
•LAPPOLi (Malteo), peintre de l'école llo-
rentine, né à Arezzo, vers 1450, mort en 1504.
Issu d'une famille riche et noble , il n'en suivit
pas moins la vocation qui l'entraînait vers la
peinture, et il ne dédaigna pas même d'aider
dans ses travaux son maître Bartolommeo délia
Gatta. On trouve dans ses ouvrages un faire
soigné, des pensées morales et une composition
bien entendue. Il a laissé à Arezzo un grand
nombre de tableaux, parmi lesquels on remarque
un Saint Bernard et un Saint Sébastien. Il a
peint la miniature avec un égal succès. E. B — n.
Vasiiri , f^ite. — Orlandi , Abbecedario. — Lanzi ,
Storia Pittorica. — Ticozzi , Dizionario. — O. Brizzi,
Guida di Arezio. — Siret, Dict. hist. des Peintres.
LAPPOLi {Giovanni- Antonio), peintre de
l'école florentine, fils du précédent, né à Arezzo,
en 1492, mort en 1552. Ayant perdu de bonne
heure son père, il reçut les premières notions de
son art de Domenico Pecori ; mais bientôt il le
quitta pour entrer dans l'atelier du Pontormo.
S'étant lié d'amitié avec le Rosso et Pierino de!
Vaga, il devint leur imitateur, et travailla avec
eux tant à Florence qu'à Rome. Il a laissé peu
de grandes toiles religieuses ou historiques,
mais en revanche un grand nombre de tableaux
de chevalet, qui ne manquent pas de mérite,
mais qui accusent dans leur auteur l'absence
d'étude sérieuse du dessin. Lappoli se trouvait
à Rome en 1527, lors du sac de cette ville par
les bandes du connétable de Bourbon; il per-
dit dans cette catastrophe tout ce qu'il possédait,
et fut fait prisonnier par les Espagnols. Étant
parvenu à leur échapper, il revint finir ses jours
dans sa patrie. E. B -n.
Vasari , Fite. —'Orlandi, Abbecedario. — Lanzi, Storia
Pittorica. — Ticozzi, Dietionario.
* LAPKADE {Pierre-Marin-Victor-Richard
PE ), poëte français, né à Montbrison, le 13 jan-
vier I8I2. H fit ses études à Lyon, et débuta en
1 839 par un petit poëme dont les vers harmonieux
et mélancoliques annonçaient un nouveau disciple
de M. de Lanaartine. Il mit ensuite des scènes
de l'Évangile en vers et écrivit une légende spi-
ritualiste. En 1845, le comte de Salvandy lui
donna une mission en Italie , pour faire des re-
cherches dans les bibHothèques de celte contrée.
Décoré à son retour, il fut nommé en 1847 à la
chaire de littérature française de la faculté des
lettres de Lyon, place qu'il occupe encore. En
1856, l'Académie Française désigna M. de La-
prade pour le grand prix impérial à décerner
par l'Institut. L'Institut préféra couronner les re-
cherches de M. Fizeau sur la vitesse de la lu-
mière; mais l'Académie Française dédommagea
M. de Laprade en lui accordant un prix Mon-
tyon. « L'enthousiasme du beau , disait M. Vil-
lemain dans son rapport, ne peut-il pas donner
l'inspiration comme la charité donne l'héroïsme ?
Ainsi nous ont frappé les Symphonies de M. de
Laprade, œuvre de méditation et de candeur,
mélange d'inductions métaphysiques , de senti-
ments austères avec tendresse, et de vives émo-
tions empruntées au spectacle de la nature , et
rapprochées toujours des grandes vérités ins-
crites au cœur de l'homme comme sur la voûte
des cieux. Ah ! sans Joute, cet ouvrage ne pou-
vait utilement concourir avec tel ou tel produit
de l'intelligence appliquée, tel ou tel résultat de
l'observation scientifique. Il n'y avait point là
de mesure commune. Au calcul qui vérifie par
un procédé nouveau la vitesse de la lumière
sur la zone terrestre, on ne saurait comparer le
libre et pur essor de l'âme vers le créateur de
la lumièi'e et des mondes. A telle expérience
sur la matière éthérée on ne saurait opposer
cette aspiration d'amour qui donne des ailes à la
pensée, selon la parole de Platon. Mais qu'en
dehors du cadre factice d'un parallèle impos-
sible, on lise ces poésies variées de sujet et de
567 LAPRADE —
forme sous une seule passion, l'amour de l'idéal
dans l'^homme, de l'ineffable dans Dieu, on se
sentira comme touché d'un souffle bienfaisant,
on aimera cette pureté d'âme parée d'imagina-
tion autant que d'innocence ; on la goûtera comme
la plus poétique des vérités et la plus vraie des
poésie», une poésie presque au delà des paroles,
indépendante de quelques fautes et de quelques
négligences, et conforme au cœur de l'homme
parce qu'elle en vient. » En 1857, M. de La-
prade éciioua d'une voix contre M. Emile Augier
pour un fauteuil à l'Académie Française, Le 1 1 fé-
vrier 1858, il fut élu pour succéder à Alfred de
Musset. On a de M. de Laprade : Les Parfums de
Magdeleine, poëme; Lyon, 1839, in-8° : im-
primé d'abord dans la Revue du Lyonnais;
— La Colère de Jésus , poëme; Lyon, 1840,
in-8°; — Des Habitudes intellectuelles de l'a-
vocat; Lyon, 1840, in-S"; — PsycM , poëme;
Paris, 1841, in-18; 1857, in-18; — Odes et
Poënies ; Paris , 1844, in-18; — Le Génie lit-
téraire de la France, discours prononcé à
l'ouverture du cours de littérature française à la
faculté des lettres de Lyon, en 1847; Lyon, 1848,
in-8°; — L'Age noïiveau; Lyon, 1847, in-8°;
— Du Sentiment de la Nature dans la poésie
d'Homère; Paris, 1348, in-8"; — Poèmes
évangéliques ; Paris, 1852, in-ls; — Les Sym-
phonies ; Paris, 1856, in-18; — Notice sur
Alexandre Dufieiix, poète; Lyon, 1858, in-8";
— Idylles héroïqties; Paris, 1858, in-18; —
différentes pièces de vers dans la Revue Apté-
sienne, dans la France littéraire et dans la
Revue du Lyonnais. On trouve de lui : dans
la Revue des Deux-Mondes : Eleusis ( 1'" juil-
let 1841 ); Le Précurseur ( 1"" avril 1847 );
Le Bûcheron (15 juin 1847 ); La Tentation
( 1*'' mars 1848); dans la Revue de Paris :
Au pied des Alpes; — dans la Revue indé-
pendante : De la Question; La Coupe; Le
Baptême de la Cloche. II est enfin l'auteur Du
Principe moral de la République; et de Bal-
lanche , 5a vie et ses écrits. L. L — t.
Dourquclot et Maury , La lAttér. Franc, eontemp.
— G. l'ianclie, Bévue des Deux-Mondes ; 1856. — Vil-
lemain, Rapport sur les Prix décernés par V Âcaa.
/ra«f. c)i 1856. — Ciivilier Kleury, dans le Journal des
Débâts du I9 dcc. 185J. — A. de Poiitniartin, A'ouv.
Causeries du samedi, p. 264. — Vapereau, ûict. tiniv.
des Contemp.
LA PRiMAUDAYE {Pierre dc), littérateur
français, né vers 1545. Issu d'une des premières
familles protestantes de l'Anjou, il a écrit quel-
ques ouvrages qui ont joui, de son temps, d'une
grande réputation, et oii il traite, avec beau-
coup d'érudition et de clarté les questions les
plus diverses. 11 paraît avoir résidé pendant plu-
sieurs années à la cour. Sous Henri 111 il eut la
charge de gentilhomme de la chambre de Mon-
sieur et sous Henri IV les titres de conseiller et
de maître d'hôtel. L'époque de sa mort est in-
connue. On a de lui : L'Académie françoise,
divisée en dix-huit journées; en laquelle
LA QUINTINIE 568
quatre jeunes gentilshommes angevins sont
introduits sous noms hébrieux...., discourant
élégamment et traitant de ce qui concerne le
bien et heureusement vivre en tous estais et
conditions; Paris, 1577, in-fol.; — Suite de
l'Académie françoise , en laquelle il est traité
de l'homme,.... de la création , matière, com-
position, forme , nature, utilité et usage de
toutes lés parties du bastiment humain , et
des causes naturelles de toutes afjections , et
des vertus et des vices ; Paris, 1580, in-fol.;
— La Philosophie chrestienne de l'Académie
françoise, des vrais et seuls moyens de la
vie bienheureuse; Genève, 1594, in-S", et
Paris, 1598, in-12; — Cent Quatrains conso-
latoires; Paris , sans date, in-4° et Lyon, 1582,
)n-8°; ces quatre ouvrages ont été plusieurs
fois réimprimés sous le titre général à' Académie
française, notamment à Cologne, lol7, 3 vol.
in-8"; — Examen de la response de Sponde;
1595, in-12; — Advis sur la nécessité et forme
d'un concile pour l'union des églises chres-
tiennes en la foy chatholique ; Saumur, 1611,
in-12. P. L— Y.
Haag, Im. Franeo Prolestante, — La Crois du Maine,
Bibliot/i. Française.
l LA PROXOSTAYK (Ferdinand Hervé de),
physicien français, né le 15 février 181 2,à Re-
don (lUe-et- Vilaine). D'abord maître surveil-
lant à l'école normale, puis chargé d'un cours
scientifique au collège de Louis le Grand , il oc-
cupa en 1840 la chaire de physique à la faculté
de Rennes et en 1844 celle du collège Bourbon.
Nommé inspecteur de l'Académie de Paris en
1847, il fut élevé en 1850 au rang d'inspecteur
général des études. Il reçut en 1840 le diplôme
de docteur es sciences. On a de lui de nombreux
mémoires sur la cristallographie , l'optique et la
chaleur, la plupart composés en société avec
M. Paul Desains ; nous rappellerons les suivants :
Théorie des Anneaux colorés de Newton, ob-
tenus sous des incidences obliques {Annales
de physique et de chimie , 3® série, XXVII ) ;
— Sur la Chaleur latente de fusion de la
Glace (ibid., VIII); — Sur la Variation des
Pouvoirs émissïfs ( ibid., XXII); — Sur la
Réflexion régulière et la Diffusion de la Cha-
leur (ibid., XXII, XXVI et XXVII); — Sur
l'Absorption de la Chaleur provenant des
sources lumineuses par les corps athermanes
(ibid ., XXX) ; — Sur Les lois du Refroidissement
dans le vide et dans les gaz { ibid., XVI et
XXII ) ; — Sur la Polarisation de la Chaleur
{ ibid., XXII, XXVIII et XXX ) ; — Action de
l'acide sulfureux sur l'acide hypo-azotique ;
— Théorie de la fabrication de l'acide sul-
fureux; 1840; —Notes sur des recherches
cristallographiques , insérées également dans
les Annales de chimie. K.
Dictionn. univ. des Contemporains , 1858.
• LA QUiNTi.viE {Jean de), célèbre agro-
nome Irançais, né à Chabanais (Angoumois),
569
eu 1626, mort à Versailles, en 1688. Envoyé
jeune à Poitiers , il y fit de bonnes études, sous
les jésuites, et y suivit les cours de droit. Il vint
ensuite à Paris , où il se fit recevoir avocat.
« Une éloquence naturelle, accompagnée des au-
tres talents qui forment les grands orateurs, le
fit briller dans le barreau, dit l'abbé Lambert,
et lui concilia l'estime des premiers magistrats. »
Sa réputation se répandit dans tout Paris.
M. Tamboneau, président en la chambre des
comptes , lui fit les offres les plus avantageuses
pour l'engager à se charger de la conduite de
son filo. « LaQuintinie, qui se trouvoit malheu-
reusement assez mal partagé du côté de la for-
tune, ne fit aucune difficulté, ajoute l'abbé Lam-
bert, d'accepterle parti qu'on lui proposoit. Quoi-
qu'il fit sa principale occupationdu soin qu'ildevoit
à l'éducation de son jeune élève , cependant comme
son emploi lui laissoit bien des moments de
libres , il les consacra tous à l'étude de l'agri-
culture, pour laquelle il avoit la plus forte incli-
nation. Columelle, Varon, Virgile, et générale-
ment tous les autres auteurs , anciens et mo-
dernes, qui ont écrit sur cette matière furent les
sources dans lesquelles ce grand homme puisa
ce fonds de science qui l'a mis en état de porter
au pins haut degré de perfection l'art dans le-
quel il a excellé. L'avantage qu'eut de La Quin-
tinie d'accompagner son jeune élève en Italie lui
procura de nouvelles lumières. Aucun des beaux
jardins de Rome et des environs qui ne lui offrît
quelque objet digne d'attention , et sur lequel il
ne fît de sçavantes et utiles observations. Il ne
lui manquoit plus que de joindre la pratique à la
théorie, et c'est ce qu'il fit dès qu'il fut de re-
tour en France. M. Tamboneau, qui ne cherchoit
([ue les occasions de l'obliger, se fit un plaisir
de lui abandonner le jardin de sa maison, on lui
permettant d'y faire tous les arrangements qu'il
jugeroit les plus convenables. » Maître de dispo-
ser à sa guise le jardin de l'hôtel que le président
Tamboneau venait de faire bâtir à Paris, en 1641,
dans un terrain de l'université, au commence-
ment de la rue de ce nom , La Quintinie com-
mença par faire de nombreuses expériences;
ainsi il planta dans un même jour plusieurs
arbres de la même espèce, et les arracha ensuite
l'un après l'autre de huit jours en huit jours.
Cette expérience lui fit découvrir qu'un arbre
transplanté ne reçoit point de nourriture par les
racines qu'on lui a laissées , qui se sèchent et se
pourrissent ordinairement; mais que tout le
suc nourricier qu'il tire lui vient uniquement des
nouvelles racines qu'il a poussées depuis qu'il a
été planté, d'où il suit qu'on doit débarrasser un
arbuste qu'on transplante du plus grand nombre
possible des racines qu'il possède avant de le
l'émettre enterre. La Quintinie s'aperçut aussi que
tout arbre fruitier, par une sorte d'inchnation
naturelle, porte toute sa sève sur les grosses
branches et donne dès lors peu de fruits, et que
par le retranchement de ces grosse» branches la
LA QUINTINIE 570
sève vient dans les petites branches, qui donnent
du fruit. A ces découvertes il en joignit beaucoup
d'autres , qu'il consigna dans un tmité qui n'a
été publié qu'après sa mort. Non content de sa
propre expérience , il s'était mis en relation avec
tous ceux qui s'occupaient des progrès de l'agri-
culture, et à la fin de sa vie il se vantait d'être
depuis plus de trente ans en correspondance
avec tous ceux qui s'étaient rendus célèbres dans
cet art en France ou à l'étranger. Son carac-
tère franc et expansif avait fait de lui comme
le centre où aboutissaient toutes les découvertes
des plus savants agronomes.
Le prince de Condé, qui se faisait un plaisir
de l'agriculture, voulut que La Quintinie lui
donnât des leçons de son art. Le roi d'Angle-
terre, Jacques II, traita La Quintinie avec beau-
coup de distinction dans deux voyages que ce
savant agronome fit en Angleterre. Ce prince lui
offrit même une pension considérable s'il voulait
se fixer à Londres. La Quintinie refusa. Le roi
de France résolut de se l'attacher. Louis XIV,
voulant ajouter l'utile à l'agréable, imagina de
joindre un superbe potager aux magnificences
de Versailles. On songea d'abord à profiter d'un
ancien jardin qui existait près du parc du temps
de Louis XIII ; mais la stérilité du sol semblait
repousser tout essai de culture, et on allait se
décidera porterie potager royal à Saint-Cloud,
lorsque La Quintinie tut appelé. 11 dut d'abord se
servir de ce sol discrédité; et par des soins ap-
propi-iés, il en obtint de si beaux produits que
le roi le chargea de chercher un emplacement
pour créer un potager digne de ses talents. La
Quintinie avait déjà fixé son choix ; mais le ha-
sard en décida autrement. A un retour de chasse,
des dames de la cour déterminèrent Louis XIV
à placer le potager dans l'endroit où l'on s'était
arrêté. Les charmes de la position avaient
décidé la question, bien plus quela qualité du sol,
qui était extrêmement défectueux. D'abord,
comme La Quintinie nous l'apprend lui-même, il
fallut combler un étang avec de la terre qui se
trouvait aux environs, laquelle était <' une espèce
de terre franche qui se réduisoit en bouillie par la
pluie et qui se pétrifioit , pour ainsi dire, par la
sécheresse. » La dépense avait été énorme; le
roi avait payé 1,800,00 fr., tandis que 300,000 fr.
eussent suffi si l'on eût adopté le terrain d'un
sol meilleur et d'une meilleure exposition pro-
posé par La Quintinie. Dans le but de multi-
plier les murs et par conséquent les espaliers,
La Quintinie avait fait distribuer le terrain en
un carré de douze arpents , entouré de trente
jardins d'un arpent chacun. Pour parer ensuite
à la stérilité dont le sol était menacé paa- l'excès
d'humidité ou de sécheresse, il renonça à faire
apporter de nouvelles terres, et se débarrassa des
eaux superflues au moyen d'un aqueduc cons-
truit sur toute la longueur avec des branches
lértérales. Il disposa la surface du terrain de
chaque carré en plan incliné. Le sol devint fer-
571
tile. « Le succès, ajoote-t-il , a été fort bon et la
dépense très-petite. » Le roi fut très-content de
cette sorte de création. Il s'amusait à aller voir
La Quintinie jardiner. Selon Pluche, « Louis XIV,
après avoir entendu Turenne ou Colbert, s'entre-
tenait avec La Quintinie, et se plaisait souvent à
façonner un arbre de sa main. » La Quintinie
mettait à profit ces conversations pour faire sa
cour au roi. Ainsi Louis XIV lui ayant fait con-
naître que la figue était son fruit de prédilection,
La Quintinie mit tous ses soins à en perfection-
ner la culture. La Quintinie commença ce. pota-
ger en 1678, et mit cinq ans à le terminer. Lui-
même nous apprend qu'il envoyait à la table
du roi des asperges et de l'oseille nouvelle en
décembre; des radis, des laitues et des champi-
gnons en janvier; en mars, des choux-fleurs
conservés dans la serre à légumes ; des fraises
dès les premiers jours d'avril ; des pois en mai ,
et des melons en juin. Il ne cultivait en espalier
que les fruits les plus beau-x et les plus recher-
chés. Les produits en figuraient dans les fêtes de
Louis XIV; on n'en formait pas « de brillantes
pyramides fort à la mode alors, dont l'honneur
était de s'en retourner toujours saines et entières ;
elles étaient remplacées par des corbeilles dont
l'honneur consistait à s'en retourner toujours
vides. » Dès 1 673, La Quintinie était intendant des
jardins à fruits du Roi. Le 25 août 1687 il reçut
le brevet de directeur général des jardins fruitiers
et potagers de toutes les maisons royales. La par-
ticule de précédait son nom, et il la joignit dès
lors à sa signature. Le roi avait en outre aug-
menté son traitement, et lui avait fait bâtir une
maison commode. Quelques jours après la mort
de La Quintinie, Louis XIV dit à sa veuve :
« Madame, nous venons de faire une perte que nous
ne pourrons jamais réparer. » Outre le potager
royal de Versailles, La Quintinie avait tracé
celui de Chantilly pour le prince de Condé, celui
de Rambouillet pour le duc de Montausier, celui
de Saint-Ouen pour Boisfranc, celui de Sceaux
pour Colbert, celui de Vaux pour Fouquet.
La Quintinie avait composé sur son art un
ouvrage qui était encore inédit à sa mort; il pa-
rut sous ce titre : Instructions pour les Jar-
dins fruitiers et potagers , avec un traité des
orangers, suivi de quelques réflexions sur
l'agriculture par le/eusieur de La Quintinie;
Paris, 1690, 2 vol. in-4". Il est enrichi du por-
trait de l'auteur, gravé par Vermeulen , de vi-
gnettes élégantes en tête de chaque livre, repré-
sentant quelques-unes des opérations qui y sont
décrites, et de dix planches relatives à la culture
des jardins. On y a joint un poème latin de San-
teul, intitulé Po7no?îa, dans lequel sont célé-
brés les travaux de La Quintinie à Versailles ,
et une idylle de Charles Perrault en l'honneur du
même artiste. Les Instructions pour les Jar-
dins sont divisées en six livres: le premier, for-
mant introduction, se termine par un vocabulaire
des termes de jardinage usités alors; les second,
LA QUINÏINÎE 572
troisième, quatrième et cinquième traitent des
arbres fruitiers, de la taille, delà greffe, etc.; le
sixième s'occupe du potager et indique mois par
mois les opérations à pratiquer : c'est un alma-
nach du jardinier. Dans son traité des orangers,
La Quintinie cherche à prouver que leur culture
est plus facile qu'on ne croit. Enfin , dans ses >
réflexions sur l'agriculture, il présente des théo- •
ries à l'appui de la pratique qu'il a enseignée.
Son style est coulant, mais souvent négligé, par-
fois concis, d'autres fois d'une diffusion extrême.
La Quintinie attaqua l'opinion qui dominait à i
cette époque parmi les jardiniers, selon laquelle
il fallait consulter les phases de la lune pour
toutes les opérations du jardinage, non qu'il niât i
les influences de cet astre sur la terre; mais il î
en repoussait l'observation pour les pratiques ^
de détail. Il admettait l'eflet de la lune rousse
ou de mars sur l'atmosphère , et il croyait que
les melons commençaient à nouer dans le pr-e-
mier quartier de la lune de mai ou la pleine
lune, etc. Il convient du reste, dans sa préface,
qu'il a beaucoup d'obligations non-seulement à
d'anciens auteurs, mais encore à quelques mo-
dernes. Le privilège de l'impression des Ins-
tructions pour les Jardins était accordé au
sieur de La Quintinie, bachelier en théologie.
L'abbé de La Quintinie étant mort peu de temps
après, ne put surveiller les nouvelles éditions du
livre de son père, qui se répandit prompteraent,
et auquel les éditeurs firent des additions étran-
gères. En 1692, une contrefaçon parut à Amster-
dam en un volume. En 1695, Barbin donna à
Paris la seconde édition des Instructions pour
les Jardins, auxquelles il ajouta une Instruc-
tionpour la culture des Fleurs, qui n'appartient
pas à l'auteur. La seconde contrefaçon parut à
Amsterdam avec un Traité anonyme des Me-
lons. La compagniedes libraires donna plusieurs
éditions du livre de La Quintinie de 1715 à 1756:
celle de 1730 renferme un Traité des Arbres
fruitiers de Venette, qui avait paru anonyme
en 1683, et dont les idées sont sous bien des
rapports en opposition avec ceUes de La Quin-
tinie. Bien des auteurs ont copié La Quintinie ,
les uns sans le citer, comme l'abbé de La Châ-
taigneraie, et le chartreux François le Gentil ; les
autres en le nommant avec éloge, comme Dahu-
ron, Pluche et Decombe. Le père d'Ardennes
rappelle le père des jardins , savant et habile
jardinisle, mot qu'il avait créé pour distinguer
les écrivains ou amateurs de jardinage des simples
ouvriers jardiniers. Duhamel parle peu de La
Quintinie; mais Le Berryais nomma son Traité
des J ardinsXe Nouveau La Quintinie, et en in-
titula l'abrégé Le petit La Quintinie. D'autres,
comme l'abbé Roger Schabol, La Bretonnerie et
Butret, attaquèrent les doctrines de La Quintinie.
Suivant Charles Perrault, des lettres adressées
par La Quintinie à des seigneurs anglais sur des
questions de jardinage auraient été imprimées à
Londres ; on ne retrouve la trace que d'une seule
573
lettre de cet auteur adressée eu 16G8 à Olden-
bourg, traduite en anglais par ce secrétaire de la
Société royale , et insérée par extrait dans les
Philosophical Transactions, n°s 4.') et 46. Elle
traite d e la cultu re des melons . L . Louvet .
Charles CcrrauU, Galerie des Hommes illustres dtLcllx-
septième siècle.— Abbé Lambert, Histoire Littéraire du
règne de Louis XIF, toinclll, 2« partie, p. HO. — l'iu-
che, Spectacle de la ISature, tome II. — Briquet, Éloge
de La Qiiintinie, dans les Mémoires de la Société d'A-
griculture de ISwrt, 1S07, in-g°, p. 253. — Père d'Ar-
dennes. Année Cham-pêtrc, 1769. — Journal des Sa-
vants, mai 1691.
LARABiT (Marie- Denis), sénateur fran-
çais, né à Roye (Somme), le 15 août 1792. 11
n'était encore que lieutenant lorsqu'en 1814 il
suivit Napoléon à l'île d'Elbe. Il devint capi-
taine à la restauration en 1816, et cessa de
figurer dans V Annuaire militaire dès 1837. Le
collège électoral d'Auxerre l'envoya à la chambre
jes députés en 1831, et lui renouvela son
mandat à l'expiration de chaque cession législa-
tive. Il y siégeait sur les bancs de l'opposition.
M. Larabit faisait encore partie de la chambre
ies députés au moment de la révolution de
1848, et était alors membre du conseil gé-
aéral de l'Yonne. Il représenta ce département à
'Assemblée constituante et à la Législative, et de-
vint sous le gouvernement provisoire secrétaire
jéoéral du ministère de la guerre. Le 24 juin
1848, M. Larabit fut l'un des représentants qui
reçurent de leurs collègues la mission d'aller ar-
rêter l'effusion du sang ; fait prisonnier par les
insurgés, au faubourg Saint- Antoine , il se
hargea d'aller transmettre leurs propositions
lu président de l'Assemblée nationale, jura de
revenir se remettre en leur pouvoir, et tint
parole. Il appartenait à la réunion de l'Institut
et du comité électoral de la république mo-
dérée, et faisait partie dans l'Assemblée nationale
du comité de la guerre : y vota contre les deux
chambres et pour le vote à la commune, contre
la suppression du remplacement miUtaire , pour
la proposition Râteau, tendant à la dissolution
de l'Assemblée constituante et pour l'ordre du
jour en faveur du ministère dans la discussion
sur les affaires d'Italie, etc., etc. M. Larabit fut
appelé à siéger^ au sénat par décret impérial du
4 mars 1853. Sicard.
Biographie des 900 Déptités à l'Assemblée nationale ;
1848. — Biographie des 750 Représentants à l'Assemblée
législative ; 1849.
*LXïiXDF. (Bertrand de), poète langue-
docien , né en 1581 , mort vers 1630. On sait
Fort peu de chose sur sa vie ; et c'est dans ses
écrits qu'on puise surtout le peu de renseigne-
ments qu'on a sur son compte. Il publia,
jeune encore, deux volumes de poésie La Mur-
galide gascons (la Marguerite gasconne), Tou-
louse, 1609, et la MM5epirane5e, Toulouse, 1609.
Ces ouvrages ne s'élèvent pas au-dessus du mé-
diocre. Là Muse gasconne contient trois pastora-
les, dont une mythologique (las Amous de Benus
'st Adonis ) : ce sont des pièces dénuées de plan, i
LA QUINTINIE — LA RAMÉE.
S74
d'intrigue et de sel. Les Sonnets et les Chants
royaitxde Larade valent mieux; ses Chansons
ont de la naïveté, mais peu d'invention; elles
roulent toutes sur les peines de l'amour ; de
temps à autre on y rencontre une expression
assez heureuse de tendresse et de mélancolie.
Quoiqu'il eût obtenu un prix aux Jeux floraux
en 1610, Larade se déclare inhabile à tout autre
genre que la poésie vulgaire ; il paraît, d'après
ce qu'il répète souvent, avoir eu des démê-
lés avec ses compatriotes. A Toulouse , il fut
l'ami de Goudelin, qui écrivit en son honneur
une odelette. Plein de la bonne opinion qu'en
général les rimeurs ont d'eux-mêmes, il termine
son dernier éa'it par un quatrain où il se dit
abreuvé
Dell nectar dou Parnasse, on tout om nou beou pa.s.
Les écrits de Larade sont restés presque
inconnus ; ils ont eu le sort des anciens livres
patois ; complètement négligés lors de leur ap-
parition , ils sont devenus fort rares, et les
exemplaires qui se montrent de loin en loin sont
chèrement payés par des bibliophiles jaloux de
les posséder. G. B.
Noulet, Essai siir l'Histoire littéraire des Patois du
midi de la France, 1858, p. 44-49 ( extrait de la Reçue de
l'Académie de Toulouse).
LA RAMÉE, faux prince français, né à Paris,
on il fut pendu, en place de Grève, le 8 mars
1596. Ce personnage, qui ne prétendit à rien
moins qu'à la couronne de France, â été oublié
par tous les historiens modernes. C'était un
jeune homme âgé de vingt-trois à vingt-quatre
ans , qui se disait fils naturel de Charles IX, et
qui, en cette qualité, s'était rendu à Reims
pour y demander d'être sacré roi. Il était natif
de Paris, et prétendait avoir été nourri secrè-
tement chez un gentilhomme breton , à trois
lieues de Nantes. L'Estoile, qui alla le voir pen-
dant qu'on instruisait son procès, en parle
ainsi : « Quand il fut pris , on lui trouva une
écharpe rouge dans sa pochette, sur laquelle le
président Riant l'ayant interrogé , dit que c'était
pour montrer qu'il était bon et franc catholique
et ennemi juré des huguenots , desquels il en
tuerait autant qu'il pourrait et les poursui^Tait
à feu et à sang. Sur quoi M. le président lui
ayant demandé en quelle autorité if prétendait
faire cette exécution, lui répondit qu'il la ferait
comme fils du roi Charles, son père, qui avait
commencé la Saint-Barthélémy, laquelle il achè-
verait si jamais Dieu lui faisait la grâce de ren-
trer en possession de son royaume, qu'on lui
avait volé ; avec plusieurs autres sots pi'opos
qu'il tint , et entre autres de certaines révéla-
tions qu'il avait eues par un ange. » 11 était
aussi accusé d'avoir voulu attenter à la per-
sonne de Henri IV. « Quand Sa Majesté eut
entendu cette histoire, ajoute L'Estoile , elle se
prit à rire, et dit qu'il y venait trop tard et qu'il
fallait se hâter pendant qu'il était à Dieppe. »
Paul LoDisY.
Journal de L'Estoile ( coll. Michaud ), II, 271-278
575 LARAUZA — LA RAVARDIÈRE
LARAUZA {Jean-Lonh), pliilologue français,
né à Paris, le 8 mars 1793, mort dans la môme
ville, le 29 septembre 1825. Après avoir fait
d'excellentes ('études au lycée Napoléon et à
Pltcole Normale , il professa la rhétorique au
collège d'Alençon. Nommé en 1815, à vingt-trois
ans, maître de conférences à l'École Normale, et
chargé spécialement de l'enseigncincat des lan-
gues ancienne *d^ la grammaire générale, il
garda cette cl '<qu u la suppression de l'é-
cole. Larauza s;, elassait de ses graves fonc-
tions par la culture des arts et surtout de la mu-
sique. L'amour des arts l'attira eu Italie, et des
recherches d'érudition le retinrent dans les val-
lées des Alpes. Il recueillit dans un examen at-
tentif des lieux des données pour résoudre le pro-
blème de l'itinéraire d'Annibal. En général les
opinions à ce sujet se partageaient entre le petit
Saint-Bernard (Alpes Graiennes ) et le mont Ge-
nèvre (Alpes Cottiennes) ; Larauza se décida pour
le mont Cenis. Trois nouveaux voyages aux
Alpes l'affermirent dans son hypothèse, qui selon
lui avait l'avantage de concilier les récits de
Polybe et de Tite-Live ; il l'exposa dans un mé-
moire qui devait être lu à l'Académie des Ins-
criptions. Mais avant qu'un jour eût été fixé
pour cette lecture , Larauza fut enlevé préma-
turément aux lettres. Le plus intime de ses
amis, M. Viguier, publia son mémoire sous le
titre de Histoire critique du passage des Al-
pes par Annibal, dans laquelle on détermine
la route qu'il suivit depuis les frontières d'Es-
pagne jusqu'à Turin; Paris, 1826, in-8°. L'hy-
pothèse de Larauza est assez plausible et très-
ingénieusement soutenue ; cependant elle n'a
pas prévalu. Les derniers historiens d'Annibal,
Niebuhr, Arnold, Bôtticlier, ont préféré le petit
Saint-Bernard. M. Hoefer, dans une note à l'article
Annibal , de la Nouvelle Biographie générale,
a émis l'idée nouvelle et préférable du passage
par le Saint-Gothard {voy. Annibal).
L. J.
Viguipr, Notice sur Larauza, en tête de l'Histoire
critique , etc. — Cousin ,( Fragments Littéraires. —
MahuI, Annales Biographiques, année 1826, p. 39fi. —
Hevue Encyclopédique, t. XXXI, p. 481, 567.
LA RAVARDIÈRE ( Daniel de L\ Tousche,
sieur de ), voyageur et homme de guerre fran-
çais, né en Poitou, vers 1570, mort après 1631.
Il appartenait à une bonne famille, alliée, dit-on,
aux Montgomery, et fut élevé dans le protestan-
tisme. De bonne heure il embrassa la carrière
des armes , et servit contre le prince de Parme.
Il navigua ensuite, et explora pour la première
fois les côtes du Maranham, probablement vers
1609. Dès celte époque il était lié avec Razilly,
l'un des plus habiles et des plus braves capi-
taines de son temps; il s'unit à lui pour aller
peupler le beau pays qu'il avait visité lécciu-
ment, et qui était alors dédaigné par les Portu-
gais. La Ravardière fit les premières démarches
pour effectuer ce projet important ; mais il n'eut
d'abord que le commandement en second. L'eo-
676
treprise excita un vif intérêt, et le jeune de Pi-
.sieux, cousin germain de la princesse de Coâdé
voulut en faire partie avec nombre de gentils-
hommes français. L'entreprise souriait à la cour ;
elle était même presque autant religieuse que
politique, et Marie de Médicis y donnait haute-
ment son approbation. La Ravardière et Razilly
n'eurent pas de peine à en réunir les éléments.
Trois navires largement approvisionnés furent
confiés aux deux marins (1), et on leur adjoignit i
plusieurs officiers habiles. Quatre religieux, du
grand couvent des Capucins de la rue Saint-Ho-
no ré à Paris , furent embarqués à bord de cette
flottille pour commencer des missions dans le
nord du Brésil. L'expédition partit de Cancale;
mais bientôt, après avoir fait deux cents lieues
environ , une tempête violente la dispersa, et
les chefs se virent contraints de relâcher à Ply-
mouth. Partie définitivement d'Angleterre, la flot-
tille poursuivit assez heureusement son voyage ;
mais elle mit près de cinq mois pour accomplir :
une traversée qu'on fait aujourd'hui en vingt
jours. L'escadre relâcha d'abord à l'île de Fer-
nando de Noronha, où elle trouva une sorte de
Robinson qui vivait solitaire avec dix-huit In-
diens, et où l'un des bons religieux eiU bien voulu
demeurer, car elle lui parut toute semblable au
paradis terrestre ; quelques jours plus tard, les
trois navires abordèrent une île voisine du conti-
nent ; ils lui imposèrent le nom de Sainte-Anne,
en l'honneur de la duchesse de Guise. On'
aborda ensuite l'île de Maranham, qui n'est sé-
parée, comme on sait, du continent que par un
petit détroit ; la messe fut célébrée solennelle-
ment, et le nom du roi saint Louis fut donné à
la bourgade naissante qui allait s'élever sur ces
rivages déserts. Cet événement capital avait lieu i
au commencement de 1612. La Ravardière com-
mença par se fortifier dans le lieu éminemment i
avantageux qu'il avait choisi; puis il appela
de cent et même deux cents lieues à la ronde f
les Indiens Tupinambas, qui voulaient [habiter
parmi les Français. La première loi qui leur fut
imposée portait qu'ils renonceraient à l'anthropo-
phagie. En quelques mois quatre forts s'élevè-
rent, puis on construisit le couvent de Saint-
François. Bien qu'il appartînt à la religion réfor-
mée, le lieutenant général pour le roi était d'un
caractère trop sensé et trop loyal pour ne pas ai-
der de tout son pouvoir les bons religieux ; desi
sources d'eau vive furent découvertes, des fontai-
nes s'élevèrent ; là où rien de semblable n'existait,
des constructions considérables furent commen-
(11 Les proviBlons royales, datées de l'année 1611, qui
provoquent au profit du roi très-chrétien la colonisation
de cinquante lieues de terrain le long des côtes du Maran-
bain, ne mentionnent comme devant effectuer cette co-
lonisation que La Ravardière; il est probable que ce der-
nier, n'ayant pas les fonds suffisants, s'associa le sieur
de San-iy et le sieur de Razilly, seigneur des Hauinelles.
yoy. les pièces contenues dans la Colleçâo de Noiicias
para a historia das naçoes ultramarinus et Suntarem
qitadro elementar.
.77
c >s, il tandis que M. deRazilly, quittant momen-
inément le Brésil , s'en allait vers Paris avec
iv jeunes Tupinambas, qui devaient émerveiller
I cour et se marier avec des Françaises (1),
a Ravardière s'unissait plus étroitement que
jmais avec les Indiens du continent. Il était
, idé puissamment dans cette œuvre par les
leux interprètes Dieppois Mingno et Turçou.
vC n'était rien à ses yeux que de peupler l'île
le Maranham, il voulait connaître cette partie
nagnifique du continent d'où venaient ses alliés.
Oubliant les fatigues de ses anciennes cam-
I Dagnes, dédaignant l'ardeur du climat, il s'a-
,'ança de son propre aveu à trois cents lieues
lans la terre, et il envoya à la découverte dans
nie diitre direction M. de Pisieux. La Ra-
■', vardière était instruit en cosmographie; il
Stait familier avec l'usage des instruments nau-
i iques; il avait pris de nombreux dessins d^es
ieux lointains visités par lui : c'est une perte
3ipn ficheuse pour la science que celle de
;e^ papiers, et elle est d'autant plus regret-
:dlile que, ne se contentant pas d'avoir exploré
e Maranham, i! ne fut pas plus tôt remis
i'une maladie dangereuse, qu'il se transporta
. îu Para avec plusieurs Français, et commença en
i'ègle l'exploration du fleuve des Amazones,
Dette ardeur de découvertes lui devint en réa-
lité fatale. Parvenu dans ces parages, il excita
'inquiétude de Martin Soarès, qui était accré-
lité par le gouvernement espagnol pour exa-
miner le fleuve et s'opposer aux entreprises que
es étrangers du nord pourraient former par
cette voie contre le Pérou ; l'alarme fut immé-
diatement donnée. Interrompant brusquement
son exploration, La Ravardière dut revenir dans
la cité naissante, et s'abriter sous le fort de
|Saint-Louis ; il en donna le commandement à
,M. de Pisieux, lieutenant générai, et se ré-
serva le commandement de la flottille qui était
mouillée devant l'île de Maranham; il était
temps de prendre ces précautions, mais elles de-
vaient être inutiles.
C'était l'époque où D. Diogo de Menezès, pre-
mier comte d'Ericeira, avait pourvu à la coloni-
sation du Piauhi et du Ceara avant de retourner
en Europe ; toutes ces régions du nord, délaissées
d'abord, préoccupaient le gouvernement espa-
gnol. Diogo de Campos et Hieronymo d'Albu-
querque reçurent l'ordre d'effectuer la conquête
de la colonie naissante fondée par les Français.
Après mille difficultés, nées surtout d'une marche
forcée à travers une région déserte , ils opérè-
rent leur jonction au mois d'août 1614, devant
IHle de Maranham ; mais ayant été abandonnés
par beaucoup d'Indiens et voyant de q>i^elles
ressources militaires pouvaient disposer les Fran-
çais, ils résolurent de temporiser et bâtirent le
LA RAVARDIÈRE 578
fort de Guaxeriduba, dans le but très-probable
de bloquer la nouvelle colonie. Inquiet de ce
voisinage inattendu, La Ravardière résolut d'at-
taquer les Portugais et de les déloger de leur
position; A la tête de deux cents Français et
de quinze cents Indiens de la nation des Tupi-
nambas, il présenta le combat à Jeronymo
d'Albuquerque, dans la matinée du 19 novembre
1614. Les forces de ce dernier étaient moins
considérables que les nôtres, et toutefois, malgré
des prodiges de vale^' 1 F çais succom-
bèrent. Voyant que l'avant; ;la journée ne
leur demeurait pas, leurs saii^\4;es alliés, battant
des mains, selon leur antique coutume, s'enfuirent
dans les forêts en entonnant le chant lugubre de
la retraite. Le jeune de Pisieux, qui avait com-
mandé l'attaque si valetireusement, venait d'être
lue, et les Français avaient perdu avec lui cent
quinze hommes, tandis que les Portugais ne
comptaient de leur côté que onze morts. Com-
prenant, trop tard, qu'il ne pouvait se maintenir
dans sa position, La Ravardière entama immé-
diatement des négociations avec Albuquerque
et Campos ; il s'agissait simplement d'abord
d'enterrer les morts. Bientôt des rappoits de
courtoisie du caractère le plus chevaleresque
s'établirent entre les deux camps ; il fut convenu
entre Albuquerque et La Ravardière que pour
l'occupation définitive du pays, on s'en rappor-
terait à la décision des deux couronnes ; le ca-
pitaine de Pratz partit pour Paris en compagnie
de Gregorio Fragoso, qui avait reçu ses instruc-
tions du capitâo mor, et Diogo de Campos se
dirigea sur Lisbonne avec un officier français
nommé Mathieu Maillard (1). Quelques mois s'é-
taient écoulés, lorsque Jeronymo d'Albuquerque,
ayant reçu de nouveaux renforts, intimait à La
Ravardière l'ordre de lui remettre les ou-
vrages militaires qu'il avait élevés dans l'île de
Maranham ; sentant probablement qu'il ne serait
pas soutenu par la cour, puisque déjà du vivant
de M. de Pisieux il était question de substituer
cet officier catholique an vieux soldat protes-
tant, La Ravardière se décida à ne pas prolonger
plus longtemps son séjour dans la colonie, qu'il
ne pouvait plus défendre. On était au milieu
de l'année 1615. La Ravardière demanda un
délai de cinq mois pour s'éloigner définitivement
du Brésil, et stipula qu'il recevrait une indemnité
pour les constructions qu'il laissait dans l'île, où
en effet des bâtiments considérables s'étaient
déjà élevés. Ces conditions ayant été acceptées,
il remit immédiatement à l'autorité portugaise le
fort d'itapary ou de S.-Jozé, qui s'élevait de-
vant le fort de Guaxenduba. Trois mois ne s'é-
taient pas écoulés que l'arrivée subite de Diogo
de Campos, avec sept navires et neuf cents
hommes de débarquement, hâtait la sortie des
(1) F'oy. à ce sujet les lettres de Malherbe et la cor-
respondance manuscrite de Peiresc; l'arrivée des Tu-
pinnmbas et leur baptême furent un véritable événe-
ment.
NOUT. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX.
(1) Le capitaine Maillard, qui s'était distingué à la
lournée du 19 novembre 1614, était de la ville de Salnt-
Malo; par l'ordre de La Ravardière 11 avait exploré l'in-
térieur du Maranbaro.
19
579 LA RAVARDIÈRE
Français de l'île. Ils durent évacuer la colonie
naissante , avec la vie sauve et en conservant
les biens qu'ils avaient pu acquérir; l'embar-
quement général des troupes et des colons eut
lieu le 3 novembre 1615, et le fort de Saint-Louis,
qui a imposé son nom à la capitale du Maran-
ham, venait d'être remis solennellementà Alexan-
dre de Moura, qui se trouvait alors investi du
commandement supérieur.
L'ancien lieutenant général de Louis XllI
dans les terres antarctiques ne s'embarqua
pas avec ses compatriotes. Au commencement
de 1616, il accompagna Alexandre de Moura à
Pemambuco, etde là passa à Lisbonne, d'où il fit
voile pour la France (1). La Ravardière résidait
parfois à Saint-Malo, où probablement il prenait
part aux expéditions maritimes qui sortaient
de ce port. En 1621 il fut nommé par ceux de
La Rochelle vice-amiral de la flotte protestante.
Il avait conservé les relations les plus intimes
avec Razilly : il était en 1629 vice-amiral de ce
brave marin, lorsqu'il alla tenter au Maroc le
rachat des esclaves chrétiens. Ferdinand Deinis.
Adoifo (le \arnhvtgeu, /Jistoria gérai do flraz-il; yi^-
ririd, 1854, t. I. — Warden, L'Jrt de vérifier les dates.
— Uiogo de Carnpos, Memoria para a fiistoria do Ma-
rankum, d^ns la Colleccdo de Noticias, t. I. — Abreu
etUms, Synopsis.— Fcrdin.ind Denis, Brésil. — Laurent
Fréjus, f^oyage au Maroc. — Ives d'Évreux, Voyage au
Brésil. — Claude d'ALbeville, id. — Santareni, Quadro
elemcntar. — Le Mercure français . — Haag, Latrance
Protestante, mu mot Latouche.
LARBER ( Giovanni ), médecin italien, né en
t703, à Crespano, mort le 14 mai 1761, à Bas-
sano. Sa famille était originaire du Tyrol méri-
dional. Il étudia la médecine à Padoue et à Rome,
et l'exerça depuis I737àBassano.Ses principaux
ouvrages sont : Trattato .<;opra le moite Acque
che da' monti discendono in Eventa, inséré
dans VAtlante storico d'Albrizzi ; — Discorsi
epistolari sopra i fuochi di Loria; Venise,
1756, in-4° ; — Anatomia Chirurgica ; Venise,
1758, 3 vol., fig., traduite de Palfin d'après
l'édition d'Antoine Petit; — Principii di Chi-
rurgia; MA., 1755, in-12, trad. de La Paye;
— La ChiTc . jia compléta seconda il Sisiema
de' moderni ; Bassano, 1758, 2 vol. in-12;
5"^ édi:»)., ibid., 1824; trad. de La Paye. Entre
autres <euvres inédites , il a laissé un Corso
compléta di Medicina pratica.
Son fils, Lareer ( Antonio-Nicolo-Alvaro),
né en 1739, à Bassano, où il est mort, en 1813, a
également pratiqué la médecine, et a publié :
Ricerche sopra le Febbri; Bassano, 1787,
3 vol. in-80, trad. de l'anglais de W. Grant
avec des observations originales. K.
LARCHER
58
(1) La Ravardière ne put jamais complètement ou-
blier les relions magnifiques de l'Amazonie, qu'il avait
jadis explorées, et 11 prétendit, quelques années plus tard,
aller fonder une nouvelle colonie dans le voisinage du
Para. La Bib. Imp. de Paris renferme, sous le n° 9350, des
pièces positives, qui attestent un commencement d'exé-
cution ; c'est une lettre patente de Louis XIJI nommant
MM. La Ravardière et Lendriers ses lieutenants gé-
néraux depuis le Qeuve des Amazones jusqu'à l'Ile de La
ïrtnlté,
P'ita e Opcre di Antonio Larber; 182B. — A. Albrizz
atlante storico, XXI. — B. Gamba, Bassanesi illustri.
Nuovo Dizionario Istorico, IX.
LARCHANT ( Nicolas de Grimonville )
poète latin moderne, né vers 1666, à Bayeuj
mort en mars 1736, à Vaux-snr-Seulle. Pe
après qu'il eut été ordonné prêtre, il fut nomm
principal du collège de Bayeux (1690 ) ; il com
posa la plupart des tragédies latines et française
que ses écoliers représentaient à la lin des cias
ses, et ce fut même la liberté qu'il se donna d
caractériser les chanoines et l'évêque de Bayeu
qui le fit, en 1706, interdire de ses fonctions,
alla prendre alors possession de la cure ç
Vaux, située aux environs de cette ville. On
de lui : Philotanus, s. d. ( 1720 ), in-12, trat
en vers latins du fameux poëme de l'abbé è
Grécourt ; — une Géographie ancienne,
Vie des Saints en vers latins, des Sermons <
quantité de pièces fugitives inédites. K.
Moréri, Dict. Histor.
Quérard, La France Litté
LARCHER (Pierre- Henri), helléniste frat
çais, né à Dijon, le 12 octobre 1726, mort à P
ris, le 22 décembre 1812. Issu d'une ancieuE]
famille dérobe et fils d'un conseiller au burea|
des finances , il fut destiné à la magistraturej
mais sa vocation l'entraîna vers une autre caij
rière. Après avoir terminé ses humanités chfj
les jésuites de Pont-à-Mousson, il vint, vers l'âg
de dix-huit ans, s'établir à Paris, dans le coUég
de Laon, où il pomsuivit tranquillement s(
études. H avait perdu son père de bonne heun
Sa mère, qui blâmait sévèrement sa détermina
tion, ne lui faisait qu'une pension de cinq cent
livres. Il vivait sur cette modique somme, et trou
vait même moyen de satisfaire ses goûts de bi
bliophile. Quelques années plus tard, voulant v
siter l'Angleterre, il vendit ses livres pou r subveni
aux frais du voyage. 11 savait très-bien l'anglai
et de 1750 à 1762 il traduisit divers ouvrages d
Pope, de Swift, de Pringle,de Home. Plus avid
de savoir que de réputation, il publia ces traduc
lions sous le voile de l'anonyme. Il ne se nomm
pas non plus en lête de sa version,peu élégante
mais exacte, de l'Electre d'Euripide. Saremar
quable traduction des ^înozn'i de Chéréas et d
Callirhoé parut aussi anonyme.Ce travail annor
çait un helléniste distingué. Si le style manque d
légèreté , les notes sont toujours instructives e
souvent agréables ; on y lit avec plaisir la f ra
duction des épigrammes grecqiies publiées pou
la première fois par d'Orville dans son commen
taire sur Chariton. Larcher semblait tout cntir
à ses paisibles études sur l'antiquité grecque
lorsqu'il se trouva engagé dans une polémiqin
avec Voltaire, qui venait de publier la l'hiloso
phie de l'Histoire. Quelques ecclésiastiques
amis de Larcher, le pressèrent de réfuter les as-
sertions hasardées ou tout à fait fausses dont c<
livre est rempli ; il y consentit, et fit paraître sor
Supplément à la Philosophie de l'Histoire,
opuscule excellent pour le fond , mais lourde-
ment écrit. Voltaire, qui ne pouvait conteste]
81
érudition de son adversaire, l'accabla de sar-
asmes plus grossiers que piquants, dans une
icétie intitulée : Défense de mon Oncle. Lar-
her répliqua par une Réponse à la Défense de
ion Oncle ; puis il eut le bon etjprit de com-
rendre que pour la plaisanterie sarcastique il
e pouvait lutter contre Voltaire , et il cessa
msquement la polémique. Voltaire reconnut
lus tard ses torts, et désira les réparer en soUi-
itant pour Larcher une place à l'Académie des
îscriptions. Des amis communs le prièrent de
abstenir d'nne démarche inutile : le savoir de
archer suffit pour lui ouvrir l'Académie, le
0 mai 1778. Trois ans plus tôt cette compagnie
vait couronné son Mémoii-e sur Vénus, tra-
lail remarquable, digne de figurer à côté des
[elles études de Heyne et de Winckelmann , sur
archéologie mythique. Sa traduction de VAna-
\ase ou V Expédition du jeune Cyrus de Xé-
tophon, publiée un peu plus tard, n'a que le mé-
ite d'une exacte intelligence du texte; elle ne
end ni la grâce facile ni l'élégante sirapHcité de
^original. Ces deux ouvrages de courte haleine
vaient été pour Larcher comme le délassement
'une œuvre beaucoup plus importante. Invité
lar des libraires de Paris à revoir une traduc-
ion manuscrite d'Hérodote, laissée par l'abbé
tellanger, il trouva cette version si imparfaite,
[u'il résolut d'en faire une nouvelle. Il se prépara
tarde longues études à cette difficile entreprise.
1 commença par coUationner le texte d'Hérodote
ur les manuscrits de la Bibliothèque royale;
)uis il recueillit dans les écrivains anciens, dans
BS voyageurs et les critiques modernes, tout ce
[ui pouvait éclaircir les obscurités de cet auteur,
întin, après quinze ans de travaux préparatoires,
I fit paraître en 1786 sa traduction accompagnée
l'un volumineux commentaire, qu'il enrichit en-
;ore et corrigea dans une seconde édition. La
;éographie et la chronologie avaient été surtout
'objet de ses minutieuses recherches. Cet ou-
n^age, d'abord trop loué, aujourd'hui trop dé-
laigné, est un des monuments les plus considé-
ables de l'érudition française au dix-huitième
iiècle. Sans doute la traduction , quoique géné-
•alemeut exacte, laisse beaucoup à désirer. Le
style lourd et terne de Larcher est tout l'opposé
le la diction vive et naturellement élégante
l'Hérodote, et ne permet pas même de soupçon-
ler ce délicieux mélange de naïveté et de finesse
jui constitue l'originalité de l'historien grec.
Wais telle est la difficulté de faire passer en fran-
çais cette antique beauté, qu'il faut être indul-
gent pour un traducteur qui, incapable de rendre
a forme de son auteur, nous en a du moins fidè-
lement transmis le sens. Son commentaire est
sncore bon à consulter quoique une connaissance
plus complète de l'Orient et de l'Egypte ait jeté
sur les récits d'Hérodote une lumière inattendue.
Si sa critique manque de profondeur et de n u-
veauté, elle est judicieuse et appuyée sur un
savoir étendu et scrupuleux. Pendant que Lar-
LaRCHER 582
cher s'occupait de la révision de son Hérodote,
la révolution éclata. 11 eut peu à souffrir de la
tourmente. Malgré ses opinions religieuses et
politiques très-opposées au nouvel état de choses,
il fut un des hommes de lettres qui reçurent du
gouvernement républicain des secours et des en-
couragements. Le décret du 3 janvier 1795 lui
alloua une somme de 3,000 livres. S'il ne fut pas
compris dans la première formation de l'ïnstiîut,
il y entra presque aussitôt (juillet 1796) à la
place de M. Silvestre de Sacy, démissionnaire.
Lors de la réorganisation de l'Institut , sous le
consulat, il fit partie de la troisième classe, qui
correspondait à l'ancienne Académie des Ins-
criptions. Quand l'université impériale fut cons-
tituée, le grand-maître Fontanes le nomma,
6 mai 1809, professeur de littérature à la Faculté
des lettres. Comme le vieil helléniste s'excusait
sur son grand âge, Fontanes le dispensa de faire
son cours, et, sur sa demande, lui donna Bois-
sonade pour suppléant. Larcher écrivait à cette
occasion à son ami Wyttcnbach : « Vous me
demandez comment je me porte , et ce que je
deviens. Je me porte aussi bien que peut se
porter un homme de quatre-vingt-quatre ans.
Apprenez de plus que je viens d'être fait doc-
teur es arts dans la nouvelle université impé-
riale; mais il me faut vous avertir qu'il y a
grande différence entre docte et docteur, et que
l'on peut être fort bien l'un sans l'autre. Si vous
en douiez, regardez-moi. En même temps j'ai
été nommé professeur de littérature grecque, et
comme je ne puis exercer par moi-même, l'on
m'a donné un suppléant. » Cette vieillesse ho-
norée et paisible se prolongea encore trois an-*
nées, et Larcher s'éteignit presque sans souf-
france, à l'âge de quatre-vingt-six ans.
On trouve dans les Variétés littéraires de
M. de Sacy quelques traits qui achèveront de
peindre la physionomie du vénérable helléniste :
« J'ai connn M. Larcher dans les derniers temps
de sa vie , dit M. de Sacy. Je crois le voir encore
avec son costume antique, son air sévère et le
siècle presque entier qui pesait i^u-i'^a tête. Qu'il
me paraissait vieux ! On était sûr de le rencon-
trer tous les jours, à la même heure, >,3sis au
pied d'un même arbre dansles jardins du Luxem-
bourg, en compagnie de sa bonne, presque aussi
vieille que lui. Ancien universitaire, M. Larcher,
par une simplicité que j'aime, avait conservé
l'habitude de se donner congé tous les jeudis;
et ce jour de congé il le passait dans les ma-
gasins de MM. de Bure, à causer avec eux des
nouvelles de la république des lettres, ou à fu-
reter, tant que ses forces le lui permirent, dans
leurs rayons chargés de vieux livres. Les jours
de jeûne et de pénitence, M. Larcher, devenu
très-bon catholique, avait inventé un moyen de
se mortifier qui ne pouvait être bon que pour
lui seul. Ces jours-là il ne lisait pas de grec, et
se réduisait au vil latin ». On a de Larcher : une
traduction de l'jfiec^re d'Euripide; Paris, I7r)î,
19.
583 LATICHER —
in-12; — une traduction du Discours de Pope
sur la Poésie pastorale ; dans les Lettres d'une
Sociélé; Paris, 1751, inl2 ; — trad. des Trans-
actions philosophiques de la Sociélé royale
de Londres (avec Roux , Buffon , Daubenton ) ;
dans le second volume de la Collection Acadé-
mique ; Paris, 1755; — trad. du Martinus
Scriblerus de Pope et d'un discours de Swift;
Paris, 1755; — trad. des Observations sur les
Maladies des Armées de Pringle; Paris, 1755,
177 1 , in- ; — trad. de V Essai sur le Blanchi-
ment des Toiles de Home; Paris, 1762, in-12;
— trad. de Chéréas et de Caltirhoé, de Chari-
ton, Paris, 1763, 2 vol. in-12 ; réimprimée dans
les tomes VIII et IX de la Bibliothèque des Eo-
mans grecs ; — trad. de l'Essai sur le Sénat
romain, de Chapman; Paris, 1765, in-12; —
Supplément à la Philosophie de l'Histoire;
Paris, 1767, in-8°; — Réponse à la Défense
de mon Oncle, smuie c?e V Apologie de Socrate,
traduite de Xénophon ; 1767, in-8°; — Mé-
moire sur Vénus ; Paris, 1775, in- ; — trad.
de VAnabase de Xénophon; Paris, 1778, 2 vol.
Jn-12; — Histoire d'Hérodote , traduite du
grec, avec des remarques historiques et cri-
tiques, un Essai sur la chronologie d'Héro-
dote, et une table géographique ; Paris, 1786,
7 vol. in-8°; Seconde édition, revue, corri-
gée et considérablement augmentée, à la-
quelle on a joint la Vie d'Homère attribuée
à Hérodote, les extraits de l'histoire de Perse
et de l'Inde de Ctésias, et le traité de la
malignité d' Hérodote, de Plutarque, le tout
accompagné de notes; Paris, 1803, 9 vol.
in-8°; — Remarques critiques sur les Éthio-
piques d'Héliodore; Paris, 1791, in-18. On a
encore de lui dans les Mémoires de l'Académie
des Inscriptions : Sur les Vases Théricléens ;
Sur les vases Myrrhins (tome XLIII) ; — Sur
quelques Epoques des Assyriens , en deux
parties ; — Sur les Fêtes des Grecs omises
par Castellanus et Meursius; sur une Jéte
particulière aux Arcadiens {t. XLV); — Sur
l'Époque de l'expédition de Ctjrus le jeune;
sur Phidon, roi d'Argos, où l'on concilie la
chronique de Paras avec la chronologie
d'Eusèbe ;surl'Arckontat de Créon{X. XLVI ) ;
— Sur les principaux Événements de Vhis-
toire de Cadmus; de l'Ordre équestre chez
les Grecs ; — Sur Hermias, avec V Apologie
d'Aristote ; sur quelqïies Fêles des Grecs omi-
ses par Castellanus et Meursius ; sur la
jSoce sacrée, ou la Fête du mariage de Jupiter
avec Junon ( t. XLVIII ) ; — Remarques
ëtymologiqïces sur V Etymologicum magnum
(partie hist. du XLVIF) ; — Mémoire sur le
Phénix, ou recherches sur les périodes as-
tronomiques et chronologiques des Égyptiens
{Académie des Inscriptions (nouvelle série),
t. I, 1815); — Sur l'Authenticité de la ha-
rangue de Démosthène en réponse à la lettre
de Philippe (t. II); — Sur l'Authenticité de
LARBIZABAL 584
l'origine de Rome telle qu'elle est rapportée
par Varron et par les écrivains grecs et ro-
mains (t. II); — Sur les Observations astro-
nomiques envoyées à Aristote par Callisthèm
(t. IV). L. J.
Boissonade, Notice sur Larcher, en tète du Catalogw
de sa Bibliothèque, 1813. — Dacier, Éloge de Ijircher,
d;in.i les Mém. de l'Acad. des Inscript, (nouv, série), t. V
LARCHEVÈQUE ( N***), sculpteur français,
né en 1721, mort à Montpellier, en 1778. Il passa
seize années de sa vie à Stockholm, où en 176(
on lui avait demandé le modèle de la statue d(
Gustave Wasa, destinée à être élevée devant la
cathédrale. Ce n'était qu'une figure pédestre,
mais hientôt son auteur fut chargé d'un groupi
plus important, la statue équestre A& Gustave-
Adolphe qui décore la place du château. Ce:
deux statues colossales ont été fondues par ui
Suédois nommé Meier. Ces travaux et les ser
vices qu'il avait rendus à l'art suédois en forman
plusieurs élèves de mérite lui valurent l'ordre d(
l'Étoile polaire, et lorsqu'il revint en France, ei
1776, il reçut le cordon de Saint-Michel. Il n(
jouit pas longtemps de cette distinction, étan
mort deux ans après. E. B — n.
j:rchiies de VArt français.
LARDIER (JeaH), théologien français, né
Châteaugontier, le 26 novembre 1601, mort a
même mois de l'année 1661 . L'histoire de sa vi
nous est bien peu connue : tout ce que nous ei
savons, c'est que, reçu profès de l'ordre de Fon
tevrault, le 17 août 1622, il exerça plus tard dan
sa congrégation la chnrge de visiteur. C'étai
un infatigable travailleur : il ne dormait, dit-on
qu'une nuit s\ir trois. Le recueil de ses ouvrages
restés tous inédits, et, nous le croyons du moins,
tous perdus aujourd'hui , occupait soixante -troi
volumes in-folio. Est-ce une perte digne de grand
regrets? Le t. XVIII des manuscrits d'Étienn.
Housseau ( Bibl. impér. ) nous offre un Ion
catalogue des œuvres de Lardier, qu'il nous pa
raît peu utile de reproduire ici : il suffit d'indi
quer où il se trouve. Nous y remarquons un
Apologie pour Robert d'Arbrissel, dont le P. d
La Mainferme et le P. Soris ont, dit-on, fa
usage. Quoi qu'il en soit, il est vraisemblabl
que cette Apologie aurait pour nous moins d'il)
térêt qu'un Inventaire des titres du collég
de La Flèche, en trois vol. infol., compilatio
qui contenait sans doute de très-utiles renseigni
ments sur quelques points obscurs de l'histoii
d'Anjou. B. H.
Notes manuscrites de l'abbé Drouin pour une Hii
du Coll. de Navarre (Bibl. Impér.). — B. Hauréau , Hii
Litt. du ni aine , t, IV, p. 39.
LARDiZABAL {Manuel de), homme pol
tique espagnol, né vers 1750, en Biscaye, où
est mort, à la fin de 1823. Après avoir fait part
du conseil suprême de Castille sous le règne c
Charles IV, il encourut l'inimitié du fameu
Godoï, tomba en disgrâce, et ne fut rétabli dai
ses titres et emplois qu'en 1808, lors de l'av
nement de Ferdinand Vif. Il accompagna <
585
LARDIZABAL — LARDNER
586
jrince à Uayonne, où il fut contraint, comme
Tiembre de la junte nommée par Napoléon, d'ad-
lérei- à la constitution qui établissait la royauté
le Joseph Bonaparte. Il ne tarda pas à se joindre
'i l'insurrection, et déploya, soit à Madrid , soit
il Aranjuez , beaucoup d'énergie pour soutenir
i!t organiser la résistance; mais quand il vit
lies idées de révolution s'introduire parmi ses
;ompatriotes , il rompit avec les cortès, se retira
i Alicante, et y publia en 1811 une brochure in-
itulée : Le Gouvernement et la Hiérarchie
TEspagne vengés. L'apologie qu'il y fit des
principes absolutistes faillit lui être fatale : après
ivoir échappé à la colère du peuple, qui s'était
imeuté contre lui, il fut arrêté, conduite Cadix
it destitué de ses fonctions de conseiller, il
esta dans cette situation jusqu'à la restauration
le 1814; à cette époque, Ferdinand Vil le rap-
)ela à la cour et lui donna le ministère des
niies. Impliqué peu de temps après dans une
ntrigue de palais , il fut arrêté par ordre du
ci , ainsi que ses amis Abadia et Calomarde,
!t détenu pendant longtemps dans la citadelle
le Pampelune.
Un général du même nom et appartenant à la
nême famille , Joseph Lardizabal , embrassa
ivec ardeur la cause de l'indépendance , et se si-
;nala au siège <ile Sagonte. Fait prisonnier en
812 à la prise de Valence, il fut envoyé en
i'rance, et subit une détention rigoureuse à Vin-
iennes. Il mourut quelques mois après son re-
ouren Espagne (1815), à l'âge de trente-sept
ms. P. L— Y.
Arnault, Jay. Jouy et Norvins, Biogr. nouv. des Con-
emp.
liARDNER ( Nathaniel ), théologien anglais ,
lé en 1684, à Hawkhurst, dans le comté de
Cent, mort dans la même ville, le 24 juillet 1768.
Il appartenait à une famille de dissidents, et lit
son éducation à Londres, sous le docteur Joshua
Dldfield, presbytérien zélé. 11 alla ensuite com-
pléter ses études dans les universités étrangères,
!t passa trois ans à Utrecht, oii il suivit les le-
;ons de Grœvius et de Burmann. Il retourna en
Angleterre en 1703, et se consacra dès lors pres-
pue uniquement aux études théologiques. A
l'âge de vingt-cinq ans, il débuta dans la chaire
'évangélique , et fut successivement chapelain
dans la famille de lady Treby et prédicateur de
la chapelle de la Vieille-Juiverie. Il obtint peu
ie succès à la chaire; mais ses traités lui valu-
rent la réputation d'un des premiers théologiens
de son temps. Son principal ouvrage , intitulé
Credibility of the Gospel Bistory ; 1727-1733-
11730-1743, 5 vol. in-8° , est une des plus solides
iréfutations des objections élevées contre l'authen-
ticité des Évangiles. Parmi ses autres traités on
remarque: A Letter concerning the question:
wheter the logos supplied the place qf the
hiLinan soûl in the person of Jesus-Christ?
1 7r)9 : l'auteur y professe nettement les doctrines
unitairiennes ou socinienues; — The History
of the Hereties of the first two centuries af-
ter Christ, containing an account of their
time , opinions , and testimonies to the books
ofthe J\ew Testament ; to which are prefixed
gênerai observations concerning hereties;
1780. Les Œuvres complètes deLardneront été
publiées par Kippis; 1788, Il vol. in-S". Z.
Klppls, Life of Nat. Lardner, en tête de ses OEuvres
complètes. — Chalmers, General Biogr. ûict.
* LARDNER ( Diomjsius ), mathématicien et
écrivain scientifique anglais , né à Dublin , le
3 avril 1793. Fils d'un procureur (solicitor), il
fut placé à l'âge de quatorze ans dans l'étude de
son père pour s'y former aux affaires. Mais, cé-
dant à son goût pour les sciences , il entra à
Trinity Collège, à Cambridge, et prit ses de-
grés en 1817, en continuant de résider à l'uni-
versité, comme un de ses membres, jusqu'en
1827. Dans cet intervalle, il publia plusieurs
traités de mathématiques dans l'Encyclopédie
d'Edimbourg et l'Encyclopédie Métropoli-
taine. Il donna devant la Société royale de Du-
blin une série de Lectures ou leçons scientifi-
ques, pour lesquelles, outre la rétribution d'u-
sage, il obtint nne médaille d'or. En 1828 il
retoucha ces leçons, et les publia en un volume
sous le titre de « Traité de l'Application de la Va-
peur » (Lectures on the Steam- Engine ). Cet
ouvrage, le premier exposé populaire des moyens
découverts et employés en mécanique, eut beau-
coup de succès , et , amélioré d'année en année
d'après les progrès de la science , il est aujour-
d'hui à sa neuvième édition. Dans l'une des
plus récentes il réfute une assertion que les
journaux d'Angleterre et d'Amérique avaient
largement propagée, à savoir, que le docteur
Lardner avait affirmé en 1828 qu'il serait im-
possible de traverser l'océan Atlantique à l'aide
de la vapeur; il établit que justement il avait dit
le contraire. En 1827, lors de l'établissement de
l'université de Londres, le docteur Lardner, sur
l'invitation de lord Brougham ( qui bien que déjà
célèbre n'était pas lord à cette époque) , accepta
la chaire de physique et d'astronomie, et alla
s'établir à Londres, où il publia un Discours ou
dissertation sur les avantages de la physique,
et un Traité analytique de Ti'igonométrie
plane et sphérique. 11 conçut alors le projet
d'une vaste encyclopédie populaire, à laquelle
devaient collaborer les écrivains les plus distin-
gués dans les diverses branches de la science,
des arts et des lettres. Il obtint le concours des
premiers hommes d'Angleterre , Scott, Southey,
Mackintosh, Moore, Herschell, Brewster, Powell,
Lindley, etc., et l'entreprise commença en 1830.
C'est de tous ces travaux réunis qu'est résultée
la collection connue sous le titre de Lardner's
Cabinet Cyclopxdia, 135 vol. in-12, 1830-1844,
dont plusieurs ouvrages sont du premier mérite
et très-populaires. Le docteur Lardner y fournit
divers traités s,mtï Hydrostatique, la Pneuma-
tique, la Chaleur, l'Arithmétique et la Géomé'
587 LARDNER — LA
trie. De 1830 à 1840 il fut souvent employé,
par des compagnies de chemins de fer, à pré-
parer des rapports qui devaient être soumis au
parlement ; ce qui ne l'empêcha pas de fournir
de temps en temps des articles scientifiques à la
Revue ci' Edimbourg et autres publications pério-
diques. En 1840 survint dans sa vie un événement
fâcheux. Un procès lui fut intenté pour l'enlève-
mentd'une femme mariée. Il fut condamné à payer
au mari une somme très-considérable, 8,000 liv.
st. (200,000 fr.) , et, en raison du scandale et de
la publicité, obligé de quitter l'université de Lon-
dres. Après avoir passé quelque temps en France,
il résolut de faire un voyage aux. États-Unis. Sa
réputation scientifique l'y avait précédé , et il fut
accueilli avec distinction. Il commença par donner
à Boston une série de lectures ou leçons sur
diverses branche des sciences, à cinq dollars
pourcliaque souscripteur. L'affluence futconsidé-
rable; car les Américains, avec leur esprit pra-
tique, ont le goût le plus vif pour les expositions
scientifiques. 11 parcourut ensuite toutes les villes
un peu importantes de l'Union, variant, suivant
les localités, la nature de ses leçons, et partout
il obtint le plus grand succès de réputation et
d'argent. L'auteur de cette notice se trouvait
alors à New-York, et le nombre des auditeurs
dépassait douze cents pour un de ces cours.
Comme ils furent répétés souvent dans les
grandes villes de commerce ou de manufactures,
le produit total a dû atteindre un million de
francs (200,000 dollars). Recueillies plus tard,
et publiées à New-York en deux gros volumes,
ces lectures ont eu plusieurs éditions successives.
A son retour en Europe, en 1845, M. Lard-
ner s'établit à Paris, où depuis il a toujours
résidé. Ses travaux n'y ont rien perdu de leur
activité. En 1850 il publia un ouvrage très-
soigné sur les chemins de fer, intitulé : Railway
Economy. En 1851 il écrivit pour le London
Times une série d'articles relatifs à la grande
exposition, réunis depuis en volume. Il entre-
prit ensuite une série de cours élémentaires,
sous le litre de : Manuel de Physique et d'As-
tronomie, dont la seconde édition en 6 vo-
lumes a paru en 1855. H commença en 1853,
sous le titre de : Muséum of Science and
Art , une autre série de petits volumes à très-
bon marché sur les diverses parties de la science
et leurs applications aux arts et à l'industrie.
Celte série est complète aujourd'hui, en 12 vo-
lumes in-12, et il y traite successivement des
planètes , comètes, tremblements de terre, vol-
cans, télégraphie électrique, horlogerie, chemins
de fer, navires à vapeur, machines etc., et, sous
le titre de Common Things , il y développe di-
verses questions de physique sur l'air, l'eau,
la chaleur, etc. « C'est un des ouvrages, dit sir
David Brewster dans la North British Beview,
les plus intéressants et les plus utiles qu'on ait
publiés pwjr l'instruction scientifique de toutes
les classes de la société. » De 1854 à 1856, le
RENAUDIÈRE
58t
D"^ Lardner a publié, en format in-8", les traité
suivants, anciens ou nouveaux , avec un granc
nombre d'illustrations : Manuels de Physique
de Pneumatique, d' Hydrostatique, delà Cha
leur, d'Optique, de Mécanique , d'Éleclri
cité, de Magnétisme et d'Acoustique. Le doc
leur Lardner est un des savants qui ont le plu:
contribué à populariser la science. J. Chanut
lUen ofthe Time, — Biography {English Cyclopœdia]
— Notes partinilléres.
LA REiL.%NDiKRE ( René Brion DE ), chiiur
gien français , né à Thouars, vers la fin du sei
zième siècle. Il exerça sa profession dans sa vill
natale, et écrivit un ouvrage curieux intitulé
Anatomie, en vers français, contenant l'Os
téologie, Myologie et Angéiologie; Chinon
1668, in-12, et publié par les soins de son fils
<< On ne peut qu'être étonné , dit Jouyneau de
Loges à ce sujet , de la patience de l'auteur
faire cinq ou six mille vers , tels quels , mai
tous alexandrins , pour décrire toutes les partie
de la frêle et compliquée machine humaine
Je me contenterai de remarquer qu'il y compt
244 os , savoir 59 dans la tête. Cl dans le tronc
62 aux deux bras, et autant aux deux jambes
René Brion prétend , dans sa prélat ? , que le
élèves peuvent apprendre une science plus faci
lement en vers qu'en prose, les préceptes si
gravant mieux dans la mémoire. P. L — y
Hist. Littér. du Poitou, III, 531-532.
LA RENACDIE. Voy. ReNAUDIE Ct FrAN
çoisii,Toi de France.
LA RENAcniËRE ( PhiUppp-François de)
géographe français , né à Vire, en Normandie
dans l'année 1781, mort en février 1845. Il s'a
donna d'abord à la poésie^ et Chateaubriand in
sera dans son Génie du Christianisme ui
morceau extrait d'une Description de la Fête-
Dieu au hameau, que La Renaudière avait com
posée bien jeune encore. 11 devint président di
tribunal de Vire, et cessa ses chants poétiques
S'étant lié avec Malte-Brun, il prit, dans ses re
lations avec ce célèbre géographe, le goût de h
géographie, et quitta la magistrature pour s'a-
donner à cette science. Ses principaux écrits
sont : Dissertatio de Alpibus ab Annibalt
superatis; Paris, 1823, in-8°; sur un passage di
Tite-Live; — Notice sur la rivière de Mexico,
suivie d'un Coup-d'œil historique sur le.
derniers événements qui s'y sont succédé dC'
puis 1810; Paris, 1824, in-8°; — Voyagi
dans le Timani, le Kouranko et le Souli
mana, par le major G. Laing, trad. de l'anglais
(avec Eyriès); 1826, in-8". Il a mis en tête
de cetle traduction un Essai sur les Progrès
de la Géographie de l'intérieur de l'Ajriqut
et sur les principaux Voyages de Découvertes
qui s'y rattachent; — Voyages et Décow
vertes dans le nord et dans les parties cen-
trales d'AJrique, par Denham , trad. de l'angl,
(avec Eyriès); 1826, 3 vol. in-8»; — Se-
cond Voyage dans l'intérieur de l'Afrique.
589
LA RENAUDIÈRE
depuis le golfe de Bénin jusqu'à Sackatou ,
trad. de l'anglais de Claperton ( avec Eyriès ) ;
1829, 2 vol. in-8°; — Coup d' œil sur Vélat ac-
tuel de la Littérature anglo-saxonne, par
Th. Wright, trad. de l'anglais ( avec le même ),
1836, in-8=; — Mexique; 1843, in-8° : fait
partie de l'Univers pittoresque. — II a rédigé,
avec MM. Balbi et Huot, V Introduction his-
torique, suivie d'un Aperçu de la Géographie
ancienne, qui ^véch\^ Y Abrégé de géographie
«Hiî;e/'seiZe de Malte-Brun; 1837 et 1842, in-8°.
Il a coopéré à la Décade philosophique et au
Publiciste, et a été, avec MM. Eyriès, Malte-
Brun, Klajiroth, Walkenaër et Al. de Humboldt,
l'un des principaux rédacteurs-directeurs des An-
nales des Voyages depuis 1823; 1826-1839,
54 vol. in-8". On remarque de lui dans cet impor-
tant recueil une Description de Poulo-Pinang ;
(t. XIII) ; — une Notice sur le royaume de Ke-
dah (ibid.) ; — une Notice sur le royaume de
Mexico (ibid.); — un Tableau de la Boucharie
(t. XXXI). Ses articles dans la Galerie Histo-
iHque sont signés Ph., Ph. L. R. et D. L. Se-
crétaire de la Société de Géographie, La Renau-
dière a dirigé le Bulletin de cette société, dans
lequel i! a. inséré des analyses d'ouvrages. Il col-
labora à la Revue britannique, et il a fourni des
notes au Voyage de Christophe Colomb, traduit
de Navarette par MM. Ch. de Verneuil et de La
Roquette Guyot de Fère.
Dnctiments particuliers. — Quérard.ta France Litt.
L4RËVELLIÈRE DE LÉPEAUX (1) {LOUiS-
Marie de), célèbre homme politique français, né
à Montaigu, en bas Poitou, le 25 août 1753, mort
à Paris, le 27 mars 1824. Il était le dernier des
trois enfants du maire de Montaigu. Son frère
aîné, qui au moment de la révolution de 1789
était conseiller au présidial d'Angers, prit ou-
vertement , mais avec beaucoup de mesure, le
parti de cette révolution, entra dans la nouvelle
magistrature, et périt sur l'échafaud à Paris, pen-
dant la terreur, comme convaincu devant le tri-
bunal révolutionnaire de fédéralisme et de mo-
dérantisme. A la même époque, leur sœur, ca-
tholique ardente et royaliste dévouée, se faisait
remarquer de son côté par le courage avec le-
quel elle exposait sa fortune et sa tête pour
sauver une fouie de chefs vendéens et de prêtres
compromis dans la guerre civile de l'Ouest. Pour
lui, attaché dès sa jeunesse aux idées philoso-
phiques et républicaines , disciple fervent de
J.-J. Rousseau, admirateur de la liberté anglaise
et de la nouvelle société américaine, il était des-
tiné à jouer un rôle dans la révolution française
par cela même qu'elle éclatait avant qu'il eût
accompli le projet qu'il avait formé d'aller vivre
(1) D'après son acte de naissance , que nous avons eu
sous les yeux, 11 se nommait De Larevelliére. Ses parents,
pour le distinguer de son frère aine, lui donnèrent, selon
l'usage du temps, le nom de Lépeaux, qui était celui
d'un petit domaine de sa fiiraiUe. A partir de la révolu-
tion, il signa LnrevelUère-Lépeaux.
- LAREVELLIÉRE 590
en Suisse ou aux États-Unis, pour y chercher
un état social plus conforme à ses opinions et à
ses sentiments. Bien qu'entourée d'affection
dans sa famille , l'enfance de Larevéllièie ne fut
pas heureuse. Né faible et maladif, il eut le mal-
heur d'être confié, pour la première éducation,
aux soins d'un prêtre d'un extérieur douce-
reux, mais d'un caractère irritable , qui frappait
souvent son élève, enfant intelligent, mais opi-
niâtre : son épine dorsale se déforma, et il devint
contrefait. Après avoir poursuivi et terminé ses
études au collège de Beaupréau , en Anjou , et
chez les oratoriens d'Angers , et fait son droit
dans cette dernière ville , il vint à Paris avec son
frère aîné pour suivre le barreau, et se m.it à
travailler chez un procureur. Mais son dégoût
insurmontable pour la procédure, et en général
pourla jurisprudence, fut favorisé par l'indulgence
de son patron et encouragé par le dévouement
de son frère, qui travaillait pour deux et gagnait
ainsi leur double pension. Les langues vivantes,
la philosophie , les arts furent à la fois l'objet de
ses actives préoccupations , et au bout de quel-
ques années il retourna dans sa province, l'in-
telligence agrandie et cultivée , mais sans s'être
fait un état. Ce désavantage, joint à son peu de
fortune et à l'irrégularité de sa taille, ne l'em-
pêcha pas de faire en Anjou, où il se fixa, un
mariage honorable et assez avantageux. Sa
femmen'était qu'une cadette, et ne lui apporta pas
une grosse dot; mais elle avait une instruction
solide et variée , et lui donna le goût de l'histoire
naturelle, qu'elle cultivait avec ardeur, et à la-
quelle il était jusque alors resté étranger. Ils vi-
vaient à la campagne et dans une obscurité assez
complète, lorsqu'une société d'amateurs, dont
Larevelliére faisait partie, l'engagea à faire à An^
gers un cours public de botanique. Ce cours fitt
événement, moins par le fond de l'enseignement
que par le talent de parole qu'il révéla chez le
professeur. Il se vit dès lors désigné aux suffrages
des électeurs ; car la convocation des états gé-
néraux approchait. Le tiers état de la séné-
chaussée d'Angers l'élut au même titre et en
même temps que Volney. Arrivé à Versailles,
Larevelliére se fit remarquer dès les premiers
jours par sa vive opposition au parti de la cour,
et vota à peu près |constamment avec la gauche
de l'Assemblée constituante jusqu'à sa dissolu-
tion. Cependant on a remarqué plus tard une
prédiction singulière , contenue dans un discours
où son penchant pour les institutions républi-
caines était, du reste, fort clairement indiqué.
« Le jour, disait-il, où la France perdra son roi,
elle perdra aussi sa liberté. »
Larevelliére se lia dès les premières séances
de l'Assemblée constituante avec un député de la
Picardie, De Buire (1), ancien officier, homme
(1) Louls-Marie-Nicolas Pincepré de Bnlre, né à Péronne,
le 15 février 1730, mort à Paris, le 22 avril 181G, entra fort
jeune dans un régiment d'artillerie, et assista, à l'âge de
dix-sept ans, au siège et à la prise de Berg-op-Zoom par
591
LAREVELLIÈRE
âgé et d'un aspect vénérable, qui, prévoyant
dès lors les déchirements et les proscriptions
qui n'arrivèrent que trop vite, et remarquant
l'ardeur de son ami, lui prédit qu'il serait pros-
crit et le somma de venir alors lui demander
asile , ou de renoncer pour toujours à son amitié.
Pendant l'Assemblée législative Larevollière fut
élu juré à la haute cour nationale, plus tard
adjudant général des gardes nationales dans
l'ouest, puis administrateur du département de
Maine-et-Loire. Il fit en cette qualité des tour-
nées patriotiques dans la Vendée en fermenta-
tion , que lui et ses amis politiques essayèrent
vainement par leurs discours de rallier à la cause
de la révolution. La Convention vint : Larevel-
lière y fut élu , ainsi que ses deux plus intimes
amis, Pilastre et Leclerc (de Maine-et-Loire),
qui déjà avaient siégé près de lui aux étals gé-
néraux. Quoique plein d'admiration pour les ta-
lents oratoires des Girondins et de sympathie pour
les qualités aimables de beaucoup d'entre eux,
Larevellière ne s'associa cependant pas à leur
politique, si l'on peut dire qu'ils en eussent une.
Son attitude fut plus franchement révolution-
naire : il fit décréter, par représailles contre le
manifeste du duc de Brunswick, que le peuple
français viendrait en aide à tous les peuples qui
voudraient recouvrer leur liberté, et croyant
fermement Louis XYI coupable de parjure et de
trahison, il n'hésita pas, dans le procès du roi, à
voter pour la mort, sans appel et sans sursis.
Adveisaire dès l'origine de la commune de Pa-
ris et de ce qu'il appelait Vexécrable députa-
tion de cette ville, il croyait qu'on ne pouvait
combattre la Montagne avec succès qu'en lui
disputant le privilège de l'énergie dans la dé-
fense de la révolution, et en effet, au 10 mars
J1793, lors du premier essai des montagnards
pour se saisir du pouvoir exécutif, il s'attaqua
corps à corps à Danton avec une heureuse au-
dace, et fit échouer à lui seul sa tentative. Mais
ce succès fut éphémère; les propositions de la
Montagne furent bientôt reproduites et votées;
deux mois et demi plus tard, lors de la chute
des Girondins, Larevellière, qui se joignit à
Lanjuinais avec la plus grande énergie contre
ce coup d'État populaire, fut réduit à protester
en s'écriant : « Nous irons tous , tous en pri-
son ! » Journellement reproduites après le 31 mai,
ces protestations, qu'il ne pouvait plus faire à
la tribune qu'appuyé sur les bras de ses deux
amis, épuisé qu'il était parla maladie et les émo-
tions, amenèrent bientôt contre lui un décret
d'arrestation , presque aussitôt converti en mise
hors la loi.
Proscrit et fugitif, Larevellière trouva un prcr
inier asile à l'ermitage de Sainte-Radegonde, dans
la foiét de Montmorency, chez le naturaliste
le mareclial de Lowcndahl. Larevellière donne dans ses
Mé7iioirc$ d'iiitércssants'délaUs sur cet homme respec-
table.
592
Bosc, courageux ami de M"* Roland et de tous
les Girondins, dont le dévouement ne se démentit
pas dans ces moments terribles. Bientôt, sommé
par De Buire de tenir sa promesse, il alla cher-
cher un autre refuge chez ce vieillard généreux,
et n'y parvint qu'à travers mille périls. La femme
et la fille de Larevellière étaient alorsdans l'ouest,
dans une position non moins critique. La réac-
tion qui suivit le 9 thermidor les sauva d'abord,
les réunit plus tard à Paris, et plus tard encore
ramena Larevellière dans la Convention. Plein
d'éloignement et de défiance pour les thermi-
doriens et non moins hostile à la léaction roya-
liste , Larevellière eut dès sa rentrée dans la vie
publique l'occasion de défendre contre les excès
de cette double influence ses anciens persécu-
teurs de la Montagne. Nommé membre de la
commission des onze, qui rédigea la constitution
de l'an m, il s'y lia avec DaUnou, dont il resta
jusqu'à sa mort l'admirateur et l'ami. L'un des
derniers présidents de la Convention, et premier
président du Conseil des Anciens , Larevellière ,
quand eut lieu l'élection des membres du Direc-
toire exécutif, fut nommé à l'unanimité moins
deux voix (1). Il hésita beaucoup devant la res-
ponsabilité du pouvoir; mais une fois qu'il l'eut
acceptée , il voulut rester à son poste jusqu'au
bout , et ce ne fut qu'avec une peine infinie
qu'on put lui arracher sa démission au 30 prai-
rial an vu, journée qui près de quatre ans plus
tard vint terminer la véritable existence du Di-
rectoire. Les deux points auxquels on rattache
le plus habituellement le nom de Larevellière
dans la pohtique de ces quatre années sont
la théophilanthropie et le 18 fructidor. La pre-
mière ne fut qu'une tentative avortée pour réa-
liser dans un culte public les principes de la re-
ligion naturelle, et cette tentative ne pouvait
guère manquer de se produire, à titre de réac-
tion provoquée par les saturnales du culte de la
raison. Aussi eut-elle lieu bientôt après le 9 ther-
midor et avant l'installation du Directoire. Elle
fut l'oRuvre d'hommes en général assez obscurs,
et dont l'un au moins mérite d'être plus connu :
c'était le frère du célèbre minéralogiste Haùy,
et l'inventeur des procédés actuels d'éducation
des jeunes aveugles. Lorsque la constitution de
l'an lii eut créé un gouvernement en apparence
stable et régulier, les fondateurs du nouveau culte
se tournèrent vers le nouveau pouvoir pour en ob-
tenir un appui , sans lequel rien ne semble avoir
le droit d'exister en France. Ils n'auraient ren-
contré que dédain ou indifférence à peu près
complète sans Larevellière. Mais aux yeux de
celui-ci la république ne pouvait se fonder que
sur la famille , la famille que sur une morale aus-
tère , et il ne pouvait méconnaître que cette mo-
rale elle-même n'avait de sanction possible que
dans le sentiment religieux, exprimé en commun
(1) La sienne et celle de Pilastre, qu'il avait prié de ne
point voter pour Inl. ,
593
LAREVELLIERE
594
par le culte. Ce culte il l'eût voulu aussi simple
que possible, redoutant, autant ou plus encore
que tous les hommes de cette époque, l'influence
d'un clergé fortement et hiérarchiquement cons-
titué, qui fait corps dans l'État, et qui devient
l'arbitre de tout ce qui ne rentre pas dans les
intérêts purement matériels de la société.
Cette sorte de rationalisme politique, comme
on l'eût appelé plus tard , se trouve développé
dans un écrit qu'il lut à la classe des Sciences
morales et politiques de l'Institut, où il avait été
appelé dès la formation de ce corps , et qui fut à la
fois très-remarque, comme émanantd'un membre
du gouvernement, et fort mal accueilli, tant par
les amis de l'ancien régime que par ceux de la
révolution, presque tous plus ou moins attachés
à la philosophie matérialiste du dix-huitième
siècle. Quant aux théophilanthropes , qui sem-
blaient mettre cette doctrine en pratique, Lare-
vellière, étranger à la rédaction de leurs petits
livres, ne leur donna ni direction ni conseils, et
se contenta de les favoriser en leur faisant accor-
der la jouissance de quelques édifices publics
pour leur culte , et en leur faisant obtenir des
secours sur les fonds de la police secrète , qui
n'ont pas toujours eu, sous nos divers gouver-
nements , une destination aussi exclusivement
immorale que bien des gens le supposent. Les
églises de Paris, abandonnées et fermées depuis
la terreur, souvent converties en magasins de
fourrage ou d'effets militaires , n'avaient pas en-
core été rouvertes. Saint-Su Ipice et quelques
autres d'entre elles devinrent le lieu des réunions
décadaircsdes.théophiianthropes, dont les progrès
furent peu rapides, et que le gouvernement con-
sulaire supprima par un arrêté, au moment où
ils semblaient prendre quelque essor en pré-
sence du rétablissement officiel de la religion de
l'ancienne monarchie.
La théophilanthropie devint à l'égard de Lare-
vellière la source d'une foule de calomnies, gros-
sies de toute la puissance du ridicule. 11 était
membre d'un gouvernement peu respecté, comme
tous ceux qui en France ont dû laisser discuter
leurs actes et affronter l'assaut journalier d'une
presse qui n'était qu'irrégulièrement comprimée.
Aussi, à grand renfort de caricatures, on fit de
lui un illuminé, un rival du pape, et le grand-
prêtre d'une théocratie nouvelle ; car il offrait
peu de prise d'autre part, par la fermeté de son
attachement à la république, sa probité, et la
simplicité de sa vie. C'était en effet au Jardin
des Plantes, dans la famille patriarcale des
Thoiiin , qu'il passait le peu de moments que
les Directeurs pouvaient dérober aux affaires
publiques; car une activité excessive leur fut
longtemps imposée par l'épouvantable désorgani-
sation dans laquelle ils avaient trouvé la France.
La constitution de l'an m avait établi sur le
papier une république symétrique et rationnelle :
la pratique vint bientôt prouver que les rouages
n'en étaient pas assez fortement trempés pour
I supporter l'effort des passions violentes qui de-
vaient s'agiter dans ce cercle. Une lutte s'établit
entre la majorité du Directoire et la majorité des
Conseils. La dernière, modifiée par les élections,
dérivait rapifiement vers la mouarchie ; la pre-
mière, par devoir comine par intérêt, tenait
très-haut le drat>eau de la révolution. Rien de
moins sûrement établi cependant que cette ma-
jorité du Directoire. Si Larevellière et Rewbell
en faisaient la base , elle n'était maintenue que
par le concours de Barras, dont la défection eût
fait pencher la balance vers les Clichiens s'il
s'était réuni à Carnot et Barthélémy. C'est dans
cette situation violente et périlleuse, où les deux
partis méditaient l'un contre l'autre une agres-
sion extra-constitutionnelle, le pacte social n'of-
frant point d'issue à ce conflit, que le coup d'État
du 18 fructidor fut résolu. Il réussit comme tous
les autres ont réussi , mais comme palliatif et
non comme remède; car s'il fît vivre la révolu-
tion menacée, il ne pouvait sauver la liberté.
Larevellière était alors président du Directoire,
et la cheville ouvrière du gouvernement. Rew-
bell et lui se défiaient au plus haut point de
Barras, sans pouvoir s'en passer. Celui-ci, d'ac-
cord avec eux sur la nécessité de prévenir l'at-
taque imminente des Conseils, insistait ponr
soulever les faubourgs, ce qu'ils repoussaient
d'une manière absolue. Ce fut Larevellière qui
fit prévaloir l'emploi de la force militaire, non
qu'il l'aimât, mais comme le seul instrument
dont on pût régler l'action et la restreindre au
but qu'on voulait atteindre. Aussi cette journée
fut la première, après tant de luttes sanglantes,
où tout se passa sans désordre matériel; mais
le prestige, si faible qu'il fût, de l'inviolabilité
constitutionnelle demeura anéanti, et le couran-
se reporta vers les passions anarchiques avec R
même rapidité qu'il s'était dirigé jusques là vers
les maximes et les intérêts de l'ancien régime.
La corruption de Barras, les désastres de l'Ita-
lie, la stérile turbulence du Conseil des Cinq
Cents amenèrent la journée du 30 prairial. La
chute de Treilhard, Merlin de Douay et Lare-
vellière en fut !a conséquence. Moins de cinq
mois après, le 18 brumaire arriva. Comme il
est d'usage quand une autorité est renversée,
une accusation fut intentée contre les Directeurs
déchus. Larevellière y répondit avec une grande
fermeté, et soutint qu'assailli avec violence par
les royalistes d'abord et par les anarchistes en-
suite, le Directoire avait eu le droit et le devoir
de défendre contre eux la république. Il termina
sa justification en disant que <' dans aucune cir-
constance de sa vie il ne plierait son langage et
ses actions au gré des partis, ni pour obtenir
leurs faveurs ni pour sauver sa tête. » Les dé-
nonciations furent rejetées, et Larevellière ren-
tra dans la vie privée. 11 était resté membre de
l'Institut, où une sorte d'opposition philoso-
phique et libérale s'était maintenue sous le con-
sulat, quoique dans le remaniement de ce corp$
â95
LAREVELLIÉRE
596
la classe des Sciences morales et politiques eût
été supprimée. Quand vint l'enipire et que le
serment était demandé, Larevellière le refusa, fut
déclaré démissionnaire, et se retira avec une
fortune des plus modiques dans une petite pro-
priété qu'il acheta dans les landes de la So-
logne (1). 11 y passa plusieurs années, occupé de
l'éducation de son fils, ayant l'histoire naturelle
pour distraction, et recevant de temps en temps
la visite de quelques amis éprouvés, tels que le
poète Ducis. Revenu à Paris vers 18 lO pour sur-
veiller les études de son fils , il reçut de l'em-
pereur, par l'intermédiaire de Fouché et de
Daunou, l'offi'e d'une pension, qu'il refusa. Dans
sa constante opposition à Napoléon, n'ayant pas
Toté l'acte additionnel dans les Cent Jours, il ne
fut point atteint comme conventionnel par la loi
de bannissement de 1816, et mourut paisiblement,
dans sa soixante-on/ième année. Le musée d'An-
gers, fondé par Larevellière, possède un très-
beau portrait de lui, ouvrage de son ami le
peintre Gérard. Le ciseau de David (d'Angers),
qui avait épousé sa petite-fille, a aussi reproduit
ses traits dans sa vieillesse.
Larevellière a laissé des Mémoires importants,
qui n'ont pas encore été publiés, et qui manquent
à l'histoire de la république directoriale, his-
toire encore à faire malgré plus d'une publica-
tion récente. MM. Thiers et de Lamartine en ont
eu néanmoins connaissance, et les citent dans
Y Histoire de la Révolution et dans celle des Gi-
rondins. Outre un petit nombre d'articles donnés
aux journaux, Larevellière a publié : Réflexions
sur le Culte, sur les Cérémonies civiles et sur
les Fêtes nationales, lues àV Institut le il flo-
réal an Y ; Paris, an v, in-8° ; — Essai sur
ils moyens de faire participer l'universalité
des spectateurs à tout ce qui se pratique
dans les Jêles nationales, lu à la classe des
Sciences morales et politiques de l'Institut
national le 22 vendémiaire an VI; Paris,
an VI, in-8° ; — Discours prononcé à la fête
de la république, le 1" vendémiaire an VI;
iu-8"; — Discours prononcé à la cérémonie
funèbre exécutée en mémoire du général
Hoche, au Champ de Mars, le 10 vendémiaire
an '7; in-S" ; — Du Panthéon et d'un Théâtre
national; Paris, frimaire an vi, in-8°. Des
exemplaires de ces cinq opuscules ont été réunis
à divers écrits de J.-B. Leclerc, avec un fron-
tispice portant : Opuscules moraux de L.-M. Re-
vellière- Lé peaux et de J.-B. Leclerc; — Ré-
ponse de L.-M. Revellière-Lépeaux aux dé-
nonciations portées au Corps législatif contre
lui et ses anciens collègues; 15 thermidor
an vil , in-8°. Larevellière a fourni aux Mé-
moires de l'Académie celtique : Notice des Mo-
numents celtiques visités dans le départe-
ment de Maine-et-Loire, par Larevellière- Lé-
(1) La Rousselière, commune d'Ardon, arrondissement
d'Orléans.
paux, J.-B. Leclerc et Urbain Pilastre, en
octobre 1806 (tom. II); — Lettre sur une
hache de pierre et autres monuments drui-
diques (ibid.); — Notice du Patois vendéen,
stiivie de Chansons et d'iin Vocabulaire ven-
déens (tom. 111). Entin, les Annales du Mu-
séum d'Histoire Naturelle contiennent de lui
une Notice sur divers objets trouvés dans une
tourbière de la commune de Buire [ Sommel,
(tom. IX, 1807).
Son fils unique, Ossian, né à Paris, le 1*'^ avril
1797, n'a exercé aucune fonction publique. S'é-
tant présenté en 1820 devant la cour royale de
Paris pour prêter le serment d'avocat, le pre-
mier président Seguier et le procureur général
Bellart, égarés par leurs passions politiques,
s'opposèrent à son admission , sous l'étrange
prétexte que son prénom ne pouvait être porté
légalement. Le garde des sceaux de Serre laissa
sans réponse la réclamation qui lui fut adressée
à ce sujet, et la censure ne permit pas aux jour-
naux de parler de cette affaire. Après s'être oc-
cupé de l'étude des langues vivantes et d'histoire
naturelle, notamment de botanique et de géolo-
gie, M. Ossian Larevelhère a fait de nombreux
voyages en Europe , et a visité l'Inde anglaise ,
où il se trouvait lorsque la nouvelle de la révo-
lution de 1848 y parvint. Il a travaillé aux jour-
naux littéraires Le Miroir et La Pandore, et il
a pris une part très-active à la rédaction du
journal poWiiqne L' Impartial. Il a donné d'im-
portants articles à l'Encyclopédie des Gens
du Monde , et dans la Nouvelle Biographie
générale les notices sur le général Foy et le
ministre anglais Huskisson. Il a revu l'im-
pression de la traduction anonyme de Y Examen
historique de la Révolution espagnole, d'Ed-
ward Blaquière, Paris, 1823,2 vol. in-8o, et
écrit la Préface de La Belgique et la Révo-
lution de Juillet, de M. Lefebvre de Bécour;
Paris, 1835, in-8°. Enfin, il a mis en français
deux ouvrages de son ami le général O'Connor,
gendre de Condorcet, qui les avait écrits en
anglais, et qui a publié , sous son nom seul, le
travail du traducteur : Lettre au général La
Fayette, sur les causes qui ont privé la France
des avantages de la révolution de 1830; Pa-
ris, F. Didot, 1831, in-S"; —Le Monopole,
cause de tous les maux; Paris, F. Didot, 1849-
1850, 3 vol. in-8°. M. Ossian Larevellière, qui
a montré pour la monarchie constitutionnelle un
attachement aussi constant que désintéressé, vit
retiré dans l'Anjou.
Son neveu, Victorin, fils de son frère aîné,
né à Angers , le 9 avril 1791, a été pendant long-
temps maire d'Avrillé. Il a fait partie du conseil
général de Maine-et-Loire, et il a été, de 1830 à
1838, plusieurs fois élu membre de la chambre
des députés, où il votait habituellement avec la
majorité qui soutenait M. Gui7.ot. Après le coup
d'État du 2 décembre, il a renoncé à toute fonc-
tion publique. E. Regnard.
597
LAREVELLIÈRE — LARGETEAU
598
Thlers , Histoire de la Révolution française. — Ma-
hul, annuaire Nécrologique, année 1824. — Notice sur
Larevellière-I-cpeaiix, dans le Journal de Maine-etlaire
dii 7 février 1843. — Guépin, Flore de Maine-et-Loire ;
Angers, 1845, pag. xtf. — Le Jardin des Plantas d'An-
gers et les Progrés de la botanique en Anjou, dans la
Revue de l'Anjou, !'• année, pag 41. — NoUce par Larn-
brechts, dans les OEuvres complètes du baron de Stas-
sart; Bruxelles, 1854, in-8°, pag. 888.— Quérard , La
France Littéraire. — Larcvelllèrc-Lépeaux, Mémoires.
— Documents particuliers.
LA REYNIE { Nicolas- Gabriel de), célèbre
magistrat français, né à Limoges, en 1625, mort
le 14 juin 1709. Il appartenait à nne Camille an-
cienne du Limousin et recommandable dans la
magistrature. Après avoir terminé ses classes à
Bordeaux, il étudia le droit, se fit recevoir avo-
cat, s'exerça quelques années dans cette carrière,
puis l'abandonna pour entrer dans la magistra-
ture. Il était président au présidial de Guienne,
lorsque, sous les agitations de la Fronde, il vit
piller et saccager sa demeure. Lui-même ne dut
son salut qu'à la fuite. Il se retira auprès du
duc d'Épernon, qui le présenta à la cour comme
un sujet de fidélité à toute épreuve. Le roi le
retint à sa suite, et le nomma maître des requêtes
en 1661. Le 15 mars 1667 le roi créa la charge de
lieutenant de police, et la donna à de La Reynie,
lui recommandant surtout trois choses : netteté,
clarté et sûreté. Dès lors la malpropreté des
rues disparut, des réverbères furent placés de
distance en distance. Le guet, négligé depuis les
guerres civiles, fut rétabli. Huit exempts, trente-
neuf archers à cheval, cent archers à pied, par-
couraient en tous sens la capitale durant la
nuit, et il y eut défense faite aux gens de livrée
de porter cannes et épées. On rapporte que de
La Reynie voulut avoir Bignon , depuis mem-
bre de l'Académie , pour adjoint dans les plus
délicates fonctions de la police, et qu'il en paria
à Louis XIV à l'insu de Bignon. Louis XIV,
moins crédule que le lieutenant de police sur
la vocation qu'on supposait à un savant , vou-
lut s'assurer d'un te! fait, et ses soupçons se
trouvèrent fondés. Bignon refusa. De La Reynie
ayant reçu l'ordre de surveiller la presse et de
poursuivre les rédacteurs et distributeurs de
pamphlets anonymes connus sous le nom de
Nouvelles à la main, plusieurs auteurs placè-
rent leurs écrits sous son patronage, entre autres
Barème, qui , trouvant la prose trop commune
pour lui dédier le Livre des Comptables, com-
posa ces vers, en dépit des Muses :
Au grand de La Reynie j'ai fait ma dédicace
Pour avoir sa protection.
C'est là tout mon désir et mon ambition
D'obtenir de lui cette grâce.
Si des livres mauvais il est persécuteur.
Des bons il sera protecteur,
Il soutiendra ni:i cause : elle est bonne, elle est juste ;
Je sers tout le public en travaillant pour moi.
Qui me peut donc clioquer ayant pouvoir du roi,
Ayant pour prolecteurs les deux aimes d'Auguste.
Nommé conseiller d'État en 1680, de La Reynie
devint bientôt commissaire rapporteur, puis pré-
sident de la chambre ardente. Le grand nombre
des crimes par empoisonnement dans la classe
élevée avait nécessité cette nouvelle chambre.
11 fit subir des interrogatoires à la marquise de
Brinvillieis , à la nécromancienne Voisin , à
la duchesse de Bouillon, Anne de Mancini, ac-
cusée de consulter les devins. Ayant demandé à
cette dernière si elle n'avait pas vu le diable,
elle lui répondit : « Je le vois en ce moment; il
est fort laid et fort vilain ; il est dt^guisé en con-
seiller d'État. » De La Reynie eut encore à faire
exécuter dans Paris les ordres de Louis XIV,
lors de la révocation de l'édit de Nantes en 1685.
Ce fut le dernier acte important de sa vie : il
avait quitté en 1697 les fonctions de lieutenant
de police (1). Le 22 mars 1850 la commission
municipale provisoire de Paris décida qu'une
statue représentant Nicolas de La Reynie serait
placée à la façade principale de l'hôtel de ville.
Martial Audoin,
Voltaire, Siècle de Louis XIF', t. I, ch. 26. — Hist. de
V Acad. des Inseript. et Belles- Lettres, t. VII, p. 3(;4,
Eloge de bignon. — Lobineau , Hist. de Paris, tom. I,
p. 411.— Causes célétrres, t. Il etIX. — Boilcau, i'otircX/.
— Mercure, juin 1709. — Larroque , Gazette, 1GG9. —
Nicéron, Mfm. Hep. des Let., t. XIV, p. 376. — Basnage,
Hist. des Ouv. des Savants, mai 1696, art. 15 — Bar-
Tèmc, Livre des Comptables, préface. — De Verncilli-
Puiraseau, Hist. d' Aquitaine, an. 1667.
LAUGETEAU (Ckarles-Louis) , astronome
français, né à Mouilleron-en-Pareds (Vendée),
le 22 juillet 1794, mort à Paris, le 1 1 septembre
1857. 11 était membre libre de l'Académie des
Sciences et membre du Bureau des Longitudes.
Il prit part à plusieurs travaux géodésiques, et
notamment à l'opération de la jonction en longi-
tude des deux observatoires de Paris et de
Greenwich. Il appartenait au corps des ingé-
nieurs géographes. 11 a été un des calculateurs
et des rédacteurs les plus actifs de la Connais-
sance des Temps. On a de lui : Table de pré-
cession, d'observation et de mutation pour
les Étoiles principales {Connaissance des
re?np5 powr 1833); Paris, \?,i9 ; — Tableau des
plus grandes Marées pour 1835 (ièicf., 1836);
— Tableau des plus grandes Marées pour
1836 {ibid., 1837 ) ; — Rapport sur la délimi-
tation de la longueur de V.irc du Méridien
compris entre les parallèles de Dunkerque et
de Fomentera {ibid. pour 1834 ) ; Paris, 1841 ;
— Table pour le calcul des Sijzygies éclipti-
ques ou quelconques {ibid. pour 1846); Paris,
1843. lia donné dans le tome XXI! des Mémoires
de r Académie des Sciences, des Tables abrégées
pour le calcul des Équateurs, des Solstices et
des Sijzygies. Enfin, il a publié, en 1854, les
(1 De La Reynie vient ce dicton si connu autrefois à
Limoges : « XJn Limousin a policé Paris et tout Paris ne
policerait pas Limoges. » Boileau proclama en ces ter-
nies l;i puissance du lieutenant de police :
Du premier des Césars on vante les exploits;
Mais dans quel tribunal, jugé suivant les lois ,
Eût-il pu disculper son étrange manie?
Qu'on livre son pareil en France à La Reynie,
Dans trois jours nous verrons le phénix des guerriers
Laisser sur l'cchrfaud sa tfttc et ses lauriers.
599 LARGETEAU -
Tables de Réfractions astronomiques de
V. Caillet, qu'il a l'ait précéder d'un Rapport
cil Bureau des Longitudes, in-S". G. de F.
Cosmos, 2 octobre 1857. — Journal de la Librairie.
LARCILLIÈRE ( A'ico^as , surnommé le Van
Dick français ), peintre français, né à Paris, le 2
octobre 1656, mort dans la même ville, le 20
mars 1746. Son père était un négociant établi à
Anvers, et la première jeunesse de Largillièrc se
passa en Belgique. 11 avait à peine dix ans lors-
qu'il fut envoyé en Angleterre, où il séjourna
deux années et prit le goOt du dessin. De retour
à Anvers, il manifesta un tel désir d'étudier la
peinture que son père le fit entrer dans l'atelier
d'Antoine Gœbauw. Quand Largillière sut un
peu x^anier le pinceau, son maître l'employa à
exécuicr, dans ses propres tableaux, les Heurs ,
les frqi'.s^ les poissons, les légumes et les autres
accessoires de ses compositions. Mais Largillière,
jaloux de parvenir, peignit secrètement sur un
papier huilé une Sainte jP«mi^/e qui tomba sous
les yeux de Gœbauw. Le maître lui demanda
où il avait pris le sujet de sa composition : Lar-
gillière répondit que son inspiration seule l'avait
guidé. Gœbauw comprit alors le génie de son
élève, et, après l'avoir dirigé sérieusement dix-
huit mois encore, il lui déclara qu'il n'avait plus
rien à lui apprendre. Largillière retourna en
Angleterre, où il fut bien accueilli de Pierre van
der Faës ( plus connu sous le nom de Leiy ), pre-
mier peintre de Charles II, qui lui confia la res-
tauration de plusieurs tableaux de maîtres au
château de Windsor, Largillière y réussit si bien
que le roi l'attacha à sa personne ; mais les que-
refies religieuses qui survinrent forcèrent le
jeune artiste à abandonner la cour de Londres.
En 1678, il revint en France, et par la protec-
tion du célèbre François van der Meulen , pein-
tre historiographe de Louis XIV, il obtint |a
commande de quelques portraits, qu'il exécuta
avec un grand succès. Charles Lebrun le prit
aussi en amitié et le décida à se fixer à Paris.
Lancé dans la haute bourgeoisie et dans la no-
blesse de robe, Largillière, malgré la promptitude
de sa main, ne pouvait suffire à toutes les de-
mandes : on porte à plus de quinze cents le
nombre de portraits qu'il exécuta en quelques
années. En 1684 Jacques 11 le rappela près de
lui. Largillière se rendit à Londres pour la troi-
sième fois. Dans son court séjour, il y peignit
le roi, la reine, le prince de Galles Janies-
François-Édouard, sir John Wanier, Pierre
van der Meulen et Sybrecht. Le 30 mars 1680
l'Académie de Peinture de Paris lui ouvrit ses
portes; il y fut nommé successivement profes-
seur, recteur, directeur et chancefier, fonctions
qu'il remplissait encore quelque temps avant sa
mort. La municipalité de Paris le chargea d'exé-
cuter trois grands tableaux représentant le Repas
donné à Louis XIV ea 1667; le Mariage du
duc de Bourgogne en 1697 et, pour l'église de
LARGILLIÈRE
600
j Sainte-Geneviève, un ex-voto destiné à acquitter
j le vœu fait par la ville en 1 694 après deux années
j de disette. De ces Irois tableaux magnifiques de
! composition et de couleur, les deux premiers
I ont été déchirés et brûlés pendant la révolution ;
I le troisième, qui se voit aujourd'hui à Saint-
: Étienne-du-Mont, aurait éprouvé le même sort si
Alexandre Lenoir ne l'eût fait à temps placer
dans son musée historique des Petits-Augustins.
j Largillière mourut à quatre-vingt-dix ans, dans
I le bel hôtel qu'il s'était fait construire rue Geof-
[ froy-l'Angevin, et qu'il avait orné de paysages,
j de fruits, de fleurs, de plusieurs centaines de
portraits et de quelques sujets religieux. « Ja-
i mais peintre, dit Mariette , n'a été plus universel
i que M. de Largillière. Il a donné des preuves
: de son habileté dans tous les genres de peinture,
histoire, portraits, paysages, animaux, fruits,
I fleurs, architecture. Il composait avec la plus
grande facilité, et jamais il n'y eut de plus grand
praticien. Ses portraits de femmes sont surtout
i remarquables. » II savait démêler dans leur
j physionomie les traits qui constituent à la fois
la beauté et le caractère. 11 savait sans s'écarter
i de la nature y découvrir des grâces inaperçues
et faire valoir des beautés apparentes de façon
qu'on les trouvait ressemblantes avant de les
trouver belles. Chez lui la vérité du coloris , la
fraîcheur du ton, la légèreté de la touche sont
presque sans égales. Ses draperies sont jetées
avec un rare bonheur ; elles ont de l'ampleur, de
la souplesse, l'aspect de la réalité même. Ses
têtes et ses mains sont dignes des plus grands
maîtres. Outre les portraits déjà cités, les plus
remarquables sont ceux de Louis XIV en habit
militaire;— de Charles Lebrun (au Louvre);
— du cardinal de NoaiUes; — de Michel Col-
bert , archevêque de Toulouse; — de Pierre-
Daniel Huet, évêque d'Avr anches; — de
l'abbé de Lourois; — de Charles Gobinet ,
proviseur du collège du Plessis; — da prési-
dent Lambert de Thorigny, de sa femme
(Marie L'Aubépine) et de leur Q[\t Hélène Lam-
bert ( Mme de Motteville ) ; — du lieutenant
général Magalotti; — de Geoffroi père et
fils ; — de Claude Bourdaloiie ; — de il/"« Du-
clos de la Comédie Française; — de Bertin; —
du graveur van der Bruggen ; — de Jean Fo~
rest , peintre du roi; enfin lui-même s'est peint
à différents âges. La plupart de ces portraits ont
été gravés par Desplaces , Drevet le père , Éde-
linck, van Schuppeu, etc. Parmi ses œuvres
historiques on cite une magnifique Erection
de Croij; gravée à l'eau-forte par Joseph Rœt-
tiers; — V Assomption de la Vierge; — Une
Fuite en Egypte , etc. Ses principaux élèves
furent van Schuppen , le chevalier Descombes,
Meusnier fils et Oudry. A. de Lacaze.
Mariette. Notes iiiaauscrites sur VAbecedario rtirP. Or-
landl. — Horac* Walpole, Anecdotes of Puinting. —
Alexandre l.enoir, Musée des Monuments français;
(i vol. in-8°. — D'Argenvillc, La Fie des Peintres fran-
çois, — Cttarlcs Ulanc, Histoire des Peintres, liv. 189 {•
601
LARGILLIÈRE — LA RIBOISIÊRE
602
École française, n» 61. — Oudry, Réfiexions sur le
Coloris, passlm.
LARGUS. Voy. ScRreoNius.
LARi (Giovanni), dit le Tozzo, architecte et
peintre siennois, vivait dans la première moi-
tié du seizième siècle. Il excella surtout dans les
figures de petite proportion. On trouve plusieurs
de ses ouvrages dans les galeries particulières
de Sienne; mais il est difficile de les distinguer
de ceux du Bigio, tant est grande la conformité
du style de ces deux artistes. Ils ont peint en-
semble un chœur d'anges dans la cathédrale de
Sienne. K. B— N.
Délia Valle , tettere Sanesi. — Lanzi , Storia délia Pit-
tura. — Ticoizi,- Diiionario. — Roniagrioli, Cenni sto-
rico-artistici di Siena.
LA RIBOISIÊRE ( Jean-Ambroise Baston ,
comte de) , général français, né en août 1759, à
Fougère (Ille-et- Vilaine), mort à Kœnisberg, le
29 décembre 1812. Issu d'une noble et ancienne
famille de la Bretagne, il entra au service comme
lieutenant en 1781. Nommé capitaine en 1791, il
fut chargé de l'armement de Mayence. En 1793
il faisait partie de la garnison qui, sous les or-
dres des généraux Doyré et Aubert Dubayet ,
défendit cette place contre les armées combinées.
Nommé colonel après cette défense, il eut suc-
cessivement la direction des parcs d'artillerie des
armées d'Angleterre, de Suisse, du Rhin et du
Danube. Pendant la bataille d'Austerlitz, il com-
mandait en qualité de général de brigade l'ar-
tillerie du quatrième corps; ce fut lui qui fit
briser à coups de canon la glace de l'étang de
Menitz sous laquelle tant de Russes furent en-
gloutis. La Riboisière, acharné à la poursuite de
Bliicher à la bataille d'Iéna, jeta un pont sur
l'Elbe à Tangermund en présence de l'ennemi.
A Lubeck, malgré une blessure grave , il n'en
continua pas moins à commander l'artillerie, ce
qu'il fit pendant toute cette campagne, et pen-
dant celle de Pologne. Nommé par l'empereur
général de division et commandant de l'artillerie
de la garde, il prit une part glorieuse à la ba-
taille d'Eylau, dirigea ensuite les opérations si
difficiles du siège de Dantzick, et se signala aux
batailles d'Heilberg et de Friedland. La paix de
Tilsit le fit nommer gouverneur du Hanovre; on
a conservé le souvenir de sa sage et prudente
administration dans ce pays. Au commencement
de la guerre d'Espagne en 1808, il fut chargé du
commandement de l'artillerie, et se distingua à
la bataille de Sommo-Sierra et à la prise de Ma-
drid. Peu après, appelé à la grande armée, ce
fut lui qui en très-peu de temps fit jeter neuf
ponts sur le Danube et fortifia l'île de Lobau. On
le retrouve encore à la fameuse bataille de
Wagram commandant l'artillerie, qui joua un si
grand i-ôle dans cette sanglante affaire : une
flotte anglaise étant venue menacer Toulon vers
18 1 1 , La Riboisière fut nommé inspecteur géné-
ral de l'artillerie. Napoléon préparait cette grande
expédition de Russie; il fallait pour cette entre-
prise gigantesque un matériel immense ; ce fut
La Riboisière que l'empereur chargea de le réu-
nir. Pendant la campagne il rendit les plus grands
services; la veille de la bataille delaMoskowa,
il alla reconnaître les dispositions de l'ennemi,
et détermina les points sur lesquels les redou-
tes devaient être attaquées. On sait avec quel
soin le service de l'artillerie avait été orga-
nisé pour cette grande bataille, où soixante
mille bmilets furent envoyés à l'ennemi et rem-
placés aussitôt. Mais un grand malheur vint
frapper le général La Riboisière dans cette affaire ;
son second fils, officier au premier régiment de
carabiniers, qui avait fait en qualité de page de
l'empereur les premières campagnes d'Espagne
en 1809, fut frappé d'une balle et mourut des
suites de sa blessure après avoir reçu la "^roix
de la Légion d'Honneur. Ce coup fut terrible
pour le général ; en apprenant cette perte " s'é-
cria . La balle qui a tué mon fils va priver la
patrie de deux l)ons serviteurs ! Ce pressenti-
ment ne devait pas tarder à se réaliser. Cepen-
dant, le général surmonta la douleur d'un père,
et continua à remplir les devoirs que récla-
maient les besoins de l'armée. Arrivé à Moscou ,
il arma le Kremlin , répara toutes les pertes de
l'artillerie; mais, hélas, pendant la fatale re-
traite qui suivit il lui fut impossible de la sau-
ver, et vingt pièces seulement, sur neuf cent
cinquante, purent être Conservées. Resté en ar-
rière pour faire sauter les fortifications de Smo-
lensk, il rejoignit l'armée après avoir couru de
grands dangers ; doublement affecté parles revers
des armes françaises et par la perte de son fils Fer-
dinand, il tomba malade à Wilna, fut transporté
à Kœnisberg, où il mourut'en donnant des ordres
pour l'évaluation de lartillerie. Le général La
Riboisière cultivait les lettres et était membre de
plusieurs sociétés savantes. A. Jauin.
Riofiraphie des Hommes du Jour, tom. IV. —Revue
généi-ale Biographique.
i LA ViXKOisikft^ {Honoré-Charles Baston,
comte DE), sénateur français , fils du précédent,
né à Fougères, le 22 septembre 1788. Sorti en
1809 de l'École d'Application de Metz, il prit part,
comme lieutenant, à la bataille de Wagram.
Après la paix de Vienne, il fut chargé de mis-
sions en Westphalie et en Pologne , rentra en
France, etdevint aide-de-camp de son père. Il l'ac-
compagna à Toulon, où la présence d'une flotte
anglaise dans la rade d'Hyères l'avait appelé, le
suivit en Russie , assista à la bataille et à la
prise de Smolensk , à la bataille de la Moscowa,
où son frère fut atteint d'une blessure mortelle,
et ne quitta le Kremlin avec son père que lors-
que l'armée l'eut entièrement évacué. Promu au
grade de capitaine , il prit part aux batailles de
Malo-Jaroslawetz et de Krasnoë, et combattit
au passage de la Bérézina, où il eut un cheval
tué sous lui. Rentré en France à la fin de 1812,
il était employé à la direction d'artillerie de Pa-
ris, lorsque l'empereur l'attacha à sa personne
en qualité de chambellan. Au retour de l'île
603
d'Elbe, l'empereur lui rendit le titre de cham- (
bellan, et le nomma l'un de ses officiers d'or-
donnance. Envoyé en mission dans les départe-
ments de l'ouest, M. LaRiboisière alla rejoindre
l'armée du nord, et prit part à la bataille de Wa-
terloo. Il quitta le service sous la seconde res-
tauration. Appelé à la chambre des députés par
les électeurs d'Ille-et-Vilaine, lors de la session
de 1829, il siégea sur les bancs de l'opposition,
et fut l'un des signataires de l'adresse dite des
221. A la révolution de 1830, il devint successi-
vement colonel de la cinquième légion de la
garde nationale parisienne et membre du con-
seil général de son département , fonctions qu'il
occupe encore aujourd'hui. Élu deux fois par
les arrondissements de Fougères et de Vitré, il
siégea dans la chambre élective jusqu'au 1 1 sep-
tembre 1835, époque à laquelle le roi Louis-Phi-
lippe réleva à la dignité de pair de France. Re-
tirédans ses terres après la révolution deFévrier,
il fut appelé, en 1849, à siéger à l'Assemblée lé-
gislative, fit partie de la commission consultative
créée le 13 décembre 1851, et fut nommé sénateur
le 26 janvier 1852. M. de La Riboisière est grand-
officier de la Légion d'Honneur. Sicakh.
Biographie des Hommes du Jour; Paris. 1837. — Bio-
graphie des Membres du Sénat; Paris, 1852.
LA RIVE ( Pierre-Louis de ), peintre suisse,
né le 21 octobre 1753, à Genève, mort dans
celte ville, le 7 octobre 1815. Il prit de bonne
heure le goût des peintres flamands, et re-
produisait leur manière dans ses tableaux.
Pour se perfectionner, il se mit à voyager; à
Dresde il vit Casanova; mais c'est surtout à
Rome, où il séjourna dix-huit mois, qu'il fit de
grands progrès dans son art. La plupart de ses
ouvrages sont en Allemagne, en Russie et en
Angleterre. On cite surtout une Vue du Mont-
Blanc, prise à Salenche, qui fut acquise par le
princeGaiit7.in.il adonné à laSociété d'Encoura-
gement dos Aiis, deGenève, une grande compo-
sition d'un ton chaud et vigoureux , qui orne la
salle des séances de cette société. Une atteinte
de parai} sic, qu'il éprouva en 1812, nuisit à ses
travaux, et ce qu'il fit depuis porte l'empreinte
de la décadence de son talent. G. de F.
Arnault, clc, Sioçir. nouvelle des Contemp.
LA RIVE ( Charles-Gaspard de), chimiste
et physicien suisse, né, le 14 mars 1770, à
Genève, où il mourut, le 18 mars 1834. Il fit
ses premières études au collège de cette ville.
Destiné au barreau, il se vit obligé en 1794,
par suite des troubles qui désolaient son pays,
d'abandonner ses études de droit, et d'aller,
après une détention de quelques mois, chercher
un asile sur une terre étrangère. Suivant dès
lors une autre carrière , il se livra à l'étude de
la médecine et des sciences dans la ville d'É-
dimbonrg. Il se distingua bientôt assez pour être
nommé président de la Société royale de Médecine
de cette ville. Pendant son séjour à Edimbourg ,
il fnt attaché comme médecin à l'un des plus
LA RIBOISIERE — LA RIVE 604
grands dispensaires de cette ville. De retour à
Genève en 1799, il fut chargé du soin de l'hos-
pice des aliénés, emploi qui lui convenait d'autant
plus qu'il avait fait en Angleterre une étude pro-
fonde des maladies mentales. Associé à l'Acadé-
mie de Genève dès 1802, comme professeur
honoraire de chimie pharmaceutique , il fut
aussi nommé membre des sociétés des Arts et
des Sciences naturelles. Des cours de chimie gé-
nérale , une coopération active à la rédaction de
la Bibliothèque Britannique , des recherches
expérimentales faites dans le laboratoire créé
par lui : telles furent jusqu'en 1814 ses princi-
pales occupations scientifiques. Le 31 décembre
1813, il se joignit aux anciens magistrats de Ge-
nève, qui proclamèient la république. Il fut
un des commissaires diplomatiques chargés
de négocier avec les puissances étrangères pour
consolider l'existence politique de cette répu-
blique. En 1816 il était membre du gouverne-
ment , président de la direction générale ; en \
1817 il fut appelé à la tête de l'administration ;
comme premier syndic, et présida les deux con-
seils. En 1818, profitant du calme dont jouissait l
son pays , il donna sa démission de conseiller
d'État, pour reprendre ses occupations favorites.
Cependant il fut encore appelé, à deux époques
différentes, par le suffrage presque unanime de
ses concitoyens, à siéger au conseil représentatif.
Il fut un des fondateurs de la Société de Lecture,
du Musée d'Histoire Naturelle et du Jardin bota-
nique de Genève. Il faisait alors , avec quel-
ques-uns de ses collègues, des cours au Musée.
Nommé en 1823 recteur de l'Académie, il donna
une impulsion nouvelle aux études scientifiques,
et jusqu'à sa mort il remplit les fonctions de
membre du conseil" de l'instruction publique. Les
principaux travaux de La Rive sont : une théo-
rie sur la Chaleur animale, écrite en latin et
publiée à Edimbourg vers 1798 ; — Observations j
sur les causes présumées de la Chaleur
propre des animaux ; âanà la Bibliothèque
universelle d&Genève, tome XV; — SurVusage
de Vacide nitreux comme corps désinfectant;
t. IV, dans \à Bibliothèque Britannique; —
Traitement de la vaccine; mêmerecueil, t. XII.
C'est lui qui le premier fit connaître, dans la Bi-
bliothèq^ie Britanniqîie,\esgvaLn(\es(\écou\eTtes
scientifiques faites en Angleterre , particulière-
ment celle de Davy sur les effets de la pile de
Volta. La plupart de ses travaux sont imprimés
dans la Bibliothèque Britannique et dans la
Bibliothèque universelle de Genève; nous ci-
t<'rons : Note sur un procédé pour constater la
présence de V Arsenic mêlé dans d'autres sub-
stances {Bïbl. Brit., t. XLI); — Observations
sur la Conversion de l'Amidon en Sucre [ibid.,
t. XLIX); — Mémoire sur le système de
Laiton sur la Composition chimique {ibid.,
t. XLVI). Il donna en 1820, dans de longs articles
(Bibl. Univ., t. XI, XU et XIV ), l'analyse de
l'ouvrage de lîerzelius intitulé : Essai sur la
«05
lA
théorie des Proportions chimiques et sur
l'Influence chimique de V Électricité. C'est un
des morceaux les plus clairs et les plus com-
plets qu'on ait faits sur le sujet difficile des pro-
portions déterminées. Il y expose ses doutes
sur quelques points de la nouvelle théorie du
savant suédois, et en particulier de la théorie
électro- chimique. Il avait déjà fait connaître
plusieurs autres travaux de Berzelius, entre
autres un Mémoire sur la composition des
Fluides animaux, dont il publia la traduction
dans la Bibliothèque Britannique , t. LIV. Il
avait lui-même travaillé à V Analyse compara-
tive du Sang en état de santé et en état de
maladie (ibid., t. LUI).
En s'attachant aux lois générales de la chimie,
il ne négligeait pas l'occasion de s'occuper des
applications de cette science. Il avait examiné
tout ce qui concerne le traitement des métaux
précieux, et avait donné aux fabricants de bijoux
des procédés avantageux. II publia des détails
sur ce point de chimie appliquée , en rendant
compte d'un Mémoire de Darcetsi«r l'Affinage
( Bibl. Univ., t. XL ), et analysa un autre Mé-
moire de M. François Sur la Jraisse des Vins
(ibid., t. XLII). Dans le nombre de ses recher-
ches d'analyse chimique , on doit citer encore
(une Note sur Vejfet du Tremblement de terre
'du \^ février 1822 et sur les Eaux thermales
ti'Aix en Savoie {ibid., t. XX). Parmi ses
travaux relatifs à la physique , on remarque
un Mémoire sur les Sons produits dans Les
'ubes par la flamme du gaz hydrogène
Journal de Physique, t. IV, et Biblioth.
Univ., t. IX); mais de toutes les parties de
a physique, celle qui a excité le plus cons-
amment son intérêt, c'est l'électricité voltaï-
jue. Déjà, à l'époque des découvertes de Davy
ur la décomposition par la pile des terres et
ilcalis, il avait lu dans une séance académique,
Genève, un discours ayant pour objet VEx-
tosition historique des Progrès qiC avait faits
depuis son origine V Électricité voltaïque.
•eu de temps après il adressa à la Bibliothèque
miverselle ( t. XL VI ) une Lettre sur un
louveau Galvanomètre, procédé qu'il imagina
our mesurer l'énergie galvanique d'une pile
ar la quantité d'eau décomposée dans un
împs donné, et pour rendre compte de quel-
ues phénomènes curieux qu'il avait observés
ans le passage des courants électriques au
•avers des différents liquides. Témoin en 1818,
Londres, des magnifiques effets de la pile que
>avy avait fait construire, il s'était hâté, à
enève, d'établir, sur le même modèle, une pile
ecinq cents couples, avec laquelle il put répéter
s bellesexpériences qu'il avait vues et en ajouter
e nouvelles. Cette pile fut la première de cette
nportancequi ait été construite sur le continent.
a Rive était occupé à étudier les moyens de
lesurer avec exactitude les effets de la pile
^Itaïque et de recherclier les circonstances
RIVE 606
qui intluent sur leur intensité, quand la dé-
couverte d'Œrsted vint donner, en 1820, une
nouvelle direction à ses recherches. Il fut un
des premiers à constater l'action causée par
un courant électrique sur l'aiguille aimantée.
Arago, alors présent à Genève, en rendit compte
dans les Annales Chimiqxies, t. XIV, et donna
des détails sur les expériences faites par de La
Rive, qui suivait pas à pas les progiès rapides
qu'imprimaient à cette branche de la physique
les Ampère, les Arago, les Faraday, etc. 11 y ap-
porta lui-même quelques faits nouveaux : l'in-
vention de plusieurs appareils ingénieux, entre
autres les flotteurs électriques, et l'étude qu'il
fit de l'action qu'ils exerçaient sur les aimants
et le globe terrestre, furent l'objet d'un mé-
moire inséré dans la Bibliothèque univer-
selle, t. XVI. C'est en examinant de près
cette action qu'il fut conduit à découvrir des
phénomènes qu'il était impossible de concilier
avec la théorie d'Ampère, telle qu'elle était
alors présentée, et dont il ne trouvait l'explica-
tion que dans le fait du mouvement rolatoire
des courants autour des aimants, qui fut décou-
vert peu de temps après par Faraday. Aussi
accueillit-il avec empressement cette découverte
qu'il fit connaître aussitôt dans la Bibliothèque
Universelle, t. XVIIl, en l'accompagnant de
ses propres expériences et de ses réflexions.
En étudiant les expériences d'Ampère et la théo-
rie de ce physicien , La Rive avait été frappé
de la difficulté d'expliquer le fait de la direction
qu'affecte un courant électrique , par l'influence
du globe terrestre. 11 exposa ses doutes en les
accompagnant de quelques faits nouveaux,
dans une Lettre à Arago, insérée dans les An-
nales de Chimie et de Physique, t. XX. En
1820 il communiqua à la Société des Sciences
naturelles de Genève un mémoire qui a pour
objet de décrire les appareils de son invention
propres à mesurer l'intensité galvanique par sas
effets calorifiques et chimiques, et de donner les
résultats de plusieurs observations faites avec
ces instruments. En 1849 il communiqua en-
core à la même société des recherches sur les
vapeurs considérées comme conductrices du
fluide électrique, et sur l'électricité atmosphé-
rique en général. Gdvot de Fère.
Bibliothèque iiniv. de Genève, t. LV , anii. 1834.
* LA RIVE (Auguste de), physicien gene-
vois, fils du précédent, né à Genève en 1790. Il
étudia les sciences, particulièrement la physique
et la chimie sous la direction de son père. 11 est
professeur à l'académie de Genève , correspon-
dant de l'Institut de France. Ses principaux
écrits sont : Mémoire sur la composition des
Fluides des animaux,tvd(\. du suédois de Ber-
zéhus, 1814, in-S"; — Mémoire sur les Caus-
tiques ; Genève, 1824, in-8°; — Esquisses his-
toriques des principales Découvertes faites
dans l'Électricité depuis quelques années;
Genève, 1833, in-8°; extrait de la Bibliothèque
eo7
LA. BIVE
608
vniverseîle );— Recherches sur les omises de
V Électricité voltatque; Genève, 1836, in-S"
(extrait des Mém. de la Soc. de Physique et
d'Bist. Naturelle de Genève); —A. P. de
CandoUe, sa Vie et ses Travaux ; Genève, 1851,
in-12 (avait déjà paru en 1811 dans la Bi-
blioth. universelle) ; — Traité de V Électricité
théorique et appliquée; 1854, t. P''; 1855,
1. 11; 1856, t. IH, 3 vol. in-8". De 18.J0 à 1831, il
a été directeur de la Bibliothèque universelle
de Genève, dans laquelle il publia diverses no-
tices , entre autres : Sur un nouveau Procédé
d'Hydrométrie (avril 1825);— De V Électri-
cité développée par le frottement des métaux
( 1835, t. II ); — Théorie de la Pile voltaïque
(1835, t. IV) ; — De quelques Circonstances qui
influent sur la pile de Volta ( même vol.); —
Sur les nouvelles Recherches relatives aux
Effets électriques du contact, de M. Besche-
relle; 1839, t. XX, nouvelle série); — Recher-
ches sur l'Arc voltaïque ( Archives physiques
de la Biblioth. universelle; Ma., 1847, t. IV,
4* série). M. deLaRiveaété l'un des directeurs
des Archives de Physique et des Sciences na-
turelles , supplément à la Bibliothèque univer-
selle ; ses principaux travaux dans ce recueil
sont: Sur la Chaleur latente de fusion, année
1848; t. IX; —Notes sur les Mouvements vi-
bratoires qu'éprouvent certains corps magné-
tiques sous l'influence des courants électri-
ques; idem des corps non magnétiques ; ra^me
vol. ; — Sur les Variations diurnes de l'ai-
guille aimantée et sur les Aurores boréales,
année 1849, t. X; — Explication de la théorie
des Aurores boréales; même année, t. XII;
une lettre de M. de La Rive à Arago sur le
même sujet avait été communiquée à l'Académie
des Sciences de Paris et insérée dans les Annales
de Chimie et de Physique, t. XXIX, 3^ série.
M. de La Rive inséra une autre notice sur les
Aurores boréales dans la Biblioth. de Genève
( Annales de Physique ), année 1853, t. XXIV.
Il avait publié dès 1836, dans la Biblioth. de
Genève, t. III, une Notice sur l'origine de la
Grêle et de l'Electricité atmosphérique, dans
laquelleil attachait aux mêmes causes la produc-
tion de l'aurore boréale ; quelques expériences
électriques faites par lui le convainquirent que
cette origine était électrique , idée souvent mise
en avant, notamment par Arago. La notice des
Archives de Physique a paru aussi dans les
Mémoires de la Société de Physique de Genève,
t. XllI, 2" partie; — Relation des Expériences
entreprises par M. Regnault, dans la Bibl. de
Genève ( Archives de Physique, t. X et XII);
ces recherches sont relatives aux lois de la di-
latation et de la compressibililé des fluides élec-
triques et de la mesure des températures; — De
l'Action de V Aimant sur les corps; MA., 1850,
t. XIII; — Analyse des recherches de
MM. Tyndall et Knoblauchsur les propriétés
optico -magnétiques des Cristaux; ibid., 1850,
t. XVI; — Observations sur les recherches
de M. Massonsur la Lumière électrique ;mème
vol.; — Sur l'Apparition et la Disparition
successives des grands Glaciers; ibid., 1851,
t. XVIII ; — Variations annuelles de la Dé-
clinaison Magnétique à différentes périodes
du jour; ibid., t. XIX; — Échauffement des
fils métalliques par les courants voltaïques ;
ibid., 1853, t. XXIV; — Tableau général des
Phénomènes dus au pouvoir magnétique;
ibid., 1854, t. XX.Y ; — Décomposition de l'Eaîi
par la pile et Loi des équivalents électro-
chimiques ;Md., t. XXVI; — Ze Courant de
la pile peut-il traverser l'eau sans la dé-
composer.^ ibid., 1856, t. XXXVIII; — Sur
l'Influence des décharges électriques ; ibid.,
1858, nouv. série, t. II. M. de La Rive a fourni à
la Bibliothèque universelle de Genève un grand
nombre d'analyses d'ouvrages scientifiques, et a
inséré des mémoires dans le TîecMeîMe la Société
des Sciences physiques de Genève, entreautres :
Expériences pour servir à l'histoire de l'Acide
Muriaiique ( cL\ecM. Macaire ), t. II ; — Sur
quelques Faits relatifs à l'action des Métaux
sur les Gaz inflammables ; ibid.; — Sur lé
Mode de distribution de l'Électricité dyna-i
mique dans les corps qui lui servent decon-
ducteurs , t. III; — Sur une Propriété par-
ticulière des Conducteurs métalliques de l'é-
lectricité, t. IV; — Sur la Conductibilité re-
lative pour le Calorique de différents bois ,
t. IV; — Sur l'Électricité voltaïque (en 3;
parties, t. IV, VI, VII); — Sur les Couranti,
magnéto-électriques, t. VIII; — De l'Action)
combinée des courants d'induction et des
courants hydro-électriques , t. XI, etc.
GUYOT DE FÈRE.
Documents particuliers. — Biblioth. nniv. de Genève.'
LA RIVE {Jean Mauduitde), tragédien et au-
teur dramatique français , né le 6 août 1747 (eti
non le 6 décembre 1744 ), à La Rochelle , mort à
Montlignon( dans la vallée de Montmorency) , l<i
30 avril 1827. Il s'enfuit à l'âge de neuf ans dfl
la maison paternelle, et alla se réfugier cheît
les religieux de Sept-Fonts, dans le Bourbon-i
nais. Ramené chez son père, il fut bientôt aprèti
embarqué pour les colonies. Après un séjour d((
quatre à cinq années à Saint-Domingue, il s'é
chappa pour revenir en France. C'est alon
qu'ayant pris du goût pour le théâtre, il se pré
senta chez Lekain , en se donnant comme Amé
ricain, et lui récita, tant bien que mal, le rôli
de Zamorc. C'est dans ce rôle qu'il débuta à 1<'
Comédie-Française, le 3 décembre 1770, sou;
les auspices de M"" Clairon, et fut reçu le 29avri
1775. La mort de Lekain le mit en possession de
premiers rôles , qu'il remplit pendant dix ans
avec un succès quelquefois contesté. Ses avan
tages physiques contribuaient pour beaucoup
l'effet qu'il produisait sur la scène. Sifflé dan
le rôle à' Orosmane , l'un de ceux qu'il préférai
jouer, il déclara qu'il renonçait à sa profession
\
6C9 LA RIVE
Ses camarades, à l'exception de Mole, tentèrent
on vain de le faire changer de résolution. « Les
infâmes ne me reverront plus! » s'écriait -il
avec une emphase comique. Cependant deux
cins après il rentrait par le rôle d' Œdipe (4 mai
1790). Cette réapparition n'ent toutefois qu'une
courte durée. Le déplaisir qu'il eut de voir la
faveur publique se tourner vers Talma influait
id'une manière évidente vsur son jeu, devenu
jchaquejour plus inégal. Incarcéré, en 1793,
iavec la plupart de ses camarades , quoiqu'il eût
adopté, avec modération, les idées nouvelles,
La Rive ne recouvra sa liberté qu'à la chute de
Piobespiei're. Il se réunit à la fraction des Coraé-
Jieus français qui jouaient à la salle Louvois,
sous la direction de M"^ Raucourt, jusqu'à la
suppression de ce théâtre par l'autorité. En
1 804 La Rive professait publiquement un cours
le déclamation. Nommé, en 1808, lecteur ordi-
laire du roi Joseph, il revint en France lors-
l'je ce roi échangea sa couronne de Naples
:ontre le sceptre espagnol. Il se retira dans une
lam pagne qu'il possédait à Montlignon, et de-
vint maire de cette commune. On ne parlait
)lus de cet acteur depuis longtemps, lorsqu'une
dëe regrettable le fit prendre part, âgé de
oixante-neuf ans, à une représentation extraor-
linaire donnée au Théâtre-Italien , le 25 avril
810. Il y parut dans le rôle, mal approprié à son
ge, de Tancrède, dans lequel il ne dut les
i II eiques applaudissements qui l'y accueillirent
i^u'aii souvenir du passé. Correspondant de
Institut depuis la formation de la classe des
eaux-ai-ts, La Rive employa ses loisirs à écrire
ur son art. Il est auteur d'un Cours de Décla-
laiion divisé en douze séances ; Paris, 1804,
x-8° ; — Cours de Déclamation prononcé à
Athénée de Paris ; Paris, 1810, 2 vol. in-8°.
le travail , assez informe dans le principe , fut
onfié par La Rive à Ginguené, qui le mit en état
e paraître sous les yeux du public. Il avait pu-
lié antérieurement : Réflexions sur l'Art théâ-
ral ; Paris , an ix, br. in-8°. Parmi les quelques
necdotes qu'il rapporte dans cet opuscule, il s'en
rouve uûe qui pourrait être racontée avec pins
'exactitude. Avant d'être attaché à la Comédie-
'rançaise, La Rive appartenait au théâtre de Lyon,
ù il jouissait de la faveur publique. 11 vit donc
vec un déplaisir extrême Lekain venir y donner
uelques représentations. Un jour que ce dernier
>uait Vendôme, La Rive , sans avoir prévenu
lersonne, parut sous l'habit de Nemours. Son
ipparition inattendue provoqua des applaudisse-
ments assez vifs , pour rendre sensible l'impres-
jion qu'ils produisirent sur Lekain. Les premiers
bots que dit Nemours, sont : « Où me condui-
ez-vous ? — Devant votre vainqueur, lui ré-
lond Vendôme. Cette réponse, d'une application
icile , passant par la bouche de Lekain, fut la
audre tombant dans la salle, tant elle pro-
l-uisit d'effet. Mais ce que ne dit pas La Rive, c'est
'(u'il fut très-déconcerté ; — Moyens de régé-
NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX.
LARIVEY
610
nérer les Théâtres, de leur rendre leur mora-
lité et d'assurer létat de tous les comédiens ,
sans dépenses pour le gouvernement ; Paris ,
1806, in-4°; — Pijrame et Tkisbé, scène lyri-
que ; Paris, 1784,in-8'',et 1791,in-18. Cette scène,
représentée le 2 juin 1783, reproduisait fidèle-
ment la fable d'Ovide, et formait un tableau asseï
dramatique. — M. Quérard attribue, mais à tort,
croyons-nous , à La Rive un roman intitulé ;
xàama, ou le sauvage civilisé, histoire d'un
Taïtien (roman entièrement refondu et publié
par J.-L.-Meichior Porthmann) ; Paris, 1807 et
1812, 2 vol. in-12. E. de Manne.
Mémoires de Mlle Glairon. — Correspondance de
Grlmm. — Id. de La Harpe. — Documents particuliers.
LARIVEY ( Pierre de ), auteur comique et
traducteur français, naquit à Troyes, vers 15-50, et
mourut vers 1612, suivant la plupart des bio-
graphes, qui n'ont donné sur son compte que
des renseignements inexacts et incomplets. Il
semble, d'après divers indices, que la date de
sa naissance doive être reculée de plusieurs an-
nées, de dix au moins. En effet, dans la dédi-
cace à M. de Pardessus de sa traduction de la
Philosophie et institution morale d'Alexandre
Piccolomini , en 1580, il '^&r\e:i& l'humble ser-
vice que depuis vingt ans il a commencé à
lui faire; s'il était né en 1550, ce serait donc
à l'âge de dix ans qu'il aurait commencé ce ser-
vice, ce qui ne semble guère probable. En outre,
son collègue C. Thorelot, chanoine en l'église
Saint- Urbain de Troyes , le traite, en 1 603, de
vénérable vieillard, dans un sonnet inséré en
tête d'une de ses traductions. Traiterait-on de
vénérable vieillard jun homme de cinquante-
trois ans? Suivant son compatriote Grosley
{Œuvres inédites, publiées par Patris-Debreuil,
Paris, 1812, in-8°, t. r%p. 19), Pierre de La-
rivey « étoit fils d'un Giunti, Florentin, venu à
Troyes, soit en compagnie des artistes floren-
tins qui nous ont laissé tant de monuments de
leurs études sous Michel-Ange, soit pour y suivre,
à l'exemple de plusieurs de ses compatriotes, des
affaires de commerce ou de banque. » Cette indi-
cation, d'après laquelle son nom ne serait qu'une
traduction française du nom itaUen giunto
(arrivé, l'arrivé (I)) expliquerait, mieux encore
que l'influence des comédiens italiens qui jouaient
dès lors à Paris, le penchant qu'il montra tou-
jours à imiter la commedia delVarte et son goût
persévérant pour la littérature italienne. Le peu
de renseignements authentiques que nous avons
sur Larivey sont épars dans ses œuvres. Sur le
titre et dans le privilège de sa prétendue traduc-
tion de l'Humanité de Jésus-Christ, par Pierre
Arétin , traduction qui n'est qu'un rajeunisse-
ment de celle de Jean de Vauzelles , on trouve
la confirmation d'un fait peu connu , bien qu'in-
diqué par Grosley dans l'ouvrage cité plus haut :
(1) Guillaume Le Breton écrit son nom ainsi : L'Arri-
vey, dans un sonnet en tête de ses six premières coffisi-
dies.
20
611
LARIVEY
612
il étaitchanoine en Véglise royalle et coUégialle
de Saint -Es tienne de Troyes. La même année,
le titre d'un autre de ses ouvrages : Les Veilles
de Barthélémy Arnigio, lui donne la qualité de
prestre. Ainsi ce n'était pas un simple cha-
noine séculier. Il était même greffier de son cha-
pitre, et le dimanche 20 novembre 1605 on le
voit signer le procès-verbal de translation d'une
relique de l'église Saint-Étienne en l'église pa-
roissiale (1).
Nous avons déjà vu qu'en 1580 il remplissait
des fonctions indéterminées chez M. de Par-
dessus, « conseiller du roi en la cour du parle-
ment à Paris ». Il semble faire entendre plus
loin, dans la même dédicace , que sa traduction
de Piccolomini avait été composée dans la mai-
son et imprimée aux dépens de ce conseiller.
Larivey eut un certain nombre de poètes,
surtout de poètes dramatiques, pour amis; par
exemple Guillaume Le Breton, qui en plusieurs
circonstances lui adressa des vers louangeurs,
signés de sa devise : Mas honra que vida ; Louis
Le Jars, qui lui fit un sonnet pour sa traduc-
tion de Straparole; François d'Amboise , à qui
Larivey dédia tout son théâtre , et qu'il appelle
le meilleur de ses meilleurs amis. Peut-être
influèrent-ils sur lui pour lui faire aborder le
théâtre. Quoi qu'il en soit, il avait vingt-neuf ans
lorsqu'il s'y décida, ou plutôt environ quarante,
si l'on pense avec nous qu'il faut reculer d'une
dizaine d'années la date de sa naissance. Il était
versé dans la littérature transalpine au moins
autant que dans les littératures grecque et latine.
Ce fut .ce qui détermina son choix. Il forma le
projet de transporter sur la scène française, comme
avait déjà fait Jacques Gré vin dans\e& Esbahis,
les caractères , les intrigues et les tableaux de
mœurs de la Comédie-Italienne. Ce fut en 1579
qu'il publia ses six premières pièces, qui furent
accueillies avec une très-grande faveur. Ces six
pièces, comme les trois autres qu'il donna ensuite
en 1611, étaient toutes, non pas seulement imi-
tées, non pas tout à fait traduites, mais arran-
gées de l'italien. Larivey arrangeait, en franci-
sant le dialogue, grâce surtout à l'emploi des lo-
cutions populaires , en modifiant le plan , • en
changeant le lieu de l'action, les noms des per-
sonnages ; en supprimant des scènes et même
des rôles ; en faisant, en un mot , tout ce qu'il
jugeait nécessaire pour rendre la pièce intéres-
sante à un public français; mais il ajoutait rare-
ment. Dans la dédicace de ses pièces , il met sur
la voie de ses emprunts , en disant qu'il a bâti
son ouvrage sur le patron de plusieurs bons au-
teurs italiens, « comme Laurent de Médicis,
François Grassin, Vincent Gabian, Jherosme
Razzi , Nicolas Bonnepart , Loys Dolce et au-
tres 1). Complétant ces indications par ses re-
cherches, M. Jannet a indiqué, dans sa récente
(11 Dcsguerrois, La Sainteté chrétienne, etc.; Troyes,
16S7, ia-4<=, fol. 324.
édition de Larivey, les neuf pièces italiennes que
celui-ci a habillées à la française dans ses neu!
comédies. Le Laquais est tiré du Ragazzo Ai
L. Dolce; La Veuve, de la Vedova de Nicole
Buonaparte; Les Esprits, de VAridosio de Lo
renzino de Médicis, que Larivey a confondu ave(
Laurent de Médicis, père de Léon X : c'est um
des pièces où il a fait le plus de changement^'
Le Morfondu n'estguère qu'une traduction de Zc
Gelosia de Grazzini ; comme Les Jaloux, d(
/. GeZosi de Vincent Gabbiani, et Les Escolliers
de la Zecca de Razzi. La Constance est tirée i
peu près littéralement de LaCostanza de Giro
lamo Razzi ; Le Fidèle, du Fedele de L. Pasqua
Wgo; Les Tromperies, A&GV Zng'awni de N.Sechi
Larivey a même copié à peu près tous les prolo
gués. On voit si la Biographie Michaud a raisoi
de dire que les pièces de Larivey sont de son in
vention. Il semble, en outre, qu'il ait joint à ce
imitations modernes l'imitation des anciens
principalement de Térence , fondant comme lui
ses intrigues sur des stratagèmes que ses valets,
la façon des Davus et des Syrus, mènent à terra
avec une impudente habileté ; comme lui encore
entremêlant ses pièces de nombreux a parte
de tirades et sentences morales , etc.
Les comédies de notre auteur furent-elles rc
présentées publiquement? On n'a aucun docu
ment qui le prouve d'une façon certaine, etl'o
ne peut tii'er mille conjectures des prologues
puisque ces prologues sont pris de l'auteur ils
lien. Cependant ces pièces sont éviderameE
composées pour la scène -. Larivey a soin d'
transporter le lieu des événements en France, t
d'y mettre le moins possible de rôles de femmes;
qui étaient alors remplis par des hommes,
grand préjudice de l'illusion théâtrale. En outre
un sonnet de G. Chasble, adressé à notre auteuii
et qu'on trouve en tête de sa traduction de Pici
colomini , semble le faire entendre. S'il n'a pai
été joué sur des théâtres réguliers, il l'a du moin,
été certainement sur des scènes particulières:
Quoi qu'il en soit, ses six premières comédiçi
avaient eu un succès incontestable, maigri
la nouveauté de la tentative. On n'était pai
encore habitué aux pièces en prose, quoiqu,
Louis Le Jars eût déjà composé sa Lucell
(1574); mais ce n'avait été là qu'une tenta tivi
isolée, tandis que Larivey publiait une œuvr
considérable , et que son innovation était systt!
matique et raisonnée : « Non que je veuille infe
rer, dit-il dans la dédicace à M. d'Amboise, qu
je sois le premier qui faict veoir des comédie
en prose, car je sçay qu'assez de bons ouvrier
en ont traduit quelques-unes; mais aussi puis
je dire cecy sans arrogance que je n'en ay en
core veu defrançoises, j'enten qui ayent esté re
présentées comme advenues en France. Or, sij
n'ay voulu en ce peu contre l'opinion de beat
coup, obliger la franchise de ma liberté de parle
à la sévérité de la loy de ces critiques qui veu
lent que la comédie soit un poëme subjecl a
!l
613
LARIVEY
614
nombre et mesure des vers (ce que, sans me
vanter, j'eusse pu faire), je Vay faict parce
qu'il m'a semblé que le commun peuple, qui
est le principal personnage de la scène, ne
s'estîidie tant à agencer ses paroles qu'à pu-
blier son affection, qu'il a plustost dicte que
pensée. » Il développe ensuite et appuie d'exem-
ples cette observation, souvent répétée depuis,
sous d'autres formes, par les partisans de la
même idée.
Le succès de ce premier recueil, attesté par
i]'assez nombreuses éditions, ne l'empêcha pas de
rester trente ans avant d'en publier un nouveau.
Ce ne fut qu'en 1611 que parurent ses trois der-
nières comédies, qu'il venait de retrouver, dit-il,
ilans ses vieuv papiers, et il annonça en même
temps l'intention d'en publier trois autres, pro-
et dont l'exécution ne fut probablement empô-
hée que par sa mort.
Maintenant, si nous voulons juger le tliéàtre
t apprécier le talent de Larivey, il ne faut pas
)erdre de vue, comme restriction nécessaire à
ous nos éloges , que nous n'avons affaire qu'à
m simple arrangeur.
Les pièces de Larivey se recommandent d'd-
3ord à l'attention par l'influence qu'elles ont exer-
ce sur la scène française, influence suffisamment
ittestée par les emprunts de Molière et de Re-
nard,qui ont pris, par exemple, à la comédie des
'esprits , l'un le monologue oîi l'avare réclame
a cassette , l'autre la scène du Retour imprévu
lù Merlin persuade à Géronte que sa maison
st hantée par des revenants (1). Nulle part non
lus on ne trouvera une plus curieuse et plus
omplète collection des types de notre vieille
omédie : le valet bouffon, le pédant, le mata-
aore, le vieillard amoureux, la femme d'in-
rigue, qu'il appelle d'un nom beaucoup plus
nergique. II multiplie les vieillards dans ses
ièces, et les rend volontiers ridicules, tendance
ui n'est pas rare dans les comédies. On y ren-
ontre aussi beaucoup de maris dupés, de fiUes
éduites, de femmes perdues, de valets fripons,
la licence n'y manque pas, mais une licence
u plutôt une crudité purement matérielle : c'est
3 langage qui est grossier, et non le sentiment
[ui est corrupteur chez lui. Dans beaucoup de
cènes, Larivey est monté jusqu'au vrai comique,
lon dialogue est d'ordinaire assez vif, et surtout
laturel et vrai; son style, la seule chose peut-
tre dont on ne puisse lui contester le mérite,
st plein d'une verte saveur et d'une vigou-
euse francliise. Enfin, indépendamment des lo-
utions familières de la vieille langue, des pro-
'erbes et images populaires, dont on trouve
cuvent la trace et l'origine chez lui, il abonde
a. détails curieux sur la vie et les mœurs du
{i)VAvare s'est encore inspiré d'une icène 6e Le P'efve,
i l£ Morfondu contient le premier germe de l'idée qui
ait le fond de l'École des Femmes. De même, on trouve
•lus d'une fois dans Larivey les précurseurs des Frosloe
itdesScapin, comiDe des Pancrace et des Marphurius.
seizième siècle. Comme art, son théâtre est
insuCfisant : sa comédie est, avant tout, une
comédie d'intrigue et d'intrigue amoureuse , se
déroulant à travers un imbroglio presque tou-
jours compliqué, sans empêcher toutefois les
échappées plus ou moins nombreuses sur la co-
médie de moeurs et de caractère. L'action se
morcelé sans cesse, et te plan se dérobe aux
regards ; la scène reste souvent vide , et l'atten-
tion est obligée de se fractionner et de changer
continuellement de personnages et de lieux.
Joignez à tout cela l'absence du bon goût dans
un grand nombre de ses plaisanteries, et vous
aurez les principaux défauts de notre auteur.
Voici la liste des œuvres de Larivey, ou plu-
tôt de ses traductions; car c'est à cela que se
réduisent presque toutes ses œuvres : Les fa-
cétieuses Nuits du seigneur Straparole, tra-
duction du 2' livre, réunie à celle du F"^ livre
par Jean de Louveau ; 1573. Ces deux volumes
furent réimprimés plusieurs fois. En 1580, le li-
braire Abel L'Angelier obtint un privilège pour
imprimer les deux livres de Straparole, le
2^ traduit par Larivey, et le 1^'' traduit par
J. Louveau, mais revu, corrigé et augmenté de
sonnets et chansons par le même Larivey . C'est
ce travail qu'a reproduit le libraire Jannet dans
sa récente édition de Straparole (1857). Notre
auteur y a donné pleine carrière aux libertés de
son imagination; il ne se fait même pas faute de
substituer aux énigmes et aux contes originaux
des contes qu'il a empruntés ailleurs, et des
énigmes probablement composées par lui-même,
et qui luttent d'indécence avec celles de Strapa-
role; — Deux livres de Filosofie fabuleuse,
dédiés à René de Voyer, vicomte de Paulmy,
seigneur d'Argenson, 1577; le 1^'' de ces livres
est tiré des discours d'Ange Firenzuola, Floren-
tin ; et le second des traités de Sandebar Indien ;
réimpr., à Lyon, 1579, et Rouen, 1620. Dans la
dédicace il parle à ce seigneur de vers qu'il avait
faits sur la mort de monseigneur son père; suivant
Du Verdier, ces vers ont été imprimés , mais
ils nous sont inconnus ; — Les six premières
Comédies facécieuses de Pierre de Larivey,
Champenois, à l'imitation des anciens
Grecs, Latins et modernes Ltaliens ; Paris,
Abel L'Angelier, 1579, in-12; réimpr. à Lyon,
1597; Rouen, 1600, 1611; — La Philosophie
et Institution morale d'Alexandre Piccolomini,
trad. par P. dé Larivey, 1581 , 1585, Abel
L'Angeher, gr. in-8° ; — Les divers Discours
de Laurent Capelloni, trad. par le même;
Troyes, 1595, in-12, avec une dédicace à Mgr dé
de Luxembourg, qui n'est que la reproduction^
à peu près mot pour mot, de celle de la Filo-
sofe fabuleuse à M. de Voyer d'Argenson,
tantnoti'e auteur aimait peu à fatiguer son irna-
gination; — V Humanité de Jésus-Christ, par
Pierre Arétin, trad. par le mêhie; Troyes, 1604j
in-8°; — Veilles de Barthélémy Arnigio;
Troyes, 1608, in-12;— Trois nouvelles Corné^
•20.
615
LARIVEY — LA RIVIERE
61 G
dies de Pierre de Larivey, Champenois, impr.
à Troyes, et se vendant à Paris, 1611, ia-12. Il
n'y en a qu'une édition malgré des différences dans
le titre général et même dans le titre particulier
de chaque pièce , selon le libraire à qui était des-
tiné le tirage. M. Jannet a consacré les tomes
V, VI et le commencement du tome VII de son
Ancien Théâtre Français à la reproduction du
théâtre complet de Larivey, dont il a fait aussi
un tirage à part, en deux volumes de sa Biblio-
thèque elzevirienne. C'est dans l'excellente no-
tice qu'il a mise en tête de cette édition que nous
avons trouvé la plupart des faits et des dates de
cet article. Victor Fodknel.
Grosley, Mémoir. pour servir à l'histoire de Troyes.
— Saint-Marc Girardin, Analyse de son Cours, dans le
-Journal général de l'Instruct. publ., 1864, n^s 7 et il. —
Jannet, Avertissement eu tète de son édition du théâtre
de Larivey. — V. Fournel, article dans VAthemeum
français du 3 nov. 1855.
LA RIVIÈRE (Perrette de, dame de La
Roche-Guyon), née vers la fin du quatorzième
siècle, morte après 14C3. Fille de Bureau de La
Rivière, principal ministre ou favori des rois
Charles V et Charles VI, elle épousa, avant 1408,
un chevalier normand, nommé Guy de La Roche,
seigneur de Berneville ou Bernienyille et de La
Roche-Guyon, qui fut tué en 1415 à la bataille
d'Azincourt. Perrette, avec trois enfants en bas
âge, vivait retirée à la Roche-Guyon lorsque ce
château , situé sur la Seine , entre Mantes et
Vernon, fut assiégé enl419, par le comte de War-
wick, ayant sous ses ordres Guy Le Bouteillier,
chevalier français , rallié au parti des envahis-
seurs. Après divers assauts infructueux, Guy le
Bouteillier conseilla au comte de miner la forte-
resse et de la faire sauter. La dame de La*vRoche
fut réduite à capituler. Henri V, roi d'Angle-
terre, fit don du château à Guy Le Bouteillier. Il
offrit en outre à la châtelaine de lui conserver
sa protection royale , à la condition de prêter
serment de fidélité au vainqueur, et d'épouser
Guy Le Bouteillier. La dame de La Roche rejeta
cette offre et rendit la place. Dénuée de tout, elle
vint, suivie de ses trois enfants, trouver le dau-
phin, depuis Charles VII, qui l'attacha à sa cour
avec le titre de dame d'honneur de la reine.
Perrette de La Rivière, en 1436, reçut, au nom
de la reine, Marguerite d'Ecosse , débarquée à
La Rochelle. Perrette accompagna Marguerite à
Tours, où, le 24 juin suivant, la princesse d'E-
cosse épousa le dauphin (Louis XI). Le 2 janvier
1440, le roi, à la suite de la Praguerie , fit'pré-
sent à madame de La Roche-Guyon de la terre de
Saint-Maixent, qui venait d'échoir au roi par for-
faiture. Peu de temps après, Charles VII lui re-
prit ce don, et lui conféra en échange la garde
de Corbeil , avec 1,500 livres de pension , dont
elle jouissait en 1444 et 1446. Le 19 mai 1440,
Perrette de La Roche-Guyon accompagnait
comme gouvernante , à Reims , Catherine de
France, lorsque cette princesse vint dans cette
ville épouser Charles; le Téméraire , alors comte
de Charolaisetfils aîné de Philippe le Bon, duc de
Bourgogne. Charles de France, frère de Louis XI,
étant né àTours, le 28 décembre 1446, la dame de
La Roche-Guyon le tint sur les fonts en qualité de
marraine, avec la femme du premier ministre et
trois des principaux personnages du royaume.
Le 3 septembre 1449, le château de La Roche-
Guyon fut repris sur les Anglais par les troupes
de Charles VIL Le roi, qui dirigeait les opéra-
tions de la guerre , commit immédiatement ,
comme gouverneur, à la garde de la place, Guy
de La Roche-Guyon. Ce Guy, chevalier, conseil-
ler et chambellan du roi dès 1431, était le fils:
de Guy, mort à la bataille d'Azincourt et "de
Perrette de La Rivière. Il avait grandi sous lai
protection de Charles VII, et combattait lui-
même, à l'attaque du château de La Roche-
Guyon, ^contre les Anglais. Ce domaine hérédi-i
taire rentra ainsi dans la famille de ses posses-
seurs.
Perrette de La Rivière occupa le poste de pre-
mière dame d'honneur de la reine Marie d'Anjou,
jusque vers la mort de cette princesse (t). En
1463, elle vendit ses terres d'Auneau etde Roche-
fort en Normandie. Perrette ne vivait plus en
1475. Vallet de Viriville.
Chronique de P. de Cagny, ciiap. 138. — Manuscrits,
supplément français, n°» 178, 3, et 2,430, folio 729. —
Titres généalogiques. — Jean Cliartier, édition elzevi-l
rienne, à la table. — Religieux de Saint-Denis, éditioni
Bellaguet, in-4", à la table.— J. des Ursins, dans Godefroy,
Charles f^J, 16S3, in-folio, page 357. — Monstrelet, sijus
l'année 1418.— Anselme, Histoire Cénéaloglque, t. VIII,
p. 622 et 897. — Moniteur universel du 5 octobre 1854,
ftuilleton, colonne 10. —Athenœum français du 29 niarsi
1856, page 252.
LA RIVIÈRE (Poly carpe de), érudit fran-
çais, mort vers 1640. Originaire d'Avignon sui-i
vaut les uns , ou du Puy en Velay, suivant les
autres, il fut admis , en 1608, à la Grande Char-
treuse, devint ensuite prieur des maisons dei
Sainte-Croix et de Bordeaux, et dirigea en la
même qualité, de 1631 à 1638, le monastère de
Bonpas. Dès qu'il eut été déchargé de ces fonc-
tions incompatibles avec ses études littéraires,
il partit pour les eaux de Digne ou de Balaruc,
et ne reparut plus. Malgré l'assertion de De Lan-
noy, qui l'accusa de s'être dérobé au monde pour
secouer le joug de la foi catholique, il est plus que
probable qu'il fut assassiné en route par le valet
qui l'accompagnait. Dom Polycarpe, dont l'ins-
truction était fort étendue , entretenait un com-
merce de lettres avec les principaux savants de '
son temps, tels que Gassendi, Bouche , Peiresc,
Savaron , Guichenon , le P. Sirmond , etc. On a
sous son nom trois traités de piété sur la fin du
monde, la Rédemption et les excellences dej
l'âme; mais c'est surtout par ses travaux sur la
Provence qu'il a mérité la réputation d'éiudit.
On possède à Carpentras 3 vol. manusc. in-folio,
qui lui sont attribués; les tomes I et II, rédigés
en latin , portent le titre : Annales Avenioncn-
(1) La reine mourut le 29 noy. 1468,
617 LA RIVIÈRE
siumEpiscoporumseu Annales Ecclesix, civi-
talis el comitatus Avenionensis (i) ; lelomelll,
en français, est consacré a l'Histoire d'Avignon.
Dom Polycarpe avait eu aussi le projet, men-
tionné par ie P. Le Long, de composer une his-
toire de tous les évêques de France, à l'instar
de la Gallia christiana. P. L.
Claude Robert, La Gaule chrétienne. — H. Bouche,
Hist. de Provence, I, 590. — Gassendi, De Vita Peires-
kii, lib, VI. — Mémoires de Trévoux, avril 1724. — I^
Long, Biblioth. hist. de la France, n"» 2910 et 508*. —
Barjavcl. Biobibliogr. varuclusienne.
LARiviÈRE ( Pierre-François-Toussaint),
pédagogue français , né en 1762, à Séez, en
basse Normandie, mort à Montargis ( Loiret ),en
1829. Il suivit la carrière ecclésiastique, devint
grand-vicaire en 1790, et professeur de philoso-
phie au collège royal de Clermont. 11 fut ensuite
proviseur du collège d'Orléans , et inspecteur
d'académie à Strasbourg. On a de lui : Prin-
cipes de Grammaire générale et de gram-
maire latine; 1800, in-S"; — Notice his-
torique sur C.-F.-J. Dugua, général de di-
vision, etc.; 1812, in-S"; — Grammaire fran-
çaise classique, 1819, in-8° ; — Logique classi-
que; 1819, in-8'*; réimprimée avec des addit.
en 18.. ; — Observation critique sur la Gram-
maire de M. Pelletier ; Varis, 1823, in-8°. Se-
crétaire perpétuel pendant quinze ans de l'Aca-
démie de Caen , il a publié trois volumes des
Mémoires de cette académie. G. de F.
F. Bourquelot et A. Maury, Littérature contemp.
LARIVIÈRE ( Pierre- François - Joachim-
Henri de), législateur et magistrat français, né
à Falaise, en Normandie, dans l'année 1761, mort
à Paris, le 3 novembre 1838.11 était avocat dans
sa ville natale lorsqu'éclata la révolution. L'ar-
deur qu'il montra , comme partisan des intérêts
populaires, le fit élire en 1791 député à l'Assem-
blée législative. Il se lia avec les membres du
parti de la Gironde , et se fit i-emarquer d'abord
à l'occasion d'un mouvement royaliste qui eut
lieu en décembre 1791 dans la Normandie; il
demanda qu'on exerçât des poursuites sévères
contre ceux qui en étaient signalés comme les
principaux auteurs. Dans la séance du 10 mars
1792, il attaqua vivement le ministère et appuya
la demande de Brissot pour la mise en accusation
de De Lessart, ministre des Affaires étrangères.
Il sollicita un prompt rapport sur le projet de
déclaration de guerre à l'Autriche. Lors de la
discussion que les agitateurs élevèrent contre le
garde des Sceaux Duport du Tertre , il était un
des membres qui, dans la séance du 4 avril ,
s'opposèrent à ce qu'il lui fût donné communi-
cation des pièces et des chefs d'accusation pré-
sentés contre lui. Le 14 du même mois, il dé-
nonça les soldats suisses comme insultant des
citoyens paisibles dans le jardin des Tuileries ,
6(8
(1) Gassendi, dans la F'ie de Peirese, dit que cet ou-
vrage pouvait être comparé aux travaux d'Hercule, tant
cet écrivain avait surmonté des difOcultés et préparé
des matériaux.
quoique ces soldats n'eussent chassé que des ven-
deurs de pamphlets contre le roi et la reine.
Dans la séance du 26 mai, il invoqua l'autorité
des philosophes anciens et modernes, et surtout
celle de J.-J. Rousseau , pour prouver que les
opinions religieuses doivent être libres , et que ,
dès lors , on n'avait pas le droit d'exiger à cet
égard de serment d'un citoyen , prêtre ou laï-
que. Ses concitoyens l'appelèrent à faire partie
de la Convention. Il se prononça dès la pre-
mière séance contre les abus du pouvoir usur-
pateur de la Commune de Paris, et dans une
autre séance, il fit décider que son président se-
rait mandé à la barre de l'Assemblée pour rendre
compte de sa conduite. Le 24 septembre , il ap-
puya avec force la proposition du serment de
haine à la royauté, en jurant que « il ne souffri-
rait jamais qu'un monarque, français ou étran-
ger souillât la terre de liberté ». Vers la même
époque , il se prononçait aussi pour l'expulsion
des Bourbons. Son ardeur républicaine le fit
choisir pour un des commissaires chargés d'exa-
miner les pièces trouvées aux Tuileries dans l'ar-
moire de fer. Dans son rapport, il signala spé-
cialement, en lisant lane des pièces, Lameth
et Barnave comme dévoués à la royauté. Ces
deux anciens députés furent décrétés d'accusa-
tion ; mais lorsque l'acte d'accusation fut pré-
senté, Henri Larivière chercha à atténuer la
déclaration qu'il avait faite.
Lorsque la Convention agita la question de la
mise en jugement du roi , Larivière déposa un
vote affirmatif. Néanmoins , dans le cours du
procès, il parut vouloir sauver la vie de l'infortuné
monarque. Ainsi, sur la question de culpabilité,
il déclare qu'il ne croit pas devoir cumuler les
fonctions de législateur et de juge, « qu'il ne
peut voter que le renvoi au souverain (le
peuple). i> Sur la peine à infliger à Louis XVI,
il dit : « Ce ne peut être par humanité qu'on
épargne un coupable. La pitié pour les scélé-
rats est une cruauté pour les gens de bien. Je
n'ai jamais douté que Louis ne fût un grand
criminel, et si je ne l'ai pas ainsi prononcé par
le fait , c'est qu'il m'a paru injuste d'être à la
fois législateur et juré. Mais à présent qu'il
s'agit d'appliquer contre Louis une mesure
politique, et que je puis comme lé|;islateur
prononcer sur son sort , je déclare en cette
qualité, et d'après ma conscience, qui m'élève
au-dessus de tous les dangers, que l'intérêt
de la patrie exige que Louis soit détenu pen-
dant la guerre et exilé à la paix. » Enfin, après
la condamnation à mort, faisant un dernier ef-
fort , il demanda , mais en vain , un sursis.
Le 1 S mai 1793, Henri Larivière fut nommé
membre de la commission des Douze chargée de
vérifier les actes de la Commune etde prendre des
mesures contre ceux de ses membres qui conspi-
raient contre la Convention. Cette commission
fit arrêter Hébert et plusieurs jacobins. De telles
mesures provoquèrent la fureur des montagnards.
619
Larivière essaya vainement de lutter dans l'as-
semblée contre l'orage qui s'éleva à ee sujet. La
commission fut dissoute, et après la victoire que
les démagogues remportèrent, le 31 mai , il fut
décrété d'accusation. On l'arrêta dans son do-
micile le 2 juin, ainsi que les autres députés at-
teints par le coup d'État. Mais il parvint à s'é-
chapper, et se réfugia dans le Calvados. Là, avec
quelques-uns de ses collègues , il cherchait à ex-
citer un mouvement insurrectionnel. Cette ten-
tative, qui fut sans succès, fit prononcer la mise
hors la loi contre Henri Larivière et contre les
Girondins qui y avaient pris part. Plus heureux
que Guadet , Salles , et Barbaroux , il réussit
à se soustraire aux recherches. Après s'être
tenu caché jusqu'à la chute de Robespierre ,
il adressa alors sa réclamation à la Convention,
qui le rappela dans son sein. Son ressentiment
contre les membres de la Montagne et ceux du
comité de salut public auxquels il avait dû huit
mois de dangers et de souffrances, se manifesta
en toute occasion. Il alla même jusqu'à attaquer,
mais en vain, des républicains irréprochables,
comme Carnot et Robert Lindet. Néanmoins,
il fut élu secrétaire de l'Assemblée, puis membre
du comité du salut public. Différents actes , en-
tre auti'es son opposition à l'arrestation des prê-
tres réfractaires , le rendirent suspect; il sortit
du comité, mais n'en continua pas moins ses
motions réactionnaires. Lors de l'émeute du
4 prairial (20 mai 1795), il montra une grande
énergie; deux fois il manqua d'être assassiné en
faisant lecture du décret de la Convention au
poste du Palais-Égalité. Nommé membre du
nouveau comité de salut public , le 3 juin , il
adopta un système entièrement opposé à celui de
la majorité de l'assemblée. Abandonnant les
langs des républicains, il devint un des orateurs
les plus véhéments parmi ceux qui, sous le
prétexte de punir les agents coupables de la fac-
tion vaincue le 9 thermidor, attaquèrent réelle-
ment le gouvernement établi et sapèrent suc-
cessivement toutes les bases du système répu-
blicain. En octobre 1795, il contribua à faire ac-
cepter l'échange de la fille de Louis XVI, restée
au Temple, contre plusieurs prisonniers français
alors en Autriche. Dans le même mois, lorsque
les sections de Paris s'étaient insurgées contre la
Convention, il fut accusé d'avoir excité les trou-
bles , mais cet incident n'eut pas de suite. Il
fut encore compromis dans la conspiration roya-
liste de Lemaître ; cependant, appuyé par un
parti puissant, et surmontant tous les obstacles,
il fut appelé à faire partie du Conseil des Cinq
Cents. Il y devint un des principaux chefs du
T)art! dit de Clichy, et se prononça dans toutes
■ les circonstances contre le Direjctoire exécutif.
Il fut chargé de plusieurs rapports sur les finan-
ces et les colonies. Lorsque le ministre de la
justice dénonça la conspiration de Babeuf, il
soutint que c'était là une réaction de Tallien et
. des thermidoriens , et s'écria qu'il fallait sévir
LARIVIÈRE 620.1
contre tons ces factieux, et, interpellant yivement
plusieurs de ses collègues , il leur reprocha d^
ne voir d'ennemis de la république que dans les
royalistes et d'épargner les jacobins. Dans une
autre séance, s'élevant contre le projet d'am-
nistie pour les délits relatifs à la révolution, il
s'écrie : « Ce serait nous rendre des voleurs, de.s
dilapidateurs , et jusqu'à ces bêtes féroces qni
ont plongé le couteau dans le sein de leurs
concitoyens désarmés, ceux-là qui cinq jours
encore avant le 2 septembre se disaient lei
matin : Où va-t-on tuer ? ». Puis il demandai
le rapport de la loi qui avait exclu les parents
des émigrés de toutes fonctions publiques , en
faisant observer que la première magistrature,'
le sceau de l'État étaient remis au frère d'un
homme qui était dans les camps ennemis. « Si
la loi n'est pas appliquée à Barras, ajoute-t-il,
elle ne peut l'être à personne. « Il demandei
aussi, dans un discours remarquable, la mise
en liberté des prêtres détenus pour refus de'
serment ; à cette occasion, signalant avec éner-
gie l'indignation qu'ont excitée dans les familles
les mesures prises contre eux, il met dans leur
bouche ces jjaroles prophétiques : « Tu as pros-
crit en masse : fu seras proscrit à ion tour,!
Ton titre de membre de la Convention de-
viendra un anathème, comme tu rends le nomi
de prêtre un titre à la proscription! » Le
8 décembre il appuya la demande de Pastorel
en faveur de la liberté de la presse. Lorsqu'om
découvrit la conspiration royaliste de Brottier,
DuVerne de Prestes et La Ville-Heurnois, dont
il paraît certain qu'il faisait secrètement partie,
il s'efforça d'en diminuer l'importance. Une
sorte d'apologie, qu'il fit même alors des roya-i
listes, excita une violente explosion dans l'as-
semblée ; néanmoins il fut élu secrétaire et peu
de temps après président ( 19 juin 1797). Il at-
taqua de nouveau le Directoire, et lorsque lai
lutte entre le pouvoir exécutif et le Corps légis-
latif fut portée au dernier degré de violence,
lorsque tout semblait annoncer un coup d'État,
Larivière appuya vivement toutes les mesures
proposées par Pichegru pour donner au Corps
législatif une force indépendante du Directoire,
et qui eût pu même renverser ce dernier. Mais
la journée du 18 fiuctidor (4 septembre 1797)
assura le triomphe du Directoire. Henri Lari-
vière fut inscrit un des premiers sur la liste
de déportation. Il se sauva en Allemagne, et de
là se rendit près du comte d'Artois, à Londres,
Les relations qu'il avait conservées en France
lui permirent d'être utile à la cause royale.
Les intrigues qui eurent lieu à cette époque
firent naître par la suite un procès scandaleux
entre lui et Fauche-Borel relativement à certaines
sommes qui étaient destinées à y être employées ;
ce procès fut gagné par Larivière. En 1814
Louis XVIII récompensa ses services en le nom-
mant avocat général à la cour de cassation,
fonctions qu'il reprit après les Cent Jours et
(i,)! LA. RIVIERE
(ILi'il remplit avec une modération ti'ès-louable
à une époque on dominait l'esprit départi. En
novembre 1818 il fut appelé aux fonctions de
( oiiseiller à la même cour. Après la révolution
.le 1830, ayant refusé de prêter serment au nou-
veau roi, il se retira d'ahord à Londres, en-
suite à Nice. En 1837 il fut appelé par quelques
affaires à Paris, où il mourut, l'année suivante.
On lui a attribué quelques ouvrages qui sont de
l'économiste Mercier de Larivière.On a du conven-
tionnel quelques morceaux de poésie insérés
!dans divers recueils. Gdyot de Fère.
Arnault, Biogr. des Coniemp.
s.A RIVIÈRE. Foy. Barbier (ZoMis).
^ LARiviÈRE (Charles-Philippe) , peintre
français, né à Paris, en 1805. 11 a étudié la pein-
tine sous Girodet et Gros, et remporta le pre-
mier grand prix de Rome (histoire) en 1824.
Ses principaux ouvrages sont : Un Prisonnier
mu Capitale, exposéau salon de 1824 ;— Za Peste
' .de Rome sotis Nicolas V, grande composition
remarquée au salon de 1831, et qui fit aussi partie
ie l'exposit. universelle de 1855 ; — Le Tasse
r.ialade au monastère de Saint-Onufre, ex-
poM' au même salon ; — des Religieux en
Uncditation , même salon ; — portraits du ma-
réchal Mortier et du maréchal Gérard ( pour
a Salle des Maréchaux aux Tuileries, exposés aux
salons de 1831 et 1835; — Le duc d'Orléans,
lieutenant général du royaume arrivant à
l'Hôtel de Ville, le 30 juillet 1830, tableau de
;rès-grande dimension, exposé au salon de 1836
ït placé au musée de Versailles; — Bataille
ies Dunes, gagnée par Turenne sur les Espa-
gnols , tableau exposé au salon de 1837 et placé
lu musée de Versailles ; — Bayard blessé à
la prise de Brescia, salon de 1838, musée de
Versailles ; — Bataille de Cocherel , gagnée
)ar Du Guesclin, salon de 1839, musée de Ver-
iailles; — Bataille de Castillon, gagnée pur
Charles VII, même salon, même musée ; — Ba-
taille de Mons-en-Puelle, gagnée par Philippe
e Bel, salon de 1841, même musée; — Levée
du siège de Malte, en 1555, salon de 1843,
nême musée ; — Bataille d'Ascalon , en 1 177,
ialon de 1844, même musée ; — Saint Vincent,
martyr, salon de 1857; — portraits du maré-
chal de Vauban, du maréchal de Rocham-
peau , de Vamiral Roussin , du maréchal
\d'Erlon, du maréchal Bugeaud , du bey de
'^Tunis, d'Ibrahim Pacha, pour le musée de
'Versailles ; — ceux du maréchal Excelmans,
(In maréchal Magnan, de Vamiral Mackau,
du maréchal Leroy de Saint-Arnaud, du gé-
néral Chéron, de Vamiral Parseval-Des-
chênes, du maréchal Baraguey-d'Hilliers , etc.
Tl a exécuté les cartons des vitraux de la ca-
thédrale de Dreux. M. Larivière est décoré
(K'puis 1836. G. DE F.
.Inniiaire stat. des Artistes, année 1836. — Livreis
'des Expositions. — Notes particulières,
LA ROCHE
622
LARMESSiiv, père et fils, graveurs français.
Voy. Armessin.
LARNAC {François), poète français, né le
20 juillet 1760, à Nîmes, mort le 28 octobre-
1840, à Uzès. Il fit ses études à Genève, prit le
grade de licencié en droit à Montpellier, et tra-
vailla quelque temps chez un procureur de Nî-
mes. En 1791 il se retira à Uzès, où il occupa
ses loisirs à des travaux littéraires. On a de
lui : Thémistocle, tragédie ; Paris, an vi , in-8° ;
représentée avec succès à l'Odéon et réduite par
l'auteur de cinq à trois actes ; — Le Dévouement
héroïque de Rotrou, poëme; Paris, 1816, in-8° ;
— et quelques fragments poétiques insérés dans
le recueil de l'Académie du Gard.
Son fils, Emile Lajinac, conseiller à la cour
d'appel de Nîmes , a publié une notice sur ses
travaux , K.
M. Nicolas, Hist. Uttér. de Nîmes. — Barjavel, Bio-
biblioijr. vauclusienne, II.
*i.ARNAC [Marie-Gustave), littérateur et
homme politique français, né à Nîmes, en 1793.
Il fit ses études au lycée de sa ville natale , et
entra dans l'université. En 1823, il professait
la rhétorique au collège royal de Lyon lorsqu'il
fut appelé par le duc d'Orléans à faire l'édu-
cation de son second fils, le duc de Nemours.
L'éducation du prince terminée, M. Larnac
resta auprès de lui comme secrétaire des com-
mandements. Au mois de septembre 1845, il
fut élu député par le collège de Saint-Sever
(Landes). Réélu en 1846, il parla dans la dis-
cussion sur la prise en considération de la pro-
position de M. de Remusat tendant à éloigner
de la chambre un plus grand nombre de fonction-
naires publics , et défendit les députés attachés
à la maison du roi. La révolution de février
1848 le rendit à la vie privée. On a de lui :
Rêves et souvenirs, poésies morales et phi-
losophiques ; Pans, 1844, in-8°; il y célèbre les
merveilles de la paix, les charmes de la pro-
priété, les douceurs de l'amitié, etc. L. L — t.
Biogr. statistique de la Chambre des Députés ; 1846. —
Bourquelot et Maury, La JAttér. Franc, contemp.
LA K(icrm{Alain de), théologien français, né
vers 1428, en Bretagne, mort le 8 septembre 1475,
à Zwoll. Il entra jeune dans l'ordre de Saint-Do-
minique , étudia la philosophie et la théologie à
Paris, et fut envoyé en 1459 dans les Pays-Bas.
Après avoir été lecteur dans les couvents de Lille
et de Douai, il professa lathéologie à Gand (1468)
et à Rostock ( 1470 ) ; ce fut dans cette dernière
ville qu'il prit le degré de docteur. Alain, connu
sous le nom A'Alanus de Rupe, vécut en saint ,
et fut qualifié de bienheureux après sa mort;
mais ses lumières étaient loin d'égaler sa vertu.
Enti'aîné par un zèle exagéré , il travailla sans
relâche à établir la dévotion du Rosaire, et
n'employa pas toujours à cet effet des moyens
convenables. Cette dévotion, pratiquée dè« le
treizième siècle, était connue en France sous le
nom de Patenostre ; Alain imagina la coutume
d'attacher à chaque dizain la méditation de
623
LA ROCHE
62^
quelqu'un des mystères de la Rédemption; en
outre il fut le premier qui prêcha sur cette ma-
tière, entremêlant ses sermons d'histoires mer-
veilleuses, qu'il avait inventées pour la plupart.
On a publié ses écrits plus d'un siècle après sa
mort : Beûtus Alanus de Rupe redivivus, de
Psalterio, seu Rosario Christi et Marise, trac-
tatus, in V partes distributus ; Fribourg, 1619,
10-4" ; cet ouvrage, édité par le P. Jean-André
Coppenstein et réimprimé à Cologne, 1624, et
à Naples 1630, contient des traités et des ser-
mons en partie remaniés ; — La Confrérie du
Psautier de Notre-Dame de Paj-i5; Paris, 15...,
in-16; — Spéculum peccatricis Animas, sive
orationes ad Beiparam XV; Anvers, 1635,
in-12, rempli de prétendues révélations, dit le
P. Échard, contraires à la véritable légende de
Saint-Dominique; — Expositio in regulam
S.-Augustini, manuscrit. Paul Lomsv.
Trithèra«, De Script, eccles., c, 850. — Choquct, Seript.
Belg. Ordinis Prœdicat., p. 202-218. — Échard, Script.
Ord Preedicat., t. l, p. 849-852. — Paquot, Mém. pour
servir à l'hist litt. des Pays-Bas, t. III, p. 144 -ISO.
LA ROCHE [Michel be), httérateur fran-
çais, né dans la seconde moitié du dix-septième
siècle. 11 pratiquait la religion protestante, et fut
obligé, dans sa jeunesse, de chercher un refuge
en Angleterre. Il ne nous est connu que par ses
ouvrages , dont voici les titres : Bibliothèque
anglaise ou Histoire Littéraire de la Grande-
Bretagne ; Amsterdam, \lil-\.111 , 15 vol.
in-12 , continuée depuis le t. VI par Armand de
La Chapelle, un de ses coreligionnaires; —
Mémoires Littéraires de la Grande-Bretagne ;
La Haye, 1720-1734, 16 tomes en 8 vol. in-12,
suite du recueil précédent ; — Memoirs of li-
terature jor the years 1725-1727; Londres,
1725-1727, 6 vol. in-S"; — Literary Journal,
or a continuation of the Memoirs of litera-
ture; Londres, 1730, 2 vol. in-^°. En outre il a
traduit de l'anglais les Lettres de Clarke, qui
ont été insérées dans le Recueil de diverses
pièces sur la philosophie ; Amsterdam, 1720,
2 vol. in-12; et il a abrégé l'ouvrage suivant
de Gérard Brandt : History of the Reforma-
tion in the Low Countries; Londres, 1725,
4vol.in-8°. K.
Eug. et Em. Haag, La France protestante, t. VI.
1.4 ROCHE (L'abbé Jean- Baptiste- Louis de),
polygraphe français, né au commencement du
dix-huitième siècle, mort à Paris, en 1780, est
auteur ou éditeur d'un grand nombre d'ou-
vrages, parmi lesquels on remarque : Les
Psaumes de .David, traduits et distribués
pour chaque jour du mois, 1725, in-12; une
traduction de YOffice des œuvres mêlées, où
l'on trouve un Discours sur le but que s'est
proposé Virgile dans la composition des Btvco-
liqu.es, et une traduction en vers -français des
Églogues du même poète ; Paris, 1732, in-12 ; —
Panégyrique de sainte Geneviève; \1^1 .,
in-4° ; — La belle Vieillesse, oit les anciens
quatrains des sieurs de Pibrac, Du, Fatcr et
Mathieu sur la vie, la mort et la conduitt
des choses humaines, nouvelle édition enrichit
dénotes; 1746, in-12; — Eloge funèbre di
M. le duc d'Orléans ; 1753, in-4° ; — Cosmo-
graphie pratique , in-1.2 ; — Année domini-
cale, 8 vol. in-12; — Lettres] littéraires sut
divers sujets, 2 vol. i.n-12; — Mémoires his
toriques et curieux, in-12. On peut voir dans
le Dictionnaire des Anonymes la liste corn
plètes des ouvrages qui sont attribués à l'abbd
de La Roche. F.-X. T.
Quérard, La France litt. — Nouvelle Bibliothèque:
d'un Homyne de Goût, 1. 1, 90.
LA ROCHE DC MAINE {Jean ■ Pierre^
Louis LucHET, marquis de), littérateur fran
çais, né à Saintes, le 13 janvier 1740, mort è
Paris en 1792. Il suivit d'abord la carrière mi-
litaire comme officier de cavalerie, donna sa dé
mission, et épousa M"^ Delon, belle et spirituelle
fille d'un négociant de Genève, peu fortuné
Le marquis de Luchet essaya d'une exploitation
de mines; mais il y fut si malheureux qu'il
dut se réfugier à Lausanne pour éviter les pour-
suites de ses créanciers (1775-1776). Là il
fonda un journal qui n'eut aucun succès. Heu
reusement Voltaire lui vint en aide, et le plaça
comme bibliothécaire auprès du landgrave de
Hesse-Cassel. Ce prince confia au marquis de
Luchet la direction du théâtre français de sa
cour, mais il ne put le fixer près de lui. De Lu-
chet passa au service du prince Henri del
Prusse, qui lui fit une pension de six mille francs
( 1786-1789 ). Il rentra ensuite en France. C'é-
tait au moment de la révolution. Il en acceptai
les principes, fonda le Journal de la Ville, quei
Rivarol attaqua souvent, et mourut peu après. 111
était secrétaire perpétuel de la Société des Anti-i
quités de Cassel, membre de l'Académie de Mar-
seille, de l'Institut de Bologne, etc. Il a composé
de nombreux ou\Tages, parmi lesquels on cite :
Les Nymphes delà Seine /Paris, 1763, in-12; —
Analyse raisonnée de la Sagesse, de Charron,
en deux parties; Amsterdam ( Paris), ,1763,
2 parties in-l 2; Londres, 1789, 2 vol. in-18;
— Considérations politiques et historiques
sur V établissement de la religion prétendue
réformée en Angleterre, et Essais sur les
principaux événements de V histoire de V Eu-
rope , sur les règnes d'Elisabeth et de Phi-
lippe II ; Londres ( Paris), 1765, in-12 ; 1766,
2 vol. in-8°. Grimm écrivit que cet Ouvrage « n'é-
tait qu'un tissu de platitudes » ; — Histoire de
VOrléanais, depuis Van 703 de la fondation
de Rome jusqu'ànos jours ; Amsterdam (Paris),
1766, in-4'', ouvrage vivement critiqué par Da-
niel-Charles Jousse, dans sa Lettre d'un Orléa-
nais , etc. ; — La Reine de Benni , nouvelle
historique; -Amsterdam et Paris, 1766, in-12; —
Tablettes de Zirphé; il m; — Parallèle entre
le siècle dernier et le siècle présent; 1775,
in-12 ;— Nouvelles de la République des Lettres
à dater de juillet 1775 ; Lausanne, 1775, etann.
^25 LAROCHE
sniv. 8 vol. m-12 ; — Dissertation sur Jeanne
d'Arc, vulgairement nommée la Pucelle d'Or-
léans; 1776, in-8"; — Histoire de MM. Paris
( de Montmartel et Duverney ) , ouvrage dans
lequel ou montre comment un royaume peut
passer dans l'espace de cinq années de l'état
le plus déplorable à l'état le plus florissant ;
Lausanne, 1776, in-12; — Pensées diveises
sur les Princes; Lausanne, 1776, in-8° (avec
Frédéric II, landgrave de Hesse-Cassel) ; —
Recueil de Poésies; Londres ( Cassel), 1777,
in-12; — Eloge de M. de H aller ; Cassel,
1778, in-8°; — Eloge de M. de Voltaire;
Cassel, 1778, in-8°; — Essai sur la Minéra-
logie et la Métallurgie; Maestricht, 1779,
in-S"; — Le Pot- Pourri ; 1781, 4 vol. in-8°;
— Journal des Gens du Monde; 1782-1785,
10 vol. in-8°; — Histoire littéraire de M. de
Voltaire ; Cassel ( Paris), 1782, 6 vol. in-S";
Petit Tableau de Paris; 1783, in-12; —
l£ Temple de la Postérité, intermède, fête
donnée à Cassel pour l'inauguration de la
statue élevée à Frédéric II , landgrave de
Hesse, le 14 août ; Cassel, 1783, in-8°; — La
comtesse de Tessan, oic l'insuffisance de la
vertu; 1783, in-12; — Le Vicomte de Bar-
jac, ou mémoires pour servir à l'histoire de
ce siècle; Dublin et Paris, 1784, 2 vol. in-12; —
Paris en miniature , d'après les dessins d'un
nouvel Argus; Londres et Paris, 1784, in-12;
— Olinde; Genève, 1784, 2 vol. in-8° et in-18 ;
— Mémoires de ^7«« de Baudéon; 1784,
in-12; — Les Folies philosophiques, par un
homme retiré du monde ; 1784, 2 vol. in-8" ; —
Amusements des Gens du Monde; 1785, 2 vol.
in-S" ; — Mémoires authentiques pour servir à
l'histoire du comte de Cagliostro ; 1785,in-8°;
— Mémoires de M. de B., pour servir à l'his-
toire de l'année dernière, etc.; 1786, in-12; —
Mémoires de M^" la duchesse de Morheim, ou
Suite des Mémoires du vicomte de Barjac;
Dublin, 1786, 2 vol. in-18; — Mémoires pour
jj/me Kornmann, par M. S.; 1788, in-8'' : ce
Mémoire, que Beaumarchais crut de M. Suard,
attira à ce dernier une violente diatribe ; — La
Galerie des États Généraux; 1789, 2 part.
in-8° ( avec le comte de Mirabeau et Choder-
los de Laclos ) ; — Journal de la Ville; 1789
et 1792, in-8° et in-4°; — Essai sur la secte
des Illuminés; 1789, in-8°;3'' édition, aug-
mentée par le coTïite de Mirabeau ; 1792,in-8°;
ces trois éditions n'en forment qu'une seule, ra-
jeunie au moyen de nouveaux titres ; — Les
Contemporains de 1789 et de 1790, ou les
opinions débattues pendant les premières
législatures, avec les principaux événements
delà révolution; Paris, 1790, 3 vol. in-S°;
— Histoire de la Vie et de la Mort de Bianca
Capello , traduit de l'allemand de Meissner;
1790 ; — Une seule Faute, ou les Mémoires
d'une demoiselle de qualité; Strasbourg et
Paris, 1788 et 1790, 2 vol. in-12 ; — Mémoires
626
pour servir à Vhistoirede Vannée 1789 ; Paris,
1790, 4 vol. in-80; — La Galerie des dames
françaises, pour servir de suite à la Galerie
des États Généraux; Londres, 1790, in-8° (avec
Choderlos de Laclos et autres). E. Desnues.
Voltaire, Correspondance, lettre du 16 avril 1775. _
Grimm, Correspondance. — Barbier, Dict. des .anony-
mes. — Ouérard, La France littéraire.
LAROCHE (jBeHj'awim), publiciste, poète et
traducteur français,né le 3 germinal an v (23 mars
1797 ), mort à Paris, le 8 janvier 1852. II fut pen-
dant longtemps professeur de langues modernes
dans différents établissements publics. II avait
déjà publié plusieurs opuscules lorsqu'il fit pa-
raître un petit ouvrage intitulé : Lettres de
l'abbé Grégoire, et pour lequel il fut condamné
par défaut à six ans de prison et 6,000 francs
d'amende. Laroche sut se soustraire à l'effet de
celte condamnation, et se réfugia en Angleterre,
où pour vivre il donna des leçons de français.
Il ne savait pas un mot d'anglais en quittant
la France , et en très-peu de temps il s'assimila
cette langue d'une manière remarquable. La-
Fioche se lia en Angleterre avec les hommes
les plus distingués, et notamment avec ceux qui
avaient entrepris de faire abolir la traite des
noirs, question qui l'intéressait vivement. En
1827 Laroche put revenir en France, où il s'oc-
cupa de traductions d'auteurs anglais , qui ont
eu du succès, et qui le méritaient autant par
la fidélité que par l'élégance. On a de lui :
Le Cri des Patriotes français sur la loi des
élections, etc. ; Paris, 1819, in-8°; — Les Fu-
nérailles de la Liberté , messénienne ; Paris ,
1820, in-8"; — Les Singes économistes , ou
qu'est-ce que la liberté du commerce? (Ex-
trait de la Revue de Westminster ) ; Paris,
1832, in-S". II a traduit de l'anglais : Œuvres
poétiques de G. Canning , en vers français;
1827; — Forester, de Miss Edgewoorth, pré-
cédé d'un avant-propos sur l'application de
la méthode Jacotot à l'étude de l'anglais;
1829;— £a Vicaire de Wakefield,iie Goldsmith;
— De la Réforme financière en Angleterre, par
sir H. Parnell ; — Diontologie, ou la science de
la morale, par J. Bentham, 2 vol. ; — Voyages
et aventures du capitaine Bonneville à l'ouest
des États-Unis d'Amérique, au delà des mon-
tagnes Rocheuses , par W. Irving ; — De la
Société américaine , par miss Martineau ; —
Œtivns complètes de Shakspeare; 6 vol.;
— Œuvres de Cooper, 6 vol. ; — Œuvres
complètes de lord Byron ; 4 vol. ; — Œuvres
de Sheridan; — Lucretia, ou les enfants de
nuit, par Bulwer; — Œuvres complètes de
W. Scott; — La Maison de Dombey père
et fils , de Ch. Dickens. Benjamin Laroche a
été l'un des rédacteurs de La Tribune natio-
nale ( 1848 ), de La Tribune du Peuple (id.),
de la Tribune, journal de l'ordre et de la li-
berté ( id. ), du Persiffleur, joiirnal mensuel
I
627 LA ROCHE — LA ROCHE-AYMON
de la République démocratique et sociale
(1848). G. DE F. et L.— T.
Document s particuliers. — F. Bourquelotet A. Maury,
La Littérature Franc, contemporaine.
* LA ROCHE-AYMON, nom d'une ancienne fa-
mille française, que la tradition fait remonter aux
fameux quatre fils Aynion {voy. Aimon). L'hé-
raldique établit l'ascendance directe du chef ac-
tuel de cette maison jusqu'à Guillaume de La Ro-
che-Aymon, qui vivait en 1031 (1). Les membres
les plus connus de cette famille sont :
LA ROCHE-ATWOiv ( Le bienheureux Baotil
de), archevêque de Lyon, né vers 1160, mort à
Lyon, le 5 mars 1236. Il s'associa de bonne heure
à la vie édifiante des moines de Cîteaux. D'abord
abbé d'Igny dans le diocèse de Reims , il fut jugé
digne en 1224 de succéder à saint Bernard à
Clairvaux. Après avoir occupé pendant huit ans
ce siège abbatial , il fut appelé à gouverner
l'église d'Agen, d'où Grégoire IX le transféra, en
1235, à la métropole de Lyon. Le Martyrologe
gallican et le Ménologe cistercien s'accordent
avec les BoUandistes pour célébrer sa mémoire
le 5 mars, en n'hésitant pas à le qualifier de bien-
heureux.
i<A ROCHE-AYMON (Guillaume de ), seigneur
de TouRNOELLE, fut maréchal de France en 1220.
LAROCHSi-AYMON [Bugues DE) fut Capitaine
général sous le roi Jean, grand-maréchal de ia
cour du pape et gouverneur du comtat Ve-
naissin.
Titres et Mémoires pour servir à l'histoire des ar-
chevêques de LyoïH Ms. ùe [-dRibAmp.]. — Compendium
Sanctorum, ordinis Cislerciensis , auctore Joannc de
6'irei/,- Dijon, 1491. — Hecueil de documents pour ser-
vir à l'histoire de l'ancien gouvernement de Lyon ;
l.yon, 18S4. in-fol. — Légende du bienheureux Raoul de
La Hoche- Ay mon par le prince A. Galitzin; Lyon, 1858-
— Études .»ir le.'; abbayes cisterciennes par d'Arbois de
Jubainville; Paris, 18S8, p. 179.
LA ROCHE-AYMON (Jean de) , seigneur de
Saint-Maixent , né au commencement du sei-
zième siècle, mort à Paris, en 1575. Sénéchal en
1 568 de la haute et basse Marche, il y fut chargé
de n l'extirpation des erreurs , mauvaises opi-
nions, assemblées iUicites et ports d'armes ».Les
archives du château de Mainsat possèdent une
lettre missive de Charles IX relative à cette
mission (2).
(1) Gallia Christiana, t. II, preuves, col. 172 et s.
(2) Voici les termes de ce titre de famille, qui a la valeur
d'un document historique du plus grand intérêt : cette lettre
fait supposer que les remords de la Saint-Barthélémy ont.
réellement empoisonne, comme l'a signalé Bossuet, les der-
niers jours de Charles IXet même hâlé la fin de sa vie -«Mon-
sieur le Scneschal, je ne fais point de double que jusques icy
vous n'ayez entendu ce qui s'est passé tonehant l'émotion
dernièrement advenue en ceste ville de Paris par la mort
du feu Sr de Ghastillon, amiral de France et d'aulcuns ses
complices et adhérans , lesquels estoient bien prouvés
avoir conspiré à rencontre de moi et de mon Estât et de
ceulx que je tiens auprès de moi comme mes plus chers.
Je vous l'ay assez amplement escript et à tous les gou-
verneurs et lieutenants en mes pays et provinces ; et à fin
qu'aulcuns de mes subjectz ne prissent cause ou occasioa
de ce que dessus pour entrer en quelque double ou mes-
fiance , j'ay bien voulu faire sçavoir et entendre par tout
625 o'
Archives des châteaux de Mainsat et d'Arfeuille. — !
Dépôt de l'ordre du Saint-Esprit, v. 259 des sceaux, ;
In-fol,,., 1213 — Histoire des Grands-Officiers de la
Couronne, VII, 293.
LA ROCHE-AYMON ( Fvançois de), né le
16 janvier 1553, mort en son château de La
Roche-Aymon, près d'Évaux (Creuse), le 8 oc-
tobre 1606, fut gouverneur du Bourbonnais sous
Henri IV, l'accompagna au siège de Loudun, l'as-
sista dans beaucoup de rencontres, et contribua
gi-andement à la tranquillité de sa province.
LA ROCHE-AYMON (CZai<rfeDE),né àMainsat,
en 1658, mort au Puy, en 1720, fut chanoine et
vicaire général de Mende et évêque de Puy, sacré
mon royaulme la bonne et droicte intension que j'ay en-
vers tous mes dicts subjetz, et comme je ne désire rien
tant que d'y voir toutes choses rétablies en bon repos.
Ce n'a jamais esté ni n'est ma volunté que ceulx qui ne
sont point coulpables de !,i snsdicte malheureuse cons-
piration, encores qu'ils fassent profession delà religion
prétendue réformer', en souffrent ni reçoivent aulcun
doniniaige ni desplaisir, ains qu'ils soyent conservés en
tous leurs biens et droicts, ainsi que mes aultres sub-
jectz; et je m'assenre qu'avec le temps ils se conforme-
ront à ma dicte volunté, après avoir icelle enlendue tant
par la présente que par la déclaration qui en a esté pu-
bliée par tous les bailliages et séneschanssécs de mon
royaulme, dont vous trouverez copie avec la présente,
pour en faire faire semblable publication dans tous les
lieux et endroicts de vosire séneschanssée, à fin que mes
dicts subjetez soyent et demeurent entièrement asseu-
rés. .Je ne veulx toutes-fois, comme il est expressément
porté parla dicte déclaration , que ri'ores en avant se
fassent anlcuns presches ni assemblées par ceulx de la-
dicte religion, pour quelle occasion que ce soyt, tantes
maisons des gentilshommes qu'ailleurs, iùnsi qu'il a esté
cy-devant permis par les édicts de pacification, et ce à
fin d'obvier à plusieurs .scandales et mesfiances qui pour-
royent en advenir parmy mes dicts subjectz; par quoy,
par vostre regard, vous ferez sur ce faire les inhibitions
et défenses en tel cas requises, à ce que mon inten.'^ion
.soyt en cestendroict observée. Et pour ce que journelle-
ment j'ay advis que soubs couleur de la dicte émotion se
commectent en plusieurs lieux de mon royaulme inlihis
mœurs et exactions contre plusieurs de mes subjectz par
aulcuns qui soubs prétexte de mon service se sont d'eux-
mêmes licenciés à prendre les armes et s'assembler, al-
lant par les champs piller les maisons d'aulcuns gen-
tilshommes et aultres mes subjectz , disant contre vérité
que par moi leur a esté ainsi permis, je vous prie, sur
tout le service que vous désirez me faire, que vous don-
niez ordre dans tous les lieux et endroicts ae vostre
charge où il y aura gens en armes, qu'ils ayent à venir
à vous en cas qu'ils en soyent près, à ce qu'ils vous fas-
sent entendre pour quelle cause et par quelle auctorité
ils les eurent prinses; et en cas qu'ils en soyent éloi-
gnés, envoyez vers eux gentilshommes capables de s'en
expliquer avec eux. S'ils ne sont gens de mes ordonnances
ou qui ayent charge par escript de mot ou de mon frère
le duc d'Anjou, mon lieutenant général, et disposés à me
faire service , faictes leur meclre bas les dictes armes
incontinent. S'ils estoyent si téméraires que de ne vouloir
à l'in.stant obéir au commandement que vous leur en ferez
de ma part, donnez ordre de les rompre et tailler en pièces
tellement que la force m'en demeure. .le veulx aussy que
vous fassiez promptement fain^ la plus grande et exem-
plaire justice qui vous sera possible d'une infinité de vo-
leurs et brigands qui font plusieurs plUeries et rançon-
nements par les villalges et maisons estant aux champs;
car je désire que tels malfaicteurs soyent punis et châstiés
exemplairement, pour qu'ils ne prennent racine plus
avant; et m'asseurant que vous y mectrez Incontinent
l'ordre qui est requis, je ne vous ferai la présente plus
longue ; priant Dieu, Monsieur le Séncschal.vous avoir en
sa saincte et digne garde. Escript à Paris le dix-septième
jour de septembre l'an M.C.C.C.C.C. LXXII. Charles. i>
629 LA ROCHE-AYMON
en 1703; il a laissé la réputation d'un homme Robespierre
savant et pieux.
Son frère, Pierre-François, né à Mainsat, en
1660, fu+ tué à la bataille de Stafarde, en Piémont,
le 18 août 1690; il était chevalier de l'ordre de
Malte, et commandait le régiment de Montgom-
mery-cavalerie.
LA ROCHE-AYMON (PaulnE), COnUU SOUS le
nom de chevalier de la Roche- Aymon , né le
27 septembre 1683, mort le 22 mars 1759, fut
lieutenant générai des armées du roi: Après
avoir été attaché à l'artillerie depuis 1701, il com-
manda en chef l'artillerie dans plusieurs batailles,
notamment à celle de Fontenoy.
Généalogie historique et critique de la Maison de La
Roche- Jymon; Parts, 1776, in-fol., p. 110 et 120. — His-
toire de Malte, III, 38. — Chronologie historique et mi-
litaire publiée en 1762, V, 264. — Barbier, Jotirnal, t. I.
LA ROCHE-AYMOK ( Le Cardinal Charles- An-
toine de), né au château de Mainsat, le t7 février
1697, mort à Paris, le 27 octobre 1777. Il fût d'a-
bord chanoine de Saint-Pierre de Mâcon et vicaire
général de Limoges avant d'être sacré évêque
deSarepte inpartibus, le 5 août 1725. Il occupa
successivement les sièges de Tarbes (1729), de
Toulouse (1740) et de Narbonne (1752), avant
d'être nommé à la grande aumônerie, le 13 juillet
1760, et à l'archevêché de Reims, le 6 décembre
17G2. Chargé de la feuille des bénéfices et créé
cardinal en 1771, pourvu, l'année suivante, de
l'abbaye de Saint Germain-des-Prés , il sacra
Louis XVI le dimanche de la Trinité 11 juin 1775,
ayant eu antérieurement l'honneur de le bapti-
ser, de lui avoir fait faire sa première commu-
nion , de le confirmer et de bénir son union avec
Marie-Antoinette d'Autriche. Il présida toutes
les assemblées du clergé de France depuis 1760
jusqu'à 1775, après avoir assisté à toutes les pré-
cédentes assemblées depuis 1735, soit comme dé-
puté , soit comme second président. Il est mort
doyen de l'épiscopat français ayant pour coadju-
teur Alexandre-Angélique de Talleyrand-Péri-
gord , depuis archevêque de Paris. Sa piété mo-
deste et son extrême bienfaisance ne l'ont pas mis
à l'abri des épigrarames des faiseurs de Mémoires
du siècle dernier.
Généalogie de la famille. — Liste des archevêques de
Reims, par M. Baussin [bibl. de Reims). — Mémoires de
Bachaumont; Paris, 1839, II, 200. — Mémoires de Diiclos,
éd. Barrière, 28, 82, 419, 420,421.— Documents particu-
liers.
LA ROCHE-AT.MOIV ( Colef te- Marie- Paulc-
Hortense- Bernardine de Beauvilliers, mar-
quise de), née le 20 août 1749, morte à Paris, en
juin 1830. Mariée en 1771 au marquis de La Ro-
che-Aymon, menin du Dauphin depuis LouisXVI,
et nommée dame du palais de la reine en 1775,
elle lui montra, quand vinrent les mauvais jours,
un admirable dévouement ; elle partagea avec
elle toutes ses angoisses , ne la quitta que lorsque
l'on fit sortir du Temple les dames qui l'y avaient
accompagnée ; fut jetée alors dans la prison de
l'Abbaye, puis dans celles de la terreur, et ne
fut sauvée de l'échafaud que pai- la mort de
630
Depuis lors elle consacra à Dieu
tout ce que sa nature renfermait de mâle cou rage,
et a légué à sa famille des exemples au-dessus
de tout éloge. P°^ Augustin Galitzik.
Documents de famille.
LA ROCHE- ATMON { Antoine - Charles-
Étienne-Paul , marquis de), général et écri-
vain militaire français, né à Paris, le 28 février
1772, mort dans la mêm« ville, en 1849. Fils du
marquis de La Roche Aymon, menin de Louis XVI,
il entra comme surnuméraire dans les gardes du
corps en 1784, et quatre ans plus tard dans le
régiment de Foix. En 1789 il partit pour Na-
ples à la suite de l'ambassadeur baron de Talley-
rand, et prit du service à la solde de cette puis-
sance. Peu de temps après il quitta cette posi-
tion , voyagea en Itâhe, visita Rome et Florence,
et alla rejoindre son père à Coblentz. li fit la cam-
pagne de 1792 à l'armée des princes, et au licen-
ciement, il s'établit à Altona, puis à Hambourg,
où il travailla pour un hbraire. Eu 1794 il entra
au service de Prusse en qualité d'aide de camp
du prince Henri, frère du grand Frédéric. Il
demeura près de ce prince jusqu'au jour de sa
mort, en 1802; alors il passa comme major à la
suite des hussards du corps en garnison à Berlin.
V.n 1806 il passa dans les hussards noirs, dont
il devint commandant en second. Après la guerre
il contribua à la réorganisation de l'armée prus-
sienne, fut chargé de la rédaction de l'ordonnance
sur le service des troupes légères, et plus tard
il rédigea avec Borstell l'ordonnance concernant
le service de la cavalerie. Colonel en 1810, il
rentra en France en 1811, sur l'ordre de Napo-
léon. On lui offrit du service dans l'armée fran-
çaise; mais, prévoyant qu'une guerre avec la
Prusse était imminente , il refusa , et quitta la
France après avoir promis de ne plus servir à
l'étranger. Revenu à Berlin, il donna sa démis-
sion, et se retira avec le grade de général major.
Rappelé en France en 1812, il refusa encore d'en-
trer dans l'armée, et fut mis sous la surveillance
de la police jusqu'à la fin de l'année. Alors il obtint
un passe-port pour revenir sur la terre qu'habitait
sa femme dans la vieille Prusse. Il resta en
dehors des événements jusqu'à la restauration ;
cependant, lors de la retraite de Moscou, il re-
cueillit plusieurs officiers chez lui. De retour dans
sa patrie au mois d'août 1814, il fut nommé maré-
chal de camp par Louis XVm. Pendant les Cent
Jours, il se retira dans le département de la Creuse.
A la seconde restauration , il fut créé pair de
France et chargé du commandement militaire du
département de la Loire, où il resta jusqu'en no-
vembre 1816 , époque à laquelle il vint prendre
séance à la chambre des pairs. Il ne siégea pas
dans le procès du maréchal Ney. En 1817 il
passa au commandement du département des
Deux-Sèvres; en 1818 il commandait le dépar-
tement de l'Eure, en 1819 le département de
Seine- et- Oise, enfin en 1820 il fut placé
dans le cadre des inspecteurs de cavalerie. A la
63 1 LA ROCHE-AYMON -
chambre des pairs, il prononça un discours sur-
le projet de loi relatif au recrutement de l'armée
en 1818, et combattit les enrôlements à prime :
« Lâches pour la plupart, disait-il, les soldats
mercenaires ne connaissent ni l'honneur du
drapeau ni l'amour de la patrie. >> En 1823 il
prit part avec son frère à l'expédition d'Espagne ,
et ûit fait lieutenant général après l'affaire de
MoHna del Rey. Membre de la minorité libérale
à la chambre des pairs , il reconnut le nouveau
gouvernement issu de la révolution de Juillet. La
révolution de Février le rendit à la vie privée. On
a de lui : Introduction à V étude de VArt de la
Guerre; Weimar, 1802-1804, 4 vol. in-8°, avec
atlas : cet ouvrage, très-rare aujourd'hui, composé
pendantque l'auteur étaitauprèsdu prince Henri,
et publié à la fois en français et en alkmand,
fut attribué au prince Henri lui-même; M. Mar-
tin de Brettes l'a réimprimé sous le titre de
Mémoires sur l'art de la guerre ;Va.r\?,, 1857,
5 vol. in 8° avec atlas; — Manuel du Service
de la Cavalerie Légère en campagne; Paris,
1821, in-8°; ibid., 1822, in-12; 1831, in-32; —
Des Troupes Léger es, ou Réflexions sur l'orga-
nisation, l'instruction pratique et la tactique
de l'infanterie et de la cavalerie légère;
Paris, 1817, in-8°; — Quelques Observations
sur les rapports de MM- Roy et Laffitte re-
latifs à la loi des finances de 1817 ; Paris,
1817, in-8°; — Opinion sur le projet de loi
relatif au Recrutement de l'armée; Paris,
1818, in-8°; — De la Cavalerie, ou des chan-
gements nécessaires dans la composition,
l'organisation et l'instruction des troupes à
cheval; Paris, 1828-1829, 3 vol. in-8°; —
Observations historiques et critiquas sur les
remontes; Paris , 1835, in-8°. Le général de La
Roche- Aymon a coopéré au Dictionnaire de la
Conversation, et a laissé plusieurs pièces iné-
dites.
L. L— T.
Sarrut et Saint-Ednoe, Biogr. des Hommes du Jour,
tome I", f^ partie, p. 290. — Birague, annuaire His-
torique et biographique, 18W, 3^ part., p. 54. — Qué-
rard, La France Littéraire.
i>\ ROCHEFOUCAULD, famille française,
une des plus anciennes , des plus illustres et en
même temps des plus nombreuses, puisqu'elle a
fourni jusqu'à quinze branches. Originaire de
La Rochefoucauld, petite ville de l'Angoumois,
à quelques lieues d'Angoulême, cette famille y
était établie avant le onzième siècle ; mais on
n'a sur elle que des données vagues et incer-
taines jusqu'au douzième siècle : une vieille tra-
dition la fait descendre des Lusignan, dont elle a
en effet conservé les armes.
Ses principaux membres sont :
LA ROCHEFOUCAULD ( Foucauld 1er, sei-
gneur DE La. Roche , baron de ) , vivait vers l'an
1026, sous le règne de Robert le Pieux. Il est
qualifié dans une charte d'une abbaye d'Angou-
lême du titre de vir nobilissimus Fulcaudus.
LA ROCHEFOUCAULD 632
Sa munificence envers plusieurs abbayes fit toute
sa réputation.
. LA ROCHEFOUCAULD {Foucauldll, baron
de) servit Philippe- Auguste, dans la guerre
contre Richard Cœur de Lion. Fait prisonnier à
la bataille deGisors, en 1198, il assista après sa
mise en liberté au mariage de Jean sans TeiTe
avec Isabelle d'Angoulême. J. V.
p. Anselme, Hist. chron. et genéal. de la Maison de
France, des Pairs, etc. — Moréri, Grand LUction. His-
torique.
LA ROCHEFOUCAULD ( François 1er, baron
puis comte de ) , issu au seizième degré de Fou-
cauld I", mort en 1517. Conseiller et chambel-
lan des rois Charles VIII et Louis XII, il tint en
1494 sur les fonts de baptême le prince qui de-
vait être François P% à qui il donna son prénom.
François P"" étant monté sur le troue , nomma,
La Rochefoucauld son chambellan ordinaire , et
érigea en 1515 la baronnie de La Rochefoucauld
en comté, « en mémoire, disent les lettres pa-
tentes, des grands, vertueux, très-bons et très-
recommandables services qu'icelui François,
notre très-cher et amé cousin et parrain, a faits à
nos prédécesseurs à la couronne de France et à
nous ». Depuis lui tous les aines de sa famille
ont pris le nom de François. J. V.
p. Anselme, Hist. chron. et çènéal. delà Maison de
France, des Pairs, etc. — Moréri, Grand Dict.Hist.
LA ROCHEFOUCAULD ( François II, comte
de), prince de Marsillac, fils du précédent, sou-
tint dignement la réputation de son père. Il
épousa en 1528 Anne de Polignac, veuve duu
comte de Sancerre, tué à la bataille de Pavie, eno
1525. Elle reçut en 1539 l'empereur Charles-
Quint avec les enfants de France en son château;!
de Verteuil. Ce prince fut tellement frappé de lai
dignité de ses manières qu'il dit hautement « n'a- ■
voir jamais entré en maison qui sentît mieux sa i
grande vertu, honnêteté et seigneurie que celle-
là ». Conformément aux volontés testamentaires -
de son mari , Anne de Polignac acheva la ma-
gnifique chapelle de La Rochefoucauld , qui fut i
un des plus beaux morceaux d'architecture dee
son temps.
Un des trois fils de François II, Charles, fon-
dateur de la branche de Bandan, ayant fait
profession de la religion réformée, servit sous
Henri III avec la plus grande distinction. J. V.
p. Anselme, Hist. chron. et généal. — Moréri, Grand
Dict. Hist.
LA ROCHEFOUCAULD ( François III,
comte DE),comteDERoiiCY,prince de Marsillac,
tué à Paris, dans la nuit du 24 août 1672. Fils
de François II de La Rochefoucauld et d'Anne
de Polignac , il apprit le métier des armes en
Piémont, en 1551. L'année suivante il se dis-
tingua au siège de Metz. Lieutenant de la com-
pagnie du duc de Guise , il fit la campagne de
1555, et continua à servir contre les Espagnols
jusqu'à la bataille de Saint-Quentin, où il fut fait
prisonnier. Conduit à Genep dans le Hainaut,
il ne recouvra la liberté que moyennant une ran-
633
LA ROCHEFOUCAULD
634
çon de 30,000 écus. Devenu veuf de sa première
femme, Sylvie Pic de La Mirandole, en 1556, il-
épousa en secondes noces Charlotte de Roy*;
mariage qui le rendit beau-frère du prince de
Condé et le rapprocha des Bourbons. Il était sur
le point de fuir en Allemagne lorsque le roi Fran-
çois Il mourut. A la réception de la lettre de
Catherine de Médicis, qui l'appelait au secours
« de la mère et des enfants » , il se mit à la tête
de trois cents gentilshommes, et prit la route
d'Orléans. Condé le renvoya en Poitou pour lever
de nouvelles troupes. Après une vaine démons-
tration contre La Rochelle , La Rochefoucauld
prit d'assaut Pons, le 2 octobre 1562, et alla
mettre le siège devant Saint- Jean d'Angely; mais
il dut renoncer à s'emparer de cette ville, et se
{retira à Orléans. Il combattit vaillamment à
;Dreux, se rendit maître de Saint- Aignan et de
'Gergeau , et accompagna Coligny en Normandie.
;Dans la seconde guerre civile, il se distingua au
,siége de Chartres. La paix ayant été signée, il se
iretira dans ses terres. Condé vint bientôt cher-
cher un refuge près de lui. La Rochefoucauld
combattit avec intrépidité à Jarnac ,:à La Roche-
Abeille, au Port de Piles, au siège de Lusignan.
Une maladie grave le força de quitter l'armée
qui assiégeait Poitiers. Il resta à La Rochelle
loisque Coligny partit pour le midi. En 1570
La Rochefoucauld surprit Marennes, s'empara
(le Brouage, emporta le château de Soubise et
soumit aux protestants tout le littoral, depuis la
Charente jusqu'à la Gironde, excepté Royan. La
paix conclue, La Rochefaucauld se rendit à Paris
jiour assister aux noces du roi de Navarre. Mal-
gré les avertissements qu'il reçut qu'il se tra-
mait quelque chose contre les réformés, il ne
voulut pas quitter la capitale. Il abandonna
môme son logement pour venir habiter celui
qu'un des maréchaux des logis de Charles IX lui
assigna près de l'hôtel qu'occupait Coligny, lors-
que le roi, pour plus grande sûreté du dit amiral,
fit avertir tous les seigneurs et gentilshommes
liusuenots de se venir loger près de lui. Le sa-
medi veille de la Saint-Barthélémy, La Roche-
foucauld passa la soirée à folâtrer avec Char-
les IX. Ce prince voulut le retenir au Louvre.
« Foucauld , lui dit-il , ne t'en vas pas , il est
déjà tard , nous balivernerons le reste de la nuit.
— Cela ne se peut, répondit le comte, car il faut
dormir et se coucher. — Tu couchetjas avec mes
valets de chambre, reprit le roi. — Les pieds
leur puent, répUqua La Rochefoucauld; adieu,
mon petit maistre. » Il rentra chez lui. « A peine
venoit-il de s'endormir, raconte Crespin, qu'il
fut resveillé par six inasquez et armez, qui en-
trèrent dans sa chambre : entre lesquels cuidant
le roy estre qui vinst pour le fouetter à jeu , il
prioit qu'on le traistast doucement , quand après
lui avoir ouvert et saccagé ses coffres , un de ces
masquez le tua. » J. V.
Crespin et Goulard , Hist. des Martyrs persécutez et
mis à mort pour la vérité de l'Évangile. — P. Anselme,
Hist. Chron. et Cenéal. — Haag, Lu, France Protes-
tante.
LA ROCHEFOUCAULD {François IV, comte
de), fils du précédent, mort le 15 mars 1591.
Sauvé du massacre de la Saint-Barthélémy par
Lansac, chez qui son gouverneur l'avait conduit,
il dut sans doute suivre les exercices du culte
catholique. En 1575 on le retrouve aux côtés du
prince de Condé, avec lequel il fit en 1585 la
campagne contre le duc de Mercœur. A la paix,
il suivit le duc d'Anjou dans les Pays-Bas. En
1587, le comte de La Rochefoucauld servit au
siège de Fontenay comme colonel de l'infanterie.
En 1589, il marcha avec Châtillon à la défense de
Tours , attaqué par Mayenne , qui fut repoussé.
En 1591, étant devant la petite ville de Saint-
Yriex-la-Perche , il tomba au pouvoir des li-
gueurs, qui le poignardèrent. J. V.
Moréri, Grand Dict. Histor. — Haag, La France Pro-
testante.
LA ROCHEFOUCAULD {François V, comte,
puis duc DE ), né le 5 septembre 1588, mort le
8 février 1650, à son château de La Rochefou-
cauld. Il fut gouverneur du Poitou et de Châ-
teau-Randan. S'étant laissé convertir au catho-
licisme, il assista en 1610 au couronnement de
la reine Marie de Médicis, femme de Henri IV.
Louis XIII lui donna le collier de ses ordres en
1619, et érigea le comté de La Rochefoucauld en
duché-pairie en 1622. Le duc prit part au combat
de l'île de Ré, lors de la reprise de La Rochelle,
eu 1628.
Un de ses enfants,' Louis, né en 1615, fut tenu
sur les fonts de baptême par Louis XIII et la
reine , devint évêque de Lectoure et abbé de
Saint-Jean d'Angely, et mourut le 5 décembre
1654. J. V.
P. Anselme, Hist. Chron. et Généal. — Moréri, Grand
Dict. Historique.
L4 ROCHEFOUCAULD {François VI, duc
DE, prince deMAKSiLLACj), célèbre écrivain et mo-
raliste français , né le 15 décembre 1613, mort le
17 mars 1680. Il ne reçut qu'une éducation très-
incomplète. Il n'avait que neuf ans lorsque son
père fut créé duc et élevé à la pairie. Le nouveau
duc, impatient de profiter pour son fils de la fa-
veur royale , ne le laissa pas achever ses études,
et le fit entrer au service militaire. A seize
ans , il assista au siège de Casai comme mestre
de camp du régiment d'Auvergne. Bientôt
son père, compromis dans la révolte de Gas-
ton d'Orléans, fut exilé à Blois, en 1632. Lui-
même, devenu suspect pour quelques propos
contre le cardinal de Richelieu et à cause de sa
liaison avec deux amies de la reine, M"*M'Haute-
fort et de Chemerault, partagea cette disgrâce.
Pendant son séjour à Blois, il épousa M"® de
Vivonne, dont on ne sait rien de plus sinon qu'il
eut d'elle cinq fils et trois filles. Vers le même
temps (1637), il se lia avec la duchesse de Che-
vreuse, alors reléguée à Tours, d'où elle entrete-
nait une correspondance avec la reine et la cour
d'Espagne. Jeune et romanesque, il entra avec
635 LA ROCHEFOUCAULD
ardeur dans ces intrigues de femmes contre le
cardinal, et obtint la permission de revenir à Pa-
ris au moment où la reine, accusée d'être d'in-
telligence avec l'Espagne, était soumise à une
sorte d'instruction judiciaire. « Dans cette extré-
mité, dit-il, abandonnée de tout le monde, man-
quant de toutes sortes de secours , et n'osant se
confier qu'à M''^ d'Hauteforè età moi, ellemepro-
posa de les enlever toutes deux et de les emme-
ner à Bruxelles. Quelque difficulté et quelque pé-
ril qui me parussent dans un tel projet, je puis
dire qu'il me donna plus de joie que je n'en avais
eu de ma vie. J'étais dans un âge où l'on aime à
faire des choses extraordinaires et éclatantes, et je
ne trouvais pas que rien le fût davantage que d'en-
lever en même temps la reine au roi son mari et
au cardinal de Richelieu, qui en était jaloux, et
d'ôter M"e d'Hautefort au roi, qui en était amou-
!eux. u 11 avait déjà fait des préparatifs pour
ce double enlèvement lorsque les affaires de
la reine prirent une meilleure tournure. Mais
M""" de Chevreuse, qui n'avait pas été prévenue
de ce changement, s'enfuit en Espagne, etMar-
sillac , coupable d'avoir favorisé sa fuite, fut mis
à la Bastille. Après huit jours d« captivité, il ob-
tint la permission de se retirer dans sa terre de
Verteuil. Il reparut à l'armée en 1639. Le car-
dinal lai offrit le grade de maréchal de camp ;
« mais, dit-il, la reine désira instamment que je
ne reçusse pas de grâce du cardinal qui me
pût ôter la liberté d'être contre lui quand elle
se trouverait en état d'être ouvertement son
ennemie ». Il retourna donc à Verteuil ( 1640), et
y demeura un temps considérable, dans une
sorte de vie inutile , et qu'il aurait trouvée trop
languissante, si la reine, qui avait réglé sa con-
duite, ne lui eût ordonné de la continuer. Ce-
pendant, sa vie ne fut pas tout à fait inactive. Il
correspondit avec les ennemis de Richelieu, eut
quelque part aux projets de Cinq-Mars et de
ïhou, et favorisa la fuite de Montrésor, complice
de la conspiration. En même temps il menait la
vie d'un riche gentilhomme de campagne, grand
amateur de chiens et de chevaux et ne négligeant
pas la vente de ses vins (1). 11 revint à la cour
636
(1) La Société de l'Histoire de France a publié, dans le
premier volume de son Bulletin, une lettre de François V
de La Rochefoucauid, qui prouve que son fils, le prince
de Marsillac, l'auteur des Maximes, faisait le commerce
des vins pour se consoler de l'exil auquel le condamnait
Richelieu; nous la reproduisons ici; elle est adressée à
M. de La Ferté, « cmbassadeur pour le roy en Engleterrei-.
« Monsieur, il y a deux ou trois ans que mon fils de
'1 Marsillac continue un petit commerce, en Englf terre,
M qui luy a réussi jusqu'à cette heure, et il espère encores
n mieus soubs vostre protection le succès qu'il en désire,
c< quy est de pouvoir tirer des chevaux et des chiens pour
Il du vin qu'il envole. Son adresse ordinaire est d mon--
« sieur Graf; mais dans l'incertitude du lieu où il sera,
<r il ose prendre la liberté de vous supplier, par moy, de
'( commender à quelqu'un des vostres de prendre soin de
« ce porteur, qu'il envoie pour la conduitte des che-
« vaus et des chiens qu'il espère tirer du pris de ses
« vins....
« A La Rochefoucauld, ce 20 févr-ier 1642.
" La. Rochefoccadld. »
aussitôt après la mort de Richelieu (décembre
1642 ). La mort du roi suivit à cinq mois d'in-
tervalle (mai 1643). La reine fut régente avec
Mazarin pour premier ministre , et ne se montra
pas très-empressée de récompenser ses anciens
amis. Marsillac eut pour sa part de belles pro-
messes. « La reine, dit-il, me donnait beaucoup
de marques d'amitié et de confiance ; elle m'as-
sura même plusieurs fois qu'il y allait de son
honneur que je fusse content d'elle, et qu'il n'y
avait rien d'assez grand dans le royaume pour
me récompenser de ce que j'avais fait pour sau-
ver sa vie. » Mais quand il demanda le gouver-
nement du Havre, il ne put l'obtenir. La reine
et le ministre l'amusèrent encore par des espé-
rances éloignées jusqu'à ce que, perdant patience,
il se rapprocha du parti des importants, que con-
duisaient deux anciens amis de la reine aussi
mal récompensés que lui, le duc de Beaulort et
M™^ de Chevreuse. Mazarin détruisit la cabale^
des importants en faisant arrêter Beaufort
(2 septembre 1643). M™^ de Chevreuse fut éloi-
gnée. Marsillac se piqua de lui rester fidèle mai-
gré les ordres de la reine. Si on l'en croit, il
fut mal payé de sa fidélité. « Je ne trouvai, dit-
il, dans la suite guère plus de reconnaissance de-
son côté ix)ur ra'être perdu cette seconde fois,
afin de demeurer son ami, que je venais d'en
trouver dans la reine; et M^^de Chevreuse ou-
blia dans son exil aussi facilement tout ce que
j'avais fait pour elle , que la reine avait oublié
mes services quand elle fut en état de les récom-
penser. » Disgracié, irrité et résolu de « cher-
cher des voies périlleuses pour témoigner son
ressentiment à la reine et au cardinal Mazarin »,
il songea à s'attacher au duc d'Enghien, et
pensa que le meilleur moyen d'obtenir la faveur i
du duc était de se faire aimer de sa sœur, la du-
chesse de Longueville, alors (1646) dans tout
l'éclat de la beauté. Il est piquant de voir dans les
Mémoires de La Rochefoucauld quels motifs in- •
téressés l'engagèrent dans cette liaison. Il raconte f
qu'un de ses amis, Miossens, courtisait la duchesse i
dans des vues aussi peu désintéressées. « J'eus •
sujet de croire, ajoute-t-il, que je pourrais faire un r
usage plus considérable que Miossens de l'amitié *
et de la confiance de madame de Longueville : je >
l'en fis convenir lui-même. Il savait l'état où j'étais
à la cour; je lui dis mes vues, mais que sa con-
sidération me retiendrait toujours , et que je
n'essayerais point à prendre des liaisons avec
Mme de Longueville, s'il ne m'en laissait la li-
berté. J'avoue même que je l'aigris exprès contre
elle pour l'obtenir, sans lui rien dire toutefois
qui ne fût vrai. Il me la donna tout entière;
mais il se repentit de me l'avoir donnée, quand
il vit les suites de cette liaison. >' Peu de temps
après, M"^ de Longueville se rendit à Munster,
où son mari négociait le traité de Westphalie,
et Marsillac qui venait d'acheter le gouvernement
du Poitou, suivit le duc d'Enghien à l'armée.
11 reçut trois coups de feu au siège de Mardik,
j y/ LA ROCHEFOUCAULD
|>t revint à Paris. Pendant sa convalescence, qui ' l'ancienne fronde
iiit longue, il vit se préparer les troubles de la
Moiiiie. Quand ces tioubles éclatèrent, il était
iaus son gouvernement, disposé à servir le mi-
lisîre à condition qu'on accorderait « à sa maison
t.. mômes avantages qu'à celles de Rohan et de
jaTrémouille ». Le cardinal lui manqua encore
|ie parole , et la duchesse de Longueville lui écri-
,it que tout était prêt pour la guerre civile. Il
icoourut à temps pour être un des chefs de cette
jiise d'armes, qui amena le blocus de Paris par
:oadé , et se termina par la pacification du
Il mars 1649. A la guerre ouverte succéda une
uttf d'intrigues. Marsillac, ambitieux et sans
)iincipes, était là dans son élément, et son
Kuivoir sur la ducliesse de Longueville lui au-
ait permis d'exercer une grande influence sur les
événements , s'il eût eu lui-même plus de suite
lans ses projets. Un de ses amis, Matha , disait
ie lui : '< Il fait tous les matins une brouilierie et
eus les soirs il travaille àunrhabillement. » Une
ut donc qu'un aventurier de plus dans le sanglant
lubroglio de la seconde Fronde. Après l'arresta-
ion des princes de Condé, Conti et duc de Lon-
gueville (janvier 1650), il accompagna la du-
lihesse de Longueville en Normandie. Les deux
'ugitifs se séparèrent à Dieppe, et Marsillac alla
lans son gouvernement, oîi il disposa tout pour
a guerre. Il se joignit ensuite au due de Bouil-
on, et tous deux marchèrent sur Bordeaux, où
Is entrèrent, le 31 mai 1650, avec la princesse de
:;;ondé. Le cardinal de Mazarin et le maréchal
le La Meilleraie vinrent bientôt assiéger la ville.
\,(i duc de La Rochefoucauld (il portait ce titre
lepuis la mort de son père) défendit avec cou-
age le faubourg de Saint-Surin , mais ne put
impêcher le parlement de Bordeaux de traiter
ivec le ministre (1) (octobre 1650). La Roche-
bucauld, relégué dans son gouvernement, et fort
ïiécontentde la paix, revint secrètement à Paris,
it du fond de l'hôtel de la princesse palatine fo-
ïienta de nouveaux troubles. La reine s'appuya
ilors sur la première fronde contre la seconde ,
it opposa Retz à Condé. Les deux factions
urent sur le point d'en venir aux mains dans la
»rande salle du parlement, le 21 août 1651, et
lia faveur du désordre La Rochefoucauld tenta
Je faire assassiner le cardinal de Retz (2). Enfin
(1) Pendant les négociations du traité, il échappa à La
Roehetoucauld un mut souvent cité, et qui révélait le
noraliste dans le frondeur. Comme il se trouvait avec
le duc de Bouillon et le conseiller d'État Lenet, dans le
carrosse du cardinal de Mazarin, le ministre se mit à rire
en disant : « Qui aurait pu croire, il y a seulement huit
jours, que nous serions tous quatre aujourd'hui dans un
même carrosse?» « Tout arrive en France, » repartit La
Rochefoucauld ; et « pourtant il était loin encore d'avoir
vu tout ce qui pouvait y arriver, » remarque M. Bazin
dans son Histoire de Mazarin et la Fronde.
[i) La Rochefoucauld, dans ses Mémoires, làcYie d'atté-
nuer l'odieux de cette action; mais son explication est
fort équivoque. Le récit de Retz est confirmé par Joly,
M"" de Motteville, la duchesse de Nemours. « Comme je
sortais de ia grande chambre, dit Retz, je rencontrai
dans le parquet des liuissiers M. de La Rochefoucauld
638
resta maîtresse dé Paris ,
et Condé partit pour Bordeaux avec toute sa fa-
mille. La Rochefoucauld le suivit, mais il perdit
dans le voyageun des principaux motifs qui l'atta-
chaient aux Condé. La duchesse de Longueville,
lasse d'une liaison qui durait depuis cinq ans ,
le quitta pour le duc de Nemours. Lui , sui-
vant une fine remarque de M. Sainte-Beuve,
« saisit avec joie, une occasion d'être libre
en faisant l'offensé (1). Il fut donc bien aise,
mais non pas sans mélange ni sans des re-
tours amers : >< La jalousie, il Ta dit, naît avec
l'amour ; mais elle ne meurt pas toujours avec
lui ». Le châtiment de ces sortes de liaisons,
c'est qu'on souffre également de les porter et de
les rompre. Il voulut se venger, et manœuvra si
bien, que M"''' de Chàtillon reconquit M. de Ne-
mours surM""^ de Longueville, et qu'en veine
de triomphe, elle fit encore perdre à celle-
ci le cœur et la confiance du prince de Condé ,
qu'elle s'attacha également. Entre M""= de Chà-
tillon, M. le Prince et M. de Nemours, La Ro-
chefoucauld, qui était l'âme de cette intrigue,
s'applaudissait cruellement. » Pendant que ces
liaisons se nouaient et se dénouaient , la guerre
civile redoublait ses ravages. Nemours et Beau-
fort, opposés aux troupes royales, occupaient les
bords de la Loire, et se compromettaient par
leur discorde. Condé, prévenu de ces dissensions,
partit d'Agen le 24 mars 1652, avec La Rochefou-
cauld et huit autres personnes. La présence du
prince donna pour un moment l'ascendant à
ses troupes, mais Turenne ne tarda pas à relever
les affaires de l'armée royale. Après plusieurs
mois d'escarmouches les deux partis en vinrent
aux mains aux portes de Paris, dans le faubourg
Saint-Antoine (l*"" juillet). La Rochefoucauld re-
çut au visage un coup de feu, qui le priva de la
qui rentrait. .le n'y fis point de réflexion, et j'allai dans
la salle pour prier mes amis de se retirer. Je revinsaprès
le leur avoir dit , et comme je mis le pied sur la porte du
parquet, j'entendis une fort grande rumeur dans la salle
de gens qui criaient aux armes; je voulus retourner pour
voir ce que c'était, mais je n'en eus pas le temps, parce
que je me sentis le cou pris entre les deux battants de
la porte que M. de La Rochefoucauld avait fermée sur moi,
en criant à MM. de Coligny et de Kicousse de me
tuer.... » Retz fut sauvé par M. de Charaplatreux, fils du
président Mathieu Mole. « En rentrant dans la grande
chambre, continue-t-il, j'ajoutai que M. de La Rochefou-
cauld avait fait tout ce qui avait été en lui pour me faire
assassiner. Il me répondit ces propres paroles : « Traître,
je me soucie peu de ce que tu deviennes. » Je lui repartis
ces propres mots : « Tout beau , notre ami La Franchise
(nous lui avions donné ce quolibet dans notre parti;,
vous êtes un poltron (je mentais , car il est assurément
fort brave), et je suis prêtre. Le duel nous est défendu.»
M. de Brissac, qui était immédiatement au-dessus de lui,
le menaça de coups de bâton; il menaça M. de Brissac
de coups d'éperon..., » Mémoires du cardinal de Retz,
p. 29S, édit. Mlchaud et Poujoulat.
(1) La Rochefoucauld, se souvenant sans doute de sa
liaison et de sa rupture avec la duchesse de Longueville,
dit dans une maxime : « On a bien de la peine à rompre,
quand on ne s'aime plus >• ; et dans une autre : « Quand
nous sommes las d'aimer, nous sommes bien aises qu'on
nous devienne infidèle pour nous dégager de notre fidé-
lité ».
639
LA ROCHEFOUCAULD
e4o
Yne(l); lorsqu'il la recouvra après de longues
souffrances, les affaires avaient complètement
changé de face. Le roi était à Paris , Condé avait
passé aux Espagnols, et une amnistie couvrait
les autres chefs de la Fronde restés en France.
Dès lors commença pour La Rochefoucauld
une vie de repos et de réflexions. 11 eut le plaisir
de voir grandir sa famille dans la faveur royale ,
lui-même fut traité avec affection par Louis XIV;
mais personnellement il renonça aux projets
ambitieux. A la brillante et orageuse passion de
M™^ de Longueville succédèrent l'amitié calme
et raisonnable de M"" de Sablé , puis un com-
merce délicat avec M^" de La Fayette; les in-
trigues et les violences des factions furent rem-
placées par de fines et subtiles conversations
avec deux ou trois femmes du plus grand monde,
lasses elles-mêmes des agitations du monde.
« Quand les femmes ont l'esprit bien fait , dit-il,
j'aime mieux leur conversation que celle des
hommes : on y trouve une certaine douceur qui
ne se rencontre pas parmi nous , et il me semble,
outre cela , qu'elles s'expliquent avec plus de
netteté , qu'elles donnent un tour plus agréable
aux choses qu'elles disent. » On voit dans la
correspondance de M'"*' de Sablé qu'il la con-
sultait sur ses écrits, et que souvent il déférait à
ses avis. Un des premiers fruits de sa retraite fut
la composition de ses mémoires. Il nelesavaifpas
encore achevés lorsqu'une copie luien fut dérobée
et publiée à Cologne en 1662. Ce livre, où l'auteur
ne ménage personne, pas même lui , souleva de
si violentes colères, qu'il crut prudent de le dé-
savouer. Un autre ouvrage dont il s'occupait
beaucoup vers la même époque , les Maximes ,
courut aussi manuscrit et s'imprimait en Hol-
lande, lorsque l'auteur prit les devants, et pu-
blia ses Réflexions ou Sentences et Maximes
morales en 1C65. Ce n'était qu'un volume de
cent cinquante pages , contenant trois cent
soixante pensées et un avis au lecteur. Selon
Voltaire, c'est un des ouvrages qui contribuè-
rent le plus à former le goût de la nation et à
lui donner un esprit de justesse et de précision.
« Quoiqu'il n'y ait, dit-il, presque qu'une vé-
rité dans ce livre, qui est que l'amour-propre
est le mobile de tout, cependant cette pensée se
présente sous tant d'aspects variés, qu'elle est
presque toujours piquante : c'est moins un livre
que des matériaux pour orner un livre. On lut
avidement ce petit recueil ; il accoutuma à penser
et à renfermer ses pensées dans un tour vif,
(1) La Rochefoucauld , parodiant, dit-on, à celte occa-
sion, les deux vers suivants de du Ryer :
Pour mériter son cœur, pour plaire à ses beaux yeux,
J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurais faite aux dieux,
S'écria en pensant à M"»^ de Longueville,
Pour ce cœur inconstant , qu'enfin je connais mieux.
J'ai fait la guerre aux rois, j'en ai perdu les yeux.
On cite la ménie parodie avec cette variante :
Pour ce cœur Inconstant, qu'enfin je connais mieux,
J'ai fait la guerre aux rois, je l'aurais faite aux dieux.
précis et délicat. C'était un mérite que personne
n'avait eu avant lui , en Europe , depuis la re-
naissance des lettres. » Cet incontestable mérite
littéraire n'est ni le seul ni le principal qui re-
commande à la postérité le livre des Maximes.
Elles se distinguent surtout par la finesse et l'é-
tendue de l'observation morale. Le point de vue de
l'auteur a paru exclusif. On sait que l'ouvrage re- '
pose sur ce principe que l'intérêt personnel, l'a- :
mour-propre , comme on disait au dix-septième '
siècle, est le mobile de toutes les actions humaines,
même de celles qui paraissent désintéressées;'
car « nos vertus ne sont le plus souvent que des i
vices déguisés » . La vertu n'est qu'un nom de
convention donné à l'intérêt. Ce point de vue est-il
vrai ? Non, sans doute, si on le prend à la rigueur,
cardans cette supposition le principe moral, de
quelque nom qu'on l'appelle, vertu, conscience,
amour, idéal. Dieu, serait absolument étrangère,
l'âmehumaine, et il faudrait pour être conséquenti
aller jusqu'au fatalisme de Hobbes. La Roche-
foucauld n'allait point jusque là , et il se souciait
peu de se contredire. 11 a écrit ces belles maxi-
mes qui réfutent toutes les autres : « Il est plus
honteux de se défier de ses amis que d'en être
trompé. » — « 11 faut demeurer d'accord , à l'hon-i
neur de la vertu , que les plus grands malheurs"
des hommes sont ceux où ils tombent par leurs-
crimes. » — « Quelque méchants que soient les
hommes , ils n'oseraient paraître ennemis de la
vertu ; et lorsqu'ils la veulent persécuter, ils fei-
gnent de croire qu'elle est fausse , ou ils lui sup-
posent des crimes. » — « L'hypocrisie est un hom-'
mage que le vice rend à la vertu. » Si la vertu
n'est qu'un mot, si elle n'a aucune puissance
réelle sur le cœur de l'homme , pourquoi les mé4.
chants la combattent-ils , et pourquoi avant dei
la combattre commencent-ils par la calomniée
et la défigurer ? Pourquoi les hypocrites se pa-.i
rent-ils de ses apparences ? Mais il serait pédan-<i
tesque et futile d'instituer une controverse ens
forme contre un livre exquis et raffiné, qui n'a'
pas la prétention d'être un traité de morale efe
de philosophie. Ces maximes prises séparément,!
avec leurs contradictions, sont vraies (1), maisi
il ne faut pas lesiréunir en système. Ce ne sont
pas les éléments d'une doctrine, ce sont des traits
acérés qui en perçant les sottises humaines ai-
guisent et excitent la pensée chez les esprits
justes. La société à laquelle s'adressaient les
Maximes ne les accepta pas sans se récrier.
M'^^de Sévigné déclarait qu'elle ne les compre-
nait pas toutes. [M""' de La Fayette, l'amie intime
(1) La Roclietoucauld nous indique un bon moyen de
nous assurer de la vérité de ses jl/aximes , c'est de ne
les appliquer qu'aux autres, jamais à nous-mêmes. « Le
meilleur parti que le lecteur ait à prendre, dit-il, est de
se mettre clans l'esprit qu'il n'y a aucune de ces
Maximes qui le regarde en particulier, et qu'il en est
seul excepté, bien qu'elles paraissent générales. Après
cela , je lui réponds qu'il sera le premier à y souscrire,
et qu'il croira qu'elles font encore grâce au cœur hu-
main, »
41
LA ROCHEFOUCAULD
642
es (icriiièrcs années de La Rochefoucauld ( voy.
\ Fayette) s'affligeait de ses idées de corrup-
j on générale, et elle le ramenait doucement à
es pensées moins amères. « Il m'a donné de
jesprit , disait-elle plus tard ; mais j'ai réformé
bn cœur. » En effet cet homme politique dont
ji conduite avait été déplorable dans la Fronde,
b moraliste si chagrin dans son livre, était dans
1 vie privée un homme excellent, aimable,
;nsible môme, lui qui a dit pourtant : « Je suis
eu sensible à la pitié, et je voudrais ne l'y être
3int du tout. La compassion n'est bonne à
en au dedans d'une âme bien faite : elle ne sert
ii'à affaiblir le cœur, et on doit la laisser au
3uple. » A cette dure sentence opposons quel-
aes passages de la correspondance de M"* de
.évigné : « Il a perdu sa mère, dont il est vé-
tablement affligé : je l'en ai vu pleurer avec
(le tendresse qui me le faisait adorer. Le cœur
i M. de La Rocliefoucauld pour sa famille est
ne chose admirable. » Sa grande épreuve fut
1 1672, lors du passage du Rhin. L'un de ses
s, clievalier de Malte, fut tué, et son fils aîné
ièvement blessé. Mais ce ne furent pas là ses
iils motifs de douleur, ni les plus cruels. « N'ou-
iez pas, mandait M'"'^ de Sévigné à sa fille,
écrire à M. de La Rochefoucauld sur la mort
^son chevalier, et sur la blessurede M.deMar-
llaf. N'allez pas vous fourvoyer; voilà ce qui
ifllige. Hélas ! je mens : entre nous, ma fille,
n'a pas senti la perte du chevalier, et il est
consolable de celui que tout le monde regrette. »
eliii que tout le monde regrette, c'était le jeune
ic de Longueville, né durant la première guerre
i Paris , brillant jeune homme , l'idole de sa
ère , et de celui qu'on désignait tout bas comme
»n père. Dans l'admirable lettre où elle raconte
'ffet de cette mort sur Mm^^ de Longueville ,
ir.e de Sévigné ajoute : « Il y a un homme dans
monde qui n'est guère moins touché; j'ai
ins la tôte que s'ils s'élaient rencontrés tous
Hix dans ces premiers moments, et qu'il n'y
it eu personne avec eux, tous les autres sen-
nents auraient fait place à des cris et à des
I mes , que l'on aurait redoublés de bon cœur. »
iix douleurs morales se joignaient les souf-
ances de la goutte. M^e de Sévigné, que l'on
; se lasse pas d'entendre sur son ami , écrit :
,Je fus hier chez M. de La Rochefoucauld : je le
iouvai criant les hauts cris ; ses douleurs étaient
un tel point que toute sa constance était vain-
le , sans qu'il en restât un seul brin ; l'excès
; ses douleurs l'agitait de telle sorte , qu'il était
|i l'air dans sa chaise avec une fièvre violente.
1 me fit une pitié extrême ; je ne l'avais jamais
J dans cet état. Il me pria de vous le mander,
de vous assurer que les roués ne souffrent
j)int en un moment ce qu'il souffre la moitié
I; sa vie ; et qu'ainsi il souhaite la mort comme
coup de grâce. • Le 15 mars 1680, elle écrit :
Je crains bien que nous ne perdions M. de
lia Rochefoucauld : sa fièvre a continué; il a
I NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T, XXIX.
reçu hier Notre-Seigneur, mais son état est une
chose digne d'admiration. Il est fort bien disposé
pour sa conscience, voilà qui est fait; mais du
reste c'est la maladie et la mort de son voisin
dont il est question : il n'en est pas effleuré , il
n'en est pas troublé... » ; et quelques jours après :
<; Croyez-moi, ma fille; ce n'est pas inutilement
qu'il a fait des réflexions toute sa vie : il s'est
approché de telle sorte de ses derniers moments,
qu'ils n'ont rien eu de nouveau ni d'étranger
pour lui (1). » Il fut assisté à ses derniers ins-
tants par Bossuet.
La Rochefoucauld a fait son propre portrait,
agréable et pas trop flatté ; mais il n'a pas tout
dit sur lui-même , ou tout osé dire. Le trait es-
sentiel de son caractère lui a échappé; ce trait,
au contraire, a été finement saisi et admirable-
ment rendu par le cardinal de Retz. Voici cette
page si vive et si judicieuse; c'est le jugement
d'un ennemi impartial. « Il y a toujours eu du
je ne sais quoi en M. de La Rochefoucauld. Il a
voulu se mêler d'intrigues dès son enfance , et
en un temps où il ne sentait pas les petits inté-
rêts, qui n'ont jamais été son faible, et où il
ne connaissait pas les grands , qui d'un autre
sens n'ont pas été son fort. Il n'a jamais été ca-
pable d'aucunes affaires , et je ne sais pourquoi :
car il avait des qualités qui eussent suppléé en
tout autre celles qu'il n'avait pas. Sa vue n'était
pas assez étendue, et il ne voyait pas même tout
ensemble ce qui était à sa portée ; mais son boa
sens, très-bon dans la spéculation, joint à sa
douceur, à son insinuation, et à sa facilité de
mœurs, qui est admirable, devait récompenser
plus qu'il n'a fait le défaut de sa pénétration. Il
a toujours eu une irrésolution habituelle, mais
je ne sais môme à quoi attribuer cette irrésolu-
tion : elle n'a pu venir en lui de la fécondité de
son imagination , qui n'est rien moins que vive.
Je ne la puis donner à la stérilité de son juge-
ment; car, quoiqu'il ne l'ait pas exquis dans
l'action, il a un bon fonds de raison. Nous voyons
les effets de cette irrésolution, quoique nous n'en
connaissions pas la cause. Il n'a jamais été guer-
rier, quoiqu'il fût très-soldat; il n'a jamais été
par lui-même bon courtisan, quoiqu'il ait eu
toujours bonne intention de l'être. Il n'a jamais
(1) M. Vlnet, qui croit peu au christianisme de La Ro-
chefoucauld, pense qu'il est permis de conclure de ces
paroles qu'il mourut, comme on a dit plus tard, avec
bienséance. M™» Deshoulières, dans une ode à M. de La
Rochefoucauld, l'engageait en beaux vers à ne pas re-
douter la mort :
Oui , soyez alors plus ferme
Que ces vulgaires humains.
Qui près de leur dernier terme
De vaines terreurs sont pleins.
En sage que rien n'offense.
Livrez vous sans résistance
A d'inévitables traits ;
Et d'une démarche égale
Passe/, cette onde fatale
Qu'on ne repasse jamais.
On volt que La Rochefoucauld répondit dignement à
cette mâle eihortatioo.
21
643
été boQ homme de parti , quoique toute sa vie
il y ait été engagé. Cet air de lionte et de timi-
dité, que vous lui voyez dans la vie civile, s'é-
tait tourné dans les affaires en air d'apologie;
il croyait toujours en avoir besoin : ce qui, joint
à ses maximes, qui ne marquent pas assez de
foi à la vertu, et à sa pratique, qui a toujours
été à sortir des affaires avec autant d'impatience
qu'il y était entré, me fait conclure qu'il eût
beaucoup mieux fait de se connaître , et de se
réduire à passer comme il eût pu pour le cour-
tisan le plus poli et le plus honnête homme à
l'égard de la vie commune, qui eût paru dans
son siècle. » On ne saurait mieux décrire cette
réserve , cette indécision , cette inaptitude à l'ac-
tion qui fut le défaut de La Rochefoucauld et
le principe de son talent. Là est tout le secret
de sa philosophie. Homme de beaucoup de sens
et d'esprit, il commit dans la vie publique les
fautes les plus graves , et plus tard dans la re-
traite, méditant finement sur les actions des
autres , il arriva à des conclusions sévères qui
l'excusèrent d'avoir si mal agi et le consolèrent
de n'avoir pas réussi.
Les Mémoires de La Rochefoucauld parurent
pour la première fois sous ce titre : Mémoires
de M. D. L. R. sur les brigues à la mort
de Louis XIII, les guerres de Paris ef de
Guyenne, et la guerre des princes ; Co\ogne,
1662, in-4°. Cette première édition, prompte-
ment épuisée, fut suivie de deux autres, en 1663
et 1664, inl2. L'auteur les désavoua dans ces
termes : « Les deux tiers de l'écrit qu'on m'a
montré, et qu'on dit qui court sous mon nom,
ne sont pas de moi, et je n'y ai nulle part.
L'autre tiers, qui est vers la fin, est tellement
changé et falsifié dans toutes ses parties, et
dans le sens, l'ordre et les termes, qu'il n'y a
presque rien qui soit conforme à ce que j'ai écrit
sur ce sujet-là : c'est pourquoi je le désavoue,
comme une chose qui a été supposée par mes en-
nemis, ou par la friponnerie de ceux qui vendent
toutes sortes de manuscrits, sous quelque nom
que ce puisse être. » Ce désaveu n'est pas sincère,
et en comparant les premières éditions avec les
manuscrits les plus authentiques, on trouve que
les éditeurs de Cologne n'ont commis qu'un petit
nombre d'altérations. La Bibliothèque impériale
cx)ntient huit manuscrits des Mémoires, mais
aucun n'est autographe. Celui qui porte le n" 352,
fonds de Harlay, est du dix-septième siècle , et
présente un grand nombre de corrections d'une
écriture différente, qui ne paraît pas être celle
de l'auteur; le manuscrit ne renferme aucun
passage Juédit. M. Renouard le reproduisit dans
son édition en 1804, in-18 ; mais en 1817 il dé-
couvrit et publia une autre version de la pre-
mière partie des Mémoires. Dans ce nouveau
t«xte, l'auteur en pariant de lui se sert de la pre-
mière personne tandis que dans le texte imprimé
il emploie la troisième. 1! y raconte les aven-
tures de sa jeunesse et les intrigues auxquelles
LA ROCHEFOUCAULD <644|
il prit part contre le cardinal de Richelieu. Dansj
le texte imprimé, il glisse rapidement sur les faitsi
qui lui sont particuliers et s'appesantit davantagf]
sur les événements publics. Il est probable ()ne
les deux rédactions sont de La Rochefoucauld.
11 dut commencer par celle qui fut découvertf
en 181"; puis, la trouvant trop intime, il y sub
stitua le texte publié à Calogne.LesMémo«?rs avec
la double rédaction ont été insérés dans la collectior
de Petitot et dans celle de Michaud et Poujoiilat
Il existe cinq éditions originales des Maxi-
mes : la première parut en 1665, in-12 , sous c(
titre .• Réflexions ou Sentences et Maximes mo
raies, avec un Discours sur les Réflexiom
(attribué à Segrais) et un Avis au lectciir, qui
disparut dès la seconde édition. La première
édition renferme trois cent dix-sept maximes, er
comptant la dernière sur la mort , qui ne porte
pas de numéro. La seconde (1666) n'en contieni
que trois-cent-deux. Celle de 1671 en renferme
trois cent quarante-et-une , et celle de 167i
quatre cent treize : c'est dans cette édition qu'on
lit pour la première fois l'épigraphe : « Nos
vertus ne sont le plus souvent que des vices dé-
guisés. M Enfin, l'édition de 1678, la dernièrt
que l'auteur ait revue, contient cinq cent quatre
maximes. Une sixième édition fut publiée chez
Claude Barbin , en 1 693 ; elle renferme cinquante!
pensées nouvelles attribuées par l'éditeur à La
Rochefoucauld, « et qui lui appartiennent très-]
probablement, dit M. Aimé Martin, puisque la
famille ne fit alors aucune réclamation... Aui
l'esté les cinquante pensées nouvelles ne sont
pas indignes des anciennes : on y reconnaît les
mêmes doctrines exprimées dans le même style. »
Depuis la mort de La Rochefoucauld ses Maxi-
mes ont été souvent réimprimées , mais preS:-
que toujours avec des altérations , et l'ord re eni
a été plusieurs fois bouleversé. Suard poussa
l'infidélité plus loin que les éditeurs précédents,
Dans sa célèbre édition, Paris, 1778, in-S", qui
a servi de base à la plupart des éditions publiées^
jusqu'en 1822, plus de cinquante maximes ont'
été déplacées , altérées et défigurées ; le style dei
l'auteur est corrigé d'après les règles grammati-l
cales du dix -huitième siècle; enfin, vingt-quatre
maximes que La Rochefoucauld avait rejetées
ont été réintroduites dans l'ouvrage. Brotier s'é-
leva avec force contre les falsifications de Suard,
et donna en 1789, in-8% une édition basée sur
la dernière de l'auteur ; mais il laissa échapper
d'assez nombreuses négligences.
Aimé Martin
suivit plus fidèlement cette même édition de 1 678,
dans son édition, fort estimée, de 1822, in-S". Il
y joignit un commentaire, qui l'est beaucoup
moins. L'édition et le commentaire, judicieuse-
ment abrégé, font partie de la collection des
classiques français, publiée par MM. Didot.
M. Gratet-Duplessis avait préparé pour ^^ Bi-
bliothèque elzevirienne une excellente édition
des Maximes ; elle a paru par les soins de
M. Sainte-Beuve ; 1853, in-16. L. J.
645
tA ROCHEFOUCAULD
646
Mémoires de Lt Rochefoucauld. — Ret/, , Mémoires.
■ iM""" de Sévjgné, Lettres. — Voltaire, Siècle de
louis XI f^. — Suard , Notice sur La Rochefoucauld.
Vlnet, Essais de Philosophie morale. — Sainte-
teuve. Études sur l^a Rochefoucauld, dans ses Portraits
le Femme, et en tète de Sédition de 1853. — Victor
ousin , Slme d'Hante/ort ; Mme de Longuevilie;
Mme de Sablé; La fin de la Fronde.
LA ROCHEFOUCAULD ( Fmnçois Vif, duc
)e), prince de Marsiliac, né le 15 juin 1634,
nort le 12 janvier 1714. Fils de François VI de
..a Rochefoucauld, il suivit Louis XIV en Franche-
;ointé et fit en 1667 la campagne de Flandre. Il
ssista au siège de Landrecies, prit une part ac-
ive aux victoires de Torcy, de Lille, de Cam-
pai, et se distingua au passage du Rhin en 1672,
il il fut blessé. Le roi le nomma grand-veneur
e France, grand-maître de la garde robe et
lievalier de ses ordres. Louis XIV aimait son
spiit et sa probité. Après la disgrâce deLauzun,
' loi offrit le gouvernement du Berry à La
ocliefoucauld ; celui-ci le refusa d'abord en di-
int : « Je n'étais point ami de M. de Lauzun ;
ne Votre Majesté ait la bonté de juger si je dois
:cepter la grâce qu'elle me fait. » Le roi insista
: le força de prendre ce commandement en lui
jiiservant une pension de 12,000 livres que
a Rochefoucauld lui voulait rendre. « J'ad-
lire la différence, dit alors Louis XIV en se
luniant vers ses ministres; jamais Lauzun n'a-
jit daigné me remercier du gouvernement du
pn y, et voilà un homme pénétré de reconnais-
mce. » Un jour La Rochefoucauld paraissait
incieux; Louis XIV lui demanda le sujet de
m inquiétude. La Rochefoucauld avoua qu'elle
ovenait de ses dettes. « Que n'en parlez-vous
vos amis, » reprit Louis XIV, et il lui envoya
),00û écus. En lui annonçant une grâce impor-
nte, ce prince écrivit un jour à LaRochefou-
iuld : « Je me réjouis, comme votre ami, de la
|arge de grand-maître de la garde-robe que je
)us ai donnée comme votre roi. »
p. Anselme, Hist. Chron. et Généal. — Chaudon et De-
idine, Oict. Vniv. Hist., CritiQue et Bibliogr. — Saint-
.»on, Mémoires.
LA ROCHEForcAULD ( François VIII ,
ic de), duc de La Roche-Guyon et marquis
Liancourt, tils de François VII, né le 17 aoiit
G3, mort à Paris le 22 avril 1728. Il succéda
son père comme grand-veneur de France et
iinme grand -maître de la garde-robe, charges
nt il avait obtenu la survivance; mais il ne
nserva que la dernière. Il assista au siège de
ixembourg, aux batailles de Fleuras, de Neer-
nde, etc., comme colonel du régiment de Na-
rre. En récompense de ses services, Louis XIV
gea en sa faveur le comté de La Roohe-Guyon
duché, et le nomma en 1724 chevalier de ses
ires. Il avait épousé la fille du marquis deLou-
is dont il eut huit enfants. J. V.
'. Anselme, Hist. chron. et généal. — Moréri, Grand
^. ffisfor. - GhaudOD et Delandlne , Otct. Univ., Hist
if. et bibliogr.
hs. ROCHBFOCCA1TLD {Alexandre, duc de),
i de François Vni, né le 29 septembre 1690,
mort le 4 mars 1762. Il porla d'abord le titre de
comte de Montignac, puis celui de duc de La
Roche-Guyon. Garde marine en 1707, il passa
par différents grades, obtint en 1712 le régi-
ment de son frère Michel-Camille, qui était dé-
cédé, et fut un des officiers les plus distingués des
escadres du comte de Forbin. Il fit les campa-
gnes d'Allemagne, se trouva aux sièges de Douai,
du Quesnoy, à la prise de Landau et de Fri-
bourg. Nommé en 1719 brigadier des armées
du roi, il servit en cette quahté dans la guerre
d'Espagne pendant la régence. Il succéda à son
père comme grand-maître de la garde robe du
roi. L'activité qu'il déploya pendant la cam-
pagne de 1744, dont l'invasion des Pays-Bas
fut le résultat, excita la jalousie de quelques
courtisans, qui travaillèrent à sa disgrâce; mais
la véritable cause de cette disgrâce fut la fer-
meté avec laquelle, lors de a maladie du roi
à Metz, en août 1744, le duc de La Rochefou-
jpanld insista pour être admis à faire son service
auprès du monarque et sa persistance à éloigner
M'"^ de Châteauroux. Il fut exilé dans sa terre
de La Roche-Guyon; mais plus tard le roi lui
permit de revenir à Paris, et se borna à lui in-
terdire l'entrée de la cour. Avec lui s'éteignit la
descendance masculine del'auteurdes Maximes.
Il avait eu deux filles, qui épousèrent des colla-
téraux appartenant à la branche des La Roche-
foucauld de Roye. L'aînée, duchesse d'Enville,
fut mère du duc de La Rochefoucauld assassiné
en 1792 {voy. ci-après). De la seconde naquit
le duc de Liancourt , qui prit le titre de duc de La
Rochefoucauld après la mort de son cousin, qui
n'avait point d'enfants. J. V.
p. Anselme, Hist. Chron. et Géne-al. — MoreH, Grand
Dict. Histor. — Chaudon et Detandine, Dict. univ. Hit-
tor., Crit. et Bibliogr.
LA ROCHEFOUCAULD (François de ), prélat
français, né à Paris, le 8 décembre 1558, mort
dans la même ville, le 14 février 1645. Fils de
Charles 1^'^deLa Rochefoucauld, comte déâîan-
dan, et de Fui vie Pic de la Mirandole, dame d'hon-
neur de la reine, il fut destiné au sacerdoce par un
de ses oncles, abbédeMarmoutier et maître de
la chapelle du roi , et fit de brillantes études au
collège de Clermont. A l'âge de quinze ans il
se trouva pourvu par le cardinal de Guise de la
riche abbaye de Tournus ; à peine avait-il atteint
sa vingt-septième année que Henri 111 le nomma
à l'évêché de Clermont. Partisan de la Sainte-
Ligue , il essaya de soulever l'Auvergne contre le
roi; mais les habitants de Clermont se révol-
tèrent contre leur évêque, qui dut se réfugier dans
son château de Mozun. Excité par sa mère et
favorisé par son frère, le comte de Randan,
gouverneur d'Auvergne, l'évêque de Clermont
convoqua, en 1589, une assemblée des états de
sa province dans le collège de la petite ville de
Billom. Les villes attachées au parti du roi ne
s'y firent pas représenter. La Rochefoucauld ou-
vrit la séance par un discours véhément, dans
21.
647
LA ROCHEFOUCAULD
64!
lequel il accusait le roi d'être d'intelligence avec
les protestants. Sa conclusion avait pour but de
déterminer l'assemblée à embrasser le parti de
la sainte union. Son frère, qui gouvernait pour
la ligue, fut tué en 1590, dans un combat près
d'Issoire. Henri IV abjura quelques années après.
L'évêque de Clermont se soimiit, et composa un
ouvrage sur l'autorité spirituelle des papes, dans
lequel il gardait le silence sur le temporel. La
fortune et les dignités vinrent récompenser ce
changement de conduite. Quelque temps après,
Marthe Brossier ( voy. ce nom ) excitait l'éton-
nement du monde crédule. François de La Ro-
chefoucauld et .son frère Alexandre, abbé de
Saint-Mesmin , en tirèrent parti, la promenèrent
de ville en ville , interrogeant les diables, dont
on la disait possédée, sur la présence réelle de
Jésus-Christ dans l'encharistie. Le médecin Ma-
rescot et Miron, évêque d'Angers, attaquèrent
ces processions ridicules. Enfin, un arrêt du par-
lement, du 24 mai 1 599, enjoignit aux deux frères
La Rochefoucauld de cesser les exorcismes qui
causaient du trouble dans Paris, et de conduire
à leurs frais Marthe Brossier dans sa famille ,
sous peine de voir leur temporel saisi. Fran-
çois de La Rochefoucauld se soumit à l'arrêt;
mais son frère Alexandre , loin de céder, con-
duisit celte fille à Rome. Le parlement , pour
le punir de sa désobéissance, décerna contre lui
prise de corps, le 3 mai 1600, tandis que le roi,
pour récompenser la soumission de l'évêque de
Clermont, l'éleva, en 1607, à la dignité de car-
dinal et lui donna l'évêché de Senlis. En 1618
il fut pourvu de la charge de grand-aumônier de
France et en 1619 de l'abbaye de Sainte-Gene-
viève. En 1622 François de La Rochefoucauld
fut nommé président du conseil d'État et commis
pour la réforme des abbayes de France. Cette
réforme l'occupa le reste de sa vie. 11 termina
ses jours dans son abbaye de Sainte-Geneviève,
où on lui éleva un superbe tombeau. Les jésuites,
dont il s'était montré zélé partisan, voulurent
avoir son cœur . Plein de zèle pour les lettres ,
le cardinal de La Rochefoucauld enrichit diverses
bibliothèques de manuscrits grecs et latins. On
a de lui : Statuts synodaux pour Véglise de
Clermont; 1599; — Statuts synodaux pour
l'église de Senlis; Paris, 1621 ; — Raison pour
le désaveu fait par les évêques de ce royaume
d'un livret publié avec ce titre : Jugements
des Cardinaux, Archevêques, etc.; cet ou-
vrage est dirigé contre le docteur Richer; —
De l'Autorité de l'Église en ce qui concerne
la Foi et la Religion; Paris, 1603, 1604, in-12.
Son frère, Jean-Louis de La. Rochefou-
cauld, comte de Randan, gouverneur de l'Au-
vergne pour la ligue, tué à Issoire, en 1590,
laissa une fille , Marie-Catherine de La Ro-
chefoucauld, comtesse de Randan, dame d'hon-
neur de la reine Anne d'Autriche et gouvernante
de Louis XIV dans son enfance. Elle mourut
en 1677. Elle avait épousé le marquis de Sénecey,
dont elle eut une fille, mariée au comte deFleix
de la maison de Foix. L. L— t.
Père La Morlnlère, fie du cardinal de La liochc/ov
cauld. — Père Frison, Callia Piirpurata. — Mézcral
Abrégé chronol. — De Thou, Hist. tuitemp. — Morér
Grand Dictionnaire Historique.
LA ROCHRFOUCAUL,» (Frédéric-Charle
de), comte deRoye et de Roucy enFrance, comt
de I.ifford en Angleterre, général français, né ei
1633, mort aux eaux de Bath, le 9 juin 1690.
appaitenait à une branche cadette de cette mai:
son, issue de François III ( voy. ci-desssus ■
Il fit ses premières armes comme volontaire aui
sièges de Landrecies, de Condé, de Saint-Guilai
et de Valenciennes. Nommé en 1657 colonel d'u'
régiment de cavalerie légère, il se trouva au siég
de Saint- Venant , à Ardres, à la bataille d«
Dunes et à la prise de Dunkerque. En 1659
comte de Roye fut créé raestre de camp lieutenar;
du régiment royal-étranger. En 1664 il assista a
siège d'Erfurt, et l'année suivante il fit partie d(
troupes auxiliaires que le roi de France envoy
aux Hollandais contre l'évêque de Munster. Br;
gadieren 1667, il fut employé aux sièges d'Atl
deTournay,deDouai etde Lille. En 1672 il fiti
campagne de Hollande, et l'année suivante il se
vit au siège de Maëstricht. Maréchal de camp (
1674, il combattit en Allemagne sous Turenne, i
après la victoire de Sintzheim,il fut chargé de
poursuite de l'ennemi. Blessé l'année suivante
Altenheim, il fut créé lieutenant général en 167i
fit la campagne d'Allemagne sous le maréch
Luxembourg, et contribua au succès de la jouruii
de Kochersberg et à la prise de Montbéliard. I^
1677 à 1679, il servit sous le maréchal de Créqu],
assista à la défaite de Charles de Lorraine, à
prise de Fribourg et de Seckingen, à l'assaut (
Kehl et à la prise de Lichtenberg. Protestai;
zélé, il obtint en 1683 la permission de servir le r
de Danemark, qui le nomma grand-maréchal (
ses armées. Trois ans après, il se retira à Han
bourg, et en 1688 il passa en Angleterre, où)
fut nommé feld-maréchal de la cavalerie de {
Grande-Bretagne, grand-mattre de l'artillen
d'Irlande, et pair d'Irlande sous le titre decomi
de Lifford.
Le fils aîné du comte de Roye abjura en 168J
et reçut une pension de douze mille livrei
Deux autres de ses fils entrèrent au collège Louii
le-Grand, et en sortirent catholiques. Trois fill»
abjurèrent également, après avoir été enfermé!
dans un couvent. L'une d'elles épousa Pontcha;
train, et fut mère du comte de Maurepas, ministi
sous Louis XV et Louis XVI. Un fils et deu
filles restèrent fidèles à la religion réformée
Frédéric-Guillaume avait suivi son père (
Danemark, et lui succéda dans sa pairie;
reine Anne le fit colonel d'un des régimen
français qu'elle envoya en Portugal, et il y s'(
leva au grade de major général ; Charlotte devii
en 1724 gouvernante des enfants de Georges 11
Henriette épousa le cornte de Stafford. J, 1
4'i)
LA ROCHEFOUCAULD
650
Moreri, Grand DicU Histor. — Haag, La France Pro-
estante,
LA ROCHEFoncArLD (Frédéric- Jérôme
lE RoYE de), prélat français, né le 16 juillet
701, mort le 29 avril 1757. Il était fils de Fran-
cis de La Rochefoucauld de Roye, comte de
louncy, lieutenant général et commandant de la
endarmerie de France. Il embrassa l'état ecclé-
iastique, et en 1729 fut appelé à l'archevêché
e Bourges. Élu coadjuteurde l'abbaye de Cluny
n 1738, il en devint abbé titulaire en 1747, par
i mort du cardinal d'Auvergne. La même an-
éc il reçut le chapeau de cardinal, et l'année
uivante il fut envoyé à Rome en qualité d'am-
assadeur. En 1755 le roi le nomma à l'abbaye
e Saint- Vandrille, et le chargea en même temps
e la feuille des bénéfices. Il présida les assem-
lées du clergé en 1750 et 1755. En 1756
oiiis XV éleva le cardinal de La Rochefoucauld
la dignité de grand-aumônier, place dont ii ne
)uit pas longtemps. C'était un prélat d'un ca-
ictère modéré et conciliant. On a de lui : Or-
onnances synodales depuis 17-38 jusqu'en
"44; Bourges, 1738 et ann. suiv. in-4°; — Ei-
>iel du diocèse de Bourges; Bourges, 1746,
1-4". J. V.
Jlorcrl, Grand Dict. Histor.
LA ROCHEFOUCAULD D'EN V I LLE ( iowis-
lexandre, duc de La Roche-Gcyon et de),
bmme politique français, né le 11 juillet 1743,
lé à Gisors, le 14 septembre 1792. Il suivit d'a-
_»rd la carrière des armes ; puis il se livra aux
kiences, les servit par ses travaux et un géné-
ux emploi de sa fortune, et fut appelé par l'A-
démie des Sciences à prendre place parmi ses
embres en 1782. Membre de l'assemblée
s notables en 1787, et député de la noblesse
Paris aux états généraux en 1789, il fut
des premiers membres de la noblesse qui
réunirent au tiers état. Le 27 juin 1789 il
it à l'ordre du jour la question de la liberté
s noirs. Dans la discussion sur la cons-
ution, il demanda, pour tempérer l'entralne-
cnt d'une assemblée unique, la création d'un
mseil examinateur ayant le droit de faire seu-
ment des observations, et dans le cas de veto
u roi, que la question fût résolue par de nou-
eaux députés. Le 30 octobre il insista pour
a'on rendît le décret sur les biens du clergé. Le
j novembre, il rendit compte de l'adresse des
îus de la liberté de Londres, et lit charger le
résident d'écrire à lord Stanhope jiour lui té-
loigner la reconnaissance de l'assemblée. Le
6 janvier 1790 il combattit la proposition qu'au-
iin membre de l'assemblée ne pût accepter de.<;
mplois publics. Il vota ensuite l'abolition des
rdres religieux, et appuya la proposition de dom
crie tendant à déclarer nationale la religion ca-
lolique. Il se déclara pour les mesures prises
ar Bouille contre la garnison insurgée de Nancy,
t demanda que l'assemblée approuvât la eon-
uitc de ce général. En 1791 il fit un rapport
sur les travaux des comités des contributions et
fit rendre un grand nombre de décrets sur cette
matière. Il réclama aussi la liberté indéfinie de
la presse. Dans la discussion relative au cas où
le roi serait censé avoir abdiqué, il demanda
qu'on fixât un délai dans lequel le monarque
sorti du royaume serait tenu d'y rentrer. Après
la session, il devint membre et président du dé-
partement de Paris, et en cette qualité il parut
à la barre de l'Assemblée législative, et lui adressa,
le 7 octobre, un discouis de félicitation. En no-
vembre 1791, il signa l'arrêté du département par
lequel le roi était prié d'opposer son veto au dé-
cret rendu contre les prêtres, et ensuite l'arrêté
du 6 juillet 1792, qui suspendait de leurs fonc-
tions Pétion et Manuel, maire et procureur de
la commune de Paris, pour avoir autorisé ou au
moins souffert les attentats commis le 20 juin
contre le roi. Poursuivi dès lors par les sections
et les sociétés populaires de la capitale, il dut
donner sa démission ; cela ne suffit pas pour cal-
mer l'effervescence populaire. Ayant voulu se
rendre aux eaux de Forges, et passant à Gisors, \
ii y fut massacré à coups de pierres^ sous les !
yeux de sa mère et de sa femme. On avait pré- !
venu M™* de La Rochefoucauld que son mari
serait assassiné en route , et on lui demanda
25,000 fr. pour le sauver. Elle les donna, et le
duc de La Rochefoucauld n'en périt pas moins.
Cet homme de bien, qui eut pour amis Franklin
et La Fayette, fut un des plus honnêtes et des plus
sincères patriotes de 1789. On trouve de lui
dans les Mémoires de V Académie des Sciences
quelques observations astronomiques ( 1782
et 1783) ; — un Examen d'un sable vert cui-
vreux du Pérou, avec Bauroé et Fourcroy
(1786) ; et dans le second volume des Mémoires
des Savants étrangers, un Mémoire sur la
génération du Salpêtre dans la craie (1789).
On lui doit la traduction des Constitutions des
treize États-Unis de V Amérique (1783) et
plusieurs articles dans le Journal de la So-
ciété de 1789. J. V.
Ségiir, Tableau Historique et Politique. — Arnault,
J.iy, Joiiy <t Norvins, Biogr. noiiv. des Contemp. — Qué-
rard, Jm France Littéraire.
LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT (Fran-
çois-Alexandre-Frédéric, duc de), philanthrope
et homme politique français, né le 11 janvier
1747, mort le 27 mars 1827, à Paris. Il était
fils du duc d'Estissac , qui mourut en 1-783,
et de Marie, seconde fille duduc Louis- Alexandre
de La Kochefoucauld. Sa première éducation
fut assez néghgée. Il prit d'aboi-d du service
dans les carabiniers , et se maria fort jeune ,
en 1764. En 1768 le duc d'Estissac, son père,
grand-maître de la garde-robe du roi, obtint pour
lui la survivance de sa charge. Le duc de Choi-
seul sut apprécier le jeune due de Liancourt
(c'est ainsi qu'on l'appelait alors); mais celui-ci
déplut à M""= Du Barry. Jugeant donc sa pré-
sence inutile à Versailles, il n'y fit que de très-
6si
LA ROCHEFOUCAULD
e.5
courtes apparitions; il visita l'Angleterre en 1769,
et vint mettre en pratique, dans sa terr-e de Lian-
court, les améliorations industrielles et agricoles
qu'il avait étudiées dans son voyage. Son premier
soin fut d'établir une ferme-modèle, à l'aide de la-
quelle il chercha à propager la culturedes prairies
artificielles, à supprimerle système des jachères,
et à élever des bestiaux venus de Suisse et d'An-
gleterre. Il fonda en même temps à Liancourt
une école d'arts et métiers en faveur des enfants
des militaires pauvres. Cette institution , à la-
quelle l'j^'coie des Arts et MéUers de Chàlon&doit
son origine , prit bientôt une grande extension.
Le roi Louis XVI l'honora de sa protection, et
en 1788 elle compta jusqu'à cent trente élèves.
Elle reçut alors le nom d'École des Enfants de
la Patrie. Leduc de Liancourt interrompit ses
travaux pour aller visiter la Suisse, et en 1786
ri accompagna Louis XVI dans un voyage en Nor-
mandie, et lui fit les honneurs de tous les établis-
sements industriels et agricoles de cette contrée ,
en même temps que le cardinal de La Rochefou-
cauld, archevêque de Rouen, bénissait le roi d'a-
voir entrepris ce voyage pour cause d'utilité pu-
blique. Lorsque les états généraux furent convo-
qués, le duc de La Rochefoucauld fut élu par la
noblesse du bailliage de Ciermont en Beau-
voisis. Sa position à l'Assemblée constituante fut
celle d'un défenseur tout à la fois de la royauté
et des libertés publiques. Un écrit qu'il fit pa-
raître à cette époque, sous le titre de Finances
et Crédit, prouva qu'il avait approfondi les causes
qui devaient bientôt bouleverser la France. Le
12 juillet 1789 le duc de Liancourt, qui était
l'ami sincère du roi , mais non son courtisan ,
parut à Versailles, et rendit compte de l'agitation
qui régnait dans la capitale. « Mais c'est donc une
révolte ? s'écria Louis XVI étonné. — Non, sire,
lui l'épondit gravement le duc, c'est une révolu-
tion. » Deux jours après, la Bastille tombait au
pouvoir du peuple. Le 18 juillet le duc de Lian-
court fut investi de la présidence de l'Assemblée
nationale. Ses discours et_ses votes, comme dé-
puté , portèrent toujours l'empreinte de senti-
ments généreux et philanthropiques. L'assem-
blée accueillit avec faveur ses rapports sur la
mendicité, sur l'état des hôpitaux du royaume,
sur la formation d'ateliers de secours pour les
indigents, etc. Il s'opposa de toutes ses forces à
la loi contre les émigrants, qui n'en fut pas
moins adoptée. Il éleva la voix en faveur de la
liberté de conscience et de la liberté individuelle.
Le premier, il proposa l'abolition du supplice de
la corde. Ses travaux législatifs ne l'empêchè-
rent pas de poursuivre le cours de ses essais
industriels; en 1790 il fonda à Liancourt des
ateliers pour la filature du coton, où de nouveaux
procédés furent mis en œuvre.
Après la session de l'Assemblée nationale, il
fut chargé , en sa qualité de lieutenant général ,
nu commandement d'une division militaire en
Normandie, et sut y maintenir le repos, au mir
lieu des agitations du reste de la France. Loi
des premiers excès de la révolution, il engage
Louis XVI à venir chercher un refuge à Rouen
mais n'ayant pu le décider à accepter cette offre
il parvint au moins à le servir de sa bourse,»
mit à sa disposition une somme de 150,000 1
vres , ce qui fit une brèche considérable à s
fortune. Le 10 aofit porta bientôt un coup mort(|
à la monarchie. Profitant d'un avis officieux,
duc de Liancourt prit la fuite. Un pêcheur le i
|)asser en Angleterre, où il fut accueilli par
célèbre Arthur Young. Ses ressources étalei
fort restreintes : une vieille demoiselle anglaisi
qui ne le connaissait que sur son honorable n
putation , lui légua par testament toute sa foi
tune; mais le duc de Liancourt ne l'accepta qi
pour en faire la remise aux héritiers naturels c
la testatrice. Exilé et proscrit, il voulut cucoi
être utile à son mallieureux roi ; lors de se
procès , il écrivit à Barrère, président de la Cù;
vention, pour lui demander à témoigner en i
faveur; mais cette démarche n'eut aucun succèi
Api'ès la mort de Louis XVI, le duc de La Ko
cliefoucauld (il avait pris ce nom depuis la mo
tragique de son cousin ) quitta l'Europe ,
passa aux États-Unis, qu'il parcourut en obsc
vateur sérieux. 11 poussa ses excursions sciei
tifiques jusque chez les Indiens du haut Ci
iiada. Vers cette époque, Louis XVltl, du for
de sa retraite, lui écrivit pour lui redemande
comme s'il avait été déjà sur son trône,
charge de grand-maître de la garde-robe, qi
son père avait payée 400,000 livres. Le duc r
pondit aussitôt par un respectueux refus , et tel
fut sans doute l'origine de la disgrâce dans
quelle il tomba bientôt sous la restauration. 1
1799, ne pouvant plus supporter son existence n
made, il revint en France, et vécut quelque tem|
à Paris , dans la plus profonde retraite , et che
chant néanmoins à doter l'humanité de nouvea»
bienfaits. Il fut un des premiers propagateurs i
la vaccination, et passe même pour avoir à cet
époque apporté la vaccine en France. Lorsqi
sa radiation de la liste des émigrés fut pr(
noncée , le duc de La Rochefoucauld fonda i
comité de vaccine , exemple que legouverneme
imita. Sous le consulat , il ouvrit aussi une sou.
cription pour l'établissement du dispensaire, q
rendit depuis de si grands services aux ma
heureux de la capitale. Une bien douce satisfa
tion était réservée à tant de louables effort
Quand le duc parut à Liancourt, il retrouva &
institutions dans l'état où il les avait laissées
tous les gouvernements issus de la révolutioi
en proscrivant l'homme utile , avaient respec
ses créations. L'empereur donna même à lei
fondateur la décoration de la Légion d'Honneu
mais il affectait de le traiter en manufacturie
et ne lui rendit pas de titre nobiliaire. Peu jalon
du reste, des faveurs impériales , le ducide 1
Rochefoucaul<l , retiré à Liancourt s'oCfCupi
surtout de littérature.
k
fi
658
En 1809, seuieraent, Napoléon, mieux inspiré,
lui rendit ses grandes entrées à la cour. Le duc
de La Rochefoucauld n'en profita que rarement, et
attendit dans sa retraite la restauration , qui ne
lui restitua pas sa charge, reprise par Louis XVIII
pendant l'émigration . et qui se contenta de lui
ouvrir les portes de la chambre des pairs, où il
entra avec tous les anciens titulaires de duciié-
pairie. Pendant les Cent Jours, le duc de La Ro-
chefoucauld, fidèle au parti des libertés consti-
tutionnelles , consentit à siéger dans la (vhambre
des représentants. Mais au refour de Louis XVIII
il reprit sa place parmi les pairs, et y resta l'ami
de la royauté, tout en appuyant les progrès d'une
sage liberté. Nommé en 1816 membre du conseil
général des hôpitaux, il s'occupa activement de
ses nouvelles fonctions. Le 20 novembre 1821 il
inaugura, en qualité de président, les séances
de la Société de la Morale chrétienne, dont
il dirigea longtemps les travaux , et qui ne
cessa de réclamer l'abolition de la traite des
noirs et la suppression des loteries et des
jeux. Pendant vingt-trois ans l'École des Arts
et Métiers, dont il était le fondateur, et qui avait
été depuis transférée à Châlons sous les auspices
du gouvernement, le conserva en qualité d'ins-
pecteur général. 11 remplissait en même temps
les fonctions de membre du conseil général
des manufactures, du conseil d'agriculture, du
conseil général des prisons, du conseil gé-
néral des hospices, et de président du comité
de vaccine. En 1823 le ministère, pour le pu-
nir de son opposition éclairée, lui retira à la
fois huit fonctions publiques, mais gratuites.
N'osant pas lui enlever son titre de président du
comité de vaccine, on supprima ce comité lui-
même. Mais, pour venger cette injustice, l'Aca-
démie des Sciences s'empressa de l'admettre
dans son sein, et l'Académie de Médecine l'ap-
pela dans la commission destinée à remplacer le
comité de vaccine. La disgrâce du duc de La
Rochefoucauld n'eut d'autre effet sur lui que
d'exalter son zèle; il fit à Liancourt les premiers
essais de l'enseignement mutuel, qui prit une si
rapide extension , et fonda la première caisse
d'épargne, qui servit de modèle à celles de toute la
France. Le 23 mars 1827 le duc de La Roche-
foucauld siégeait à la chambre des pairs , lors-
qu'il fut subitement atteint de la maladie qui
l'enleva quatre jours après. Le jour de ses funé-
railles , les anciens élèves de l'École des Arts et
Métiers, s'élant rendus en foule à l'église , et
ayant voulu porter son cercueil sur leurs épau-
les, furent tout à coup chargés, dans la rue
Saint-Honoré , par la gendarmerie : le cercueil
tomba dans la boue, ainsi que les insignes de
la pairie qui le décoraient. Une enquête fut
commencée par la chambre des pairs , mais
étouffée presque aussitôt. Le duc de La Roche-
foucauld avait témoigné le désir d'être enlern'! à
Liancourt ; il fut accompagné à sa dernière de-
meure par les populations dont il avait été si
LA ROCHEFOUCAULT 654
longtemps le bienfaiteur. [Déaddé, dans l'En-
cycl. des G. du M.'\
On a de lui: Finances, Crddi^; 1789, deux par-
ties in-8°; — Notice sur l'Impôt territorial
foncier en Angleterre iV&n?,, 1790, 1801,in-8°;
— Plan du travail du comité pour V Extinc-
tion de la Mendicité, présenté à l'Assemblée
nationale en conformité de son décret du
1\ janvier 1790; 1790, in-4°: ila donnédes plans
analogues sur les prisons et.les hôpitaux ; — Tra-
vail du Comité de Mendicité contenant les
rapports faits à l'Assemblée nationale; 1790,
in-8" ; — Des Prisons de Philadelphie, par un
ifwrop^en; Philadelphie et Paris, 1796, in-8°;
2*^ édition , augmentée de renseignements ul-
térieurs sur l'administration économique de
cette institution et de Quelques idées sur les
moyens d'abolir en Europe la peine de mort ;
Amsterdam, 1799, in-8°; 1800, in-12; 1819,
in-8° ; — État des Pauvres, ou histoire des
classes travaillantes de la société en Angle-
terre, depuis la conquête jusqu'à l'époque ac-
tuelle, etc., extrait de l'ouvrage publié en anglais
par sir MortonEden; Paris, an viii (1800), in-8°;
— Voyage dans les États-Unis de l'Aynériquc
fait en 1795, 1796, 1797 et 1798; Paris, 1800,
8 vol. in-8° ; ■ — Notes sur la Législation an-
glaise des Chemins; Paris, an ix (1801), in-8°;
— Recherches sur le Nombre des Habitants
de la Grande-Bretagne, traduit de l'anglais
d'Eden; 1802; — Système anglais d'Instruc-
tion, etc., traduit de l'anglais de Lancaster;
1815 ; — Le Bonheur du Peuple, almanach à
l'usage de tout le monde, ou avis du père
Bonhomme aux habitants de la campagne
sur les avantages de la Caisse d'Épargne;
Paris, 1819, in-8°; — Dialogue d'Alexandre
et Benoit sur la Caisse d'Épargne; 1819; —
Réflexions sur la Translation à Toulouse de
l'École royale d'Arts et Métiers de Châlons ;
Paris, 1823, in-8°; — Aux Habitants des dé-
partements de l'Oise et de la Somme; Paris,
1825, in-4°; — Statistique industrielle du
canton de Creil, à l'usage des manufactu-
riers de ce canton ; SenMs , 1826, in-8"'. Outre
ces ouvrages, on a encore du duc de La Roche-
foucauld-Iiiancourt , des Opinions prononcées
à l'Assemblée nationale en 1789, 1790 et 1791 ;
des Discours, Rapports et Comptes-rendus à
l'école de Châlons , à la Société de la Morale
chrétienne , à la Caisse d'Épargne et autres éta-
blissements; des opinions prononcées à la chambre
des pairs. Il a encore eu part au Recueil de
Mémoires sur les Établissements d'Humanité,
traduits de l'allemand et de l'anglais, 1799. J. V.
Gaétan de La Rochefoucauld , P^ie du duc de La Ro-
chefoucauld-Liancourt. — Villenave, Notice sur le duc
de La Rochefoucauld- Liancourt , dans la Biotir. des
Hommes utiles. — Arnault, Jay, Jouy et Norvins, Biogr
nom. des Contemp.
* LA ROCHEFOnCAULD { François , duc
dk), fils aîné du duc de La Rochefoucauld-Lian-
court, né à Paris, le 8 septembre 1765. Colonel
655
de dragons avant la révolution, depuis maréciial
de camp, il devint commandeur de la Légion
d'Honneur et entra à la chambre des pairs par
droit d'hérédité, le 3 mai 1827. Il continua de
siéger à la chambre des pairs après la révolu-
tion du Juillet.
Son (ils aîné François, duc de Luncourt, fut
menin du duc d'Angoulème, et administrateur
des hospices.
Son frère le comte Hippolyte, né à Liancourt,
en 1814, a été ministre de France à Dàrmstadt.
J. V.
' Moniteur, 1827.
LA ROCHEFOUCAULD ( Alexandre , con\{*i
de), second fils d-ii duc de La Rochefoucauld-
Liancourt , né en 17C7, mort à Paris, le 2 mars
1841. Il prit en 1792 du service dans l'armée
de La Fayelte, mais il fut bientôt déclaré hors
la loi, à cause des tentatives qu'il avait faites,
de concert avec son père et son frère , pour
sauver le roi et la reine. Afin d'échapper à la
mort , il prit la fuite , et vécut dans la retraite
jusqu'au moment oii Bonaparte vint mettre fin au
gouvernement révolutionnaire. Il avait, en 1788,
épousé la fille du comte de Chastulé, officier aux
gardes françaises, riche propriétaire de Saint-
Domingue, allié à la famille de Joséphine. Napo-
léon, qui avait apprécié le mérite du comte de
La Rocliefoucaiild , saisit toutes les occasions
pour l'attacher à son gouvernement. Sous l'em-
pire, Mme de La Rochefoucauld devint dame
d'honneur de l'impératrice, et plus tard l'em-
pereur maria la fille aînée du comte au frère du
prince Aldobrandini Borghèse , qui avait épousé
la princesse Pauline, sœur de Napoléon. Le
comte de La Rochefoucauld fut nommé en 1800
préfet du département de Seine-et-Marne; il
devint en 1802 chargé d'affaires en Saxe, en
1805 ambassadeur à Vienne en remplacement
de Champagny, en 1808 ambassadeur en Hol-
lande. Dans ces diverses missions diplomati-
ques, sa loyauté, sa fermeté et sa prudence apla-
nirent bien des difficultés. La réunion de la Hol-
lande et de la France étant opérée, le comte de
La Rochefoucauld se fixa à Paris, renonça aux
affaires, et ne s'occupa plus que de répandre ses
inépuisables bienfaits parmi les malheureux.
L'estime générale qu'il avait si légitimement
acquise se manifesta par le suffrage unanime
de ses concitoyens, qui le portait à la députation
en 1822, en 1828, en 1830 et en 1831. Le 19 no-
vembre 1831, il fut élevé à la pairie, dignité
dont l'avait revêtu Napoléon dans les Cent Jours,
et qu'il avait perdue à la seconde restaura-
tion. ' . . ,\ y ',-: .„ , v.r,
Marqiit» de PanserÉloge ftmèpre du comte Alexandre
de La Hoche/oucauld, prononcé à la cliambredes pairs-
LA ROCHEFOUCAULD ( Alexandre- Jules ,
comte de), duc d'Estissac , fils du comte
AlexandredeLa Rochefoucauld, né àMello (Oise),
le 23 janvier 1796, mort à Paris, le 21 avril 18ô6.
Il entra en 1812 à l'écple militaire de Saint-Ger-
LA ROCHEFOUCAULD 65S
main. En 1814 il passa comme officier dans un
régiment de chasseurs à cheval , prit part aux
dernières luttes de l'empire , et se distingua en
1815 dans les divers engagements qui curent lieu
sous les murs de Paris. Pendant le ministère du
maréchal Gouvion Saint-Cyren 18I9,ilfutciiargé,
pour le dépôt de la guerre, d'écrire l'histoire de
la campagne d'Allemagne. En 1828 il fut attaché
au duc d'Orléans comme aide-de-camp : Ciiar-
les X hésita longtemps à signer cette nomination.
En 1829 le comte Jules de La Rocheloucauld
perdit son beau-père, le général Dessolles, et
quoique la pairie du général, qui ne laissait
pas d'enfant mâle , lui eût été promise, il ne put
l'obtenir. Au mois de juillet 1830, il était à
quinze lieues de Paris lorsqu'il apprit les or-
donnances qui amenèrent la révolution; dès
le 29 il se rendit auprès du duc d'Orléans à
Neuilly, et ne quitta plus ce prince* Le roi
Louis-Philippe le garda aujirès de lui avec le
même titre. En 1830 il fut nommé député par
le collège d'Orléans à la place de M. de Corme-
nin, et de 1831 à 1837 par l'arrondissement de
Pithiviers. A la chambre desdéputés, il demanda
que les membres de l'Institut fussent électeurs,
à la condition de payer la moitié du cens élec-
toral; il appuya l'augmentation du traitementdes
ambassadeurs, vota les lois contre les crieurs,
contre les associations et pour la suppression de
la presse. Le 7 novembre 1839 il fut élevé à la
dignité de pair de France. La révolution de Fé-
vrier le rendit à la vie privée. J. V.
Sarrut et Saint-Eiiine. liiogr, des Hommes du Jour
t. V, 2* partie, p. 256.— Bio(jr. et IVécrol. réunis, t. 11,
p. 231. — Journal des Deb 22 avril 1856.
LA ROCHEFOUCAULD (Polydore, comteoE),
second fils du comte Alexandre de La Rochefou-
cauld et frère du comte Jules de La Rochefou-
cauld, mort à Paris, le 18 avril 1855. Il avait
été, sous Louis-Philippe, ministre de France à
Weimar, et lorsque le roi eut résolu défaire bâtir
une chapelle h l'endroit où saint Louis est mort,
le comte Polydore de La Rochefoucauld fut
chargé d'en aller reconnaître l'emplacement sur
la côte (l'Afrique. J. V.
Journal des Débats, 20 avril 1835.
* LA ROCHEFOUCAULD-LIANCOURT (Fré-
déric-Gaétan, marquis de), dernier fils du duc
de La Rochefoucauld-Liancourt , né à Lian-
court, le 15 février 1779. 11 fut nommé sous
l'empire à la sous - préfecture de Clermont
(Oise), puis à celle des Andelys ( Eure). A la
première Restauration, il se montra partisan zélé
des Bourbons, et quitta la France à l'époque du
retour de Napoléon, en 1815; il fut alors chargé
par Louis XVIII d'une mission sur les frontières
de la Suisse. Nommé député par le départementdu
Cher,il siégeasur lesbancs de l'opposition libérale,
se montra un des ardent^défenseurs delà liberté
parlementaire, et soutint, dans la séance du
13 février 1828, que la souveraineté réside essen-
tiellement dans la chambre des députés. Cons-
tamment réélu sous le gouvernement de Louis-
667
LA ROCHEFOUCAULD
658
Philippe , il rentra dans la vie privée après la
révolution de Février. A la chambre des députés,
il avait combattu le système pénitentiaire et pris
une part active à ladiscussionsur l'émancipation
desnoirSjdontil était zélé partisan. Il est président
delà Société de la Morale chrétienne. On a de lui :
Cent Fables, en vers ; 1800, in-18 ; — Jérôme
Spirituel, ou les ScMrfery*, vaudeville anecdo-
tique en un acte; Paris, an viii ( 1800 ), in-8° ;
— Midi, ou un coup d'œil sur Pan VIII;
vaudeville en un acte, en société avec G. Duval ;
1801, in-8°; — Esprit des Écrivains du dix-
huitième siècle, extrait de /'Histoire de la
Langue et de la Littérature françaises; Paris,
1809, in-80 : cet ouvrage a été défendu par la
police du temps; — Églogues de Virgile, tra-
duites en vers français ; 1812; — Notice his-
torique sur V arrondissement des Andelys;
1813, in-S";— Pensées d' un Français en 1814;
Paris, 1814, in-8°; — Histoire du Congrès de
Vienne; Bruxelles, 1815, in-8'; — Mémoires
sur les Finances de laFrance en 1816 : Paris,
1816, in-S"; — Bu Pardon accordé par les
révolutionnaires aux royalistes ; Paris, 1817,
in-S"; — De la Répression des Délits de la
Presse; Paris, 1817, in-8°;— La Révolution
française et Bonaparte, ou les Guises du dix-
huitième siècle, tragédie en cinq actes; Paris
1818, in-S" ; — Le duc d'Angoulème en Es-
pagne, stances irrégulières ; Paris, 1823, in-4°;
Mémoires de Condorcet sur la Révolution
française, extraits de sa correspondance et
de celle de ses amis ; Paris, 1824, 2 vol. in-8°;
— Œuvres complètes de La Rochefoucauld,
avec des notes et variantes , précédées d'une
notice biographique et littéraire ; 1825, in-S";
Consolations et Poésies diverses ; Paris ,
1825, in-32 ; 1838, in-8»; — Vie du duc de La
Rochefoucauld-Liancourf ; Varh, 1827, in-S»;
— Supplément à la Généalogie de la Maison
de La Rochefoucauld; Paris, 1827, in-4°; —
Des Attributions du Conseil d' État ; Paris,
1829, in-8°; — Chants des Troubadours, imi-
tés des anciens fabliaux , romances, musique
de madame la marquise de La Rochefou-
cauld; Paris, 1831, in-4°; -^ Notice historique
sur la vie de Williams Wilberforce, membre
du parlement anglais ; Paris, 1833, in-s"; —
Quelques articles sur l'Abolition de la Peine
de Mort, extraits du Journal de la Morale
chrétienne; Paris, 1338, in-s" ; — Examen de
la théorie et de la jiratique du Système Pé-
nitentiaire; Paris, 1840, in-S»;— Conscqïten-
ces du Système Pénitentiaire ; Clermont-sur-
Oise, 1842, in-8°; — Agrippine, tragédie en
q actes; Paris, 1842, in-8°; — Réponse à
M. le préfet de Police sur le Pénitencier des
jeunes Détenus /Paris, 1843, in-S"; — Examen
du Rapport du 3 juillet 1843, .w/r le projet
de loi de la réforme des prisons; Paris, 1844,
In-S' ; — Delà Mortalité cellulaire, dernier
document présente à la chambre des dépu-
tés; Paris, 1844, in-8°; — Documents rela-
tifs au Système Pénitentiaire, extraits du
Jotirnal de la Morale chrétienne; Paris,
1844, in-8° ; — Discours prononcés à la Cham-
bre des Députés dans la discussion du projet
de loi sur la réforme des prisons, suivis de
l'Examen du Rapport de M. Bercnger, pair
de France, sur les travaux de la Société de
Patronage des jeunes Libérés ; Paris, 1845,
in-8° ; — Achille à Troie, poème en vingt-quatre
chants ; Paris, 1848, in-8o; — Études inédites
de Racine sur la Littérature, la Morale et
l'Histoire; Paris, 1856, in-8o, L. L — t.
iArnauIt, Jay, Jouy et Norvins, Hioqraphie nouvelle
des Contemporains. — Quérard, La France Littéraire.
— Bourquelot et Maury, Im. Littér. Franc . conteinp . —
Ed. Ttiierry, Monilcur An 15 avril 1856.
LAROCHEFODCAGLU SVKHkViV.^ { AlCXan-
dre-Nicolas de ), marquis de Surgères , né le
29 janvier 1709, mort le 29 avril 1760. 11 prit la
carrière des armes. Mousquetaire de la garde du
roi eu 1728, ensuite guidon de la compagnie des
gendarmes d'Anjou, il fut nommé capitaine lieu-
tenant des chevau-légers de la reine en 1734,
brigadier en 1743, maréchal de camp en 1745, et
lieutenant général en 1748. Il se fit remarquer
par la délicatesse de son esprit et les agréments
de son caractère. On a de lui : L'École du
Monde, comédie en un acte et en vers, 1739,
pièce imprimée avec celles de l'abbé de Voisenon,
en 1753. Il a abrégéles romans de La Calprenède :
Cassandre, 3 vol. in-12; — Pharamond,
4 vol. in-12. Ant. Serieys a publié à Paris, en
1802, en I vol. in-8"', les Œwyres de La Roche-
foucauld-Surgères, contenant ses Traités sur la
Guerre, sur les Gouvernements, sur la Morale, son
Parallèle entre Alexandre et César, son Voyage
en Hollande, etc., imprimées sur les originaux
inédits, revus et publiés avec des notes. J. V.
Moréri, Grand Dict. Hist. — Des Essarts, .Siéc/es Lit-
téraires de la France. — Qiiérard, La France Litté-
raire,
LA ROCHEFOUCAULD (Jean-Frédéric, vi-
comte de), comte de Surgères, homme de lettres
français, fils du précédent , naquit en 1734, et
mourut en 1788. Il a fait paraître un ouvrage
intitulé : Ramassis; Sens, 1783- 1785, 3 vol.
in-12. Ces trois volumes contiennent divers
traités de morale qui étaient imprimés à petit
nombre et distribués aux amis de l'auteur. La
collection complète contient les dix-huit ou-
Yrages &uWaint& : De l'Éducation; 1785; —
Du Don Ton; — DeVÉgoïsme; — De la Dis-
crétion ; — De V Amabilité ; — De l'Éducation
par rapport à la Probité ; — De l'Ambition;
— De L'Amitié; — Sur le Soleil, par quelqu'un
qui n'est pas physiciei\, à l'usage de ceux qui
ne lé sont pas; — De l'Amour ; — Sur la Dis-
pute; — Siir l'Humeur et la Colère ; — De la
Crap itle; — Delà Fa tuité ; —Lettres d'un on de
à son neveu; — Lettres ; — Lettre pour servir
à réloge de M. le comte de Maurepas ; — A ma
niècci qui copiait une Mf^e de Saint-Mathieîi.
659 LA ROCHEFOUCAULD 660
Le marquis Gaétan de La Rochefoucauld possède | leur sœur, abbessede Soissons. Pour ne pas la
un autre manuscrit du vicomte Jean-Frédéric, in- compromettre, ils quittèrent cet asile, et prirent
titulé : Le Rebut. J. V.
QuOrard , l.a t'raiicc Littéraire.
LAROCHKI'OUCAITLI) - SCRGÈRES DOU-
DEAÏJVILLE. Voy. DOUDEAUVILLE.
LA JiOicaEForcAULO { Dominique DE ) ,
comte de Saint-Elpis, prélat français, né en 1713,
àSainl-Klpis, dans le diocèse deMende, mort à
Munster, le 2 septembre 1800. il était issu d'une
branche pauvre et ignorée de la maison de La
Rochefoucauld , que l'évêque de Mende, de Choi-
seul, découvrit dans une de ses visites pastorales.
Frédéric-Jérôme de La Rochefoucauld, arche-
vêque de Bourges, averti de cette découverte,
se chargea de diriger les études du jeune Do-
minique;ille plaça auséminairedeSaint-Sulpice,
en fit par la suite un de ses grands-vicaires, et
lui fit donner l'archevêché d'Alby en 1747.
Membre des assemblés du clergé en 1750 et 1765,
ce prélat défendit avec énergie les droits de
l'Église gallicane, et fut pourvu de l'abbaje de
Cluny en 1757 ; deux ans après il fut transféré
au siégede Rouen, etpromu au cardinalaten 1778.
Élu député du clergé du bailliage de Rouen aux
états généraux en 1789, il s'y prononça forte-
ment contre les principes de la révolution, pré-
sida d'abord la chambre du clergé, ensuite la
minorité de cet ordre. Lorsque la majorité se fut
réunie au tiers état, il conduisit, le 27 juin, d'après
une invitation du roi, le reste de cette chambre
dans la salle commune des états généraux. Le
2 juillet, il lut à l'Assemblée nationale un arrêté
par lequel cette partie du clergé se réservait le
droit de se retirer dans une salle séparée pour
délibérer sur des objets particuliers. A la suite
de l'insurrection du 14 juillet, il déclara qu'il
cessait de se croire lié par son mandat, et qu'il
se réunissait aux travaux de l'assemblée pour
défendre les droits de la nation. Il fut ensuite
un des signataires de la protestation du 12 sep-
tembre 1791 contre les innovations faites par
l'Asseiriblée nationale en matière de religion. Au
mois d'avril précédent il avait publié une ins-
truction pastorale que le tribunal de Rouen fit
lacérer et brûler comme contraire aux lois de
l'Assemblée constituante. Après le 10 août 1792,
le cardinal de La Rochefoucauld se retira en Al-
lemagne. J. V.
Chaudon et Delandine, Dict. univ. Hist., Crit. et Bi-
bliog.
LA ROCHEFOÏICAULD-BAYERS (FraHÇOiS-
Joseph de), prélat français, né à Angoulême, en
1735, assassiné à Paris, le 2 septembre 1792.
Évêque de Beau vais en 1772 et à ce titre pair
de France, il fut député du clergé du bailliage
de Clermont en Beauvoisis aux états généraux
qui devinrent l'assemblée constituante; il y dé-
fendit les privilèges du clergé. Chabot l'ayant
dénoncé à l'Assemblée législative comme faisant'
partie d'un comité anti-révolutionnaire, il s'en-
fuit avec son frère, l'évêque de Saintes, chez
la route de Paris. Arrêtés , ils furent enfermés
aux Carmes, et périrent dans le massao-e des
prisons. j. y.
ArnaQll, Jay, Jouy et Norvins. Biogr. nouv. des Con-
temp. — Encycl. des Cens du Monde.
LA ROCHEFOUCAULD - BAYERS (Pierre-
Louis de), prélat français, frère du précédent,
né en 1744 dans le diocèse de Périgueux, massa-
cré à Paris, le 2 septembre 1792. Pourvu en ! 770
du prieuré commendataire de Nanteuil par le
cardinal de La Rochefoucauld, qui disposait de
ce bénéfice comme abbé de Cluny, il fut nommé
en 1775 agent général du clergé, office qu'il
remplit jusqu'en 1780. En 1782 il fut appelé à
l'évêché de Saintes. Envoyé aux états généraux
par la sénéchaussée de Saintes, il vota à l'Assem-
blée nationale avec la minorité. S'étant enfui i
avec son frère, l'évêque de Beauvais, il périt avec
lui à Paris, dans la prison des Carmes. J. V.
Arnault, Jay, Jouy et Norvins, Biogr. nouv. des Con-
temp. — Encyclop. des Gens du Monde.
LA ROCHEFOUCAULD { Marifi - Charlotte
de), sœur des précédents, née en 1732, morte à-
Soissons en 1806. S'étant consacrée à la vie re-
ligieuse, elledevintd'abord abbesse au Paraclet, ,
d'où elle passa en 1778 à l'abbaye de Notre-
Dame de Soissons. Elle cacha un instant ses
frères , et il s'en fallut peu qu'après avoir été
toi'turée de toutes les manières par les soldats
qui pénétrèrent dans son monastère pour cher-
cher les deux évêques proscrits, elle n'expiât sur i
l'échafaud son dévouement. Elle quitta sa com- •
munauté avec ime pauvre religieuse infirme et à
sa charge, passa quinze années dans la plus pro-
fonde roisèn , et mourut aveugle. J. V.
Encyclop, (les Ce.ns du i\!onde.
LA KOCKEFOITCAULSÎ - BAYERS {N.
baron de), général français, né le 27 juin 1757;
au château de BoisHvière (Vendée), mort le
1^"" février 1834. 11 s'était déjà distingué en qua-
lité d'officier de cavalerie lorsque la révolution
le fit émigrer. Admis dans l'armée de Gondé ,
il y remplit les fonctions d'aide major général
et de chef d'état-major général. Rentré en France
en 1802, il se vit peî'sécuté par la police impé-
riale. Arrêté en 1804, à l'époque de la mort du
duc d'Enghien , sous la prévention de correspon-
dance avec Louis XVllI, il subit une détention
de neuf mois, et ne fut rendu à la liberté que sur
les sollicitations de sa parente la comtesse de La
Rochefoucauld, dame d'honneur de l'impératrice
Joséphine. En 1806 Napoléon fit offrir au baron
de La Rochefoucauld le grade de général de di-
vision et la restitution d'une somme de 700,000,
francs qu'il réclamait, s'il voulait prendre du ser-
vice; le baron refusa. Le gouvernement de la
restauration le nomma successivement pair de
France, lieutenant général , directeur du dépôt
de la guerre, inspecteur général de cavalerie,
gouverneurde la douzième division militaire, etc.
En 1830 il tomba en paralysie eu apprenant la
661 LA ROCHEFOUCAULD •
fausse nouvelle de la mort de son fils, capitaine
dans la garde royale lors des événements de
Juillet. Il envoya sa démission de pair en 183-2,
et traîna le reste de sa vie dans la souffrance.
Propriétairede bois considérables dans l'Aude, il
contribua de ses deniers à l'ouverture d'un grand
nombre de routes dans ce pays.
Son fils, le comte ALBERTdeLARocHEFOuciULD-
Bayers, né en 1800, officier dans la garde royale
à la révolution de Juillet, est mort à son château
de La Pofherie (Maine-et-Loire), an mois de
janvier 1854. J. V.
V. Lacaineet cil. Laurent, blogr.et Nécfol. des Hommes
marquants du dix-neuviéme siècle, t. il, p. 381.— Biog.
et Kécrol. réunis, l. I, p. 46.
LA ROCHE-GuiLHËAi (M"^de), femme au-
teur française, née vers 1G40, morte en 1710, en
Angleterre. Fille de Charles de Guilhem, sieur
de La Roche, elle appartenait à une bonne fa-
mille protestante et habitait Paris à l'époque de
la révocation de l'édit de Nantes ; elle se réfugia
en Hollande, d'où, en 1697, elle passa en Angle-
terre. Ayant réussi à emporter dans l'exil une
somme assez considérable , elle put , sans se
préoccuper de l'avenir, se livrer à son goût pour
les lettres. Elle a composé plusieurs romans, qui
sont tombés dans un oubli aussi profond que
ceux de son modèle. M"'' de Scudéri. Nous cite-
rons d'elle: Ai-iovisfe, his(oi7'e 7-omaine ;Vair\a,
1674,2 vol. 'in-lS; — Almanzaïde ; Paris, 1674,
in-12; — Asté7'ie,ou Tamerlan ;PRr\?,, 1675,
2 vol. in-12 , attribué par erreur à Mme de Vil-
ledieu ; — Histoire des Guerres civiles de Gre-
nade; Paris, 1683, 3 vol. in-12; — Le grand
Scanderbeg ; Am?,teri]am, 1688, in-12; — Zi«-
gis, histoire tartare ; La Haye, 1692, in-12,
réimpr. dans les Histoires tragiques et ga-
lantes; 1751 ; — Nouvelles hisloriques ; Leyde,
1692, in-12; — Histoire chronologique d'Es-
pagne, tirée de Mariana; Rotterdam, 1695,
3 vol. in-12; — Les Amours de Néron; La
Haye, 1695 et 1713, in-12; — Histoire des Fa-
vorites , contenant ce qui s'est passé de plus
remarquable sous plusieurs règnes; Amster-
dam, 1697, 1700, 1703 et 1708, in-12, espèce de
roman historique dont le fond est emprunté
aux Galanteries des Rois de France; — Jac-
queline de Bavière; Ma., 1702, in-12 , inséré
en 1749 dans la Bibliothèque de Campagne;
— L'Amitié singulière ;\[)\(\., 1708, in-12; —
Dernières œuvres contenant des Histoires
galantes; ibid., 1708, in-12; — Aventures
grenadines ;\hh]., 1710, in-t2. P. L — y.
Laporte, HiU. Littéraire des Femmes françaises. Kl.
— Desnialseaux , Notes sur les Lettres de Bayle-
LA ROCHEGITYON. Voij. La Riyiëke {Per-
rette ne).
LA ROCHEJAQUELEIPI ( ^ewrii DU VERGER,
comte DE ), chef des armées vendéennes, né au
château de La Durbellière, le 3 août 1772, mort
à Nouailié, le 4 mars 1794. l<"ils du marquis de La
Rochejaquelein , maréchal de <.amp , chevalier
de Saint-Louis, il n'émigra pas. En 179.1 il
LA ROCHE.IAQUELEIN 662
était officier dans la garde constitutionelle du
roi. Après la journée du 10 août, il rejoignit
M. de Lescure [voir ce nom), son parent, qui
habitait le château de Clisson. Une partie de la
Vendée était déjà soulevée ; le moment était
arrivé où il fallait se prononcer, car l'ordre de
marcher contre les insurgés ne pouvait tarder à
venir. Une délibération eut donc lieu dans la
famille; Henri, qui était le plus jeune, paria le
premier ; il déclara que jamais il ne prendrait
les armes contre les paysans, qu'il aimait mieux
périr; tout le monde fut de cet avis. Henri avait
alors vingt ans et il était du nombre de ceux qui
devaient tirer à la milice; un jeune paysan lui
dit : «■ Monsieur, ou veut nous faire accroire
que vous irez dimanche tirer à la milice à
Boismé; c'est-il bien possible.^ pendant que nos
paysans se battent pour ne pas tirer ! Venez avec
nous. Monsieur ; tout le pays vous désire et vous
obéira. » Henri déclara à ce paysan que le soir
môme il .serait avec eux. M. de Lescure voulait
le suivre; il s'y opposa. Lorsqu'il rejoignit les in-
surgés vers Cliollet et Chermillé; ils venaient d'é-
prouver une défaite. Les principaux chefs re-
gardaient la partie comme perdue ; Henri lui-
même croyait tout désespéré. Mais les paysans
vinrent le supplier de se mettre à leur tête, l'as-
surant que le lendemain il aurait dix mille hom-
mes. En effet, dans la nuit plusieurs paroisses
se soulevèrent, et dix mille hommes se trouvèrent
au rendez-vous. Jlais ces dix mille soldats n'a-
vaient pas deux cents fusils. Henri, avant de leur
donner le signal du départ, leur dit : « Mes amis,
si mon père était ici vous auriez confiance en
lui ; pour moi je ne suis (ju'un enfant, mais par
mon courage je me montrerai digne de vous
commander. Si j'avance, suivez moi; si je recule,
tuez-moi ; si je meurs, vengez-moi ! » Puis s'élan-
çant sur le village des Aubiers, dont le général
Quétineau s'était emparé la veille, il attaque les
bleus, qui font aussitôt un mouvement pour se
mettre en bataille. Henri crie à ses soldats : « Mes
amis, les voyez-vous, ils s'enfuient ». A ces
mots, les paysans sautent par dessus les haies en
criant « Vive le roi! » les républicains, surpris,
prennent la fuite en abandonnant deux pièces de
canon et laissant soixante-dix morts sur le ter-
rain. Bressuiie ayant été évacué, la famille de
Lescunî se trouva délivrée, et Henri poursuivit sa
aiarche vers Thouars, qui fut pris le 5 mai. Il se
distingua dans tous les combats qui eurent lieu
jusqu'à la prise de Chantonay ; mais ces victoires
partielles affaiblissaient chaque jour l'armée ven-
déenne, et pendant ce temps l'armée républicaine
prenait une attitude plus formidable : deux cent
quarante mille hommes entouraient le Bocage.
Les Vendéens en étaient réduits à défendre leurs
foyers. Les chefs vendéens redoublèrent d'éner-
gie, et obtinrent quelques succès au combat de
J\îartigné. Henri de La Rochejaquelein avait eu
le (iouce brisé par une balle, ce qui l'avait obligé
de quitter momentanément sa division ; mais il
663
en reprit le commandement le 8 octobre; di\
mille Vendéens avaient péri en peu de temps :1e
reste, assailli àBeaupréau, n'échappait au mas-
sacre que par la fuite. Bonchamp était frappé
mortellement; d'Elbée était criblé de blessures;
le marquis de Lescure allait succomber au coup
qu'il avait reçu à La Tramblaye, lorsque le
19 octobre les débris de l'armée ayant repassé
la Loire, de Lescure désigna Henri de La Roche-
jaquelein pour le remplacer. Un conseil de guerre
assemblé à cet effet le proclama général en
chef. Dès le 21 il s'empara de Candé et de
Château-Gontier; le lendemain il attaqua les ré
publicains devant Laval ; ce fut dans ce combat
que Henri, qui portait toujours le bras droit en
écharpe, depuis le combat de Martigné, se trouva
seul dans un chemin creux aux prises avec
un fantassin : il le saisit au collet de la main
gauche, et gouverna si bien son cheval avec ses
jambes, qu'il le mit hors d'état de lui faire aucun
mal. Les Vendéens accoururent et voulurent tuer
ce soldat ; mais Henri ordonna qu'on le laissât
aller. « Retourne vers les républicains, lui criai-
t-il, et dis-leur que tu t'es trouvé seul avec le gé-
néral des brigands, qui n'a qu'un bras et point
d'armes, et que tu n'as pu le tuer. Le ").! il rem-
porta une victoire signalée sur les troupes de
Léchelle, soutenu par Kleber et Marceau, devant
le boiMg d'Entrames. Henri de La Rochejaque-
lein attaqua de front et repoussa les bleus, qui
essayèrent de se rallier dans la ville de Château-
Gontier. Il s'écria en voyant ses soldats s'arrê-
ter : « Eh bien , mes amis, est-ce que les vain-
queurs coucheront dehors et les vaincus dans la
ville ?» A ces mots les Vendéens reprirent leur
élan, enlevèrentla batterie qui défendait le pont,
et poussèrent l'ennemi jusqu'à huit heues du
point où la bataille avait commencé. Le 2 no-
vembre, il s'empara de la ville d'Ernée, et le 6 de
Fougères; il se dirigea ensuite sur Granville,
comptant y trouver des secours promis par les
Anglais; la place ayant refusé de se rendre,
il fallut l'attaquer. Le 14 novembre il s'empara
des faubourgs; mais un transfuge républicain ayant
fait entendre ce cri : « Sauve qui peut, nous som-
mes trahis ! » la terreur s'empara des assaillants.
En vain La Rochejaquelein, dans trois attaques
successives, chercha par son exemple à ranimer
la confiance de ses soldats; trois fois ils furent
repoussés avec une perte considérable, et refu-
sèrent enfin de le suivre à un dernier assaut. H
fallut se décider à la retraite. Son arrière-garde,
harcelée par les républicains , pressée entre le
Loir et le feu meurtrier de l'ennemi, était me-
nacée d'une destruction certaine, lorsque La Ro-
chejaquelein choisit quinze cents hommes d'élite,
passe à leur tête le Loir à un gué distant de deux
lieues de sa colonne , se jette sur La Flèche, et
s'empare de cette ville. Ce mouvement hardi sauva
l'armée vendéenne; mais le 13 décembre celte
petite armée, assaillie dans la ville du Mans par
toutes les troupes des généraux "Westermann ,
LA ROCHEJAQUELEIN
664
Muller, Marceau et Tilly, fut mise en. déroute
complète. Plus de quinze mille hommes périrent
dans cette déroute. Étant parvenu à rallier les
débris de son armée, La Rochejaquelein se porta,
le 16 décembre, sur Ancenis pour passer la
Loire; il s'était jelé avec de La Ville-Beaugé et
Stofflet dans une petite barque, suivis par un
autre bateau qui contenait dix-huit Vendéens.
Mais au moment où La Rochejaquelein s'em-
parait de quatre grandes barques chargées de
foin , un détachement républicain vint les atta-
quer. Les soldats furent bientôt dispersés et les
chefs furent obligés de s'enfoncer dans les bois ;
en même temps une chaloupe canonnière s'em-
bossa au milieu du fleuve et coula les radeaux
qu'on préparait. Ainsi séparée de son chef, l'ar-
mée vendéenne fut attaquée sur l'autre rive , et
tout ce qui put échapper au feu des républicains
s'enfuit dans ses foyers. La Rochejaquelein,
après avoir erré toute la nuit, parvint à gagner
la paroisse de Saint- Aubin, et reprit l'offensive;
il fit des courses sur les postes républicains,
leur livra quelques combats dans lesquels il eut
souvent l'avantage. Mais le 4 mars 1794, à la
suite d'un avantage qu'il venait de remporter
à Trémentine, il se portait sur Nouaillé, lorsqu'un
grenadier auquel il venait de sauver la vie se
releva et le tua d'un coup de fusil. 11 avait vingt-
deux ans. A. Jadin.
M'"" La marquise de La Rochejaquelein , Mémoires. —
Crétincau ,(oli. Épisodes des Guerres de la Vendée —
Histoire des (Généraux en chef vendéens. — Histoire de
la Vendée militaire. — théodore illiirel, Histoire des
.Guerres de l'ouest. —Histoires de Bonc/iamps, de Ca-
thelineau , de La liockejaquelein , de Charelte , et de
Cadoudal. — Alfred Nettement, Vie de la marquise
de La Rochejaquelein. — De Courcelles, Dict. hist. des
Généraux français.
LA UOr.HEJAQUELEIN ( LoUiS DU VeRGER,
marquis de), général français, commandant en
chef de la dernière armée vendéenne, né le 30 oc-
tobre 1777, mort le 4 juin ISl.'i, au Pont-des Ma-
this. Frère du précédent, il servait en Amérique
à l'époque de la révolution, et fit cinq campagnes
contre les nègres insurgés de Saint-Domingue en
qualité de capitaine de grenadiers. A son retour
en France, il cessa de servir, et épousa, en 1802,
la veuve du marquis de Lescure. Le gouverne-
ment de Napoléon surveillait de près cette fa-
mille, et fit plusieurs démarches près de La
Rochejaquelein pour l'engager à prendre du
service. Mais voulant conserver l'indépendance
de sa position , celui-ci refusa toujours. Vers
1808, l'abbé de Pradt , alors évêque de Poitiers ,
faisant une visite pastorale dans son diocèse, vint
coucher à Clisson ; le lendemain il eut un entre-
tien particulier avec M. de La Rochejaquelein,
et lui dit qu'il fallait qu'il s'attachât au gouver-
nement et qu'il prît une place quelconque.
Comme La Rochejaquelein ne paraissait pas
convaincu de cette nécessité, M. de Pradt
ajouta : « Choisissez la place qui vous convien-
dra; incitez-vous à prix, Monsieur. » La Ro-
chejaqueicin refusa en prétextant les soins à
605
floiiner à sa famille. M. de Pradt, devinant les
motifs de ce refus , s'écria en ëlevant la voix de
façon à ce que M™" la marquise de La Rocheja-
quelein pût l'entendre de la chambre voisine :
« Vous voulez résister à l'empereur, monsieur î
tombez à ses pieds comme toute l'Europe; vos
princes ne sont qu'une vile matière. » La Roche-
jaquelein résista à toutes les séductions. Après
la retraite de Moscou, il fut prévenu par de
Latour, l'un des agents du comité royaliste
de Bordeaux, que S. M. Louis XYIII comp-
tait sur lui pour soulever la Vendée. 11 partit
aussitôt, et parcourut le Poitou, l'Anjou et la
Touraine, afin de se concerter sur les mouve-
ments ultérieurs avec les autres chefs roya-
listes. Il revint ensuite dans le Médoc , où il fut
sur le point d'être arrêté , mais où grâce à
]\L Lynch, maire de Bordeaux, il put s'échapper
et s'embarquer à Royan, le 17 février 1814, pour
rejoindre à Saint-Jean-de-Luz le duc d'Angou-
lème , dont il rapporta les instructions dans la
nuit du 10 mars. Le drapeau blanc ayant été
arboré sur le clocher de Saint-Michel dans la
matinée du t2, La Rochejaquelein obtint du duc
d'Angoulême la permission de lever une compa-
gnie de cavalerie sous la dénomination dej vo-
lontaires roymtx de La Rochejaquelein. Le
même jour il se porta sur La Teste, reprit posses-
sion de ce poste, où il resta huit jours, sur l'avis
donné par M. deSuzannet que tout était préparé
dans l'ouest pour un soulèvement général. Il ré-
solut de se rendre dans la Vendée pour prendre
le commandement; mais le 10 avril l'autorité du
roi ayant été reconnue dans la capitale, de La
Rochejaquelein fut envoyé pour prendre les or-
dres du roi. Il arriva à Calais un instant avant
Louis XVIII. Quand le duc de Duras le lui pré-
senta, le roi dit : « C'est à lui que je dois le
mouvement de ma bonne ville de Bordeaux. »
Il lui remit en même temps le brevet de ma-
réchal de camp, la croix de Saint-Louis , et le
chargea de la formation et du commandement
de la compagnie des grenadiers à cheval de la
maison du roi. Après le 20 mars 1815, lorsque
la maison du roi fut licenciée, le marquis de
La Rochejaquelein passa en Angleterre, et y
rassembla un convoi de poudre et d'armes, qu'il
débarqua à Croix-de-Vic sur les côtes de la Ven-
dée, le t5 mai ; le lendemain il appela les Ven-
déens, et, leur rappelant le dévoueraent et le
courage de leurs pères, leur dit : « Essayant de
marcher sur les traces de mon frère, je ne ferai
que vous répéter ses paroles, qui surent si bien
enflammer vos cœurs généreux : Si j'avance,
suivez-moi ; si je recule, tuez -moi; si je meurs,
vengez-moi. « Ccdiscours éleclrisa les Vendéens ;
mais toutes leurs forces réunies ne s'élevaient
guerre qu'à quinze mille hommes, dont le tiers
seulement était armé; de La Rochejaquelein
fut nommé généralissime. Attaqué le 2 juin par
les troupes du général Grosbon, qui, en battant
en retr"ajte, fut tué par un tirailleur vendéen,
LA PvOCHEJAQUELEIN 666
le marquis, qni protégeait le débarquement d'un
second convoi d'armes et de munitions envoyé
par les Anglais, craignant d'être investi sur la
plage par l'armée du général Travot , fit sus-
pendre le débarquement, et se porta le 3 à
Saint- Jean-de-Monts avec tout ce qui avait pu
être débarqué ; mais le 4 , à la pointe du jour,
il fut attaqué par la colonne du général Estève
au Pont-des-Mathis, et fut atteint d'une balle
dans la poitrine au moment où il cherchait à
rallier ses soldats. Il expira aussitôt. A. Jadin.
jjine 1;, marquise de lA Kochi'jaqiieleln, Mémoires. —
De Courcelles, Dictionnaire historique des Cénéraux
français. — Théodore Muret , Histoire des Généraux
vendéens. — Alfred Nettement, Viede M"" la marquise
de La Roehejaquelein.
LA ROCHEJAQrELEiN ( Marie - Louise-
Victoire DE DoNNissAN, marquise de), femme
du précédent, née le 3 octobre 1772, à Versailles,
morte en 1857, à Orléans. Fille unique du mar-
quis de Donnissan et filleule de madame Vic-
toire, tante du roi Louis XVI, elle épousa à dix-
sept ans le marquis de Lescure, son cousin ger-
main. A la suite de la journée du 10 août, elle
accompagna son mari en Vendée, et partagea
toutes ses fatigues et tous ses dangers. Ce fut
elle'qui distribua dans ces contrées les premières
cocardes blanches. Blessé mortellement à la ba-
taille de Chollet, Lescure expira entre ses bras ;
mais cette perte cruelle ne put l'arracher à ce
qu'elle regardait comme un noble devoir. Elle
ne quitta l'armée vendéenne qu'au moment de
la déroute de Savenay, et parvint, à force de cou-
rage et de sang-froid , à échapper aux soldats
républicains chargés de son arrestation. Rentrée
en France après l'amnistie de 1795 .
elle se re-
tira dans son château de Citran , près de Bor-
deaux, et y vécut dans la retraite jusqu'à la ré-
volution de fructidor, qui la força de nouveau à
s'expatrier. Le marquis de La Rochejaquelein
devint son mari, à son second retour, à l'épo-
que du consulat. Le 20 mars 1815 la rejeta en-
core une fois sur la terre étrangère , et elle ne
rentra en France que pour apprendre la mort
de son second époux et pour consacrer ses loi-
sirs à la publication de ses Mémoires ( Bor-
deaux, 1815, in-8°, plusieurs fois réimprimés
depuis), dans lesquels elle se plaît à retracer
les titres glorieux des deux héros dont elle a
porté le nom. (Déaddé, dans VEncyl. des Gens
dît i»/., avec addit.).
Ses Mémoires. — A. de Nettement, Vie de M"" do [.a
Rochejaquelein ;\%ig, s vol.ln 8°. — Oraison funèbre de
M"'" de La Rochejaquelein, par l'évêque de Poiliers.
* LA ROCHEJAQUELEIN {Hcnri-Auguste-
Georges du Verger, marquis de), sénateur fran-
çais, fils de Louis, né le 28 septembre 1805,
au château de Citran (Gironde). Élève à l'École
militaire de Saint-Cyr, il en sortit en 1 82.1, et entra
comme sous-lieutenantdans le dix-huitième régi-
ment de chasseurs à cheval, avec lequel il fit la
campagne d'Espagne, et passa ensuite dans le pre-
mier régiment de grenadiers à cheval de la garde
royale. En 1825, il avait élénommépairde France
667 LA ROCHEJAQUELËIN
en souvenir des services éclatants rendus par sa [
famille à la cause des Bourbons. En 1828 il fit
avec distinction, dans l'armée russe, la campagne ,
de Turquie en qualité de volontaire. Après la i
révolution de juillet 1830, M. de La Rochejaque-
lein, le jour oîi il atteignit l'âge prescrit pour !
siéger à la cliambre des pairs, adressa sa démis- |
sionau président de cette assemblée. Les électeurs
de l'arrondissement de Pioërmei (Morbihan) l'en-
voyèrent, en 1842, à la chambre des députés; il
y siégeait sur les bancs de l'extrême droite. A la
révolution de février 1848, M. de La Rocheja-
quelein ofi'rRt son concours à la nouvelle répu-
blique : il devint membre de la Constituante et de
l'Assemblée législative. Ses opinions lui atti-
rèrent alors l'animosité la plus vive de la part du
parti légitimiste officiel. En butte à des outrages
qui eurent un grand retentissement et dans les-
quels le nom du comte de Chambord se trouvait
mêlé par des lettres autograplies, il vint offrir ses
services à l'élude la nation. Dévoué aux intérêts
et à la prospérité du pays, M. de La Rochejaque-
lein s'est rallié franchement à la politique de
Napoléon llf, qui l'a élevé à la dignité de séna-
teur par décret du 31 décembre 1852.
SiCARD.
Biographie des ^eiif cents Députés à V Assemblée na-
tionale; Paris, iSiS. — Biographie des sept cent cin-
quante Bepresentants à L'Jssembiée législative; Paris,
1852.— Notes communiquées. — L' Album de la Semaine;
Paris, 1853.
i>A ROCHEPOSAY {Antoine Chasteignier
de), poète français, né le 2 janvier 1:')30, à La
Rocheposay (Poitou), tué le 23 juin 1553, à Thé-
rouenne. Issu d'une famille noble et ancienne du
Poitou, il fut d'abord destiné à l'Église et pourvu
de l'abbaye de Nanteuil et du prieuré de ÎMari-
gnac. 11 fit ses études à Padoue et à Ferrare,
guerroya quelque temps avec La Mirandole, et
tomba aux mains des Espagnols. De retour en
France, il résigna ses bénéfices à l'un de ses ca-
dets pour embrasser tout à fait l'état militaire;
nommé enseigne de la compagnie d'André de
Monlalembert, qui défendait Tliéroiienne contre
l'armée de Charles Quint , il périt sous les murs
de cette place, au moment où il venait <i'enlever
un drapeau à l'ennemi. Il a laissé un volume de
poésies qui contient des odes, des sonnets et des
étrennes aux dames de la cour. Ronsard lui a
adressé deux odes, et a célébré dans une longue
pièce lamortprématurée du jeune poète. P. L— y.
A. Dnchcsne, Hiit. de la Maison de Chasteignier,
289 el suiv.
1L.\ ROCHEPOSAY {LoiliS ClTVSTElGNIER DE),
seigneur d'ABAiN, diplomate français, frère du
précédent, né le 15 février 1535, à La Rocbepo-
say, mort le 'j septembre 1595, à Moulins. Il eut
pour maîtres particuliers Adrien Turnèbe, Jean
Daurat et Joseph Scaliger, qui formèrent son
espiità la connaissance de la philosophie et des
langues anciennes , et compléta son éducation
par un voyage en Italie. Dès 1562 il embrassa
le parti des amnes, reçut de Charles IX le col-
— LA KOCHEPOSAY 668
lier de Saint-Michel, et assista aux batailles de
Saint-Denis, de Jarnac et de Moncontour.
Pourvu en 1573 de l'emploi de gentilhomme
ordinaire de la chambre, il suivit le duc d'Anjou
en Pologne, et fut, à l'avéneraent de ce dernier
au trône de France, envoyé à Rome avec le rang
d'ambassadeur. Rappelé cinq ans après (1581)
et comblé de faveurs par Henri Jlf, il passa en
1585 en Poitou pour s'opposer aux progrès de
la Ligue, et obligea en 1588 le duc d'Aumale à
évacuer la Picardie. L'année suivante il se rallia
à Henri IV, qui Ini donna 1^ gouvernement de
la Marche, et s'employa efficacement à apaiser
les troubles du Poitou, du Limousin et de la
Franche -Comté. La plupart des savants de cette
époque, avec lesquels il entretenait des relations
d'amitié, notamment de Thon , Chrétien, Scé-
vole de Sainte-Marthe, Muret et Scaliger se sont
plu à célébrer son érudition, sa valeur et sa pro-
bité. Scaliger, qui fut son précepteur, resta
pendant trente ans dans sa maison, où il com-
posa une grande partie de ses ouvra-ges, et lui
dédia son commentaire sur Yarron. Tout ins-
truit qu'il était, Louis Chasteignier n'a rien pu-
blié ; ce qu'on a de lui se borne à un recueil de
lettres (in-folio manuscrit), écrites à Henri III
et à Catherine de Médicis pendant son ambassade
à Rome. P. L — y.
A. Duchesne, Hist. de la Maison de Chasteignier,
305-395.
LA ROCHEPOSAY ( Henri-Louis Chastei-
gnier de), prélat français, fils du précédent, né
le 6 septembre 1577, à Tivoli (Italie), mort le
30 juillet 1651. Élevé par le célèbre Scaliger,
avec lequel, malgré la différence de religion, il
entretenait toujours des relations amicales, il re-
çut à Rome les quatre ordres mineurs (1596) et
la prêtrise à Paris des mains de Henri de Gondi,
qui fut depuis cardinal de Retz. Coadjuteur de
Geoffroi de Saint-Blin, évêque de Poitiers, il lui
succéda en 1611, et témoigna, trois ans plus
tard, de sa fidélité au roi en s'opposant à l'en-
trée du prince de Condé et de ses troupes ; en
cette circonstance , il fit dans Poitiers l'office
de gouverneur de place , « non pas en camail
ni en bonnet carré , dit un contemporain , mais
avec une pique à la main, armé et cuirassé, et
en capitaine résolu de faire le gendarme et de
garder la ville ». Les portes furent fermées, les
chaînes tendues, les habitants prirent les armes,
et l'accès de la ville fut refusé au piince. La
conduite du prélat parut peu conforme aux ca-
nons et douna lieu, de k part du célèbre Jean
du Vcrgier de Haurannc, abbé de Saint-Cyran,
à une défense aussi ingénieuse que paradoxale :
Apologie pour messlre Henri Chant elgnier de
La Rocheposaij contre ceux qui disent guHl
est défendu aux ecclésiastiques de prendre
les armes en cas de nécessité; 1615, in-8°. Il
y avait sans doute beaucoup de complaisance à
rédiger un pareil livre ; mais l'auteur était excu-
sable à cause de l'amitié dont l'honorait l'évêque,
669 LA ROCHEPOSAY
auprès duquel il remplit pendant quelque temps
]a cliarge de grand-vicaire. La Rocheposay as-
sista à l'assemblée des notables qui se tint en
1627 à Rouen sous la présidence de Gaston de
France, puis au synode de Bordeaux et à l'as-
semblée générale du clergé en 1628. 11 s'occupa
avec beaucoup de zèle de purger le Poitou des
erreurs de Calvin, et crut arriver à ce but en
établissant sur plusieurs points de la province
des congrégations religieuses d'hommes et de
(emmes. Ce fut sous son épiscopat qu'eut lieu
à Poitiers le procès d'Urbain Grandier ( voy. ce
nom), durant lequel il fit voir une animosité
bien éloignée des principes évangéliques. On a
même été jusqu'à dire que ce malheiireux prêtre
avait été sa victime avant de devenir celle du
cardinal de Richelieu. On a de La Rocheposay :
Recueil des Axiomes de Philosophie et de
Théologie; — Nomenclator S. E. E. cardina-
liiim qui ab anno 1000 commentati sunt,
seu ub eo tempore quo pontificis electione ad
eos tanium ob cleri multitudinem revocata,
maximus illis honos, qualem videnms haberi
cœptus est; Toulouse, 1614, in-4°; Rouen,
1653; nomenclature incomplète, malgré les re-
cherciies nombreuses que l'auteur fit à Rome,
des cardinaux qui ont écrit; — Remarques
françaises sur saint Matthieu; Poitiers, 1619;
1023, in-4°; — Exercitationes in Marcum,
Lucam, Joannem et Acta Apostolorum, etc. ;
Poitiers, 1626, in-4°, qui avaient d'abord paru
séparément; — In Genesim; 1628; — In Li-
hnivi Job; 1628; — In Exodiim et in libros
Numerorum , Josue et Judicum ; 1629, in-4'';
— In Prophetas majores, et minores; 1630 ; —
Dissertationes ethico-poUticœ. P. L — y.
; Duchesne , Hist. de la Maison de Chasteignier, 445.
;— A. (Je Sainte-Marthe , Éloge de la Famille de Chastei-
ionier. — Loisel, Histoire de notre temps, ann.1614, p. 57.
;— Dreux du Radier, Hist. littér. du t'oiiou ; 1842, 1,
■i27-349.
LAKOMIGUIÈRE (Pierre), célèbre philo-
sophe français, naquit le 3 novembre 1756, à Li-
vignac-le-Haut, ancienne province de Rouergue,
;nijourd hui département de l'Aveyron, et mou-
;"ut à Paris, le 12 août 1837. Élève de la congré-
Içation des Doctrinaires, il fit ses études au col-
ége de Villefranche-sur-Aveyron, et lorsqu'il
es eut terminées devint lui-même membre de
pette savante congrégation. De dix-sept à vingt
!tns, il fut successivement régent des classes de
i;rammaire ou d'humanités aux collèges de Mois-
|iac, de Lavaur, au collège de l'Esquille à Tou-
louse, puis, de 1777 à 1783, professeur de phi-
osophie à Carcassonne, à Tarbes, et à l'École mi-
itaire de La Flèche. Lorsque éclata la révolution
rançaise, il occupait depuis 1784 la chaire de
ihilosophie au collège de Toulouse, qu'il quitta
'n 1790, alors que, par un décret du 13 février,
a Constituante eut supprimé les congrégations
eligieuses. 11 ouvrit alors à Toulouse un cours
ibre de philosophie, qu'il interrompit bientôt
)our venir à Paris, où il ne tarda pas à être
— LAROMÎGUIËRE
670
remarqué par quelques hommes qui s'étaient
distingués parmi les membres les plus éminents
de l'Assemblée nat-ionale, et notamment Sieyès.
Lorsque la Convention s'occupait de rétablir les
études publiques, et que s'ouvrit à Paris en
1795 une grande école normale, destinée à for-
mer des professeurs d'après les méthodes nou-
ve]le-s,Laroniiguière devint l'un des disciples de
cette école, qui comptait alors parmi ses profes-
seurs Lagrange, Haiiy ,Laplace, Monge,Berthollet,
Volney, Bernardin de Saint- Pierre, La Harpe, et
il y suivit plus particulièrement les leçons de
Garât, qui avaient pour objet l'analyse de l'enten-
dement (1). En l'an IV (1795), Laromiguière fut
nommé professeur de logique aux écoles cen-
trales et attaché au Prytannée français; mais il
n'exerça que dans ce dernier établissement (au-
jourd'hui lycée Louis-le-Grand), et un an après il
fut adjoint, en quahté d'associé non résidant, à la
classe de l'Institut qui portait le nom de Classe
des Sciences morales et politiques. Quelques
jours après son élection, il communiqua à cette
Académie deux mémoires , l'un sur l'Analyse
des Sensations, l'autre sur la Détermination
du mot Idée, que l'Académie a publiés dans 80^
recueil. 11 prit part aux travaux de celle sec-
tion de l'Institut jusqu'à sa suppression en 1803.
Pendant les premiers temps qui suivirent l'éta-
blissement du consulat en 1799, il entra dans la
vie politique pour en sortir presque aussitôt. Il
aurait pu, dit-on, être nommé sénateur; il ac-
cepta d'être tribun (du 25 décembre 1799 au
22 septembre !802), parce qu'il y trouvait plus
de liberté. 11 se fit remarquer dans le Tribunat
par un esprit de sagesse et de droiture des
plus honorables. « Il ne fut pas un tribun
bruyant, il fut encore moins un ambitieux em-
pressé (2). » Lorsque les décrets impériaux
eurent organisé l'université, Laromiguière,
nommé professeur de philosophie à la faculté
des lettrés de Paris, commença, en avril 1811,
une série de leçons, qui obtinrent les suffrages
d'un auditoire d'élite. Tout ce qu'il y avait à
Paris d'homiTies célèbres dans la philosophie,
dans la littérature, dans les sciences, se pres-
sait à son cours. Ces leçons ne durèrent que
deux ans (tsU et 1812), et désormais Laromi-
guière, tout en conservant le titre de professeur,
se fit suppléer dans son enseignement, et se ren-
ferma dans ses fonctions de conservateur de
l'ancienne bibliothèque du Prytanée, devenue
bibliothèquede l'Université. La renommée, après
(1) Un jour. Garât reçut d'un de ses auditeurs des ob-
servations critiques, dont il admira la finesse et l'expres-
sion. Le lendemain, il conunença sa leçon par ces mots :
« 11 y a ici quelqu'un qui devrait être à ma place. » L'au-
teur de ces observations, M. Laromiguière, ne prit point
la place de Garât, mais 11 ne retourna plus à Toulouse. »
(Mignet, Notice historique sur la f^ieet les Travaux de
M. Laromiguière, lue à la séance publique annuelle de
l'Académie des Sciences morales et politiques du S jan
vier 1856.)
(8) Mignet, iôid.
671 LAROMIGUIERE
laquelle courent tant hommes, vint d'elle-
même le chercher; car jamais il n'alla au-de-
vant d'elle, et sa constante devise était cet
axiome de l'antique sagesse : Bene qui latuit,
bene vixit. A deux reprises , il put être appelé
dans les rangs de l'Académie Française. La se-
conde fois, Cuvier, dont il était l'ami, était par-
venu à vaincre ses irrésolutions , et Laromi-
guière, assuré des suffrages de la s;i vante com-
pagnie, avait déjà commencé à composer son
discours de réception , quand tout à coup il se
désista. Ancien associé non résidant de la classe
des Sciences morales et politiques, et, après la
suppression decelle-ci, membre correspondant de
la classe d'Histoire et de littérature anciennes, il
fut, en 1833, élu membre titulaire de la nouvelle
Académie desSciences morales et politiques (1). Il
mourut quatre ans après, à l'âge de quatre-vingt-
un ans. « Sa vie avait traversé, innocente et pai-
sible, les orageuses vicissitudes de notre époque;
il s'éleignit au sein de la vénération publique,
en possession d'une belle et pure renommée. »
Tel est le témoignage qui lui fut rendu an bord
de sa tombe par un membre de l'Académie des
Sciences morales, éloquent organe des regrets
de l'Université et de l'Institut (2).
Les ouvrages de Laromiguière ont pour ti-
tres : Projets d'Éléments de. Métaphysique ,
hroch. in-8o, publiée à Toulouse en 1793. Ce tra-
vail, qui n'a jamais été réimprimé, et dont les
exemplaires sont aujourd'hui fort rares, contient
les deux premiers livres d'un ouvi'age qui devait
avoir dix livres, et où Laromiguière se propo-
sait de traiter toutes les grandes questions de la
philosophie. Deux chapitres surtout méritent
d'être remarqués : celui où l'auteur démontre
que les sentiments ne sont pas dans les organes
du corps, mais dans l'âme, et celui où il entre-
prend la réfutation du matérialisme; — Leçons
de Philosophie sur les principes de l'Intel-
ligence, ou siir les causes et sur les ori-
gines de nos idées. Cet ouvrage , adopté pour
l'instruction publique (3), a eu, de 1815 à 1858,
sept éditions (4). La sixième se préparait quand
la mort frappa l'auteur. Mais, conformément à sa
volonté, le .soin de cette édition et des éditions
suivantes fut laissé à celui <le ses amis qui plus
d'un^/ois avait été-consulté pour les éditions
précédentes (5). En tête de cette sixième édition
(1) Rétablie le 26 octobre 1832.
(î) Voy. ce discours dans M. Cousin, h'ratjments phi-
losophiques, t. Il, p. 468, de rédition de 1838. Voir tga-
Icmenl le discours prononcé le môme jour par M. V.
Leclerc, doyen de la faculté des lettres de Paris.
(3) Le 1"' volume de la 1'^ édition des Leçons parut
en iS15, et le second en 1818. Dès son apparition, cet ou-
vrage fut autorisé pour l'instruction publique. I.a 6« édi-
tion il" posthume) a été, par un arrête spécial du
If. juillet 1844, jointe à la liste des livres classiques de
philosophie, arrêtée le 12 août 1842.
(4) l.a 1" edit. de 1815 à 1818, la S" en 1820, la S» en
1823, la ^« en 1826. la 5= en 1883, la 6« en 1844, la 7" eu
1858. Six de ces éditions sont en S vol. in-8°. La sixième
senle est en 2 vol. in-12.
(6) Voici comment s'exprime à cet égard M. MIgnet,
672
(I" posthume), ainsi que de la septième, ont été
imprimés les actes officiels (1) par lesquels l'u-
niversité a voulu constater les sentiments qu'elle
professe pour les Leçons de Philosophie, ce
livre consacré, ainsi que l'a appelé M. Cousin
dans un discours prononcé sur la tombe de Jouf-
froy (2). kwx Leçons de Philosophie se trouvent
réunis, dans ces deux dernières éditions, plu-
sieurs autres écrits de Laromiguière, à savoir :
Discours sur Videntité dans le raisonnement;
— Discours sur le Raisonnement, à l'occa-
sion de la Langue des Calculs de Condillac,
ouvrage qui avait déjà obtenu un grand succès
sous le titre de Paradoxes de Condillac; —
Note placée à la suite de la Langiie des Cal-
culs de Condillac (3). On peutconsidérei ces trois
morceaux comme le complément du Discours
sur la Langue du Raisonnement, prononcé
en 1811, à l'ouverture du cours de philosophie de
la faculté des lettres de Paris, et qui, à la dif-
férence des trois écrits précédemment cités, avait
déjà trouvé place, comme leçon d'introduction,
dans les éditions antérieures des Leçons de Phi-
losophie. On trouve joints encore aux deux
dernières éditions le dixième chapitre de VArl
dépenser de Condillac, le.seizième de la Langue
des Calculs, le Discours de la Méthode de
Descartes, le chapitre où Malebranche traite
des règles qu'il faut observer dans la re-
cherche de la vérité, enfin un extrait des Pen-
sées de Pascal sur l'art de démontrer les vérités
déjà trouvées et sur l'art de persuader. Le
tome 1*"^ des sixième et septième éditions est*
orné d'un portrait authentique de Laromiguière,
etcontientun fac-similé, également authentique,
d'une lettre de M. de Fontanes. La septièmei
édition (édition de luxe) se recommande pan
quelques améliorations : un plus grand nombre
de renvois, des tables plus complètes y facilitent
davantage les recherches et les rapprochements.
De plus, l'éditeur y a placé, immédiatement!
après V Avertissement, et en forme d'introduc
tion, un certain nombre de passages textuelle
ment extraits des deux parties des Leçons.
p. 30, de la Notice mentionnée : « Cet ami est le même
qui fut chargé par l'illustre professeur de revoir la cin-
quième édition des Leçons. M. Laromiguière lui légua
en mourant le soin des éditions suivantes, et il en a
déjà publié une sixième, dont M. Cousin a fait un si com-
plet et si juste éloge dans ta séance de l'Académie des
Sciences morales et politiques du 27 juillet 1844. »
(1) Les actes dont nous parlons ici sont au nombre de
huit, et relatifs au concours qui eut lieu en 1841 et en
1843, sur Le mérite des Leçons de Philosophie. Ulx-sept
mémoires furent envoyés au concours. Le prix fut dé-
cerné à M. Saphary, l'un des anciens et fidèles disciples
de Laromiguière, qui exerçait alors les fonctions de pro
fesseur de philosophie au collège Bourbon, aujourd'hui
lycée Bonaparte. Le mémoire couronné portait le n» 8.
Une mention honorable fut accordée à l'auteur du mé-
moire n" 2, qui désira d'abord garder l'anonyme, mais
qui depuis s'est fait connaître : M. Tissot, professeur à la
faculté des lettres de Dijon.
(S) Voir le Moniteur universel du 6 mars 1842.
(3) Sur ces trois écrits de Laromiguière, consulter les
détails bibliographiques , p. 3S7-328 du 1. 1*' de la sep-
tième edillen.
073
LAROMIGUIÈRE
674
Les Leçons de Philosophie ont pour objet
les principes de l'intelligence, c'est-à-dire les
causes et les origines de nos idées. Dans la doc-
trine de Laromiguière, toutes nos idées ont leur
origine dans nos diverses manières de sentir, et
leur cause dans l'action de nos facultés intellec-
tuelles Quelles sont donc, d'une part, ces fa-
cultés? Quelles sont, d'autre part, nos diverses
manières de sentir? La réponse à cette double
question constitue dans le livre de Laromiguière
une double théorie : Théorie des facultés de
l'âme, théorie de l'origine des idées.
Les facultés de l'âme sont partagées par Laro-
miguière (1) en deux ordres : facultés de l'enten-
dement, facultés de la volonté. Ces facultés
s'engendrent les unes les autres, et sont toutes
originairement engendrées d'une seule, l'atten-
tion, qui devient ainsi, dans ce système, le pre-
mier mode de l'activité de l'âme. « Par l'atten-
tion, nous nous faisons, de toutes les qualités et
de tous les points de vue d-'un objet, autant d'i-
dées bien exactes , bien précises. Mais l'exacti-
tude et la précision des idées ne suffisent pas;
Q faut des analogies, des liaisons, des rapports;
c'est la comparaison qui découvre les rapports.
La science n'existe pas encore : elle ne méritera
son nom qu'après s'être élevée, de rapport en
rapport , jusqu'au rapport où tout corameoce.
C'est le raisonnement qui nous conduit ainsi
jusqu'aux principes, comme de ces principes il
nous mène aux conséquences les plus éloignées.
Attention, comparaison, raisonnement, voilà
toutes les facultés qui ont été départies à la plus
intelligente des créatures. Une de moins, et ce
ne pourrait être que le raisonnement, nous ces-
serions d'être hommes; une de plus, nous ne
saurions l'imaginer (2) ». Telles sont les facultés
de l'entendement. Si l'on demande à Laro-
miguière pourquoi aucune place n'est laissée
[dans cette théorie à la sensibilité, à la mémoire,
iau jugement , à la réflexion, à l'imagination, il
répond que la sensibilité est une simple capa-
cité, une propriété passive, et non une faculté ;
(jue la mémoire n'est que le résultat de l'action,
pivisée ou réunie, de l'attention, de la compa-
raison et du raisonnement; que le jugement est
le résultat de la comparaison; que l'imagination
[l'est que la réflexion com-binant des images;
qu'enfin la réflexion, se composant elle-même
îe raisonnements, de comparaisons et d'actes
l'attention , n'est pas une faculté distincte de ces
'acuités. Arrivant ensuite aux facultés de la vo-
onté, Laromiguière les voit toutes sortir du dé-
sir, qui lui-même est la direction des facultés
le l'entendement sur un objet dont la privation
nous (ait souffrir. « Cette direction des facultés
ie l'entendement sur Pobjet dont nous sentons
le besoin , c'est le désir. Or, lorsque l'âme désire,
sUe juge qu'un seul objet peut satisfaire ses be-
(1) Part. I, leçon IV.
(S) T. I^r, p. 77-78, de la septième édition.
soins, ou bien elle juge que plusieurs objets
sont propres à les satisfaire. Dans ce dernier
cas, il arrive souvent qu'elle prend une déter-
mination, c'est-à-dire que l'action des facultés,
qui se partageait entre deux ou plusieurs objets,
cesse de se partager ainsi pour se porter tout
entière vers un seul : l'âme le choisit, elle le
veut , elle le préfère. Cette préférence, qui naît
du désir, va donner elle-même naissance à une
nouvelle faculté , sans laquelle il n'y aurait ui
bien ni mal moral sur la terre, à la liberté
Il y a deux manières de choisir, de vouloir:
l'une a lieu avant l'expérience du repentir ; l'autre
quand nous en avons éprouvé les tourments...
L'expérie/ice du repentir fait que bien souvent
nous ne préférons pas ce que nous eussions
préféré sans cette expérience... Préférer ou vou-
loir, ou se déterminer, après dé bération , est
une manière de préférer ou de vouloir qui prend
un nom particulier. Nous appelons cette manière
d€ vouloir liberté (l) ■». Laromiguière, résu-
mant alors en quelques mots le système entier
des facultés de l'âme, réunit sous la dénomi-
nation d'entendeynent l'attention , la compa-
raison, le raisonnement, et sous celle de vo-
lonté le désir, la préférence , la liberté. La
volonté et l'entendement sont, à leur tour, réu-
nis sous la dénomination, plus générique encore,
de pensée.
Tel est, dans les Leçons de Philosophie, le
système des facultés de l'âme. Une leçon spé-
ciale (2) est consacrée à son exposition; et,
pour employer ici les propres expressions de
ï'aateur, « les leçons qui ont précédé celle-là
étaient destinées à en préparer et à en faciliter
l'intelligence ; celles qui l'ont suivie à la déve-
lopper et à la défendre (3) ». Dans l'impossibi-
lité où nous sommes d'analyser toutes les leçons
qui composent cette première partie , nous si-
gnalerons surtout à l'attention du lecteur celles
qui ont pour objet les définitions (4) et la mé-
thode (5).
Les facultés intellectuelles exercent leur pre-
mière action sur l«s données de la sensibilité.
Laromiguière distingue quatre manières de sen-
tir : sensation, sentiment de l'action des facultés
de l'âme, sentiment de rapport, sentiment moral.
De la première sortent, par le travail de l'at-
tention , les idées sensibles ; de la seconde , par
le travail de la même faculté, les idées des
facultés de l'âme; de la troisième, par le tra-
vail de la comparaison et du raisonnement , les
idées de rapport; de la quatrième, par l'action,
séparée ou réunie, de l'attention, delà compa-
raison et du raisonnement, les idées morales.
Car, ainsi que le dit Laromiguière , il ne suffit
pas que le sentiment récèle les sources de l'in-
(1) T. 1er, p. 81.
(S) l^e part., leç. IV.
(3) !'« part., leç. XIV.
(4) 1" part., leç. XII et XIU.
(8) ir« part., leç. 1.
NOUV. BIOGR. GENER.
T. XXIX.
22
675
LAROMIGUIÈRE
6; 6
telligence; il faut encore que l'activité de l'àuie
pénètre dans ces sources pour en faire jaillir les
idées. Il existe donc quatre origines et trois
causes de nos idées. « La nature , en nous don-
nant quatre espèces de sentiments, a mis en
nous quatre sources de connaissances. Nous
pouvons discerner les qualités des corps , nous
faire une idée des facultés de l'àme, savoir en
quoi consiste la moralité de nos actions , perce-
voir enfin les rapports de toute espèce. Toutes
ces connaissances, il est vrai, laissent beaucoup
à désirer; elles peuvent recevoir, elles pourront
sans cesse recevoir de nouveaux développements ;
mais elles sont , elles seront toujours appuyées
sur autant de sentiments dont elles dérivent (1) w.
Laromiguière établit, en outre (2), que ces quatre
origines ne sauraient être ramenées à une seule,
et que leur distinction n'est pas arbiti-aire, mais
fondée sur la nature même. A cet effet, il étu-
die les différentes manières de sentir au moment
même de leur naissance, et il montre que le
sentiment-sensation naît à la suite d'une impres-
sion produite sur nos organes , le sentiment de
l'action des facultés de l'âme à l'instant même
qu'elles agissent, le sentiment de rapport à la
présence simultanée des idées, le sentiment mo-
ral à la suite de l'impression que fait sur nous
un agent auquel nous attribuons une volonté
libre. Chaque espèce de sentiment naît donc à
part; chacune a sa nature propre, et par con-
séquent ces quatre sources de connaissances
ne peuvent se ramener à une source unique.
« Il est vrai que, dans notre constitution pré-
sente , le sentiment-sensation doit s'être montré
d'abord pour que les autres sentiments se mon-
trent à leur tour. Il y a entre nos quatre ma-
nières de sentir, un ordre successif, qui com-
mence par la sensation. Mais il ne suffit pas d'un
ordi'e successif pour établir l'unité de nature
entre des choses qui se succèdent ; il est néces-
saire que cet ordre soit en même temps et de
succession et de génération (3) ». Après avoir
résolu ainsi la question de l'origine des idées,
et montré que les quatre espèces de sentiments
d'où dérivent quatre espèces d'idées ont cha-
cune une nature qui leur est propre, Laromi-
guière expose et discute les principaux systèmes
sur l'origine des idées , et notamment ceux de
Descartes et de Locke (4) ; il étudie l'idée dans
son rapport à l'image , au souvenir, au juge-
ment (5) ; enfin , par une luiSineuse et féconde
distinction (6), il établit que sentir et connaître
ne sont pas une seule et même chose, attendu
que, pour sentir, il suffit à l'àme d'être passi-
vement affectée , au lieu que , pour connaître , il
faut qu'elle agisse, par ses facultés intellectuel-
Ci) Part. II, p. 66.
(2) i'art. Il, leç. IV.
(3; l'art. Il, p. 68.
(4) PJiTt. 11, Jeç. VI et IX.
(5) Pjrt. II, leç. V.
(6) Part. Il, Icç. VU.
les , sur quelque sentiment ou sur quelque idée.
Ces considérations sont accompagnées, dans
celte seconde partie, d'excellents chapitres siir
la distribution des idées en différentes classes (1),
et notamment sur les idées abstraites (2) et sor
les idées générales (3).
Après la théorie, l'application. Étant une fois
résolu le problème qui a pour objet la manière
dont se forme l'intelligence, Laromiguière se
pose (4) un second problème, relatif à la réali-
sation de l'intelligence , c'est-à-dire à la manière
dont il faut s'y prendre pour former des idées. .
11 prend pour exemples trois idées qui embras-
sent toutes les autres, et qui sont celles des
corps, de l'âme , et de Dieu. Comment l'âme se
formera-t-elle une idée des corps? Comment
pourra-t-elle se connaître elle-même ? Comment i
s'élèvera-t-elle jusqu'à l'Être infini ? Où sera prisi
le point de départ de l'intelligence travaillant à
la formation des trois idées prises en exemple ?
Là où la nature elle-même l'a placé, c'est-à-dire
dans le sentiment , où toutes nos connaissances
prennent leur origine (5). En partant donc du
sentiment, et en le suivant dans ses progrès , oHi
s'élève du sentiment- sensation aux idées sensj-i
blés, c'est-à-dire aux idées des corps. Joignez-y";
le sentiment des rapports, et vous aurez les con-i
ditions premières de la connaissance du monde
physique et du spectacle de l'univers. De même,
le sentiment de l'action des facultés de l'âme!
nous mène à l'idée de l'âme elle-même en tant
que substance spirituelle. La connaissance dgi
cette spiritualité nous vient du sentiment qu'a'
notre âme de sa propre activité et de sa simpli-i
cité. Il en est de même de l'idée de Dieu. Du
sentiment de sa dépendance , du sentiment quei
produit en lui le spectacle de l'ordre régulier dei
la nature, du sentiment de ce qu'il fait lui-i
même quand ildispose ses actions pour les élever
à un but, en d'autres termes, du sentiment de
cause finale , du sentiment enlin du juste et del
l'injuste, l'homme ne s'élève-t-i! pas, par un
raisonnement inévitable, à l'idée de puissance:
sans bornes, d'ordonnateur souverain, d'inteP!
ligeuce infinie , déjuge suprême? C'est ainsi quéi
chacune des formes du sentiment peut fourniÉi
matière à un argument spécial de l'existence del
Dieu; c'est ainsi , comme le dit Laromiguière,
que notre sensibilité tout entière tend vers la
Divinité. Mais c'est surtout dans le sentimenb
de notre activité propre que Laromiguière voit»
l'origine de l'idée de Dieu. « L'idée de cause
nous vient primitivement du sentiment de notre
propre force , joint au sentiment des modifica-
tions qui sont produites par cette force. ïlle nous
vient d'un sentiment de rapport entre des choses
qui sont en nous. Mais bientôt nous voyons
(1) Part. II, leç. X.
(2) Part. II, leç. XI.
(3) Part. II, leç. XII.
(4) Part. II, leç. XIII.
1.5) Part. Il, leç. XIU, sect. 2.
677 LAROMIGUIÈRE — LARON
(les forces et des causes hors de nous et dans
toute ia nature... Et ces causes, qui sont partout,
n'agissent pas séparément et isolées les unes
des autres : elles sont liées , au contraire , de
telle manière qu'elles forment comme une chaîne
immense , dont chaque anneau est tout à la fois
cause et e ffet. Or, une série de causes et d'ef-
fets , dans laquelle chaque cause est en même
temps effet , et chaque effet en même temps
cause, remonte nécessairement à une cause qui
n'est pas effet , c'est-à-dire à une cause pre-
mière. Ainsi , de l'idée de cause , qui a son ori-
gine immédiate dans le sentiment d'un rapport
entre des manières d'être de notre àme , le rai-
sonnement nous conduit au milieu des choses,
d'où il nous élève à l'idée d'une cause première,
d'une cause qui, dans son universalité, embrasse
toute la nature. Le raisonnement fera plus :
dans l'idée de cause première, il nous montrera
l'idée d'un être souverainement parfait , l'idée
même de Dieu (i). » Laissons, en terminant,
'auteur résumer lui-même en quelques mots les
deu\ parties de son ouvrage : « L'analyse de la
pensée et l'analyse du sentiment forment deux
théoiies qui tendent vers le même but. L'une fait
voir comment agit notre âme , l'autre comment
notre âme est affectée : réunies , elles nous en-
seignent comment notre âme connaît (2).... Avec
des sentiments et ses facultés, l'homme fait une
intelligence, il fait son intelligence : grossière et
terrestre, quand il prend ses matériaux dans les
sensations ; céleste et presque divine, s'il la forme
ivec les éléments les plus purs de la sensibi-
ité (3) ».
Telles sont les Leçons de Philosophie de
Laromiguière. Il était difficile de revêtir de
"ormes plus attrayantes des discussions raéta-
)hysiques , et de faire parler à la philosophie un
angage plus digne d'elle. Toujours parfaitement
ucide , le style de Laromiguière prend en maint
)assage de son livre un remarquable caractère
•^'élévation. Ainsi, par exemple, lorsque, dans
linéiques pages qui sont restées et qui resteront
lans le souvenir de tous, il met en parallèle le
nonde des corps et le monde des esprits (4), ou
orstjLi'il compare entre eux les plaisirs des sens,
es ijjaisirs de l'esprit et les plaisirs du cœur (5),
nais surtout dans l'admirable démonstration
]u'il donne de l'existence de Dieu (6), Laromi-
;uière s'élève à une noblesse et à une gravité de
an;^age qui rappelle la manière de Malebranche
'1 de Pascal. C. Mallet,
678
Laromiguière et l'Éclectisme (1842). - Saphary, VÉ-
cole éclectique et r École française (1844). — Perrard,
Logique classique d'après les principes de Laromiguière,
tl Résumé de Philosophie (1844). — C. Mnllet, Mémoire
sur Laromiguière, inséré dans le Compte rendu des
Séances et Travaux de l'académie des Sciences morales
et politiques, tome III, de l'année 1847. — Iil., Revue de
l'Instruction publique, n" du 30 décembre 1858. — Tissot,
Appréciations des Leçons de Philosophie de Laromi-
çjnière (185b). — Mignet, Notice historique sur la f^ie et
les Écrits de M Laromiguière fl8B6). — Taine, Les Phi-
losophes français du dix-neuvième siècle (1857). —
P. Jannet, dans La Liberté de penser, t. l''"', n"» 3 et 4 fé-
vrier et mars 1848. — Ch, Jourdain, Journal général de
l'Instruction publique, n" du 24 novembre 1858.
0,1 miron, £ssai sur l'Histoire de la Philosophie en
■ru ace au dix-neuvième siècle [ 1828) Leçons de P/Ulo-
opitie de Laromiguière jugées par MM. Cousin et
iltiiae de Biran (1829). — Daunou, iVotice i«r la Vie
f les Ouvrages de Laromiguière (1839), — Valette,
(1) Part. II, p. 34-47.
12 Part. Il, p. 373.
,;i) Part. Il, p. 346-347.
(4| Part. Il, p. 23-24.
(3) Part. Il, p. 81-82.
vB) Part. Il, p. 342-349
LARON ( Jourdain de ) , ou Loeon, évéque
de Limoges, mort en 1052. Il fut d'abord prévôt
de Saint- Léonard , et il occupait cette charge
en 1024, quand mourut Girard , évêque de Li-
moges. Plusieurs compétiteurs prétendaient à la
succession de Girard. Les suffrages des électeurs
réunis à Saint-Junien désignèrent Jourdain de
Laron , et aussitôt le duc d'Aquitaine le condui-
sit triomphalement dans sa ville épiscopale. Il
n'était encore que sous-diacre; mais en deux
jours il fut ordonné diacre , prêtre , évêque , par
Islon , évêque de Saintes , assisté de l'arche-
vêque de Bordeaux et de Boson, Arnauld, Isam-
bert, ses suffragants. On ne se gênait guère
au onzième siècle pour précipiter ainsi la col-
lation des grades ecclésiastiques. Cependant cette
ordination s'était faite sans la participation de
l'archevêque de Bourges, qui avait Limoges
dans sa province. L'archevêché de Bourges était
alors occupé par Gaiislin , prélat de grande mai-
son, puisqu'il était fils naturel de Hugues Capet,
et conséquemment frère du roi Robert. Jourdain
n'avait-il pas affecté quelque mépris pour sa per-
sonne , ou pour ses droits ? Jaloux de voir au
plus tôt décider cette question, Gauslin rassemble
un concile , auquel le roi Robert vient assister
lui-même , et ce concile excommunie non-seule-
ment Jourdain , mais tout son diocèse : ipsum-
que totum Lemovicinum excommunicavii : ce
sont les termes exprès de l'historien Adhémar
de Chabannes. Comme foudroyé par cette sen-
tence, Jourdain fut alors contraint de déclarer
les raisons de son étrange conduite. Elles étaient
graves. S'il s'était écarté des règles canoniques,
s'il avait solhcité les services d'un autre métro-
poHtain que le sien , c'est qu'il n'avait pas voulu
être consacré à prix d'argent par un prélat si-
raoniaque. Cependant , malgré cette justification
de sa démarche irrégulière , justification qui ne
paraît pas avoir été contredite , Jourdain ne put
recouvrer son titre d'évêque et rendre la paix à
son éghse qu'après avoir subi la rude pénitence
qui lui fut imposée par Gauslin : il se rendit à
Bourges avec une suite de cent clercs ou moines,
et clercs , moines , évêque , tous, les pieds nus ,
s'acheminèrent vers le palais archiépiscopal al-
lant demander un pardon que Gauslin daigna
ieur accorder. Jourdain fit ensuite un voyage à
la Terre Sainte. A son retour, en 1028, il fit
consacrer sa cathédrale. En 1031, nous le voyons
22.
P79
LARON —
au concile de Bourges, où il fait un discours
contre les bandes armées qui dévastaient les
campagnes. Consacrant les conclusions de ce
discours, les évêques assemblés maudirent ces
exécrables pillards , maledicta arma eorum et
caballi eortim, ajoutant que par leurs brigan-
dages ils avaient appelé sur leurs têtes la même
peine que Judas le traître et Gain le fratricide.
Des écrits qu'il nous a laissés, le plus impor-
tant est une lettre au pape Benoît Vlll touchant
l'apostolat de Saint-Martial. Jourdain soutient
que cet apostolat n'est qu'une fable imaginée
par l'abbé de Saint-Martial au profit de sa va-
nité. La lettre de notre prélat a été publiée dans
le tome II du Gallïa Christiana, instr., col. 161.
On sait que l'Église romaine n'a pas sanctionné
cetteopinion, et que Jean XVIII s'est au contraire
prononcé pour la thèse de l'abbé de Saint- Mar-
tial. B. H.
Gallia Christ, t. H, col. 814, et instr. - Hist. litt. de
la France, t. VII, col. 4-51.
*LA RONCIÈRE LE NOURY ( Camille-
Adalbert- Marie , baron Clément de ) , marin
français , né à Turin , le 31 octobre 1813. Entré
à l'école navale en 1829, il en sortit l'année sui-
vante, fit des campagnes dans les mers du Sud,
au Brésil, devint enseigne de vaisseau en 1834,
et lieutenant de vaisseau en 1843. Aide-de-carop
de l'amiral La Susse , il remplit plusieurs mis-
sions en Angleterre, et commanda La Vedette à
Constantinople, de 1847 à 1849. Secrétaire et
rapporteur de la commission qui a rédigé le
décret organique sur le service à la mer du
15 août 1851 et les règlements qui y sont an-
nexés , il était chef d'état-major du ministre de
la marine en 1851, capitaine de frégate le 4 sep-
tembre de la même année, et chef d'état-major
de l'escadre de la Méditerranée en 1852. Com-
mandant Le Roland en 1853 et 1854, il fit sur
ce bâtiment la campagne de Crimée jusqu'en
janvier 1855 ; — Le Roland entra le premier dans
la baie de Kamiesch, et ouvrit ainsi une voie de
communication entre l'armée et la marine; il
força sous le feu de l'ennemi la baie de Strelitzka,
qui fut également d'un grand secours à l'expé-
dition. Capitaine de vaisseau le 3 février 1855
et membre du conseil d'amirauté , il rentra en
France, et fut nommé membre du jury interna-
tional de l'exposition universelle de 1855 et se-
crétaire rapporteur de la treizième classe sur la
marine. En 1856, il commanda sur La Reine-
JJortense l'expédition du prince Napoléon aux
mers arctiques. Il y lutta avec succès contre tou-
tes les difficultés inhérentes à la navigation dans
ces parages. Rentré à son retour dans le con-
seil d'amirauté, il a été appelé au mois de mars
1858 au commandement de la division navale de
Terre-Neuve, qu'il quitta pour remplir d'impor-
tantes missions diplomatiques. M. de la Roncière
est un des officiers les plus distingués de la ma-
rine française. L. L — t.
, Documents particuliers.
LAROQUE 680
LA ROQUE (S.-G. DE), poète français, né
vers 1565, à Clermont en Beâuvoisis, mort vers
1615. Il connaissait le latin et l'italien, imita
dans ses vers l'école de Ronsard, et s'inspira
également d'Ovide et de l'Arioste. On a de La
Roque, sous le titre A' Œuvres, Paris, 1619,
in-12, trois livres de poésie amoureuse, des
odes adressées à Henri IV, au dauphin, à'
Sully, etc., des élégies, La Chaste bergère, pas
torale, et des œuvres chrétiennes. Une partie.de •;
ces pièces avaient déjà paru isolément, puisi
dans les Premières Œuvres ; Paris, 1590, in^",
augmentées en 1596 et en 1608. K.
ViolletLe Duc, Biblioth. Poétique.
LA ROQUÉ {Jean de), littérateur français,
né en 1661, à Marseille, mort le 28 décembre
1745, à Paris. Fils d'uu négociant de Marseille,
il fut attaché à la maison de Bouillon , eut occa-
sion de voyager, et parcourut en 16891a Syrie,
le mont Liban et quelques autres pays. En 1715
il s'établit à Paris, et y mourut dans un âge fort
avancé. On a de lui : Voyage dans VArabieu
heureîise, fait de 1708 à 1710 par rocéani
oriental et le détroit de la mer Rouge, avec
la relation d'un voyage fait du port de Mokai
à la cour d'Yemen de 1711 à 1713; Paris,»
1716, in-12, fig., contenant à la fin un mémoire
très-curieux sur l'arbre et la culture du café ; --.
Voyage fait , par ordre du roi , dans la Pari
lestine, suivi de la Description de UArabie,t
d'Ismaël Abulféda, trad- en français avec,
des noies; Paris, 1717, in-12, fig. ; — - Voyage)
en Syrie et au mont Liban; Paris, 1722,!
2 vol. in-12; — Marseille savante, ancienne
et moderne ,- Paris, 1726, in-12, écrit inséré, dixi
ans auparavant, dans les Mémoires de Trévoux.:
Il est encore auteur d'un Voyage dans la bassea
Normandie , qui a paru , en forme de lettre^ ,>
dans Ze ilfercMre ( 1726-1733 ).
LA ROQUE ( Antoine de ) , frère du précé-i
dent, né en 1672, à Marseille, mort le 3 octobre!
1744, à Paris. Ayant obtenu le privilège de con-j
tinuer le Mercure , il le rédigea , avec Fuzelieri
et Dufresnoy, depuis le mois de juin 1721 jus-'
qu'à sa mort. Il donna au théâtre deux opéras,
et deux tragédies en cinq actes attribuées à l'abbâ
Pellegrin, l'une intitulée Médée etJason, l'autrei
Théonée; 1715. P. L— y.
Mercure de France, oct. 1744 et déc. 1745. — Titon du
Tillet, Suppl. au Parnasse franc. — Morérl , Dict. Hist.
LAROQUE ( Gilles-André ) , sieur de La
LocTiÈRE, généalogiste français, né à Cornelles,
en Normandie, dans l'année 1 598, mort à Paris,
en 1686. Il s'adonna à l'étude de la science hé-
raldique et de la généalogie, et se fit connaître
d'abord par une Histoire des Maisons de fou-
chet , de Brossart et du Fay ; Caen, 1654,
in-fol. : ce n'est guère qu'une compilation , très-
aride, de titres divers. — Il donna ensuite ime His
toire généalogique de la Maison d'Hanovre,
Paiis, 1762, 2 vol. in-folio. Parmi d'autre.<
écrits on remarque son Traité du Ban et d(
681 LAROQUE
Varrière-Ban , et surtout le Traité de la No-
blesse, dont il y eut plusieurs éditions. Suivant
l'abbé de Laporte, il avait travaillé pendant
trente ans à l'histoire de sa province natale, his-
toire qui n'a point été publiée. Il eut le titre
d'historiographe du roi et de chevalier, de l'ordre
de Saint-Michel. G. de F.
Boisard , Biogr. des Hommes remarqtMbles du Cal-
vados.
LA ROVÈRE ( Julien DE ). Voy. Jdles II.
LA novÈRE (Éléonore de ). Voy. Gon-
ZAGLE.
LARRA ( Mariano-Jose de ) , pamphlétaire et
auteur dramatique espagnol , né à Madrid, le
'4 mars 1809, mort le 13 février 1837. Son père,
médecin renommé , s'attacha au roi Joseph, et
quitta l'Espagne avec ce prince à la fin de la
guerre de la péninsule. Larra, alors âgé de quatre
ans, fut envoyé à l'école en France, et quand sa
famille obtint de revenir en Espagne, en 1817,
il avait presque entièrement oublié sa langue
maternelle. Il répara bien vite cette lacune de
son éducation, et plus tard il se distingua comme
écrivain par la pureté de sa diction espagnole et
son aversion pour les gallicismes. Enfant, il se
montra studieux et posé; mais son caractère
changea avec les années. Il rompit avec son père,
qui voulait lui faire étudier le droit, et chercha
des ressources dans la littérature. Sous Ferdi-
nand Vil, les livres étaient fort mal payés, et
leur publication était soumise aux formalités les
plus gênantes. La censure ne laissait guère passer
que des ouvrages insignifiants, et ceux que Larra
publia à cette époque n'ont pas été recueillis
dans l'édition qu'il donna de ses œuvres. Enfin,
en 1832 les restrictions qui enchaînaient la presse
'furent un peu relâchées; Larra en profita pour
(publier El pobrecito Hablador ( Le pauvre Ja-
seur), pamphlet périodique que l'autorité arrêta
au quatorzième numéro. Dans une forme qui
rappelle Le Spectateur A' kàA\so\x, Larra osa,
sous l'œil soupçonneux de Ferdinand VII, en
présence de l'ombrageuse censure du ministère
Zéa , fronder les ridicules de la société et les abus
de l'administration. El pobrecito Hablador est
sous forme épistolaire. Le bacheher don Jucm
Ferez de Mungeria, bon Espagnol, mais qui a
des doutes et des scrupules sur certaines choses,
entretient une correspondance avec son ami An-
dres Niporesas , type robuste et naïf de l'im-
mobilité espagnole. Les deux amis échangent
leurs réflexions au sujet des hommes et des
choses du pays des Batuecas, et la bonhomie avec
laquelle ils exposent les abus les plus énormes
devient une sanglante ironie. La liberté de presse
concédée par la régente Christine permit à Larra
d'exprimer ses appréciations satiriques d'une
manière moins détournée. Il commença dans la
Revue espagnole, et continua dans le journal
Le Monde, sous le pseudonyme de Figaro, une
série d'études de mœurs dans le genre de VHer-
mite de Jouy, mais qui , par la vigueur de la
— LARRA
682
pensée, la force poignante de l'observation, et
la vivacité du style laissent ce modèle bien loin
dernière elles. Larra écrivit vers le même temps
un roman, un drame et traduisit plusieurs pièces
du français. Le nom du spirituel pamphlétaire
s'étendit rapidement en Espagne et en franchit
les frontières. En 1835 Larra fit un voyage en
Portugal, en Angleterre, et en France, et reçut
partout un accueil flatteur. Mais au milieu de
ses succès il était poursuivi par une vague et
amère tristesse. « Si j'osais , disait-il , me citer
en compagnie de Molière et de Moratin, j'avoue-
rais franchement que , comme eux , c'est dans
mes moments de mélancoUe que j'ai contribué à
l'amusement du public (1). « Après une absence
de dix mois, il revint brusquement à Madrid,
parce que, dit-il , il ne pouvait vivre « sans soleil
et sans chocolat ». L'état de l'Espagne n'était
pas de nature à le réjouir. La guerre civile sé-
vissait au nord et à l'ouest. Les'ministères se suc-
cédaient sans amener an pouvoir aucun homme
d'énergie et d'intelligence supérieure. Larra, dans
sa mauvaise humeur, s'en prit surtout aux minis-
tres,et alla jusqu'à excuser la justice sommaireque
la population de certaines villes exerçait contre
les carlistes. « Quoi d'étonnant, dit-il, que la so-
ciété assaillie en masse se défende en masse?
Quoi d'étonnant que, ne pouvant étouffer d'une
fais l'ennemi dans ses bras , le peuple se rue sur
la fraction la plus faible quand elle est à sa
portée? Celui-là seul peut être généreux qui est
déjà vainqueur. S'il est donné au gouvernement
de juger et de condamner avec les formes légales,
c'est qu'il est hors de cause, c'est qu'il repré-
sente l'impartiale justice; mais voudrait-on que
de deux athlètes au plus fort de la lutte, l'un
continuât de combattre à outrance son ennemi ,
tandis que l'autre se contenterait de dire : « At-
tends un peu , ne me tue pas , car je vais appeler
la justice, qui est de mon parti, pour quelle te
pende! ».... Le gouvernement n'a pas su con-
tenir la population à temps et donner une issue
légale à ses justes colères , et son successeur ose
se plaindre, de quoi? De ce que les peuples ne
sont pas de carton , comme les uns et les autres
l'avaient cru ! ■» Ces cruelles paroles attestent
l'exaspération maladive de l'esprit de Larra. Des
chagrins intimes s'ajoutant aux malheurs pu-
blics portèrent au paroxysme cette maladie
(1) Dans un de ses meilleurs essais, le Jour des Morts
de 1836, Larra exprime plaisamment sa mélancolie habi-
tuelle. « Un homme qui croit à l'amitié, dit-il, et qui
parvient à la voir en dedans, un ingénu qui s'est amou-
raché d'une coquette, un porteur de bons des cortès,
une veuve à qui l'on a assigné une pension sur le trésor
espagnol , un militaire qui a perdu une jambe pour
Vestatuto et qui est resté sans jambe et sans estatuto ,
un général constitutionnel poursuivant Gomez, image
fidèle de l'homme qui court après le bonheur sans pou-
voir l'atteindre, un rédacteur du Monde emprisonné en
vertu de la liberté de la presse , un ministre d'Espagne
et un roi constitutionnel, enfin, sont tous des êtres
joyeux et folâtres par comparaison à la mélancolie qui
m'accablait ce jour-là. »
683
LARRA —
morale. N'ayant pas trouvé le bonheur dans un
mariage contracté à l'âge de vingt ans , il l'a-
vait ciierché dans une liaison avec une femme
mariée. Des rapports entre lui et cette personne
existaient depuis cinq ans , lorsqu'elle exprima
la volonté bien arrêtée de les faire cesser. Une
dernière entrevue eut lieu dans la demeure de
Larra, le 13 février, et se termina par une rup-
ture déclarée. Quelques moments après, la fille
du malheureux pamphlétaire entrant dans sa
chambre le trouva étendu mort sur le parquet
devant son miroir. Il venait de se tirer un coup
de pistolet. La fin sinistre du spirituel railleur
émut profondément la population de Madrid , et
le lendemain une foule immense suivit son char
funèbre, que surmontaitune couronne de laurier.
A la fin de la cérémonie, un jeune homme de dix-
huit ans, Zorilla, alors à ses débuts, lut une pièce
de vers qui fut accueillie avec enthousiasme et
fit espérer aux assistants une compensation pour
la perte que les lettres avaient faite. Le Probre-
cito Hablador et les essais publiés sous le nom
de Figaro , quoiqu'ils n'aient plus aujourd'hui le
charme de l'à-propos , ont gardé leur intérêt et
plutôt gagné que perdu en popularité. !l n'en est
pas de même de son Boncel cle don Enrique el
Doliente , imitation médiocre et ennuyeuse de
Walter Scott. Ce roman est fondé sur l'aven-
ture du poète galicien du quinzième siècle , Ma-
cias l'Amoureux, tué par le mari d'une dame qu'il
courtisait. Larra composa sur le même sujet un
drame beaucoup plus animé que son roman. Ses
autres pièces sont traduites ou imitées du fran-
çais. Une des dernières portait ce titre remar-
quable quand on le rapproche de la fin de l'au-
teur : Ton amour on la mort ( Tu amer a la
muer te). Les œuvres complètes de Lara ont paru
à Madrid, 1843, et à Paris, 1848, 2 vol. in-8°.
L. J.
Notice sur Larra, en tète de l'édition de ses OEuvres.
— Gustave d'Alam , Le Pamphlet en Espagne; dans la
Revue des Deux Mondes, juillet, 1847.
LAKRAGA { ApolUnarlo), peintre espagnol ,
né à Valence, mort en 1728. Il se forma d'après
les ouvrages de Pedro Orrente, et réussit à imiter
ce maître dans la peinture de genre et dans celle
des animaux. Il a laissé beaucoup d'ouvrages
dans les couvents de Valence. Il possédait à un
haut degré l'emploi du clair-obscur.
LARRAGA { Jose fa- Maria) , peintre espa-
gnole, fille du précédent, vivait vers 1738. Elle
fut élève de son père, et, quoiqu'elle eût les mains
difformes, réussit à manier avec adresse le crayon
et le pinceau. On cite d'elle à Valence un Reli-
quaire de la Vierge et un Saint Thomas de
Villeneuve peints avec grâce et pureté ; mais elle
se distingua surtout dans la miniature. Elle
fonda à ses frais et dirigea plusieurs années une
académie d'où sortirent de bons élèves. A. de L.
Las Constitutiones y Jetas de la Academia de Va-
lence. — Quillii-t, Dictionnaire des Peintres espagnols.
LARRAAiENDi (Manuel de), philologue es-
pagnol, né dans le Giiipuscoa, vers la fin du
LARREY . 684
dix-septième siècle, mort en 1750, embrassa la
règle de Saint-Ignace, professa la théologie au
collège de Salamanque, et fut le confesseur de la
reine Marie- Anne de Neubourg, veuve de Char-
les II. Après avoir habité quelque temps la cour,
le P. Larramendi alla finir ses jours dans sa pro-
vince natale , consacra sa vie à l'étude de la langue
basque, dont il a fait connaître les richesses et
les règles fondamentales. Le P. Larramendi a
laissé : La Antiquedad y Universalidad del
Bascuence en Espagna; Salamanque, 1748,
in-8". L'auteur veut y prouver que le cas-
tillan et ses différents dialectes sont dérivés de la
langue basque; — El impossible veneido Ariede
la Langtia Bascongada ; ibid., 1729, in-8°..
Dans l'épître, où l'auteur dédie cet ouvrage à la
province de Guipuscoa, il dit que «seul detoutcs
les langues le basque n'a eu ni enfance ni im-
perfections. Il a été créé immédiatement de Dieu,
dans sa perfection actuelle , lors de la division
des langues, et le basque est une des soixante-
douze premières langues mères; » — Discorso
hisforico sobre la antiqua famosa Cantabrla;
Madrid, 173e, in-8''; — Dictionnario trilen-
gue delCastellano, Bascuence y Latin; Saint-
Sébastien, 1745, 2 vol. in-folio. Ce dictionnaire est
précédé d'un discours où Larramendi relève les
erreurs et les omissions de la plupart des gram-
mairiens espagnols. Il juge sévèrement le cé-
lèbre Mayans, qui , de son côté , se reconnaît
l'auteur de tout ce que Larramendi a écrit de
raisonnable sur la langue basque. F.-X. Tessier.
Gregorio Mayans, Spécimen Bibliotheca Hispano-Ma-
jansianse.
LARREY (Isaac de), sieur de Granchamp
et de CouRMÉNiL, historien français, né à Mon-
tivilliers, le 7 septembre 1638 selon Nicéron, ou
le 25 janvier 1639 d'après le Dictionnaire de la
Noblesse, mort à Berlin, le 17 mars 1719. Il ap-
partenait à une famille noble du bailliage d'A-
lençon, qui avait embrassé le protestantisme.
Resté de bonne heure orphelin , il fit ses études
à Caen, où il composa un petit poème latin sur
l'abdication de la reine Christine de Suède- Ses
humanités achevées, il revint dans sa ville na-
tale, alla faire son droit dans une autre acadé-
mie, retourna prendre ses degrés à Caen, et entra
chez un avocat de Harfleur, pour se familiariser
avec la coutume de Normandie. Il exerça ensuite
la profession d'avocat à Montivilliers, et s'acquit
une grande réputation par ses connaissances en
matières bénéficiales. Sa fille aînée n'eut pas
plus tôt atteint sa douzième année, que, séduite
par quelques dames de la ville, elle quitta le toit
paternel et se réfugia dans un couvent pour se
faire catholique. Les édits la protégeaient ; Lar-
rey n'essaya pas de faire une opposition qu'il
savait inutile , mais pour soustraire ses autres
enfants aux influences du prosélytisme, il réso-
'ut de quitter la France. Il obtint un passeport
d'un an, et se rendit à Berlin, en 1683, pour im-
plorer la protection de Frédéric-Gu'l^anme. Ce
685 LARREY
prince ordonna à son chargé d'affaires à Paris
d'employer tout son crédit en faveur de Larrey;
mais les démarches de l'envoyé de Brandebourg
restèrent sans résultat. Larrey se décida à se
sauver secrètement. Arrêté au Havre avec sa
femme et ses quatre enfants, il fut jeté en prison.
Tout ce que ses amis purent obtenir fut qu'il se
surveillance
68 r>
relirerait à Montivilliers sous la
ri's magistrats. Il finit cependant par avoir la per-
Tiiission d'habiter Rouen. Cherchant toujours
l'occasion de fuir, il finit par trouver un capitaine
de vaisseau qui consentit à le transporter en
Hollande avec sa famille. Libre alors, mais sans
i'issources, il dut recourir à sa plume pour
trouver des moyens d'existence, et il composa
quelques ouvrages historiques. Les états géné-
raux, sur le rapport de Hirsching, le nommèrent
leur historiographe, et peu de temps après l'élec-
teur de Brandebourg l'attira à Berlin, en lui
donnant le titre de conseiller aulique et de léga-
tion avec une pension considérable. La reine
Sophie-Charlotte le choisit, de son côté, pour lec-
teur, et le logea à Charlottenbourg. Il consacrait
tous ses loisirs à la culture des lettres, et con-
serva jusqu'à la fin de sa vie une grande vivacité
d'esprit, une mémoire excellente , une certaine
vigueur de tempérament et de la brusquerie
dans le caractère. Il travaillait avec facilité , se
fiait trop à sa mémoire , citait souvent les livres
sans les rouvrir, ce qui explique les inexacti-
tudes qu'on est en droit de lui reprocher.
Son fils, ^enri Larreï, devint major général
au service des états généraux, et fut créé par
l'empereur d'Allemagne comte du Saint-Empire
en 1739. Thomas-IsaacLxRREY, né en 1703, fils
d'Henri , grand-sénéchal du comté de Kniphau-
sen, fut envoyé comme ambassadeur des Pro-
vinces-Unies auprès de la cour de Versailles.
Onad'IsaacLarrey : Histoire d'Auguste, con-
tenant les plus particuliers événements de sa
vie, avec Vidée générale de son siècle et le
plan de sa politique et de son gouvernement ;
Rotterdam ( Berlin), 1690, in-8° ; réimprimée à la
suite de X Histoire des deux Triumvirats, par
Citry de La Guette; Amsterdam, 1715, in-12;
— Histoire d'Éléonore ae Guienne; Rotter-
dam, 1691, in-12 ; réimprimé sous ce titi'e : L'Hé-
ritière de GrMienne ; Rotterdam, 1692, in-8° et
in-12; nouv. édition, augmentée d'un supplément
et de notes par Cussac; Paris, 1788, in-8°; — His-
toire d'Angleterre, d'Ecosse et d'Irlande avec
un abrégé des événements les plus remar-
quables arrivés dans les autres États; Rot-
terdam, 1697-1713, 4tomes m-M.; — Béponse
àl'Avis aux Réfugiés ; 'RoiXe.rA&ra, 1709, in-12;
— Histoire des Sept Sages; Rotterdam, 1713-
1716, 'A parties iu-S"; Rotterdam (Rouen),
1714-1716, 2 parties in-t2; nouv. édition, aug-
mentée par La Barre de Beaumarchais ; La Haye,
1734, 2 vol. in-8°; — Histoire de France sous
lerègne de Louis Jï/F; Rotterdam , 1718-1722,
3 vol. in-4'' et 9 vol. in-12 ; Liége^ 1723, 9 vol.
in-12; réimprimée avec des notes de L.-F. J. de
La Barre ; Rotterdam (Rouen), 1733-1738, 9 vol.
in-12 : la mort ne lui laissa pas le temps d'ache-
ver cet ouvrage, qui fut continué à partir de
1701 par Bruzen de La Martinière. Larrey a
traduit en français la Censure du Commen-
taire de Pierre-Jean Olive sur l'Apocalypse
avec la conjecture de Nicolas de Cusa
touchant les derniers ^emps ; Amsterdam et
Paris, 1700, in-8°. L. L— t.
Nicéron, Mém, pour servir à l'Hist des Hommesr llh
dans la République des Lettres, tome I, p. I. — Lachc-
naye Desbois, Dict. de la Noblesse. — Haag, La France
Protestante.— eu. VJ eiss. Uist. d£S Protestants réfugiés.
— 'NomreUes XÀttéraires, tome X, p. 4£8. — Biblioth.
Germanique, toiue I, p. 228.
LARREY {Glaude-François-Hllaire), chi-
rurgien français, né en 1774, à Baudéan, mort à
Nîmes, en octobre 1819. Après avoir achevé ses
études médicales dans l'école spéciale que son
oncle avait formée à Toulouse, il obtint au con-
cours une place de chirurgien major dans un
régiment en 1793, et fit en cette qualité plu-
sieurs campagnes. Nommé ensuite chirurgien en
chef de l'hôpital militaire et civil de Nîmes,
« Larrey, dit M. Bégin, faisait dans son hôpital
des cours d'anatomie, et se hvrait à l'enseigne-
ment de la chirurgie clinique ; ses succès dans
la pratique des opérations les plus importantes et
les plus difficiles lui acquirent une grande réputa-
tion dans toute la contrée. Il exécuta entre autres
une opération césarienne avec un tel bonheur
que l'enfant survécut et que la mère ne mou-
rut que longtemps après, d'une maladie étrangère
à la division de l'abdomen, dont elle avait été
parfaitement guérie. » Larrey s'était fait recevoir
docteur à Montpellier en 1803. 11 contribua de
toutes ses forces à la propagation de la vaccine
dans son département. Quoique très-occupé , il
donnait encore des soins aux malades pauvres
des environs On a de lui : Réflexions particu-
lières sur l'art des Accouchements } Nîmes,
1799, in-8°; — Larrey aux habitants de
Mînes; Nîmes, 1801, in-8° : écrit en faveur de
la vaccine ; — Discours sur les Précautions
que doivent prendre les Mères pour procurer
une bonne constitutionà leurs Enfants, suivi
de quelques réflexions sur les accouchements;
Nîmes, 1802, in-S";— Discours sur la préémi-
nence et la certitude de la médecine opéra-
toire; Nîmes, 1802, in-8"'; —Dissertation
sur l'application du Trépan à la suite de
quelques lésions du crâne, et sur l'utilité en
général des préparations dans les grandes
opérations, fondée sur l'observation ; Mont-
pellier, 1803, in-8° : thèse qu'il soutint pour le
doctorat. Outre ces écrits, Larrey fit plusieurs
rapports à l'Institut du Gard, dont il était membre.
L.L— T.
Bégln, dans la Biof/r. Médicale.
LARREY { Dominique- Jean , baron), cé-
lèbre chirurgien militaire français, frère du pré-
cédent, né à Baudéan, près Bagnères de Bi-
687
LARREY
688
!
gorre, en juillet 1766, mort à Lyon, le 25 juillet
1842. Orphelin dès son bas âge, il fut appelé
à Toulouse par son oncle, Alexis Larrey, fon-
dateur de l'école spéciale de chirurgie de cette
ville, sous les auspices duquel il fit ses études.
Venu à Paris en 1787, il fut bientôt après dé-
signé, àla suited'un concours, pour faire partiede
médecins auxiliaires attachés à la marine. Lors-
qu'il fut arrivé à Brest, un nouvel examen le fit
choisir pour une expédition dans l'Amérique sep-
tentrionale , et il s'embarqua en qualité de chi-
rurgien major sur la frégate La Vigilante , qui
allait à l'île de Terre-Neuve protéger la pêche
de la morue. Licencié à son retour, au mois
d'octobre , Larrey revint à Paris , obtint au con-
cours une place de chirurgien interne aux Inva-
lides, et reprit le cours de ses études sous De-
sault et Sabatier : bientôt la guerre s'alluma.
(c Le 1" avril 1792, dit Pariset, Larrey était à
Strasbourg avec les fonctions de chirurgien
major des hôpitaux de l'armée du Rhin. Dès les
premiers pas , c'est-à-dire dès les premières vic-
toires de cette valeureuse armée, Larrey fut
frapi)é de l'imperfection du service chirurgical ;
c'était à une lieue du champ de bataille que se
tenaient les ambulances ; la bataille terminée, ces
ambulances rencontraient dans leurs mouve-
ments des milliers d'obstacles , et vingt-quatre ,
trente, trente-six heures s'écoulaient avant que
le blessé reçût aucun secours : saisi de pitié, Lar-
rey conçut le dessein d'une ambulance aussi lé-
gère, aussi mobile, aussi rapide que l'artillerie vo-
lante. Quelques essais portèrent cette ambulance
à sa perfection. Ellefit sur l'âme du soldatla même
impression que fit autrefois sur toute une armée
la seule présence d'Ambroise Paré. Sûr d'être
promptement secouru , le soldat se crut invin-
cible , et plus d'une fois Larrey a recueilli lui-
même les heureux fruits de sa belle invention. «
Napoléon appréciait ainsi cette innovation dans
ces termes : « Dans nos premières campagnes
républicaines tant calomniées, le département de
la chirurgie éprouva la plus heureuse des ré-
volutions , laquelle s'est répandue depuis dans
toutes les armées de l'Europe; or, c'est en
grande partie à Larrey que l'humanité est en-
dettée de ce bienfait : aujourd'hui les chirurgiens
partagent les périls du soldat ; c'est au milieu
du feu qu'ils viennent prodiguer leurs soins. Lar-
rey a toute mon estime et ma reconnaissance. »
Les premières ambulances volantes restèrent at-
tachées aux avant-gardes de l'armée commandée
par Desaix. Larrey fut récompensé du service
qu'il venait de rendre par le titre de chirurgien
principal. Pendant la campagne , il se livra à des
recherches rigoureuses pour reconnaître les
véritables causes de la mort qui frappe souvent
les soldats sans laisser à la surface du corps au-
cun signe de lésion ; il éclaira aussi plusieurs
points de chirurgie militaire , et obtint de l'Aca-
démie de chirurgie un accessit au grand prix.
Au mois d'avriJ.,gg|,„L3rçg^jççyiy^gr^ de se
rendre à Paris pour organiser des ambulances
volantes dans toutes les armées françaises; la
guerre ne lui en laissa pas le temps. Uneexpéditioa
ayant été projetée pour reprendre la Corse aux
Anglais , il en fut nommé chirurgien en chef ; il
se rendit à Toulon; mais l'expédition n'eut pas
lieu, et Larrey lut appelé à diriger le service
chirurgical à l'armée des Pyrénées-Orientales.
Larrey se rendit en Catalogne, assista à la prise
de Figuières, à la mort de Dugommier, au siège
de Roses. « Les combats, les assauts, la terrible
explosion des redoutes espagnoles et le froid
lui-mêmeproduisirent, selon Pariset, des morts,
des brûlures, des gangrènes et des plaies à pro-
fusion. Une seule journée de cette courte guerre
en donna près de sept cents , dont deux cents
très-graves. Dans les douze premières heures,
opérations et pansements, tout fut achevé par
Larrey, secondé de quelques aides. « La paix
conclue avec l'Espagne, Larrey revintà Paris. Un
nouvel ordre le renvoya à Toulon, et il fut chargé
de l'inspection et de la direction des hôpitauxmi-
litaires de Toulon , d'Antibes et de Nice. Il pro-
fita des loisirs que lui laissait la lenteur des pré-
paratifs militaires pour établir à Toulon une école
de chirurgie et d'anatomie. En 1796, il fut atta-
ché comme professeur à l'école militaire de mé-
decine et de chirurgie qu'on venait de créer au
Val-de-Grâce. Bientôt le général Bonaparte le,
demanda pour organiser les ambulances de l'ar-;
mée d'Italie. Larrey arriva au moment de la signa-
ture des préliminaires de la paix. Sa présence en;
Italie ne fut pourtant pas sans résrtltats ; il orga-,
nisa les écoles de médecine de Padoue, de Milan,
et d'Udine. Il rendit encore un service à ce pays
en étudiant une épizootie qui ravageait le Frioul
vénitien, et parvint à en arrêter les progrès. Eq,
1798 il fut attaché avec Desgenettes à l'arméei
d'Angleterre comme chirurgien en chef. Bientôt
tous deux reçurent l'ordre de se rendre à Tou^,
Ion, et Larrey s'embarqua avec le général Bona-
parte pour l'Egypte, où il eut tant d'occasions
de signaler son zèle infatigable et son dévouement.,
A Saint- Jean-d 'Acre, il exposa plusieurs fois s«^,
vie, et fut grièvement blessé. A la bataille d'Arj
boukir, il se fit de nouveau remarquer par soni
intrépidité et son sang-froid, et opéra plusieurs»
blessés sons le feu de l'ennemi , entre autres le
général Fugières. Au siège d'Alexandrie, Larrey
imagina de faire de la chair du cheval une nour-
riture pour les blessés, et sacrifia ses chevaux les
premiers. Dans cette campagne, le danger ne
se bornait pas aux champs de bataille; en deux
mois le service de santé militaire perdit dans
l'hôpital de Jaffa quatorze chirurgiens, onze
pharmaciens et trois médecins. « Depuis son
entrée en Egypte, nous apprend Pariset, d'A-
boukir à Héliopolis , Larrey semblait créer d'une
parole des ambulances, des hôpitaux, des appa-
reils , des écoles et des cours de chirurgie mili-
taire; s'arrêtant sur des champs de bataille tout
fumants de carnage, ou se jetant sous le coup
689
LARREY
690
même qui venait de frapper Caffarelli, Lannes,
Anighi, Beauharnais et tant d'autres; s'identi-
fiant avec toutes les douleurs pour en assoupir la
violence par de doux pansements , pour en abré-
ger la durée par ces grandes opérations dont la
seule image effraye, et que la gravité du mal ne
permet pas de différer ; enfin , pour en adoucir
l'amertume aux braves soldats, aux braves gé-
néraux dont il recevait les derniers soupirs; telle-
ment menacé lui-môme qu'il voyait tomber au-
tour de lui ses collaborateurs ; ayant à lutter
d'ailleurs contre toutes les privations , contre un
ciel de feu , contre des vents meurtriers , contre
la plus insidieuse et la plus cruelle des maladies,
contre la peste. »
De retour en France, en 1802 , Larrey fut
nommé par le premier consul chirurgien en chef
de la garde consulaire et de l'hôpital de cette
garde en 1804. En lui donnant la croix d'offi-
cier de la Légion d'Honneur aux Invalides, Bo-
naparte lui dit : « C'est une récompense bien
méritée. » En 1805 Napoléon nomma Larrey
inspecteurdu service de santé des armées. Larrey
remplit ces fonctions avec celles de chirurgien
en chef de la garde impériale pendant les cam-
pagnes d'Allemagne, de Prusse, de Pologne et
d'Espagne. A Austerlitz, il dirigea le service
lies pansements au miUeu même des combat-
tants. A Eylau il sauva un grand nombre de
blessés par sa bravoure. A la bataille d'Esling ,
isolé de l'armée avec ses blessés dans l'île de
Lobau, il fit faire du bouillon de cheval pour
ses blessés. En Espagne , il partagea ses soins
entre les Français et les Anglais, au milieu des-
quels il contracta le typhus nosocomial ; il re-
çut le titre de baron sur le champ de ba-
taille de Wagrara. Au mois de mars 1812
Larrey fut nommé chirurgien en chef de la
grande année, à laquelle il resta attaché jus-
qu'à l'abdication de Napoléon en 1814. La ba-
taille de la Moskowa vit se multiplier ses ef-
forts en raison des pertes qu'il faisait chaque
jour de ses aides ; les résultats qu'il obtint sont
d'autant plus remarquables qu'il opérait en
plein air, sous l'inlluence d'un froid intolérable.
La retraite de Moscou doubla encore son acti-
tivité. « Que ne puis-je, s'écrie Pariset, vous ar-
rêter à chacune de ses stations; vous verriez
Larrey visiter ici les blessés des deux nations,
choisir parmi les nôtres ceux qui peuvent re-
joindre ou qu'on peut transporter, et en as-
surer le transport , réunir les autres aux blessés
russes , leur fournir à tous quelques vivres, et
attacher à leur service des officiers de santé
français ; là recevoir les remerciements des offi-
ciers russes qu'il a opérés et qui sont guéris ; les
secourir de quelques dons et recommander à
leur gratitude ceux de nos compatriotes que leur
triste sort retient encore dans les hôpitaux;
plus loin, passer des nuits soit à parcourir des
ambulances, soit à panser d'anciens blessés ou
des blessés échappés à un combat de la veille
ou du matin, soit à opérer des malheureux dont
les membres fracturés n'ont pu être conduits à
la guérison ; soit enfin à arracher aux flammes
des malades affaiblis qu'il faut ensuite aban-
donner. Telles sont les fatigues et les douleurs
que Larrey eut à souffrir, tels sont les tristes
soins dont il fut occupé, tantôt seul et réduit
à lui-même, tantôt avec le secours de quelques
femmes généreuses et surtout de quelques
hommes excellents... Voilà ce qu'il a fait depuis
la sortie de Moscou jusqu'à la catastrophe de la
Berezina. » Le mal ne fit pourtant qu'empirer; à
Wilna, à Kowno , il fallut encore abandonner les
blessés à l'humanité des ennemis. Les campagnes
suivantes ne furent pas moins pénibles. Le pre-
mier mois de la campagne de Saxe donna vingt-
deux mille blessés aux ambulances ; la bataille
de Dresde et ses suites en ajoutèrent treize
mille. « Outre le soin, suivant Pariset, que pre-
nait Larrey de préparer à l'avance et de tenir en
bon état les hôpitaux; outre le soin d'en as-
surer le service, par le nombre et le choix des
chirurgiens, le plus souvent, la veille de ces
journées malheureuses, il passait là nuit à pré-
parer les appareils , et le jour, après avoir dis-
tribué ses ambulances, à faire panser, à panser
lui-même sur place tous les blessés, se réser-
vant toujours les cas les plus difficiles, et fai-
sant transporter sur-le-champ les malades dans
les villes les plus voisines. ■» A cette campagne
se rattache un épisode qui fit honneur à Larrey.
Un grand nombre de blessés avaient les doigts
tronqués et les mains percées. On disait qu'ils
s'étaient blessés volontairement. L'empereur
voulait faire un exemple. Larrey soutenait que
l'œil le plus exercé ne pouvait distinguer une
blessure volontaire d'avec une autre, et que
l'imputation était une calomnie. Il était seul de
son avis ; une enquête fut ordonnée, et un jury
composé de quatre chirurgiens et de deux offi-
ciers supérieurs fut formé sous sa présidence.
Après l'examen le plus attentif, le jury se
rangea de l'avis de Larrey. Justice fut rendue
aux accusés , et Napoléon , contrarié d'abord ,
finit par remercier son chirurgien en chef, qui
rétablissait l'honneur de l'armée. « Un sou-
verain est bien heureux, lui dit-il, d'avoir un
homme tel que vous. » Larrey reçut le soir
môme un portradt de l'empereur enrichi de dia-
mants, 6,000 fr. et une pension de 3,000 fr. :
cette pension lui fut retirée par la loi de finances
de 1817; mais une loi spéciale la lui rendit
l'année suivante. La retraite traînait avec elle le
typhus. Au moment de l'invasion , Larrey passa
l'inspection de douze villes de la frontière du
nord, assura le service des ambulances et re-
joignit l'armée, avec laquelle il fit la campagne
de France. C'était la vingt-quatrième de Lar-
rey. Jamais il ne se montra plus dévoué. Enfin,
après l'abdication de Napoléon à Fontainebleau,
le licenciement de l'armée lui donna quelque
repos. Les Cent Jours le ramenèrent à Water-
691
LARRE
f>02 i]
loo. Dans cette journée, il se jeta au mi-
lieu de la mêlée, fut blessé et fait prisonnier.
Dépouillé et chargé de liens, il fut conduit de
jioslc en poste et sur le point d'être l'usillé;
re(\onnu par le chirurgien prussien qui lui met-
tait le bandeau sur les yeux, il fut amené à Blu-
cher, dont il avait sauvé le fils autrefois; mis
alors en liberté et protégé par une escorte , 14
fut envoyé à Louvain, d'où il se rendit à
Bruxelles, oii il se rétablit et donna ses soins aux
malades de toutes les nations. Le 15 août 1815
il revint à Paris, où il était rappelé par l'enn-
poreur Alexandre. Honoré de toute l'Europe, il
finit par l'être aussi de la Restauration, qui le
nomma chirurgien en chef de l'hôpital de la
j;anle royale au Gros-Caillou ; lors de la créa-
tion de l'Académie de Médecine , il fut nommé
membre titulaire de cette société savante. A la
suite d'un voyage en Angleterre, il communiqua
à l'Académie des Sciences les études qu'il y avait
faites sur son art, et bientôt cette compagnie
le clioisit pour remplacer le professeur PeJ-
letan.
Après la révolution de juillet, Larrey fut
appelé à faire partie du conseil supérieur de
santé comme chirurgien inspecteur. 11 lit un
voyage dans les Pays-Bas, dans une partie de
l'Italie et dans le midi de la France, «'occupant
d'une ophthalmie épidémique et du choléra, qu'il
attribuait à des nuées d'insectes imperceptibles
transportés par l'air. Il croyait la peste conta-
gieuse et originaire de la basse Egypte et de la
Syrie. 11 pensait aussi que la plique était hérédi-
taire et contagieuse. En 1842 il fut chargé d'ins-
pecier les hôpitaux de l'Algérie. Il emmena son
fils avec lui, et en cinq semaines il visita toutes
les villes du littoral, toutes les villes de l'intérieur
et tous les hôpitaux. A Bone il pratiqua sur un
Arabe l'amputation de l'avant-bras. Ce fut sa der-
nière opération. Pendant son voyage de retour, il
fut atteint d'une pneumonie. Il voulut se hâter
de revenir à Paris ; le mal s'aggrava, et la mort le
frappa en route. «Ainsi disparut du monde, ajoute
Pariset, cet homme intrépide, laborieux, vigilant,
infatigable, qui ne respirait que pour être utile
aux hommes : cœur généreux, cœur ouvert, qui
se donnait tout entier aux malheureux, sans
autre intérêt que le bonheur d'exercer son iné-
puisable pitié. » Dans son testament, Napoléon
lui avait laissé cent mille francs , en y joignant
ces paroles : « l'homme le plus vertueux que
j'aye rencontré : il a laissé dans mon esprit l'idée
du véritable homme de bien. » Ailleurs l'empe-,
reur disait encore : « Si jamais l'armée élève un
monument à la reconnaissance , c'est à Larrey
qu'elle doit le consacrer. « Ce monument lui a
été élevé en 1860, dans la cour du Val -de-Grâce.
C'est une statue en bronze due au ciseau de
David d'Angers. Une autre statue de Larrey
orne la salle des séances de l'Académie de Mé-
decine.
« Au milieu de la vie la plus occupée et des
campagnes les plus pénibles , dit M. Bégin ,
Larrey a composé un grand nombre d'écrits, re-
cueilli une foule d'observations remarquables ,
et établi un assez grand nombre de préceptes
importants et utiles dans la pratique. Dans un
mémoire resté inédit et que l'Académie de Chi-
rurgie a couronné, il a puissamment contribué à
fixer la forme que doivent avoir les aiguilles à
suture. Plus tard , il fit connaître , le premier,
que les bubons pestilentiels n'ont pas leur siège
dans les ganglions lymphatiques, mais qu'ils se
développent au milieu du tissu cellulaire qui
avoisine les ouvertures des grandes cavités
splanchniques. A l'occasion de l'ophthalmie
dite d'Egypte, il aétabli, contre l'opinion des mé-
decins et des voyageurs, que cette maladie n'est
pas causée par le vent ou le sable, mais bien
paj la fraîcheur extrême et l'humidité des nuits
qui succèdent à la chaleur brûlante du jour.
Dans un mémoire sur le tétanos traumatique, il
fit observer que la situation de la blessure dé-
termine, suivant les nerfs qui sont irrités, tan-
tôt l'opisthotonos, tantôt l'emprosthotonos , etc.
Il a communiquée ce sujet à la Société Médicale
d'Émulation un mémoire peu connu sur la divi-
sion que l'on peut établir entre les principaux
nerfs de la vie de relation. On doit à Larrey des
observations intéressantes sur les effets spé-
ciaux que produisent les altérations ou les bles-
sures des différentes parties de l'encéphale. Le
premier il a eu l'idée de pratiquer des contre-
ouvertures au crâne , afin d'extraire les pro-
jectiles arrêtés sous les méninges à une dis-
tance plus ou moins grande du point de leur
entrée... Il a établi une méthode nouvelle pour
le traitement des plaies pénétrantes de poitrine,
ainsi que des préceptes pour l'extraction des
projectiles perdus dans cette cavité. Il a émis
des idées neuves sur le mécanisme suivant le-
quel s'opère la guérison après l'opération de
l'empyème. Larrey a imaginé pour la guérison
de l'hydrocèle un procédé que recommandent
de nombreux succès... Son procédé pour l'am-
putation du bras à l'article est un des plus fa-
ciles et des plus favorables à une prompte gué-
rison. La manière dont il procède à l'ampu-
tation dans l'articulation coxo-fémorale est
préférable à tout ce qui a été fait depuis. Il a
imaginé de couper la jambe dans l'épaisseur
des condyles du tibia et en désarticulant le
péroné. Enfin, indépendamment des recherches
auxquelles il s'est livré concernant le sarcocèle,
les plaies de la vessie et l'exécution de l'opéra-
tion de la taille, les plaies des intestins, etc., il a
présenté des remarques importantes sur les ané-
vrismes, sur les luxations du fémur, et surtout
sur la carie des os, soit que cette maladie affecte
les vertèbres, soit qu'elle ait son siège dans les
articulations profondes des membres. U a fait
connaître par des faits nombreux l'efficacité du
moxa contre ces maladies terribles, ainsi que
dans les cas de phthisie pulmonaire, d'hépatite
693
LâRREY
694
chronique, de paralysie, etc. » Pariset, après
avoir résumé toutes les inventions de Larrey,
ajoutait : « Peut être n'est-il pas une seule ma-
ladie chirurgicale qu'il n'ait vue, étudiée, traitée,
pas une seule qui ne lui ait suggéré quelques vues
neuves et quelques procédés plus parfaits. Com-
ment présenter cette suite presque infinie de
faits curieux, singuliers , étonnants, et ces in-
ventions ingénieuses, et ses pratiques heureuses
et hardies qui font tout ensemble le charme et le
prix de ses mémoires ?.,. La postérité le bénira
surtout d'avoir créé ses ambulances; d'avoir
tranché sans retour, entre Faure et Boucher, la
question fondamentale touchant l'excellence de
l'aniputation primitive dans les grandes plaies
par les armes à feu ; d'avoir tiré de l'oubli les
appareils inamovibles, et d'avoir enseigné par
l'emploi du feu que le comble de l'art serait de
déplacer à souhait les principes des maladies
et de leur ouvrir à l'extérieur une issue qui en
dissiperait les éléments. »
On a de Larrey : Mémoires siir les Ampu-
tations des membres à la suite des coups de
feu, étayés de plusieurs observations; 1797,
in-S"; Paris, 1808, in-8°; — Relation histo-
rique et chirurgicale de V Expédition de Var-
mée d'Orient en Egypte et en Syrie; Paris,
1803, in-S" : cet ouvrage, divisé en dissections
dans lesquelles sont placés les principaux évé-
nements de l'expédition, présente le tableau de
toutes les maladies qui se sont manifestées
pendant le séjour de Larrey en Egypte, telles
que l'ophthalmie, le tétanos, la peste, etc. ; —
Mémoires de Chirurgie militaire et cam-
pagnes de D.-J. Larrey ; PAr\s , 1812-1817,
4 vol. in-8" ; — Considérations sur la Fièvre
jaune; Paris, 1821, 1822, in-8°; — Recueil de
mémoires de Chirurgie ; Paris, 1822, in-S" ; —
Mémoire sur une nouvelle manière de ré-
duireou de traiter les Fractures des membres
compliquées de plaie; Paris, 1825, in-8o; _
Discours prononcé sur la tombe de M. Pelle-
tan; Paris, 1829, in-4°; — Clinique chirur-
gicale exercée particulièrement dans les
camps et les hôpitaux militaires deptiis 1792
jusqu'en 1836; Paris, 1829-1836, 5 vol. in-S",
avec atlas; — Mémoire sur le Choléra-mor-
bus; Paris, 1831, in-8° ; — Notice sur Vépi-
démie du choléra-morbus indien qui a régné
dans les ports méridionaux de la Méditer-
ranée et dans toiite la Provence pendant les
ynois de juillet et d'aoïîtiUSS ; 1835, in-4°; —
'Relation médicale de Campagnes et Voyages
de 1815 é 1840, suivie de notices sur les frac -
titres des membres pelviens, sur la constitu-
tion physique des Arabes, et d'une statis-
tique chirtirgicale des officiers généraux
blessés dans les combats et pansés sur les
champs de bataille; Paris, 1841, in-8° avec
pi. Il a donné dans le Recueil des Savants
mrangers de la Classedes Sciences de l'Institut :
jWmoîre sur la Plique (1811); —dans les Mé-
moires de l'Académie de Médecine : Mémoire
sur les plaies pénétrantes de la poitrine
(tome I", 1828); — Observations sur une
Luxation grave dît genou (tome IV, 1835);
— dans les Mémoires de l'Académie des
Sciences : Sur les avantages d'un procédé
opératoire pariiciilier que nous avons ima-
giné pour la cure radicale de V Hydrocèle,
suivi d'une notice sur l'hydrocèle vésicu-
leuse ou hydatique (tome XII, 1833); — Sur
les effets consécutifs des Plaies de tête et des
Opérations pratiquées à ses différentes par-
ties (tome XIV, 1838); — Sur la Chorée ou
Danse de Saint-Guy (tome XVI, 1838); —
Noiivelles Réflexions sur la manière dont la
nature procède à l'occlusion ou à la cicatrisa-
tion des Plaies de la Tête avec perte de sub-
stance aux os du crâne { tome XVI, 1838) ; —
Notice sur l'efficacité du Moxa et sur les
inconvénients du Galvanisme dans cer-
taines névroses oîi affections paralytiques
(tome XVIII, 1842); — Sur l'extirpation des
Glandes salivaires nécessitée par l'engorge-
ment scrofuleux et squirrheux de ces glan-
des (tome XVIII, 1842 ). Larrey avait prononcé
sur la tombe de Dupuytren un discours qui à été
imprimé dans VEssai historique sur Dupuy-
tren par Vidal ( de Cassis ). Un mémoire de
Larrey Sur les Scrofules ainsi que quel-
ques Réflexions sur le traitement du Cancer
ont été imprimés à la suite de la traduction du
Traité de la Maladie Scrofuleuse d'Hufeland,
en 1 820. Larrey a fourni des articles aux Mémoires
et au Bulletin de la Société Médicale d'Ému-
lation, aux Actes de la Société de la Faculté
de Médecine, au Dictionnaire des Sciences
Médicales, et à d'autres recueils scientifiques.
Enfin, il a travaillé à X Encyclopédie moderne
AU Dictionnaire delà Conversation et kï His-
toire scientifique et militaire de V Expédition
française en Egypte. Il avait fait partie de
l'Institut d'Egypte. L. Louvet.
Pariset, Élotje de Larrey, prononcé à l'Académie de
Médecine, le as novembre 1845. — Reveillé-Piirise , No-
tice biographique sur Larrey; dans le Moniteur du
18 janvier 1843. — J. Saint-Amour, Notice nécrologique
sur Larrey. — Roux, Discours prononcé au nom de
V Académie des Sciences à l'occasion de l'érection de la
statue de Larrey an Fal de-Grâce. — Sarrut et Saint-
Edme, Biogr. des Hommes du Jour, tome i, l»'= partie,
p. 280. — Loménie , Galerie des Contemp. illustres,
tome V. — Quérard, La france Littéraire. — Bour-
quelot et Maiirv , La Littér. Franc, contemp. — Mé-
morial de Sainte -Hélène. — Bégin , dans Id Biographie
Médicale.
;LARREV { Félix- Hippolyfe, baron), chi-
rurgien français, fils du précédent, né vers 1810.
Il embrassa la carrière chirurgicale militaire,
et fut reçu docteur à Paris en 1832. Pendant le
choléra, il fut chargé du service médical à l'hô-
pital de Picpus, et assista comme aide major au
siège d'Anvers. M. .H. Larrey suivit son père dans
son voyage en Angleterre, et l'accompagna
comme secrétaire dans son inspection en Al-
gérie. Il était encore avec son père lorsque celui-
695
LARREY ~
ci mourut, à Lyon. Professeur agrégé à la faculté
de médecine de Paris, en 1835, il devint snccessi-
vement médecin militaire principal de première
classe, chirurgien du Val-de-Grâce, professeur de
pathologie chirurgicale à l'école d'application de
médecine et de pharmacie militaire en 1841, et
sous-directeur de la dite école. Chirurgien ordi-
naire de Napoléon III, ila été nommé médecin ins-
pecteur de l'armée le 13 janvier 1868, àla place de
Baudens, décédé, et au mois de juillet de la même
année, il fut envoyé à Toulouse pour observer des
accidents graves produits dans la garnison de cette
ville par des essais de revaccination. On a de
M. H. Larrey Relation chirurgicale des événe-
ments de juillet 1830 à l'hôpital militaire du
Gros-Caillou; Pâlis, 1830, in-S" ; 2* édit., pré-
cédée du Rapport de Dupuytren à l'Institut ; Pa-
ris, 1831, in-8°; — Histoire chirurgicale du
siège de la citadelle d'Anvers; Paris, 1832,
in-8°; — Traitement des Fractures des mem-
bres par V appareil inamovible ; quel est le
meilleur traitement des fractures du col du
fémur? Paris, 1835, in-8°; — De la Méthode
Analytique en chirurgie, discours prononcé au
Valde-Grâce pour une distribution de prix; Paris,
1841, in-8°; - Discours prononcé à l'inau-
guration de la statue de Bichat à Bourg ;
Paris, 1843, in-8'' ; — Notice sur Ernest Clo-
quet ;i836; — Deux cas d' Anévrisme poplité
guéris par la compression ; Paris, 1858, in-S".
— Bapport sur Vétat sanitaire du camp de
Châlons, stir le service de santé de la garde
impériale et sur l'hygiène des camps ; Paris,
1858, in-8°; — Sur les Perforations et les Di-
visions de la Voûte Palatine; Paris, , 1859,
in-4°. M. Larrey a en outre donné dans les Mé-
moires de l'Académie de Médecine : Mémoires
sur les Plaies pénétrantes de V Abdomen eom^
pliquées d'issue de l'épiploon ( tome XI ) ; —
et Mémoire sur un Kyste pileux de l'ovaire,
compliqué d'une fistule urinaire vésico-ab-
dominaleet d'un cal dans la vessie (tome XII).
Il a fourni des articles au Dictionnaire de
Médecine usuelle, à la Clinique, à la Gaz.ette
des Hôpitaux, à la Gazette médicale, etc.
L. L— T.
Sachalle, Les Médecins de Paris. — Bourquelot et
Maury, La Littér. Franc, contemp.
LARRivÉE (ffenri), célèbre chanteur fran-
çais , né à Lyon , le 8 septembre 1733, mort le
7 août 1802, au château de Vincennes, où on lui
avait donné comme retraite l'emploi de garde-
consigne. Il avait commencé par être perruquier,
et ce fut une circonstance fortuite qui le fit chan-
ger d'état. On raconte qu'un jour, à la place de
son maître, il était allé pour coiffer Rebel, alors
directeur de l'Opéra : il toussa, et quoiqu'il y mît
de la discrétion , il n'en fit pas moins trembler
les vitres. Rebel se retourna, et vit une figure
qu'il ne connaissait pas. « Toussez, jeune homme,
toussez encore, lui dit-il; j'aime beaucoup les
rhumes de cette espèce-là. » Il lui fit ensuite
LARROQUE 696
chanter une chanson à boire, que Larrivée en-
tonna à pleins poumons. Rebel , enthousiasmé
d'une pareille rencontre , enrôla immédiatement
l'apprenti perruquier dans les cadres de l'Opéra,
où ce chanteur jouit depuis 1754 jusqu'à sa re-
traite, en 1786, d'un succès qui n'éprouva jamais
d'interruption. Noblesse , dignité , énergie , voix
brillante et sonore, telles étaient les qualités émi-
nentes que tous les critiques lui reconnurent. Il
conserva fort longtemps ses précieuses facultés,
puisqu'en 1797 (20 avril), ayant reparu dans
Iphigénie en Aulide, il y retrouva un succès
tel, qu'il fut obligé de donner une deuxième
représentation. Il est vrai que le rôle A'Aga-
memnom avait toujours été son triomphe.
Une particularité remarquable, c'est que le
jour de sa mort , son frère aîné, qui était con-
cierge du château de Meudon , fut atteint de
la même maladie que lui, et, cessa de vivre au
même jour, à la même heure. Ed. de M.
Almanach des Spectacles. — Biographie des itlitsi-
ciens.
LARRiVEY. Voy. Larivey ( Pierre ).
LARROQUE {Matthieu de), célèbre théolo-
gien réformé, né en 1619, à Lairac, près d'Agen, ,
et mort à Rouen, le 31 janvier 1684. Orphelin fort I
jeune et presque sans fortune, il sentit le besoin i
d'une application soutenue dans les études qu'il!
fit pour se préparer au ministère évangélique à;
Montauban. En 1643, il fut chargé de la petite'
église de Poujoh ; mais l'année suivante le syn-
dic du clergé lui contesta le droit d'y exercer!
ses fonctions. Larroque se rendit à Paris pourn
présenter ses réclamations au conseil du roi.i
Pendant le séjour qu'il y fit, la duchesse de lai
Trémoille l'ayant entendu prêcher à Charenton,!
lui fit offrit l'église de Vitré, qu'il accepta et qu'il!
dirigea pendant vingt-six ans. Il publia pendant
ce temps plusieurs ouvrages de controverse quii
le firent avantageusement connaître. En 1669 ili
fut appelé comme pasteur de Charenton ; le gou-
vernement s'opposa à cette nomination , malgré
les instances du marquis de Ruvigny, député
général des églises protestantes. Il fut dans lei
même temps appelé à Saumnr comme pasteuri
et professeur. Voisin, intendant de l'Anjou , né
voulut pas lui permettre de s'établir dans cetteti
province ; il retira , il est vrai , plus tard sonii
opposition, sur les vives et pressantes solli-
citations du consistoire. Mais Larroque, se
rendant à l'avis de Conrart, ne crut pas devoir
accepter des fonctions dans une ville dont l'au-
torité supérieure avait des préventions contre
lui. Peu de temps après , il reçut plusieurs vo-
cations des principales églises protestantes du
royaume ; il se décida pour celle de Rouen, qu'il
dirigea jusqu'à la fin de ses jours.
Larroque joignait à des talents naturels une
érudition solide. « 11 était, dit Bayle, l'homme
du monde le plus ennemi des fausses pensées
et des remarques inutiles; il allait serré, sans
digressions, sans superfluités. « Il aimait le tra:
697
vail, et il a laissé un grand nombre d'ouvrages,
dont la plupart roulent sur les points controver-
sés entre les catholiques et les protestants , et
dont les principaux ont pour titres : L'Histoire
de V Exicharistie ; Amsterdam, 1669, in-40;
2" édit., 1671, in-8° de 22 et 900 pag. Cette
histoire fut reçue très-favorablement par les
protestants, qui s'accordent à la regarder comme
un des meilleurs traités sur ce sujet ; — Dis-
sertatio duplex de Photino heretico et de
Liberiopoyitificeromano; Genève, 1670, in-8°;
— Observationes in Ignatianas Pearsonii
vindicias et in annotationes Beveregii in
Canones Apostolorum ; Rouen, 1674, in-8°.
C'est une défense du livre de Daillé sur les épî-
tves d'Ignace et les canons apostoliques contre
Pearson et Beveridge. Celui-ci répondit à Lar-
roque pour soutenir l'authenticité des canons
apostoliques ; Larroque avait préparé une répli-
que ; mais il la supprima, sur le conseil de ses
amis, et par amour de la paix. ; — Réponse au
livre de M. Vévêque de Meaux, De la Com-
munion sous les deux espèces; Rotterdam,
1GS3, in- 12 ; — Nouveau Traité de la Régale ;
Rotterdam, 1685, in- 1 2 : ouvrage destiné à prou-
ver le droit des rois de France à pourvoir aux
églises vacantes ; — Adversariorum sacroriim
IJbri. III; Leyde, 1688, in-S" de 654 pag., pu-
blié après la mort de l'auteur par son fils, qui y
ajouta une dissertation sur la légion fulminante.
Ces trois livres de remarques diverses sur
l'histoire ecclésiastique faisaient partie d'une
histoire ecclésiastique que Matth. Larroque se
proposait de publier, mais qu'il n'avait poussée
que jusqu'au quatrième siècle , au moment de
sa mort. Daniel Larroque détacha du corps de
l'ouvrage, qui n'était pas en état d'être publié,
ces observations diverses qu'il traduisit lui-même
en latin et qu'il fit imprimer. On loue avec rai-
son la saine érudition qui se ti-ouve dans ces re-
marques. Michel Nicolas.
La Fie de Matth. Larroque par son fils, en tête iesjd-
•versariorum sacrorum LibrilJl. —Son éloge dans les
' Nouvelles de la République des Lettres ,• 1684, mars,
article 5. — Bayle, Dict. Hist. — Nlcéron, Mémoires,
t. XXL — Hist. des Ouvrages des Savants, 1688, avrU. —
^L^^. Ilaag, La France Protest.
LARROQUE (Daniel), écrivain, fils du pré-
cédent, né vers 1660, à Vitré, et mort à Paris, le
5 septembre 1731. Il étudia la théologie, et à la
révocation de l'édit de Nantes il se retira d'a-
bord à Londres, où il exerça pendant quelques
mois le ministère évangélique, puis à Copenha-
gue, où on lui promettait un établissement avan-
tageux. Ses espérances ayant été trompées, il
passa en Hollande, où Bayle, qui était malade,
le chargea pendant les premiers mois de 1687
de la rédaction des Nouvelles de la République
des Lettres. En 1690 Larroque rentra en France,
et bientôt après il fit profession de catholicisme.
Cette abjuration ne l'enrichit pas. Forcé de cher-
cher dans ses talents des moyens d'existence, il
se mit aux gages d'un libraire, et en 1693 il con-
LARROQUE 698
sentit à écrire une préface pour un pamphlet
dans lequel on accusait le gouvernement de
n'avoir pris aucune mesure pour prévenir la fa-
mine qui sévissait alors en France. L'ouvrage
fut saisi au moment même qu'il sortait de la
presse; le libraire fut pendu, et Larroque, en-
fermé d'abord au Châtelet, fut conduit quelques
mois après au château de Saumur. Il y était
depuis cinq ans, quand l'abesse de Fontevrault,
touchée de compassion pour un homme qui s'é-
tait converti au catholicisme , obtint , après de
longues sollicitations , son élargissement , et le
fit entrer, en qualité de traducteur de l'anglais
et du hollandais, dans les bureaux du marquis
de Torcy, ministre des affaires étrangères. La
délicatesse et la capacité avec lesquelles il rem-
plit cet emploi le firent nommer par le régent
secrétaire du conseil de l'intérieur. Le conseil
ayant été supprimé peu de temps après , Lar-
roque reçut comme récompense de ses services
une pension de quatre mille livres. Il consacra
le reste de sa vie à l'étude. Il était loin de pos-
séder l'érudition étendue de son père, mais il
avait le goût et les connaissances littéraires qui
avaient manqué à celui-ci. Ses amis, parmi les-
quels il faut citer en première ligne d'Olivet et
l'abbé Fraguier, l'estimaient autant pour la dou-
ceur et l'amabilité de son caractère que pour
ses talents.
On a de Larroque : Le Prosélyte abusé, ou
f misses vues de M. Brueys dans V examen de
la séparation des protestants; Rotterdam,
1684, in-12; — Les Véritables Motifs de la
Conversion de V abbé de La Trappe, avecqtiel-
ques réflexions stir sa vie et sur ses écrits;
Cologne, 1685, in-12. Cet ouvrage, attribué par
quelques bibliographes au P. Boissard, char-
treux à Paris , est une satire fort vive contre
l'abbé de Rancé, qui y est peint comme un am-
bitieux; — Nouvelles Accusations contre Va-
rilïas , ou remarques critiques contre une
partie du premier livre de son Histoire de l'hé-
résie ; Amsterdam, 1687, in-t2; ^Remarques
générales sur un livre qui a pour titre : Let-
tres, Mémoires et Négociations de M. le comte
d'Estrades; Paris, 1709, in-12; — Vie de Fran-
çois-Eudes de Mézerai, historiographe de
i^rance; Amsterdam, 1620, in-12. « C'est dit
l'abbé d'Olivet, un ouvrage romanesque, altéré
dans le fond et forcé dans les circonstances. »
Cette vie est une des productions de la jeunesse
de l'auteur; — De Legione ftdminatrice ; dans
les Adversar. sacrorum Libri III de son
père; — une traduction de la Vie de Mahomet
par Prideanx; Amsterdam, 1698, et Paris,
1699, in-12. Il laissa inédite une traduction de
V Histoire romaine de Laurent Échard, tra-
duction qui, revue par l'abbé Desfontaines et con-
tinuée par l'abbé Guyon, fut publiée à Paris,
1744, 16 vol. in-12. Il avait composé des Anec-
dotes du règne de Charles II , dont l'abbé
Fraguier avait le manuscrit. L'abbé d'Olivet le
699 LARROQUE
suppose, mais à tort, l'auteur de l'Avis impor-
tanc aux Réfugiés sur leur prochain retour
en France; Amsterdam, 1690, in- 12 : ouvrage
que Jurieu , avec plus de raison, ce semble, avait
attribué à Bayle. Micbel Nicolas.
Lettre de l'abbé d'OHvet au président Bouhier ; Pa-
ris, 1739. — Quérard, La France Littér.
LAKRUGA {Eugenio), économiste espagnol,
mort en 1804. Il commença, sous le règne de
Charles III, une publication de longue haleine,
intitulée : Memorias polMcas y economicas
sobre la Industria , las Minas, etc., de Es-
pana, et destinée à faire connaître les richesses
du sol, du commerce et de l'industrie de son
pays. Cet ouvrage, qui contient d'une façon dif-
fuse un grand nombre de matériaux utiles, fut
interrompu à la mort de l'auteur; il en avait
alors paru 48 vol. ia-8°. K.
Dict. de l'Économie polit., II.
LARTiGACLT (***), grammairien français,
mort à Paris, en janvier 1716. Il essaya vaine-
ment de réformer l'orthographe française en la
faisant concorder avec la prononciation usuelle.
On a de lui : Progrès de la véritable Orto-
grafe, ou l'ortografe françèze fondée sur les
principes, confirmée par démonstracions ;
Paris, 1669, in-12; — Principes infaillibles
et Règles de la Prononciation de notre lan-
gue; Paris, 1670, ia-12 ; — La Sphère histo-
rique, ou explication des signes du zodiaque,
des planètes et des constellations par rap-
port à l'histoire ancienne des diverses na-
tions, etc.; Paris, 1716, in-12. L— z — e.
Quérard, La France Utt.
^LARTIGUE {Joseph), ingénieur hydrogra-
phe français, né le 25 mai 1791, à Vic-en-Bigorre
(Hautes-Pyrénées). Ancien capitaine de vaisseau,
il a publié : Description de la Côte du Pérou,
entre 19o et 16° 20' de latitude sud , et ren-
seignements sur la navigation des côtes occi-
dentales d'Amérique, du cap Horn à Lima,
recueillis i)endant la campagne de La Clo-
rinde, commandée par le baron de Mackau ;
Paris, 1827, in-8" (carte); — Instruction
nautique sur les Côtes de la Guyane fran-
çaise; Paris, 1827, in-S" (carte). La partie hy-
drographique de ce travail est précédée de six
chapitres sur les vents , les pluies, les courants
en général, ceux du fleuve des Amazones, ceux
qui ont lieu près déterre, et ceux qu'on re-
marque entre les Canaries et les Antilles ; —
Exposition du Système des Vents ; Paris,
1840, in- 8°, avec deux cartes indiquant la
direction des principaux courants d'air : tra-
vail d'une haute portée, dans lequel l'auteur,
après avoir réuni et discuté tout ce que les na-
vigateurs les plus habiles ont publié de leurs
journaux, établit que les vents polaires et les
vents alises entraînent l'atmosphère jusqu'à
une très-grande élévation , et que les contre-
courants , qui ont été observés à diverses hau-
teurs , sur les montagnes , n'occupent qu'un
espace peu considérable, tandis que les vents
— LA RUE 700
polaires suivent leur cours naturel à une cer-
taine distance au-dessus de ces mêmes inoaia-
gnes ; » — Observations sur les Brises de
Jour et de Nuit, faites dans quelques parties
des Pyrénées, pendant les mois de juillet,
août et septembre 1842 (dans les Annales
Maritimes, t. 82). P. Levot.
jinnales Maritimes,
LA RPE {Charles de), prédicateur français,
né en J643, à Paris, où il est mort, le 27 mai
1725. Après ses premières études, il entra chez
les Jésuites, et prit l'habit en 1659. Doué d'un
esprit brillant et élevé, il professait les huma-
nités lorsqu'il se fit connaître en 1667 par un
poëme latin sur les conquêtes de Louis XIV,
travail qui fut traduit en français par Pierre :
Corneille, et qui attira sur le jeune auteur laa
bienveillance du roi. Brûlant d'ardeur de visiter i
d'autres pays que la France , il demanda plu-
sieurs fois à s'engager dans les missions du Ca-
nada; mais ses supérieurs le croyant utile à à
d'autres emplois, il dut borner son zèle à prê-
cher dans les provinces, entre autres dans lésa
Cévennes, où il ramena plusieurs calvinistes à la;
foi catholique. Cependant, son attrait pour les:
belles-lettres l'emportait toujours, et ce fut pour i
favoriser ses inclinations qu'on le chargea de laf
ciiaire de rhétorique au collège de Louis-le-
Grand ; il l'occupa pendant de longues années»
avec les plus brillants succès. 11 fut aussi choisii
pour confesseur de la dauphine et du doc dec
Beri-y. Le P. de La Rue se fit une grande répu-
tation par son éloquence ; il était le prédicateur-
de son siècle qui débitait le mieux et savait va-
rier sans effort son talent et ses moyens suivanti
les circonstances. Un courtisan, qui s'était aperçui
de son penchant à l'affectation et à la recherche,;
lui dit : 'c Mon père , nous vous écouterons aveci
plaisir tant que vous nous présenterez la raison,!
mais point d'esprit; tel de nous en mettra plus
dans un couplet de chanson que la plupart des
prédicateurs dans tout un carême. ». Il étaiti
aussi aimable dans la société qu'austère dansi
l'exercice de ses fonctions : « Il avait , dit Mo-i
réri,la conversation belle, riche, féconde,et ayante
du goût pour tous les arts, il pouvait parier del
tout à propos. » On a du P. de La Rue : Idyl-
lia; Rouen, 1669, in-12; réirapr. depuis 168*
sous le titre : Carminum Libri IV, 6^ édit. ;
Paris, 1754. La plupart des pièces contenues
dans ce recueil avaient paru séparément ; nous
citerons les suivantes : De Victoriis Ludo-
vici XIV ; Paris, 1667, poëme trad. en vers
français par P. Corneille; —Gyrus restitulus;
1673, tragédie latine; —une Ode grecque swr
Vlmmaculée Conception, 1670, qui aremporté
le prix à Caen, et des pièces adressées à Cor-
neille. Le premier de ces quatre livres con-
tient les tragédies ; le second, les panégyriques ;
le troisième, des devises et des emblèmes avec
explication; le quatrième, des morceaux de dif-
férents genres; — Lysimachus, tragédie fran-
7C. LÀ
•:!iso; Caen , 1670, représentée au collège des
jts.iiies et traitée d'une autre manière que telle
qu'il avait donnée en latin sous le même titre ; —
/'. VirgUïi Maronis Opéra, interpretatïone et
ni'iis, ad usum Delphini; Furis, 1675, in-4'' ;
It travail de l'auteur, augmenté et retouché par
lui, a été reproduit dans des éditions très-nom-
breuses ; la plus récente est celle de Lyon , 1831,
j vol. in-12, mais la plus estimée est celle qui
a (.te revue par N. Heinsius ; Paris, 1682, )n-4o;
V Index qui se trouve à la fin est en grande
paiiie l'œuvre de l'abbé Lezeau, qui s'en est
déclaré l'auteur, en 1714, dans la traduction des
Fus les d'Ovide; — Gabrielis Cossartii Ora-
lioiies et Carmina; Paris, 1675, in-t2; —
Sermons du P. de La Rue; Paris, 1719,4 vol.
in-8" et in-12; 4® édit. , Lyon, 1736, souvent
réimprimés depuis et insérés en 1847 dans la
Collection des Orateurs sacrés de l'abbé Mi-
giie. On distingue dans ce recueil les Oraisons
funèbres du maréchal duc de Luxembourg
(!09j), de Louis de Bourbon, prince de
tfondé (1686), et du Dauphin (1712), qui sont
regardées comme ses chefs-d'œuvre, et ses Ser-
mons sur les Évangiles du Carême ( 1706);
— Sijlla, tragédie en cinq actes, imprimée en
1728 pour la première fois, à la suite delà Gram-
maire Française du P. Buffier : cette belle tra-
gédie , attribuée longtemps à P. Corneille et
"éimprimée en 1745 sons le nom de Mallet de
Srême, qui voulut injustement se l'approprier,
itait représentée dès 1671 dans les collèges. Les
omédiens de l'Hôtel de Bourgogne se disposaient
lecrètement à la jouer; mais l'auteur employa
>on crédit pour s'y opposer, et il y réussit faci-
ement. 11 n'arrêta pas toutefois la représenta-
ion de deux comédies, dont on le croit l'auteur:
VAndrienne et V Homme à bonnes fortunes ,
]ui passèrent l'une et l'autre sous le nom de son
tmi, le célèbre Baron; — Panégijriques des
Maints, avec quelques autres sermons sur
iivers sujets ; Paris, 1740, 2 vol. in-12 ; — une
édition d'Iforace, avec notes ; — des Discours
atins prononcés en diverses occasions. P. L — y.
Mercure de France, juin 1725. — Baillet, Jugements
ies Savants. — Journal des Savants,. 169S, 1706, 1712,
738 et 1740. — Dict. des Prédicateurs. — Le Long, Bibl.
•Hist. — Moréri, Dict Hist., IX. — Desessarls, Siècles
,litt.. V. — Bibl. des Écrivains de la Compagnie de Jésus,
::3S-66S.
L.\ RUE ( Charles de ), érudit français, né
e 12 juillet 1684, à Corbie (Picardie), mort le
> octobre 1739, à Paris. Il fit profession dans
l'abbaye bénédictine de Saint-Faron de Meaux,
pt s'appliqua surtout à l'étude du grec et de l'hé-
preu. Le Savant Montfaucon l'associa à ses tra-
vaux littéraires, et le chargea de donner une
pdition exacte des ouvrages d'Origène, à l'ex-
|;eptioa des Hexaples. Mais il ne put en donner
!|ue les deux premiers volumes , qui parurent
N 1733, et surveilla l'impression générale du troi-
sième.
LA RUE ( Vincent de), neveu du précédent,
RUE 702
né en 1707, à Corbie, et mort en 1762,àPari3,
fit aussi partie de l'ordre de Saint'Benoît, et con-
tinua l'édition d'Origène , dont la fin fut publiée
en 1759. On a encore de lui : Bibliorum sacro-
rum latlnx versionis antiqua, seu versio
vêtus italica ; Reims, 1743-1749, 3 vol. in-fol. :
cet ouvrage avait été commencé par dom Pierre
Sabathier. K.
Mercure de France, déc. 1739. — Moréri, Dict. Hist.
LA RUE (François), en latin Rueus, natura-
liste flamand, né à Lille, vers 1520, mort dans la
même ville, en 1585. Il pratiqua longtemps la mé-
decine dans sa patrie. Il avait cultivé soigneu-
sement les belles-lettres, l'hébreu et surtout
l'histoire naturelle. On a de lui : De Genwiis
aliquot, lis prsesertim quarum divus Joannes
apostolus in sua Apocalypsi meminit : de aliis
quoque quarum usus hoc eevo apud omnes
percrebuit , Libri duo, theologis non minus
utiles qiiam philosophis , et omnino felicïo-
ribus ingenii perjucundi, e non vulgaribus
utriusque philosophiae adytis deprompti, etc.;
Paris, 1547, in-12; Zurich, 1565, in-12; et avec
la PInlosophie sacrée de François Vallesius,
Lyon, 1588, 1595 et 1652, in-12; avec divers
opuscules sur toutes les espèces de fossiles ,
Francfort, 1596, in-12; avec les Similitudines
ac Parabolie, etc. (de Lœv. Lemnius), Fi-anc-
fort, 1626, in-i6. L— z— e.
Le P. Lelong, Bibliotli. Sacr., p. 935. — Valère André,
Bibliotheca Belgica, p. 240. — Mercklin, Lindenittsrenov.,
p. 297, 304.
LA RUE ( Pierre de ) , littérateur hollandais ,
né en 1695, à Middelbourg. Conseiller en la cour
des comptes du comté de Zélande, il composa des
poésies et deux recueils estimés sur les hommes
distingués de son pays natal : La Zélande Lit-
téraire, Middelbourg, 1734, in-4"; 2^ édit., aug-
mentée, 1741, destinée aux écrivains, aux sa-
vants et aux artistes ; — La Zélande Politique
et Militaire ;ih\é., 1736, in-4''; — Recueil d'É-
pigrammes ou d'inscriptions en vers; 1731;
— Des Amplifications rimées du Symbole des
Apôtres et de l'Oraison Dominicale; une tra-
duction des Sonnets de Drelincourt ; des poé-
sies édifiantes, etc. K.
De Vries, Hist. des Poètes holl., II, 123.
LARUE ( Isidore- Etienne , Chevalier de ) ,
homme politique et historien français , né à La
Charité-sur-Loire, en 1758, mort le 12 août 1830.
Nommé en 1795 député de la Nièvre au Con-
seil des Cinq Cents , il fut membre de la com-
mission dite des inspecteurs, avec Pichegru
et Willot, puis proscrit avec eux au 18 fruc-
tidor, et déporté à la Guyane. Il revint en France
après le 18 brumaire. Ses relations avec Piche-
gru, et surtout avec Hyde de Neuville, dont il
avait épousé la sœur, le firent mettre en sur-
veillance dans le département de la Nièvre. Sous
la restauration, il devint maître des requêtes et
garde général des archives du royaume. On a
703
LARUE — LA SABLIÈRE
704
de lui nne Histoire du i8 fructidor ; Paris,
1821, in-8°. G. DE F.
Henrion, Amvuaire Biographique^
LA RUE , voy. Rue.
LARCETTE {Jean-Louis ), acteur français et
compositeur dramatique, né à Paris, le 7 mars
1731, et non à Toulouse , mort dans la même
ville, le 10 janvier 1792. Il se destinait d'abord
à l'enseignement musical ; mais comme il se sen-
tait du penchant pour le théâtre, il délaissa le
professorat, et débuta, en 1752, à la foire Saint-
Laurent, où était alors l'Opéra- Comique, dans
les rôles d'amoureux. L'expression vieillotte de
sa figure et la faiblesse de sa voix l'empêchèrent
de réussir dans ce genre de personnages. Ayant
eu le bon esprit de comprendre qu'il n'était pas
fait pour eux , il changea d'emploi, et prit celui
des pères et des tuteurs , dans lequel il se fit
promptement une réputation. Lorsque l'Opéra-
Comique fut réuni, en 1762, à la Comédie-Ita-
lienne, Laruette fit partie des acteurs conservés,
et pendant dix-sept années il ne cessa de faire
les délices du public jusqu'à sa retraite, qui eut
lieu à la clôture de 1778. Grétry parle de cet
acteur avec de grands éloges. Laruette a composé
la musique de plusieurs pièces à ariettes, dont
voici les titres : Le Docteur Sangrado ; 1758 ;
— Le Médecin de l'Amour; 1748; — L'heu-
reux Déguisement; 1758; — L'Ivrogne cor-
rigé; 1759; — Cendrillon ; 1759 ( pièces jouées
à l'ancien Opéra-Comique ) ; — Le Dépit amou-
reux; 1761; — Le Gutj de Chêne; 1764; —
Les deux Compères ; {112 ( ces dernières repré-
sentées à la Comédie-Italienne ). Ed. de Manne.
Grétry, Essai sur la Musique, — Correspondance de
Griram. — Journal des Spectacles, de Lefucl de Méri-
court.
LA SABLIÈRE ( Antoine de Rambouillet,
sieur de ), financier et poète français, né à Paris,
le 17 juin 1624, mort dans la même ville, le
3 mai 1679. Élevé dans la religion protestante,
il reçut une bonne éducation. Fils du financier
Rambouillet , un des titulaires des cioq grosses
fermes, qui avait élevé à grands frai9 s l'extré-
mité du faubourg Saint-Antoine un célèbre hôtel
à travers lequel se trouve aujourd'hui percée la
rue qui porte son nom , il devint comme lui con-
seiller du roi et des finances et un des régisseurs
des domaines de la couronne. En 1669 il prêta
40,000 écus au prince de Condé. Il alliait l'ap-
titude aux affaires au goût des lettres et à un
grand penchant aux plaisirs. Il se maria en 1654;
mais l'esprit, le savoir, la beauté, les grâces de
sa jeune femme ne purent le fixer. Riche, beau,
bien fait, spirituel, il dut rencontrer peu de
cruelles. Il a exposé lui-même ses principes dans
ces vers :
J'aime bien quand je suis aimé
Mais je ne puis être enflammé
Des belles qui sont inhumaines '.
Je ne subis Jamais la iol ,
Et ne souffre jamais de peines
Qu'autant qu'on en souffre pour moi:
Aussi toutes aortes d'objets
Ne peuvent être des sujets
Pour forcer mon cœur à se rendre,
Et si l'on veut me posséder.
Il faut des charmes pour me prendre
Et des faveurs pour me garder.
Si l'on en croit une note manuscrite d'un
contemporain trouvée par le baron Walcke
naër dans un exemplaire des Madrigaux de
La Sablière, ce financier serait mort du chagiiii'
d'avoir perdu une maîtresse. Il s'était attaché s
M"'' Manon Van Ghangel, sœur aînéede M"'= Char<
lotte Van Ghangel, laquelle épousa de Nyert,
Le père de ces deux beautés était un Hollandais
qui s'était fixé à Paris depuis que La Sablière.
fermier des domaines du roi , l'avait intéresse
dans cette administration. « Le temps, dit Walc-i
kenaër, n'avait fait qu'accroître cette passion.
C'est pour cette jeune beauté que M. de La Sa-
blière a composé presque tous les madrigau:
qui nous restent de lui, et dont Voltaire a loiit
la finesse et le naturel. Cet objet d'une affectioi
si tendre et si constante mourut subitement, i
la fleur de l'âge. M. de La Sablière en apprit \i
nouvelle inopinément et au moment oit il s'y ab
tendait le moins ; il en fut si frappé que dès lor.
il resta plongé dans une sombre mélancolie,
laquelle il succomba un an après. «
On a de La Sablière un recueil de madrigau:
publiés après sa mort par son fils, et qui ont ei.
plusieurs éditions. La première parut à Parisi
en 1689, in-12, et fut contrefaite en Hollande 1
même année. En 1758 l'abbé Sepher en donni
une nouvelle édition à Paris, in-l6, avec un
notice sur l'auteur. La dernière édition en
paru à Paris, en 1825. L. Louvet.
Abbé Sepher, Notice en tète de son édition des Madn
gaux de La Sablière — Walckenaër, Hist. de la Fie i
des Onvr. de La. Fontaine, tome I, p. 272; tome II, p. 4i
— Haag, La France Protestante. — Voltaire, Siècle a
Louis XI f^. — Tallcmant des Réaux, Histor.
LA SABLIÈRE (^/«/•g'^^er^^eHESSEIN,M™^ de),
femme du précédent. Française savante et char!
table, morte à Paris, le 8 janvier 1693. « Paru
ce grand nombre de femmes charmantes, douée
des dons de la beauté et de l'esprit, qui exei
cèrent une si forte influence sur la perfection de I
littérature et des arts dans le siècle de Louis XIV
nulle ne fift plus remarquable, dit Walckenaër, qu;
Mme de La Sablière. Elle était aussi réservée
aussi modeste que savante : non-seulement ell
entendait parfaitement la langue du siècle d'Au
guste, et savait par cœur les plus beaux vers d'H(
race et de Virgile , mais elle n'était étrangère
aucune des connaissances humaines cultivées d
son temps. Sauveur et Roberval , tous deux d
l'Académie des Sciences, lui avaient montré 1(
mathématiques , la physique et l'astronomie
célèbre Dernier, son ami particulier, etqui, comn:
La Fontaine , logeait chez elle , lui avait enseigi
l'histoire naturelle et l'anatomie, et l'avait in:
liée aux plus sublimes spéculations de la phik
Sophie; c'est pour elle qu'il fit un excellei
abrégé des ouvrages de Gassendi. Tant de scienc
705
dans M™e de La Sablière ne nuisait en rien aux
charmes de son sexe ; sa maison était le séjour
(les grâces , de la joie et des plaisirs. Son mari
joignait à une grande fortune les talents du poète,
la politesse de l'homme du monde , le don de
plaire et l'habitude de la plus aimable galanterie.
Les seigneurs de la cour les plus dissipés , tels
que Lauzun, Rochefort, Bran<;a3, La Fare, de
Foix, Chaulieu, aimaient à se réunir chez M. de
La Sablière avec les étrangers les plus illustres,
' les hommes les plus éminents dans les sciences,
dans les lettres et dans les arts , les feoames les
plus remarquables par leurs attraits et leur es-
prit , et Mme (Je La Sablière, par sa conversation
toujours variée, par sa politesse exquise, par
sa gaieté naturelle, était l'ornement, le lien et
l'âme de ces cercles brillants. » On y jouissait
sans doute d'une grande liberté, ainsi qu'on peut
en juger par une chanson de Chaulieu impro-
\isee à un des repas de Mme de La Sablière en
i'iionneur du duc de Foix, où l'on trouve :
Qu'il est doux d'être la maîtresse
De ce jeune voluptueux!
La Sablière, qui avait beaucoup à se faire pardon-
ner, eut le bon esprit de ne pas se montrer jaloux,
et malgré leurs écarts mutuels, les deux époux
. paraissent avoir vécu en bonne intelligence. « Les
nombreuses infidélités du mari décidèrent bientôt
celles de la femme , dit M. Joncières. Belle, riche,
aimable , Mme de La Sablière fut vivement re-
cherchée, Ses plus beaux jours s'écoulèrent dans
cette galanterie décente qui fut la vie de la plu-
part des grandes dames au dix-septième siècle. »
On raconte qu'an oncle de Mme de La Sablière,
»rave magistrat , voulant un jour lui faire de la
morale, lui dit : « Eh , madame ! toujours des
amourettes?... On nentend parler que de cela
dans cette maison... Mettez au moins un inter-
palle : les animaux eux-mêmes n'ont qu'une
saison pour cela. — C'est que ce sont des bêtes, »
répondit Mme de La Sablière. Lauzun donna au
frère de M^e de La Sablière la charge de secré-
taire des dragons ; et mademoiselle de Montpen-
sier eut quelque jalousie contre « cette petite
Femme de la ville nommée La Sablière », ainsi
tpie l'appelait Rochefort. Quoique Mme de La
Sablière n'ait composé aucun ouvrage, sa répu-
tation s'était répandue même à l'étranger : en
parlant d'un livre que Bernier avait dédié à
cette dame , Bayle disait en 1685, dans les Nou-
velles de la République des Lettres : «. Ma-
dame de La Sablière est connue partout pour
un esprit extraordinaire et pour un des meil-
leurs; M. Bernier, qui est un grand philo-
sophe , ne doute pas que le nom illustre qu'il a
mis à la tête de ce traité-là n'immortalise son
ouvrage plus que son ouvi'age n'immortalisera
son nom. >- Après li mort de Marguerite de
Loi rainé, bienfaitrice de La Fontaine , Mme de
Lii Sablière recueillit le célèbre fabuliste chez
elle. Elle l'y garda tant qu'elle vécut, même
après qu'elle eut abandonné sa maison pour le
NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T, XXIX.
LA SABLIÈRE 70fi
service des pauvres. Pendant vingt ans elle lui
épargna les tracas de la vie. «■ Elle pourvoyait,
dit d'Olivet, à tous ses besoins, persuadée qu'il
n'était guère capable d'y pourvoir lui-même. »
La Fontaine devint une partie inséparable de sa
maison : « J'ai renvoyé tout mon monde , disait-
elle un jour, je n'ai gardé que mon chien , mon
chat et La Fontaine. » Le fabuliste célèbre sa
protectrice chaque fois qu'il le peut. Dans un en-
droit il fait d'elle ce portrait :
Je vous gardois un temple dans mes vers...
Au fond du temple eût été son image,
Avec ses traits, son souris, ses appas.
Son art de plaire et de n'y penser pas,
Ses agréments à qui tout rend hommage.
J'aurois fait voir à ses pieds des mortels
Et des héros, des demi-dieux encore,
Même des dieux : ce que le monde adore
Vient quelquefois parfumer ses autels.
J'eusse en ses yeux fait briller de son âme
Tous les trésors, quoique imparfaitement ;
Car ce cœur vif et tendre infiniment
Pour ses amis, et non point autrement.
Car cet esprit, qui, né du firmament,
A beauté d'homme avec grâce de femme.
Ne se peut pas cnmme on veut exprimer,
O vous Iris, qui savez tout charmer;
Qui savez plaire en un degré suprême
"Vous que l'on aime à l'égal de sol-ménae
( Ceci soit dit sans nul soupçon d'amour.
Car c'est un mot banni de votre cour ).
Mais La Fontaine n'était pas seul à louer cette
femme d'esprit ; tous les écrits, tous les mémoires
du temps font son éloge. Boileaula peignit pour-
tant dans sa Satire sur les Femmes sous les
traits de
; Celte savante
Qu'estime Roberval et que Sauveur fréquente.
D'où vient qu'elle a l'œil trouble et le teint si terni ?
C'est que sur le calcul , dit-on , de Cassini ,
Un astrolabe en main, elle a dans sa gouttière
A suivre Jupiter passé la nuit entière.
Mais cette satire ne parut qu'après la mort de
Mme de La Sablière. Boileau avait voulu se
venger de ce qu'à propos des vers de sa cinquième
épître :
Que l'astrolabe en main un autre aille chercher
Si le soleil est fixç ou tourne sur son axe.
Si Saturne à nos yeux peut faire un parallaxe,
elle avait ditdu satirique qu'il parlait de l'astro-
labe sans le connaître. « On croit, dit Perrault
dans son Apologie des Femmes, que le caractère
de la savante ridicule a été fait pour une dame
dont le mérite exti'aordinaire ne devait lui at-
tirer que des louanges. Cette dame se plaisoit,
aux heures de son loisir, à entendre parler d'as-
tronomie et de physique, et elle avoit même une
très-grande pénétration pour ces sciences, de
même que pour plusieurs autres que la beauté
et la facilité de son esprit lui avoient rendues
familières. Il est encore vrai qu'elle n'en faisoit
aucune ostentation, et qu'on n'estimoit guère
moins en elle le soin de cacher ces dons que l'a-
vantage de les posséder. »
Parmi les jeunes gens qui fréquentaient la
maison de Mme de La Sablière et qui lui fai-
saient une cour assidue , il y en eut un surtout
qui parvint à lui plaire : c'était le marquis de La
23
707
Fare ( V02/. ce nom). Walckenaër fait remonter
cette liaison à 1670. Ce ne fut cependant qu'en
1677 que La Fare vendit sa charge de sous-
lieutenant des gendarmes du dauphin au fîls de
M'"" de Sévigné pour se livrer entièrement à
l'amour de celle qui occupait alors toutes ses
pensées. La Fare avait trente- trois ans d'âge;
M™^ de La Sablière avait vingt-trois ans de ma-
riage ! La Fare n'eut pourtant pas même la pa-
tience d'attendre la conclusion de la paix : il
croyait que sa passion serait éternelle , et il écri-
vait :
Je sers une rniiUresse illustre , aimable et sage.
Amour, tu remplis mes souhaits :
Pourquoi me laissais-tu dans la fleur de mon âge
Ignorer ses vertus , ses grâces , ses attraits ?
Sans doute à cette époque La Sablière affichait
son attachement pour Mi'e Van Ghangei, et sa
femme put prendre plus de liberté. La Fare passait
des jours entiers chez M™^ de La Sablière. Telle
était la force de l'amour qu'éprouvait le marquis,
qu'on crut, d'après M""^ de Sévigné, que la belle
La Sablière manquerait plus tôt de persévérance
que son amant. « D'abord ils ne se quittaient
pas, dit M. Sainte-Beuve; ils passaient douze
heures ensemble , puis après quelques mois ce
ne fut plus que sept ou huit heures ; puis il fut
évident que l'amour du jeu se glissait comme une
distraction à la traverse. ■» « M""' de Coulanges
maintient, écrivait M™® de Sévigné le 8 novembre
1679, que La Fare n'a jamais été amoureux;
c'était tout simplement de la paresse, de la pa-
resse, de iaparesse, et la bassette a fait voir qu'il
ne cherchaitchez M™^de La Sablière que la bonne
compagnie. » L'année suivante. M""* de Sévigné
revient sur cette rupture : « Vous me demandez
ce qui a fait cette solution de continuité entre
La Fare et M™^ de La Sablière : c'est la bas-
sette : l'eussiez-vous cru? C'est sous ce nom
que l'infidélité s'est déclarée ; c'est pour cette
prostituée de bassette qu'il a quitté cette reli-
gieuse adoration : croiroit-on que ce fût un che-
min pour le salut de quelqu'un que la bassette ?
Ah ! c'est bien dit; il y a cinq cent mille routes
qui nous y mènent. M™® de La Sablière regarda
d'abord cette distraction , cette désertion ; elle
examina les mauvaises excuses , les raisons peu
sincères, les prétextes, les justifications embar-
rassées , les conversations peu naturelles , les
impatiences de sortir de chez elle, les voyages à
Saiat-Germain, où il jouoit, les ennuis, les ne
^ savoir plus que dire; enfin quand elle eut bien
observé cette éclipse qui se faisoit , et le corps
étranger qui cachoit peu à peu tout cet amour
si brillant , elle prit sa résolution : je ne sais ce
qu'elle lui a coûté ; mais enfin , sans querelle ,
sans reproche, sans éclat , sans le chasser, sans
éclaircissement, sans vouloir le confondre , elle
s'est éclipsée elle-même ; et sans avoir quitté sa
maison , où elle retourne encore quelquefois ,
sans avoir dit qu'elle renonceroit à tout, elle se
trouve si bien aux Incurables qu'elle y passe
LA SABLIÈRE 708
quasi toute sa vie , sentant avec plaisir que son
mal n'étoit pas comme celui des malades qu'elle
sert. Les supérieurs de la maison sont charmés
de son esprit : elle les gouverne tous ; ses amis
vont la voir; elle est toujours de très-bonne
compagnie. "
Le jeu n'était pas la seule cause de l'abandon
de M^e de La Sablière par La Fare , qui s'é-
tait pris de goût pour la Champmeslé, ainsi
qu'on le voit par une lettre de La Fontaine à
cette actrice : « Que font vos couitisans? lui
écrivait-il dans l'été de 1678; car pour ceux dui
roi je ne m'en mets pas autrement en peine.
Charmez-vous l'ennui, le malheur au jeu, toutes
les autres disgrâces de M. de La Fare ? » On avait
blâmé La Fare d'avoir quitté brusquement le
service pour sa passion. Mme de Coulanges l'a-
vait probablement défendu alors ; mais après l'a-
bandon de M«ne de La Sablière , elle disait : « La
Fare m'a trompée, je ne le salue plus. » Le goût
des actrices et des amours faciles lui resta , et
plus tard La Fare ne craignit pas de dire :
De Vénus-Uranie en ma verte jeunesse.
Avec respect j'encensai les autels;
Et je donnai l'exemple au reste des mortels
De la plus parfaite tendresse.
Cette commune loi qui veut que notre cœur
De son bonheur même s'ennuie
Me fit tomber dans la langueur
Qu'apporte une insipide vie.
Amour, viens, vole à mon secours,
M'écrlai-je dans ma souffrance;
Prends pitié de mes derniers jours.
M™^ de La Sablière s'était convertie au ca-
tholicisme. « Le roi, dit Sourches, donna une
pension de 2,000 livres à M"^ de La Sablière,
femme qui n'étoit pas de grande naissance, mais
qui étoit connue par son bel esprit et qui s'étoit
convertie. » Elle avait eu vraisemblablement
des embarras d'affaires; ainsi que peut le faire
présumer cette lettre qu'elle écrivait au pèreRa-
pin : « Il me semble que j'ay bien à vous entre-
tenir ; je suis bien aise que le monde croye que
je vais estre heureuse parce que je suis bientost
à bout de mes affaires, et je fais tout ce que je
puis pour faire croire que cela est ainsi ; mais
à vous, à qui j'ay toujours dit tout ce que j'avois
sur le cœur, je ne m'auiserai point de me dé-
guiser sur Testât où je suis. Je ne puis jamais
estre heureuse après la perte que j'ay faite
d'une personne que j'aimois tendrement et qui
m'aimoit d'une manière âne deuoir point en faire
finesse à une personne qui a l'esprit fait comme
vous l'aués. » La mort de La Sablière augmenta
encore le penchant de M"^ de La Sablière pour
la dévotion. « Après avoir été les délices d'un
monde où elle avait brillé avec tant d'éclat, dit
Walckenaër, elle en devint par son repentir et
sa piété l'admiration et l^modèle. » Elle s'oc-
cupa dès lors beaucoup moins de La Fontaine,
qui ne profitait guère de ses leçons. Le poète con-
tinua pourtant d'habiter la maison de sa protec-
trice, maison située dans la rue Saint-Honoré sur
la paroisse de Saint-Roch.La Fontaine loua publi-
709 LA SABLIÈRE
quementMme de La Sablière le jour de sa réception
à l'Académie Française. Il conservait pour elle une
vive reconnaissance, et plusieurs fois ses vers
et sa correspondance célébrèrent le nom de sa
bienfaitrice. Mais elle était devenue indifférente
à la louange même la plus délicate, et ne rêvait
plus que la conversion du fabuliste. Elle venait
peu chez elle , d'où elle avait écarté doucement
tous ses amis. Retirée tout à fait aux Incurables,
où elle soignait les malades, elle y mourut. La
Fontaine accepta alors l'hospitalité d'Hervart.
M™" de La Sablière a laissé quelques pensées
chrétiennes qui ont été plusieurs fois imprimées à
la suite des Pensées de La Rochefoucauld. —
M""'de La Sablière avait eu trois enfants : 1" Ni-
colas, sieur du Plessis et de Lancey, né le 10 fé-
vrier 1656, homme très-instruit, qui était en cor-
i'cspondance avec Bayle, et qui fut enfermé à la
Bastille lors de la révocation de l'édit de Nantes;
sorti de prison, il s'enfuit à Londres, où il devint
directeur de l'hôpital français ; il a publié les
Madrigaux de son père; une de ses filles, dé-
tenuedabord dans un couvent, devint la femme de
Trudaine, prévôt des marchands ; — 2° Anne,
mariée en 1672 à Jacques Muisson; — 3° Mar-
guerite, née en 1658, qui épousa, en mai 1678,
Guillaume Scot, marquis de La Mésangère, con-
seiller au parlement de Rouen. « M"' de La Sa-
blière est une fort aimable personne, disait le
Mercure Galant en annonçant ce mariage. Elle
est belle, bien faite, et partage les avantages de
sa famille, qui est tout esprit. » La Fontaine lui
dédia Baphnis et Alcimadure , petit poëme
imité de Théocrite , qu'il imprima avec ses
fables :
Aimable fille d'une mère
A qui seule aujourd'hui mille cœurs font la cour
Je louerai seulement un cœur plein de tendresse.
Ces nobles sentiments, ces grâces, cet esprit :
Vous n'auriez en cela ni maître ni maîtresse
Sans crile dont sur vous l'éloge rejaillit.
Neuf ans après la publication du poëme de
La Fontaine, Fontenelle dédia à M™^ de La
Mésangère son ouvrage sur La Pluralité des
•mondes. Suivant Trublet, c'est elle que Fonte-
nelle a prise pour interlocutrice dans ce livre
sous le nom de marquise de G***, afin d'avoir
l'occasion de lui adresser des compliments pleins
de finesse et de grâce. Trublet ajoute que c'é-
tait une très-belle brune, et que Fontenelle fit sa
marquise blonde afin de la déguiser un peu.
Aussi La Beauraelle nous apprend que « Madame
la marquise de La Mésangère ne put jouir qu'en
secret de la partie qui lui était due dans les ap-
plaudissements au\ Soirées de Fontenelle ».
M™" de La Mésangère épousa en secondes noces,
en 1690, contre le vœu de sa mère et de tous
les siens, le comte de Noce ou Noçay, seigneur
i'de Fontenay, fils du sous-gouverneur du duc
(l'Orléans, depuis régent, avec lequel il avait été
(levé et qui fut dans son enfance comme dans
i-a jeunesse le trop constant compagnon des
plaisirs de ce prince L. Louvet.
LASAGNI
710
Perrault, .-ipolopie des Femmes. — D'Ollvet, Histoire
de VAvudnnie Française. — Fontenelle, Éloge de Sau-
veur. — Mi'« de Montpensier, Mémoires. — Chaulieu,
OEuvres. — La Fare, Mémoires, Poésies. — la Fon-
taine, Fables , ÉpUres el lettres. — M""« de Sévigné,
Lettres.— Marquis de Soarc.iies, Mémoires secrets de
la Cour de France.— Walckenaër, Histoire de la Vie
de La Fontaine. — Joocières, dans le Dictionnaire de la
Conversation. — Haag , La France Protestante. —
Sainte-Beuve, Le marquis de La Fare , dans le Moni-
teur du 16 août 1834. — Trublet, Mémoires pour servir
à l'histoire de Fontenelle. — Mercure galant, mai 1678.
- La Beauraelle, L'Esprit. — Titen du Tillet, Parnasse
François.
tiASAGNA OU LASAGNI (Giovanni-Pietro),
sculpteur milanais, vivait à la fin du seizième
et au commencement du dix-septième siècle.
Il concourut alors à la décoration de la façade
de la cathédrale de Milan, où il fit des caryatides
et des bas-rehefs représentant Sisara et Joël,
Le Puits de Jacob, et la Vision de Daniel;
il travailla aussi aux bas-reliefs de la chapelle
de Saint-Charles. On voit encore à Milan, à la
porte de l'église Saint-Paul, des Anges de La
sagna; à celle du grand hôpital, quelques orne-
ments et des statues; enfin sur la colonne de
la place Sainle-Euphémio une statue de sainte
Hélène due également à son ciseau. E. B — n.
Orlandi, Abbecedario. — Cicognara, 5foria dellaScul-
tura. — Pirovano, Guida di Mitano.
LASAGNI ( Barthélemy-Vincent-Joseph ) ,
magistrat français, né à Rome, le 25 août 1773,
et mort dans la même ville, le 21 octobre 1857,
Il appartenait à une honorable famille de négo-
ciants des États-Romains. Lorsqu'en 1798 le
Directoire chercha à reconstituer la république
romaine, un frère aîné deLasagni fut investi des
fonctions de colonel de la garde nationale de
Rome. Celui dont nous esquissons la vie étudia le
droitj et travailla sous le patronage de l'un des
avocats les plus distingués de sa ville natale; il
devint ensuite adjudant du prélat espagnol ,
membre du tribunal de la rote , et à ce titre
il instruisait et rapportait des affaires soumises à
ce tribunal (1); mais il ne fut pas auditeur de
rote, comme on l'a cru quelquefois. Les Fran-
çais ayant repris Rome en 1809, la grande ré-
putation que Lasagni s'était faite comme ju-
risconsulte le fit nommer conseiller à la cour
impériale que l'on venait de créer en cette
ville. On sait qu'il entrait dans la politique
de l'empereur Napoléon d'appeler aux hau-
tes fonctions de la magistrature ou de l'ad-
ministration française les hommes les plus
éminents nés dans les pays conquis nouvelle-
ment réunis à la France. Ce fut ainsi que Da-
niels fut appelé des provinces rhénanes pour être
avocat général à la cour de cassation, Buss-
chop fut emprunté à la Belgique, Botton de
Castellamonte au Piémont, Lasagni à Rome,
et furent nommés conseillers en la même cour.
Lorsque la proposition fut faite à ce dernier de
(I) Chaque membre de la rote avait un conseil composé
d'un adjudant et de plusieurs secrets, dont l'office con-
sistait ù inslruire et à rapporter les affaires.
23.
711
LASAGNI — LA SALE
712
venir prendre rang dans la première magisti-a-
ture de France, la crainte de quitter sa patrie
et sa famille le fit hésiter; mais le baron
Dunoyer (Coffînhal), alors en mission à Rome,
le pressa si vivement d'accepter qu'il se rendit à
ses sollicitations. Le nom de Lasagni fut pré-
senté par l'empereur au Sénat, qui à cette épo-
que nommait les membres de la cour de cassa-
tion, et il fut élu en cette qualité dans la séance
du 27 avril 1810. Il prêta serment le 2 juillet
suivant.
Lasagni ne tarda pas à montrer toute sa
science. Il acquit une grande renommée dans
le corps auquel il fut attaché pendant quarante
ans. Ses principaux rapports, publiés dans les re-
cueils de MM. Sirey et Dalloz, justifient la répu-
tation de leur auteur. Le premier président
Henrion Pansey disait à des justiciables qui s'a-
dressaient à lui pour le choix d'un rapporteur :
« Je vous ai désigné M. Lasagni ; je n'en connais
pas de plus capable que lui. » Nommé prési-
dent en 1846, Lasagni resta à la chambre
des requêtes, à laquelle il appartenait depuis
son entrée à la cour. En 1850 Lasagni, vou-
lant mettre, comme il le disait lui-même, un
intervalle entre la vie et la mort, demanda et
obtint sa mise à la retraite. Il retourna alors
à Rome, et y rejoignit sa famille. Il n'avait
jamais voulu remplir de fonctions politiques.
Sous la monarchie de Juillet, on lui offrit
plusieurs fois de lui donner des lettres de
grande naturalisation et de le nommer pair de
France ; mais il refusa constamment , pour
consacrer tout son temps à ses fonctions judi-
ciaires. Seulement, lors des discussions reli-
gieuses de 1828, Lasagni, sur la proposition du
comte PortaHs, garde des Sceaux, fut chargé
auprès de la cour de Rome d'une mission
qu'il remplit à la grande satisfaction du gou-
vernement qui la lui avait confiée. Depuis sa re-
traite Lasagni, qui s'occupait exclusivement de
théologie et de philosophie religieuse , envoya
en France une brochure qui fut imprimée au
Mans et publiée à Paris sous le titre de Médi-
tation d^un Philosophe catholique, aposto-
lique, romain, sur la raison humaine et
la foi divine, par B. Lasagny (sic), ancien magis-
trat (in-8°, 87 pages). Destinée seulement à
quelques amis, elle ne fut pas vendue. Le titre
indique assez dans quel esprit elle était conçue.
A. Taillandier.
M. Dupin, Réquisitoires, t. X, p. 30. — Discours pro-
noncé par M. de Marnas, premier avocat général à la
cour de cassaUon, dans ratidience de rentrée de cette
cour, du 3 novembre 1857; — Documents particuliers.
liA. SALCETTE (Jean-Jacques- Bernardin
CoLAun de), général français, né le 27 dé-
cembre 1758, à Grenoble, mort le 3 septembre
1834. Entré en 1775 comme cadet au régiment
de l'Ile de France, il était capitaine à l'époque de
la révolution. Pendant la première campagne
d'Italie (1795), il arrêta au combat de Saint-Ber-
noulli la marche des Piémontais, qui cherchaient
à gagner le pont du Var, et leur fit un grand
nombre de prisonniers. Kellermann jugea cette
action si importante qu'il lui fit accorder le
grade de général de brigade (7 brumaire an iv).
Au blocus de Mantoue , il commanda par in-
térim la division Sérurier. A la suite du traité
de Campo-Formio, il passa dans les Iles Io-
niennes, où il fut chargé par le général Chabot
de la défense de Prevesa, sur la côte d'Albanie;
n'ayant à sa disposition que quatre cent cin- •
quante hommes contre une armée de onze mille >
Turcs et Russes commandée par AU-Pacha, il
fut réduit à capituler, et subit à Constantinople
la détention la plus dure. Il rentra en France en
l'an X, et gouverna le Hanovre. Pendant les
Cent Jours, on le nomma général de division
( 22 mars 1815); cette promotion, annulée par
les Bourbons, fut reconnue après la révolution!
de Juillet. Le nom de La Salcette figure sur l'arc
de triomphe de l'Étoile. K.
Les Archives de l'Honneur, — Fastes de la Légion
d'Honn., 111.
LA SALE ou LA SALLE {Antoine DE ), écri-
vain français, né vers 1398, mort après 1461.
On a peu de détails sur sa vie. Il fit, jeune encore,
le voyage d'ItaUe. Lui-même nous apprend qu'en
1422 il se trouvait à Rome. Là vivait toute
une génération de littérateurs spirituels et
sceptiques , qualités qui se reflètent sensiblement!
dans les écrits de La Sale. Parmi ces écrivains,
nous signalerons surtout le Pogge, auteur des Fa
céties, imité par La Sale dans la cinquantième des
Cent Nouvelles nouvelles, et si souvent mis à con-
tribution dans l'ensemblede ce recueil. En 1424,
après son retour en France, La Sale remplissait
dans les états de Louis III, duc d'Anjou, roi dei
Sicile et comte de Provence, l'office de viguier
d'Arles. Il était en outre attaché à ce prince à
titre de secrétaire. En 1425 il accompagnait de
nouveau le roi de Sicile à Naples. Louis III étant
mort en 1434, La Sale continua ses services au
près de René d'Anjou, frère et successeur de
Louis. Il devint écuyer, chambellan de ce
prince, et précepteur de Jean d'Anjou, duc dei
Calabre (fils aîné de René), qui vit le jour en
1427. Il composa pour l'instruction de son élève,
entre les années 1438 et 1447, une piquantel
compilation intitulée La Salade, parce que « en
la salade se met plusieurs bonnes herbes (1) ».
Ce titre de Salade rappelait aussi le nom d'une
pièce d'armure ou coiffure militaire à l'usage
des gentilshommes, et enfin le nom de l'au-
teur. En avril 1447 René d'Anjou donna un
tournois à Saumur. Antoine de La Sale fut au
nombre des quatre juges chargés de décerner
aux vainqueurs les prix de cette lutte à lances
courtoises.
Les comptes domestiques et originaux de
René d'Anjou mentionnent à plusieurs reprises
Antoine de La Sale comme ayant bouche en
(1) Dédicace à Jean d'Anjou, duc de Cal;ibre.
7)3
LA SALE
714
cour auprès de ce prince pendant les années
1447 et 1448. L'une deces pièces, restées in-
connues jusque ici, se rapporte an mois de juin
14'i8 (1). Elle indique sans doute l'époque où
Antoine de La Sale quitta la maison d'Anjou,
pour se rendre en Bourgogne.
Nous savons effectivement que les talents
d'Antoine de La Sale lui valurent les bonnes grâ-
ces de Louis de Luxembourg , comte de Saint-
Paul. Ce seigneur emmena La Sale dans son
pays de Flandre, et le présenta lui-même à la
cour de Philippe le Bon. Antoine de La Sale
devint précepteur des enfants du comte de Saint-
Paul. C'est probablement à la même époque (de
1448 à 1456), qu'Antoine de La Sale composa
Les Quinze Joyes de Mariage. On connaît sous
ce titre une satire pleine de sel, qui a été sou-
vent réimprimée depuis le quinzième siècle.
Du temps où vivait Antoine de La Sale, parmi
les prières en français qui se trouvaient jointes
aux offices et qui terminaient les Kvres d'Heures,
figurait une oraison ou composition pieuse, inti-
tulée Les Quinze Joyes de Notre-Dame, mère
de Dieu. Antoinede La Sale, par une irrévérence
dont lui et ses pairs étaient coutumiers, emprunta
ironiquement cette forme de dénomination pour
en faire le titre de son livre. Les Quinze Joies
de Mariage, ou la Nasse , forment une suite
de litanies dans laquelle sont longuement énu-
mérées , avec le respons, le final invariable :
Ainsi vivra en languissant tousjours
Et finira miséralilenieDt ses Jonrs,
les tribulations infinies de l'homme marié.
Un manuscrit de la bibliothèque de Rouen,
signalé en 1837 par le savant bibliothécaire,
M. Pottier, contient le texte des Quinze Joyes
de Mariage. Ce texte ou transcription, datée de
1464, se termine par un huitain énigmatique,
construit, selon les mœurs littéraires du temps,
pour intriguer le lecteur. Dans ce huitain, An-
toine de La Sale se révèle et se déguise en même
temps comme l'auteur de ce hardi pamphlet ,
dont les traits atteignaient à la fois et le mariage
et les gens d'église.
On ne peut douter que Les Quinze Joies de
Mariage aient été écrites avant 1456 : car cet
ouvrage est cité dans Les cent nouvelles Nou-
velles (1). Or, Les cent Nouvelles nouvelles
sont, comme chacun sait, un recueil de contes
badins et d'un goût souvent plus que grivois,
composés à Geneppe en Brabant, sous les yeux
du dauphin qui fut depuis Louis XL Cette re-
traite de Louis auprès de son oncle Philippe, duc
de Bourgogne, eut lieu en 1456. Elle se termine
à l'an 1461, date de l'avènement du dauphin à
(1) Mandements financiers du roi de Sicile. A la date
du 19 juin 1448 : Item Anthonio de Salla, nostro scirti-
fero et familiari, fiorenos centum , qvos eidem gra-
ciose dedimus dum novissime a domn noitra discessit.
Comptes de René. Registre de' la section P, n" 1339. Di ■
rection générale des Archives.
, (2) Édition Le Roux de Llncy,l8H, t. !, p. 297.
la couronne de France. Le Pogge, qu'A, de La
Salle avait connu en Italie, a fait les frais d'in-
vention non-seulement du cinquantième conte,
qui porte le nom d'Antoine de La Sale, mais d'une
partie notable de tout le recueil.
La Sale composa, dans le même lieu et vers
le même temps , un autre livre dont le mérite
littéraire ne le cède à aucun des précédents.
L'Hystoire et plaisante Cronicque du petit
Jehan de Saintré et de la jeune dame des
Belles-Cousines , sans autre nom nommer,
s'ouvre, dans les manuscrits, par une épître
dédicatoire. Cette épître est signée Antoine de La
Sale et datée de Geneppe, le 25 septembre 1459.
L'auteur, dans ce préliminaire, dédie son œu-
vre, qui est son chef-d'œuvre, à ce même Jean
d'Anjou, duc de Calabre et de Lorraine, dont il
avait été le précepteur. Les éditeurs et les histo-
riens ou biographes de La Sale n'ont pas tenu as-
sez de compte, ce nous semble, de cette dédicace.
Jean d'Anjou, quoique bien jeune encore (1), avait
déjà l'expérience du mariage, du monde et des
grandesdames ; il était veuf de Marie de Bourbon,
morte en 1448. Pour éclaircir les allusions que
présente Le Petit Jehan de Saintré, on peut
consulter notre article sur Lalain (Jacques
de). Auprès de sa propre femme, la duchesse de
Calabre, Jean d'Anjou avait pu connaître et ob-
server la conduite de sa belle cousine , Marie
de Clèves, duchesse d'Orléans (2). La fin roma-
nesque par laquelle cette princesse termina sa
carrière, en épousant le sire de Rabodange,
peut être comparée à la chute qui dans Le Pe-
tit Jehan de Saintré forme le dénoûment de
ce roman historique. Ces deux femmes, Marie
de Bourbon et Marie de Clèves, sont comme
deux types que l'hi.stoire contemporaine fournis-
sait à la Sale.
A la suite du Petit Jehan de Saintré, les
manuscrits et quelques éditions imprimées pré-
sentent une nouvelle œuvre d'Antoine de La; Sale,
composée également pendant son séjour dans
les États de Philippe, duc de Bourgogne. Elle
a pour titre ^drfidon extraite des Chroniques
de Flandres. On y trouve la relation d'une vic-
toire remportée en 1340 par Eudes duc de Bour-
gogne, sur Robert d'Artois, et les lettres de défi
envoyées par Edouard III, roi d'Angleterre, à
Philippe VI, roi de France. Enfin, La Sale ter-
mina en 1461 un dernier ouvrage, intitulé La
Sale, qu'il dédia au comte de Saint-Paul. La
Bibliothèque royale de Bruxelles possède deux
exemplaires manuscrits (3) de cet ouvrage, qui
est demeuré inédit jusqu'à ce jour. Nous n'en
connaissons le contenu que par une analyse
qu'en a publiée Legrand d'Aussy (4).
(1) Il était âgé de trente-deux ans en 1459.
(2) Voir notre article au mot Clèves, t. X, col. 8Sô et s.
(3) L'un de ces manuscrits contient , dit-on, une belle
miniature, où l'auteur s'est fait représenter offrant soa
œuvre au comte de Saint-Paul.
(4) Voy. les sources s la fin de cet article.
715
LA SALE
Tels sont,, à la fois, le peu de faits qui nous
sont connus touchant la vie d'A.ide La Sale, et
la liste des ouvrages que nous pouvons lui don-
ner avec certitude. On lui attribue également
une comédie en vers, très-célèbre et à juste
titre : La Farce de Patelin. Cette opinion,
émise par M. Génin , ne nous paraît pas invrai-
semblable. Entre l'auteur, quel qu'il soit, de
Patelin , et l'auteur de Sainiré , ainsi que des
Quinze Joies, il y a en effet une grande ana-
logie, tant pour le fond que pour la forme. Quoi
qu'il en soit, cette question est à nos yeux une
de celles qui demandent de nouvelles lumières
pour être définitivement résolues.
Bibliographie. — La Salade a été imprimée
1" à Paris, Michel Lenoir, 1521 (1522 nouveau
style), in-fol. ; 2° Philippe Lenoir, 1527 ( 1528),
in-fol. — Les quinze Joyes de Mariage, manus'
crit de Rouen, Y, 15-13. Imprimés : to petit in-
folio gothique sans lieu ni date, à deux colonnes
(Lyon, 1480 à 1490? Brunet) ; 2° sans lieu ni
date, 46 feuillets; 3° Paris, Jean Trepperel, vers
1499 , in-4 , 36 ff. ; 4° Paris , sans date , go-
thique.,48 ff. in-8; 5° Lyon, Nourry, 1520, in-4
(suivies de plusieurs autres réimpressions) ; 6" édi-
tion retouchée ou altérée par Fr. de Rosset, Paris,
1620, in-t2 de 248 pages ; 9" autre édition , aug-
mentée et annotée par Le Duchat, La Haye, 1726
ou 1734 in- 12 ; 10° édition donnée par M. Pottier,
sur celle de Trepperel, avec les variantes du ms.
de Rouen, Paris, Techener, in-16. La dernière
est celle qu'a publiée M. P. Jannet dans la Bi-
bliothèque Elzevirienne ; Paris, in-16, 1853.
!,& Petit Jehan de Saintré, manuscrits : Biblio-
thèque de la rue Richelieu à Paris ; 1° ancien
fonds français, n° 7569 (1); 2" Saint-Germain,
n" 1676; 3° Sorbonne, n" 445. Imprimés : 1° Pa-
ris, Michel Lenoir, 1517 ( 1518), in-folio; 2° au-
tres éditions gothiques, 1520 à 1553 (voy. Bru-
net, Manuel du Libraire, 1843, t. H, p. 715);
30 édition donnée par Gueulette, Paris, Bien-
venu, 1724, 3 vol. pet. in-12; 4o réimpression
en caractères gothiques , Paris, Firmin Didot,
édition de luxe et tirée à petit nombre. La der-
nière, produite et annotée avec beaucoup de
goût et d'intelligence par un érudit enlevé très-
jeune à la carrière des lettres, M. J. -Marie Gui-
chard, a paru en 1843, à Paris, chez Gossehn,
in-18 anglais, dans la Bibliothèque d'élite.
V\LLET DE VmiVILLE.
Comptes de René d'Anjou , direction générale des ar-
chives, pp. 1339. - La Farce de Pathelin, édition Génin ;
Paris, 1854, ln-8<>. — Lu Farce de Patelin, nouvelle édi-
tion, donnée par le bibliophile Jacob, Paris, De la Haye,
1869, ln-16 et iB-18. — Articles critiques sur lu publi-
cation de M. Génin, insérés par M. Ch. Magnin dans le
Journal des Savants, décembre 1855, janvier et fé-
vrier 1856. — Notices et Extraits des Manuscrits de la
Bibliothèque du Roi, etc., article de Legrand d'Aussy, t. V,
p. 292 et suivantes. — Villeneuve Bargemont, Histoire
de René d'Anjou ; 1823, in-S", t. 11, p. 26. — Le Bulletin
du Bouquiniste, n» du l" janvier 1859, p. 5 à 7.
(1) Un autre manuscrit précieux et contemporain de
La Sale a été possédé par M. lîarrois, auteur de la Hiblin-
thèque protypographique.
LASALE ou LASALLE {Robert Catelier,
sieur de), célèbre voyageur français, né à
Rouen, dans la première moitié du dix-septième
.siècle, mort le 20 mars 1687. 11 fit des études
chez les jésuites , et passa tout jeune encore ,
vers 1668, au Canada, soit pour s'y enrichir
par le commerce, soit pour tenter des découver-
tes. Résolu à se faire de la Nouvelle-France une
seconde patrie, il acheta, à son arrivée, une ha-
bitation, qu'il nomma La Chine , pour rappeler
le projet, depuis longtemps conçu, de chercher
un passage à la Chine ou au Japon par l'ouest
du Canada. Quelques opérations heureuses et
une bienveillante assistance lui procurèrent
bientôt les moyens d'établir des comptoirs sur
le cours supérieur du Saint - Laurent. En
même temps il s'exerçait à la navigation des
mers intérieures de l'Amérique , et faisait des
excursions chez les tribus indiennes , pour étu-
dier leurs habitudes , leurs mœurs , leurs res-
sources et leurs diverses langues. Le gouver-
neur, M. de Frontenac, et l'intendant Talon
goûtaient ses projets ; et le premier, après avoir
remonté le Saint-Laurent aii sud jusqu'au lac
Ontario, avait fait élever, à l'endroit où ce lac se
jette dans le fleuve, un fort dont il avait confié
la garde à Lasale, et qui était destiné tout à la
fois à arrêter les courses des iroquois et à détour-
ner vers Québec , situé à cent lieues de là , le
commerce de pelleteries que ces Indiens pour
valent faire avec la Nouvelle-York et les An-
glais. Les choses en étaient là quand un autre ex-
plorateur, nommé Jolyet, arriva à Québec, ap-
portant la nouvelle que lui, le P. Marquette et
quatre ou cinq autres Français avaient remonté
le Mississipi jusqu'à Chicagon , sur le lac Mi-
chigan, point où Lasale, d'après une carte dressée
par le même Jolyet , serait parvenu antérieure-
ment, mais par une autre route. Le récit de
Jolyet confirma Lasale dans l'idée que le Mis-
sissipi devait avoir son embouchure dans le
golfe du Mexique, et qu'en remontant ce fleuve
par le Nord, il pourrait découvrir le premier ob-
jet de ses recherches. Séduit par la perspective
de compléter la découverte de Marquette et de
Jolyet, en même temps que par l'espoir de faire
celle qui le préoccupait depuis longtemps, il se
décida, d'après le c-onseil et avec l'appui de
M. de Frontenac, à passer en France.
Seignelay, alors mini.stre de la marine , ac-
cueillit les projets de Lasale : il lui fit concéder
le gouvernement, la propriété même du terri-
toire de Cataracony, sur lequel Frontenac avait
élevé le fort qui portait son nom. Lasalle fut en
outre investi de pouvoirs très-étendus relative-
ment au commerce, aux découvertes qu'il pour-
rait entreprendre, et aux moyens de défense
qu'il jugerait convenable d'employer. Ce qui peut
contribuer à donner une idée de la confiance
qu'il inspirait, c'est qu'un de ses protecteurs, le
prince deConti, lui demanda, comme une grâce,
d'associer à ses projets un brave officier, alors
717
sans emploi, le chevalier Tonti, fils du banquier
italien qui avait imaginé les placements en rentes
viagères appelés, de son nom, tontines. Partis
de La Rochelle, le 14 juillet t678, emmenant
avec eux trente hommes tant pilotes que ma-
telots et charpentiers , et emportant des muni-
tions et agrès, Lasale et son compagnon arrivè-
rent heureusement à Québec. Après avoir rem-
boursé à Frontenac lés dépenses qu'il avait
faites pour la construction du fort de Catara-
cony, il se rendit à cet établissement, protégé
jusque là par de simples pieux, y ajouta des
travaux sérieux destinés à en faire un poste
avancé qui couvrît ses opérations ultérieures et
servît d'entrepôt pour le commerce à établir
avec les régions qu'il allait reconnaître; puis,
s'avançant jusqu'au Niagara, il y construisit un
autre fort que trente hommes, commandés par
Tonti , furent chargés de défendre. Sachant bien
quo la complète exécution de ses projets exige-
rait des ressources qui lui manquaient , il s'at-
tacha à se les procurer ou à en préparer l'ac-
quisition, en employant toute une année à par-
courir à pied les territoires occupés par des tri-
bus indiennes et à y faire des achats de pellete-
ries dont le fort de Niagara devint l'entrepôt ;
Tonti en faisait autant sur d'autres points.
Enfin, le 7 août 1679, Lasale, accompagné d'une
trentaine d'hommes , dont trois religieux récol-
lets, montés comme lui sur Le Griffon, brigan-
tin de 60 tonneaux, qu'il avait construit à l'en-
trée du lac Érié, traversa ce lac, entra le 10 aoîit
dans celui de Saint-Clair, qu'il nomma ainsi
en raison de la fête du jour, et pénétra dans le
lac Huron. Assailli alors par une tempête d'une
violence extraordinaire dans ces parages , il la
conjura, dit-on, en faisant le vœu d'élever une
cliapelle à Saint-Antoine de Padoue, patron des
navigateurs; mais il fut abandonné d'irae partie
de son équipage, que Tonti rencontra sur un autre
point, et dont il parvint à se faire accompagner.
Lasale , arrivé le 27 août à Michilimackinac,
entra le 2 septembre dans la Baie Verte. Pen-
dant ce temps , ses créanciers , le regardant
comme perdu, faisaient vendre à Montréal tout
ce qu'il possédait. A cette nouvelle, il expédia
de Niagara Le Griffon, porteur d'un chargement
de pelleteries dont le produit devait désintéresser
ses avides créanciers. Bien qu'en expédiant
son brigantin à Québec , il élit prescrit de le lui
renvoyer au plus tôt, le départ de ce navire
mécontenta ses compagnons et ranima le cou-
rage des Iroquois, à qui son apparition sur les
lacs avait causé beaucoup d'effroi. Quant à lui ,
poursuivant, sur un simple canot , sa route par
le lac Michigan , il parvint, le 1 " novembre , à
l'embouchure de la rivière de Miami, où il avait
donné rendez-vous à Tonti, qui l'y rejoignit ef-
fectivement. Après avoir construit un petit fort
en cet endroit , il se dirigea vers le portage on
terrain entre les eaux , aboutissant à la rivière
des Illinois, qui s'unit au Mississipi , au sud, par
LASALE 718
la rive gauche. Parvenu, vers la fin de décem-
bre , après cent vingt lieues de navigation sur
cette rivière , au plus grand village des Illinois,
composé d'environ quatre à cinq cents cabanes
pouvant contenir chacune cinq ou six familles,
il le trouva complètement abandonné. Ayant
repris sa route le 1*" janvier 1680, il atteignit
quatre jours après le camp que cette peuplade
avait étabh , à trente lieues plus bas , sur les
deux rives du lac Peoria ou Pioria. A son arri-
vée il put se convaincre que sa situation était
critique. Les Illinois avaient été prévenus et
excités contre lui par les Iroquois, qui leur
avaient fait essuyer un rude échec dont n'avait
pu les préserver Tonti, trop faible pour les se-
conder. Cette impuissance de Tonti à venir en
aide aux Illinois, jusque là bien disposés pour
les Français, avait été exploitée par leurs enne-
mis communs, les Iroquois, qui lui avaient donné
la couleur d'une trahison. Lasale sentit qu'il fal-
lait ramener à lui une peuplade dont le con-
cours était si essentiel au succès de ses projets
ultérieurs. S'inspirant donc, mais avec des in-
tentions pacifiques , de l'exemple des Cortez et
des Pizarre, il se décida à frapper l'imagination
des sauvages par une démonstration audacieuse.
Pour traverser le camp, où plus de trois mille
d'entre eux étaient réunis, il mit en bataille sa
petite troupe composée de vingt hommes seule-
ment, plaça ses canots de manière à occuper toute
la largeur, de la rivière fort étroite, et s'avança
en dehors du lac jusqu'au pied du camp. Les Il-
linois, parmi lesquels les premières dispositions
des Français avaient déjà jeté la confusion, déta-
chèrent alors trois des leurs portant le calumet de
paix. A la vue de celui que leur montra Lasale,
qui l'avait caché jusque là pour écarter tout soup-
çon de crainte, ils furent transportés de joie, et l'ac-
cueillirent avec ses vingt compagnons dans leur
camp. Lasale, voulant se les attacher d'une ma-
nière durable, leur paya le blé dont il s'était
emparé en passant par leur village. Ces bons
procédés eurent les résultats qu'il en attendait;
d'hostiles qu'ils étaient, les Illinois devinrent
des alliés fidèles. Dans le camp se trouvait une
éminence facile à défendre; il y éleva un fort
qu'il nomma Crève-Cœur, par allusion aux cha-
grins qu'il avait déjà éprouvés et à ceux qu'il
pressentait, mais qui , d'après le témoignage de
Tonti , n'ébranlèrent jamais son âme fortement
trempée.
Inquiet de ne point voir Le Griffon revenir, et
redoutant pour lui quelque catastrophe, Lasale,
pour en avoir des nouvelles certaines, retourna
à Cataracony, situé à cinq cents lieues de là; il
fit cet incroyable trajet avec trois Français et
un Indien, à pied , sur les glaces des rivières et
des grands lacs. Avant de s'éloigner, il avait pré-
posé Tonti à la garde du fort Crève-Cœur et
avait détaché le P. Hennepin {voy. oe nom)
avec un autre Français, nommé Dacan, à la ren-
contre du Mississipi pour en découvrir la source
719 LASALE
du côté du nord, se Féservant de continuer lui-
même la recherche de la mer à la dérive du
fleuve. En passant , à son retour, par le village
des Illinois, qu'il avait précédemment trouvé dé-
sert, il aperçut un endroit qui lui semblait très-
favorable à la construction d'un fort, et Tonti
vint immédiatement , d'après ses ordres, y éle-
ver le fort de Saint-Louis. A son arrivée à Cata-
racony, il apprit que Le Griffon et sa cargaison,
estimée 10,000 écus, avaient été détruits, que
l'équipage avait été massacré par la peuplade
des Outaouais; qu'un bâtiment expédié de
France, et porteur de plus de 22,000 fr. d'objets
pour son compte , avait fait naufrage dans le
golfe Saint-Laurent ; qu'enfin ses ennemis, pour
consommer sa ruine, avaient répandu le bruit
que lui-même et tous ses compagnons avaient
péri. Bien d'autres eussent fléchi devant tant
d'obstacles accumulés ; lui, il y puisa un redouble-
ment d'énergie. Étant retourné, au printemps de
1681, au fort Crève-Cœur, il apprit qu'au mois de
septembre de l'année précédente , pendant que
Tonti était occupé de la construction du fort de
Saint-Louis , la garnison du premier avait pillé
cet établissement , avait fait subir le même sort
à celui de Miami , et avait étendu ses dépré-
dations jusqu'à Michilimackinack ; qu'enfin les
Iroquois, à l'instigation de ces forbans , avaient
recommencé leurs hostilités. Bien résolu à punir
les auteurs de ces ravages, Lasale, revenu à
Cdtaracony, y laissa les ordres nécessaires pour
préparer une expédition contre eux, et suivi de
cinquante -quatre personnes, du nombre des-
quelles était Tonti, il s'embarqua, le 28 août
1681, sur le fleuve Erié, afin d'accomplir sa dé-
couverte. Lorsque l'expédition arriva, le 3 no-
vembre, à la rivière de Miami, Tonti et le P. Zé-
nobé , récollet , furent envoyés en avant dans des
canots , avec la plus grande partie de l'équipage ,
le long de la rive sud du Michigan , jusqu'à l'em-
bouchure de la Chicago, qui, glacée alors, dut être
franchie sur des traîneaux improvisés. Lasale
et les quelques autres hommes de l'équipage,
portant leurs canots, leurs bagages et leurs
provisions, gagnèrent par terre la rivière des
Illinois, qu'ils trouvèrent également glacée; puis,
côtoyant cette rivière sur une étendue de près
de quatre-vingts lieues , ils arrivèrent ainsi au
fort Crève-Cœur, où les eaux , toujours libres,
permirent de faire usage des canots. Parvenu ,
le 6 février 1682, à l'embouchure de la rivière
des Illinois, nommée d'abord Seignelay, comme
le Mississipi , où elle se décharge, fut nommé
Colbert , et bientôt après Saint-Louis , Lasale
entra dans le Mississipi, reconnut à l'ouest la
grande rivière du Missouri, laissa à six lieues
au sud-est des marques de son passage dans un
village d'Indiens Toraaroas, et trouva, à qua-
rante lieues de ce village, l'embouchure del'Ohio,
où il construisit un fort qu'il appela Pru(ff homme,
du nom d'un de ses compagnons, égaré dans les
environs. S'étant rembarqué, il parvint, le
720,;
14 mars, à quarante-cinq lieues au-dessous de y
l'embouchure de l'Ohio, au pays des Arkansas, h
où il planta une croix et arbora les armes de I
France, en signe de prise de possession; puis, '
poursuivant sa route le long du fertile territoire
des Indiens Taensas,il arriva diez les Natchez,
avec lesquels il noua des relations d'amitié,
et où il fit également acte de prise de pos-
session au nom de la France. A six heues de
là , le fleuve , se partageant en deux branches
parsemées d'îlots, il fit, dans le canal de droite,
un trajet de quatre-vingts lieues , au terme des-
quelles trois embranchements de ce canal s'of-
frirent à lui. Voulant les reconnaître tous les
ti-ois, il divisa ses gens en trois bandes, se'
réserva l'exploration de l'embranchement de
l'ouest, envoya un sieur d'Autray dans celui dm
sud , et Tonti dans celui du milieu. Tous les:
trois conduisaient au but des recherches dei
l'intrépide découvreur. Enfin , le 9 avril ,
après plus de trois cent cinquante lieues dei
navigation snr une simple barque, seulement
depuis sa sortie de la rivière des Illinois, et à
travers des pays totalement inconnus jusque là
aux Européens , il reconnut avec une joie indi-
cible que le Mississipi, dont la vaste embou-
chure s'offrait à ses regards, l'avait conduit des
plus lointaines contrées septentrionales du Nou-
veau Monde , au beau golfe du Mexique, vers le i
milieu de la côte ouest de l'Amérique. Pour con-
sacrer à la France là possession de ses décou-
vertes, il éleva une colonne portant le nom de^
Louis le Grand, puis il donna au Mississipi lei
nom Aq Saint- Louis, et aux pays adjacents ce-
lui de Louisiane. « C'est ainsi, dit éloquem-
ment M. Léon Guérin, qu'avec une poignéei
de monde , tantôt se confiant à de fragiles es-
quifs, tantôt passant les glaces d'un pas auda-
cieux, ici traversant les rivières sur des branches
d'arbre entrelacées d'un bord à l'autre, là se
déchirant aux cailloux et aux ronces du chemin,
chargeant souvent sur ses épaules, comme on l'a
vu , j usqu'à son canot , ne vivant sur une route i
impraticable de quinze cents lieues que des pro-
duits de la chasse, n'ayant pour se diriger dans
de vastes déserts, dans d'impénétrables forêts,
sur les lacs, les rivières et les fleuves, que l'di-
guille aimantée, la connaissance des étoiles et
des vents, et surtout son génie, le grand La
Sale, car on peut à bon droit lui donner ce sur-
nom , accomplit par terre une découverte devant
laquelle avaient échoué par mer les Ponce de
Léon, les Pamphile de Narvaez et les Ferdi-
nand de Soto, qui avaient péri à la tâche avec
des troupes nombreuses, et ayant entre leurs
mains tous les moyens d'atteindre leur but.
En considérant la difficulté jointe à l'impor-
tance de la découverte de Lasale , on ne peut se
défendre de s'écrier avec orgueil : Français, voilà
ce que faisaient vos pères ! »
En revenant sur ses pas, Lasale, qui avait
déjà reconnu le confluent de l'Ohio et du Missis-
sipi, établit, par la première de ces rivières, la
communication du Canada avec la Louisiane,
dont ri venait d'ouvrir les chemins ; et après une
année de séjour, soit chez les- Illinois , soit sur
les lacs supérieurs , où il avait failli succomber
à une maladie causée par les fatigues et les pri-
vations, il était de retour à Québec dans le
courant de l'automne de 1683. Le légitime désir
de faire connaître à la France les richesses dont il
l'aurait dotée, si elle avait su les utiliser, ou seule-
ment les conserver, suffisait pour le déterminer à
repasser la mer. Mais d'autres motifs l'y conviaient
encore. Ses découvertes en appelaient de nou-
velles, et il était jaloux, à juste titre , de n'en
laisser l'honneur à aucun autre; il avait d'ail-
leurs été desservi auprès du ministre par le gou-
verneur, M. de La Barre, qui, sans examen, l'avait
d'abord représenté comme ayant provoqué les
Iroquois à faire la guerre aux Français, et avait
ensuite taxé de mensonges ses découvertes, fai-
sant de Lasale un vagabond, tranchant du souve-
rain au fond d'une baie, rançonnant Indiens et
Français, à la faveur d'un privilège expirant heu-
reusement le 12mai 1683,époque où il luifaudrait
bien revenir à Québec et payer à ses créanciers
les trente mille écus qu'il leur devait. L'hon-
neur obligeait donc Lasalle à revenir en France.
Se disculper fut une chose fort simple; il n'eut
qu'à exposer les faits et à prier Seignelay de les
faire vérifier par qui bon lui semblerait. Le mi-
nistre sentit bien que si Lasale avait soulevé
du mécontentement par quelques torts, presque
inévitables au milieu des traverses et des dé-
goûts dont il avait été abreuvé , une basse envie
leur avait donné d'étranges proportions. Il ne
tint conséquemment aucun compte des rapports
qui lui avaient été adressés, et voulant lui four-
nir les moyens, non-seulement de chercher par
mer l'embouchure du Mississipi , mais encore
d'y fonder un établissement, il lui délivra une
commission partant que les Français et les natu-
rels habitant les contrées situées depuis le fort
Saint-Louis jusqu'à la Nouvelle-Biscaye seraient
placés sous son autorité. A ces pouvoirs il joi-
:;nit, au nom du roi, le don du Joly, navire de
guerre de quarante canons, auquel furent ajou-
tes trois autres bâtiments commandés par M. de
Beaujeu , subordonné pendant h route à Lasale,
qu'il devaitensuite seconder de tous ses moyens.
L'expédition, composée de quatre à cinq cents
soldats et colons , dont le choix fut malheu-
reusement loin d'être irréprochable, partit de
Rochefort le 1"'' août 1684, et elle n'avait pas
encore atteint Saint-Domingue que Lasale avait
éprouvé, de la part de Beaujeu, impatient de
; on infériorité de position , des contrariétés dont
il fut assez impressionné pour tomber malade.
la funeste mé&intelHgence des deux chefs de-
venait plus forte que jamais lorsque l'expédi-
tion arriva , le 28 décembre 1684, devant les
côtes de la Floride, que Lasale voulait explorer.
Mais, sur l'assurance qui lui fut donnée que les
LASALE 722
courants du golfe du Mexique l'avaient porté à
l'est , et qu'il n'était parvenu qu'à la baie d'Apa-
lache, tandis que l'embouchure du Mississipi
était au sud-ouest, il fit route dans cette direc-
tion , et ne tint malheureusement aucun compte
de quelques indices qui auraient dû lui faire re-
connaître cette embouchure lorsque , passant de-
vant elle, le 10 janvier 1685, il s'en croyait encore
fort éloigné. Quand peu de jours après, soupçon-
nant son erreur, il voulut rétrograder, le capi-
taine Beaujeu s'obstina à faire route à l'ouest jus-
qu'à l'entrée de la baie de Saint-Bernard, où La-
sale, voyant qu'il ne pourrait rien gagner sur l'es-
prit de son compagnon , se décida à débarquer les
hommes de l'expédition, et une faible partie de ses
munitions, Beaujeu ayant poussé le mauvais vou-
loir jusqu'à appareiller pour la France avant que
les munitions eussent été entièrement déchargées.
Réduit ainsi à suppléer par lui-même aux
ressources qui lui manquaient, Lasale montra
encore dans ces circonstances l'énergie de son ca-
ractère et sa fertilité d'expédients. Frappé , dès
ses premières communications avec les naturels,
de l'analogie de leur constitution physique et de
leurs mœurs avec celles des sauvages qu'il avait
précédonment rencontrés en descendant le Mis-
sissipi, il en conclut qu'il n'était pas éloigné de
ce fleuve; ses conjectures se fortifièrent quand
il examina les canots qu'il avait sous les yeux et
qui lui parurent identiques à ceux qu'il avait
aussi vus antérieurement. Malheureusement, il
n'avait aucun moyen de s'assurer par mer si
ses conjectures étaient fondées. Il lui fallut donc
de toute nécessité se résigner à faire ses re-
cherches par l'intérieur des terres. Avant de les
commencer, il construisit (et cette expres-
sion est rigoureusement exacte, car il mit lui-
même la main à l'œuvre), il construisit deux
forts, l'un à l'entrée de la rivière, l'autre à deux
lieues dans les terres, près la Rivière-aux-Bceufs,
sur un coteau dominant de vastes prairies , et où
les ressourc-es de la chasse se joignaient à celles
de la pêche. Les avantages qu'offrait la position
de ce second fort firent bientôt abandonner le
premier, où les maladies et les incursions des
sauvages avaient amené la perte d'un grand
nombre d'hommes. Ces avantages n'étaient
toutefois que relatifs. Lasale avait vainement
tenté des essais de culture. La sécheresse , les
ravages des bêtes féroces et les fréquentes agres-
sions des peuplades voisines avaient fait avorter
ses projets, elles colons étaient réduits à vivre,
soit de racines , soit des produits variables de la
chasse et de la pêche. La misère entretenait,
développait même parmi eux l'esprit de révolte,
dont l'exemple de Beaujeu avait jeté les pre-
mières semences. Aigri de son côté par ses in-
succès répétés et par l'ingratitude pour ses
efforts continus, se croyant d'ailleurs le droit
d'être pour les autres aussi dur qu'il l'était
pour lui-même, Lasale, au lieu de chercher
à ramener les esprits par la douceur, ne son-
723
LASALE
gea qu'à se faire craindre. Ses compagnons, en
quittant la France, s'étaient attendus à trouver
à leur débarquement une situation bien diffé-
rente. Aussi n'était-ce pas sans murmurer que
pendant cinq mois ils avaient suivi Lasale dans
ses pénibles excursions pour reconnaître les con-
trées voisines, les rivages de la baie Saint-Ber-
nard, et chercher le cours du Mississipi. Deux
de ses excursions dans lesquelles il avait décou-
vert la Rivière aux-Cannes, le iiio-Colorado, la
Sablonnière et la Maligne, avaient réduit à trente-
sept le nombre des colons. Désespérant alors de
triompher de leur irritation, bien convaincu
d'ailleurs de son impuissance à rien entre-
prendre de solide et de durable avec de tels auxi-
liaires, Lasale se décida, le 12 janvier 1687, à
gagner par terre le pays des Illinois, et de là le
Canada. Sa petite troupe, composée de son frère,
de deux de ses neveux, de deux missionnaires,
et de douze colons, marchait par groupes,, pour
trouver plus sûrement les moyens de se nourrir.
Les liens de l'obéissance au chef de l'expédition,
déjà si distendus au départ, se rompirent tout à
fait. La caravane n'était pins qu'à une distance
de quarante lieues du pays des Cenis , quand
trois des hommes , qui avaient eu dans la jour-
née du 16 mars, une altercation avec Moranget,
l'un des neveux de Lasale, massacrèrent ce
jeune homme et ses deux domestiques dans la
nuit suivante. Le 20 au matin, Lasale, ne
voyant pas revenir son neveu, eut un pressenti-
ment de son triste sort, et pour s'en assurer, il
rétrograda, avec le P. Anastase, vers le cam-
pement des assassins qui, l'ayant vu s'approcher,
s'embusquèrent. Duhaut, l'un d'eux, lui tira un
coup de fusil qui l'atteignit à la tête et l'étendit
raide mort. Si ses deux complices, Larchevêque
et Liotot ne tirèrent pas eux-mêmes, ce qui au-
rait eu lieu cependant d'après une relation ma-
nuscrite de la catastrophe, du moins participè-
rent-ils à ce crime en souillant le cadavre de
leur victime. P. Levot.
Archives de la Marine. — Les dernières Découvertes
de La Salle dans l'Amérique septentrionale (ouvrage at-
tribué au chevalier Tonti, qui l'a désavoué); Paris, 1697,
in-12. —Journal historique du dernier P'oyage que feu
M. de La Salle fit dans le golfe du Mexique pour trou-
ver l'embouchure du Mississipi, par IVIicliet (Sur les
papiers de Jotitel) ; Paris, 1723, in-12, avec une carte. —
Histoire de la Nouvelle-France , par le P. Charlevoix.
— Histoire de l'Amérique septentrionale, par Bacque-
ville de La Potherie ; Paris, 1722, 4 vol. in-12. — Les di-
verses relations du P. Hennepin. — Histoire générale
des Voyages. — Les Navigateurs français, par M. Léon
Guérln. — États-Unis d' Amérique, dans V Univers pit-
toresque^par M. Roux de Rochelle.
LA SALLE ( Jean de), poète latin moderne,
né à Furnes (Flandre) , vers la fin du seizième
siècle. Après avoir étudié le droit et la théologie
à Louvain , il reçut la prêtrise et fut pourvu en
1626 de la cure de Thieldonck, village où il mou-
rut, vers 1658. On a de lui : Confutatio Joannœ
papissx, una cum B. Virginis Marias laudi-
bus, deque militantis Ecclesiae statu , etc. ;
Louvain, 1633, in-12 : recueil de petits poèmes,
LA SALLE 724
dédié à l'archevêque de Malines. Les règles delà
quantité et delà grammaire y sont fort négligées;
celles du décorum n'y sont pas observées avec
plus de soin. D'après Paquot, « il demanda aux
protestants, qui rejettent le mérite des bonnes
œuvres, s'ils s'imaginent pouvoir entrer au pa-
radis sans prendre la peine de quitter leurs
hauts-de-chausses. Il dit que Luther, à force de
se gorger de vin , pissa tant qu'il éteignit les
flammes du purgatoire :
«Hinc mare tara vastum diffusa urina creavit
0t bona purganl'es stinxerit unda rogos. »
K,
Foppens, Bibl. Selgica. — Paquot, 3Iém. pour servir
à l'hist. des Pays-Bas, XVIII, 183-185.
LA SALLE (Jean-Baptiste de), religieux
français , fondateur de l'institut des frères des
écoles chrétiennes, né à Reims, le 30 avril 1651,
mort dans la maison de Saint- Yon, à Rouen , le
7 avril 1719. Fils d'un conseiller au présidial de
Reims, il fit ses études dans l'université decette
ville, et vint, en 1670, les achever au séminaire i
de Saint-Sulpice à Paris. Chanoine de la cathé-
drale de Reims à l'âge de dix-sept ans, il fut
reçu docteur de l'université de cette ville , et
à vingt ans ordonné prêtre. Il assura d'abord le
succès de l'établissement des sœurs de l'Enfant-
Jésus, fondé à Reims par Roland, théologal de
cette église, en obtenant les lettres patentes né-
cessaires. L'ignorance profonde de la religion
dans laquelle croupissaient les classes laborieuses
excitèrent son zèle, et il résolut de fonder une
congrégation dont les membres se consacreraient
spécialement à l'instruction des enfants-pauvres.
Il commença en 1679 par ouvrir des classes dans
deux paroisses de la ville de Reiras ; il réunit
ensuite ses disciples dans une maison particu-
lière, et après bien des peines et des contradic-
tions, il parvint à les faire recevoir à Rethel et à
Guise. Pour donner l'exemple, il se démit de son
canonicat en faveur d'un pauvre ecclésiastique,
et se dépouilla de son patrimoine en faveur des
malheureux; il tint lui-même école, et subit
mille tracasseries. Les maîtres d'école de Pa-
ris et d'autres villes lui intentèrent de nombreux
procès ; La Salle fut un instant forcé de quitter
la capitale. Quelques supérieurs ecclésiastiques
se prononcèrent même contre lui. Il parvint ce-
pendant à vaincre toutes les difficultés. Il acheta
dans le faubourg de Saint-Sever, à Rouen , la
maison de Saint- Yon, dont il fit la maison cen-
trale de son institut, et à sa mort les frères étaient
établis à Reims , à Paris , à Rouen et dans les
principales villes de France. Son institut fut ap-
prouvé par Benoît XIII, en 1725, six ans après
la mort du fondateur. Les frères des écoles cliré-
tiennes font les trois vœux de chasteté, de pau-
vreté et d'obéissance; mais ces vœux ne sont pas
perpétuels. La Salle ne voulutpas qu'aucun prêtre
fût jamais reçu parmi eux. Leur habit se com-
pose d'une robe noire, semblable à une soutane
avec un petit collet ou rabat blanc, des bas noirs
725
LA SALLE
72G
et de gros souliers , un manteau de bure noire
comme la robe, à manches pendantes, et un cha-
peau à bords très-larges relevés en triangle. Leur
institution s'est largement développée; ils sont
aujourd'hui répandus dans le moud* entier. En
1854 ils comptaient plus de sept mille membres
occupés en France, en Algérie, aux Etats-Unis ,
en Italie , etc. Pour diriger ce corps nombreux,
l'institut est divisé en iiuit districts, à chacun
desquels eat préposé un frère assistant; Le su-
périeur général a donc pour conseil permanent et
ordinaire huit assistants outre son secrétaire gé-
néral et le procureur général. « La méthode que
leur prescrit leur règle, rapporte M. de Carné,
c'est la méthode simultanée. Ils apprennent aux
enfants à lire le français et le latin, les livres
imprimés et les manuscrits; ils leur apprennent
en outre à écrire , l'histoire sainte, les éléments
de la langue française et de l'arithmétique. De-
puis 1831 la géométrie appliquée au dessin li-
néaire a été introduite dans les classes, ainsi
que la géographie et l'histoire. Chaque jour, à
la fin de la classe du soir, une demi-heure est
consacrée à l'explication de la doctrine chré-
tienne. » Le pape Grégoire XVI béatifia le vé-
nérable abbé de La Salle, qui a été canonisé par
le pape Pie IX. L'abbé de La Salle a écrit pour
l'instruction des enfants des livres qui n'ontcessé
d'être réimprimés et qui sont encore en usage
dans les classes des frères : Les Devoirs du
Chrétien envers Dieu, et les moyens de pou-
voir bien s'en acquitter ; — Les Règles de la
Bienséance et de la civilité chrétienne; — 7ns-
tructions et prières pour la Sainte Messe; —
Conduite des Écoles Chrétiennes ; — Les douze
Vertus d'un bon Maître. On lui attribue des
Méditations sur les Évangiles de tous les di-
manches et sur les principales fêtes de Van-
née, à l'usage des frères des écoles chrétiennes,
et dont le frère Philippe , supérieur général de
celte congrégation a donné une nouvelle édition
en 18dS, Versailles, in-S". L. L — t.
Abbé Carroii, Vie de J.-B.deLa Salle. — Carreau,
Vie de J.-B de La Salle. — L'ami de l'Enfance, ou vie
de J. B, de La Salle.— Le Véritable Ami de l'Enfance,
ou abrégé de la me et des vertus dzi vénérable serviteur
de Dieu J.-B. de La Salle. — Abbé Tresvaux, Vie des
Saints.
LA SALLE DE L'ÉTANG {Simon- Philibert
de), agronome français, né vers 1700, à Reims,
mort le 20 mars 1765 , à Paris. Il exerça la
charge de conseiller au présidial de Reims, et fut
député à Paris par le conseil de cette ville. On
a de lui : Des Prairies artificielles, ou moyens
de perfectionner l'agriculture dans toutes les
provinces de France; Paris, 1756, 1758, 1762,
in-8° ; la 3° édit. a été augmentée; — Diction-
naire Galibi , précédé d'un Essai de Gram-
maire, par D. L. S.; Paris, 1763, in-8°; —
Manuel d' Agriculture pour le Laboureur, le
Propriétaire et le Gouvernement ; Paris, 1764,
in-8°, fig.; dans cet ouvrage, fruit d'une expé-
rience de trente années, il combattit avec force
la routine locale , préconisa un des premiers l'u-
tilité des prairies artificielles et critiqua vivement
les méthodes de Tull, de Duhamel et de Patulo.
Lamarre entreprit en 1765 de le réfuter en écri-
vant une Défense de plusieurs ouvrages sur
l'agriculture. K.
Dcsessarts, Siècles Littéraires, VI.
LA S4LLE ou LASSALLE {Philippe de),
dessinateur et mécanicien français, né àSeyssel,
le 23 septembre 1723, mort à Lyon, le 27 février
1804. Il reçut les premières leçons de dessin de
Daniel Sarrabat, peintre d'histoire à Lyon, et fut
ensuite élève de Boucher; il s'attacha surtout à
la décoration, et était en chemin pour Rome
lorsqu'un négociant de Lyon l'associa à son com-
merce et lui donna sa fille en mariage. Il se ren-
dit bientôt céJèbre par son talent pour peindre
les fleurs et les faire exécuter en étoffes brochées,
et obtint en 1753, avec les éloges du gouvei'ne-
uient, une pension de 600 livres. Ce fut lui qui
créa le genre rapidement propagé des étoffes en
soie pour meubles et qui fit à la navette des
tableaux d'animaux ainsi que les portraits de
Louis XV et de l'impératrice Catherine II. Il
donna une grande impulsion à cette nouvelle
branche d'industrie en imaginant de conserver
les formes de chaque dessin , qu'on était obligé
de remontera chaque commande, et réduisit
ainsi à quelques minutes un travail qui n'exigeait
pas moins de deux mois (1). Frappé de tous les
avantages de cetteinvention, Turgot fitaccorder à
La Salle 6,000 fr. de pension et le cordon de Saint-
Michel. Sousle ministère de Necker, ilfut permis
à La Salle de disposer, au châtea»u des Tuileries,
les premières navettes volantes pour la fabrication
des gazes et autres étoffes de toute largeur, in-
vention qui fut plus tard reproduite comme d'o-
rigine anglaise. Les perfectionnements qu'il ne
cessa d'apporter à la construction de son métier
lui valurent, en 1783 , la grande médaille d'or
destinée aux travaux les plus utiles au com-
merce. Pendant le siège de Lyon (1793) , ses
ateliers furent pillés , et il fut forcé de vendre ses
meubles pour reconstruire ses machines, seule
perte qu'il eût regrettée. Dans les derniers temps
de sa vie, il inventa un lit propYe à faciliter le
pansement des blessés, et améliora le tour et le
moulin à soie. K.
Grognier, Notice sur Jacquard, p. 48. — Bulletin de
Lyon, 16 ventôse an xii.— Le Moniteur univ.,2 avril 1804.
(1) L'art des étoffes brochées, tel qu'on le pratiquait
alors, avait un inconvénient grave. Il fallait employer
plusieurs mois pour disposer les fils avec lesquels on lève
certaines parties de la chaîne, afin de passer les diverses
trames coloriées; puis on fabriquait le nombre d'aunes
d'étoffe que l'on croyait pouvoir débiter, et le métier
était démonté. Si une demande nouvelle ou plus forte
arrivait, il fallait recommencer entièrement le travail.
La Salle imagina une manière de conserver toutes les
cordes dans le même état et de les remettre en place en
peu de minutes au moyen de planchettes de dimensions
parfailement égales que l'on appliquait au métier en un
instant. Les dessins numérotés avec toutes leurs cordes
correspondantes, arrangées et prêtes à opérer, restaient
déposés dans un magasin (Moniteur).
727 LA.SALLE
LASALLE [ Antoine-Charles- Louis , comte
DE ), général français, né àMetz, le 10 mai 1775,
mort à Wagram, le 6 juillet 1809. Issu d'une an-
cienne famille de Lorraine, il était arrière-petit-fils
du maréchal Fabert. Le 25 mai 1791 il fut nommé
sous-lieutenant dans le 24^ régiment de cliasseurs.
Mais bientôt exclu, comme noble, des grades de
l'armée, il s'engagea soldat dans le 22** de chas-
seurs le t*"" germinal an II (21 mars 1794). Il était
maréchal des logis et se trouvait à l'armée du
nord, lorsqu'à la tête de quelqnies chasseurs il
attaqua et prit une batterie d'artillerie. L'an m,
il fut nommé lieutenant, et devint aide de camp
du général Kellermann père, le 17 lloréal, et le
suivit à l'armée d'Italie. Ayant été employé
comme adjoint à l'adjudant général Kellermann
fils, le 1*'' prairial an iv, il fut nommé capitaine
le 17 brumaire an V. A la fin du mois de thermidor
an rv , enfermé dans Drescia, il fut pris par le
corps d'armée de Quasdanowich et conduit au
quartier général de Wurmser. Interrogé par le
vieux général autrichien, il lui répondit avec in-
souciance et fermeté. Celui-ci lui ayant demandé
quel âge pouvait avoir Bonaparte qui venait
de remporter tant de victoires : « L'âge qu'avait
Scipion lorsqu'il vainquit Annibal », répondit le
jeune officier. Wurmser, flatté de cette compa-
raison, rens'oya Lasalle sur parole. Au mois de
frimaire suivant, il fut nommé chef d'escadron
dans le 1^ régiment de hussards, à la bataille
de Rivoli. Désigné pour enlever un plateau oc-
cupé par les Autrichiens, il les charge, les pour-
suit, et revient avec leurs étendards, qu'il dé-
pose aux pieds du général en chef. '< Reposez-
vous sur ces drapeaux, Lasalle, lui dit Bonaparte ,
vous l'avez bien mérité. » Après la paix de Cam-
po-Formio Lasalle passa à l'arroée d'Egypte. A la
bataille des Pyramides les Turcs, rassurés par la
retraite facile que leur offrait Embebch-Vergioh,
résistèrent aux efforts de l'armée française;
Mourad-Bey renouvelait ses attaques lorsque tout
à coup Lasalle s'élance à la tête d'un faible es-
cadron, coupe la retraite à l'ennemi, et décide
ainsi la victoire. A la suite de cette affaire, il fut
nommé chef de la 22^ demi-brigade de chasseurs.
Au combat de Salahyeth, en chargeant contre
les mameluks, il laissa tomber son sabre dans
la mêlée; sans s'émouvoir, il met pied à terre,
ramasse son arme, remonte tranquillement à
cheval, et continue à combattre. Au combat de
Souagy, dans la haute Egypte, à ceux de Sohéidja
et de Rahtah, à la bataille de Samhoud, Lasalle,
à la tête de l'avant-gardede la cavalerie, sous les
ordres de Davoust, exécuta les charges les plus
brillantes. Il commandait un petit corps d'armée,
dans les environs de Tahta, lorsqu'il apprend que
le chef de brigade Pinon est menacé dansSiout],i ;
il vole à son secours, le dégage et revient à sa ré-
sidence ; mais l'ennemi s'en était emparé et avait
soulevé tout le pays. Lasalle, qui n'avait avec lui
quiun bataillon de la 88* demi-brigade, son régi-
ment de chasseurs et une pièce de canon , arrive
728
à Gehemi, et fait cerner toutes les issues par sa
cavalerie. Les Arabes , enfermés dans un grand
enclos-crénelé, se défendent longtemps ; mais rien
ne peut résister aux soldats commandés par La-
salle ; l'enclos est enlevé et plus de trois cents
Arabes sont tués, et parmi eux le neveu du sché-
rif. Lasalle continua de suivre avec son régiment
tous les mouvements du corps de Davout, et
força Mourad-Bey à se jeter dans le désert.
Rentré au Caire, le 22® régiment de chasseurs fut
placé à Belbéys pour assurer les communica-
tions jusqu'à Suez, place occupée par une gar-
nison française et menacée par l'ennemi. Dans
cette campagne, Lasalle eut l'honneur de sau-
ver la vie à son général ; c'était à l'affaire de
Rémediéh, le 28 nivôse an vu ( 17 janvier 1799).
Davout se défendait contre plusieurs Arabes;
Lasalle accourt : il abat d'un coup de sabre les
deux mains de celui qui était le plus près du
général, renverse plusieurs mameluks , rompt
son sabre sur la tête d'Osman-Bey, et, ses deux
pistolets brisés, prend le sabre d'un dragon
blessé, rallie sa troupe, etpoursuitl'ennemijusque
dans le. désert. Après la convejntion d'EI-Arisch,
conclue entre le général Desaix et les plénipoten-
tiaires turcs , le 5 pluviôse an viii, Lasalle quitta
rÉgypte,et revint en Italie. Par décision du 1 7 ther-
midor suivant, le premier consul lui décerna un
sabre et une paire de pistolets d'honneur, comme
témoignage de la satisfaction du gouvernement.
Le 7 fructidor de la même année, un arrêté des
consuls lui confia le commandement du 10* régi-
mentde hussards ; à la tête de ce corps , le 27 ni-
vôse an IX, il eut trois chevaux tués sous lui. Il
fut créé commandant de la Légion d'Honneur,
le 25 prairial an xii. Nommé général de brigade
le 12 pluviôse an xiii, il eut, le 11 ventôse sui-
vant, le commandement d'une brigadede dragons
stationnée à Amiens. C'est avec cette troupe qu'il
prit part à la campagne d'Austerlitz. Le 26 octobre
1806, l'armée française, après avoir traversé en
sept jours les défilésde laFranconie, passé la Saaie
et l'JElbe, poursuivait les débris de l'armée prus-
sienne, qui cherchait à se réunir ; le prince de
Hoheniohe, avec un corps de six mille hommes
de cavalerie, protégeait la retraite; Lasalle le
rejoint, et, sans s'inquiéter de son énorme supé-
riorité , le charge , bouleverse sa division et la
poursuit dans les défilés qui se trouvent à la
sortie du village de Zehdnick. Le 28 il se porte
sur Prentzlau, et bientôt le prince de Hoheniohe
est obligé de capituler avec seize mille hommes
d'infanterie, presque tous de la garde royale ou
des corps d'élite, quarante-cinq drapeaux ou
étendards, et soixante cinq pièces d'artillerie at-
telées. Napoléon fit citer Lasalle à l'ordre du jour.
Mais un fait d'armes plus é,tonnant encore devait
mettre le comble à la gloire du vaillant général. A
la tête de deux régiments de hussards, il se pré-
sente le 29 devant Stettin, forteresse en bon état,
bien approvisionnée, armée de cent soixante piè-
ces de canon et ayant six mille hommes de garni-
729
son ; il s'annonce comme l'avant-garde de l'armée
IVaiiçaise, somme la place de se rendre, et qirel-
([iies heures après le commandant de la ville
apporte au chef de quelques cavaliers français
les clefs de sa forteresse. Ce fait d'armes, un des
plus curieux et des plus extraordinaires qu'on
puisse citer, est représenté dans le beau portrait
du général de Lassalle par le baron Gros. Gé-
néral de division le 30 décembre 1806, il fut, au
commencement de 1807, nommé commandant
de la cavalerie légère de la réserve. Le 12 juin, à
la bataille de Heilsberg, le prince Murât s'étant
aventuré, se trouvait entouré de douze dragons
russes; Lasalle, qui l'aperçoit, arrive seul, tue
l'oflicier et met en déroute les dragons; quel-
ques instants après, Lasalle se trouve enveloppé
à son tour. Murât vient le délivrer, et, lui serrant
la main, il lui dit : a Général, nous sommes quit-
tes. >.
Au mois de février 1808 Lasalle passa à
l'armée d'Espagne avec la cavalerie qu'il cora-
inandait , et au mois de juin, à Torquemada, il
délit complètement un corps nombreux d'insur-
gés espagnols. Après avoir reçu de la main del'é-
vèque les clefs de Palencia, Lasalle, se faisant
apiiuyer par une colonne d'infanterie sous les or-
dres du général Merle, marcha sur Valladolid. Au
village de Cabezon, trois lieues avant Valladolid,
il rencontre un corps de troupes régulières, d'en-
viron sept mille hommes; il l'attaque, le renverse,
et entre le même jour dans Valladolid, où il réta-
blit l'ordre. A la bataille de Médina del Rio Secco,
le 14 juillet, douze mille Français, .sousles ordres
ia maréchal Bessières, attaquèrent quarante
mille Espagnols commandés par les généraux
Cuesta et Blake; Lasalle, par une charge des
jIus brillantes, décida la victoire; huit mille
Espagnols restèrent sur le champ de bataille, et
six mille prisonniers, avec tous les bagages de
'ennemi, tombèrent au pouvoir des Français.
\.près cette afi'aire, il reçut la croix de grand-of-
icierde la Légion d'Honneur. L'armée ayant fait
m mouvement rétrograde sur Vittoria, Lasalle
ut pour la première fois chargé du commande-
nent de l'arrière-garde, et il contint l'ennemi par
l'habiles manœuvres. Le 10 novembre, à laba-
aille de Burgos , suivi de deux régiments de
îhasseurs , il força la division ennemie à mettre
)as les armes, et s'empara de douze canons et de
ix-sept drapeaux; peu de jours après, à Villa-
i^iejo, il défait encore l'ennemi ; à la fin du mois de
nars, il passe le Tage, nettoie toute la rive gauche
le ce fleuve, et vient prendre part à la bataille
|e Médelin. L'armée espagnole , bien plus nom-
•reuse que celle des Français , enveloppait pour
linsi dire ces derniers, ne leur laissant pour re-
ràite que le long pont de Médelin. Lasalle voit
e danger, s'élanee à la tète du 26*= dragons,
ttaque un carré de six mille hommes, taille
n pièces tout ce qui lui résiste, et donne ainsi j
l'armée française le temps de marcher sur :
nnemi, qui fut culbuté sur tous les points, i
LASALLE 730
! Rappelé eu Allemagne à l'époque de la campagne
I de 1809, il se montra partout digne de lui-même.
A Altembourg, à Essling, à Raab, on le vit ton-
i jours au premier rang. A la célèbre bataille de
I Wagram, le 6 juillet 1809, les généraux Lasalle
I et Marulaz, commandant la cavalerie légère, fu-
! rent chargés de couvrir la marche des divisions
qui s'avancèrent sous la conduite de Massena
pour se rapprocher du Danube. Au moment où
ces masses imposantes avaient définitivement
arrêté le mouvement offensif de l'armée autri-
cliienne, dans une de ces charges brillantes que
depuis le matin Lasalle exécutait avec sa cavale-
lie, il fut atteint d'une balle au front. Un décret
impérial de ISlOordonnaque la statue de Lasalle
serait placée sur lepontde la Concorde ; une rue
de Metz porte son nom, et son portrait fut
placé dans un des salons de l'hôtel de cette ville.
A. Jadin.
iUoniteuj-, 1792, an VIII, 1806, 1807, 1808, 1809, 1810. •
Victoires et Conquêtes des Français, t. vi, vni, ix, x,
XVI, xvii, xTni,xixet xxv. — l'igault- Lebrun ,
Éloge historique du général comte de Lasalle. — Dic-
tionnaire des Sièges et Batailles, t. I[, IIF, IV. — Les
Fastes de la Gloire, t. \, M, \. — Biographie nouvelle
des Contemporains, t. XI. — Montgaillard , Histoire de
France, t. IX. — Régin, Biographie delà Moselle. —
iWXWé, Bibliographie des Célébrités militaires.— Thxns,
Histoire du Consulat et de l'Empire, t. X, liv. XXXV. —
Archives du dépôt d'e la guerre. — Documents parti ■
ruliers.
LASALiiE ( Antoine de ) , philosophe et mo-
raliste français, né à Paris, le 18 août 1754,
mort le 21 novembre 1829. Adopté par le prince
et la duchesse de Tingry, il fut mis en pension
chez un armateur de Saint-Malo nommé Grand-
Clos-Meslé. Celui-ci l'embarqua à bord, 'un
de ses bâtiments destiné à aller pêcher de la
morue sur le banc de Terre-Neuve. Parti de
Saint-Malo le 25 mars 1771, il était de retour
l'année suivante. En 1772 il entreprit un se-
cond voyage. Ce fut encore à Saint-Malo qu'il
s'embarqua ; il visita les ports de Saint-Domin-
gue, et en 1773 il était de retour à Paris. Après
avoir entrepris quelques excursions en France,
il partit sur Le Superbe, commandé par le che-
valier de Vigny, pour l'extrême Orient; il visita
successivement Java, Macao, Wampow, Can-
ton , Sumatra , Sainte-Hélène. De tous ses voya-
ges , c'était celui qui avait laissé dans son esprit
les souvenirs les plus durables ; les rites du boud-
dhisme, qu'il avait été à même d'observer Turent
toujours pour lui l'objet d'un examen philoso-
phique. L'un des premier? il constata l'analogie
frappante qui existe entre certaines formes exté-
rieures du culte de Bouddha et celles du catholi-
cisme. Il quitta bientôt la carrière de la marine, et
se pritd'unepassionréellepourrétudede l'arabe.
Mais tout à coup, en 1779, les langues orientales
furent mises de côté, et il entreprit de parcourir
à pied la France , la Suisse et l'Italie. Ce fut
durant son voyage à Rome et à Naples qu'il
devint par ses expériences l'émule de Spalan-
zani, et qu'inventant une machine fort ingé-
nieuse qu'il désigna sous le nom de pan/ojra/îAe
731
LA SALLE
732
il vit, à son grand désappointement , cet utile ins-
trument supplanté par le physionotrace , qui
n'en offrait qu'un perfectionnement très-problé-
matique. De retour à Paris en 1780, Lasalle se
livra avec ardeur aux études les plus variées, et
publia son premier traité de pbllosophie mo-
rale sous ce titre : Le Désordre régulier, ou avis
au public sur les prestiges de ses précepteurs
et sur ses propres illusions ; Berne (Paris ),
1786, in-lS. Ce livre lui suscita plusieurs ini-
mitiés, entre autres celle de Buffon. Deux ans
plus tard, il donna un grand ouvrage philo-
sopbique, dont le titre fait assez bien com-
prendre la tendance ; il l'intitula : La balance
naturelle, ou essai sur une loi universelle ,
appliquée aux sciences , arts et métiers et
aux moindres détails de la vie commune;
Londres ( Paris), 1788, 2 vol. in-8°. Ce traité
philosophique renferme en germe la théorie
de M. Azais ; il fut imprimé aux frais de Hé-
rault de Séchelles, et ne précéda que d'un an
La Mécanique Morale, ou essai sur l'art de per-
fectionner et d'employer ses organes propres
et acquis; Paris, 1789,2 vol. in-8". Ces deux
derniers ouvrages valurent plus tard à leur
auteur le titre de chef de l'école physico-mo-
rale. Une note autographe que nous avons sous
les yeux fait monter de 120 à 130 volumes les
ouvrages dont il s'occupa à partir de 1790 jus-
qu'à 1807. En 1793 Lasalle émigra, et fit im-
primer à Rome dnq opuscules monocratiques,
ce sont ses propres expressions, que nul ne vou-
lait éditer à Paris. Il revint bientôt en France;
c'est retiré à Semur qu'il traduisit les Œuvres
de François Bacon, en les accompagnant de
notes critiques, etc.; Dijon, an vm ( 1800),
15 vol. in-8° (1). Lasalle vécut durant vingt-
cinq ans dans la plus déplorable misère, et mou-
rut à l'hôtel-Dieu. Ferdinand Denis.
J. B. M. Gence, Notice biographique et littéraire du
philosop/ie Jrançais Jnt. Lasalle; Paris, 1837, in-S».
— Documents particuliers.
LASALLE ( Henri), publiciste français, né à
Versailles, en 1765, mort en 1.833. Après le
18 brumaire, il fut nommé commissaire de police
à Brest; mais s'étant mis en opposition avec les
autorités locales, il fut rappelé, et resta sans
fonctions. Il écrivit alors quelques brochures,
et fut attaché au Journal des Débats, où ses
(1) C'est cet immense travail qui a paru de nouveau
dans le Panthéon Littéraire, avec d'étranges modifications
sous le titre suivant : OEuvres philosophiques , morales
et politiques de François Bacon, avec «ne notice bio-
(jrapliique, par J.-A.-C. Buchon; Paris, 1836, gr. in-8°.
Le mallieur a poursuivi .4nt. de Lasalle par delà le
tombeau; car soa nom a disparu du titre de cette réim-
pression. Dans les notes manuscrites que nous avons
£0us les yeux, le traducteur de Bacon assigne le terme de
neuf ans entiers employés à la version des OEuvres corn,'
piétés; mais nous savons que son premier travail, com-
mencé vers 1786, avait disparu. Il fut obligé de recom-
mencer à Semur la traduction du traité De Augmentis
Scientiarum, dont le manuscrit fut très-probablement
perdu ou confondu parmi les papiers de Héraut de Sé-
chelles- Aucune des déceptions douloureuses qui peuvent
assaillir un auteur ne fut épargnée à Lasalle.
articles étaient signés S. Pendant les Cent Jours,
Napoléon le nomma commissaire général de po-
lice dans les départements de l'est. La rentrée
des Bourbons mit fin à ses fonctions, et il re-
prit ses travaux httéraires. On a de Lasalle :
Be l'Arrêté des consuls du 24 thermidor, re-
latif aux lois des prévenus d'émigration;
Paris, 1 80 1 , in- 8° ; —Sur le Commerce de l'Inde;
Paris, 1802, in-8°; — Des Finances de l'An-
gleterre; Paris, 1803, in-8°; — Le Secret de
M. Lebrun-Tosca, ou lettre à l'auteur de
Non- Révélation sur des variantes qui existent
entre le manuscrit de M. Lebrun-Tosca et
le manuscrit de Conaxa; 1811, in-8" : bro-
chure en faveur d'Etienne dans la discussion à
l'occasion de la comédie des Deux Gendres ; —
Sur le Concordat de 1817; Paris, 1818, in-S";
— Georges 111, sa cour et sa famille; 1822,
in-S"; cet ouvrage forme aussi le 7"^ vol. de
Y Histoire d'Angleterre de Bertrand MoUeviUe;
— Maison hospitalière , ou projet d'un éta-
blissement destiné à recevoir les femmes do-
mestiques aux époques où elles sont sans
place; Paris, 1827, in-8°; — Du prix du pain
à Paris, moyen d'en arrêter le renchérisse-
ment; Paris, 1829, in-4''. G. de F.
Daniel de Saint -Antoine Biographie de Seine et- Oise,
LASALLE ( Adrien- Nicolas , marquis de),
général et Httérateur français, né le 11 février
1735, à PariSjOÙ il est mort, le 23 octobre 1818.
Fils d'un conseiller au Châtelet, il embrassa la
carrière des armes , et prit part comme officier
de cavalerie à la guerre de Sept Ans , pendant
laquelle il eut occasion de se produire avec assez
d'éclat. Après avoir deux fois quitté le service,
il fut, le 14 juillet 1789, nommé commandant de
la milice parisienne et élevé, en récompense de
son patriotisme, au grade de maréchal de-camp
pour retraite { l'^'' mars 1791 ). Cependant il
partit, l'année suivante , pour Saint-Domingue,
y remplit par intérim les fonctions de gouver-
neur général , et fut contraint, à sa rentrée en
France , de subir une détention de quatre mois
à Brest. Parla suite, on lui donna le comman-
dement d'une compagnie de vétérans , et lors*
qu'on le priva de cet emploi (1810), sa pensioû
fut portée à 4,000 francs. Dans les derniers temps'
de sa vie, il tomba en démence, et fut enfermé
à Charenton. On a de lui des romans et des
pièces de théâtre, la plupart écrits avant la ré-
volution; nous citerons : Eudoxe; 1765, tragé-
die en cinq actes; — Les Pécheurs; 1768, co-'
médie en prose; — L'Officieux; 1780, comédie
en trois actes ; — Chacun a sa folie, ou le con-
ciliateur; 1781, comédie en deux actes et en
vers; — Sophie Francourt ; 1783, comédie en
quatre actes et en prose; — L'Oncle et les
Tantes; 1786, com. en trois actes et en vers;
— Le Maladroit, ou lettres du comte de Gau-
chemont; Paris, 1788, 2 part, in-12; — Su-
zanne et Gerseuil, histoire véritable; Paris,
1801, in-lS ; — L'Anneau de Salomon; Paris,
733 LA. SALLE —
1812, 4 vol. in-12. On doit encore au marquis
de Lasalle plusieurs autres pièces qui n'ont pas
été imprimées, ainsi que des ouvrages traduits de
l'anglais, tels que : Lucy Wellers ( 1760); —
Clara Lennox (1798) •,—Andronica, ou l'épouse
fugitive ( 1799), et Mémoires du règne de
Georges 11/ (1808), de Belsliam, P. L— ï.
Fastes de la Lèg.d'Uonn., V, — Quérard, La France
Littéraire.
LA SAKTE {Gilles- Anne-Xavier de), poëte
latin moderne, né le 22 décembre 1684, près
Redon (Bretagne), mort en 1762, à Paris. Admis
dans la Compagnie de Jésus, il occupa différentes
chaires en province, et fut appelé par ses supé-
rieurs à Paris pour y enseigner les belles-lettres
au collège de Lotiis-le-Grand. Digne émule du
P. Porée, il forma un grand nombre d'élèves
distingués , parmi lesquels on compte Turgot et
^Lemierre. L'abbé Desfontaines le proclame un
«avant et ingénieux latiniste, et vante « sa pré-
asion épigi ammatique , sa vivacité antithétique ,
ses peintures quelquefois brusques et toujours
spirituelles «. On a de La Santé : Orationes ; Pa-
'is, 2*-' édit., 1741, 2 vol. in:-12;réimpr. en 1753,
,'ecueil qui renferme, entre autres morceaux, le
fané g yrique de saint François Régis,\' Oraison
funèbre de Louis X/F prononcée au collège de
:aen, et le Discours sur la pi-ééminence des
français dans les lettres; — Musx rhetorices,
eu carminum libri VI; Paris, 1732, in-12,
iU 1745, 1805 et 1809, avec des additions, réimpr.
jCS qualités principales de cet ouvrage sont la grâce
t l'élégance; il contient les origines des jeux
e l'enfance, des sujets tirés de la Bible , de l'his-
oire ancienne et de la mythologie , des pièces à
a louange du roi et de sa famille , etc. ; — Fer-
um, Carmen; Bourges, 1707, in-8°, trad. en
ers français par Montfleury , chanoine de
'îayeux ; — Poëme sur la maladie et la gué-
ison dit Roy, en 1728, in-4". Le P. de La Santé
st encore l'auteur de quelques vaudevilles in-
,énieux, tels que Le Sauvage à la Foire, Le
Montreur de Lanterne magique, etc., qui eu-
lent beaucoup de succès , et de deux tragédies
itines manuscrites représentées au collège de
iOiiis-le-Grand; — Agapitus, martyr, en trois
■ctes et en vers , avec les chœurs français par
î P. Porée; et Les Héritiers, en trois actes
vec prologue. P. L — y.
; Quctif et Échard, Script. Soc. Jesv. — M, de Kerdanet,
'crir.de la Bretagiie, 313.— Quérard, La France
itteraire. — Soleinne , Biblioth. dramat., I.
* LASAULX (firwes; de), archéologue etphi-
)logue allemand, né le 16 mars 1805, à Coblentz.
!ils d'un architecte distingué, il fit ses études à
Sonnet à Munich, visita Vienne, Rome, Athè-
les, Constantinople et Jérusalem, fut, à son re-
our en Allemagne , chargé d'enseigner la philo-
Dgie à l'université de Wurtzbourg, et passa, en
j844, à celle de Munich comme professeur de
jhilologieet d'esthétique. En 1848 le cercle d'A-
ensberg le choisit pour représentant à l'assem-
!lée nationale de Francfort, où il vota sous les aus-
LA SAUSSAYE
734
pices du parti appelé grand-germanique ( Gross-
deutsch ). Une philosophie que l'on peut appeler
gréco-chrétienne forme la base dos travaux
littéraires de Lasaulx, qui eut le mérite incontes-
table d'avoir dirigé l'attention des archéologues
sur un côté inexploré de la vie des anciens peu-
ples. On adeM. de Lasaulx : Ueber das Orakel
von Dodona ( De l'Oracle de Dodone ); Wurtz-
bourg, 1-841 ; — Ueber den Sinn der Œdi-
pussage (De la Signification du mythe d'Œdipe ) ,
ibid., 1841 ; — Die Suehnopfer der Griechen
und Koemer ( Des Sacrifices d'expiation des
Grecs et des Romains ) ; ibid., 1841 ; — Der Eid
bei den Griechen (Le Serment chez les Grecs) ;
ibid., 1844; — Der Eid bei den Roemern ( Le
Serment chez les Romains); ibid., 1844; —
Ueber den Fluch bei Griechen und Roemern
( de la Malédiction chez les Grecs et les Romains) ;
ibid., 1843 ; — Die Gebete der Griechen und
Eoemer ( Les Prières des Grecs et des Romains ) ;
ibid., 1842; — Prometheus. Die Sage und ihr
Sinn ( Le Mythe et la Signiûcation du mythe de
Prométhée) ; ibid., 1843; — Ueber den JEntwi-
ckelungsgang des griechichen undrœmischen
und den heutigen Zustand des deutschen Le-
bens ( Du Développement successif de la vie
grecque et romaine et de l'État actuel de la vie
germanique); Munich, 1847; — Dié Buecher
des Kônig Numa ( Les Livres du roi Numa ) ;
ibid., 1847 ; — Die Géologie der Griechen
und Roemer (La Géologie des Grecs et des Ro-
mains); ibid., 1851 ; — Zur Geschichte und
Philosophie der Ehe bei den Griechen ( Études
sur l'histoire et la philosophie du Mariage chez
les Grecs ) ; ibid., 1852 ; — Studien des clas-
sischen Alterthums ( Études sur l'Antiquité
classique ); Ratisbonne, 1854; — Der Unter-
gang des Hellenismiis und die Einziehung
der Tetnpelgueter durch die christUchen
Kaiser ( La Chute de l'Hellénisme et la Confis-
cation des biens des Templiers par les empereurs
chrétiens); Munich, 1854. R. Lindau.
Conv.-Lex.
LA SAUSSAYE, sieur deBrussoles {Charles),
hagiograpbe français, né à Orléans, en 1565,
mort à Paris, le 21 septembre 1621. Il était
petit-neveu de Jean de MorvilHers, évêque d'Or-
léans, et fit ses études à Paris, où il prit le grade
de docteur en droit et fut pourvu d'une charge
au grand Conseil. Dès cette époque il témoigna le
désir de prendre la carrière ecclésiastique. Sa
mère, demeurée veuve, pour l'en détourner, lui
procura les moyens de voyager. La Saussaye vit
Rome, Malte et la Sicile, et se lia en Italie avec
Baronius et Bellarmin ; il revint plus décidé
qu'auparavant à entrer dans les ordres; tout ce
qu'on put obtenir de lui, c'est qu'il serait prêtre
au lieu d'être moine. Il fit alors sa théologie à
Paris, et reçut la prêtrise à Orléans des mains de
l'évêque de L'Aubespine, qui lui donna en même
temps la cure de Saint-Pierre-en-Sentelle. En 1595
il obtint une prébende au chapitre de Sainte-Cioix,
735 LA SAUSSAYE —
dont il était doyen trois ans plus tard. Il fit alors |
plusieurs voyages à Paris , décida Henri IV à
lui accorder des fonds pour la réparation de sa
cathédrale et à y faire un pèlerinage de jubilé, que
le monarque accomplit avec son épouse Marie de
Médicisen 160t. En 1614 La Saussaye fut dé-
puté aux états tenus à Paris. En 1626, quelques
altercations survenues entre lui et son évêque le
décidèrent à solliciter une mutation de résidence.
Il obtint la cure de Saint-Jacques-La- Boucherie à
Paris, et un canonicat à la métropole; mais le
changement d'habitudes et de relations lui fut
fatal, et il mourut un an après. On a de lui : An-
nales Ecclesiœ Aurelianensïs , etc.; Paris,
in-4». <' Malgré les défauts dont cette histoire est
remplie, dit dom Gérou, elle ne laisse pas d'être
recherchée, parce qu'elle est écrite avec un style
et une clarté dignes des meilleurs écrivains » ;
— Histoire de la translation du corps de
saint Benoît d'Italie à Fleur %j -sur-Loire ; —
La Vie de saint Grégoire , archevêque d'Ar-
ménie et ermite près de Pithiviers ; — Orai-
son funèbre de Henri IV; — Monologiœ
Sanctorum, et plusieurs opuscules sur des ma-
tières religieuses. L— z — e.
V. R. dans Les Hommes illustres de l'Orléanais, t. I.
p. 204-205. — Nicéron, Mémoires pour l'histoire des
Hommes illustres, t. XXXIX, p. 366.
* LA SAVSSXYV. (Jean- François de Paule-
Loxiis Petit de), antiquaire français, né le
6 mars 1801, à Blois. Après avoir servi dans les
gardes du corps, il obtint, sous Louis XVIII,
l'emploi de percepteur des contributions, qu'il
continua d'occuper à Bloîs jusqu'à la révolution
de Juillet. Mis vers cette époque en possession
d'une fortune indépendante, il se livra entière-
ment à l'étude de la numismatique et de l'archéo-
logie, et consigna les résultats de ses premières
recherches dans une Histoire de la Sologne
blaisoise, mémoire manuscrit qui lui valut, en
1835, une médaille au concours des Antiquités
nationales. L'année suivante, de concert avec un
de ses amis, M. Cartier, d'Aroboise, il fonda la
Hevue de Numismatique, recueil auquel il n'a
depuis cessé de donner ses soins. En 1845, l'im-
portant travail qu'il commença sur les médailles
de la Gaule narbonnaise lui ouvrit les portes de
rinslitut (Académie des Inscriptions); il faisait
déjà partie de plusieurs sociétés «iépartementales,
et de la Société des Antiquaires. Nommé en
1855 recteur de l'Académie de Poitiers , il est
passé en la même qualité à Lyon. On a de lui :
Histoire du Château de C hambord ; Bloïs ,
1837, in-4*', qui a eu six éditions; — Histoire
du Château de Blois; ibid., 1840, in-4'', ré-
compensée d'une médaille d'or par l'Académie
des Inscriptions; — Numismatique de la
Gaule narbonnaise; Ma., i842,in-4<>; cette
première partie n'a pas encore en de suite; —
Histoire de la ville de Blois ;MA., 1846, in-12;
— Antiquités de la Sologne blaisoise; ibid.,
1848, in-4° et atlas; — Guide historique du
LA SAUVAGÈRE "-iS
Voyageur à Blois; ibid. ,,1855, in-12, sans nom
d'auteur. Ce savant a aussi fourni un granil
nombre d'articles à la Revue de Numisma-
tique, aux Annales de l' Institut archéolo-
gique de Rome et aux Mémoires de la Société
desAntiquaires de France. K.
Louan(lreetBourquelot,jLi«er. Française contemp. —
Ann. de V Instruction publ. - Dict. wiiv. des Contemp.
LA SAUSSAYE. VOIJ. PETIT.
LASACSSE ( Jean-Baptiste ) , auteur ascé-
tique français, né à Lyon, le 22 mars 1740, et
mort à Paris, le 2 novembre 1826. Il embrassa
l'état ecclésiastique, et fut successivement direc-
teur de la congrégation de Saint-Sulpice à Tulle
et à Paris. Quelques biographes ont avancé à
tort qu'il avait été grand-vicaire de Lamourette ;
ils l'ont confondu avec un autre ecclésiastique
du même nom et de la même ville. En 1 793,
l'abbé Lasausse accompagna à l'échafaud Châ-
lier, le Marat de Lyon, parvint à exciter en
lui quelques sentiments de repentir, et lui fit
même baiser le crucifix avant l'exécution. 11 pu-
blia, peu de temps après, l'exposé des princi-
pales circonstances qui accompagnèrent cette
mort et la lettre que Châlier lui écrivit après sa
condamnation. Lasausse a composé, abrégé, tra-
duit ou édité un grand nombre d'ouvrages del
piété : Cours de Méditations ecclésiastiques-,
Tulle, 1781, 2 vol. in-12; Paris, 1782, 3 voL
in-12; — Cours de Méditations religieuses ,
Tulle et Paris, 1782, 2 vol. in-12; — Cours de
Méditations chrétiennes; Tulle et Paris, 1782.
2 vol. \n-i2; — Leçons quotidiennes, 7 yoU
in-12; — Tableau de la vraie religieuse:
in-12, etc. F.-X. T.
Ptrennès , Biographie chrétienne et antichrétienne
— Notices en tète des ouvrages de Lasausse.
LA SAUVAGÈRE ( Felix- François Le Royef
d'Artezet de), antiquaire français, né à Stras-
bourg, en 1707, mort le 26 mars 1781. Entré at
service, il devint capitaine au corps royal d'ar
tillerie, puis colonel, et ingénieur en chef de;
îles d'Oléron. Dans ses excursions il s'occupai
derecherchesarchéologiques, qu'il continua lors
qu'il se fut retiré dans ses propriétés en Tou
raine. Ces recherches, souvent dispendieuses
et les publications auxquelles elles donnaient
lieu, amenèrent sa ruine, et il mourut pauvre,*
après avoir fait paraître : Recherches sur It
Briquetage de Marsal, avec V abrégé de l'his-
toire de cette ville et une description de quel-
ques antiquités qui se trouvent à Tarqui-
nople; Paris, 1740, in-12; — Dissertation sut
un saint Maxime, patron de r église de Chinon.
1753, in-12; — Recherches sur Vancienm
Blabi'a des Romains, forteresse de la Gaule,
oit Von prouve qu'elle n'était pas située oi
est le Port-Louis, en Bretagne (mais à Blaye
en Guyenne); 1758, in-8»; se trouve aussi dans
le Recueil d'Antiquités de l'auteur ;— iîecMeî,
d'Antiquités dans les Gaules, enrichi de di
verses planches et figures; Paris, 1770, in-4''
avec planches; — Recueil de Dissertations, a
737
LA SAUVAGÈRE — LASCAR IS
recherches historiques et critiqiies sur le temps
où vivait le solitaire saint Florent, au mont
Gionne en Anjou, etc. -jPàTis, 1776,10-8", avec
deux cartes et trois planches d'histoire naturelle.
Walckenaër, dans un mémoire qui fait partie de
ceux de l'Académie des Sciences (1822), a relevé
quelques erreurs de cet ouvrage, qui contient,
du reste, des documents précieux. G. de F.
' Desessarts, Siècles Litt^aires, — Quérard, La France
Littéraire.
LASCA. Voy. Grazzini.
LASCARAS. Voy. Jean IV.
LAscAKis (THÉODORE 1'^''), empereur grec
de Nicée, né vers 1175, régna de 1206 à 1222. 11
descendait d'une ancienne famille byzantine. Il
épousa, en 1198, Anna-Angela Comnène , veuve
d'Isaac Comnène Sebastocrator, et seconde fille
de l'empereur Alexis III Ange Comnène, qui
avait usurpé le trône de Constanlinople sur l'em-
pereur Isaac l'Ange. Un autre Alexis, fils d'Isaac,
revendiqua, en 1203, avec le secours des croisés
latins, ses droits et ceux de son père. Lascaris
prépara tout poiirune résistance vigoureuse ; mais
la faiblesse d'Alexis III, qui s'enfuit en Italie,
rendit ses efforts inutiles. Les Grecs, attaqués par
les Latins et les Vénitiens, et abandonnés par
leur empereur, replacèrent sur le trône ( 19 juillet
1 203) Isaac, qui régna pendant quelques mois avec
son fils Alexis IV. Un nouvel usurpateur, Alexis
Ducas Murzuphle, renversa ces deux princes, le
28 janvier 1204, et se fit proclamer empereur
sous le nom d'Alexis V. Les Latins mirent aussi-
tôt le siège devant Constanlinople pour venger
la mort d'Alexis et d'Isaac. Alexis V, assisté de
Lascaris, défendit la ville avec habileté et énergie;
mais il ne put empêcher les Latins de forcer les
iportes de Constanlinople (12 avril 1204),ets'en-
ffuit pendant la nuit. Dans cette position déses-
ipérée, il se trouva deux prétendants au trône,
Théodore Lascaris et Théodore Ducas. L'élec-
tion eut lieu au point du jour, dans l'église de
Sainte-Sophie, et Lascaris l'emporta sur son ri-
vai. Il refusa le titre impérial, et déclara qu'il se
contenterait de celui de despote jusqu'à ce qu'il
eût délivré l'empire de ses ennemis. Il se mit im-
médiatement à l'œuvre ; mais il était trop tard.
Tandis qu'il excitait les Grecs à une vaillante
résistance, les croisés pénétraient dans la ville
et chassaient devant eux la foule épouvantée.
Dans la confusion du massacre et du pillage,
Lascaris s'échappa avec sa femme, et atteignit le
; ,i'ivage d'Asie. Les Latins , vainqueurs , procla-
; tnèrent empereur Baudouin, comte de Flandre.
Tiascaris réussit à lever quelques troupes en
àsie, obtint des secours du sultan de Koniah ou
[conium , et se rendit maître de l'importante ville
ile Nicée et delà plus grande partie de la Bithynie.
H déclarait agir comme despote et au nom de son
beau-père l'empereur Alexis IFE. Ses conquêtes
lui furent bientôt enlevées par Louis , comte de
iBlyis, qui dans le partage de l'empire avait reçu
ïa Bithynie et qui défit Lascaris, le 6 décembre
SOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX,
7oS
1204, près de Pémanène, place forte située sur
les confins de la Mysie et de la Bithynie. Le
prince grec se retira à Brousse, et forma une
nouvelle armée, dont il donna le commandement
à son frère Constantin. Celui-ci ne fut pas plus
heureux que Théodore. Il rencontra devant
Adramytteles Latins commandés par Henri, frère
de Baudouin, et essuya une défaite complète.
Théodore Lascaris était perdu si les victoires du
roi des Bulgares et une insurrection des Grecs
n'avaient rappelé en Europe le comte de Blois et
les autres barons latins. Lascaris rentra en pos-
session de la Bithynie, et comme son beau-père
était prisonnier du marquis de Montferrat, il prit
les titres d'empereur et autocrate des Romains
( BacriXeùç xaè AuroxpaTcop 'PcojjLaîwv ) , que por-
taient les empereurs de Constanlinople. Lascaris,
pour donner pkis de solennité à son couronne-
ment, convoqua à Nicée une assemblée de tous
les évêques de l'Éghse d'Asie. Le patriarche Ca-
matère, qui vivait alors à Didymotique, refusa de
s'y rendre, et envoya sa démission. Il fut rem-
placé par Michel Autorianus, qui présida au cou-
ronnement (1206). Plusieurs autres nobles grecs
lui disputèrent ce titre, et fondèrent des princi-
pautés indépendantes en Asie Mineure. Un cer-
tain Théodore, surnommé Morothéodore, c'est-à-
dire Théodore l'Insensé, s'empara de Philadel phie,
et en fut bientôt chassé. Manuel Maurozome,
appuyé de Gaïath-edDin, sultan d'Icône, auquel
il donna sa fille en mariage, se fit une petite sou-
veraineté en Phrygie. Mais le plus formidable
rival de l'empereur de Nicée fut Alexis Comnène,
qui régnait à Trébizonde depuis 1204, et dont
le frère, David, conquit l'Asie Mineure jusqu'à la
Propontide. Théodore et David étaient égaux en
habileté militaire, en activité et en persévérance.
David appela les Latins à son secours. Lascaris
leur tint bravement tête, et battit séparément
David et Henri de Constantinople. Une trêve
•conclue en 1210 ne dura pas, et une seconde
guerre se termina par la défaite de David, qui
céda à Lascaris la plus grande partie de la Pa-
phlagonie, en 1214. La lutte avec les Latins ne
fut pas moins favorable à l'empereur de Nicée.
Assiégé dans Nicomédie en 1207, il s'empara
dans une sortie du comte Thierry de Los, ou
Diedrick van Looz , puissant baron des Pays-Bas
et descendant des premiers ducs de basse Lor-
raine. Henri racheta le comte au prix de plu-
sieurs Tilles fortifiées, et cet arrangement con-
duisit à une trêve en 1210. A peine Lascaris eut-
il terminé cette guerre qu'il eut à repousser un
nouvel ennemi. Son beau-père Alexis, échappé de
prison, revendiqua le trône en 1210, avec le se-
cours de Gaïat-ed-Din, sultan de Koniah. Lascaris
résista victorieusement à cette coalition, fit pri-
sonnier Alexis, et le relégua dans un monastère. Ses
dix dernières années s'écoulèrent en paix. Las-
caris mourut avant l'âge de cinquante ans, après
en avoir régné dix-huit, en comptant de la prise de
Constantinople, et seize à partir de son couron-
24
739
LASCARIS
740
neinent. Il avait été marié trois fois. Après la
mort de sa première femme Anna, il épousa Phi-
lippa, princesse arménienne, qu'il répudia bien-
tôt. Il choisit pour sa troisième femme Maria,
fille de Pierre de Courtenai, empereur de Cens-
tantinople. Il aurait voulu donner sa fille Eudoxia
en mariage à Robert, fils de Pierre de Courtenai;
mais le patriarche grec Manuel s'y opposa, à
cause de la parenté de Lascaris et de Robert.
Théodore Lascaris eut pour successeur son beau-
frère , Jean Vatace. L . J.
Nicetas, Mexis Comneniis elBalduinus. — Acropolite,
e, 14, 15, 18. — Ville-Hardouin, C/ironigue. — Du Cange,
Familix Byzantinse. — Le Beau, Histoire du Bas- Em-
pire, 1. XCIV-XCVII. — Michaud, Histoire des Croisades,
t. 11, 1. X'I. — Daru, Histoire de J^enise, I. IV. — Gib-
bon, History oj Décline and Fall o/ Roman Empire,
t. XI. — Falmeiayer, Geschiclite des Kaiserthums Tra-
pezunt.
LASCARIS (THÉODORE II, lejeune), empe-
reur de Nicée, fils de Jean Vatace, né en 1222,
mort au mois d'août 1259. 11 succéda à son père,
le 30 octobre 1255. Son premier soin fut de s'as-
surer l'alliance du sultan d'Iconium contre les
Bulgares, qui venaient d'envahir la Thrace. Après
s'être fait couronner à Nicée, le 24 décembre, par
le moine Arsène, nommé patriarche à cette oc-
casion, il passa l'Hellespont avec un faible corps
de troupes, et remporta une victoire sur les Bul-
gares près d'Andrinople. Trois campagnes heu-
reuses suivirent ce premier succès, et aboutirent
à la paix, en 1258. Débarrassé des Bulgares, Las-
caris s'abandonna à sa violence naturelle, qui
allait jusqu'à la frénésie. Déjà, dans une de ses
marches en Thrace, il avait fait donner la bas-
tonnade à son premier ministre Georges Acropo-
lite. En 1259, soupçonnant une femme d'une
illustre famille, Marthe Paléologue, d'avoir jeté
un charme sur un de ses courtisans Basile, il la
fit enfermer jusqu'au cou dans un sac avec des
chats qu'on piquait avec des aiguilles pour les
mettre en fureur. La crainte d'attirer sur lui les
sortilèges de Marthe le décida à mettre fin à ce
supplice barbare. Il reporta sa colère sur Michel
Paléologue, frère de Marthe , et ordonna de le
mettre en prison; mais une maladie mortelle le
ramena à de meilleurs sentiments. Il fit mettre
Paléologue en liberté, et lui recommanda ses en-
fants. Il mourut après un règne de trois ans dix
mois, dans le monastère de Sosandre, en Magné-
sie, laissant un fils, Jean, encore en bas âge, et
quatre filles : Marie, femme de Nicéphore, prince
d'Épire; Irène, femme de Constantin Tech, roi
des Bulgares ; Theodora, qui épousa Matthieu de
Vallaincourt, et Eudocie qai fut mariée à Guil-
laume, comte de Vintimille, Génois, dont la pos-
térité porta le surnom de Lascaris. L. J.
Georfres Acropolite, c. 63-7S. — Pachymère, 1. I, là, 14,
28. - Phranza. I. 1,3. — Albufarage, Dynast., IX. —
Du Cange, Familiae Byzantinse, p. S23. -Gibbon, His-
tory of Décline and Fall nf Roman Empire, t. XII. —
I,e Beau, Hisloine du Bus- Empire, l. XCn'..
LASCARIS (JEAN IV), empereur de Nicée, fils
du précédent, né vers 1250, régna de 1259 à
1261. Il avait neuf ans, ou huit selon Georges
\
Acropolite, lorsqu'il succéda à son père, Théo-
dore II, et régna d'abord sous la tutelle du pa-
triarche Arsène et du grand domestique ftlu-
zalon. Le grand domestique périt bientôt dans
une émeute mililaire fomentée par Michel Pa-
léologue, qui se fit prociamer empereur et gou-
verna jusqu'en 1261 comme collègue de Lasca-
ris. Mais après la prise de Constantinople sur
les Latins Michel se débarrassa du jeune prince
en lui faisant crever les yeux. Lascaris, relégué
dans un lointain exil, vécut et mourut obscuré-
ment. L. J.
l'achymôre, 1. 1-III. - Phranza, I. 1-V. — Le Bean, //is-J|
toire du Bas-Empire, 1. C.
LASCARIS {Constantiri), grammairien grec
issu delà famille impériale de ce nom, vivait au
quinzième siècle. Il fut un des Grecs qui aprè
la prise de Constantinople quittèrent leur patrif
et se rendirent en Italie. François Sforza, duc dti
Milan, l'accueillit favorablement, et le charge
d'enseigner le grec à sa fille Hippolyte, àgce d(
dix ans en 1455, et promise à Alphonse qui i"u
depuis roi de Naples. Lascaris composa poui
cette princesse sa Grammaire Grecque, publié*
à Milan en 1476, le premier livre en cette langu*
imprimé en Itahe. On a prétendu que de Mi lai
Lascaris, à la demande de Laurent de Médicis
se rendit à Florence, et qu'il alla même ei
France; mais, selon Tiraboschi, il n'existe'aucun
indice d'un séjour de Lascaris à Florence, et en
core moins d'un voyage en France. 11 nous di|
lui-même : « J'ai enseigné les lettres grecque
à Milan, à Naples et dans d'autres villes de l'Ita'
lie, et, autant que mes forces me l'ont permis '
j'ai appris les lettres latines ». On ignore quelle
sont ces autres villes ; mais il paraît certain qu)
Lascaris vécut quelque temps à Rome, dans ij
palais du cardinal Bessarion, et delà se rendij
à Naples, sur l'invitation du roi Ferdinand, pou
y faire un cours public de langue grecque. O:
croit que dans sa vieillesse il songeait à retour
ner dans son pays, et qu'il était déjà en rout
pour la Grèce lorsque les propositions avanta
geuses des habitants de Messine le décidèrent
se fixer dans cette ville. 11 y professa publique
ment le grec jusqu'à sa mort. Sa réputation at
tira beaucoup d'élèves, entre autres Pierre Bembc
qui dans ses Lettres fait le plus grand éloge d
savoir, de la piété et de la vertu de Lascaris
Ce savant reçut de Messine le droit de cité, i
en témoignage de gratitude il légua au sénat d
cette ville sa riche bibliothèque, qui fut depui
transportée en Espagne (1,). On voit dans un
(1) V La précieuse collection rassemblée par Constant!
Lascaris existe encore, et porte la marque du soin prt
voyant de ce zélateur des lettres. Transportée dans
Sicile et dans ntalie , elle servit à faire connaître à l'Ei
rope les pins célèbres écrivains de l'antiquité grecqu<
et maintenant elle est reléguée dans la bibliothèque c
l'EsPurial. On y voit -la trace des efforts de Lascar
nour conserver, pour réunir ces débris du génie antiqu<
et IMntention généreuse qui l'animait. Plusieurs ouvrage
transcrits de sa main . portent des épigrapties qui ra[
pellcnt quelque détail curieux , ou témoignent de (juclqi
I
r4i LASCARIS
etlre de Bembo que Lascaris vivait encore Je
7 novembre 1493, et on croit qu'il mourut pea
près. Sa Grammaire Grecque fut imprimée à
iilan , 1476, in-4", par les soins de Démétrius de
îrète, et réimprimée dans la même ville en 1480,
i-fol., avec une traduction latine de Jean Cres-
Cet ouvrage reparut en grec et latin; Vi
742
ence, 1489, in-4". Les Aide en donnèrent cinq
dit' ns; Venise, 1494-95, in-4°; sans date,
vers 1500, in-4°); 1512, in-4''; 1540, 1557,
1-8" ; et Jean-Marie Tricelli en fit une seconde
aduction latine; Ferrare, 1510, in-4°. On aen-
ore de Lascaris deux petits traités Sur les Si-
iliens et les Calabrais qui ont écrit en grec;
is. opuscnles, publiés d'abord par Maurolico, en
562, ont été insérés dans la Biblioteca di Sto-
ia Letteraria de l'abbé Zaccaria ; le premier a
;é réimprimé avec des corrections dans les
ïemor. Letter. di Sicil. de V. M. Amico, 1. 1,
IV ; — une Dissertation sur Orphée, im-
rimée dans les Marmara Taurinensia, t. I.
iarte, dans ses RegicV Bibliothecse Madritensis
odices Grseci manuscripti, t. I, a publié plu-
eurs lettres de Lascaris. La vie de Lascaris a
umi à M. Villemain le sujet d'un petit ouvrage,
1 le savoir et l'imagination s'unissent heiireu-
ment pour peindre une intéiessante période de
Renaissance. L. J.
f. Beinbo, Famil. Epist., 1. 1,7. — Hodius, De Crsecis
iistribus, l. II, c. iv, p. 840. — Boerner, De Exulxbus
•œcis, p. 170. — Jérôme Ragusa, Eloçia Siculorum. —
raboschi , Storia delta Letteratura Italiana, t. VI',
r. II. — Renouard, annales des Aide. — Brunet, Ma-
lel du Libraire.
LASCARIS (André-Jean), surnommé Mj/n-
iconus , philologue grec originaire de Rhyn-
icus, petite ville de la Phrygie, et de la même
mille que le précédent, né vers 1445, mort en
35. Après la ruine des faibles restes de l'em-
re grec, il se réfugia en Italie, et trouva un
ile à la cour de Laurent de Médicis. Ce prince
chargea d'aller recueillir à Constantinople et
ns d'autres villes de la Grèce des manuscrits
couraient risque d'être promptement dé-
lits sous l'ignorante domination des Turcs.
scaris fit dans ce but deux voyages, qui pro-
rèrentà la bibliothèque de Laurent un nombre
nsidérable d'ouvrages rares et d'un grand
ix. Il rapporta de sa seconde expédition en-
on deux cents manuscrits , acquis pour la plu-
i)le sentiment. Sar une belle copie de la Politiqne
ristote sont écrits ces mots : « Louange à Dieu, au-
ir de tout bien ! Ce livre est le travail et la propriété I
Constantin Lascaris de Byzance, et, après lui, de i
iconque sanra le comprendre. » Les manuscrits d'Hé-
lote, de Thucydide, d'Euripide, de Sophocle, de Pla- j
'i, etc., portent diverses inscriptions relatives au .se- '
r de Lascaris en Sicile et en Italie. 11 se trouve aussi
is cette collection des lettres adressées à d'autres fu- j
ifs de Byzance, et des fragments historiques qui n'ont
lais été publiés. Un abrégé d'histoire universelle, que \
caris ayait conduit jusqu'à la prise de Constantinople,
>t il fut témoin , se termine par le récit de la mort de
npereur, et par ces paroles touchantes : « Avec lui pé-
l'empire, et la liberté, et la civilisation, et les sciences,
eut ce qu'il y a de bon. » ( Villemain, Lascarif, note c.)
part dans un monastère du mont Athos; mais
lorsque ce trésor arriva, Laurent de Médicis
était mort. Lascaris, privé de son bienfaiteur, ac-
cepta les offres du roi de France Charles VIII,
et alla enseigner le grec à Paris, vei's la fin du
quinzième siècle. Il fut le maître de Budé et de
Danès. Louis Xlt l'envoya deu.\ fois à Venise en
qualité d'ambassadeur, en 1503 et 1505. Quand
le roi de France rompit avec la république, en
1508, Lascaris resta à Venise comme simple
particulier. Léon X l'appela bientôt après à
Rome, et lui confia l'instruction de dix jeunes
gens de familles nobles , amenés de Grèce par
Marc Musurus. Cette réunion de jeunes gens était,
dans la pensée du pape, une sorte d'école nor-
male pour la propagation de la langue grecque.
Lascaris reçut aussi la direction de l'imprimerie
fondée à Rome par le même pape, et unique-
ment destinée aux livres grecs. Il avait déjà
donné à Florence sa belle édition de l'Antholo-
gie Grecque; il publia à Rome plusieurs autres
éditions précieuses. Le pape l'envoya, en oc-
tobre 1515, auprès de François 1", qui s'efforça de
le retenir à Paris. Lascaris retint à Rome ; mais
en 1518 il se rendit aux invitations du roi de
France, et aida Budé à former la bibliothèque
de Fontainebleau. Il alla ensuite à Venise avôc
une mission de François \". Paul III le rappela
à Rome; mais, ti'ès-âgé et souffrant de la goutte,
il ne survécut que peu de jours aux fatigues do
voyage. Lascaris fut un des savants qui con-
tribuèrent le plus à répandre en occident la
science et les monuments de la langue grecque.
Il ne composa qu'un petit nombre d'ouvrages ;
mais il enseigna longtemps à Florence, à Rome,
à Venise, à Paris. Il remplit les fonctions de cor-
recteur d'imprimerie à Florence chez F. de Alo-
pas, et fit usage le premier des lettres majuscules
grecques. « Il a le premier trouvé, dit Gabriel
Naudé, ou au moins rétabli et remis en usage, les
grandes lettres, ou pour mieux dire les majuscules
et capitales de l'alphabet grec, dans lesquelles il
fit imprimer, l'an 1494, des sentences morales et
autres vers qu'il dédia à Pierre de Médicis,
avec une fort longue epistre liminaire, oii il
l'informe de son dessein et de la peine qu'il
avait eue à recherclier la vraie figure de ces
grandes lettres parmi les plus vieilles mé-
dailles et monuments de l'antiquité (1). » On a
de lui les éditions suivantes : Anthologia Epi-
grammatum grœcorum Libri VII; Florence,
1494, in-4» ( en lettres capitales ) ; — Callima-
chi Hymni grsece, cum scholiis grsecis; Flo-
rence, sans date (vers 1495), in-4° (en capi-
tales ) ; — Scholia grxca in Iliadem, in inte-
grum restituta; Rome, 1517, in-fol.; — Ho-
mericoru7n qusestienum Liber et de nym-
pharum Antro in Odyssea opusculum ; Viorne,
1518, in-4"; — Commentarii in septem tragœ-
dias Sophoclis; Rome, 1518, in-i". On a encore
(1) Naudé, Jddit. à l'Histoire de Louis XI, p. 393,
24.
7U LASCARIS
de lui une traduction latine de quelcpies traités de
Polybe Sur l'Art Militaire;^ Epigrammata
grseoa et latina; Paris, 1527, in-8°; Bâle,
1637, in-8°; Paris, 1544, in-4°; — De veris
Grascarum Litterarum Formis ac Causis apvd
antiques; Paris, 1536, in-8°; — Orationes;
Francfort, 1575. L. J.
Gregor. Gyraldi, De Poetis suorum temporum; dlal.
p. 11. — Paul Jove, Elogia, n" XXXI. — N. C. Papado-
poli, Historia Gymnasii Palavini, t. II. — H. Hudias,
De Graecis illust., 1. II. — Bœrner, De Doctis Exul.
GTsecis.— Bayle, Dict. Histo7'iqiie et Critique.— Tirabos-
cht,Storia delta Letterat. Ualiana, t. Vil, part. Il, p. 420.
LASCARIS {Paul), cinquante-cinquième
grand-maître de l'ordre des chevaliers de Malte,
né à Casteliar, en 1560, élu le 13 juin 1636,
mort à Malte, le 14 août 1657, descendait des
comtes de Vîntimille , près de Nice et de l'an-
cienne maison des empereurs de Constantinople.
Entré dans l'ordre en 1584, il était en 1636
bailli de Manosque. Lorsqu'il Ait investi de la
souveraineté de Malte, il fortifia cette île contre
les entreprises des infidèles, et s'empara du re-
négat marseillais Ibrahim Rais , plus connu
sous le nom de Bécasse. Lascaris dénonça au
pape Urbain VIII l'évêque de Malte, qui favori-
sait l'exemplion du service militaire en facilitant
l'admission aux ordres sacrés. Vers 1645, l'em-
pereur ottoman Ibrahim déclara la guerre aux
Maltais pour les punir d'avoir capturé un navire
turc où se trouvaient une de ses femmes et un de
ses enfants. Repoussés de Malte, les Musulmans
enlevèrent l'île de Candie aux Vénitiens. Las-
caris refusa de prendre part aux troubles excités
à Naples et en Italie par Masaniello, et ne vou-
lut point seconder les prétentions de l'aven-
turier Giacaja, qui se disait souverain de Cons-
tantinople. Malte dut au magistère de Lascaris
l'acquisition de l'île de Saint-Christophe en Amé-
rique et la création à La Valette d'une biblio-
thèque à laquelle devaient être réunis les livres
des chevaliers morts dans l'île. F.-X. Tcssier.
Histoire des Chevaliers de Malte.
LASCARIS {Paul-Louis ), diplomate français,
de la même famille que le précédent, né en Pro-
vence, en 1774, mort au Caire, en 1815, faisait ses
caravanes à Malte , lorsque Bonaparte s'empara
de cette île, au mois de juin 1798. Il suivit en
Egypte le général français. Après la rupture du
traité d'Amiens , en 1803, Napoléon conçut le
projet d'une expédition dans l'Inde anglaise, et
fit partir Lascaris pour l'Orient avec des ins-
tructions secrètes ainsi spécifiées : « 1° partir
de Paris pour Alep -, 2° chercher en cette ville
un Arabe dévoué et se l'attacher comme drog-
man ; 3° se perfectionner dans la langue arabe ;
4° aller à Palmyre ; 5° pénétrer parmi les Bé-
douins ; 6° connaître tous les chéiks et gagner
leur amitié'; 7° les réunir tous dans une même
cause ; 8° leur faire rompre tout pacte avec les
Osmanlis-, 9" reconnaître tout le désert, les
endroits où se trouve de l'eau et des passages
jusqu'aux frontières de Finde; 10" revenir en
744}
Europe. « Lascaris rempkt sa mission eri
homme intelligent et dévoué. Après avoir se- ;
journé quelques années dans la ville d'Alep,
conformément aux premiers points de ses ins-
tructions, il épousa une Géorgienne, parente d(
Soliman-Pacha, et partit, le 18 février 1810, avec
le marchand Fatalla, pour visiter les tribus d(
la Mésopotamie et les rives de l'Euphrate. Lais
sons-le raconter lui-même ce voyage : <c.Nou!
partîmes pour Nahaman, où je fis connaissanc»
du Bédouin Hettal ; le 22 février nous pai ;;me
pour Hama, ville considérable où mon commi
(Fatalla) voulait déployer ses marchandises
mais je m'y opposai. J'allais prendre le dessii
du château. On me dénonça à Sélim-Bey;
connu par sa cruauté, qui ordonna de mettre
deux chiens de voyageurs en prison, commii
infidèles suspects. Je me rachetai avec de l'an
gent, et nous partîmes pour Homs, où je m'enj
pressai de prendre des notes sur les mœurs de
Bédouins, et à cet effet je restai un mois poi|
vendre des marchandises. D'Homs nous allâme
à Saddad , ville qui servait de halte aux cora
merçants de La Mecque , et protégés par le Be
douin Hassam, nous fûmes conduits à Palmyrj
Nous demeurâmes quelque temps dans cetti
belle ville, pour vendre nos marchandises t
visiter le pays, connaître les chefs de chaqui
tribu et leurs opinions. Après de grandes diffii
cultes, nous parvînmes jusqu'à Bagdad, puis •
Mémonna, frontière des Indes orientales. » Un
guerre entre les Bédouins contraria les dessein
de Lascaris. Cependant il reprit le chemin di
l'Europe pour communiquer à Napoléon le!
connaissances qu'il avait acquises et les relai
lions politiques qu'il lui avait ménagées. De n
tour à Constantinople en 1814, il apprit la chut
de son protecteur, et alla mourir au Caire
consul anglais s'empara des manuscrits de Lai
caris. Ses notes, laissées à son drogman Fatalli
ont été achetées en 1830 par M. Lamartine <
publiées sous le titre suivant: Récit de Fatall
Saijeghir, demeurant à Latakié, sur son sc:
jour chez les Arabes errants du grand dt
sert, rapporté et traduit par les soins d
Lamartine ;Pairh, 1835,in-8°. F.-X. T.
Lamartine, Foyage en Orient.
LASCARIS {Augustin), marquis de Vinti
MILLE, légiste et écrivain agronomique, né
Turin, en 1776, mort le 28 juillet 1838, au pet
village de Saint- Vincent, dans la vallée d'Aost(
reçut sa première éducation à la cour de Turir
11 fut successivement premier page de la reini
officier de cavalerie et aide-de-camp du r
Victor- Amédée, en 1792, après l'occupation (.
Nice par les Français. Après le traité de Th
rascoen 1796, il se fit remarquer par son act
vite dans les bureaux de l'état-major. En 18H
lorsque la marquise Lascaris Saint-Thomas, s
femme, fut nommée dame du palais de l'in
pératrice Marie-Louise , Lascaris vint à Parii
où il s'occupa de sciences, d'arts et d'agricultun
745 LASCARIS — LAS CASAS
A l'invitation du roi de Sardaigne, rentré dans
ses États, Lascaris reprit, en 1814, avec le grade
de général dans l'état-major, le service qu'il
avait quitté, en 1800, avec le grade de capi-
taine. Sous sa présidence, la Soc-iété royale d'A-
gviculture et l'Académie des Sciences de Turin
reçurent une impulsion nouvelle. Nommé con-
seiHer d'État en 1831, Lascaris contribua à la
rédaction du code sarde, qui fut publié en 1837.
On a de lui : Capelli di Pag lia di Toscana;
Turin, 1819, in-8°; — Regïonamento sopra la
LUografia; Turin, 1820. in-8°: — Dei Fon-
fanelli; Tarin, 1820, in-8°; — Sul Arracha
ole'ifera; 1831, in-8°; — Sul Gelso del Fi-
lippine; 1832, in-8°; — Schiarimenti sopro
il riso Bertone del Dolton Ormea; 1834,
in-8°; — Brevi Discorsi ; Turin, 1837, in-8o;
— Del Acero campestre; 1837. Lascaris était
commandeur de l'ordre de Saint-Maurice, de
l'ordre militaire de Savoie et de celui de Léo-
pold d'Autriche, conseiller d'État ordinaire, dé-
curion de la ville de Turin et académicien ho-
noraire des beaux-arts. F.-X. T.
' Bibliographie de la France, 1819, 1820, 1881, 18S2,
i 1834, 1S37. — Tipaldo, Ital. lUustr.
j LAS CASAS [Barthélémy he) , théologien,
publiciste et historien espagnol , évêque de
Chiapa dans le Mexique, né d'une famille noble
à Séville, en 1474, mort à Madrid en 1566. Il
s'embarqua à l'âge de dix-neuf ans avec son
père, qui accompagnait Christophe Colomb dans
son premier voyage pour la découverte du Nou-
veau Monde, revint en Espagne, présenta à Char-
les Quint plusieurs mémoires en faveur des In-
diens, entra dans l'ordre des Dominicains, fut
d'abord curé dans sa patrie , et retourna en
Amérique comme missionnaire Là il prêcha
en même temps la morale évangélique aux peu-
plades conquises et l'humanité à ceux qui les
opprimaient. Au rapport de l'historien Oviedo
Valdès , il réconcilia le cacique don Henri avec
les Espagnols. Ce chef indien , dont la femme
avait été outragée par un officier espagnol, et
qu'un déni de justice avait irrité, faisait la guerre
depuis quatorze ans. Las Casas , que Charles
Quint avait envoyé à Cumana en qualité de
gouverneur, voulut y établir des colons , dont
la conduite envers les indigènes devait être ré-
glée sur les préceptes de l'Évangile. Mais ses ef-
forts eurent peu de succès; il n'en plaida pas
avec moins de zèle la cause de ses infortunés
néophytes, pour le soulagement desquels il passa
souvent d'Amérique en Europe, et d'Europe en
Amérique. Il fit à Charles Quint un si touchant
récit des cruautés exercées envers les Indiens,
que leciieurdu monarque en fut ému. Des or-
donnances sévères furent rendues contre les
persécuteurs ; mais elles ne furent point exécu-
tées. Dans le même temps, Sepulveda composa
un ouvrage intitulé : Démocrates secundus ,
seu dejustis belli causis, etc., où il soutenait
que les Espagnols avaient non-seulement le
746
droit de s'emparer des Indes, mais d'exterminer
quiconque refusait de se faire baptiser. Ce
livre, imprimé à Reme, fut proscrit par Charles
Quint; il en circula cependant quelques copies
en Espagne. Las Casas réfuta cet infâme libelle.
Une conférence publique eut lieu entre les deux
adversaires ; mais rien n'y fut décidé. Le gou-
vernement lui-même ne prononça jamais sur
ce grand procès. On continua de massacrer les
malheureux Indiens ou de les entasser dans les
ruines. Selon le témoignage de l'historien Her-
rera, Las Casas, cet apôtre de l'humanité, aurait
conseillé aux Espagnols la traite des nègres, afin
de les employer comme esclaves dans les travaux
des colonies et d'épargner les Indiens. Grégoire,
évêque de Blois, a complètement détruit cette
calomnieuse imputation. Las Casas passa cin-
quante ans dans le Nouveau Monde , où il fut
nommé évêque de Chiapa, se démit de ce siège,
et rentra dans sa patrie en 1551. On a de lui :
Brevissima Relacion de la Destruccion de
las Indias; Séville, 1552, in-4° ; traduite en
latin sous ce titre : JSarratïo regionum In-
dicarum per Hispanos quosdam devasta-
tarum, etc., Francfort, 1598, m-k°; en fran-
çais, par Jacques de Miggrode, sous ce titre :
Tyrannies et Cruatités des Espagnols; An-
vers, 1679, in-4"; — Principia qusedavi ex
quibus procedendum est in dùputatione, ad
manifestandam et defendendam justitiam
Indorum; — Vtrum reges et principes, jure
aliquo vel titulo et salva conscientia, cives
ac subditos a regia corona alienare et alte-
rius domina particularis ditioni subjicere
possint ? Francfort, 1571, in-4°; — Des livres
de théologie et de morale. La collection de £as
Obras de D. Barthel. de Las Casas ; Séville,
1552, in-4° : rare et recherchée, a été reproduite
plusieurs fois, et récemment par Llorente;
Paris, 1822, 2 vol. in-8°. La même année parut
une traduction libre des Œuvres de Las Casas,
2 vol. in-8°, par les soins de LloiieQte.
Grégoire, Jpologie de Las Casas (Xîeinoires de l'Ins-
titîit, Sciences morales et politiques), tom. III. — Las
Casas et les Indiens, noiice Insérée dans les Jnnales
de Philosophie chrétienne, mars 1838. — Emile souves-
tre, Hevue de Paris, 4» série, 1843 , t. XXII. p. 331. —
Rétrospective Seview, t. VI, p. 261. — Foreiyn quar-
terly Remew, mars 1835- — V^ayasl , Histoire Philoso-
phique des deux Indes, t. vu, p. 172-17S. — Robertson,
Historu of America. — Llorente , OEuvres complétées
de Las Casas, précédées de sa vie. —, Michel Pio, f^ie
de Las Casas ; Bologne, 1618, in-4''. — Moréri, Dict.
JJistor.
LAS CASAS (Christophe ue), lexicographe
et traducteur espagnol, natif de Séville, mort
en 1576. On a de lui en espagnol : Vocabu-
laire des deux langues italienne et espa-
gnole; Venise, 1576, in-8°; ibid., avec des ad-
ditions par CamilloCamilli, 1594 ; — une traduc-
tion de Solin ; Séville, 1573, in-4''.
Antonio , Bibliotheca Hispana nova.
LAS CASAS (Gonzalve de), agronome espa-
gnol, vivait au Mexique dans le seizième siècle.
Ou a de lui ; Traité sur la Culture des Vers
747 LAS CASAS — LAS CASES
à soie dans la Nouvelle-Grenade, en espa
748
gnol; Grenade, 1581, in-8° ;, réimprimé avec
quelques autres traités sur ragricuituie; Ma-
drid, 1620, in-fol. Il avait composé plusieurs
autres ouvrages restés manuscrits. A. de L.
Antonio, Bibliotheca Hispana nova.
LAS CASES ( Emmanuel- Augustin- Dieu-
donné- Marin- Joseph , seigneur de La Cacs-
SADE, Palleville, Couffinal et Spugets, mar-
quis de ), historien français, l'un des comjja-
gnons de l'empereur Napoléon à Sainte-Hélène ,
naquit au château de Las Gases, près Revel (Lan-
guedoc), en 1766, et mourut à Passy-sur-Seine, le
15 mai 1842. Il fit ses éludes à Vendôme chez
les Oratoriens, et à Paris à l'École Militaire. Il
entra dans la marine militaire en qualité d'aspi-
rant, et s'embarqua à Brest suv L'Actif, vaisseau
de 74, qui faisait partie de l'escadre hispano-
française qui, sous les ordres de donLuiz de Cor-
dova et des comtes de Guichen et de La Mothe-
Picquet , fut employée au siège infructueux de
Gibraltar. Le 20 août 1782 , il assista, sur le
vaisseau amiral Le Royal-Louis (de 130), au
sanglant combat de Cadix. Au rétablissement de
la paix ( février 1783), il visita successivement
sur Le Téméraire , Le Patriote et L'Achille,
l«s Antilles , Terre-Neuve et Boston. Après un
brillant examen passé à Brest, où il avait pour
interrogateur le célèbre Monge, il fut promu
au grade de lieutenant de vaisseau. Il n'avait
alors que vingt-et-un ans. Il reprit la mer aus-
sitôt, et se trouvait à Saint-Domingue lorsqu'il
fiit désigné pour faire partie de l'expédition scien-
tifique de la Pérouse; fort heureusement pour
lui, il ne put arrivera Brest qu'après le départ
de l'infortuné navigateur. A quelque temps de là,
il était nommé au commandement du brick Le
Matin, chargé de se rendre au Sénégal de con-
serve avec une frégate. Dans cette circonstance,
sa bonne étoile le servit encore : les deux bâti-
ments, profitant d'un vent favorable , appareil-
lèrent sans l'attendre, et peu de jours plus tard
Le Matin, séparé de la frégate durant une nuit
d'orage , sombrait sous voile sans laisser même
une trace de sa disparition.
La révolution venait d'éclater ; le marquis de
Las Cases, entraîné par les préjugés de caste et
d'éducation, fut un des premiers à émigrer, et se
joignit en 1790 au premier rassemblement roya-
liste formé à Worms sous les ordres du prince
de Condé , qui le chargea de plusieurs missions
délicates, entre autres auprès du roi de Suède
Gustave III , dont il sut gagner l'amitié. Après
les défaites des Prussiens et la dispersion du
corps des émigrés, de Las Cases passa en Angle-
terre, et fit encore partie de l'expédition de Qni-
beron. Il échappa par miracle au désastre qui la
termina, et de retour à Londres il n'eut d'autre
ressource pour vivre que de donner des leçons.
Ce fut à cette époque qu'il conçut le plan de l'At-
las historique et géographique (1802, in-fol.),
qu'il publia avec tant de succès sous le pseudo-
nyme de Le Sage. Rentré après le 18 brumaire,
il sollicita vainement un emploi. Il vivait dans
l'obscurité, loisqu'en 1809, les Anglais s'étant
emparés de Flessingue, il courut s'engager
comme volontaire dans l'armée que Bernadette
conduisait contre l'ennemi. Ce zèle patriotique
fut remarqué. Napoléon le récompensa par une
place de maître des requêtes au conseil d'État,
et en 1810 ill'attachaà sa personne en qualité de
chambellan. La même année il le créa comte de
l'empire, et en 1811 lui confia la liquidation de
la dette austro-illyrienne. En 1812, Las Cases
eut pour mission de visiter une partie des dé-
partements de l'empire, d'y inspecter les dépôts
de mendicité, les prisons, les hospices, les éta-
blissements de bienfaisance, et de dresser un étatî
exact de tous les ports et stations navales depuis'
Toulon jusqu'à Amsterdam. Lors du rétablisse-
ment de la garde nationale de Paris , par suite
des revers de 1813, Las Cases fut un des chefs;
de bataillon de la dixième légion. En 1814 lei
comte de Las Cases donna un bel exemple de
fidélité politique en refusant de signer comme
membre du conseil d'État un acte d'adhésion à la
déchéance de Napoléon. De lui-même il s'exila
en Angleterre, et ne reparut à Paris qu'après le
20 mars. Il rentra aussitôt dans ses charges
la journée de Waterloo amena une nouvelle
restauration de la monarchie des Bourbons. Las
Cases ne quitta plus l'empereur vaincu ; il le
supplia de lui permettre de partager ses desti-
nées : de l'Elysée il le suivit à La Malmaison et
de là à Rochefort, où Napoléon le chargea de la
ti'ompeuse négociation du Bellérophon, qui se
termina par la déportation à Sainte-Hélène. Suri
ce rocher on le retrouve, accompagné de son fils
aîné, prodiguant à son auguste maître les soins i
les plus dévoués et parvenant quelquefois à dis-
siper la tristesse du héros, qui se plaisait à con-
verser avec lui sur les grands événements de
son règne. Chaque soir, avant de se livrer au
sommeil, Las Cases avait soin de consigner par
écrit les entretiens de la journée , précaution à
laquelle nous sommes redevables d'une des plus
précieuses sources ouvertes à l'historien quii
veut apprécier justement les époques du consu-i
lat et de l'empire. « Assurément, ajoute uai
critique sérieux, il est permis de douter que
toutes les idées, tous les mots prêtés par Las
Cases à l'empereur dans son Mémorial de
Sainte-Hélène soient parfaitement authentiques,
et de penser qu'il y met très-souvent du sien ;
mais on ne saurait méconnaître dans ce livre un
de ceux qui font le mieux juger les pensées in-
times du Charlemagne moderne. »
Le séjour de Las Cases à Sainte-Hélène ne fut
pas de longue durée. Dès le 27 novembre 1816,
par suite d'une lettre, qu'à l'insu du gouverneur
de l'île, sir Hudson Lowe, il adressait au prince
de Canino , Lucien Bonaparte , et dans laquelle
il s'exprimait avec franchise sur les indignes
traitements qu'on faisait subir à l'empereur, il
749
LAS CASES
750
fut transféré au cap de Bonne-Espérance, où il
resta huit mois prisonnier. Voici l'opinion de
Walter Scoot sur ce fait, et ce témoignage ne
saurait être suspect de partialité : on sait que
le célèbre romancier s'est toujours montré fort
malveillant pour Napoléon : « Dans le mois de
novembre 1816, Napoléon fit une perte qui dut
lui être sensible, en se voyant ravir la société
du comte de Las Cases. Le profond attachement
du comte à sa personne ne pouvait être mis en
doute ; et son âge , son caractère, comme ayant
exercé des fonctions civiles, l'empêchaient de
prendre beaucoup de part à ces débats et à ces
querelles, qui, malgré l'affection qu'ils avaient
tous pour Buonaparte, éclataient parfois entre
les officiers de sa maison. Il avait du goût pour
les lettres, et était en état de converser sur les
principaux points de l'histoire et des sciences.
C'était un émigré , et , connaissant toutes les
manœuvres et les intrigues de l'ancienne no-
blesse , il avait mille anecdotes à raconter que
Napoléon écoutait avec plaisir. Mais ce qui le
rendait surtout précieux, c'est qu'il recueillait
et consignait sur un journal tout ce que disait
Buonaparte, avec une fidélité scrupuleuse et un
zèle infatigable ; et , de même que l'auteur de
l'un des ouvrages les plus amusants de la langue
anglaise (la Vie de Johnson, par Boswell), le
comte de Las Cases ne trouvait jamais trivial
rien de ce qui pouvait servir à peindre l'homme.
Comme Boswell aussi, son admiration pour son
héros était si grande, que parfois on serait tenté
de croire qu'il n'a pas une idée bien exacte du
bien et du mal , tant il est porté à trouver tout
ce que Napoléon dit ou fait invariablement bien.
Mais si son affection contribuait jusqu'à un cer-
tain point à aveugler son jugement , elle partait
du moins du fond du cœur. Le comte en donna
encore une preuve non équivoque, en consa-
crant au service de sou maître une somme de
quatre raille livres sterling ou environ, composant
toute sa fortune, qui était placée dans les fonds
anglais. Il est d'autant plus à regretter qu'il ne
soit pas resté à Sainte-Hélène, que son journal
présente le meilleur recueil non- seulement
des pensées véritables de Buonaparte , mais en-
core des opinions qu'il voulait faire passer
comme telles. 11 n'y a pas de doute que le départ
de ce dévoué serviteur ne dût augmenter beau-
coup le vide affreux qu'éprouvait l'exilé de
Longwood. »
Ramené en Europe, Las Cases eut à subir
encore de nombreuses avanies. Ses papiers fu-
rent saisis, et on lui assigna d'abord pour rési-
dence Francfort-sur-le-Mein ; plus tard , l'inter-
vention de l'empereur d'Autriche lui fit permettre
le séjour de la Belgique; mais ce ne fut qu'après
la mort de Napoléon qu'il put rentrer en France,
où il commença presque aussitôt la publication
de son Mémorial. On évalue à près de deux
millions de francs le profit qu'il tira de la vente
de cet ouvrage.
Sous le règne de Louis-Philippe, le comte de
Las Cases fut élu en 1831 et 1839 membre de la
chambre des députés par le collège de Saint-
Denis, et siégea dans cette chambre à l'extrême
gauche. Il avait épousé, en 1799, M"* de Kerga-
riou, dont il laissa deux fils et une fille. Il est
difficile d'éùumérer les éditions de son Mémo-
rial de Sainte-Hélène, ou Journal où se trouve
consigné, jour par jour, ce qu'a dit et fait
Napoléon pendant dix-huit mois; la première
édition est de Paris, 1822-1823, 8 vol. in-8°; une
autre, illustrée par Charlet, parut en 1843,2 vol.
grand in-4° ; — On a encore de Las Cases : Mé-
moires d'E. A. D., comte de Las Cases, com-
muniqués par lui-même, contenant V histoire
de sa vie, etc. ; Paris, 1819, in-S». A.deL.
Notice biographique sur le comte de Las Cases ( Paris,
16 août, 1840, in-4»). — Le Bas, Dict. Encyclopédique de
la France. — Dict. de la Conversation. — Walter Scot,
History of Napoléon Buonaparte. — J.-A. Llorente, Œu-
vres de don Barthelemi Las Casas, 1. 1, p. X.CV1J-C1V.
— Sir Hudson Lowe, Memoirs.
LAS CASES { Emmanuel-Pons-Dieudonné,
baron, puis comte de), sénateur français, fils du
précédent, né à Saint-Meen (Finistère), le 8 juin
1800, mort le 8 juillet 1854.11 avait à peine quinze
ans lorsqu'il accompagna son père à Sainte-Hélène,
où il écrivit, sous la dictée de l'empereur Napo-
léon 1'"', plusieurs documents importants de l'his-
toire militaire du grand capitaine. Après dix-huit
mois de séjour àLongwood,MM. de Las Cases se
virent brutalement séparés de leurs compagnons
d'infortune, par suite des incessantes tracasseries
de sir Hudson Lowe. Transporté au cap de
Bonne-Espérance , où il partagea la captivité de
son père, le jeune Las Cases, après avoir erré en
Belyque et en Prusse, revint en Angleterre, d'où
il obtint, en 1819, l'autorisation de rentrer en
France sous un nom supposé. L'année suivante,
il alla étudier le droit à Strasbourg , étude qu'il
vint ensuite achever à Paris. Lamortde Napoléon
ayant ramené le geôlier de l'empereur à Lon-
dres, il courut l'y rejoindre , et lui infligea publi-
quement un sanglant outrage , sans pouvoir ob-
tenir la satisfaction qu'il en attendait. Un coup
de cravache lancé en plein visage méritait une
réi^aration les armes à la main : il n'en fut pas
demandé , et M. de Las Cases se vit forcé de se
rembarquer pour rentrer en France, afin d'éviter
les poursuites que la police anglaise dirigeait
contre lui. Trois ans après, le 1 1 novembre 1 825,
à huit heures du soir, M. de Las Cases fut l'ob-
jet d'une tentative d'assassinat à Passy. Frappé
de deux coups d'une arme à double tranchant ,
l'un à la poitrine, l'autre à la cuisse gauche, le
premier fut heureusement amoiti par le porte-
feuille qu'il portait sur lui. Deux Italiens , qui
disparurent soudainement, furent accusés de cet
attentat. La coïncidence du séjour de sir Hud-
son Lowe à Paris à la même époque; son dé-
part précipité dès que la tentative d'assassinat
eut été consommée , ont laissé planer de grands
soupçons contre l'ancien gouverneur de Sainte-
75 î
LAS CASES — LASCY
752
Hélène. M. de Las Cases prit une part active à
la révolution' de juillet 1830, combattit sur di-
vers points de la capitale, et vint siéger à
l'hôtel de ville. Il assista à plusieurs réuniens
de députés, notamment à celle qui eut lieu chez
M. Laffitte. Élu député par le grand collège
du Finistère en 1830, puis par celai de Lan-
derneau, il fit partie de la chambre élective de
1830 à 1848, et s'y fit remarquer par son pa-
triotisme et par ses opinions libérales. Son culte
religieux pour la mémoire du grand homme
le fit désigner, en 1840, pour accompagner le
prince de Joinville, à qui le roi avait confié la
mission de ramener de Sainte-Hélène les dé-
pouilles mortelles de Napoléon V. Par un décret
du 31 décembre 1852, M. de Las Cases fut élevé
à la dignité de sénateur. On a de lui : Journal
à bord- de la Jrégate Lsl Belle-Poule (Paris,
184l,in-8o). SiCARD.
Biog. univ. et portât, des Contemporains (Paris,
183W. — Encyclopédie des Gens du Monde ( Paris, 1839 ).
— Biographie des Hommes du Jour (Paris, 1837).
LASGHRAREFF { Serge- LazarévUcfi) , di-
plomate russe, né en 1739, à Moscou, mort le
6 octobre 1814, à Vitebsk. Fils d'un noble géor-
gien, il reçut une éducation assez superficielle, et
fut placé, en 1762, au collège des affaires étran-
gères. Envoyé bientôt après à Constantinople et
attaché à la mission russe, il géra les affaires de
l'ambassade durant la détention d'Oberskoff au
château des Sept-Tours, et mit à profit la connais-
sance approfondie qu'il avait des langues orien-
tales pour entretenir des relations secrètes ou
fomenter des troubles chez différentes peuplades
de l'Empire Ottoman (1). Les ambassadeurs Rep-
nin et Stahieff continuèrent de l'employer, soit
pour lever le plan des forts de la mer Noire .
soit pour faire pénétrer dans le Bosphore les
bâtiments du commerce , et même une frégate
de guerre (1776). Nommé consul général en
Moldavie (7 décembre 1779), il obtint, grâce à
son activité, le libre accès du Danube pour la
marine marchande et une forte réduction des
droits d'importation. Après avoir obtenu le titre
de conseiller de la cour, Laschkareff passa, à la
fin de 1782, en Crimée, et prit en peu de temps
une assez grande influence sur le khan Chàkin-
Girey pour l'amener à quitter le trône et à lais-
ser réunir son pays à la Russie. La faveur dont
il jouissait auprès de Potemkin, qui utilisa ses
services surtout dans la seconde guerre avec les
(1) En 1775, pendant qu'il exécntait dans l'Archipel les
ordres particuliers du général Roumantzo£f, il donna
une preuve éclatante de sa présence d'esprit. Les Turcs,
irrités de la prolongation de la guerre , entourèrent en
tumulte la maison du négociant où il se cachait, et exi-
gèrent qu'il fût remis entre leurs mains. La.scbkareff se
présenta alors sur la terrasse, un seau d'eau à la raain,
et cria en turc à la foule « que s'ils ne s'éloignaient à
l'iDstant même, il les baptiserait tous au nom du Père,
du Fils et du Saint-Esprit, et en ferait aussitôt des chiens
de chrétiens. » Dans la crainte d'Ctre baptisés, les Turcs
s'enfuirent de toutes parts, et donnèrent ainsi à Lasch-
kareff le temps de inoiiter â cheval et de gagner la
Turcs, lui fit donner en 1793 la direction des
affaires asiatiques (1) ; il la conserva jusqu'en
1804 , époque à laquelle il se retira dans ses
terres , non sans avoir toutefois mené à bonne
fin l'annexion de la Géorgie. Pendant l'année
1807, il se rendit à Bucharest, et gouverna quel-
que temps, comme président des deux divans,
les principautés danubiennes.
Des six fils qu'il a laissés, trois, Paul,
Alexandre et Grégoire, ont suivi la carrière mi-
litaire et gagné le grade de lieutenant général,
après avoir fait avec honneur les campagnes
contre la France; un seul, Serge, est encore vi-
vant et occupe au département des affaires étran^
gères les fonctions de membre du conseil. K.
Starchevsky, Dict. Encyclop.. VU, 1819. — Docum.
particuliers.
LASCOURS {Jérôme- Annibal- Joseph Rei-
NAOD DE Boulogne, baron de), homme politique
français, né vers 1754, à Alais, mort eu mai
1835. Il était officier d'infanterie et venait d'être
créé chevalier de Saint-Louis lorsqu'il partit
pour l'Amérique, où il fit, sous les ordres de
Rochambeau et de La Fayette, les campagnes de
1780 à 1782; il reçut des mains de Washington
la croix dite de Cincinnatus. Pendant les pre-
mières années de la révolution, il prit du service
aux armées des Pyrénées et des Alpes. Élu par
le département du Gard membre du Conseil des
Cinq Cents (anv, 1797), il se rangea parmi les
coryphées du parti clichien, osa défendre publi-
quement Jean-Jacques Aymé , dénoncé comme
chef des compagnies royalistes de Jéhu et du
Soleil , mais ne fut point inquiété lors du coup
d'État de fructidor. Après le 18 brumaire, il vint
siéger au corps législatif, dont il ne cessa de faiie
partie qu'en 1813; Napoléon récompensa son
dévouement par le titre de baron de l'empire.
Non moins bien accueilli des Bourbons, pour
lesquels il avait jadis intrigué, il entra dans l'ad-
ministration, et dirigea successivement les pté-
fecturesdu Lot (1814), de la Vienne (1815), du
Gers (1817), de la Drôme (1828) et des Ardennes
(1828). Cependant, quoique ami de la monarchie,
il fit preuve d'indépendance en s'élevant contre
les mesures réactionnaires de M. de Vaublanc
et en blâmant le ministère Villèle. A la chambre,
où il représenta le Gard de 1818 à 1827, il vota
toujours avec le parti Decazes ; aussi fut-il ,
comme préfet, destitué en 1824 par M. de Cor-
bière. A la révolution de 1830, M. de Lascours
renonça à la vie pubhque. Son fils a siégé à la
chambre des pairs jusqu'en 1848. P. L— y.
Moniteur universel, 183S.
LAS CCEVAS. Voy. CUEVAS.
LASCï {Joseph-François-Maurice , comte
de) , général a-itrichien , fils du précédent, né à
(1) L'impératrice Catherine H Un donna mainte preuve
de sa bienveillance. Un jour elle lui dit en plaisantant :
«Mon petit héros ( 6o?a£/r ) , qu;ind cesseras-tu de me
faire payer tes dettes?— Ma mère et souveraine, répli-
qua Laschkareff, quand je commencerai à te voler, n
753 LASCY —
saint-Pétersbourg, en 1725, mort à Vienne, le
30 novembre 1801 . Il avait suivi son père en Au-
triche, et resta à la solde de celte puissance. Il
servit vaillamment Marie-TWrèse pendant la
guerre qu'elle soutint contre les Pmssiens. En
1756, à Lowositz, il sauva l'armée autrichienne,
et en 1758 contribua à la victoire de Hochkirch.
L'impératrice se montra fort reconnaissante, et le
combla de distinctions et de riches traitements.
Lascy aida le successeur de Marie-Thérèse dans
la nouvelle organisation que Joseph II donna à ses
troupes. En 1788, le comte de Lascy commanda
en chef'l'armée impériale qui combattit les Turcs :
l'issue de cette campagne ne fut pas heureuse, et
il fut rappelé en février 1789. Il rentra alors au
conseil aulique; mais son crédit ne diminua point,
et à la mort de Joseph II la signature suprême lui
fut confiée jusqu'à l'arrivée de Léopold. En juin
1790 il reprit la direction des hostilités contre
les Turcs , et en avril 1794 géra les affaires de
la guerre en l'absence de l'empereur. Lorsqu'il
mourut il était le doyen des généraux autri-
chiens. A. d'E — p — c.
J)io(f. étrangère (1819).
liASCY (Pierre de), général russe, d'origine
irlandaise , né dans le comté de Limmerick ( Ir-
lande),en 167S,inort en Livonie.en 1751. Il vint
en France en 1 69 1 avec son oncle, Jean de Lascy,
qui obtint le grade de quartier-maître général.
Tous deux avaient suivi la fortune des Stuarts
et fuyaient devant Guillaume d'Orange. Le jeune
Pierre de Lascy entra comme lieutenant dans un
régiment irlandais qui faisait partie de l'armée
de Catinat, et combattait en Piémont. Après la
paix de Riswick , il servit successivement l'Au-
triche, la Pologne, et la Russie. En 1709 il com-
mandait une brigade moscovite à Pultawa, et fut
blessé en combattant les Suédois. En 1719 il
parcourut la Baltique avec une flotte nombreuse,
et dévasta les côtes Scandinaves. Le tzar Pierre F''
le créa lieutenant général en 1720, et le chargea
d'une expédition en Finlande. Vers 1733, lors
de la guerre de la succession au trône de Polo-
gne, il amena en Autriche des troupes auxiliaires
pour soutenir la cause d'Auguste II contre Sta-
nislas, et servit sous les ordres du prince Eugène
de Savoie. Les succès des Français amenèrent
le traité du 3 octobre 1735. A son retour en
Russie, de Lascy fut nommé feld-maréchal et
gouverneur de Livonie. La guerre se ralluma en
1741 entre les Suédois et les Russes, et en 1742
vingt mille Suédois posèrent les armes à Hel-
singfort devant Lascy. Ce glorieux fait d'armes
n'empêcha pas le général de Lascy de tomber
en disgrâce auprès de l'impératrice Elisabeth.
:ij cia , a':.: A. d'E— p— c.
OEuvres du prince de Ligne, Journal des Campagnes
de Lascy. — Frédéric II, Histoire de mon temps, c. VII,
p. 282. — Lacretelle, t. Il, I. VII, p. 288. — Sismondi,
histoire des Français, t. XXVII, p. 264-266.
LA SELVE (de), auteur dramatique fran-
çais , de la première moitié du dix-septième
siècle ; tout ce qu'on sait sur son compte , c'est
LASENA
754
qu'il était avocat à Montpellier, En 1633, il
fit imprimer dans cette ville une tragi-comédie
intitulée : Les Amours infortunées de Léan-
dre et d'Héro. Cette pièce est si rare qu'elle
a échappé aux bibliographes du théâtre. L'au-
teur, s' excusant modestement d'avoir fait demau-
vais vers, dit que « la politesse des bons esprits
de la cour n'a point encore été communiquée en
Languedoc «. Malheureusement il se livre à des
pointes ridicules, et donne l'exemple du plus mau-
vais goût. G. B.
Catalogue de la bibliothèque dramatique de M. de
Soleinne, 1. 1, p. 239.
LASENA ou LASEiNE (Pie/Te), philologue
et jurisconsulte italien, né à Naples, le 25 sep-
tembre 1590, mort le 3 septembre 1636. Son
père, Jordan Laseine, originaire delà Normandie,
avait pris part aux campagnes d'Italie, et s'était
fixé à Naples. C'est pour lui complaire que son
fils étudia la jurisprudence. Reçu avocat, il plaida
pendant plusieurs années avec succès devant les
tribunaux de sa ville natale. Après la mort de
-son père, il abandonna presque entièrement la
pratique de sa profession , pour se hvrer avec
ardeur à l'étude approfondie des langues grec-
que , française et espagnole , et pour s'occuper
d'histoire, de philosophie et de mathématiques.
En 1634 il se lia avec Jean- Jacques Bouchard,
gentilhomme français, en compagnie duquel il
alla s'établir à Rome. Ses connaissances variées
y furent bientôt appréciées par le cardinal Bar-
berini, Allace, Holstenius et autres hommes dis-
tingués, qui se plurent à le protéger. Sur leurs
démarches, il allait être promu à un évêché, lors-
qu'une fièvre ardente, produite par des veilles
continuelles, l'emporta en quelques jours. On a
de lui : De Vcrgati Libre primo; Naples, 1616,
in-8° ; ce hvre, qui contient des remarques sur
divers passages de Virgile, de Pétrarque, du
Tasse et de l'Arioste, a été fortement critiqué par
Ben. Fioretti dans ses Progymnasmaia poetica ;
— Homeri Nepentkes, seu de abolendo luctu ;
Naples, 1621, in-8°, en italien; une traduction
latine parut à Lyon, 1624, in- 8°, et fut repro-
duite dans le Thésaurus de Gronovius; cet ou-
vrage, écrit par l'auteur à l'occasion de la mort
de sa sœur, contient des recherches sur le ne-
pentkes, auquel Homère attribue la vertu de
faire cesseï' la douleur; à ce sujet Lasena a
joint de nombreuses digressions sur toutes es-
pèces de questions ; — Cleombrotus, sive de
Us qui in aquis pereunt; Rome, 1637, in-S";
dans ce livre , écrit à la suite du naufrage de sept
galères espagnoles , sur lesquelles se trouvaient
des parents de Lasena, se trouvent rapportés les
divers sentiments des anciens philosophes sur
l'état de l'âme des noyés-, — DelV antico Gin-
nasio Napoletano; Rome, 1641, et Naples,
1688, in-4'' : cet ouvrage contient des détails
étendus sur les exercices corporels usités dans
les gymnases de l'antiquité , ainsi qu'une his-
toire des gymnases et théâtres de Naples dans
755
LASENA — LA SERNA
756
l'antiquité. Lasena a laissé en manuscrit : De
Lingua Hellenistica, dissertation lue par lui à
l'académie des moines de Saint-Basile; — De
Rhinctone; — Archijtx Fragmenta, cum noiis
de phratrïis Grœcorum, etc. E. G.
Bouchard, P. iMseiue f^ita; Rome, 1637, in 12. — ta-
senee Vita, en tête de la seconde édition de son Gimnasio
Napolitano. — Toppi, Bibl Napolitana. — Nicéron, Mé-
moires, t. XV, p. 205. — Journal des Savants, année
1692, p. 537. — Biografla degli Uomini illustri del regtio
di Napoli, t. III.
LA SERNA DE SANTANDER {CharleS-Au-
toine de), bibliographe espagnol , établi en Bel-
gique, né à Colindres, dans la Vieille-Castille, le
1" février 1752, mort à Bruxelles, le 23 no-
vembre 1R13. Après avoir commencé ses études
au collège des jésuites de Villegarcia , il alla
faire sa philosophie à l'université de Valladolid ,
et vint ensuite, vers 1772, demeurer chez Simon
de Santander, son oncle maternel , fixé depuis
longtemps à Bruxelles (1). C'était un biblio-
phile instruit, qui dès l'année 17C7 avait vendu
sa première collection de livres. Avec l'aide de
La Sema, qui partageait ses goût.^, il ne tarda
pas à s'en foritier une bien plus nombreuse , et
alors la plus riche des Pays-Bas. La Serna fut
bientôt en relation avec les bibliographes les
plus distingués, tels quedeMurr, Crévenna, et
l'abbé Mercier de Saint-Léger, qui le visita à
Bruxelles et se lia avec lui d'une étroite amitié.
Simon de Santander mourut en 1791, laissant
tous ses biens à son neveu. On assure que ce
dernier, ne voulant pas profiter de cette libéralité,
appela ses frères au partage de la succession de
leur oncle, et se vit forcé de vendre les livres
qui formaient la partie la plus précieuse de son
legs. D'abord bibliothécaire adjoint puis, en 1797,
bibliothécaire du département de laDyle, il mit
en ordre les débris de la bibliothèque de Bour-
gogne , l'enrichit de livres provenant de diverses
sources , notamment des abbayes supprimées ,
de l'université de Louvaiu , du grand conseil de
Maiines , et du dépôt des cordeliers de Paris ,
où il se rendit à ses frais , et il parvint à former
ainsi à Bruxelles une des bibliothèques les plus
importantes et les mieux composées. Il a fait
connaître lui-même, dans son Mémoire sur la bi-
bliothèque de Bourgogne , ses démarches pour
doter Bruxelles d'une galerie de tableaux, de
cabinets de physique et d'histoire naturelle, et
d'un jardin botanique. Touché de l'état d'indi-
gence où se trouvait Mercier de Saint-Léger, La
Serna, avec une générosité naturelle à son ca-
ractère, écrivit à François de Neufchâteau, mi-
nistre de l'intérieur, en lui offrant de céder sa
place au célèbre bibliographe : cette proposition
ne fut pas acceptée ; mais quelques jours après
Mercier de Saint-Léger reçut du ministre l'an-
^1) La famille maternelle de La Serna, dont, suivant
l'usage castillan, il avait pris le nom de Santander, ha-
bitait les Pays-Ba.> depuis le temps où l'un de ses mem-
bres, don Pedro de San-Juan , y avait occupé l'emploi de
secrétaire d'iîtat et de guerre de l'Infante Isabelle.
nonce d'un secours de 200 livres par mois. La
Serna était correspondant de l'Institut, et jouis-
sait de l'estime générale, lorsqu'en 1811 il ré'
pandit une proclamation en faveur de Ferdi-
nand VII : il fut aussitôt destitué. Il mourut âgé
de soixante-et-unans. Ses principaux ouvrages ont
pour titres : Catalogue des livres de la biblio-
thèque de feu messire Théodore Jean Lau-
rent Delmarmol, en son vivant conseiller au
conseil souverain rfe £ra6a«^, etc.; Bruxelles,
sans date (1791), in-8°. La Serna s'était chargé
de ce travail par obligeance pour une famille amie ;
— Catalogue des livres de la bibliothèque dé
feu don Simon de Santander, secrétaire de,
S. M. Catholique, etc.; Bruxelles, 1792, 4 vol
in-S", reproduit sous le titre de Catalogue des
livrer de M. C de La Serna Santander, ré-
digé et mis en ordre par lui-même, avec des
notes bibliographiques et littéraires , nouvel-
lement corrigé et augmenté; Bruxelles, an xi
(1803) , 5 vol. in- 8° : le cinquième volume con-
tient des observations sur le filigrane du papier
des livres imprimés dans le quinzième siècle; le
Mémoire ci-après désigné , publié en l'an iv, et'
une préface latine, imprimé-e en l'an vin , sur
la vraie collection des canons de saint Isiddore
de Séville, manuscrit décrit n° 300 de ce cata-
logue. La bibliothèque de La Serna , dont il re-
couvra la possession, après l'avoir vendue à un
habitant de Bruxelles devenu insolvable, fut en-
suite vendue aux enchères, à Paris en 1809; —
Mémoire sur V origine et le premier usage
des Signatures et des chiffres dans l'art ty-
pographique, communiqué à un ami; Bruxel-
les, an IV, in-8° (dédié à VanHulthem), réim-
primé dans le t. II de VEssai sur la Gravure
par Jansen; — Dictionnaire Bibliographique
choisi du quinzième siècle , ou description par
ordre alphabétique des éditions les plus rares
et les plus recherchées du quinzième siècle,
précédé d'un Essai historique sur Vorigine de
l'imprimerie , ainsi que sur l'histoire de son
établissement dam les villes, bourgs, monas-
tères et autres endroits de l'Europe, avec la
notice des imprimeurs qui y ont exercé .cet
art jusqu'à Van 1500; Bruxelles, an xiii
(1805")-1807, 3 vol. in-8°; — Mémoire histo-
rique sur la bibliothèque de Bourgogne, pré-
sentement bibliothèque publique de Bruxel-
les ; Bruxelles, 1809, in-8". Le Bulletin du
Bibliophile belge, t. 111, contient un opuscule
de La Serna intitulé : Notice sur la première et
infiniment rare édition , faite à Bruxelles,
en 1559-1669, de la Chronographia Sacra Bra-
bantix d'Ant. Sanderus , comparée avec la
seconde, imprimée à La Haye en l'an 1720.
La bibliothèque royale de Bruxelles (n° 1003 des
• manuscrits du fonds Van Hulthem) possède un
autographe de La Serna , écrit pour A^an Hul-
them, sous ce titre : Liste des auteurs espa-
gnols de la ci-devant société de Jésus qui se
trouvent en Italie, avec une notice des ou-
757 LA SERNA -
vrages qu'Us y ont composés depuis leur ex-
pulsion, en 1767, des royauvies d'Espagne.
Enfin, on trouve dans V Annuaire de la Biblio-
thèque royale de Belgique, année 1848, deux
lettres de La Sema à l'abbé Mercier de Saint-
Léger, dont les originaux sont conservés à cette
bibliothèque ( n° 914 du même fonds ).
E, Regnard.
Lettre en tête du Catalogue des livres de feu don
Simon de Santander. — Galerie historique des Contem-
porains, t. Vlll, pag. 210. — Le baron de Reiffenberg,
Don CharUs Jntoine de La Sema y Santander, dans
V Annuaire de la Bibliothèque royale de Belgique, année
1848, pag. a33. — Bibliotfieca Hulthemiana, t. VI, limi-
naires, p. XXXIl.
LA SERRE {Jeùn-Puget de), littérateur fran-
çais, né en 1600, à Toulouse, mort en juillet 16fi5,
à Paris. Après avoir terminé ses études dans sa
ville natale, il vint à Paris, où il prit le petit collet,
qu'il abandonna pour se marier. Il obtint la place
de garde de la bibliothèque de Gaston d'Orléans,
frère du roi, et devint peu de temps après histo-
riographe de France et conseiller d'État. Auteur
fort médiocre, mais très-fécond, ce qui faisait
dire à Saint- Amant dans soa Poète crotté : « La
Serre,
Qui livre sur livre desserre,
il avait l'esprit naturellement plaisant, et s'il fut
mauvais poète, il ne se fit faute d'en convenir
plusieurs fois. « Je vous ai bien de l'obligation ,
disait-il à un plat écrivain de son temps, sans
vous je serais le dernier des auteurs. » Une autre
fois, se trouvant aux conférences queRichesource
tenait sur l'éloquence, il l'écouta jusqu'au bout,
et alla l'embrasser en disant : « Ah ! monsieur, je
vous avoue que depuis vingt ans j'ai bien débité
du galimathias; mais vous venez d'en dire
plus en une heure que je n'en ai écrit en toute
ma vie. » Harcelé par Boileau , qui lui fit jouer
un rôle dans la parodie de Chapelain décoiffé
et en maint endroit de ses satires, il put se con-
soler de tant d'épigràmmes lancées contre lui
avec le suffrage de son compatriote Maynard ,
qui écrivait très-sérieusement dans un sonnet :
Ta plume est aujourd'hui le miracle des plumes.
La Serre eut cependant le rare talent, grâce aux
éloges outrés qu'il prodiguait aux grands , de
vendre à un haut prix toutes les productions de
sa plume. Comme on lui reprochait de travailler
trop vite : « Je suis toujours pressé, répondit-il,
lorsqu'il s'agit de gagner de l'argent ; et je pré-
fère les pistoles , qui me font vivre à l'aise , à la
chimère d'une vaine gloire, qui me laisserait misé-
rable. » Il a beaucoup composé en prose et en vers ;
toutes sortes de sujets lui paraissaient aussi in-
différents que faciles à traiter. Nous citerons de lui :
Le Secrétaire de la Cour; Paris, 1625, in-8° :
cette misérable rapsodie, dédiée à Malherbe,
et qui n'est qu'un amas de formules épisto-
laires et de compliments, fut imprimée plus de
cinquante fois, et ne méritait pas de l'être une
seule ; — L'Esprit de Sénèque et l'Esprit de
PlvJarque,oii\r&g(isdtés par l'abbé de Marolles,
LA SERRIE 758
qui ne se vantait pas de les avoir lus; — Pati-
dostey ou la princesse malheureuse , tragédie
en deux journées; 1631 ; — P^rawie , tragédie ,
1633 : l'une et l'autre n'ont pas été représentées ;
— Thomas Morus,ou le triomphe de la foi
et de la constance; jouée en 1641, cette tragédie
en cinq actes et en prose attira un si grand
nombre de curieux que la salle du Palais-Royal
se trouva trop petite ; on y suait au mois de dé-
cembre, et quatre portiers furent étouffés par la
foule. C'est à cette occasion que Guéret, dans son
Parnasse réformé , prête à La Serre le propos
suivant : « Voilà ce qu'on appelle de bonnes
pièces! M. Corneille n'a point de preuves si
puissantes de l'excellence des siennes , et je lui
céderai volontiers le pas quand il aura fait tuer
cinq portiers en un seul jour. » Ajoutons que le
cardinal de Richelieu, qui se piquait de bon goût
en littérature, assista aux premières représen-
tations, et donna à l'auteur des marques de sa
bienveillance; — Le Sac deCarthage, 1643, que
le comédien Montfleury mit en vers sous le titre
d'Asdrubal ; — Le Martyr de sainte Cathe-
rine; — Climène. ou le triomphe de la vertu,
1630, tragi-comédie en prose ; — Thésée, ou le
prince reconnu; 1644. Ces diverses pièces,
pleines de boursouflure et d'absurdités, obtin-
rent du public un accueil qu'il est bien difficile
de comprendre aujourd'hui. La Serre avait an-
noncé le projet de publier un journal littéraire
intitulé Le Mercure, lorsqu'il mourut. P. L— y.
Marolles, Dénombrement des Auteurs. — Giiéret, Le
Parnasse réformé. — Bibl. du Théâtre-Français, 11.—
Boileau, édit. Brossette. — Biogr. Toulousaine. — Deses-
sarts. Siècles Litter., VI.
LA SERRE (Jean- Antoine de), littérateur
français , né le 6 janvier 1722, à Paris, mort le
2 mars 1782. Il fit partie de la congrégation de
l'Oratoire, et professa l'éloquence au grand col-
lège de Lyon ; il appartenait à l'académie de
cette ville ainsi qu'à plusieurs autres sociétés
savantes. On a de lui : Les grands Hommes de
Dijon, ode; 1762, in-8°; — Le Poëme lyrique;
1764 : ode qui remporta un accessit à Toulouse;
— Éloge de Pierre Corneille ; 1768; — Du
Style académique; 1768; — Nouveaux Bis-
cours académiques; Nîmes, 1768, in-12; — .
Éloge de la Magistrature ; 1769; — Poétique
élémentaire; Lyon, 1771, in-12; — Sur les
Jeux et les Exercices publics ; Diioa, 1776,
in-S" : discours qui a obtenu le prix de l'Aca-
démie de cette ville; — L'Éloquence, poème di-
dactique en VI chants ; Lyon, 1778, in- 12, etc.
Cet auteur a en outre composé, de 1756 à 1770,
différents discours, pièces latines, épîtres et odes
insérés dans les recueils du temps. K.
Ersch, France Littér. de 1769. — Journal de Paris,
a août 1783.
LA SERRIE (François-Joseph de), littérateur
français, né le 20 août 1770, mort le 6 février
1819. Maître d'une fortune indépendante, il se
consacra aux lettres, et écrivit un assez grand
nombre d'ouvrages d'imagination, d'une im-
759
LA SERRIE
pression très-soignée, et distribués à ses amis ;
il en dessinait et gravait lui-même les figures.
Nous citerons de lui : Essai de Littérature ;
Paris, 1796, in-8° ; — Essai sur la Philosophie
morale; 1796, in-18; — Lettres à Eugénie
sur la Peinture et la Sculpture des Anciens ;
1800, in-18; — Les Arts et l'Amitié; 1800,
in-18; — Lettres Familières et Sentimentales;
1803, iii-18; — MarieStuart, reine d'Ecosse;
1809, in-18; — Odes ; 1806, in-18; —Tablettes
pittoresques d'un Amateur; 1812, in-18; —
Trois petites Nouvelles; 1817, in-12, etc. K.
Beuchot, Journal de la Librairie, 1819.
LASiCKi ou LASicirs ( Jean ), historien et
homme d'État polonais, né vers 1550, mort vers
1620. De catholique devenu protestant, il se
jeta dans la controverse. Envoyé comme am-
bassadeur dans les pays étrangers, par le roi
Etienne Batory, il remplit ses missions avec
succès. On a de lui : Historia de Ingressu Po-
lonorum in Valachiam , cum Bogdano, et
csede Turcarum; 1577, in-8°; — Clades Dan-
tiscanorum; 1577; traduit en allemand, en
1578; — De Russorum-Moskovitarum et Ta-
tarorum Religione, Sacrificiis, nuptiarum ac
funerumRiiu; Spire, 1582, in 4°; — Verse
religionis Apologia, etfalsœ Confutatio ; Spire,
1582; — Cantionale ad usum Confessionis
Bohemicsc; Torhn, 1611; — De Dits Samo-
gitarmn , cœterumque Sarmatarum et fal-
soruiii Christianorum, item de Religione Ar-
meniorum, et de initia regiminis Stephani
Bathorii; Bâle, 1615. La seconde édition pu-
bliée en 1626 par Elzevir. Traduit en polonais
par Léon Rogalski ; — Epistola ad Volanum,
in qua de judice controversiarum fidei, an
sit Scriptura, disserit ; 1620 ; — Historia ec-
clesiastica dedisciplina, moribuset institutis
Fratrum Bohemorum; 1640 et 1660, Amster-
dam, in-8°. L. CffODZKO.
L. Goletnbtowski , Sur les Historiens polonais ; Var-
sovie, 1826. — Malte-BruB et L. Chodsko; Tableau de la
Pologne ; 1830. — Michel Poderaszynski, La Pologne Lit-
téraire ; 1830.
LASiNio {Carlo, comte), graveur italien,
né en 1757, à Trévise , mort vers 1830, à Flo-
rence. Il passa la plus grande partie de sa vie
dans cette ville , où son habileté lui fit obtenir
d'importants travaux; il grava à l'eau-forte et
au burin. Son œuvre, très-considérable , ne com-
prend guère que des sujets de sainteté tirés de
l'Ancien ou du Nouveau Testament et de l'his-
toire religieuse ; elle se compose principalement
d'une quarantaine de planches exécutées d'après
les maîtres florentins pour la belle collection de
YEtruria pittrice. Nous citerons encore de lui
vingt planches d'après Benozzo Gozzoli , seize
d'après Dominique Ghirlandajo, Les Infortunes
de Job et La Cène de Giotto, Saint Pierre
préchant les Gentils de Filippo Lippi, Le Ju-
gement dernier et Le Triomphe de la Mort
d'André Orcagna , L'Exposition du Saint-Sa-
crement de Rosselli, un portrait original du pape
— LASRI 760
Pie "VJII, La Chaire de l'église de la Sainte-
Croix à Florence, en 7 pi. gr. in-folio., etc.
Enfin, il a gravé les planches du recueil intitulé s
Ritratti deglï Archivescovi e Vescovi di Tos-
cana; Florence, 1787.
LASiMO ( Giovanni- Paolo ), fils et élève
du précédent, a travaillé à Florence depuis 1819
jusqu'à 1840. Outre quelques reproductions de
toiles d e maîtres, il a collaboré à la Galerie de
Turin, à la Galerie de Florence et au Musée
Bourbon de Naples. Il a publié plusieurs ou-
vrages à gravures , tels que : Monumenti se-
polcrali délia Toscana; Florence, 1819 ; — La
Metropolitana Fiorentina; ibid., 1820,ia-fol.;
— Raccolta di Pitture antiche ; Pise, 1820 ; —
Le tre Porte del Battisterio di Firenze; Flo-
rence, 1821; — Galleria Ricciardiana, di-
pinta da L- Giordani; ibid., 1822-1824; —
Raccolta di Monumenti di Scultura del
Campo Santo di Pisa; ibid., 1825. P. L — y.
Brulliot, Dict. des Monogrammes. — Nagler, Kunst-
ler-Lex., Vli, 314 319. — Ch. Le Blanc, Man. de VAmat.
d'Estampes, H, 495-497.
LASics ( Laurent-Otton ), philologue et théo-
logien allemand , né à Ruden, dans le duché de
Brunswick, le 31 décembre 1675, mort le 20 sep-
tembre 1751. 11 étudia à Wolfenbiittel, Heidel-
berg et Halle, devint en 1702 recteur à Salz-
wedel, en 1709 pasteur à Ziebelle; en 1717 il
alla enseigner la théologie à Helmstaedt. On a de
lui : Versuch die hebraiscjie, griechische, la-
teinische,franzôsischeund italieenische Spra-
chen ohne Grammatik zu erlernen (Essai
d'apprendre sans grammaire les Langues hé-
braïque, grecque, latine, française et italienne);
Budissin, 1717 et 1721, in-8"; — Vom tau-
sendjœhrigen Reich (Du Règne Millénaire);
Helmstaedt, 1726, in-8"; — Curieuse Reisen
und Begebenheiten der Weisen aus dem Mor-
genland (Voyage et Aventures curieuses des
Mages d'Orient ) ; Crossen, 1732, et Sorau, 173G,
in-8°; — Seine eigene Lebensgeschichle (No-
tice sur la vie de l'auteur); Sorau, 1730, in-8".
Lasius a encore publié beaucoup d'ouvrages de
théologie et de piété. E. G,
Olto, Lexikon der oberlausitzischcn Sc/iri/tsteller,
t. II, Pars I, p. 387. — Meusel, Lexikon, t. Vlll.
LASKi ( Jean ), jurisconsulte et homme d'É-
tat polonais, né en 1456, mort à Guezne, en
1531. Il embrassa la carrière ecclésiastique,
voyagea en Europe et en Asie, et devint succes-
sivement curé de Posen, chanoine de Cracovie,
archevêque de Gnezne, et grand-chancelier de la
couronne de Pologne. Il fut l'un des membres
les plus actifs du concile de Saint- Jean-de-Latraa
à Rome. On a de lui : Commune incliti Polo-
ni3e regni Privilegium, constitutionum et in-
dultuum, publicitus decretorum approbato-
rumque; Cracovie, 1506, in-fol.; — Statuta
Diaecesana, pro Diœcesi Gnesnensi; 1512,
in-4° ; — Oratio ad P. M. Leonem X, in obe-
dientia nomine Siyismundi I, régis Polonias,
prxstita; Rome, 1513, in-4''; Cracovie, 1514,
761
LASKl
10-4°; — Belatio de Erroribus Moskorum
facta in concilio Lateranensï ; Rome, 1813;
— Mamtale Sacerdotum ; Cracovie, 1515; —
Statuta provincise Gnesnensia, antiqua et
nova, revisa diligenter et emendata; Craco-
vie, 1528, in^". L. Chodzko.
Rzepniçki, ntse Prœs. Polon. — Constantin Bogus-
bwskl, liiographies des Polonais célèbres; Wilna, 1816.
— Ossolinskl, IHbliographie Polon. critique; 1S19. —
.T. Leiewel, Bibliographie polonaise; 1826. — J. Cho-
dyniçki, Les polonais savants; 1833. »
LASNE {Michel). Voy. Asne (L').
LASNIER {Rémi), habile chirurgien français
(lu dix-septième siècle, mort à Paris, le 5 mai
1690. n devint prévôt des chirurgiens de Paris,
et mourut comlDlé d'honneurs et de richesses.
L'un des premiers, il découvrit la véritable cause
de la cataracte. Après avoir exercé les princi-
pales branches de la chirurgie, il se livra à la
pratique de l'opération de la taille, et ensuite à
l'étude ainsi qu'au traitement des maladies des
yeux. Il fit voir par des expériences incontes-
tables que la perte de la vue dans la cataracte ne
provenait point d'une pellicule formée entre la
cornée transparente et le cristallin, mais de l'é-
paississement du cristallin lui-même. François
Quarré annonçait en même temps l'existence de
l'opacité du cristallin. S'il faut en croire Sabatier,
la thèse de Lasnier fut soutenue au Collège de
Chirurgie en 1651 ; elle avait pour objet de dé^
terminer que l'on parviendrait à guérir sûrement
la cataracte en traversant le cristallin avec une
aiguille. Suivant L.-J. Bégin, la méthode indi-
quée par Lasnier ne fut pratiquée que dans le
siècle suivant, par maître Jean, Mery, Brisseau
et autres opérateurs. L — z — e.
L.-J. Bé!?ln, Biographie Médicale.
LASOURCE (Marie- David- Albin), homme
politique français, né à Angles, près Montpellier,
en 1762, guillotiné à Paris, le 31 octobre 1793.
Il était ministre protestant avant la révolution,
dont il embrassa la cause avec enthousiasme,
e't fut nommé, en 1791, membre de l'Assemblée
législative. Il y prononça, dès le 22 décembre,
un discours très-véhément contre les émigrés et
sur les dangers de la patrie, et vota, le 19 mars
1792, pour le décret d'amnistie rendu en fa-
veur de Jourdan et de ses CDtnplices, dont il
avait pris la défense dans un discours où le fa-
natisme politique était porté au plus haut degré.
Le 17 avril, Lasource soutint que le roi ne de-
vait pas être chargé de nommer un gouver-
neur au prince royal, et que ce droit apparte-
nait à la nation. II taxa ensuite de fausseté un
rapport sur les événements du 20 juin, et fit
cesser la discussion par un ordre du jour. Huit
jours après la révolution du 10 août 1792, il de-
manda un décret d'accusation contre La Fayette,
après avoir annoncé, quelques jours auparavant,
K qu'il venait briser l'idole devant laquelle il
avait lui-même si longtemps sacrifié ». Le 30,
il accusa Montmorin , et le fit également dé-
créter d'accusation. Devenu membre de la Con-
LASSAIGNE 762
vention nationale, Lasource montra dans cette
assemblée autant de courage et de persévérance
à rétablir l'ordre dans la république qu'il s'était
montré dans l'Assemblée législative ardent à
détruire l'autorité monarchique. Il parla avec
force, en septembre, contre le despotisme que
la ville de Paris voulait exercer sur la France
et ses représentants; vota pour que la nation
française, loin de faire des conquêtes, proclamât
les peuples affranchis du joug des tyrans et libres
de se donner telle forme de gouvernement qui leur
conviendrait. Envoyé en qualité de commissaire
à l'armée du Var, avec ses collègues Goupilleau
et CoUot-d'Herbois , Lasource était absent lors
du procès de Louis XVI ; mais il écrivit, le 1^'' jan-
vier 1793, qu'il voterait la mort de ce prince, ce
qu'il fit en effet le 1 6. Ramené, par le spectacle
des violences populaires, à des principes plus
modérés, il voulut, en vain, faire excepter de la
loi contre les émigrés tous les enfants qui avaient
été emmenés par leurs parents, avant l'âge de
dix-huit ans pour les garçons et de vingt-et-un
ans pour les filles. Élu successivement aux co-
mités de défense générale et de salut public, il
demanda l'arrestation du duc d'Orléans et de
Sillery : ce que ne lui pardonna jamais le parti
orléaniste. Le 3 avril 1793, il attaqua vivement
Robespierre, qu'il accusa d'être l'auteur d'une
pétition des sections de Paris, qui demandaient
la proscription de vingt-deux girondins. Deux
jours après, il fut nommé président; mais son
triomphe dura peu , car, décrété d'arrestation
le 2 juin, par suite des événements du 31 mai, il
fut mis en accusation le 3 octobre avec vingt
autres. « En prison, dit M. Lamartine, il éclai-
rait des feux de son ardente imagination les
gouffres de l'anarchie. 11 se consolait de voir
crouler son parti dans un écroulement général
de l'Europe. Son esprit mystique montrait par-
tout le doigt de Dieu écrivant la ruine de la so-
ciété. » Le 30 octobre, Lasource, Vergniaud, Gen-
sonnet et l'élite de la Gironde furent condamnés
à mort. Lasource, après avoir entendu sa con-
damnation, dit à ses juges : « Je meurs dans le
moment où le peuple a perdu sa raison, et vous,
vous mourrez le jour où il la recouvrera, » Le
lendemain il monta courageusement à l'édiafaud
avec ses compagnons. H. Lesueur.
Thiers, Histoire de la Révolution française, t. Ill,
1. XIII, p. 322; t. IV, 1. XV, p. 81, 1. XVIll, p. 882. - A.
de Lamartine, Histoire des Girondins, t. VII, p. 4, 9, 21.
— Biographie moderne ( 1815). — Galerie historique des
Contemporains ; Bruxelles, 1819 .
LASPHRISE. Voy. Papillok.
LASO {Gardas). Voy. G.4rcilaso.
LAssAiGNE {Jean-Louis ), chimiste français,
est né à Paris, le 22 septembre 1800, mort en
mars 1859. il commença ses études dechimie dans
le laboratoire de Vauquelin, et en 1828 il obtint, à
la suite d'un concours spécial, la chaire de phy-
sique et pharmacie à l'école d'Alfort, en remplace-
ment dcDulong. En 18.î4 il fit valoir ses droits à
la retraite. Parmi ses découvertes chimiques, on
763
remarque la delphine, alcaloïde de la staphy-
saigre{lSi9);ïé(he7-phosphorique,Vacidephos-
phovinique, l'acide pyrociirique, les acides
pyrogénés de l'acide malique, la cathartine ,
principe actif du séné. Ses travaux de chimie lé-
gale ont pour objet les moyens de doser l'acide
acétique des vinaigres du commerce (1819), la
recherche de la mor phine (travail entrepris après
le procès deCastaing), de l'acide cyanhydrique;
les procédés de carbonisation des matières or-
ganiques pour la recherche des sels plombi-
ques et de l'arsenic; l'empoisonnement par le
phosphore, etc. ((824). En chimie minérale Las-
saigne fit connaître les propriétés de certains
sels de chrome, démontra la possibilité d'appH-
quer le chromate de plomb à la teinture de
toutes les étoffes, étudia l'iode, ses réactifs et ses
composés, les iodures simples et doubles de pla-
tine (mémoire inséré sur la proposition de
M. Dumas, au Recueil des Savants étrangers,
1825), l'iodure d'amidon, les iodures de plomb,
d'iridium et de palladium, et obtint en 1831,
de la Société d'Encouragement, une médaille d'ar-
gent pour des perfectionnements dans la confec-
tion de l'émail des poteries. Depuis 1830, M. Las-
saigne s'est à peu près exclusivement consacré à
l'étude de la chimie animale appliquée à un grand
nombre de produits morbides ou normaux de l'é-
conomie, et il a publié : Abrégé élémentaire de
Chimie inorganique et organique considérée
comme science accessoire à l'étude de la mé-
decine, de la pharmacie, de l'hist. naturelle
et de la technologie; Paris, 2 vol. in-S", 4^ édi-
tion, 1846; ouvrage aussi instructif que bien
fait. M. Lassaigne fut un des chimistes à la fois
les plus consciencieux et les plus modestes de
notre époque. J. Pelletan fils.
Docum. partie.
iLASSAiLLY {Charles), littérateur français,
né vers 1812, mort en juillet 1843. Il travailla
pour Balzac et pour M. Villemain, et écrivit
dans différents journaux. Un jour il revint aux
pratiques religieuses, et enfin sa tête parut se
déranger. « Il était venu, lui aussi, dit M. J. Ja-
nin, du fond de sa province, la tête remplie de
chefs-d'œuvre et son portefeuille vide. En cinq
ou six ans de cette vie littéraire qui tue les corps,
les âmes et l'esprit, le pauvre jeune homme avait
rempli son portefeuille ; mais ce portefeuille rem-
pli, sa tête était vide. Avant d'être déclaré ma-
lade, il écrivait à lui seul un journal , tout un
journal, une feuille impitoyable, dans laquelle
il traitait sans pitié quiconque tenait une plurae
en ce siècle. Dans les désordres de sa pensée, il
avait des naïvetés charmantes. C'est lui qui m'é-
crivait : Vous avez parlé avec tant de tendresse
(le notre ami ***, c'est une injustice, il n'est pas
si fou que moi. » On a de lui : Poésies sur la
mort du fils de Bonaparte, en strophes irré-
gulières; Paris, 1832, in-8°; — Les Roueries
de Trialph, notre contemporain, avant son
suicide; Paris, 1833, in-S» : ce livre exeen-
LASSAIGNE — LASSAT 764
trique, que M. Monselet regarde comme une
autobiographie, est devenu rare. Lassailly a été
collaborateur du Livre de Beauté, souvenirs
hisloriqws, de la Morale en action du chris-
tianisme.W a donné dans Les Étoiles: Le Pro-
létaire; dans Le Dahlia : L'Insouciance. Il a
écrit quelques articles dans la Revue des Deux
Mondes. En janvier 1840, Lassailly avait fondé
la Revue critique, qui n'a pas été continuée.
L. L— T.
Ch. Monselet, Statues et Statuettes contemp. — J, Ja-
nin, dans le Journal des Débats, juillet 1843. — Eourque-
lot et Maury, J.a Littcr. Franc, contemp
LASSALA {Manuel), poète et historien es-
pagnol, né à Valence, en 1729, mort à Bologne,
le 4 décembre 1798. FI entra dans la compagnie
de Jésus, et professa à l'université de Valence
les langues anciennes, l'éloquence , la poésie et
l'histoire. Expulsé d'Espagne en 1767, avec le.-;
autres membres de son ordre, il passa en Italie
les dernières années de sa vie. On a de lui ; Es-
sai sur l'histoire générale ancienne et mo-
derne; Valence, 1755, 3 vol. in-4°; — Notice
sur les Poètes castillans ;Yai\ence, 1757, in-4'';
— deux tragédies en espagnol : Joseph, 1762 ; —
Don Sancho Abarca ; 1 765 ; — trois tragédies en
italien : Iphigenia; Bologne, 1779; — Ormi-
sinda; Ibid., 1783; — Lucia Miranda; MA.,
1784; — Rhenus, poëme latin sur une inonda-
tion duReno; ibid., 1781, in-4"; — De Sacri-
ficio civium Bononiensium Libellus singula-
ris ; ibid., 1782; — Fabulse Lockmani sa-
pientis, ex arabica sermone latinis versibus
interpretatse ; ibid., 1781, in-4''. Z.
Chaudon et Delandine, Dictionnaire Historique, suppl.
— Arnault, Jouy, etc.. Biographie des Contemporains.
LASSALE. Voy. LASA.LE.
LASSAT (^J-rWaMrfDEMADAlLLAMDELESPARRE,
marquis nE), grand seigneur et écrivain français,
né le 28 mai 1652, mort le 20 février 1738. Beau-
coup plus célèbre par ses aventures que par ses
talents, le marquis de Lassay fut en plein siècle
de Louis XIV le type unique de l'homme roma-
nesque. Il porta dans cette époque majestueuse et
régulière le caractère des héros de la Fronde.
Brave, intelligent, spirituel, il quitta de bonne
heure et par sa faute la guerre et les affaires, et
se voua tout entier, malgré lui, peut-être, aux suc-
cès stériles de l'esprit. Les occasions cependant ne
lui avaient pas manqué de se faire valoir ; mais
il ne profita d'aucune, à force d'en attendre tou-
jours une nouvelle. Il commença par servir, dès
1672, d'abord comme aide-de-camp du grand
Condé, puis il eut le guidon et bientôt l'enseigne
de la compagnie des gendarmes de la garde du
roi. Il eut àSenef (1674) deux chevaux tués sous
lui, et reçut trois blessures. Il ne se distingua
pas moins dans les campagnes de Franche-Comté
et de Flandre. A la prise de Valenciennes, en
1677, il entra un des premiers dans la place.
A partir de cette époque il s'effaça volontai-
rement, et se retira de la cour et presque du
765
monde, à la suite d'un mariage disproportionné,
que son père considéra comme une rébellion et
ses amis comme une bravade ; chacun s'en ser-
vit contre lui à sa façon : le marquis de Monta-
taire, son père, pour le ruiner, par les conditions
et le prix qu'il mit au consentement, et les cour-
tisans pour faire leur cour à ses dépens. Le roi
Louis XIV n'écoutait que trop volontiers le
mal qu'on lui disait des jeunes gentilhommes
assez hardis pour quitter son service. Il ne ren-
dit jamais à Lassay, malgré ses efforts, son im-
prudente démission, et celui-ci mourut, comme
il le dit, « sans avoir déballé sa marchandise ».
Par une exception consolante, l'héroïne du pre-
mier l'oman de Lassay était digne du sacrifice.
C'était cette fameuse Marianne Pajot, tille d'un
apothicaire de Mademoiselle , dont le duc
Charles IV de Lorraine s'était autrefois épris au
point de la vouloir épouser. Lassay, on le voit, ne
dérogeait pas trop en continuant l'aventure là
où un prince l'avait laissée. Ce fut son avis sans
doute, car il poussa jusqu'au mariage ce qui
n'avait été que jusqu'au contrat. C'était le se-
cond hymen de cet homme, qui devait passer sa
vie à se marier, puisque, selon l'assertion d'un
spirituel biographe, il le « fut pour le moins trois
fois en bonne forme , et que dans l'intervalle
de la mort de ses femmes il ne tint pas à lui
d'être remarié trois autres fois ». En premières
noces, Lassay avait épousé une Sibour, qu'il
perdit quelques mois après, en 1675. Il ne fut
guère plus heureux avec Marianne, qui mourut
en 1678. Les pages les plus touchantes de ce
qu'on a appelé les Mémoires du marquis de
Lassay sont celles qu'il a consacrées au souvenir
de la seule femme qu'il ait peut-être véritable-
ment aimée. Elle lui laissait un fils, Léon, comte
de Madaillan, depuis comte de Lassay, et c'est
pour ce fils qu'il se résigna à vivre. Saint-Simon
nous a laissé du marquis, en cette époque de re-
traite en province « où il faisoit l'important » et
surtout au moment où, parla plus singulière des
fantaisies, il vient chercher, pour y pleurer sa
femme, la solitude à Paris, un croquis admirable.
« Lassay la perdit (sa femme), et en pensa perdre
l'esprit. Il se crut dévot, se lit une retraite char-
mante joignant les Incurables, et y mena quel-
ques années une vie fort édifiante. A la fin, il
s'en ennuya; il s'aperçut qu'il n'était qu'affligé et
que la dévotion passait avec la douleur. Il chercha
à rentrer dans le monde, et bientôt il se trouva
tout au milieu. Il s'attacha à M. le Duc et à
MM. les princes deConti, avec qui il lit le voyage
de Hongrie »
Lorsque les deux princes revinrent en France,
l'un pour y mourir, l'autre pour être exilé à
Chantilly, Lassay se crut dispensé d'aller avec
eux chercher à Paris la disgrâce qui devait être
le prix de leur équipée, et profita de sa liberté
pour voyager en Autriche et en Italie. A Rome,
ii vit M""^ desUrsins, alors M"" deBracciano. Il
y vit surtout la princesse de Hanovre, la fameuse
LASSAY 7GG
Sophie -Dorothée, et ii oublia Marianne. Les
choses allèrent assez loin avec la trop aimable
princesse, pour que Lassay fût obligé de
quitter Rome assez précipitamment, pour éviter
quelque chose du sort que la même légitime ja-
lousie réservait à Kœnigsmark. De retour à
Paris, Lassay s'attacha à M. le Duc, le servit
même, dit-on, de plus d'une manière, ettout à fait
rendu à l'ambition et cette fois par l'amour, il
chercha d'un côté à adoucir, par l'influence de
M"*de Maintenon, le ressentiment de Louis XIV,
et de l'autre il osa briguer la main de M"'' de Gue-
neni, annagrame d'Enguien, qu'on appelait aussi
M"'' de Chateaubriand, fille naturelle de Henri-
Jules de Bourbon, prince de Condé, et de cette
M™' de Marans que M"^ de Sévigné a immor-
talisée par le ridicule. Cette jeune personne, con-
damnée au cloître, n'eut pas de peine à préférer
Lassay au couvent. Le marquis eut le tort de
prendre pour de l'amour cet empressement in-
téressé. Il ne fut pas longtemps à s'y tromper.
Il épousa, le 5 mars 1696, la belle Julie, et dès
le lendemain il était malheureux. Lassay prit
avec dignité une déception dont l'abbé de Chau-
lieu fut quelque peu l'auteur. Il vécut avec l'é-
pouse infidèle dans un isolement plein de con-
venance, et, dégoûté de s'occuper de son cœur,
il s'occupa de ses affaires. Son père s'était re-
marié avec une fille ingénieuse et ambitieuse de
Bussy-Rabutin, et celle-ci, habituée à suivre des
procès et à les gagner, en suscita à Lassay de
tous les côtés. La fille de celui-ci, née de son pre-
mier mariage, et mariée au comte de Coligny,
suivit M""^ de Montataire dans cette guerre
honteuse où il s'agissait de consommer la ruine
de Lassay et de détourner au profit des enfants
du second et tardif mariage de M. de Montataire
l'héritage da à l'enfant du premier lit. L'affaire
fut évoquée au conseil du Roi, et se prolongea,
d'incident en incident, jusqu'en 1711, époque à
laquelle on finit par marier ensemble les héri-
tiers des deux parties contendantes, c'est-à-dire
le comte de Lassay et la fïlle issue du second
mariage de M. de Montataire. Après tant d'échecs
et de déceptions, le marquis de Lassay ne pou-
vait aspirer qu'au repos. Il prit encore une fois
cette retraite du monde qui pour les hommes
d'esprit n'est jamais définitive. Il chercha à se
consoler par l'amitié de l'amour et de l'ambition.
M"^ de Bouzols et M™^ la Duchesse, dont la
liaison avec son fils était beaucoup plus tendre,
furent, la première surtout, ces consolatrices qu'il
cherchait. C'est ainsi qu'il vécut tantôt à ses
châteaux de Lassay et du Monconisy, goûtant
les charmes de la nature et la paix du cœur,
relisant ses classiques, si longtemps négligés,
étudiant, méditant, mais surtout se sotivenant.
II revenait de temps en temps à Paris pour y
témoigner de son amour éclairé des arts et des
artistes. Son séjour y fut assez prolongé sous la
régence, et il eut à cette époque fiévreuse comme
un regain d'activité et d'ambition. Il sollicita,
767
sans l'obtenir, le cordon bleu, parut en conseiller
désintéressé aux conciliabules de Sceaux, mais
se montra surtout des plus empressés et des
plus heureux parmi ces nobles agioteurs campés
place Vendôme. Le système qui en ruina tant
d'autres l'enrichit : il fit de cette fortune un
usage qui la réhabilita. Il fit bâtir, à côté du
palais de M""* la Duchesse ( Palais Bourbon ) ,
cet élégant hôtel dont Voltaire a fait l'éloge, et
dont il a placé l'architecte dans son Temple
du Goût, et qui est aujourd'hui l'hôtel de la
présidence du corps législatif. Il fit parvenir
à Law, malade et misérable à Venise, la dîme
de l'opulence qu'il lui devait. Il fit, dans des
circonstances qui doublaient le prix d'un bien-
fait délicat, une pension à Piron. Ce sont là des
faits qui suffisent à démentir l'assertion de d'Ar-
genson, qui le dit intéressé. En 1724 Lassay ob-
tint le cordon bleu , fut l'ami du cardinal de
Fleury, et ne fut plus le courtisan de personne, en
digne membre de la Société de l'Entresol (1). Il
se recueillit plus que jamais dans ses souvenirs
et dans ses regrets, et fit imprimer, au château
de Lassay, de 1730 à 1738, un ouvrage confus,
recueil sans prétention de tout ce qu'il y
avait de curieux dans ses portefeuilles et dans
ses souvenirs. C'était, au fond, le meilleur parti
qu'eût à prendre un grand seigneur se mêlant
d'imprimer. Cette négligence, ce laisser-aller, ce
désordre même attirent et charment comme une
exception heureuse. Tant de gens du monde
veulent être écrivains, qu'il faut savoir quelque
gré de leur modestie à ceux qui n'y prétendent
pas. On trouve dans ce Recueil de différentes
choses, dont l'édition originale in-4° est rare, et
qui a été réimprimé à Lausanne, 1759, en 4 vol.
in-12, des choses profondes parmi beaucoup de
frivolités, et des faits curieux parmi bien des
faits ennuyeux. A ses lettres d'amour, à ses jour-
naux de campagne ou de voyage, aux mémoires
relatifs à sa disgrâce ou à ses procès, l'auteur a
mêlé des maximes et .des portraits où se révèle
la finesse d'observation et l'amertume d'expé-
rience d'un homme qui, sans action précise et
déterminée sur les affaires de son temps, a été
cependant un peu plus qu'un figurant du grand
siècle. Oiks'est trop placé, en le qualifiant ainsi,
au point de vue étroit et rancunier de Saint-Si-
mon, qui a diminué tant qu'il a pu le rôle et
le caractère d'un homme qu'il n'aimait pas.
M. Sainte-Beuve a parfaitement apprécié la va-
leur historique et littéraire des mémoires du
marquis de Lassay, en disant « qu'ils le classant,
mais un cran plus bas, entre les Caylus et les
Aïssé. » M. DE .Lescure.
'Saint-Simon, édition Chéruel, t. I, IX, X. — Mémoires
du marquis d' Arçienson, I et 11. —Mémoires du présid.
Hénault. — Mèm. de Maupéras. — Mémoires de Riche-
lieu (Soulavie). — Correspond, de la princesse Palatine.
[1) Société d'hommes de lettres et de magistrats qui ,
vers 1730, se réunissaient pour traiter des questions d'ad-
ministration et d'économie politique.
LASSAY — LASSEN 768
— Causeries du lundi, t. IX. — BiiUelindu Bibliophile,
1848 (art. de M. P. Paris ).
LASSELS ou LASCELÎ.ES {Richard), théolo-
gien anglais, né en 1603, â Brokenborough, dans
le Yorkshire, mort à Montpellier, en 1668. Il fit
ses études à l'université d'Oxford et au collège
anglais de Douai. Il se convertit à la religion ca-
tholique, et entra dans les ordres. On a de lui :
Travels in Italy; 1670, 2 vol. in-8''.
Henri Lassels, qui protégea la fuite de Char-
les II après la bataille de Worcester, était delà
même famille- Z.
Wood , ylthense Oxonienses.
* LASSEN {Christian), célèbre orientaliste
allemand, né à Bergen, en Norvège, le 22 octobre
1800. A la mort de son père, il quitta l'université
de Christiania pour accompagner en Allemagne sa
mère, que sa santé délicate obligeait de vivre sous
un climat plus doux. En 1822 il se rendit à Hei-
delberg et de là à Bonn, pour suivre les cours
de M. A.-W. de Schlegel, qui le prit en affec-
tion et lui fit obtenir du gouvernement prussien
les moyens nécessaires pour passer deux années
à Londres et à Paris. Il se perfectionna dans
le sanscrit et dans les autres langues de l'Inde,
et se lia avec beaucoup de savants , notamment
avec Eugène Burnouf, qu'il aida à déchiffrer
plusieurs manuscrits pâli , langue que jusque là
on ne connaissait que de nom. Le résultat de
leurs travaux communs a été publié par la So-
ciété Asiatique, sous le titre d'Essai sur le Pâli,
ou langue sacrée de la presqu'île au delà du
Gange; Paris, 1826. De retour à Bonn, M. Las-
sen se mit à étudier l'arabe et le persan. Pour
obtenir le titre de privât docent , il rédigea
et soutint la thèse intitulée : Commentatio
geographica atque historica de Pentapo-
tamia Indica, Bonn, 1827, où il a cherché à
mettre d'accord les données des écrivains grecs
et latins avec les poèmes épiques de l'Inde,
éclaircissant bien des points obscurs dans la
géographie de ces contrées. Lorsqu'il fut nommé
professeur extraordinaire, en 1330 (depuis 1840
il est professeur ordinaire), il s'occupait avec
M. de Schlegel de la publication de la grande
épopée Râmâyana et du recueil de fables Hi-
topadesa; Bonn, 1829-31, 2 vol.; bientôt après
il entreprit celle des principaux ouvrages phi-
losophiques des Indiens sous le titre de Gym-
nosophista, sive indicée philosophix Docu-
menta {i"^ livr., 1832), avec la traduction la-
tine en regard. Ces importants travaux furent
bientôt suivis des Institufiones Lingue Pra-
criticas; Bonn, 1837, ouvrage indispensable
aux philologues ; du Gitagovïnda Jayadevee,
poetee indici, drama lyricum; Bonn, 1837:
une des plus belles productions de la poésie
lyrique indienne ; et d'une Anthologia Sans-
critica, glossario instructa, Bonn, 1838,
qui contient une foule de morceaux inédits.
Ces différents ouvrages témoignent de la sa-
gacité , de la patience et de la profonde éru-
769
LASSEN — LASSIS
770
dition de M. Lassen, et ont servi de précurseurs
à son chef-d'œuvre : Indische Altherthum-
skunde (Archéologie indienne ); Bonn, 1844-
1852, 2 vol. Outre les écrits mentionnés, on a
de lui : Zur Geschichte der griechischen tmd
indoscythischen Kœnige in BaJttrieii , Kabul
und Indien ( Documents pour servir à l'histoire
des rois grecs et indo-scythes de la Bactriane,
du Kaboul et de l'Inde); Bonn, 1838. Dans cet
ouvrage, M. Lassen, mettant à profit les récentes
découvertes de sir A. Burnes et d'autres voya-
geurs, a essayé de présenter une histoire com-
plète de ces contrées peu connues depuis
Alexandre le Grand jusqu'à la conquête des
musulmans; — Die alt-persischen Keilin-
schriften (Les Inscriptions cunéiformes des an-
ciens Persans ); Bonn, 1836; — Vollstaendige
Zusammenstellung aller bis 1845 bekannt
gemachten alt-persischen Keilinschriften mit
einer berichtigten Erklserung ( Tableau com-
plet de toutes les inscriptions cunéiformes an-
cien-persanes connues en 1845, avec commen-
taire); Bonn, 1845 Cet ouvrage contient aussi
les recherches de Westergaard sur les inscrip-
tions cunéiformes; — Beitrsege z%ir Detitung
der Eugubinischen Tafeln ( Documents pour
servir à l'explication des tables Engubines ) ;
Bonn, 1833; — édition critique du texte des cinq
premiers chapitres du Vendidad; Bonn, 1852;
— Grammatik der Beludschen Sprache
(Grammaire delà Langue Beloud) ; danslejournal
asiatique allemand Zeitschrift fur Kunde des
Morgenlandes , vol. in-S»; — Grammatik der
Brahuisprache ( Grammaire de la Langue
Brahui); ibid., in-8°; — un grand nombred'ar-
ticles dans les recueils intitulés : Indische Biblio-
thek (Bibliothèque Indienne), Rheinisches Mu-
séum (Muséum Rhénan ), Zeitschrift fur
Kunde des Morgenlandes {5ouTnal pour la con-
laissance de l'Orient), Ency klopaedie d'Ersch
et Gruber, etc., etc. M. Lassen est membre
le la Société Asiatique de Paris et correspondant
le l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
E. H — G, dans VEnc. des G. du M., avecaddit.
)ar R. L.]
Conv.-Lex.
LASSERÉ ( François ). Voy. Chérubin ( le
)ère )i
L.ASSERÉ {Louis), hagiographe français, né
Tours, vers la fin du quinzième siècle , mort
e 6 septembre 1546, à Paris. Il fut chanoine au
chapitre de Saint -Martin de Tours, fut appelé
•;n 1540 à Paris par François I*', et devint prin-
iîipal du collège de Navarre. Un de ses contem-
)orains , le théologien Jacques Merlin, parle de
ui avec beaucoup d'éloges, comme d'un homme
lussi recommandable par son érudition que par
ies vertus. On a de Lasséré : Explication de VO-
'aison dominicale, de la Salutation angélique
•t du Symbole des Apôtres; Paris, 1532, in-l2 ;
— La Vie de Mor saint Hiérosme , trad. du
afin; Paris, 1529, in-4° ; réimpr. l'année sui-
NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX.
vante, avec les Vies de madame sainte Panle
et de M^f" saint Louis; on cite encore lés édi-
tions de 1541 et de 1588; — Traité du Sacre-
ment de l'autel; — Les Cérémonies de la
Messe, à l'usage des religieuses de Fontevi'ault ;
— un recueil S'Épltres latines , etc. K.
Dupin , Table des /tuteurs eccUsiatt. — Lelong, Bibl.
Hist, de la France, II.
LASSERRE (Chevalier de), marin français,
né en 1762, à Valenciennes, mort en 1826. DevS-
tiné à la marine royale , il fit ses premières ar-
mes aux États-Unis, pendant la guerre de l'indé-
pendance, puis dans l'Inde, sous les ordres du
bailli de Suffren. A l'époque de la révolution,
il se rendit à l'armée des princes , servit ensuite
l'Angleterre, et commanda un régiment en Portu-
gal. Revenu en France avec les Bourbons , il
reçut le grade de contre-amiral, et fut chargé,
durant les Cent Jours, d'une mission politique
en Vendée ; pendant que le roi était à Gand , il
eut la direction des affaires de la marine. Lors
de la seconde restauration , il fut mis à la tête
de l'école de marine d'Angoulème, et présida à
l'organisation de cet établissement. On a de lui :
Essais historiques et critiques sur la Marine
de France de 1661 à 1789, par îin ancien of-
ficier de la marine royale; Londres, 1813,
in-8° ; la seconde édition, qui n'est pas anonyme,
est datée de 1814; — De l'Administration de
la marine par un conseil d'amirauté; Paris,
1824, in-8°. K.
MahuI, Ann. IVécrolog., 1827. — Moniteur univ., 1826.
LASSIS (iV.), médecin français, né à Châtillon-
sur-Loing, le 21 octobre 1772, mort à Toulon,
en 1835. Il se consacra à la médecine militaire.
En 1793 il était chirurgien de troisième classe
à l'hôpital militaire du Val-de-Grâce, à Paris,
et l'année suivante chirurgien à l'hôtel des In-
valides. Lorsqu'en 1812 il apprit les ravages
qu'exerçait le typhus sur l'armée française, il
quilta Nemours, où il vivait retiré, pour se rendre
àMayence, principal foyer delà maladie. Il étudia
avec soin l'épidémie, et acquit la conviction que
les maladies typhoïdes ne sont nullement con-
tagieuses. Il développa cette opinion dans un
ouvrage qu'il publia en 1819, et lorsqu'en 1821
la fièvre jaune sévissait à Barcelone, il fut un des
médecins qui en étudièrent les effets et soutin-
rent qu'elle n'avait aucun principe contagieux.
Il alla même jusqu'à prétendre que les quaran-
taines et les cordons sanitaires étaient des me-
sures à la fois inutiles et barbares. Lorsqu'en
1832 éclata le choléra, il montra un dévoue-
ment aussi ardent que désintéressé, surtout
dans les communes de Saint-Ouen et de Saint-
Cyr, qui lui décernèrent une médaille comme
témoignage de leur reconnaissance. Ses observa-
tions sur le choléra vinrent fortifier son opinion
anti-contagioniste. Membre de l'Académie de
Médecine, il communiqua à ce corps divers mé-
moires pour soutenir et développer son système,
et affirmer que toutes les affections épidéniiques
26
771 LASSK -
pouvaient ôtre assimilées à des affections pure-
ment fébriles. Les membres de cette académie,
peu d'accord entre eux sur ce sujet, ne se pro-
noncèrent point. Lassis mourut victime de son
zèle à Marseille, où il était allé soigner les cbo-
lériques. Ses principaux écrits sont -. Disserta-
tion sur les avantages de la paracentèse
pratiquée dès le commencement de l'hydro-
pisie abdominale; Paris, 1803, in-8°; —
Recherches sur les véritables causes des ma-
ladies épidémiques appelées typhus, ou de
la non-contagion des maladies typhoïdes;
Paris, 1819, in-S"; reproduit en 1822, sous ce
titre : Causes des maladies épidémiques;
moyens de les prévenir et d'y remédier;
Paris, in-8°; il a ajouté à cette édition des Ré-
flexions sur l'épidémie d'Espagne; — Cala-
mités affreuses résultant du système de la
contagion et même de celui de l'infection;
Résultat'^ avantageux de l'application de la
saine doctrine, etc.; Saint- Germain-en-Laye,
1829, in-8°; — Remarques sur la marche
suivie dans les recherches de la vérité rela-
tivement aux épidémies; Paris, 1833, in-8°;
— Réflexions relatives à la question des
quarantaines élevée devant l'Académie des
Sciences ; Paris, 1833, in-S"; — Sur les causes
des épidémies, leurnature, les moyens d'y re-
médier et même de les prévenir, mémoire lu à
l'Académie de Médecine, le 23 août 1825 ( Ar-
chives générales de Médecine, t. IX.) G. de F.
Documents particuliers. — Journal de la Librairie.
L.ASSONE (Joseph-Marie-François de),
chimiste et médecin français, né à Garpentras, le
3 juillet 1717, mort à Paris, Iç 8 décembre 1788.
Son père était médecin ordinairedu roi Louis XV,
et lui fit commencer ses études dans l'art de gué-
rir par la chirurgie. Admis comme élève à l'hos-
pice de La Charité, le jeune de Lassone, sous les
leçons de Morand, fit de tels progrès qu'à peine
âgé de vingt-et-un ans il remportait le prix pro-
posé par l'Académie royale de Chirurgie i>our
l'extirpation du cancer à la matrice. Plus tard
il se fit agréger à la Faculté de Médecine de
Paris, et peu après l'Académie des Sciences lui
ouvrit ses poites. Il renonça à l'anatomie à la suite
d'un accident semblable à celui qui était arrivé
à Vésale. Lassone fut plus heureux ; au moment
où il allait plonger le scapel dans son sujet, il
reconnut en lui certains signes de vitalité, et
parvint à le ramener au sentiment et même à le
guérir ; mais il demeura si frappé du meurtre in-
volontaire qu'il eût pu commettre, qu'il abandonna
la chirurgie pour la médecine. En 1751, la reine
Marie-Leczinska l'attacha à sa personne, et dans
la suite il devint premier médecin de Louis XVI
et de sa femme, Marie- Antoinette. Les fonc-
tions attribuées à cette place lui paraissant trop
importantes pour être remplies par une seule
personne , il provoqua la fondation de la Société
royale de Médecine. Lassone fit des remarques
intéressantes sur rinflammation du phopphoio
LASSUS 772
et la qature des ses acides. Il a inséré dans les
recueils de l'Académie des Sciences, et de. la
Société royale de Médecine une quarantaine de
Mémoires, parmi lesquels on distingue surtout
ceux qui ont pour objet l'organisation des os , et
diverses observations d'histoire naturelle. Il a
publié séparément une Méthode éprouvée pour
le traitement de la rage; Paris, 1776, in-4o.
L-— 2— E.
Orfila, dans la Biographe ]ifiid\çaj^,
LASSVS ( Orlané ou Roland de ), célèbre
compositeur belge du seizième siècle, né à Mons,
en 1520, et mort à Munich, le 14 juin 1594. Une^
grande incertitude a longtemps régné sur le lieu i
et l'année de la naissance de ce musicien ; son '
véritable nom même semblait un problème. Plu-
sieurs historiens lui ont donné celui d'Orland de
Lassus, qu'il avait effectivement pris et qu'il i
porta ju.squ'à sa mort; d'autres l'ont appelé Or-
lando di Lasso, Roland Lassus, Roland Las-
sé, etc. Tous ces doutes ont été levés , il y a
quelques années seulement, par Delmotte, au-
teur d'une intéressante notice sur Orland de
Lassus; et il est démontré aujourd'hui que cet
artiste, qui s'appelait Roland de Lattre, ne na-
quit point en 1534, comme le prétendent Moréri
et l'abbé Fontenay, ni en 1530, suivant l'opinion
de Samuel de Quickelberg, ami du compositeur
dont il s'agit, mais en 1520, et qu'enfin, malgré
l'assertion de Corio, dans son Histoire de Mi-
lan, il n'était pas Italien, mais Belge et né ai
Mons. Ces faits, qui nous paraissent incontes-
tables , sont consignés dans un passage des An-
nales du Hainaut, par Vinchant, que Delmotte
a découvert en compulsant le manuscrit original;
de cet ouvrage (1). Ce curieux document est
ainsi conçu : « Fut né en la ville de Mons Orland
dit Lassus ( ce fut en cest an que Charles V
fut couronné empereur à Aix-la-Chapelle) ; il
fut de son temps le prince et le phénix des
musiciens , d'où lui vient ce vers ;
« Hic ille Orlandtis Lassum qui recréât orbem.
« Il fut né donc en la rue ^icte Gerlande, à
l'issue de la maison portant l'enseigne de la
Noire Teste. Il fut enfant de chœur en l'église
de Saint-Nicolas de la rue de Havrecq. Après
que son père fut par sentence judicielle con-
traint de porter en son col un pendant de
fausses monnoies et avec iceluy faire trois
pourmaines ( promenades ou tours ) publique-
ment à l'entour d'un hour ( échafaud ), dressé
pour avoir esté convaincu d'estre faux mo-
noyer, le dit Orland, qui s'appellait Roland de
Lattre, changea de nom et surnom s'appellant
Orland de Lassus, etainsy quitta le pays et s'en
alla en Italie avec Ferdinand de Gonzague, qui
suivait le party du roi de Sicile, etc. »
Quelques auteurs , entre autres Samuel dç
(1) Ce manuscrit est à la bibliothèque publique dcMons;
il a été acheté, à Bruxelles, à la vente des manuscrits de
M. Leelcrcqz, de Mons, en 1889.
773 LASSUS
Quickelberg, dans sa notice sur Roland de Lat-
^re, publiée en 1566, rapportent que ce musicien,
dont les heureuses dispositions pour l'art dans
lequel il devait s'illustrer un jour s'étaient ré-
vélées dès ses plus jeunes années, fut enlevé
trois fois à ses parents, à cause de la beauté de
sa voix, lorsqu'il était enfant de chœur à l'église
Saint-Nicolas; que les deux premières fois sa
famille le retrouva , mais qu'à la troisième on
consentit à ce qu'il demeurât à Saint-Didier,
auprès de Ferdinand de Gonzague, général au
seivice de l'Empire et vice-roi de Sicile, qui
après la guerre l'emmena avec lui , à l'âge d'en-
viron douze ans, à Milan, puis en Sicile. Del-
inotte n'ajoute pas foi à cette histoire d'enlève-
ments; il lui parait plus vraisemblable de penser
qu'après le supplice infamant subi par son père,
le malheureux jeune homme , désireux de s'é-
loigner de sa ville natale, se sera adressé à
Ferdinand de Gonzague, qui, connaissant son
mérite et son talent, s'empressa de l'accueillir.
Quoi qu'il en soit, Roland de Lattre suivit de
Gonzague à Milan, où il prit le nom à'Orlando
di Lasso, qui fut ensuite latinisé et changé en celui
i'Orlandus Lassus, et de Milan il se rendit avec
son protecteur en Sicile, où il acheva de s'ins-
truire dans son art ; mais lorsqu'il eut atteint sa
dix- huitième année , il quitta la Sicile pour ac-
compagner Constantin Castriotto à Naples, où
1 resta trois ans environ au service du marquis
délia Terza. En 1541, le désir de voir Rome le
conduisit dans cette ville; l'archevêque de Flo-
ence, qui s'y trouvait alors, lui fit l'accueil le plus
bienveillant, et le logea dans son palais pendant
six mois. Peu de temps après. De Lattre obtint
a place de maître de chapelle de l'église Saint-
fean-de-Latran , ainsi que le constatent les re-
gistres de cette église, dont l'abbé Baini a donné
m extrait dans son mémoire sur Pierluigi de
Palestrina, tome P"", note 109. Il fallait que le
Tfiérite de De Lattre fût déjà bien remarquable
)our que dans une ville telle que Rome, où il
xistait alors des compositeurs de premier ordre
)our l'église , on confiât des fonctions aussi im-
)ortantes à un jeune homme de vingt-et-un-ans.
Deux ans après son entrée à la maîtrise de
Saint-Jeande-Latran, Lassus, que désormais nous
lésignerons par ce nom, sous lequel il est le
774
l)lus généralement connu , apprit qu'une grave
naladie menaçait les jours de ses parents; il
)artit aussitôt de Rome pour se rendre à Mons ;
nais à son arrivée dans cette ville ceux aux-
|uels il devait l'existence n'étaient déjà plus. Les
ieux qui l'avaient vu naître n'ayant plus pour
ni que de tristes souvenirs , il ne tarda pas à
'en éloigner, et alla visiter l'Angleterre et la
lance , en compagnie de César Brancaccio ,
'unft famille noble et amateur éclairé des
eaux-arts. A son retour de ces voyages , Las-
u:> Tint s'établir à Anvers, où il demeura deux
liS, et y fut, dit-on, maître de chapelle à l'église
oiie-Dame. Les quatorze années qui s'écoulè-
rent depuis son départ de Rome jusqu'en 1.557
forment la période la moins connue de sa car-
rière, pendant laquelle toutefois l'artiste, qui
était dans toute la vigueur de l'âge, produisit
nu grand nombre d'ouvrages qui répandirent au
loin sa réputation.
En 1557 Albert V, dit le Généreux, duc de
Bavière, invita Lassus à venir à sa cour, en lui
faisant des offres avantageuses et en l'engageant
à amener avec lui quelques bons musiciens belges
pour le service de sa chapelle. Lassus accepta,
se rendit à Munich, et justifia promptement par
son érudition, son esprit, sa gaîté naturelle, sa
conduite irréprochable, et surtout par la beauté
de ses compositions , la renommée qui l'avait
précédé. L'année suivante, il épousa Regina
Weckinger, fille d'honneur de la duohesse, et
en 1562 le duc Albert, qui avait su apprécier les
qualités personnelles et le mérite de Lassus, le
nomma directeur de sa chapelle, la meilleure qui
existât à cette époque en Europe , par le nombre
comme par le talent des artistes qui en faisaient
partie; elle se composait de seize enfants de
chœur, six castrats, treize contraltos, quinze té-
nors, douze basses et trente instrumentistes , en
tout quatre-vingt-douze musiciens. De tels
moyens d'exécution , l'affection que le duc té-
moignait à Lassus et les éloges qu'il lui prodi-
guait, étaient bien faits pour exciter la verve de
l'artiste dont le génie se développa alors dans
toute sa puissance. C'est de cette époque de sa
vie que datent ses grandes compositions, parmi
lesquelles on remarque principalement ses
Psaumes de la Pénitence et ses Magnificat.
Il eut bientôt une réputation univer.selle. En
Allemagne, en France, en Angleterre et dans les
Pays-Bas , on le surnomma le prince des mu-
siciens; il n'y avait de son temps que Palestrina,
l'illustre maître de l'école romaine, auquel les
Italiens décernaient le même titre, qui sous
plusieurs rapports lui fût supérieur par son ta-
lent. Partout ses productions musicales étaient
recherchées avec empressement. Les souverains
eux-mêmes, partageant l'enthousiasme général
et désirant attirer l'artiste à leur cour, lui fai-
saient faire les propositions les plus flatteuses,
et plusieurs lui donnèrent d'éclatants témoignages
de leur estime. Au mois de décembre 1570, à la
diète de Spire, l'empereur Maximilien accorda
à Lassus des titres de noblesse ainsi qu'à ses
enfants légitimes et à leurs descendants des
deux sexes , et phis tard le pape Grégoire XIII
le créa chevalier de Saint-Pierre à l'éperon d'or,
en le faisant revêtir des insignes de cet ordre
avec tout le cérémonial accoutumé.
En 1571, Lassus fit un second voyage en
France, et vint à Paris ; c'était la première fois
qu'il visitait cette ville, comme il le dit lui-même
dans la dédicace d'un de ses ouvrages (1). Adrien
(1) Un excellent article, inséré dans la Revue Musicale
du 17 septembre 1831, et dû à U plume d'un écrivain aussi
savant qne consciencieux, M. Anders, attaotié à la Bs-
25.
775
LASSUS
776
Leroy, célèbre -imprimeur de ce temps, et mu-
sicieji lui-même, le logea flans sa maison et le
présenta à Charles IX, qui l'accueillit avec la
plus grande bienveillance et lui fit de riches
présents lorsqu'il quitta Paris pour retourner à
Munich. Plus tard , après les massacres de la
Saint-Barthélémy, ce malheureux prince, tour-
menté par les remords , se souvint de Lassiis.
L'impression que lui avaient faite ses Psaumes
de la Pénitence se présenta à son esprit trou-
blé ; il voulait les entendre encore exécuter sous
la direction de l'artiste lui-même, et fit offrir à
ce dernier la maîtrise de sa chapelle avec un
traitement considérable. La reconnaissance que
Lassus avait pour les bontés du duc Albert lui
faisait un devoir de refuser cette offre ; mais le
duc , quoique voyant à regret le départ de celui
qu'il appelait la perle de sa chapelle, eut la
générosité de l'engager à ne pas lui sacrifier des
avantages qu'il ne pouvait lui procurer à sa
cour. Lassus se mit en route au mois de mai
1574 ; mais à peine était-il arrivé à Francfort,
qu'il reçut la nouvelle de la mort de Charles IX.
Aussitôt il rebroussa chemin, et revint à Munich,
où le duc , charmé de son retour, le réintégra
dans ses fonctions et le combla de nouvelles fa-
veurs, en lui assurant , pour toute la durée de
son règne, la jouissance de son traitement qui
était de 400 florins. Malheureusement Lassus
eut bientôt à déplorer la perte de son protec-
teur, on peut dire de son ami. Le duc Albert
mourut le 24 octobre 1579. Son successeur,
Guillaume V, dit le Pieux, qui aimait aussi la
musique , conserva l'artiste auprès de lui sans
rien changer à sa position. Lassus , grâce à ses
économies , était parvenu à amasser une somme
de 4,000 florins. En 1587, le duc Guillaume,
voulant lui donner un témoignage particulier de
sa bienveillance, lui fit présent d'un jardin situé
à Meising, sur la route de Furstenfeld , et quel-
tjues mois après il accorda à sa femme une
pension annuelle de 100 florins. Indépendam-
ment de cette propriété de Meising, Lassus en
possédait encore une autre à Putzburn , dans le
district de Wolfarthshausen.
Lassus avait atteint sa soixante-septième an-
née ; ses occupations quotidiennes de maître de
chapelle absorbaient tout son temps et com-
mençaient à lui faire éprouver de la fatigue; il
désirait vivement être dispensé d'un service aussi
pénible, afin de pouvoir se livrer tout entier à
la composition. Sur sa demande , le duc Guil-
laume lui permit d'aller passer chaque année
quelques mois dans sa propriété de Meising, mais
en réduisant son traitement de moitié, c'est-à-
dire à 200 florins ; seulement, pour que cette ré-
duction fût moins sensible à l'artiste, il lui pro-
mit de prendre soin de ses deux fils, Ferdinand
et Rodolphe. La perte de 200 florins parut trop
bllothèque impériale de Paris, contient des détails pleins
d'intérêt sur ce voyage.
considérable à lassus; il renonça à son projet
de passer une partie de l'année à la campagne,
et continua de s'acquitter avec zèle de ses fonc-
tions de maître de chapelle, consacrant le reste
de son temps à écrire de nouveaux ouvrages. Le
laborieux compositeur redoublait d'efforts,
comme s'il eût pressenti que son génie allait i
bientôt s'éteindre; mais cette continuelle tension
d'esprit, à un âge où le repos lui était si néces-
saire, eut pour lui des suites aussi funestes,
qu'imprévues. Un jour qu'il s'était rendu à Mei-
sing, il se trouva subitement indisposé ; on le t
ramena à Munich, où il ne reconnut aucun des s
siens; ses facultés mentales l'avaient aban-
donné. Sa femme, effrayée, fit aussitôt prévenir i
la princesse Maximilienne , sœur du duc Guil-
laume, qui s'empressa d'envoyer son médecin,
le docteur Mermann , auprès du malade. Des '
soins assidus produisirent une amélioration ap-
parente dans la santé de l'artisti, mais sa raison'
ne revint pas ; une sombre tristesse avait rem-
placé sa gaieté naturelle ; et peu de temps après,:
le 14 juin 1594, il expirait, à l'âge de soixante-
quatorze ans (1). Il fut inhumé dans le cime-ï
tière de l'église des Franciscains, à Munich, oîijj
on lui éleva un superbe tombean en marbrei
rouge , orné de bas-reliefs représentant dans la-
partie supérieure l'ensevelissement du Christ,
avec les saintes femmes, et plus bas les armoi-
ries de Lassus , ainsi que l'artiste lui-même ea-
louré de toute sa famille. Lorsqu'en 1800 le ci-
metière des Franciscains fut détruit , Heigel , ar-
tiste du théâtre de la cour et grand admirateuri
des œuvres de Lassus , fit enlever ce tombeau ,!
et le plaça dans son jardin , devenu depuis lai
propriété d'une demoiselle de Manntich. C'ests
dans ce jardin , où il se trouvait encore en 1830,j
que M. Schmidhammer l'a découvert et en a faiti
prendre le dessin, queDeimottea reprodmt dansi
sa notice. Enfin, le 23 mai 1853, la ville de;
Mons a rendu un solennel hommage à la mémoire
du célèbre compositeur qu'elle avait vu naîli'e,-
(1) Les auteurs ne sont pas plus d'accord sur la date
de la mort de cet homme célèbre que sur celle de sai
naissance; ils ne se rencontrent que sur le jour et le
mois (3 juin ). Leur opinion diffère à l'égard de l'aoïi
née : les uns indiquent 1E86 comme celle de son décès
d'autres 1593, beaucoup 1494, et quelques-uns 1695. Les
actes de 1697 cités plus baut prouvent évidemment qut
la date de 1585 ne peut se soutenir ; la date de 1598
est également inadmissible, car la dédicace des
Lagrime di S. Pietro à Clément VIII est datée du 25
mai 1594. Lassus vivait donc encore à cette dernière
époque i mais il est probable qu'il mourut bientôt après,
ainsi que l'indiquent les mots o6itt 1594, qui se trouveni
sur le portrait de ce musicien gravé parSadeler. QuanI
à la date de 1695, qu'on voit sur te tombeau de Lassus, elle
paraît être celle de l'érection du monument. M. Oehn,
conservateur de la bibliothèque royale de Berlin, a tran-
ché la question : dans une lettre adressée le al mars 186»,
à M. Camille Wins, président de ia Société des Sciences,
des Arts et des Lettres du Hainaut, ce savant annonce
qu'il existe dans les archives de la cour et de l'État, 4
Vienne, une lettre écrite par la veuve de Lassus à Marie,
archiduchesse d'Autriche, dans laquelle elle lui fait pari
que son mari est mort le 14 juin 1594. Nous avons adopta
celte date jusqu'à preuve contraire.
777
LASSUS
778
en lui érigeant au lieu dit le Parc une belle
statue en bronze, due au ciseau de l'habile sculp-
teur belge M. B. Frison, de Tournay.
Lassus avait eu de sa femme, Regina Wec-
kinger, qui mourut au mois de juin 1600, quatre
fils, Ferdinand, Adolphe, Jean et Ernest, et
deux filles, Anne et Regina.
Il est peu d'artistes qui aient eu de leur temps
une renommée aussi universelle et aussi popu-
laire que Lassus. Pour bien apprécier le mérite
de ce musicien, il fautse rappeler quel était l'état
de l'art à l'époque à laquelle ses œuvres com-
mencèrent à se répandre. L'école flamande, infé-
rieure à l'école italienne pendant le quatorzième
siècle, avait acquis au quinzième siècle et au
commencement du seizième une supériorité
marquée sur celle-ci, dont elle était devenue le
modèle ; mais alors le talent d'un compositeur
consistait principalement dans son habileté à
combiner des sons selon les règles du contre-
point, en prenant pour thème obligé de ses messes
des chansons vulgaires dont les airs et les pa-
roles formaient un monstrueux contraste avec
les textes sacrés; à peine trouvait-on, au milieu
de ces subtilités de la science, quelques traces
de goût sous le rapport de la mélodie et de
l'expression. Lassus suivit d'abord l'exemple
des maîtres de son temps; mais bientôt son gé-
nie, prenant sonessor,se fraya une route nouvelle,
ill donna à sa musique religieuse le caractère
grave et simple qui convient à la majesté de
l'Église, et quoique Palestrina, son contem-
porain et son émule , l'emporte sur lui de même
que sur tous les autres musiciens de cette
époque par l'admirable pureté de son style et
par l'élégante manière de faire chanter les par-
ties et de leur donner de l'intérêt, la gloire de
Lassus n'en brille pas moins encore du plus vif
éclat, et l'on ne saurait contester le mérite de
cet artiste qui fut le véritable chef de l'école al-
lemande comme Palestrina fut le chef de l'école
italienne. C'est à ses chants heureux, c'est à
cette tournure hardie, élégante et facile qui dis-
tingue sa musique légère, que Lassus dut sur-
tout l'immense popularité de ses œuvres.
Les travaux de Lassus attestent une prodi-
gieuse fécondité. On a de lui cinquante-trois
messes, dont deux de Requiem, un nombre
considérable de motets , d'hymnes , de psaumes
et autres compositions religieuses, près de huit
cents morceaux de musique profane, tels que des
madrigaux, des chansons latines, françaises et
allemandes. M. Schmiedharamer, savant biblio-
thécaire chargé du riche dépôt de la bibliothèque
royale de Munich, ayant sous les yeux les œuvres
imprimées et manuscrites de Lassus , en a fait
un relevé général dont le chiffre s'élève à 2,337.
C'est à la bibliothèque de Municli que se trouve
conservéela copie des Psaumes de la Pénitence,
de Lassus , que le duc Albert V de Bavière
fit exécuter avec un luxe dont il n'y eut point
d'exemple. Ce superbe manuscrit est composé
de quatre volumes in-folio, reliés en maroquin
rouge et garnis en vermeil ciselé et émaillé; le
poids total des garnitures est de vingt-quatre
livres. Des armoiries, des portraits du duc Al-
bert, de Lassus, du peintre Jean Mielich, qui a
exécuté les miniatures de l'ouvrage, de Samuel de
Quickelberg,auteur des descriptionsdes volumes,
du calligraphe Frishammer, de Gaspard Lindel,
qui a surveillé l'exécution de toutes les parties
de l'œuvre, de Georges Seghkein, l'orfèvre qui a
ciselé les garnitures de livres et du relieur Gas-
pard Ritter, font de ce manuscrit un monument
unique. Il a été publié un grand nombre d'édi-
tions des ouvrages de Lassus; nous renvoyons le
lecteur curieux de les connaître à la notice de
Delmotte et à la Biographie universelle des
Musiciens de M. Fétis, en nous bornant ici à
indiquer les principales :
Messes : Cipriani de Rore , Annibalis Pata-
vini et Orlandi Liber Mïasarum 4, 5 et 6 vo-
cum; Venise, 1566, in 4°; — Missap- aliquot
5 vocum. illustrât, principis D. Guilhelmi
comit. Palat. Rheni, etc., liberalitati in lu-
cem editx; Munich, 1574, iu-fol.; — Liber
Missarum, k et ï> vocum; Nuremberg, 1581,
in-4°; — Missx cum cantico Beatee Marias
octo modis musicis ; Paris, t5S3, in-fol. ; —
Missee decem cum 4 vocibus ; Venise, 1588,
in 4"; — Missse aliquot à vocum; Munich, 1589,
in-4'' ; — Lassus ( Orland ) Belga, musicorum
Orpheus, chorique apud sereniss. Boj. prin-
cipes annis 40 prasfectus. Missse posthumas
sex ritu veteri Romano catholico , in modes
Qua senos, qua octonos temporatae , hac-
tenus ineditx et omnium quas edidit selec-
tissimœ : vulgatse demum affectu, studio ,
sumptu super stitis fila Rodolphi de Lasso,
sereniss. Bojor. duci Maximiliano ad odis
atque organis; Munich,l610, in-foL max.; —
Magnifigats : Magnificat octo tonorum, 4, 5
et 6 vocum; Nuremberg, 1567, in-4°; — Ma-
gnificat octo tonorum 5 et 6 vocum ; Nurem-
berg, 1572, in-fol.; — Octo cantica divse Ma-
rias Virginis quse vulgo Magnificat appellan-
tur, secundum singulos octo tonorum 4 voci-
bus; Munich, 1573, in-fol. max.; — Magni-
ficat aliquot 4, 5, 6 et 8 vocum; Munich,
1576, in-fol. ; — Lassi sereniss. Bojorumàucis
symphoniacorum praefecti , cantica sacra,
recens numeris et modulis musicis ornata,
nec alibi antea typis vulgata, & et 9, vocibus;
Munich, 1585, in-4''; — Magnificat 4,5 et 6 vo-
cibus ad imitationem cantilenarum quarum
singulari concentus hilaritate excellentium ;
Munich, 1587, in-fol. ;— Magnificat octo tono-
rum 4, 5 et 6 vocum; 1601; — Lassi {Or-
landi ) , serenissimorum Bavarise ducum Al-
berti et Guilielmi music. pre/ecti Jubilus
B. Virginis H. E. centum magnificat , labore
et impenso Rodolphi de Lasso , sereniss.
utriusque Bavariee ducis Maximiliani, etc.,
melopœi et organistes prselodatee; Munich,
779
LASSUS
780
1619, in-4°; les morceaux contenus dans ce
livre sont écrits pour cinq, six, sept, huit, et dix
voix. — Psaumes : Lassi, musicorum apud se-
reniss. Bavariae ducum Gnillielmum, etc.,
rectoris, Psalmi Davidici pœnitentiales , mo-
dis musicis redditi, atque antehac nunquam
in lucem editi. His accessit Psalmus : « Lau-
date Dominum de cœlis ; » 5 vocum ; Munich,
1584, in-4°; — Psalmi sacri 3 vocum; Munich,
1588, in^" ; — Cinquante Psaumes de David,
avec la musique à cinq parties, par Orlande
de Lassus. Vingt autres Psaumes à cinq et
six parties, par divers musiciens; Heidelberg,
1597, in-4°. — Lamentations et Leçons : Sa-
crée Lcctiones novem exprofetac Job, it vocum,
in officiis defunctorum cantari solit.r, etc. ;
Venise, 1565,10-4°; — Passio à vocum. Item
Lectiones Job, et Lectiones matutinse de Na-
tivitateivocum; Munich, 1575, in-fol; — Lassi,
sereniss. Bavùriae dtici^ Gnilielmtis, etc. Sa-
celll magistri, Uieremise prophetx Lamenta-
tiones, et alise pi se cantionesy nunquam an-
tehac visse; Munich, 1585, in-4"; — Moduli
i et 8 vocum partim a queritationibus Jobe,
partim e psalm. Davidis et aliis Scripturx
lacis descripti ; La Rochelle, 1576, in-4°; —
Le Lagrime di S. Pietro descritte del si-
gner Luigi Tansillo; Munich, 1595, in-fol. —
Motets : Jt primo libro de' motetti di Or-
to«rfo di ZûW50; Venise, 1545, in -4°; — Sa-
cras Cantiones ( vulgo motetee appellatse ) 5 et
6 vocum. Liber secundus; Venise, 1560, in-4°;
— Sacrx Cantiones 5 vocum, cum viva voce,
tum omnis generis instrumentis cantatii com-
modissimge; Nuremberg, 1562, in-4<>; — Sacrœ
Cantiones ô et 6 vocum. Liber tertius; Ve-
nise, 1566, ïn-4'', contenant trente motets ; —
Sacrée Cantiones 6 et 8 vocum. Liber quartus ;
Venise, 1566,10-4"; — Lassi, illustr. Bavai-iee
duc'is AiOtru musici chori magistri, selectio-
rum ail quoi cantionum sacrarum 6 vocum
fasciculus, adjunctis in fine tribus dialogis
S vocum, quorum nihil adhuc in lucem est
editum; Munich, 1570, in-4''. C'est le cin-
quième livre des motets ; il contient vingt-trois
morceaux; — Moduli quinis vocibus nunquam
hactenus editi , Monachii Boiorum compo-
siti; Paris, 1571,in-4°. Ce livre est le sixième;
Cantionum quos motetos vocant Opus no-
Vîim, pars i; Munich, 1573, in-fol.; — Lassi,
musicorum apud sereniss. Bavarix ducem
Guillelmus, rectoris, Motetta, 6 vocum; Mu-
nich, 1582, in-4°; — Lassi, serenissimi Bava-
riee ducis Guilielmi, etc., musicorum prœ-
fecti sacrée Cantiones, antehac nunquam
visse, nec typis uspiam ( sic) excusœ, 4 vocum;
Munich, 1585, in-4". — On a publié plusieurs
collections générales des motets de Lassiis; la
plus belle et la plus précieuse est celle que les
deux fils de cet artiste, Ferdinand et Rodolphe,
ont itiibliée après la mort de leur père, sous le
titre de: !Sîiignnm Opus MuMCum OrUindi de
Lasso, capellx Bavariee qtiondam magistri,
complectens omnes cantiones quos vulgo mo-
tetos vocant, tamantea éditas quam hactenus
nundum publicatos, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 10, 12
vocum, etc.; Munich, 1604, 6 vol. infol., qui
contiennent cinq cent douze motets. — Madri-
gaux ET Chansons latines, françaises et al-
lemandes : Il primo e secundo Libro de' Ma-
drigali a 5 voci; Venise, 1559, in-4°; — Il
primo Libro de' Madrigalia 4 voci, insieme al-
cuni Madriqali d'altri; Venise, 1560, in-4'';
— Di Madrigali a 4 voci il secundo Libro; \
Rome, , 1563; — Il terzo Libro de' Madrigali i
a 4 voci; Venise, 1564 ^ 10-4°; — Il Libro
terzo de Madrigali a 5 voci; ibid., 1564,,
in-4° ; — De' Madrigali a 5 voci il quarto Li
bro; 1567, in-4"; — // quinto Libro de' Ma
drigali fi 4 voci, Lasso, 1587, in-4°; — IH
sesto Libro de' Madrigali a ke b voci; Venise,
1588, 10-4°; — Libro de Villanelle, Moresche
ed altre canzoni a 4, 5j 6 erf 8 voci; Paris,
in-4°, obi.; — Le quatorzième Livre à quatre
parties contenant dix-huit chansons ita-
liennes, six chansons fr an çoi ses et six mo-
tets faiets (à la nouvelle composition d'au-
cuns d' Italie) ; AQ\ers , 1655, in-4''. M. Fétis
fait remarquer quece recueil n'est indiquéjcomme
quatorzième livre que parce qu'il appartient à
une collection de diver-< auteurs publiée par Tyl-
man Susato; — Nouvelles Chansons à quatre
parties, convenables tant à la voix comme
aux instruments. Le pi'emier Livre; Anvers,
1566, 10-4°; — le second Livre des Nouvelles
Chansons tant à quatre comme à cinq par-
ties; Anvers, 1566, in^"; — Tiers Livre des
Chansons de quatre, cinq et six parties,
convenables tant aux instruments qu'à la
voix; Louvain, 1566, in-4°; — Le quart Livre
des Chansons nouvellement composées par
Roland de Lassus, convenables tant aux
instruments comme à la voix; Anvers, 1564,
in-4''; — Livre de Chansons nouvelles et
cinq parties, avec deux Dialogues à huict;
Paris, 1571, in-4''. Lassus avait publié lui-
même ce recueil pendant son séjour à Paris;
le même ouvrage a paru l'année suivante à Lou-
vain , sous le titre : Livre V de Chansons nou-
velles à cinq parties. Après la publication de
ce cinquième livre, il a été fait une multitude de k
collections complètes ou choisies des œuvres de*
Lassus. A la liste des ouvrages que nous ve-
nons de citer, nous ajouterons encore : Moduli
duobus vel tribus, lib. //Munich, 1582, in-4®;
— Cantiones elegiacse suavissimœ 2 vocibus,
lib. ///Anvers, 1598, in-4°; — Orlandi di
Lasso PropJietias Sibyllarum 4 vocibus, chro-
matico more singulari confectee industria et
per Rodolphum, ejus filium, typis datas;
Augustae, 1600, in-8»; — Nouvelles Chansons
allemandes à cinq voix , propres à chanter
sur tous les instruments ;Man\ch, 1567, in-4°;
— Deuxième partie des Chansons allemandes
781
LASStrS
782
à cinq voix {en allemand); ibid., 1573, in-4°;
— Troisième partie des belles Chansons al-
lemandes nouvelles à cinq voix, avec une gaie
chansonnette françoise (en allemand); ibid.,
1576, Jn-4"; — Téutsche und Franzœsische
Gesœngemit 6 Stimmtn (Chansons nouvelles
allemandes et françaises); Munich, 1590,
in 4° ; — Etliche ausserlesene kurze gute ,
christlicke tnid weltliche Liedlein mit 4
Stimmen , sozuvor in Franzassischer Sprach
aussgangen , jetzund tiber mit Teutschen
Texten, und mit des Authors Bewilligimg in
Truck gegeben , durch Johann Bùhler von
ScAwando/;//( Quelques Chansons choisies, tant
spirituelles que profanes , à quatre voix , com-
posées d'abord sur des paroles françaises, mais
aujourd'hui publiées en allemand , imprimées du
consentement de l'auteur par Jean Biihler de
Schwandorif); Munich, 1582, in^". Ce livre ren-
ferme trente chansons. Dieudonné Denne-Bakon.
Gcrber, HUtorisch-Biographischea Lexikon der Ton-
kunstler. — Biirney, A gênerai History of Music. —
Choron et Fayolle, Dictionnaire historique des Musi-
ciens. '— H. Delinotte, Notice biographique sur Roland
Delattre; Valenciennes, 1836. — Kétis, Biographie uni-
verselle des Musiciens. — Rapport de M. Camille Wins,
président de la Société des Sciences, des Arts et des Lettres
du Hainaut, à l'ocèasioiï àè la statue de Lassus , à Mons,
et pièces annexées à ce rapport; Mons, 1854, in-12.
LASSUS ( Ferdinand be ) , fils du précédent,
et musicien comme sou père , mort à Munich,
le 27 août 1609. Il fut d'abord attaché à la cha-
pelle de Frédéric , comte de Hohenzollern, puis,
en 1593, à celle du duc de Bavière, et suc-
céda, en 1602, à Jean d« Tôsta dans la direction
de cette même chapelle. On a de ce musicien :
Cantiones sacne suavissimae et omnium mu-
skorum instrumentorum harmonix per
quam accommodalee, alias nec visse nec un-
quam iypis subj-ectee; Gratz^ 1588, in-4°. On
trouve aussi quelques motets de sa composition
à la suite des leçons de Job de Roland de Lassus,
publiées à Nuremberg, en 1588, in-4°, ainsi que
dans le recueil de motets à cinq voix ( Munich,
1596, in-4° ), et dans ie premier livre de Magni-
ficat (.Munich, 1602, in-fol. ).
D. D.— B.
Delmotte,iVoHee biographique sur Roland Delattre.—
Pétis, Biographie universelle des Musiciens.
L.ASSCS (Rodolphe de), frère du précé-
dent, né à Munich, et mort dans cette ville, en
1625, fut organiste de la cour de Guillaume,
duc de Bavière , et se distingua par son talent
comme compositeur. Il a publié : Cantio-
nes sacrée 4 wocmw ; Munich , 1606, in-4°; —
Circus symphoniacu^; ibid., 1609, in-4''; —
Modi sacri ad convivium sacrum 2, 3 et G
vocum; Augsbourg, 1614, in-4"; — Virgina-
lia Eucharistica 4 vocum; Munich, 1616,
in-4"' ; — Alphabetum marianum triplici can-
timum série ad multifariam vocum harmo-
«icm; Munich, 1621. Ce recueil contient cin-
jquante-sept antiennes de la Vierge. On trouve
inussi des comiwsitions de Rodolphe de Lassus
dans plusieurs recueilfcdes œuvres de son père.
En 1617 iloffrit au duc régnant quinze volumes
manuscrits renfermant six messes, six ma-
gnificat et six motets; la bibliothèque royale
de Munich ne possède pas ces ouvrages, mais on
y trouve le madrigal à six voix : Perche fuggi^
et un Miserere à neuf voix de ce musicien.
D.—D.— Baron.
Dêlmotte, Notice biographique sur Rolandie Lattre ;
Valenciennes ; 1836 (elle a été traduite, en allemand,
avec des remarques par Dehu; Berlin, 1837 ). — l8ol,
Ad. îàathieu. Biographie de Roland de Lattre; Mons,
in-8". — Castil Blaze; Revue de Paris, juillet, 1888.
LASscs ( Pierre ), chirurgien français , né à
Paris, le 11 avril 1741, mort le 16 mars 1-807.
Son père était maître en chirurgie et estimé
comme praticien. Sous ses leçons le jeune Las-
sus parvint bientôt lui-même à la maîtrise ( 1" j uin
1765). Malgré sa jeunesse l'Académie royale de
Chirui'gie lui confia les fonctions de démonstra-
teur, et en 1770 mesdames Victoire et Sophie de
France, filles de Louis XV, le choisirent pour chi-
rurgien. En 1779 il acheta le titre de lieutenant
du premier chirurgien ; il eut aussi les emplois
d'inspecteur des écoles et trésorier du collège
de l'Académie de Chirurgie. Il devint en 1781
professeur d'opérations chirurgicales. Lorsque
les princesses tantes de Louis XVI sortirent
de France, Lassus les suivit, mais il profita dii
décret qui rayait de la liste des émigrés les
personnes qui auraient été en pays étranger
pour la culture et le progrès des sciences. A la
création des écoles de santé, Lassus y fut admis
comme professeur d'histoire de la médecine et puis
de pathologie externe. Nommé membre de l'Insti-
tut , il y exerça pendant deux ans les fonctions
de secrétaire, et reçut ensuite celles de bibliothé-
caire. L'empereur Napoléon l'attacha à sa per-
sonne comme chirurgien consultant. Lassus,
comme professeur, se distingua par la méthode ,
mais sa pratique n'a jamais été fort étendue. On
a de lui : Nouvelles Méthodes de traiter les
fractures (par Pott), avec une Description des
Attelles de Sharp pour le traitement des Frac-
tures de la jambe , trad. de l'anglais; Paris,
1771, in-12; et 1783, in-S"; — Sur la Lymphe,
dissertation couronnée par l'Académie de Lyon
en 1773; Paris, 1774, m-8"; — Sur les Mala-
dies vénériennes, trad. de Tanglais de Turner;
Paris, 177-7, 2 vol. m-12; — Essai ou Dis-
cours historique et critique sur les décou-
vertes faites en anatomie par les anciens et
les modernes; Paris, 1783, in-8°; — Manuel
pratique des Amputations des membres, trad.
de l'anglais d'Alanson; Paris, 1784, in-12; —
Éphémérides de toutes les parties de l'art de
guérir (avec Pelletan); Paris, 1790, in-S"; —
Traité élémentaire de Médecine opératoire;
Paris, 1795, 2 vol. in-8°; — Traité de Patho-
logie chirurgicale; Paris, 1805-1806, 2 vol.
in-8° ; et quelques mémoires dans divers recueils
de médecine. L — z— s.
Boycr, dans la BiograplUc Médicale,
783
LASSUS — LASTKNIO
784
LASsrs {Jean-Baptiste-Antoine) , architecte
français , né à Paris , le 19 mars 1807, mort à
Vichy, le 15 juillet 1857. Élève de Labrouste, il
entra en 1828 à l'École des Beaux- Arts, qu'il quitta
en 1830, et se livra à des études archéologiques.
Attaché au comité des arts et monuments his-
toriques, il dessina plusieurs projets de restaura-
tion d'édifices gothiques ou de la renaissance. £n
1840, il futchargé, avecM. Viollet-te-Duc, de l'ins-
pection des travaux de la Sainte-Cliapelle, qui
furent terminés en 1856. C'est aussi sur ses plans
et sous sa direction qu'eut lieu la restauration
de l'église Saiirt;-G«rmain-rAuxerroi8, restituée
au culte. A la suite d'un concours, il obtint en-
core avec M. VioUet-le-Duc, en 1845, la restau-
ration de Notre-Dame de Paris et la construc-
tion de la nouvelle sacristie de la cathédrale.
Enfin, en 1854 il donna les plans et fit élever
la nouvelle église paroissiale de Belleville. Il était
en outre chargé du service des édifices diocé-
sains de la Sarthe et d'Eure-et-Loir, et parta-
geait ce même service avec M. VioUet-le-Duc
dans le département de la Seine. Lassus a suc-
cessivement exposé au saloH : Palais des Tui-
leries tel qu'il fut projeté et en partie exé-
cuté en 1564 par Philibert Delorme ( 1833 ) ;
— Sainte- Chapelle du Palais telle qu'elle
était à la fin du quinzième siècle ( 1835 ) ; —
— Réfectoire du prieuré royal de Saint-Mar-
tin-d es-Champs à Paris compris dans les bâ-
timents du Conservatoire des arts et métiers
(1836); — Peinture sur verre du treizième
siècle prise dans la cathédrale de Chartres
(1837); — Châsse destinée aux reliques de
sainte Radegonde; — Église deSaint-Aignan
( Loir-et-Cher ) ; 1855, Ces travaux lui avaient
valu unemédaillede3e classe en 1833, de 2^ classe
en 1834 et la croix d'honneur en 1850. Il a en
outre fait paraître Monographie de la cathé-
drale de Chartres : architecture, sculpture
d'ornements et peinture sur verre; Paris,
1843, in-fol : M. Amaury Duval a donné pour le
même ouvrage la statuaù-e et la peinture sur
mur, et M. Didron un texte explicatif ; — Réac-
tion de l'Académie des Beaux-arts contre l'Art
gothique; Paris, 1846, in-8». Enfin, Lassus a
fourni divers articles aux Annales Archéologi-
ques et avait annoté l'Album de Villard de Hon-
necourt, manuscrit qui a été publié en fac-similé
annoté par Alfred Darcel, en 1858. L. Loutet.
Vapereaa. Dict- univ. des Contemp. — Bourquelot et
Maury, la Litt. Franc, contemp. — Vio)lel-le-Duc ,
Tjettre sur M. Lassus, dans VJrtiste du 26 juillet 1857.
— Mérimée, dans le Moniteurda 20 décembre 1858.
L,ASTANOSA DE FtGUERELAS ( Vincent-
Jean ), numismate espagnol , né à Huesca, vers
1606, mort en 1685. Il consacra une partie de sa
fortune à former un cabinet de médailles et une
collection d'antiques. Sa maison de Figuerelas
était un musée que André d'Ustarroz a célébré
dans un poërae intitulé : Bescripcion de las An-
tiguedades y Jardines de Vinc.-Juan de Las-
tanosa; Saragosse, 1647, in-S". On a de lui :
Bialogos de las medallas disconocidas espa-
nolas, avec trois dissertations sur le même
sujet par le P. Paul Albiniano de Rajas, de don
Francisco de Ursea, et du docteur André de Us-
tarroz; Huesca, 1645, in-4°; — Oraculo ma-
nual y arte de prudencia; Huesca, 1647,
in-4° ; — Tratado de la Moneda Jaquesa , y
de otras de oro y plata del regnode Aragon;
Saragosse, 1681, in-4''. Les deux volumes de
Lastanosa sur les médailles sont rares et curieux;
on les trouve ordinairement réunis. Z.
Nicolas Antonio, Bibliotheca Hispana nova. — Brunel,
Manuel du Libraire.
* LASTARRIA ( D.-J.V.), écrivain et juris-
consulte chilien, né vers 1810. Nommé à l'as-
semblée législative par le district de Copiapo,
il fut choisi par l'université pour rempUr la
place de professeur de législation et du droit des
gens à l'institut national de Santiago. M. Las-
tarria s'est acquis de la réputation comme ora-
teur, et à la chambre il s'est montré parfois
l'antagoniste du président actuel, D. Manuel
Monte. L'un de ses premiers ouvrages est un
traité de géographie destiné à faire connaître le
pays dont il a étudié les lois. Ce travail est in-
titulé Lecciones de Jeografia moderna para
la ensenanza de la Juventud americana,
obra adoptada por la universidad ; 9® édit.,
Valparaiso, 1857, in- 18. Les autres écrits de
cet écrivain sont consacrés à la jurispru-
dence : Bosquejo historico de la Constitucion
del gobierno de Chile durante el primer pe-
riodo de la Revolucion desde i8i0 hasta
1814; Santiago de Chile, 1847, in-8"; — Dis-
cursos academicos ; Santiago, 1844, in-8° ; —
Historia constitucional del medio siglo, Re-
vista de los progressos del systema repre-
seniativo en Europa i America durante los
primeras cincuenta anos del siglo XIX .
la parte, desde 1820 hasta 1825; Valparaiso,
1853, in-8°; — La Constitucion de poliiica >
de la Republica de Chile comentada ; Valpa-
raiso,1856, in-8° ;— Proyectos de ley iDiscursos '
parlamentarios ; Valparaiso, 1857; — Mis-
celanea literaria; Valparaiso, 1855, in-32.
M. Lastarria est un des hommes qui font le plus
d'honneur à l'Amérique du sud. F. D.
Documents particuliers.
LASTENIO ou DALLE LASTE (Natale),
polygraphe italien, né à Marostica, dans le Vi-
cenlin, le 30 mars 1707, mort le 20 juin 1792.
Il professait avec distinction les lettres anciennes
à Padoue lorsque ses démêlés avec Facciolati
l'obligèrent à quitter l'université en 1733. Il ou-
vrit un collège particulier à Venise en 1738, et
publiadivers opuscules qui annonçaient un érudit
et un bon latiniste. En 1764, après la mort de
Facciolati, il fut nommé histoiiographe de l'u-
niversité de Padoue; mais les magistrats véni-
tiens trouvant qu'il s'acquittait trop lentement
de sa tâche la lui retirèrent, et lui donnèrent, en
1769, la place de consulteur et réviseur des brefs
785
LASTEYRIE
(88
pontificaux. Dalle Laste mourut à quatre-vingt-
cinq ans, dans sa petite maison de campagne de
Murzano, près de Marostica. On a de lui une
trentaine d'ouvrages , presque tous écrits en la-
tiu, et peu importants. Les principaux sont :
Laurentii Pataroli Vita , en tête des Œuvres
de Patarol ; Yemse , 1743; — Gratulationes ;
accedit Epistola deMusœo Phllippi Farsettii ;
Padoue, 1767, in-8°; — Vita Francisai Alga-
rotti , dans les Vitse Italorum de Fabroni ; —
Carmina; Padoue, 1774, in-4°; — Scritture
Due al Senato di Venezia, l'una intorno aile
bolle dei benefizii ecclesiastici , l'altra sopra
li requisiti necessarii nei cancellieri eccle-
siastici per legalmente esercitare il loro uf-
Hzio ; dans la Collezione di scritture di régla
Giurisdizione ; Florence, 1771-1774 ; — une tra-
duction de l'Enéide; Venise, 1795, 2 vol. m-8°.
Z.
Tipaldo , Biografia degli Italiani itlustri, l. V.
liASTBTRiE-DDSAiLLANT ( Charles-Phi-
libert, comte de), agronome, industriel, philan-
thrope et publiciste français, né à Brives-la-Gail-
larde (Corrèze),le 4 novembre 1759, mortàParis,
le 3 novembre 1849. Il fit ses premières études à
Limoges, et vint les terminer à Paris. Il entreprit
ensuite des voyages en Angleterre, en Italie, en
Sicileet en Suisse pour perfectionner ses connais-
sances en économie rurale. En dépit des lois de la
terreur, il eut le courage de rester en France jus-
qu'au 9 thermidor. Il se rendit ensuite en Espagne,
d'où il fit venir un troupeau de mérinos. En 1799
il parcourut la Hollande, le Danemark, la Suède,
la Norvège et une partie de l'Allemagne ; il re-
tourna en Espagne en 1803 , en Suisse et en
Italie en 1809. Partout il faisait des observations
utiles, qu'il consigna dans ses mémoires. En ap-
prenant l'invention de Senefelder, Lasteyrie se
rendit à Munich en 1812, afin d'y apprendre la li-
thographie. Les suites de la guerre de Russie le
forcèrent àrevenir en France ; mais il retourna en
Bavière en 1814, après la paix, engagea des ou-
vriers , qu'il ramena avec lui l'année suivante , et
créa la première lithographie qui ait existé à Paris.
Ses presses servirent d'abord à l'impression des
circulaires du ministre de la police, puis à toutes
sortes d'ouvrages. Lasteyrie fut un des principaux
membres de la Société d'Encouragement pour
l'Industrie nationale , de la Société Philanthro-
pique, de la Société centrale d'Agriculture, de
la Société Asiatique, de la Société de Vaccine, de
la Société pour l'Enseignement mutuel, et il s'oc-
cupa également de répandre la méthode Jacotot.
Sous l'empire , il avait imaginé une société des-
tinée à venir au secours des savants et des au-
teurs infirmes ou nécessiteux et que la misère
pouvait empêcher de mettre au jour des œuvres
utiles, ou à encourager des jeunes gens dont le
génie ne pouvait s'étendre faute de secours.
Cette société avait réuni des fonds et fait impri-
mer ses règlements lorsque la police la fit
dissoudre. Il avait des opinions libérales très-
prononcées, et y demeura fidèle jusqu'à sa mort,
ainsi qu'aux idées philosophiques, qu'il dé-
fendait encore à l'âge le plus avancé. Dans
sa vieillesse, il avait voulu fonder une société
consacrée aux travaux de la philosophie. Il a
écrit beaucoup de livres d'agriculture et d'ins-
truction élémentaire ; il aida de ses deniers la pu-
blication de livres utiles et encouragea les nou-
veaux procédés de culture et d'élève des bestiaux.
On a de lui : Essai pour diriger et étendre les
recherches des voyageurs qui se proposent l'U'
tilité de leur patrie , traduit de l'anglais , du
comte Léopold Berchtold; Paris, 1792, 2 vol.
in-8° ; — Traité des Bêtes à Laine d'Espagne,
leurs voyages, leur tonte, le lavage et le
commerce des laines, les causes qui donnent
la finesse aux laines, etc. ; Paris, 1799, in-8° ;
— Société en faveur des Savants et des Hom-
mes de lettres; Paris, 1801, in-8° ; — Histoire
de V Introduction des Moutons à laine fine
d'Espagne dans les divers États de l'Europe
et au cap de Bonne-Espérance ; Paris, 1802,
in-8"; — De l'Engraissement des Bestiaux;
Paris, 1804, in-12; — Du Cotonnier et de sa
Culture; Paris, 1808, in-8°; — Du Pastel, de
l'Indigotier et des autres Végétaux dont
on peut extraire une couleur bleue;Fans, 1811,
in-8°; — Nouveau Système d'Éducation pour
les écoles primaires, adopté dans les quatre
parties du monde; Paris, 1815, 1819, in-8°;
— Des Fosses propres à la conservation
des grains, et de la manière de les cons-
truire ; Paris, 1819, in-4°; — Collection de
machines, d'instruments, ustensiles, cons-
tructions, appareils, etc., employés dans l'é-
conomie rurale, domestique et industrielle ,
d'après les dessins faits dans diverses par-
ties de l'Europe; Paris, 1820-1821, 1822, 2 vol.
in-4°, avec 200 planches lithographiées dans
l'imprimerie de Lasteyrie; — Méthode naturelle
de l'Enseignement des Langues; Paris, 1826,
in-18 ; — Des Écoles des Petits Enfants des
deux sexes de l'âge de dix- huit mois à six
ans; Paris, 1829, in-8°; — De la Liberté de
la Presse illimitée; Paris, 1830, in-8''; — His-
toire naturelle et économique du Chien, avec
la description de ses différentes races, de
leurs mœurs, de leurs usages , etc. ; Paris,
1830, 1834, in-12; — Histoire naturelle et
économique du Mouton et de la Chèvre; Paris,
1834, in-12; — Histoire naturelle et écono-
mique du Cheval, de l'Ane et du Mulet; Paris,
1834, in-12; — Histoire naturelle et écono-
mique du Cochon, du Lapin, du Cochon d'Inde,
du Chat et du Furet; Paris, 1834, in-18; —
Histoire naturelle et économique du Chameau,
du Dromadaire, du Renne, du Lama et de la
Vigogne ; Paris, 1834, in-18; — Histoire natu-
relle et économique du Bœuf, de la Vache et
du Buffle ; Paris, 1834, in-18 ; — La lecture par
Images; Varis, 1834, in-4°; -^Typographie
économique , ou l'art de Timprimerie mis à
787
LASTEYRIE
la portée de tous , et applicable aux diffé-
rents besoins sociaux; Paris, 1837, in-8" ; —
Sentences de Sextius , philosophe pythagori-
cien, traduites en français pour la première
fois, accompagnées de notes; Paris, 1843,
in-12; — Des Droits naturels de tout in-
dividu vivant en société ; Paris, 1845, in-12 ;
— Histoire de la Confession sous ses rapports
religieux, moraux et politiques, chez les
peuples anciens et modernes; Paris, 1846,
in-8°. On doit encore au comte de Lasteyrk; :
Projet de Cabinet économique; m-k", auto-
graphié; — Émancipation Intellectuelle, ou
Méthode d'enseignement de M. Jacotot , in-8°.
Il a donné de nombreux articles à différ^ts jour-
naux ou recueils périodiques ou scientifiques.
On lui doit aussi quelques traductions. De belles
planches d'anatoinie et d'histoire naturelle sont
sorties de ses presses lithographiques. L. L — t.
Jojriard, Discours sur la fie et les Travaux de M. de
Lasteyrie, lu i\ la Société d Instraction élrmentaire;1850,
ia-9°. — Passy, Éloge fiistor. de M de J.asteyrie, la à la So-
ciété d'AgricuUurc; 1854. - .4raauU, Jay, Jouy etNorvins,
Biogr nouvelle des Contemp. — Qiiérard, La france
Litt. — Bourquelot el Maury, LaLitter. Franc, contemp.
* LASTEYRIE [Ferdinand de ), antiquaire
et homme politique français , fils du précédent ,
né à Paris, en 1810. 11 entra en 1827 à l'É-
cole des Mines. Employé après 1830 à la di-
rection des mines, puis au ministère de l'inté-
rieur et aux cultes, il quitta l'administration
en 1837. Élu en 1842 député à Saint-Denis
(Seine), il se plaça sur les bancs de l'opposi-
tion constitutionnelle, et fut réélu en 1846. H
prit part à l'agitation réformiste, et présida le
banquet de Saint-Denis en 1847. Élu à l'As-
semblée constituante par le département de la
Seine, il fut réélu à l'Assemblée législative, et
vota dans ces deux assemblées avec les répu-
blicains modérés. A la Constituante, il était
membre du comité de l'intérieur. Il y vota
contre le droit au travail, pour les deux chambres,
contre le vote à la commune , pour la suppres-
sion du remplacement militaire et pour la pro-
position Râteau. Plus tard il demanda pour tous
les journaux le droit de vente sur la voie
publique. En 1850, il fit partie d'une com-
mission instituée pour préparer l'enseignement
professionnel. Il était aussi membre de la com-
mission municipale de Paris. Le coup d'État
du 2 décembre 1851 le rendit à la vie privée. En
1857 il se mit sur les rangs pour la dépufation au
corps législatif dans la neuvième circonscrip-
tion de la Seine ; mais il échoua. On a de lui :
Histoire de la Peinture sur Verre, d'après
ses monuments en France, et Recueil de
dessins des Vitraux les plus remarquables
depuis le douzième siècle jusqu'à nos jours ;
Paris, Didot, 1837-1858, 33 livr. in-fol. : cet ou-
vrage a été couronné par l'Institut en 1841 ; —
Quelques mots sur la Théorie de la Peinture
sur Verre; Par 1852, in-12; — Études archéo-
logiques sur les Églises des Alpes; Paris, 1854,
LASTHÉNÈS 788
in 8°; — L'Électrum des anciens était-il de
V Émail ? Dissertation sous forme de réponse à
M.Jules Labarte;PArh, 1858, in-8°. L. L— t.
Siog. statistique de la Chambre des Députés. —Biogr.
des 900 Représ, à la Constituante et des 760 Représ, à la
Législative. — Le Saulnler, Biogr. des 900 Députés à
l'Ms. nationale. — Biogr. des 750 Représ, à l'Ass. légis-
lative. — Dict. de la Convers.
^LASTEYRIE {Julcs DE ) , homme politique
français, cousin du précédent, naquit au château
de La Grange, en 1810. Son père avait épousé une
filk de La Fayette. M. Jules de Lasteyrie prit part
comme aide de camp de dom Pedro à l'expédition
entreprise par ce prince pour expulser dom Miguel
du Portugal. En 1842, M. Jules de Lasteyrie
fut élu député à La Flèche, et réélu en 1846. Il
prit place au centre gauche, et traita avec talent les
questions de politique internationale, de marine et
d'esclavage. En 1845 il fit le rapport du projet de
loi sur le régime des colonies. Il vota contre l'in-
demnité Pritchard et pour la proposition rela-
tive aux députés fonctionnaires. En 1847, il but
« à l'économie dans les dépenses », au banquet
réformistes de Forges. A la révolution de fé-
vrier 1848, il se plaça devant la duchesse d'Or-
léans menacée à la chambre des députés et re-
conduisit jusqu'à la frontière la duchesse de
Montpensier. Élu à l'Assemblée constituante, il
entra dans le comité des finances, et vota contre
le droit au travail, pour les deux chambres,
pour le vote à la commune , pour la proposition
Râteau , pour la suppression des clubs , et contre
la mise en accusation du ministère. Membre de
la réunion de la rue de Poitiers, il fut réélu à
l'Assemblée législative, et, réuni à la majorité,
il se prononça fortement contre la politique pré ■
sidéntiêlle. Vice-président de cette assemblée,
il fit partie des commissions chargées de la repré-
senter pendant ses prorogations annuelles. Le
2 décembre 1851, M. Jules de Lasteyrie fut ar-
rêté ; mais le 16 du même mois il fut mis en li-
berté. Éloigné temporairement de France par
le décret du 9 janvier 1852 ^ il fut autori.se
à rentrer dans son pays le 7 août suivant. De-
puis lors il a vécu dans la retraite. On a de
M. J. de Lasteyrie dans la Revue des Deux
Mondes : Le Portugal depuis la révolution
de 1820 (15 juillet 1841); — Souvenirs des
Açores ( l*' janvier 1842 }; — Le Budget et la
Situation financière de la France ( 15 octobre
1847 ). L. L— T.
Biogr. statist. de la Chambre des Députés; 1846. —
Biogr. des 900 Représ, à la const. et des 750 Représ, à la
Législ. — Le Saulnier, Biogr. des 900 Députés à l'Ait,
nationale. — Biogr. des 750 Représ, à l'Jss. législ. —
Dict. de la Convers.
LASTHÉNÈS (AaffôévYiî), chef olynthien, vi-
vait en 350 avant J.-C. Lorsque PliUippe, roi de
Macédoine, attaqua les Olynthiens, en 348, ceux-
ci placèrent leur cavalerie sous les ordres de
Lasthénès. Ce général, secrètement vendu à Phi-
lippe, et d'accord avec un autre chef nommé
Eutliycrate, conduisit ses cavaliers dans une em-
buscade, où ils furent pris par les Macédoniens.
789 LASTHÊNÈS
Après la chute d'Olynthe, Philippe accueillit
froidement les deux traîtres ; on a même sup-
posé, d'après un passage de Démosthène, qu'il les
avait fait périr. Les paroles de Démosthène
n'ont pas un sens aussi absolu, et l'on Toit dans
Plutarque que longtemps après la prise d'O-
lynthe Lasthénès résidait à la cour de Philippe. Y.
DéniosthCne, De Chers., p. 9»; Philipp., Hl, p. 128;
De Cor., p. î*l ; De fais. Légat., p. 4ïB, 416, 4B1. — i)io-
dore, XVI, 53. - Plutarque, Apophtii., p. 178. — Thirl-
wall, Greece, vol. V, p. 3i8.
LASTHÉNÈS, général crétois, vivait dans le
premier siècle avant l'ère chrétienne. Il fut un
des premiers qui engagèrent les Crétois à ré-
sister au général romain Antonius. Aussi lorsque
les Crétois, après leur victoire sur Antonius, eîi-
voyèrent demander la paii au sénat, il leur fut
imposé comme condition de livrer Lasthénès.
Ils refusèrent, et confièrent à ce général un des
principaux commandements dans la guerre qui
suivit. Lasthénès et un autre chef crétois, Pa-
narès, rassemblèrent une armée de vingt-quatre
mille hommes, avec laquelle ils résistèrent pen-
dant près de ti'ois ans (68-65) aux Romains
commandés par Metellus. L'excellence des ar-
chers crétois et l'infatigable activité de leurs
deux généraux leur donnèrent longtemps l'a-
vantage ; mais enfin Lasthénès, battu près de
Cydonie, se réfugia à Cnosse, où il se vit bientôt
étroitement assiégé. Désespérant de pouvoir
tenir contre Metellus, il se retira à Lyttus, après
avoir incendié son palais de Cnosse. Poursuivi
dans son asile de Lyttus, il se rendit sans autre
condition que d'avoir la vie sauve. Metellus lé
réservait par son triomphe ; mais il dut le livrer
à Pompée, qui avait pris les Crétois sous sa pro-
tection. Y.
Dlodore , Exe. Légat., XL, p. 631, 6î2. — Appien,
Sic, 6. — Phlegon, Ap. Phot., p. 84. — Dion Cassius ,
Fragm.,in, XXXVI, S. — Velleius Paterculus,!!, 84.
LASTHÉNiB ( AatrOsveta ), femme grecque
philosophe, née à Mantinée , en Arcadie, vivait
dans le quatrième siècle avant J.-C. On ne sait
rien de sa vie , sinon qu'elle suivit les leçons de
Platon, et que pour y assister elle se déguisait
en homme. On ne cite d'elle aucun ouvrage. Jam-
blique, sans doute par erreur, fait de Lasthénie
un disciple de Pythagore. Y.
Diogèae Laerce, III, 46; IV. î. —Clément d'Alexan-
drie, Strom., IV, p. 619. - Athénée, XII, p. S46; Vil,
p. S7« . — Jamblique, Ftta Pyth., 36.
LASTic (Jean Bonpar de), trente-quatrième
grand-maître de l'ordre de Saint- Jean -de- Jéru-
salem, né vers 1371, en Auvergne, mort le
19 mai 1454, à Rhodes. Après avoir combattu les
Anglais sous le connétable de Clisson, il entra
en religion (1395), et devint bientôt grand-prieur
d'Auvergne et commandeur de Montcalm. En
1437 il fut élu grand-maître de l'ordre pour
succéder à Antoine de La Rivière. Les circons-
tances étaient difficiles : Abouzaid-Yacmak, sul-
tan d'Egypte, repoussé avec perte dans une at-
j taque qu'il essaya contre Rhodes, en 1440, re-
I parut devant 111e quatre ans plus tard, à la tête
— LASUS 7-90
d'une flotte considérable et d'une armée de plus
de vingt mille hommes. Mais, grâce aux bonnes
mesures et à la vaillante résistance du grand-
maltre , il fut encore obligé de se retirer ; le
siège n'avait pas duré moins de quarante jours.
Cette guerre fut terminée par l'intervention de
Jacques Cœur, le célèbre argentier. Pendant les
trois années qui suivirent, Lastic fut investi
d'une sorte de dictature, qu'il fit tourner à la
plus grande gloire de l'ordre en réprimant les
troublée fomentés par quelques commandeurs
d'Europe et en publiant des règlements aussi
fermes que modérés. Il mourut au moment où
il se préparait à soutenir un nouveau siège dont
le menaçait Mahomet II, qui l'avait en vain
sommé de se reconnaître son vassal. Il est, à ce
qu'il paraît, le premier qui ait porté le titre de
grand-maître. K.
Verlot, Histoire de r Ordre de Saint- Jean-de- Jérusa-
lem. — Séb. Paoll, Codice âiplomatico del sagro mili-
tare Ordine Gerosolimitano.
LASïMAN [Pierre), peintre hollandais, né
à Harlem, en 1562. Il était élève de Comille
Comelis, et alla se perfectionner en Italie. Il
était à Rome en 1604, et peignait assez bien pour
que plusieurs poètes aient composé des vers à sa
louange. Ses œuvres sont très-rares. A. de L.
Descanips,£a Fie des Peintres Hollandais, etc., t. I,
p. 141 — Charles Tan Mander, Het leven der moderne
e/t dees tytsche doerluchtighe Nederlandtsche, Schil-
ders etc. (Amsterdam, 1617, in-4o).
LAS PS (1) ( Aàffoç ), un des principaux poètes
lyriques grecs, né à Hermione, dans l'Argolide,
vivait au sixième siècle avant J.-C. Son père
se nommait Chabrinus, ou, suivant une cor-
rection de Schneidewin, Charminus. Lasus est
surtout connu comme le maître de Pindare et
le fondateur de la poésie dithyrambique athé-
nienne. Il vécut à Athènes, sous la protection
d'Hlpparque, avec plusieurs poètes célèbres,
entre autres Simonide et Onomacrite. La riva-
lité de ces poètes dégénéra en haine ouverte.
Lasus parlait avec mépris du talent de Simo-
nide, et il fit expulser Onomacrite d'Athènes, en
prouvant qu'il avait fabriqué de prétendus ora-
cles de Musée. On né sait rien de plus de sa vie, si-
non que vers la fin du fègne des Pisistratides, ou
après leur chute, il donna à Pindare des leçons
de musique et de poésie. Dans la poésie lyrique,
Lasus fut innovateur ; mais il n'est pas facile
de préciser, sur les témoignages des anciens, le
genre et la mesure de ses innovations. Il per-
fectionna le dithyrambe inventé par Arion , soit
en imaginant l'évolution circulaire du choeur
( chœurs cycliques ) que beaucoup d'anciens at-
tribuent à Arion, soit en introduisant des con-
cours dithyrambiques à l'exemple des con-
cours dramatiques. En se rapprochant du chœur
dramatique, le dithyrambe exigea une musique
(1) Ce nom a été quelquefois défiguré parles auteurs
anciens. T/.elzès (Proleg. in Lycoph,, p. 232, édit. Mill-
ier } ccrit Aâa(7o; et Stobéc ( Serin. XXVIl. Tâff^oç.
791
LASUS — LA SUZE
792
moins simple que celle d'Arion. Lasus employa
des combinaisons plus nombreuses et pins va-
riées de la voix humaine, et fit usage de plu-
sieurs tlùtes dans l'accompagnement. En chan-
geant de forme, le dithyrambe changea aussi de
sujets. Suidas et le scoliaste d'Aristophane di-
sent que Lasus introduisit des sujets de con-
troverse (ou peut-être philosophiques) dp'.frti-
xoùî XÔYou;. Le sens de cette expression est dou-
teux ; mais elle paraît signifier que Lasus re-
cherchait dans ses dithyrambes les occasions
de moraliser, et qu'il choisissait de préférence
les sujets qui prêtaient aux discussions de mé-
taphysique et de morale. C'est sans doute à
cause de la gravité de sa poésie qu'il fut compté
parmi les sept sages de la Grèce. Il ne reste
de lui que quelques vers, et si on veut avoir
une idée de sa poésie, il faut recourir aux odes
de son grand disciple, Pindare (voy. ce nom).
Lasus composa un hymne à Demeter, adorée
à Hermione. Cette ode, dont Athénée a conservé
trois vers, était un mélange du dialecte dorique
et de l'harmonie éolienne ; elle offrait cette par-
ticularité que le poète avait soigneusement évité
l'emploi de la lettre S. Il en avait fait autant
dans une ode intitulée Les Centaures. D'après
Suidas, il écrivit aussi sur la musique un traité,
le premier de ce genre composé chez les Grecs.
Le grammairien Chaméléon d'Héraclée écrivit
un ouvrage sur Lasus. Les rares fragments de
ce poète ont été recueillis dans les Fragmenta
Lyricorum Grascorum de Bergk. L. J.
Aristophane et son scholiaste, f^esp., IMO; Jves, 1403.
— Suidas, aux mots KwxXioSiôôdxaXoç et Aàffoç. —
Diogène Laerce, I, 4î. — Burette, dans les Mémoires de
l'/teadémie des Inscript., t. XV, p. 324. — Forkel, Ges-
chichte d. MiuiJie, toI. I, p. 358. — Fabricius, Btbiio-
tàeca Graeca, vol. II, p. 128. — Bœkh , De Metr. Pind.,
p. 2, — Ot. MOller, Bitt. ofthe Lit. of Greece. p. 214,
215. — Bode, Geschichte d. lyrisehen Dichtkunst. — Ul-
TicUGeschieltte d. Hellen Dichtkunst, vol. II. - Schnci-
dewin, Comment, de Laso Hermionensi; Goettingue, 1842.
— Luethe. Dissertatio de Grmcorum Ditàyrambis ; Ber-
lin, 1829, in-8".
LA sczE(jyenrieï^e DE CoLiGNY, comtesse de),
femme poète française, née en 1618, morte à
Paris , le 10 mars 1673. Fille de Gaspard de
Coligny, seigneur de Châtillon, maréchal de
France, elle épousa en t643 l'Écossais Thomas
Hamilton, comte de Hadington. Devenue bientôt
veuve, elle se remaria avec Gaspard de Cham-
pagne, comte de La Suze. Cette union ne fut
pas heureuse : la comtesse était légère; elle ai-
mait le monde et les plaisirs ; le comte était
jaloux. Il résolut de conduire sa femme dans
ses terres. M™» de La Suze résista, et obtint de
faire casser son mariage par arrêt du parlement,
en 1653. La même année elle avait abjuré le
protestantisme, ce qui fit dire à la reine Chris-
tine que la comtesse de La Suze avait quitté la
religion de son mari , « afin de ne le voir ni
dans ce monde ni dans l'autre ». Un protestant
converti, La Milletière, conseiller du roi, au-
teur de plusieurs ouvrages de controverse, avait
entrepris la conversion. ,d^,i\l,'"'' de La Suze avec
les évêques du Mans et d'Angers. ILcomposa
dans ce but un livre intitulé : Le Flambeau de
la vraie Église, pour la faire voir à ceux qui
en sont dehors. La cour s'intéressa à cette con-
version. M"° de La Suze demanda au pasteur
Mestrezat d'entrer en sa présence en discussion
avec La Milletière; le pasteur refusa. Pour
vaincre les mauvaises dispositions de son mari
à l'égard de leur séparation la comtesse de
La Suze fut obligée de lui donner 25,000 écus,
et l'on dit à cette occasion que « M"' de La
Suze perdait à cela 50,000 écus, parce que son
mari, ne pouvant plus vivre avec elle, aurait
bientôt acheté sa séparation au même prix.
Rendue à la liberté, la comtesse de La Suze ne
s'occupa plus qu'à faire des vers, à écrire des
billets galants et à « filer le parfait amour, »
oomme on disait alors. Elle recevait dans sa
maison les beaux esprits du temps, qui prirent
son parti dans un procès qu'elle perdit contre
M*"* de Châtillon (1). Titon du Tillet la mit
dans son Parnasse ; Boileau dit même qu'il y
a d'elle des « élégies d'un agrément infini «i
Pourtant son style est incolore et fade. Ses su-
jets lui appartiennent; mais elle se faisait aider
dans la versification. « Elle paraissait, dit Le-
clerc, fort sérieuse dans le grand monde; mais
quand elle était avec ses amis, elle était si gaie
qu'elle avait quelquefois des transports qui la
portaient loin. Elle disait qu'elle ne pouvait se
persuader que l'amour fût un mal. Elle engagea
un jour M. Bruguier, alors ministre à Lumigny,
de travailler avec elle à mettre V Oraison domi -
nicale en vers burlesques : ce qui pensa faire
déposer ce ministre. » Bruguier fut du moins
fortement censuré. Dans une lettre à la reine
Christine, M"^ de La Suze disait : « Tout le de-
voir ne vaut pas une faute qui s'est faite par
tendresse. » Elle ne prenait la plume qu'après
avoir soigné sa toilette, et répondait à ceux qui
s'étonnaient de la trouver parée dès le matin :
« C'est que j'ai à écrireé » Largiliière l'a peinte
(1) Le roi, à ceque raconte le Meiiagiana," voulut sa-
voir qui étaient ceux qui avaient été dans les intérêts des
deux parties. On lui dit que les princes et les personnes
de qualité avaient été pour M™» de Châtillon, et que
M"»e de La Suze n'avait eu que les fauvettes de son côté,
voulant parler des poëtes. » Le prince de ConU dit à
Ménage, à la suite du Jugement, que la raison l'avait em-
porté sur les poëtes; Ménage repondit que ceux qui
avaient gagné n'avaient ni rime ni raison. Les affaires de
M"» de La Suze étaient en assez mauvais état. On rap-
porte qu'un exempt vint un jour accompagné d'arcbers
pour saisir ses meubles à huit heures du matin; elle
était encore au lit. « Monsieur, dit elle à l'exempt, J'ai peu
dormi eeite nuit ; veuillez me laisser reposer enrore deux
heures. L'exempt y consentit, et se retira. M"» de La
Suze se rendormit ; à dix tieures elle s'habilla, et en sor-
tant elle remercia l'exempt, qu'elle retrouva dans l'anti-
chambre, ajoutant ■■ « Je vous laisse le maître de la mai-
son. Monsieur.» M'»'= de La Suze futchantée par tous les
poètes du temps ; Charleval disait qu'elle égalait Sapho ;
Feubet fit pour elle ce madrigal latin :
Quae dea sublimi rapitur per inania curru ?
An Juno, an Pallas, an Venus Ipsa venit?
Si genus inspicias, Juno ; si scripta, Mlnerya ;
Si spectes oculos, mater Amoris erit.
79'
LA SUZE — LA TAILLE
734
assise dans un char roulant sur des nuages.
m"" de Scudéri lui accorde <> la taille de Pallds et
sa beauté, ce je ne sais quoi de doux, de languis-
sant et de passionné, qui ressemble assez à cet
air charmant que les peintres donnent à Vénus;
une grande naissance, plus d'esprit que de
beauté , miHe charmes , une bonté généreuse ,
qui la rendait digne de toutes ces louanges ».
M"® de La Suze est auteur d'élégies, d'odes,
de chansons, de madrigaux, de rondeaux, de
stances, qui ont été publiés pour la première
fois sous ce titre : Poésies de M^^ la com-
tesse de La Suze; Paris, 1656, 1666, in-l2, et
souvent depuis dans les Recueils de poésies
galantes, en prose et en vers ; Paris , 1668,
2 vol. in-l2; 1684, 4 parties in-12; Lyon, 1695,
4 tomes in-12; Paris, 1698, 4 vol. in-12; Tré-
voux, 1725, 4 vol. in-12 ;174l, 5 vol. in-12. Mais
il est bien difficile à présent de reconnaître tout
ce qui lui appartient dans ces recueils, qui ren-
ferment en outre des pièces de M^''' de Scudéry,
du comte de Bussy, de Bachaumont, de Cailly,
de Desmarets, de Quinault, etc. La Princesse
de Montpensier, le Démêlé de l'esprit et du
cœur, le Temple de la Paresse, le Voyage à
Vile d'Amour ne sont pas d'elle. L. L— t.
Ménagiana. - Leclerc, Mélanges de Littératvre. —
M"" de Scudéry, Clélie. — La Millelière, /,6«re à M. de
Couvrelles sur la conversion de M"'* la comtesse de
La Suze. — Chauiion et Delandine, Dict iiniv. Histor.
Crit. et Bii)liogr. — Haag, La France Protestante.
LA TAILLE (Jean DE), poète français, né
vers 1540, à Bondaroy , village situé aux en-
virons de Pithiviers, où H mourut, en 1608. Issu
d'une famille noble du Gâtinais , il étudia les
humanités dans un collège de Paris, où il eut
pour maître Muret, et le droit à Orléans, sous la
direction d'Anne Du Bourg; mais la lecture de
Ron-ard l'ayant dégoûté de la jurisprudence, il
revint à Paris s'adonner à la poésie, et y amena
son frère Jacques, qu'il aimait tendrement. At-
taché à la religion réformée, il suivit quelque
temps le parti des armes, se trouva à la ba-
taille de Dreux, et fut blessé dangereusement à
celle d'Arnay-le-Duc ; quoique encore couvert
de sang et de poussière , le roi de Navarre, qui
fut depuis Henri IV, lui fit l'honneur de l'em-
brasser, et le remit entre les mains de ses chi-
rurgiens. Voilà tout ce que l'on sait des particu-
larités de sa vie. Parmi ses nombreux écrits,
nous citerons : Remontrance pour le roi à
tons ses sujets qui ont pris les arm^s, par J.
D. L. T. D. B., escuyer; Paris, 1563, in-8»;
sorte d'épître en vers composée durant le long
séjour du camp près de Blois ; — Saûl le Fu-
rieux, tragédie prise de la Bible, faite selon
l'art et à la mode des vieux auteurs tragi-
ques , avec hymnes, cartels, épitapkes, ana-
grammatismes et autres œuvres du même
«w^ew; Paris, 1572, in-8" : ouvrage qui con-
tient aussi un discours en prose sur l'Art de la
Tragédie et un Éloge de Jacques de La Taille;
La Famine, ou les Gabaonites, tragédie prise
de la Bible; Paris, 1573, in-8°; on y trouve à
là suite les morceaux suivants : La Mort de
Paris Alexandre et d'Œnone^ poème; Le
Courtisan retiré , long entretien de l'auteur
avec un courtisan mécontent; Le Combat de
Fortune et de Pauvreté, poème; Les Corri-
vaux, comédie en cinq actes et en prose; Le
Négromant, comédie en cinq actes et en prose
traduite de l'Arioste; des Élégies , Chansons
et autres poésies ; La Géomunce abrégée de
Jehan de La Taille pour savoir les choses
passées, présentes et futures; ensemble le
Blason des pierres précieuses , contenant
leurs vertus et propriétés; Paris, 1574, in-4'';
— Histoire abrégée des Singeries de la Li-
gue, contenant ce qui s'est passé à Paris
depuis fan i 590 jusqu'en 1594 : le tout ex-
trait des secrettes observations de J. D. L.,
dit le comte Olivier, excellent peintre;
1595, in-8'' : écrit attribué par le P. Le Long à
Jean de La Taille et réimprimé plusieurs fois
avec là Satyre Ménippée ; — Discours nota-
ble des duels, de leur origine en France et
du m.alheiir qui en arrive tous les jours au
grand intérêt dit public; Paris, 1607, in-12,
qui est rempli de faits curieux. La Croix du
Maine parle encore d'un poème en trois chants
intitulé : Le Prince nécessaire ; on ignore s'il a
été imprimé. Ce poète jouit de son temps d'une
réputation que son savoir et sa modération lui
avaient mérités. Il portait pour devise un lion
rampant, tenant une épée nue et un livre, avec
Ces mots : In utrumque paratus. P. L — v.
Leiong, Biblioth. historique de la France. — La Crois
du Maine, Bibliothèque Française. — Brunet, Manuel
de l'Amateur de livres. — Liron , Blibliothègue Cliar-
traine. — Biblioth. des Théâtres. — Nlcéron, Hommes
illustres, XXXIII. — Goujet, Bibliothèque Française,
III et VII. — Sainte-Beuve, Hittoire Littéraire du Sei-
zième siècle.
LA TAILLE [Jacqucs de), poëtc français,
frère du précédent, né en 1542, à Bondaroy,
mort en avril 1562, à Paris. Il cultiva la poésie
d'après les conseils de son frère, et fit avec Jean
Dorât de grands progrès dans l'étude du grec,
dont la connaissance était alors si nécessaire à
ceux qui voulaient marcher sur les traces de
Ronsard, .\tteint de la peste à l'âge de vingt ans,
une mort prématurée l'arrêta dans ses travaux ;
les différentes œuvres qu'il a laissées ont été pu-
bliées par les soins de Jean de La Taille. On a
de lui : La Manière de faire des vers en
français comme en grec et en latin; Paris,
1573, in-8°; il proposait d'introduire dans la
langue française des vers mesurés et sans rimes,
tentative plusieurs fois renouvelée avec aussi peu
de succès; — Daire (Darius), tragédie; 1573,
in-8°, accompagnée de chœurs à la façon des
anciens; — Alexandre, tragédie; 1573, in-8°,
dédiée à Henri de Bourbon, roi de Navarre; —
Recueil des Inscriptions, Anagrammatismes ;
et autres Œuvres poétiqîies ;'PsLns, 1572, in-8°:
imprimé à la suite deSaiil le Furieux, tragédie
795
LA TAILLE
LATENA
796
<!e son frère; — un troisième frère, Pascal de
La T'oiWc, qui avait montré dès l'enfance les plus
heureuses dispositions pour les belles-lettres,
mourut aussi de la peste en 1 562. P. L — y.
Jean de La Taille, son Éloge. — Du Verdier et La
Croix du Maine, Bibliothèques Françaises. — Nicéron,
Hommes illustres, XXXIII. — Goujat, Biblioth. Fran-
çaise, lU.
L.ATAPIE (François-de-Paul) , botaniste
français, né le 8 juillet 1739, à Bordeaux, où il
est mort, le 8 octobre 1823. Fils d'un arpenteur
du château de La Brède , qui appartenait à Mon-
tesquieu , il fit sa première éducation sous les
auspices de ce grand écrivain, et devint plus tard
secrétaire de son fils, le baron de Secondât, qu'il
accompagna en Italie. D'après la relation de ce
voyage, dont il communiqua des extraits à l'A-
cadémie des Sciences de Bordeaux, on voit qu'il
découvrit à l'île d'Elbe de belles colonnes de
granittailléeaparles Pisans pendant les onzièmeet
douzième siècles, et qu'il accepta de l'ambassadeur
d'Angleterre, William Hamilton, le soin de re-
voir le texte français de l'ouvrage intitulé: Campi
Pfilegrxi. A son retour en France, il fut nommé
inspecteur des arts et manufactures de la
Guienne; il occupa ensuite la chaire de bota-
nique au Jardin des Plantes de Bordeaux jusqu'à
l'époque de la révolution. Lorsqu'on organisa les
écoles centrales, Latapie obtint dans celle de la
Gironde la chaire dhistoire naturelle, qu'il aban-
donna pour enseigner la littérature grecque au
Lycée de sa ville natale. On a de lui : VArt de
former les Jardins modernes; Paris, 1771,
in-S", trad. de l'anglais de Whately ; — Hortus
Burdigalensis , ou catalogue du Jardin des
Plantes de Bordeaux; Bordeaux, 1784, in-12;
il comprend la description d'environ cinq cents
plantes qu'on y cultivait alors; — Description
de la commune de La Brède; ibid,, 1785;
impr. dans le tome V des Variétés bordelaises
de l'abbé Beaurein ; — Notice sur les Arts et
Manufactures en Guienne, manuscrit de plus
de 300 p. in-4'', adressé en juin 1785 au conseil
d'État ; — divers articles dans le Journal d'A-
griculture de l'abbé Rozier. K.
Musée d'Aquitaine, II, îBO. — Mahul, Antmaire Né-
crolog., 182S.
LA TASTE ( Louis- Bernard), controversiste
français, né en 1692, à Bordeaux, mort le 22 avril
1754, à Saint-Gennain-en-Laye. Appartenant à
une famille obscure, il fut élevé comme domesti-
que dans le monastère des Bénédictins de Sainte-
Croix ; les heureuses dispositions qu'il manifesta
pour l'étude le firent prendre en amitié par ses
supérieurs, et après avoir terminé sa philoso-
phie il prit l'habit religieux, et parvint aux pre-
mières charges de sa congrégation. Devenu , en
1729, prieur du couvent des Blancs Manteaux à
Paris, il écrivit une série de lettres contre les con-
vulsions et les miracles des Appelants ; ces lettres
causèrent beaucoup de bruit, et soulevèrent
contre lui non-seulement les partisans nombreux
du diacre Paris, mais même un grand nombre
de théologiens et de docteurs de Sorbonne, qui
l'accusaient d'avoir, sur la question des miracles
et le pouvoir attribué aux démons , avancé une
doctrine peu orthodoxe. On allait lui susciter de
fâcheuses affaires au premier chapitre général
des Bénédictins lorsqu'il fut appelé, en 1788, à
l'évéché de Bethléem, siège honorifique érigé à
Clamecy, et qui était à la disposition du duc de
Nevers; il fut en outre pourvu de l'abbaye com-
mendataire de Moiremont, dans le diocèse de
Chàlons-sur-Marne. Nommé supérieur des Car-
mélites de Saint-Denis, il devint, en 1747, visi-
teur général de l'ordre entier, et assista en cette
qualité aux conférences tenues en 1753 à Cou-
flans et à Paris pour examiner le livre de Ber-
ruyer. On a de lui : Lettres théologiques aux
écrivains défenseurs des convulsions et autres
prétendus miracles du temps, 2 vol. in-4°; re-
cueil de 21 lettres, dont la première est datée du
15 avril 1735 et la dernière du l^"" mai 1740;
— Lettres aux Carmélites du faubourg Saint-
Jacques; — Lettres de sainte Thérèse, trad.
par Mme de Maupeouet Vabbé Pelicot; 1748,
2 vol. in-4°, auxquelles l'éditeur a ajouté des
notes ; — Réfutation des Lettres prétendues
pacifiques ; 1753, in-12, dirigée contre un ou-
vrage de Lepaige. C'est à tort que les Nouvelles
ecclésiastiques présentent ce prélat comme au-
teur de plusieurs autres écrits qui ont été pu-
bliés sous le voile de l'anonyme ; ces attribua
lions doivent être reportées à des théologiens du
même temps. K.
Nouvelles ecclésiastiques; 1754. — Ladvocat, Dict. his-
torique. — Richard et Giraud, Bibl. sacrée, XXIV.
LATERANtrs (L. Sextius Sextinus), ora-
teur romain, vivait dans le quatrième siècle avant
J.-C. Ami de C. Liciuius Çalvus Stolon et son
principal auxiliaire dans les tentatives faites pour
ouvrir j^ux plébéiens l'accès du consulat, il fut
son collègue dans le tribunat, de 376 à 367, et
quand la célèbre loi Licinia eut été adoptée, i|
fut élu consul pour l'année 366. ( Pour ce qui
concerne la loi Licinia, voy. Licinianus). Late-
ranus fut le premier plébéien qui obtint l'hon-
neur du consulat.
Le nom de Sextius Lateranus ne reparaît pas
sous la république ; mais il ligure deux fois sur
les Fastes consulaires du temps de l'empire :
T. Sextius Magius Lateranus consul en 94
après J.-C. et T. Sextius Lateranus en 154. Y.
Tlte Uve, VI, 85, 48; VII, l, 2, 9, 16.
* LATENA ( Nicolas-Valentin be ), magis-
trat français, né le 5 juillet 1790, à Ancy-le-Franc
(Yonne). Iî^su d'une ancienne famille d'épée du
canton de Fribourg , il étudia le droit a Paris, et
en^ra, en 1819, à la cour des comptes en qualité
déconseiller référendaire; en 1837 il eut le titre
de conseiller maître, et se retira en 1856 avec
celui de conseiller honoraire. En juillet 1848,
l'Assemblée constituante le délégua pour faire
une enquête sur la situation administrative des
ateliers nationaux. On a de lui : Étude de
797
LATENA — LATHAM
798
l'homme ;PàT\s, 18'>'i, in-8"; 2* édit., corrigée,
1856.
Son frère, Pierre- Antoine- Jxiles , né en 1797
et morten 1845, entra en 1814 dans les gardes du
corps, et donna, après juillet 1830, sadémissionde
clief d'escadron. Il a fourni beaucoup d'articles
à la Biographie universelle de Michaud et à
l'Encyclopédie des Gens du monde. K.
Docum. partie.
LATERRADE { Jean- François ) , naturaliste
français, né vers 1780, mort à Bordeaux, au mois
d'octobre 1858. Professeur d'histoire naturelle à
Bordeaux, il était directeur du jardin botanique
de cette ville, membre de la Société Linnéenne,
de l'Académie des Sciences, Relies-Lettres et Arts
de Bordeaux. On a de lui : Flore Bordelaise ,
ou tableau des plantes qui croissent natu-
rellement aux environs de Bordeaux, etc.;
Bordeaux, 1811, in-12 ; avec un supplément,
1817; nouv. édition, entièrement refondue et
augmentée d^un Essai de la Flore de la Gi-
ronde; Bordeaux, 1821, 1829, in-12, avec 2 pi.;
1842, in-12. En 1823, Laterrade fonda et rédigea
HAmi des Champs, journal d' Agriculture et
de Botanique de la Gironde. Il a donné dans
les Actes de V Académie de Bordeaux: Éloge de
M. François Delaveau (182.>); — Comptes
rendus de la commission d'agriculture (1826,
1827, 1828, 1829, 1830); — Notice sur l'E-
ducation des Vers à Soie dans le département
de la Gironde, et notamment sur le domaine
de M. Marin, à Bruges (1833) ; — J)es Cham-
pignons comestibles et des Champignons véné-
neux du département de la Gironde ( 1837 ) ;
— Nouvelles Considérations sur les Fougères
(1839). L. L— T.
Qut'rard, La France Littéraire. — Bourquelot et
Maury, La Littér. franc, contemp.
LATES (BOMET DE). Voy. BONET.
LA TETSSONNiÈRE { Antoine-Charles-Ni-
colas, comte DE ), historien français, né en 1775,
mort à Bourg (Ain), en décembre 1845.1lapparfe-
tenait à l'une des plus anciennes familles de la
Bresse; il entra à l'École Polytechnique à sa fon-
dation , et consacra sa vie à des études sur l'his-
toire de son pays. On ci de lui : RecJierches his-
toriques sur le département d& ^'4i?i ; Bourg,
1838-1844, 5 vol. \n-&'\ U a ^yssi abrégé et mis
en OTdveua& Histoire de £7-essie àe Gacond. J. V.
Ooiirquelot et Maury, Le^ Litter. Fvanç. cantemp, —
Monitetir universel du 31 déc. 1843.
LATHAM ( John), naturaliste anglais, né le
27 juin 1740, à Eltham , bourg du comté de Kent,
mort le 4 février 1837, à Winchester. Fils d'un
chirurgien , il fut destiné à la même profession,
étudia l'anatomie avec William Hunter, et com-
pléta son éducation médicale en suivant la cli-
nique des hôpitaux de Londres ; après avoir subi
ses examens, il alla, en 1763, s'établir à Dart-
Ford, aux environs de son village natal, et y
pratiqua tout ensemble la médecine et fa phar-
macie. Doué d'une observation pénétrante et
d'une extrême adresse manuelle, il augmenta ra-
pidement sa clientèle, et acquit une fortune assez
considérable. Sans cesser d'exercer l'art et le
commerce qui le faisaient vivre , il employa tous
ses instants de loisir à l'étude approfondie de
l'ornithologie et de l'anatomie comparée, pour la-
quelle il avait dès sa première enfance mani-
festé de rares dispositions. Le renom de sa belle
collection d'oiseaux, qui s'étendit dans le monde
scientifique , le mit en rapports suivis avec Pen-
nant, directeur de lABritish Zoology, sir A. Le-
ver, J. Banks et autres collecteurs distingués.
Appelé en 1774 à siéger au sein de la Société
royale, il contribua puissamment à la formation
de la Société Linnéenne (1788), reçut de l'univer-
sité d'Erlangen le diplôme de docteur honoraire
(!795), et fit partie des compagnies savantes de
BeHin et de Stockholm. En 1796, après trente-
deux ans d'une pratique assidue, il quitta la mé-
decine, et se retira d'abord à Ramsey, auprès de
son fils , puis à Winchester. De nouveaux hon-
neurs allèrent encore le chercher dans la so-
litude, tels que les titres de médecin extraordi-
naire du prince régent , de chirurgien de l'hô-
pital de Saint-Barthélémy et de président de la
Société médicale de Londres. Sa vieillesse fut
attristée par d'énormes pertes d'argent qu'en-
traîna la dernière édition de la Synopsie des Oi-
seaux, et qui lui enlevèrent presque tous ses
moyens d'existence ainsi qu'une grande partie
de sa bibliothèque et de son musée. On a de
John Latham : A gênerai Synopsis oj the Birds ;
Londres, 1781-1785, 3 vol. en 6 part, in-4'', fig.,
angm. de deux Sîippléments, publiés eu 1787 et
1801. Cet ouvrage, rédigé dans un style concis,
embrasse la totalité de la science, et renferme un
assez bon nombre de genres et d'espèces dont
nulle mention n'avait été faite jusque là; le nom
de l'auteur est resté joint à certaines dénomina-
tions, notamment Ardea cocoi, Tantalus sethio-
ptcus, Solopax leucophasa, etc. Les descrip-
tions sont en général fidèles et satisfaisantes, bien
qu'on puisse leur reprocher de s'égarer parfois
dans les détails. Latham donna de cette collec-
tion une réimpression ou plutôt une refonte de
beaucoup plus soignée sous le titre : A gênerai
History of Birds; Winchester, 1821-1824,
10 vol. in-4°, fig. col., et l'augmenta encore
d'un volumineux Index; 1828, in-4° ; il l'en-
treprit à un âge déjà bien avancé, et eut la main
assez ferme pour retoucher lui-même les plan-
ches qu'il avait d'abord préparées; — Index
Ornithologicus , sive systema ornithologise
complectens avium divisionem in ordines,
gênera, species, ipsarumque varietates ; Lon-
dres, 1790, 2 vol. in-4'' ; 2* édit., 1801, in-4° :
cet ouvrage est écrit en latin, et diffère peu, quant
à la classification, delà General Synopsis;
la synonymie y est longuement et exactement
indiquée. Éloi Johanneau en a fait paraîti-e une
édition compacte (même titre, Paris 1805,
in-12), présentée par quelques biographes comme
un abrégé, et à laquelle il a fait subir des reina-
799 LATHAM — LA
niements; — P'«» rf'""'' Tnstitution de Cha- 1
rite qu'on povrrait établir sur le bord de la \
jner (en angl.); Londres, 179 1, in-S" ; — i.e«rc
à sir Georges Baker sur le Rhumatisme et la
Goutte (en angl.); Londres, 1796, in-S°; —
Faits et Opinions sur les Dialectes {en ang\.);
Londres, 1809, 1811, in-8°. Ce savant a en outre
fourni diverses notices sur la médecine, l'histoire
naturelle et l'archéologie à des recueils scien-
tifiques, tels que les Transactions de la Société
royale et de la Société Linéenne, VArchœologia,
le Gentleman' s Magazine, etc., et il a publié
une édiUon améliorée de la Fharmacopœa
d'Healde ; Londres, 1796, in-8°.
Son fils aîné, L\th\m (John), suivit aussi la
carrière médicale. Reçu docteur en 1788, il
exerça successivement à Manchester, à Oxford
et à Londres, et fut nommé en 1816 président du
Collège des Médecins. Il mourut en 1843, à l'âge
de quatre-vingt-deux ans. P- L— y.
Transact. ofthe Linnwan Society ; I8î7. - GentlemanS
Magazine , 1837. - The Naturalist. oct. 1837. - Cyclop.
of English. Bicgraphy.
^ LATHAM ( Robert- Gordon), philologue an-
glais, né en 1812, à Billingsborough ( comté de
Lincoln). Fils d'un ecclésiastique, il étudia les
humanités à Eton, et passa en 1829 à l'umver-
sité de Cambridge, où il prit ses grades littéraires
ainsi que le diplôme de docteur en médecine. De-
venu de bonne heure familier avec le mécanisme
et les lois des langues anciennes et modernes, il
fit de cette science l'occupation principale de sa
vie sans négliger pourtant l'exercice de son art;
ce fut pour connaître à fond les idiomes Scan-
dinaves qu'à peine âgé de vingt ans il parcourut
la Norvège et le Danemark, d'où il rapporta la tra-
duction du poëme de Tegner, Axel et Frithiof.
D'estimables travaux sur la philologie comparée
lui firent donner en 1840 la chaire de littérature
anglaise à l'université de Londres. En outre il a
été attaché à l'hôpital du Middlesex, et y a été
chargé d'un cours de jurisprudence médicale.
En 1854 il a surveillé le classement de la sec-
tion ethnologique au palais de Sydenham. M. La-
thara a dans son pays la réputation d'un lin-
guiste aussi ingénieux qu'habile; il s'est efforcé
d'aplanir, par des méthodes plus promptes et
plus rigoureuses, l'étude si ingrate de la gram-
maire , et les fréquentes réimpressions de ses
livres disent assez que le public a apprécié sa
tentative. Il est membre de la Société royale de
Londres, du Collège des Médecins et de plusieurs
académies étrangères , et vice-président de la
Société Ethnologique, qu'il a fondée. On a de lui :
Norway andNorwegians; Londres, 1834, récit
de voyage; — Abstract of Rask's Essay on
Sibilants (Précis de l'Essai de Rask sur les sif-
flantes);- i4n Address to theAuthorsoi En-
gland and ^mcrica.-ces deux écrits ontpourbut
une réforme de l'alphabet anglais ; — Gramma-
tical Sketch on the Greek Language ; — On the
English Language; Londres, 1841, in-8° : livre
THORILLIÈRE 800
souvent réimprimé etdevenu classiquedansles éta-
blissements d'éducation ; c'est une sorte de résumé
historique du développement et des progrès de la
\m^e; — An Elément ary English Grammar;
ibid., 1843; — The History and Etymology of
the English Language ;\\>\A., 1845 ; — Outlines
of Logic applied ; ibid., 1847 ; — Natural His-
tory of the Variety of Men; ibid., 1850; —
Man and his Migrations; ibid., 1851 ; —
Ethnology of the British Colonies; 1851; —
Ethnology of Europe : dans ces différents ou-
vrages, écrits au point de vue de l'unité de la race
humaine, l'auteur a su rester original en indi-
quant entre les peuples et les divers idiomes des
rapports qui avaient été négligés jusque ici ; —
Handbook of the English Language; iSài,
in-8° : qui résume ses recherches grammaticales.
M. Latham a aussi édité les Œuvres de Sy-
denham ainsi que le grand Dictionnaire de
Johnson (1853), et il a travaillé à différents re-
cueils littéraires ou scientifiques. P. L— y.
English Cyclopœdia. - Men ofthe Time.- Conver-
sat.-Lexikon.
LA THAUMASSIÈRE. Voy. ThAUMASSIÈRE
{Gaspard).
LA THORILLIÈRE ( Lenoir, sieur de), auteur
et comédien français, mort en 1679. Il descendait
d une famille noble, et était capitaine de cavalerie,
lorsque, entraîné par son goût pour la scène, il de-
manda à Louis XIV la permission de suivre la
carrière du théâtre ; le roi lui donna le temps de
la rénexion;mais La Thorillière ayant persisté,
sa demande lui fut accordée. Il entra dans la
troupe de Molière, qui jouait alors au Palais Royal,
et il commença vers 1658 à y rempHr les rôles
de roi et de paysan. Il joua successivement en
1664 les rôles de Géronimo dans Le Mariage
forcé , de Créon dans La Tkébaïde , et A'Ar-
bate dans La Princesse d'Élide, en 1665 Parus
dans ^Zea;andre, en 1667 Hali dans Le Sicilien
et Attila, en 1668 Lubin dans Georges Dan-
din, Titus, le Roi dans Psyché, et enfin Tris-
sotin. Après la mort de Molière en 1673, il entra
au théâtre de l'hôtel de Bourgogne pour y rem-
placer La Thuilerie (Lafleur), et continua a y
occuper les mêmes emploisjusqu'en 1679, époque
à laquelle on croit qu'il mourut du chagrin que
lui causa le mariage de sa fille Thérèse avec
Dancourt qui l'avait enlevée. Il avait fait repré-
senter, le 8 décembre 1667, sur le théâtre du
Palais-Royal, une tragédie intitulée Cléopâtre, qui
n'eut pas de succès, ne fut pas imprimée, et
n'est connue que par les vers suivants <]e Ro-
binet :
C'est sans doute une belle pièce,
Où Ton trouvait force et Justesse ,
Kt maints trails délicats de l'art ;
Oui, toute flatterie à part.
Et son auteur Lathorllllère
En vaut louange singulière;
Mais à tout dire comme il faut.
J'y trouve un notable défaut :
C'est le défaut de la cabale ,
Avantageuse on bien fatale
Aux ouvrages les plus complets, etc. A. Jai».
801
LA THORILLIÈRE — LATIL
Parfaict frères, Histoire du Théâtre-Français, toni. X et
XI. — LemazQrier, Galerie historique des jeteurs du
Théâtre-Français, tom-. !*■■. — Cbaudon et Delandine,
J)ict. universel. — Quératd, Tm France Littéraire.
LA TBORiLiiiÈBE (Pierre Lenoir, sieuroE),
acteur français, fils du précédent, né à Paris, en
1656, mort le 18 septembre 1731. II suivit la
carrière de son père, et reçut de Molière lui-
même les premières leçons. En 1671, àFâgede
quinze ans, il joua le rôle de l'Amour dans Psy-
ché. Jl parcourut pendant quelque temps les
théâtres de province pour se rendre digne de
celui de Paris , où il débuta au commencement
de 1684, et fut reçu le 14 de la même année.
Il commença par jouer les seconds rôles de tra-
gédie et les amoureux comiques, qui ne conve-
naient point à son talent; il- chargeait d'abord le
caractère de ces rôles, mais il se corrigea bientôt
de ce défaut, et en 1693, à la mort de Raisin
cadet, il hérita de la plupart de ses rôles, et se
montra capable de remplacer cet acteur si re-
nommé. LaThorillière avait le visage expressif, la
voix sonore; ri animait la scène et mettait beau-
conp de finesse dans son jeu. Pendant quarante-
sept années qu'il passa au théâtre, il créa avec
beaucoup de succès un grand nombre de rôles ;
parmi les plus importants on cite ceux d'Hector
dans Le Joueur, de Carlin dans Le Distrait,
de Strabon dans Démocrite, de Pasquin dans
L'École des Pères, etc., etc. Le dernier qu'il joua
est celui de Frontin dans Le Muet. Il reçut une
pension de douze cents livres. Il avait épousé la
sœur de Dominique Biancolelli , le fameux Arle-
quin de la Comédie-Italienne. A. J.
Parfaict frères , Histoire du Théâtre-Français, — Le-
mazurier, Galerie historique des Acteurs du Théâtre-
Français.
LA THUILL.ERIE [Jean- François Jcvénon,
dit), acteur et autear dramatique français, né
vers 1663, mort le 13 février 1688, à Paris. Il
était fils d'un cuisinier qui s'était fait comédien
sous le nom de Lafleur, et avait succédé dans la
troupe de l'hôtel de Bourgogne à Montfleury pour
le double emploi des rois et des paysans ; c'était lui
[pii avait créé les rôles de Burrhus et d'Acomat.
LaThuillerie débuta en 1672 sur la même scène,
prit les premiers rôles tragiques après la mort
ju premier La Thorillière, et passa en 1680 dans
la compagnie de la rue Guénégaud. « Il man-
quait d'instruction , dit un biographe ; mais il
5tait bel homme, il avait de l'esprit , des bonnes
fortunes ; il excellait à faire des armes, à jouer à
la paume , à monter à cheval , et il tirait vanité
cle ces avantages. » Il aimait extrêmement les
femmes, et donna dans cette passion avec tant
i'excès qu'il mourut d'une fièvre chaude à trente-
cinq ans. Comme auteur, il a fait représenter
quelques pièces dont la paternité a été l'objet
le plus d'un doute : Crispin précepteur, com.
en un acte et en vers ; 1679; — Soliman, tra-
édie; 1680; — Hercule, tragédie; 1681; —
Crispin bel esprit, com. en un acte et en vers;
1681 : ces quatre pièces ont été recueillies en
NOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX.
802
un vol. in-12; — Merlin peintre , com. en un
acte; 1687 : non imprimée. On a prétendu que
La Thuillerie ne faisait que prêter son nom à
ces pièces, dont le véritable auteur était l'abbé
Abeille. Aussi les comédiens, jaloux de la fausse
gloire de leur camarade , interrompirent les re-
présentations à' Hercule, qui avait eu du succès,
et ne manquèrent pas de démasquer La Thuil-
lerie. Ce dernier, dans la préface qui l'accom-
pagna, la prétend sienne, avouant seulwnent
qu'il consultait un ami, « qui, dit-il, est peut-être
aussi honteux de voir qu'on lui attribue ses ou-
vrages qu'il est glorieux pour lui-même de voir
qu'on les estime assez pour les donner à ee sa-
vant ami. »
Après la mort de La Thuillerie, on lui fit l'épi-
taphe suivante : P. L — y.
Ici git qai se nommait Jean
Et croyait avoir fait Hercule et Soliman.
De Léris, CUct. des Théâtres, S" édit. 1763. — H. Lucas,
Hitt. du Théâtre- Français.
LA THUILLERIE. Voy. COIGNET.
LATHiJRE. Voy.V'mïMwÈE {Lathyre).
l'XTiij {Jean-Baptiste-Marie-Anne- Antoine,
duc DE-), cardinal français, né aux îles Sainte-Mar-
guerite, le 6 mars 1 761 , mort à Gemioos (Bouches-
du-Rhône), au commencement du mois de décem-
bre 1 839. Destiné de bonne heure à l'état ecclé-
siastique, il entra au séminaire Saint-Sulpiee de
Paris, et fut ordonné prêtre en 1784. Peu de
temps après, il fut nonuné grand -vicaire de l'é-
vêque de Vence, qui le chargea de le représenter
à l'assemblée bailliagère de sou diocèse lors de
la convocation des étets généraux. L'abbé Latil
se fit remarquer par sa résistance aux idées nou-
velles, et refusa de prêter serment à la consti-
tution civile du clergé. Il se retira alors à Co-
blentz, et en 1792 il revint en France. Arrêté à
Montfort-l'Amaury, il resta quelque temps en-
fermé dans les prisons de cette ville. Dès qu'il eut
recouvré sa liberté , il se retira en Allemagne, et
sefixa à Dusseldorf,où il s'exerçait à la prédication.
Il se disposait à partir pour l'Amérique, lorsque
le comte d'Artois l'appela auprès de lui, en 1794,
et le prit pour aumônier. Depuis ce moment
Latil ne quitta plus ce prince, dont il devint, à la
restauration, prunier aumônier. Nommé d'abord
évêqae d'Arayclée, in partibus infidelium , il
fut consacré le 7 avril 1816 ; évêque de Chartres
en 1821, il devint archevêque de Reims le
11 août 1824. Le 29 mai 1825 il sacra Char-
les X dans la métropole de Reims avec le saint-
chrême tiré des débris de la sainte-ampoule,
miraculeusement retrouvée. On lisait dans le
mandement pubhé à cette occasion par le cardinal
de Latil « que les rois de France ne venaient
point recevoir l'onction sainte pour acquérir ou
assurer leurs droits à la couronne; qu« ces
droits étaient plus anciens que cette cérémonie,
qu'ils venaient de leur naissance et de la loi
qui a fixé l'ordre de sucesssionau trône •». Pair
de France en 1823, et créé comte par Charles X,
26
803 LATIL —
l'archevêque de kèims fut aussi nommé ministre
d'État. Le 12 mars 1826, le pape Léon XII l'é-
leva à la dignité de cardinal, et le roi lui donna
le titre de duc. La même année il signa la dé-
claration du clergé de France touchant l'indé-
pendance de la puissance temporelle en matière
purement civile. On l'accusa néanmoins d'être
grand partisan des jésuites et d'avoir poussé
Charles X aux mesures qui amenèrent la révolii-
tior de Juillet. A la suite de cet événemètit,
Latil s'enfuit en Angleterre ; il revint bientôt eii
France , et conserva son siège épiscopal, riiaiê H
refusa le serment comme pair de France. S. y.
Lardier, Hist. biogr. de la Chambre des Pairs. — Ar-
nault, Jay, Jouy et Norvins, Biog. notiv. des Côntemp.
— Rnbbe, VKilh de Boisjolio et Sainte- Preuve, ^Biogr.
univ. et portative des Contemp. — Dict. de la Convers.
* LATIL {Mathieu-François- Vincent), pein-
tre français, né le 8 février 1796, à Aix (Bou-
ci.es-du- Rhône). Après avoir suivi les cours de
l'École des Beaux-Arts, il fréquenta l'ateUer de.,
Gros, et débuta, au salon de 1824, par un sujet
mythologique. Il a obtenu en l'847 une première
médaille d'or comme peintre d'histoire. Ses
principaux tableaux sont : Le Lavement des
Pieds; 1827; — La Tunique de Joseph; —
Moralité du Peuple en Vabsence des lois,
en juillet 1830; 1831; — La Fille du Vé-
téran; 1838; — Episode de l'histoire des
naufrages; 1841 ; — Jésus-Christ guérissant
un Possédé ; 1845 ; — La Mission des Apôtres ;
1847 ; — Saint Jean le Précurseur ; 1849, etc.
Cet artiste a exposé aussi un grand nombre de
portraits.
Sa femme , Eugénie Henry , née a Moscou,
en 1808, s'est fait connaître dans le même
genre. K.
Dict. univ. des Contemporains. — Siret, Les Peintres
de toutes les écoles. — Livrets des Salons.
latimër ( William), érudit anglais, mort
en 1545. Son éducation terminée à Oxford, !1 se
rendit en Italie, et passa quelques années à l'uni-
versité de Padoue, où il acquit une connaissance
approfondie des langues et des littératures an-
ciennes. De retour dans son pays , il prit en
1513 le grade de maître es arts, et devint le
précepteur de Reginald Pôle, le futur cardinaf,
par l'intermédiaire duquel , à ce qu'on croit, il
obtint deux cures et une prébende à Salisbu'ry.
Il eut aussi l'honneur, pendant qu'il était attaché
à Oxford , d'enseigner le grec à Érasme et de
travailler à la seconde édition que donna celui-ci
du Nouveau Testament. Latimer fut, avec Colet,
Lily et Grocyn, un des restaurateurs des études
classiques en Angleterre. Érasme , qui était en
correspondance avec lui, le regardait comme un
excellent théologien et comme un homme aussi
instruit que modeste. 11 mourut dans un âge fort
avancé, et fut enterré dans une paroisse du
comté de Gloocester. P. L — y.
Athense Oxmiienses, l. — Jortin, Life of Erasmus.
LATIMER ( Hiigh), un des perdes de la réforme
en Angleterre, né vers 1472, à ïirkessen ou
LATIMER 804
Tliurcaston, dans le bomfë de tèitëStër, mort
sur le bûcher, le 16 octobre 1555. 11 était ii!s
d'un fermier. Ht ses études à l'université de Cam-
bridge, et entra dans les ordres. Il était alors
zélé catholique, et il écrivit contre le luthéra-
nisme; mais ses opinions ne tardèrent pas à
changer. Les prédications et les entretiens de
son ami Thomas Bilney lui firent apercevoir
dans les doctrines et la discipline de l'Église <ie
Rome des erreurs qui lui avaient échappé jusqu'à
l'âge de cinquante ans. Il devint dès lors un ré-
formiste ardent, et scandalisa par ses prédications
les théologiens de Cambridge, qui demandèrent
à l'évêque d'Ely de censurer leur hérétique col-
lègue. L'évêque, homme modéré, se contenta
d'interdire à Latimer de prêcher dans le diocèse
d'Êly, défense que lè réformateur éluda en ob-
tenant l'autorisation de prêcher dans une cha-
pelle d'un monastère exempt de la juridiction
épiscopale. L'éloquence de Latimer, la sévérité
de ^ès mœurs, son dévouement aux pauvres, la
disposition générale des esprits vers l'émancipa-
tion religieuse attirèrent autour de sa chaire
une foulé d'auditeurs. Sa populaHté inquiéta les i
prélats qui dirigeaient alors les affaires ecclé
siâ.çtiques du royaume, Wolsey, Warham etl
Tunstal; et Henri VIII, qui négociait alors
près la cour de Rome pour obtenir la dissolu-
tiaft de Son mariage avec Catherine, permit de !
poursuivre les prédicateurs réformistes. Bilney f
et Latimer coinparurent devant une cour pré
sidèepat Tunstal. Bilney se rétracta: Latimer r
en fut quitte pour une réprimande^ et retournas
à Cambridge. Le ministre Thomas Gromwell,,
qdî tenait de prendre une grande influence suri
l'esprit du roi , et qui était favorable à la cause
dé la réformé, donna à Latimer bù bénéfice dans ,
le Wiltâfiire. Mais les doctHnes de la réforme
n'étaient pas encore lëgàîement établies Cn Ah-
gieteri-e, et les prédications hérétit^ues de Lati-
mer lé rarnéùërènt devant la coiir ecclésiastique
de Loiïdres. Crdmwell lé tira du dâiigér, et le te-
commanda, à Ânrte Bôteyri, qui le choisit pour fori
chapelàiii. Peu après, en 1 535, Latimer fut iibmmé
évêqiie de Wôrcéster. Il rerhplit ses fonîttions
épiscopales d'une manière e)t.emplaire , et tra-
vailla de toutes ses forces à l'établissement de ïd
réforme. Ce zëlë d^pTût a Hèhrî VIII, qui pré
tendait rester dans une situation intermédiaire
aussi éloignée du lutfiéranîirïïe que de là cour de
Rome. D'ailleurs, lé vieux père Latimer, comme
rappelait le peuple dé Londres, n'était pas cour-
tisan ; il ne ménageait ni les ministres ni les ixii-
gistrats qui piillaient et opprimaient lé peuplé^
ni le roi lui-mêrne. « Il était d'usage , dit Soù
biogi-aipfie Gilpin, que les évêques, au coirimen-
cemeht de la nouvelle année , offrissent au roi
un présent plus ou pioins riche. Latimer offrit
seulempjat à Henri VIII un exemplaire du Nou-
veau testament, avec lin feuillet plié à ce pas-
sage : « Dieu jugera les débauchés et les adul-
tères. « il àe démit dé sonëvêché en 1539 plu-
805
lù( que d'acceptei' l'acte des six articles qui main-
tenait lès dogmes essentiels du catliolicisme ,
sauf la suprématie pontificale transportée à la
couronne d'Angleterre. Peu de -temps après, il
fut arrêté à Londres et mis à la Tour, où il resta
six ans, jusqu'à la mort d'Henri VIII. Mis en
liberté à l'avènement d'Edouard VI en 1547,
lorsque le parti réformiste l'emporta , il aurait
pu rentrer dans son évêché ; mais il préféra, à
cause de son grand âge, rester dans la vie privée.
Son influence était grande à la cour du jeune roi,
et il n'en usa point pour se venger de ses persé-
cuteurs. Son influence cessa avec le court règne
d'Edouard. Ce prince mourut en juillet 1553.
Marie lui succéda , et en septembre commença
une réaction violente contre les réformateurs.
Latimer fut mis à la Tour. Il y languit plusieurs
mois, sans qu'on eût égard à sa vieillesse; il fut
ensuite conduit à Oxford et traduit avec Ridley
Rt Cranmer devant un tribunal composé des
tbéologiens les plus hostiles à la réforme. Cran-
mer et Ridley soutinrent leurs opinions en latin.
Latimer lut sa profession de foi en anglais , car
il était peu instruit, et depuis longtemps il ne
faisait plus usage du latin. Les huées et les trépi-
nements de l'auditoire accueillirent les simples
3t fermes paroles du vieux prélat. Latimer s'eii
plaignit aux juges ; « J'ai, dit-il, dans plus d'une
)ccasion parlé en présence de deux grands
'ois pendant plusieurs heures de suite , et vous
le voulez pas m'accorder un quart d'heure. »
1 tendit ensuite à un des juges le papier qui
;oiitenait sa profession de foi , et refusa de sou-
enir une controverse « pour laquelle , disait--
1 , en remuant sa tête courbée par l'âge , il
ilait aussi bien qualifié que ponr ê.tre gouver-
leur de Calais. » Le 28 avril 1554, les trois
)ré!ats , ramenés devant leurs juges , refusè-
ent de se rétracter, et fureiil condamnés à être
)rûlés. On les laissa encore dix-huit mois en
irison. La sentence contre Ridley et Latimer fut
xécutée le 16 octobre 1555, à Oxford près du
ollége Baliol. Les deux condamnés, placés sur
é bûcher, durent d'abord écouter un long et peu
haritable sermon du docteur Smith. Quand ofl
es eut dépouillés de leurs habits, Latimer dit à
on compagnon : « Ayez bon courage , maître
lidley, montrez-vous homme. Nous allumerons
ujourd'hui une lumière qui , par la grâce de
)ieu, ne s'éteindra jamais en Angleterre. « Pui^
es exécuteurs mirent le fen au bûcher. Ils avaient
lisposé un sac de poudre aux pieds des con-
lamnés, qui périrent instatitanément dans l'ex-
•losion. On a de Latimer des Serinons qui font
•lus d'honneur à son honnêteté qu'à ses lumières,
mprimés plusieurs fois du vivant du prélat, ils
•nt été souvent réimprimés depuis sa mort. Une
les meilleures éditions est celle de Londres
825, 2 vol. in-S". L. J.
Fox, ^Jcts and Monuments of tke Churcfi. — Burnet,
iistonj of Vie Rcjormation, t. H. — Collier, e.fiurch
Tistorij. — Gilpin, Life of Hughes Latimer, bishop of
'rorcesler; Londres, 1755, in-8". - Wordsworth, £ocie- 1
LATIMER — LATINÎ
806
siastical Jliography. — Chalmers, General biographi-
cal Dictionury.
LATINI {Brunetto), célèbre lèhcyclojiédisîë
italien du moyen âge, fils de BOriatorso Latini ,
• issu d'une famille honorable , est né à Florence,
en 1230, et mort dans la même iille, en 1294 (1).
« Non-seulement il naquit pour enseigner à ses
concitoyens l'art de bien parler, dit un de ses
biographes , mais aussi pour leur apprendre à
dirigei- habilement les. affàli-es delà république. »
C'était un homme d'une conversation agréable,
spirituelle et enjouée; il était serviable, modeste,
de mœurs douces. La pratique des vertus l'au-
rait rendu très-heureiix S'il eût pu sdppoi'têi-
avec plus de fermeté lesiiijustices de sa gldrieusé
patrie. Il s'acqiiit lihe grande célébrité comme
orateur, poète, historien, philosophe, théologien.
Très-versé dans les langues latine,toscane et fran-
çaise, Brunetto eut l'honneur H'avoir pour élèves
Guido Cavalcanti et IJàiite , qiii dit éii parlant
de l'auteur du Trésor :
M'insegnavate coiBe ruom s'eterha (s/.
I! enseigna aussi l'économie poijtiqûe aux séna-
teurs les plus puissants de la rëfiublique, et ils
le chargèrent d'importantes négociations auprès
de quelques souverains de l'Europe (3J. Con-
damné à l'exil avec les principaux chefs du parti
guelfe, à la suite de la bataille de Montaperti, il
se retira en Fi;ance , et paya noblement la dette
de l'hospitalité en nous donnant son tivre du
Trésor. On ne peut savoir combien de temps il
demeura en France; mais son séjour éè pfolbn^
gea au moins, de 1260 à 1267, date de la moft
de Mainfroy, tué à la bataille de Bénévent.
Rappelé dans sa patrie après le triomphe 31
Charles d'Anjou et la chute du parti gibeliiî,
on le retrouve syndic de la commune de Florence
en 1284. Il mourut dix ans plus tard, et ifut in-
humé dans l'église de Santa-Maria-Novella ^ où
l'on voit encore son tombeau. La voûté de la
coupole du tombeau de Dante à Ravenne esl
décorée de quatre médaillons représentant Vir-
gile, Brunetto Latini, Can Grande et Guido.
Malgré l'affection et le respect que Dante témoi-
gne à son maître, l'auteur de \a.Dlvine Comédie
ne le signale pas moins à.la postérité comme spiiii|é
d'un vice honteux, contre lequel Brunetto Latlm
avait pourtant fait éclater une j uste indignation (4) .
L'un des commentateurs de la Divine Co-
(1) Ces dates se lisent au bas d'un portrait ,de Bru-
netto,gravé d'après le tableau original conservé à la ga-
lerie de Florence. Un exemplaire de ce pOi-trait orrlÊ
le manuscrit du Trésor légué par sir Francis Douce à
la bibliothèque d'Oxford, oii nous l'avons vu. Fauriel,
dans y Histoire Littéraire, fait naître Latini dix ans plus
tôt ; mais nous nous en tenons à notre document.
(2) Infern., cant. XV.
(3) Esso comune saggio
Ml fece suo messaggio
AU' alto re di Spagna,
( Tesoretto, p. 18, col. 1 et 2; in-i", édit. de 1642. )
(4) Deh I corne son periti
Quel che contra natura
Brigan con tal lussuria !
(. Tesoretto, la Penitenza, p. 41, col. 2. )
26,
807
médie prétend que c'est par suite d'une con-
damnation comme faussaire que Brunetto Latini
fut contraint de se retirer en France. Ce trait
est sans doute parti de la main d'un gibelin, et
l'on sait tout ce que peuvent inventer les haines
politiques. D'ailleurs , comment concilier cette
condamnation infamante avec les éloges que
Dante, de concert avec les écrivains les plus
recommandables , se plaît à prodiguer à son
ancien maître ? Et ce ne sont pas seulement les
compatriotes de Brunetto Latini qui lui prodi-
guent ces éloges : notre Alain Chartier le met
au rang des savants, des poètes et des historiens
les plus célèbres de l'antiquité et du moyen âge:
« Veux-tu doncques, dit-il, veoir ton cas en au-
truy, et le-s aventures de nos jours comparer
humainement à celles des anciens prédéces-
seurs ? Lis Omer, Virgile , Tite-Live , Orose,
Troge- Pompée, Justin, Flore, Valère, Stace,
Lucan, Jule Celse, Brunet Latin, Vincent (de
Beauvais) et les autres historiens qui ont tra-
vaillé à allonger leur brief aage par la notable
et longue renommée de leurs escriptures (1) ».
Aimery du P-eyrat, abbé de Moissac, dont le
successeur a été nommé en 1407, a écrit en
latin une Chronique des Papes, dans laquelle
il a intercalé un long morceau traduit du Trésor
de Brunetto Latini, qu'il qualifie « vir magnae
pnidentiae et venustae facundiae (2) ».
L'édition des Assises de Jérusalem publiée
par La Thaumassière renferme deux chapitres
( ccLxxxii, ccLXXxiir ) empruntés au Trésor ( Des
Gouvernements et des Cités, des Seignories et
des Pilliers). L'ouvrage de Brunetto Latini a ob-
tenu, comme on sait , une très-grande vogue en
Europe pendant le quatorzième siècle, et il jus-
tifiait ce succès sous plus d'un rapport (3)i
Lévêque de La Ravallière a copié le portrait
d'Iseult tiré du Trésor, et le termine par cette
remarque : « Ce portrait n'est point dans le ro-
man de Tristan imprimé ; je l'ai tiré de la Ré-
thorique de Brunes , qui l'a cité pour exemple
d'une image et d'une description parfaite. Il est
vrai qu'on ne peut pas donner plus d'âme et
plus de vie, et présenter chaque partie d'un por-
trait avec plus de vérité et de détail qu'il n'y en
a dans celui-là ; il n'y manque, pour être admiré
de tout le monde, qu'un coloris plus frais (4) ».
Voici ce portrait : « Autres si fist Tristans quant
il devisa la biauté Iseult. Si chevol, fist-il, res-
plendissent comme fil d'or, ses frons sormonte
la flor de lis ; si noir sorcil sont ploie comme
petit arçonniau, une petite voie de lait les de-
sevre parmi la ligne dou neis, et si par mesure
que il n'a ne plus ne mains ; si oil, qui sormon-
tent toutes esmeraudes , reluisent en son front
LATINI 808 1
comme .ij. estoiles; sa face ensuit la biantô
dou matinet , car elle est de vermil et de blanc
meslé ensemble , en tel manière que l'un ne
l'autre ne resplendit malement ; la bouche pe-
tite et les lèvres auques espesses et ardans de
bêle color, et les dens plus blanches que perles,
et sont establies par ordre et par mesure ; mais
ne panthère ne espice nule ne se puet comparer
à sa très douce alaine ; ses mentons est assez
plus poli que marbre, nus laiz ne doue color à
son col, ne cristal ne resplendist à sa gorge. De
ses droites espaules descendent .ij. bras grailles
et Ions, et blanches mains où la char est mole et
tendre; les doiz granz , cavez et reonz, sor quoi
reluist la biautez de ses ongles. Ses très biaus [m
est aornés de .ij. pomes de paradis qui sant
comme masse de nois (neige); et si est si
graille par la ceinture que on la porroit prendre
dedanz ses mains. Mais je me tairai des autres
parties dedanz, dcsqueles li corages parole m^x
que la langue. » (Liv. III, c.xiv.)
Brunetto Latini a préludé à la composition du
Grand Trésor, comme il l'appelle, par la pu-
blication de plusieurs opuscules en prose et en
vers, qui en sont en quelque sorte le germe. Nous
citerons : YEthica d Aristotile ridotta in
compendio; — Le Quattro Ftr^Mrfe, traduction
du traité intitulé : De Quatuor Virtutibus,
longtemps attribué à Sénèque, mais dont le vé-
ritable auteur est saint Martin de Brague, qui
vivait an sixième siècle ; — Secreto de' Secreti,
prétendue lettre d'Aristote à Alexandre (1); —
le Credo (2) ; — Le Passioni figurais, portrait
de l'avarice, de la luxure, de l'orgueil, de l'am-
bition, de l'usure; — / Numeri 1 à 12, iino
è Idio, XII aposloli ; — De la Fede di Cristo,
preuves de l'excellence de la foi chrétienne ; -
traduction du discours Pro Marcello; — Pro
Ligario. Ce morceau est accompagné d'un pro-
logue, dans lequel Bnmetto Latini se nomme, et
prie son cher et véritable ami L. de vouloir bien
en agréer la traduction, qu'il a faite en langue
vulgaire italienne afin qu'il pût le comprendre,
quoique étranger aux lettres ; — Discours Pro
rege Dejotaro , également accompagné d'un
prologue; il se termine par la formule ExpUcit
liber Deo grattas ; — Sonetto, sorte d'invoca
tion à la sainte Vierge en faveur
Di quei c'a fatto far questo lavorlo.
— Vient ensuite la Retorica, traduction ita
tienne d'une partie du livre IV de la Rhétorique
à Herennius (3); — la Supplique du peuple gé
nois à l'empereur Frédéric II ; — Réponse de
l'empereur; — Bulle d'excommunication de
l'empereur. Début de la défense de Frédéric 11
(1) L'Espérance, ou consolation des trois Vertus,
p. 369, édit. de Diichesne; Paris, 1611, pet. in-i"
(2) Ms. 4991 A. ,in-fol. à deux colonnes, quinzième
.siècle, à 1.1 Ribl. impériale.
i3) M. le comte Beugnot, édIt. des Assise* de Jérusa-
lem, in-fol., t, 1, p. 32, notée.
(4) Les Poésies du roy de Navarre, t. U,p. 199-SOl.
(1) On trouve cette ptèce en latin Intercalée dans le
Ms. du Trésor qui appartient à la blbl. de Berne.
(2) Le Ms. a" 277, N.-D., renferme une traduction en
vers français du Secret des Secrets, une du Credo et
du Pater paraphrasé.
(Z) La bibliothèque Mazarlne possède la Retorica di
Ser. Brunetto Latini tn volgar fiorentino , imprimée à
Rome en I5't6, pet. in-*°.
809
LA.TINI
810
adressée aux princes d'Italie. En admettant que
les quatre dernières pièces de ce recueil ne
soient point de Brunetto Latini, on ne peut dis-
convenir que les premières et les plus importantes
ne soient de lui ; nous en avons pour garant
l'auteur lui-même , qui s'y nomme, et la nature
des sujets qu'elles traitent. Au reste, une note
de J. de Tournes, l'imprimeur auquel nous de-
vons la publication de ces opuscules, peut jeter
quelque jour sur ce point. Toutes ces pièces ,
dit-il, étaient contenues dans un fragment de
volume très-ancien, morcelé lui-même, comme
on le voit en plusieurs endroits, et découvert à
Mantoue par J.-F. Pusterla , jeune et laborieux
littérateur. A la liste des ouvrages de Brunetto
jatini viennent se joindre II Pataffio, poëme
îcrit dans le genre de nos anciennes fatrasies
ou coq-à-l'âne, La Povertà dei Stolti , La Glo-
ria de' Pedanti ignoranti, et La chiave del
Tesoro. Les recherches que nous avons faites
pour retrouver ce dernier ouvrage sont malheu-
reusement demeurées sans résultat.
Le Tesoretto, diminutif du Tesoro, est un
poëme moral composé de plus de trois mille
vers settenari, rimant deux à deux. L'auteur
l'a dédié à Rustico di Filippo :
Âl valente signore
Di cui non so migliore
Su la terra trovare (I).
L'auteur du Tesoretto nous apprend qu'il
composa son poëme lorsque Florence brillait de
tout son éclat, et qu'elle était la reine de Tos-
cane. Il établit la distinction entre le Tesoretto
(le petit Trésor) et le Tesoro, qu'il appelle le
grand Trésor, et annonce qu'il l'écrira en fran-
çais. Dans le Tesoretto, je parlerai sans dégui-
sement, dit-il, de la courtoisie, de la libéralité, de
la loyauté, de la vaillance. Quant aux autres
vertus , je ne m'engage à en parler ni en prose
ni en vers ; mais que celui qui veut en savoir
quelque chose cherche dans le grand Trésor
Là je ferai un grand effort pour en traiter longue-
ment en langue française (2).
Le Trésor est en effet l'œuvre capitale de
Brunetto Latini , et celle à laquelle il attachait
le plus de prix, témoin ces pai'oles que Dante
lui prête en recevant ses adieux en enfer :
Siati raccomandato'l inio Tesoro,
Nel quai lo vtvo ancora : e più non chegglo. (Canto XV.)
Au début du Trésor, l'auteur expose la raison
qui l'a porté à lui donner ce titre. Quelques li-
gnes de ce début, transcrites du texte original
et rectifiées d'après les leçons les plus correctes ,
vont nous donner une idée du sujet du livre, de
la langue et du style de l'auteur. On en pourra
juger d'autant plus facilement qu'il existe une
assez grande similitude entre la langue française
de nos jours et celle qui était en usage du temps
de Brunetto Latini : « Cist livres, dit-il, est appe-
lés Trésors ; car si come li sires qui vuet en petit
leu amasser chose de grandisme vaillance , non
(1) Tesoretto, début.
(2) Tetoretto, p. 26, col. 1. Cf„ p. 21, col, l et s.
pas por son délit seulement , mais por acroistre
son pooir et por ahaucier son estât en guerre
et en pais , i met-il les plus chieres choses et les
plus précieux joiaus que il puet , selon sa bone
entention, tout autressi est li cors de cest livre
compilez de sapience , si come cil qui est estrais
«le tous les membres de philosophie en une some
briement. Et la moindre partie de cest Trésor
est autressi come deniers contans por despendre
toz jors en choses besoignables. Et si ne di-je
pas que cest livres soit estrais de mon poure
sens ne de ma nue science; mais il est autressi
come une bresche de miel cueillie de diverses
flors; car cist livres est compilés seulement de
mervilleus diz des autors qui devant nostre
tens ont traitié de philosophie. Et se aucuns
demaudoit porqnoi cist livres est escriz en ro-
mans, selon le langage des François , puisque
nos somes Italiens, je diroie que c'est por. ij.
raisons : l'une , car nos somes en France , et
l'autre, porce que la parleure est plus delitable
et plus commune à toutes gens (1). »
D'après l'auteur lui-même, le Trésor est donc
un composé sommaire des différentes branches
de la philosophie réunies en un corps.
La première partie traite du commencement du
monde, de l'Histoire de l'Ancien et du Nouveau
Testament, des premiers gouvernements, et de la
nature de toutes choses, ce qui est du ressort de
la théorique. Nul homme ne peut être suffisam-
ment instruit s'il ne sait ce que renferme cette
première partie. On y trouve, part. I, c. cxi, quel-
ques lignes sur la boussole : « Li firmamenz tor-
noie toz jors sans definer dés orient en occident
sor les .ij. essiaus qui sont l'uns emmi midi et
l'autre en septentrion; et cil ne se muent pas
aussi comme cil d'une charrete. Por ce nagent
li marinier à l'enseigne des estoiles qui i sont,
que il apelent tramontaines. Et les gens qui sont
en Europe et en celé partie nagent à celé de
midi. Et qui n'en set la vérité preigne une pierre
d'aimant, et troverez que ele a .ij. faces : l'une
qui gist vers l'une tramontaine et l'autre qui gist
vers l'autre, et à chascune des faces metez la
pointe d'une aguille vers celé tramontaine à cui
celé face gist. Et por ce seroient li marinier de-
ceu se il ne se périssent garde. Et por ce que ces
.ij. estoiles ne se meuvent, avient-il que les au-
tres estoiles qui sont iqui entor ont plus petit
cercle et les autres greignor.»
Le passage de la Bible Guyot (v. 022-
657 ) (2) sur la boussole a été souvent cité. Le
Roman du Renart (3) reconnaît aussi les pro-
priétés réelles de l'aimant :
L'ayraânt a teus dignités,
K'il fait le fer à lui tenir ;
(1) Un autre Italien, Martin Canale, dit aussi qu'il a
traduit son Histoire de f^enise en français, « parce que
lengue franccse cort parmi le monde, et est plus deli-
table à lire et à oïr que nulle autre. ( Cité par Tlraboschi,
t. IV, p. 3a9. )
(2) Méon, Recueil de Fabliaux et Contes,\, 11, o. 3ï7.
(3) Tome IVj P..321.
811
Ca^un jour le puet-on véir
As maroRDiers ki vont par mer ;
l^TINI
812
mais il attribue à cette pierre plusieurs vertus
surnaturelles, à l'exemple du Lapidaire, article
JDe Magnete, dont le ms. 646 de la bibliothèque
de la ville de Berne contient une leçon en vers
et une en prose.
La seconde partie du Trésor traite des vices et
des vertus, c'est-à-dire qu'elle fait connaître les
choses qu'on doit faire et celles qu'il faut éviter,
et en donne la raison. Ce sujet tient de la pra-
tique et de la logique.
La troisième partie enseigne à parler selon
les règles de la rhétorique, et comment le sei-
gneur doit gouverner les hommes placés sous
son autorité, notamment selon les usages des
Italiens. Ceci appartient à la seconde partie de
philosophie, c'est-à-dire à la pratique. De même
que l'or est le plus précieux des métaux , ainsi
la science de bien parler et de gouverner est la
plus noble du monde.
Brunetto Latini fait modestement l'aveu que
cet ouvrage n'est pas extrait de son faible es-
prit ni de sa simple science, mais qu'il est comme
un rayon de miel recueilli de diverses fleurs. En
effet l'auteur a mis à contribution nos romans che-
valeresques, nos chroniques, nos recueils d'ex-
traits des philosophes , nos traités scientifiques ,
pos bestiaires, nos volucraires,nos lapidaires. Il y
a Duisé des exemples à l'appui de ses préceptes,
-gt, nous devons le dire, ces exemples sont choisis
avec beaucoup de goût et de discernement. De
ce nombre sont le portrait d'Iseult, imprimé
ci-dessus, p. 807, col. 1 ; les discours de Jules
César et de Caton , qu'on retrouve dans l'an-
cienne traduction de la Conjuration de Catilina
par Suétone (1); le dialogue entre le courage et
la peur, tiré des Dits des Philosophes ; des frag-
ments de V Image du Monde, etc., etc. Le pro-
logue du Trésor se termine par l'explication des
raisons qui ont porté Brunetto LaJini à écrire
son livre en français; il allègue d'abord son sé-
jour en France , et puis l'excellence et l'univer-
salité de !a langue française. A ces deux puis-
sants motifs on peut ajouter l'avantage d'em-
prunter à notre ancienne littérature, si riche,
si variée et si répandue au treizième siècle, les
principaux matériaux qui servent de base au
Trésor.
Comme les manuscrits de la Rhétorique de
Cicéron , de la Moralité des Philosophes, du
Roman de la Rose , ceux du Trésor sont très-
nombreux. (2). De là , suivant l'observation si
juste de M. J.-V. Leclerc, tant d'incertitudes
et d'altérations dans le texte (3). Pour ne parler
ici que des principales, le manuscrit 7,066, con-
servé à la Bibliothèque impériale, intercale un
(1) Mss. 7,J60 Bibi. impér. et 98 de la bibl. de la ville
fie Berne.
(2) Nous en connaissons vingt-huit à Paris seulement.
(3) Préface de la Rhétorique à Herennius, p. 29-30 de
l'édit. ln-18.
chapitre entier de l'Image du Monde, sur Pin-
vention de la monnoie , une Vie de Jésus-Christ,
quelques recettes de médecine , et enfin soixante-
douze chapitres de V Information des Princes
par Gilles de Rome, qu'il rattache au Livre du
Trésor, à l'aide de transitions. Le ms. 7363, ap-
partenant à la même bibliothèque , Uii prête
aussi une description des Lieux Saints ; le ms. 21
(sciences et arts) de la bibliothèque de l'Arsenal
y ajoute un article du Porcq Saingler. Le ms. de
Genève contient une courte notice Sur le Hareng;
et les chapitres 38 de la première partie ( com-
ment J. César fut premiers emperieres ) et 59
( de Judith ) y sont très-développés. La notice
sur l'héroïne juive, qui n'a que cinq ou six h-
gnes dans le texte original, prend ici les dimen-
sions et la forme dramatique. Il Tesoro vient
apporter également sa part d'interpolations et
d*additiqns; ainsi, on y lit des détails sur Absa-
ion, et quatre chapitres d'histoire naturelle :
Del Cuculo et di sua Vilfade, del Rigogolo,
del Picchio , del Zevere, qui ne se trouvent
point dans les textes français.
' Ces additions et ces interpol-ations sont pour
la plupart l'œuvie de scribes peu lettrés ; mais
le manuscrit qui sert de base à l'édition du Tré-
sor que nous sommes chargé de publier pour le
ministère de l'instruction publique renferme par-
fois la critique ou la réfutation des opinions de
l'giuteur. Ainsi, nous en citerons deux exem-
ples curieux , au chapitre 13 de la première
partie (de l'Homme). Au début de ce chapitre,
on Ut cette phrase: : c Toutes choses don ciel en
aval sont faites por l'orne ; mais li hom est faiz
por lui-raeisme. » Le critique ajoute : « et por
Dieu amer et servir, et por avoir la joie pardu-
rable. » La seconde annotation s'applique à
cette phrase du texte : «Li hom fu faiz à l'ymage
de Dieu, mais la feme fu faite à l'ymage de l'orne,
et por ce sont femes souzmises as homes par loi
de nature. » — « Et toutevoie est-ele (la femme )
à l'ymage de Dieu, » ajoute le critique. Les écri-
vains du moyen âge se permettaient parfois le pla-
giat, genre d'altération beaucoup moins innocent ;
c'est ainsi qu'un auteur anonyme s'est approprié
de longs fragments du Roman de Brut, un
autre a pillé le Roman de Partonopeus ; Girart
d'Amiens a tenté de se faire passer pour l'au-
teur du Roman de Cléomades du trouvère
Adènes ; un rénovateur bourguignon a substitué
le nom de Graindor de Dijon à celui de Graindor
de Douai, auteur de la Chanson d'Antioche;
enfin Jehan Duquesne a voulu s'attribuer le Li-
vre du Trésor en effaçant avec soin le nom de
Brunetto Latini dans les nombreux passages où
il se trouve, et en n'inscrivant que le sien à la fin
de l'ouvrage. De son côté, Brunet Latin a revu et
rémanié son livre, et l'on peut dire qu'il en a fait
deux rédactions : l'une écrite pendant son séjour
en exil, et l'autre à son retour à Florence. Cette
dernière se reconnaît aisément à la présence des
chapitres historiques sur Bérenger, Frédéric il.
S13 IhATï^I
Charles d'Anjou et Mainfroy. Les attaques vio-
lentes auxquelles l'auteur se livre contre les
princes allemands, et surtout contre Mainfroy,
qu'il accuse hautement de parricide, nous portent
à croire que ces chapitres ont été écrits après la
défaite et la mort de ce personnage, tué à la ba-
taille de Bénévent, gagnée par Charles d'Anjou en
1267. Cette partie intéressante manque dans //
Tesoro et d^ns le ms. le plus ancien du Trésor
que nous connaissions. La Crusca emprunte des
exemples aux différents ouvrages italiens deBru-
netto Latini. Du Cange et Roquefort ont également
mis le Trésor à contribution dans leurs glos-
saires ; enfin cet ouvrage fournit plusieurs exeni-
ples aii Dictionnaire historique de la langue fran-
çaise dont l'Académie vient de faire paraître la
première partie du premier volume.
L'empereur Napoléon l" avait songé à faire
imprimer aux frais de l'État le Livre du Trésor
avec des commentaires, et il avait désigné une
commission à cet effet. Les préoccupation,s des
dernières années de son règne ne lui permirent
point de donner suite à ce projet , qui, repris
plus t^rd , devait se réaliser sous le règne de
Napoléon lit (1). P. Chabaille.
Villani {S),Storia Fiorentina, lib. vin. — Tiraboschl,
Storia delta Letter. Italifim^, tome IV, -r, Crescimbeni,
Délia volgare Poesia, t. \\. — Negrl (Giuljo), Istoria d^-
gli S,crittori Fiore,iitini. — Zannoni, Prefaz al XçiioreÇio ,-
Florence, 182V —V. Lcclerc, dans VHUtoire Littéraire ^
Içff France, t. XX. — Documents inédits.
LATINI ( Latino), érudit italien, né à ¥iterbe>
vers 1513, mort le 21 janvier 1593. Il étudia à
Sienne la jurisprudence et les belles-lettres. En
1 552 il prit à Rome l'habit ecclésiastique, et entra
successivement au service des cardinaux del
Pozzo, Pift, Farnese et Colonna. Il fut plus tard
nommé membre de la commission chargée par
Grégoire XIII de la révision du Corpus Ju/Fis
canonim. Il était en relation avec Manuee, Muret
et autres érudits distingués. 11 légua au chapitre
de Viterbe sa belle bibliothèque, dont beaucoup de
volumes contiennent des notes manuscrites éma-
nées de lui. On a de Latini : Epistolœ, conjecturx
et observationes, sacra profanaq^ie eruditione
ornatas, 2 vol. in-4° , dont le premier parut à
Rome en 1659, le second à Viterbe en 1667 ; —
Biblïotheca Sacra et Profana, sive observa-
tiones, correctiones, conjecturas et variai tec-
tiones in sacras et profanos scriptores ; Rome,
in-fol. 1677 : cet ouvrage, ainsi que le précédent,
fut publié par les soins de Magri;^ Observa-
tiones in Sigonii De Antiquo Jure Cimum ro-
manovum et in Grecehii De Comitiis Romane-
rum ; dans le tome I des Antiquitates de Grae-
vius; — Observationes in Sigonii De Antiquo
Jure Italias ; dans le tome II du même recueil ; ~
Loci in Tertulliano restitua vei aliter lecti ,
à la suite de l'édition de Tertullien donnée par
Parmelius en 1584 ; — quelques Lettres de La-
tini , qui ne se trouvent pas dans le grand re-
(1) Circulaire du ministre de l'instruction publique
du loiuai 1855.
- L4T0SZ 814
cueil de ses Epistolœ , ont été imprimées dans
les tomes I et II des Ànecdota romana. E. G.
IVlagrl, nta Latini ( en tète du tome II des Epistolx
de Latini ainsi que de sa Btbliotheca ). — Ntcéron, Mé-
moires, t. XLI. — Tiraboschl, Storia délia Lett. Ital.,
t. Vil. — Sax , Onomasticon , t. 111, p. 376.
LATINO (Juan ), poète nègre, vécut dans
la seconde moitié du seizième siècle. Amené
fort jeune d'Afrique par les Espagnols, il fut
d'abord esclave du petit-fils du fameux Gon-
salve de Cordoue , qui lui fit donner de l'ins-
truction et l'émancipa. Il s'établit à Grenade, et
enseigna le grec et le latin dans une école at-
tachée à la cathédrale de cette ville. Une jeune
fille de bonne famille, dont l'éducation lui avait
été confiée, prit du goût pour lui et l'épousa;
après la mort de son mari, elle éleva dans l'é-
ghse de Sainte-Anne un monument à sa mémoire,
orné d'une épitaphe oii on remarquait ce vers :
Filius ^thiopup prolesque nigerrima patrum.
On a de Juan Latino, appelé aussi Johannes
Latinus, un recueil de poëmes latins , Grenade ,
1573, pet. in-4°, sur la naissance de l'infant
Ferdinand , le pape Pie V, la mort de don Juan
d'Autriche et la ville de Grenade. C'est un des
livres les plus rares que l'on connaisse. L'au-
teur est le même personnage dont parle Cer-
vantes dans une pièce de vers qui accompagne
Don Quichotte, et c'est aussi probablement lui
que Lopez de Enciso a mis en scène dans la
pièce intitulée : Jtian Latino. P. L — y.
Antonio, Uibl. nova, l, 716. — Ticknor, History of
Spanish LUerature ^ 11,487.
LATINUS, acteur romain, vivait dans le pre-
mier siècle après J.-C. Sous le règne de Domi-
tien il acquit de la célébrité dans des farces ap-
pelées mimes , et fut en grande faveur auprès du
prince, qui se servait de lui comme d'un délateur.
Martial , qui le mentionne souvent et qui lui a
consacré une épjtaphe, pqrle favorableriient de
son caractère privé. Il est aussi question de La-
tinus dans Juvénal ; mais le scoliaste du poëte
prétend à tort que cet acteur fut mis à mort
sous le règne de Néron comme coupable d'adul-
tère avec Messaline (1). Y;
ÎWartial, I, 5 ; 11, 72 ; 111, 86 j V, 61 ; IX. 29. — Javéoal,
f, 35 ; VI, 44. — Suétone , Domitianus , 15.
LATOMUS. Voy. Masson.
LATOMCS. Voy. Steinhader.
LATOSZ ( Jean ), astronome et médecin po-
lonais, né à Cracovie, vers 1530, mort vers 1600.
Lorsqu'en 1578 le pape Grégoire XIII entre-
prit la réforme du calendrier Julien , il en adressa
une copie au roi de Pologne Etienne Batory;
la majorité des professeurs de l'université de Cra-
covie opina pour la réforme ; mais Latosz s'y
opposa, et son opposition fut plus tard ap-
prouvée par Scaliger et par Calvisius. Il publia
en 1 596 un traité remarquable sur les Comètes ,
(1) On cite encore un Latutus, granaraairien grecd'une
époque incertaine et autear d'un ouvrage en six llrres in-
titulé ; Ilepi TôJv où/c lôtMv Mevâvôpou ( Pabricius ,
Sibliot. Grxca, vol. 11, p. 456).
815
LATOSZ — LAÏOUCHE
816
et en 1594 un ouvrage intitulé : Prognosticon
de regnorum ac imperiorum mutationibus ,
maxime vero contra Turcas successu. L. Ch.
s. Starowolski, Hecutontas. — Soltykowicz, Histoire
de l' Oniversité de Cracovie; 1810. — Cbodyniçkl, Les Po-
lonais savants; 1833.
L,A TOCCHE (N. dk), granamaiiien français,
né dans la se<x)nde moitié du dîx-septièine siècle,
mort vers 1730, en Angleterre. Professant la re-
ligion réformée, il sortit de France à la suite de
la révocation de l'édit de Nantes, et se retira en
Angleterre, où il fut traité avec une bienveillance
particulière par le jeune duc de Glocester. L'ou-
vrage suivant, le seul qu'on connaisse de lui, est
dédié à ce prince ; L'Art de bien parler fran-
çais, qui comprend tout ce qui regarde la
grammaire et les façons de parler douteuses ;
Amsterdam, 1696, in-12. Ce livre, qui fut aug-
menté de près d'un quart, obtint de nombreuses
réimpressions à l'étranger; la dernière date de
Leipzig, 1762, 2 vol. 11 y traite de tout ce qui
regarde la grammatication, et donne un extrait
judicieux et bien fait de toutes les observations
de nos meilleurs auteurs sur les façons de par-
ler douteuses. Le P. Buffier et Goujet, en avouant
que cette grammaire n'est pas exempte de dé-
fauts, reconnaissent que c'était la meilleure qui
eût encore été composée. P. L— y.
Aikin, General Biography. — (joujet, Bibl. Jran-
t^aise, I.
LA TOCCHE-TRÉviLLE ( Louis- René-Ma-
deleine Le Vassor de ) , amiral français , né à
Rochefort, le 3 juin 1745, mort en rade de Tou-
lon, le 20 août 1804. Il entra à douze ans dans
les gardes de la marine, et fit aussitôt campagne.
En 1768 il devint capitaine de cavalerie; mais,
entraîné par ses goûts, il ne tarda pas à re-
prendre le service maritime , et fut occupé dans
des voyages ou des commandements de missions
lointaines. En 1780, 1781, 1782, sur les frégates
VHermione et V Aigle, ilsedistingua dans plu-
sieurs combats sur les côtes d'Amérique. Après
la paix de 1783, il fut appelé dans l'adminis-
tration des ports , et contribua beaucoup à la ré-
daction du code maritime de 1786. L'année sui-
vante, le duc d'Orléans le nomma chancelier de
sa maison. La Touche-Tréville était alors capi-
taine de vaisseau. Envoyé aux états généraux
par la noblesse du bailliage de Montargis (1789),
il fut un des premiers de son ordre à se réunir
aux députés du tiers état, et demanda la peine
de mort contre tout officier qui dans un combat
ne se trouverait pas à son poste. Nommé contre-
amiral en 1792, il fit les expéditions de Cagliari,
d'Oneille, de Nice, et alla exiger de la cour de
Naples la réparation d'une injure faite à M. de
Sémonville, ambassadeur de France à Cons-
tantinople. Destitué et incarcéré en 17'93, La
Touche-Tréville fut rendu à la liberté après le
9 thermidor an ii ( 27 juillet 1794), mais il resta
sans emploi. Le gouvernement consulaire le réin-
tégra dans sa position; il reçut d'abord le com-
mandement de l'escadre, de Brest, puis il sereadit
à Boulogne, où il réunit les éléments de la flotte
destinée à opérer une descente en Angleterre. At-
taqué deux fois par Nelson ( 5 et 15 août 1801 ),
il repoussa avec succès îes forces anglaises. Le
14 décembre de la même année ( frimaire an x) ,
il mit à la voile de Rochefort à la tête d'une es-
cadre dirigée contre Saint-Domingue. La Touche-
Tréville s'empara du Port-au-Prince, débarqua
les troupes, et pféserva la ville de l'incendie.
11 resta dans ces parages jusqu'en l'an xi
(1803), et sauva par son habileté et l'activité
peu commune de ses manœuvres la plus grande
partie de son escadre,sans cesse menacée par
des forces infiniment supérieures. 11 rentra en
France le 8 octobre 1803, mais il avait con-
tracté sous le climat américain une grave affec-
tion. Il fut nommé vice-amirai, et à peine conva-
lescent il reprit la mer pour éloigner les Anglais
qui bloquaient Toulon ; il y réussit, mais ces nou-
velles fatigues hâtèrent sa fin. Il tomba malade
sur Le Bucentaure, et lorsqu'on voulut le trans-
porter à terre, il s'y opposa. « Un officier de
mer, dit-il, doit s'estimer heureux de mouiir
sous son pavillon. » Trois jours plus tard ses
vœu\ étaient exaucés. A. nE L.
Le Moniteuruniversel, an 1792, n» 256 ; aD !«'', n<"> 8-ie
et 81 ; ao vill. p. 114, 272, 1422 ; an x, p. 727 ; an XII,
p. 266, USi. — Van Tenac, Histoire générale de la Ma-
rins, t. IV, p. lîï 136. — Galerie historique des Con-
temporains. — Gérard, fies des plus illustres Marins
français, p. 263-268. — Le Bas, Dict. encyclopédique de
la France.
JLATODCHE {HyacintfieTsABAUD de), connu
sous le nom de Henri de Latohche, poète et ro-
mancier français, né à La Châtre, dans le Berry , le
2 févrierl785, mortle 9 mars 1851,àAulnay près
Paris. Il grandit dans une époque de troubles, et ne
reçutqu'une éducation fort imparfaite. En 1800il
alla terminer tant bien que mal à Paris ses études
ébauchées, fit son droit, et, grâceà la protection de
ses deux oncles, M. Thabaud, administrateur de la
loterie, et M. Porcher de Richebourg, sénateur, il
entra jeune dans l'administration. Il eut une place
aux droits réunis , sous Français de Nantes. On
sait que cet aimable Mécène n'exigeait pas des
jeunes littérateurs accueillis dans ses bureaux
un travail régulier; mais de Latouche surpassait
encore ses camarades en inexactitude. Français
de Nantes lui en fit un jour des reproches. De
Latouche s'excusa sur la longue distance qui
séparait son logement de son bureau. Pour aller
du faubourg Saint-Honoré où il demeurait, à la
rue Sainte-Avoie, siège de l'administration des
Droits-réunis, il suivait le boulevard, et trouvait
à chaque pas des sujets de distraction, tantôt
des amis qui l'emmenaient déjeûner, tantôt les
parades, les marionnettes, « Comment, monsieur,
vous vous arrêtez aux marionnettes ? « lui dit vi-
vement Français de Nantes. — « Hélas , oui !
monsieur le comte. » — « Eh mais ! comment
cela se fait-il ? Je ne vous y ai jamais rencontré. »
Ainsi se termina la réprimande du directeur gé-
néral, si on en croit de L.a;lotiche, qui aimait
817
LATOUCHE
818
beaucoup à raconter cette anecdote. Le jeune
employé des droits réunis débuta dans les lettres
en 1811, par un poëme sur la mort deRotrou,
qui concourut pour un des prix de l'Institut et
obtint une mention. La même année il fit jouer
auThéàtre de l'Impératrice ( Odéon ) une comédie
agréablement versifiée et intitulée : Les Projets
de Sagesse. l\ partit ensuite pour l'Italie, avec
on ne sait quelle mission du gouvernement. Il
ne s'expliquait que vaguement sur l'objet de son
voyage; mais il racontait qu'il avait .parcouru.
l'Italie pendant trois ans, à pied, à dieval, en
voiture, de toutes les manières et dans tous les
sens, n'ayant dans sa valise que le Sternbald de
Tieck et rêvant de grands ouvrages, qui ne furent
jamais que des projets. A son retour en France,
il vit l'empire s'écrouler, et perdit sa place aux.
droits réunis. Forcé de vivre de sa plume, il fa-
tigua son talent à rédiger des ouvrages de cir-
constance, V Histoire du procès Fualdès , les
Mémoires de M^^ Manson, les Lettres à Da-
vid sur le Salon de 1819, la Biographie pit-
toresque des Députés , les Dernières Lettres
de deux Amants de Barcelone ; maxs i\ réser-
vait pour la poésie quelques heures de sa mati-
née. En 1818 il donna, de société avec M. Émrle
Oeschamps, au tbéàtre Favart, Selmours, co-
médie en trois actes et en vers, qui eut un succès
d'estime, et Un Tour de Faveur, comédie en un
acte et en vers , qui eut un succès de vogue. Il
composa vers le même temps des petits poèmes
imités de l'anglais et de l'allemand, Phantasus,
Blanche, Egbert, Trivulce, Le Juif Errant,
Rosalba, La Chambre grise, d'une couleur ro-
mantique assez neuve, travaillés avec soin, mais
pénibles d'expression et de courte haleine. Gc
qu'il a de mieux fait en ce genre est une pièce tou-
chante et gracieuse intitulée : Dernière Élégie. li
a aussi de jolis vers pittoresques ; ceux-ci, par
exemple, sur le Printemps :
De ses doigte teinti ite pourpre il touche, en souriant.
Le frêle abrIcoUer, l'amandier qui sommeille,
Le pêcher frissonoant sous sa robe vermeille.
Qa'il repose un moment sur l'émail de la plaine.
On voit renaître au feu de sa féconde haleine
La brune violette, amour du villageois,
£t la fraise odorante aux lisières des bois.
Et ceux-ci encore sur l'hiver :
Quand la fleur de Noël , au fond de nos vallées,
Frémira sous le dard des premières gelées,
Nous irons de l'automne entendre encor la voix.
Mais ces endroits heureux sont rares et courts,
et les meilleurs sentent l'effort. Il y eut toujours
chez de Latouche entre la conception et la puis-
sance d'exécution une inégalité qui fut l'infirmité
de son talent et le désespoir de sa vie. M. Emile
Deschamps, son collaborateur, qui le connaissait
bien, a écrit dans une lettre citée par M. Sainte-
Beuve : « Je ne saurais vous rendre ce qu'il y
avait de finesse de vues, de distinction de plai-
santeries quand M. de Latouche disait le plan
des scènes et certains détails improvisés. Puis ïï
écrivait, et quelques jolis traits seulement sur-
nageaient dans une phraséologie négligée, incor-
recte, obscure. 11 fallait refaire. C'était une souf-
fiauce de voir un si fin esprit si mal servi pat-
son talent, et il était le premier à en souffrir. »
En 1819 eut lieu le grand événement de sa vie
lîttéraire. Les libraires Foulon et Baudoin le
chargèrent de préparer pour la publication les
Œuvres inédites d'André Chénier. Dans les ma-
nuscrits qui lui furent remis, et où tant d'autres
n'auraient vu que des essais imparfaits, il re-
connut du premier coup d'oeil les glorieuses re-
liques d'un grand poète, des chefs-d'œuvre com-
parables à ce que la littérature française avait
produit de plus pur et de plus passionné. « Ce que
seraient devenues ces adorables poésies d'André
Chénier si elles étaient tombées en d'autres
mains, en des mains académiques de ce temps-
là, ce qu'elles auraient subi de retranchements,
de corrections, de rectifications grammaticales,
on n'ose y songer. Honneur donc à M. de La-
touche de les avoir senties tout d'aboid, de les
avoir reconnues en poète et en frère, et de nous
les avoir rendues ( sauf quelques points de dé-
tail) telles qu'il les avait reçues (1). » Comme
André Chénier n'avait pas mis la dernière main
à ses poésies , l'éditeur, avant de les livrer au
public, se permit çà et là quelques retouches ,
dont plus tard il se vantait mystérieusement, et
de manière à laisser supposer qu'elles étaient
considérables. Ces insinuations passèrent' à peu
près inaperçues ; mais un poète contemporain, Dé-
ranger, que la gloire d'André Chénier semblait
importuner, et qui aurait bien voulu faire croire
qu'elle était une mystification, les a consignées
dans sa Biographie, en les exagérant. Il n'a
pas craint d'affirmer que les poésies d'André
Chénier sont en grande partie l'œuvre de La-
touche. Mais, outre que la comparaison des ou-
vrages des deux écrivains ne laisse aucun doute
sur l'authenticité de ceux d'André Chénier, les
manuscrits de ce poète existent encore, et notis
savons par l'irrécusable témoignage de M. Le-
fèvre-Deiimier à quoi se réduisent les correc-
tions de Latouche (2). Un seul fait aurait pu
(1) Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. III.
(2) M. Lefévre-Deumler, ami de Latouche, lut les ma-
nuscrits il'André Chénier avant la publication et assista
au travail préparatoire de l'éditeur : « Un samedi matin,
dit-il, au mois de mai 1819 , je me trouvai seul avec de
Latouche dans une mansarde qu'il occupait rue des Saints-
Pères..... Nous lûmes ensemble non-seulement la moitié
du volume qu'il préparait, mais un grand nombre de pe-
tites pièces qu'il avait rejetées, dont quelques-unes ont
été recueillies dans les éditions suivantes, dont quelques-
unes n'ont jamais .paru... On l'a accusé d'avoir mutilé ces
reliques, d'avoir introduit dans ce livre un assez grand
nombre de fragments qui n'étalent que de véritables faux.
C'est une accusation mensongère. J'ai vu, j'ai tenu les
manuscrits , et ils étaient tous de la main de Chénier ou
d'un de ses frères.... Si de Latouche a eu quelque tort
en cette affaire, c'est, dans son enthousiasme craintif
pour une gloire dont'il était le premier arbitre, de s'être
un peu méfié du public, d'avoir affaibli par prudence
quelques expressions qui lui semblaient d'une énergie
trifiale ou d'une crudité dangereuse ; d'avoir en quelques
819
donner une ombre de vraisemblance à la singu-
lière assertion de Béranger, c'est que les super-
cheries littéraires étaient dans les habitudes de
La touche. En 1823 il s'attribua, dans son Olivier
Brusslon, nn conte allemand d'Hoffmann; et en
1826 il s'arrangea de manière à ce qu'une nou-
velle de lui, des plus scandaleuses par le sujet,
circulât sous le nom de la duchesse de Dufas.
Cette malice indélicate eut un plein succès, et
une femme d'une rare distinction, un des roman-
ciers les plus purs de la littérature française,
est restée longtemps responsable d'un conte
licencieux (1). La Correspondance, de Clé-
ment XIV et de Carlin, qu'il publia en 1827,
lui fut inspirée par quelques lignes de Galiani.
Le spirituel abbé', faisant allusion à l'amitié d'en-
fance de Ganganelli { plus tard Clément XIV ) et
de Carlin Rertinazzi, depuis acteur de la Comédie-
Italienne, écrivait à madame d'Épinay : « On pour-
rait, ce me semble, bâtir là-dessus le plus beau des
romans par lettres, et le plus sublime. On com-
mencera par supposer que ces deux compagnons
d'école, Carlin et Ganganelli, s'étant liés de la
plus étroite amitié dans leur jeunesse, se sont
promis de s'écrire au moins une fois tous les
deux ans, et de se rendre compte de leur état,
lis tiennent leur parole, et s'écrivent des lettres
pleines d'âme, de vérité, d'effusion de cœur, sans
sarcasmes, sans mauvaises plaisanteries. Ces
lettres présenteraient donc le contraste singulier
de deux hommes, dont l'un a été toujours mal-
heureux, et, parce qu'il a été malheureux, est
devenu pape ; l'autre, toujours heureux, est resté
Arlequin. Le plus plaisant serait qu'Arlequin of-
frirait toujours de l'argent à Ganganelli, qui se-
rait un pauvre moine, ensuite un pauvre cardi-
nal, enfin un pape pas trop à son aise. Arlequin
lui offrirait son crédit à la cour pour la restitution
endroits remplacé par des points ou même par rien des
vers qu'il ne trouvait pas à ïa hauteur des autres; d'avoir
corrigé çà et là quelques rimes qui lui paraissaient in-
suffisantes. »
(1) Nous empruntons à M. Sainte-Beuve le récit de ce
subterfuge ; son tëmoigûage est confirmé par celui de
M. LeP^vre-Deuniier -. « Après le succès A'Ourika et A'É-
douard, la duchesse de Duras avait lu à quelques per-
sonnes de sj société une nouvelle intitulée Olivier, dont
on parlait assez mystérieusement. Les personnes qui l'ont
entendue savent que ce petit ron(,an, qui n'a jamais été
publié, était plein de pureté, de délicatesse; ce ne pou-
vait être autrement, puisqu'il venait de M"" de Duras.
Le héros aimait une jeune femme, en était aimé, et il .^'é-
loignait pourtant, bien qu'elle fût libre. D'où venait cet
obstacle secret au bonheur d'Olivier, cette impossibilité
d'union? L'explication finale qu'en donnait, à la dernière
page (lu roman, M™*^ de Duras, était parfaitement simple,
et selon les scrupules de la morale. Mais de loin les Ima-
ginations moqueuses se mirent en frais et en campagne.
IM. de Latouche fut des premiers; il fit plus, il composa
en secret un petit roman qu'il fit paraître sous le titre
d'Olivier, sans nom d'auteur, et dans une lorme d'im-
pression exactement la même que celle des autres romans
de M>i'e (le Doras. Plus d'un lecteur y fut pris, et se dit
avec étonneraent .- « Mais est-il possible qu'une personne
comme M"»^ de Duras, qu'une femme du monde et qu'une
femme soit allée choisir une pareille donnée? Mais c'est
incroyable , c'est révoltant. » Cependant M. de Latouche
riait et se frottait les maint. »
LATTOIICHE 820
d'Avignon, et le pape l'en remercierait. •» De
Latouche n'exécuta pas fidèlement le programme
de Galiani. Il sacrifia trop aux préoccupations
romantiques et anti-jésuitiques du moment, et
n'obtint qu'un succès de circonstance. Cepen-
dant cette Correspondance est son meilleur ou-
vrage, et mérite encore d'être lue. Il n'en est pas
de même de Fragoletta, malgré l'incontestable
talent de certaines descriptions. L'ouvrage est
fondé sur une de ces données équivoques que
caressait l'ima^' .atio'n stéiile de Latouche, mais
que réprouvent également les convenances mo-
rales et le goût littéraire. Fragoletla n'eut qu'un
demi-succès. L'auteur, au lieu de voir dans ce
froid accueil une invitation de mieux employer
son talent , eut l'idée de reprendre et de trans-
porter au théâtre le sujet qui lui avait réussi
dans Olivier. Il se tronapait étrangement en
supposant qu'une particularité physiologique, la-
borieusement alambiquée pendant cinq actes, et
entremêlée d'allusions politiques, intéresserait
le public. La Reine d'Espagne, jouée au Théâtre-
Français le 5 novembi-e t831, tomba complète-
ment à la représentation, et ne se releva pas à
la lecture. La fortune lui ménagea un dédomma-
gement qui, pour l'honneur de son nom dans l'a-
venir, vaut mieux qu'un succès théâtral. Il de-
■vina le génie d'une de ses compatriotes du Berry,
alors inconnue et depuis si célèbre sous le nom
de George Sand, et il lui facilita l'entrée d'une
carrière qu'elle devait parcourir avec tant d'é-
clat. <( Il lui était toujours réservé d'ouvrir aux
autres la terre promise, sans y entrei- lui-
même (1). « Ces dernières déceptions et le dou-
loureux sentiment qu'elles n'étaient pas tout à
fait imméritées achevèrent d'aigrir son carac-
tère. Il s'en prit à ceux qui réussissaient en po-
litique et en littérature, et dans le journal sàti-
riqiie le jFig'aro , qu'il rédigeait en chef, il cribla
d'épigrammes ses anciens amis les libéraux ar-
rivés au pouvoir et les romantiques triom-
phants. Déjà, en 1829, dans la Revue de Paris,
il avait publié contre ceux-ci un article sur La
Camaraderie littéraire qui fit beaucoup de
bruit, et qui aujourd'hui nous paraît froid, tor-
tueux et péniblement sph-ituel. Ces obliques mé-
chancetés l'exposèrent à des représailles, et Gus-
tave Planche écrivit contre lui un article intitulé
De la Haine littéraire. On remarque qu'il de-
vint à partir de ce moment sinon plus doux,
du moins plu§ réservé dans l'expression de ses
colères. Il ne renonça pas à l'espoir d'obtenir un
succès dans le genre du roman. Mais ses nou-
vetles tentatives, Grangeneuve, 1835; France
et Marie, 1836; Zéo, 1840; Un Mirage, 1842;
Adrienne, 1845, n'eurent même pas la notoriété
de scandale qui s'attache à Fragoletla. La
Vallée aux loups, recueil d'essais en prose et
en vers (1833), contient de jolies pages descrip-
tives, et deux volumes de vers, les Adieux,
(1) Sainte-Beuve, Causeries du lundi, t. 111, p. 387.
821
LA TOUCHE
1843, les Agrestes (1844), renferment quelques
pages d'une véritable beauté. Ce ne sont que des
rencontres, mais elles suffisent pour protéger son
nom contre l'oubli.
Depuis qu'il avait quitté la direction du Fi-
garo en 1832, de Latouche s'était de moins en
moins mêlé au monde littéraire. Il vivait dans
une petite maison de campagne à Aulnay, près
de cette Vallée aux Loups illustrée par le sé-
jour de Chateaubriand. En 1846 il fut frappé
d'un conimenceme? d'apoplevie, et, se sentant
atteint dans son corps et dar son intelligence,
il se confina dans la retraite plus sévèrement
que jamais. «C'est là, dit M. Lefèvre-Deumier,
qu'il est resté cinq ans, obstinément invisible à
presque tout le monde, consumant le reste de
sa vie dans de vains regrets du passé, commen-
çant des vers qu'il n'achevait pas, faisant et dé-
faisant sans cesse son testament, insensible à
tout, même à cette république qu'il avait si
longtemps appelée de toute la force de ses rêves. »
Depuis sa mort, M"" Pauline de Flaugergues,
l'amie et la consolatrice de ses dernières années,
a public un choix de ses œuvres posthumes sous
le titre de Encore Adieu (18.52;. L. J.
George Sand , Notice sur de Latouche; dans le Sjécle,
18, 19, 20 juillet 18S1 , et Histoire de ma vie. — Sainte-
Beuve , Causeries du lundi, t. UI. — Lefèvre-Deumier,
Célébrités d'autrefois.
* LATOUCHE ( Auguste), hébraïsant français,
né vers 179,8. Il entra dans les ordres, et s'oc-
cupa beaucoup de l'étude de la langue sacrée,
qu'il enseigna publiquement à Paris. On a de
lui : Méthode rationnelle pour l'étude simul-
tanée des Langues ; — Panorama des Langues,
ou clef de l'étymalogie;\83&,\n-$°; — Gram-
maire Hébraïque; 1836, in-S" ; — Dictionnaire
idio- étymologique Hébreu et Dictionnaire
Grec-Hébreu; 1836, in-8°. Dans l'introduction
du Panorama des Langues, Latouche résume
ainsi son système. « Mon système, dit-il, qui n'a
paru d'abord qu'ingénieux et qu'un moyen mné-
monique d'invention nouvelle, est l'unité des
langues dans l'hébreu, la fusion de toutes les
idées des peuples dans quelques expressions
matérielles, onomatopiques, réduites à vingt-cinq
classes ; c'est un code de logique, de philosophie,
un exercice de la pensée, qui centuple sa rec-
titude et sa puissance. Je prouve, par analogies
d'idées et de sons, que chaque langue est en-
gendrée de l'hébreu ou s'y rapporte sans effort.
Je me suis éloigné de mes devanciers, souvent
pour le fond et toujours pour la méthode. »
F.-X. T.
Bibliographie de la France, 1836.
LA TOUCHE. Voy. Gdimond.
LA TOULOUBBE ( Louis Vei^tre de), juris-
consulte français, né en 1706, à Aix, où il est
mort, le 3 septembre 1767. Appartenante une
famille de robe, il partagea ses premières années
entre l'étude des lois et celle de la poésie, rem-
porta plusieurs prix académiques, et fit. insérer
quelques-unes de ses pièces dans les recueils du
- LA TOUR 822
temps, enlre autres une Ode sur l'Imagination
(1738) et un poème sur Ze Sacrifice d'Abraham.
En 1732 il fut nommé professeur de droit fran-
çais à l'université d'Aix, et en 1734 substitut
du procureur général au pariement. On a de
lui : Les Œuvres de Scipion du Périer; 1760,
3 vol. in-4°, avec des observations sur l'état de
j la jurisprudence; — Les Actes de notoriété
donnés par MM. les avocats et procureurs
généraux au parlement de Provence; Avi-
gnon, 1756 ou 1764, in-8°; nouv. édit., 1772;
actes qui forment , en quelque sorte, le recueil
d'un droit particulier à la Provence et accompa-
gnés de remarques très-judicieuses; — Juris-
prudence féodale suivie en Provence; ibid.,
1756, in-8°, augmentée, en 1765, d'un volume
consacré à la jurisprudence féodale du Langue-
doc. La Touloubre, dont les ouvrages étaient
entre toutes les mains avant la révolution, avait
aussi réuni des matériaux concernant le Droit
maritime et un Commentaire sur les statuts de
Provence. g
Achard, Dict. de la Provence, II.
LA TOUR {Lambert de), seigneur deLimoux,
mort vers 1235. Il appartenait à une maison an-
cienne dans Toulouse, et qui un siècle aupara-
vant avait compté des capitouls parmi ses
membres. Après que Simon de Montfort eut
conquis le Languedoc, Lambert fut au nombre
des baix)ns qui abandonnèrent la cause du comte
Raymond. En 1211 il se croisa contre les Albi-
geois, et tomba aux mains du comte de Foix. Il
fut ensuite chargé de la défense du château de
Beaucaire (1217),et envoyé par Montfort auprès
du roi Pierre II d'Aragon pour chercher à calmer
ce prince, qui avait défié en combat singulier le
chef des croisés. On a prétendu, mais sans
preuves, qu'il avait reçu de ce dernier, en même
temps que Gaston de Lévis, le titre de maréchal
de la foi. Cette famille s'éteignit dans le quin-
zième siècle, après avoir obtenu trente-trois fois
les honneurs du capitoulat. Baluze, dans son His-
toire généalogique de la Maison de La Tour
d'Auvergne , a vainement essayé de rattacher
les ducs de Bouillon aux La Tour de Toulouse
entre lesquels il n'y a point d'origine commune. K.
Art de vérifier les dates. — G. de La Tour, Armoriai
du Languedoc. — Biogr. toulousaine.
LA TOUR ( Loiiis de) ou Ludovicus TuR-
RiANUs, poète latin belge, mort en 1636. Il se
fit chartreux dans le couvent des Douze-Apôtres
près Liège, et passa en 1607 à la chartreuse de
Lire ( Brabant), où il mourut. On a de lui en-
tre autres poésies latines d'un assez bon style :
Générales omnes ordinis Cartusiani, a divo
Brunone ad nostra usque tempera; Cologne,
t597; Wurtzburg, 1606. C'est ane espèce de
biographie des généraux de l'ordre des Char-
treux en vers numéraux. L — z_e,
Petrelus , Biô^jof fceca Carthiisiana, p. 233.— Moratius
Theatrum Carthus. Ordinis, p.l33.— Foppens, Bibliotheck
Belgica, p. 836. — Paquot, Mém. pour servir à l'kist.
lut. des Pays-Bas, t. VI, p. 199.
823
LA TOUR
824
lia. TOUR {Simon DE ), jésuite français, né le
28 novembre 1697, à Bordeaux, morten 1766, à
Besançon. Il fit à Paris sa théologie , professa la
philosophie à Tours, et fut chargé , à la mort du
P. du Cerceau, déterminer l'éducation du prince
de Conti. 11 devint ensuite principal du collège
de Louis-le-Grand, et procureur général des Mis-
sions étrangères. Ce t'iit à lui que Voltaire, peu
de temps avant sa réception à l'Académie Fran-
çaise, adressa une lettre qui fit beaucoup de bruit,
etoii il décernait de grands éloges aux jésuites ,
ses anciens maîtres. Lors de la suppression de
l'ordre en France, le P. de La Tour se réfugia à
Besançon. Il avait été pendant quelque temps
un des rédacteurs du Journal de Trévoux.
Quelques auteurs l'ont confondu avec un autre
jésuite du même nom. ( Voy. Bonaffos de La
Tour). K.
Nécrologe des Hommes célèbres, 1767.
LA TOUR { Christophe- Ernest Baillet,
comte DE ), homme politique beige, né en 1668,
au château de La Tour (Luxembourg), mort en
1732, à Bruxelles. Il appartenait à une famille
noble d'origine française, fixée depuis le quin-
zième siècle dans les Pays-Bas. 11 fut successi-
vement conseiller au conseil provincial du
Luxembourg, au grand conseil de Malines, pro-
cureur général, puis président au même conseil,
conseiller d'État et président du conseil privé.
Le titre de comte lui fut conféré par lettres pa-
tentes datées de 1719. K.
Biogr. gen. des Belges.
liA TOUR ( Charles- Antoine -Maximilien
Baillet , comte de ), général autrichien , né en
1737, au château de La Tour, mort en 1806, à
Vienne. De la même famille que le précédent, il
embrassa de bonne heure le parti des armes, et
ne fit sa première campagne qu'en 1778 , sous
les ordres de Lascy et Laudon , dans la guerre
de la succession de Bavière ; il devint peu après
colonel de ce fameux régiment de dragons qui
prit le nom de La Tour et s'illustra sur tant de
champs de bataille . C'est pour les dragons de La
Tour que les archiduchesses d'Autriche brodè-
rent de leurs mains un étendard sur lequel on
lisait cette devise : Qui s'y frotte s'y pique.
Comme général major, le chef de ce corps d'élite
fut employé par Joseph II contre les Brabançons
révoltés , s'empara de Charleroi, et contribua
beaucoup au retour de l'ordre (1789-1790).
Nommé lieutenant-fèld -maréchal, il commandait
à Tournay lors de la bataille de Jemmapes, re-
vint en ligne l'année suivante, avec le prince
de Cobourg, assista à l'attaque du camp de Fa-
mars ainsi qu'à la plupart des opérations qui
eurent lieu sous Maubeuge , et fut même le seul
général de division qui repoussa l'ennemi à Wat-
tignies (16 octobre 1793), tandis que le reste de
l'armée autrichienne était battu par Jourdan.
En 1794 il ouvrit la campagne par quelques
avantages; mais les alliés ayant résolu l'éva-
cuation des Pays-Bas, il fut chargé de couvrir
la retraite, et partagea les revers de l'aile gauche
sur l'Ourthe et près de Duren. A la suite de la
campagne de 1 795, qu'il soutint en Francome ,
La Tour obtint le grade de général d'artillerie
(1796), et prit le commandement de l'armée du
Bas-Rhin, dont Wurmser s'était démispour pas-
ser en Italie. Presque constamment tenu -en
échec par Moreau, et n'ayant à sa disposition
que des troupes affaiblies , il livra , de concert
avec l'archiduc Charles , une suite de combats
malheureux, et se replia d'abord derrière la Lech,
puis jusque sous les murs de Munich. Lorsque
Moreau commença à rétrograder vers le Rhin ,
La Tour, chargé de le poursuivre, n'osa l'in-
quiéter sérieusement, à cause de l'infériorité du
nombre, et subit même à Biberach une déroute
presque complète. L'année suivante (1797), il
ne réussit pas mieux à disputer aux Fiançais
le passage du Rhin. Nommé gouverneur de la
Styrie après la paix de Campo-Formio, il passa,
à la fin de 1806, dans la haute Autriche, et pré-
sidait le conseil de la guerre lorsqu'il mourut
subitement à Vienne. K.
Convers.-Lex. — Bioar. étrangère, 11. — Thifrs, Hist.
4e la Révol.fr. — Tableau des Guerres de la Révolution.
— Biogr. gén des Belges.
lA TOUR ( Louis- Willebrod- Antoine Bail-
let de), général autrichien, frère du précédent,
né en 1753, mort en 1836, à Bruxelles. Il fit les
campagnes de la révolution, et devint en 1796
lieutenanl général. A la paix il revint habiter la
Belgique, qui faisait alors partie de la France,
fut inscrit en 1811 sur le tableau de l'armée fran-
çaise, et quitta le service militaire en 1814. K.
Biogr. gén. des Belges.
VA TOUR ( Théodore Baillet, comte de),
général autrichien, né le 15 juin 1780, massacré
.le 7 octobre 1848, à Vienne. Fils du maréchal de
La Tour, il suivit également la carrière des ar-
mes, et parvint au grade de feld - maréchal.
Chargé, après les événements de 1848, du porte-
feuille de la guerre, il prit des mesures rigou-
reuses, qui attirèrent sur lui la haine du parti
démocratique, et fut, lors de l'insurrection du 7
octobre, massacré dans son hôtel sous les yeux
de la députation que la diète y avait envoyée
afin de le protéger. K.
Convers.-hexik.
LATOUR {Bertrand de), écrivain ecclésias-
tique français, né à Toulouse, vers 1700, mort à
Montauban, le 19 janvier 1780. Il étudia au sé-
minaire de Saint-Sulpice, à Paris , et fut attaché
au séminaire des Missions étrangères. Envoyé
au Canada, il devint, jeune encore, doyen du
chapitre de Québec et conseiller-clerc du conseil
supérieur de cette ville. Il occupait ces deux
places en 1730; mais quelques années après
l'amour de la patrie le ramena en France, oii il
obtint la cure de Saint-Jacques à Montauban.
Après avoir occupé cette cure plusieurs années ,
il devint chanoine , puis doyen du chapitre. Ce
fut aussi à lui qu'on dut l'établissement des
Frères des Écoles chrétiennes à Montauban, aux-
825
quelles il légua sa bibliothèque. La liste de s*s
ouvrages donne une étonnante idée de sa fécon-
dité. Cette liste renferme trois cent quatre-vingts
ai-ticles différents. Dans le nombre , il y a vingt-
cinq vol. de discours pour la chaire, quatre de
réflexions et entretiens sur les devoirs de l'état
religieux, cinq qui ont pour titre: Discours aca-
démiques, etc. Mais rien ne montre mieux la fé-
condité de Latour que sa collection de Réflexions
morales , politiques y historiques et littéraires
sur les théâtres qui a jusqu'à vingt volumes. Il
a écrit aussi beaucoup de petits ouvrages déta-
chés, tels que les Mémoires du P. Tiniothée ,
capticin, évêque de Séryte, in-12; l'Apologie
deClémentXl V, réfutation des lettres fabriquées
par Caraccioii, in-12; les Lettres d'un Évêque
à un Évêque, commentaire de la déclaration
dumois d'aoïit 1750, in-12. Enfin des Mémoi-
res, in-4'', composés vers 1772, et ayant la
plupart pour objet la critique des changements
faits au nouveau Bréviaire de Montauban.
GUVOTDE FÈRE.
annales de la Religion, t. XX7CIV, année 1828.
LATOUR ( Maurice-Quentin de ), peintre
français , né à Saint-Quentin , le 6 septembre
1704, mort le 17 février 1788. Les premières
leçons de dessin lui avaient été données à
Saint-Quentin ; mais il partit bientôt en cher-
cher d'autres à Cambrai, à Reims etj4isqu'en
Angleterre. Arrivé à Paris à l'âge de vingt-trois
ans , il s'annonça comme peintre en portraits.
Son procédé était nouveau ; il avait substitué à
l'emploi des couleurs à l'huile , le pastel , avant
lui aussi peu varié dans ses nuances que mobile
dans la cohérence de ses couleurs; aussi devint-
il bientôt le peintre en vogue. Quelques-uns
de ses portraits furent vus par Louis de Boul-
longne, premier peintre du roi, qui, ayant re-
connu dans les œuvres de Latour de grandes
qualités au milieu de nombreuses imperfections,
demanda l'artiste, l'encouragea : « Vous ne savez
ni peindre ni dessiner, lui dit-il, mais vous pos-
sédez un talent qui peut vous mener loin ; des-
sinez, jeune homme , dessinez longtemps. » —
Latour suivit ce conseil , et malgré le succès de
ses premiers portraits et le profit qu'il en reti-
rait, il renonça à une célébrité précoce pour
acquérir ce qui devait établir solidement son
talent et sà réputation. De Latour ne parut pour
la première fois en public qu'au salon de 1737,
où il exposa deux pastels. De ce moment jus-
qu'en 17"3 il prit part à presque toutes les expo-
sitions, et fournit près décent vingt pastels.
Les beaux portraits de ce grand artiste, qui
datent aujourd'hui de plus d'un siècle, se sont
parfaitement conservés , malgré leur fragilité. On
en ad*mire encore de charmants au Louvre, dans
les [)rincipaux musées de l'Europe et particu-
lièrement dans le musée de Saint-Quentin. On
peut citer parmi ses plus beaux tableaux, les por-
traits de Restout, de Sylvestre, de Parrocel, de
RenéFremin,de Voltaire, de J.- J.Rousseau, de
LATOUR 826
CrébiU.on,ded'AIembert, de Marivaux, df^ Rn-
meau,de Diderot, de Duclos, deLouisXV, de
Marie Lecszinsha, du Daxiphin,de la Princesse
de Saxe, Dauphine de France, du prince Chor-
les-Édouard,û\sdn prétendant d'Angleterre, du
maréchal de Belle-lsle, du maréchal de Lo-
wendal, de M»** de Pompadovr, de M^''' Sal-
le, etc.. De Latour, reçu d'abord agréé (1738) ,
puis membre de l'Académie royale de Peinture
(1744), en fut le directeur en 1746. Bientôt un
brevet du 4 avril 1750 le nomma peintre du roi
en pastel, et en 1775 il obtint un logement au
Louvre. Ce fut alors qu'il employa une bonne
partie de sa fortune à encourager et à honorer
les arts. 11 consacra 10,000 livres pour fonder
un prix de 500 livres que l'Académie de Peinture
doit décerner annuellement à l'auteur du meilleur
tableau de perspective linéaire et aérienne. Pa-
reille somme fut destinée annuellement à récom-
penser la plus belle action ou la plus utile dé-
couverte dans les arts, au jugement de l'acadé-
mie de la ville d'Amiens.
Sa ville natale, Saint-Quentin, hérita aussi de
sa générosité; il y institua des fondations en
faveur de femmes pauvres en couches et de
vieux artisans pauvi-es ; enfin il y fonda, en 1782,
une école gratuite de dessin à laquelle il fit don
de 18,000 livres (1). Gomart (de Saint-Quentin).
Docum. partie.
LATOUR (Dominique), médecin français,
né en 1749, à Ancizan (Bigorre), mort vers 1820,
à Orléans. Originaire de la môme famille que le
jésuite Bonaffos de Latour, connu par sas poé-
sies lyriques, il étudia la médecine et s'établit à
Orléans d'après les conseils du professeur An-
toine Petit, dont il avait été l'élève. Après la
terreur, il exerça les fonctions de médecin en
chef de l'hôtel-Dieu de cette ville, et ne les
quitta que pour aller en Hollande remplir celles
de premier médecin auprès du roi Louis. On a
de lui : Histoire philosophique et médicale
des Causes essentielles immédiates ou pro-
chaines des hémorrhagies ; Orléans, 1815,
2 vol. in-S"; — plusieurs Mémoires sur le té-
tanos , la catalepsie , le cancer, la paralysie des
extrémités inférieures, l'influence de l'imagina-
tion, la dyssenterie, etc., insérés dans divers
recueils. K.
Qucrard , La France Litt.
LATOUR (Jean-Baptiste Bonaffos de).
Voy. Bonaffos be Latour.
LATOUR (D.-Fr. Gasteluer de). Voy. Gas-
TELLIER DE LaTOUR.
LATOUR ( Charles-Jean-Baptiste des Ga-
(1) La ville de Saint-Quentin, qui se glorifie d'avoir
produit un tel artiste, a fait construire un magnifique
musée pour y recevoir dignement les précieux ouvrages
de cet excellent et jusqu'ici inimitable peintre ; en même
temps elle lui a fait élever une statue en bronze sur la
place même où est né de Latour, à peu de distance de la
maison où il a fini sa carrière.
827
LATOUR
LOIS de), administrateur français, né le 11 mars
1715, à Paris, où il est mort, le 24 janvier 1802.
Originaire d'une maison noble du Forez, il obtint
à l'âge de vingt ans un siège de conseiller au
parlement d'Aix (1735), dont il fut, depuis 1747,
premier président. En 1744, il avait succédé à
son père en qualité d'intendant de la Provence.
A ces doubles fonctions, qu'il exerça pendant
plus de quarante ans , il joignit encore celles
d'inspecteur du commerce du Levant et de pré-
sident du conseil d'Afrique, et surveilla l'admi-
nistration militaire pendant la guerre d'Italie. Il
fit, en 1787, partie de l'assemblée des notables,
trouva un asile passa^^er en Bourgogne à l'épo-
que de la révolution, et subit au Luxembourg
une détention de plusieurs mois. On le repré-
sente comme un bomme intègre, éclairé, d'un
caractère obligeant et de talents peu communs.
La ville de Marseille lui est redevable de quel-
ques établissements utiles. — Son fils aîné ,
Latour ( Étienne-Jean-Baptisûe-Louis des
GA.LOIS de), né en 1754, à Aix, mort le 20 mars
1820, à Bourges , embrassa l'état ecclésiastique
après avoir été conseiller au parlement. Désigné
en 1788 pour occuper le siège de Moulins, il
devint en Italie premier aumônier de madame
Victoirede France, passa en 1799 en Angleterre,
et ne revint de l'étranger qu'avec les Bourbons.
En 1817, il fut nommé archevêque de Bourges.
K.
Dict. de la Provence. — Biogr. des Contemp.
* LA.TO0R ,( Cagnard, baron de ), physicien
français, né à Paris, lé 31 mai 1777. Il sortit de
l'École Polytechnique pour entrer à l'école des
ingénieurs géographes. Plus tard il fut nommé
auditeur au conseil d'État, et devint en 1850
membre de l'Académie des Sciences. — La vie de
M. Latour est tout èfatière dans ses travaux.
On peut les diviser en trois parties distinctes :
Vacoustique , la mécanique , la chimie et
la physique générale. Dans toutes ces bran-
ches , il a fait des découvertes que le temps
ne pourra jamais faire disparaître. En 1809 il
inventa une sorte de vis d'Atchimède désignée
sous le nom de cagnardel, dont l'effet est de
porter les gaz sous un liquide quelconque (1).
En 1810 il présenta à l'institut ime machine
hydraulique composée d'une roue à palettes
tournant horizontalement dans l'eâu. « Cette
roue , emhossée dans une enveloppe qui là ferme
(l)IVI. Fr. Arago s'exprimait ainsi sur le mérite de cette
iuvention, lors de la discussion de la loi sur les brevets
d'invenUon en 1844: « Tout le monde sait que la vis d'Ar-
chimède sert aux épuisements; les ingénieurs l'emploient
dans ce but. Deux mille ans s'écoulent, et l'un de nos
compatriotes avise que la même machine qui sert à éle-
ver l'eau peut être employée pour faire descendre du
gaz, en sens contraire . ou de droite à gauche : cette ap-
plic;!tion est importante, il arrive très-souvent en effet
qu'on a besoin de purifier de grands volumes de gaz, de
les débarrasser d'une foule de substances étrangères. F^a
vis d'Archimède sert alors à les porter au fond d'une
profonde couche d'eau. Le gaz se purifie en remontant.
Certes, il y avait là invention brevetahle. »
en haut et en bas , est évidée au centre et per-
met à l'eau , qui a frappé les palettes d'amont ^
d'aller heurter celles d'aval. » Dans la même
année, il inventa ce qu'il a appelé un canon-
pompe. C'est une machine à vapeur dans la-
quelle l'eau est élevée sans piston par des bouf-
fées successives devapeur d'eau, qui déterminent
l'ascension d'un volume d'eau à peu près égal
au volume de la vapeur employée à une hauteur
de huit mètres environ. La vapeurj comme on le
voit, était employée d'une manière nouvelle à
faire le vide et à élever l'eau. En 1815 il fait
connaître sa /jowpe à tige filiforme. Dans cette
pompe , la tige du piston est remplacée par un
fil métallique de quelques millimètres de dia-
mètre, qui, traversant la pompe de haut en bas,
sort par les deux bouts et va s'attacher à un
châssis, semblable à celui des scies, destiné à
lui imprimer un mouvement ascensionnel alter-
natif. Les frottements contre les boîtes à étoupes
se trouvent, de cette manière , énormément di-
minués, ce qui donne un avantage marqué sur
les pompes ordinaires à tige roide et, épaisse.
La sirène, dont l'invention date de 1819, est un
instrument destiné à mesurer les vibrations de
l'air qui constitue un son donné. Tous les phy-
siciens la connaissent. Voici sur quel principe
s'appuyait M. Cagniard en inventant son appa-
reil : « Si le son produit par les instruments est
dû principalement, comme le croient les phy-
siciens, à la suite régulière des chocs multipliés
qu'ils donnent à l'air atmosphérique parleurs
vibrations , il semble naturel de penser qu'au
moyen d'un mécanisme qui serait combiné pour
frapper l'air avec la même vitesse et la même
régularité, on pourrait donner lieu à la produc-
tion du son. Tel est, en effet, le résultat qu'il a
obtenu à l'aide de son procédé , qui consiste à
faire sortir le vent d'un soufflet par un petit
orifice , en face duquel on présente un plateau
circulaire mobile sur son centre, et dont le mou-
vement de rotation a lieu, soit par l'action du
courant, soit par un moyen mécanique. » ( An-
nales de Physique et de Chimie, tom. XII,
pag. 167,éttom. XVIII, pag. 438). — Quantaux
modifications apportées depuis à la sirène com-
plexe à séries ondulées, à la sirène à plateau
épais , aux sirènes à deux sons simulta-
nés, etc., voy. les Comptes-rendus àe, Y kcdiA.,
1837, page 313 et 331; id., 1838, page 47 et
422; id., 1839, page 60; id., 1841, page 119-
402 et 414 ; id., 1842, page 179. En 1821 M. La-
tour présenta à la Société d'Encouragement sa
nouvelle méthode du débourbage des minerais
de cuivre en usage aux mines de Chessy
(Rhône). C'est une espèce de tonneau ou crible
horizontal , à ouvertures longitudinales, de quel-
ques lignes de largeur. On le remplit de mine-
rai, et on le fait tourner sur son axe, en plon-
geant toutefois le tonneau dans l'eau , de façon
à dépouiller entièrement le minerai du sable et
dje l'argile qui l'accompagnent. Le gravier qui
829
tombe du crible est ramassé par une grille sus-
pendue au-dessous et agitée par de petites se-
cousses qui permettent aux matières très-tenues
de s'échapper de l'eau. (Voy. Bulletin de la
Société cfEncourag^n" 261.)
En 1822 M. de Latour fît connaître quelques ré-
ultats qu'il avait obtenus par l'action combinée
je la chaleur et de la compression sur certains li-
quides, tels que l'eau, l'alcool, l'étljer sulfurique
t l'essence de pétrole rectifiée. On trouve encore
Je lui, à la même époque, des expériences à une
tiaute pression avec quelques substances , telles
]ue l'eau et le sulfure de carbone , employées
éparément ou combinées avec du clilorate de
potasse. En 1829 il publia un mémoire sur le
sifflement de la bouche. C'est dans ce travail
^u'il démontre que dans l'acte du sifflement, les
èvres agissent comme une ouverture tubulaire
jIus ou moins allongée, qu'un courant d'air
sortant des poumons ou y rentrant traverse
ivec une certaine vitesse en frottant les, parois
le ce conduit par intermittence. C'est par ces ex-
périences que M. de Latour est arrivé à re-
garder le larynx comme un instrument à anches,
âans lequel l'air mis en vibration par le frotte-
nent contre les lèvres inférieures de la glotte
Tiendrait choquer les lèvres supérieures et y
brmerait des sons plus intenses qu'il n'aurait
m donner en y arrivant directement. (Voy. Ins-
Hlut, 1836, ça%e 180; 1837, pag. 13, 45, etc.) En
1833 il fît connaître le résultat de ses expé-
riences sur la résonnance des liqpides et une
nouvelle espèce de vibration qu'il a nommée
vibration globulaire. En faisant vibrer longi-
tudinaleraent des tubes en verre contenant de
'eau, ouverts ou fermés , privés d'air ou soumis
à l'action de ce fluide , il s'aperçut que des in-
tervalles vides très-apparents se manifestaient
dans la masse vibrante, que si elle contenait du
gaz , celui-ci se détachait du liquide et montait
à la surface; que si, au contraire, il n'y avait
plus sensiblement de fluide gazeux, les bulles
qui apparaissaient étaient plus petites et ne
quittaient pas la place où elles venaient de se
former. Dans le premier cas , le son était plus
faible que dans le second. Ces vibrations parti-
culières aux liquides, qui se manifestaient à
l'œil par des disjonctions dans la masse ébranlée,
ont été nommées vibrations globulaires et
comparées à celles que les molécules des corps
solides exécutent en pareille circonstance. C'est
dans ce travail que se trouve la pipette sifflante
à l'aide de laquelle il fait produire à une colonne
d'eau des sons analogues à ceux de la flûte.
{Annales de Chim. etdePhys., 2^ série, t. LVI.)
En 1 837 il inventa , de concert a-vec M. de
Montferrand , un pijromètre acoustique au
moyen duquel il se proposait de ramener la me-
sure de toutes les températures à l'appréciation
d'un son. C'est cette même année qu'il publia
un travail sur la pression à laquelle l'air contenu
dans la trachée-artère se trouve soumis pen-
LAtOUR 830
dant l'acte de la phonation. Il y avait déjà long-
temps qu'il s'occupait de rechercher à quelle
pression , en sus de celle de l'atmosphère , l'air
contenu dans les poumons se trouve soumis
lorsqu'il est employé à faire résonner certains
instruments à, anches. Il avait niêmé déjà re-
connu qu'à l'égard de la clarinette cette pres-
sion fait équilibre en moyenne à une colonne
d'eau de 30 centimètres. Pour étendre ces expé-
riences au larynx humain, il fallait trouver un
individu qui, d'ime part, eût une ouverture à la
trachée-arlère, et de l'autre pût, à sa volonté,
produire des sons vocaux. M. de Latour rencon-
tra un homme sur lequel il put expérimenter.
{Journal de Vlnstitut, 1836, 1837, 1838, 1839,
1840, 1841, 1846). Enfin on a d« M. de Latour
un peson chronométrique, instrument destiné à
mesurer les effets dynamiques des machines en
mouvement {Compte rendu de l'Acad. des Se,
1837 ) ; — un travail fort remarquable sur la fer-
mentation vineuse qui a eu pour résultat de
fixer l'opinion des chimistes et des naturalistes
sur la nature des substances capables de produire
la fermentation vineuse dans les liquides qui
sont propres à l'éprouver ( Annales de Phys.
et de Chimie, 2* série, tom. LXVIU). Dans la
même année il annonça qu'au moyen de plu-
sieurs procédés qu'il a imaginés, et qui sont fon-
dés sur des actions lentes , il était parvenu à
former diverses substances dont on retrouve les
analogues dans la nature. Ainsi avec le noir de
fumée il a formé une espèce de diamant , avec
le maçbre et le fer limoneux du Berry il a imité
le feldspath ; avec d'autres substances il a obtenu
des concrétions opalines , le marbre saccharoïde
{Journ. de l'Institut, 1838,1850;.
M. de Latour inventa aussi une machine pour
étudier le vol des oiseaux. Dans une autre ma-
chine semblable, il parvint, par le battement de
huit paires d'ailes, à obtenir une force ascen-
sionnelle continue de 100 grammes {Journ. de
l'Institut, 1837, 1839). En poursuivant ses re-
cherches sur la formation du son dans les cor-
des vibrantes, M. de Latour fut conduit à es-
sayer de produire un son en faisant osciller
très-rapidement entre deux piliers métalliques
un petit marteau dur et très-léger, c'est-à-dire
formé d'un bout de tige de verre. Ce qu'il y a
de particulier dans le son obtenu, c'est que
le nombre de ces vibrations sonores ne ré-
pond qu'à la moitié du nombre synchrone des
oscillations simples du marteau , quoique l'ap-
pareil soit disposé de façon qu'à chaque mouve-
ment de va-et-vient de ce marteau il doive sq
produire deux coups ou bruits d'égale intensité
par l'effet des chocs alternatifs que le marteau
exerce sur les deux piliers. Quelque temps après,
M. de Latourdonna la théorie relative à la forma-
tion du son dans les cordes vibrantes, déduite de
nouvelles expériences sur son oscillateur acous-
tique. Enfin, il publia un mémoire sur la produc-
tion artificielle de sons graves analogues à ceux de
831
LATOUR.
la voix humaine. Ses expériences paraissent pro-
pres à fournir quelques données pour expliquer
comment nos organes vocaux fonctionnent lor-
qu'iis produisent des sons à la fois graves et in-
tenses (Comptes-rendus de VAcad., 1840). M. de
Latour avait tenté aussi les expériences sur le
charbon, dans l'espoir de le faire cristalliser et de
produire ainsi du diamant. Dans cette vue, il
dirigeait un courant d'oxygène à l'aide d'une
pompe à double effet de son invention sur du
menu charbon de chêne, auquel il avait ajouté
un peu de sable siliceux ; le tout était renfermé
dans un fourneau à réverbère couché. Il espérait
ainsi dissoudre du charbon par l'acide sihcique et
chasser ce dernier par la forte chaleur du four-
neau, aidée du courant gazeux. {Comptes rendus
de l'Acad., \ 847 ). 11 signala le premier l'endos-
mose gazeuse (avec l'hydrogène et l'air) à travers
des vessies en caoutchouc. Enfin, en 1851, M. de
Latour publia un travail sur un moulinet à bat-
tements démontrant des phénomènes nouveaux
d'acoustique. Jacob.
Doc. partie.
* LATOUR ( Jean-Baptiste Tenant de ) ,
bibliographie français , né en Périgord, en 1779,
fut élevé à Paris, servit, de 1814 à 1815, dans
les gardes du corps de Louis XVIIl, chef du
personnel de l'administration des postes , et
bibliothécaire du roi Louis-Pihhppe au palais
de Compiègne. Parmi ses travaux d'éditeur, on
remarque : Poésies de Malherbe, avec un
Commentaire d'André Chénier, découvert par
l'éditeur ; Paris, 1842 ; — les Œuvres de Cha-
pelle et de Bachaumont , avec une notice,
dans la bibliothèque elzevirienne de M. Jannet ;
Paris, 1854. — Une édition annotée des Œuvres
complètes de Racan, avec plusieurs pièces
inédites et des textes importants rétablis, même
collection ; Paris, 1857. On a aussi de lui : Let-
tres sur la Bibliographie, au nombre de six,
imprimées à un petit nombre d'exemplaires,
format in-12, tirées d'un ouvrage inédit, qui va
être publié prochainement. C. M.
Documents particuliers.
«LATOUR { Louis- Antoine Tenant de), fils
du*précédent, littérateur et poète français, né le
31 août 1808 àSaint-Yrieix, Élève de l'École Nor-
male, il fut successivement professeur aux collèges
de Bourbon et Henri IV ( aujourd'hui lycées Bo-
naparte et Napoléon). En 183211 quitta l'enseigne-
ment pour devenir précepteur du duc de Mont-
pensier. Nommé en 1843 secrétaire des comman-
dements du jeune prince, il l'accompagna, en
1846, dans son voyage en Orient, et, après la ré-
volution de février, le suivit en Espagne. On a
de lui : Traduction des Prisons de Silvio
Pellico; 1833, 1 vol. in-8° : a eu de nombreuses
éditions; on y a joint depuis 1840 la traduction
du discours de Pellico sur Les Devoirs des
Hommes; — Essai sur V Étude de l'Histoire
en France; 1835, in-8°; — Traduction des
Mémoires d'Alfieri; 1835, in-12;— Poésies
832
in-12. Ce volume se
la première, intitulée
complètes ; Pâtis 1841,
compose de deux parties
La Vie intime, et l'autre ayant pour titre : Loin
du foyer ; — Traduction du Théâtre et des Poé-
sies de Manzoni; 1842, in-12; trad. de la
Colonne infâme ,deMAmon\, 1 vol* in-12, 1843';
— Vmjage de S. A. R. Monseigneur le duc de
Montpensier en Orient, avec atlas, 1847, gr.
in-S" ; — Études sur l'Espagne ( Séville et l'An-
dalousie); 1855, 2 vol. in-12; — Lettres de
Silvio Pellico; 1857, un fort vol. in-8°, orné
du portrait de l'auteur italien, et précédé d'une
Introduction où M. de Latour raconte la vie
de Pellico depuis sa sortie du Spielberg; —
Don Miguel de Manara, sa vie, son discours
sur la vérité, son testament, saprofession de
foi; 1857, in-12; — La Baie de Cadix, nou-
velles études sur l'Espagne; 1857, 1 vol. in-12
— des articles dans le Journal des Débats, la
Revue de Paris , la Revue des Deux Mondes ,
Le Correspondant, etc. Enfin, il a publié en
espagnol, pour discours de réception à l'Aca-
démie des Belles-Lettres de Séville un travail
ayant pour objet les Imitations de Florian,
1 858. C. Mallet.
Documents particuliers.
LATOUR ( Jean-Raimond- Jacques -Amé-
dée), médecin français, né à Toulouse, le 12 juin
1805. Il fit de bonnes études, obtint, en 1822, le
prix d'honneur au collège de sa ville natale, et
fut reçu en 1834 docteur à la faculté de Paris.
Successivement rédacteur en chef du Journal
hebdomadaire de Médecine, 1836, de La
Presse Médicale, 1837, de la Gazette des Mé-
decins praticiens, 1839, il eut à soutenir, en
1840, un procès célèbre, intenté par M. Gendrin
à l'occasion d'un concours pour une chaire à la
faculté, dans le compte rendu duquel M. Latour
avait fait allusion à la conduite de M. Gendrin
à l'égard des blessés de l'insurrection des 5 et 6
juin 1832. Le corps médical de Paris fit une
souscription spontanée pour payer l'amende et
les dommages et intérêts auxquels M. Latour
avait été condamné. De 1841 à 1847, M. La-
tour rédigea pour la Gazette des Hôpitaux les
spirituels feuilletons signés du pseudonyme de
Jean-Raimond. En 1845 il provoqua le con-
grès médical, dont il fut élu secrétaire général;
et reçut l'année suivante la croix de la Légion
d'Honneur. En janvier 1847 il créa le journal
L' Union Médicale, dont il est rédacteur en chef.
Nommé en 1849 secrétaire du comité consul-
tatif d'hygiène publique près le ministère d'a-
griculture et du commerce, il a fondé ['Associa-
tion générale de prévoyance et de secours
miituels des médecins de France, association
approuvée par un décret impérial du 31 août
1858. Outre les travaux mentionnés, on a de
M. Latour : Cmrs de Pathologie interne (le-
çons de M. Andral); Paris, 1836, 3 vol. in-S»;
2* édition en 1847; -- Traitement préservatif
etcurçitifde la phthisie pulmonaire; in-8»;
833
— V Union Médicale, dont le rédacteur en
chef occupe le premier rang dans la presse mé-
dicale contemporaine, ajoué un grand rôle dans la
condamnation récente des homéopathes, dont
tous les journaux ont retenti. X.
Documents particuliers.
JLATOCR de Saint-Ybars (Isidore), au-
teur dramatique français , né à Saint-Ybars
(Ariége), vers 1809. Il fit ses études à Toulouse,
suivit les cours de droit de la faculté de cette
ville, et s'y fit recevoir avocat. Il débuta dans
les journaux littéraires du midi, concourut aux
Jeux Floraux, et vint à Paris en 1836, après avoir
fait jouer avec succès sa première pièce à Tou-
louse. En 1857 il se porta candidat de l'oppo-
sition aux élections du corps législatif dans le
département de l'Ariége; mais il échoua. On a
de lui : Sur la Loi contre les Associations ;
Paris, 1834, in-S"; — Le comte de Goiorie,
drame en trois actes et en prose, représenté au
théâtre de Toulouse en 1836; Toulouse, 1836,
in-8° ; — Chants du Néophyte, poésies catho-
liques; Toulouse , 1837, in-8° ; — FaWm, tra-
gédie en cinq actes, représentée au Théâtre-Fran-
çais, en 1841 ; Paris, 1841, in-8°; — Le Tribun
de Palerme, drame en cinq actes et en prose,
représenté à VOdéon, en 1842; Paris, 1842,
in-8° ; — Virginie, tragédie en cinq actes, re-
présentée au Théâtre-Français parM"^Rachel, en
1845; Paris, 1845, in-8°; — Le Viexix de la
Montagne, tragédie en cinq actes, représentée
au Théâtre-Français, en 1847 ; Paris, 1847, in-8° ;
— Le Syrien, drame en vers, représenté à l'O-
déon en 1847 ; — Les Routiers, drame en cinq
actes et en vers, représenté à la Porte-Saint-
Martin, en 1851; Paris, 1851 , in-S"; —Rose-
monde, tragédie en un acte et en vers, repré-
sentée au Théâtre-Français, en 1854 ; Paris, 1854,
in-12; — Le Droit Chemin, comédie en cinq
actes et envers, représentée à l'Odéon, en 1859;
Paris, 1859. J. V.
Vaperean, Dict univ. des Confemp. — Bourquelot el
Maury, La Littér. Franc, contemp.
LATOUR D'AUVERGNE { Théopkile-Malo
CoRRET DE ), général français, surnommé le
premier grenadier de France, né à Carhaix,
le 23 novembre 1743, tué à Oberhausen, près de
Neubourg en Bavière, le 27 juin 1800. Descen-
dant d'une branche bâtarde de la famille de
Bouillon, à laquelle appartenait le maréchal de
Turenne, il fit ses études au collège de Quim-
per, et s'y distingua par son goût pour les lan-
gues anciennes et modernes. Du collège il passa
à l'école militaire. En 1767 il fut admis dans les
mousquetaires noirs, et devint la même année
sous-lieutenant au légiment d'Angoumois infan-
terie. En 1781, profitant d'un congé qui lui avait
été accordé, il se rendit en Espagne, et assista au
siège de Mahon, défendu par les Anglais. Admis
comme volontaire dans l'armée espagnole , com-
mandée par le duc de Grillon, il incendia une
frégate anglaise et plusieurs bateaux remplis de
NOUV. BIOGR. CÉNÉK. — T. XXFX.
LATOUR 834
munitions, sous le feu même de la place. Il se fit
encore remarquer en allant chercher sur les
glacis et à travers les balles un de ses amis qui
était tombé blessé. De retour en France, Latour
d'Auvergne rejoignit son régiment, et se mit à
étudier avec Le Brigant les rapports qui peuvent
lier aux langues mortes et vivantes de l'Europe la
langue celtique, conservée dans quelques parties
de la basse Bretagne et de l'Angleterre. Quand la
révolution éclata, loin d'émigrer, Latour d'Auver-
gne en adopta les principes, et resta fidèle au dra-
peau national ; capitaine avant 1789, il refusa tout
avancement. En 1792, se trouvant à l'armée des
Alpes commandée par Montesquiou, il contribua
puissamment aux premières victoires des Français
sur les Sardes, et il entra le premier dans Cham-
béry, l'épée à la main , à la tête de sa compagnie.
L'année suivante, il fut envoyé avec son régi-
ment à l'armée des Pyrénées occidentales. Le
général Servan, qui en était le chef, imagina de
réunir toutes les compagnies de grenadiers de
l'armée pour en former un corps de huit mille
hommes, dont le plus ancien capitaine devait
prendre le commandement. C'est ainsi que, sans
quitter l'uniforme de grenadier et le titre de
capitaine, Latour d'Auvergne se trouva à la tête
de cette division d'avant-garde qui devint bien-
tôt la terreur de l'ennemi sous le nom de co-
lonne infernale. Presque toujours elle avait dé-
cidé la victoire lorsque le corps d'armée arrivait
sur le champ de bataille. Ce n'est pas seulement
comme vaillant soldat que Latour d'Auvergne se
distingua dans cette campagne, il était appelé dans
les conseils de guerre, et les plans qu'il mit à exé-
cution avec tant de succès avaient été présentés
par lui et acceptés à l'unanimité. Les passages
réputés impraticables furent franchis au milieu
de riiiver; les rochers garnis de redoutes et
qui passaient pour inaccessibles furent enlevés.
Avec une seule compagnie et n'ayant pour toute
artillerie qu'une pièce de huit, i! enleva la nuit
la redoutable forteresse de Saint-Sébastien. La
rapidité de ses mouvements et l'impétuosité de
ses troupes devinrent irrésistibles. Enfin, après
avoir battu les Espagnols , percé leur ligne de
défense, enlevé plusieurs de leurs magasins et
fait neuf mille prisonniers, il eut la satisfaction
devoir la paix acceptée par le roi d'Espagne.
Pendant qu'il combattait ainsi, « ayant le don,
suivant l'expression de ses grenadiers, de charmer
les balles, « on voulut le destituer comme no-
ble ; les réclamations de ses soldats firent flé-
chir la loi. Le délégué d'un représentant du peu-
ple sommait Latour d'Auvergne de venir rendre
hommage à l'envoyé de la Convention : « Dis à
ton maître, répondit Latour d'Auvergne, que je
ne fais la cour à personne , que je ne connais
d'autre devoir que celui de combattre et de
vaincre l'ennemi; dis-lui, s'il est tout-puissant
comme tu l'annonces , de mettre l'Espagnol en
fuite. «Une autrefois un représentant du peuple
luivantait son crédit et lui offrait sa protection :
27
835 LATOER
« Vous êtes donc bien puissant? » lui dit Latour
d'Auvergne, qui était dans le plus grand dénû-
ment. — Sans doute. — Eh bien, demandez
pour moi... — Un bataillon, un régiment? —
Non, une paire de souliers. » Un jour les Espa-
gnols affectaient d'étaler des vivres en abon-
dance aux yeux des Français, dont ils étaient sé-
parés par une rivière : « Qui veut dîner me
suive! « s'écria Latour d'Auvergne en se jetant
à la nage ; et la nourriture préparée pour les
Espagnols servit aux Français. Latour d'Au-
vergne partageait l'ordinaire des soldats , leurs
abris, et marchait à pied comme eux. Après la
signature du traité de Bâle, en 1795, Latour
d'Auvergne obtint un congé pour rétablir sa
santé, délabrée : il s'embarqua à Bordeaux sur
un transport faisant voile pour Brest; mais ce
bâtiment fut enlevé par un corsaire anglais, et
Latour d'Auvergne conduit prisonnier dans le
comté de Cornouailles. 11 y reprit le cours de
ses études. Un jour, des soldats anglais ayant
menacé de dépouiller les prisonniers français de
leur cocarde, Latour d'Auvergne enfila la sienne
à son épée jusqu'à la garde, et, se mettant en dé-
fense, déclara qu'il périrait plutôt que de souf-
frir une telle profanation des couleurs natio-
nales : les cocardes furent conservées. Enfin un
échange de prisonniers qui eut lieu en 1797 lui
permit de rentrer en France. C'était au temps
du Directoire; Latour d'Auvergne fut mis à la
réforme, avec une pension de 800 francs. Quel-
que temps après, le gouvernement lui offrit le
grade et la retraite de général de brigade ; mais
il refusa, quoique sa fortune ne se composât,
outre sa pension , que d'un revenu patrimonial
de 1,600 francs. « Doué d'une générosité peu
commune , dit M. Charnier, et n'écoutant que
son humanité, il diminua de plus de moitié
son petit revenu par des aumônes et principale-
ment en constituant une rente viagère de
600 francs en faveur d'une mère de famille
tombée subitement d'une position brillante dans
ia plus grande indigence. Il réduisit ainsi ses
ressources presque à sa seule pension. La grande
simplicité de son genre de vie lui permettait de
satisfaire ses goûts charitables avec le superflu
qu'il se créait par ses privations. Jamais homme
n'a vécu plus sobrement que Latour d'Auver-
gne : du laitage et des mets grossiers compo-
sèrent en lout temps sa nourriture. « 11 s'était
établi à Passy, où il vivait heureux. C'est dans
ce temps de repos qu'il fit paraître les Origines
gauloises, et qu'il entreprit un glossaire poly-
glotte, dans lequel il comparait les mots de qua-
rante-deux langues ou idiomes Sa pension lui
était payée en assignats; un joiiril demanda à être
payé en numéraire : 1,200 francs lui furent of-
ferts par le ministre de la guerre; il n'en prit que
120. Leduc de liouillon, qui avait, parle crédit
de Latour d'Auvergne, obtenu la restitution de
ses biens, voulut lui donner une terre à Bcau-
mont-sur-Eure, laquelle rapportait 10,000 francs
8r,R
de rente; Latour d'Auvergne n'accepta pas. En
apprenant que la conscription eùlevalt à Le B ri-
gant le dernier de ses vingt-deux enfants, jeune
homme d'une complexion délicate et l'unique
soutien de son vieux père, Latour d'Auvergne
vint à Paris, obtint de remplacer le fils de son
ami, et rejoignit son régiment, à la tête duquel
il entra le premier dans Zurich. Après une cam-
pagne de deux années, il revint à son modeste
asile de Passy, remerciant Le Brigarit de lui
avoir donné l'occasion de faire en Suisse la dé-
couverte d'inscriptions et de médailles antiques.
Sur le rapport de Carnot , le premier consul ac-
corda un sabre d'honneur à Latour d'Auvergne,
et le nomma premier grenadier de la répu-
blique. Cette récompense était peu du goût de
Latour d'Auvergne. Il repoussa l'honneur qu'on
voulait lui faire en disant au généra! Bonaparte :
« Parmi nous autres soldats il n'y a ni pi'emier
ni dernier ; ■» et il demanda de rejoindre ses
compagnons d'armes non comme le premier,
mais comme le plus ancien grenadier de la ré-
publique. Latour d'Auvergne partit en effet pour
l'armée du Rhin, commandée par Moreau. La
guerre venait d'éclater en Allemagne. Six jours
après son arrivée, Latour d'Auvergne tomba
percé au cœur d'un coup de lance par un hulan
autrichien. Ses dernières paroles furent celles-
ci : « Je meurs satisfait, je désirais terminer
ainsi ma vie. » Il fut enterré avec son colonel
et vingt-sept officiers de son régiment au lieu
même où il avait été frappé. Un grenadier le
plaça (1 comme il était de son vivant , faisant
toujours face à l'ennemi ». L'armée entière porta
son deuil pendant trois jours; chaque soldat
consacra une journée de paye à l'achat d'une
urne d'argent pour y renfermer le cœur de Latour
d'Auvergne; son sabre d'honneur fut placée
l'église des Invalides, et son nom resta inscrit
en tète des registres de la 46'' demi -brigade.
Tous les jours, à l'appel du nom de Latour
d'Auvergne, le plus ancien sergent, auquel avait
été confié son cœur, répondait : « Mort au
champ d'honneur! « Cet hommage ne cessa de
lui être rendu qu'en 1814 (1). Au lieu même où
le premier grenadier de France reçut le coup
mortel , Moreau fit ériger un mausolée fort
simple, qu'il plaça sous la sauvegarde des braves
de tous les pays. Le rOi de Bavière a fait res-
taurer ce tombeau vers 1837. Un autre monu-
mentaété consacré en 1841 à Latour d'Auverghè
dans son pays natal.
On a de lui : Nouvelles Recherches sur là
Langue, l'origine et les antiquilés des Bre-
tons, pour servir à V histoire de ce peuple.
(1) I.'urne contenant le cœur du premier grenadier de
France tut d'abord placée au Panthéon. Louis XVIII
voulut la faire remettre au général de l,atour d'.'Vu-
vergne Lauragais. La famille Kersausie (î'oy. ce, nom J
réclama, et un long procès s'ensuivit. Enfin la cour
royale décida, en février 1837, qu'elle serait rendue à la
famille Kersausie; mais il paraît que l'urne ne se re-
trouva plus.
837
LATOUR
838
avec un glossaire breton polyglotte ; Bayonne,
1792, in-12; 2^ édition, 1795, in-8°; 3^ édition,
sous ce titre : Origines gauloises, celles des
plus anciens peuples de l'Europe, puisées
dans leur vraie source, ou recherches sur
la langue, Vorigine et les antiquités des
Celto-Bretons de V Armorique, pour servir à
l'histoire ancienne et moderne de ce peuple
et à celle des Français; Hambourg, 1802,
in-8°. La première édition contient un Précis
historique sur la ville de Keraes ( Carhaix),
dont il attribue la fondation au général romain
Aétius , vers l'an 436. Cette notice avait déjà
paru dans le Dictionnaire de la Bretagne, par
Ogée. Dans ses Origines gauloises , Latour
d'Auvergne cherche à prouver que les Gaulois
ont été connus sous le nom de Celtes, de Scy-
thes et de Celto- Scythes; que leur langue
s'est conservée dans la Bretagne Armorique,
qu'on en retrouve les traces dans les langues
des divers peuples de l'Europe et de l'Asie au
milieu desquels les Celtes ou Gaulois formèrent
des établissements ; enfin, que c'est aux Celtes
ou Gaulois que les Grecs et les Romains ont em-
prunté leur culte et la plupart de leurs usages.
La seconde partie contient un glossaire poly-
glotte, ou tableau comparatif de la descendance
des langues des Celtes ou Bretons. Latour d'Au-
vergne a laissé en manuscrit un Glossaire po-
lyglotte très-ample dans lequel il compare le
breton avec les autres langues anciennes et mo-
dernes et un Dictionnaire Breton-Gallois-Fran-
çais. L. L — T.
Mangourit, Éloge historique en tête des Origines gau-
loises. — Butiiit de Kersers , Histoire de La Tour
d'Auvergne. — Capitaine Charnier, Notice sur La Tour
d'Auvergne. — Priou, dans VEncycl. des Gens du Monde.
— Dict. de la Convers. — Quérard , La France Litté-
raire. — C. MuUiê, Biogr. des Célébrités militaires.
LATOUR D'AUVERGNE LAURAGAIS ( HU-
gues-Robert-Jean-Charles de), prélat français,
né au château d'Auzoville, près Toulouse, le
14 août 1768, mort le 20 juillet 1851, à Arras.
Confié d'abord aux soins d'un chanoine de Cas-
tres, son oncle paternel, il vint ensuite à Paris,
où il entra au séminaire de Saint-Sulpice et fit son
cours de théologie sous Émery. En 1792 et 1793
il fut ordonné secrètement sous-diacre, diacre et
prêtre par l'évêque de Limoges, d'Argentré. Il
refusa le serment à la constitution civile du clergé,
et se retira en Picardie, chez sa tante, la com-
tesse deVergy, et y exerça son ministère en ca-
chette à Amiens. Dénoncé, il fut arrêté et
jeté en prison. Un fournisseur de l'armée répu-
blicaine le sauva en l'attachant à ses bureaux.
Le 9 mai 1802 le premier consul nomma La-
tour d'Auvergne à l'évêché d'Arras. Le jeune
évêque eut à reconstituer son diocèse, à l'or-
ganiser, à y fonder toutes sortes d'institutions.
11 manifestait dans toutes les occasions son ad-
miration pour le chef de l'État, qui avait rendu
la paix à l'Église et porté au loin la gloire de
ses opinions, et le 8 avril il envdya son adhésion
à l'acte de déchéance de l'empereur. La restau-
ration lui offrit l'archevêché de Reims, qu'il re-
fusa. Le gouvernement de Juillet lui offrit à son
tour les plus importants archevêchés; Latout
d'Auvergne voulut rester à son siège, mais il
accepta la pourpre romaine, le 14 décembre
1840. On a de lui Un catéchisme à l'usage de Son
diocèse , des mandements , des sermons pronon-
cés dans de grandes solennités , etc.
Son neveu, le prince Charles de Latour
d'Auvergne Lauragais, vicaire général du dio-
cèse d'Arras, a été nommé en 1855 auditeur de
rote en la cour de Rome , à la place de M. l'abbé
de Ségur. J. V.
Biogr. du Clergé contemp., par un solitaire, 3« livr. —
Sarrut et Saint-Edme , Biogr. des Hommes du Jour,
tome VI, 1" partie, p. 170. — Arnault, Jay, Jouy et NOr-
vins, Biogr. nouv. des Contemp.
LATOUR D'AUVERGNE ( Maîirice-Édouard-
Godefroy, comte de), écrivain militaire français,
né à Londres pendant l'émigration, en 1796, mort
à Paris, le 29 août 1832. Au retour de la terre
d'exil , il fut, ainsi que son frère, élevé à l'école
militaire de Saint-Cyr, par exception aux règle-
ments qui n'ouvraient cette institution qu'aux
fils des guerriers morts au champ d'honneur,
exception motivée ainsi par Napoléon : « Les
petits neveux du grand Turenne sont les soldats
nés de la patrie. » A son retour de la campagne
de Russie, l'empereur vit un jour, en sortant de
l'Elysée, un jeune homme qui saisit la bride de
son cheval en s'écriant : « Sire, une sous-licute-
nance! — Quel âge as-tu? lui dit l'empereur.
— Seize ans. — Comment t'appelles-tu ? — Go-
defroy de Latour d'Auvergne. — Accordé ; voilà
les jeunes gens qu'il me faut », reprit Napoléon,
en s'adressant à Savary. Le brevet était expédié
le soir. A Ulm la mort de ses supérieurs valut à
Latour d'Auvergne le commandement de sa cona-
pagnie; il y joignit bientôt celui d'une autre
compagnie qui avait également perdu ses officiers,
et pendant toute la campagne il garda ce double
commandement. Sous la restauration il fut admis
au corps d'état-major, devint aide de camp deLa-
tour-Maubourg , ministre delà guerre, fit la
guerre en Espagne comme aide de camp du gé-
néral Donnadieu, en 1823, et se distingua dans
diverses affaires. Rapporteur d'un conseil de
guerre chargé de juger les Français pris les armes
à la main dans l'armée espagnole, il obtint leur
acquittement en lisant au tribunal un discours
prononcé à la Constituante contre la peine de
mort. Le réquisitoire du jeune commissaire se
terminait ainsi : « Les paroles que vous venez
d'entendre sont de Robespierre; condamnerez-
vous quand Robespierre absout ? Un ministre
ayant voulu lui enlever le nom de Latour d'Au-
vergne, qui lui était contesté , le jeune capitaine
répondit par une sommation judiciaire ; le mi-
nistre le destitua. Maître de son temps , le comte
de Latour d'Auvergne se mit à écrire des ou-
la France. Les événements de 1814 modifièrent vrages sur l'art mililaire, s'occupa des pauvres,
27.
889
LATOUR
?40
et prit la direction d'un hôpital à l'époque de
l'invasion du clioléra. Une attaque de l'épidémie
l'emporta, jeune encore. On a de lui : Considé-
rations morales et politiques sur VArt mili-
taire; Paris, 1830, in-S"; — De l'impossibilité
de faire une guerre sérieuse par trois motijs :
armée incomplète; point de discipline; di-
sette de généraux convenable?,; Paris, 1831,
in-8°; — Mémoire sur Vorganisation mili-
taire; Paris, 1831, in-8°. J. V.
Le Biogr. et le Nécrol, réunis, tome T, p. Î19.
LA TOCR DU PIN-GOUVERNET ( ffeW^DE ),
capitaine français, né en 1543, à Gonvernet,
mort en 1619. Élevé dans la religion protes-
tante, il combattit avec les huguenots à la bataille
de Moncontorir, devint en 1574 lieutenant de
Montbrun, qui opérait dans le Dauphiné,et s'em-
para de plusieurs petites places. En 1579 Les-
diguières l'envoya dans le marquisat de Saluées,
au secours de Bellegarde, qu'il aida à faire la
conquête du pays. Nommé en 1580 commandant
des troupes protestantes dans la Provence, il
remporta quelques avantages sur les ligueurs,
força le château de Die à capituler (1585) ainsi
que Quincieux, Mérindol et Guillestre (1587), et
battit au Monestier de Clermont un corps de
catholiques commandé par Gordes , qui fut tué.
Après avoir signé, au nom de Lesdiguières , le
traité d'alliance conclu av<»cLa Valette (1588), il
opéra à diverses reprises en Provence , fit des
courses jusqu'aux portes de Lyon, et se signala
dans le Languedoc, à la défaite de Joyeuse.
Élevé, en 1591, au grade de maréchal de camp,
il fit en 1597 sa dernière campagne en Savoie. En
récompense de ses nombreux services, Henri IV,
qui l'avait choisi déjà pour chambellan , le
nomma membre du conseil d'État et du conseil
privé , sénéchal du Valentinois , commandant du
bas Dauphiné, et gouverneur de plusieurs villes.
Plus tard Marie de Médicis lui accorda une pen-
sion de 10,000 livres (1611) et Louis XIII éri-
gea sa terre de La Charce en marquisat. Il était
déjà baron d'Aix et autres lieux. De ses enfants
sortirent les branches de La Charce , de Montau-
ban et de Chambaud. P. L — y.
Courcelles, Cici des Généraux français. — Eug. et
Km. Haag, La France Protestante, t. VI.
LA TOiTR DU Piw-GOUVERJVET ( Jean-
Frédéric DE ), comte DE Paulin, général et mi-
nistre français, né le 22 mars 1727, à Grenoble,
mort le 28 avril 1 794, à Paris. Après avoir servi
en Westphalie , en Bohême et sur le Rhin comme
lieutenant de cavalerie, il obtint une compagnie,
et se distingua en F-landre sous les ordres du
maréchal de Saxe. Nommé colonel dans les gre-
nadiers de France (1749), il prit part à la guerre
de Sept Ans, et devint successivement Heutenant
général et commandant des provinces de Poitou
et de Saintonge ; il conserva ce dernier emploi
jusqu'à l'époque de la révolution. Élu par la no-
blesse de Saintes député aux états généraux , il
se montra tout d'abord favorable aux idées nou-
velles, el se rangea, avec la minorité de son or-
dre, du côté du tiers état, lorsque ce dernier
constitua l'Assemblée nationale. Il fut appelé, le
4 août 1789, au ministère de la guerre, ets'efforça,
par ses discours et ses propositions, de réorga-
niser l'armée, dans laquelle se produisaient des
désordres trop fréquents. Les mesures répressives
qu'il parvint à faire adopter contre les régiments
insurgés à Nancy furent le prétexte des accusa-
tions de tous genres lancées contre loi. Le 10 no-
vembre 1790, il fut compris dans la dénoncia-
tion générale des ministres formulée par les sec-
tions de Paris, et donna , peu de jours après , sa
démission. Il vécut dans la retraite, à Auteuil,
jusqu'au 31 août 1793, jour où il fut incarcéré.
Il parut comme témoin dans le procès de la
reine, sur le compte de laquelle il s'exprima avec
beaucoup de noblesse et de courage. Traduit à
son tour devant le tribunal révolutionnaire, il
fut condamné et exécuté dans la même journée,
ainsi que le marquis de La Tour du Pin, son
frère aîné , lieutenant-général et membre des as-
semblées des notables. P. L — y.
Arnault, Jouy et Norvins. Biog. nouv. des Contemp.
— Le Bas , Dict. hist. de la France.
LA TOUR DU PIN-MONTAUBAN {Hector
de), général français, né à la fin du seizième
siècle. 11 était fils puîné de René de La Tour du
Pin-Gouvernet ( voy. ci-dessus). Les protestants
du Dauphiné le reconnaissaient pour chef au
commencement du dix-septième siècle, et firent
sous ses ordres une longue défense dans les
places de Mérouillon et de Soyans. En 1626 il
se soumit à Lesdiguières, et reçut du roi Louis XIII
le brevet de maréchal-de-camp ainsi qu'une
somme de cent mille livres et le gouvernement
de Montélimart , qui resta dans cette branche de
sa famille jusqu'à la révolution. P. L — y.
Moréri, Dict. Hist.
LA TOUR DU PIN-MONTAUBAN {René,
marquis de ), général français , fils aîné du pré-
cédent, né vers 1620, en Dauphiné, mort le
19 juillet 1687, à Besançon. Dans sa jeunesse il
abjura le protestantisme, et dut à ses avantages
extérieurs de faire bonne figure à la cour. Mis à
la tête d'une compagnie de cavalerie par le car-
dinal de Richelieu , il se battit en Catalogne, en
Italie et en Allemagne, et leva en 1650 un régi-
ment qui prit son nom et rendit des services en
Espagne. En 1664 il fut envoyé, avec le comte
de Coligny, au secours de l'empereur, et se dis-
tingua au passage du Raab. Nommé brigadier,
il contribua en cette qualité à la conquête de
la Franche-Comté et de la Hollande, devint ma-
réchal de carap (1674), et fut blessé au combat
de Senef. Après avoir été fait prisonnier à la
journée de Mulhausen, dont il avait décidé le suc-
cès, de l'aveu deTurenne, il prit part, avec ce
dernier, à la belle campagne de 1675, concourut à
la victoire d'Altenheim, que remporta le maré-
chal de Lorges, et fut élevé en 1077 au rang
de lieutenant général. 11 combattit encore en Si-
841 LATOUR
cile, où il fut gouverneur de Messine , et passa
à l'armée du Roussillon. Ses longs services ob-
tinrent pour récompense dernière le gouverne-
ment de la Franche-Comté. P. L— y.
Chorier, Hist. gén. du Dauphiné.
LA TOUR DC PIN DE LA CHARGE { Jac-
ques- François- René de ) , prédicateur français,
né le 14 novembre 1720, à Ypres,mort le 26 juin
1765, à Paris. Il appartenait à la même famille
que les précédents, et fut d'abord abbé d'Am-
bournay, grand-vicaire de Riez et chanoine de
Tournay. Après avoir prononcé le panégyrique
de saint Louis devant l'Académie Française, il fut
chargé, en 1755, de prêcher l'A vent à la cour.
« Son action, dit Feller, était noble et affec-
tueuse , son style ne manque ni d'élégance ni de
brillant ; mais ces qualités se font peut-être trop
sentir. Il emploie trop souvent l'antithèse. Ses
applications de l'Écriture sont ingénieuses, mais
elles ne sont pas toujours justes ». Il mourut à
l'abbaye de Saint-Victor. On a de lui : Sermons;
Paris, 1764-1776, 6 vol. in-12 : recueil qui, malgré
son titre , ne contient guère que des panégy-
riqueSi K.
Feller, Dict. Histor. — Quérard, France Littéraire.
LATOUR - MAUBOCRG , famille française ,
qui tire son origine des seigneurs de Fay,
une des plus anciennes maisons du Languedoc,
ainsi nommée de la terre de Fay, dans le haut
Vivarais. Sa généalogie remonte jusqu'à l'an 1000.
Une héritière du nom de Maubourg apporta dans
la branche aînée de la maison de Fay la terre de
Maubourg avec celle de Latour en Vêlai.
Les principaux membres de cette famille sont :
LATorR-MAUBOURG(7eaH DE Fay, baron
DE ), seigneur de Saint-Quentin, sénéchal et gou-
verneur de Vêlai au seizième siècle , maréchal
général des logis de la cavalerie de France en
deçà des Alpes sous le règne de Charles IX. En
1562 il se joignit, avec deux autres seigneurs,
à la noblesse du Vêlai, et obligea l'armée du baron
des Adrets à abandonner les faubourgs du Puy,
qu'elle avait saccagés. J. V.
V. Anselme, Hist. chron. et généal. de la Maison
royale, des Pairs, Grands-offlciers, etc. — Dom Vais-
selle,/?Jit. du JMnguedoc.
LATOCR - .MAUBOURG ( Jean-Hcctor DE
Fay de ), chevalier de Malte , tué devant Coron
en Morée, en 1685. Commandeur de Chambéry,
il se distingua au siège de Candie, et reçut le
commandement des troupes de l'ordre de Malte
chargées d'opérer conjointement avec les troupes
du pape et de la république de Venise. Les trois
flottes se réunirent à Messine. Morosini , géné-
ralissime de la république vénitienne, attaqua
Coron, et s'en rendit maître , malgré la vive ré-
sistance des assiégés. Les chevaliers se distin-
guèrent par des efforts prodigieux de valeur; le
commandeur de Latour périt en enlevant aux
Turcs un fort qu'ils avaient repris sur les Véni-
tiens. J. V.
Vertot, Hist. des Chevaliers de Saint-Jean de Jérusa-
lem, livre XIV.
842
LATOUR - MAUBOURG ( JeaU-Hector DE
Fay, marquis de ), maréchal de France , né vers
1684, mort à Paris, le 15 mai 1764. Il fit sa
première campagne à l'armée de Flandre en
1701, et passa ensuite à Farmée de Savoie. Il
empêcha le blocus deBriançon, et repoussa l'en-
nemi au delà du mont Genèvre, après avoir
franchi un défilé jusque alors inexploré. En 1715
il contribua à la soumission de Majorque. Chargé
d'un commandement sur le Rhin, en 1743, il fut
grièvement blessé à la bataille deRaucoux, et se
trouva à celle de Laufeld et au siège de Maës-
tricht. Il obtint le bâton de maréchal en 1757,
et mourut sept ans après, sans laisser de posté-
rité. J. V.
De Courcelles, Dict. biogr. des Généraux français. —
Pinard, Chronol. militaire, tome III, p. 397.
LATOUR-MAUBOURG ( Marie-Charles-Cé-
sar Fay, comte de), général français, né le 22
mai 1758, mort le 28 mai 1831. Colonel du régi-
ment de Soissonnais à l'époque de la révolution,
il fut député aux états généraux par la noblesse
du Puy en Velay,quilui donna la préférence sur
le duc de PoHgnac. Il se réunit un des premiers
au tiers état , et renonça aux privilèges de la ba-
ronnie qu'il possédait dans le Languedoc. A l'épo-
que des troubles d'Avignon, il vota pour la réu-
nion du comtat à la t^rance. En 1791 il fut un
des commissaires chargés de ramener le roi à
Paris lors de son arrestation à Varennes. Latour-
Maubourg accompagna, en qualité de maréchal
de camp , le général La Fayette à l'armée du
centre, où il eut le commandement de la réserve
des grenadiers et des chasseurs, et celui de
l'avant-garde après la mort du général Gouvion.
Ayant participé à la résistance du général La
Fayette contre les suites de la journée du 10 août,
il quitta la France avec lui, et partagea sa longue
captivité. Mis en liberté en 1797, Latour-Mau-
bourg, au nom de ses collègues, adressa au géné-
ral Bonaparte une lettre dans laquelle il l'assurait
que durant leur captivité ils avaient été consolés
par la pensée que leur liberté était attachée au
triomphe de la république et à la gloire person-
nelle du général. Après l'extradition définitive, il
attendit près de Hambourg, dans une paisible re-
traite, qu'il lui fût possible de rentrer en France.
Rappelé par Bonaparte après le 18 brumaire,
Latour-Maubourg fut élu, en 1801, membre du
corps législatif et, en 1806, membre du sénat
conservateur. On lui confia aussi le commande-
ment militaire de la division de Cherbourg, où il
s'occupa utilement des travaux du port. Il
commandait à Caen en qualité de commissaire
du gouvernement lorsque la déchéance de l'em-
pereur fut prononcée. Il envoya son adhésion. Ne
recevant ensuite aucun ordre, il cessa ses fonc-
tions; mais le comte d'Artois l'envoya à Mont-
pellier pour disposer les esprits en faveur du ré-
tablissement de la dynastie des Bourbons. Créé
pair par Louis XVIII, il défendit avec énergie
les principes constitutionnels pendant la session
843
LATOUR
de 1814. An retour de Napoléon, il accepta la
pairie dans la nouvelle chambre. Lorsqu'on eut
reçu la nouvelle du désastre de "Waterloo, il dé-
fendit la liberté individuelle contre les commis-
sions de haute police, et attaqua avec force le
projet de loi relatif aux mesures de sûreté géné-
rale ; son acceptation de la pairie durant les cent
jours le fit exclure de l'ancienne chambre des
pairs an retour de Louis XVIIL Cependant une
ordonnance du 5 mars 18t9 lui rendit la dignité
de pair. J. V.
Lardier, Hist. binqr. de la Chambre des Pairs. — Ar-
naalt, Jay, Joiiy et Norvins, Biogr. nouv. des Contemp.
LATOCR-MACBOCBG {Marie- Victor de Fay,
marquis de), générai et homme politique français,
frère du précédent, né le 1 1 février 1766, mort en
novembre 1850. Capitaine de cavalerie à l'époque
de la révolution, il entra en 1789 dans les gardes
du corps avec le grade de sous-lieutenant. Dans la
nuit du 6 au 7 octobre, il veillait sur les jours de
la reine. Il fut un des trois officiers qui reçurent
Marie-Antoinette au moment de sa fuite et qui
la conduisirent auprès du roi. Colonel d'un ré-
giment de chasseurs à cheval, il lit la campagne
de 1792 dans l'avant-garde de l'armée com-
mandée par La Fayette, prit part aux affaires de
Philippeville, de Griswel, près de Maubeuge,
et sortit de France avec son général et son frère.
Il tomba comme eux Mitre les mains des Autii-
chiens; mais il fut mis en liberté un mois après
son arrestation. Il passa alors en pays neutre,
et ne quitta sa retraite pour se présenter au quar-
tier général de Bonaparte qu'au moment où l'on
négociait la délivrance des prisonniers d'Olmtitz.
Aide de camp du général Kleber dans l'expédi-
tion d'Egypte , il reçut ensuite le commandement
du 1T régiment de chasseurs à cheval , à la tête
duquel il fut grièvement blessé en défendant la
place d'Alexandrie contre les Anglais. A Austerlitz,
l'empereur le nomma général de brigade. Il fit
les campagnes de Prusse et de Pologne, fut
blessé à Deypen, et obtint le grade de général de
division. Il fut atteint de nouvelles blessures à
Friedland. En 1808 il commanda en Espagne la
cavalerie de l'armée du midi , fit des prodiges
de valeur à Cuença, au siège de Badajo?, , etc.,
et gagna par sa modération et son intégrité la
confiance même des Espagnols. En 1812 il passa
à la grande armée du Nord, et se distingua à la
bataille de Mojaïsk. A la bataille de la Moskowa
il eut la tête fendue d'un coup de sabre en me-
nant les cuirassiers à. l'assaut de la grande re-
doute de Borodino. A Smolensk, lors de la re-
traite de Moscou , il ne se trouvait plus que dix
huit cents cavaliers montés; Napoléon en donna
le commandement à Làtour-Maubourg. A Leipzig
il eut une jambe emportée. Apercevant son
domestique qui pleurait, il le consola par ces
paroles : « De quoi te plains-tu? tu n'auras plus
qu'une botte à cirer. » Napoléon l'avait créé
comte de l'empire. En 1814 Latour-Maubourg
tlojtitjt» Rijn adhésion k U déchéance de l'empe-
reur. Appelé par le comte d'Artois dans le sein
d'une commission chargée de l'organisation de
l'armée , il fut nommé par Louis XVIIl membre
de la chambre des pairs, le 4 juin 1814. Pendant
les Cent Jours il se tint à l'écart. En 1817 le roi
le créa marquis. Latour-Maubourg était ambassa-
deur à la cour d'Angleterre, lorsqu'il fut chargé du
portefeuillede la guerre, le 19novembre 1819. Il
resta à la têtedece ministère jusqu'au 14 décembre
1821. Sous son administration, des troubles gra-
ves eurent lieu à Paris, au mois de juin 1820, et
furent réprimés d'une manière sanglante. Le
vote de la loi sur les élections par deux sortes
de collèges avait excité la population ; les dépu-
tés étaient salués des cris de Vive le roi! d'un
côté, de Vive la charte! de l'autre. Des rixes
s'ensuivirent. On fitvenir des régiments de garde
royale à Paris; un jeune homme fut tué sur la
place du Carrousel. Quelques jours après , des
cuirassiers sabrèrent des groupes dans ta rue
Saint- Denis, et tuèrent plusieurs personnes.
L'ordre fut rétabli. Les députés de l'opposition
réclamèrent à la tribune. La loi n'en fut pas
moins adoptée. Nommé gouverneur des Invalides
en 1822, il donna sa démission après la révolu-
tion de Juillet, et quitta la chambre des pairs. 11
se retira d'abord dans ses propriétés près de
Melun, puis il rejoignit les Bourbons de la bran-
che aînée dans l'exil. En 1835 il avait été nommé
gouverneur du duc de Bordeaux. L. L— t.
Lardier, Hist. biogr. de la Chambre des Pairs — Ar-
naiilt, Jay, Jouy et Norvins, Biographie nouv. des Con-
temp. — Chateaubriand, !Uém. d'Outre Tombe,
LATOUR-MAUBOURG [Charles de Fav,
comte de), général français, frère des précédents,
mort en février 1846, à Paris. Il émigra avec son
frère en 1792, et fut rappelé en 1800. Pendant
l'émigration il épousa la fille aînée du général La
Fayette. Il ne prit du service qu'en 1813, pour
repousser l'invasion étrangère. Sous la restaura-
tion, il fut fait chevalier de Saint-Louis et lieu-
tenant des gardes du corps. J. V.
Moniteur, %ù février 1846.
LATOUR-MAUBOURG {JllSt- PonS -FlOVi-
mond DE Fav, marquis de), diplomate français,
fils aîné du comte César de Latour-Maubourg,
né le 9 octobre 1781, mort à Rome, le 24 mai
1837. Le 18 brumaire lui ouvrit la carrière di-
plomatique, et il débuta en Danemark sous d'A-
guesseau. Ason retour, l'empereur l'admitcomme
auditeur an conseil d'État; il fut ensuite attaché
au ministère des relations extérieures, et se rendit
en 1806, en qualité de second secrétaire, auprès
du comte Sebastiani, ambassadeur à Coustan-
tinople, où il résida jusqu'en 1812 commechargé
d'affaires. Lors de la révolution qui renversa le
grand-vizir Mustapha - Baïraktar, le marquis
de Latour-Maubourg s'empressa d'ouvrir son
hôtel à tous les étrangers pour les mettre à
l'abri des mouvements séditieux. Rentré en
France, il futnommé, en 1813, ministre plénipo-
tentiaire près la cour de Wurtemberg. Les événe-
ments le ramenèrent en France, et, se trouvant
S^i:
LAÏOUR
846
f.ans emploi, il fit la campagne de 1814 à l'armée
fntnme volontaire. Après la restauration, le duc
(le Richelieu l'envoya en qualité de chargé d'af-
faires à Hanovre, où il résida en 1816 comme
ministre plénipotentiaire de Louis XVIJI. An
mois de mars 1819 il fut appelé à l'ambassade de
Saxe. En 1 S23 il obtint l'ambassade de Cons-
tantinople. Les conditions qu'il fit au divan ne
furent point admises, et il rapporta ses lettres
de créances intactes. Une disgiâce s'ensuivit, et
il se relira dans ses terres. Ambassadeur près du
roi desDeux-Sicilesen 1830, il fut chargé, l'année
suivante, de l'ambassade de Rome, poste qu'il
occupait encore à sa mort. En 1831, il entra à la
chambre des pairs par droit d'hérédité. J. V.
Ph. de Ségur, Éloge funèbre du marquis de Latour-
Maubourg, lu à la chambre des pairs, le 31 janvier 1838.
^ LATOUR-MAUBOURG [Rodolphe DE Fay,
vicomte de), général français, second fils du
compagnon d'infortune de La Fayette, né le 8 oc-
tobre 1787, à Paris, entra au service, en 1806,
avec le giade de sous-lieutenant, se distingua à
léna, fit la campagne de Pologne, et fut en-
voyé en Espagne comme aide de camp du gé-
néral Caffarelli. Son général ayant été atteint
d'un coup de féu à la tête, il s'élança seul vers
lui , le chargea sur ses épaules, et l'enleva sous
le feu de l'ennemi. Il fut décoré à Leira. La
restauration le fit colonel, puis maréchal de
lamp; Louis-Philippe le nomma lieutenant
général le 31 décembre 1835, pair de France
le 19 avril 1845, et président du comité de la ca-
valerie. L'âge l'a fait passer dans la section de
réserve en 1852. J. V.
Arnault, Jay, Jony et Norvins, Biogr. nouv. des Con-
temp. — Encyclop. des Gens du Monde.
LATOUiî-'^SAîiBOSJRG {Armand- Charles-
Septime dkFay, comte de), diplomate français,
fi'ère du précédent, né à Passy, le 2 thermidor
anix(22 juillet 1801), mortà Marseille, le 18 avril
1845. Comme son frère aîné, il embrassa la car-
rièrediploraatique. A l'âge de vingt-et-un ans il fut
attachéà l'ambassade de Constantinople. Il y suivit
son frère, mais il y resta peu. A son retour en
1823, il enti'adans les bureaux du ministère des
affaires étrangères. En 1 826 il fut envoyé comme
second secrétaire de légation à Lisbonne , et en
1829 comme premier secrétaire chargé d'af-
affaires au Hanovre. Le 3 août 1830, en appre-
nant les ordonnances de Juillet, il envoya sa dé-
mission au prince de Polignac. Nommé, le 22 oc-
tobre 1830, secrétaire d'ambassade et chargé
d'affaires à Vienne, il ouvrit les relations du
nouveau gouvernement de la France avec l'Au-
triclie. En 1832 il était envoyé extraordinaire
et ministre plénipotentiaire à Bruxelles. Son
premier acte dans ce poste fut la signature
du traité qui consacrait l'affranchissement de
la Belgique et le démembrement de l'ancien
royaume des Pays-pas. A la fin de 183.6 le
comte de Latour-Maubourg fut envoyé en
qualité d'ambassadeur en Espagne. Il s'y trou-
vait à ÎVIpoqwo d« l'ijts'irreçtion de la Gran|a«
Après la mort de son frère , il le remplaça
à l'ambassade de Rome. Il sut s'y maintenir
dans des voies de sagesse et de modération. Le
20 juillet 1841, le rq\ le nomma pair de France.
En 1845, l'altération de sa santé força le comte
de Latour-Manbourg à prendre un congé, et il
mourut en débarquant en France. J. V.
Comte Dani, Discours prononcé à la chambre des
pairs, le 29 mai 184S, à l'occasion du décès de M. le
comte Septime de Latorir- Manbonrg .
* LATOUR-MAUBorRG (César- Florimond,
marquis de ), homme politique français, né vers
1820, ancien officier de hussards démissionnaire
à la révolution de Février, a été élu député au
corps législatif par le département de la Haute-
Loire en 1852, et réélu comme candidat du gou-
vernement en 1857. J. V.
Moniteur, 1852-1857.
LATOUR-FOissAC ( P liilïppe-Françoïs de),
général français, né le 11 juillet 1750, mort en
février 1804, près Poissy. D'une famille noble, il
entra dans le corps royal du génie, servit comme
capitaine dans la guerre d'Amérique, et, s'étant
montré favorable aux principes de la révolution,
fut employé à l'armée du nord, avec laquelle il
assista au siège de Namur et à la bataille de
Jemmapes. Promu en 1793 général de brigade,
il fut bientôt arrêté comme suspect, et resta en
prison jusqu'à la chute de Robespierre. Sous le
Directoire, il devint général de division, et préféra
à l'ambassade de Suède un commandement dans
l'armée de Paris. Envoyé ensuite en Italie, il
eut occasion de s'y distinguer; en 1799, lors
de la retraite de Scherer, il fut chargé de dé-
fendre Mantoue, place importante qui se trou-
vait approvisionnée pour longtemps. Les Autri-
chiens, sous les ordres du général Kray, ne
tardèrent pas à l'as-siéger. On s'attenJait à une
longue et opiniâtre résistance ; mais on apprit
bientôt que Mantoue avait capitulé ( 27 juillet
1799), que d'après les conditions stipulées, les
soldats seraient échangés et que le générât et
son état-major seraient conduits prisonniers en
Autriche. L'indignation fut très-vive en France
contre Latour-Foissac , qui à son retour s'em-
pressa de publier un mémoire justificatif; il allait
comparaître devant un conseil de guerre convo-
qué par le ministre Bernadotte pour juger sa
conduite , lorsque le coup d'État du 18 brumaire
éclata. Bonaparte mit alors brusquement fin à
cette affaire en décidant, par un arrêté consu-
laire, que ce général serait destitué desongrade
et qu'il lui était interdit à l'avenir de porter au-
cun uniforme militaire (1). Latour-Foissac se
(1) En parlant de cette mesure , Napoléon s'exprimait
ainsi à Sainte-Hélène : « C'était un acte illégal, tyran-
nique sans doute; mais c'était un mal nécessaire, c'était
la faute des lois. 11 était cent fois, mille fols coupable, et
pourtant il était dout-eux que nous l'eussions fait con-
damner. Nous le frappânïes donc avec l'arine de l'hon-
neur et de l'opinion; mais, je le repète, c'était ?/n acte
tyrannique, un de ces coups de boutoir nécessaires
parfois au milieu des grandes nations et dans les grande;;
niriBoîiGtnnciSS. » {Mém.oiral de- Sainte-~£(élèn« , U U\i}
847
LATOUR — LA TOURRETTE
848
retira alors à Hacqueville, dans une maison de
campagne qu'il possédait aux environs de Poissy,
et y passa les dernières années de sa vie. On a
de lui : Examen détaillé de l'importante
question de l'utilité des places fortes et re-
tranchements; Strasbourg, 1789, in-8°; —
Traité théorico-pratique et élémentaire de la
Guerre des Retranchements ; ibid., 1790, 2 vol.
in-g" ; — Précis ou journal historique et rai-
sonné des Opérations militaires et adminis-
tratives qui ont eu lieu dans la place de
Mantoue, depuis le 9 germinal jusqu'au 10
thermidor de Van VII; Paris, 1801, in-4'*, avec
six tableaux et deux plans.
Son fils, Henri- Armand , vicomte de Latour-
FoissAC, suivit aussi la carrière militaire. Il était
aide-de-cainp du précédent lors du siège de
Mantoue, et rentra au service en 1805; il sur-
monta les obstacles que mettait à son avancement
la disgrâce de sa famille, et parvint, dans la cam-
pagne de France , au grade de général de bri-
gade. Après la restauration , il se dévoua au gou-
vernement des Bourbons, et fut nommé lieute-
nant général. P. Louisy.
Mémorial de Sainte-Hélène, III. — Arnault, Jouy et
de Norvins, Biogr. nouv. des Contemp. — Le Bas, Dict.
hist. de la France. ,_».
LA TOUKAiLLE [Christophe, comte de),
littérateur tançais, né vers 1730, à Augan, près
Ploërmel. Gentilhomme du prince de Condé,
il est connu par quelques opuscules littéraires,
écrits d'un style qui ne manque pas de finesse
et de gaieté. Il faisait partie des académies de
Nancy et de Dijon. Nous citerons de lui : Lettre
à Voltaire sur les opéras philosophi- comi-
ques ; Paris, 1769, in-12 : où l'on trouve la cri-
tique de Lucile , comédie; — Apologie des
Arts, ou lettres à Duclos; Paris, 1772, in-8°;
— Nouveau Recueil de Gatté et de Philoso-
phie ; Paris, 1785, in-12; l'auteur en donna une
nouvelle édition, considérablement augmentée
« avec des notes intéressantes et moins timides
depuis la liberté de la presse » ; 1790, 2 vol. ; et
il signa « un gentilhomme, s'il en reste, retiré
du monde; » — Les trois Exemples de l'Im-
portance des Choix en politique, en amour et
en amitié, par M. de La j*** ; Paris, 1787,
in-12 ; — Le Songe-creux, ou le génie créa-
teur des mensonges; Paris, 1789, in-12. K.
Miorcec de Kerdanet, jÉcriu. de la Bretagne, 386. —
Desessaris, Siècles Litt., VI.
1,4 TonRNEïiiE (Etienne Le Royer de),
jurisconsulte et littérateur français, né le 20 jan-
vier 1730, à Mantilly, près Domfront, ville on il
est mort, le 27 décembre 1812. Sa famille avait
compté plusieurs hommes de robe, et lui-même
consacra la plus grande partie de sa vie à la ju-
risprudence. Après avoir pratiqué le barreau à
Rouen pendant une dizained'années, il futpourvu
des charges d'avocat et de procureur du roi au
bailliage de Domfront. Après la révolution, dont il
adopta les principes, il siégea comme juge au tri-
bunal de cette ville ainsi qu'à celui d'Alençon. Ses
principaux travaux sont relatifs au droit nor-
mand, sur lequel il publia : Traité des Fiefs, à
l'usage de la province de Normandie ; Paris,
1763, in-12, plusieurs fois réimprimé; il ajouta
un Traité des Droits honorifiques à l'édition de
Rouen, 1773; — Nouveau Commentaire por-
tatif de la Coutume de Normandie ; Rouen,
1769,2 vol. in-12; 3* édition., 1784; — et le
propectus, qu'il dédia en 1787 à l'assemblée pro-
vinciale de la généralité d'Alençon, d'une Bi-
bliothèque dît Droit normand ;\ai révolution
empêcha l'auteur de faire paraître cet important
travail, fruit de vingt ans de recherdies, etc.,
qui devait embrasser les matières civiles , béné-
ficiales, criminelles, etc. On a encore de lui :
Manuel du jeune Républicain ; in-18; — His-
toire de Domfront; Vire, 1806, in-12. Dans
les productions de La Tournerie qui n'ont pas vu
le jour, il y avait une suite au roman de Dulau-
rens , Le Compère Mathieu. K.
Quérard, La France Litt.
L4 TOURRETTE {Jacqucs-Annibal Claret
de Fleurieu de), littérateur français, né le 12 ou
18 mai 1692, à Lyon, où il est mort, le 18 oc-
tobre 1776. Issu d'une des anciennes familles des
Lyonnais , 11 remplit les charges de président de
la cour des monnaies et de prévôt des marchands
dans sa ville natale. Il est auteur d'un grand
nombre d'ouvrages en prose et en vers, presque
tous restés inédits et conservés dans les archives
de l'Académie de Lyon. P. L— y.
Archives du Rhône. — Les Lyonnais dignes de mé-
moire, II.
LA TOCRRETTE ( Marc - Antoine - Louts
Claret de Fleurieu de), littérateur français,
fils du précédent, né en août 1729, à Lyon, où il
est mort en 1793. Élevé chez les jésuites àLyon,
puis au collège d'Harcourt à Paris , il fut aussi
prévôt des marchands, et se démit des fonctions
judiciaires qu'il occupa avec honneur pendant
vin^ns , pour s'adonner exclusivement à son
golit pour l'histoire naturelle. Ses études l'avaient
d'abord porté vers la zoologie et la minéralogie;
mais ce fut à la botanique qu'il s'attacha particu-
lièrement. Dès 1763 il avait rassemblé des col-
lections nombreuses d'insectes et de minéraux
tirés des provinces du Lyonnais, de l'Auvergne
et du Dauphiné, et, à part un herbier très-riche,
il cultivait dans son jardin plus de trois mille
espèces de plantes rares et avait tenté d'accli-
mater, aux environs de l'Arbresle , un grand
nombre d'arbres et arbustes exotiques. En outre
il avait hérité de son père et considérablement
augmenté une des plus curieuses bibliothèques
qu'il y eût à Lyon pour le choix des matières et
la beauté des reliures. Pendant quelque temps
La Tourrette voyagea en Italie et en Sicile , et se
rendit à la Grande-Chartreuse en compagnie de
J.-J. Rousseau, son ami, afin d'herboriser dans le
pays. « Que n'êtes-vons des nôtres! écrivait ce
dernier à Du Péron? vous trouveriez dans notre
guide, M. de La Tourrette, un botaniste aussi
843
LA TOURREÏTE — LATREILLE
850
savant qu'aimable, qui vous ferait aimer toutes
les sciences qu'il cultive, » La Tourrette entrete-
nait un fréquent commerce de lettres avec de
célèbres naturalistes, tels que Linné, Haller,
Adanson et Jussieu. 11 fut un des secrétaires
perpétuels de l'ancienne Académie de Lyon. Ses
principaux ouvrages sont : Démonstrations
élémentaires de Botanique, à l'usage de VÉ-
cole vétérinaire de Lyon (anonyme); Lyon,
1766, 1773, 2 vol. in-8°; cet ouvrage, rédigé en
collaboration avec l'abbé Rozier, a eu plusieurs
éditions; la troisième et la quatrième, publiées
par Filibert, ont l'une 3 vol., 1789, et l'autre
4 vol., 1794, et deux atlas de planches; c'est à
tort que Haller, en faisant l'analyse des Démons-
trations, en a attribué la paternité à Rozier
seul ; — Voyage au mon t Pilât dans la pro-
vince du Z^onwoJs ; Avignon, 1770, in-8o;dans
la deuxième partie, entièrement consacrée à la
botanique, il a indiqué beaucoup de plantes rares
et même une espèce nouvelle , l'alisma pâmas-
sifolia; — Chloris Liigdunensis ; Lyon, 1785,
in-8° : qui renferme k description d^un grand
nombre de mousses et de champignons dont les
botanistes et Linné lui-même croyaient nos pro-
vinces méridionales à peu près dépourvues ; —
Conjectures sur l'Origine des Belemnites, in-
sérées dans le Dictionnaire des Fossiles de
Bertrand ; — Mémoires sur les Monstres vé-
gétaux ; dans \e Journal Économique de juillet
1761; — Mémoire sur l'Helminthocorton, ou
mousse de Corse, dans le Journal de Phijsique ;
— et plusieurs Éloges de ses collègues à l'Aca-
démie de Lyon. P. L— y.
Archives du Rhône, IV. — Chaudon et Delandine,
Dict. Hist., XVII. — Clerjon et Morin, Hist. de Lyon,
VI, 323. — Les Lyonnais dignes de mémoire, II.
LA TOURRETTE (Churles-Pierre Claret
DE Fleorieo de), frère du précédent. Voy. Fleu-
RIEU.
LA TOURRETTE ( Marie-Juste-Antoine de
La Rivoire, marquis de), homme politique
français, né le 2 mars 1751, à Touruon, où il est
mort, le 24 janvier 1819. Appartenante une
branche de la famille des précédents , il entra au
service en 1766, et commandait en 1778 le ré-
giment de l'Ile de France. A l'époque de la ré-
volution, il se retira à Touruon, y fut élu maire
(1790), et présida l'administration départemen-
tale del'Ardèche (1791); sous la terreur, il fut
détenu , comme suspect , ainsi que plusieurs
membres de sa famille. En 1800 il accepta l'em-
ploi de sous-préfet dans sa ville natale, et dirigea
successivement , en qualité de préfet , les dépar-
tements du Tarn , du Puy-de-Dôme et de Gênes;
à la suite de quelques démêlés avec le prince
Borghèse, gouverneur général du Piémont, il
donna sa démisssion, en février 1809. L'année
précédente il avait reçu de l'empereur le titre
de baron. Sous la Restauration , il fut promu au
grade de maréchal de camp (1817), et présida
plusieurs fois le collège électoral de l'Ardèche.
D'autres membres de cette famille sont égale-
ment entrés dans la vie publique; nous cite-
rons: le fils du précédent, Antoine-Marie-Juste-
Louis, né en 1773, qui fit deux campagnes à l'ar-
mée de Condé. prit part aux dernières guerres de
l'empire en qualité de chef d'escadron aux gardes
d'honneur, et fut nommé en septembre 1815
colonel dans la garde royale; deux frères du
précédent: Marie-Jean- Antoine, comte de La
Tourrette-Pourtalès , né en 1754, qui servit à
l'étranger et devint lieutenant général ; et Marie-
Joseph-Antoine- Louis , né en 1762, qui entra
dans les ordres, et fut appelé, en 1817, à l'évêché
de Valence; ce dernier a publié en 1823 un \o-
\amed' Instructions pour régler la discipline
ecclésiastique de son diocèse. Le chef actuel
de cette famille a été durant le dernier règne
préfet du Gers, de l'Hérault et de la Haute-
Marne, et a représenté, de 1846 à 1848, l'arron-
dissement de Tournon à la chambre des dé-
putés. P. L— Y.
Arnault, Jouy et de Norvins, Biogr. nouv. des Contemp.
— Biogr. des Députés, 1846.
LATREILLE (Pierre-André), naturaliste
français, né à Brives, le 29 novembre 1762, mort
à Paris, le 6 février 1833. Abandonné de ses
parents , il dut son éducation à des personnes
étrangères ; un officier de santé de sa ville natale
prit soin de lui, et un négociant lui inspira le
goût de l'histoire naturelle en lui prêtant des li-
vres qui traitaient de cette science. Enfin le baron
d'Espagnac, gouverneur de l'hôtel des Invalides,
le fit venir à Paris, en 1778, et le plaça au collège
du cardinal Lemoine , où Latreille s'attira l'a-
mitié du savant Haiiy. Après la mort du baron
d'Espagnac, Latreille trouva encore quelque
appui dans la fam.ille de son protecteur. Il em-
brassa la carrière ecclésiastique, et fut ordonné
prêtre en 1786. Il se retira alors à Brives, et
consacra à l'étude des insectes tout le temps que
lui laissaient les devoirs de sa profession. En
1788 il revint à Paris, et se lia avec Fabricius ,
Olivier et Bosc ; à la même époque il offrit à
Lamarck quelques plantes rares et curieuses. Un
mémoire sur les mutilles de France révéla La-
treille comme entomologiste. La révolu tion le força
à quitter la capitale. Arrêté à Brives en sa qua-
lité de prêtre, il fut dirigé à Bordeaux, enfermé
au fort du Hà et condamné à la déportation avec
soixante-treize autres proscrits. La découverte
d'un insecte, qu'il nomma necrobia ruficollis,
devint la cause de sa délivrance en lui procurant
la connaissance et la protection de Bory de Saint-
Vincent et de Dargelas, naturalistes de Bordeaux.
Le jurisconsulte Martignac , père du ministre de
ce nom sous la restauration , contribua aussi à
lui faire rendre la liberté. Latreille reprit ses
études avec assiduité et persévérance, et en 1796
il publia à Brives un ouvrage dans lequel il établis-
sait les bases de la science entomologique. Pros-
crit de nouveau en 1797, comme émigré, il dut
encore son salut au dévouement de ses amis. De
851
LATREÏLLE
8;^2
retour à Paris l'année suivante, il fut nommé
correspondant de l'Institut, et obtint un emploi
an Muséum d'Histoire naturelle, où il fut chargé
(le l'arrangement méthodique des insectes. En
1814 il succéda à son ami Olivier à l'Académie
(les Sciences. Pendant quelque temps il avait
professé la zoologie à l'école vétérinaire d'Alfort.
A la mort de Lamarck, en 1829, on confia à La-
treille une des deux chaires créées par le dédou-
blement de celle que possédait ce savant. « On
me donne du pain quand je n'ai plus de dents ■» ,
disait alors Latreille. On a de lui : Précis des Ca-
ractères génériques des Insectes disposés dans
un ordre naturel; Brives, 1790, in-8"; —
Essai sur Vhistoire des Fourmis de la France ;
Brives, 1798,in-12; — Histoire naturelle des
Salamandres de France, précédée d'un ta-
bleau méthodique des autres reptiles indi-
gènes; Paris, 1800, in-8° ; — Histoire natu-
relle des Singes , faisant partie de celle des
quadrupèdes de Buffon , édition de Sonnini;
Paris, 1801, 2 vol. in-8° ; — Histoire naturelle
des Fourmis, et recueil de mémoires et d'ob-
servations sur les Abeilles, les Araignées, les
Faucheurs et autres insectes ; Paris, 1 802, in-8° ;
— Histoire naturelle des Reptiles, faisant partie
de l'édition de Buffon publiée par Castel ; Paris,
1802, 1826,4 vol. in-18; — Histoire naturelle
générale et particulière des Crustacés et in-
sectes, faisant partie du Buffon, édition de Son-
nini; Paris, 1802-1805,14 vol. in-8°;— Tableaux
méthodiques des Reptiles , des Poissons, des
mollusques, des annélides, des crustacés, des
insectes et des zoophytes; dans le 24^ volume de
la F^ édition du Dictionnaire d'Histoire natu-
relle deDéterville; 1804, in-8" ; — Gênera Crus-
taceorum et Insectorum,secundum ordinem
naluralem in famïlias disposita, etc.; Paris,
1806-1809, 4 vol. in-8° ; — Considérations sur
l'ordre naturel des animaux composant les
classes des Crustacés, des Arachnides et des
Insectes ; Paris, 1810, in-8°; — Description des
Insectes de l'Améi'ique équinoxiale recueillis
pendant le voyage de MM. de Htimboldt et
Bonpland, imprimé dans le recueil d'observa-
tions de zoologie et d'anatomie comparée du
Voyage de M. de Humboldt; 1811, tome I; —
Centuries de Planches de l' Encyclopédie mé-
thodique. Crustacés, Arachnides , Insectes ;
Paris, 1818, jn-4°; — Mémoires sur divers su-
jets de l'Histoire naturelle des Insectes, de
Géographie ancienne et de Chronologie; sa-
voir : Du premier âge du monde et de l'ac-
cord des théogonies phénicienne, chaldéenne
et égyptienne avec la Genèse; Dissertation
sur l'expédition du consul Suétone Paulin
en Afrique et sur diverses parties de la géo-
graphie ancienne de cette contrée; Observa-
tions sur l'origine du système métrique des
peuples anciens les plus connus, considéré
dans son application aux distances itinérai-
res ; Notice sur les peuples désignés ancien'
nement sous le nom de Sères ; Éclaircisse-
ments sur la Chronologie égyptienne ; De
l'Atlantide de Platon, etc., Paris, 1819,
in-8''; — Passage des animaux invertébrés
aux vertébrés; Paris, 1820, in-8"; — De la
formation des Ailes des Insectes et de l'or-
ganisation extérieure de ces animaux com-
parée en divers points avec celles des crus-
tacés et des arachnides ; Paris, 1820, in-S"; —
Recherches sur les Zodiaques égyptiens ;
Paris, 1 821, in-8"; — histoire naturelle et
Iconographie des Insectes coléoptères d'Europe
(avec le comte Dejean); Paris, 1822, in-8'>; —
Esquisse d'une distribution générale dit règne
animal; Paris, 1824, in-8°; — Recherches
géographiques sur l'Afrique centrale, d'aprè'i
les écrits d'Édrisi et de Léon l'Africain, com-
parées avec les relations modernes; Paris,
1824, in-S"; — Familles naturelles du régne
animal exposées succinctement et dans un
ordre analytique, avec l'indication de leurs
genres ;Vàv\?,, 1825, in-8''; — Cours d'Ento-
mologie, ou de Vhistoire naturelle des crus-
tacés, des arachnides, des myriapodes et des
i«sec(fes ; Paris, 1831, in-8'^. Latreille a travaillé
au Règne animal du baron Cuvier, dont il a
donné une nouvelle édition en 1829, 5 vol. in-8°;
les tomes IV et V, qui traitent des crustacés, des
arachnides et des insectes, sont de Latreille. Il a
donné dans les Actes ou Mémoires de la So-
ciété d'Histoire Naturelle de Paris : Mutilles
découvertes en France (tomel, 1792); — Mé-
moire sur les Araignées mineuses (1799); —
dans le Magasin encyclopédique : Observations
sur la variété des Organes de la Bouche des
Tiques ( 1795, tome IV); — Mémoire sur la
Phalène caliciforme de l'éclairé (ibid. ); —
Description du Kermès mâle de l'orme (1796,
tome II ) ; — Observations sur les Organes de
la Génération de l'Iule aplati (ibid.); — Mé-
moire sur le genre Diopsis de Linné (1797,
tome VI); — Description d'une nouvelle es-
pèce de Typhie{M(i.) ; — Découverte de Nids
de Termes (ibid.); — Observation sur les
Mœurs et l'Indtistrie d'une petite espèce d'A-
beille (1799, tome IV); — Observation sur
les Organes respiratoires des Cloportes {[Sib,
tome I ) ; — Description de certains crabes
de la Méditerranée ( 1816, tome I) ; — dans le
Bulletin de la Société Philomatique : Mémoire
sur les Salamandres de France présenté à
l'Institut (1797, tome 1); — Mémoire pour
servir de suite à l'histoire des Insectes con-
nus sous le nom de Faucheurs (1798, tome I);
— Mémoire sur une nouvelle espèce de
Psylle ou Kermès (ibid. ) ; — Observation sur
la Raphidie ophiopsis (tomel, 1799); — Des-
cription d'une nouvelle espèce d'Araignée
(ibid.); — Observation sur l'Abeille tapis-
sière de Réaumur { 1799, tome II); — Mé-
moire sur un Insecte qui nourrit les petits
d'û.beillea domestiques i\h\d>)i "^ Geacript/mt
853
LATREITXI': —
de la Fourmi fongueuse de Fa bric i us (ibid.);
— Surtinenouvelleespèced' lchneu}non(\\}\{\.)\
— Description d'un nouveau genre d'insecie
sous le nom de Péleclne (ibid. ); — Descrip-
tion a'une nouvelle espèce de Fourmi, formica
coarctata ()802, tome III); — Mémoire sur
une nouvelle distribution méthodique des Arai-
gnées (ibid.); — Observation sur quelques
Guêpes qui qvoiqu'à peu près semblables
produisent des nids tout à fait différents
(1803, tome Ilf) ; — dans les Rapports des Tra-
vaux de la Société Philomatique : Observa-
tions sxir Vhistoire Naturelle de la Fuce
(1798, tome II); — Mémoire sur la Vrilk'l(e
striée (J800, tome IV); — dans les Annales
du Muséum, d'Histoire Naturelle: Observa-
tions iur quelques Guêpes ( 1802, tome I); —
Description d'une Larve et d'une espèce iné-
dite dît, genre des Cassides (ibid.) ; — Obser-
vations sur l'Abeille pariétine de Fabricius ,
et considérations sur le genre auquel elle se
rapporte (1804, tome !II ) ; — Des Langoustes
du Muséum d'Histoire naturelle (ibid.); —
Mémoire sur wi Gâteau de Ruche d'une
Abeille des grandes Indes et sur les diffé-
rç.nces des abeilles proprement dites ou vi-
vant en grandes sociétés de l'ancien continent
et du nouveau ( 1814, tome IV ) ; — Notice des
espèces d'Abeilles vivant en grande société
et formant des cellules hexagones, ou des
abeilles proprement dites (1804, tome V); —
Notice biograpfiiqiie sur Jean-Cfirétien Fa-
bricius (\?.08, tome XI); — Mémoire sur le
genre Anthidie, Anthidiv.m , de Fabricius
(1809, tome XIIÎ); — Nouvelles observations
sur la manière dont plusieurs insectes de
l'ordre des Hyménoptères pourvoient à la
subsistancede leur postérité (1809, tome XIV);
— Mémoire sur un insecte que les anciens
réputaient venimeux, et qu'ils nommaient
Bupreste (1812, tome XIX); — dans les Mé-
moires du Muséum d'Histoire Naturelle : In-
troduction à la Géographie générale des
Arachnides et des Insectes, ou des climats
propres à ces animaux {\M7, tome III); —
Considérations nouvelles et générales sur les
insectes vivant en société (ibid.); — Des in-
sectes peints ou sculptés sur les monuments
antiques de l'Egypte (1819,tome V);— Rap-
port sur deux ouvrages manuscrits de M. Sa-
vigny présentés à V Académie des Sciences
(1820, tome VI); — Des rapports généraux
de V Organisation extérieure des animaux in-
vertébrés articulés, et comparaisoti des an-
nélides avec les myriapodes (1820, tome VI) ;
— De quelques Appendices particuliers du
thorax de divers insectes (l?,2i, tomeVri); —
Affinités des Trilobites (ibid.) ; — De l'Organe
musical des Criquets et des Truxalles, et sa
comparaison avec celui des mâles des ci-
gales (tome VIII, 1822); — Éclaircissements
i'vlatf/» à l'opinion de M. Huber fils, sur
LA TRIMOUILLE 854
l'origine et l'issue extérieure de la Cire
(ibid.); — Observations nouvelles sur l'Or-
ganisation exlérie^ire et générale des ani-
maux articulés et à pieds articulés, et ap-
plication de ces connaissances à la nomen-
clature des principales parties des mêmes
animaux (ibid.); — Des habitudes de l'A-
raignée aviculaire de Linné ( ibid.); — De
l'origine et progrès de l'Entomologie (ibid.);
— Notice sur un Insecte nyménoptère de la
famille des diploptères , comm dans quel-
ques parties du Brésil et du Paraguay sous
le nom de Lecheguuna, et récoltant le miel
( tome XI, 1 824 ). Latreille a en onti-c Conrni des
articles d'entomologie k la preinière éditioi du
Dictionnaire d'Histoire Naturelle de Péter-
ville ; tous les articles de crustacés, d'arachnides
et d'insectes dans le Nouveau Dictionnaire
classique d' Histoire Naturelle; Paris, 18iG et
suiv.; des articles de la partie entomologiqiie
dans \' Encyclopédie Méthodique, enfin divers
articles premier volumedu Dictionnaire clas-
sique d'Histoire Naturelle ; Paris, 1822. J. V.
A.-.I.-L. .lourdan, dans !a Biogr. Médicale. — Henrion,
Annuaire Biogr. — Quéiard, £(/, France Liltcraire.
LA TRIMOCILLE OU LA trémoîlle, an-
cienne famille française, qui tire son nom de la
terre de La Trimouille en Poitou, et dont les pre-
miers auteurs remontent au règne de Philippe-
Auguste. Plusieurs lia Trimouille figurent dans
les rangs des croisés, et leurs descendants pri-
rent une part glorieuse à l'expulsion des Anglais
hors du territoire de France. Toutefois l'illustra-
tion de cette famille date surtout du quinzième
siècle.
Les principaux membres de cette famille
sont :
LA TRIMOUILLE (1) (Georges de), pre-
mier ministre ou favo-ri du roi de France Char-
les VII, né vers 1385, mort le 6 mai 1446 (2).
Il était fils de Marie de Sully et de Guy VI de
la Trimouille, favori de Phihppe le Hardi, duc
de Bourgogne. Grâce à la puissante protection
de ce prince, Guy fonda l'immense fortune de
sa famille. Il devint porte-oriflamme de France,
et fut marié à la veuve d'un prince du sang.
En 1407 Georges de la Trimouille était premier
chambellan de Jean Sans Peur, duc de Bourgo-
gne, avec 500 francs de pension. H remplissait
encore cette charge en 1410 et 1417. Il prit part,
le 23 septembre 1408, à la grande bataille livrée
aux Liégeois près de Tongres par le duc de Bour-
gogne. L'amitié du duc lui valut, quelques années
(1) Lieu ou seigneurie située en Poitou , aujourd'hui
chef-lieu de canton, arrondissement de Montmorillnn
(Vienne). En latin 'l'remulia; en français Trimoille,
TrémoUle et Trimouille ; cette dernière forme à pr-é-
valn.
(2) Voici la liste de ses titres : comte de Guynes, de
Boulogne et d'Auvergne, comte , baron et seigneur de
Suily, de Craon, de la Trimouille, de .S;iintc-Herminc, de
l'île Bouchard, etc., ctcj
855
LA TRIMOUILLE
856
plus tard, la charge de grand-maître et réforma-
teur des eaux et forêts de France. Georges en
fut investi le 18 mai 1413. A cette époque La
Trimouille était un des familiers du duc de
Guyenne, gendre du prince bourguignon. Il était
aussi le complaisant et le compagnon de débau-
clies de ce jeune dauphin. Un revirement poli-
tique fit perdre à Georges sa charge de grand-
maître, le 17 août de la même année 1413. En
1415 Georges combattit à la journée d'Azin-
court, où il fut fait prisonnier. Mais il ne tarda
pas, moyennant rançon , à retourner librement
dans son château de Sully, situé sur les bords
de la Loire, sa résidence habituelle.
Le 16 novembre 1416, Georges de la Tri-
mouille s'allia, comme l'avait fait son père , à
une princesse du sang royal. Il épousa Jeanne,
comtesse de Boulogne et d'Auvergne, veuve de
Jean, duc de Berry. Les deux époux se firent ,
par leur contrat de mariage, donation réciproque
de tous leurs biens. La Trimouille devint ainsi
comte de Boulogne et d'Auvergne. Mais, par suite
des mauvais traitements de Georges envers la
comtesse, la division ne tarda pas à éclater entre
les époux. Le 12 octobre 14 18 la princesse Jeanne,
autorisée par acte spécial du roi, institua pour
son héritière Marie d'Auvergne, sa cousine. Le
duc de Bourgogne, qui avait conçu de l'inimitié
contre Georges, refusa de lui délivre!' le comté
de Boulogne, mouvant de ce duc à raison du
comté d'Artois. Bref, la possession des comtés
de Boulogne et d'Auvergne demeura litigieuse
pour La Trimouille jusqu'en 1445 (i). En 1417
et 1418, Georges de La Trimouille était un des
familiers qui hantaient la cour galante de la reine
Isabeau de Bavière. En mai 1418 il servait de
médiateur, envoyé par la reine, aux conférences
de la Tombe , entre le dauphin et îe duc de
Bourgogne. Bientôt eurent lieu l'invasion des
Bourguignons à Paris et le massacre des Arma-
gnacs. Parmi les membres de ce dernier parti
spécialement désignés aux colères bourgui-
gnonnes se trouvait Gouge de Charpaignes (2),
évêque de Clermontet chancelier du dauphin :
il parvint à s'enfuir de Paris. La Trimouille pré-
tendait avoir à se plaindre de ce prélat, qui avait
eu part à l'administration des biens de Jean, duc
de Berry. Au moment où l'évêque approchait
d'Orléans, pour se rendre auprès du dauphin,
il fut arrêté par les gens de la Trimouille. Sur
le refus de Georges de rendre le prélat , le dau-
phin vint lui-même faire ( de septembre à no-
vembre 1418 ) le siège du château de Sully.
Obligé de compter avec les forces royales , il
capitula, rendit le prisonnier, et se déclara en fa-
veur des Armagnacs , ce qui ne l'empêchait pas
d'entretenir des relations avec le duc de Bour-
(1) Ce litige finit par une transaction. Louise, fille
de Georges de La Trlraonille, et cessionnaire des droits
ou prétentions de son père, épousa Bertrand de La Tour,
héritier de Marte et de Jeanne,
(2) Foy. ce nom.
gogne , dont il était le vassal. En 1424 il se rap-
procha plus ouvertement du roi de France : La
Trimouille était alors un des grands seigneurs du
royaume. Il possédait en Artois, en Bourgogne, en
Champagne, en Auvergne, en Touraine, en Poi-
tou, des terres et domaines considérables. 11 y joi-
gnait le produit d'un véritable brigandage orga-
nisé contre ses sujets , ses voisins , ou les mar-
chands et passagers. En 1424 il avança au roi
Charles VII, alors fort obéré, des sommes assez
considérables , et reçut en échange de nouvelles
terres engagées à titre de nantissement.
Georges de La Trimouille s'était s'entremis
pour réconcilier le roi de France avec Philippe
le Bon. Dans une de ses allées et venues, il fut,
le 29 juillet 1426 , pris à La Charité par des
Anglo - Bourguignons, rançonné au prix de
14,000 écus d'or, et reçut du roi à cette occa-
sion de nouvelles libéralités. A cette époque le
sire de Giac occupait le premier rang parmi les
gouverneurs ou favoris du roi. La Trimouille
eut, en présence du prince, une querelle avec
le sire de Giac, et se retira momentanément de
la cour, avec le projet de se venger du favori.
De concert avec le connétable de Richemont, il
retourna auprès du roi et de Giac à Issoudun
au mois de janvier 1427. Giac (1) fut pris et noyé.
Georges de La Trimouille avait perdu sa
femme, Jeanne d'Auvergne, vers 1423. Le
2 juillet 1427 (2), il épousa Catherine de l'Ile
Bouchard, veuve en premières noces du comte
de Tonnerre et en secondes noces de ce même
Pierre de Giac : Catherine était ime des grandes
héritières de la Touraine et du royaume.
Georges de La Trimouille fut bientôt après
nommé grand-ciiambellan de France, lieutenant
général du roi en Bourgogne et gouverneur
d'Auxerre. L'année suivante ( 1428 ), au lieu de
faire face à l'ennemi étranger, il s'occupa de
guerroyer contre le connétable. Il s'allia, dans
ce dessein, avec le comte de Foix et le duc
d'Alençon. Au mois de septembre 1428, les An-
glais pénétrèrent en Touraine, et se dirigèrent
vers Orléans. Le château de Sully fut pris par
les Anglais. Mais La Trimouille avait su se mé-
nager avec eux des intelligences. Jean de La
Trimouille , seigneur de Jonvelle et frère de
Georges, était au service de Philippe le Bon,
duc de Bourgogne : il y servait d'intermédiaire
entre Georges et les Anglais. Jean fut nommé ca-
pitaine de Sully, et conserva intact le domaine de
son frère. Aussi, d'après le témoignage d'un
chroniqueur contemporain, « le siège d'Or-
léans durant , ceux de Sully ( c'est-à-dire les
gens ou sujets du premier ministre Georges de
La Trimouille ) avitailloient les Anglois de ce
qui leur estoit possible (3) ».
(1) .i^oy. ce nom.
(2) Et non en 1425, comme l'ont dit tous les généa-
logistes. La Trimouille tua Giac précisément pour
épouser sa veuve, et de concert avec celle-ci.
(3) Berry dans Godefroy, p. 376.
857
LA TRIMOUILLE
858
La Pucelle vint trouver le roi à Chinon, le
0 mars 1429. L'arrivée de cette étrange libéra-
trice, les signes merveilleax qu'elle donnait de
sa mission apportaient aux calculs et aux vues
de La Trimouille un trouble non moins grave
qu'imprévu. Aussi la Pucelle dès le début ne
lut-elle accueillie du premier ministre et du
roi qu'avec beaucoup de répugnance. Le plan
politique de La Trimouille, pour dénouer les dif-
iicultés de la situation, se bornait à deux points :
1° obtenir, par voie de négociation, la paix avec
le duc de Bourgogne ; 2" opposer aux Anglais-,
pour les vaincre et les expulser, des troupes
étrangères.
En avril 1429, un mois après l'arrivée de la
Pucelle, La Trimouille envoya au roi d'Aragon
des ambassadeurs pour lui demander une armée
d'auxiliaires. Alphonse le Sage, roi d'Aragon,
répondit à Charles VII que lui-même était en-
gagé dans une expédition qui ne lui permet-
tait pas de déférer en temps opportun à la de-
mande du roi de France. Là Trimouille s'allia
dès lors avec Gilles de Rais ( 8 avril 1429 ) et
d'autres barons du royaume. Il subit enfin l'au-
torité de la Pucelle, mais contraint et forcé. Aussi
dans toutes les circonstances où il pouvait lui sus-
citer des obstacles et contre-carrer les desseins
de l'héroïne , il y employait tous ses efforts et
toute son activité. Le maréchal de La Fayette
lui était suspect , parce que ce dernier avait
servi le roi contre les intérêts de La Trimouille
en Auvergne. Le maréchal fut éloigné de la
cour (1). La Trimouille fit subir le même sort
au connétable, qui vint à genoux supplier le fa-
vori pour obtenir la permission de servir avec
la Pucelle. Le duc d'Alençon lui-même fut
écarté. La Trimouille, après le sacre, ne souffrit
pas qu'il se joignît à la Pucelle pour combattre
les Anglais en Normandie. Sur la route du sa-
cre, il arriva devant Auxerre avec la Pucelle et
l'armée. Jeanne voulut commencer l'assaut de
cette place ennemie. Mais La Trimouille, gou-
verneur d'Auxerre, reçut une forte somme d'ar-
gent, et la place fut respectée. Au mois de sep-
tembre 1429, la Pucelle, après avoir fait sa-
crer Charles VII à Reims, entraîna le roi jusque
sous les murs de Paris. Elle voulut frapper un
coup décisif, et vint mettre le siège devant la
porte Saint-Honoré. Le succès paraissait cer-
tain; mais La Trimouille, en ce moment négo-
ciait avec le duc de Bourgogne : le siège de
Paris fut levé. L'héroïne se vit, de force,
écartée du champ de bataille. La Trimouille dé-
campa, emmenant avec lui Charles VII, son
pupille couronné , vers les cantonnements de la
Loire.
Au mois de décembre suivant, La Trimonille,
par lettres patentes délivrées au nom du roi,
anoblit la Pucelle et sa famille. La Pucelle dé-
(1) Le comte de Pardiac (Bernard d'Armagnac), qui
amenait un puissant secours , reçut ordre de rétro-
grader.
clina pour elle-même une faveur dont elle n'a-
vait pas besoin et qui ne profita qu'à ses
frères (1).
Le roi Charles VII était à Sully, dans le châ-
teau et sous la main de La Trimouille, lorsque,
sin- la fin du mois de mars 1430, la Pucelle s'en-
fuit de cette résidence. Impatiente de reprendre
la vie des camps, Jeanne prit la résolution de
partir et d'échapper aux loisirs où elle était
retenue comme captive. La Trimouille appela de
tous ses vœux la perte de l'héroïne. Jeanne fut
prise à Compiègne , dont La Trimouille était,
nominalement du moins, le capitaine. « H avoit
envie de la Pucelle, et fut cause de sa prise. »
Ainsi s'exprime un chroniqueur contemporain et
parfaitement désintéressé (2). Après de tels
antécédents, La Trimouille se garda bien de tout
effort, de toute démarche propre à sauver la
Pucelle, qui périt sur le bûcher des Anglais, le
30 mai 1431. Telle fut la conduite de La Tri-
mouille à cette époque mémorable de l'histoire
de France.
Cependant, le gouvernement de ce ministre,
indépendamment du blâme et de l'indignation la
plus légitime , avait suscité contre lui de grandes
haines individuelles et de redoutables hosti-
htés. Le connétable de Richemont fut son prin-
cipal adversaire. Plusieurs tentatives eurent
Heu successivement à Bourges en 1427-1428, en
1430, à Chinon, à Sully, à Gien, et à Sens, pour
enlever La Trimouille, comme il avait été fait
antérieurement des autres favoris du roi. Mais
le vigilant ministre réussit à déjouer ces piè-
ges ou entreprises diverses. Lui-même, en
1430, dépêcha vers le connétable un Picard
avec mission d'assassiner ce prince ; mais l'en-
voyé ne parvint pas à consommer ce crime. En
1431, La Trimouille s'empara par stratagème de
trois conjurés qui s'étaient alliés contre lui,
avec le connétable : ils se nommaient Louis
d'Amboise, vicomte deThouars, André de Beau-
mont, chevalier, seigneur de Lezay et Antoine
de Vivonne.
Le 7 mai 1431, La Trimouille se fit délivrer
par le roi des lettres de rémission. Dans ce
texte, extrêmement curieux, que renferme le
registre original du trésor des Chartes, La Tri-
mouille fait une sorte de confession générale.
Bien qu'avec des circonstances atténuantes, il
s'y accuse de plusieurs crimes ou meurtres spé-
cifiés, et accomplis par ses ordres ; il y com-
prend implicitement beaucoup d'autres actes de
concussion, violences, rapines, etc., mais sans
entrer dans le détail. Les lettres se terminent
par une abolition également générale, destinée à
garantir l'impétrant contre toute poursuite.
(1) I,a Trimouille lui-même avait été fait comte de
Sully par le roi, le jour du sacre, 17 juillet 14î9 (Ms. de
la bibliothèque Sainte-Geneviève, L. fr. 2, f» 57, f, Qui-
cherat, l'rocès, etc., t. v, p. 129).
(2) Le doyen de Saint-Thibaut de Metz, Chroniques da
Lorraine.
859
LA TRIMOUIIXE
860
Le lendeinaiii, par un triple arrêt rendu au
même lieu de Poitiers, le 8 mai 1431, A. de Vi-
vonne, Louis d'Amboise et André de Beau-
mont furent déclarés coupables de lèse-ma-
josté . pour conspiration tramée contre La Tri-
mouille et autres crimes. Antoine de Vivonne
et André de Beaumont eurent la tête tranchée.
Louis d'Amboise dut la conservation de ses
jours aux liens de parenté qui le rattachaient à
La Trimouille lui-même, et aux plus hautes in-
fluences.
Le 9 novembre 1432, Georges de La Tri-
mouille, grand-chambellan de France à mille
réaux ou écus d'or par mois, occupait toujours
la haute position dont il jouissait depuis environ
cinq années. Cependant sa perte était décidée.
Au mois de juin 1433, La Trimouille et le roi,
qui ne s'éloignaient pas l'un de l'autre, étaient
l'un et l'autre à Chinon. Au point du jour, P.
de Brezé, Jean de Bueil, Prégent de Coe-
tivy, etc., suivis d'hommes d'armes, entrèrent
dans sa chambre. Georges de La Trimouille fut
pris et conduit au château de Montrésor, qui
appartenait à Jean de Bueil, son neveu, l'un des
«onjurés. La Trimouille ne sortit de prison
qu'après avoir payé une rançon de six mille
écus d'or et renoncé à s'approcher désormais
du roi et de la cour. Ce coup de main avait été
concerté entre Yolande d'Aragon, mère de la
reine et le connétable de Richemont. La chute
de La Trimouille fut le signal ou le point de
départ d'une période d'amélioration très-sensible
dans le gouvernement et dans la situation des
intérêts publics de la France. Le roi à partir
de cette époque commença de secouer cette
torpeur fainéante où des favoris intéressés l'a-
vaient précédemment retenu. Des avis beaucoup
plus salutaires prévalurent désormais au sein de
ses conseils. Charles VII put enfin, non sans
honneur, se montrer ce qu'il fut dans la se-
conde partie de sa carrière.
Georges de La Trimouille, bien qu'éloigné de
la cour et supplanté par de nouveaux ministres,
sut néanmoins entretenir, même après sa dis-
grâce, des intelligences auprès du roi. 11 con-
tinua ainsi d'exercer sur la volonté du souverain
une certaine influence. Le roi lui conserva, dit-
on, les appointements de ses charges de coar.
Par lettres du 26 septembre 1435, Charles VII
lui fit don de toutes les aides, tailles, impôts et
subsides des terres que Georges et sa femme
possédaient dans diverses parties du royaume. Au
mois d'avril 1436, Georges logeait en son châ-
teau de Sully un détachement des routiers es-
pagnols placés sous le commandement de Ro-
drigo de Villa-Andrando. Le 11 novembre sui-
vant, Charles VII lui donna la somme de huit
raille écus d'or avec la capitainerie de Mon-
tereau-faut- Yonne et de Montargis, à la condi-
tion, pour La Trimouille, de reconquérir dans
le délai de trois mois ces deux places sur les
Anglais.
Georges de La Trimouille depuis sa disgrâce
se tenait à l'état de guerre ouverte et perpétuelle,
ou d'hostilité constituée, dans ses terres et
châteaux du Poitou, contre le connétable et contre
l'autorité royale. Vers les derniersjours de l'année
de 1439, Louis dauphin, depuis Louis XI, fut
envoyé en Poitou, et la praguerie éclata bien-
tôt , sous la bannière de ce prince. Georges de
La Trimouille s'empressa de prendre part à la
révolte, et s'allia au prince avec cent hommes
d'armes. Il fut compris dans le généreux et ha-
bile pardon, par lequel Charles VII sut ter-
miner cette insurrection redoutable. Georges,
encore une fois impuni, se retira dans sa de-
meure, où il vécut assez obscurément le reste
de ses jours. En 1445, Louis de Giac, fils de
Pierre de Giac, exécuté en 1426, et de Jeanne
de Naillac, dirigeait des poursuites criminelles
contre Georges de La Trimouille. Louis de
Giac lui demandait compte du meurtre de son
père et de la spoliation dont il avait été vic-
time (1). Le 4 mars 1446, Georges de La Tri-
mouille fit une dernière apparition à la cour.
11 assista comme témoin à l'hommage que
François P"", duc de Bretagne, vint prêter au
roi de France , en son château de Chinon.
Georges de La Trimouille mourut deux mois
après, et fut inhumé dans la chapelle de son
manoir de Sully. Vallet de Viriville.
archives et manuscrits. Cabinet des titres, dossier ia
Trimouille. Direction générale des Arclilves : J 366 n"» 1
â 3. J 79, JJ 177, f 139 et S. JJ 178, f° 13. i'I' 118, t»^ 14 i
25 Z76o, pièce a" i. Inventaire des litres de Saint-Denis,
tome IV, p 646. Collection de dom Fonlenau ù ia bi|)lio-
tiièque publique de Poitiers, tome XXVI. Archives des
Basses-Pyrénees à l'au, E 439 ; 2887. Manuscrits de la
grande bibliotliéque rue Richelieu à Paris : Ms. du roi
9676, 2,2, fo 95, 182, Colbert, vnl. 5, l» 566. Dupuy, 620,
p. 102. Brienne, 197, p. 161. Duchesne, 48, passiin. Du-
chcsne, 80, fo 46. Gaignières, 896, i, f» 10. Harlay, n" 47,
f°51, et s. et n° 601, vol. 6. Supplément français, 292,
p. 309. Legrand, t. VI, p. 106. Fontette, portefeuille 34,
n° 82.
Imprimés.—Saiate-MaTthe, Histoii'e généalogiqiie,etc.,
de la Maison de La Trimouille ( abrégé ), 1668, in-12.
— Anselme , Histoire généalogique des Grands-Offi-
ciers de la Couronne. — D'Auvigny , Hommes illus-
tres, etc.; 1739, in-12, tome 1, p. 217 a 264. — Cour-
celles Histoire des Pairs de France; 1824, in*°, 1. 111,
— Art de vérifier tes dates tcomté d'Auvergnel. — Table
de.i mss. de D. Fontenau; 1839, ln-8°, pages 318 à 348. —
Quicheriit, Procès de la Pucelle et Nouveaux aper-
çus, etc.; 1841-1830, 6vol. in-S». — Godefroy, Charles VI
"et Charles Fil; less et 1661 , 2 vol. in-fol. — Chro-
nique de Jean Chartier, etc.; 1858, 3 vol. in-l6. — Chro-
nique de la Pîicelle ; i8&9, ia-lS. — Charles filet ses
Conseillers ; 1859, in-S". — Monstrelet, Bourdignc, etc. —
D. Morice, Histoire de Bretagne. — D. Plaiicber, His-
toire de Bourgogne. — Massiou, Histoire de Saintonge;
1838, in-8=', t. Il, p. 278. — Barante, Ducs de Bourgo-
gne. — Bélisaire Ledain, Histore de Barthenay, 1359,
in-8''.
LA TRIMOUILLE (LouiS H DE), vicomte DE
Thouap.s et prince deTalmont, né le 20 sep-
tembre 1460, tué à la bataille de Pavie, le 24 fé-
vrier 1525. Fils de Louis de La Trimouille et de
(1) Ces poursuites, après la mort de Georges, furent
continuées contre sa veuve, Catherine de l'Ile Bouchard,
iiui avait été complice des crimes justement reprochés
à La Trimouille.
861
Marguerite d'Anihoise, il fut placé à l'Age de
vingt-sept ans, parrinlliience d'Anne de Beaujeu,
à la (été de l'armée que le roi Charles VIII en-
voyait combattre le duc de Bretagne. En 1488,
La Trémoille gagna la bataille de Saint-Aubin-
du-Cormier, où le duc d'Orléans et le prince
d'Orange furent faits prisonniers. A la fin d'un
j'epas, il fit exécuter tous les partisans des deux
princes que la victoire avait fait tomber entre
ses mains. Il revint en Bretagne en 1491, et mit
le siège devant Rennes , ce qui fit hâter la con-
clusion du mariage de la princesse Anne avec le
roi Charles VIII et amena la réunion de la Bre-
tagne à la France. Bientôt les guerres d'Italie ou-
vrirent une nouvelle carrière à son activité. En
1495 il conduisit à travers l'Apennin l'armée
française, soutenant par son exemple et ses pa-
roles le courage des pionniers et des soldats, qui
franchirent avec l'artillerie des obstacles jugés
insurmontables. « Lui-même, dit Bouchet, ses
vêtements laissés, fors chausses et pourpoint, se
mit à pousser aux cliarroys, et à porter gros
bouletz de fer en si grand labeur et diligence qu'à
son exemple la plupart de ceulz de l'armée,
raesment les Alemans, de son grant et bon vouloir
esbaiz, se rengèrent à cette œuvre, et par ce
moyen fut toute l'artillerie passée par les mon-
tagnes et vallées. » Vainqueur à Fornoue, Louis
de La Trimouille fut nommé à son retour en
France lieutenant général du Poitou , de l'An-
goumois, de l'Aunis, de l'Anjou et des marches
de Bretagne. A son avènement au trône, LousXII
oublia que La Trimouille l'avait fait prisonnier à
la bataille de Saint-Aubin, et déclara que le roi
de France ne vengerait pas les querelles du duc
d'Orléans. La Trimouille reprit le commande-
ment des armées, et en 1500, dans la nouvelle
campagne qui s'ouvrit en Italie, il conquit le
Milanez et s'empara du duc Louis Sforza et de
son frère, que les Suisses ne défendirent pas. Le
gouvernement de Bourgogne et le grade d'a-
miral de Guienne puis de Bretagne furent sa ré-
compense. En 1503 La Trimouille fut chargé
d'envahir le royaume de Naples et d'en chasser
les Espagnols, que commandait Gonsalve de
Cordoue : forcé d'abord d'aller près de Rome pour
essayer de favoriser l'élection du cardinal d'Am-
boise à la papauté , il perdit un temps précieux.
L'habileté du général espagnol et la discipline de
son armée l'emportèrent sur le brillant courage
des gens d'armes français, et La Trimouille étant
tombé malade dut revenir en France. En 1509,
il fit des prodiges de valeur à la bataille d'A-
gnadel, sous les yeux de Louis XII. Surpris et
battu par les Suisses à Novare en 1513, La Tri-
mouille prit aussitôt sa revanche, et par l'Iiabileté
de ses dispositions il parvint à délivrer la
Bourgogne. Deux ans après il combattit auprès
de François P'' à Marignan ; mais il eut la dou-
leur d'y peidre un fils de grande espérance,
le prince de Talmont,qui tomba criblé de soixante-
deux blessures. 11 défendit encore avec succès
LA TRIMOUILLE 862
la Picardie contre les armées combinées de l'em-
pire et de l'Angleterre; enfin il fut frappé d'une
balle au cœur à la bataille de Pavie.
Louis de La Trimouille fut non-seulement un
guerrier brave , mais encore un négociateur ha-
bile, un administrateur intègre. On l'appela de
son temps le chevalier sans reproche, et il mé^
rita oe surnom glorieux. 11 avait épousé, en 1485,
Gabrielle de Bourbon, lille de Louis de Bourbon,
comte de Montpensier, princesse du plus noble
caractère et de l'esprit le plus distingué, qui a
laissé plusieurs ouvrages de piété. J. V.
Jean B luchet, Le Panégyrie du ( /levalier sans Repro-
che. — (Juin, de Jaligny, Hisc. de plusieurs choses mé-
morables sous Charles f-lll — Jean d Auton, fJist. de
Louis XIL — Doin Lobineaii el Mdrice, Uist. de Bre-
tagne. — Sismonili, Hist. des Français, tomes XV et XVI,
et Htst. des Hépubl. italiennes, tome XIV.
1.4 THiMOtTi LLE ( François II de ), petit-fils
de Louis II, épousa, le 25 janvier 1525, Anne de
Laval, fille de Gui XVI, comte de Laval, et de
Chariotte d'Aragon, princesse de Tarente, la-
quelle était fille de Frédéric, roi de Naples.
C'est de ce mariage que dérivaient les préten-
tions de la maison de La Trimouille sur le royaume
de Naples, prétentions qu'elle crut devoir rap-
peler dans des protestations à la suite des traités
de Munster, de Nimègue, deRyswick,d'Utrecht,
de Bade et d'Aix-la-Chapelle (1). J. V.
p. Anselme. Hist. chron.et généal. de la Naison de
France, des Pairs, etc.
LA TRIMOUILLE ( Claude duc de ) , général
français, né en 1566,mortle 25 octobre 1604. Fils
de Louis III de La Trimouille et de Jeanne de
Montmorency, il devint capitaine de cent hommes
d'armes des ordonnances. Il servit d'abord contre
les protestants sous les ordres du duc de Mont-
pensiei- ; mais en t5S5 il changea de parti, et con-
duisit un corps de troupes au secours de Henri
de Condé qui faisait le siège de Brouage. La Tri-
mouille accompagna Condé, qui était devenu son
beau frère, dans son expédition d'Angers; il fut
chargé de commander la retraite jusqu'à Beau-
fort, et se sauva avec le prince à Guernesey. Il
le suivit dans toutes ses entreprises, et en 1586
il eut un cheval tué sous lui dans une expédition
après laquelle il assiégea et prit Talmont. A Cou-
tras il commanda un corps de cavalerie l^ère. En
1588 il éprouva un échec à Vouvans, dont il ne
(1) La descendance de François de La Trimouille et
d'Anne de Laval se divisa en trois branches ; Louis 111, son
fils aine, forma celle de Thouars. Créé duc de Thouars en
1463, il joignit constamment, ainsi que ses descendants.
le titre de duc au nom de sa famille, et se nomma comme
eux duc de La Trimouille.tette branche prit aussi les noms
de princes de Talmont et de Tarente, le premier comme
héritiers de la maison d'Aniboise, le second pour indiquer
leurs droits à la couronne de Naples. Georges de La tri-
mouille, quatrième fils de François, fut la souche des
marquis de Rohan et comtesd'Olonneqni s'éteignirent en
1708 Enfin, Claude, cinquième fils de François, fonda la
branche des barons de Noirmoutier, dont la baronnie fut
érigée en marquisat, et en 1650 en duché-pairie. La prin-
cesse des Ursins, si connue par le rôle qu'elle joua à la
cour de Philippe V, était fille de Louis, premier duc de
Noirmoutier. Cette branche s'éteignit en 1733.
863
LA TRIMOUILLE
864
pnts'emparer. A la mortde Condé, il s'attacha au
roi de iNavarre, et couvrit l'atlaque de Marans
du côté de Niort : quelque temps après il rem-
porta un avantage sur les ligueurs près de Poi-
tiers. Après la réconciliation du roi de Navarre
et du roi de France, La Trimouille aida Chàtillon
à défendre Tours contre Mayenne. La Trimouille
revint plus tard sous les murs de Paris ; mais
après l'assassinat de Henri III, il quitta Henri IV,
s'en alla en Poitou, et y enleva quelques places
aux Jigueurs. L'année suivante il rejoignit le roi
avec un corps de troupes nombreux, assista à la
prise de Meulan, se distingua à Ivry, et retourna
dans le Poitou après la retraite du duc de Parme.
Il défit les ligueurs près de Montmorillon, et re-
vint près du roi pour le siège de Rouen. Il le
quitta encore lorsque les Espagnols furent ren-
trés dans les Pays-Bas. En 1595 il combattit à
Fontaine-Française, et Henri IV érigea alors son
duché de Thouars en duché-pairie. La même
année La Trimouille prêta le serment d'union à
l'assemblée de Saumur, et l'année suivante il le
renouvela à Loudun. Il n'hésita pas à saisir les
deniers royaux pour payer les garnisons pro-
testantes, et son exemple fut suivi par d'autres
chefs. En 1597 il présida l'assemblée de Châ-
tellerault. Il fut un des coramissaires chargés
de traiter avec Schomberg ; mais on ne put s'en-
tendre, et La Trimouille, mécontent de la mo-
dération de l'assemblée, se retira dans le Poitou.
Il revint, le 27 décembre, sur l'invitation pres-
sante des députés des égUses; le 6 mars suivant
il retourna dans ses terres, après avoir re-
poussé les offres brillantes que de Thou et
Schomberg lui avaient faites de la part du roi.
« Quand vous me donneriez la moitié du royaume,
répondit La Trimouille, refusant à ces pauvres
gens qui sont à la salle ce qui leur est néces-
saire pour servir Dieu librement et seurement,
vous n'auriez rien avancé ; mais donnez-leur ces
choses justes et nécessaires , et que le roi me
fasse pendre à la porte de l'assemblée, vous
aurez achevé, et nul s'esmouvra. » Après l'édit
de Nantes, Henri IV envoya La Trémoille en Por-
tugal. A son retour, il se retira dans son châ-
teau de Thouars. L. L— t.
D'Aubigné, Mém. — Haag, La France Protestante.
LA TRiMOCiLLE {Henri duc de), général
français, né«n 1599, mort le 15 mai 1674. Fils
de Claude de La Trimouille et d'une fille du
prince d'Orange Guillaume le Taciturne, il prit
de bonne heure une part active aux guerres re-
ligieuses. Dès 1615 il se joignit à son cousin, le
prince de Condé. Vaillant et hasardeux, il jouis-
sait dans le parti protestant d'une grande con-
sidération. Il se fit représenter à l'assemblée po-
litique de La Rochelle par La Bourdillière; mais
il n'accepta pas le commandement que lui offrit
cette assemblée, et lorsque Louis XIII s'appro-
chait de Taillebourg , il lui l'emit cette place sans
même essayer de la défendre. Au mois de juin
1621, il se rendit dans le camp du roi devant
Saint-Jean-d'Angely, et dès lors il se réconcilia
avec la cour. Pendant le siège de La Rochelle
en 1628, il conduisit des troupes au roi, et, à la
suite d'une entrevue avec Richelieu, il abjura au
mois de juillet. Quelques jours après, il fut
nommé mestre de camp général de la cavalerie
légère. Il servit dans ce grade en Italie, où il re-
çut une blessure au genou qui le força à prendre
sa retraite. Il se retira dans ses terres, oîi il s'occu-
pait beaucoup de controverse religieuse. 11 avait
épousé en 1 619 Marie de La Tour, fille de Henri,
duc de Bouillon, qui resta fermement attachée à
la religion protestante, et fit élever ses cinq en-
fants dans sa croyance. L. L — t.
Haag; La France Protestante.
\.k TRIMOUILLK { Henri -Charles de),
prince de Tarente, né à Thouars, le 17 décembre
1620, mort le 14 septembre 1672. Son père,
Henri , duc de La Trimouille, s'était montré fort
attaché au cardinal de Richelieu, et contribua à
faire lever aux Espagnols le siège de Corbie.
Après avoir terminé ses études au collège des jé-
suites de Poitiers, Henri-Charles de La Trimouille
prit du service en Hollande, et fit ses premières
armes sous le stathouder Frédéric-Henri, prince
d'Orange, son grand-oncle. En 1638 il accompa-
gna son fils le prince Guillaume en Angleterre,
et assista à son mariage avec la fille aînée de
Charles I*"", puis il revint en Hollande. Le chagrin
que lui causa l'union d'une fille du stathouder
qu'il aimait avec l'électeur de Brandebourg
et la mort de Frédéric-Henri, en 1 647, le décidè-
rent à rentrer en France. Il obtint la permission
de lever deux régiments, l'un d'infanterie, l'autre
de cavalerie , et dans les troubles de la Fronde
il embrassa le parti de la cour et de Mazarin.
Le cardinal n'ayant tenu aucune des promesses
qu'il lui avait faites , La Trimouille entra dans
la ligue des princes , souleva la Saintonge et le
Poitou, tandis que le prince de Condé faisait la
guerre en Guienne. Au combat du faubourg Saint-
Antoine, La Trimouille eut un cheval tué sous
lui. Forcé de se replier devant les troupes roya-
les, il s'empara de plusieurs villes de Cham-
pagne, que le manque d'argent le força bientôt
d'abandonner. Après la ruine de son parti, le
prince de Tarente retourna en Hollande. A la fin
de 1655 il rentra en France : le roi et la reine-
mère lui firent un gracieux accueil ; mais, comme
il restait attaché aux intérêts du prince de
Condé , le cardinal le fit arrêter à Compiègne et
garder plusieurs mois dans la citadelle d'Amiens.
Après y avoir été détenu au secret pendant plu-
sieurs mois, il obtint sa liberté à condition qu'il
se retirerait dans ses terres de Poitou. Les trou-
bles qui éclatèrent dans cette province engagè-
rent le gouvernement à l'en éloigner et à le re-
léguer à Auxerre, puis à Laval, où il resta jus-
qu'à la paix des Pyrénées. En 1663, La Tri-
mouille repassa en Hollande, où, à la prière des
états généraux, il prit le commandement des
trouoes dans la guerre engagée contre l'évêque
865
LA TRIMOUILLE — I.ATRO
866
de Munster. De retour en France, en 1669, il
présida la noblesse aux états de Bretagne , et
sut habilement concilier les intérêts du roi avec
ceux de la province. Peu de temps après , en
1670, il abjura le calvinisme, et rentra dans le
sein de la religion catholique. Il fut inhumé
dans le tombeau de sa famille, à- Thouars. Il
avait épousé Amélie de Hesse, dont Mme de Sé-
vigné parle souvent dans ses lettres. Il a laissé
des Mémoires adressés à ses enfants, où il ra-
conte, d'une manière facile et naturelle, les
principaux détails de sa vie et ses relations avec
tous les personnage;, historiques de son époque.
Ces Mémoires ont été publiés avec des notes,
parle pèreGriffet; Liège, 1767,in-12. L. L — t.
La Trlinouille, Mémoires. — Haag, La France Protes-
tante.
I.A TRIMOUILLE ( Cliarles-Bvetagne-Ma-
rie- Joseph, duc de Tarente , prince de), gé-
néral et homme politique français , né à Paris,
le 24 mars 1764, mort dans la même ville, le
9 novembre 1839. Fils de Jean-Bretagne, duc
de La Triraouille et de Marie-Maximilienne ,
princesse de Salm-Kybourg, il fut tenu sur les
fonts de baptême parla province de Bretagne, re-
présentée par ses magistrats. Entré au service à
l'âge de quinze ans, il était déjà colonel en 1787.
A ia révolution, il émigra avec sa famille, leva et
organisa à ses frais avec le prince de Salm, son
oncle , le corps des hussards de Salm , et fit
avec eux la campagne de 1792. L'année suivante
il en remit le commandement à son frère, et passa
sous les drapeaux de l'empereur François II,
puis dans les armées napolitaines , comme co-
lonel d'état-major aide de camp du roi. Il fit les
campagnes de 1794 à 1797 en Lombardie avec
un corps auxiliaire de cavalerie napolitaine, et se
distingua notamment à la bataille de Lodi contre
les Français. En 1798 il commanda une brigade
dans l'armée de Mack. Il donna ensuite sa démis-
sion, et après un voyage en Allemagne et en An-
gleterre, il se joignit au comte Louis de Frotté
pour débarquer en Normandie. Après la pacifi-
cation de la Vendée, il vécut dans la retraite,
avec le ti-aitement de lieutenant général que lui
accorda le grand-duc de Bade, son parent. A la
restauration, Louis XVIIl lui conféra le grade
de lieutenant général et le nomma pair de France,
le 4 juin 1814. Fidèle aux principes monarchi-
ques et constitutionnels, le duc de La Trimouille
•vint se mettre à la disposition de Charles X à
Rambouillet en juillet 1830 ; le roi lui déclara
qu'il n'y avait plus rien à faire par l'épée, et que
le devoir des pairs était de se rendre à leur
poste. Le duc de La Trimouille vint alors à Paris,
prêta serment à la nouvelle dynastie en 1830,
et la soutint de son vote. L. L — t.
Sarrut et Saint-Edme , Biog. des Hommes du Jmir,
t. 11, 1« partie, p. 290. — Lardier, Hist. biog. de la C/iam-
brè des Pain.
LA TRiiuouiLLE {Antoine- Philippe m.) ,
prince de Talmoot , homme politique français,
NOUV. EIOGR, GÉNÉR, — T. XXIX.
frère du précédent, guillotiné à Laval, en janvier
1794. A l'époque de la révolution de 1789, il se
montra l'un des plus énergiques défenseurs de la
royauté. Après avoir,en 1792, servi dans les rangs
des émigrés, en qualité d'aide de camp du comte
d'Artois, il vint en France, en 1793, pour organiser
l'insurrection vendéenne. Arrêté et transféré dans
les prisons d'Angers, il gagna ses gardes, et ac-
courut à Saumur, dont les Vendéens venaient
de s'emparer. L'éclat de son nom, sa belle figure
enthousiasmèrent les paysans; il fut nommé
sur-le-champ général de la cavalerie , et prit
place au conseil. A l'attaque de Nantes, le 28 juin
1793, avec Cathelineau et d'Elbée, il fit des
prodiges de valeur. Dans toutes les rencontres,
il figurait au premier rang. Il protégea la re-
traite de l'armée royaliste refoulée vers la
Loire , et contribua puissamment à la victoire
qu'elle remporta près de Laval. Néanmoins,
après de nouveaux échecs, les violentes divi-
sions qui éclatèrent au sein de l'armée roya-
liste, l'insurrection des paysans qui refusaient
d'obéir à leurs chefs, découragèrent le prince de
Talmont, et il résolut de s'embarquer pour l'An-
gleterre. Stofflet, détaché à sa poursuite, l'ayant
ramené au camp , on le vit bientôt réparer sa
faute par son habile et valeureuse conduite à la
bataille livrée entre Dol et Antrain. Mais, après
la déroute du Mans , le prince, mécontent de
l'armée qui lui avait préféré Fleuriot pour géné-
ral en chef, abandonna ses troupes, et, suivi
d'un seul domestique, erra dans les environs de
Laval et de Fougères. Reconnu bientôt il fut
arrêté et traîné dans les prisons de Rennes , de
Vitré et de Laval. Le 15 nivôse an ii Garnier de
Saintes écrivait à la Convention : « L'ex-prince
Talmont vient d'être arrêté auprès de Fougères :
ce Capet des brigands, souverain du Maine et de
la Normandie, mérite bien de figurer sur le
même théâtre que son défunt confrère. » La
Trimouille supporta avec courage toutes les vexa-
tions qu'on lui fit endurer, et répondit aux
commissaires de la Convention avec une no-
blesse, une fermeté qui les frappèrent d'éton-
nement. « Tu es un aristocrate, lui dit un jour
Esnue-Lavallée, et je suis un patriote. — Tu fais
ton métier, et moi mon devoir, » répondit le
prince. Enfin , sur l'ordre de la Convention, il fut
exécuté à Laval, et sa tête, fichée au bout d'une
pique, fut exposée au dessus de la porte de
cette ville. Il lui a été élevé, en 1822, un monu-
ment expiatoire. L. L — T.
Moniteur, an ii (1794), n"» 108 et 117.
LATRO ( M. Porcins ), rhéteur latin origi-
naire d'Espagne, né vers 50 avant J.-C, mort
eu l'an4 del'ere chrétienne. Ami, contemporain et
compatriote de Sénèque l'Ancien, il étudia avec
lui sous le rhéteur Marillus, et devint un maître
dans ce genre d'éloquence d'apparat que les Latins
appelaient déclamation. Il réussit moins dans
l'éloquence pratique. On raconte qu'un jour en Es-
pagne, ayantà plaider dans le forum la cause d'un
28
867
LATRO — LATUDE
868
parent, il se trouva si embarrassé déparier en plein
air qu'il resta court, et pria le juge de quitter le
forum et de venir l'entendre dans la basilique.
Déjà célèbre comme rhéteur, il se rendit à Rome,
et déclama en 17 avant J.-C, devant Augusteet
Agrippa. Son école attira bientôt un grand nombre
d'élèves,parmi lesquels on distinguait Ovide. Latro
possédait une mémoire étonnante et une grande
facilité d'élocution. Aussi laissait-il rarement la
parole aux jeunes gens qui suivaient ses leçons.
Ceux-ci reçurent le nom A^ auditeurs, qui devint
synonyme de disciples* Malgré sa grande réputa-
tion , Latro essuya des critiques de la part de
ses contemporains. Messala censura sa diction,
d'autres rhéteurs blâmèrent la disposition de ses
discours. Sénèque, au contraire, parle de lui avec
enthousiasme. « Je serai souvent forcé, dit-il, de
revenir sur la mémoire de Porcins Latro, mon
très- cher camarade, et je rappellerai avec un
extrême plaisir cette intime amitié continuée
depuis notre première enfance jusqu'à son der-
nier jour. Il n'y eut jamais homme plus grave et
plus aimable, jamais éloquence plus digne. Per-
sonne ne commandait plus fortement à son tem-
pérament, personne ne s'y abandonnait avec plus
de complaisance. Il se portait vivement dans
l'un et l'autre sens, et dépassait la mesure, ne
sachant ni interrompre ni reprendre ses études.
Lorsqu'il s'était excité à écrire, il ajoutait les
nuits aux jours, redoublait son travail sans in-
tervalle, et ne cessait que quand les forces lui
manquaient. Mais aussitôt qu'il s'était donné
congé, il se livrait à tous les amusements et à
tous les jeux. « Dans d'autres passages, Sénèque
revient sur cette nature excessive de Latro,
et sur ses facultés puissantes qui se dissipèrent
en bruyantes improvisations. Latro mourut
en l'an 4. Plusieurs critiques modernes lui ont
attribué les déclamations de Sallnste contre
Cicéron et de Cicéron contre Sàlluste. Y.
Sénèque, Controv., I, prsef., p. 63 ; 11, 10, p. 157 ; II,
13, p. 175 ; IV, 23, p. 291 ; IV, prsefat., p. 273, édit. Bi-
pont. — Quintilicn , X, S. — Pline, Hist. Nat., XX, 14.
— Saint Jérôme, In Euseb. chron. Olymp., 294, l. —
Westermann, Gesch. d. Romischen Beredtsamkeit, 36. —
Meyer, Oratorum Remanorum Fragmenta. — Nicolas An-
tonio, Bibliotheca Hispana vêtus, 1. 1, c. ui, p. 10.
LATTAIGNANT. Voy. AtTAIGNANT.
i.ATtrDE {Henri Masers de), prisonnier d'É-
tat français, célèbre par sa longue captivité, né
le 23 mars 1725, au château de Craisich, près de
Montagnac (Languedoc), mort à Paris, le l**" jan-
vier 1805. Son père, chevalier de Saint-Louis et
lieutenant-colonel du régiment de dragons d'Or-
léans, fut fait en 1733 lieutenant de roi à Sedan.
Le jeune Latude reçut une éducation militaire, et,
désirant entrer dans le corps du génie, il se rendit
à^Berg-op-Zoom, auprès d'un ingénieur ami de
son père. Après la paix de 1748, il vint à Paris
pour se perfectionner dans l'étude des mathé-
matiques. Plein d'ambition, il conçut le projet le
plus extravagant qu'il soit possible d'imaginer.
Dans l'espoir de se rendre intéressant aux yeux
de la favorite du roi, Latude courut à Veisaiiies,
se fit introduire auprès de M""^ de Pompadour,
et la prévint qu'il avait vu mettre à la poste
une boîte pour elle; il lui communiqua ses
craintes sur cet envoi, lui dit de se tenir sur ses
gardes, qu'il était inquiet sur son sort, Taprès les
propos qu'il avait entendus. M™^ de Pompadour
paruttouchéedecetteattention, et lui offrit ses ser-
vices. La boîte arriva; c'était Latude qui l'avait
mise à la poste. Elle était pleine d'une poudre inoi-
fensive. On l'essaya sur des animaux ; et en voyant
qu'elle ne produisait rien, la marquise de Pompa-
dour pénétra le stratagème de Latude; elle s'en
plaignit, et Latude, arrêté, fut conduit à la Bastille,
le 1®*" mai 1749. Au mois de septembre suivant,
il fut transféré au donjon de Vincennes. Il avait
la meilleure chambre du donjon, deux heures
de promenade par jour dans le jardin. Le 25 juin
1750 il enferma un de ses gardiens, et réussit i
à tromper les .sentinelles : il s'échappa. Six jours i
après il se remit spontanément entre les mains '
du roi, qui le fit reconduire à la Bastille. La mar-
quise de Pompadour, piquée de ce que Latude
avait eu plus de confiance dans la bonté du roi que
dans la sienne, le fit tenir pendant dix-huit mois
dans un cachot. Au bout de ce temps, on le mit
avec un autre prisonnier de la marquise, nommé
Dalègre, dans une chambre ordinaire. Latude
s'étant aperçu qu'entre leur chambre et celle de
dessous il y avait un double plancher, fit un canif
d'une fiche de fer qui soutenait leur table pliante,
en l'aiguisant sur un carreau; il souleva un des
carreaux de la chambre, et avec son compagnon
défila ses chemises , ses serviettes, ses caleçons,
ses bas, ses chaussettes; ils tressèrent ensuite
ces fils, et en firent des cordes; d'un briquet La-
tude fit un couteau, puis d'un morceau de chan-
delier de fer il fabriqua une scie. Le bois qu'on
donnait aux deux prisonniers pour se chauffer
était débité en échelons, en poulies, etc.; chaque
jour le produit de leur travail était caché sous le
plancher. Enfin ils détachèrent les barreaux qui
fermaient leur cheminée sur la plateforme. Ils
avaient fait quatorze cents pieds de cordes et
deux cents échelons, et travaillèrent près de dix-
huit mois, nuit et jour, à préparer leur évasion.
Le 25 février 1756, veille du jeudi gras, ils mon-
tèrent par la cheminée, attachèrent leur échelk
à un canon, descendirent dans le fossé, qu'ils
traversèrent à moitié dans l'eau, et à l'aide d'ur
barreau, dont ils avaient fait un levier, ils déta-
chèrent les pierres d'un mur épais qui les sépa-
rait du fossé de la porte Saint-Antoine, sans
avoir été aperçus ni des sentinelles ni des rondes
qui passaient sur ce mur. Ils avaient emporti
un porte-manteau garni, changèrent d'habits, e
se réfugièrent à l'abbaye Saint-Germain des Prés
Au bout d'un mois, Dalègre quitta la Franci
et se réfugia à Bruxelles , où il fut bientôt arrêt»
et ramené à la Bastille. Latude parvint à AmS'
terdam, et fut enlevé au moment où il allai
toucher de l'argent que lui envoyait son père, It
LATUDE
870
1^"^ juin 1756. Ramené à la Bastille, il fut jeté
dans un cachot, les fers aux pieds et aux mains,
couché sur la paille sans couverture. Dans ce
triste réduit, il apprivoisa des rats qui obéis-
saient à ses moindres signes ; ayant trouvé une
branche de sureau dans sa paille, il en fit un fla-
geolet. Des projets d'utilité publique roulaient
dans sa tête; il traça quelques idées avec son
sang sur des tablettes de mie de pain, et les
communiqua au père Griffet, confesseur de la
Bastille, qui, touché de compassion, lui procura
de l'encre et du papier pour transcrire sou mé-
moire et se chargea de le remettre au ministre
au mois d'avril 1758. C'était un projet pour faire
prendre à tous les officiers et sergents des fusils
au lieu des espontons dont ils se servaient jus-
qu'alors, ce qui fut adopté et augmenta l'armée
d'iingrandnombrede fusiliers, sans qu'il en coûtât
rien. Un second mémoire que Latude adressa
à la cour, le 3 juillet 1758, traitait des finances
et du moyen de prévenir les disettes au moyen
de greniers d'abondance. Ces travaux ne pro-
curèrent aucun adoucissement à Latude, qui
écrivait en 1762 à M™^ de Pompadour : « J'ay
souffert quatorze années : que tout soit enseveli
à jamais dans le sang de Jésus-Christ; madame,
soyez femme, ayez un cœur et laissez- vous tou-
cher de compassion par mes larmes et par celles
d'une pauvre mère désolée de soixante-et-dix
ans. » La marquise resta inflexible; mais l'eau
ayant envahi le cachot de Latude, on l'en retira
et on le mit dans une chambre commode et bien
éclairée , mais sans cheminée. Son ancien com-
pagnon Dalègre devint fou furieux, et finit à
Charenton ; il se croyait Dieu. Latude avait éta-
bli des intelligences avec des demoiselles qui de-
meuraient dans la rue Saint-Antoine, en profitant
d'un grand vent pour leur envoyer des papiers.
Le 16 avril 1764, ces demoiselles étalèrent un
grand écriteau sur lequel on lisait en grosses
lettres : « La marquise de Pompadour est morte
hier. « Le mois suivant Latude écrivit à Sartine
pour demander sa liberté, et parla de la mort de
la marquise. Sartine vint le voir, et lui demanda
qui lui avait appris cette mort; Latude refusa de
le dire. Sartine lui déclara qu'il n'aurait sa li-
berté que lorsqu'il lui aurait nommé la per-
sonne de qui il tenait cette nouvelle. Enfin Latude
écrivit une lettre injurieuse à Sartine, et ses
souffrances redoublèrent. Sartine le fit mettre
au cachot, au pain et à l'eau. Le 14 août 1 764,
Dn le chargea de chaînes et on le mena à Vin-
cennes. Le 23 novembre 1765, il parvint encore
à s'évader par un temps de brouillard en ren-
versant ses t^is gardiens et en désarmant un
factionnaire. De sa retraite il écrivit au ministre
Choiseulpour lui demander une audience, et par-
tit pour Fontainebleau, où il fut arrêté à la porte
du ministre sans que celui-ci consentît à l'en-
tendre. Garrotté et reconduit à Vincennes, La-
tude fut encore jeté dans un cachot. Après la
mort de Louis XV, Malesherbes, étant devenu
ministre, alla visiter les prisons d'État, et s'in-
téressa au sort de Latude. Mais comme on luf.
dit que ce prisonnier avait des moments de fo'
lie, et qu'il serait dangereux de lui donner la
liberté, Malesherbes fit conduire Latude à
Charenton, le 27 septembre 1775. L'ordre de le
mettre en liberté arriva enfin le 5 juin 1777. On
lui enjoignait en même temps de se rendre dans
sa ville natale. Après quelques démarches in-
fructueuses pour obtenir la permission de fixer sa
résidence à Paris, il venait de se mettre en che-
min lorsqu'il fut arrêté auprès d'Auxerre, ramené
à Paris, et jeté dans la prison du Chàtelet, où il
fut mis au secret. Trois jours après on s'empara
de ses papiers, et le 1" août 1777 il fut transféré
à Bicêtre et mis dans un cachot à dix pieds sous
terre. Il y passa plusieurs années. Le président
de Gourgues, dans une visite à Bicêtre, eut quel-
que compassion pour Latude, et l'engagea à lui
remettre un mémoire détaillé de ses infortunes.
Ce mémoire, perdu par le commissionnaire, fut
trouvé par M"** Legros, qui, après l'avoir lu, prit
la courageuse résolution d'employer tous ses ef-
forts en faveur de ce malheureux. Elle fut d'a-
bord repoussée ; on lui dit que c'était un fou ,
que c'était un prisonnier dont il était dangereux
de s'occuper. Rien ne la rebuta. Elle s'ouvrit des
intelligences à Bicêtre, parvint auprès de Latude,
lui donna des secours, des habillements, quoi-
qu'elle fût sans fortune. Partout elle racontait
l'histoire de son protégé ; elle y intéressa la femme
du suisse du cardinal de Rohan, parvint au se-
crétaire de ce prince de l'Église, et enfin elle ob-
tint l'appui du cardinal lui-même, de MM. La
Tour-Dupin, de Saint-Priest, etc. M™^ Necker se
joignit à elle. Le lieutenant général de police Le-
noir vint interroger Latude à Bicêtre en 1783,
et lui rappela encore sa prétendue folie. Enfin
Latude obtint sa liberté, le 18 mars 1784. 11 lui
était encore enjoint de se rendre à Montagnac, où
il devait toucher une pension de 400 livres.
M°'^ Legros obtint la révocation de cet onlre
d'exil, et elle recueillit son protégé chez elle^
La même anné«, l'Académie Française décerna un
prix de vertu à cette femme courageuse. Ce fut
une des premières attributions du prix Montyon.
Une souscription fut ouverte en faveur du prison-
nier et remplie par d'illustres personnages. Dès le
lendemain de la prise de la Bastille, il réclama
et obtint la remise de ses papiers, de son échelle
et des outils qu'il avait improvisés pour sa pre-
mière évasion de cette prison d'État. Le tout fut
exposé dans la cour du Louvre, avec le portrait
de Latude, par Vestier. Une brochure publiée en
1787 prétendait que l'histoire de Latude était une
invention renouvelée de Bucquoi. En 1791 La-
tude sollicita des secours de l'Assemblée cons-
tituante; sa pétition, appuyée par Barnave, fut
renvoyée à l'examen d'une commission ; mais à
la suite de quelques débats l'assemblée passa à
l'ordre du jour. L'année suivante, il réclama de
nouveau, et un secours de 3,000 fr. lui fut ac-
871
LATUDE — LAUBANIE
872
coidé. En 1793, Latude forma «ne demaufie en
dommages-intérêts contre les héritiers Pompa-
dour et Amelot, et un jugement du tribunal du
sixième arrondissement de Paris, en date du
11 septembre, lui accorda 60,000 livres ; mais il
n'en toucha que 10,000. Il tomba ensuite dans
le plus profond oubli. En 1787, on avait
fait paraître : Histoire d'une détention de
trente-neuf ans dans les prisons d'État, écrite
par le prisonnier lui-même; Amsterdam (Pa-
ris), in-8° : Latude a désavoué cet ouvrage, qu'on
attribue au marquis de Beaupoil. Plus tard l'a-
vooat Thierry publia : Le Despotisme dévoilé,
ou mémoires de Latude, rédigés sur les pièces
originales; Paris, 1791, 1792, 3 vol. in-18;
1793, 2 vol: in-8°. Latude fit imprimer : Mé-
moire adressé à madame la marquise de
Pompadour par M. Danry, prisonnier à la
Bastille, et trouvé au greffe de cette pri-
son d'Etat, suivi de lettres, etc.; Paris, 1789,
in-8° : Danry était le nom sous lequel Latude
avait été écroué; — Mémoire de M. de La-
tude, ingénieur; Paris, 1789, in-8°; — Mé-
moire sur les moyens de rétablir le crédit
public et Vordre dans les finances de la
France; Paris, 1799, in-8''; — Projet de coa-
lition des quatre-vingts départements de la
France pour sauver la république en moins
de trois mais; Paris, 1799, in-8°. L. Louvet.
Thierry , Le Despotisme dévoilé. — Latude , Mémoire.
— Dufey (de l'Yonne), dans le Dict. de la Convers. —
Qnérard, La France Littéraire.
LATCIN (Saint), vulgairement appelé saint
Lain, premier évêque de Séez, en Normandie, né
dans la Grande-Bretagne au premier siècle de notre
ère, mort le 20 juin del'an 110 de J.-C. On ignore
l'époque de sa naissance ; mais on sait qu'il alla
à Rome avec plusieurs Bretons, et il est certain
qu'il fut ordonné évêque par le souverain pon-
tife et envoyé en l'an 99 (1) pour évangéliser
dans les Gaules avec d'illustres missionnaires,
spécialement saint Taurin, évêque d'Évreux, saint
Lucien de Beauvais et saint Nicaise de Rouen, où
ce dernier n'arriva jamais, ayant souffert le mar-
tyre en chemin. Saint Latuin vint à Séez, et fut
le premier qui dans ce pays, dans l'Hyesmois
et quelques parties du Perche, jeta les premiers
fondements du christianisme. Il convertit à la foi
de J.-C. une quantité considérable de personnes
et même des sicaires envoyés en secret pour le
tuer. L'histoire lui attribue beaucoup de miracles,
et elle dit que, comme un autre saint Pierre, il
guérissait les maladies par son ombre seule. En
butte aux outrages des idolâtres, saint Latuin fut
forcé de se séparer de son troupeau et de se ca-
cher en un endroit nommé Clerai, situé près delà
ville de Séez. La paix ayant été rétablie, il or-
donna des prêtres avec lesquels il partagea la sol-
(1) La légende du bréviaire de Séez, que nous rappor-
tons, anticipe sur d'autres auteurs qui portent sa mission
à la fin du troisième et même au commencement du
quatrième siècle.
licitude de son église. Forcé de nouveau de s'éloi-
gner de Séez, ce saint Apôtre ne put revenir
parmi les siens; accablé de vieillesse, il mourut
entre les bras de ses disciples, et fut enterré à
Clerai , où depuis une église fut construite sous
son invocation. Vers l'année 885, lors des ravages
exercés par les Normands, son corps fut apporté
à Anet (Eure-et-Loir), pour le dérober, ainsi que le
dit l'historien Gabriel du Moulin, curé deManeval,
dans son Histoire générale de la Normandie,
1631, « à la barbare cruauté des Normands, qui
ne pardonnaient non plus aux choses saintes
qu'aux profanes ". Au onzième siècle, Ives de Bel-
lesme, évêque de Séez, enrichit son église cathé-
drale du quatrième doigt de la main droite du
saint; mais au seizième siècle, au milieu des
guerres des calvinistes, cette vénérable relique
disparut (1). J. H. Job.
Godescard, Martyrologe. — Fret, Chroniques per-
cheronnes. — Dumoulin, Histoire générale de la Nor-
mandie, 1631.
LAUBANIE ( Yrieix de Magonthier de), gé-
néral fiançais, né le 6 février 1641, à Saint- Yrieix
(Limousin), mort le 25 juillet 1706, à Paris.
D'une famille noble, il entra dès sa jeunesse
dans la carrière des armes ; nommé successive-
ment major général (1684), brigadier des armées
(1686) et maréchal de camp (1689), il gouverna
Mons, après la mort de Nicolas de Labrousse,
puis Neuf-Brisach (1699). Assiégé dans cette
dernière place, il opéra une sortie vigoureuse,
s'empara de la ville et du château de Neubourg,
et prépara par ce beau fait d'armes la victoire
de Freisingen. Au commencement de 1702, il fut
élevé au grade de lieutenant général. L'année
suivante, on lui donna le commandement de Lan-
dau, dont le maréchal de Tallard s'était rendu
maître à la suite de la bataille de Spire. Lorsque
les Français furent obligés de repasser le Rhin,
le prince Louis de Bade et le roi des Romains,
qui fut depuis Joseph I", appuyés par l'armée
d'observation de Marlborough, traversèrent à
leur tour le fleuve et vinrent bloquer la place;
les corps dont ils disposaient l'un et l'autre ne
s'élevaient pas à moins de 120,000 hommes. Mal-
gré l'inégalité de la lutte, Laubanie refusa de
capituler, et protesta qu'il se défendrait jusqu'à
toute extrémité. En effet, quoique aveuglé par ;
une bombe qui éclata à ses pieds, il tint avec '
le plus grand courage pendant soixante-neuf
jours que dura le siège. Toutefois il dut céder
au nombre, et capitula, le 23 novembre 1704, de
la manière la plus honorable. « Il y a vraiment
de la gloire à vaincre de pareils ennemis », s'é
tait écrié un des généraux ennemis. Tout le
monde croyait que cette belle défense vaudrait
à Laubanie le bâton de maréchal; c'était aussi
(1) Les habitants du diocèse de Séez n'ont jamais ou
biié que les reliques de leur premier évêque avaient éU
déposées à Anet; à différentes époques, ils ensollicitèrenl
une portion, et en 18B7 en céda à un désir si pieux et "
légitime.
873
l'opinion du duc de Bourgogne, qui présenta ce
dernier au roi en (iisant : « Sire, voilà un pauvre
aveugle qui aurait besoin d'un bâton». Louis XIV
ne répondit rien, et le vieux général, affligé de ce
silence, tomba malade, et mourut moins de deux
ans après. Le roi avait cherché à le dédommager
en lui accordant une pension. Laubanie a laissé
un journal manuscrit du siège de Landau, qui
a été inséré dans les Mémoires relatifs à
la guerre de la succession d'Espagne sous
Louis XIV, publiés de 1835 à 1838 par le gé-
néral Pelet. P. L— Y.
Sismondi, Bist. des Français, XXVI. — Le Limousin
historique.
* liACBE (Henri), littérateur allemand, né
le 18 février 1806, à Sprottau, en Silésie. Après
avoir étudié la théologie à Halle et à Breslau,
il s'établit en 1831 à Leipzig pour suivi-e la
carrière littéraire. En 1834 il fit un voyage
en Italie avec M. deGutzkow; à son retour,
il fut exilé de Saxe , comme impliqué dans les
mouvements démocratiques. A Berlin, il fut ar-
rêté et gardé en prison pendant neuf mois. En
1837 il fut incarcéré de nouveau pour avoir fait
partie de la Burschenschqft ( association des
étudiants ). Remis en liberté en 1839, il visita en
cette année la France et l'Algérie, et vint de nou-
veau se fixer à Leipzig. Élu en 1848 au parlement
de Francfort , il y fit partie du centre ; en mars
1849 il donna sa démission, étant en désaccord
avec ses électeurs au sujet de l'élection d'un
empereur. Cette même année il fut appelé à
Vienne pour y diriger le théâtre de la cour. Laube
appartient à l'école littéraire nommée la jeune
Allemagne. Les romans et pièces de théâtre de
M. Laube ont obtenu un succès mérité. On a de
lui : Das neue Jahrhundert ( Le Siècle nou-
veau); Furth et Leipzig, 1832-1833, 2 vol.; —
Bas junge Europa (La jeune Europe) ; Mann-
heim, 1833-1837, i \o\.; — LiebesbrieJ'e (Let-
tres d'amour) ; Leipzig, 1835 ; — Reisenovellen ;
Mannheim, 1834-1837, et 1847, 6 vol., in-8°:
dans cetouvrage, très-amusant,on trouve décrites
avec beaucoup de finesse et d'exactitude les par-
ticularités des mœurs du nord de l'Allemagne;
— Die Schauspielerin (L'Actrice); Mdnnheim,
1835; — Moderne Charakteristiken (Carac-
tères modernes); Mannheim, 1835, 2 vol.,
in-8° : dans ce livre, consacré en partie aux écri-
vains actuels de l'Allemagne, beaucoup de juge-
ments sont inspirés par la camaraderie ; — Ges-
chichte der deutschen Literatur ( Histoire de
la Littérature allemande) ; Stuttgard, 1840, 4 vol.:
ouvrage faible et superficiel ; — FranzOsische
Lustschlosser ; MauQheim , 1840,3 vol. in-12;
— Das Jaydbrevier ( Le Bréviaire du Chasseur) ;
Leipzig, 1841, in-16; — Die Bandomire; Mi-
tau, 1842, 2 vol., in-8"; — Die Gràfin Cha-
teaubriand (La Comtesse de Chateaubriand);
Leipzig, 1843 et 1846, 3 vol. in-S"; — Drei
Konigstadte im Norden (Trois Villes royales
dans le Nord); Leipzig, 1845, 2 vol., in-8°; —
LAUBANIE — LAUBESPIN
874
Der belgische Cfra/J (Le Comte belge); Mann-
heim, 1845, in-12; — Di'amatische Werke
( Œuvres dramatiques); Leipzig, 1845-1848,
6 vol. in-S". Parmi les productions théâtrales de
Laube les principales sont sa tragédie de Struensee
et les comédies Gottsched und Gellert, Die
Karlsschûler et Priiiz Friedrich ; Paris, 1847
(Paris en 1847); Paris, 1848; — Das erste
deuische Parlament ( Le premier Parlement al-
lemand); Leipzig, 1849, 3 vol. Laube a aussi
inséré beaucoup d'articles dans la Zeitung fût
die élégante Welt, dont il fut pendant plusieurs
années le rédacteur en chef. E. G.
Conversations-Lexikon. — Jitliap Scbmidt, Geschichte
der deutschen Literatur im 19 Jahrhundert.
LACBERT [Charles-Jean), médecin et chi-
miste français , né en 1762, à Teano, dans le
royaume de Naples, d'un officier français au ser-
vice du roi d'Espagne, mort à Paris, en 1835.
Il s'appliqua de bonne heure à l'étude des sciences
naturelles. En 1788, il essaya d'extraire l'indigo
de V Isatis tinctoria, par la macération des
feuilles de cette plante, et l'année d'après, il fit
des expériences pour établir une fabrique d'a-
cide sulfiirique. Elles eurent un plein succès,
mais ne furent pas encouragées. La théorie de
Lavoisier, qu'il suivait dans ses cours, et la ré-
pétition des expériences de cet illustre chimiste,
excitèrent contre lui quelques-uns des partisans
des anciennes doctrines, jaloux de la réputation
qu'il se faisait. La France étant devenue le
théâtre des plus belles découvertes de la chimie,
Laubert résolut de s'y rendre pour prendre part
au mouvement scientifique. Peu après son arri-
vée en 1793, il fut forcé par les circonstances à
servir aux armées, et il entra comme pharma-
cien dans le service de santé. Il prit part aux
campagnes d'Italie, de Hollande, d'Allemagne,
d'^'Espagne, de Russie. En 1808 il était pharma-
cien en chef des armées; il fut nommé en 1812
pharmacien en chef de l'armée de Russie, et
devint en 1814 membre de l'Académie royale
de Médecine. Laubert a rédigé, sous la surveil-
lance du Conseil de Santé, le Codex pharma-
ceutique des Hôpitaux militaires. Il s'est livré
à beaucoup de travaux chimiques sur les sub-
stances végétales , travaux qui ont donné une
grande extension à l'emploi de l'éther comme
réactif dans les analyses végétales; ses essais
analytiques sur le quinquina ont servi de pré-
lude à la découverte de la quinine. Il a fourni
divers articles au Dictionnaire des Sciences
médicales, et il a été un des trois rédacteurs
du recvidiàe Mémoires de Médecine, Pharma-
cie et Chirurgie militaires. G. de F.
Dictionn. des Sciences Médicales (parUebiographique).
— Statistique des Lettres et des Sciences en France.
LAUBESPIN {Emmanuel, comte de), né à
Orgelet, en 1780, mort en 1848. Il appartenait à
unedes familles les plus distinguées de la Franche-
Comté. Il vint de bonne heure à Paris, et tra-
vailla à différents journaux. Plus tard il devint
membre du conseil général des manufactures, et
87 ;:
LAUBESPIN — L'AUBESPINE
876
dans sa retraite il réunit une riche collectioa de
pièces historiques. On a de lui : Mémorial por-
tatif de Chronologie, d'Histoire industrielle,
d'Économie politique, de Biographie, etc.;
1812, in-12; 1830-1831, 2 vol. in-12; — Revue
de l'Histoire universelle moderne, ou tableau
sommaire et chronologique des principaux
événements arrivés depuis les premiers siècles
de l'ère chrétienne jusqu'à nos jours ; Paris,
1823, 2 vol. in-12. Pour ces deux ouvrages, le
comte de Laubespin fut aidé par M. Battelle.
Le comte de Laubespin a traduit de l'anglais
les Antiquités romaines d'Adam, 1-818; et la
Vie de Poggio Bracciolini, de Shepherd ; 1819.
11 a travaillé à la Bibliothèque française, au
Magasin Encyclopédique et au Moniteur. 3. V.
Feller, Biogr. univ., suppl. de M. Weiss. — Quérard,
La France Littéraire.
L'AUBESPINE , famille française originaire de
la Beauce. Ses principaux membres sont :
L'AUBESPINE {Claude de), diplomate fran-
çais, mort le 11 novembre 1567. Fils aîné de
Claude de L'Aubespine, seigneur d'Érouville,
P]anche\ille et de la Trousse-Rigault, il devint
secrétaire d'État en 1537, prit part aux princi-
pales négociations diplomatiques sous les rois
François I", Henri II, François II et Charles IX,
et occupa une place importante dans la confiance
de la reine mère. Le 10 novembre 1567, jour
de la bataille de Saint-Denis, Catherine de Mé-
décis alla le consulter au chevet du lit où il gi-
sait atteint de la maladie dont il mourut le len-
demain. Il lui proposa des mesures utiles pour
le bien de l'État. L'héritage politique de Claude
deL'Aubespine fut partagé entre ses plus proches
parents par Catherine de Médicis : son gendre, Vil-
leroy, devint secrétaire d'État; son fils, Claude,
nommé maître des requêtes, fut chargé de l'am-
bassade d'Espagne; son frère puîné, Sébastien,
le remplaça plus spécialement dans la direction
des plus secrètes affaires de l'État.
L'AUBESPINE (Sébastien de), prélat et di-
plomate français, frère du précédent, né dans la
Beauce, en 1518, mort à Limoges, en 1582. Sa
haute aptitude peur les affaires lui avait valu
de la part de François 1" le don de plusieurs
bénéfices ecclésiastiques, notamment de l'abbaye
de Basse-Fontaine, au diocèse de Troyes. En-
voyé en Suisse, il y combattit l'influence de l'em-
pereur ( 1543 ); à la diète de Worms, il prépara
la besogne de l'ambassadeur en titre , le comte
de Grignan , homme plus illustre par ses aïeux
que par son mérite ( 1545 ). Henri II le chargea
ensuite de négocier avec les Strasbourgeois (1548)
et de faire modifier le traité d'alliance avec les
cantons helvétiques. L'abbé de Basse-Fontaine,
de retour en France, fut chargé d'une ambas-
sade en Flandre, mais il reprit bientôt ses an-
ciennes fonctions en Suisse, et y négocia encore
avec habileté et bonheur; puis il fut nommé
ambassadeur auprès de Phifippe II d'Espagne,
et la mort de Henri II ne lui fit pas perdre cette
place. Il était depuis l'année 1558 pourvu de
i'évêché de Limoges, ville dans laquelle il possé-
dait déjà la riche abbaye de Sa.int-Martial. Sous
François II il se montra trop dévoué aux Guise
pour conserver son ambassade. Il revint en
France travailler à la pacification du royaume ,
et accompagna en 1 564 le maréchal de Vieille-
ville en Suisse. Après la mortde Claude deL'Au-
bespine , son frère , Catherine l'initia à tous les
mystères de sa politique. Ses nombreux services
ne furent pas récompensés par Henri El ; son
crédit baissa avec celui de la reine mère, et on
finit par le congédier brutalement. Selon de
Thou, Louis de Lorraine , cardinal de Guise, fit
exiler de la cour l'évêque de Limoges, « sous
prétexte qu'il étoit honteux qu'un homme élevé
comme lui à l'épiscopat depuis tant d'années
n'ertt pas encore reçu les ordres sacrés, mais
dans le fond parce qu'il le soupçonnoit de n'être
pas favorable au parti qu'il soutenoit. ■» Quoi
qu'il en soit, retiré à Limoges, Sébastien de
L'Aubespine se fit enfin pourvoir des ordres, et
donna tous ses soins aux œuvres pieuses de l'é-
piscopat. Il fut enterré dans son église cathédrale.
Tous ses papiers, témoignages écrits de sa vie
politique , avaient été légués par lui à son neveu
Guillaume de L'Aubespine, baron de Chàteau-
neuf, seigneur d'Hauterive, etc., chancelier des
ordres du roi et ambassadeur en Angleterre sous
Henri IV et Louis XIII. Ce fonds précieux s'aug-
menta ensuite de plusieurs autres documents,
dus à divers membres de la famille. Il se trou-
vait réuni ou plutôt oublié dans les combles du
château de Villebon, lorsqu'en 1833 M. Louis
Paris sauva ce qui en restait. La con'espondance
de Sébastiende L'Aubespine a été depuis publiée
par ce paléographe, dans la Collection des Do-
cuments inédits sur l'histoire de France,
imprimée aux frais de l'État , sous le titre de
Négociations , Lettres et Pièces relatives au
Règne de François II ; Paris, 1841, in-4''.
L'AUBESPINE ( Charles de ) , marquis de
Châteauneuf-sur-Cher, diplomate français, mort
en 1653. Fils de Guillaume de L'Aubespine-Chà-
teauneuf, il fut créé chancelier des ordres du roi,
conseiller d'État, abbé de Préaux, deMassay et
de Noirlac , gouverneur deTouraine, ambassa-
deur en Angleterre ( 1629) et garde des sceaux
( 1630). Disgracié en 1633, et même emprisonné
pendant plusieurs années, il fut rappelé à la
cour en 1643, et obtint de nouveau les sceaux le
2 mars 1650>^j par le crédit de la duchesse de
Chevreuse. Ils lui furent retirés une seconde
fois le 3 avril 1651. Quelques mois après il rentra
au cabinet, lors de la déclaration de la majorité
du roi. Mais bientôt, se voyant sans crédit, il prit
le parti de se retirer, dans les premiers mois de
1652. Il mourut en 1653, « chargé d'années et
d'intrigues , » dit madame de Motteville.
Son frère François, marquis d'Hauterive,
lieutenant général de Touraine , fut chargé de
missions importantes dans les Pays-Bas , eJ
mourut en 1696. Gabriel, évêqiie d'Orléans,
auteur de quelques ouvrages de théologie, mort
en 163C, était aussi frère du marquis de Châ-
teauneuf.
De Gilles de L'Aubespine, troisième fils de
Claude, seigneur d'ÉrouvJlle, étaient issus les sei-
gneurs de Verderonne et de La Poirière en
Beauce.
Charles-François , dit le comte de L'Aubes-
piNE, épousa, en 1743, Henriette-Maximilienne
de Bétlinne-Sully, seule héritière de sa famille,
et devint ainsi possesseur du manoir de Villebon,
où Sully était mort.
Après tant d'illustration sont venus pour le
nom de L'Aubespine les jours de misère et d'ou-
bli. « Il y a quelques années, nous apprend
M. L. Paris, pour retrouver les rejetons de cette
illustre maison M. de Salvandy, ministre de
l'instruction publique, fut conduit à l'échoppe
d'un ouvrier charron : c'était là qu'à titre d'or-
phelins recueillis , les derniers descendants des
L'Aubespine et des Sully acceptaient de la pitié
d'un artisan l'éducation et le salaire d'apprentis
menuisiers. » En effet, le dernier comte de
L'Aubespine, prodigue et malheureux, est mort
il y a une vingtaine d'années, après avoir aliéiié
tous les biens de sa famille, y compris le châ-
teau de Villebon. J. V.
De Thoa, Hist. sui temp. — Le Bas, Dict. encycl. de
la Franne. — L. Paris, Notice en tête des Négociations,
Lettres et Pièces relatives au règnt de François II. —
M™" de Motteville, Mém.
JLAITBRY ( Maurice) , jurisconsulte français,
né à Reims, en 1745,moFtdans la même ville,
en 1803. 11 étudia la théologie, puis le droit, et
devint avocat au parlement de Paris. En 1782 il
fut nommé chanoine de' Reims, et l'année sui-
vante vice-gérant de l'ofticialité diocésaine et pro-
moteur métropolitain en 1786. On a de lui : ua
Traité des Unions de Bénéfices, Paris, 1778,
i n- 1 2, et un Ti'aité des Érections de Bénéfices ,
Paris, 1782, in-l2. Il a laissé manuscrit un
Traité de l'Accord de la Religion avec la]Po-
liiique. Très-versé dans la langue hébraïque,
il a laissé aussi une version latine des Psaumes
de David. 6. de F.
Feller, Dict. hist.
LACD ( William), théologien anglais, né à
Reading dans le Berkshire , le 7 octobre 1 573 ,
décapité le 10 janvier 1645. Il était fils d'un
drapier. Ses ennemis lui reprochèrent durant sa
prospérité la bassesse de sa naissance, qui n'était
pas cependant plus humble que celle de la plu-
part des ecclésiastiques de son temps. 11 fut un
de ceux qui contribuèrent le plus à faire de l'É-
glise d'Angleterre une profession honorable pour
des hommes de bonne et noble famille. Après
avoir reçu sa première éducation à l'école de
Reading, il se rendit à Oxford, et devint étudiant
puis agrégé du collège Saint-John. Il entra ensuite
dans les ordres. Dès l'université il eut la répu-
tation d'incliner vers le papisme. Sa polémique
contre les puritains lui attira le mauvais vou-
L'AUBESPINE ~ LAUD 878
loir du docteur Abbot, chancelier de l'univer-
sité et depuis archevêque de Cantorbéry, et sa
position à Oxford au milieu d'ennemis zélés de
l'Église romaine devint difficile. Il accepta la
place de chapelain de Charles lord Mountjoy,
comte de Devonshire, en 1603. Sa complaisance
pour son patron lui fit commettre une action
contraire à ses principes. Lui, qui soutenait que
le mariage est un sacrement indissoluble, qui
mit plus tard l'Ecosse en feu plutôt que de
céder sur ce point, célébra le 26 décembre 1605
le service nuptial du comte de Devonshire et
de lady Rich, dont le mari vivait encore. Les en-
nemis de Laud exagérèrent sa faute, et la pré-
sentèrent au roi Jacques I*"" sous de si sombres
couleurs que ce prince pendant plusieurs années
ne permit pas qu'on lui parlât en faveur du cha-
pelain. Laud, de son côté, se reprochait si amère-
ment sa conduite dans cette affaire que le 26 dé-
cembre devint pour lui unjour de jeûne et d'hu-
miliation. On a encore une prière qu'il composa
à cette occasion. Cet épisode de la vie de Laud
ne mériterait pas d'être rappelé s'il ne mettait
en évidence deux traits caractéristiques de ce
prélat; la complaisance pour les puissants et la
bigoterie.
Malgré la colère du roi, Laud fut nommé vi-
caire de Stanford en 1607, recteur de North
Kilworth en 1608 et la même année chapelain
de Neile, évêque de Rochester. La protection de
Neile l'emporta sur l'hostilité d'Abbot,et Jacques,
après une longue entrevue avec Laud, lui conféra
une prébende à Westminster. En 1611 il devint
président du collège Saint-John à Oxford. Il
obtint peu après le titre de chapelain du roi, et
en 1616 celui de doyen de Glocester. En 1617
il accompagna Jacques en Ecosse et travailla de
toutes ses forces à remanier l'Église presbyté-
rienne dans un sens anglican. Son zèle fut ré-
compensé par l'évôchéde Saint-David, le 18 no-
vembre 1621. En mai 1622, une conférence eut
lieu entre lui et le jésuite Fisher, en présence
du marquis de Buckingham. Le 15 juin il devint
G. de Buckingham. C'est par cette lettre initiale
que Laud, dans son Journal {Diary), désigne sa
position auprès du favori du roi. On a beaucoup
disputé sur cette initiale, que les uns traduisent
par chapelain, les autres par confesseur. Le
journal de Laud fait peu d'honneur à son intel-
ligence; il y est beaucoup question de rêves et
de présages. Le 14 décembre 1622, il rêva que
Williams , garde du grand sceau , était mort.
Williams et Abbot étaient les deux principaux
obstacles à sa grandeur. Le premier tomba dans
la disgrâce, le second fut emprisonné pour un
homicide involontaire. Sous Charles I*"", fils et
successeur de Jacques, la fortune de Laud gran-
dit rapidement. En 1626 il fut nommé évêque
de Bath et Wells et doyen de la chapelle royale.
Le 8 mars il rêva qu'il était réconcilié avec
l'Église de Rome. Un rapprochement avec cette
Église était depuis longtemps et fut plus que ja-
879 LAUD
mais f objet de ses pensées. 11 devint en \6Y7
conseiller privé et évêque de Londres en 1628.
Laniortde Buckingham, son ancien protecteur,
lui laissa la première place dans les conseils de
Charles I". Ce fut vers ce temps que commença
son étroite union avec Strafford.
Laud se signala en persécutant les puritains et
les autres sectaires religieux. Un médecin.nommé
Leighton, auteur d'un livre contre les évoques,
fut condamné par la chambre étoilée à avoir les
oreilles coupées , le nez fendu , le front marqué
au fer rouge, et à être fouetté. Cette sentence fut
le signal de beaucoup d'autres, aussi injustes et
aussi cruelles. Le prélat qui en était l'instiga-
teur fut choisi pour chancelier de l'université
d'0\ford en 1630, et succéda à son ancien ad-
versaire Abbot dans l'archevêché de Cantorbery,
le 16 août 1633. Vers le même temps, le pape
lui fit offrir le chapeau de cardinal ; mais Laud
n'osa pas rompre ouvertement avec la réforme,
et déclara que quelque chose en lui s'opposait
à ce qu'il acceptât cette dignité tant que Rome
ne serait pas autre qu'elle était. Cependant il se
rapprochait autant que possible de la discipline
romaine, et dans un voyage qu'il fit en Ecosse
en 1634, à la suite du roi, il s'efforça d'intro-
duire dans l'Église écossaise les innovations
qu'il se proposait d'appliquer à l'Église angli-
cane. Cet essai eut d'abord une apparence de
succès, et finit par provoquer une explosion qui
commença la ruine de Charles î*^.
Laud était au comble du pouvoir. Il avait
placé dans le ministère deux de ses créatures,
Windebank et le docteur Juxon ; il réunissait
au titre de primat celui de lord-trésorier, et, pos-
sesseur à la fois du pouvoir spirituel et du pou-
voir temporel, il pouvait faire emprisonner et
mutiler ceux qui ne pensaient pas comme lui.
Williams, évêque de Lincoln, ex-garde du grand
sceau, et auteur d'un livre dans lequel il raillait
quelques-unes des innovations du primat, fut
condamné à 10,000 livres sterling d'amende , à
rester en prison selon le bon plaisir du roi, et
fut révoqué de ses fonctions ecclésiastiques.
Osbaldeston, recteur de l'école de Westminster,
pour avoir dans une lettre particulière écrit
quelques injures qui pouvaient s'appliquer .à
Laud, fut condamné à être marqué au fer rouge,
à être exposé au pilori et à avoir les oreilles
clouées au poteau. Des peines encore plus bar-
bares punirent les délits de presse de Prynne,
de Bastwick, de Burton, de Lilburne , de War-
toQ. Une ordonnance de la chambre étoilée dé-
fendit à toute personne « d'imprin>er un livre ou
an pamphlet sans Vimprimatur de l'arche-
vêque de Cantorbery ou de l'évêque de Londres,
ou sans celui des chanceliers des universités de
Cambridge et d'Oxford; aucun livre venu de
l'étranger ne pourrait être mis en vente sans
avoir été examiné par l'archevêque de Cantor-
bery ou par l'évêque de Londres ; toute per-
sonne qui imprimerait ou qui aurait des presses
880
sans autorisation serait exposée au pilori et
fouettée publiquement. » Ces mesures ne purent
comprimer dans la nation l'esprit d'indépen-
dance , et Charles P'' fut forcé de convoquer
un parlement le 3 novembre 1640. Dès le 18 dé-
cembre la chambre des communes envoya
à la chambre des lords une accusation contre
Laud, qui fut envoyé à la Tour. Il y resta plus
de trois ans dans une étroite captivité, et privé
de tous ses revenus ecclésiastiques. Enfin, le
12 mars 1644, il comparut devant la chambre
des pairs. Les charges contre lui étaient nom-
breuses et graves ; mais aucune ne pouvait être
légalement qualifiée de haute trahison» Les com-
munes, fatiguées de voir les débats se prolonger
indéfiniment, substituèrent, le 21 novembre, à
leur acte d'accusation un acte de proscription ou
d'attainder. Les lords l'acceptèrent le 4 janvier
1645, et Laud fut conduit au supplice le 10 jan-
vier. Il subit la mort avec courage. L'injustice
et l'illégalité de l'acte qui le frappa sont généra-
lement reconnues. Mais c'est à tort que certains
anglicans zélés ont voulu faire un martyr de
celui qui fut un cruel persécuteur. Le primat ne
souffrit rien qu'il n'eût fait souffrir aux autres.
La pureté de ses mœurs , sa libéralité souvent
rappelée par ses apologistes , les dons qu'il fit
à l'université d'Oxford , les monuments qu'il y
éleva méritent sans doute des éloges, mais n'ex-
cusent pas les torts de sa vie publique. Son in-
telligence était cultivée, mais d'une médiocre
portée. Il paraît qu'il ne comprit pas bien où le
conduisaient ses doctrines rehgieuses, et qu'en
se rapprochant du catholicisme romain il croyait
rester fidèle à l'Église anglicane. Sur l'échafaud
il déclara avec une énergie sincère qu'il avait
vécu et qu'il mourait dans la profession de la
religion protestante établie en Angleterre.
Les productions peu nombreuses qui nous res-
tent de Laud prouvent qu'il consacra plus dp
temps aux affaires qu'à l'étude, et ne donnent pas
une grande idée de son savoir ; elles consistent
en Sept Sermons imprimés séparément et réunis
en 1651, in-8° ; en de Courtes Remarques sur
la vie et sur la m,ort de Jacques r^; en une
Réponse à la Remontrance faite par la Cham-
bre des Communes en juin 1628 ; en un Offi-
cium quotidianum, ou Manuel de dévotions
privées; 1650, in-8°. Son Diary, journal mi-
nutieux de tous les faits de sa vie et de ses
plus secrètes pensées, fut publié de son vivant
par Prynne, un de ses plus implacables ennemis.
Prynne n'en donna que les extraits la plus dé-
favorables au prélat. Wharton, pour défendre
la mémoire de Laud , inséra intégralement le
JDiary en tête d'une Histoire des Souffrances et
Jugement de l'archevêque Laud écrite par
lui-même; 1694, in-fol.; il y ajouta le discours
que Laud fit sur l'échafaud ; son testament fait
à la Tour, 13 janvier 1543 (1644); ses Remar-
ques sur le Chef-d'Œuvre de Rome , ou la
grande conspiration du pape et des jésuites.
881
ses suppôts, pour extirper la religion pro^
testante, etc. Un second volume des Remains
0/ Archbishop Laud, written by Mmself ,
recueillis par Wharton, parut en 1700, in-fol.
Dix-huit lettres de Laud à Gérard Vossius ont
été publiées par Colomiès dans ses Epistolse
Gerardi Vossii; 1690, in-fol.; quelques autres
lettres de ce prélat se trouvent parmi celles de l'ar-
chevêque Usher ; Londres, 1680, in-fol. L. J.
Prynne, Breviate of the life of fyill. Laud, extracted
for tlie most part ont ofhis owne Diary ; Londres, 1644,
in-fol.— Ileyiin, Cyprianus anglicus, orhistory of the
lifé and death of Jf^ill. Laud; Londres, 1668, in-S". —
Wharton, Troubles and Tryal of the most révérend
fatàer in God and blessed martyr TFill.Laud, to whick
is preftxed the Diary of his own life; Londres, 1794,
In-fol. — Clarendon, History of the Rébellion.— Brunet,
History of his own Times. — Chaufepié, Diction. Hist.
— Biographia Britannica. — Laud, Life and Times of
^ill.Laud; Londres,18S9, In-S".
LACDATi ( Giosef/o ) , peintre de l'école ro-
maine, né à Pérouse, en 1672, vivait encore en
1718. Il fut élève dans sa patrie de Montanini,
et à Rome de Carlo Maratta, qui avait pour lui
une vive prédilection. En 1700, il revint à Pé-
rouse, qu'il enrichit de beaux ouvrages , et ne
contribua pas peu par son exemple à ramener
les peintres de l'Ombrie à une manière plus cor-
recte. On voit de lui dans l'église de Saint-Do-
minique une Sainte Rose de Lima , et un ta-
bleau qui passe pour son chef-d'œuvre. Saint
Pie V donnant pour relique à l'ambassadeur
de Pologne une poignée de terre prise sur la
place du Vatican. E, B — n.
Orlandi, Abbecedario. — Lanzl, Storia Pittorica. —
Ticozzi , Dizionario. — Garabini, Guida di Perugia. —
Slret, Dict, hist. des Peintres.
LABDER {Guillaume), imposteur littéraire,
né en Ecosse, vers 1710, mort aux Barbades,
en 1771. Il étudia à l'université d'Edimbourg et
y enseigna le latin. Il publia en 1739 une édition
des Psaumes de Johnson, et fut nommé maître
de l'école de Dundee en 1742.11 se rendit ensuite
à Londres, et en 1747 il commença à publier dans
le Gentleman's Magazine des articles sur les
plagiats de Milton, qu'il réunit en 1751 sous le titre
de An Essay on Milton's use and imitation
of the modems in his Paradise Lost ; 1751,
in-8°. Ses citations, si elles avaient été authen-
tiques, auraient prouvé que Milton a copié Mas-
senius , Staphorstius , Taubmannus et autres ;
mais ces citations, comme le prouva le docteur
Douglas, ont été fabriquées par Lauder lui-même
ou prises dans une traduction latine du Paradis
perdu par Alexandre Hog. L'imposteur, con-
fondu, fut contraint de signer un aveu de son
mensonge , que Samuel Johnson rendit public.
Il retourna cependant à la charge contre Milton
dans un pamphlet intitulé : The grand Im-
postor detected, or Milton convicted offor-
gery against Charles 1er, 1754. cet ouvrage
fut reçu avec dégoût, et l'auteur, généralement
méprisé, alla tenir une école aux Barbades, où il
mourut. Z.
Douglas, Milton vindicated from the charge of pla-
giarism; 1761, in-8». — NicUols, howyer. — Chalmers,
LAUD — LAUDERDALE 882
Life of Ruddiman. — Boswell, Life of Johnson. —
Chalmers, General Biographical Dictionary.
LAUDER (Sir Thomas-Dick), littérateur an-
glais, né en 1784, mort le 29 mai 1848, près
Edimbourg. Il appartenait à une famille de ba-
ronets d'Ecosse , cultiva les lettres dès sa jeu-
nesse, et fut admis à la Société royale d'Edim-
bourg. Collaborateur du Blackwood's Maga-
zine , dès sa fondation , il inséra de nombreux
articles dans ce recueil et dans d'autres feuilles
du même genre; un de ses premiers romans,
Simon Roy, gardener al Dumphail , attira
l'attention du public au point d'en faire attribuer
la paternité à l'auteur de Waverley. On a encore
de lui : Lochandhu et The Wolfe of Bade-
noch, romans; — The Purallel roads ofGlen-
roy, notice géologique imprimée dans le tome IX
des Afémoî?^es de la Société royale d'Edimbourg;
— Account of the great jïoods of august
1829 in the province of Moray and the ad-
joining districts ; Y.à\v£\ho\ixg, 1830, in-8°; —
Highland rambles, with long taies to shor-
ten the tvay ; ibid., 183-7, 2 vol. in-8°; — Le-
gendary Taies of the Highlands; ibid., 1841,
3 vol. inl2; — Tour round the coasts of
Scotland; ibid., 1842, in-4°; — Mémorial of
the royal progress in Scotland; ibid., 1843;
— Farquharson of Inverey et Donald Lamont,
nouvelles qui font partie des Edinburgh Taies,
publiés par M™^ Johnstone; Edimbourg, 1845-
1846, 3 vol. P. L— Y.
Peerage uf Scotland. — Cyclopsedia of English Biogr.
LAUDERDALE {John Maitland, duc de),
homme d'État écossais , né à Lethington, le
24 mai 1616, mort à Tunbridge, le 24 août 1682.
Il était fils de John, second lord Maitland de
Thirlstane et premier comte de Lauderdale. Il
fut élevé dans les doctrines de l'Église réformée
d'Ecosse, et reçut en même temps une bonne
éducation littéraire. 11 entra de bonne heure
dans la vie publique , se joignit aux insurgés
écossais de 1638, et fut un des plus zélés par-
tisans du Covenant. Sa politique tortueuse et
brutale apparaît dans tous les actes qui abaissè-
rent la puissance de Charles l" devant le par-
lement d'Ecosse et le fanatisme des covenan-
ters. Il prit une part secrète au marché qui livra
ce prince au parlement d'Angleterre , et fut un
de ceux qui dénoncèrent avec le plus de véhé-
mence cette transaction quand elle fut accom-
plie. Pensant que Charles l" était assez abattu
pour subir toutes les conditions de ses sujets, et
que les covenanters avaient intérêt à maintenir
un prince qui ne pourrait rien leur réfuser, il
alldtrouver leroi, qui jouissait à Hampton-Court
d'une apparence de liberté, et lui promit que les
Écossais le rétabliraient sur le trône. Mais les
conditions de cette restauration étaient si dures
que Charles l^" les repoussa d'abord. Cependant
quelques mois après, n'ayant plus d'autre espoir,
il céda aux instances de Lauderdale, et signa, le
26 décembre 1647, dans sa prison de l'île de
883
"Wiglit, les articles par lesquels il consentait,
entre autres choses à soumettre l'Église de ses
États aux règlements du Covenant; les Écossais
stipulèrent de leur côté qu'ils lèveraient une ar-
mée , et entreraient en Angleterre pour rétablir
le roi sur le trône. Ce traité est désigné dans
l'histoire d'Ecosse sous le nom & Engagement.
Lauderdale s'occupa activement de le mettre à
exécution, et se rendit en Hollande pour presser
le prince de Galles de venir prendre le comman-
dement de l'armée écossaise. Mais il s'acquitta
de sa commission avec une brutalité qui la fit
échouer. Il revenait en Ecosse lorsqu'il apprit
que les troupes du Covenant avaient été battues
par les Anglais, et que le parlement d'Ecosse
menaçait d'une punition sévère les auteurs de
l'engagement. Il retourna donc à La Haye auprès
du jeune prince, et le suivit en Ecosse en 1650.
Charles II, entouré à Edimbourg de sectaires
qui lui étaient odieux, s'attacha à Lauderdale, qui
était un peu moins intraitable que les autres.
Celui-ci l'accompagna dans son expédition en
Angleterre, et fut fait prisonnier à la bataille de
"Worcester. Il resta neuf ans enfermé soit à la
Tour, soit dans d'autres places de captivité.
Rendu à la liberté par Monk en 1660, il alla re-
trouver à La Haye Charles II, qui immédiatement
après la restauration le nomma secrétaire d'Etat
pour l'Ecosse. Les places de président du Con-
seil, premier commissaire de la trésorerie, lord
de la session, lord de la chambre, gouverneur
du château d'Edimbourg, ne tardèrent pas à lui
être conférées. Il partageait le gouvernement de
l'Ecosse avec les comtes de Middleton et de
Rothes, aussi zélés pour l'épiscopat que lui-même
l'était pour le Covenant. Son influence l'emporta
sur celle de Middleton et Rothes, qui furent dis-
graciés l'un en 1662, l'autre en 1667, et H attei-
gnit le plus haut degré de puissance qu'un sujet
ait jamais exercée en Ecosse. 11 en fit d'abord
un bon usage, et plus d'une fois il résista aux
volontés du roi lorsqu'elles lui parurent nuisibles
à son pays; cependant il ne cessa pas de grandir
dans la faveur royale, et bientôt il devint évi-
dent que son indépendance n'avait été qu'un
moyen de gagner la popularité ; au fond il était
disposé à tout ce que la royauté exigerait de lui.
Il mit de côté ses principes et ses préjugés tou-
chant l'Église et l'État, et alternativement flatta,
insulta, courtisa et persécuta les partisans de
l'épiscopat et les presbytériens, les tories et les
wbigs selon que le demanda la politique chan-
geante de Charles IL En récompense de ce dé-
vouement sans scrupules, le roi le combla de di-
gnités. Le 2 mai 1672 il fut créé marquis de
March, et duc de Lauderdale le 2 juin 1673, il
reçut la jarretière , et le 25 juin 1674 il fut élevé
à la pairie anglaise sous les titres de vicomte
Peter sham et comte de Guilford,et admis vers
le même temps dans le conseil privé. Il s'associa
aux membres les plus influents du conseil, et
forma avec eux le cabinet désigné sous le nom
LAUDERDALE 884
de Cabale (1). Dans ce cabinet, qui passe pour
la plus détestable administration qu'ait eue
l'Angleterre, Lauderdale se distingua peu hono-
rablement. « Bruyant et grossier dans ses joies
comme dans ses colères , dit Macaulay, il était
peut-être, sous les dehors d'une pétulante fran-
chise, le plus méprisable des membres de la
Cabale.... Les cavaliers le tenaient pour un
traître d'une pire espèce, s'il était possible, que
ceux qui avaient siégé dans la haute-cour de
justice. 11 parlait souvent avec une gaîté fanfa-
ronne de l'époque où il était fanatique et rebelle.
Devenu l'agent principal que la cour employait
à établir de force dans son pays la suprématie
épiscopale, il n'épargna pas l'usage impitoyable
de l'épée, de la corde et de la torture, pour
l'accomplissement de son œuvre. Cependant ceux
qui le connaissaient savaient bien que les trente
dernières années n'avaient en rien changé ses
sentiments réels , qu'il haïssait la mémoire de
Charles I«=', et qu'il préférait l'Église presbyté-
rienne à toute autre Église. " Le pouvoir de la
Cabale ne fut pas durable; mais Lauderdale, en
cessant de prendre part à l'administration de
l'Angleterre, continua d'avoir la haute main dans
le gouvernement de l'Ecosse. En 1680 son in-
fluence déclina sensiblement, et l'arrivée du duc
d'York en Ecosse porta le dernier coup à son
autorité. Toutes ses places et ses pensions lui
furent retirées en 1682. Il ne survécut que
quelques mois à sa disgrâce. Il fut deux fois
marié, et ne laissa qu'une fille, qui épousa le
marquis de Tweedale. Z.
Burnet. Hyslory of kis own Urne. — Macaulay, His-
tory of England, t. I. — Lodge, Portraits, vol. VI.
LACDËRDALE ( JamCS MAITLA.ND , COmtC
DE), homme d'État anglais, né en Ecosse, en
1759, mort en 1839. Après avoir fait de bonnes
études à Glascow , il entra dans la vie politique
sous le nom de lord Maitland , et bientôt, par
suite de l'influence de sa famille, fut nommé
membre du parlement pour les bourgs écossais
de Lauder et de Jedburg. Il vint prendre place
parmi les whigs , qui formaient alors l'opposi-
tion. En 1787 il fit partie de la commission
des commîmes chargée de diriger l'acte d'accu-
sation contre l'ancien gouverneur général du Ben-
gale, W. Hastings. On sait l'éclat et le retentis-
sement qu'eut dans toute l'Europe ce mémorable
procès , où figuraient comme leaders de l'accu-
sation les trois plus grands orateurs de l'époque :
Burke , Fox et Sheridan. On sait aussi le dé-
noùment, et qu'après bien des délais et des dé-
penses énormes , la chambre des lords renvoya
l'accusé avec une simple expression de blâme
( voir Hastings et l'excellente article de Macau-
lay dans ses Essais ). A la mort de son père, en
1789, lord Maitland succéda au titre de Lau-
(1) 11 arriva, par une coïncidence bizarre, que les ini-
tiales des noms des cinq membres du cabinet composaient
leinotCoôa; (Cabale) : CllHord, Arlington, Buckingham,
Ashley et Lauderdale.
885
LAUDERDALE — LAUDIN
886
derdale, et fut choisi un des seize pairs d'Ecosse.
Il resta fidèle à ses opinions politiques et à son
parti , et se distingua par son énergie d'opposi-
tion. Il combattit les mesures prise* contre
Tippoo-Saïb; et quand éclata la révolution fran-
çaise, il se prononça hautementensa faveur.Ayant
fait le voyage de France pour mieux étudier les
événements, il forma une liaison intime avec
Brissot et les principaux girondins. A son re-
tour, il attaqua les vues et les préparatifs de la
coalition, !e projet d'armement de la milice, le
bill qui suspendait Vhabeas corpus , et les au-
tres mesures de l'administration de Pitt, dont
l'objet était de faire la guerre à la France. Ses
efforts ne pouvaient avoir que peu de succès
dans la chambre des lords, où l'intérêt rendait
les opinions inflexibles. Il résolut de donner sa
démission de pair d'Ecosse, et de se faire élire à
la chambre des communes. A cet effet, il devint
citoyen de Londres, s'associa à la société des
fabricants d'aiguilles , et brigua la place de she-
riff ; mais il ne put obtenir un nombre suffisant
de voix. Ses projets ayant échoué, il exposa dans
une brochure les opinions qu'il voulait faire triom -
pher, et leur donna une grande publicité. Dans
les années qui suivirent , il publia d'autres écrits,
inspirés parles questions du moment, sur les
finances, les affaires de l'Inde, et la circulation
du papier-monnaie. Le plus remarquable fut
celui qui avait pour titre : An Inquiry in the
nature and origin of public ■pFea/^A (Recher-
ches sur la nature et l'origine de la richesse pu-
blique ) , 1804, et qui en peu de temps eut trois
éditions. Lorsqueaprès la mort de Pitt, au com-
mencement de 1806, les whigs parvinrent enfin
au pouvoir, lord Lauderdale fut créé baron de
la Grande-Bretagne, reçut un siège dans le con-
seil privé , et devint garde du grand sceau d'E-
cosse. Cette dernière place était d'un revenu
considérable. Ce fut dans le cours de 1806 qu'il
fut envoyé près de Napoléon, comme ambassa-
deur extraordinaire, pour traiter de la paix. Ces
négociations n'aboutirent point, et il quitta Paris
lorsque l'empereur partit pour la campagne de
Prusse. Vers la fin de la même année, la mort
de Fox disloqua le ministère. La crise du con-
tinent facilita aux tories les moyens de ressaisir
le pouvoir, et lord Lauderdale se retira avec ses
amis politiques. Toujours dévoué aux idées libé-
rales , prises dans le sens le plus large et le plus
beau du mot, il continua à voter avec l'oppo-
sition. Survint la chute de l'empire en France
et la captivité de Sainte-Hélène. Dès 1816 lord
Holland, un des principaux chefs des whigs,
saisit l'occasion de s'élever contre la détention
de l'empereur, et présenta une motion pour que
la liberté lui fût rendue. Lord Lauderdale la
soutint avec une noble énergie; mais lord Ba-
thurst , ministre des colonies , la fit rejeter. Le
reste de sa cai-rière présente peu de faits mémo-
rables : C'est la continuation de la même lutte,
mais avec peu de résultats. Ainsi, en 1817 il s'op-
posa de nouveau à la suspension de Vhabeas cor-
pus. Plusieurs fois il se prononça aussi contre la
loi de Yaiien bill dirigée contre les étrangers, et
qui a fini par être abolie. Les écrits qu'il a publiés
témoignent de ses lumières et de ses vues élevées
comme publiciste, et ceux qui concernent les
finances , d'une connaissance profonde du sujet.
En 1809 il avait publié une brochure intitulée :
Recherches sur le mérite pratique du sys-
tème du ijouvernement de V Inde sous la sur-
intendance de la commission du contrôle,
dont plusieurs vues ont été citées en 1858 lors de
la discussion qui a eu pour résultat de faire
passer à la couronne le gouvernement de l'Inde.
J. Chandt.
English Biography. — Parlamentary Records.
LAVDIN ( Jean ) , émailleur français , né en
1616, mortà Limoges, en novembre 1688. M. de
La Borde a dit de lui : « Une trop grande pro-
duction lui attira comme à Pierre Raymond une
sorte de déconsidération ; l'estime de son talent
fut influencée par l'échelle décroissante de ses
prix ; on rejette un Laudin avant de l'avoir re-
gardé, et souvent, après avoir considéré attenti-
vement la précision de ses contours , le fondu de
ses grisailles, on se reproche des préventions
peut-être trop sévères , et l'on soutient les en-
chères. Il a répété à satiété , et pour ainsi dire à
la mécanique, les douze Césars ». Il signait /. L.
ou Laudin, au faubourg de Manigue. On cite
surtout delui : Saint Bruno (Cabinet de M. l'abbé
Texier ) ; ^ La Madeleine au pied de la croix
(delà c-ollect. du signataire de cet article ), une
de ses œuvres les plus belles. Désespérant de
peindre les traits de la douleur, l'artiste a caché
presque contre terre le visage de la Madeleine.
M. A. (de Limoges).
Registres de Saint-Maurice à Limoges. — Texier, Essai
sur les Émailleurs. — De La Borde , Notice des Émaux
du Louvre. — Maurice Ardant, Émailleurs et Émaillerie
de Limoges.
LAUDIN (Joseph), émaiUeur, né en 1667,
mort à Llmoges,en novembre 1727. On a dekii :
des chasses et pêches, le Portrait d'Éléo-
nore Galigai , au Louvre. Dans des collections
particulières : Jahel ; — La Mort de Marianne ;
— Judith tenant la tête d'Holopherne ; — La
Flagellation , etc. Au musée de Dijon , sous la
marque IL, initiales des noms précédents, sont
Angélique et Médor avecZe Festin des dieux de
l'OlympeetLes Noces de Psyché; — Saint Mar-
tin partageant son manteau avec im pauvre.
Quand l'émail ne porte que les initiales IL, il est
assez difficile de préciser celui des Laudin qui en
est l'auteur. M. A.
L,AUDïN(yVoé/)Ze7'eî<J2e, émailleur, né en 1657,
mort à Limoges, le 28 octobre 1727. Il travailla
à la cour, sous les yeux du régent, et fut, dit-on,
maître de dessin de ce prince. Sur la demande
du cardinal de Larochefoucauld, il fit le Portrait
du pape Benoit XIV, qu'on trouva d'une res-
semblance parfaite; mais de tous ses émaux
ceux qu'on estime le plus sont des plaques de
887
LAUDIN — LAUDON
23 centimètres de largeur sur 16 de hauteur, et
qui servent de cartons d'autel à la cathédrale de
Limoges. Elles représentent la Mort (PAbel , le
Sacrifice d'Abraham, les Noces de Cana, VA-
doration des Mages et Le Christ sur la croix,
avec les prières latines. Noël Laudin signait,
Naudin, en mariant la lettre n à la lettre l, ce
qui l'a fait appeler Naudin par certains auteurs.
Cette signature variait quelquefois. Les produc-
tions de Noël Laudin sont nombreuses : le Louvre
et le musée de Cluny en possèdent de remar-
quables. Au musée de Limoges, sur un émail en
forme de bouclier rond , V Empereur Auguste à
cheval est également un bel ouvrage. « Noël Lau-
din, a dit M. de La Borde sans distinguer lequel
des deux émailleurs de ce nom, trouva une cer-
taine réputation et de l'aisance à peindre sur émail ;
il fut habile dans la technique de cet art ; mais
s'il imita quelquefois Philippe de Champagne, il
imita souvent Mignard dans sa mauvaise ma-
nière. » Martial Audoin.
Registres de Saint- Maurice. — De La Borde , JVo-
tice des Émaux du I/)uvre. — Maurice Ardant, Èmail-
lerie de Limoges. — Texler Olivier, Statistique de la
Haute- tienne, p. 417.
LACOivio ( Zachias ou Zacharias ), philo-
logue et poëte italien , né à Vezzuno, petite ville
de la Lumigiane , sur la côte de Gênes , vivait
dans le quinzième siècle. On a peu de détails
sur sa vie. Il prend dans ses écrits le titre de
chevalier de Saint Jean de Jérusalem, et on sup-
pose, d'après ses Lettres du Grand Turc, qu'il
avait fait plusieurs campagnes contre les Otto-
mans. Il vécut à la cour de Ferrare et à celle de
Naples , mais il s'y fit des ennemis par son or-
gueil, et finit par se retirer à Ciciano, ville de la
Campanie. On a de lui : Epistolee Mùgni Turci,
éditas cum prœjatione ; Naples, Rome, 1473,
10-4". Laudivio prétend avoir traduit ces lettres
du turc, du syriaque et du grec; mais il pa-
rait certain qu'il les a fabriquées. Elles eurent un
grand succès, et furent souvent réimprimées
dans le seizième siècle; — De VitaB. Hiero-
nymi, in-4° (sans date, vers 1472); Naples,
1473, in-fol. ; Rome , 1475, 1495, in-4'' ; — De
Laudibus Sapientisf; et Virtuiis , sans date,
in-4'>. Laudivio laissa en manuscrit une Géogra-
phie des Iles et une tragédie en vers iambiques
latins sur la captivité du général Jacopo Piccin-
iiino, emprisonné puis assassiné par l'ordre du
roi Ferdinand le Catholique. Cette tragédie, in-
titulée : De Captivitate ducis Jacobi, est divisée
en cinq actes, avec des chœurs. « Au quatrième
acte , dit Ginguené , le roi Ferdinand discute avec
le bourreau la question de savoir quelle conduite
il doit tenir avec Jacques Piccinnino , qui s'est
remis en son pouvoir sur la foi des traités. Le
bourreau est d'avis qu'on le tue , et n'a pas de
peine à persuader le roi. On voit ensuite Pic-
cinnino dans sa prison; le bourreau arrive, et
lui avoue avec regret l'ordre dont il est chargé.
Le général se soumet, et le bourreau fait son
devoir. La scène est d'abord à Ferrare, ensuite
à Naples , et de nouveau à Ferrare. Cette pièce
est encore plus défectueuse que VEccerinis du
Mussato ; mais c'est le second monument de la
renaissance de l'art ». Z.
Oldoini, Atkenseum Ligusticum. — Tirabosciii, Storia
délia Letteratura Italiana, t. VI, part. II, p. 201. —
Napoli Signorelli, 5toria rritica de' Tlieatri antici e
moderni, t. lll, p. 52.— Ginguené, Histoire Littéraire
d'Italie , t. VI, p. 15.
LAUDON ou LOUDON ( Gédéon-Emest, ba-
ron ), général autrichien , né le 10 octobre 1716,
à Trolzen, en Livonie, mort le 14 juillet 1790.
Sa famille, originaire d'Ecosse, était venue s'établir
en Livonie au quatorzième siècle. Entré en 1731
au service de la Russie , Laudon fit la campagne
de Pologne en 1733, celle du Rhin en 1735, et
la guerre de Turquie de 1736 à 1739. A la con-
clusion de la paix de Belgrade , il n'était encore
que lieutenant. Réformé à la paix de 1739, il se
proposait d'aller offrir ses services à l'Autriche,
lorsque en passant à Berlin plusieurs de ses ca-
marades congédiés comme lui l'engagèrent à de-
mander d'entrer avec eux dans l'armée de Fré-
déric II. Ses cheveux rouges et sa figure dé-
plurent au roi de Prusse , auprès de qui il eut
beaucoup de peine à être admis , et qui le re-
poussa: « La physionomie de cet homme ne me
revient pas,» dit Frédéric II à ses courtisans. Lau-
don se rendit alors à Vienne, où il fut admis, en
1 742, comme capitaine dans le corps des pandours
que commandait François de Trenck. Il fit avec
lui les campagnes de Bavière et du Rhin de 1742
à 1 744. Gravement blessé dans un combat d'avant-
postes près de Saverne en Alsace, il fut fait pri-
sonnier par les Français, mais délivré peu de
itemps après. Révolté des cruautés de Trenck,
Laudon donna sa démission, et se retira à Vienne,
où il vécut dans la gêne jusqu'à ce que sesamis
lui eussent obtenu un brevet de major dans les
régiments frontières, en 1754. A cette époque il
épousa la fille d'un officier croate, et embrassa le
catholicisme. Il se mit à étudier les mathémati-
ques et la géographie militaire, et lorsque éclata
la guerre de Sept Ans, il fut nommé lieutenant-
colonel d'un corps de partisans chargé d'appuyer
•les mouvements de l'armée autrichienne. II se
fit remarquer par son audace et son courage,
et prit une part brillante aux affaires de Te-
schen , de Hirschfeld , de Prague , de Rossbach
et de Gotha. Le brevet de général que la cour
de Vienne lui envoya à cette époque étant tombé
au pouvoir du roi de Prusse, celui-ci le lui
fit parvenir aussitôt en y joignant dans une lettre
ses félicitations personnelles. En 1758Laudonren-
dit un service plus important encore à l'Autriche
en contribuant puissamment à faire lever le siège
d'Olmùtz et en inquiétant la retraite de Frédéric
le Grand. Créé feld-maréchal lieutenant, et chargé
de couvrir les opérations de Daun,* Laudon entra
dans la Marche brandebourgeoise , enleva Pritz,
s'avançajusqu'auxportesdeFrancfort-sur-l'Oder,
se signala à Hochkirchen, et décidala victoire de
889
LATIDON — LAUDONNIÈRE
890
Kunersdorf. Placé à la tête d'un corps de trente
mille hommes avec le grade de feidzeugmeister,
il battit Fouqué près de Landshut, le 29 juin
1760, prit d'assaut Glatz, investit Breslau, et
couvrit avec habileté la retraite de Daun après
la bataille de Liegnitz. « C'est notre maître à
tous dans l'art des retraites , s'écria Frédéric II.
A le voir quitter un champ de bataille, on di-
rait toujours qu'il est vainqueur. » La campagne
de 1761 lui offrit peu d'occasions de déployer
son courage ; mais il la couronna par un coup
de main heureux en s'emparant de Schweidnitz
et de toutes les munitions de guerre et de bouche
qui y avaient été rassemblées. Il fit preuve de
beaucoup d'habileté dans les difficiles négocia-
tions suivies avec le général russe Boutourlin.
L'empereur l'appela en 1766 dans le conseil au-
lique de guerre, et le nomma en 1769 comman-
dant général de la Moravie. En 1770 il accom-
pagna Joseph U dans sa visite à Frédéric le
Grand. Ce prince lui témoigna une grande consi-
dération. Comme Landon allait prendre la der-
nière place, Frédéric le fît asseoir près de lui,
en lui disant : « Mettez-vous ici, M. de Laudon ;
j'aime beaucoup mieux vous avoir à côté de moi
qu'en face. » En 1773 Laudon suivit l'empereur
dans son voyage à travers ses nouvelles pro-
vinces , la Gallicie et la Lodoraérie. Il vivait re-
tiré dans son château de Hadersdorf, près de
Vienne , lorsque la guerre de la succession de
Bavière éclata. Nommé feld-maréchal en 1778,
il fut envoyé en Bohême à la tête d'un corps
d'armée, et prit sur l'Isar, prèsdeMiinchengraetz,
une position dont il fut impossible au prince
Henri de Prusse de le déloger. En empêchant
ainsi la jonction de ce dernier avec le roi son
frère et en le forçant à la retraite , Laudon ob-
tint un succès décisif. La paix de Teschen le
rendit pour dix ans à son domaine, dont il
dirigeait lui-même l'exploitation. Il se montra
encore général expérimenté dans la campagne
contre les Turcs de 1788 à 1789. Joseph II, qui
avait d'abord cru pouvoir se passer de ses ser-
vices , l'appela enfin auprès de lui. Laudon ra-
mena la victoire aux drapeaux autrichiens. L'ar-
mée turque fut battue sous les murs de Dubicza,
et cette ville dut se rendre ; Novi fut emportée
d'assaut, Neo Gradisca occupée par l'armée de
Croatie, et Belgrade assiégée : la prise des fau-
bourgs détermina la garnison à se rendre. Cette
conquête valut à Laudon le titre de généralissime.
Semendria se rendit, et le séraskier fut rejeté
derrière Nissa. Ce fut au milieu de ces succès
que Léopold II rappela Laudon pour l'envoyer
en Moravie, où il jugeait sa présence plus néces-
saire. Laudon était à peine arrivé à Neutitschien,
où se trouvait le quartier général , qu'il tomba
malade et mourut. Ce général était d'un caractère
énergique, silencieux et réfléchi; calme dans
les circonstances ordinaires , ardent et emporté
dans les moments de difficultés. Il avait choisi
pour son tombeau, placé dans le parc d'Ha-
dersdorf, cette insctiption : Commemorafio
mortis optima philosophia. 3. V.
OEsterrische National EncyU.— Gellert, Correspon-
dance avec Mlle Lxicius.
L.ACDONMÈRB ( René G0ULA.1NE de) , Capi-
taine français , l'un des premiers explorateurs
de la Floride. En 1-561 l'amiral de Coligny, dési-
rant assurer un refuge aux calvinistes persécutés
en France, forma le projet de fonder en Amérique
une colonie protestante. Une première expé-
dition, dirigée sur le Brésil, avait échoué complè-
tement {vcry. Durand de Villeoagnon ). Co-
ligny jeta alors les yeux sur la Floride, décou-
verte en 1512 par Juan Ponce de Léon, et dont
les Espagnols avaient été chassés à plusieurs
reprises par les naturels. Charles IX approuva
ce projet, et le 15 février 1562 deux navires ap-
pareillèrent de Dieppe sous les ordres de Jean
Ribaut et de Laudonnière. Les navigateurs, ar-
rivés sur les côtes de la Floride par le 30° de lat.,
s'élevèrent du nord jusqu'à l'embouchure d'un
fleuve auquel ils donnèrent le nom de rivière
de Mai, parce qu'ils la découvrirent le premier
jour de ce mois (1). Us reconnurent ensuite le
httoral depuis l'Altamaha jusqu'au delà du Sa-
vannah, et installèrent une coloniedans une baie
profonde, qui reçut le nom de Port-Royal. On
y construisit un établissement retranché, Char-
les-Fort [1), dont le commandement fut laissé au
capitaine Albert. Cinq mois pins tard, Ribaut et
Laudonnière rentraient à Dieppe. La colonie de
Port-Royal ne prospéra point; l'injustice et la
rigueur d'Albert firent assassiner ce chef par ses
subordonnés, que la misère conduisit ensuite à
tous les excès, même à l'anthropophagie. Les dé-
bris en furent recueillis par les Anglais , qui les
rapatrièrent à Dieppe, en juillet 1564. Cependant
Coligny n'avait point abandonné son grand projet,
et Laudonnière avait été chargé de porter des
secours aux colons, dont le sort était ignoré en
France. U partit du Havre, le 22 avril 1564, avec
trois bâtiments bien munis ; parmi les gentils-
hommes qui le suivaient on distinguait d'Ottigny,
de La Caille, de La Roche-Ferrière, d'Eslac,
Levasseur, connus parleurs services militaires;
un peintre, Le Moine, l'accompagnait aussi, et
ses dessins, gravés par De Bry, ont fait connaître
à l'Europe différentes scènes de la vie des Flo-
ridiens. Laudonnière croisa, sans les rencontrer,
les colons revenant de Port-Royal, et gagna les
Canaries, d'où il se dirigea vers les Antilles. A La
D(>minique, où il aborda pour prendre des vivres,
il eut à soutenir un combat très-vif contre les Ca-
raïbes; il reconnut les îles Saint-Christophe , de
losSantos, de Mont-Serrat, atteignit la Floride, et
entra le 20 juin dans la rivière de Mai. Les Indiens
le reçurent avec amitié; leur cacique Saturiova
vint le visiter, et La Caille, qui avait appris le dia-
(1) Ce fleuve a reçu des Espagnols le nom de San-Ma ■
tkeo.
(2) Les détails de cette première expédition se trouve»
roDt à l'art. Ribaut, qui l:i conimandalt en chef.
891
LAUDONNIÈRE
892
lecte du pays dans son premier voyage , put re-
cueillir des renseignements sur lamine de la co-
lonie de Port-Royal. Laudonnière décida qu'un
nouvel établissement serait créé immédiatement,
et fit bâtir un fort à deux lieues de l'embouchure
de la rivière. Ce fort reçut le nom de Caroline
en l'honneur du roi (Charles IX). Les Indiens
eux-mêmes aidèrentvolontairementà sa construc-
tion. Laudonnière se montra d'abord très-sage
en refusant de prendre parti dans les querelles
des indigènes ; plus tard sa prudence l'abandonna,
et par ses ordres d'Ottigny conduisit un se-
cours de vingt-cinq arquebusiers k Outina, le clief
le plus puissant de la confédération des Indiens
Apalaches, en guerre alors contre quelques tribus
voisines. Les Français décidèrent du succès ;
mais dès lors ils ne furent plus considérés que
comme des auxiliaires puissants et dangereux ,
et les indigènes cessèrent de leur apporter des
vivres. La famine amena le relâchement de la
discipline ; Des Fourneaux, l'un des officiers de
Laudonnière, profitant de la nuit, s'empara de
son chef et le conduisit enchaîné à bord d'un
navire. Là les mutins obtinrent de lui , par
menace de mort, qu'il les autorisât à se procurer
des vivres dans les colonies espagnoles; sous ce
prétexte, ils armèrent deux brigantins et com-
mirent de nombreuses déprédations dans les Lu-
cayes et sur les côtes de Cuba.
Ces actes de piraterie exaspérèrent les Espa-
gnols, qui déjà voyaient avec jalousie un établis-
sement fondé par des calvinistes. Ils se plai-
gnirent à Laudonnière , qui , rétabli dans son
pouvoir par les soins d'Ottigny, de La Caille,
d'Eriac et de quelques autres officiers , s'empara
des coupables, dont il fit exécuter quatre des
principaux. Cette satisfaction ne contenta pas
les Espagnols, qui jurèrent l'anéantissement de
la nouvelle colonie. D'un autre côté les Indiens
cessèrent leurs relations avec les Français quand
ceux-ci n'eurent plus de moyens d'échange. Plus
guerriers que cultivateurs, ils n'avaient pas su
défricher les terres qui les entouraient. Lau-
donnière, pressé par ses;gens, s'empara de son
allié Outina, et ne le rendit à la liberté que sous
la condition d'approvisionner sa troupe. Il en-
voya en même temps le capitaine Levasseur
explorer la côte et faire quelques chargements
de maïs. Devant des ressources aussi éven-
tuelles, l'évacuation fut déterminée; et déjà les
colons démantelaient leur fort, lorsque, le
3 août 1565, apparut une escadre de quatre voi-
les commandée par le capitaine anglais Hawkins
( voy. ce nom), qui offrit aux Français de les
rameneren Kurope. Laudonnière refusa pour lui-
même, mais il permit à tous ceux de ses compa-
gnons qui voudraient profiter de cette occasion
de s'embarquer : grand en fut le nombre. Haw-
kins poussa plus loin l'humanité : il laissa au
chef français des vivres, des chaussures, et lui
^ endit un navire sur lequel Laudonnière allait se
mettre en mer quand, le 28 août, Jean Ribaut
(voy. ee nom) attemt aufort Carohne avec trois
bâtiments. Ses instructions étaient de remplacer
Laudonnière ; mais- il ne voulut le faire qu'après
s'être convaincu de la conduite honorable de ce
capitaine; il lui conseilla, au contraire, de relever
son fort. On commençait à peine ce travail , lors-
qu'on signala six grands vaisseaux espagnols
commandés par Pedro Menendez de Avilez. Quoi-
que les deux nations fussent en paix. Menendez
somma les Français de se rendre à merci, promet-
tant « que les catholiques seraient humainement
traités , mais que les hérétiques ne devaient es-
pérer aucune grâce >i. Il manqua une première
attaque; Ribaut, malgré les conseils de Laudon-
nière, résolut de prendre l'offensive, et embarqua
tout ce qu'il y avait d'hommes valides ( 10 sep-
tembre). Un tempête violente l'empêcha de
joindre la flotte ennemie et le jeta en pleine
mer. L'amirante espagnol profita de cette cir-
constance pour attaquer le fort Caroline, où il
ne restait pas quarante hommes en état de porter
les armes. Laudonnière se défendit énergique-
ment, et avec un seul soldat nommé Barthélémy,
il parvint à s'échapper; tous ses compagnons
furent tués ou p&nâas comme hérétiques. Quatre
cents colons inoffensifs furent aussi massacrés
dans les circonstances les plus barbares. Nous
empruntons les quelques lignes suivantes à un
témoin oculaire échappé par miracle à cette
tuerie. « Ces massacreurs et bourreaux d'Hes-
paigne, pour couronner leur sanglante tragédie,
firent un beau grand feu de joye, et ayans entassé
là dessus tous les corps de hommes, de femmes,
et de petits enfants, les réduisent en cendres ,
disant que c'estoient des meschans luthériens
qui estoient venus infecter ceste nouvelle chres-
tienté et y semer des hérésies. Cette furieuse
troupe rejettoit mesme sa colère et sanglant
despit sur les morts et les exposèrent en monstre
aux François qui restoyent sur les eaux et tas-
choient à navrer le cœur de ceux desquels ils
ne pouvoient, comme ils eussent bien voulu, dé-
membrer les corps ; car arrachans les yeux des
morts, les fichoyent au hout des dagues, et puis
avec cris, hurlemens et toute gaudisserie, les
jettoient contre nos François vers l'eau (1). «
Laudonnière put gagner l'embouchure du fleuve,
et s'embarqua le 25 septembre pour la France ,
où il arriva en janvier 1566. En avril 1568 Do-
minique de Gourgues {voy. ce nom) vengea le
massacre du fort Caroline. Voy. aussi les art.
Menendez et Ribaut. La cour fit à Laudonnière
un très-mauvais accueil, et il mourut dans l'obs-
curité. On a de lui : Histoire notable de la
Floride, contenant les trois voyages faits en
icelle par des capitaines et des pilotes //'«w-
faw; Paris, 1586, in-S". Alfred df,..Lacaze.
(1) Ce passage est emprunté à la relation de Jacques
Le Moyne de Mourgues, peintre dieppois embarqué avec
Ribaut, et qui a laissé une relation publii^e pour la pre-
mière fois dans la collection de Théodore de Bry, t. VI,
p. 200.
893
LAUDONNIERE — LAUGIER
894
Ba/.anitr, VoyugR du capitaine de Ganrgiies dans la
Floride ( 1386, in-4° ). — Vitct , liistnire de Dieppe. —
Srief Discojirs et Histoire d'un l'oijage de quelques
François en la Floride; 1579. — archives curieuses de
rUstoire de France, t. VI, p. 200. — DeBry, Brevis Nar-
ratio eorvm qiiœ in Florida Americœ proviiicia Gallis
acciderunt; Vl«^ partie, Francfort, 1691. — La Challeur,
Dernier Fcnjage de Jean Ribaut. — Roux de Rochelle,
États-Unis d' Amériqtie, Aan^ l' Univers pittoresque.
LACEXSTEiN {Jocic/iim Barwurcl), histo-
rien allemand, né à Hildesheim, le 26 juin 1698,
mort le 12 juillet 1746. 11 étudia la théologie à
Helmstsedt, devint en 1727 prédicateur à l'église
de Saint-Michel à Hildesheim, et occupa, en 1745,
le même office à l'église de Saint-Jacques. On a
de lui : Hildesheimische Kïrchen-iind Refor-
mationsgeschichte ( Histoire ecclésiastique de
Hildesheim et Histoire de la réforme dans cette
ville); Hildesheim, 1734-1736, 12 parties, in-S";
— Hisiorïa diplomatica Episcopatus Hildes-
AerneHsi-s; Hildesheim, 1740, iri-4°; cet ouvrage
ayant été l'objet de diverses critiques , l'auteur
y répondit par sa Vertheïdigung der Historia
diplomatica Hildeshemensis ; Hildesheim ,
1741, in-4<> ; — Spécimen Geographix mediiaevi
dip/omai!iCMm ; Hildesheim , 1745, in-4°. E. G.
Rotermund, Supplément à Jôcher.
LAUFENBERG {Henri de), poëte allemand,
vivait dans la premire moitié du quinzième siècle;
on sait peu de chose sur son compte, si ce n'est
qu'il était prêtre à Strasbourg. Il mit en vers le
Speculitm humanee Salvationis, ouvrage alors
très en vogue, et il écrivit un Livre des Figures;
tout cela est resté manuscrit, mais on a imprimé
dans un recueil édité par Wackemagel {Bas
deutsche Kirchenlied von Martin Luther,
1841, p. 624-644) vingt-deux cantiques dont il
est l'auteur. G. B.
Aufrez, Anzeiger filr Kunde des deutschen Mittelal-
ters, 1832, p. 41-48. — Hoffmann, Gesckichte der Deut-
schen Kirchenlieder, 1832, p. 196.
LAUFFER {Jacques), historien et littérateur
suisse, né à Zofingue, le 25 juillet 1688, mort le
26 février 1734. Après avoir fait des études
d'histoire et de théologie à Halle et à Utrecht, il
lit un voyage en Allemagne et en France. De
retour en Suisse, il fut ordonné ministre protes-
tant. En 1718 il fut nommé professeur d'his-
toire et d'éloquence à Berne. On de lui : Atheus
amens; Amsterdam, 1714, in-8°; — De Hos-
tium Spoliis Deo sacratis et sacrandis; 1717;
— Quis sit vers litteratus; 1718; — Contra
vialorum Librorum Abundantiam; 1722; inséré
dans la Tempe Helvetica d'Altmann; — De
recta Liberorum Educatione ; 1723; — An et
quibus litteris juvenis politicus sit imbuen-
dus ? opuscule qui se trouve dans le recueil
précité; — Genaue und umstàndliche Be-
schreïbung helvetischer Geschichte (Exposition
exacte et 'omplète de l'histoire helvétique ) ; Zu-
rich, 1736-1738, 18 vol. in-8% ouvrage basé
sur des sources authentiques , mais partial , dès
qu'il y est question du gouvernement de Berne.
Cil. -G. Loys de Bochat avait commencé de le
traduire en français; il publia ensuite ses Mé-
moires sur la Sîiisse ancienne, 3 vol. in-4°,
pour rectifier le livre de Lauffer. E. G.
P'ie de Lauffer ( en tête de la Beschreibung hel-
vetischer Geschichte de Lauffer ). — Jôcher, Allgem.
Gelehrten-Lexikon. — Luli, Necrolog denkwûrdiger
Schweitzer.
* i,a.i:;gée {Désiré-François), peintre fran-
çais, né le 25 janvier 1823, à Maromme (Seine-
Inférieure). A dix-sept ans il entra dans l'ate-
lier de M. Picot, débuta au Salon de 1845, et cul-
tiva en même temps le genre historique et le
portrait. Il a obtenu une médaille de troisième
classe en 1850 et une médaille de deuxième à là
suite de l'Exposition imiverselle de 1855. Nous
citerons de lui : Van Dijck à Savelthem; 1847 ;
— La Mort de Zurbaran; 1850 ; — Le Siège
de Saint-Quentin; 1851 ; — La Mort de Guil-
laume le Conquérant ; 1853 ; — Lesueur chez
les Chartreux ; 1855; — Le Déjeuner du
Moissonneur ; 1857. K.
Livrets des Salons.
LAUGIER DE TASSY {N....), voyageur fran-
çais, né dans la seconde moitié du dix-septième
siècle. Il fut attaché, pendant plusieurs années,
au consulat deFrance à Alger, et fut ensuite envoyé
en Hollande en qualité de commissaire de la ma-
rine. On ade lui : Histoire du Royaume d'Alger,
avec l'état présent de son gouvernement, de
ses forces de terre et de mer, de ses revenus,
police, justice , politique et commerce; Ams-
terdam, 1725, in-12 avec carte; Paris, 1727.
L'auteur s'y montre en général exact et bien
renseigné ; il raconte avec impartialité et donne
des détails curieux sur l'état politique et mili-
taire de la régence. La destinée de cet ouvrage
fut des plus singulières. Traduit en anglais sous
ce titre : A complète History ofthe piratical
States of Barbary , Londres, 1750, in-8°, sans
que le nom de Laugier eût été cité, cette version,
qui passa en plusieurs langues , fut donnée en
français et intitulée : Histoire des États Bar-
baresques qui exercent la piraterie; Paris,
1757, 2 vol. in-12; la traduction anotïyme de
cette traduction, faite par Boyer de Prebandiei-,
est mieux écrite que l'ouvrage original. Enfin
ce dernier a été encore publié, toujours sans
nom d'auteur et sous des titres différents, en
1732, 1750 et 1830. K.
Barbier, Magasin Encyclop., 1805.
LAiTGiER {Matx-Anfoine), érudit français,
néàManosque, le25 juillet 1713, mort à Paris,
le 7 avril 1769. Il entra fort jeune dans la Com-
pagnie de Jésus. Il se livra avec succès à la
prédication, et fut bien accueilli à la cour; mais
son caractère froid et réservé lui fit de nom-
breux ennemis, et malgré sa grande capacité il
dut sortir de son ordre. Il devint rédacteur de
la Gazette de France et plus tard secrétaire
d'ambassade à Cologne. Il était membre des
académies d'Angers, de Marseille et de Lyon;
ses ouvrages font connaître la diversité de ses
connaissances. On a de lui : Essais sur l'Ar-
chitecture; Paris, 1753 et 1755, in-8°. Cet ou-
895
LAUGIER
I
896™
vrage, très-bien écrit , est plein d'idées hardies
et ingénieuses ; s'il a paru marqué au coin de la
singularité, ses adversaires mêmes ont rendu
justice à l'art avec lequel l'auteur présente ses
principes. Frezier a critiqué certaines parties de
l'œuvre de Laugier dans ses Réflexions sur di-
vers ouvrages qui traitent de la beauté réelle
et constante dans les édifices et de ce qui
peut la constituer ; lues à l'Académie, le 12 oc-
tobre 1753, et insérées dans le Mercure de
France de juillet 1754; — Apologie de la Mu-
sique française ; 1754, in-S"; — Paraphrase
du Miserere, tvad. de l'italien de Segneri ; Paris,
1754, in-12 ; — Voyage à la mer du Sud, trad.
de l'anglais; Lyon, 1754, in-4o, et 1756, in-12 ; —
Oraison funèbre du prince de Bombes; Tré-
voux, 1756, in-4''; — Histoire de la Répu-
blique de Venise jusqu'à présent ; Paris, 1759-
1768, 12 vol. in-12; trad. en italien. Cet ou-
vî-age présente de grandes qualités et de grands
défauts : l'auteur, s'inspirant du plan de Florus,
a considéré la république vénitienne sous trois
époques différentes qu'il appelle dgede/aiôZesse,
âge d'habileté, âge de force; mais il a souvent
oublié qu'il devait être historien et non orateur.
Il a déployé un luxe d'expressions déplacé, et s'est
servi de métaphores inusitées, de figures singu-
lières, de traits d'éloquence plus convenables
dans des discours de parade que dans un récit
historique ; malgré ces défauts, son ouvrage n'm
reste pas moins fort estimable, tant à cause
de l'impartialité qui y règne que pour les re-
cherches consciencieuses qu'on y trouve. L'édi-
tion italienne est accompagnée de nombreuses
et intéressantes notes ; — Histoire de la Paix
de Belgrade; 1763 et 1768, 2 vol. in-12. Ce
dernier ouvrage assurerait seul à Laugier un
rang honorable parmi les historiens du dernier
siècle. L— z— E.
Sabatler, Les Siècles Littéraires. — Les Hommes illus-
tres de la Provence.
LA.tF€ilER { Dominique -Jean- Claude , dit
Eugène ), littérateur français , né à Lyon , le
7 février 1814, mort à Paris, le 23 janvier 1858.
Arrivé jeune à Paris, il coopéra à la rédaction de
plusieurs feuilles littéraires, et notamment de
la Gazette et Revue des Théâtres , dont il fut
le rédacteur en chef, jusqu'en 1852. A cette
époque, il fut nommé archiviste de la Comédie-
Française, et parvint à mettre un peu d'ordre
dans ce curieux dépôt. Outre de nombreux ar-
ticles dans les journaux, on a de lui : De la Co-
médie Française depuis 1830; Paris, 1844,
in-12 ; — Documents historiques sur la Co-
médie-Française, pendant le règne de Na-
poléon 1er; Paris, 1853, in-S". E. De M.
Documents partie.
LAUGIER (André), chimiste français, né à
Paris, le i" août 1770, mort du choléra, à Paris,
le 18 avril 1832. Son père était trésorier de
l'hospice des Quinze- Vingts. Un abus de pou-
voir jeta la famille Laugier dans la position la
plus fâcheuse; heureusement Fourcroy s'in-
téressa au jeune Laugier, qui était son parent.
En 1793 Laugier reçut la mission de parcourir
la Bretagne pour faire descendre et enlever les
cloches , dont la Convention avait ordonné de
faire de la monnaie et des canons. Sa mission
terminée, Laugier revint à Paris en 1 794. Il fut
d'abord nommé chef du bureau des poudres et
salpêtres au comité de salut public. Le 13 ven-
démiaire lui fit perdre cette place. Il songea
alors à se faire recevoir pharmacien, passa ses
examens , et fut reçu maître. Il allait prendre
une officine lorsque la réduction des rentes,
en achevant de ruiner son père, l'empêcha de
mettre ce projet à exécution. Laugier avait été
inscrit comme pharmacien de l'armée d'Egypte;
mais il tomba malade, et ne put partir avec l'ex-
pédition. Il resta attaché à l'hôpital d'instruction
militaire de Toulon. Ses succès comme profes-
seur lui valurent d'être choisi par le jury d'ins-
truction du département pour remplir la chaire
de chimie de l'École centrale du Var, qu'il
quitta bientôt pour une place de professeur de-
venue vacante à l'hôpital militaire d'instruction
de Lille. Chargé des cours de chimie et de phar-
macie, il s'acquitta de cette double tâche avec
tant de zèle et de succès que Fourcroy le ra-
pella à Paris en 1802, et le chargea de le sup-
pléer au Muséum d'Histoire naturelle. Depuis
cette époque, Laugier continua chaque année
son cours de chimie générale, et en 1810, après
la mort de Fourcroy, il lui succéda comme pro-
fesseur .titulaire. Lors de la réorganisation de
l'école de pharmacie, en 1803, Laugier y devint
professeur d'histoire naturelle; il fit ce cours
pendant plusieurs années jusqu'au moment où
il fut d'abord directeur-adjoint puis direc-
teur. La création d'une école pratique et de
plusieurs nouvelles chaires lui sont dues. A
la formation de l'Académie de Médecine, en
1820, Laugier fut nommé membre titulaire de
la section de pharmacie. Chef du secrétariat
de la direction générale de l'instruction pu-
blique, qui avait été confiée à Fourcroy en 1802,
Laugier à l'époque oii fut organisée l'univer-
sité, resta au ministère de l'intérieur chef d'un
bureau chargé de quelques affaires relatives
à l'instruction publique. Il garda cette place jus-
qu'en 1822, année dans laquelle il fut mis à la ré-
forme. Il avait contribué avec Fourcroy à orga-
niser la plupart des lycées et des collèges qui
existent encore.
On lui doit la découverte d'un phosphate de fer
natif pur et cristallisé fort rare trouvé à l'île de
France, la constatation de l'acide phospho-
rique dans l'arséniate de plomb cristallisé de
Johann-Georgenstadt,du chrome dans les aéro-
lithes et dans l'actinite de Zillerthal, de l'acide
benzoïque dans la substance trouvée par Breis-
lack dans la grotte de l'Arc de l'île de Caprée,
dans le castoreum du commerce, et dans la ré-
sine du xanthorea hastilis, rapportée par
897
LAUGIER
898
Péron, du soufre et du chrome dans le fer de Si-
bérie. On lui doit encore la confirmation de la
découverte de M. Stromeyer sur la présence de
la strontiane dans les aragonites; la connais-
sance de la conversion spontanée à l'air de la
matière sucrée du suc de carotte en vinaigre
et en mannite; le meilleur procédé pour séparer
le cobalt du nickel, et qui permet de reconnaître
la moindre quantité de ces métaux; l'analyse du
cobalt arsenical natif, des sulfures jaune et
rouge d'arsenic, et des arséniates de chaux et de
baryte ; les moyens de séparer exactement le fer
du titane et le cérium du fer ; le mode pour re-
cueillir l'osmium qui passe à l'état d'acide osmique
pendant le traitement du platine brut ; la pre-
mière observation sur l'absence du nickel dans
l'aérolithe tombé à Jonzac.
On a de Laugier : Cours de Chimie générale
professé au Jardin du Roi, recueilli par une so-
ciété de sténographes, et revu parle professeur;
Paris, 1828, 3 vol. in-S". Il a donné dans les
Annales dît Muséum d'Histoire naturelle :
Analyse d'une Pierre tombée de l'atmosphère
( tome IV, 1804) : — Analyse du Disthène de
Saint-Gothard (tome V, 1804); — Analyse
de l'Amphibole du cap de Gattes , dans le
royaume de Grenade { ibid. ); — Analyse de
l'Épidote grise du Valais en Suisse (ibid. ) ; —
Analyse d'une Pierre silicéo - ferrugineuse
de couleur verdâtre (ibid.); — Analyse de
la Mine de Plomb de Johann-Georgenstadt,
en Saxe, que quelques minéralogistes ont
nommée arséniate de plomb (tome VI, 1805);
— Examen chimique des Grammatites
blanche et grise du mont Saint-Gothard
( ibid. ) ; — Examen du Chromate de Fer des
montagnes ouraliennes en Sibérie (ibid.);
— Analyse de l'Actinote de Zillerthal
(tome VII, 1806); — Extrait d'un Mémoire
sur l'existence du Chrome dans les pierres
météoriques ( ibid. ) ; — Note sur l'analyse
de la Mine de Plomb de Johann-Georgen-
stadt (ibid.); — Examen de la pierre dite
Zéolithe rouge de Tyrol (tome IX, 1807); —
Examen chimique d'une substance animale de
la grotte de l'Arc, dans l'île de Caprée (ibid.) ;
Aîialyse du Paranthine (tome X, 1807); —
Analyse du Diodside (tome XI, 1808); —
Analyse de l'Aplome ( ibid.) ; — Analyse com-
parative de deux Sables ferrugineux trou-
vés, Vun à Saint-Domingue, Vautre sur les
bords de la Loire, aux environs de Nantes
(tome XII, 1808); — Examen comparatif
de l'Acide muqueux formé par l'action de
l'acide nitrique, 1 ° sur les gommes, 2° sur le
sucre de lait (tome XIV,. 1809) ; — Examen
chimique de la Prehnite compacte de Rei-
chenbach près Oberstein (tome XV, 1810);
— Examen chimique de la Résine jaune du
Xanthorea Imstilis, et du Mastic résineux
dont se servent les sauvages de la Nouvelle-
Hollande pour fixer la pierre de leurs ha-
NOUy. BIOGK. GÉNFR. •— T. XXIX.
ches ( ibid ) ; — Examen chimique des Ma-
tières salines contenues dans la liqueur
que l'on obtient lorsqu'on fait fondre des mé-
duses en les abandonnant à une décomposi-
tion spontanée (tome XVI, 1810) ; — Exa-
men chimique des Crayons lithographiques
(tome XVU, 1811) ; — dans les Mémoires de
l'Institut, savants étrangers : Annonce d'un
nouveau Principe dans les Pierres météori-
ques (tome U, 1811); — Notice sur la na-
ture chimique d'une substanc-e animale de
la grotte de l'Arc, dans l'île de Caprée
(ibid.); — dans les Mémoires du Muséum
d'Histoire naturelle : Note sur la présenc-e
de la Strontiane dans l'Aragonite (tomeP%
1815); — Note relative aux Aragonites de
Bastènes , de Baudissero et du pays de
Gex (tome III, 1817); — Expériences pro-
pres à confirmer l'opinion émise par des na-
turalistes sur l'identité d'origine entre le
Fer de Sibérie et les Pierres météoriques ou
aérolithes ( ibid. ) ; — Observations sur le
Suc de Carotte, daucus carotse (tome IV,
1818); — Faits pour servir à l'histoire chi-
mique des Pierres météoriques (tome VI,
1820 ) ; — Analyse de deux variétés de Cobalt
arséniate, provenant d'Allemont et du du-
ché de Wîirtemberg (tome IX, 1822); —
Analyse chimique de plusieurs Terres en-
voyées du Sénégal ( tome X, 1823) ; — Exa-
men chimique d'un Fragment de Masse sa-
line considérable rejetée par le Vésuve dans
l'éruption qui a eu lieu en 1822 (ibid. ) ; —
Mémoire sur l'analyse de Pierres et de Fers
météoriques trouvés en Pologne ( tome XI,
1824) ; — Examen chimique des Terres de
Lamana, dans la Guyane française, et ré-
flexions sur leur nature et sur l'emploi
qu'on en pourrait faire ( ibid. ); — Examen
chimique de trois Minéraux provenant de
l'île de Ceylan et de la côte de Coromandel
(tome XII, 1825); — Examen chimique de
l'Argile de Combal (tome XIII, 1825); —
Analyse de la variété en masse de VEssonite
de Ceylan ( tome XIV, 1825 ) ; — Analyse des
indianites blanche et rose de Coromandel
(ibid. ) ; — Analyse dfun Carbonate de chaux
magnésifère de la Spezzia dans les Apennins
(tome XIX, 1830). Berzélius a cité plusieurs
analyses de Laugier dans son Traité de Miné-
ralogie. L. L— T.
Adolphe Laugier, dans le Dictionnaire de la Con-
versation. — Descuret, dans la Biographie Médicale. —
Qiiérard, La France Littéraire. — Hcnrion, annuaire
Biographique.
* LAUGIER ( Stanislas ), fils du précédent,
chirurgien français, est né en 1798, à Paris. Il
étudia la médecine à Paris, fut reçu docteur en
1828, et agrégé de la Faculté en 1829, et peu de
temps après 1830 il fit partie du service de santé
de Louis-Philippe. Attaché successivement aux
hôpitaux Necker et Beaujon, il est aujourd'hui
chirurgien de l'hôtel-Dieu, et occupe à la Fa-
29
899
LAUGIER
900
culte de Médecine une chaire de clinique chi-
rurgicale. Depuis 1844 il siège à l'Académie de
Médecine. On a de lui : Des Cals difformes et
des Opérations qu'ils réclament; Paris, 1841,
in-8"; — Bes Varices et de leur Traitement ;
ibid., 1842, iB-8°; — Des Lésions de la Moelle
épinière ; ibid., 1848, in-8''; — une ti'aduction
du Traité des Maladies des Yeux de Mackensie;
• 1845, avec M. Richelot; et beaucoup d'articles
et de mémoires dans le Bulletin Chirurgical,
recueil qu'il a fondé. K.
Sachaile, Les Médecins de Paris. — Journal de la Li-
brairie.
* LAUGIER (Ernest), astronome français ,
ftère du précédent, naquit à Paris, le 22 décembre
1812. Entré à l'École Polytechnique en 1832, il en
sortit en 1834 pour prendre part aux travaux de
l'Observatoire de Paris. Après les affaires de juin
1848, il futnomnié colonel de la 12^ légion. Par
suite du changement d'organisation de l'Obser-
vatoire, effectué après la mort d'Arago, il re-
nonça aux fonctions d'astronome, et ne con-
serva que la place d'examinateur de la Marine.
En 1836 il publia ses premières Observations
comme astronome sur P Éclipse de Soleil du
15 wîaiet sur les Étoiles filantes vues dans la
nuit du 12 novembre. Outre les Calculs relatifs
aux éléments de la comète de Halley, on lui
doit un Mémoire sur les Taches du Soleil. « Ce
mémoire renferme pour notre époque, dit Arago,
les meilleurs éléments moyens de la rotation du
soleil qui soient venus à notre connaissance. On
y trouve une détermination évidente du dépla-
cement propre des taches. Si des observations
ultérieures confirment la remarque faite sur les
mouvements propres semblablement dirigés que
paraissent éprouver les taches situées dans un
même hémisphère , l'auteur aura jeté un jour
nouveau sur la constitution physique du soleil. »
M. Laugier a donné des observations intéres-
santes et délicates sur la manière dont la pé-
nombre pénètre ordinairement dans le noyau
central et l'efface. En 1841, il obtint la médaille
Lalande pour avoir découvert une comète, le
28 septembre 1840, et en avoir calculé l'orbite.
En 1 842 il fit, en compagnie avec Mauvais et Arago,
une excursion scientifique dans le midi de la
France. Leurs observations avaient particuliè-
rement pour objet le magnétisme terrestre et la
détermination de la hauteur du Canigou, une des
cimes les plus élevées de la chaîne des Pyrénées.
En 1845M. Laugier publia un mémoireintéressant
Sur l'Influence du ressort de suspension sur
la Durée des Oscillations du pendule. D'après
la désignation de M. de Humboldt, M. Winnerl
avait réclamé le concours de M. Laugier pour
rechercher les conditions pratiques de l'isochro-
nismedu pendule. Telle est l'origine de ce travail
dans lequel sont discutées toutes les expériences
que M. Winnerl et lui ont faites en commun.
En 1846, M. Laugier soumit à l'Académie le ré-
sultat de ses recherches sur les anciennes appa-
ritions de la comète de Halley. En 1847 il écrivit
sur la Compensation des Horloges astronomi-
ques ; c'est dans le mouvement du pendule ré-
gulateur de l'horloge ainsi que dans la nature
de l'échappement qu'il faut, selon lui, rechercher
les causes des légères irrégularités qui affectent
assez souvent la marche des horloges astrono-
miques. Le développement de cette idée fit res-
soitir les avantages d'un pendule parfaitement
isochrone et tout à fait indifférent aux variations
de température et de pression barométrique. Les
moyens généralement employés jusqu'à présent
dans la construction des pendules compensa-
teurs supposant que l'état therraométrique des
différentes parties métalliques dont ils se com-
posent est rigoureusement le même à chaque ins-
tant du jour et de la nuit, quelque brusques que
soient les variations de température. M. Laugier
examina pourquoi cette condition n'est pas rem-
plie, et il proposa de remédier à ces inconvénients.
On a enfin de M. Laugier un catalogue de né-
buleuses et un grand nombre d'observations as-
tronomiqueSjConsignées dans la Connaissance du
Temps. Tl est membre de l'Académie des Sciences
depuis le 2 juin 1842. Jacob.
Comptes rend/us de V Académie depuis 1838.
* LAVGiËR ( Jean-Nicolas), graveur fran-
çais, né en 1785, à Toulon. Venu à Paris à l'âge
de vingt ans , il étudia la peinture dans l'atelier
de Girodet, remporta dès son début une médaille
à l'École des Beaux-Arts, et s'adonna ensuite à la
gravure d'histoire. Il vit aujourd'hui dans la re-
traite à Argenteuil , sans négliger, malgré son
grand âge, l'exercice de son art. En 1817 il
parut pour la premiès e fois au Salon ; le sujet
qu'il exposa, Héro et Léandre d'après Delorme,
lui fit accorder une médaille d'or. En 1831 il en
obtint une seconde pour la reproduction du ta-
bleau de Gros, Les Pestiférés de Jaffa, et reçut
en 1835 la croix d'Honneur. L'œuvre de cet ar-
tiste est très-recherché ; nous citerons parmi ses
nombreuses planches : Léonidas aux Thermo-
ptjles et Napoléon, portrait en pied, d'après
David ; — Zéphyre se jouant sur les eaux,
d'après Prud'hoa; — Pygmalïon et Galatée, et
le beau portrait de Chateaubriand, d'après Gi-
rodet;— Washington, d'après Léon Coignet,
portrait dont l'esquisse a été exécutée par M. Lau-
gier à l'Athénée de Boston, d'après le seul por-
trait dont les Américains admettent la ressem-
blance. D'après les maîtres anciens, on a de cet
aiiiste : Le Ravissement de saint Paul, de
Poussin; — La Vierge sur les genoux de
sainte Anne, de Léonard de Vinci; — La Belle
Jardinière, de Raphaël: — et La Vierge au
Lopin blanc, du Titien, planche terminée pour
le salon de 1859. Enfin, il a encore gravé les
vignettes d'Hymen et Naissance; Paris, 1812,
in-4'', recueil dédié à Napoléon et à Marie-Louise ;
— de Don Quichotte; ibid., 1820, in-8°, et au-
tres ouvrages à gravures. P. L — Y.
Livrets des Salons — Documents parliniUers
901
LAUGIER
l L^VGiEti (César DE Bellecour, comte be),
général et écrivain militaire italien , né le 5 oc-
tobre 1789, à Porto-Ferrajo (île d'Elbe). Appar-
tenant à une ancienne famille noble d'origine
française , il fut placé au collège religieux de
Monte-Oliveto , où il n'apprit pas grand chose,
et entra en 1806 dans l'armée du roi d'Étrurie
en qualité de cadet. A la suite d'un malheureux
duel qui l'obligea de quitter le service, il passa
en France, et s'engagea en 1807 comme simple
soldat dans le corps des vélites de la garde. 11
prit part aux campagnes d'Espagne, de Russie et
de Saxe, se distingua en plusieurs affaires, no-
tamment au combat d'Esquirol , où il gagna la
croix d'Honneur, et venait d'être nommé capitaine
lorsqu'il tomba, couvert de blessures, aux mains
des Autrichiens (1813). A la chute du royaume
d'Italie, il servit quelque temps dans l'armée de
Murât, qni, le l"mars 1815, lui conféra le grade
de chef de bataillon. Aprèsavoir subi une seconde
captivité en Autriche, M. de Laugier revint en
Toscane; admis à l'activité en 1819 seulement
et comme capitaine, il devint en 1835 comman-
dant, et franchit alors rapidement les grades su-
périeurs. Le 26 mai 1848 il fut placé à la tête
du contingent toscan destiné à agir contre l'Au-
triche de concert avec Charles- Albert ; trois jours
après, il rencontrait trente mille ennemis à Cur-
tatone, et soutenait leur choc pendant six heures.
L'année suivante il se déclara contre le gouver-
nement présidé par Guerrazzi, s'efforça en vain
de rallier des adhérents à la cause de la monar-
chie, fut déclaré traître à la patrie, et chercha un
refuge en Piémont. A la fin de 1849, il fut chargé
par Léopold II du ministère de la guerre, réor-
ganisa l'armée, fonda des écoles , créa trois ar-
senaux, et ne se retira qu'au mois d'octobre
1851.
M. de Laugier a publié de nombreux ouvrages,
qui l'ont fait ranger parmi les bons écrivains
militaires de l'Italie moderne; il est même au-
teur de quelques œuvres d'imagination. Nous ci-
terons de lui : Règlements pour le service et
les évolutions des troupes toscanes; Florence,
1817, 5 vol.; — Les Italiens en Russie ;MA.,
1825-1826, 4 vol.; — VArt de ne se faire tuer
ni blesser en duel ; ibid., 1828 ; — Côme et La-
vinia ; ibid., 1829, roman historique; — Fastes
et Vicissitudes des Peuples italiens de 1801 à
181 5; ibid., 1829-1832, 13 vol.; — Zes Italiens
à Montevideo; Livourne, 1846; — Apei-çusur
la Campagne des troupes toscanes en Lom-
ba7'die; Vise, 1849; — Nouveaux Règlements
pour toute espèce d'instruction et de service,
à l'usage de l'armée toscane; Florence, 1850,
5 vol.; — Récit historique de la Bataille de
Curtatone; ibid., 1854. K.
. Dict. univ. des Contemp. — Ricciardi, Hist. d'Italie.
* i.AVGiE,R (Joseph-Fidèle), surnommé par
ses compagnons Toulonnais le g^enie, poète po-
pulaire français, né à La Roque-Brussard ( Var),
en 1802. Il était fils d'un cordonnier, qui lui ap-
- LAUJON 902
prit son état ; mais l'apprenti avait le goût de la
poésie, et pendant une tournée de cinq ans en
France il composa une vingtaine de chansons
et Le Compagnon de l'Indépendance fran-
çais, poème; Perpignan, 1838, in-8°. « C'est,
dit M'"'' Georges Sand , un poème épique très-
bien conduit sur les persécutions au sein des-
quelles le Devoir des cordonniers s'est main-
tenu triomphant. Il y a de fort beaux vers dans
ce poème, ce qui n'empêche pas le barde pro-
létaire de faire des bottes excellentes et de
chausser les lecteurs à leur grande satisfaction. »
En 1841, M. Laugier est allé se fixer à Mar-
seille en qualité d'instituteur. G. de F.
M. G. Sand, Avant-propos de la V édit. des Compa-
gnons du Tour de France. — Barjavel, Biographie Vau-
clusienne.
LAUJON (Pierre), chansonnier et auteur dra-
matique français, né à Paris, le 3 janvier 1727,
mort le 13 juillet 1811, était le fils d'un procu-
reur. Il fit avec distinction ses études au collège
Louis-le-Grand, et malgré son père, qui le des-
tinait au barreau, il débuta dès l'âge de dix-huit
ans dans la carrière dramatique, par une pa-
rodie de Fopéra de Thésée, composée avec la
collaboralion de Parvy, un de ses condisciples.
Favard fit accepter la pièce à l'Opéra-Comique, et
elle eut cinquante-deux représentations. Cette
même année , les deux amis parodièrent encore
l'opéra-ballet des Fêtes de Thalie ; puisLaujon,
quelques mois après, s'unit avec Favart lui-même
pour parodier l'opéra de Zélindor, de Moncrif.
Mais l'Académie royale de Musique fit interdire,
sur ces entrefaites , au Théâtre-Italien, les paro-
dies chantées , et il fallut en rester là. Favart
associa alors son jeune collaborateur à la rédac-
tion d'un petit journal de chansons , Les Fleu-
rettes ; il en avait paru cinq numéros , quand le
maréchal de Saxe appela Favart à diriger les
spectacles à la suite de son armée. Laujon se
dédommagea en composant, d'après le roman
de Longus, une pastorale, Daphnis et Cloé, que
Boismortier, l'auteur de la musique du Don
Quichotte de Favart, arrangea pour la scène
lyrique. Rebel et Francœur, directeurs de l'Opéra,
acceptèrent l'ouvrage et prônèrent le poëte : d'Ai-
gental, le président Hénault, le ducd'Ayen l'ac-
cueillirent; une amie de M"** de Pompadour le
présenta, à Choisy, à la favorite, et il reçut les
compliments du duc de Nivernais et de l'abbé de
Bernis. Enfin, le comte de Clermont, sur la re-
commandation de M"ie de Pompadour, voulut
l'entendre; bientôt il lui offrit la place de secré-
taire de son cabinet, et la fortune de Laujon était
faite. La pastorale de Daphnis et Cloé réussit
fort bien, et lui valut d'être désigné par le roi
comme l'un des trois auteurs destinés à travailler
pour ses petits spectacles. Eglé, qui suivit (1748),
n'eut pas moins de succès, et le comte de Cler-
mont, s'attachant de plus en plus à Laujon, le
fit en 1750 secrétaire de ses commandements et
secrétaire général du gouvernement de Cham-
29.
903
LAUJON
904
pagne et de Brie , que le roi venait de lui accor-
der. Pendant la guerre de Sept Ans, Laujon suivit
le conote en Allemagne, avec le titre de commis-
saire des guerres, et, sans en avoir exercé les
fonctions, il obtint la croix de Saint-Louis. A
la mort de son protecteur, en 1771, il passa dans
la maison du prince de Condé, héritier du comte
de Clermont, devint secrétaire des commande-
ments du duc de Bourbon , et dirigea les réu-
nions de Chantilly, « composant , dit sèchement
La Harpe, de petites fêtes pour de grands
princes et faisant de petits vers dans les grandes
occasions ». En 1 775 Laujon succéda à Gentil-Ber-
nard dans la charge de secrétaire des dragons.
C'était une place de 20,000 livres de rente.
Laujon fut digne de sa fortune; c'était un homme
bon, simple, bienfaisant, timide à l'excès; plus
tard, présenté à l'empereur, il oublia jusqu'à son
nom. A la révolution, il perdit tout, même sa
bibliothèque, que la misère lui fit vendre ; il se
consola avec des chansons gaies, gracieuses,
écrites purement, mais manquant de couleur et
de véritable inspiration. Il n'en est pas moins,
malgré ces défauts, un des représentants les
plus marquants de ces sociétés , moitié bachi-
ques, moitié littéraires, connues sous les noms de
Caveau ancien el moderne, des Gobe-mou-
ches, des Dîners du Vaudeville, des Enfants
d' Apollon , etc. Confrère, dans sa jeunesse de Pa-
nard, de Piron, de Collé, il trinquait et chantait
encore avec Gouffé et Desaugiers, et même avec
Béranger. C'est là, si c'en est une, l'originalité
de Laujon. En 1807, le doyen des chansonniers,
octogénaire, fut reçu à l'Académie , en rempla-
cement du ministre Portails. « Laissons-le passer
par l'Institut », dit Delille en lui donnant sa voix,
et personne ne trouva à redire à l'élévation
d'un vieillard qui avait conservé, suivant le mot
de J. Chénier, « l'habitude d'être aimé, en ne
perdant pas celle d'être aimable >•■.
On a de P. Laujon : Thésée, parodie nou-
velle de Thésée, avec Parvy, 174.5, à l'Opéra-Co-
mique; — La Femme, la Fille et la Veuve, pa-
rodie du ballet des Fêtes de Thalie avec Parvy,
1745, Théâtre-Italien et théâtre de Fontaine-
bleau; — Daphnis et Cloé, pastorale à l'O-
péra, 1747; remise au théâtre en 1752; —
Églé , pastorale héroïque, musique de Lagarde,
représentée sur le théâtre des petits Apparte-
ments, 1748, et à l'Opéra , 1751 ; — Le Matin,
ou la toilette de Vénus, divertissement en un
acte, 1749; —Sylvie, pastorale en trois actes,
représentée en 1749 et 1750, sur le Théâtre des
petits appartements, musique de Lagarde, à
Fontainebleau , musique de Berton et Trial ,
en 1765, à l'Opéra en 1766 ; — La Journée ga-
lante, ballet héroïque, 1750, àl'Opéra-Comique;
— Zéphyre et Fleurette, parodie de Zelmïdor,
en un acte, 1754, à la Comédie-Italienne, com-
posée en 1745 avec Favart et refondue ; — Ar-
mide, parodie de l'opéra d'Armide, en quatre
actes, 1762, Théâtre -Italien; ~ Ismène et Js-
ménias, tragédie lyrique en trois actes, à Choisy,
1763, à l'Opéra en 1770, imprimée en 1763; —
La Répétition, ou le bouquet impromptu,
scène, 1763, Théâtre deBagnolet; — Les Ren-
contres heureuses, ou les audiences de Thalie,
prologue, 1765 ; — L' Amoureux de quinze ans,
ou la double Fête, comédie lyrique en trois
actes et en prose, composée à l'occasion du ma-
riage du duc de Bourbon, Théâtre-Italien, 1771,
reprise en 1798; c'est la meilleure sans contredit
de toutes les œuvres dramatiques de Laujon,
bien qu'il ne faille pas tout à fait en juger sur la
foi du titre ; Chénier en a fait l'éloge avec beau-
coup de complaisance; — Le Fermier cru
sourd, ou les méfiances , opéra comique en
trois actes, 1772, au Théâtre-Français; — Deux
Fêtes au lieu d'une, divertissement, 1773, à
Vanvres; — divertissement pour la comédie A'A-
mour pour Amour de Lachaussée ; Versailles,
1777; — Matroco, opéra-drame burlesque en
quatre actes et en vers, musique de Grétry ; Ver-
sailles, 1777; Théâtre-Italien, 1778; — L'Incon- ■
séquente, ou les soubrettes , comédie en cinq |
actes eten vers; 1777 : c'était, au jugement de La i
Harpe, un ouvrageau-dessusdes forces de Laujon, ,
et l'auteur en a fait justice lui-même en supprimant I
cette piècedans l'édition choisie qu'il donna deses ;
œuvres ; — Diver tissement villageois, donné à la i
suite de la comédie lyrique de L'Ami de la Mai- ■
son ; 1782 ; — Le Poète supposé, ou les pré- ■
paratifs de fête, comédie lyrique en trois i
actes et en prose, musique de Champein; 1782, \
au Théâtre-Italien; — Le Couvent, oti les fruits i
ducaractèreetde l'éducation; 1790, au Théâtre- ■
Français ; reprise en 1803 : le cailletage des cou- ■
vents y est heureusement exprimé , et c'est I
peut-être la seule comédie où tous les acteurs i
soient des femmes; — Le Juif bienfaisant,,
ou les rapprochements dijficiles , comédie i
en cinq actes et en prose, imitée de l'anglais; ;
théâtre de Rouen , 1 806 ; — Les Amours de '.
Pierre Corneille, comédie en un acte; — Léan- ■
dre et Héro, divertissement en un acte; —
L'École de l'Amitié et La Nouvelle École des i
Mères, comédies en un acte, en prose , non im-
primées ; — Épaphus et Memphis, opéra en i
quatre actes ; — Léonore Fetrocori , ou les
héros bergers, opéra en quatre actes ; — L'Édu-
cation de l'Amour, comédie lyrique en trois
actes; ces trois dernières pièces, acceptées par
le jury de l'Opéra, n'ont point été représentées.
Les chansons de Laujon , disséminées d'abord
dans les recueils des diverses sociétés lyriques
dont l'auteur faisait partie, ont été réunies par lui
sous ce titre : A-propos de Société, recueil de
chansons en musique; 1771, 1783, 3 voI.etin-8°;
Il adonné lui-même ses Œuvres choisies, 1809,
in-8° , et une seconde édition en 1811, sous
ce titre : Œuvres c/fomes de P. Laujon, membre
de l'Institut, contenant ses pièces représentées
sur nos principaux théâtres, sur ceux de pro-
vince ou de société; ses fêtes publiques ou par-
005 LAUJON —
liculières, ses chansons et autres opuscules, avec
des anedoctes, remarques et notices relatives à
ces divers genres. On y trouve, à part les prin-
cipales œuvres de Laujon, d'intéressants détails
sur l'histoire de la chanson au dix-huitième
siècle et aussi sur la société littéraire de M*"" de
Pompadour. Cb. Defodon.
Préface de l'édition de 1811. — J Chénier, Tableau de
la Littérature. — B. Julien, Histoire de la Poésie fran-
çaise à l'époque impériale.
* LACMiER {Charles- Auguste), littérateur
français, né à Dôle, dans le Jura , le 27 décembre
1781. Au sortir de l'école, il suivit d'abord la
carrière du commerce , qu'il quitta bientôt pour
se livrer entièrement aux lettres. Il devint con-
servateur de la bibliothèque de Dôle, et publia ,
entre autres : Cérémonies Nuptiales des peu-
ples anciens et modernes; Paris, 1819, in-8";
— Histoire de la Révolution d'Espagne en
1820; Paris, 1820, in-8''; — Résumé de l'His-
toire des Jésuites, depuis V origine jusqu'à la
destruction de la Société, etc.; Paris, 1826,
in-8° ; — Événements les plus curieux de
l'Histoire, ou choix d'épisodes historiques les
plus remarquables et les plus instructifs
chez tous les peuples du monde; Paris, 1826,
2 vol. in- 12; —Mon Cousin Bernard; Paris,
1827, 4 vol. in-12 ; — Histoire de la ville et
du château de Saint-Germain-en- Laye ; Paris,
1827, in-8° ; — Histoire du Voyage de Char-
les X et de sa famille, de Saint-Cloud à
Rambouillet, juillet 1830; Paris, 1830, in-I8;
— Le Paravoleur, ou l'art de se conduire
prudemment , etc.; par Vidocq (Ch. Laumier);
Paris, 1830, in-18; — Léon, ou le choix d'un
ami; Tours, 1845 et 1848, iu-8°. M. Laumier
avait commencé la publication d'un Dictionnaire
Chronologique, qu'il n'a pas continué. Il a colla-
boré à La Sentinelle du Jura, au Journal du
Mans, et à la Biographie portative de Lud.
Lalanne. G. de F.
Documents parlicuUers. — Journal de la Librairie.
LAtTMOND ( Jean-Charles- Joseph, comte),
administrateur français, né en 1753,à Arras, mort
le 8 mars 1 825, à Paris. D'abord employé à l'in-
tendance de Flandre, puis à celle de Lorraine ,
il devint en 1791 un des quatredirecteurs auxquels
fut confiée la Caisse de l'Extraordinaire, fon-
dée par Necker. En 1794 il fut un des mem-
bres de la commission des revenus nationaux,
qui remplaçait le ministère des finances. En
1795 il remplit pendant quelques mois le poste
de consul général à Smyrne, et passa en Italie
en qualité de commissaire des guerres. Nommé
préfet du Bas-Rhin en 1801, il administra en
1^04 le département de la Roër, et en 1806 celui
de Seine-et-Oise. 11 reçut en 1810 le titre de
comte de l'empire, fut mis en même temps à la
tête de la direction des mines; et lorsqu'on 1815
celte direction fut réunie à celle des ponts et
chaussées, il conserva le rang de conseiller d'État
avec une pension. Il a publié : Statistique du
LAUMONT
906
département du Bas-Rhin; Paris, 1802,in-8°,
K.
Matiul, Ann. Nécrologique ; 1825.
LAUMONT (François- Pierre-Nicolas Gil-
LET DE ) , minéralogiste français , né à Paris, le
28 mai 1747, mort le 1" juin 1834. Fils d'un
avocat, il suivit d'abord la carrière de son père,
et fut reçu en 1768 avocat au parlement de
Paris.Lors de l'exil de cette cour et de la for-
mation d'un nouveau parlement , il abandonna
le barreau, et entra à l'École Militaire. En 1772
il faisait partie des grenadiers royaux, et parvint
en moins de cinq ans au grade de commandant.
Mais, entraîné par son goût pour les sciences , il
abandonna, en 1784, la carrière militaire, et se mit
à étudier la minéralogie. Il avait déjà fait des
observations sur les grès cristallisés de la forêt
de Fontainebleau et sur la véritable lignite du
bois bitumino - pyriteux des argiles, regardée
comme un indice de houilles dans les environs
de Paris. En 1784, nommé inspecteur des mines,
il fit une première reconnaissance générale des
mines de Bretagne et des Pyrénées , et découvrit
densles mines de Huelgoèt (Finistère), le plomb
phosphaté vert, et cette belle zéolite efflores-
cente que Ilaiiy désigna sous le nom de lau-
monite. L'année suivante il découvrit dans les
Pyrénées, avec son collègue Le Lièvre, ladipyre
de Basten et les fossiles des tours de Marboré et
de la Brèche-Roland , fossiles qui depuis ont
servi à déterminer les diverses révolutions que
ces montagnes ont éprouvées. En 1787 il fiit
chargé d'examiner les différentes recherches de
houille entreprises dans les environs de Paris.
En 1789 il présenta au gouvernement un mé-
moire sur les houillières de France alors en ex-
ploitation, et sur la nécessité de concéder celles
par lui reconnues et dont il remit l'état dé-
taillé. Laumont avait formé , dans ses voyages ,
une riche collection de minéraux : en 1 791 il y
réunit celle de Romé-Delille. Au mois d'août
1793 il fut chargé de l'inventaire des objets de
sciences et d'arts provenant des établissements
supprimés ; il s'acquitta de cette tâche aA^ec un
zèle et une probité qui le firent nommer, en fé-
vrier 1794, membre de la commission chargée de
recueillir les objets d'arts et de sciences dissé-
minés par la vente des biens nationaux. Cette
mission le mit en relation avec les chefs du
terrible gouvernement de 1794. Ami courageux,
il osa leur demander plus d'une tête qu'ils avaient
condamnée, et par ses instances énergiques
il réussit à leur arracher quelques-unes des
victimes par eux vouées à la mort. C'est en
partie à cette honorable conduite qu'il dut, en
juillet 1794, d'être nommé membre de l'agence
des mines, dont il était inspecteur général. Il con-
courut à l'organisation de l'École des Mines, qui
a rendu tant de services. Dès la formation de
l'Institut , il fut nommé correspondant de l'A-
cadémie des Sciences, qui en 1816 le choisit pour
membre libre- En 1798 il faisait partie du jury de
907
LAUMONT — LAUINAY
908
la première exposition de l'industrie. En 1801 il
pipseutait à la Société centrale d'Agriculture des
tableaux statistiques des principales substances
minérales du département de la Seine avec l'ex-
plication de leur utilité dans les arts et l'agricul-
ture. Vers le même temps , il communiquait à
l'Institut des recherches sur la conversion de l'ar-
gent muriaté en argent natif par le seul contact
du ler ou du zinc, et la suite de ses travaux sur la
trempe des aciers et sur les meilleurs moyens de
reconnaître la qualité du fer, etc. C'est à lui qu'on
doit la connaissance exacte du gisement des
mines d'étain de Vaury, dans la Haute- Vienne.
En 1803, malgré son âge et ses infirmités , il di-
rigea lui-même les élèves de l'École pratique des
Mines du Mont-Blanc, parcourant comme eux
les hautes vallées , gravissant les rochers les
plus abruptes de la Tarentaise , du Chablais , du
Faucigny et de la Maurienne , et rivalisant avec
eux dans l'exploration de ces montagnes, où nos
savants ont fait tant de découvertes importantes
de minéralogie et de géologie. « S'oubliant en-
tièrement pourvu qu'il fût utile à la science et
aux arts, dit M. Héricart de Thury, on le trou-
vait partout où il y avait du bien à faire, des
malheurs à soulager, des artistes à protéger, des
expériences à faire, de la science à approfondir,
enfin partout où il pouvait donner l'exemple de
ce désir de voir, de découvrir les vérités, de cet
indicible besoin de rerum cognoscere causas. »
On a de Laumont des mémoires, observations et
rapports dans les Annales des Mines, dans le
Journal de Physique et d'Histoire naturelle
de Rozier et de La Methorie, et Bulletin des
Sciences Philomatiques, les Mémoires de la So-
ciété centrale d'Agriculture, dans le Bulletin
de la Société d' Encouragement pour l'Indus-
trie, etc. GUYOT HE FÈRE.
Disco?irs de IVU Héricart de Thury, prononcé aux funé-
railles de Gillet de Laumunt. — Moniteur, 2 septembre
1834.
LAiJNAT (de ), poète français , vivait dans la
première moitié du dix-septième siècle. II était
chirurgien de sa profession, et exerçait à Rouen.
On a de lui : Les Aphorismes d'Hypocrate,
mis en vers français, dédiez à M. Boudet,
premier chirurgien du roi; Rouen, 1642,
in-8°. 11 s'est proposé, dans sa traduction en
sixains, de rendre plus intelligible un sujet sur
lequel, en 1665, un avocat du parlement de
Paris, nommé Cabotin, écrivait un commentaire
en vers burlesques. K.
VioUet Le Duc, Bïblioth. Poétique.
LAUNAT {Pierre de), sieur de La Motte et
de Vauferlan, théologien protestant, né à Blois,
en 1573, et mort à Paris, le 27 juin 1661. Il fut
contrôleur général des Guerres en Picardie jus-
qu'en 1613. Il renonça alors à ce poste, et, ne
conservant que le titre honorifique de conseiller
secrétaire du roi, il se livra tout entier à l'étude.
Il se perfectionna dans la langue grecque , ap-
prit l'hébreu d'un juif, et fut pendant quarante
an.«i membre du consistoire de Charenton. Tl as-
sista à plusieurs synodes provinciaux et aux
deux synodes nationaux de Charenfon en 1623
et d'Alençonen 1637, dans lesquels il fut élu se-
crétaire. Il enseigna gratuitement , pendant quel-
que temps, la langue grecque à l'académie pro-
testante de Saumur. On a de lui : Paraphrase
et exposition du prophète Daniel ; Sedan ,
1624. — Paraphrase et claire Exposition du
livre deSalomon vulgairement appelé Z'Ecclé-
siaste; Saint-Maurice, 1624, in-8° Paraphrase
et Exposition des Proverbes de Salomon et du
premier chapitre du Cantique des Cantiques;
Charenton, 1650, 2 vol. in-S" ; 2"^ édit., 1655,
in-l2; — Paraphrase et Expositimi de l'É-
pistre de saint Paul aux Romains; Saumur,
1647, in-8°; — Paraphrase sur les Épistres
de saint Paul; Charenton, 1650,2 vol. in-4°;
— Paraphrase et Exposition de V Apocalypse ;
Genève, 1651, in-4°, sous le pseudonyme de
Jonas Le Buy de La Prie. Dans cet ouvrage, il
soutint sur le règne de mille ans des opinions
qui furent attaquées par Amyraut ; — Examen
de la Réplique de M. Amiraut; Charenton,
1658, in-8". Défense de l'ouvrage précédent, sur
le règne de mille ans; — Traité de la Sainte
Cène du Seigneur, avec V explication deq.uel^
ques passages difficiles du Vieux et du Nou-
veau restom.; Saumur, 1659, in-t2; — Remar-
ques sur le texte de la Bible ou Explication des
mots , des phrases et des figures difficiles de
la sainte Écriture; Genève, 1 667, in 4° ; ouvrage
posthume estimé. Michel Nicolas.
MM. Haag, La France Protest.
iiACJSAY (Frawçois de), jurisconsulte fran-
çais, né à Angers, le 12 août 1612, et mort à
Paris, le 9 juillet 1693. Après avoir terminé dans
sa ville natale le cours de ses études, il vint s'éta-
blir à Paris, où il fut reçu avocat au parlement ;
il obtint des succès au barreau, qu'il fréquenta
pendant quarante-deux années consécutives. La
pratique des affaires ne l'empêcha pas de se li-
vrer à l'étude des textes primitifs de nos lois et
des anciennes chartes, dont il avait recueilli un
grand nombre , dans la recherche desquelles il
s'était aidé du concours et des lumières de Mé-
nage, et de Du Cange, devenus ses amis. Le
chancelier Letellier, qui avait eu l'occasion d'ap-
précier le mérite de Launay, fit créer pour lui une
chaire de droit français au Collège Royal. A l'ou-
verture de ses leçons, le nouveau professeur pro-
nonça un discours où il cherchait à démontrer que
le droit romain n'est pas le droit commun de la
France, et qu'il n'y avait rien de plus utile et de
plus curieux que l'enseignement public des lois
du pays, dans la langue nationale, ainsi que
le chancelier de L'Hôpital l'avait autrefois pro-
posé. Cette thèse,qui heurtait bien des préjugés,
causa quelque sensation. On rechercha son dis-
cours, qui fut imprimé en 1681, in- 12, et obtint
plusieurs éditions. Les autres ouvrages publiés
par De Launay sont: Traité du Droit de Chasse;
Paris, 1681, in-12; >— Institution du Droit
909
romain et du Droit français, divisée en quatre
livres par un auteur anonyme, avec des re-
marques pour l'intelligence de V ouvrage;
Paris, 1686, in-4°. Le commentateur ne se borne
pas à de simples éclaircissements sur le texte,
dont il prétend n'avoir pu découvrir l'auteur,
mais il se livre aussi à des di;iressions instruc-
tives sur des matières qui se rattachent à son
sujet. C'est ainsi qu'il evaminela question tant con-
troversée de l'emploi de la langue française dans
les inscriptions publiques, et qu'il fait connaître
plusieurs particularités curieuses sur les troubles
du royaume pendant les guerres de religion et
sur la révocation de l'édit de Nantes ; — Com-
mentaires sur les Institutes de Me Antoine
Loisel, avocat au parlement; Paris, 1688,
in-8°. Cet ouvrage, extrait des leçons que Launay
dictait au Collège Royal, ne contient que le pre-
mier livre des Institutes, relatif aux personnes.
Dans une savante préface l'auteur recommande
par de nouvelles considérations le règne des lois
indigènes sur le territoire de la France, à l'exclu-
sion du droit romain. Il traduisitdu latin en fran-
çais la première partie du Commentaire de Du-
pineau sur la Coutume d'Anjou, et fut l'éditeur
des Institutes du Droit Canonique de Lacoste.
J. Lamodreux.
Journal des Savons, 1693. — Taisand , Fies des plus
célèbres jurisconsultes i avec des additions de Perrière).
— Goujet, Mémoire sur le Collège Royal.
LAUiVAY {Nicolas de), graveur français, né
en 1739, à Paris, mort en 1792. Élève de Lempe-
reur, il choisit, pour exercer son burin, les com-
positions des peintres contemporains, et se dis-
tingua autant par le bon goût que par la correc-
tion. 11 fut admis en 1777 à l'Académie royale,
à laquelle il offrit en 1789 le Portrait de J.-B. de
l'roy pour pièce de réception, et fit aussi partie
de l'Académie de Copenhague. On cite de lui :
La Marche de Silène , de Rubens; — Les Bei-
gnets, L'Escarpolette et L'Heureuse Fécondité,
de Fragonard; — et des sujets d'après Freuden-
berg, Le Prince, Baudouin , etc.
LAUNAY {Robert de), frère et élève du pré-
cédent, né en 1754, à Paris, et mort en 1814, a
gravé Les Vendeurs d'Œufs de van der Werf,
Le Malheur imprévu de Greuze,etdes planches
pour une édition des Contes de la reine de
Navarre; Berne, 1780, 3 vol. in-S". K.
Basan, Dict. des Graveurs. — Gori-Gandeiliai, Notizie
degli Intagliatori, IX. — Nagler, Kûnsller-Lex., III. —
Ch. Le Blanc, ilan. de l'Amateur d'estampes, II.
LAUNAT {Jean- Louis -Maurice), médecin
français, né à Toulon, le 8 juin 1788, mort
vers 1851. Il fut chirurgien de marine, et
professeur à l'École de Médecine du port de
Toulon. Il est auteur des ouvrages intitulés :
Proposition générale de Physiologie et de
Thérapeutique; Paris, 1823 (thèse inaugura-
laie); — Atlas d'Anatomie physiologique ,
ou tableaux synoptiques d^anatomie physio-
logique dressés d'après une nouvelle nomen-
clature; Paris, 3826 et suiv-, in-folio; — Mé"
LAUNAY 910
moire explicatif des Tableaux d'Anatomie
physiologique ; Paris, 1826 et suiv., petitin-folio;
— Essai sur les Tissus élastiques et contrac-
tiles (extr. des Annales de la Médecine physio-
logique); Paris, 1827, in-8''; — Recherches
sur l'Hydre et l'Éponge d'eau douce, pour ser-
vir à l'histoire naturelle des polypiaires et
des spongiaires; Paris, 18.., gr. in-8° avec un
atlas gr. in-folio; — Annales françaises et
étrangères ( avec M. Hollard et d'autres colla-
borateurs); 1837-1839, 3 vol. m-&° ;~ Zoophilo -
/ot/ie; 1844, in-8°, fait partie du Voyage autour
du Monde exécuté en t836 et 1837 par la
corvette La Bonite, commandée par Vail-
lant. G. de F.
Louandre et Bourquelot, La Littèr. contemporaine^
LABWAY {Jean-Baptiste), ingénieur fran-
çais, né à Avranches, le 20 mars 1768, mort à
Savigny-sur-Orge , le 23 mai 1827. Destiné à
l'état ecclésiastique, il entra dans un séminaire.
Les événements de 1789 changèrent sa destina-
tion. Il s'appliqua aux arts mécaniques, partit
ensuite comme soldat , parvint en peu de temps
au grade de capitaine , et fut chargé de la fonte
des canons. Blessé grièvement par l'explosion
d'un moule, il fut obligé de suspendre ses tra-
vaux. Pourtant en l'an vni (1800), il futchargé
de la fonte du pont des Arts et de celledes ponts
à bascule. En l'an xi (1803), Becquey-Beaupré ,
ingénieur en chef du département de la Seine,
le chargea de la fonte du pont d'Austerlitz. Ce
pont ayant été terminé le 1'"' juin 1806, l'empe-
reur Napoléon lui commanda l'œuvre qui devait
faire sa réputation; il lui confia la direction de la
colonne de la grande armée sur la place Ven-
dôme. Les savants et les artistes voulaient que
la statue qui devait sui'monter ce travail gigan-
tesque fût fondue en deux parties; Launay vou-
lut la fondre en un seul jet, et réussit, au grand
étonnement de ceux qui croyaient cette entre-
prise impossible. Ce fut Launay qui conçut et
présenta le modèle de la coupole de la Halle au
blé , exécutée depuis par un autre. En 1812, il
soumit à l'empereur un projet de fonderies am-
bulantes dont les essais lui valurent les éloges
des officiers d'artillerie, et que les désastres de
1813 empêchèrent seuls de mettre à exécution.
En mars 1814, on accusa Launay d'avoir fait
descendre la statue qui était sur la colonne ; il
résulte d'un ordre signé Sacken , ordre conservé
par la famille de Launay, que le chef des troupes
étrangères, voulant faire disparaître cette statue,
envoya chercher celui qui avait fondu ce mo-
nument, et lui signifia que si dans trois jours
la statue n'était pas enlevée, il serait passé
par les armes; cet ordre birbare justifie donc
Launay du reproche qui lui a été adressé.
Après sa mort, on a publié un ouvrage de lui ,
ayant pour titre : Manuel du Fondeur sur tous
métaux, ou traité de toutes les opérations
de la fonderie , contenant tout ce qui a rap-
port à la fonte et au moulage dît cuivre, à.
911
LAUNAY — LAUNOI
912
la fabrication des pompes à incendies et des
machines hydrauliques. La manière de cons-
truire toutes sortes d'établissements pour
fondre le cuivre et le fer ; la fabrication des
bouches à feu et des projectiles pour l'artil-
lerie de terre et de mer; lafonte des cloches,
des statues, des ponts, etc., avec des exemples
de grands travaux propres à aplanir les
difficultés du moulage de la fonte; Paris,
Roret, 1827,2 vol. in-8° avec planches. A. Jadin.
Mahul, Annuaire nécrologique. — Docum. part..
LACNAY {Cordier de). Voy. Staal (M'^'^de).
LAtlNAY. Voy. DELA.UNAY.
liAUNAY. Voy. BOISTUAC.
LAUNE {Etienne de). Voy. Delaulne.
LAUNEV ( Bernard- René- Jouî'dan, dit de),
gouverneur de la Bastille, né à Paris, en 1740,
massacré dans la m«me ville, le 14 juillet 1789.
Son père était gouverneur de la Bastille, où il
naquit lui-méme,et auquel il lui succéda en 1776.
Il se montra , au moment de la révolution , dé-
voué aux intérêts de la cour et partisan outré
des moyens extrêmes ; mais le ministère ne le
mit jamais en mesure de réaliser ses inten-
tions énergiques. Le 13 juillet la Bastille fut
attaquée par une multitude armée , mêlée avec
des gardes françaises. Lanney n'avait pour
garnison que quatre-vingt-deux invalides et
trente-deux soldats du régiment Salis suisse.
Voici d'après M. Thiers les faits importants qui
amenèrent la prise de la Bastille et la mort de
son gouverneur. Un député du district demanda
à être introduit dans la forteresse, et l'obtint du
commandant; il reçut la parole de la garnison
de ne pas faire feu si elle n'était pas attaquée.
Pendant les pourparlers, le peuple ne voyant pas
reparaître son député, s'irrita, et celui-ci fut
obligé de se montrer pour apaiser la multitude.
Il se retire enfin vers onze heures du matin.
Une demi-heure s'était à peine écoulée, qu'une
nouvelle troupe arriva en armes, en criant :
" Nous voulons la Bastille I » La garnison somme
les assaillants de se retirer, mais ils s'obstinent.
Deux hommes montent avec intrépidité sur le
toit du corps de garde , et brisent à coups de
hache les chaînes du pont , qui retombe. La foule
s'y précipite, et court à un second pont pour
le franchir de même. En ce moment une décharge
de mousqueterie l'arrête : elle recule , mais en
faisant feu. Le combat dure quelques instants.
Les électeurs réunis à l'hôtel de ville viennent
s'interposer, et somment legouverneurderecevoir
un détachement de la milice parisienne. Au mi-
lieu du tumulte, on ne put s'entendre , des coups
de feu sont tirés on ne sait d'où ; la garnison ri-
poste à mitraille. Les gardes françaises amènent
du canon et commencent un siège en forme.
Launey refuse toute capitulation ; plein d'im cou-
rageux désespoir, il tente de mettre le feu aux
poudres ; deux de ses officiers l'en empêchent.
Au même instant la garnison ouvre les portes à
la multitude. Il lut décidé que le prisonnier se-
rait conduit à l'hôtel de ville; entouré de quel-
ques hommes courageux (1), qui lui faisaient un
bouclier de leurs corps, il arriva jusqu'à la
place de Grève ; là ses défenseurs furent violem-
ment dispersés, et lui tomba percé de coups « en
se défendant comme un lion », rapporte un té-
moin oculaire. Sa tête fut promenée au bout
d'une pique et présentée ainsi que son hausse-
col aux électeurs séant en permanence à l'hôtel
de ville.
Moniteur universel de 1789. — Thiers , Histoire de la
Révolution française, t. I, I. U, p. 81-84. — Louis Blanc,
Histoire de la Révolution française, t. II. — Galerie
historique des Contemporains (Bruxelles, 1809).
LADNEY {Jean- Baptiste), archéologue fran-
çais, né à Isigny, en Normandie, en 1752, mort
à Bayeux , le 6 décembre 1831. Il était avocat
lorsqu'en 1789 il fut nommé député aux états
généraux, et chargé plus tard de recueillir et de
conserver les objets d'arts et de sciences prove-
nant des établissements supprimés dans son dé-
partement On a de lui : Mémoire sur un Ta-
bleau conservé à Bayeux qu'on dit représen-
ter la bataille de Formigny, inséré dans le
l*" volume des Mémoires de la Société des
Antiquaires de Normandie ; — Bayeux et
ses environs; Bayeux, 1804, in-S". Divers mor-
ceaux de poésie dans le journal de Bayeux.
G. DE F.
Documents pai'ticuliers.
LAcrisoi {Jean de), canoniste et historien
ecclésiastique français, né au Val- de-Sis près
Valogne, le 21 décembre 1603, mort à Paris,
le 10 mars 1678. 11 commença ses études à Cou-
tances, et les termina à Paris, où il fut reçu doc-
teur en juin 1634; la même année, il entra dans
la carrière ecclésiastique (2). Lié déjà avec la
plus grande partie des érudits français , il fit un
voyage à Rome et y fit la connaissance intime de
Luc Holstenius et de Léon Allatius. Jusqu'à sa
mort il ne s'occupa que de science et de polé-
mique religieuse. « U est rare, dit Moréri, de
rencontrer un savant de son mérite qui ait eu
moins d'ambition et plus de désintéressement;
il refusa les bénéfices qu'on lui offrit, et dépensa
son peu de patrimoine à des fondations destinées
à l'éducation des pauvres. « Il fut enterré chez
les Minimes de la place Royale, et le président
Le Camus composa son épitaphe. <( Le grand
nombre d'ouvrages que Launoi a faits, et la ma-
nière dont ils sont composés, font assez connaître
combien il avoit de lecture et avec quelle facilité
il travailloit. Son style n'est ni orné ni poli : il
se sert de termes durs et peu usités : il donne
des tours singuliers aux choses dont il traite ,
et s'il accable ses adversaires, il n'en fait pas
(1) Ces hommes d'élite étaient Élie, HuUin (devenu
général },d'Arné, Maillard, et l'Épine, jeune clerc de pro-
cureur.
(2) Suivant Gui Patin il fut longtemps pensionnaire des
jésuites. Bayle met ce fait en doute.
913
moins de ses lecteurs par la surabondance de
ces citations. Mais il ne pouvoit souffrir les fa-
bles ni les superstitions , et a défendu avec fer-
meté les droits de l'Église et du roi attaqués
par les théologiens ultramontains ». Il répétait
souvent : « Je me trouverais bien de l'Église,
mais l'Église ne se trouverait pas bien de moi. »
Dans une autre occasion, il se démit d'un cano-
nicat qui lui avait été accordé : sa raison fut
qu'il fallait « qu'un chanoine chantât et qu'il ne
savait pas chanter ». D'un caractère indépen-
dant , il aima mieux se faire exclure de la Sor-
bonne que de souscrire à la censure pronon-
cée contre Arnauld, quoiqu'il ne pensât pas
comme ce docteur sur les matières de la grâce.
Il fit plus , il écrivit contre le Formulaire de
l'assemblée du clergé de 1656. Il s'est surtout
fait remarquer par sa sagacité à découvrir la
fausseté de la plupart des actes des saints et la
supposition de quantité de privilèges cléricaux.
C'est ce qui le fit surnommer le dénicheur de
saints. « Il était redoutable au ciel et à la terre,
écrivait dom Bonaventure d'Argonne; il a plus
détrôné de saints du paradis que dix papes n'en
ont canonisé. Tout lui faisait ombrage dans le
Martyrologe , et il recherchait tous les saints
les uns après les autres , comme en France on
recherche la noblesse. » Aussi le curé de Saint-
Roch, homme d'esprit, disait : « Je lui fais tou-
jours de profondes révérences de peur qu'il ne
m'ôte mon saint Roch. » Le président de Lamoi-
gnon le pria un jour de ne pas faire de mal à
saint Yon, patron d'un de ses villages : « Com-
ment lui ferai-je du mal, repartit de Launoi , je
n'ai pas l'honneur de le connaître ? » Il disait ou
surplus qu'il ne chassait pas du paradis les bien-
heureux que Dieu y avait placés, mais ceux que
l'ignorance et la spéculation y avaient glissés.
C'est ainsi qu'il avait rayé de son calendrier la
fête de sainte Catherine, vierge et martyre; il
affectait de dire ce jour-là une messe de Re-
quiem. L'apostolat de saint Denis l'Aréopagite
en France , le voyage de Lazare et de la Made-
leine en Provence , la résurrection du chanoine
qui produisit, dit-on, la conversion de saint
Bruno, l'origine des Carmes , la vision de Simon
Stock au sujet du scapulaire, et une foule
d'autres traditions du même genre furent pros-
crites dans les conférences que Launoi se plaisait
à tenir chez lui tous les lundis, mais que le roi
lui fit prier de cesser. Quoique plein de bonnes
qualités, Launoi avait l'humeur caustique : Mé-
nage, lui ayant reproché de s'être attiré la haine
des jacobins, qui l'attaquaient vivement dans
leurs écrits , Launoi répondit malicieusement :
(c Je crains plus leur canif que leur plume ■».
Parmi ses nombreux ouvrages on remarque :
Syllabus rationum quitus Durandi de modo
conjunctionis concursuum Dei et creaturse
defeiiditur et inofficiosaquorumdam censura
repellitur ; Paris, 1636, in-8°, dans lequel
l'auteur défend, comme probable, le sentiment de
LAUNOI 914
Durand , qui prétend que Dieu ne concourt pas
immédiatement aux mauvaises actions des créa-
tures libres ; — De Mente concilii Tridentini
circa satisfactioneni in sacramento pœniten-
tiee; 1644 : pour prouver que le concile de
Trente et la pratique de l'Église présente ne prou-
vent point que la satisfaction doive précéder
l'absolution dans le sacrement de pénitence ; —
Defrequenti Coiifessionis et Eucharistie TJsu;
1653,- — De varia Aristotelis in academia
Parisina Fortuna; 1653 ; — Historia Renati,
episcopi Andegavensis et Vietorini, etc. L'au-
teur établit que Victorin ne fut jamais évêque
de Poitiers, mais de Petaw en Pànnonie; — De
duobus Diomjsiis; suivi d'une recherche sur
les plus anciennes basiliques de Paris; 1641; —
Dispunctio epistolsede tempore quo primum
in Galliis suscepta est Christt fides; Paris,
1659, in-8° ; — De commentitïo Lazari Mag-
dalenœ, Marthse ac Maximini in provinciam
Appulsu; 1660, in-80; — De Auctoritate ne-
gantis argumenti; Paris, 1650 et 1662, in-8° :
dans cet ouvrage Launoi affirme avoir vu « de
ses propres yeux ■» à Sienne, en 1634, la statue
de la papesse Jeanne placée entre celles de
Léon IV et de Benoît III. Attaqué à ce sujet par
l'abbé Thiers, il réphqua par un Appendix ( 1 662) ;
Thiers fit alors paraître : Defensio adversus
Joh. de Launoi in qua defensione Launoii
fraudes, calumnise, plagia, imposturœ, mala
fides et linguarum grsecx ac latinœ inscien-
tia, aperiuntur, multiplicesque errores con-
futantur ; Pari^, 1664 :1a querelle s'arrêta-ià;
— De recta Nicwni cayionis VI, et prout a
Rufino explicatur, Intelligentia : ce livre fut
réfuté par Adrien de Valois; l'auteur le défendit
par un nouvel ouvrage ; — De veteri Ciborum
Delectu injejuniis christianortan ; — Judi-
cium de Auctore libri De Imitatione Christi;
Paris, 1649, 1650, 1652, 1663, in-S°. Launoi se
prononce en faveur de Gersen. Il trouva un ad-
versaire dans le P. Fronteau, auquel il répondit
dans des Remarqîies sommaires jointes aux
éditions de 1652 et 1663 ; — De Cura Ecclesix
pro Miseris et pauperibus ; Paris, 1663, in-8°;
— De Simonis Stokii Viso ; — Epistolœ ; Paris,
1664-1673, 8 vol. in-8° , par les soins de Guil-
laume Sagwell; Cambridge, 1689, un vol.ia-fol.
avec préface; — De vero Auctore Jidei pro-
fessionis quBePelagio, Hieronymo, Augustino
tribui solet ; le but de cet ouvrage est de dé-
montrer que Pelage est le seul auteur de la pro-
fession de foi attribuée à saint Jérôme et à
saint Augustin ; — deux écrits Sur le senti-
ment de l'Église relatif à la mort et à l'As-
somption de la sainte Vierge; 1671, in-8° :
le chanoine Claude Joly et l'abbé Boileau pri-
rent part à cette discussion et appuyèrent l'o-
pinion de Launoi, qui lui-même se basait sur le
Martyi'ologe à'\3&GàrA; — Expticata Ecclesias
Traditio circa canonem omnis utriusquesexus;
Paris, 1672, in-S", ouvrage très-estimé; — De
915
LAUNOI — LAURAGUAIS
916
Scholis celebrioribus, aeu a Carolo Magno ,
seu post Carolum, per Occidentem insiaura-
tis; Paris, 1672, in-8"; — De Sacramento
Unctionis infirmorum ; Paris, 1673, in-S»; —
Jiegia in matrimonium Potestas, vel de jure
saxularium principum Christian or um in
sanciendis impedïmentis 7natrivionium diri-
mentibus ; Paris, 1674, in-4°. Ce traite fut con-
damné à Rome le 10 décembre 1688; cependant
il a trouvé de nombreux partisans parmi les
jurisconsultes et les théologiens les plus éclairés ;
Dominique Galesius le réfuta et défendit la puis-
sance ecclésiastique sur le mariage ; Launoi ré-
pliqua par un Index très-ample; — Veneranda
Romanae Ecclesise circa simoniam Traditio;
Paris, 1675, in-8° : l'auteur pense que la Somme
attribuée à saint Thomas n'est pas de lui. Le
père Alexandre revendiqua la Somme pour saint
Thomas. Launoy préparait une réponse lorsqu'il
mourut ; — Regii Navarrse Gymnasii Pnri-
sien.sis Historia; Paris, 1677, in-4° : l'abbé
Sabatier fait l'éloge de cet ouvrage ; — De Sab-
batinee bullas Privllegio et de Scapularis
Carmelitarum Solidiiate; — In Privilégia
ordinis Prœmonstratensis ; — In Chartam
immunïtatis quam beatus Germanus, episco-
pus Parisiensis , suburbano monasterio
(Monastère de Sainte-Croix et de Saint- Vincent)
dédisse fertur ; — In privilegium quod Gre-
gorius /«^, monasterio Sancti-Medardi Sues-
sonensis dédisse dicitur ; dans ces divers
ouvrages, l'auteur examine quantité de privilèges
ou de chapitres qu'il quahfiede faux ou abusifs;
— Un traité des prescriptions touchant la con-
ception de la Vierge , dans lequel il expose que
si l'on voulait définir « la matière de la Concep-
tion de la Vierge par l'Écriture et par la tradi-
tion, on établirait qu'elle a été conçue en péché».
Les Œuvres de Launoy ont été publiées par
l'abbé Granet; Genève, 1731, 10 vol. in-fol. ;
elles sont précédées d'une histoire curieuse de
l'auteur et de ses combats littéraires.
A. L.
Dnpin , Bibliothèque des Auteurs ecclésiastiques du
dix-septième siècle, part. S. — Journal des Savants,
ann. 1664, 1668, 1667, 1668, 1675, 1688, 1698, 1701, 1704,
1705, 1726 et 1731. — Bibliothèque Sacrée. — Moréri , Le
Crand Dictionnaire Historique. — Guy-Patin, Epist. —
Bayle , Dictionnaire Critique, et dans les Nouvelles de
la République des Lettres. — Nioéron, Mémoires,
t. XXXU. — Colomiès, Recueil de Particularités, p.3S9.
LACPIES [Pierre ), ingénieur français , né à
Toulouse, en 1746, mort le 16 janvier 1820.11
fut ingénieur en chef du département de la
Haute-Garonne. Son nom se voit lié pendant un
demi-siècle à toutes les entreprises qui ont eu
lieu dans le midi de la France. Il dirigea les
constructions des quais, du cours Dillon, du
canal Saint-Pierre et des avenues du faubourg
Saint-Cyprien à Toulouse. Il avait conçu le pro-
jet d'amener les eaux de l'Ariége à Toulouse, et
démontra la possibiHté de mettre cette ville et
Bayonne en communication par un canal de na-
vigation,dont il fixe le point de départ sur le
plateau de Lannemezan, ou une élévation de la
INeste lui fournit l'eau nécessaire aux deux bran-
ches de son canal ; celle qui devait s'avancer
vers la Garonne aurait rejoint ce fleuve à Menet,
en accompagnant la Longe dans son cours. Ce
projet plut beaucoup à Napoléon, mais les évé-
nements ne permirent pas de le réaliser. Il a
été renouvelé depuis (1). Laupies prit sa retraite
en 1813. On a de lui dans le recueil de l'Acadé-
mie de Toulouse : Mémoire sur le meilleur
projet à adopter pour la construction des
fontaines publiques de la ville de Toulouse
( ce projet a été exécuté en partie depuis sa
mort); — Mémoire pour amener Veau de
l'Ariége à Toulouse ; — Mémoire pour amener
les eaux de VArdonne à Toulouse. G. de F.
Rabbe et Boisjolin , Biogr. des Contemporains, suppl.
LAURiEUS ( Gabriel), érudit .suédois, né en
1677, à Abo (Finlande), mort en 1753. Aumônier
dans l'armée de Charles XII, il fit les campagnes
de Livonie et de Pologne, et fut pris, à Pultawa,
par les Russes, qui l'envoyèrent en Sibérie avec
un grand nombre de ses compatriotes. Il y gagna
bientôt la protection du gouverneur général, le
prince Gagarin , et devint im des piincipaux
fondateurs de l'établissement créé à Tobolsk
pour l'éducation des orphelins. De retour en
Suède, après neuf années de séjour en Russie, il
obtint en 1724 une cure en Finlande , et sur la
fin de sa vie on le nomma archidiacre de sa
ville natale. On a de lui : des Dissertations en
latin, un recueil d'Hymnes sacrées en langue
finnoise, et quelques Mémoires adressés à l'A-
cadémie des Sciences de Stockholm , dont il fit
partie. K.
Stierninann, Biblioth. Sueco-Gothica,
LAURAGUAIS ( Loiiis-Léon-Félicité, àuc de
Brancas, comte de), ne à Paris, le 3 juillet 1733,
mort dans la même ville, le 9 octobre 1824.
Descendant de la famille des Brancacci, origi-
naire du royaume de Naples et qui vint s'établir
en France sous le règne de Charles VU , il était
fils du duc de Villars-Brancas , pair de France,
chevalier de la Toison d'Or et lieutenant général
des armées du roi. Il débuta par la carrière
des armes, qu'il quitta en 1758. 11 avait épousé
en 1755 Mlle de Gand, princesse d'Isenghien.Le
comte de Lauragiiais se fit bientôt connaître à
Paris par son goût pour les lettres et pour les
arts. Sa grande facilité d'écrire et de s'exprimer
lui firent prodiguer les brochures et les bons
mots. Passionné pour le théâtre et choqué de
voir sur les deux côtés de la scène des banquettes
où les gens à la mode venaient se placer pour
s'y faire distinguer du public, et détruisaient
ainsi toute illusion théâtrale, il racheta de l'ad-
(1) Un sayant du pays publia de nombreux articles à
ce sujet dans La France méridionale, journal de Tou-
louse, où il montrait à M. Galabert, qui s'était emparé
du projet de Laupies pour le reproduire sous son nom,
que plus il s'écartait des données de cet ing-énieur, plus
il se jetait dans des erreurs et des impossibilités.
917
LAURAGTJAIS
918
ministration du Théâtre-Français ce droit ab-
surde, que. l'usage seul avait pu faire tolérer jus-
qu'alors, ce qu'il n'obtint qu'en dédommageant
les Comédiens du prix des places occupées suda
scène. Voltaire loi dédia sa comédie de L'Écos-
saise (l), et révéla un trait honorable de la vie
de M. de Lauraguais : Dumarsais , soupçonné de
jansénisme et même d'avoir défendu les droits
de la couronne contre les prétentions de la cour
de Rome , languissait sans secours dans sa vieil-
lesse; le comte de Lauragnais lui fit une pension.
Voltaire lui écrivit à ce sujet : « Je veux que
ceux qui pourront lire ce petit ouvrage sachent
qu'il y a dans Paris plus d'un homme estimable
et malheureux secouru par vous. Je veux qu'on
sache que tandis que vous occupez votre loisir à
faire revivre , par les soins les plus coûteux et
les plus pénibles, un art utile perdu dans l'Asie,
qui l'inventa ( l'art de faire résister la porcelaine
au feu ), vous faites renaître un secret plus ignoré,
celui de soulager, par vos bienfaits cachés, la vertu
indigente (2). » M. de Lauraguais s'intéressa vi-
vement aux expériences qui avaient pour objet
d'établir que le diamant n'est que du carbone,
il s'associa à Lavoisier. Son ardeur dispendieuse
pour la science , celle non moins vive pour le
plaisir amenèrent bientôt un grand dérangement
dans la fortune de M. de Lauraguais. Il fut
obligé de vendre publiquement une riche biblio-
thèque qu'il avait formée avec soin, et dont le
catalogue, intitulé : Catalogue d'une collection
de livres choisis, provenant du cabinet de M***,
(1) Voltaire lui disait : « Vous avez rendu un service
éternel aux beaux-arts et au bon goût en contribUHnt
par votre générosité à donner à Paris un théâtre moins
Indigne d'elle. Si l'on ne voit plus sur la scène César et
Ptolomée, Attialie et ,Ioad, Mérope et son fils, entourés et
pressés d'une foule de jeunes gens; si lesspect?icles ont
plus de décence, c'est à vous seul qu'on en est redevable.
Ce bienfait est d'autant plus considérable que l'art de la
tragédie et de la comédie est celui dans lequel lei Fran-
çais se sont distingués davantage... Comment hasarder ces
spectacles pompeux, ces tableaux frappants, ces actjor^s
grandes et terribles qui, bien ménagées, sont un des plus
grands ressorts de la tragédie; comment apporter le corps
de César sanglant sur la scène; comment faire descendre
une reine éperdue dans le tombeau de son éponx et l'en
faire sortir mourante de la main de son fils, au milieu
d'une fonle qui cache et le tombeau et le fils et la mère,
et qui énerve la terreur du spectateur par le contraste
du ridicule? C'est de ce défaut monstrueux que vos seuls
bienfaits ont purgé la scène ; et quand il se trouvera des
génies qui sauront allier la pompe d'un appareil néces-
saire et la vivacité d'une action également terrible et
vraisemblable à la force des pensées et surtout à la belle
et naturelle poésie, sans laquelle l'art dramatique n'est
rien, ce sera vous. Monsieur, que la postérité devra re-
mercier. »
(8) Désirant sedébarasser des assiduités du prince d'Hé-
nin auprès de Sophie Arnould, M. de Lauraguais soumit à
la faculté de médecine la question suivante -. « MM. de la
Faculté, sont priés de donner en bonne forme leur avis sur
toutes les suites possibles de l'ennui sur le corps humain,
et jusqu'à quel point la santé peut en être altérée. » La
faculté ayant répondu que l'ennui pouvait causer des in-
dispositions et qu'à la longue il pouvait produire le ma-
rasme et même la mort, Lauraguais, muni de cette pièce,
chargea un commissaire de porter plainte contre le
prince d'Hénln, comme homicide de Sophie Arnould, de-
puis cinq mois et plus qu'il ne bougeait de chei elle.
est encore recherché par les bibliographes.
Nommé en 1758 adjoint mécanicien à l'Académie
des Sciences, il fut reçu en 1771 associé vétéran,
et se trouva en 1816 et jusqu'à sa mort le pre-
mier des académiciens libres. Grand partisan de
l'inoculation de la petite vérole , il la propagea
autant qu'il le put, et la défendit par ses écrits
contre les préjugés de plus d'une faculté. Tout
eu cultivant les sciences, le comte de Lauraguais
cultivait aussi les lettres; en 1764, il fît imprimer
une tragédie, Clytemnestre, qui ne fut pas re-
présentée, et dont les critiques du temps firent
l'éloge. Parmi beaucoup devers ils citent ceux-ci:
On voit l'ennui peser sur le front des tyrans.
Qui sait braver la mort est siir de la donner.
Cette tragédie était dédiée à Volt-aire. En 1784
Voltaire était mort , et M. de Lauiaguais entre-
prit de refaire Œdipe , sous le titre de Jocaste.
Cette pièce fut imprimée et précédée d'une Dis-
sertation sur les Œdipes de Sop/iocle, de
Corneille , de Voltaire , de Lamothe et sur
Jocaste. h'Œdipe de Voltaire y est sévèrement
jugé. Mais }& Jocaste le fut plus sévèrement en-
core : Griram, dans sa correspondance , dit que
ce qu'il y a de plus clair dans cette tragédie ,
c'est l'énigme du sphinx. Quant au style , on en
peut juger par ce vers de Jocaste répondant aux
confidences d'Œdipe :
Ah! seigneur, c'en est trop; finissez ou j'expire!
Cet échec engagea M. de Lauraguais à renoncer
à la tragédie. La révolution lui fit reprendre la
plume ; lorsque l'ordre de la noblesse s'assembla
pour élire ses députés, il publia une lettre signée
îin bourgeois de Paris. Il blâma, mais toujours
en persiflant , les excès de cette époque , et les
maudit quand ils conduisirent son épouse sur
l'échafaud; lui-même fut en 1793 enfermé à la
Conciergerie, dont il ne sortit que dépouillé de
ses biens et de ses titres (1). Poussé par le genre
de son esprit à faire de l'opposition sous tous les
régimes, il fit une petite guerre au Directoire,
au consulat et à l'empire , et quand il ne put
plus s'attaquer au chef de l'État , il s'attaqua à
Geoffroy. Lors de la restauration, il fut porté sur
la première liste des pairs de France , sous le
nom du duc de Brancas. Pendant la session de
1814, il défendit la liberté de la presse contre la
loi présentée par l'abbé de Montesquiou. Bientôt
après, les infirmités le retenant chez lui, il s'en-
toura d'un petit cercle de savants et de gens de
lettres. Un biographe a dit, dans la Gazette
littéraire : « M. de Lauraguais est mort avec la
réputation d'un homme d'esprit qui aurait pu
(1) Je me rappelle avoir vu souvent dans une salle basse
de la bibliothèque Richelieu, vers 1804, ce beau et ai-
mable vieillard, alors âgé de plus de soixante-dix ans,
assis dans un bureau particulier que lui avait ré-
servé le zélé et obligeant Van Praet. C'est dans cette
-salle, qu'il appelait son domicile de la Bibliothèque, que
M. de Lauraguais venait assidûment chaque jour se
livrer, entouré de livres, à ses études littéraires.
A, F. OlBOT.
919 LAURAGUAIS
mieux ordonner sa vie , mais non la semer de
plus de bons mots et, ce qui est bien préférable,
de plus de bonnes actions. » Voici la liste de ses
ouvrages : Expériences sur les mélanges qui
donnent V et fier, sur Véther lui-même et sur
sa miscibilité dans l'eau ; — Mémoire sur la
dissolution du soufre dans Vesprtt-de-vin
[Mémoires de V Académie des Sciences, 1758);
— Clytemnestre , tragédie en cinq actes et en
vers; 1781, in-S". Bachaumont dit dans ses Mé-
moires secrets que l'auteur avait offert aux co-
médiens, pour les engager à jouer sa tragédie ,
de fournir les costumes et de subvenir aux frais
des jeprésentations ; mais que ceux-ci refusèrent,
par égard pour Crébillon et Voltaire , alors vi-
vants, et qui avaient traité le même sujet; —
Mémoire sur l'Inoculation; 1763, in-12; —
Observations sur le mémoire de M. Guettard,
concernant la Porcelaine; 1766, in-12; —
Mémoire sur la Compagnie des Indes , pré-
cédé d'un discours sur le commerce en géné-
ral; Paris, 1769, in-4". Dans un avertissement
l'auteur réfute le Mémoire de l'abbé Morellet ,
sur la situation de la Compagnie des Indes ; —
Du Droit des Français; 1771, in-4°; — Mé-
moire pour moi , par moi Louis de Brancas,
comte de Lauraguais ; Londres, 1775, in-8°.
Suivant les expressions mêmes de l'auteur, ce
mémoire est relatif à un procès qu'on lui avait
suscité en Angleterre pour un prétendu enlève-
ment d'une de ses femmes de chambre; — Jo-
caste, tragédie en cinq actes et en vers, pré-
cédée d'une dissertation sur les Œdipes de
Sophocle, de Corneille, de Voltaire, de La
Motfie, et sur Jocaste; Paris, 1781, in-8"; —
Recueil des pièces historiques sur la convo-
cation des états généraux et sur l'élection de
leurs députés; 1788, in-8°; — Dissertation
sur les assemblées nationales , sous les trois
races des rois en France; octobre, 1788,
in-8'^; — Lettres sur les États généraux con-
voqués par Louis XVI et composés par
M. Target; 1788, in-8°. Grimm, dans sa Cor-
respondance littéraire, donne encore un autre
titre d'une brochure de M. de Lauraguais sur le
même sujet : Lettre sur la convocation des
gens des trois états et sur l'élection de leurs
députés ; — Aperçu historique sur la cause
et la tenue des états généraux, avec des
réflexions sur certains objets qui y ont été
agités et d'où dépend le bien public ; 1789,
in-S"^ ; — Discours de M. le comte de Lau-
raguais aux habitants de Manicamp, le 7
février 1790; in-8". Ce discours avait pour objet
de refuser le titre de maire de Manicamp, refus
fondé sur l'opposition de l'auteur aux décrets de
l'Assemblée constituante; — Lettres du citoyen
Lauraguais, à l'occasion du contrat de vente
que le département de V Aisne lui a passé,
du presbytère et de l'église de Manicamp, et
du sursis que le ministre des finances amis
à l'exécution de ce contrat; Paris, 1797
920
(an v), in-8°; ces lettres sont au nombre de
quatre; — Première lettre d'un incrédule à
un converti, par le citoyen Lauraguais ; 1797,
in-8". C'est une réponse à un article de La Harpe
contre le discours de Boulay de la Meurthe, sur
la déclaration exigée des prêtres catholiques ; —
Dissertation sur l'Ostracisme, par le citoyen
Lauraguais; Paris, vendémiaire an vi ; in-8'';
— Lettres aux citoyens Lebreton et Cuvier
à l'occasion de l'éloge du citoyen Darcet;
1802, in-S'^; — Lettres de L.-B. Lauraguais
à Madame ***, dans lesquelles on trouve des
^jugements sur quelques ouvrages , la Vie de
l'abbé de Voisenon, une Conversation de
Champfort sur l'abbé Sieyès, et un fragment
historique des Mémoires de M"* de Brancas,
sur Louis XV et M^^ de Châteauroux ;
Paris, 1802, in-8°; — Lettre à M. Geoffroy,
rédacteur du Journal des Débats; 1802,
in-S"; — Lettres à Suard ; 1802, in-8°; —
Lettres de M. de Lauraguais à M, le duc
d'Aremberg; Paris, 1803, in-8°; — Lettre de
M- le duc de Brancas à M. le vicomte de
Chateaubriand; 1815, in-8°; — Discours du
duc de Brancas, pair de France, prononcé
le 10 août , dans le bureau dont il était
membre; 1814, in-8°; — Discours du duc de
Brancas, préparé pour la séance des pairs
du30 août 1814; Paris, 1814, in-8° ; — Lettres
de M. le duc de Brancas, pair de France, à
l'occasion de la circulaire adressée, le 7 octo-
bre 1817, aux pairs par M. lecomte de Sémon-
ville, le grand-référendaire ; 1817 , in-8°; —
Lettre à M. Michaud de l'Académie Fran-
çaise; 1818, in-8"; — Lettres des consonnes
BR à la voyelle E; 1819, in-8''. Enfin, on
trouve plusieurs écrits de M. de Lauraguais
dans différents recueils, tels que Lettre à M. le
comte de Saint- Florentin en lui envoyant
son mémoire sur l'Inoculation pour être
mis sous les yeux du roi ( Mémoires secrets,
1763 ) ; — Lettre à M. le comte de Bissy, en
lui envoyant copie de la Lettre écrite à M. le
comte de Saint-Florentin (Md., juillet, 1763);
— Lettre à M. de Noailles ( ibid.,ibid. ) ; —
Lettre àM. de Saint-Florentin, à la réception
de la lettre de cachet du 15 juillet (ibid.,
10 août); — Lettre d'un Philosophe à im
autre Philosophe de France (ibid.) ; — Lettre à
M. Suard relativement à la comédie des Ingé-
nieux (Correspondance de Grimm). A. Jadin.
Bachaumont, Mémoires secrets, 11 juin 1762. — Vol-
taire , Correspondance littéraire. — Mercure, aovil et
septembre 1769 — Année littéraire; 1769. — La Semaine,
gazette littéraire, t. I, p. 367. — Grimno, Correspon-
dance, novembre 1788, t. IV, p. 627.
LADRAGUAis (Louis-Marie Bufile, mar-
quis , puis due de Brancas de), neveu du précé-
dent, et fils aîné du comte Antoine de Brancas,
colonel du régiment de son nom, et de Marie-
Louise de Lowendal-Daneskiold , d'une branche
légitimée de la maison royale de Danemark , na-
quità Paris, le 12 mai 1772, et mouiut vers 1817.
921
LAURAGUAIS — LAURENBERG
922
Il fut investi, en 1787, delà grandesse d'Espagne
par cession de Louis-Paul de Brancas, duc de
Céreste, dernier représentant de la branche aî-
née, comte deForcalquier, prince de Nisarc, issu
des maréchaux héréditaires de l'Église. Le duc
Bufilede Brancas fut colonel de cavalerie à vingt-
et-un ans, se trouva à diverses affaires où il fut
blessé , et quitta de bonne heure le service. Il
fut appelé en 1822 à succéder à la pairie de son
oncle, qu'il recueillit en 1824 (1). F. de B.
Documents partie.
LAu RA Ti ( Pjerre). Voy. Lorenzetti.
1 LAURE (Jean-François- ffyacinthe-Jules),
peintre français, né le i4 mai 1806, à Grenoble.
Élève de M. Hersent, il suivit, de 1825 à 1829,
les cours de l'École des Beaux Arts, et fit ensuite
un voyage en Italie et en Espagne. Il traite prin-
cipalement le genre historique et le portrait.
Nous citerons de lui: Lélia; 1834; — Hamlet;
— Une Paysanne de Rome; — Mozart et Clé-
ment XIV; — L'Assomption de la Vierge,
1842; — Milton dictant Le Paradis perdu à
ses filles; — Mignonnette et Champrosé; 1855;
— et de nombreux portraits, esquisses ou têtes
d'étude. K.
_ Livrets des Salons.
LAURE. f^OÎ/.NOVES, PÉTRARQUE etSADE(DE).
LAUREA Ttri.HUS(TouÀXioç Aaupéaç), poëte
grec, d'abord esclave, puis affranchi de Cicéron,
vivait dans le premier siècle avant J.-C. Il sui-
vit Cicéron dans son gouvernement de Cilicie
en qualité de scribe ou secrétaire. Pline nous a
conservé de lui une fort agréable petite pièce,
ou épigramme, en vers latins, sur les thermes
cicéroniens. Elle a été insérée dans VAnthologia
Za^ina de Burmann, vol. I, p. 340. On trouve
dans Y Anthologie Grecque : trois épigrammes
d'un certain Tullius Laurea , qui , selon la con-
jecture très-probable de Fabricius , adoptée par
Reiske et Jacobs , est le même que l'affranchi de
Cicéron. Cette supposition est fortement confir-
mée par le fait que les trois épigrammes appar-
tiennent à Y Anthologie de Philippe, composée
principalement des poètes du siècle d'Auguste.
Une variation dans l'orthographe du nom du
poëte , écrit 2aTu>,>.îou dans V Anthologie de
Planude et TaxuXXîou dans la Palatine , n'est
pas une difficulté , et vient sans doute de la le-
çon M. TouXXîou (de Marcus Tullius), qui donne
plus complètement le nom de l'affranchi de Ci-
céron'. Les trois épigrammes de TuUius Laurea
ont de la grâce et de l'élégance. Pliilippe, dans sa
' (1) Tous les droits et les titres des diverses brancbes
des Brancas successivement éteintes ont été transmis de
nos jours au duc Bufile, qui avait épousé, en 1807, Caro-
line Gliislaine, fille d'Auguste, comte de Rodoan, souve-
rain de Foritaine L'Évêque.et de Wiltielraine de Merode.
Le duc de Brancas laisse pour héritière de ses droits une
fille unique, Marie Ghislaine Yolande, grande d'Espagne
ei duchesse héréditaire de Brancas, mariée le 9 novembre
1846 à Ferdinand de Hibon , comte de Frohen, qui fut
substitué, par contrat de mariage, aux noms, titres et
armes de Brancas, et le fut aussi par le testament de son
bean-père.
Couionno, le désigne sous l'emblème du méli-
lot. Y.
l'iine, Bist. Nat., XXXI, 2. - Fabricius, BibUotheca
Grœca, t. IV, p. 498. — Brunck, Anal., vol. II. p. lOS. —
Jacobs, yJnthologia Grœca, vol. Il p. 90; vol. XIII, p. 907.
LAUREAU [Pierre), historien français, né
dans l'Auxois, en 1748, mort le 28 mars 1845, à
Saint- André, près d'Avallon.Il vipt à Paris per-
fectionner ses études et cultiver les lettres. 11
était en 1789 historiographe du comte d'Ar-
tois, et siégea à l'Assemblée législative. On a de
lui: V Amérique découverte; Autun, 1782,
in-S" : c'est une espèce de poème en prose ; —
Éloge d%i roi de Prusse (Frédéric II); Paris,
1787, in-S"; — Histoire de France avant Clo-
i^is; Paris, 1789, in-4", ou 2 vol. in-12; —
Traité de V amélioration des espèces animales
et végétales; Paris, 1802, in-8°. G. de F.
Documents particuliers.
LACRÉAÏJLT DE FONCEMAGNE. Voy. FON-
CEMAGNE.
LAUREL, ou LAURELius (Olaûs), écrivain
ecclésiastique suédois, né en août 1585 , dans le
Westgothland , mort le 5 avril 1670. Fils d'un
paysan, il compléta son éducation en Allemagne,
et fut pourvu à Upsal des chaires de philosophie
(1621) et de théologie (1625) ; en 1640, cette uni-
versité lui conféra le diplôme de docteur. Appelé,
en 1647, au siège d'Aarhus, il se fit remarquer
par son zèle pour la discipline , et rédigea un
nouveau code ecclésiastique, qui reçut l'approba-
tion des états du royaume. Dans les dernières
années de sa vie il fut désigné pour occuper
l'archevêché d'Upsal, devenu vacant ; mais son
grand âge et ses infirmités l'empêchèrent de
l'accepter. On a de lui : Compendium Theolo-
gicum; Stockholm, 1640, in-4" ; 1669, in-S";—
Sy7ïtagma Theologicum in thesi et anthithesi
adornatum; Upsal, 1641,in-4°, ouvrage resté
longtemps classique dans le nord ; — Articulo-
lorum jidei Sypnopsis biblica; Lindkœpiug,
1666, in-8", en latin et en suédois; — et plu-
sieurs dissertations, sermons et oraisons fu-
nèbres. K.
Stiernmann, Biblioth. Sueco-Gothica.
LADRENBERG ( Guillaume), naturaliste al-
lemand , né à Rostock, dans la seconde moitié
du seizième siècle , mort dans la première moitié
du dix-septième. Son père, Guillaume Lauren-
borg, natif de Salingen, dans le pays de Berg,
était professeur de mathématiques et de méde-
cine à l'université de Rostock. Laurenberg étudia
la médecine, et l'exerça pendant de longues an-
nées à Copenhague. On a de lui : Botanotheca,
sive modus conficiendi herbarium vivum;
Rostock, 1662; et Copenhague, 1653, in-12; Al-
torf, 1662, Strasbourg, 1667, et Francfort, 1708,
in-4°; — Historia descriplionis aetitidis, sive
lapidis aquilee; Rostock, 1627, in-12. E. G.
Moller, Cimbria Litterata. — Rotermund, Supplément
à JOcher.
jLAURENBERG {Pierre ), botaniste et anato-
roiste allemand, frère du précédent, né à Rostock,
92S
LAURENBERG — LAURENGîN
924
vers 1575, mort dans cette même ville, le 13 mai
J639. II étudia la médecine dans sa ville natale
et vécut en France jusqu'en 1611. De retour en
Allemagne, il se fixa à Rostock, où il obtint, en
1624, une chaire qu'il occupa jusqu'à sa mort.
On a de lui : Bisputationes Physicx; Rostock,
1616, in^"; — Isagoges Anatomïcee grsecee
/H^erpreto^io; Hambourg, 1616, in-4'>; Leyde,
1618, in-4°; ibid., 1744, in-4°,- — Procestria
Anatomïca; Hambourg, 1619, in-4"; — Por-
ticus Msculapn; Rostock, 1630, in-4<'; — Ap-
paraius Plantarius primus, tributus in duos
libros; Francfort, 1632, in-4°; ibid., 1654,in-4°;
— Anatomia Corporis AMmani; Rostock, 1636,
in-4"; Francfort, 1665, in-12; — Hortïcultura,
libris duobus co??ipreAe««a; Nuremberg, 1682,
in-S", etc. D"" L.
Freher, Tkeatrum Eruditonim. — MoUer, Cimbria
l.itterata, Hiinau, 1744. — Rollius. Memoria Philoso-
phorinn, etc. — Kestner, Medicinisches Gelehrten-
Lexikon.
LAURENBERG ( Jean ) , philologue, mathé-
maticien , et poète satirique allemand , frère
du précédent, né à Rostock, le 26 février 1590 ,
mort le 28 février 1658. Après avoir obtenu, en
1616, le titre de docteur en médecine, il fut
chargé, deux ans après, de la chaire de poésie à
l'université de Rostock. En 1623 il fut appelé
à enseigner les mathématiques à l'académie de
Soroë. Vers la fin de sa vie il tomba dans la
misère, ses appointements ne lui étant plus
payés, à cause de la guerre. Laureuberg s'est
fait surtout connaître par ses poésies satiriques,
qui sont pleines de sel et de fine observation.
On a de lui : Antiquarius, in quo prseier an-
tiqua et obsoleta verba dicendi formulée inso-
lentes, plurimi ritus Populi romani ac grxci
exponuntur; Lyon, 1622, in-4°; — Lusus et
Recreationes ex fimdamentis aritkmeticis ;
Copenhague, 1634, in-S" ; — Gromaticae, libri
très, quibus jus terminale et finium regun-
dorum leges exp Hcantur ; Caj^enhague , 1640,
in-4°; — Satyra qua rerum bonarum abiisus
et vitia qudedamseculi perstringuntur ; Soroë,
1630 et 1636; — Otium Soranum, sive Epi-
grammata, continens varias historias et res
scitu jucundas ex grœcis opiimisque autori-
bus deprompias, exercitiis mathematicis ac-
commodotoi; Copenhague, 1640 et 1657, in-4°;
— Satyrse; Copenhague, 1648, in-s»; — De
veer olde beromede, Schertzgedichte : 1) Van
der Minschen verdorvenen Wandel ; 2) Van
almodischer Kledertracht ; 3) Van vermeng-
der Sprake unde Titeln ; 4) Van Poésie unde
Rymgedicfiten (Quatre anciennes satires cé-
lèbres : 1° Des mœurs corrompues des hommes ;
2" Des habillements à la mode ; 3° De la corrup-
tion et du mélange de la langue, et des titres;
4° De la poésie et des pièces rimées ) ; Copen-
hague , 1652, 1653 et 1670, in-8°; publié plu-
sieurs fois à Berlin et à Brème à la suite des sa-
tires deRachel ; une nouvelle édition de ces quatre
pièces, qui contiennent de nombreux détails
amusants sur les mœurs assez ridicules des
Allemands au dix-septième siècle, fut donnée à
Cassel en 1750; une traduction en haut alle-
mand en fut publiée en 1653 à Hambourg par
Dedekind; — De nye poleerte utiopische
Bochesbûdel, sans date ni lieu, in-8°; — Grsecia
antiqua, cum tabulis geographicis ; Amstèr-
dain , 1661, in-4''; reproduit dans le tome IV
des Antlquilates de Gronov. Laurenberg a
encore lait paraître divers ouvrages usuels de
inatliématiques ; il a aussi écrit deux comédies
et un opéra représentés en 1635 lors des fêtes
données au prince Christian. E. G.
Bailholinus, De Script. Danicis. — MôUer, Hijpomne-
mata. — FlOgel , Cescfiichte der komischen Litteratur.
t. III, p. 414. — Jôrdens, Lexilion deutscher Dichter,
t. 111, p. 150, et t. VI, p. 4G5. — Der Freymuthige (an-
lu-e 1808, ns 66). — Gervlnus, Gesch. der deutschen Na-
tionallitteratur.
LACRESBERG {Jacques-Sébas(ien), juris-
consulte allemand, fils de Pierre, né à Hambourg,
le 24 novembre 1619, mort le 29 décembre 1668.
Après avoir étudié le droit à Greifswald, Helm-
stœdt et Copenhague, il devint en 1646 professeur
d'histoire dans sa ville natale. En 1659 il fut
chargé des chaires d'histoire et de Pandectes à
l'université de Rostock. On a de lui : Orbis bac-
chans, sive oratio in qua seculi nostri mores
reprsesentantur ; Rostock, 1652, in-4'* ; — Pa-
negyricus Gustavo Adolphe consecratus;
Rostock, 1633, in-fol.; — De solennibus niin-
dinarum ineptiis ; Rostock, 1652, in-4''; —
Epii/ialamion joculare juridicum; Rostock,
1668, in-fol.; — Themis temerata; Rostock,
1660, in-4°. Laurenberg a encore publié une
dizaine de dissertations juridiques et quelques
discours. E. G.
Moller, Cimbria Litterata, t. I, p, 333.— Tliiess, Ham-
burgische Ceiehrtengeschichte, t. I, p. 379. — Roter-
muiid, Supplément à Jôcher.
LAiTRENCiN ( J ean-Espérance- Bloudine ^
comte de), littérateur français, né le 17 janvier
1733, à Chabeuil, près Valence, mort le 21 jan-
vier 1812. Sa famille, l'une des plus anciennes
du Lyonnais , remonterait , s'il fallait en croire
Paradin , à un certain L. Vireius Laurentinus,
dont on retrouve le nom dans les inscriptions;
un grand nombre de ses membres ont exercé a
Lyon, depuis le quinzième siècle , des charges
judiciaires ou municipales. Fils d'un brigadier
aux armées du roi, Jean de Laurencin fit , à
dix-sept ans, la campagne de 1757 en qualité de
capitaine, et reçut, à la bataille de Minden, une
grave blessure, qui mit quelque temps ses jours
en danger. Il abandonna le service militaire , et
prit la direction d'une société qui avait pour but
l'agrandissement de Lyon du côté de Perrache;
en 1783, il fut un des sept aéronautes qui ac-
compagnèrent Montgolfier dans sa première as-
cension en ballon. Laurencin, qui avait beaucoup
de goût pour les lettres , s'était lié avec les écri-
vains les plus éminents de son temps, tels que
Voltaire, J.-J. Rousseau, D'Alembert, Ducis et
Thomas ; il avait l'esprit vif et aimable, l'imagi-
925
LAURENCIN — LAURENT
926
nation brillante et de la générosité dans le carac-
tère. 11 passait pour un homme instruit, et le
roi de Suède Gustave III, qui l'avait connu du-
rant le long séjour qu'il avait fait à Lyon, lui
proposa, en montant sur le trône , de se charger
de l'éducation de son fils. On a de Laurencin :
Epltre sur V Inoculation ; — La Mort du Juste ;
1771 ; — Palémon, oit le triomphe de la
vertu sur V amour ; 1775; — La Vie cham-
pêtre ; ces trois dernières pièces de vers rempor-
tèrent chacune un pri\ à l'Académie de Rouen,
et furent insérées dans son recueil ; — Échec et
mat, épître; — Lettre à Montgolfier sur
Vcxpérience aérostatique faite à Lyon, en
présence du roi de Suède; 1780, in-8° ; — Mé-
moire Sîtr les moyens de porter V agriculture,
les manufactures et le commerce de France
au plus haut degré de prospérité et d'utilité
publiqzie ; 1795-
Sa femme, L-vur engin ( Julie d'AssiERDE la
Chassaigîse, comtesse de ), née le 15 mai 1741,
en Lorraine, a publié beaucoup de poésies agréa-
bles imprimées dans les recueils littéraires, entre
autres : Épitre d''une femme à son amie sur
l'obligation et les avantages qui doivent dé-
terminer les mères à allaiter leurs enfants;
et Alceste et Méroé, ozi chant de l'amour ma-
ternel. Ces deux pièces ont été couronnées par
l'Académie de l'Immaculée Conception à Rouen,
l'une en 1774, l'autre en 1777. P. L — y.
Desessarts, Siècles Littér. — Péricaud et Kreghot du
Lut, Oatalogue des Lyonnais, 164-167. — Pernetti, Hist.
de f.yon. — Qiiérard , France Littér. — M™« Briquet,
Dict. hist. des Françaises.
L4CRKNCIN ( Aimé- François, comte de ),
général français , fils des précédents , né vers
1760, mort le 7 octobre 1833, à La Chassaigne
(Rhône). Chevalier de Malte en naissant, il
émigra en 1792, et prit part aux campagnes de
l'armée des princes. Revenu à Lyon après le
18 brumaire, il était en 1814 adjoint au maire
de cette ville, et apporta beaucoup d'empresse-
ment à faire reconnaître Louis XVIII pour roi
de France quelques jo\irs avant que la résolu-
tion du sénat fût connue. Nommé maréchal de
camp lors du second retour des Bourbons , il
siégea à la chambre des députés pour le départe-
ment du Rhône durant les sessions de 1815 et
de 1824. Il a fait paraître quelques brochures
politiques. En lui s'est éteinte la branche lyon-
naise de cette famille. P. L — y.
Catal. des Lyonnais. — Biogr. des Députes.; 1816.
* LAïTRENCiN ( Auguste- François-Zéphy-
rin Chapelle dit), auteur dramatique français,
né vers 1810. Depuis 1830, il a fait représenter
soit seul, soit en collaboration , un très-grand
nombre de pièces. Outre le pseudonyme de Lau-
rencin, \\ s'est fait connaître sous ceuxd'Auvrai/,
de Léonard et de Lucy. Ses collaborateurs les
plus ordinaires furent MM. Bayard, Varin, Paul
Duport, et la plupart de ses comédies- vaudevilles
font partie du répertoire du Gymnase. On cite
parmi les mieux accueillies du public : Ma Femme
et mon Parapluie (1835); — L^siocq (1836);
— Une Maîtresse- Femme ( 1837 ) ; — Le père
Pascal {{837} ; — Mateo et les deux Floren-
tins (1838); — Bocquet père et fils (18^0); —
L'Abbégalant ( 1841 ) ; — Quand l'amour s'en
va (1843);— Turlurette (1844); —Le Vi-
comte Giroflée (1846) ; — La Chasse aux mil-
lions (1847); — Les Cascades de Saint- Cloud
(1849) ; — J'ai marié ma fille (1851) ; — Paris
qui pleure et Paris qui rit (1852); — Bre-
lan de maris ( 1854); — ■ Le Beau-Père
(1857) , etc. E. D— s.
Vapercau, Dictionnaire universel des Contemporains
(18B8).
l LAURENs ( Joseph- Bonaventure ), compo-
siteur de musique et littérateur français, né le
14 juillet 1801, à Carpentras (Vaucluse). Illitde
fréquents voyages en Allemagne, et remplit de-
puis longtemps les fonctions d'organiste de l'église
Saint-Roch de Montpellier. On a de lui : Mono-
graphies monumentales relatives au c?^/>ar^e-
JHen # de Z'/féraw/^ (en collaboration avec M. Jules
Renouvier) ; 1830, un gros vol. in-4° ; — Voyage
à l'île de Majorque ;Pa.Th, 1840, gr. in-8° avec
53 pi. lithogr.; —Essai sur la théorie du Beau
pittoresque; 1849, avec 24 pi. lithogr. par l'au-
teur ; — Études théoriques et pratiques sur
le Beau pittoresque dans les arts du dessin;
Paris, 1856, gr. in-4° de 36 pi.; — Instruction
sur le procédé de peinture appelé aquarelle;
Paris, 1858, in-S"; — Album du chemin de
fer de Lyon à la Méditerranée ; 30 pi. in-4'',
Jéslis, 1857, et un second en 1859. G. de F.
Documents varticuliers.
LAURENS. Voy. Du Laurens.
LAURENT (Saint) naquit dans le troisième
siècle, à Rome, suivant Merenda et le Sacra-
mentaire Léonien , et souffrit le martyre sous
l'empereur Valéiien, le 9 août 258. 11 fut l'un des
sept archidiacres de Rome, et eut la garde du tré-
sor de l'église. Le préfet de Rome, informé que l'é-
glise possédait des vases d'or et d'argent, fit ve-
nir l'archidiacre et lui enjoignit de les livrer au
trésor public. Laurent demanda du temps pour
les recueillir en un seul lieu, et ayant rassemblé
les veuves , les orphelins , les vieillards et les
infirmes qu'il avait secourus, il les montra au
préfet en lui disant : « Voilà ces trésors de l'É-
glise que je vous ai promis. » A cette vue le
préfet entre en fureur. Par ses ordres , Laurent
est dépouillé de sa tunique, flagellé et attaché à
un gril de fer, sur des charbons à demi allumés.
Le martyr ne cessa de prier pour ses bourreaux.
Sa constance héroïque toucha plusieurs païens,
qui se convertirent à la foi chétienne. Son corps
fut inhumé, le 10 août 258, jour où l'Église
célèbre sa fête. Une des cinq églises patriarchales
de Rome (Saint-Laurent ea;^ra »îm?'05) a été
bâtie sur le tombeau du martyr, sous le règne
de Constantin le Grand. Philippe II, pour accom-
plir un vœu à la suite d'une victoire remportée
le 10 août ( 1 559), jour anniversaire du martyre
927 LAURENT
de saint Laurent, fit construire le couvent de
l'Escurial, dont les divers corps de bâtiments
imitent la forme d'un gril. L'abbaye de Gladbach
possède la tête de saint Laurent, en dépit des
efforts de Philippe n et de ses successeurs pour
obtenir cette relique. Lesueur a puisé dans le
martyre de saint Laurent le sujet d'une de ses
plus belles compositions. La plupart des criti-
ques regardent les Actes que nous avons de
saint Laurent comme l'œuvre d'un moine du
moyen âge.
LAURENT, évêque de Navarre , transféré au
siège de Milan, dans le sixième siècle , est au-
teurde plusieurs homélies, que l'on trouve dans
la Bibliotheca Patrum de Ceillier, tom. IX.
LAURENT (Saint), moine et prêtre de Rome,
envoyé par saint Grégoire le Grand avec saint
Augustin , pour convertir les Anglo-Saxons, en
baptisa un grand nombre , succéda à saint Au-
gustin sur le siège de Cantorbéry, fit un voyage
en Ecosse , tint un concile dans l'île de Man, et
mourut à Ostoliques, en 619.
LAURENT de Liège , religieux bénédictin du
monastère de Saint-Laurent, près de Liège, a
laissé une Chronique des évêques de Verdun et
des abbés de Saint-Vanne, depuis l'an 1040 jus-
qu'en 1144, Elle a été insérée dans le Spicilége
de dom d'Achery et dans le tome P"" de YHis-
ioire de Lorraine de dom Calmet.
F.-X. Tessiek.
Saint Prudence, De Coronis. — Saint Victor, Flores
Sanctorum, p. 197. — Saint Léon le Grand, Sermon 83,
édit. de Rome, tom. I*', p 250. — Alban Butler et Godes-
card. Fies des Pères, etc.. Saint Laurent martyr,
10 août. — Baillet, f^ies des Saints.
LAURENT, antipape, vivait de 4£0 à 520. Il
était archidiacre de la basilique de Sainte-Marie-
Majeure à Rome, et fut opposé à Symraaque, élu
pontife après Anastase II, en 498. Ce schisme
causa de grands désordres dans là ville, où Fes-
tus et Probinus, sénateurs très-puissants, prirent
le parti de Laurent. Pour faire cesser ce schisme,
les deux partis convinrent de s'en rapporter à
l'arbitrage de Théodoric, roi des Goths, quoiqu'il
fût arien. Ce monarque se prononça en faveur de
Symmaque. Laurent souscrivit le premier à la
reconnaissance de son rival, qui lui donna l'è-
vêché de Nocera. Mais ayant depuis causé de
nouveaux troubles et ayant encouru à tort ou à
raison l'accusation d'eutychisme, il fut déposé
par le concile dit de la Palme ( Palmaris )
(501-503 ) et envoyé en exil. On ignore la date
de sa mort. A. L.
Anastase, Fita Pontif. — BaroDias, Annales. — Plo-
tina, Fila Pontif. Romun.
LAURENT (Le Bienheureux), de Brindes ,
général des Capucins, né à Brindisi, le 22 juillet
1559, mort à Lisbonne, le 25 juillet 1619. Dès
l'âge de quatre ans, disent ses biographes, il ma-
nifesta à ses parents son goût pour l'état monas-
tique, et obtint la permission de revêtir le costume
des Frères mineurs. Il entra chez les Capucins
en 1576, devint définiteur en 15% et supé-
928
rieur général en 1602. On lui attribue un grand
nombre de conversions dans les voyages qu'il
fit en Allemagne et en Espagne. Les papes Clé-
ment VIII, Paul V, Grégoire XV et Urbain VUI
le chargèrent de plusieurs missions délicates
auprès de l'empereur et des cours d'Espagne et
de Portugal. Le pape Pie VI a béatifié Laurent
de Brindes en 1783. On a de lui des Sermons et
des traités de controverse, demeurés manuscrits
dans le couvent de son ordre à Venise. A. L.
Le P. Angelo-Maria de Voltaggio, Fie du B. Laurent
de Brindes ; Rome, 1710, in -4°. — Le P. Maïeul , Fie du
même; Avignon , 1784, in-12. — Le P. Antoine Melissan,
.Supplément aux Annales Ordinis Minorum de Wad-
dlng; Turin, 1710, in-fol.
LAURENT, abbé de Saint-Vanne , mort vers
l'année 1139, le 1" juillet. Cet abbé doit la re-
nommée de son nom aux persécutions qu'il a
souffertes. L'èvêque de Verdun, s'étant rangé
dans le parti de l'empereur, maltraita les moines
de Saint-Vanne, qui tenaient pour Grégoire VIL
Quelques-uns de ces religieux quittèrent le dio-
cèse de Verdun, en 1080, sous la conduite de
leur confrère Laurent, et allèrent chercher un
refuge à Saint-Benigne de Dijon. Quand on put
croire que la paix était revenue , Laurent et
les autres exilés rentrèrent à Saint-Vanne. En
1099, à la mort de l'abbé Raoul, Laurent était
élu son successeur. Vers le même temps, Richer
remplaçait Thierry sur le siège de Verdun, et
Richer était du parti de l'Église romaine. Son
administration fut donc bienveillante pour les
moines de Saint- Vanne. Mais à Richer succéda
promptement Richard de Grandprè , qui de-
manda l'investiture à l'empereur. Les agitations
recommencèrent. Chargé par le pape d'excom-
munier Richard, Laurent remplit son mandat.
Aussitôt le prélat suspendit l'abbé , et celui-ci se
retira dans le monastère de Saint-Bénigne. En
son absence, qui dura trois ans, Hugues, abbé de
Flavigny, chassé lui-même de son monastère,
gouverna Saint- Vanne. Richard étant mort en
1114, Laurent reparut à Verdun, réclama sa
crosse, et la recouvra. Cependant la fin de sa
vie ne fut pas tranquille. Henri, successeur de
Richard, voulut bien restituer à Laurent quelques
possessions confisquées par son prédécesseur;
mais il eut en même temps la prétention d'en rete-
nir quelques-unes. De là de nouveaux débats. Mais
cette fois l'abbé Laurent obtint l'avantage. Étant
parvenu à soulever contre Henri tout le clergé
de Verdun , il le contraignit à signer un acte
d'abdication. On a conservé trois lettres de Lau-
rent. Mabillon en a publié une dans ses Analecta,
t. V. Les deux autres se trou vent dans le tomel"
Aes.Anecdota deMartène, p. 375. B. H.
Gallia christ., t. Xlll, col. 129S. — Hist. Litt. de la
France, t. XI, col. 704. — Hist. ecclés. et civile de Fer-
dun, par un chanoine de cette ville.
LAURENT, surnommé le Physicien (1), poêle
(1) Ce mot signifiait alors médecin ; les Anglais lui ont
conservé cette sigaificatioD, C'était aussi le synonyme de
mire.
929 LAURENT
et médecin hollandais du quinzième siècle. Il
vécut à INimègue, et fat médecin d'Arnold d'Eg-
raond, duc de Gueidre ( 1423-1472). Ses poésies
latines sont remarquables, sinon par l'élégance,
du moins par l'originalité. Laurent le Physicien
recherchait les consonnances : une pièce de vers
de ce poète mérite une mention particulière,
à cause de sa singularité : c'est Le Hareng salé,
en latin quelque peu macaronique :
930
Halec salsatum, crassum, blaneuin, grave, latuna :
lllud dorsatum, sctssura, perventrificatum,
Huic caput ablatum , sic pellibus excoriatiim,
Intus tBandatum, crudum, vel in Igne creiuatum :
Illi cœpe datum , per panem rustificatum ,
Et sic coenattini, diim transis nocte cubatum.
Hoc theriacatum valet antidotuiii pretiatum,
Quod parât optatum putamen largifluatum;
Dans de mane ratura guttur bibendo paratum,
Haustu prostratain. réparât Biadidatque palatuBJ,
El caput et pectus dessicat ph"lej;™atisatuiTi,
Dans urînatUHi cito, mox deinde eacatum :
Dirigit inflatum : cibuca pénétrai veteratum.
Hoc medlcinatuoi Laurens fert versificatum.
On attribue au même poète le distique suivant
trouvé dans les papiers d'Arnold d'Egmond :
Halec assatunn , convivis est bene gratnm :
De solo capite faclunt bene fercula q^inque.
L — Z— E.
M. Z. Boxhorn, Theat. Holland., p. 48. — Théâtre
anaiomiqve de Leyde. — J. Smitb Novloroagum, p. 158-
154. — Paquot, Mémoires pour servir à l'histoire litt,
des Pays-Bas, t. VI, p. 110-112.
L.4URENT JUSTINIEN, en italien Lorenzo
Giustiniani ( Saint ) , premier patriarche de
Venise, né dans cette ville, en 1380, mort le
8 janvier 1465, entra fort jeune chez les chanoi-
nes réguliers de Saint-Georges in Alga, devint
général de l'ordre et évêque de Venise, en 1433.
Il réforma les abus qui s'étaient gUssés dans la
liturgie, augmenta le nombre des paroisses dans
la ville de Venise, et fonda plusieurs monastères.
11 devint patriarche en 1451, lorsque Nicolas V
transféra le patriarcat de Grado à Venise. Près
de mourir, il refusa d'être placé sur un lit plus
doux. « C'est sur un bois dur, dit-il, et non sur
un lit de plume que Jésus-Christ a été couché. »
L'Église célèbre sa fête le 5 septembre, jour an-
niversaire de son élévation à l'épiscopat. Saint
Laurent Justinien a laissé un grand nombre de
Sermons, des Lettres et des Traités ascétiques,
qui ont été plusieurs fois réimprimés. La meil-
leure édition de ses Œuvres est celle du P. Nic-
Ant. Giustiniani, bénédictin; Venise, 1751,
2 vol. in-fol. La plupart des pièces qui compo-
sent ce recueil ont été plusieurs fois traduites
du latin en italien. F.-X. T.
Bernard Giustiniani, f^ita Laurentii, etc. — Bollandus,
y^cta Sanctorum, 5 janvier, — Mafféè, fie de saint
Laurent Justinien.
LAURENT ( Gaspard ), théologien français,
né dans la seconde moitié du seizième siècle.
Protestant et d'origine française, il alla s'établir
à Genève, y professa ks belles-lettres ( 1597),
et obtint en 1600 le rectorat de l'académie et le
droit de bourgeoisie. On a de lui : CathoUcus
et orthodoxus Ecclesiœ Consensus , ex verbo
ISOUV. BIOGR. GÉNÉR. — T. XXIX.
Dei, etc.; Genève, 1595, iii-8°; réimpr. sous
un nouveau titre : Syntagma confessionum
fidei in diversis regnis editarum; 1612, in-4'' ;
— De nostra in sacramentii, eum J.-C. con-
junctione; ibid., 1598, in-8°; — Oratio de
clarissimi theologide JSeze Obitu; ibid., 1605,
in-S" ; le même sujet lui a inspiré des vers grecs
et latins qui ont été joints aux œuvres de J. Lect;
— Miscellanese Thèses in ethicis; ibid., 1607,
in-4°; — De publicis Disputationibus in con-
troversiis de Religione; ibid., 1602, in-S";
nouv. édit., augmentée, en 1618 ; — Hermogenis
Ars oratoria abselutissima et libri omnes
cum versione latina et commentariis ; Colo-
gne, 1614, in-8°; — Quxstiones miscellanese
e^Aic«; ibid., 1626, in-4°. K.
Sénebier, Cotai, raisonné des Manuscrits de la Bi-
blioth. de Genève.
*LAuaEisT ( André), graveur français, né
en 1720, à Londres , mort vers 1750, à Paris.
Élève de J.-Ph. Le Bas, il grava des tableaux
de genre et des paysages, entre autres : La Con-
versation et Le Jeu de Quilles de David Téniers,
Le Bénédicité de Greuze , Le Pasteur galant
de Boucher, plusieurs sites avec figures et ani-
maux de Loutherbourg.
Deux autres artistes du même nom se sont
également distingués dans la gravure : Laurent
(Pierre), né en 1739, à Marseille, et mort en 1809,
à Paris, fut élève de Balechou, et entreprit avec
Robillard la publication du Musée Français , k
laquelle il fournit beaucoup de planches. On a en-
core de lui : Le Déluge, du Poussin ; — La Mort
de d'Assas , de Casanova , et plusieurs sujets
de genre de Nicolas Berchem.
Son fils, Ladrent {Pierre- Louis-Henri ), na-
quit en 1779, et travailla à Paris. Il continua
Le Musée Français, fondé par son père, et grava
L'Enlèvement des Sabines du Poussin et La
Messe de saint Martin de Lesueur. K.
Basan, Dict. des Graveurs. — Gori-Gandlnelli. JVotizie
degli Intagliatori , XI. — Ch. Le Blanc, Man. de l'A-
mateur d' Estampes , l\.
LAURENT OU LAURENS ( Pierre- Joseph ) ,
mécanicien français, né à Bordeaux, en 1715,
mort en 1773. A vingt-et-un ans , il fit exécuter
dans la Flandre et le Hainault des desséclie-
ments impraticables jusquealors. Ce succès lui fit
confier aussitôt la direction des canaux des deux
généralités de Lille et de Valenciennes. Il y éta-
blit des écluses nouvelles, d'une manœuvre simple
et facile, qui précédemment exigeaient l'emploi
d'une grande force motrice. Il fitexécuterà Valen-
ciennes unemachine pour la grille de fer qui ferme
l'Escaut , et qui permet à un seul homme d'exé-
cuter en quelques minutes oe qui exigeait aupara-
vant vingt-quatre heures de travail et les bras de
cinquante hommes. Il fitaussi un bras mécanique
pourunsoldatmutilé, le duc de La Vrillière, ce
qui lui valut les félicitations de Voltaire. Le projet
de rétablissement du port de Dunkerque lui fiit
confié en 1737, et il reçut aussi l'ordre de visiter
toute la côte, avec le maréchal de Belle-lsle,
30
931
LAUR
pour déterminer on lieu propre à la construction
d'un nouveau port. Après avoir rédigé divers
projets pour la ville de Paris, quii offrait d'exé-
cuter à ses frais, mais qui n'eurent pas de suite,
il fut cliargé par le roi, en 1767, de la direction
générale des canaux de Picardie et de Flandre.
11 dressa le projet de jonction de la Somme avec
l'Escaut, et en commença les travaux, qu'il con-
tinua jusqu'à sa mort. Il avait aussi exécuté la
cascade du parc de Brunoy et celle de Chante-
loup. L'exploitation des mines de Paimpont, près
de Rennes , lui avait procuré une fortune consi-
dérable, qu'il laissa à son fils, Laurent de Ville-
deuil , qui devint ministre de la maison du roi
de 1788 à 1789. G. de F.
Le Nécrologe de 1774.
LAURENT { Jean- Antoine) , peintre français,
né à Baccarat, en 1763, mort à Épinal, en 1833.
H avait beaucoup de goût pour le dessin et la
peinture , et se distingua en divers genres. 11 ob-
tint la place de directeur du musée des Vosges.
On cite de lui : V Amour enchaîné ; — V Amour
dans une coupe ; — V Amour dans une rose;
— Galilée; — Callot refusant à Louis XIll
de peindre le siège de Nancy. A., de L.
Guyot de Fère, Statistiqtie des artistes.
* LAURENT ( François-Guillaume-Barthé-
lemy), général français, né le 24 août 1750, à
Saint-Amand (Nivernais), mort le 14 septembre
1825. Soldat dès l'âge de dix-sept ans, il com-
battit à Valmy en qualité de capitaine ; plusieurs
actions d'éclat à l'armée du Rhin le firent en 1793
élever au rang de général de brigade. Employé
dans les Pays-Bas, il s'empara de Vanloo, place
défendue par quatre mille hommes et plus de
cent cinquante pièces de canon, et repoussa plu-
sieurs fois les Anglais , notamment à Ostende.
Sous l'empire il fut maintenu en activité et même
promu général de division (1813); mais il ne
prit part à aucune guerre. Après Waterloo il ou-
vrit aux alliés les portes de Montmédy. La re-
mise de cette ville donna lieu contre Laurent à
une accusation de trahison; le duc de Feltre,
dans son rapport au roi sur cette affaire, écarta
toute intention criminelle de la part du général, et
reconnut, d'après l'avis d'une commission spé-
ciale , que les reproches qu'on lui adressait se
trouvaient atténués par les circonstances. Lau-
rent fut mis à la retraite quelques jours après.
K.
Victoires et Conquêtes. - Le. Moniteur, 1815.
LAtiKENT ( *** ), homme politique français,
né à Strasbourg , mort en 1814. Il était médecin
lorsque éclata la révolution, dont il adopta les
principes. En septembre 1792 il fut élu membre
de la Convention nationale, et vota la mort de
Louis XVL Chargé de plusieurs missions près
des armées du Rhin, du nord, et de Sambre et
Meuse, il montra beaucoup de bravoure. Ses
nombreux rapports se trouvent dans Le Moni-
teur. En l'an vi il devint membre du Conseil des
ENT 932
Cinq Cents ; il demanda la vente des biens des
cultes réformés , et combattit l'impôt sur le tabac.
Lors du coup d'État du 18 brumaire an viii, il
se fit remarquer parmi les adversaires de Bona-
parte , fut un des députés exclus du corps légis-
latif par la loi du 19 brumaire, et mourut éloigné
de toute fonction publique. 11 a écrit quelques
brochures poUtiques sans intérêt aujourd'hui.
H. L.
Arnault, Jay, Jouy et Norvins, Biogr. nouv. des Con-
temporains (1823). — Petite Biographie des Convention-
nels ( 1815 ). — Biographie Moderne.
LAURENT (Auguste), chimiste français, né
le 14 novembre 1807, à La Folie, près de Lan-
gres, mort à Paris, en 1853. Élève externe de
l'École des Mines, il fut nommé en 1838 profes-
seur de chimie à la faculté des sciences de Bor-
deaux ; c'est là qu'il se livra à de nombreuses re-
cherches , particulièrement de chimie organique.
Selon lui, « un composé organique constitue un
ensemble arbitraire, formé par la réunion d'un
nombre variable d'éléments simples ou compo-
sés , éléments que l'on peut remplacer à volonté
dans ce composé par des groupes analogues, sans
altérer la physionomie générale , l'harmonie, ou
le type de ce composé ». Laurent voulut aussi
classer les corps organiques en groupes naturels
selon les analogies de composition ; dans ce but
il dierchait, au milieu de formules symboli-
ques par lesquelles on peut représenter théori-
quement la composition des corps , les formules
les plus avantageuses pour le classement de l'é-
tude pratique de ces corps. Nommé en 1845
correspondant de l'Académie des Sciences , il
vint l'année suivante se fixer à Paris. En 1848
il obtint une place d'essayeur à la Monnaie , et
fut attaché au ministère de la guerre pour l'exa-
men des questions de sciences et d'arts qui se
présentent souvent à ce ministère. Il consacra ses
rares moments de loisir à rédiger sa Mé-
thode de Chimie, qui ne fut entièrement im-
primée qu'après sa mort, par les soins de
M. Biot. Laurent mourut pauvre. Le gouverne-
ment a pris soin de la veuve et des enfants qu'il
a laissés. Les travaux d'Auguste Laurent ont
pour titres : Théorie des Radicaux dérivés et
Mémoire sur les Séries NephtaUque et Stilbi-
que; Paris, 1843, in-8° ( Extrait de la Revue
Scientifique et Industrielle) ; — Méthode de
Chimie; Paris, 1854, in-8''. Il a rédigé, de 1815
à 1818, avec M. Gerhardt, les Comptes-rendus
mensuels des travaux chimiques des facultés de
Bordeaux et de Montpellier, formant un appen-
dice m Journal de Pharmacie, de Chimie
(4 vol. in-8°). Il a donné aux Annales de Chi-
mie et de Physique un grand nombre de no-
tices, entre autres : Sur un nouveau moyen de
préparer la Nephtaline ( t. XLIX ) ; — Sur
les Chlorures de Nephtaline (t. LTI ) ; — •
Nouveau Mode pour analyser les Silicates
alcalins (t. LVUI); — Sur de nouveaux
Chlorures et Bromures d'hydrogène carbo-
933 LAURENT -
naté (t. LIX) ; — Sïir le Benzoïle et la Ben-
zinide (ibid.); — Théorie des Combinaisons
organiques ( t. LXI ) ; — Sur V Acide Campho-
rique (t. LXllI); — Sur la CMorophénise
et V Acide Chlorophénésique (ibid.); — Sur
les Éthers et les corps gras ( t. LXV ) ; — Sur
la Concentration du Fer ( ibid. ); — Sur les
Acides Pimarique et Pyromarique ( t. LXXII )
( avec M. Geriiardt ) ; — Recherches sur les
Combinaisons Milloniques (3* série, t. XIX);
— Sur la Composition de l'Ordne et de ses
Dérivés ( ibid., t. XXIV ) ; — Sur deux Dé-
rivés de la Morphine et de la Nicotine ( ibid.,
ibid. ); — de nombreux extraits de notices dans
le Compte-rendu de VAcad. des Sciences. Le
30 octobre 1854, le maréchal Vaillant a pré-
senté à l'Académie des Sciences , au nom de la
veuve d'Aug. Laurent, deux mémoires laissés
par ce chimiste : l'un contenant un Examen
de la Théorie de la Lumière dans le système
des ondes ; l'autre une Théorie des imaginai-
res de l'équilibre des températures et de l'é-
galité d'électricité. Guyot de Fère.
Documents particuliers. — M. L. Figuier, dans le
journal ia Presse du 24 avril 1858. — M. Moigoo , Le
Cosmos, 18S3, 18S4, 18S5.
s.AUREiVT ( Jean- Louis-Maurice ) , natura-
liste français , né à Toulon, lé 8 juin 1784, mort
à Paris, vers 1855. Docteur en médecine êtes
sciences, il voyagea comme chirurgien de ma-
rine, et devint professeur à l'école de médecine
du port de Toulon. Mis à la retraite, il vint à
Paris, et entreprit des recherches microscopiques
curieuser, sur les animaux inférieurs ; mais ses
travaux sont déparés par une grande diffusion et
l'abus du néologisme. On a de lui : Propositions
générales de Physiologie, de Pathologie et de
Thérapeutique ; Paris, 1823, in-4''; ~ Atlas
d'Anatomiephysiologique, ou tableaux synop-
tiques d'anatomie physiologique dressés d'a-
près îine nouvelle nomenclature ; Paris, 1826,
in-fol.; — Mémoires explicatifs des Tableaux
d'Anatomie physiologique; Paris, 1826, in-8° ;
— Essai sur les Tissus élastiques et contrac-
tiles ; Paris, 1827, in-8°; — Concours pour
une chaire d'Anatomie : De la Texture et du
Développement de l'Appareil urinaire ; Paris,
1836, in-4'' ; — Recherches sur l'Hydre et l'É-
ponge d'eau douce pour servir à l'histoire
naturelle des Polypiaires et des Spongiaires ;
gr. in-8°, avec atlas in-fol. ; — Annales d'Ana-
tomieetde Physiologie (avec HoUard etautres) ;
Paris, 1837-1839, 3 vol. in-8°; — Zoophyto-
logie; Paris, 1844, in-S" : ce travail fait partie
du Voyage autour du Monde exécuté en 1836
et 1837 sur la corvette La Bonite commandée
par M. Vaillant. Laurent a donné des articles au
Dictionnaire de la Conversation et à VEn-
cyclopédie Moderne âe MM. Didot. L. L— t.
Quérard, La France Littéraire. — Bourquelot et
Maury, La Littér. Franc, contemp.
l LAURENT ( P.-M. ) , dit Laurent de VAr-
dèche, historien français, né à Samt-Andéol
LAURENTIE
934
(Ardèche), le i4 septembre 1793. Il exerça
d'aboid la profession d'avocat à Privas. Il fonda,
avecM. Crespu, le Journal libre de l'Isère, dans
lequel il soutenait les principes démocratiques.
En 1834 il dirigeait à Nîmes le journal intitulé ;
Le Progressif du Gard, et fut en 1 835 l'un des dé-
fenseurs des accusés d'avril. Nomméjuge de pre-
mière instance à Privas, en 1840, il fut désigné
en 1848 comme commissaire du gouvernement
provisoire dans son département, qui l'élut mem-
bre de l'Assemblée constituante, puis de l'As-
semblée législative. Il siégea parmi les membres
du parti démocratique, et fut un des rédacteurs
du journal La République. M. Laurent de l'Ardè-
che, d'abord bibliothécaire du sénat, est aujour-
d'hui conservateur de la Bibliothèque de l'Arse-
nal. On a de lui : Résumé de l'Histoire du Dau-
phiné; 1825, in-18 ; — Résumé de l'Histoire de
la Philosophie ; 1826, in-18; — Histoire de Na-
poléon; 1826, in-8°; — Histoire de Napoléon,
avec 500 dessins par Horace Vernet , gravés
sur bois et compris dans le texte, nouvelle
édition augmentée de gravures coloriées re-
présentant les types de tous les corps et les
uniformes de la république et de l'empire,
par H. Bellangé; Paris 1838-1842, 9 vol. in-8°,
une autre édition en 1849; — Réfutation de
l'Histoire de France de l'abbé Montgaillard,
3<^ édit.; Paris, 1843, in 8°; la 1" édition a été
pubhée sons le pseudonyme Ibrancet Deleuze;
la 2^ a paru en 1828, sous le même pseudonyme ;
— Du Principe d'Autorité en politique; des
causes de sa décadence et des moyens de le
relever; Paris, 1844, in-S"; —De la Prescrip-
tion en matièie de Partage d'ascendants;
Paris, 1846, in-S" : — Considérations philo-
sophiques sur la Révolution de décembre;
Paris, 1852, une feuille, in-8°; — Réfutation
des Mémoires du duc de Raguse; Paris, 1857,
in- 8°. M. Laurent a été l'un des fondateurs da
L'Organisateur, Journal delà doctrine de Saint-
Simon, qui commença à paraître en 1829 et cessa
de paraître au n'" 52 delà seconde année. Ha tra-
vaillé au journal Le Globe , aux Prédications,
1832, 2 vol. in-8^ Enfin il a été l'un des colla-
borateurs de l'Almanach républicain.
GUYOT DE FÈRE,
Docuvients parliculiers. — Louandre et Bourquelot,
La lAttér. contemp. — Jovmal de la Librairie.
LAURENT. Voyez Maes et Saint-Laurent.
LAUREiVTi (Fiorenzo), peintre de l'école
romaine, né à Pérouse, vivait à la fin du quin-
zième siècle, et fut élève du Pisanello. On voit
de lui à Pérouse une Nativité dans le choeur de
l'église de Monte-Luce et dans la sacristie de
Saint-François quatre tableaux oblongs, Saint
Pierre, Saint Paul, et deux sujets de la Pas-
sion, signés Florentino Laurenti P. Pinxit
MCCCCLXXXVir. E. B— N.
R. Gambini, Guida di Perugia.
* LAURENTIE { Pierre-Sébqstien), écrivain
français, né à Houga(Gers), le 21 janvier 1793.
30.
935 LAURENTIE
Élevé sous la direction de l'abbé Jourdan, il se
destina d'aberd à l'enseignement, et compta dès
1814 au nombre des plus fervents royalistes.
Appelé à Paris, sous les auspices de M. Laine,
il fut nommé en 1818 répétiteur de littérature
à l'École Polytechnique. C'est à cette époque que
Michaud aîné lui ouvrit les colonnes de La Quoti-
dienne, où ses articles furent bientôt remarqués,
et dontil devint un des propriétaires. Il futnommé
en 1822 inspecteur général des études par M. de
Frayssinous , fonctions dont il fut révoqué en
1826, par suite de l'opposition qu'il avait faite ,
dans La Quotidienne, au ministère de Villèle.
Après les journées de Juillet, M. Laurentie fonda
Le Courrier de l'Europe et Le Rénovateur ; il
est aujourd'hui le principal rédacteur de L'U-
nion. Parmi les nombreux écrits de M. Lau-
rentie on remarque : De l'Étude et de l'Ensei-
gnement des Lettres; Paris, 1826, in-8°; 2^ édi-
tion, corrigée et augmentée, 1851 ; — De l'Élo-
quence politique et de son influence dans
.'les gouvernements populaires et représenta-
tifs; Paris, 1819, in-8°, reproduit en 1821, à
Paris et à Lyon ; — Études littéraires et mo-
rales sur les historiens latins; Paris, 1822,
2 vol. in-8°; 2* édition, 1840; — De la Justice
au dix-neuvième siècle; Paris, 1822, in-8°;
— Questions du jour; Paris, 1823, in-8°; —
Considérations sur les Constitutions Démo-
cratiques et en particulier sur les consé-
quences de la charte portugaise par rapport
à la politique de l'Angleterre et de l'Europe;
Paris, 1826, in-8"; — Introduction à la Phi-
losophie, ou traité de l'origine et de la cer-
titude des connaissances humaines; Paris,
deux éditions, 1826 et 1829, in-8°; — Histoire
des Ducs d'Orléans, 4 vol. in-8o; Paris, 1832;
— Lettres sur l'Éducation; Paris, 1833; trois
éditions successives; — Histoire de France,
2 vol.; deux éditions successives; — De la Ré-
volution en Europe; in-s". M. Laurentie a
publié une série de lettres sur l'enseignement ,
adressées à M. Thiers, lettres dont l'apparition
fît une grande sensation. M. Laurentie prépare
depuis quatre ans une Histoire de l'Empire
Romain. 11 a été l'undes rédacteurs du Diction-
naires de la Conversation. A. Jahin,
Germain Sarrut etSalnt-Edme, Biographie des Hommes
du Jour. — Jusiin Maffre, Les Diamants de la Littérature
catltoligue, — Quérard , La France Littéraire. — Do-
cuments particvliers.
LACRENTZEN OU LORENTSEN (Johan),
érudit danois, né à Ribe (Jutland), mort en
1729, à Copenhague. Employé d'abord aux ar-
cliives du royaume, il devint, en 1698, directeur
de l'imprimerie de Copenhague, puis assesseur
du consistoire. On a de lui : Das Gedaschtniss
des kœnigs Friderichs II (Éloge de Frédéric II,
roi de Danemark); Copenhague, 1693, in^"; —
Tagregister ûber Christian V Lebens und
Regierungsgeschichte (Journal de la Vie et du
Règne de Chrétien V); ibid., 1701, 1710, in-8°;
— Auctarium rariorum quae Musseo regio
— LAURETI
936
per triennium accesserunt;\h\d., 1703, in-fol.;
il donna à cet ouvrage, qui avait été commencé
par Jacobaeus, les deux compléments suivants ;
Musxum regium auctum et uberioribus corn-
mentariis illustratum; ibid., 1710, in-fol.; et
Musset regii Index, bipartitus una cum qui-
busdani analectis uberioribus; ibid., 1726,
in-fol.; — Svend Tveskjœgs Historié (Histoire
de Suénon à la barbe fourchue); ibid., 1705,
in-8» : trad. du latin de A.-S. Wedel; — Saxo-
nis Grammaticl Iste Bog (Le premier livre de
Saxo le Grammairien); ibid., 1713, in-4°, fig.,
traduction danoise accompagnée de commen-
taires; — Register over Forordningerne {Table
des ordonnances royales) ; ibid., 1719, in-4° ; —
En dansk Bibel (Bible danoise); ibid., 1719,
in-4°; version très-répandue et connue sous le
nom de Bible de Laurentzen. K.
Moller, CimJyria Litterata, 1.— Nyerup et Kraft, Al-
mindetigt Litteratur-Lexikon, 351. — Sax , Onomasti-
con, VI.
LAURENTIUS LTDUS. Voy.hWiV?,.
LACRÈs {Antoine, chevalier he), poète fran-
çais, né en 1707, àGignac (diocèse de Montpel-
lier), mort le 12 janvier 1779, à Paris. Il se fit
d'abord connaître par quelques pièces de vers ,
fut couronné plusieurs années de suite aux con-
cours des Jeux Floraux, et remporta, de 1749 à
1751, trois prix à l'Académie Française. Il eut
pendant quelque temps une pension du comte
de Clermont. On a de lui : Les Honneurs Mili-
taires accordés par Louis XIV, poème, et La
Passion du Jeu, ode; Paris, 1751, in-8°; —
Zémide, tragédie; Paris, 1759, in-4"; — Echo
et Narcisse, tragédie lyrique ; — Thomire, tra-
gédie; Paris, 1769, in-8°; — La Fausse Statue,
comédie; Amsterd. et Paris, 1771, in-8°; — La
Pharsale, poème en dix chants; Paris, 1773,
in-8'' : « Ce n'est pas une traduction que je pré-
sente au public, dit l'auteur, mais une imitation
dans toute l'extension du mot » ; — Lettre
aux Messieurs qui doivent concourir cette
année pour le prix de l'Académie Française,
suivie d'une réponse de Corneille; Paris, 1779,
in-8». K.
Nécrologie des Hommes célèbres; 1780, p. 193-230.
liAURETi OU LACRETTi ( Tommaso), dit ie
sicilien, architecte et peintre de l'école napoli-
taine, né à Palerme, vers 1508, mort vers 1592,
élève de Sébastien del Piombo. Il avait donné
à Bologne les dessins de la Fontana Vecchia ; en
1564, on lui demanda ceux de la fameuse fon-
taine du Géant, que devaient enrichir les sculp-
tures de Jean Bologne. On lui doit aussi l'une
des chapelles de S.-Giacomo-Maggiore, ainsi
que le tableau qui la décore, les Funérailles de
saint Augustin, une Madone et plusieurs
saints, dans une chapelle, et La Résurrection
du Christ, au chœur de la même église. Nous
indiquerons encore parmi les peintures qu'il a
laissées à Bologne quelques fresques au palais
Ranuzzi. C'est pendant l'exécution de ces divers
travaux que Grégoire XIII l'appela à Rome pour
937
LAI3RETI
terminer la salle de Constantin au Vatican, dont
les murailles étaient déjà décorées des admi-
rables fresques de Jules Romain et de Pierino
del Vaga. Il restait à peindre les voûtes et les
lunettes; Laureti choisit, pour y représenter des
sujets analogues à la piété de Constantin , des
idoles renversées, l'exaltation de la croix, l'ad-
dition de quelques provinces au domaine de l'É-
glise, etc. Ce travail traînait en longueur, soit
parce que Laureti travaillait lentement, soit
par ce qu'il n'était pas pressé de perdre les riches
appointements qui lui étaient assignés; mais
Grégoire XIII étant mort, son successeur Sixte V
eut moins de patience; l'artiste dut s'exécuter,
et découvrir ses peintures dès la fin de la pre-
mière année du règne de ce pontife. Cette œuvre,
malgré une science profonde de la perspective,
eut peu de succès; on trouva le coloris cru, les
figures lourdes et communes. Tel'futle mécon-
tentement du pape qu'on refusa de payer à Lau-
reti ce qui lui était encore dû d'après les con-
ventions, et on lui fit même rendre une somme
assez considérable pour dépenses faites pour lui
et même pour son cheval. L'artiste n'avait rien
économisé, et sa fortune ne put se relever de
cet échec. Il n'en fut heureusement pas de même
de sa réputation ; Laureti obtint d'unanimes ap-
plaudissements par les quatre sujets de l'his-
toire romaine qu'il exécuta au capitole dans la
salle des Capitaines , Brutus condamnant ses
fils ; Horatius Codés défendant le pont Su-
biicius, le Courage de Mutins Sceevola, et
Aulus Posthumius vainqueur au lac Régille.
On voit encore à Rome un tableau de Laureti
à Sainte-Suzanne, et ua Saint François à Saint-
Jean de Latran. Un Saint Jérôme orne l'église
de Saint-François de Ferrare.
Ces beaux ouvrages valurent à leur auteur le
titre de prince de l'Académie de Saint-Luc. Il
mourut octogénaire, vivement regretté de tous
ceux qui l'avaient connu, et surtout de ses élèves,
auxquels il enseignait la théorie de l'art avec
autant de zèle que de bienveillance. Parmi ceux-
ci, il compta le Bolonais Antonio Scavati, l'un
des peintres appelés à décorer la bibliothèque
du Vatican. E. B — n.
Vasari, f^ite. — Baglione, P'ite de" Pittori, etc., del
1573 al 1612. — Bottari, Note al f^asari. — banzi, Storia
Pittorica. — Orlandi, Abbecedario. — Ticozzi, Dizio-
nario. — Giialandi, Memorie oriyinali lii Belle- Arti. —
Gualandi, Tre Giorni in Hologna. — Malvasia, Pitture
di Bologna. — Campori, Cli Artisti negli Stati Eslensi.
— Pistolesi, Descrizione di Roma. — CiUadella, Guida
di Ferrara.
LAURi (Balthazar), peintre, né à Anvers,
vers 1570, mort à Rome, en 1642. Il est probable
que le nom de Lauri est une italianisation de
son nom flamand, qui est resté inconnu ; et mal-
gré son origine, cet artiste est généralement cité
parmi les maîtres de l'école romaine, s'étant
marié à Rome, où il était venu jeune, y ayant
passé presque toute sa vie, et y ayant eu deux
fils, Francesco et Filippo, qui devinrent vérita-
blement Romains, Élève et imitateur de son com-
- LAURI 938
patriote Paul Brill, comme lui plus italien que
flamand, il devint un des meilleurs paysagistes
de son temps. E. B—n.
Baldinucci, Notizie. — Lanzi , Storia Pittorica. — Or-
landi , Abt>ecedario — Ticozzi , Dizionario — Pascoli ,
Vite de' Pittori, Scuttorie Arehitetti modemi.
LAURI (Francesco), peintre de l'école ro-
maine, fils du précédent, né à Rome, en 1610,
mort en 1635. Ne voulant pas se borner au
paysage, comme son père, et se sentant entraîné
vers un genre plus élevé , il entra dans l'atelier
d'André Sacchi, qui, reconnaissant en lui de rares
dispositions, en fit son élève de prédilection.
Avant de voler de ses propres ailes, Francesco
voulut connaître et étudier les chefs-d'œuvre
des maîtres des autres écoles; il parcourut la
Hollande, l'Italie, l'Allemagne, et passa une année
entière à Paris. De retour à Rome, riche de con-
naissances laborieusement acquises, il avait à
peine commencé, en peignant à fresque trois
déesses à un plafond du palais Crescenzi, à mon-
trer tout ce qu'on pouvait attendre de son ta-
lent original et plein de feu, quand une mort
prématurée vint l'enlever aux arts, âgé d'environ
de vingt-cinq ans. E. B — n.
Pascali, Vite de' Pittort modemi. — Orlandi, Abbece-
dario. — l.anzi, Storia Pittorica. — Baldinucci, Notizie.
— Ticozzi, Dlzionario.
LAURI (Filippo), peintre de l'école romaine,
frère du précédent, né à Rome, en 1623, mort en
1694. Il eut pour premier maître son frère
Francesco ; mais bientôt, celui-ci étant mort, il
entra dans l'atelier d'Angelo Caroselli, son beau-
frère, qu'il eut bientôt dépassé. Suivant son in-
clination naturelle, il peignait presque toujours
des figures de petite proportion et des tableaux
de cabinet pleins d'imagination et d'esprit, à la
manière des Flamands. Ses rivaux ayant répandu
le bruit qu'il était incapable de produire de
grandes figures, Filippo peignit pour l'église Délia
Pace, dans la chapelle Mignanelli, Adam et Eve
de proportion colossale, figures qui sous plu-
sieurs rapports fuient trouvées excellentes. Il
peignit aussi à fresque dans le palais Borghèse
plusieurs paysages, dans lesquels il semble s'être
proposé d'imiter la manière de son père. Quel que
ait été le succès de ces diverses tentatives, Lauri
dut toujours sa plus grande renommée à ses
petits tableaux, que Raphaël Mengs, si rarement
prodigue de louanges, ne pouvait se lasser d'ad-
mirer. On y reconnaît surtout une touche légère
et spirituelle, une composition originale et gra-
cieuse, un dessin suffisant, mais un coloris assez
médiocre, excepté dans ses paysages, qui ne
I manquent pas de fraîcheur. Lauri a souvent fait
les- figures des paysages de Claude Lorrain. Rien
n'est si gracieux que ses dessins ; il y en a à la
sanguine, avec des hachures croisées en tous
sens et des contours peu prononcés; d'autres
sont peints à la gouache, avec des contours ar-
rêtés par un trait de plume.
Parmi les ouvrages de Lauri existant à Rome,
nous indiquerons encore Vénus au milieu des
939 - LAURl — LAURICESQUE
Saisons du palsis Doria, et une autre Vénus au i ses expériences.
940
palais Âlfieri. On voit de lui au musée de La
Haye un Paysage avec tigures ; à Vienne, une
Fuite en Egypte; au Louvre, Saint François
en extase et Un Sacrifice au dieu Pan.
Lauri avait une instruction remarquable, un
caractère enjoué, une conversation pleine de
saillies. 11 était, depuis 1662, membre de l'Aca- i
demie de Saint-Luc, et fut accompagné par ses i
confrères à sa dernière demeure, l'église de i
S.-Lorenzo in Lucina. E. B — n.
Oriandi, Abbecedario. — Winckelmann , Neues Mak-
lerlexikon. — \.im\. Storia Pittorica.— O'ArgenviUe,
A'éte des Peintres Italiens. — Ticozzi, Dizionario. —
Villot, Mtisée du Louvre,— Pistolesi, Uescrizione di
Homa.
LAVKIA. {François-Laurent Bra.ncate de ),
théologien italien , naquit à Lauria , ville du
royaume de Naples, en 1611, et mourut à Rome,
le 30 novembre 1693. Il se fit cordelier, et par-
vint au cardinalat en 1687, sous le pontificat
d'Innocent XI. Ses principaux ouvrages sont :
Des Commentaires sur les quatre livres des
Sentences deScot, 8 vol. in-fol.; — Devota tau-
dis ad sancttssimam Trinitatem Oratio;
Rome, 1595, in-12; — De Praedestinatione et
Reprobatione, imprimé à Rome, in-4'', 1688, et
à Rouen, en 1705. L'auteur y défendait, contre
les molinistes et les jansénistes, la doctrine de
saint Augustin sur la grâce. F.-X. T.
Péreonès, Biographie Chrétienne et Antichrétienne.
— Joannes a Sancto-Antonio , Bibliotheca Franciscana.
l LAUKiAiVO ( Augustin- Tribonius ), histo-
rien roumain , né vers 1 8 1 5, en Transylvanie.
Après avoir terminé son éducation à Vienne, il
vint enseigner la philosophie au collège de Saint-
Sava, à Bucharest; au mois de mars 1848, il
passa en Transylvanie, el se mêla au mouvement
politique de cette province. En 1851, le prince
Grégoire Ghika le nomma inspecteur des écoles
moldaves. Les principaux écrits de M. Lauriano
sont: Tentaniencriticum in Linguam Romani-
cam ; Vienne, 1 840 ; — Magazinu historien pen-
ira Dacia ( Le Magasin historique de la Dacie ) ;
Bucharest, 1844-1847, 4 vol. in-8°, recueil pé-
riodique consacré aux annales et à l'archéologie
des pays roumains , et rédigé en société avec
M. Nicolas Balcesco ; — Coup d'œil sur l'his-
toire des Roumains des deux Dacies ; \hid.,
1846, écrit simultanément en français, en rou-
main, en latin et en allemand; — Istoria Ro-
manitor (Histoire des Roumains, en trois livres);
Jassi, 1843. K.
Dict. univ. des Contemp., 18SS.
LACRiCESQVE ( Antoine, sieur de Laga.-
rouste) (1), mécanicien français, né à Saint-
Céré, près de Figeac, en 1644, mort en 1710.
Passionné pour l'étude de la physique et des
mathématiques, il entreprit de fabriquer lui-
même les instruments dont il avait besoin pour
(1) On trouve égalemeot le nom écrit Laurissergues ;
mais dans le patois du pays on prononce Lauricesque ou
Ijaurissesqites,
C'est ainsi qu'il exéeuta un
miroir ardent, qui lui coûta plusieurs années
de travail. Forcé de le rompre et de le re-
fondre plus d'une fois pour emporter les taches
causées par l'alliage de divers métaux qui
en composaient la matière, il ne se rebuta point,
et il le rendit enfin tel qu'on le voit à l'Ob-
servatoire à Paris. Le roi Louis XIV désira
l'avoir. Louvois écrivit une lettre flatteuse à
ce sujet au sieur de La Garouste , et donna
ordre à l'intendant de Limoges de le faire
transporter à Paris. A cet effet, Lauricesque
inventa un chariot inversable au moyen du-
quel le miroir arriva à destination. L'Académie
des Sciences, chargée de l'examiner, en rendit un
compte très-favorable, et Cassini informa les
savants étrangers <i que la France possédait le
plus beau miroir qu'il y eût au monde ». Obstiné
à vivre en province, Lauricesque faisait de fré-
quents voyages à Paris, et toujours avec quelque
nouvelle machine de son invention , qu'il sou-
mettait au jugement de l'Académie des Sciences.
Parmi ces inventions , on remarquait deux le-
viers, dont l'un, qui porte le nom de l'inventeur,
destiné à enlever les poids les plus lourds et
l'autre à les traîner; un moulin a scie, un
moulin à bras, propre pour les places de guerre,
dont la pièce principale était un levier au moyen
duquel deux hommes faisaient mouvoir quatre
meules , ensemble ou séparément , selon le be-
soin, un bateau à vingt-quatre rames, pré-
senté au roi à Versailles ( l'expérience eut lieu
sur la pièce d'eau des Suisses (1) ), et que quatre
hommes, par le moyen d'une machine qu'il avait
inventée, faisaient mouvoir avec autant et plus
de force que s'il y avait quatre hommes à cha-
que rame; enfin, il inventa une machine beaucoup
plus aisée que celles qui étaient connues pour ôter
les sables, décombrer les ports de mer et les
entretenir en bon état (2). Le ministre de la ma-
rine, M. de Pont-Chartrain, voulut qu'on s'en ser-
vît pour curer le port de Toulon en 1703 et que.
l'opération se fît sous les yeux du sieur de Lau-
ricesque. Elle réussit au delà de son espérance;
mais l'état de sa santé le força d'abandonner
l'ouvrage avant qu'il fût fini. Outre ces machines,
il en avait fait une uniquement pour son plaisir ;
il l'appelait Pandolyre : c'était une espèce de
Parnasse sur lequel paraissaient les Muses et
Apollon. Il y avait cinquante figures de nym-
pheSjdont trois jouaient de la flûte et deux de
là harpe; au-dessus de ce Parnasse étaient pla-
cés trois claviers d'orgues avec des soufflets.
Lorsque Lauricesque, caché dans la machine, tou-
chait ces claviers, toutes ces tigures se mettaient
en mouvement ; Apollon et les Muses chantaient,
et les Nymphes jouaient de leurs instruments.
Cette machine fit longtemps l'admiration de la
province, et fut regardée avec raison comme un
(1) Gazette de France du 16 février 1697, page 84.
(2) Cette macbine fut appelée la Marie-Salope,
941 LAURICESQUE
ciict'-d'œuvre de mécanique. Le Quercy s'en
•glorifia longtemps ; elle n'a été effacée que par
les fameu\ automates de Vaucanson, qui sans
clavier et par le seul jeu de la machine font
sortir les sons des instruments mêmes et exé-
cutent les symphonies dans la dernière préci-
sion (1).
Document» inédits.
LACRiDSËN {Niels ), érudit danois , mort en
1579. Fils d'un évêque d'Aalborg, il embrassa
la carrière ecclésiastique, et professa les belles-
lettres à Copenhague. On a de lui des poésies
latines et grecques, telles que ; Calechesis
christiana, carminé elegiaco ; Wittemberg,
1574, in-8°; — Evangelia Dominicalia latino
et grscco carminé donata ; ibid., in-8° ; — His-
toria Nativitatis J.-C; ibid., 1574, in 4= , en
vers grecs; — Cantica Maria}, Zachariae et
Simecnis; ibid., 1575, in-4°, en vers grecs.
Son frère, Lauridsen {H ans), plus connu sous
ie nom à'Amerinus, et mort en 1605, pratiqua
la médecine et composa aussi des poésies latines.
11 a laissé : Carmina varh generis, pars prima ;
Wittemberg, 1576, in-S";— Ripensium Epis-
coporum Séries et vitee telrastichis compre-
hensm ; Copenhague, 1 591 , in-4'' ; — Carmen de
Coronatione et laude Christiani IV; ibid.,
1593, in-4°. K.
MoUer, Cimbria Litt., I. — Nyerup et Kraft, Almind.
Litteraturlexicon, 339 et 13.
LACRiÈRE ( Eusèbe-Jacob de ) , célèbre
jurisconsulte français, né à Paris, le 31 juillet
1659, mort le 19 janvier 1728. Son père, natif de
Loudun, était venu très-jeune à Paris, y avait
appris l'art de la chirurgie et était devenu chirur-
gien du duc de Longueville. Laurière fit ses
études au collège Louis-le-Grand, et il s'y dis-
tingua par une telle application, qu'il reçut de
son père à l'âge de quatorze ans l'autorisation
de disposer en pleine liberté d'une rente qui ve-
nait de lui être léguée; il l'employa à jeter les
fondements de sa bibliothèque , qu'il ne cessa
pas depuis d'augmenter (2). Après avoir étudié
la jurisprudence, il se fit recevoir avocat en
1679; mais, au lieu de chercher à se procurer
des clients, il s'enferma dans son cabinet, et re-
commença ses études sur une plus large base.
Voulant connaître à fond la législation de la
France , il résolut d'en analyser d'abord avec
soin les diverses sources, entreprise féconde en
résultats, qui n'avait pas encore été tentée jus-
qu'alors. Le droit romain, le droit canonique et
les lois barbares devinrent successivement l'objet
de ses recherches ; il prit ensuite ime connais-
(1) Quelques historiens racontent qn'Mbert le Grand
avait déjà,! vers 1230, exécuté une tête d'homme de }a
bouche duquel sortaient des sons articulés.
(2) Bien des années après, son régent, l'abbé de VU-
liers, rappelait que dès sa première jeunesse Laurière
s'était toujours montré grave, silencieux et recueilli en
iui-roèmc, et que, ne redoutant aucune difficulté, il ap-
profondissait tout ce qui était l'objet de ses études.
Autant qu'il le pouvait, il remontait dès lors aux pre-
miers principes et épuisait les matières.
— LAURIÈRE 942
sance étendue du droit anglais, dans lequel il
prétendait avec raison retrouver des principes
très-semblables à ceux qui avaient régi nos
coutumes du moyen âge. Ensuite il compulsa
avec une patience extrême tous les documents,
soit imprimés, soit inédits, qu'il put se procurer
touchant les diverses lois et usages qui avaient
eu cours en France depuis la chute de l'empire
romain. En s'aidant ainsi des historiens et des
chartes , il parvint à découvrir dans leur pu-
reté primitive les principes générateurs de la
plupart de nos lois , ce qui lui permit de rec-
titier plusieurs conclusions qui en avaient été
tirées à tort, et que la routine avait consa-
crées (1). Il se délassait de ses vastes travaux
tantôt en faisant des recherches critiques sur le
texte de l'Écriture, tantôt en recueillant des
anecdotes curieuses ou des faits singuliers. Très^
lié avec Baluze, La Monnoye et autres savants
de mérite , il se réunissait à eux presque tous
les dimanches pour traiter librement des su-
jets les plus intéressants de la littérature. Il as-
sistait aussi régulièrement aux conférences qui
se tenaient chez le chancelier d'Aguesseau, qui
avait conçu pour Laurière la plus grande estime.
On a de lui : De VOrigine du Droit d'Amor-
tissement; Paris, 1692, in-12; — Textes des
Coutumes de la prévôté et vicomte de Paris ;
Paris, 1698, in-8° ; une nouvelle édition, aug-
mentée, de ce livre, qui contient en appendice
les Anciennes Constitutions du CMtelet, parut
à Paris, 1777, 3 vol. in-12 ; — Sur te Tènement
de cinq ans; Paris, 1698, in-12: dans ses Addi-
tions aux Commentaires de Pineau sur la
Coutume d'Anjou, Pocquet de la Livonnière a
essayé de réfuter les principales idées émises
par Laurière dans l'ouvrage précité ; — Biblio-
thèque des Coutumes; Paris, 1699, in-4°:
en tête de ce Uvre, auquel collaborèrent Ber-
royer et Loger, amis intimes de Laurière, se
trouve une dissertation intitulée : Conjectures
sur l'Origine du Droit français; suit une
Liste de toutes les Coutumes et de tous les
Commentateurs , à laquelle succèdent les
Textes de l'ancienne et de la nouvelle Coutume
du Bourbonnais, avec des apostilles de Du Moulin
et son commentaire. Viennent enfin quatre con-
sultations de ce célèbre jurisconsulte, dont trois
étaient inédites ; — Instilutes coutumières
(1) Ses idées, aussi justes que neuves, sur la véritable
méthode de l'étude des lois, sont exposées avec netteté
dans le privilège qui précède son ouvrage sur L'Origine
du Droit d'Amortissement : « Noslre bien amé E. de
Laurière, y est-il dit, nous a tait remontrer que l'étude
particulière qu'il (ait depuis longtemps de notre juris-
prudence françolse lui ayant fait voir qu'il est difficile
d'y faire de gr-ands progrès sans remonter jusqu'à la
source, il a toujours tdohé de Vétudier historiquement.
Cette méthode l'a convaincu non-seulement qu'il y
avoit plus de découvertes à faire dans le droit françois
et pour le moins d'aussi belles que dans le droit romain,
dont pourtant tout le monde est si fort prévenu , mais
aussi que la plupart des fautes qu'ont faites ceux qui
l'ont manié jusque ici viennent de ce qu'ils n'en ont pas
assez connu l'origine. »
943
d'Antoine Loysel, ou manuel de plusieurs et
diverses règles, sentences et proverbes du
droit coutumier et plus ordinaire de la
France, avec notes ; Paris, 1710, 2 vol. m-12 ;
ibid., 1758 et 1774; une quatrième édition, aug-
mentée d'après les manuscrits de Laurière,
parut en 1783; une cinquième, de beaucoup su-
périeure aux précédentes, a été donnée par
MM. Dupin et Labioulaye, Paris, 1846, 2 vol.
in- 12 : ce livre, auquel Laurière travailla pen-
dant près de vingt ans, est un de ses meilleurs
ouvrages ; il n'intéresse pas seulement le juriscon-
sulte de profession, mais quiconque aime à con-
naître les institutions civiles de nos aïeux en
trouvera l'histoire la plus exacte ainsi que la
plus attachante dans le travail de Laurière; —
Traité des Institutions et des Substitutions
contractuelles; Paris, 1715, in- 12. Laurière
a aussi publié en commun avec Berroyer Les
Traités de M. du Plessis sur la Coutume
de Paris, avec notes; Paris, 1702, in-fol.; une
seconde édition, faite sur un manuscrit plus
complet et meilleur, parut quelque temps après ;
trois autres fureut données en 1709, en 1726 et
en 1754. Laurière à encore édité, en l'anno-
tant et en l'enrichissant d'un grand nombre
d'articles omis, Le Glossaire du Droit fran-
çais, de Ragueau ( voy. ce nom ); Paris, 1704,
in-4°. Enfin, nous devons à Laurière la publi-
cation du premier et d'une partie du second vo-
lume du Recueil chronologique des Ordon-
nances des rois de France de la troisième
race connu sous le nom à' Ordonnances du
Louvre. Louis XTV, ayant reconnu combien les
anciennes collections d'ordonnances étaient fau-
tive? et incomplètes, avait résolu d'en faire faire
une nouvelle, et avait chargé de ce travail Lau-
rière , Berroyer et Loger. Après d'immenses
recherches dans les archives publiques et pri-
vées , les trois associés publièrent en 1 706, à
Paris, une Table chronologique des Ordon-
nances depuis Hugues Capet jusqu'en 1400,
in-4° ; ils continuèrent ensuite à rassembler des
matériaux pour l'œuvre qui leur avait été con-
fiée. Mais en 1709 leur travail se trouva tout à
coup interrompu par les malheurs du temps ; il
ne fut repris qu'en 1715, mais par Laurière tout
seul, qui fit paraître en 1723 (Paris, in-fol.) le
premier volume du Recueil mentionné plus haut.
Ce volume contient les ordonnances émises par
les rois capétiens depuis Hugues Capet jusqu'à
Philippe de Valois exclusivement; Laurière y
a joint des notes très-étendues , où il montre
la profonde connaissance qu'il avait de nos an-
tiquités juridiques ; il à fait précéder chaque or-
donnance d'un sommaire qui en fait connaître
le contenu d'une manière très-complète. Il a mis
en tête une préface, où il a traité d'une manière
supérieure de plusieurs points intéressants du
droit français au moyen âge. Laurière était oc-
cupé à surveiller l'impression du volume sui-
vant, lorsqu'il mourut. L'œuvre qu'il venait de
LAURIÈRE — LAURISTON 9-14
commencer fut successivement continuée par Se-
cousse, Villevault, Brequigny, Pastoiet, Par-
dessus (wî/. ces noms). Dans l'édition des Poé-
5tesde Villon donnée àParisen 1723setrouvenî
quelques notes dues à Laurière. E. G.
Secousse, Eloge de Laurière ( en tète du second vo-
lume des Ordonnajwes du Louvre) et dans le tome I^'' do
l'édition di; 1846 deà Institutes coutumieres de Loysel}.
LAVRILLARD ( Charles- Léopold ), natura-
liste français, né à Montbéliard, le 21 janvier 1783,
mort à Paris, le 27 janvier 1853. Il travaillait
comme peintre dans l'atelier de Regnault , lors-
que G. Cuvier, son compatriote, lui confia l'exé-
cution de ses dessins anatomiques. Il s'initia
plus tard lui-même, sous la direction de ce grand
maître, à l'histoire naturelle , et particulièrement
à l'anatomie comparée. Il a enrichi le Muséum
d'un grand nombre de préparations anatomiques
et d'ossements fossiles , parmi lesquels on re-
marque le squelette d'un mastodonte ; il était
occupé au classement de ces travaux quand la
mort le surprit. Laurillard a publié un Eloge de
Cuvier, discours couronné par l'Académie des
Lettres, Sciences et Arts de Besançon ; Paris,
1844, in-8°; — Les Mammifères et les Races
hwnaines ; Paris, 1849, in-S", avec 121 planches;
cet ouvrage, pour lequel MM. Milne-Edwards et
Roulin furent ses collaborateurs, fait partie de la
nouvelle édition du Règne animal de G. Cuvier.
Laurillard a donné aussi dans le Dictionnaire
universel d'Histoire naturelle de d'Orbigny
les articles Antilopes , Ossements fossiles, etc.
G. i)E F.
Revue et Magasin de Zoologie, année 1853, n. 2. —
Discours de M. Gratiolet aux funérailles de Lauril-
lard, 1853.
LAVRiSTON (Jacques-François Law de).,
comte de Tancarville, connu d'abord sous le
nom de chevalier Law, général français, né
le 20 janvier 1724, mort vers 1785. Il descendait
d'une ancienne et illustre famille d'Ecosse, à la-
quelle appartenait le fameux contrôleur général
des finances Law. Les services que le chevalier
Law rendit à la Compagnie des Indes le firent
nommer colonel en 1765 , et l'année suivante il
fut créé major général et commandant des trou-
pes du roi dans l'Inde. Il devint brigadier d'in-
fanterie le 16 avril 1767, et maréchal de camp le
1" mars 1780. J. V.
La Chesnaye des Bois , Dict. de la Noblesse. — Law,
barons de Luuriston en Ecosse et en France ; 1858, in -8°.
LAURISTON ( Jacques-Alexandre-Bernard
Law , marquis de ), maréchal de France , fils du
précédent , né à Pondichéry, le l*' février 1768,
mort à Paris, le 1 1 juin 1828. Amené en France,
le jeune Lauriston fit ses études au collège des
Grassins, et passa le 1*"^ septembre 1784 à l'École
Militaire, où il se lia avec Bonaparte. En 1785
Lauriston quitta l'École Militaire avec le grade de
lieutenant en second. Capitaine en second en
août 1791, il n'émigra pas, et devint aide de camp
du général Beauvoir en 1792, fit les campagnes
945
LAURISTON
946
de 1792 et de l'an ii à l'an iv aux armées du
nord, de la Moselle et de Sambre et Meuse. Mis à
l'ordre du jour de l'armée au siège de Maestricht,
il se distingua au siège de Yalencieanes , et fut
nommé en l'an m chef (ie brigade dans l'artillerie
à cheval. Le 16 germinal an iv (5 avril 1796 ), il
donna sa démission , et quitta l'armée ; mais Bo-
naparte, devenu premier consul, s'empressa de le
rappeler au service (1800), et le prit pourundeses
aides de camp. Lauriston suivit le premier consul
enltalie,et se trouvait à Marengo. Il reçut l'ordre
de licencier et de réorganiser le 1*'' régiment
d'artillerie, dont il garda le commandement. Il
prit ensuite la direction de l'école d'artillerie de
LaFère. En 1801 il remplit une mission diplo-
matique en Danemark , et seconda les efforts des
habitants de Copenhague contre les Anglais, qui
menaçaient cette ville. Chargé de porter à Lon-
dres la ratification du traité de paix conclu à
Amiens (1802.), il y fut l'objet d'une ovation popu-
laire. Le peuple de Londres coupa les traits des
chevaux de la voiture de l'envoyé français et la
foule le traîna jusqu'à son hôtel. Revenu en
France, Lauriston fut nommé général de brigade,
et envoyé en Italie au dépôt d'artillerie de Plai-
sance. Au mois de brumaire an xm, il prit le com-
mandement des ti'oupes destinées à une expédi-
tion contre Batavia, sous les ordres de l'amiral
Villeneuve. Élevé au grade de général de division
en pluviôse de la même année (février 1805), Lau-
riston appareilla avec l'escadre le 9 germinal, et
arriva à la Martiniquéau commencement de prai-
rial. Il débuta par la prise du fort Diamant. Dix
jours après, la flotte remit à la voile pour l'Eu-
rope, eut une affaire au cap Ortégal , se présenta
devant Cadix, et éprouva une défaite complète à
Trafalgar, le 21 octobre 1805. Lauriston s'était
fait débarquer, et revint à Paiis. Il fit la cam-
pagne de 1805 en Autriche, et reçut le gou-
vernement de Braunau. En mai 1806, il pré-
sida, en exécution du traité de Presbourg, à la
remise des magasins et des arsenaux de Ve-
nise. L'année suivante , Napoléon , usant de re-
présailles contre les Russes, qui s'étaient emparés
des bouches du Cattaro , donna l'ordre à Lauris-
ton d'occuper la république de Raguse. Lauriston
entra dans la ville de Raguse; mais bientôt il y
fut enfermé avec 1,500 hommes, et s'y défendit
contre 1 5,000 Russes ou Monténégrins, secondés
par une flotte de six vaisseaux , dix frégates ou
bricks et trente chaloupes canonnières , com-
mandée par l'amiral Seniavin. Les Turcs, alliés
de la France , ayant surpris un détachement
russe, coupaient les têtes des prisonniers ; Lau-
riston envoya un aide de camp et paya de ses
deniers la rançon des Russes, qu'il laissa fibres
sur parole. Le 19 décembre 1807 il fut nommé
gouverneur général de Venise. A son arrivée
dans cette ville , il fit élever un tombeau à son
grand-oncle, le célèbre financier Law. En 1808,
Lauriston suivit Napoléon à la conférence d'Er-
furth, fut créé comte de l'empire, et suivit
l'empereur à Madrid. Il se distingua à l'attaque
des faubourgs de cette ville , suivit ensuite en
Italie le prince Eugène, qu'il accompagna en Hon-
grie en 1809. Le 14 juin il prit part à la bataille
de Raab. Il fit ensuite le siège de cette ville , et
y entra le 24. A Wagram il commandait l'artil-
lerie de la garde. Dans cette dernière affaire, la
gauche de l'armée française se trouva débordée.
Lauriston, à la tête d'une batterie de cent pièces
de canon, marcha au trot à l'ennemi , sans s'in-
quiéter du feu qui décimait ses troupes, et, s'ar-
rêtant à demi-portée, foudroya les batteries au-
trichiennes par un feu supérieur. Pour cette
belle action , l'empereur lui donna le grand
cordon de l'ordre de la Couronne de Fer. Après
la paix, Lauriston se rendit à Vienne, quitta
pendant quelque temps cette ville pour rem-
pfir une mission en Hoflanfle, et se trouvait de
nouveau à Vienne quand le prince de Neuchàlel y
arriva, avec le titre d'ambassadeur, pour épouser
au nom de l'empereur l'archiduchesse Marie-
Louise. Lauriston rempfit auprès de cette prin-
cesse les fonctions de colonel général de la garde
impériale , et l'accompagna en France. Napoléon
le chargea encore d'aller chercher à Harlem et de
ramener en France les enfants du roi Louis-Na-
poléon, qui venait d'abdiquer la couronne de Hol-
lande. Le 5 février 181 1 Lauriston fut nommé am-
bassadeur en Russie. Il devait demander à l'em-
pereur Alexandre ("■l'occupation des ports de Riga
et de Revel par les troupes françaises et l'exclusion
des vaisseaux anglais de la Baltique. 11 ne réussit
pas dans sa mission, et quitta Saint-Pétersbourg
en 1812. Après la prise de Moscou, Lauriston
fut chargé de conclure un armistice avec Kutu-
sof. Il commanda l'arrière-garde dans la retraite.
Arrivé à Magdebourg, il y organisa le cinquième
corps de la grande armée, à la tête duquel il com-
battit à Lutzen, à Bantzen et à Wurtschen. 11
emporta le village de Weissig , culbuta le corps
d'York, et le rejeta de l'autre côté de la Sprée.
Ayant réuni le onzième corps à celui qu'il com-
mandait déjà, Lauriston battit les Prussiens en
plusieurs rencontres. Quand le pont de Leipzig
sauta, par la précipitation maladroite de ceux qui
le gardaient,Lau riston se trouvait encore de l'autre
côté de l'Elster ; Le Moniteur annonça sa mort :
il n'était que prisonnier, et fut conduit à Berlin.
Rentré en France à la suite de la paix de 1814,
Lauriston fut nommé capitaine de la compa-
gnie des mousquetaires gris par Louis XVIII.
Au retour de Napoléon , Lauriston accompagna
le roi jusqu'à Béfhune, revint à Paris, et se retira
dans sa terre de Richecourt, près de La Fère. A
la seconde restauration, Lauriston se rendit au-
devant de Louis XVIII à Cambrai. Envoyé à
Laon pour présider le collège électoral de l'Aisne,
il fut créé pair de France le 1 7 aoiit, et reçut
le commandement de la première division d'in-
fanterie de la garde royale. En 1816 il présida
les conseils de guerre formés pour juger l'amiral
Linois, le baron Boyer de Peyreleau et le général
947 LAURISTON — LAUS
Delaborde (vôy. c«s noras), accusés de trahison :
Linois fut acquitté , Boyer condamné à mort
( peine qui fut commuée ), et Delaborde fut rais
liors de cause. En 1817 le générai Lauriston
reçut de Louis XVIII le titre de marquis. En 1 820
il eut le commandement supérieur des douzième
et trezième divisions militaires, et présida le
collège électoral de la Loire-Inférieure. Le l*"" no-
vembre 1821 il entra dans le cabinet présidé par
le duc de Richelieu comme ministre de la maison
du roi, position qu'il garda sous Villèle. Le 6 juin
1823 il fut élevé à la dignité de maréchal de
France, et reçut le commandement en chef du
deuxième corps de réserve des Pyrénées. En-
tré en Espagne, il assiégea, et prit Pampelune.
Le 4 août 1824, le duc de Doudeauville le rem-
plaça au ministère. Lauriston fut alors nommé
grand-veneur et ministre d'État. Il vivait éloigné
des affaires lorsqu'il fut atteint, lelO juin 1828,
d'une attaque d'apoplexie, qui l'enleva le lende-
main. L. L — T.
948
Précis de la Fie militaire du maréchal Lauriston,
extrait un tome I^' de la Galerie Historique et Critique
du dix-nerwiéme siècle. — Thiers, Hist. du Consulat et
de l'Empire. — M^rmont, Mémoires. — Comte Napoléon
de Lauriston, Observations sur les Mémoires du duc de
Saguse et une uote daus le Moniteur du 6 juillet 1857.
— De Courcelles, ûict. biogr. des Généraux français. —
C Mullié, Biogr. des Célébrités des armées de terre et
de mer. — Lardier, Hist. biogr. de la Chambre des Pairs.
l LAURISTON ( Auguste-Jean-Alexandre
Law, marquis de), général et homme politique
français, né à La Fère, le 10 octobre 1790. Fils
aîné du maréchal de Lauriston, il embrassa la
carrière militaire, devint maréchal de camp et
gentilhomme ordinaire de la chambre du roi
Charles X. En 1828 il succéda à la pairie de
son père. Après la révolution de juillet 1830, il
prêta serment à la nouvelle dynastie, et siégea
parmi les membres conservateurs. Il fut mis à la
retraite le 24 janvier 1838. A la fin de 1848, il de-
vint colonel delà 10* légion de la garde nationale
de Paris, et fut élu représentante l'Assemblée lé-
gislative par le département de l'Aisne en mai 1 849.
Arrêté au 2 décembre 1851, il recouvra la liberté,
le 16 du même mois, et rentra dans la vie privée.
Son frère, le comte Napoléon Law de Laurk-
TON , a publié des Observations sur les Mé-
moires du duc de Raguse; Paris, 1857, in-8°. Il
y défend la mémoire du maréchal de Lauriston,
que Marmont appelle plusieurs fois « homme
médiocre, très-médiocre ». J. V.
Biogr. des 750 Représ, à l'Ass. législative.
iLAuao {Jean- Baptiste) , poète latin mo-
derne, né à Pérouse, le 28 août 1381, mort à
Rome, le 20 septembre 1629. Après avoir fait
ses études au séminaire de Pérouse, où il pro-
fessa quelque temps la philosophie, il entra dans
les ordres, se rendit à Rome, et .s'attacha au car-
dinal Marcel Lauti. Ses ouvrages le firent avan-
tageusement connaître à la cour pontificale,
et le pape Urbain VIII, qui aimait les lettres, l'ad-
mit au nombre de ses camériers> secrets. Lauro,
nommé successivement secrétaire perpétuel du
sacré Consistoire, archiviste du sacré Collège des
cardinaux, secrétaire de la chambre apostolique
et protonotaire apostolique, pouvait espérer les
plus hautes dignités ecclésiastiques, lorsque la
mort l'arrêta au milieu de sa carrière. On a de
lui : Poemata; Pérouse, 1606, in-12; — Ëpis-
tolarum Centuria; Pérouse, 1618, in-8°; —
Epistolarum Centurise Duœ; Rome, 1621,
in-8°; Cologne, 1624, in-8o. On lit en tête de
cette édition une ode de Lauro à Urbain VIII;
et on trouve mêlées aux lettres diverses pièces,
entre autres, une Viede sainte Romaine, vierge
et martyre, en latin , et des additions aux Se-
lectse Ghristiani orbis Deliciae de Fr. Sweert;
— Theatrl Romani Orchestra; Dlalogus de
viris sui sévi doctrina illustribus ; Rome,
1618, in-8° ; — In nuptias Marci Antomi
Burghesiiet Camillse Ursinas Sylva ;\\terbe,
1619, in-4° ; — De annulo pronubo deiparse
Virginis Persusiae asservaio Commentarius ;
Rome, 1622, !n-8'\ Z.
Jacobilli, Bibliotheca Umbriae, p. 163. — Oidolni Jthe-
nseum augustum, p. 170. — Nicéron, ^lémoires pour
servira l'histoire des Hommes illustres, t. XXX VII.
LAdRON [Jean), physicien et archéologue
français du seizième siècle, natif de Chàleauroux.
Il fut simple procureur, avocat, bailli de Saint-
Gildas et procureur fiscal au siège de sa ville
natale. On a de lui : V Aménographie, ou des-
cription des vents, avec la cause, source, na-
ture et propriété d'iceulx; Paris, 1586, in-8o;
— Le Testament et dernières Volontés de feu
monsieur d'Autmont, comte de Chasteau-
roux ; avec les Soupirs de Jean Lauron sur
les Misères de ce temps ; Bourges, 1596, in-8";
— Les deux premières parties de Chas/eau-
roux, anciennement dict Déolz, où il est dis- '
couru au poème épique de V antiquité, pro-
grès et estendue de ceste terre ; Paris, 1613,
in- 12. Ce sont les deux premiers chants d'un
poëme qui devait en avoir cinq et qui paraît n'a-
voir jamais été terminé. H. B.
La Croix du Maine et du Verdier, Biblioth. franc. —
Catherinot, Opuscules.
LAPS DU PERRET (C.-fl. ), homme poli-
tique français, né en 1747, guillotiné à Paris,
le 31 octobre 1793. Quoique riche propriétaire,
il prit rang parmi les propagateurs des idées ré-
volutionnaires, et fut député des Bouches-du-
Rhône à l'Assemblée législative, puis à la Con-
vention, oîi il vota la détention de Louis XVI et
son bannissement à la paix. Il fut un des mem-
bres qui se déclarèrent le plus ouvertement
contre les montagnards. On le vit, le 10 avril
1793, mettre l'épée à la main pour résister à la
masse des jacobins qui voulaient le faire con-
duire à l'Abbaye sans entendre sa défense. Im-
pliqué dans l'assassinat de Marat (voy. ce nom )
pour avoir le premier reçu Charlotte Corday à
son arrivée à Paris et l'avoir conduite au minis-
tère de l'intérieur, il repoussa facilement cette
accusation ; mais il fut convaincu d'être l'un des
rédacteurs de la protestation du 6 juin. Le tribiii
949 LAITS —
nal révolutionnaire le condamna à mort, et l'arrêt
fut exécuté le même jour. Plus tard sa mémoire
fut réhabilitée et une pension fut accordée à ses
enfants. H. L.
Moniteur universel, an l=r(i79S), n°» B8, 158, 173, 202;
an n. d<" 277, 43, 57. 71; an m, n" 33; an v, p. 173. —
Petite Biographie Conventionnelle ( 1815). — Biographie
7noderne (1815).
LAUSCS ou LACSON ( AaOffuç OU Aaucrtov),
chambellan (TipaiTtôuixo; toO xoiTtôvo; ) sous Ar-
cadius et Théodose II, vivait au commencement
du cinquième siècle après J.-C. Il n'est connu
que par la dédicace d'une compilation de Palla-
dius désignée sous le titre d^ Histoire Lausiaque,
et par son palais, qui contenait quelques-uns des
chefs-d'œuvre de la statuaire antique. Le palais,
avec la plupart de ses trésors artistiques, fut dé-
truit par un incendie sous Basiliscus, en 476. Y.
Cedrénus, C hron. — Winckelmann, histoire de l'Art,
t. II, p. 511 de la trad. française,
LAUTENS. Voy. LAtJTTE.
LACTERBACH (Wol/gang-Adam), juriscon-
sulte allemand, né à Schleitz, le 12 décembre
1618, mort le 18 août 1678. Il fut professeur à
l'université de Tubingue, publia entre autres :
Compendium Juris; Tubingue, 1679, 1686 et
l694,in-8°; Lemgo, 1717 : manuel des Pa/idec^e$
d'un usage très-répandu en Allemagne aux dix-
septième et dix-huitième siècles; — Collegium
theoretico-practiciim ad quinqïiaginia Pan-
dectarum Hbros methodo synthe.tica per-
tractatum ■ylnhxn^xxQ, 1690-1714,4 vol.in-4° :
cet ouvrage, publié d'après les manuscrits de
Lauterbach par son fils, fut imprimé de nouveau
en 1726, en 1744, en 1763 et en 1784; — Con-
silia maxime civilia et criminalia, insérés
dans la Nova Collectio Consiliorum juridi-
corumTubingensium;FTaindoTt, 1731, 9 vol.,
in-fol. Lauterbach a publié cent onze disserta-
tions sur diverses matières de droit; elles furent
recueillies en 4 volumes in-4°, qui parurent à
Tubingue, en 1728. E. G.
Hesseuthaler, Effigies 1/iuterbach.iana; Stultgarà, 1681,
in-fol. — Jagler, Beytràge zur juristichen Biographie,
X. 111, p. 83.
LAUTERBACH {Samuel- Frédéric), historien
polonais, né à Fraustadt, le 20 octobre 1662,
mort le 4 juin 1728. Il fut pasteur de sa ville
natale, et devint en 1727 surintendant des
églises protestantes de la Grande- Pologne. On a
de lui : Bas Leben des Valerii Herbergeri
( Vie de Valerius Herbergerus ) ; Leipzig, 1708,
iii'-8° ; — Kleine Fraustadtische Pestchronica
( Récit abrégé des ravages exercés par la peste
à Fraustadt ); Leipzig, 1710, in.-8°; — Fraus-
tàdtisches Zion; Leipzig, 1711, in-S"", ouvrage
qui contient l'histoire de Fraustadt de 1500 à
1700; — Der ehmalige polnische arianische
Socinianismus (L'ancien Socinianisme arien
de Pologne ) ; Francfort et Leipzig, 1 725, in-8° ;
— Polnische Chronik von Lecko bis auf Au-
gustum II (Chronique de Pologne depuis Lecho
jusqu'à Auguste II) ; ibid., 1727, iii-4''. E. G.
Zedler, Vmversal-Lexikon.
LAUTARO
950
LAUTARO, chef araucanien, tué en 1557
Il était fils d'un Indien promauque nommé Pil-
lan, qui servait comme auxiliaire dans l'armée
espagnole; lui-même était page de Vadelantado
Pedro de Valdivia, alors que ce général luttait
contre le toqui Caupolican. Le 2 décembre 1553,
après un terrible combat livré sur les ruines
du fort Tucapel, Valdivia battait en retraite de-
vant les Araucaniens, et s'empressait de rega-
gner un défilé éloigné de près de deux lieues du
champ de bataille, lorsque Lautaro, devinant
son intention, déserta, avertit le toqui du dessein
du chef espagnol, et l'engagea à prévenir sa ma-
nœuvre. Caupolican confia aussitôt à Lautaro un
certain nombre de guerriers d'élite qui prirent
les devants, tandis que le gros de l'armée arau-
canienne pressait les fuyards. La victoire fut
telle que de cinq mille Indiens promauques qui
combattaient pour les Castillans, trois seulement
s'échappèrent et que sur deux cents cavaliers
espagnols, Valdivia et un prêtre restèrent seuls
vivants aux mains de leurs ennemis. Le prêtre
fut mangé immédiatement. Valdivia implora la
pitié des vainqueurs , et Lautaro intercéda pour
son ancien maître. Caupolican hésitait, quand un
vieillard, qui avait perdu son fils dans le com-
bat, asséna un coup de massue sur la tête du pri-
sonnier. Valdivia tomba; ses chairs servirent à
un affreux repas, et de ses os les Araucans firent
des flûtes et des trompettes ( voy. Valdivu ).
Lautaro fut appelé à partager le commandement
avec Caupolican et chargé de la défense des
frontières ; il se porta sur les rives du Bio-Bio,
et ne tarda pas à être attaqué par don Francisco
de Villagran. Le 23 avril 15.54 il mit en déroute
l'armée de ce capitaine, qui perdit trois mille
hommes, son artillerie et reçut une grave bles-
sure. Poursuivant sa victoire, Lautaro incendia
La Conception; ruina les plantations espagnoles,
puis regagna ses montagnes. Villagran, nommé
corrégidorde l'audience royale du Pérou, fit re-
bâtir La Conception; mais le jeune cacique sur-
prit encore cette ville, et fit un grand carnage de
ses habitants. Le corrégidor lui-même ne fut pas
plus heureux ; battu une première fois , il se re-
plia sur Santiago, où il éprouva une seconde
défaite. Mais, épuisé par ses victoires, Lautaro
dut retourner vers le sud et repasser le Bio-Bio.
Villagran reprit l'offensive , et attaqua le camp
de son ennemi. « L'intrépide Lautaro, qui sur-
veillait tout par lui-même, dit Molina , s'étant
montré sur les retranchements , fut tué d'un
coup de flèche. Sa mort jeta une si grande cons-
ternation parmi les siens que Villagran en profita
pour pénétrer dans le camp. Les Indiens au-
raient pu se sauver ; ils ne le voulurent pas, et se .
firent tous tuer sur le corps de leur général. »
A. DE L.
\. Herrera y Tordesillas, Historia gênerai de los
Castellanos en las islas y tierra firme del mar Oceano ;
Madrid, 1601, 4 vol. in-fol. déc. VII et VIII. — Molina,
itoria del Chili, lib. I-III. — AU. ErcUla, La Aramana,
951
LAUTARO — LAUTREC
952
— Ovalle, liv. V. — Garcilasso de la Vega, itistoria de
Peru, Uv. VU. — J. Qulroga, cap. LXXIII. — Raynal,
Histoire philosophigite des deux Indks, t. VU, p. 87.
LAUTH ( Ernest- Alexandre ), anatomiste
français, né à Strasbourg, le 14 mai 1803, mort
dans la même ville, en 1 837 . Il étudia la médecine,
et se fit d'abord remarquer par sa thèse inaugurale
sur la Structure et les usages des Vaisseaux
Lymphatiques ; 1824. Il entreprit plusieurs voya-
ges scientifiques en Allemagne , en Angleterre, en
Suisse, et devint professeur de physiologie à la
faculté de Strasbourg; mais à peine eut-il fait
quelques leçons, qu'il fut atteint d'une extinc-
tion de voix complète, symptôme de la phthisie
qui l'enleva à l'âge de trente- quatre ans. Outre
sa thèse , on a de lui : Mémoires sur les Vais-
seaux Lymphatiques des Oiseaux, inséré dans
les Annales des Sciences Natur., t. III, avec
5 planches; le premier il y donne une descrip-
tion détaillée et complète de ces vaisseaux ; —
Description des Matrices biloculaires ( Ré-
pertoire d'Anatomie et de Physiologie , t. V,
avec 3 pi. ); — Manuel de V Anatomiste ;
Strasbourg, 1829, in-S" ; 2* édit., 1835, avec
7 pi.; il en a paru aussi une édition allemande à
Stuttgard, 1835-36, 2 vol. in-S», avec 11 pi.; —
Mémoire sur divers points d'Anatomie {Mé-
moires de la Soc. d'Hist. IVatur. de Strasbourg,
t. I, 1830, avec une pi. ); — Recherches d'A-
natomie fine, consignées dans la dissertation de
Verrentrapp intitulée: Observationes anatomicas
de parte cephalica nervi sympathici ; Franc-
fort, 1831 ; — Mémoire sur le Testicule humain;
1832, in-4° : Lauth reçut de l'Institut de France
un prix de physiologie expérimentale pour un
mémoire sur ce sujet , qui est inséré dans les
Mémoires de la Société d'Histoire Naturelle
de Strasbourg, 1832, avec 3 pi.; — Anatomie
de la distribution des Artères de Vhomme ,
notice insérée dans le même recueil , avec une
pi., même année ; — Variété de la distribu-
tion des Muscles chez l'Homme; — Du Mé-
canisme par lequel les matières alimentaires
parcourent le trajet de la bouche à l'anus ;
Strasbourg, 1833, in-4'' ; — Remarques sur
la Structure du Tympan et de la Trachée ar-
tère ; Strasbourg , 1833 , in-4'>, avec pi.; —
Exposition et Application des sources des
Connaissances physiologiques ; Strasbourg ,
1836, in-4°. Enfin, Lauth a inséré grand nombre
d'articles dans le Répertoire d'Anatomie de
Branchet, dans les Archives Médicales de Stras-
bourg, dans le Bulletin universel de Férussac,
dans les Archives générales de Médecine, etc.
Quand la mort est venue le frapper, il travaillait
à réunir les matériaux d'un Traité complet de
Physiologie.
Son frère, Gustave Lauth, né à Strasbourg,
le 9 mai 1793, mort le 13 avil 1817, prosecteurà
la faculté de médecine de Strasbourg , a publié :
Précis d'un Voyage botanique fait en Suisse;
Strasbourg, 1812, in-8°; — Spicilegium de
Vena cave superiore; ibid., 1815, in-4'' (thèse
pour le doctorat). G. de F.
Documents 'particuliers.
LACTOUR DU CHATEL ( Louls), littérateur
français, né à Argentan, en janvier 1676, et mort
dans la même ville, en 1758. Il était l'un des col-
laborateurs du Dictionnaire de Trévoux, et
fournit 1,300 articles à l'édition de 1721 et 2,800
à celle de 1743. Suivant M. Quérard, Lautour
aida le P. Lelong dans sa Bibliothèque Histo-
rique. Il avait laissé de nombreux manuscrits
sur la philologie et la lexicologie -. ils furent dis-
persés après sa mort.
Son neveu ( Pierre- Jacques ) était lieutenant
des eaux et forêts à Rouen de 1758 à 1793. On
ade lui : Récréations littéraires , oupenséessur
différents sujets d'histoire, de morale et de
critique, avec un Essai sur la Trahison ; Ams-
terdam et Paris, 1769, in-12. L— z— e.
Latour du Chatel {Pierre-Jacques ), yie de M. Lautowr
du Chatel, etc.; Rouen, 1758, in-l2. — Quérard, La
France Littéraire.
LAUTREC ( Odet DE Foix, seigneur de), l'un
des plus vaillants capitaines du seizième siècle,
mort devant Naples, le 16 août 1528. Il accom-
pagna Louis XII dans son expédition en Italie
(1511), et la même année ( 29 octobre ) fut nommé
gardien du concile de Pise, qui s'ouvrit sous la
présidence du cardinal de Sainte- Croix. Les pré-
liminaires de paix n'ayant pas abouti, Lautrec
reprit un commandement actif, et « montra , dit
Brantôme , qu'il estoit excellent pour combattre
en guerre et frapper comme sourd ». A la journée
de Ravenne (11 avril 1512), il fut laissé pour
mort sur le champ de bataille. En 1515 Fran-
çois I"^, dès son avènement, le fit gouverneur de
Guyenne, et l'emmena de nouveau en Italie.
Lautrec se distingua dans les terribles luttes de
Marignan (13 et 14 septembre), et contribua puis-
samment à la conquête du Milanais. Lorsque le
connétable Charles de Bourbon demanda son
rappel, François I'^'' nomma Lautrec son lieute-
nant général en Italie (août 1516). " L'État de
Milanez, écrit encore Brantôme, nous étoit très-
paisible et assuré, sans l'avarice et la grande in-
justice qu'on y commit. Le peuple se révolta, et,
comme enragé, fit au pis, et perdîmes tout. Lautrec
étoit homme trop sévère et mal propre pour un
tel gouvernement; d'être hardi, brave et vaillant,
étoit-il, mais pour gouverner un État, il n'y étoit
pas bon. Madame Chateaubriand, sœur de M. de
Lautrec, très-belle et honnête dame, que le roi
aimoit, et dont il faisoit le mari cocu, en rabattoit
tous les coups et le remettoit toujours en
grâce (1); trop hautain pour recevoir des con-
seils, il n'en faisoit jamais qu'à sa tête, aimant
mieux faillir de par soi que d'être enseigné par
les autres. Il eut bientôt mécontenté la cour
de Rome : il traitoit militairement toutes les af-
faires ecclésiastiques. » Néanmoins, son activité
(1) Brantôme, t. II, p. 128.
953
LAUTREC —
et son intelligence le soutenaient dans les épreuves
les plus difficiles. Il sut demeurer neutre entre
les -vieilJes factions guelfe et gibeline. Avec des
soldats mercenaires et mal payés, il reprit Brescia
et Vérone, força en 1521 les Impériaux à lever
le siège de Parme; et lorsque Léon X se fut dé-
claré contre la France, il tint encore le lieutenant
de ce pape, Prospero Colonna, un mois en échec
entre le Pô et l'Oglio. Plusieurs tacticiens repro-
chent à Lautrec d'avoir laissé en cette occasion
son armée se fondre par la désertion plutôt que
de risquer une bataille. Il dut, sans coup férir,
évacuer Milan et chercher un refuge dans l'État
vénitien. Il rentra en campagne le 1'^'' mars 1522 ;
mais après plusieurs échecs, il fut complète-
ment défait à la bataille de la Bicoque ( 29 avril
1522). Lautrec, revenu en France, fut fort mal
reçu du roi, auprès duquel Louise de Savoie
faisait tous ses efforts pour perdre le frère de
la favorite. Du reste, les intrigues de la cour l'oc-
cupèrent jusqu'à ce que François 1" le chargea
de mettre les frontières de Guienne à l'abri des
invasions des Espagnols. U n'eut que le temps
de s'enfermer dans la ville de Bayonne , contre
laquelle les efforts des ennemis vinrent échouer
(6 septembre 1523). Deux ans après, il repassa
en Italie , et combattit à Pavie aux côtés du roi.
En 1527, il fut encore chargé, sur larecomman-
dationdu roi d'Angleterre, de commander l'armée
destinée à soustraire l'Italie au joug de Charles
Quint. Alexandrie capitula ; Pavie fut prise d'as-
saut et cruellement traitée en punition de la dé-
faite naguère essuyée sous ses murs. Les ordres
précis de François ï" et de Henri VIII empê-
chèrent ensuite Lautrec de suivre le plan qu'il
s'était fait, et il marcha sur Naples après de fu-
nestes délais nécessités par la pénurie d'argent
où le roi laissait son armée. Arrivé devant cette
capitale, le 1=' mai 1528, il résolut de la réduire
par le blocus, au lieu d'en press-er le siège avec
vignenr. Mais pendant ce temps une fièvre con-
tagieuse vint ravager son camp et lui enlever la
majeure partie de ses troupes. Malade lui-même,
il se faisait porter de poste en poste, et opposait
un courage inébranlable au mal comme à l'en-
nemi. Seul, il maintenait encore la confiance des
soldats; mais il mourut dans la nuit du 15 au
16 août. En 1556, le duc de Serra, neveu de
GonzalVe de Cordoue , lui fit élever un tombeau
magnifique à Naples, dans l'église Sainte-Marie-
la-Nuova. A. de L.
Martin du Bellay, Mém., l. XVII, ll¥. I, p. 42-ss, 72. —
Bibbiena , IMtere di Principi, t. 1, p. 37-59. — Fleu-
ranges, l\Iém., p. 192. — Mézerai, Abrégé chronologique
de V Histoire de France, t. V, p. 199-400. — SismoiiJi,
Histoire des Français, t. XIV, p. 13-313.
LAïTTTE OU LAUTENS (fean), héraldiste
belge, né à Gand, étranglé et brûlé dans la même
ville, en 1569 (1), pour s'être déclaré en faveur de
(1) Sander, Sweert, Valère André et Foppens en font un
conseiller maître extraordinaire à la ehambre des
comptes de Lille, où il raourut,le 2 août 1603. Nous avons
suivi la version de Brandt et de Paquût.
LAUWERMAN 954
la religion réformée. Il n'est connu que' par son
supplice et les deux ouvrages suivants : Le Jar-
din d'Armoiries, contenant les armes de plu-
sieurs nobles royaumes et maisons de Ger-
manie inférieure : œuvre autant nouveau
que profitable à tous amateurs du noble exer-
cice d'armes ; Gand, 1567, in-ie. Chaque- page
de cet ouvrage, et il y en a 366 , contient trois
écus d'armes gravés sur bois avec les noms
d'autant de familles et une courte explication de
chaque écu. En tête est un Avertissement fran-
çais-flamand, d-até du 10 juillet 1567; — Mé-
moires de messire Olivier de La Marche, avec
annotations et corrections ; Gand, 1567, in-4'' ,
Bruxelles, 1616, in-4°; Louvain, 1645, in-4°.
L — z — E.
Sweert, Bibliotheca Belgica , p. 442. — Valère André,
Bibliotheca Belgica, p. 823. — Foppens, Bibliotheca
Belgiea, p. 521. — Gérard Brandt, P^erhael de Refor-
matie, p. 641. — Paquot, Mém, pour servir à l'hist. litt,
des Pays-Bas, t. V, p. 179-181. — Sander, De Gandavens.,
p. 73.
LAUVERGNE (M^e de), femme poète fran-
çaise, vivait dans la seconde moitié du dix-sep-
tième siècle. On a sous ce nom un Recueil de
Poésies, Paris, 1680, in-12, qui se compose d'é-
légies, d'un poëme d'Adonis , de madrigaux et
de portraits en prose. L'épître dédicatoire, signée
Leroux, est adressée à la marquise de Neuville.
Le nom de l'auteur ne se retrouve dans aucune
biographie ; cependant ses vers sont supérieurs
àceuxdeCoras,deLeLaboureuretded'Assoucy :
il y a du sens, de la correction et du goût. « La
première pièce, intitulée Caprice d'un Malade,
est un modèle de style et de bonne plaisan-
terie. >) K.
Viollet-Leduc, Bibl. Poétique.
LAUWERMAîv (Corneille) ou Laurimanus,
poète latin hollandais, né à Utrecht, vers 1520,
mort dans la même ville, en avril 1573. 11 fit ses
études dans sa ville natale, au collège de Saint-
Jérôme, sous Georges Macropedius ( Langfiiss ),
qu'il remplaça comme recteur, en 1554. Lauwer-
man. avait professé avec succès la rhétorique
et les belles-lettres. On a de lui : nationale
divinorum O/ficiorum , Joanne Beletho, theo-
logo Parisiense, authore, etc.; Anvers, 1559,
in-l6, et 1562, in-24 ; à la suite du Eaiional
de Durand; Lyon, 1612, in-8°; — Exodus, sive
transitus maris Rubri, comédie sacrée, suivie
de Esthera regina; Louvain, 1562, in-l2 ; —
Miles christianus , GouiéAm sacrée, précédée
d'une Explication et suivie d'un Avertisse-
m-ent; Anvers, 14 novembre 1565, in-12; —
Odœ Annales, juventuti scholas Ultrajectinse
modulandx, imprimées en feuilles volantes ; —
Thamar, comédie sacrée; — Tobias , id.; —
Nabath, tragi-comédie sacrée; — des Poésies
et des Êpigrammes, restées manuscrites. Jean
Douza avait dédié à Lauwermann ses Épodes
n°' 231, 233, 235. A. L.
C. Lauwerraan lui-même, dans sa Préface sur Jean
Beletli. — Sweert, Bibliotheca Belgica, p. 191. — Valère
955
André, Bibl. Belgica, p. 187. — Burmano , Trajectum
Erud., p. 173,175. — Paqool, iMém. pour servir à l'hist.
lilt. des Pai/s-lias, t. V, p. 368-370.
LAUWERS (Nicolas), gravem- flamand,
né à Leuse, en 1620, mort vers 16fi0. On a de
lai plusieurs estampes d'après divers maîtres,
entre autres : une Adoration des Rois, d'après
Rubens; — Jésus-Christ devant Pilote, d'a-
près le même; aux épreuves postérieures, on
a substitué au nom de Lauwers celui de Bol-
swert, qui pourait avoir eu part à cette gravure;
— une Descente de Croix, d'après le même. —
— Le Triomphe de la Nouvelle Loi , très-
grande planche, d'après le même; — Le Concert
de Sainte Cécile, d'après Gérard Seghers; —
Une Assemblée de Joueurs, d'après le même.
Son frère Conrad , assez bon graveur, a pro-
duit , entre autres : Élie auquel un ange ap-
porte la subsistance dans le désert, grande
planche , d'après Rubens ; — V Hospitalité de
Philémon et de Baucis envers Jupiter et
Mercure, d'après Jacques Jordaens; — Le
Baptême des Nègres , grande planche,. d'après
Érasme Quillinus. G. de F.
Gandellini, Notizie degli Intagliatori. — Bazan, Dtct:
des Graveurs.
^ï.AïJZANNE DE VAUX-ROUSSEL (Adol-
phe-Théodore de), auteur dramatique français,
né à Ycrneile, près Brie-Comte-Robert, le 4 no-
vembre 1805. 11 est depuis 1833 un des four-
nisseurs habituels des théâtres de vaudevillesv
Parmi les pièces qui ont eu le plus de succès, on re-
marque : un Docteur en herbe; — Ce que Femme
veut ; — M. et Madame Galochard ; — Le Sup'
plicede Tantale ; — Prosper et Vincent ; — Re-
naudin de Caen ; — V Homme blasé ; — Heur
et Malheur; — Les Intimes; — Un Père de
Famille; — Riche d'Amour, etc. Ces pièces,
faites en collaboration de MM. Jaime, Duvert, et
de quelques autres, ont été représentées soit au
Vaudeville, soit aux Variétés, soit au Gymnase.
M. de LauzanHe est aussi l'auteur d'une parodie
d'Hernani de M. Victor Hugo, sous le titre
ù'Harnali, ou la contrainte par cor, en cinq
tableaux et en vers; 1838. G. i»e F.
Documents particuliers.
LACZUîr (Antonin Nompar de Caumont ,
comte, puis duc de ), courtisan français, favori de
Louis XIV, né en 1633, mort le 19 novembre
1723. Il fut un des exemples les plus curieux de
la bonne et de la mauvaise fortune qui peut bal-
lotter un homme de cœur. C'est de lui que La
Bruyère a dit : « Sa vie est un roman : non, il
lui manque le vraisemblable. Il n'a point eu
d'aventures, il a eu de beaux songes, il en a eu
de mauvais; que dis je? on ne rêve point comme
il a vécu. )) Cadet de Gascogne, il vint à la cour,
sans aucuns biens, sous le nom de marquis rfe
Puyguilhem. Il fut accueilli par le maréchal
de Gramont, allié à sa famille, et dont le fils aîné,
le comte de Guiche, alors en grande faveur au-
près du roi, introduisit le marquis de Puyguilhem
ehez la comtesse de Soissons, nièce de Mazarin,
LAUWERMAN — LAUZUN 956
de chez laquelle le roi ne bougeait pas. Il se fit
remarquer de Louis XIV, qui le traita bientôt
en favori, lui donn» son r.égiment de dragons,
puis le fit maréchal de camp, et créa pour lui
la charge de colonei général des dragons. En
1669, le duc de Mazarin voulut se défaire de sa
charge de grand maître de l'artillerie: Puyguil-
hem en eut vent des premiers; il la demanda au
roi, qui la lui promit, mais sous le seoret pour
quelques jours. Par suite de son indiscrétion ,
Louvois le sut, et supplia le roi de ne pas con-
fier cette charge à un homme dont il ne pour-
rait supporter les manières hautaines et capri-
cieuses. La nomination fut donc ajournée. Puy-
guilhem saisit le moment d'un tête à tête avec
le roi, et le somma audacieusement de tenir sa
parole. Le roi lui répondit qu'il n'y était plus
tenu puisqu'il ne ta lui avait donnée que sous
le secret, et qu'il y avait manqué. Là-dessus,
Puyguilhem tire son épée, en casse la lame avec
son pied, et s'écrie qu'il ne servira de sa vie un
prince qui lui manque si vilainement de parole.
Le roi , transporté de colère , ouvre la fenêtre,
et jette sa canne dehors, en disant qu'il aurait
trop de regret d'avoir frappé un gentilhomme.
Le lendemain, Puyguilhem fut conduit à la Bas-
tille, d'où il sortit presque aussitôt pour recevoir
la charge de capitaine des gardes du corps en
compensation de l'artillerie , qui fut donnée au
comte du Lude.
A la mort de son père, il prit le nom de comte
de Lauznn. Ce fut au mois de décembre 1670
qu'il obtint le consentement de Louis XIY pour
épouser la princesse de Montpensier (voy. ce
nom) ; mais il fit la faute de différer son mariage
de quelques jours, pour obtenir qu'il fût célébré
à la messe du roi; ce qui donna le temps aux
princes de faire des représentations au roi , et
le mariage fut rompu. Cette même année,
Louis XIV avait fait avec la cour un voyage en
Flandre pour en visiter les places fortes , et il
avait donné à Lauzun le commandement du
corps d'armée qui l'accompagnait. Cette haute
faveur ne fit qu'indisposer davantage contre lui
le ministre Louvois, qui s'unit à M'"^ de Mt»n-
tespan pour le perdre. On peut voir dans Saint-
Simon par quels griefs il s'était attiré l'inimitié
de cette dernière. Le ministre et la favorite tra-
vaillèrent si bien à sa perte, pendant l'année
1671 , qu'au mois de novembre il fut arrêté.
Dans sa surprise, il voulut savoir pourquoi : il
demanda à voir le roi ou Mme de Montespan, ou
du moins à leur écrire. Ce fut en vain , il fut
conduit à la Bastille , et de là à Pignerol , où il
passa dix ans dans la captivité. Là était détenu
depuis sept ans le surintendant Fouquet (voy.
ce nom). Ils trouvèrent les moyens de tromper
la surveillance de leurs gardiens, et de commu-
niquer ensemble par un trou de cheminée. Mais
Fouquet, qui avait vu les débuts modestes du
jeune cadet de Gascogne à la cour, ne put ajou-
ter foi aux récits de la haute fortune qu'il y
957
LAUZUN
958
avait faite, et il le crut fon, à la lettre, lorsqu'il
l'entendait se vanter d'avoir pu épouser lVI"e de
Montpensier. 11 fallut, pour vaincre son incré-
dulité, le témoignage de là femme de Fouquet,
qui quelque temps après obtint la permission
de le visiter dans sa prison. Cependant M"'' de
Montpensier, inconsolable de la captivité de
Lauzun , faisait toutes les démarches possibles
pour le délivrer. Le roi résolut de faire tourner
ce désir au profit du duc du Maine , et il lui fit
offrir la liberté de celui qu'elle aimait , à la con-
dition d'assurer après elle, au duc du Maine et
à sa postérité, le comté d'Eu, le duché d'Aumale,
et la principauté de Dombes. Les deux premiers
avaient été donnés à Lauzun, avec le duché de
Saint-Fargeau et la terre de Thiers en Auvergne,
au moment où le mariage avait dû se conclure.
Il fallait donc la renonciation de Lauzun , pour
que Mademoiselle pût disposer de ses biens en
faveur du duc du Maine. Ce ne fut qu'avec une
extrême répugnance qu'elle finit par consentir à
cet arrangement, qui dépouillait son amant. Mais
pour que la renonciation fût valide il fallait que
Lauzun fût en liberté. On prit donc le prétexte
qu'il avait besoin des eaux de Bourbon, où il se
rencontra avec M™" de Montespan, pour traiter
de cette affaire. Lauzun fut amené à Bourbon
avec un détachement de mousquetaires. Mais,
après plusieurs entrevues avec M™^ de Montes-
pan, il fut si indigné de la dureté des conditions
qu'on lui imposait , qu'il ne voulut plus en en-
tendre parler, et on le reconduisit à Pignerol.
Cependant les amis de Lauzun s'entremirent :
un second voyage à Bourbon fut résolu, dans
l'automne de 1680. Lauzun y consentit à tout,
et M"^ de Montespan revint triomphante. De
Bourbon il eut la permission d'aller à Angers,
et il resta quatre ans en exil dans les deux pro-
vinces de l'Anjou et de la Touraine. Mademoi-
selle , toujours désespérée de son absence, se
plaignit hautement de M™^ de Montespan et de
son fils, disant qu'après l'avoir impitoyablement
rançonnée, on la trompait encore en tenant Lau-
zun éloigné ; elle fit tant de bruit , qu'enfin elle
obtint son retour à Paris, avec liberté entière, à
condition de ne pas approcher plus près de deux
lieues de tout endroit où le roi serait. Il vint
donc à Paris, où il vit assidûment sa bienfaitrice.
Si, comme on l'a supposé, il y a eu un mariage
secret entre lui et Mademoiselle, il dut être con-
tracté vers cette époque. Les liens qui l'atta-
chaient à la princesse ne l'erapêchaient pas de
courir d'autres amourettes, ce qui amenait sou-
vent entre eux des scènes violentes. « Il se lassa
d'être battu, dit Saint-Simon, et à son tour bat-
tit bel et bien Mademoiselle , tant qu'à la fin ,
lassés l'un de l'autre, ils se brouillèrent une
bonne fois pour toutes, et ne .se revirent jamais
depuis. » Lorsqu'elle mourut, en 1693 (il était
alors rentré en grâces auprès de Louis XTV), il
osa se présenter devant le roi en manteau de
deuil, et fut très-mal reçu, dit Dangeau. Vers
J'année 1688, Lauzun, poursuivi par l'ennui de
ne pouvoir reparaître à la cour, fit demander au
roi la permission de se rendre en Angleterre.
Quelques mois après éclatèrent les premiers
oragps de la révolution qui renversa Jacques II
du trône. Ce prince chargea secrètement Lauzun
de conduire la reine et le prince de Galles en
France. Ils débarquèrent à Calais, le 21 décem-
bre. De là Lauzun écrivit au roi, et lui manda
qu'il avait fait serment à Jacques II de ne re-
mettre la reine et son fils qu'entre ses mains ;
que comme il n'était pas assez heureux pour
voir Sa Majesté, il la priait de vouloir bien le
dispenser de son serment, et de lui faire savoir
entre les mains de qui il devait les remettre. Le
roi lui répondit qu'il n'avait qu'à revenir à la
cour. C'est ainsi que, selon l'expression de
Mme de Sévigné, il avait enfin trouvé le chemin
de Versailles en passant par Londres. Cette
action aventureuse lui rouvrit donc le chemin
delà fortune. Les ministres craignirent d'abord
qu'il ne reprît son ancien ascendant; mais ses
manières affectées déplurent à Louis XIV. « Il
jeta ses gants et son chapeau aux pieds du roi,
dit Mme de La Fayette, et tenta toutes les choses
qu'il avait autrefois mises en usage pouj- lui
plaire. Le roi M semblant de s'en moquer. » Ce-
pendant les grandes entrées lui furent rendues.
Le roi d'Angleterre lui donna l'ordre de la Jar-
retière, et s'entremit pour lui faire obtenir le ti-
tre de duc. Au mois de novembre 1689, Lauzun
conduisit6,000 hommes en Irlande, poursoutenir
la cause jacobite. On connaît le mauvais succès
de cette expédition. En 1695, à l'âge de soixante-
trois ans, il épousa la seconde fille du maréchal
de Lorges, qui n'en avait pas seize.
Voici le portrait que Saint-Simon nous en a
laissé : « Le duc de Lauzun était un petit homme
blondasse, bien fait dans sa taille, de physionomie
haute, plein d'esprit, qui imposait, mais sans
agrément dans le visage ; plein d'ambition, de
caprices, de fantaisies , jaloux de tout, voulant
toujours passer le but , jamais content de rien,
sans lettres , sans aucun ornement ni agrément
dans l'esprit, naturellement chagrin, solitaire,
sauvage ; fort noble dans toutes ses façons, mé-
chant et malin par nature , encore plus par ja-
lousie et par ambition ; toutefois bon ami quand
il l'était , ce qui était rare, et bon parent volon-
tiers ; ennemi même des indifférents, et cruel aux
défauts et à trouver et donner des ridicules ; ex-
trêmement brave et aussi dangereusement hardi,
courtisan également insolent, moqueur et bas
jusqu'au valetage, et plein de recherches, d'in-
dustrie , d*intrigues, de bassesses pour arriver à
ses fins, avec cela dangereux aux ministres, à la
cour ; redouté de tous , et plein de traits cruels
et plein de sel qui n'épargnent personne. »
Artaud.
Saint-Stmon, ilfeTOoires. — M"' de Montpensier, yjfô-
moires. — M™» de Sévigné, Lettres. — La Bruyère, Ca-
ractères. — Dangeau, Journal.
959
LAUZUN
LAUZCN ( Armand-Louis db Gonta.ut, duc
de). Voy. BiRON.
LAVAGNIA {Philippe o^), typographe ita-
lien du quinzième siècle; il paraît avoir été le
premier qui ait introduit l'imprimerie, à Milan,
primum ia^orem, comme il se qualifie lui-même;
ce tut en 1469 qu'il exécuta en cette ville un
traité sur les miracles de Notre-Dame, et en
1473, dans une édition en deux volumes in-folio
d'une traduction latine d'Avicenne, il se décerne
derechef le mérite d'avoir été à Milan l'inventeur
de la typographie. Il fut associé avec Antoine
Zarot ou de Zarotis, né à Parme, et avec l'Al-
lemand Waldapfel; ensuite il travailla seul. Son
nom ne se trouve pas après 1489, de sorte qu'on
peut regarder cette année comme celle de sa
mort. Parmi ses éditions, qui sont recherchées
des bibliophiles, on distingue le Virgile de 1474
(remarquable par ses variantes), le Lucain de
1478, le Tite Live de 1478. G. B.
La Sema Saniader, Dictionnaire Typographique du
quinzième siècle, t. I, p. 211. — Panzer, Annales Tppo-
graphici.
LAVAL, maison noble et ancienne du Maine,
dont le fondateur vivait à la fin du dixième
siècle {voy. Gui); elle compta parmi les nom-
breuses branches qui s'y rattachent celles de
Châteaubriant, de Retz, de Chastillon, de Loué,
de Bois-Dauphin etd'Attichy. Voici les membres
de cette famille qui depuis le treizième siècle
se sont particulièrement distingués.
Gui Vin, fils de Gui VU de Laval-Montmo-
rency et de Philippette de Vitré, succéda à son
père en 1267. Il accompagna saint Louis en
Afrique et Philippe le Hardi dans l'expédition
contre le comte de Foi X. Vers 1275 il alla prendre
possession du comté italien de Caserte, qui lui
était échu par la mort de son beau-père. Après
avoir pris part à la guerre du comte de Valois en
Auvergne, il se rendit au siège de Saiut-Sever,
et mourut en 1295.
Gui IX, fils du précédent, mort en 1323. Il
servit dans toutes les guerres de la France jus-
qu'à la paix de 1320, et se distingua surtout à la
journée de Mons-en-Puelle.
Gui X, fils du précédent, mort en 1347. Il
avait épousé Béatrix, fille d'Arthur II, duc de
Bretagne , et guerroya dans les Flandres. Ayant
pris, en 1341, le parti de Charles de Blois, il
contribua par sa valeur à plusieurs avantages
que remporta ce dernier sur Jean de Montfort,
son compétiteur, et fut tué au combat de la
Roche-Derrien.
Gui XII, second fils du précédent, succéda à
son frère en 1348, et mourut le 24 avril 141.2.
De concert avec Olivier de Clisson , son beau-
frère, et Du Gueschn , il châtia plus d'une fois
les Anglais , qui ravageaient la Bretagne , et se
rendit maître de Rennes. Il eut ensuite beaucoup
de part à la victoire de Rosebecque, et fut chargé,
de 1382 à 1404, de gouverner le duché de Bre-
tagne en qualité de lieutenant général. Froissart
— LAVAL 9fi0
dit de lui « qu'il aima souverainement l'honneur
de la France », et Pierre Le Baud , « qu'il fut
moult prud'homme vers Dieu et les hommes ,
dévot aux églises , aumosnier aux pauvres, qu'il
entretenoit des musiciens, aimoit le bien du
peuple, et n'avoit d'autre serment que si Dieu me
donne bonne vie ». En lui s'éteignirent les sires
de Laval de la maison de Monmorency ; sa fille
Anne, qui lui succéda, épousa Jean de Montfort,
et mourut en 1465.
De nombreuses branches cadettes decette mai-
son conservèrent avec le nom de Montmorency
les noms et armes de Laval ; entre autres celles
de Bois-Dauphin, de Sablé et de Lezay. (Voyez
les deux notices ci-après). C'est aussi à cette
maison qu'appartenaient le duc de Laval, promu
maréchal de. France en 1783, son frère le car-
dinal de Montmorency , grand-aumônier de
Louis XVI, le prince de Laval-Montmorency,
ambassadeur à Rome et à Londres, et le duc Ma-
thieu de Montmorency, membre de l'Assemblée
constituante, gouverneur du duc de Bordeaux.
P. L— Y.
Anselme , Chronol. hist. des Grandes Maisons de
France. — Art de vérifier les dates, XIII. — Froissart,
Chroniques. — Morice, Hist de Bretagne, I. — Morérl,
bict. Hist. — Mémoires de Saint-Simon.
LAVAL-MONTMORENCY {Urbain DE),
marquis de -Bois -Dauphin, maréchal de France,
mort le 27 mars 1629, à Sablé. Fils de René II,
comte de Laval , il commença de se faire con-
naître au siège de Livron (1574) et à celui de La
Fère (1580). Il suivit ensuite le duc de Guise,
sous les ordres duquel il se signala à la journée
d'Auneau. Depuis il servit la Ligue, combattit à
Ivry, et y fut fait prisonnier; en 1.592 il s'unit
au duc de Mercœur, s'empara de Château-Gon-
thier, et prit ou tailla en pièces, dans les environs
de Mayenne, un corps d'Anglais qui avait échappé
à la défaite de Craon. Quelque temps après, il
rentra au service du roi , lui remit plusieurs
places et châteaux, et futélevé, le 25 juillet 1597,
à la dignité de maréchal de France (1). Nommé
ambassadeur à Vienne en 1601, il obtint en 1609
le gouvernement de l'Anjou, qu'il conserva pen-
dant dix ans. En 1615 Louis XIII le mita la tête
de l'armée qu'il envoya contre les princes, et qui
était destinée à couvrir Paris. Au moment où le
maréchal s'avançait vers le Poitou pour en fer-
mer l'accès aux mécontents, il dut résigner son
commandement, et se retira à Sablé. P. L— y.
Pinard, Chronol. Militaire, II, 391. — Vies des Hommes
illustres, XIX. — Le P. Daniel, Hist. de France, XII. —
Du Chêne, Hist. de la Maison de Montmorency.
LAVAL- MONTMORENCY { Gui - Claude-
Rolland, comte de), maréchal de France , né
le 5 novembre 1677, mort le 14 novembre 1751.
Après avoir servi plusieurs années en Flandre ,
il leva en 1702 un régiment d'infanterie, reçut
(1) D'après le témoignage de quelques historiens, Bois-
Dauphin aurait été un des quatre maréchaux neHomés par
le duc de Mayenne.
961
LAVAL —
deux atteintes de boulet au siège de Nice, con-
tril)ua à la levée de celui de Toulon, et repassa à
l'armée de Flandre en 1709. Il s'y distingua à la
défense de Touraay et à l'attaque du fort d'Ar-
leux, qu'il emporta de vive force, battit près de
Valenciennes un corps de trois mille Impériaux
(10 juillet 1712), se trouva à la bataille de De-
nain , et entra un des premiers dans Douai. Au
siège de Fribourg, il fut blessé d'un coup de
mousquet dans la mâchoire, et devint en 1719
maréchal de camp. La campagne de 1734, pen-
dant laquelle il se signala de nouveau à l'armée
du Rhin, lui valut le grade de lieutenant générai.
Il commandait la Lorraine lorsqu'il fut élevé, le
17 septembre 1747, à la dignité de maréchal
de France. P. L — y.
Pinard, Chronol. Militaire, III, 869. — Courcelles,
Dict.des Généraux français, VII.
lAVAL {Antoine de), sieur de Belair, litté-
rateur français, né le 24 octobre 1550, mort en
1631. Originaire d'une famille noble du Bour-
bonnais, il fut d'abord maître des eaux et forêts
dans celte province, et devint ensuite capitaine
du parc et château de Beaumanoir-lès-Moulins.
Il succéda aussi en la charge de premier géo-
graphe du roi à Nicolaï (1583) , dont il avait
épousé la belle-fille, Isabelle de Buckingham.
Outre la géographie, il connaissait les langues
anciennes, l'histoire et même la théologie.
Comme il était fervent catholique et qu'on le
savait habile dans la dispute , il se trouva à plu-
sieurs conférences qui furent tenues à Paris dans
le seizième siècle pour tenter la conversion des
protestants. Après être resté longtemps à la cour,
où il fut attaché au service des princes de la
branche de Montpensier, il alla passer les der-
nières années de sa vie à son château de Belair,
aux environs de Moulins. D'après Nicéron, il
avait formé dans cette ville un cabinet curieux,
souvent visité par de grands personnages, et qui
renfermait en grand nombre des cartes, des
plans de villes et de fortifications, des armes,
des livres , des tableaux, etc. On a de lui : Pa-
raphrase des CL Psaumes de David, tant
littérale que mystique, avec annotations né-
cessaires; Paris, 1612, in-4° ; la seconde édition,
revue et augmentée, 1614, in-4°; — Le grand
Chemin de la vraye Église ; ibid., 1615, in-8° :
démontré par l'origine et la suite des traditions
apostoliques et ecclésiastiques ; — Homélies de
saint Chrysostôme, avec les Catéchèses de
saint Cyrille, trad. en français; ibid., 1620,
in-S" : cette version est suivie d'un discours sur
Les Prédicateurs qui affectent de bien dire,
parle traducteur; — Desseins de Professions
nobles et publiques; ibid., 1605, in-4°, et
1612. Ce livre, dont le titre n'est pas très-clair,
fut dédié à Henri IV, puis à Louis XIII; l'auteur
appelle professions nobles celles du clergé, de
la milice, de la jurisprudence, de l'administra-
tion, et des finances. K.
Moréri, Suppl. au Dict. Nist. — Nicéron, Mém. des
Hommes illustres, XXXVII.
LAVALETTE 9G2
LAVAL (Étienne-Abel), historien français,
né dans la seconde moitié du dix-septième siècle.
Ministre protestant, il passa en Angleterre
après la révocation de l'édit de Nantes, et des-
servit l'église française de Castel-Street à Londres.
Il a publié : Histoire abrégée de la Réfoimation
et des Églises réformées de France, dont une
traduction anglaise a paru à Londres en 1737,
3 vol. in-8°, ou d'après une autre indication de
1737 à 1741 , 6 vol.; — Veritez et Devoirs de la
Religion chrétienne, et abrégé de V histoire du
Vieux Tes t atnen t ; Cork , 1725, in-4°. K.
Lelong, Bibl. Hist. de la France.
LAVAL ( Antoine-J. ), savant français, né à
Lyon, mort le 5 septembre 1728, à Toulon. Il
faisait partie de la Société de* Jésuites, et en-
seigna l'hydrographie ainsi que les mathéma-
tiques à Toulon. On a de lui : Voyage de la
Louisiane fait par ordre du roi en 1720, dans
lequel sont traitées diverses matières de phy-
sique, astronomie, géographie et marine;
Paris, 1728, in-4°. Il travailla aussi avec son
compatriote J.-M. de Ghazelles à dresser les cartes
marines des côtes de Provence , et fournit aux
Mémoires de V Académie de La Rochelle une
bonne description des salines de la Saintonge. K.
Pernetti, Lyonnais dignes de mémoire, II,
rard, France Uttér,
Qué-
NOCV. BIOGK. GENER.
T. XXIX.
LA VALETTE {Jean Parisot de), grand-maître
de l'ordre de Malte, né en 1494, mort à Malte,
le 21 août 1568. Il appartenait à une ancienne
famille qui avait donné des capitouls à Toulouse.
Entré dans l'ordre de Malte, il en avait succes-
sivement rempli toutes les charges : il s'était
rendu redoutable aux musulmans sur les côtes
d'Afrique et de Sicile. Fait prisonnier par Dra-
gut, il n'eut pas plus tôt recouvré sa liberté qu'il
entreprit de nouvelles courses. Parvenu au grade
de commandeur, il fut chargé du gouvernement
de Tripoli, sous la grande-maîtrise de Jean
d'Omèdes, en 1537. Il y prit les mesures les plus
énergiques , rétablit la discipline , punit sévère-
ment les blasphémateurs , et sut se maintenir
dans ce poste important et trop faiblement for-
tifié. A la mort du grand-maître Claude de La
Sangle, La Valette était grând-prieur de Saint-
Gilles de la langue de Provence et lieutenant
général du grand-maître. Il fut unanimement élu
pour succéder à La Sangle, le 2 1 août 1557. « Sol-
dat, capitaine, général, sage politique, plein de fer-
meté, il était, suivant Vertot, autant estimé parmi
ses confrères que redoutable aux Infidèles.» Arrivé
à ce poste suprême, La Valette releva son au-
torité en exigeant des prieurs et des comman-
deurs d'Allemagne et de Venise le payement des
taxes auxquelles les règlements de l'ordre les
avaient soumis. Il rendit justice au maréchal
Gaspard de Vallier, qui n'avait pu tenir à Tri-
poli, et que le grand-maitre d'Omèdes avait du-
rement poursuivi. La Sangle avait rendu la li-
berté à ce chevalier; La Valette fit revoir son
procès, et le nomma grand-bailli de Lango. Le
31
963
LA VALETTE
964
vice-roi de Sicile , Jean de La Cerda , duc de
Medina-Celi, ayant conçu le projet de reprendre
Tripoli, La Valette lui fournit un secours; mais
La Cerda changea d'avis , et malgré les engage-
ments solennels qu'il avait pris vis-à-vis du
grand-maître et les remontrances des chefs
de ses alliés , il s'occupa de la conquête de l'Ile
de Gelves, où il employa ses troupes à cons-
truire un fort inutile. Le Grand-Turc envoya
une flotte armée qui battit l'armée chrétienne.
Quatorze mille chrétiens périrent dans cette
expédition, soit par les maladies, soit par le fer
ennemi. A la suite de ce désastre, La Valette
envoya dans les mers du Levant des galères qui
sauvèrent plusieurs navires chrétiens et enle-
vèrent des corsaires. Par son influence la flotte
de Malte s'accrut considérablement; chaque
jour elle remportait de nouveaux succès sur les
musulmans, et des envoyés de l'ordre de Malte
obtinrent de siéger au concile de Trente. Don Gar-
de de Tolède, lieutenant de Philippe II, s'étant
emparé du Pignon de Vêlez, grâce au secours que
lui fournit La Valette , la prise de cette ville in-
quiéta Soliman, qui résolut de faire des arme-
ments pour s'emparer de Malte. A la même
époque, les chevaliers enlevèrent un galion chargé
de richesses destinées au sérail du sultan. Des
cris de vengeance s'élevèrent dans toutes les
mosquées contre les chrétiens. En apprenant les
préparatifs qui se faisaient en Turquie contre
l'ordre de Malte, La Valette, loin de s'épouvan-
ter, s'occupa de mettre sa résidence en état de
défense. Plus de six cents chevaliers arrivèrent
à Malte avec des serviteurs dont on fit des sol-
dats. Les commandeurs y envoyèrent une partie
de leurs biens; le pape Pie IV fournit au grand-
maître une somme de dix mille écus, Phi-
lippe II promit des secours en hommes, et donna
l'ordre au vice-roi de Sicile de pourvoir à la sû-
reté de Malte ; mais le vice-roi resta longtemps
sans exécuter cet ordre. Livré à lui seul, La
Valette pourvut à tout. « Soldat, capitaine, of-
ficier d'artillerie , infirmier, ingénieur, dit Ver-
tot , de la même main dont il avoit tracé une
nouvelle fortification, il remuoit lui-même la
terre, et on le trouvoit presqu'en même temps
en différents endroits, tantôt à la visite des ma-
gasins et souvent même à l'infirmerie, occupé à
pourvoir au soulagement des malades. » Ayant
assemblé les chevaliers, il ne leur dissimula ni la
grandeur du péril ni l'incertitude du secours
dont on le flattait. 11 les engagea à renouveler
avec lui leurs vœux au pied des autels. Tous
communièrent, et « après avoir pris le pain des
forts, ajoute Vertot, il ne parut plus parmi
eux aucune foiblesse, plus de divisions, plus de
haines particulières ; et ce qui étoit encore plus
difficile, on rompit de tendres engagements, si
chers au cœur humain. » Les voyant dans cette
heureuse disposition , le grand-maître assigna à
chaque langue le [wste qu'elle devait occuper. Il
y avait alors dans l'île sept cents chevaliers, sans
compter les frères servants , et huit mille cinq
cents hommes, tant soldats de profession qu'ha-
bitants enrégimentés. La Valette parcourait con-
tinuellement les postes , se montrait partout et
donnait tous les ordres. La flotte turque parut à
la hauteur de Malte, le 18 mai 1563. Elle était
composée de cent cinquante-neuf vaisseaux de
guerre chargés de trente mille janisssaires
et spahis, et suivie d'un grand nombre de bâti-
ments portant la grosse artillerie et les che-
vaux des spahis avec les munitions de guerre et
de bouche. Sur la fin du jour, les Turcs jetèrent
l'ancre à l'entrée de l'anse ou golfe de Mugiarro,
où les galères et les vaisseaux s'arrêtèrent. Le
maréchal Copier, à la tête de deux cents cheva-
liers et de mille arquebusiers, se porta au même
endroit pour s'opposer au débarquement ; mais
pendant ce temps , et profitant de l'obscurité ,
trois mille Turcs descendirent à la cale de Saint-
Thomas ou port de l'Échelle. La nuit suivante, la
flotte turque appareilla, et le lendemain de grand
matin l'armée commandée par Mustapha dé-
barqua à Marsasiroc, où elle se fortifia. Les
Turcs se répandirent dans les villages, qu'ils pil-
lèrent; mais le maréchal Copier, tombant sur
ceux qui s'écartaient de leur corps , tua plus de
quinze cents ennemis en différentes rencontres.
Le grand-maître fit bientôt cesser ces escar-
mouches qui pouvaient affaiblir son armée.
Le pacha commença le siège d'un petit fort
Saint-Elme, situé sur la pointe d'un rocher, à
l'extrémité d'une langue de terre qui sépare les
deux ports, dont il défendait l'entrée. Les Turcs
investirent ce fort du côté de la terre; mais ils ne
purent empêcher le grand-maître d'y envoyer sur
de légères barques des secours en hommes et en
munitions, de sorte que lagarnison de ce petit fort
fut continuellement renouvelée. Ce fort étant bâti
sur le roc, le travail des tranchées était difficile;
cependant des batteries purent être établies , et
le pacha fitcanonner les ouvrages extérieurs. Les
chevaliers enfermés dans ce petit fort, sous les
ordres du bailli de Négrepont, répondirent avec
courage. Voyant bien qu'il ne pourrait longtemps
tenir, le bailli fit demander du secours au grand-
maître; celui-ci répondit qu'il fallait absolument
se sacrifier pour la défense de ce poste et tenir
jusqu'à la dernière extrémité. Le pacha perdit
beaucoup de monde dans ce siège. Il n'avan-
çait qu'avec une extrême lenteur, et voyait tous
ses efforts repoussés. Il parvint cependant à se
loger dans un ouvrage avancé. Un renégat lui
amena d'Alexandrie neuf cents hommes de se-
cours avec six galères ; Dragut, vice roi de Tri-
poli , en amena seize cents sur treize galères et
deux galiotes. Le sultan avait ordonné de ne rien
faire sans le conseil de Dragut. Celui-ci blâma
le siège du fort Saint-Elme ; mais il comprit que
son abandon aurait un mauvais effet moral, et
toutes les forces des assiégeants furent concen-
trées vers ce point. Plusieurs fois les chevaliers se
plaigniient, demandant à abandonner cette posî-
96;
LAVALEÏTE
966
tion, que les Turcs étaient parvenus à dominer. La
Valette leur rappela leur vœu d'obéissance,
menaça de venir lui-même s'ensevelir dans ce fort
ou d'y envoyer des troupes mercenaires; les
chevaliers, piqués , tinrent bon jusqu'à la fin.
La Valette inventa un nouveau projectile pour
repousser les Turcs : c'étaient des cercles d'un
bois léger qu'on trempait dans de l'eau-de-vie
ou qu'on frottait avec de l'huile bouillante; on
les couvrait ensuite de laine ou de coton qu'on
imbibait dans des liqueurs combustibles mêlées
avec du salpêtre et de la poudre à canon, opé-
rations que l'on recommençait plusieurs fois. Au
moment de l'assaut, on mettait le feu à ces cer-
cles, et avec des pincettes on les jetait sur les
ennemis; ceux qui en étaient atteints étaient
brûlés vifs. Le 16 juin un assaut général fut
tenté en vain , malgré le secours des vaisseaux.
Mustapha fit alors exécuter un chemin couvert
du coté du port et empêcha ainsi les communi-
cations du fort avec la ville, et le 23 juin le fort
Saint-Elme tomba entre les mains des Turcs :
tous les chevaliers qui s'y trouvaient étaient morts
sur la brèche. Depuis le commencement des opé-
rations, les Turcs avaient perdu huit mille hom-
mes. Pour s'en venger, Mustapha fit arracher
le cœur des chevaliers, leur fit ouvrir le corps en
forme de croix, et après avoir fait attacher leurs
cadavres sur des planches les fit jeter dans la
mer. La marée porta ces tristes lambeaux au pied
du château Saint-Ange et du coté du bourg. La
Valette , indigné, fit aussitôt égorger les prison-
niers turcs, et par le moyen du canon il en en-
voya les têtes sanglantes dans le camp ennemi.
L'ordre de Malte avait perdu cent-trente cheva-
liers et plus de treize cents hommes à la dé-
fense du fort Saint-Elme. La Valette releva le
courage des défenseurs qui lui restaient dans
nne assembli'e générale , et, parcourant tous les
postes, il ordonna de ne plus faire de prisonniers
à l'avenir. Le pacha envoya un parlementaire
offrir une capitulation. On ne permit de passer
qu'à un esclave qui accompagnait l'officier de
Mustapha, et La Valette commanda de le pendre,
mais il ordonna en secret de le laisser échapper.
Mustapha fit investir du côté de la terre le châ-
teau Saint-Ange, le bourg et la presqu'île de La
Sangle. Les Turcs commencèrent la tranchée,
élevèrent des murailles en pierre sèche el cons-
truisirent des batteries. Depuis le commence-
ment du siège, des chevaliers étaient venus isolé-
ment fortifier la garnison de Malte. Don Juan de
Cardone en débarqua encore quelques-uns après
la prise du fort Saint-Elme. Maîtres du port du
Musciet , les Turcs résolurent de faire passer des
barques dans le grand port en les halant à tra-
vers la presqu'île ; un Grec de la famille Lasca-
ris, qui servait dans les spahis, vint révéler ce
projet au grand-maître. On ferma le port avec des
estacades et des chaînes, et chaque jour on se
battait à l'arme blanche sur ces estacades, que
les Turcs voulaient détruire. Le 5 juillet, Mus-
tapha fit tirer toutes ses batteries, et à la faveur
de leur feu les Turcs amenèrent leurs tranchées
jusqu'au fossé. Les chevaliers firent sauter une
redoute qu'ils ne pouvaient plus défendre, et se
retirèrent dans Tintérieurde l'île Saint-Michel,
que l'on mit en communication avec le grand
bourg et le château Saint-Ange au moyen d'un
pont. L'agent du grand-maître se plaignit vive-
ment au vice-roi de Sicile de l'abandon dans
lequel il laissait Malte ; il harangua même le
peuple. Jean-André Doria offrit au vice-roi de
porterdeux mille hommes àMalte: le vice-roilui
donna une autre mission ; il fit armer seulement
deux galères, dont il confia le commandement à
Pompée Colonneet sur lesquelles un grand nombre
de chevaliers s'embarquèrent. Colonne revint
sans avoir essayé de débarquer, tandis que Has-
san, vice-roi d'Alger, arrivait au camp turc avec
deux mille cinq cents hommes. Le 15 juillet
Hassan tenta l'assaut du château Saint-Michel ;
des barques furent passées par terre dans le
grand port; les Turcs, commandés par Cande-
lissa, se portèrent sur l'estacade ; refoulés d'a-
bord, ils trouvèrent un point de débarquement, et
se battirent avec acharnement pour la possession
d'une redoute à l'éperon de l'île; ils furent enfin
repoussés avec une perte de près de quatre mille
hommes. Hassan ne réussit pas mieux devant le
château Saint-Michel, qu'il attaqua parterre ; forcé
de reculer avec ses Algériens, il fut remplacé par
les janissaires , mais ceux-ci durent également
se retirer. Mustapha tenta alors la construction
d'un pont; un neveu de La Valette perdit la vie
en voulant y mettre le feu ; le grand-maître fit
lui-même canonner cet ouvrage, qui finit par être
incendié. Le siège devint encore plus vif; les
Turcs ne donnaient pas un moment de relâche
aux assiégés, attaquant plusieurs points à la
fois ; mais quoique les chrétiens, en les repous-
sant avec vigueur, leur tuassent beaucoup de
monde, par la disproportion de leurs forces, ils
en perdaient plus que les Turcs, et leurs gar-
nisons s'affaiblissaient de jour en jour. Plu-
sieurs assauts furent tentés sans succès; les
femmes et les enfants s'en mêlèrent. A l'assaut
du 19 août, La Valette fut blessé dangereusement
à la jambe d'un éclat de grenade. Il dissimula
sa blessure, et resta sur la brèche. Le pacha
avait essayé de la mine ; il fit construire une
tour mobile en bois ; rien ne put réussir. Enfin,
le 1" septembre, le vice-roi de Naples partit
de Syracuse avec sa flotte portant huit mille
hommes; après avoir approché de Malte, il s'en
retourna , mais les réclamations des soldats le
forcèrent à revenir. Le 6 septembre la flotte en-
tra dans le canal du Goze; le lendemain matin
il débarqua les troupes, et s'en alla. En apprenant
qu'un secours était arrivé de Sidle aux Maltais,
le général turc ordonna d'une manière précipitée
l'embarquement de son armée; il ne fut pas
plus tôt sur son vaisseau qu'il eut honte de son
action : il était trop tard. En voyant partir les
31.
907
LAVALETTE
968
Turcs, La Valette avait vivement fait combler
leurs tranchées et détruire leurs travaux ; des
chevaliers avaient repris le fort Saint-Elme. Ce-
pendant le vice-roi d'Alger fut d'avis de revenir,
et malgré les remontrances de l'amiral Piaiy,
Mustapha ordonna le débarquement. Les soldats
turcs ne retournèrent pas au combat sans mani-
fester leur mécontentement. Mustapha marcha
d'abord contre l'armée de secours, qui s'était re-
tranchée sur une colline d'un difficile accès. Les
chrétiens sortirent de leur camp, et se jetèrent sur
lesTurcs, qui, fatigués et mourant de soif, nefirent
qu'une faible résistance. Mustapha fut obligé de
fuir avec ses troupes débandées; tous les musul-
mans qui tombèrent dans les mains des chrétiens
furent passés au fil de l'épée , et ce ne fut qu'avec
une perte considérable que les Turcs gagnèrent
leurs vaisseaux. Le vice-roi d'Alger, qui était
resté en ordre, arrêta les premiers chevaliers qui
se présentèrent au bord de la mer, mais les chré-
tiens parurent en force, et les Turcs n'eurent plus
qu'à se rembarquer. « On prétend, dit Vertot,
que pendant ce siège les Turcs ne perdirent pas
moins de trente mille hommes. » L'amiral turc
mita la voile, et passa en vue de la Sicile, ce qui
permit au vice-roi de connaître sans courrier
l'heureuse délivrance de Malte. Le sultan, en ap-
prenant la défaite de son armée, jura qu'au prin-
temps suivant il viendrait lui-même réduire les
chevaliers de Saint-Jean dans leur dernier bou-
levard. Cependant, selon Vertot, « après la levée
du siège, la ville, ou ce qu'on appelait le grand
bourg de Malte, ressembloit moins à une place
bien défendue qu'à une ville emportée d'assaut,
rasée, détruite après le pillage, et ensuite aban-
donnée par l'ennemi. Plus de deux cent soixante
chevahers avaient été tués en différents assauts ;
on comptoit jusqu'à huit mille hommes, soldats
ou habitants qui avoient péri pendant le siège;
et à peine quand les Turcs se retirèrent restoit-il
dans le Grand -Bourg et dans le château de Saint-
Michel, en comptant même les chevaliers, six
cents hommes portant les armes , et encore la
plupart couverts de blessures. » La nouvelle de
la défaite des Turcs fut un sujet de joie dans
toute la chrétienté ; le nom de La Valette fut
célébré partout, et le pape Pie IV lui offrit le
chapeau de cardinal, qu'il refusa; les uns attri-
buèrentce refus à la modestie ; d'autres pensèrent
au contraire que, se considérant comme souve-
rain de Malte, il avait dû craindre d'abaisser cette
dignité en acceptant la pourpre romaine. D'un
autre côté, les chevaliers accusèrent le vice-roi
de Naples d'avoir fait durer le siège de Malte si
longtemps par ses lenteurs calculées, et Phi-
lippe il, dont il n'avait fait pourtant que suivre
les instructions, lui enleva ses fonctions. Soliman
continuait ses armements à Constantinople ; mais
La Valette trouva le moyen de faire mettre le feu
a l'arsenal, et les préparatifs contre Malte furent
détruits.
La Valette releva les fortifications de Malte ; il
augmenta le fort Saint-Elme, et résolut d'y trans-
porter la maison conventuelle des chevaliers de
Saint-Jean. En même temps il envoya des am-
bassadeurs aux rois chrétiens, etobtint les secours
nécessaires pour construire sur cette presqu'île
une nouvelle ville, qui a reçu son nom. Il en
posa la première pierre le 28 mars 1568. Quand
il manquait d'argent, La Vallette faisait frapper
des monnaies de cuivre d'une valeur nominale
qu'on remboursait sitôt qu'on recevait des métaux
précieux, si bien que le travail ne fut jamais dis-
continué. Cette monnaie portait d'un côté deux
mains entrelacées qui se touchaient et de l'autre
les armes de La Valette écartelées avec celles de
l'ordre de Malte, et pour légende : Aon ass, sed
fides. Bientôt La Valette eut à réprimer la ré-
bellion de quelques jeunes chevaliers espagnols,
qui s'étaient permis des chansons satiriques sur
les anciens chevaliers et sur des dames mal-
taises. Sachant qu'on instruisait contre eux , ces
jeunes gens entrèrent dans la salle des délibéra-
tions, jetèrent l'encrier du chancelier par la fenêtre
et se sauvèrent en Sicile. La Valette les réclama ;
mais ils avaient disparu. Un autre ennui vint
encore troubler ses vieux jours. Depuis long-
temps les papes avaient disposé du grand-prieuré
de Rome en faveur de leurs créatures ; La Valette
réclama auprès de Pie V, qui lui promit de rendre
ce bien à l'ordre dès la première vacance. Il y
nomma néanmoins encore son neveu : La Valette
reprocha au saint-père son manque de parole.
Son ambassadeur ayanteu lamaladressederendre
sa lettre publique, le saint-père refusa de rece-
voir l'envoyé du grand-maître. La Valette en
conçut un profond chagrin. Pendant une partie
de chasse au vol il fut frappé d'un coup de so-
leil, dont il mourut trois semaines plus tard.
L. LOUVET.
Vertot, Hist. des Chevaliers de Malte. — De Thou,
Hist. sui temp.
LAVALETTE (LOUiS DE NOGARET d'Éper-
NON, cardinal de), né à Augoulême, en 1593,
mort le 28 septembre 1639, était le troisième et
dernier fils du duc d'Épernon. Destiné par spa
parents à l'état ecclésiastique, il fut pour^
jeune des abbayes de Saint-Mesmin, du
Bardoue, en 1611, de Gimont, Saint-Vicl
Marseille, la Grasse, etc., en 1621. Il av;
nommé archevêque de Toulouse, et c'est er
qualité qu'il assista aux états généraux t(
Paris. Élevé à la pourpre romaine, le 11 janvier
1621, il fit partie de l'assemblée du clergé à Bor-
deaux la même année, et de celle tenue à Paris
en 1625. Il n'avait point reçu les ordres sacrés,
et il se démit en 1628 de l'archevêché de Tou-
louse en faveur de Charles de Montchal, son an-
cien précepteur. Louis de Lavalette embrassa
la profession militaire , accompagna le cardinal
de Richelieu, et servit sous lui en Italie en 1629
et 1630. Gouverneur d'Anjou en 1631, comman-
deur des ordres du roi en 1633, il devint gou-
verneur et lieutenant général au pays Messin et
969
LA VALETTE
970
delà ville de Metz, sur la démission de son père,
par provision du 31 décembre 1634, et com-
manda l'armée d'Allemagne conjointement avec
le duc de Weimar par pouvoir du 29 juin de la
même année. Il partagea la gloire du duc, et
commanda encore avec lui l'armée d'Alsace et
de Lorraine en 1636. Lavalette fut nommé au
commandement de l'armée de Picardie en 1637,
et obtint celui de l'armée d'Italie en 1638. A son
titre de général de l'armée d'Italie il joignit la
qualité de plénipotentiaire, pour conclure un
traité d'alliance avec la duchesse de Savoie.
Accompagné du duc de Candalle, son frère,
il força deux redoutes et jeta un renfort de
deux mille hommes dans Verceil. Le 3 juin il
signa à Turin une ligue offensive et défensive
entre le roi et madame de Savoie. Il sauva Tu-
rin, menacé par l'ennemi, força Chivas à capi-
tuler après dix-huit jours de siège , et mouru
emporté par la fièvre, pendant la suspension
d'armes ménagée par le nonce, après avoir uti-
lement servi Louis XHI pendant dix années, dans
ses conseils et à la tête de ses troupes. Le pape
lui refusa les honneurs qu'on a coutume de
rendre aux cardinaux, sous prétexte qu'il avait
commandé des armées hérétiques contre des
peuples catholiques. Ed. Sénemaud.
Mercure Français. — Pinard, Chronologie Militaire.
iiA VALETTE {François de Thomas, sei-
gneur de), guerrier français, né vers 1630. Il
descendait d'une ancienne famille provençale qui
avait donné des chevaliers à l'ordre de Malte.
Fils d'un capitaine des galères, il porta les armes
avec distinction sous Louis Xrv. Il avait quatre-
vingts ans environ lorsque le duc de Savoie vint,
en 1707, mettre le siège devant Toulon ; malgré
son âge avancé, il eut le courage d'attendre l'en-
nemi dans son château de La Valette, et répondit
en latin à l'officier qui le sommait de se rendre :
« Tu feras bien de me tuer, et non pas de me
menacer; sans quoi, dès que ton maître sera
arrivé, je te ferai pendre. » Le duc de Savoie,
étant arrivé peu de temps après, lui fit de grands
éloges de sa conduite, et eut pour lui pendant le
siège des attentions d'autant plus flatteuses
qu'elles furent approuvées de Louis XIV.
P. L— T.
Dict. de la Provence, II.
LA VALETTE ( Louis DE THOMAS de), Supé-
rieur général de l'Oratoire, fils du précédent, né
en 1678, à Toulon, mort le 22 décembre 1772, à
Paris. Il fut d'abord chevalier de Malte et placé
dans la marine royale. A l'âge de dix-sept ans,
il renonça au monde pour entrer dans la con-
grégation de l'Oratoire (1695*). L'amour de la
pénitence le conduisit à La Trappe ; au bout de
quelques mois , il fut réclamé par le P. de La
Tour et pourvu de la chaire de philosophie à
Soissons. Il devint successivement directeur de
l'institution pédagogique de Paris (1710) et su-
périeur de la maison de Saint-Honoré (1730).
Après la mort du P. de La Tour (1733), il fut
désigné par la majorité pour lui succéder comme
général de l'ordre; on eut beaucoup de peine à
vaincre ses répugnances , et ce ne fut qu'à la
sollicitation de l'archevêque de Paris, M. de
Vintimille, et du cardinal de Fleury qu'il se dé-
cida à accepter cette haute charge. Il l'occupa
pendant trente-neuf ans, et eut à traverser des
temps difficiles, notamment au sujet de l'accep-
tation par son ordre de la bulle Unigenitus et de
la suppression des Jésuites. Sa prudence et ses
dispositions pacifiques étaient si généralement
reconnues que Benoît XIV prit plusieurs fois son
avis sur les disputes qui agitaient l'Église de
France. La destruction de la Compagnie de Jésus
ayant fait vaquer beaucoup de collèges, La Va-
lette refusa de s'en charger, en alléguant que l'es-
prit de l'Oratoire n'était point un esprit d'ambi-
tion et d'agrandissement. P. L— y.
Dict. de la Provence, II.
LA VALETTE (Joseph DE Thomas de), ma-
rin français, frère du précédent, mort le 19 jan-
vier 1744, à Toulon. Il se distingua en plusieurs
occasions, et obtint en 1741 le grade de chef d'es-
cadre. Lors d'une descente tentée par les Anglais
sur les côtes de Provence, il marcha contre eux,
les repoussa, et, bien qu'il eût reçu dix blessures,
ne cessa de combattre jusqu'à la fin de l'action.
P. L-Y.
Dict. de la Provence, II.
LAVALETTE (^wM«e de), jésuite français,
né le 21 octobre 1707, dans l'ancien diocèse de
Valbres, mort après 1762, on ne sait en quel
lieu. Il entra dans la Compagnie de Jésus à Tou-
louse, le 10 octobre 1725, comme novice, et au
bout de deux ans il alla étudier la logique, la
métaphysique et la physique au collège de Tour-
non. Ensuite il commença son cours de ré-
gence; en 1731 il était professeur de quatrième
au Puy, et plus tard il professa la rhétorique à
Rodez. En 1737 il vint à Paris, au collège Louis-
le-Grand, et y fit un cours de théologie. Or-
donné prêtre en 1740, il partit l'année suivante
pour la Martinique. En 1743 il prononça les
quatre vœux religieux. Chargé d'abord du soin
d'une paroisse de la colonie , il devint ministre
de la mission, et fut chargé du soin des intérêts
temporels. En 1754 le père Antpine de Lava-
lette fut nommé supérieur général de toutes les
missions des jésuites dans l'Amérique méridio-
nale faisant partie de l'assistance de France.
Accusé de faire le commerce, contrairement aux
lois, il fut rappelé,' donna des explications, et
l'affaire en resta là. Cet avertissement ne l'ar-
rêta pas. Dans l'espoir de libérer la mission, qui
était grevée de dettes, il acheta, à l'insu du su-
périeur général, des terres considérables dans la
Dominique, petite île voisine de la Martinique,
et les fit cultiver par deux mille esclaves, qui
périrent pour la plupart dans une épidémie sur-
venue au milieu des travaux de défrichement. Le
père Lavalette avait emrunté un million à Lyon
et à Marseille. L'époque du remboursement ap?
97t
LAVALETTE
972
prochait. Pour payer, il contracta un second em-
prunt à des conditions plus onéreuses , acheta
«lesdeuréCvS coloniales, en chargea plusieurs vais-
seaux qu'il envoya en Hollande, où il s'était créé
des relations. La guerre éclata en 1755 entre la
France et l'Angleterre, et plusieurs navires du
père Lavalette tombèrent dans les mains des
Anglais. Le père Lavalette ne s'arrêta pas pour
cela, et s'endetta de plus en plus dans des spé-
culations hasardeuses. Le père Ricci, général
des jésuites, averti, ne put croire à ce qu'on lui
disait; mais ea 1757 il reçut des informations
telles qu'il dépêcha visiteur sur visiteur pour
s'assurer de l'état des choses; des accidents em-
pêchèrent les trois premiers de remplir leur
mission. Quand le quatrième arriva, en 1762, le
mal était irrémédiable. Le 25 avril 1762, ce vi-
siteur interrogea le père Lavalette, et, le décla-
rant coupable d'avoir fait un commerce profane
défendu par les lois canoniques et par les lois
de son ordre, le priva de toute administration,
tant spirituelle que temporelle, l'interdit et le
renvoya en Europe. Le même jour le père La-
valette déclara que ses supérieurs n'étaient pour
rien dans le commerce qu'il avait fait, qu'il n'a-
vait été ni autorisé, ni conseillé, ni approuvé. Les
Anglais qui occupaient alors la Martinique et qui
protégeaient le père Lavalette firent quelque op-
position à son départ. Le père visiteur avait im-
ploré de toutes ses forces auprès du général de
son ordre le pardon du père Lavalette; mais
celui-ci n'eut pas le courage de revenir en France ;
il se retira en Angleterre. Le père général lui
signifia son expulsion de la Compagnie. Dès lors
le père Lavalette quitta même l'habit ecclésias-
tique, et revêtit le costume d'un homme du
monde vivant dans l'aisance. Pendant ce temps
les jésuites cherchaient à étouffer l'affaire, et ils
avaient déjà soldé près de 800,000 fr. des dettes
du père Lavalette lorsque la maison Lioncy et
Jouffres de Marseille, créancière du père Lava-
lette, se pourvut devant la juridiction consulaire
de Marseille contre le père Sacy, procureur gé-
néral des missions à Paris. Les jésuites furent
condamnés solidairement à remplir les engage-
ments contractés par le père Lavalette. Les jé-
suites réclamèrent contre ce jugement, et en ap-
pelèrent à une juridiction supérieure (1760). Leur
cause était, comme celles de tous les réguliers ,
attribuée au grand conseil, et une attribution étant
dans ce cas un privilège, on pouvait s'en pnéva-
loir ou le décliner. Les jésuites, mal conseillés,
s'en rapportèrent au {«irlement, où ils comp-
taient des amis et d'anciens élèves. Ils croyaient
leur cause tellement sûre qu'il leur parais-
sait important d'être acquittés par un corps qui
passait généralement pour leur être hostile. De-
vant la grand'chambre du parlement de Paris,
les avocats invectivèrent la Compagnie de Jé-
sus; on l'accusait de faire le commerce, d'accu-
muler des richesses immenses, et de refuser de
payer ses dettes, etc. L'avocat général Lepelle-
1 tier de Saint-Fargeau déclama contre l'institut
des jésuites, comparant leur général au Vieux de
la Montagne, dont le moindre signe conduit an
crime tous ceux qui lui sont soumis. L'abbé
Chauvelin, rapporteur du procès , dénonça les
« opinions pernicieuses, tant dans le dogme que
dans la morale, de plusieurs théologiens jésuites
anciens et modernes, enseignement constant, non
interrompu de la Compagnie. »
Le parlement ordonna une information. Cin-
quante-et-un archevêques et évêques présents à
Paris furent consultés, quarante-quatre furent fa-
vorables aux jésuites, sept leur furent contraires.
Le 8 mai 1761, les jésuites furent condamnés à
payer les dettes de la Martinique, outre 50,000 liv.
de dommages-intérêts. Ils avaient fait demander
des renseignements au père Lavalette, lorsque
survint un arrêt qui ordonnait la saisie de tous les
biens de la Compagnie. Le père Lavalette éva-
luait ses dettes à 2,400,000 livres ; il se présenta
des créanciers pour 5 millions, ce que les par-
tisans des jésuites attribuaient à de fausses lettres
de change que personne ne se donna la peine
de contrôler et que leurs ennemis prétendaient
être des actes collusoires faits dans leurs inté-
rêt. Le 6 août 1761, le procureur généra!
fut reçu appelant comme d'abus des bulles
ou brefs du saint-siége concernant la Compagnie
de Jésus ; un arrêt enjoignit aux supérieurs des
différentes maisons de jésuites de remettre au
greffe les titres de leur établissement en France.
Une commission chargée d'examiner leur institut
adressa différentes questions sur les jésuites à
douze prélats. Le dauphin soutenait les jésuites;
le ministre Choiseul encourageait le parlement
à procéder contre eux; M""' de Pompadour,
blessée, à ce qu'on prétend , de ce que le père
Sacy lui avait refusé les sacrements tant qu'elle
ne voudrait pas quitter la cour, agit aussi contre
les jésuites. Louis XV voulut interposer son
autorité; il fit dresser un plan de réforme qui fut
adressé au pape et au général des jésuites ; ce-
lui-ci ayant répondu : Sint ut sunt, mit non
sint, le roi abandonna la cause de la Compagnie
de Jésus. L'arrêt du parlement avait défendu
aux jésuites de tenir des collèges et aux sujets
du roi d'étudier chez les jésuites ou d'entrer dans
cet ordre. Louis XV suspendit pendant un an
l'exécution de cet arrêt; mais le parlement n'en-
registra la déclaration qu'en réduisant cette
suspension à six mois. Le 1^"^ avril 1762, on fit
fermer leurs collèges. Le 6 aotit suivant, le par-
lement, statuant sur l'appel comme d'abus, fit
défense aux jésuites de porter l'habit de leur so-
ciété, de vivre sous l'obéissance du général ou
autre supérieur de l'ordre et d'entretenir aucune
correspondance avec eux , leur prescrivant de
vider leurs maisons, de s'abstenir de toute com-
munication entre eux, ou de se rassembler en
communauté , se réservant d'accorder à chacun
d'eux, sur leur requête , des pensions alimen-
taires. On leur ôta même la faculté de possé-
973 LA VALETTE
der aucun bénéfice, charge ou emploi, à moins
qi!e de prêter préalablement un serment in-
diqué par l'arrêt. Un autre arrêt du 22 février
1764 ordonna que les jésuites qui voudraient
rester en France fissent serment d'abjurer leur
institut. Enfin le roi, par un édit du mois de no-
vembre 1764, qui supprima la Société de Jésus
en France. L. Locvet.
Senac de Meilhan , De la Destriu-Hon des Jésuites en
France, dans les Mélanges d'Histoire et de Littérature,
publiés par Crauford et à la suite des Mémoires de
Mme Dîi Hausset.
LA VALETTE { Antoine- Marie Cham\ns,
cemte de ), homme politique français, né à Pa-
ris, en 1769, mort dans la même ville, le 15 lé-
vrier 1830. Fils d'un honnête marchand , ses
études furent médiocres. Son père le destinait à
l'état ecclésiastique; la théologie le rebuta,
et il entra chez un procureur, où il rencontra
celui qui devait être plus tard le général Ber-
trand . La prise de la Bastille excita son enthou-
siame ; mais il voulait une révolution modérée,
et dans les journées des 5 et 6 octobre il était à
Versailles comme garde national. Sévère pour
Louis XVI, il était plein d'admiration pour Ma-
rie-Antoinette , et s'indigna de l'inaction dans
laquelle on avait laissé la garde nationale pen-
dant cette nuit. A la suppression des couvents,
La Valette fut appelé par d'Ormesson de Noi-
seau , président au parlement de Paris, qui avait
été nommé bibliothécaire du roi , pour dresser
les catalogues des livres provenant des monas-
tères. Le 10 août 1792, il se rendit au\ Tuileries
avec sa compagnie ; Louis XVI n'osait se fier
à la garde nationale, surtout au bataillon du
faubourg Saint-Antoine auquel appartenait la
compagnie de La Valette. Le roi la passa en
revue, tout en restant dans une grande réserve.
L'ordre avait été donné de repousser la force par '
la force, mais de ne pas commencer le feu ; bien
des gardes nationaux se découragèrent. Lorsquela
porte d'une cour des Tuileries fut brisée, La Va-
lette était en faction avec un Suisse : le Suisse se
retira au pas , selon sa consigne ; La Valette en
fit autant; bientôt il n'y eut plus de royauté.
Le 2 septembre, La Valette courut chez quel-
ques gardes nationaux pour les engager à s'op-
poser au massacre des prisonniers de La Force ;
il ne rencontra qu'indifférence et apathie. Fidèle
à la royauté jusqu'au dernier moment, il signa
les différentes pétitions qui furent adressées à la
Convention en faveur de Louis XVI. Après s'être
ainsi compromis, il ne restait à La Valette qu'un
moyen d'échapper à la proscription ; c'était de se
réfugier dans l'armée. Il s'enrôla dans la légion
des Alpes, que Baraguey d'Hilliers organisait. Il
servit avec distinction, futnommé adjointdu génie
et choisi plus tard pour aide de camp de Baraguey
d'Hilliers, devenu général. Celui-ci s'étant exprimé
avec véhémence contre la journée du 13 vendé-
miaire fut destitué ; mais Bonaparte lui fit rendre
de l'emploi, et l'envoya comme chef d'état-major
à une division de l'armée de l'Ouest. La Valette
974
l'y accompagna. Bientôt tous deux passèrent
sous les ordres de Bonaparte en Italie. A la ba-
taille d'Arcole , La Valette fut élevé au grade de
capitaine et pris pour aide de camp par Bona-
parte à la place de Muiron, qui avait été tué.
Blessé dans une mission au Tyrol , il reçut les
compliments du général en chef. Plus tard il as-
sista en qualité de secrétaire aux négociations
qui pi'écédèrent le traité de Léoben. En l'an v,
Bonaparte l'envoya à Paris étudier la situation.
La Valette tint avec beaucoup d'exactitude son
généra! au courant de ce qui se passait. Il refusa
à Barras l'argent que Bonaparte avait promis
sur les fonds de l'armée d'Italie , ce qui excita
la fureur des Directeurs et la colère d'Augereau.
Après le 18 fructidor, La Valette vint retrouver
son général au château de Passeriano. Bonaparte
le chargea d'aller demander une réparation au
sénat de Gênes i>our une insulte envers des
Français. Ensuite il lui confia à Rastadt la con-
duite d'une négociation .secrète. Content des
services de La Valette, Bonaparte lui donna en
mariage Emilie-Louise de Beauharnais, fille du
marquis de Beauharnais, frère aîné du premier
mari de Joséphine. Attaché à l'expédition d'E-
gypte, La Valette reçut, après la capitulation de
Malte, la mission d'accompagner le grand-maître,
Ferdinand de Hompesch {voy. ce mon) jus-
qu'à son départ. Parti d'Aboukir la veille du
désastre, La Valette se rendit au Caire, et ne
quitta Bonaparte que pour aller à Alexandrie
avec Beauchamp et pour aider Andréossi dans
la reconnaissance de Peluse. La Valette servait
de lecteur au général en chef. Il combattit auprès
de Bonaparte aux Pyramides, au montThabor, à
Saint-Jean d'Acre, et revint avec lui en France,
et l'aida dans la journée du 18 brumaire. Devenu
premier consul, Bonaparte envoya La Valette
traiter avec les cours de Saxe et de Hesse. Il le
nomma ensuite administrateur de la caisse d'a-
mortissement, et lui confia l'administration des
postes, d'abord sous le nom de commissaire, en-
suite sous celui de directeur général. Il y joignit
les titrés de conseiller d'État, de comte de l'em-
pire en 1808, et de grand-officier de la Légion
d'Honneur en 1811. La Valette se dévoua tout
entier à ses fonctions. Les événements de 1814
le rendirent à la vie privée ; mais il ne resta sans
doute pas étranger aux intrigues qui préparèrent
le retour de Napoléon de l'île d'Elbe. « On l'a
accusé d'être parjure, disait Montlosier avec beau-
coup de sens ; lui, croyait être fidèle. « Le 20 mars
1815, apprenant le départ du roi, il se rendit à
sept heures du matin à l'hôtel des postes, et en
prit possession au nom de l'empereur. Napoléon,
à son retour, lui offrit le ministère de l'intérieur;
La Valette le refusa pour garder l'administration
des postes. Il fut en outre nommé pair, et le
22 juin il demandait à la chambre que les lois
relatives à l'abdication de l'empereur et à la
création d'une commission de gouvernement
fussent envoyées dans les départements par
975
LA VALETTE
976
des courriers extraordinaires. A la rentrée de
Lonis XVIIl à Paris, La Valette fut destitué et
compris dans l'ordonnance du 24 juillet coname
excepté de l'amnistie. La Valette ne fit rien pour
se soustraire aux recherches de la police , et
fut arrêté chez lui le 18 juillet. Le 19 novem-
bre il comparut devant la cour d'assises de la
Seine. On l'accusait de s'être présenté, le
20 mars 1815, à l'hôtel des postes, accompagné
du général Sebastiani, d'être entré dans le cabinet
du comte Ferrand, qui remplissait les fonctions
de directeur général pour le roi, en disant : « Au
nom de l'empereur, je prends possession de l'ad-
ministration des postes ; « de s'être opposé au
départ du comte Ferrand pour Lille, où le roi s'é-
tait retiré ; d'avoir aussitôt donné des ordres
dans les bureaux, convoqué les administrateurs,
arrêté les journaux, et surtout Le Moniteur, qui
contenait un décret contre Napoléon, d'avoir dis-
posé des courriers et d'avoir envoyé à Fontai-
nebleau une dépêche à Napoléon , au reçu de
laquelle celui-ci se serait écrié : « On m'attend
donc à Paris. « La Valette expliquait son arrivée
à l'hôtel des postes à sept heures du matin par
le désir de savoir des nouvelles ; c'était par ha-
sard qu'il avait rencontré le général Sebastiani
et l'avait emmené avec lui. Arrivé dans les bu-
reaux, il avait aperçu le comte Ferrand , était
allé à lui, et avait à peine eu le temps de le sa-
luer que celui-ci s'était retiré. Ne trouvant per-
sonne à qui parler, il n'avait pas voulu laisser
celte administration sans chef, et avait donné
aux employés plutôt des conseils que des ordres.
Il niait la déclaration d'une prise de possession
officielle et toute parole d'intimidation; s'il était
resté, c'est que Phôtel était abandonné ; il ne s'é-
tait pas opposé au départ de son prédécesseur
pour Lille , il n'avait provoqué aucun des actes
d'administration accomplis sous ses yeux; s'il
avait arrêté Le Moniteur, c'était sans intention
hostile, puisqu'il avait arrêté en même temps
tous les journaux. Il niait avoir envoyé aucune
dépèche officielle avant le 21 ; mais on lui mon-
tra une circulaire signée de lui et datée du 20,
arrivée à Auxerre le 21 dans l'après-midi et à
Beauvais dans la nuit du 20 au 21. Mme Fer-
rand avait aussi gardé un papier que La Valette
avait signé pour décharger le comte Ferrand
de. ses fonctions. Ces preuves étaient accablan-
tes. La Valette, déclaré coupable, fut condamné
à mort le 21 novembre. Il avait suivi les débats
avec beaucoup de calme, et après avoir entendu
son arrêt, il dit sans émotion à son avocat, Tri-
pier : « Que voulez-vous , mon ami ? c'est un
coup de canon qui m'a frappé. » Il se pourvut en
cassation; le pourvoi fut rejeté. Il ne restait plus
qu'à implorer la clémence royale ou à faire éva-
der le prisonnier. La Valette avait connu en Alle-
magne Baudus, avec lequel il s'était lié et à qui il
avait rendu des services. Baudus venait souvent
voir La Valette à la Conciergerie. W^^ de La
Valette s'adressa à lui pour trouver un asile où
I l'on pût cacher son mari si l'on parvenait à le
faire sortir de prison. Baudus était ami de
I Bresson , ancien conventionnel girondin et son
chef de division au ministère des affaires
étrangères ; il avait entendu dire à M">e Bresson
qu'elle avait fait vœu de sauver un proscrit
politique quand elle le pourrait, en souvenir
de l'asile qu'un inconnu avait offert dans les
Vosges à son mari pendant la révolution. Il s'a-
dressa à Mme Bresson, qui se souvint de cet en-
gagement et se mit à la disposition de M^e de La
Valette. Celle-ci avait demandé une audience au
roi. Louis XVIII était disposé à l'indulgence; La
Valette inspirait de l'intérêt : bienveillant, inof-
fensif, serviable, il avait de nombreux et chauds
amisî Mais le parti ultra-royaliste, qui dominait
dans la chambre introuvable, ne voulait pas en-
tendre parler de clémence. Suivant M. Véron,
« le roi objectait qu'en présence de cette fureur,
il ne se sentait pas assez fort pour écouter les
inspirations de son cœur ; il disait aussi que le
sang de M. de La Valette épargné en ferait verser
des torrents ; que la grâce accordée provoquerait
une explosion qui renverserait le ministère et
le remplacerait par des hommes pris dans la
majorité de la chambre , probablement par les
auteurs des catégories, qui prétendaient faire
payer les frais de la guerre par ceux qu'il leur
plairait d'y comprendre. » M. Decazes, ministre
de la police, eut l'idée de faire intervenir la du-
chesse d'Angoulème. Le duc de Richelieu se
chargea d'obtenir l'assentiment de cette prin-
cesse , et parvint à l'attendrir ; elle se réserva de
consulter ses amis. Le maréchal iviarmont, ami
dévoué de La Valette, devait amener IMme jg La
Valette aux Tuileries; M^e de La Valette devait
se jeter aux pieds du roi, en invoquant la pitié
de la duchesse. Le roi devait résister d'abord,
mais les prières de la duchesse devaient le faire
céder. Tout fut ainsi convenu. Le roi autorisa
M. Deccizes à prévenir la duchesse d'Angoulème.
Les amis qu'elle consulta la firent changer d'avis,
et la consigne la plus sévère fut donnée pour
interdire l'entrée d'aucune femme aux Tuileries.
Marmont força pourtant la consigne , et lorsque
le roi passa pour se rendre à la messe, Mme de La
Valette put se jeter à ses genoux ; la duchesse
d'Angoulème éprouva un grand trouble ; mais
elle retint son élan ; Louis XVIII reçut le placet,
et fit une réponse évasive. On a dit, mais sans
preuves, que Chateaubriand avait contribué à
arrêter l'effusion de cœur de la duchesse. Ceci
se passait le 20 décembre 1815. Le lendemain
était le jour fixé pour l'exécution de La Valette.
Le soir, Mme de La Valette se fit transporter à
la Conciergerie dans une chaise à porteurs, ac-
compagnée de sa fille, âgée de quatorze ans, et
d'une vieille gouvernante. Les deux époux dînè-
rent ensemble dans un appartement séparé. La
comtesse prit les vêtements de son mari et lui
donna les siens. Pendant ce temps un domestique
inintelligent eut l'imprudence de dire aux por-
977
teurs qu'ils seraient plus ciiargés en revenant,
mais qu'il n'y aurait pas loin à aller : « Vingt-
cinq louis à gagner, ajouta-t-il. — C'est donc M. de
La Valette que nous ramènerons? » répondit
l'un des porteurs ; cet homme se retira, mais en
gardant le secret qu'il avait deviné. Un char-
bonnier le remplaça. Après des adieux pénibles,
trois femmes reparurent dans le greffe de la
prison; une d'elles, abîmée dans sa douleur, se
couvrait le visage de son mouchoir et poussait
des sanglots, s'ai>puyant sur l'épaule de la jeune
tille. Le concierge, attendri, l'aida à sortir sans
oser soulever son voile. Rentré dans la chambre
du prisonnier, il n'y trouva plus que M"ie de
La Valette : « Ah ! madame, s'écria-t-il, je suis
perdu ! vous m'avez trompé. » Ce qu'il y avait
de plus singulier, c'est que M^e de La Valette
était grande et mince, tandis que La Valette était
un petit homme, court, gros et ramassé. A peu
de distance du palais de justice, Baudus reçut
La Valette et le dirigea vers un cabriolet conduit
par un ami, qui le mena rapidement au coin de
la rue Plumet. Là Bresson attendait, et emmena
à pied La Valette au ministère des affaires étran-
gères, situé alors dans la rue du Bac. En appre-
nant l'évasion de La Valette Louis XVIII dit ces
belles paroles : « Mme de La Valette a seule fait
son devoir. » Lorsque le roi vit M. Decazes il le
reçut par ces mots : <-- Vous verrez qu'on dira que
c'est nous. » La chambre des députés se montra
en effet très-irritée. La droite s'en prit au mi-
nistère ; une proposition de mise en accusation
fut déposée par Humbert de Sesmaisons. La
proposition fut prise en considération, une com-
mission nommée, le rapporteur choisi. Le rap-
port devait conclure à une adresse au roi dans
laquelle la chambre déclarerait que les ministres
de la police et de la justice, M. Decazes et Barbé-
Marbois, avaient perdu la confiance de la nation.
Louis XVllI, informé de ce projet, fit savoir à la
commissionque sa réponse serait celle-ci : « Vous
parlez de la confiance de la nation! eh bien, je
la consulterai. » Cette menace de dissolution fit
adopter le rapport. La Valette resta caché à
Paris jusqu'au 10 janvier 1816. Ce jour-là, à huit
heures dû soir, ilserenditàpiedavecunamichez
le capitaine anglais Hutchinson ; de cet endroit,
sous l'uniforme de colonel anglais et sous le nom
supposé de Losak, il fut emmené en calèche dé-
couverte par legénéralanglaisRobertWilson, qui
avait été autrefois l'ennemi acharné de Napoléon.
Tous deux franchirent sans encombre la barrière
et arrivèrent àMons, où ils se séparèrent. Wilson
revint à Paris, où, poursuivi avec deux de ses
compatriotes, Bruce et Hutchinson, il fut défendu
par M. Dupin aîné. Les trois Anglais furent con-
damnés à trois mois d'emprisonnement , mini-
mum de la peine ; le porte-clefs fut condamné à
deux années. M""^ de La Valette arrêtée d'abord,
puis mise provisoirement en liberté, fut, ainsi que
la gouvernante Dutoit, renvoyée de la prévention,
quoiqu'elle eût persisté à prendre sur elle seule
LA VALETTE 978
le plan, la conduite et l'exécution de l'entre-
prise. La Valette se retira en Bavière, auprès de
son parentEugène de Beauharnais, jusqu'au jour
où des lettres de grâce de Louis XVlII lui per-
mirent de revenir en France en 1822. La comtesse
de La Valette avait perdu la raison, et ne la re-
couvra pas en revoyant son mari. La Valette, de
retour à Paris, vécut dans une obscurité complète
jusqu'à sa mort. La comtesse lui survécut jus-
qu'au mois de juin 1855. Sa fille était devenue la
baronne de Forget. Les deux époux La Valette
sont inhumés au cimetière du Père-Lachaise, où
un bas-relief de leur mausolée rappelle le dé-
vouement de W^^ de La Valette. L'empereur
avait mentionné La Valette dans son testament et
l'avait compris pour une somme de 300,000 fr.
dans ses legs ; La Valette reçut 60,235 fr. sur
l'argent laissé en dépôt chez Laffitte ; 204,055 fr.
ont été attribués à ses héritiers par un décret
de 1855. La Valette avait commencé en Bavière
des Mémoires, qu'il acheva à Paris , et qui ont
paru sous ce titre : Mémoires et Souvenirs du
comte de La Valette , publiés par sa famille et
sur ses manuscrits, précédés d'une notice par
M. Cuvilier-Fleury ; Paris, 1831, 2 vol. in-8".
L. LOCVET.
La Valette, Mém.et Souvenirs. — Véron, Mém. d'un
Bourgeois de Paris, t. II. — f^ie politique et militaire
de Marie Ckamans de La f^alette ; Paris, 1816, in-12 ;
Lille, 1816, ln-12. — Notice biographique sur le comte de
La y'alette; Paris, 1830, in-8°. — -Peuchet, Mém. tirés
des archives de la Police de Paris. — Moniteur, 1815-
1816. — P. Chamrobert, dans VEncyc. des Gens du Monde.
— C. Mullié, Biogr. des cèlébr. militaires. — Bourque-
lotet Maury, La Littér. Franiç. contemp.
* LA VALETTE ( Charles-Jean-Marie-FéUx,
marquis de ) , diplomate et sénateur français,
né à Senlis ( Oise) , le 25 novembre 1806, était
chargé d'affaires près le gouvernement persan ,
lorsque le roi Louis-Philippe le rappela, en 1840,
pour lui confier une mission à Londres. Le
25 juillet 1843 il fut nommé premier secrétaire
d'ambassade , consul général, agent politique en
Egypte. De retour en France , le ministre des
affaires étrangères le désigna , en novembre
1845, pour remplir une mission importante au-
près d'Ibrahim-Pacha. L'année suivante M. de
Lavalette fut nommé ministre plénipotentiaire
près l'électeur de Hesse. Vers le même temps ,
il fut envoyé à la chambre des députés par l'ar-
rondissement de Bergerac. Le 20 février 1851 il
fut nommé envoyé extraordinaire et ministre
plénipotentiaire près la Sublime Porte , où il fut
remplacé par M. Thouvenel. Le 23 juin 1853 il
fut élevé à la dignité de sénateur. S—».
Documents part.
^^ LAVALETTE (Le vicomte Adrien de ), pu-
bliciste français, né à Paris, en 1815. Il dirigea
longtemps VÉcho du Monde savant, travailla
à divers recueils scientifiques et littéraires. Le
2 février 1848, il envoya à la Gazette de France
une protestation motivée contre l'adoption de la
forme républicaine sans qu'une assemblée na-
tionale eùtété convoquée. La Gazette n'ayant pas
979
LAVALETTE — LA VALLEi:
980
inséré son article, M. de Lavalette résolut de
créer, dès le 29, L'Assemblée Nationale, joarnHl
destiné à soutenir la lusion des deux branches
de la maison de Bourbon, et dont il abandonna
bientôt la direction. Suspendu pendant deux
mois en 1856, ce journal reparut sous le titre
du Spectateur, et fut définitivement supprimé
après l'attentat du 14 janvier 1858 contre la per-
sonne de l'empereur. G. de F.
Documents part.
I.A VALLÉE ( Gtiillaume- François Fod-
QUES DES HaVES DES FOÎSTAINES DE ) , autCUf
dramatique français, né à Caen, en 1733, mort
à Paris, le 21 novembre 1825. Il fut successive-
ment secrétaire des commandements du duc de
Deux-Ponts, censeur royal, inspecteur de la li-
brairie, secrétaire ordinaire et bibliothécaire de
Monsieur ( depuis Louis XVIII ). La révolution
le priva de ses places et d'une pension de quatre
mille francs ; néanmoins, il accepta franchement
les idées nouvelles, et répara ses pertes en mul-
tipliant ses publications littéraires. De mars
1 800 jusqu'à avril 180 ! , il fut membre du jury de
lecture de l'Opéra. Après la restauration, il ob-
tint une pension de deux mille francs, et mourut
à quatre-vingt-douze ans, doyen des hommes de
lettres. Il fut l'un des fondateurs des Dîners du
Vaudeville, et l'un des plus féconds chansonniers
français. Ses pièces de théâtre sont aussi très-
nombreuses. Son association avec Barré et Radet
fit naître une foule d'écrits charmants, arlequi-
nades, parodies, revues, pièces de circonstance ,
sur le succès desquels se fonda longtemps la
fortune des théâtres de second ordre. On cite de
de La Vallée des Fontaines : Lettres de Sophie
et du chevalier de ***, pour servir de supplé-
ment aux Lettres du marquis de Roselle ( par
W^" Élie de Beaumont); Paris, 1765, 2 vol.
in-8° ; — La Dot, comédie en trois actes mêlée
d'ariettes (Théâtre-Italien); Paris, 1785, in-8°;
— L'Incendie du Havre, id. ; Paris, 1786, in-8° ;
— Fanchette, ou Vheureuse épreuve, comédie
en deux actes mêlée d'ariettes; Paris, 1788
et 1810, in-8° ; — Le Distrait de Village , Am-
bigu, un acte mêlé de vaudevilles; Paris, 1790,
in-8° ; — Le Tombeau de Desilles , anecdote ,
un acte; 1790; — Le Dîner imprévu, théâtre
du vaudeville; 1792; — Arlequin- Afficheur,
comédie parade, un acte, mêlée de vaudevilles;
1792. Cette parade eut une vogue immense, due
surtout au talent de Laporte, qui jouait Arlequin.
Ce fut longtemps le prologue obligé des pre-
mières représentations ; — L'Union Villageoise,
scène patriotique, mêlée de vaudevilles; Paris,
an II, in-8°. On crut saisir dans cette pièce, jouée
le 3 janvier 1793, une allusion en faveur de
Louis XVI, alors en jugement; îce passage, ap-
plaudi par une certaine partie du public, valut
aux auteurs une détention de plusieurs mois à
La Force; — Xes Vieux Époux, com.-vand.;
Paris, an ii (1794), in-8°; — Clitophon et Leu-
cippe; 1795, in-18; — La Fille soldat, fait
historique, com.-vaud.; Paris, an ni (1795),
in-8°. Des Fontaines de La Vallée a collaboré à
la Nouvelle Bibliothèque des Romans.
E. Desnues.
Moniteur, an ii, 1793 (65). — Quérard, La France
Littër.
LA VALLÉE ( Joseph ) , marquis de Bois-Ro-
bert, littérateur français, né le 23 août 1747, à
Dieppe, mort le 28 février 1816, à Londres. Ap-
partenant à une famille noble , il était capitaine
au régiment de Champagne avant la révolu-
tion (1). Ayant adopté avec chaleur les nouveaux
principes politiques, il fit partie de la Légion
d'Honneur comme chevalier dès la création, et
devint un peu plus tard chef de division de la
chancellerie de l'onlre. Au commencement de la
restauration il perdit cette place, qu'il avait due
à l'amitié de Lacépède. et se retira à Londres.
Il fut membre du Musée, puis secrétaire per-
pétuel de la Société Philotechnique. Familiarisé
avec plusieurs langues de l'Europe, il réu-
nissait une instruction variée , beaucoup d'es-
prit , de la facilité et une connaissance appro-
fondie de la théorie des arts. Parmi ses nom-
breux écrits, nous citerons : Les Bas-Reliefs du
dix-huitième siècle; Londres (Paris), 1786,
in-12; — Confession de l'année 1785; Paris,
1786, in-18; — Cécile, fille d'Achmet III,
empereur des Turcs ,née en 1710; ibid., 1788,
2 vol. in-12, roman plusieurs fois réimprimé;
— Éloge de Lemierre , en prose ; — Le Nègre
comme il y a peu de blancs; Madras et Paris,
1789, 3 vol. in-12 ; — Le Serment civique, ou
les Lorrains patriotes ; Nancy, 1790, pièce en
un acte; — Tableau philosophique du règne
de Louis XIV, ou Louis XIV jugé par un
Français libre; Strasbourg, 1791, in-8°; — La
Vérité rendue aux lettres par la liberté , ou
de l'importance de l'amour de la vérité
dans l'homme de lettres; ibid., 1791,in-8°; —
Le Départ des Volontaires villageois pour les
frontières; Lille, 1793, comédie en un acte;
— Manlius Torquatus, ou la discipline ro-
maine; Paris, 1794, tragédie en trois actes; —
— Semaines critiques, ou les gestes de l'an V ;
ibid., 1797, 4 vol. in-S" : ce journal, rare et pi-
quant, rédigé sousle pseudonyme de Nantivel, fut
supprimé le 4 septembre 1797 (18 fructidor); —
Les Dangers de l'Intrigue; ibid., 1798, 4 vol.
in-12, roman; — Éloge historiqtie du général
Marceau ;ib\A., 1797, in-8°; — Poème sur les
tableaux d'Italie; ibid., 1798, in-§"; — Éloge
deDesaix ; ibid., 1800, in-8° ; — Éloge de Jou-
bert;ih\<i., 1800; — Voyage dans les départe-
ments de la France par une société d'artistes
et de gens de lettres; ibid., 1792-1800, 13 vol.
in-8°, avec cartes et estampes ; cet ouvrage, rédigé
()) « Une passion familière aux Grecs, dit un biograptie,
mais que nos mœurs font considérer comme honteuse,
le fit enfermer à la Bastille, sur la demande de sa fa-
mille; il n'en sortit qu'en 1789. Indigné de la sévérité
de ses parents, il cessa de porter leur nom, et se fit plé-
béien sous celui de La Vallée. •>
981
LA VALLÉE — LA VALLIÈRE
avec trop de précipitation, renferme de nom-
breuses erreurs et porte le cachet de l'exagéra-
tion révolutionnaire; ce fut La Vallée qui en
écrivit le texte; — Voyage pittoresque de
l'Istrie et de la Balmatie ; ibid., 1802, gr. in-fol. :
rédigé d'après l'itinéraire du peintre Cassas; —
Lettre d'un Mameluck, ou tableau moral et
critique de quelques parties des inœurs de
Paris; ibid., 1803, in-8° : livre plein de sens et
de gaîté, bien qu'il ait le désavantage de rappeler
les Lettres persanes de Montesquieu ; — Poëme
épique sur les exploits de Bonaparte ; ibid.,
1803 : trad. du grec moderne de Condou; —
Voyage au cap Nord; ibid., 1804, 3 vol. in-S° :
trad . de Joseph Acerbi avec Petit-Radel ; —
Annales nécrologiques de la Légion d'ffon-
neur, ou notices sur la vie, les actions d'é-
clat, etc., des membres de la Légion d'Hon-
neur, rédigées d'après des mémob'es authen-
tiques; ibid., 1807,in-8°, avec portr. : ouvrage
qui devait être continué chaque année, mais
dont il n'a paru que le tome P"", réimprimé en
181 1; — Histoire des Inquisitions religieuses
d'Italie, d'Espagne et de Portugal jusqu'à
la conquête de l'Espagne; ibid., 1809, 2 vol.
in-8", compilation tirée des écrits de MarsoUier;
— La Nature et les Sociétés ou Arianne et
Gualter; ibid., 1815, 4 vol. in-12 : roman qui
a été reproduit sous le titre : L'Orpheline aban-
donnée dans Vile déserte; 1816; — Histoire
de l'origine des progrès et de la décadence
des diverses factions qui ont agité la France
depuis 1789 jusqu'à l'abdication de Napoléon;
ibid., 1817, 3 vol. in-8° : ouvrage posthume. En
outre La Vallée est auteur d'un grand nombre
de poésie insérées dans l'Almanach des Muses
et autres recueils, du texte de la Galerie du
Musée Napoléon de Filhol, depuis la X^ li-
vraison, et du Discours préliminaire de l'his-
toire du couronnement par Dusaulchoy; il a
travaillé à beaucoup de journaux , entre au-
tres à La Quotidienne, au Journal des Arts,
au Journal des Défenseurs de la Patrie , etc.
Deux de ses poèmes, L'Art théâtral et Les
Saisons, sont restés inédits. K.
Arnault, Jay, Jouy et Norvins, Biogr. nouv. des Con-
temp. — Quérard, La France Littéraire. — Fastes de la
Légion. d'Hon.
* LA VALLÉE (Joseph- Adrien-Félix), litté-
rateur français, né à Paris, le 8 aoiit 1801. II
étudia le droit, qu'il abandonna bientôt pour .se
livrer à l'étude de l'histoire. On a de lui ; L'Es-
pagne; Paris, 1844 et 1847, 2 vol. in-8o ; dans
Y Univers Pittoresque; — La Chasse de Gas-
ton Phœbus, comte de Foix, envoyée par lui
à Messire Philippe de France, duc de Bour-
gogne, collationnée sur un manuscrit ayant ap-
partenu à Jean P"^ de Foix, avec des notes et la
vie de Gaston Phœbus; Paris, 1854, in-8"; —
Le Code du Chasseur, en commun avec M. Ber-
trand; 1841; — La Chasse à tir en France,
ouvrage illustré de trente vignettes sur bois
9S2
dessinées par F.-Grenier ; Paris , 1854, in-12;
— Jm Chasse à Courre en France; Paris,
18-56, in-12. M. J. Lavallée, aujourd'hui frappé
de cécité, avait fondé en 1836 le Journal des
Chasseurs. F. D.
Documents particuliers.
J LAVALLÉE ( Théophile-Sébastien ) , histo-
rien français, né à Paris, le 13 octobre 1804. Entré
en 1 826, comme répétiteur de mathématiques à l'É-
cole spéciale militaire de Saint-Cyr, il y d«vint suc-
cessivement répétiteur d'histoire et professeur de
géographie et de statistique appliquées à l'art mili-
taire. On a de lui : Je^in sans Peur, scènes his-
toriques ;P3.ns, 1829-1830, 2 vol. ia-8° : ouvrage
qui parut sans nom d'auteur; — Géographie Phy-
sique, Historiqueet Militaire ; Paris, 1 836,in- 1 2
et in-8°; 1846, 1858, in-12; — Histoire des
Français depuis le temps des Gaulois jus-
qu'en 1830;Paris, 1838-1839, 3 vol. in-S" ; 1842,
1844, 4 vol. in-18; 1844, 2 vol. in-8°; 1847,
1854, 4 vol. in-18, et 2 vol. in-8°; — His-
toire de Paris ; Paris, 1851, in-8" ; 1857, 2 vol.
in-18; — Atlas de Géographie militaire,
adoptée à l'école de Saint-Cyr, avec des tableaux
de statistique; Paris, 1851, in-fol. ; — Histoire
de la Maison royale de Saint-C-yr ; Paris, 1853,
in-8° : ouvrage qui a été couronné par l'Académie
Française, dont il a obtenu le second prix Gobert ;
— Histoire de l'Empire Ottoman; Paris, 1854,
in-8°. M. Th. Lavallée a continué la traduction de
l'Histoire d'Angleterre de Lingard par M. Léon
de Wailly , 1844, et refondu la Géographie uni-
verselleàe Malte-Brun; Paris, 1855-1859, 6 vol.
in-8°. Il a commencé en 1854 à faire paraître les
Œtivres de M^^ de Maintenon, publiées pour
la première fois d'après les manuscrits et
copies authentiques, avec un commentaire
et des notes; ces œuvres doivent former 10 vol.
in-18. L. L— T.
Documents parliculiers. — Bourquelot et Maury, La
Littér. Franc, contemp.
LA VA LLiÈRE(Fr'fl!nçoise-£oMise de La Baume
Le Blanc, duchesse de ), femme française, cé-
lèbre par son amour pour le roi Louis XIV, bap-
tisée à Tours, le 7 août 1644, morte dans le
couvent des Carmélites du faubourg Saint-Jac-
ques, le 6 juin 1710. Elle était tille de messire
Laurent de La Baume Le Blanc, chevalier, sei-
gneur de La Vallière, capitaine lieutenant de
la mestre-camp de la cavalerie légère, et de
dame Françoise Le Prévost. E4le perdit de bonne
heure son père , gouverneur du château d'Am-
boise. Sa mère, remariée au baron de Saint-Remy ,
premier maître d'hôtel de la duchesse d'Orléans,
belle-sœur de Louis Xlll, l'amena à la cour.
Choisy la connut alors : « J'en parle avec plaisir,
dit-il dans ses Mémoires. J'ai passé mon enfance
avec elle. Mon père étoit chancelier de feu Mon-
sieur, et sa mère étoit femme du premier maifre
d'hôtel de feu Madame. Nous avons joué ensemble
plus décent fois à colin-maillard et à lacligne-mu-
M tte. "Quand lefrèreuniquede Louis XIV épousa
983 LA VALLIÈRE
Henriette d'Angleterre, M"c de La Vallière fut
placée auprès d'elle en qualité de fille d'honneur.
C'est là que Louis XIY la vit et l'aima. 11 était
alors dans tout l'éclat de la jeunesse, ayant à
peine six ans de plus qu'elle, qui ea avait dix-sept.
« Quel domiaage qu'il soit roi ! » disait un jour
Mi'e de La Vallière. Ce naot piqua Louis XIV, et
décida son amour pour elle. Choisy nous en a
laissé ce portrait : «■ Mademoiselle de La Vallière
n'étoît pas de ces beantez toutes parfaites qu'on
admire souvent sans les aimer. Elle étoit fort
aimable, et ce vers de La Fontaine :
Et la grâce, plus belle encor que la beauté,
semble avoir été fait pour elle. Elle avoit le
teinfbeau, les cheveux blonds, le sourire agréa-
ble, les yeux bleux, et le regard si tendre et en
même temps si modeste qu'il gagnoit le cœur et
l'estime au même moment. Au reste, assez peu
(l'esprit, qu'elle ne laissoit pas d'orner tous les
jours par une lecture continuelle. » A cette pein-
ture la duchesse d'Orléans, Elisabeth-Charlotte ,
« ajoute : Ses regards avoient un charme inexpri-
mable. Elle avoit une taille fine f ses yeux me pa-
roissoient bien plus beaux que ceux de M™^ de
Montespan. Tout son maintien étoit modeste. Elle
boitoitlégèreraent,maiscelanelui alloitpasmal. »
Elle avait un son de voix adorable , et les vers
mélodieux de Racine semblaient faits tout ex-
près pour son organe, d'après ce que dit M"'= de
Sévigné. Elle avait de la droiture, de la douceur
et une sincérité qui allait jusqu'à la naïveté.
Accoutumée à voir sans cesse Louis XIV lui
rendre hommage, elle conçut d'abord la plus
grande admiration pour lui, puis une affection
plus vive. Elle essaya de lutter contre des senti-
ments qui n'étaient pas légitimes ; mais la force
lui manqua bientôt. Ce fut à Fontainebleau que
l'intimité de sa liaison avec le roi commença, en
1661. Choisy achève ainsi le portrait de La Val-
lière au moral : « Point d'ambition, point de vues,
plus attentive à songer à ce qu'elle aimoit qu'à
lui plaire , toute renfermée en elle-même dans
sa passion , qui a été la seule de sa vie ; pré-
férant l'honneur à toutes choses , et s'exposant
plus d'une fois à mourir plutét qu'à laisser soup-
çonner sa fragilité; l'humeur douce, Hbérale,
timide , n'ayant jamais oubhé qu'elle faisoit mal,
espérant toujours rentrer dans le bon chemin ;
sentiment chrétien qui a attiré sur elle tous les
trésors de la miséricorde en lui faisant passer
une longue vie dans une joye solide et même
sensible d'une pénitence austère... Depuis qu'elle
eut tâté des amours du roy, elle ne voulut plus
voir ses anciens amis, ni même en entendre
parler, uniquement occupée de sa passion, qui
lui tenoit lieu de tout. Le roy n'exigeoit point
d'elle cette grande retraite ; il n'étoit pas fait à
être jaloux et encore moins à être trompé. Enfin
elle vouloit toujours voir son amant ou songer
à lui sans être distraite par des compagnies indif-
férentes. » Louis XIV éprouva donc avec La Val-
lière le plaisir, bien rare, d'être aimé pour lui-
984
même. « Mme de La Valière était née tendre et
vertueuse, dit M™': de Caylus ; elle aima le roi et
non la royauté. » E41e n'avait pas d'ailleurs manqué
d'adorateurs. Loménie de Brienne, très-jeune se-
crétaire d'État , qui s'était mis sur les rangs, re-
connut bientôt sa méprise ; il fit sa retraite en
homme d'esprit et d'honneur ; Fouquet ( voy.
ce nom ) fut moins adroit. Il lui avait fait, dit-
on, offrir de l'argent : son offre fut repoussée avec
indignation; il ne se tint pas pour battu, et après
avoir appris à quel rival il avait affaire, il s'i-
magina probablement de faire sa cour en renou-
velant ses offres. D'après Walckenaër, « la douce,
la modeste La Vallière, qui ne voyait dans le
jeune et beau Louis que l'amant et non le roi ,
rougit en écoutant le surintendant, et se retira
sans lui répondre. En faisant à son amant le sa-
crifice de sa vertu , elle avait obtenu de lui qu'un
voile épais couvrirait leurs amours. Qu'on juge
de sa surprise, de sa douleur! Elle redit tout
au roi en versant d'abondantes larmes. Sa fureur
fut grande contre le surintendant. » On sait que
Louis Xr\'^ se vengea plus tard de Fouquet d'une
manière bien cruelle.
Pendant deux ans M'ie de La Vallière fut l'objet
cachédetous les amusements et de toutes les fêtes
qui se donnèrent à la cour. Un jeune valet de
chambre du roi composait des récits que l'on mê-
lait à des danses tantôt chez la reine, tantôt chez
Madame, récits dans lesquels on exprimait mys-
térieusement la flamme de deux cœurs qui brû-
laient en secret. Parmi les divertissements publics
qui furentdonnés en l'honneur de La VaUière, on
cite le carrousel de 1662, qui eut lieu devant le
château des Tuileries dans une vaste enceinte ap-
peléedepuis Vàplace du Carrousel. En 1664, dans
une autre fête donnée à Versailles, le roi chercha
encore davantage à plaire à La Vallière. Elle devint
enceinte; mais elle cacha si bien sa grossesse que
la cour ne s'en aperçut pas , et que la reine n'en
eut aucun soupçon. M"*' de La Vallière eut quatre
enfants de Louis XIV ; deux seulement vécurent :
Marie-Anne de Bourbon, nommée M'ie de Blois,
née en 1666, et le comte de Vermandois , né en
1667. La même année, le roi érigea en duché,
par lettres patentes, deux terres qu'il acheta pour
M"* de La Vallière, sa fille et ses descendants (1).
(1) Ces lettres patentes sont ainsi conçues : « Nous
avons cru par cet acte ne pouvoir mieux exprimer dans
le public l'estime toute particulière que nous faisons de
notre très-chère, bien aimée et très féale Louise Fran-
çoise de La Vallière qu'en lui conférant les plus hauts
titres d'honneur qu'une affection très-singulière excitée
dans notre cœur par une infinité de rares perfections
nous a inspirée depuis quelques années en sa faveur; et
quoique sa modestie se soit souvent opposée au désir
que nous avions de l'élever plus tôt dans un rang pro-
portionné à notre estime et à ses bonnes qualités, néan-
moins l'affection que nous avons pour elle et la justice
ne nous permettant plus de différer les témoignages de
notre reconnaissance pour un mérite qui nous est connu,
ni de refuser plus longtemps à la nature les effets de
notre tendresse pour Marie- Anne, notre fille naturelle,
en la personne de sa mère, nous lui avons fait acquérir
de nos deniers la terre de Vaujour en Touraine, et la
985
Peu de temps après le roi légitima la naissance
des enfants de M"e de La Vallière. Ces honneurs
qui, selon l'expression de Saint-Simon, «éter-
nisaient la mémoire de sa faute, » désespé-
raient Mlle de La Vallière. Elle voulait croire
que personne ne devait connaître ses faiblesses.
Elle appelait sa fille Mademoiselle; cette prin-
cesse l'appelait belle maman. Au milieu de sa
plus grande fortune, elle se fit peindre par Mi-
gnard, placée entre ses deux enfants, tenant à la
main un chalumeau d'où pendait une bulle de
savon autour de laquelle on lisait : Sic transit
gloria mundi. Longtemps après. M"" de Sévi-
gné la traitait de « petite violette qui se cachoit
sous l'herbe, et qui étoit honteuse d'être maî-
tresse, d'être mère, d'être duchesse. Jamais il
n'y en aura sur ce moule. » Son bonheur passa
vite pourtant. Ses couches altérèrent sa santé.
« Le roi, suivant le récit de M^^ de Caylus, prit
de l'amour pour M™^ de Montespan dans le temps
qu'il vivait avec M^'^de La Vallière en maîtresse
déclarée, etM™e de Montespan, en maîtresse peu
délicate, vivait avec elle : même table et presque
même maison. Elle aima mieux d'abord qu'elle en
usât ainsi, soit qu'elle espérât par là abuser le pu-
blic et son mari, soit qu'dle ne s'en souciât pas,
ou que son orgueil lui fît plus goûter le plaisir
de voir à tous les instants humilier sa rivale,
que la délicatesse de sa passion ne la portait à
la crainte de ses charmes. » La Vallière accepta
aussi cette position. « Si à la première vue, ajoute
Mme de Caylus , ou du moins après des preu-
ves certaines de cette nouvelle passion , elle s'é-
toit jetée dans les carmélites, ce mouvement
auroit été naturel et conforme à son caractère.
Elle prit un autre parti, et demeura non-seule-
ment à la cour, mais même à la suite de sa ri-
vale. Mrae de Montespan, abusant de ses avan-
tages, affectoit de se faire servir par elle, donnoit
des louanges à son adresse, etassuroit qu'elle ne
pouvoit être contente de son ajustement si elle n'y
mettoit la dernière main. M'" de La Vallière s'y
portoit de son côté avec tout le zèle d'une femme
de chambre dont la fortune dépendroit des agré-
ments qu'elle prêteroit à sa maîtresse. Combien
de dégoûts , de plaisanteries et de dénigrements
n'eut- elle pas à essuyer pendant l'espace de deux
ans qu'elle demeura ainsi à la cour. « On raconte
pourtant qu'un jour elle se plaignit au roi d'une
communauté qui lui était pénible. Louis XIV
lui répondit froidement qu'il était trop sincère
pour lui cacher la vérité, et qu'elle n'ignorait
pas qu'un roi de son caractère n'aimait pas à
baronnie de Salnt-Chrlstophe en Anjou, qui sont deux
terres également considérables par leur revenu et par le
nombre de leurs mouvances. A ces causes et à d'autres
considérations à ce nous portant , et après avoir le tout
communiqué à aucun prince de notre sang et notables
personnages de notre conseil et de leur avis, érigeons les
dites terres en duché-pairie pour en Jouir par la demoi-
selle Louise-Françoise de La Vallière et après son décès
par notre amée fille , ses hoirs et descendants, tant mâ-
les que femelles, nés en légitime mariage. »
LA VALLIÈRE 986
être conti-aint. D'après Mme de Caylus, M'i»^ de
Montespan fit la même plainte à Louis XIV ; sa
réponse fut i)leine de douceur et de tendresse.
En se voyant délaissée, Mi'c de La Vallière fit re-
mettre alors à Louis XIV un sonnet attribué par
les uns à Pellisson, par d'autres àBenserade, et
qui se terminait ainsi :
Vous m'aimiez autrefois... et vous ne m'aimez plus.
Mes sentiments, hélas ! diffèrent bien des vôtres.
Amour, A qui je dois et mon mal et mon bien ,
Que ne lui donnicz-vous un cœur comme le mien.
Ou que n'avez-vous fait le mien comme les autres!
Le roi lut ces vers, en loua la facture, et n'en re-
vint pas plus àM'ie de La Vallière, à qui il fitdire
qu'il aurait toujours de l'estime pour elle. Mais
Elisabeth-Charlotte, duchesse d'Orléans, nous
apprend que « le roi traitoit fort mal son ancienne
maîtresse, à l'instigation de M^e de Montespan;
qu'il étoit dur avec elle etironiquejusqu'àl'insulte;
que la pauvre créature s'imaginoit qu'elle ne pou-
voit faire un plus grand sacrifice à Dieu qu'en lui
sacrifiant la cause même de ses torts , et croyoit
faire d'autant mieux que la pénitence viendroit
de l'endroit où elle avoit péché; aussi restoit-
elle par pénitence chez la Montespan. >> Elle s'é-
tait retirée une première fois chez les bénédic-
tines deSaint-Cloud à la suite de paroles aigres
que Louis XIV lui avait dites à propos d'un
secret qu'elle avait gardé. Recherchée avec em-
pressement et bien vite retrouvée, elle était re-
venue à la cour. Au mois de février 1671, elle
s'échappa une seconde fois , et alla pleurer en
liberté au couvent de Sainte-Marie à Chaillot.
Elle écrivit au roi qu'elle « auroit quitté plus tôt
Versailles si elle avoit pu obtenir d'elle-même
de ne plus le voir ; que cette foiblesse avoit été
si grande, qu'à peine se sentoit-elle capafble
présentement d'en faire un sacrifice à Dieu ».
Mme de Sévigné ajoute ; « Le roi pleura fort, et
envoya Colbert à Chaillot la prier instamment
de venir à Versailles, et qu'il pût lui parler en-
core. » La Vallière s'y laissa conduire. liOuis XIV
Causa avec elle pendant une heure ; Mme de Mon-
tespan l'accueillit aussi les larmes aux yeux. Le
roi parut revenir à de meilleurs sentiments pour
M'ie de La Vallière. Le 19 mai il ordonna à
toutes ses cours de suspendre les procès que la
duchesse pourrait avoir pendant six mois, « ayant
ordonné, disaient les lettres patentes, à nostre
très chère et bien-aimée cousine la duchesse de
La Vallière de nous suivre en nostre voyage et
ne pouvant, à cause de ce,vacquerà ses affaires».
Une maladie grave la ramena à ses idées de re-
traite. Elle écrivit alors, à ce qu'on crort, les Ré-
flexions sîir la Miséricorde de Dieu. Elle prit
pour confident le maréchal de Bellefonds, et
trouva un guide plein de zèle dans Bossuet. Le
21 novembre 1673, elle écrivait au maréchal :
« Je sens que , malgré la grandeur de mes fau-
tes que j'ai présentes à tout moment , l'amour a
plus de part à mon sacrifice que l'obligation de
faire pénitence. » D'un autre côté, Bossuet écri-
987
vait au même maréchal
que la pénitence ; et sans être effrayée de la vie
qu'elle est prête à embrasser, elle en regarde la
fin avec une consolation qui ne lui permet pas
d'en craindre la peine. Cela me ravit et me con-
fond. Je parle, et elle fait : j'ai les discours, elle
a les œuvres. Quand je considère ces choses ,
j'entre dans le désir de me taire et de me cacher,
et je ne prononce pas un seul mot ou je ne
croie prononcer ma condamnation. » D'après
M"'* de Caylus, « elle disoit souvent à M^e de
Maintenon avant de quitter la cour : « Quand
j'aurai de la peine aux Carmélites, je me souvien-
drai de ce que ces gens-là m'ont fait souffrir (en
parlant du roi et de M"^*^ de Montespan) «; ce
qui marque que sa patience n'étoit pas tant un
effet de son insensibilité qu'une épreuve peut-
être mal entendue et téméraire ». Enfin elle em-
brassa, suivant l'expression de Voltaire, la res-
source des âmes tendres, auxquelles il faut des
sentiments vifs et profonds. Elle orat que Dieu
seul pouvait succéder à son amant. Au mois
d'avril 1674, elle prit publiquement congé du roi,
qui la vit partir d'un œil sec. Elle se jeta aux
pieds de la reine, lui demanda pardon, et se
retira chez les Carmélites. L'abbé de Fromentières
prononça le sermon pour la prise d'habit de
M"*^ de La Vallière, qui reçut en religion le nom
de sœur Louise de la Miséricorde. Cet abbé
choisit pour sujet la parabole de la brebis égarée
ramenée dans la bergerie par le bon pasteur. La
profession de M"" de La Vallière eut lieu le 3 juin
1675 aux Carmélites du faubourg Saint-Jacques.
La reine lui donna le voile noir, et cette fois ce fut
Bossuet qui prêcha (1). M"" de La Vallière avait
trente ans. «Elle fit cette action, écrit M""^ de Sé-
vigné, comme toutes les autres de sa vie, d'une
manière noble et toute charmante. Elle étoit
d'une beauté qui surprenoit tout le monde- » La
reine et la duchesse d'Orléans allaient visiter
sœur Louise de la Miséricorde dans son couvent.
M™" de Sévigné nous apprend, dans une lettre
du 26 avril 1676, que Mme de Montespan alla
aussi voir sa rivale avec la reine : « La reine,
écrit-elle à sa fille, a été deux fois aux Carmé-
lites avec Quanto (Mme de Montespan). Cette
dernière se mit à la tête de faire une loterie;
elle se fit apporter tout ce qui peut convenir à
des religieuses ; cela fit un grand jeu dans la
communauté. Elle causa fort avec sœur Louise
(1) Quelque temps auparavant, Bossuet écrivait de Saint-
Germain à la supérieure des carmélites : " Depuis notre
dernière conversation et l'entretien que j'ay en avec ma
sœur Louise de la Miséricorde, il me semble qu'il faiidroit
à chaque n".omtnt s'épanctier pour elle en actions de
srAces. Il y avoit quatre mois que je ne l'avois voiie, et
Je la trouvai de nouveau enfoncée dans les vojcs de
niou avec des lumitres si pures et des sentiments si forts
et si vifs qu'on recnnnoist à tout cela le Saint-Esprit. Se-
lon ce qu'oji peut juger, celte âme sera un miracle de
la grâce : elle n'a besoin que de quelqu'un qui luy ap-
prenne seulement à ouvrir le cœur, et qui sçache en l'a-
vançant la caciier à elle-mesme. Dieu a jeté dans ce cœur
le fondement de grandes cboses. »
LA VALLIERE 988
« Elle ne respire plus de la Miséricorde; elle lui demanda si tout de
bon elle étoit aussi aise qu'on le disoit : « Non ,
« répondit-elle, je ne suis point aise, mais je suis
« contente. » Quanto lui parla fort du frère de
Monsieur, et si elle vouloit lui mander quelque
chose , et ce qu'elle diroit pour elle. L'autre,
d'un ton et d'un air tout aimables , et peut-être
piquée de ce style : « Tout ce que vous vou-
« drez. Madame, tout ce que vous voudrez! »
Mettez dans cela toute la grâce , tout l'esprit et
toute la modestie que vous pourrez imaginer. »
M"e de La Vallière devint l'exemple et l'idole de
la communauté. Elle avait un frère qui était
gouverneur du Bourbonnais et qui mourut, au
mois d'octobre 1676, nelaissant que des dettes.
SœurLouisede la Miséricorde fit demander au roi
de conserver le gouvernement pour payer les det-
tes. Louis XIV y consentit. « Le roi lui a mandé,
ajoute M™" de Sévigné, que s'il étoit assez homme
de bien pour voir une carmélite aussi sainte
qu'elle, il iroit lui dire lui-même la part qu'il
prend de la perte qu'elle vient de faire. » En
1679, sœur Louise de la Miséricorde eut à re-
cevoir les compliments de la cour et de la ville
à propos du mariage de sa fille, M^^ de Blqis,
avec le prince de Conti. Au dire de M^e de Sé-
vigné, « elle assaisonnoit parfaitement sa ten-
dresse de mère avec celle d'épouse de Jésus-
Christ». En 1680, M™* de Sévigné vit sœur de
la Miséricorde au parloir : « Ce fut à mes yeux,
écrivit-elle à sa fille , tous les charmes que nous
avons vus autrefois; elle a ses mêmes yeux et
ses mêmes regards; l'austérité, la mauvaise
.nourriture et le peu de sommeil ne les lui ont
ni creusés ni battus. Cet habit si étrange n'ôte
rien à sa bonne grâce ni au bon air. Pour sa
modestie, elle n'est pas plus grande que quand
elle donnoit au monde une princesse de Conti ;
mais c'est assez pour ime carmélite. M. de Conti
l'aime et l'honore tendrement; elle est son di-
recteur; ce prince est dévot et le sera comme
son père. En vérité, cet habit et cette retraite
sont une grande dignité pour elle. »
Mme de Caylus raconte qu'elle l'a vue « dans
les dernières années de sa vie et qu'elle l'a en-
tendue avec un son de voix qui alloit jusqu'au
cœur dire des choses admirables de son état et
du bonheur dont elle jouissoit déjà, malgré l'aus-
térité de sa pénitence » . Au mois de novembre
1683, Bossuet vint lui annoncer la mort du comte
de Vermandois {voy. ce nom) : « Je me souviens,
ajoute M'"'^ de Caylus, d'avoir ouï raconter que
M. l'évêque de Meaux lui ayant annoncé la mort
de son fils, elle avait par un mouvement naturel,
répandu beaucoup de larmes; mais que revenant
tout à coup à elle, elle dit à ce prélat : « C'est
trop pleurer la mort d'un fils dont je n'ai pas en-
core pleuré la naissance. » Mme de Montespan
ayant été forcée à son tour de quitter la cour,
vint trouver sœur Louise de la Miséricorde aux
Carmélites. Celle-ci l'aida de ses conseils et lui
prodigua ses consolations. M"e de La Vallière
989
passa trente-six ans dans la \\e religieuse. Suivant
une relation de sa mort par s(Pur Madeleine du
Saint-Esprit , elle avait honte de se borner aux
pénitences de la règle ; un désir insatiable de
souffrances la consumait; elle n'était occupée
qu'à satisfaire la justice de Dieu. On la trouvait
souvent presque évanouie ; une fois même étant
au grenier, où elle étendait du linge, elle s'éva-
nouit entièrement. Elle était remplie de maux
qui lui causaient d'atroces douleurs, et il ne lui
arriva pas une fois de proférer une plainte. La
veille de sa mort, elle se leva encore à trois
heures du matin pour continuer ses exercices
de piété ordinaires ; mais, se trouvant beaucoup
plus mal, elle ne put aller jusqu'au chœur; une
sœur la rencontra ne pouvant plus se soutenir et
pouvant à peine parler; la sœur en avertit l'in-
firmière , et il fallut emporter Mlle de la Vallière
à l'infirmerie. On eut peine à obtenir d'elle d'user
de linge et de quitter la serge. Les médecins ap-
pelés la firent saigner ; mais ils s'aperçurent bien-
tôt que leurs remèdes seraient inutiles. Voyant
que sa dernière heure était proche, elleacceptala
mort avec joie, répétant plusieurs fois: « Expirer
danslesplus vives douleurs, voilà ce qui convient
aune pécheresse. » Le mal fit des progrès dans la
nuit. Le matin elle demanda les derniers sacre-
ments : « Dieu a tout fait pour moi, dit-elle;
il a reçu autrefois dans ce même temps le sacri-
fice de ma profession , j'espère qu'il recevra en-
core le sacrifice de justice que je suis prête à lui
offrir, w Elle se confessa , reçut le viatique , et
tomba dans une grande faiblesse. Le supérieur
lui administra l'extrême-onction , et elle expira
une heure après, à raidi, « laissant, ajoute la
sœur Madeleine , la communauté aussi affligée
de sa perte qu'édifiée de sa pénitence ».
On a publié les Lettres de M'ie de La Val-
lière avec un abrégé de sa vie pénitente par
l'abbé Lequeux et le sermon prononcé par
l'abbé de Fromentières pour sa vêture ; Paris,
1767, in-12. En 1680 parurent les Réflexions
sur la Miséricorde de Dieu, par une dame
pénitente, qui lui ont été attribuées. Ces Ré-
flexions n'avaient pas été écrites pour être pu-
bliées : elles portaient en tête un avertissement
qui expliquait ainsi la publication du livre et
l'anonyme gardé par la pénitente. « Sa modestie
et son humilité ne veulent pas qu'on la nomme,
et elle n'auroit jamais permis qu'on publiât ces
saintes réflexions si elle en avoit été avertie, et si
elles ne lui avoient été enlevées par une dame
d'une grande vertu qui auroit cru commettre
une injustice en privant les fidèles d'un ouvrage
qui peut être utile aux pécheurs qui veulent se
convertir. » L'auteur manifestait ainsi le carac-
tère tout intime de cet écrit, « tracé de sa propre
main comme un registre des miséricordes de
Dieu , afin que si sa foi venoit à chanceler, son
espérance à se refroidir et sa charité à s'étein-
dre, elle pût rappeler à son âme, par la lecture
de ce papier, le souvenir et le sentiment des
LA VALLIERE 990
bontés et de la grâce de Dieu. » En 1700 ce livre
en était à sa huitième édition. Rien ne prouvait
pourtant qu'il fût de Mi'e de La Vallière, et
quelques critiques prétendirent qu'il pouvait
aussi bien être de M'ne Je Longueville, de
M^ede Montespan ou de quelque autre illustre
pénitente. M. Romain Cornut a cherché à lever
tous les doutes , et a réuni une foule d'argu-
ments pour prouver que cet ouvrage appartient
bien à M^e de La Vallière. En 1804 M^e de Gen-
lis publia une édition des Réflexions sur la
Miséricorde de Dieu, suivies de quelques lettres
de M"" de La Vallière au maréchal de Bellefonds.
Cette édition, qui fut réimprimée en 1816 et
1824, in-12, contenait des changements nom-
breux d'après des corrections marginales tracées
à la main dans un exemplaire que M. Damas-
Hinard retrouva à la Bibliothèque du Louvre en
1852. A l'inspection de l'écriture de ces correc-
tions, M. Damas-Hinard les attribua à Bossuet.
Des critiques, trouvant ces corrections peu dignes
en général du grand évêque, prétendirent au
contraire que ces corrections devaient être tout
simplement de M™^ de Genlis. M. Romain-Cor-
nut, après avoir comparé les volumes du Louvre
avec des manuscrits authentiques de Bossuet ,
resta convaincu que les corrections des Ré-
flexions sur la Miséricorde de Dieu étaient bien
de la main de cet cloquent prélat , et il publia :
Les Confessions de M"'^ de La Vallière re-
pentante, écrites par elle-même, et corrigées
par Bossuet, avec un commentaire historique
et littéraire; Paris, 1854, in-12. Il reste à exa-
miner quelle est la valeur de ces changements.
(c En examinant sans prévention d'aucune sorte les
retouches aux Réflexions sur la Miséricorde
de Dieu, il est impossible, dit M. L. Ratisbonne,
de les préférer au texte original. Elles sont ju-
dicieuses, faites '^lômo avec une sagacité ass^z
remarquable au point de vue de la grammaire ,
quoique quelques-unes accusent des règles de
langage qui nous paraissent postérieures au
temps de Bossuet; mais elles affaiblissent, elles
altèrent d'une manière manifeste l'originalité , la
grâce, le sentiment, tout ce qui donne au livre
son caractère. Le livre des Réflexions n'est pas
un chef-d'œuvre littéraire tant s''en faut. H
manque de précision, de goût, de clarté; la syn-
taxe y est violentée , sinon violée ; on y trouve
une foule de négligences , des répétitions, et sou-
vent, avec une afféterie tout« féminine, de mau-
vaises gentillesses de style conservées sans doute
des précieuses du temps ou contractées dans
la lecture des romans de M"e de Scudéry. Mais
au milieu de tous ces défauts, parmi ces aspéri-
tés et ces broussailles traînantes, on sent, outre
une certaine grâce, un souffle naturel et puis-
sant, et souvent la phrase d'une beauté ins-
tinctive, mais incorrectement ajustée, est plus
près de la libre et grande allure , rappelle mieux
cette pourpre en lambeaux du style de l'Homère
chrétien que les vulgaires corrections dont on
99-1
LA VALLIÈRE — LAVANHA
992
veut lui faire honneur. L'auteur, quel qu'il soit,
(le ces retouches, parfois arbitraires, même au
lK)int de vue de la grammaire , élague quelques
branches parasites , émousse quelques pointes ;
mais il coupe en même temps mille fleurs char-
mantes de sentiment; il corrige non-seulement
la langue , mais le cœur. » Avant le travail de
M. Romain Cornut, on avait encore imprimé les
Réjleocions sur la Miséricorde de Dieu suivies
de prières tirées de l'Écriture Sainte et d'une
prière de l'abbé Gérard, précédées de Lettres
adressées au maréchal de Bellefonds, des ser-
mons pour la véture et la profession de la
vie pénitente de ^/^'« de La Vallière et d'une
notice historique par M. Henrion ; Paris, 1828,
in-18. Mme de Genlis a pris Mi'e de La Vallière
pour sujet d'un roman. La peinture a souvent
reproduit les traits deMUe de La Vallière; mais
c'est sans doute à tort que l'on a prétendu que
Lebrun avait mis son image sur le visage de sa
Sainte Madeleine. L. Lobvet.
Abbé Lequeux , fie de Mme de La Vallière. — Qua-
tremère 4e Roissy , Hist. de Mme de La Vallièr-e. du-
chesse et carmélite. — Romain Cornut, Les Confessions
de Mme de La Vallière. — Cholsy, Mémoires. — M""" de
Sévigné, Lettres. — M™" de Caylus , Souvenirs. — Vol-
taire, Siècle de Louis XIV. — Sœur Madeleine du Saint-
Esprit, Lettre aux sœurs supérieures des couvents de
carmélites pour leur annoncer la fin de trés-konorée
sœur Louise de la Miséricorde, citée par M. de Fontaine
de Resbecq dans ses Voilages littéraires sur les Quais de
Paris; 1857. — Walckenaer, JMismoirei touchant la vie et
les écrits de Mme de Sévigné. — Fr. Barrière, dans le
Journal des Débats du S8 août 1852. — L. Ratisbonne ,
dans le Journal des Débats du 13 octobre 1854. — Qué-
rard , La France Littéraire.
lA TALLIÈRE {Louis-César de La Baume
LE BLA.NC, duc DE ), Célèbre bibliophile français,
né en 1708, mort en 1780. Il était petit-neveu
de la charmante duchesse que son amour pour
Louis xrv et les rigueurs de sa pénitence
ont rendue si fameuse ; l'ancienne maison de
Touraine, dont il fut le dernier rejeton, s'éteignit
avec lui. Il était fort riche et les Mémoires
secrets de l'époque ont parlé de ses maîtresses
et de ses profusions ; mais c'est comme ami des
livres et des lettres qu'il mérite qu'on se sou-
vienne de lui. Il laissa une immense bibliothèque,
la plus belle peut-être qu'un particulier ait ja-
mais formée; sa valeur aujourd'hui se compte-
rait par millions, les livres rares ayant augmenté
de prix, au point que des voliunes qui avaient
fait partie des collections La Vallière se sont
adjugés, dans le cours de ces dernières années,
vingt fois plus cher qu'ils n'avaient été payés
lors de la vente faite il y a soixante-dix années
environ d'une portion des trésors littéraires
qu'avait réunis le duc. Le catalogue rédigé par
C. de Bure l'aîné et par M. vau Praet, alors
fort jeune , forme trois gros volumes in-8" , mis
au jouren 1783; la vente produisit 464,677 livres
8 sous, somme qui fut regardée comme énorme,
mais qui est peu de chose à côté de ce qu'ont
produit des bibliothèques appartenant à des
amateurs anglais. Un second catalogue, com-
prenant des livres moins précieux ( parmi les-
quels il en est toutefois de fort rares) fut mis
en ordre par le libraire Nyon, et imprimé en six
volumes. Les ouvrages qu'il énuraère ne furent
point livrés aux chances des enchères ; achetés
en bloc par M. de Paulmy, ils furent ensuite
acquis par le comte d'Artois , et ils forment une
des portions les plus importantes de la biblio-
thèque de l'Arsenal. De superbes manuscrits se
trouvaient dans la bibliothèque La Vallière;
parmi ceux qui sont tout à fait hors ligne , on
peut signaler la Guirlande de Julie, recueil de
peintures admirables et de vers fort médiocres ,
chef-d'œuvre du célèbre calligraphe Jarry ; le
duc de Montausier avait offert ce volume à Ma-
demoiselle de Rambouillet, qui depuis devint sa
femme; il fut adjugé au prix de 14,510 livres;
un Missel commandé pour le duc de Bedford et
qui ne contient pas moins de cinq mille minia-
tures ou lettres ornées, fut donné pour 5,000
livres, et il ne reparaîtra plus en vente , car c'est
le Musée britannique qui le conserve aujourd'hui.
Le duc de La Vallière avait fait d'importantes
conquêtes aux ventes les plus célèbres qui eu-
rent lieu de son temps ( Gaignat à Paris , Askew
à Londres, etc.); il achetait plusieurs fois en
bloc des bibliothèques entières d'amateurs dis-
tingués, se défaisant ensuite des doubles qui lui
arrivaient ainsi , et en 1767 il prit le parti de
recourir à une vente publique dont le catalogue
est d'une grande richesse. Il avait pour biblio-
thécaire l'abbé Rive, bibliographe instruit, mais
atrabilaire et querelleur ; il comptait parmi ses
commensaux Mercier de Saint-Léger et Marin, et
d'accord avec eux ils rédigèrent la Bibliothèque
du Théâtre-Français ; Bresâe (Paris), 1768,
3 vol. in-12, recueil d'analyses intéressantes et
des extraits de pièces antérieures à la moitié du
dix-septième siècle; le théâtre plus moderne
n'est l'objet que d'une sèche nomenclature.
G. Brcnet.
Mémoires secrets de Bactiaumont. — Ch. Blanc, Tré-
sor de la Curiosité, t. Il (1858), p. 40.
LAVANHA ou LABANA {Jean- Baptiste),
mathématicien et historien espagnol, né dans la
seconde moitié du seizième siècle, mort en 1625.
Il étudia à Rome. Historiographe de Phi-
lippe III, il fut envoyé dans les Pays-Bas pour re-
cueillir les matériaux d'une histoire généalogique
de la monarchie espagnole. Il écrivait avec une
facilité égale en castillan et en portugais, ou, pour
mieux dire , il gâtait son style dans les deux
langues, par l'abus du gongorisme. Nommé
maître de cosmographie de Philippe IV, il reçut
de ce monarque de nombreuses faveurs qui le
fixèrent à Madrid. Il a écrit en portugais les
ouvrages suivants : Regimento Nautico; Lis-
bonne, 1595, in-4°, et 1606, in-4°; — Taboasde
lugar do sol e largura de leste e oeste corn-
hum instrumento de duas laminas represen-
tando nellas duas agulhas de graos , corn
hum amostrador e agrilha. Cet ouvrage, resté
993
LAVANHA — LAVATER
994
manuscrit, fut exécnté en 1600, et Tratado da
Esfera do Mundo, ouvrage également manus-
crit et exécuté probablement pour Philippe IV.
Comme historien , on doit à Lavanha un livre
officiel, qui ne manque pas d'intérêt et qui est
aujourd'hui dans toutes les bibliothèques ; il est
intitulé : Viagem da Cntholica Real Mages-
tade d'el rey D. Filippe II ao Reino de
Portugal e relaçao do solemne recebimento
que n'elle se Ihe fez; Madrid, par Thomas
Junti, 1622 (fin de 1621 ) , in-fol. avec fig. On
doit aussi à Lavanha un opuscule fort intéressant
de quinze pages, intitulé : Navfragio da nao
Sanfo-Alberto e itinerario daGenteque d'elle
se Salvou; Lisbonne, 1597, in-8", réimprimé
àaasïHisioria tragico-maritima. Comme édi-
teur il a donné le complément des Décades de
Barros; le titre même du livre indique assez quel
droit il s'était arrogé : Quarta Becada da Asia
de Joam de Barros, dedicada a el rei D. Fi-
lipe II , reformada, acrescentada e Ulus-
trada, com notas e taboas geograficas ; Ma-
drid, Imp. roy., 1615, in-fol. On doit regretter
du même auteur une histoire descriptive de la
Guinée, qui n'a jamais vu le jour, et qui se trou-
vait encore au commencement du dix-huitième
siècle dans la bibliothèque du comte de Vi-
mieiro. Ce travail paraît être perdu.
F. D.
Fernandez de Navarrete, Historia de la Nautica. —
Barbosa-Machado, Bibliotheca Lusitana.
LAVARDIN {Jacques de), frère de Jean,
abbé de l'Étoile, littérateur français, mort après
l'année 1587. Il était seigneur du Plessis Au-
rouer et du Plessis Bourrot en Touraine. On
ne sait rien de sa vie. Ses œuvres ont eu quel-
que renommée. Nous indiquerons d'abord une
traduction de La Célestine, comédie espagnole.
C'est, comme on le sait, une comédie fort libre.
Mais Jacques de Lavardin ne l'a pas fidèlement
traduite ; il l'a, suivant le titre même de sa tia-
duction, fidèlement repurgée, ce qui est bien
différent. Le premier ouvrage de Jacques de
Lavardin parut en 1578, in-8°; il y en a d'autres
éditions. On lui doit encore : Histoire de Geor-
ges Castriot, surnommé Scanderberg , roi
d'Albanie, Paris, 1576, in-4° , traduction d'un
livre latin de Marine Barlezio, de Scutari , et
Traité de V Amour humain, traduit de l'ita-
lien du seigneur Flaminio de Nobili ; Paris ,
1588, in-8°. B. H.
Journal des Savants, avril 1843, art. de M Magnin sur
la traduction deLaCélestins par M. Germond Delavigne,
— B. Hauréau, Hist. Litt, du Maine, t. IV, p. 194.
L.ATARDIN (Jean de), ou plutôt Jean de
Ranay, sieur de Lavakdin, près Montoire, théo-
logien français , mort probablement vers la fin
du seizième siècle. Après avoir achevé ses étu-
des à Paris, il fut nommé abbé de l'Étoile, mo-
nastère de l'ordre de Prémontré aux confins du
Vendômois, et se démit de cette dignité en 1585 :
<lémission conditionnelle , avec la réserve d'une
honnête pension à percevoir sur les revenus de
NOUV. BIOGR. GÉNÉR, — T. XXIX.
la mense abbatiale. Les ouvrages de Jean de
Lavardin sont nombreux, et les exemplaires
en sont rares. En voici la liste : La Confes-
sion catholique de la foi chrétienne, traduc-
tion du latin d'Hosius , avec le traité du même
Hosius De VOrigine des Sectes et hérésies de
ce temps ainsi que l'opuscule Be l'expresse
Parole de Dieu; Paris, 1566, et 1579, in-fol.;
— Discours chrétiens et orthodoxes, tirés des
sermons de monseigneur Vévéque de Mers-
bourg ; Paris, 1567, in-S" ; — Remontrance
adressée aux prélats de l'Église Gallicune,
contenant un beau discours touchant la pa-
cification du schisme, traduction du latin de
Guill. Lindanus; Paris, 1572, in-8°; — Exhor-
tation à l'amour et charité que nous devons
avoir envers les pauvres, traduction du grec
de Grégoire de Nazianze; Paris, 1374, in-12 ;
— Abrégé de la Guerre des Juifs ; Paris, 1575,
in-16 ; — Apologie de Grégoire Nazianzène ,
traduction du grec de saint Grégoire; Paris,
1579, in-8'> ; — Le Retour d'un Gentilhomme
à l'Église catholique , le premier, comme il
semble, des ouvrages originaux de Jean de La-
vardin; Paris, 1582; — Épitres de saint Jé-
rôme ; Paris, 1584, in-4", et 1596, in-12 ; — Les
Conférences monastiques, traduction du latin
de Jean Cassien; Paris, 1589, in-8'', et 1636,
in-8°; — Recueil de la Vie et Conversation
de la Vierge Marie; Paris, 1585, in-8°;
réimprimé en 1605, in-8°, sous le titre de Le
Sacré Miroir de Virginité. Enfin, La Croix du
Maine lui attribue l'ouvrage intitulé : Dialo-
gues touchant le saint sacrifice de la Messe.
Ce sont là les œuvres imprimées de Jean de La-
vardin; mais La Croix du Maine en connaissait
d'autres , qui n'avaient pas encore été de son
temps confiées à la presse et ne l'ont pas été
depuis. Les divers manuscrits de Jean de La-
vardin paraissent tous perdus, si ce n'est une
traduction de Marc-Antoine Natta intitulée : Dia-
logues de la Majesté de Dieu; Bibi. impér.,
num. 7857^ B. H.
Desportes, Bibliogr. du Maine. — Gallia Christ.,
t. VIII, col. 1403. — La Croix du Maine, Biblioth. fran-
çaise. — B. Hauréau, Hist. Littér, du Maine, l. li,
p. 261.
LAVATER (Louis) , théologien protestant
suisse, né le l"^mars 1527, en Ky bourg, mort le
15 juillet 1586. Il se lia en 1.545 à Strasbourg avec
Bucer et Sturm, et vint suivre à Paris les leçons
de Turnèbe, de Ramus et de Lambin. De retour
à Zurich après une excursion en Italie, il devint
archidiacre et chanoine en 1550, premier pas-
teur de Zurich en 1585. Ses principaux ouvrages
sont : De Ritibus et Institutis ecclesix Tigu-
rinae; Zurich, 1559, in-8°; — Historia de ori-
gine et progressu Controversix sacramenta-
riœ de Cœna Domini; Zurich, 1563 et 1572,
in-8o ; — De Spectris , Lemuribus et magnis
atque insolitis fragoribus et prsesagitionibus
quee obitum hominum, clades, mutationes-
que imperiorum prsecedunt; Zurich, 157Q,
32
995
LAVATER
996
in-12; ouTrage curieux, réimprimé plusieurs
fois et traduit dans la plupart des langues de
l'Europe; — Vom Leben iind Tode Heinrich
Bullingers ( De la Vie et de la Mort de Henri
Bullingcr); Zurich, 1576; Lavater était le gen-
dre de Bullinger ; — Catalogus omnium fere
Cometarum ab Augusti temporibus usque ad
annum 1586; Zurich, 1587, in-S»; traduit en
allemand par Wagner, Zurich, 1681, in-8»; —
Lavater a encore publié un grand nombre d'ou-
vrages d'exégèse et de piété. E. G.
Adam, Fitse Tfieoloç. German. — Verhegden, Elogia.
— Hotinger, Bibl. Tigvrina.
i^AVATÊR ( Jean-Gaspard ), célèbre écrivain
suisse, né le 15 novembre 1741, à Zurich, où il
est mort, le 2 janvier 1801. Son enfance n'offrit
aucun trait bien remarquable ; il reconnaît lui-
même qu'il était un assez mauvais écolier, et que
la crainte de l'humiliation était le premier mobile
de ses travaux. Bien qu'il fût naturellement
doux et timide , il se montrait d'une audace ex-
trême lorsque le ressentiment d'un acte injuste
excitait sa colère. De bonne heure il laissa voir
quelle serait la direction principale de son ca-
ractère en recherchant avec avidité l«s faits bi-
zarres, les histoires singulières, tout ce qui pou-
vait en un mot flatter son goût inné pour le
merveilleux. Destiné à l'état ecclésiastique, il
suivit avec une assiduité exemplaire les cours de
théologie de l'école de Zurich ; mais cet ensei-
gnement étroit et sévère, qui, se renfermant dans
une aride controverse, tendait à faire des jeunes
ministres plutôt des champions de l'idée protes-
tante que des éducateurs ou des amis du peuple,
était loin de satisfaire l'âme ardente de Lavater.
Peu lui importaient les arguments d'école et les
disputes de la chaire à lui, qui avait choisi pour
modèles Kiopstock et J.-J. Rousseau ! Laissant
de côté comme des armes impuissantes les for-
mules théologiques, il s'efforçait, de concert avec
les membres de la Société Ascétique, de donner
à la religion les fondements plus humbles, mais
plus durables, de la morale usuelle. Pendant
toute sa vie il eut le rare mérite de rester fidèle
aux grands préceptes qu'il s'était tracés et dont
il avait fait pour son usage la loi suivante :
« Sois et parais ce que tu es. Que rien ne soit
grand ou petit à tes yeux. Simplifie toujours les ob-
jets dans los actions indifférentes, et surtout au mi-
lieu des agitations et des tourments de la crainte et
delà douleur. Dans le moment présent, borne-toi,
si tu peux, à ce qui est le plus près de ton être. Re-
connais Dieu en toutes choses, dans le vaste sys-
tème des astres comme dans les grains de sable.
Rends à chacun ce qui lui est dû. Donne ton cœur
à celui qui gouverne les cœurs. Espère, étends ton
ejdstence dans l'avenir. Sache attendre. Apprends à
jouir de tout et à te passer de tout. »
Le premier acte public de Lavater fut celui
d'un citoyen courageux. Dans un pamphlet reli-
gieux, il osa dénoncer à l'opinion le grand-bailli
Grebel , qui s'était rendu coupable de vexations
plus ou moins graves (1762). Toute l'aristo-
cratie se souleva contre lui ; il fut signalé comme
un homme dangereux ou , ce qui était pis en-
core, comn-ie un philosophe et un réformateur.
Malgré son désir de faire triompher une cause
juste, il dut céder aux sollicitations de sa famille
et s'éloigner pour quelque temps ; en compagnie
de son ami le peintre Fuessli, il visita l'Allemagne,
et résida tantôt à Barth, en Pornéranie, tantôt à
Berlin. Ce voyage d'une année eut les plus heu-
reux résultats : non - seulement il y gagna de
perfectionner son talent littéraire sous le rapport
du goût et de l'élégance; mais il puisa dans les
conseils de Hess, de Sulzer et de Spalding, plus
de largeur et de modération dans les idées , et
l'on peut même ajouter que le contact, quelque
éloigné qu'il fût , de la société éclairée alors
réunie à la cour de Frédéric II, contribua à tem-
pérer l'exagération de son zèle religieux. Ce fut à
Berlin qu'il composa les Chants helvétiques ,
celui de ses ouvrages poétiques qui obt'nt l'ac-
cueil le plus favorable ; le style, rempli de bour-
souflures et d'inégalités, le place il est vrai au-
dessous des élégantes compositions de son com-
patriote Haller; mais il y a dans les vers beau-
coup de chaleur et d'énergie, les sentiments du
patriotisme suisse y sont exprimés d'une façon
naïve et touchante, qui les rendit promptement
populaires. Revenu en 1764 dans sa ville natale,
il se maria , reçut l'ordination sacerdotale, et fut
pourvu d'un diaconat dans la maison des Orphe-
lins; en 1778, il fut attaché, avec les mêmes fonc-
tions, à l'église de Saint-Pierre, dont il devint
pasteur en 1786, après avoir refusé d'aller, en
cette qualité, prêchei TÉvangile à Brème. Durant
les derniers temps de sa vie , il siégea au consis-
toire suprême de Zurich.
Homme du travail et du devoir avant tout ,
Lavater régla avec une précision exacte, super-
stitieuse même, l'emploi de ses journées ; il sut
accorder si merveilleusement les exigences de
son ministère avec les distractions incessantes
que lui attiraient et sa bienfaisance et sa célébrité,
qu'en pénétrant dans les détails de sa vie, on ne
s'étonne plus de la quantité d'ouvrages imprimés
ou manuscrits qui en l'espace de trente années
sont sortis de sa plume. On le voit tour à tour
poëte, théologien, sermonnaire, philosophe, pu-
bUciste; s'il n'a point sous chacun de ces as-
pects un égal degré de mérite, il se montre tou-
jours honnête, courageux, sincère, ardent au bien.
Quoiqu'il ne soit guère connu que comme l'inven-
teur ingénieux et souvent paradoxal d'urtsystème
physiognomonique, Lavater mérite d'être compté
au nombre des esprits d'élite du dix-huitième
siècle. Lichtenberg, qui l'avait attaqué avec tant
d'acharnementet de malice, disait pourtant : «Je
ne le considérais que comme un charlatan ridi-
cule ; mais quand je l'ai vu , il m'a désarmé
malgré moi, et je lui ai trouvé un charme irré-
sistible. » Ce charme qui attirait à lui jusqu'à
l'estime de ses détracteurs, c'était l'ascendant de
, la vertu. Comme poëte , Lavater eut les dons
997
qui ne s'acquièrent point : la nêûveté et l'enthou-
siasme. Ses Chants sacrés sont des œuvres
dignes de lui survivre, il aborda plusieurs fois
l'épopée, et s'élança, avec trop de précipitation,
sur les traces de Klopstock ; son but dans les
nombreuses compositions qu'il ébaucba à grands
traits, La Nourelle Messiade, Joseph d'Ari-
mathie, Le Cœur humain, Les Actes des Jpô-
tres. Ponce PUate, son but était de réagir contre
l'invasion des idées philosophiques et de retrem-
per la poésie aux sources sacrées de la tradition
chrétienne. Malheureusement s'il avait le souffle
et l'ampleur poétiques, il s'inquiétait assez peu
de la mélodie naturelle des sons; il tombait dans
la monotonie et la sécheresse, et la plupart de
ces pièces, écloses d'une inspiration hâtive, n'ont
plus guère d'intérêt que pour la critique. Comme
orateur chrétien, Lavater peut aussi être étudié
avec fruit; son habitude d'improviser ne permet
point de le rapprocher sous aucun rapport des
maîtres de la chaire catholique ; mais ce fut un
zélé missionnaire, qui puisait dans la plus pure
charité les ressources habituelles de son élo-
quence. Quel beau mouvement que celui où il
s'écrie : « J'ai vu les hommes les plus pervers,
je les ai vus dans le moment du crime, et toute
leur méchanceté, tous leurs blasphèmes, tous
leurs efforts pour opprimer l'innocence ne pou-
vaient éteindre sur leur visage les rayons d'une
lumière divine , l'esprit de l'humanité , les traits
ineffaçables' d'une perfectibilité éternelle. On
aurait voulu écraser le coupable, et l'on aurait
encore embrassé l'homme » (1). A Brème, sa
parole causa une impression si profonde qu'on
lui offrit la principale cure de la ville. La ferveur
orthodoxe du théologien l'emporta quelquefois
à des actes d'intolérance regrettables, mais dont
il fut le premier à se repentir. Quelque zélé qu'il
fût, il ne s'en vit pas moins accusé par le parti
dévot de tenir en secret au papisme : ou lui re-
(1) « On n'a pas craint d'appeler Lavater le Fénelon de
l'Helvétie. En effet U y a entre ces deux écrivains plu-
sieurs traits frappants de ressemblance : ils eurent en
commun les qualités du coenr et l'amabilité du caractère,
une éloquence naturelle, nne physionomie aussi sédui-
sante quêteurs discours, un charme secret répandu dans
toutes lenrs actions. Enfin, ce qniles rapproche surtout,
c'est cette âme active qnedes vérités sévères et abstraites
ne pouvaient satisfaire , qui voulait une croyance pas-
sionnée et l'union de la pensée et du sentiment, dispo-
siUon d'esprit qui caasa la menue erreur, qui fit de l'au-
teur de Télémaque un élève de M"» Guyon, nn mystique
affectueux, et de l'auteur des Essais phyaiognomoniques
un illuminé enthousiaste croyant aux thaumaturges de
toutes espèces , aux révélations et au commerce avec les
intelligences. » ( Moreau , Notice en tête de l'édit. de
1806. ) Celte ressemblance , physique et morale à la fols,
fit dire à Mercier : » Si je ne savais pas que Féoelon a
été un saint évéque, je vous croirais descendu de lui en
ligne directe. » La même remarque vint à l'esprit de
M"»» de Staël. Se promenant un jour avec le pasteur de
Zurich et une dame allemande très-célèbre, elle s'arrêta
tout à coup, et s'écria avec une surprise mêlée d'enthou-
siasme ; « Comme notre cher Lavater ressemble à Féne-
lon ! f:e sont ses traits, son air, sa physionomie : c'est
véritablement Féneloa ; mais, a]onta-t-elle, Fénelon un
peu Suisse. » Snard a aussi souvent parlé de cette res-
semblance.
LAVATER 998
proeha se« liaisons avec les jésuites, surtout
avec le P. Sailer, de Munich, ses vers en l'hon-
neur de quelques cérémonies catholiques, et jus-
qu'à la calotte qu'il portait habituellement, et qui,
disait on, avait l'air de cacher une tonsure. Ce^
reproches, vaguement formulés d'abord, servi-
rent de texte à Nicolaï et à Bieseler, de Berlin,
pour lancer contre Lavater une dénonciation
formelle d'infidélité à la communion protestante.
Ce dernier n'eut point de peine à confondre ses
adversaires. D'esprit et de raison il était dévoué
aux principes de la réforme ; mais ne pourrait-
on pas avec quelque apparence de vérité le
soupçonner d'avoir penché au fond du cœur
vers une religion dont les mystères flattaient
son goût pour le merveilleux .' En effet il faut
rapporter à cette disposition du caractère de La-
vater sa doctrine sur la perpétuité des mira-
cles (1), sur le pouvoir de" la prière (2), sur
l'homme-Dieu , son adoption des opinions les
plus singulières, son faible si connu pour les
thaunaaturges de toutes espèces, les Gassner, les
Mesmer, les Cagliostro (3). C'était au reste un
vrai bonheur pour lui que le bienfait d'une révé-
lation divine, se manifestant sans cesse à l'homme
vertueux. Il n'avait pas assez des ressources
naturelles pour faire tout le bien qu'il désirait,
et l'aide mystérieuse des puissances invisibles
semblait seule satisfaire tous les vœux de cette
âme dévouée. « Accoutumé, dit le docteur Mo-
reau, à descendre au fond de lui-même, à s'y
perdre dans les extases et l'illumination , le
vague , l'obscurité mystérieuse d'une croyance
extraordinaire avaient pour lui cet attrait que
la mélancolie paraît trouver dans la nuit et dans
la solitude. Les causes les plus occultes, les plus
(1) II s'afdlgea maintes fols de la dangereuse folie de
l'athéisme, qui gagnait toute la société éclairée; mais U
était persuadé que l'empire de ee fléau serait passager,
que Dieu aurait recours à de nouvelles manifestations
pour se faire connaître, qu'enfin la révélation et les mira-
cles étaient sur le point de recommencer pour éclairer
et sauver les hommes.
(2) Les écarts de son imagination étaient presque ton-
jours liés avec la bonté de son cœur. On malheureux se
présente un jour à lui et réclame ses secours. N'ayant
absolument rien à donner en ce moment, il se met en
prière, et » sa piété fervente demande au ciel un miracle
en faveur de la charité ». Après avoir longtemps prié,
il trouva dans son secrétaire une somme d'argent dont II
attribua l'envoi à la Providence, et dont il fit l'emploi
pour lequel il l'avait si vivement désirée.
(3; Il crut découvrir en Cagliostro on magicien, un être
surnaturel et chargé d'une mission diabolique (car il
croyait fermement au diable, sur l'existence, le pouvoir
et les attributs duquel il a composé tout un livre). Il
alla en toute hâte le trouver à Bâie. « Si vous êtes le plus
instruit de nous deux, lui dit celui-ci d'un ton brusque,
vous n'avez pas besoin de moi; si c'est moi qui saisie
plus savant, je n'ai pas besoin de vous. » Lavater, que ce
début ne découragea point, lui écrivit le lendemain :
« D'où viennent vos connaissances? Comment les avez-
vous acquises? en quoi consistent-elles? » Cagliostro
donna pour toute réponse ces paroles ambiguës : In
verbis, in herbis, in lapidibus. Convaincu plus que ja-
mais qu'il avait affaire à un envoyé de Satan, le pasteur
de Zurich eut avec lui des débats très-vifs, et volontiers
il eiit sacrifié sa vie au bonheur de triompher de cet en-
nemi des hommes.
^99
LAVATER
1000
enveloppées, tout ce qui était caché, inconnu ,
placé hors de la portée des sens, tout ce qu'il
ne pouvait comprendre ne lui parut jamais diffi-
cile à croire. 11 y avait pour lui une sorte de vo-
lupté intellectuelle dans l'incertitude de la pen-
sée et dans les croyances pleines de secrets ,
dans la perspective illimitée de tous les pos-
sibles, dans cette vue de l'infini qui, semblable à
l'espérance , donne des émotions si vives aux
imaginations mobiles et passionnées. »
Si les ouvrages de Lavater ajoutent un cha-
pitre un peu long aux erreurs de l'espril humain,
on peut dire, sans rien exagérer, qu'ils fournissent
aussi quelques pages aux archives de la philo-
sophie. Le système, la science nouvelle (comme
il la nomme) dont il a jeté les bases dans les
Essais sur la Physiot/nomonie , lui a acquis
des droits à une renommée durable. Jusqu'à
l'âge de vingt-cinq ans, il ne s'en était nullement
occupé ; sa mobilité extrême, sa sensibilité, qui
empruntait toujours quelque chose de la viva-
cité de l'instinct et de la promptitude du pres-
sentiment, lui avaient fait éprouver quelquefois
à la vue de certains visages des répulsions et des
sympathies très- fortes. « Ces impressions sou-
daines, raconte-t-il lui-même , m'entraînaient à
juger; mais on se moqua de mes décisions, j'en
rougis et je devins plus circonspect. Des années
s'écoulèrent avant que je hasardasse de nouveau
d'articuler un seul de ces jugements subits, dic-
tés par l'impression du moment; mais je m'a-
musais à crayonner les traits d'un ami , après
l'avoir fixé et contemplé pendant quelques mi-
nutes. Peu à peu les sensations confuses se dé-
brouillèrent en dessinant; les proportions, les
traits, les ressemblances et les dissemblances me
devinrent plus sensibles. » Un jour, étantà Brugg,
il porta un jugement décisif, et sans que la ré-
flexion y eût aucune part , sur le caractère d'un
homme qu'il démêla dans la foule , malgré sa
vue basse et la distance où il se trouvait de la
rue. Zimmermann, qui connaissait cet homme,
demanda avec surprise sur quoi une telle appré-
ciation était fondée. « Sur la tournure du cou »,
répondit Lavater ; « et voilà, ajoute-t-il, l'époque
proprement dite de mes recherches physiogno-
moniques. >> Ces études l'occupèrent le reste de
sa vie, et il leur consacra tout le temps que lui
laissaient les devoirs de sa profession. Les pre-
miers résultats en furent publiés dans une dis-
sertation composée pour la Société Physique de
Zurich , et « Dieu sait , s'écrie l'auteur, avec
combien de légèreté et de précipitation ! » Zim-
mermann , qui en eut connaissance , la livra de
lui-même à l'impression. L'ouvrage principal ne
parut qu'en 1772, quelques années plus tard.
On n'avait jusqu'à Lavater rien écrit de plus
approfondi sur la physionomie. Sans doute le rap-
port des penchants impérieux et des habitudes
avec les traits du visage avait frappé dans tous les
temps le« observateurs sagaces. Chez les anciens,
Aristote a traité ce sujet d'une manière spéciale,
et s'est appliqué à en déduire les règles ; il y
procède en partant, comme d'un principe fécond,
de la liaison intime et réciproque du moral et du
physique de l'homme ; puis , passant en revue,
les caractères tirés de la couleur de la peau, les
mouvements ou la configuration des parties ,
l'aspect des chairs, les qualités des cheveux,
il en formule différentes applications, sans soitir
pourtant des considérations générales. Depuis
Aristote, cette étude fut reprise avec plus ou
moins de détails par Montaigne, Bacon, qui la
place au rang des sciences parce qu'elle s'appuie
sur l'observation. Porta, Cureau de la Chambre,
le peintre Lebrun, Claramontius, Pœrsens, Per-
netti, etc. Mais ces observateurs n'eurent par-
ticulièrement en vue que la physionomie en mou-
vement , c'est-à-dire l'expression et le caractère
des passions. Si Lavater n'a donc pas ouvert la
carrière où il s'est engagé, il l'a seul parcourue
et éclairée dans tous les sens. Il a fondé' la phy-
siognomonie sur ses propres découvertes et l'a
dégagée des liens où jusque alors la retenaient la
métoscopie, la chiromancie et toutes les prati-
ques superstitieuses du moyen âge (I). « Ce qui!
distingue Lavater de tous ses prédécesseurs, a
écrit un de ses critiques , c'est d'avoir séparé
les symptômes des passions , des signes et de
l'empreinte des penchants et des habitudes; c'est
d'avoir substitué à des maximes trop générales'
des observations particulières, et d'avoir perfec-
tionné et étendu ces observations pard'heureuses
applications aux beaux-arts ; c'est surtout de faire
porter ses recherches sur la différence et la com-
binaison des contours et des lignes, des portraits
et des silhouettes, et d'assigner à chaque partie,
à chaque division de la physionomie, des valeurs'
que l'expérience peut seule faire reconnaître.
Cette manière de procéder, qui lui est propre, l'a
conduit à traiter toujours la physiognomonie
comme une science dont la fin est d'individua-
liser autant qu'il est possible (2). «
(1) 'D'abord il se trompa souvent, comme il l'a avoué
avec beaucoup de franchise; et même, lorsqu'il eut acquis
plus d'expérience, il tomba quelquefois dans des erreurs
très-graves, quand le témoignage de ses sens était trop
vivement influencé par son imagination. On cite, le trait
suivant comme un exemple de ses mécomptes physiogno-
moniques. Cn homme aussi stupidc que féroce fut con-
damné , pour cause d'assassinat, à être rompu vif à Ha-
novre. Zimmermann envoya le profil de ce criminel à
Lavater avec une lettre dont la tournure était très-propre
à exciter la curiosité. Depuis quelque temps Lavater at-
tendait un portrait du célèbre Ilerder. Quelques mots à
double sens lui donnent à penser qu'il a enfin reçu ce
qu'il désirait si vivement, et, ne voyant plus alors qu'a-
vec le regard d'un esprit préoccupé, il découvre les indi-
catioQs des qualités les plus sublimes, des penchants les
plus nobles dans le profil, qu'il commente avec une sorte
'd'exaltation.
(2) Consultant son portrait et différentes silhouettes,
Lavater a [ait, avec l'impartialité la plus philosophique,
un commentaire très-étendu sur sa propre physionomie.
En voici quelques extraits: « Mobile et irritable à l'excès,
doué de l'organisation la plus délicate, il compose un
ensemble singulier, et qui contraste dans un grand
nombre de ses parties. 11 doit passer tantôt pour un esprit
faible, tantôt pour un esprit opiniâtre. Pour la cause la
1001
LAVATER
1005
La publication d'une doctrine qui prétendait
arracher tous les masques et ouvrir l'âme hu-
maine comme un livre en portant la lumière
dans ce que Bacon nomme si énergiquement la
caverne causa une sensation profonde. Promp-
tement répandue, grâce à la traduction française,
elle trouva des admirateurs fanatiques et des an-
tagonistes acharnés. Nicolaï , Mnscus , Lichten-
berg se distinguèrent parmi ces derniers. Lich-
tenberg se montra le plus intraitable et le plus
amer. D'abord il fit à Lavater des objections
très -sérieuses , présentées dans un mélange de
plaisanterie et de bon sens, et qui sont plutôt un
aperçu des principales difficu tés de l'étude de
la physionomie. Il s'élevait suiiout contre toute
prétention de pénétrer dans le sanctuaire du
cœur humain, qu'il déclarait inviolable et sacré.
Plus tard, irrité par une réplique de Zimmer-
mann, il se laissa aller jusqu'à publier une sorte
de parodie grossière , la Physiognomonie des
yueiies, qui tomba bientôt dans l'oubli. Devenu
lélèbre, Lavater vit affluer à Zurich une foule de
personnages (1) qui accouraient lui demander
le secret de leur caractère ou même de leur
destinée; car s'il donnait de son tact délié et de
son coup d'œil plein de sagacité des preuves
nombreuses, qui parfois revêtaient quelque chose
de miraculeux, il s'aventurait aussi à prophé-
tiser l'avenir, et ne s'égarait pas toujours dans ses
prédictions (2).
plus légère , il se livre à des emportements, et presque
aussitôt, après une simple réflexion , il se calme et s'a-
doucit. Cette flexibilité en fait un liomme presque toujours
content. Il se plaît dans des spéculations métaphysiques
très-élevées, et son intelligence ne va pas Jusqu'à com-
prendre la plus simple mécanique. Son imagination est,-
dit-on, extravagante, déréglée, prodigieusement excen-
trigiie ; mais elle est retenue par deux gardiens sévères,
le bon sens et un cœur honnête. Ses impressions sont
ineffaçables. Il sait beaucoup de choses , et il est le
moins savant de tous les savants de profession. Rien
dans ses connaissances n'est acquis; tout lui est en
quelque sorte donné. 11 aime , et n'a Jamais été amou-
reux. »
(i)Plusieursprinces etprincessesvinrentle visiter, entre
autres la mère du tzar Alexandre 1«», avec laquelle il en-
tretint une active correspondance. Joseph I^' le manda au-
près de lui lors de son passage à Waldshut, et l'interrogea
sur son étude favorite. « Comment l'avez-vons traitée?
lui demanda-t-il. — Je me suis plus occupé de la physio-
nomie en repos que de la physionomie en mouvement; je
n'ai pas seulement observé les formes, j'ai remarqué en
outre tous les degrés de courbure, d'inclinaison; J'ai
assigné des valeurs à chaque partie prise séparément. —
Je TOUS accorde beaucoup de choses, reprit l'empereur:
les passions fortes, les affections vives doivent avoir des
traces ;uais 1 honnêteté, comment la reconnattrez-vous?
— J'avoue que le» chiffres de l'honnêteté sont peut-être
plus difficiles à reconnaître que les traces les plus légères
de l'iDteUlgence; cependant, l'honnêteté tient elle-même
à la force, à la sagesse et à la bonté, qui se voient, qui
donnent un accord que l'expérience et l'habitude font
apercevoir. »
(2J Va simple coup d'œil lui suffit pour deviner Nec-
ker, Mirabeau et Mercier. Voici, dans la multitude d'ex-
périences qui plaçait sous ses yeux tant de sujets d'ob-
servation, un trait peu connu de la pénétration de La-
vater. Un jeune abbé, nommé Frickt, vint de Strasbourg
à Zurich visiter une famille que les liens d'une étroite
amitié unissaient à ses parents. La beauté de ce jeune
homme, l'expression gracieuse et touchante de sa,phy-
1 Les dernières années de la vie de Lavater se
lient avec la révolution helvétique ; elles furent
fécondes en traits remarquables où se dévelop-
pèrent la beauté et l'énergie de son caractère.
En 1796 il défendit les insurgés des bords du lac
de Zurich contre les mesures violentes aux-
quelles le gouvernement n'était que trop disposé,
et empêcha que les chefs fussent condamnés à
mort. Eu 1798 et en 1799, il s'éleva avec force
contre les mesures oppressives du Directoire
français, contre l'abus de la démocratie et les
persécutions auxquelles les anciens patriciens
étaient en butte. Il s'adressa à Rewbeil, et pro-
testa , dans une lettre, contre l'impolitique op-
pression de la Suisse. Aussi fut-il déporté à Bâle
pendant plusieurs mois. A peine avait-il obtenu
l'autorisation de rentrer à Zurich, qu'il tomba
victime de son dévouement lors de la prise de
cette ville par Masséna(26 septembre 1799). Au
moment où il portait secours à des malheureux
blessés, il fut frappé an côté d'un coup de fusil,
tiré, non par un soldat français, mais par un de
ses compatriotes, qui assouvit à la fois une ven-
geance personnelle et la fureur de l'esprit de
parti. Il languit ainsi, au milieu des souffrances
les plus aiguës, jusqu'au 2 janvier 1801, et pen-
dant cette agonie douloureuse et lente il ne
cessa de travailler, d'écrire et de recommander
aux hommes la pratique de cette charité pour
laquelle il s'était «acrifié.
Depuis 1765, Lavater a publié un nombre
considérable d'ouvrages de toutes sortes, et il
faudrait, dit Meister, composer un volume en-
tier pour esquisser seulement l'analyse de tous
les écrits de théologie polémique, ascétique et
morale qui suivirent ses premiers travaux , sans
compter une foule de sermons détachés ou for-
mant des suites plus ou moins volumineuses.
Il attachait du reste fort peu de prix à sa répu-
tation comme écrivain , ne considérant les pro-
ductions de sa plume que comme des moyenade
porter l'attention de ses contemporains sur des
matières qu'il leur croyait profitables ou même
salutaires. Voici, dans l'ordre chronologique, la
liste de ses principaux ouvrages : Zween Briefe
an Barth , betreffend seinen verbesserten
Christen in der Einsamkeit ( Deux lettres re-
latives à l'ouvrage intitulé Le Christ dans la so-
litude); Breslau, 1763, in-S" ; — Auserlesene
Psalmen Davids (Psaumes choisis de David,
mis en vers ) ; Zurich, 1765, 1768, 2 vol. in-8°;
— Schweizerlïeder ( Chants helvétiques );
Berne, 1767, in-8°; 4^ édit., corrigée et aug-
sionomie frappa tout le monde. Cependant Lavater, qui
souvent découvrait entre deux beaux yeux, comme a
dit Montaigne, des menaces d'une nature maligne et
dangereuse , déclara qu'il apercevait en lui les signes
d'une passion secrète , dont le dénoùment serait tra-
gique. A peu de temps de là, l'abbé Frickt assassina un
voiturier pour lui voler quelques louis, et avoua , dans
son interrogatoire, que ce n'était pas la première fois
qu'il s'abandonnait au penchant impérieux qui le pous-
sait à verser le sang humain.
1003
LAVATER
1004
mentée; Zurich, 1775, in-8°; — Aussichten in
die Eungkeit (Vues sur l'Éternité); Zurich,,
1768-1773, 3 vol. in-S"; 4^ édit., ibid., 1782 : un
Extrait en a été donné par l'auteur en 1781,
m-8°; — la traduction allemande de deux ou-
vrages de Charles Bonnet : les Recherches phi-
losophiques sur les Preuves du Christianisme,
Zurich, 1769, in-8°, et la Palingénésie philo-
sophique, ibid., 1770, in-S" (1); — Nachden-
hen ueber mich selbst (Réflexions sur moi-
même); 2^ édit., 1771,in-8o; — ChristUches
Handbûchlein fur Kinder (Manuel chrétien
à l'usage de l'Enfance); Zurich, 1771, in-12;
Francfort, 1789, in-8°; — Geheimes Tagebuch
von eïnem Beobachter seiner selbst ( Journal
secret d'un observateur de lui-môme ) ; Leipzig,
1771, in-8°; la seconde partie, intitulée : Un-
verœnderte Fragmente , fut imprimée dans la
même ville, en 1773; — Christliche Lieder
(Chants chrétiens ); Zurich, 1771-1776, 2 vol,
in-S»; 1776, 3 vol. in-8°; ce recueil , qui s'aug-
menta progressivement , n'a pas été jugé de beau-
coup inférieur à celui des Lieder helvétiques ;
— Biblische Erzaehlungen ( Histoires tirées
de la Bible) ; Breslan , 1772, in-8° ; — Von der
Physiognomonik ( De la Physiognomonique ) ;
Leipzig, 1 772, 2 vol. in-8" : c'est la première édition
du grand travail de Lavater, qui en donna une
autre beaucoup plus étendue sous ce titre mo-
deste : Physiognomische Fragmente, zur
Befœrderung der Menschenkenntniss und
Menschenliebe { Fragments physiognomoniques,
pour propager la connaissance des hommes et
les exciter à la philanthropie ) ; Leipzig et
Winterthur, t77o-1778, 4 vol. pet. in-fol. La-
vater ne se borna pas à publier son ouvrage en
allemand , il en fit faire sous ses yeux une édi-
tion en français, d'après un nouveau manus-
crit, avec des dessins plus soignés et plus
nombreux. Cette édition a pour titre : Esse^
sur la Physiognomie , destinés à faire c^H-
naître l'homme et à le faire aimer (trad. de
l'allemand par M™* de La Fite, Gaillard et
H. Renfer), La Haye, 1781-1787, 3 vol. in-4»,
et fut augmentée en 1803 d'un quatrième volume
contenant des Observations sur quelques traits
caractéristiques. Les mêmes Essais, présentés
dans un ordre différent et augmentés de recher-
ches nouvelles , ont reparu en France sous de
nouveaux titres : VArt de connaître les hommes
par la physionomie ; Paris, 1806-1809, 1820,
1835, 10 vol. in^", excellente édition, très-
complète , accompagnée de nombreuses études
sur les caractères des passions, des tempéra-
ments et des maladies par le docteur Moreau
(de la Sarthe ), et de plus de 600 gravures re-
(1) Dans l'épître dédicatoire du premier de ces ou-
Tiages, adressée au célèbre Mendeissohn , il essaya de
convertir le philosophe juif au christianisme; celui-ci,
surpris de ce zèle indiscret , lui fit une réponse pleine
de sens et de force. Lavater répliqua (1770), mais d'une
manière faible, et l'opinion publique Jugea que, dans
cette discussion Intempestive, il avait été trop loin.
touchées ou dessinées par le peintre Vincent;
la Physiognomonie ou l'art de connaître les
hommes d'après les traits de leur physiono-
mie , leurs rapports avec les divers animaux,
leurs penchants , etc.; Paris , 1845, gr. in-8%
pi., trad. par M. Bacharach. Il existe deux ver-
sions anglaises des Essais ainsi qu'un abrégé
assez étendu de cet ouvrage par Michel Arm-
brusler; Zurich, 1783-1784, 2 voL in-8°; —
Predigten ueber das Buch Jonas ( Sermons
sur le livre de Jonas ) ; Winterthur, 1773, in-8";
2^ édit., ibid., 1782, 2 vol.; — Vermischte
Schriften (Mélanges) ; Winterthur, 1774, 2 vol.
in-S" ; — Die Geisselung Jesu ( La Flagellation
de Jésus), poème; Francfort et Leipzig, 1775,
in-8° ; — Die wesentliche Lehre des Evange-
liums ( Doctrine fondamentale de l'Évangile ) ,
six sermons ; Offenbach, 1775, in-8°; — Abra-
ham und Isaak (Abraham et Isaac), drame
religieux; Winterthur, 1776, in-8°; — Pre-
digten ueber die Exisienz des Teufels und
seine Wirkungen ( Sermons sur l'existence du
diable et sur son influence, avec l'explication
de l'histoire de la Tentation de Jésus ) ; Franc-
fort, 1778-1781, 2 vol. in-8»; — Jésus Mes-
sias (la Nouvelle Messiade); Zurich, 1783-1786,
4 vol. in-8" : sorte d'épopée historique et didac-
tique publiée avec un grand luxe de gravures;
— Poesien (Poésies); Leipzig, 1781, 2 vol.
in-8°, grav. ; — Pontius Pilatus oder der
Mensch in allen Gestalten ( Ponce Pilate, ou
l'homme dans toutes ses manifestations ), poëme ;
Zurich, 1782-1785, 4 vol. in-8"'; — Reimen zu
den biblischen Geschichten des alten und
neuen Testaments ( Récits poétiques de l'An-
cien et du Nouveau Testament); Zurich, 1782,
in-S"; — Predigten ueber den Selbstmord
(Sermons sur le Suicide); ibid., 1783, in-8°;
— Die Evangelien und Apostelgeschichte (Les
Évangiles et les Actes des Apôtres ), en plusieurs
chants ; Zurich, 1783-1786,4 vol.gr. in-S^gfi. ; —
Chrislicher Dichter ( le Poète chrétien ) ; ibid.,
1783-1784, journal hebdomadaire qui eut 52 nu-
méros ; — Kleine poetische Gedichte ( Petits
Poèmes); Winterthur, 1784, in-8''; — Sasmmt-
liche kleinere prosaische Schriften ( Recueil
de petits écrits en prose composés de 1763 à
1783); ibid., 084-1785, 3 vol. gr. in-8°; _
Nathanael ( Nathaniel, ou la divinité du chris-
tianisme); Zurich, 1786, in-8°; — Gehaltene
Predigten zu Bremen ( Sermons prononcés à
Brème) ; Brème, 1787, in-8° ; — Protokoll ueber
den Spiritus familiaris Gablidone ( D'un es-
prit familier appelé Gablidone) ; Francfort, 1787,
in-8°,fig. ; — Das menschliche Herz ( Le Cœur
humain); Zurich, 1789 et 1798, in-12, poème
en six chants; la première édition ne fut tirée
qu'à un petit nombre; — Betrachtungen ueber
die wichtigsten Stellen der Evangelisten (Ré-
flexions sur les passages les plus importants des
Évangiles); Winterthur, 1789-1790, 2 vol.
gr. in-S"; ~ Handbibliothek Jûr Freund
1005
LAVATER — LA VAUGUYON
1006
(Bibliothèque de poche ); Zurich, 1790-179*2,
24 vol. in- 16; — Reise nach Copenhagen in
Sommer 1793 ( Voyage à Copenhague dans l'été
de 1793 ); — Joseph von Arimathia (Joseph
d'Arimathie) ; Hambourg, 1794, gr. in-8°, poërae
en sept chants; — XXIV Vorlesungen tieber
die Gesc/iichte Josephs ( Vingt-quatre Leçons
sur l'histoire de Joseph); Zurich, 1794, in-S";
— Ein Wort, etc. ( Un mot d'un Suisse indé-
pendant à la grande nation); Leipzig, 1798,
in-S" ; — Freymuethige Briefè ueber das De-
portationsvjesen ( Lettres franches sur la dé-
portation en général et sur la sienne en parti-
culieràBâle) ; Winterthur, 1800, 2 vol. in-8° ; etc.
Après la mort de Lavater, Gessner a publié ses
Ecrits posthumes; Zurich, 1801-1802, 5 vol.
in-S" , et dans ces derniers temps on a publié
une Correspondance ( inédite ) entre le pasteur
suisse et l'impératrice de Russie, mère d'A-
lexandre l"; Saint-Pétersbourg, 1858, 2 vol.
in-8°. M. Orelli a donné un recueil des Œu-
vres choisies de Lavater (Ausgevraehlte Schrif-
ten); Zurich, 1841-1844, 8 vol. in-8°.
Paul LocisY.
J.-L. Ewald, Biiefe ueber den neueii Sectennamen
Lavaterianismus ; Hanovre, 1793, in S». — F. Nuschel-
les, Lavater als Freund der P^ernunft ; Zurich, 1801,
in-8°. — G. Schultbess, Lavater der Dichter ; ibid.,
1301, in 8°. — C.-L. Haller, iDenkmal auf Lavateri;
Weimar, 1801, in-8°. — Nebe, Ueber Lavater und seine
Schriften; 1801, in-S". — Melster, J.-C. Lavater; Zu-
rich, 1802. in 8°. — G. Gessner, Lavaters Lebensbechrei-
bung ; Winterthur, 1802, 9 vol. in-S". — Moreau, Notice
en tète des Essais. — F. W. Jung, Erinnerungen an La-
vater; Francf., 1812, In-S». — F. Herbst, Lavater nach
seinem Leben und ff^irken; 1832, in- 8° — Gœthes Briefe
an Lavater, éditées par Hirzel , 1833. — U. Hegner,
Beitrsege ; Leipz., 1836, in-12. — Dessalle-Régis, dans la
Revue de Paris, k^ série, XVII. — Rotermund, Supplé-
ment à Jôcher,
iiA VAUGUYON {Antoine-Paul-Jacqucs de
QUÉLEN DE StCER DE CACSSAJDE, duC DE ), prinCB
deCarency, général français, né à Tonneins, le
17 janvier 1706, mort à Versailles, le 4 février
1772. Issu par les femmes de la branche des
princes de Bourbon-Carency, il était honoré du
titre de cousin du roi, et épousa en 1735 la fille
aînée du duc de Béthune-Charost, dont le père
avait été gouverneur de Louis XV. Le duc de
La Vauguyon fit, comme colonel du régiment de
Beauvoisis infanterie, les campagnes de 1733 à
1735, et se distingua aux sièges de Kehl et de
Pliilippsbourg , à l'attaque des hgnes d'Esling
et au combat de Clauzen. Chargé en 1742 de
soutenir la retraite en Bohême, il résista pen-
dant huit heures à l'ennemi. La même année il
parvint à s'emparer de Landau, où il se maintint
pendant huit jours, ce qui donna le temps de
jeter des ponts sur l'Iser pour le passage des
troupes françaises. Nommé brigadier en 1743,
il servit sous les yeux du roi aux sièges de Me-
nin, Ypres, Toumay, Oudenarde , Anvers et
Maëstricht. Il eut une grande part à la victoire
de Fontenoy, en 1745 : les boulets étant venus
à manquer au poste dont La Vauguyon avait le
commandement, il ordonna de tirer à poudre, afin
de ne pas laisser voir aux Anglais sa faiblesse.
Cette ruse eut tout son effet ; les Anglais, accablés
dans toutes les directions par l'artillerie fran-
çaise, ne s'aperçurent pas qu'une batterie tirait
à blanc, et lâchèrent pied. En récompense le roi
éleva La Vauguyon au grade de maréchal de
camp. A Rocoux, La Vauguyon commandait
une des divisions qui enlevèrent ce village. Il se
distingua également à Laufeld. Lieutenant général
des armées du roi depuis le 1^"^ janvier 1748, il
fut chargé du commandement du duché deGra-
benhagen après la campagne de 1757, et y
maintinl la discipline dans .son armée. Le 14 fé-
vrier 1745, il avait été nommé l'un des menins
du dauphin , fils du roi. 11 devint l'ami de ce
prince, et au mois de mai 1758 il obtint l'emploi
de gouverneur du fils aîné du dauphin, le duc
de Bourgogne, et dans la même année il fut créé
duc et pair. Il était déjà chevalier des ordres
depuis 1753. Le duc de Bourgogne, qui donnait
de grandes espérances, mourut en 1761. Le suc-
cès de cette éducation engagea le roi à confier
au duc de La Vauguyon celle des autres fils du
dauphin. II avait pour auxiliaires Coetlosquet,
évêque de Limoges, le marquis de Sinetti et l'abbé
de Radonvilliers. Le dauphin mourut le 20 dé-
cembre 1765, dans les bras du duc de La Vau-
guyon, en lui recommandant l'éducation de ses
trois fils, qui devaient être Louis XVI,
Louis XVm et Charles X. Le duc de La Vau-
guyon , avait composé des ouvrages considéra-
bles pour la direction de ses élèves , et
Louis XVI avait consigné dans un manuscrit de
sa main des Eéftexions sur ses entretiens
avec le duc de La Vauguyon , raanuscrit qui
contient un cours complet d'éducation pour un
prince. L. L — t.
Proyart, Louis XVI aux prises avec la perversité de
son siècle et Vie du Dauphin, — Lefranc de Pornpignan,
Éloge du duc de Bourgogne. — Du Rozoir, ^ie privée
■"S Bourbons. — De Courcelles, Vict. de la Noblesse, et
i. ^t. àist. des Généraux français.
LA VAUGUYON { Paul-François DE Quelen
DE Stuer de Cacssade, duc de), homme poli-
tique français , fils unique du précédent, né le
30 juillet 1746, mort à Paris, le 14 mars 1828.
Du vivant de son père, il porta les titres de
marquis et de duc de Saint-Mégrin. Entré au
service en 1758, il fit les dernières campagnes de
la guerre de Sept Ans. Pourvu ensuite du gou-
vernement de Cognac , il publia en 1 765 un
éloge du père de Louis XVI. Il était menin de
ce dernier prince. Le 4 février 1772, La Vau-
guyon succéda à son père dans la dignité de
pair de France. En 1776, sur la recomman-
dation du comte de Vergennes, La Vauguyon
fut nommé ministre du roi près des États gé-
néraux des Provinces-Unies de Hollande. Il y
travailla avec succès à détruire la prépondérance
de l'Angleterre dans ce pays. Le l^'" janvier
1784 La Vauguyon fut nommé ambassadeur à
Madrid. Créé brigadier d'infanterie le 5 décembre
1781, il fut promu maréchal de camp le 9 mars
1007
LA VAUGUYON
1008
1788. En 1,789 Louis XVI le rappela d'Espagne,
et lui confia le ministère des affaires étran-
gères, le U juillet. 11 ne put parvenir à faire
écouter du roi ses conseils énergiques, et se
trouva en butte aux attaques des révolution-
naires ; après la prise de la Bastille, il donna sa
démission le 16 juillet. Craignant de payer de
sa tête le court et funeste honneur de son mi-
nistère, il se déguisa en négociant, prit un
passeport sous un faux nom , et s'enfuit au Havre
avec son fils, dans l'espoir de passer en Angle-
terre. Tous deux furent arrêtés au Havre, et
l'affaire déférée à l'Assemblée nationale le
1*"^ août. Il y eut une vive discussion, après la-
quelle la municipalité du Havre reçut oidre de
mettre La Yauguyon en liberté. Le roi le rap-
pela à Paris et le renvoya à Madrid comme mi-
nistre plénipotentiaire. Le 16 mai 1790, Charles
de Lameth se plaignit que des négociations aussi
importantes fussent dans les mains du duc de La
Vauguyon, et le 1'^'' juin celui-ci fut rappelé et
remplacé par Bourgoing. Il resta néanmoins à
■ Madrid. Vers la fin de 1795, Louis XVIII l'ap-
pela à Véi'one pour être un des quatre minis-
tres qui composaient son conseil d'État. On lui
attribue le plan de conlre-révolution qui consis-
tait à recourir aux moyens conciliants et en
vertu duquel les royalistes acceptèrent des em-
plois publics. Ce moyen parut trop lent, et le
duc de La Vauguyon dut donner sa démission.
Il séjourna quelque temps à Hambourg, re-
tourna en Espagne, et n'en sortit qu'en 1805
pour rentrer en France, où il vécut dans la re-
traite jusqu'à la restauration. Il avait été promu
au grade de lieutenant général pendant l'émi-
gration. Appelé à la chambre des pairs en 18J4,
il y professait les principes conciliants de la mo-
dération. Exempt d'ambition, il vivait dans la
plus grande simplicité, se fit recevoir membre
de la société d'instruction élémentaire , dont il
fut plusieurs fois élu président, et mit beaucoup
de zèle à propager l'enseignement mutuel. Une
méprise de pharmacien rendit mortelle une ma-
ladie d'entrailles dont il était atteint. Il avait eu
deux fils et deux filles de sa femme, Marie-An-
toinette Rosalie de Pons de Roquefort, morte en
1824, qui avait été dame d'atours, puis dame
d'honneur de la comtesse de Provence. Une de
ses filles épousa le prince de Bauffremont, l'aulre
le prince de Savoie-Carignan, lieutenant général
au service de France.
On a du duc de La Vauguyon : Portrait de
fèu monseigneur le Dauphin, par M. L. D.
D. (avec Cerutti); Paris, 1765, 1816, in-s»;
— Les Doutes éclairais, ou réponses aux ob-
jections de l'abbé de Mably sur l'ordre na-
turel des sociétés politiques; Paris, 1768,
in-12. « Cet ouvrage, en forme de lettre, qui
parut d'abord dans les Éphémérides du Ci-
toyen pour 1768, est très-rare, dit Barbier, l'é-
dition ayant été imprimée à un petit nombre
d'exemplaires; » — Tableau de la Constitution
française; Paris, 1816, in-S"; — De la sim-
plification des principes constitutifs et ad-
ministratifs, ou commentaire nouveau sur la
Charte constitutionnelle ; Paris, 1820, in-8° ; —
Du Système général des Finances; Paris, in-8° :
les trois derniers ouvrages ont paru sous les
initiales de M. L. D. D. L. V. L. L— t.
Duc de Choiséul, Éloge de M. le duc de La f^aîi-
guyon, prononcé à la chambre des pairs le 10 avril
1828. — Lard-ier, Hist. biog. de la Glmmbre des Pairs. —
Barbier, Dict. des Anonymes. — Quérard,iafra)ic<;£it-
téraire.
LA VAUGUYON { Paul-MaximiUen- Casi-
mir DE QUELEN DE StUER DE CAUSSADE DE),
prince de Carency, homme politique français,
fils aine du précédent, né le 28 juin 1768, mort
à Paris en 1824. Ayant suivi son père en
juillet 1789, il fut arrêté au Havre avec lui eti
mis en liberté en même temps. Il accompagna
ensuite son père en Espagne, et s'y mêla à toutes
sortes d'intrigues royalistes. Il le suivit encore en
Italie, puis en Allemagne àlasuitede LouisXVIII.
Le prince de Carency, abusant des communica-
tions qui lui avaient été faites, quitta furtive-
ment son père, et vint en France, où il livra aux
agents du gouvernement républicain des secrets
qui compromirent un grand nombre de roya-
listes. Le Directoire employa, dit-on, alors le
prince de Carency, qui fut pourtant enfermé au
Temple, dans le but, à ce qu'on assure, d'arra-
cher encore quelque secret à ses anciens amis.
Admis ensuite au Luxembourg, il vécut dans
une certaine intimité avec Barras. Envoyé à
Madrid avec une mission secrète, La Vauguyon
s'y brouilla bien vite avec l'ambassadeur Tru-
guet. De retour à Paris, il vécut dans la misère
et l'abjection tout le temps du régime impérial.
Il avait dissipé dans des orgies sa fortune et le
produit de ses bassesses. Beau-frère du duc de
Richelieu par son mariage avec M"* de Roche-
chouai't-Faudoas, il cherchait à se faire employer
lorsque le duc fut devenu ministre sous la Res-
tauration; mais il n'y réussit point. Son père
refusa même de le voir, et consentit avec peine à
lui faire une petite pension sous la condition
qu'il s'en irait en Hollande. Pour se créer des
ressources, le prince de Carency se mit à faire
la contrebande ; ayant été arrêté, il devint fou ;
ramené à Paris, dans une maison d'aliénés, il y
mourut, sans laisser de postérité. M. Quérard
pense que c'est sur les notes de La Vauguyon
fils aîné qu'a été publié £a Vérité sur l'Angle-
terre, par un Français, publié et dédié à la
nation anglaise par J. A. Vievard; Londres,
1816, 2 voL in-8". L. L— t.
Biogr. des Hommes Vivants. - Quérard, La France Lit-
téraire.
LA VAUGUYON (PaUl DE QUELEN DE StUER DE
Caussade, comte de) , homme politique français,
second fils du duc Paul-François de La Vau-
guyon, né le 24 février 1777, mort à Paris, en
janvier 1837. Il suivit son père en Espagne en
1009
LA. VAUGUYON — LAVERGNE
1010
17S6, et lorsqu'H eut terminé son éducation, il
entra au service de cette puissance. Il prit part
à la guerre contre la république française, en
1794 et 1795, dans un corps d'émigrés sous les
ordres du marquis de Saint-Simon, dont il était
aide de camp. Élevé au grade de capitaine dans
l'armée espagnole, il quitta ce pays en 1805, pour
revenir en France avec son père. Il entra dans
l'armée impériale comme volontaire, et combattit
à Austerlitz. Aide de camp de Murât, il fit les
campagnes de 1806, 1807 et 1808, et devint chef
d'escadron. Il suivit son général à Naples , et
remplit des postes importants à la cour et dans
l'armée de ce maréchal français devenu roi.
Murât le fit général de brigade et colonel général
de l'infanterie de sa garde. Au mois de janvier
1814, La Vauguyon occupa la ville de Rome à la
tête de l'armée napolitaine. A la seconde restau-
ration, il revint en France , et son grade lui fut
conservé dans l'armée française; U fut même
créé lieutenant général, le24 juillet 1 816 Habitué
à une vie fastueuse et n'ayant plus d'emploi, il se
couvrit de dettes, si bien qu'à la mort de son père
il éprouva desdifficultés pour se faire recevoir à la
chambre des pairs. Il se dévoua à la politique du
ministère Polignac; mais la révolution de Juillet
vint lui enlever ses dernières espérances, et il
mourut obscurément, de chagrin. En lui s'étei-
gnit sa famille. L. L — t.
Biogr. univ. et portât, des Contemp.
LATAUR ( Guillaume de), littérateur fran-
çais, né le U juin 1653, à Saint-Céré (Quercy),
mort vers 1730. On a de lui : Histoire se-
crète de Néron, ou le Festin de Trimalcion,
traduit de Pétrone avec des remarques histo-
riques; Paris, 1726, in-12 ; — Conférence de la
Fable avec l'Histoire Sainte, où Von voit que
les grandes fables, le culte et les mystères
du paganisme ne sont que des corps altérés
des histoires, des usages et des traditions des
Hébreux; Paris, 1730, 2 vol. in-12; il y a de
l'érudition dans cet ouvrage, mais plusieurs
écrivains avaient dit presque la même chose que
Lavaur, entre autres le savant Huet, dans sa
Démonstration évangélique. P. L— y.
Mercure de France, novembre, nsi.
LAVEAUX {Jean-Charles-Thibault ), hu-
maniste français, né à Troyes, le 17 novembre
1749, mort à Paris, en février 1827. Il fut suc-
cessivement professeur de langue française à
Bâle, à Stuttgard et à Berlin. A l'époque de la
révolution, il revint en France, et se fixa d'abord
à Strasbourg, où le libraire Treuttel lui confia la
direction du Courrier de Strasbourg ( 1791,
1792). Il s'étabbt ensuite à Paris, et pendant la
terreur il rédigea le Journal de la Montagne,
entra dans les bureaux de la préfecture de la
Seine, et devint inspecteur général des prisons
et des hospices du département. Ce fut alors
qu'il réunit les matériaux de son Dictionnaire
de la Langue Française, qu'il. publia après vingt
années de travail. Voici ses principaux ouvra-
ges : Le Maître de Langues, ou remarques sur
quelques ouvrages français écrits en Alle-
magne; Berlin, 1783, ou Leipzig, 1786, petit
'm-8° ; — Tableaux philosophiques, histori-
ques et moraux, !'« partie; Berlin, 1783, in-12;
— Les vrais Principes de la Langue Française,
oder neue franz. Grammatik; Berlin, 1785,
in-8° ; — Leçons méthodiques de Langue Fran-
çaise pour les Allemands; Stuttgard, 1787,
1789, in-S"; Tubingue, 1790, in-8°; — Vie de
Frédéric II, roi de Prusse; Strasbourg, 1788,
7 vol. in-12 ou 7 vol. in-8°; — Histoire de
Pierre III, empereur de Russie, trouvée
dans les papiers de Montmorin, etc.; — iVoM-
veau Dictionnaire Français - Allemand et
Allemand-Français ; 1803, 2 vol. in-4'';— Dic-
tionnaire synonymique de la Langue Fran-
çaise; Paris, 1826, 2 tomes, ou un vol. in-S».
Laveaux a traduit du latin : VÉloge de la Folie,
d'Érasme, 1782, in-S" ; de l'allemand : Muserion,
ou le Philosophe des Grâces, de Wieland, 1782,
et l'édition de 1802 du Dictionnaire de l'Aca-
démie Française, augmenté de plus de vingt
mille mots; Paris, 1842, in-16. G. de F.
Revue Encyclopédique, année 18ï7, t. XXXVII. — Le-
tillois. Les Champenois célèbres.
LAVER ( Georges ), imprimeur du quinzième
siècle; il était né en Allemagne, et, comme bien
d'autres de ses compatriotes à cette époque, il
quitta sa patrie pour aller au loin exercer l'art
qui venait de naître sur les bords du Rhin. Laver
se rendit à Rome, et il établit ses presses dans le
monastère de Saint-Eusèbe, sous les auspices du
cardinal Caraffa; on cite entre autres volumes
dignes d'éloge sortis de son atelier les Homé-
lies de saint Jean-Chrysostôme sur saint Jean,
1470. Plusieurs des éditions de Laver sont re-
cherchées des bibliophiles; ce typographe n'a
cependant pas acquis un renom égal à celui d'Ul-
rich Han, de Vindelin de Spire et des autres
Allemands qui travaillaient alors en Italie ; le der-
nier ouvrage qui porte son nom est le Reperto-
rium Juris de Bertacchinus, 480, in-fol.
G. B— T.
La Serna Santander, Dictionnaire Typographique du
quinzième siècle, t. I, p. 147.
LAVERDT. Voy. AVERDY.
LAVERttNE-FONTBONNE ( Jacqucs-Barthé-
lemy, DieudonnéoE), poète français, né à Saint-
Flour, le 25 mai 1769, mort le 29 juillet 1831. Il
embrassa la profession des armes, obtint le grade
d'officier, et servit dans les chevau-légers du roi.
Quand Louis XVI fut renfermé au Temple, il fut
du petit nombre des serviteurs fidèles qui offri-
rent de se constituer prisonniers à la place du
roi. Peu de temps après, il se rendit en Suisse,
et parvint à occuper un emploi à Trieste, dans
une célèbre maison de commerce, fondée par
un compatriote exilé comme lui , le comte
de Pontgibaud. Lorsque la France se rouvrit
aux émigrés, de Lavergne y rentra, après avoir
visité l'Italie, où il s'était lié avec Scarpa et
Volta, On a de lui un Pèlerinage aux petits
ion LA VERONE — LA VERNE
cantons et Adieux à. la Suisse , poëme ; 1830,
in-8°. Il a inséré des poésies dans VAlmanach
rfes Mw5es des années 1811, 1812, 18l3, 1815,
1819, et en a laissé plusieurs qui sont restées
inédites. G. de F.
1012
P.ainguet, Biographie d'Auvergne.
* LAVERGNE ( Alexandre-Marie-Anne de
LwAissiÈRE DE ), roniancier français , né le
17 mars 1808, à Paris. Originaire d'une ancienne
famille d'Auvergne , il fut rۍu avocat, et entra
au ministère de la guerre; depuis 1846 il y
remplit les fonctions de chef de bureau des af-
faires de l'Algérie. On a de lui : Le Comte de
Mansfeld; Paris, 1S40, in-S" : roman dont il
fit un drame en quatre actes, représenté l'année
suivante, et sous le même titre , au Théâtre-
Français; — La Pension bourgeoise; ibid.,
1841,1843; — La Duchesse deMazarin ;ibid.,
1842, 1846, 2 vol. in-8°; — La Recherche de
V Inconnue; ibid., 1843, 2 vol. in-8° ; trad. en
1844 en allemand ; — Châteaux et Ruines his-
toriques de la France; ibid., 1845, gr. in-8°,
illustré ; — Il faut que jeunesse se passe ; ibid.,
1851, 3 vol. in-8" ; — iW"e Aïssé, drame en cinq
actes; 1856 : avec M. Paul Foucher. K.
Littérature française contemp.
* LAVERGNE ( Louis-Gabriel- Léonce Gdil-
HAUD DE), littérateur et économiste français, né
le 24 janvier 1809 , à Bergerac. Il fit son éduca-
tion à Toulouse. Devenu un des principaux ré-
dacteurs de la Revue du Midi, membre de l'A-
cadémie des Sciences, Inscriptions et Belles-Let-
tres de Toulouse, maître etmainteneur des Jeux
Floraux, il se fit remarquer par des travaux ira-
portants. Dévoué à la politique conservatrice,
il vint à Paris vers 1840, fit paraître des articles
dans la Revue des Deux Mondes, et fut nommé
rédacteur à la direction politique des affaires
étrangères , puis maître des requêtes , chef de
la sous-direction des affaires d'Amérique et des
Indes en 1844, et enfin sous-directeur du minis-
tère des affaires étrangères la même année. En
1846 il fut élu député à Lombez (Gers), et vi-
sita l'Algérie. La révolution de 1848 le fit ren-
trer dans la vie privée. Resté fidèle aux prin-
cipes qu'il avait adoptés, il a été élu membre de
l'Académie des Sciences morales et politiques ,
section d'économie politique, le 30 juin 1855, à la
place de Léon Faucher. En 1850, il siégea au
conseil central d'agriculture pour le département
de la Creuse; et à la création de l'Institut agro-
nomique de Versailles, il en avait été nommé
professeur. On a de lui : Essai sur l'Économie
rurale de l'Angleterre, de l'Ecosse et de l'Ir-
lande; Paris, 1854, inr8°; 185-5, 1857, in-18;
— Mémoire sur l'économie rurale de la
France; Paris, 1857, in-8°; — L'Agriculture
et la Population en 1855 et 1856; Paris, 1858,
in-18. On trouve de lui dans les Mémoires de l'A-
cadémie de Toulouse : Vanini (1835, tome IV);
— De l'Opinion des philosophes romains sur
la vie future ( 1838, tome V); — Aperçxi de
l'histoire de l'esclavage dans l'antiquité
(ibid.). Il a fait paraître dans la Revue du Midi,
sous le pseudonyme de Henri Saint- M., trois
nouvelles intitulées : Paquita; Une leçon; et
La Caverne des Protestants, ainsi qu'une bal-
lade ayant pour titre La Fille de l'Orfèvre. Il
a donné un grand nombre d'articles importants
à la Revue des Deux Mondes, parmi lesquels
on cite : Les Chefs de Parti pendant la guerre
civile en Espagne : Le comte d'Espagne, Ca-
brera, Espartero, Gomez ( 15 juin , 15 juillet,
15 août et 15 novembre 1840); — Sur les af-
faires d'Espagne (1'"" et 15 septembre 1840,
15 janvier et 1^" avril 1842, l*"" février et 15 oc-
tobre 1843); — Études sur le cardinal Xi-
menez (15 mai 1841 ) ; — La Diète de Suisse et
la question d'Argovie (15 juillet 1841); —
Compte rendu du Congrès scientifique de Flo-
rence ( 1*"^ octobre 1841 ) ; — Sur le poëme de
Françonneto de Jasmin ( 15 janvier 1842 ) ; —
Voyage à N aptes (15 février 1842 ) ; — Budgets
comparés de la France et de V Angleterre
(15 mai 1842); — Mounier et Malouet (ibiuin
1842); — Convention commerciale entre la
France et la Belgique ( 15 août 1842 ) ; — Les
historiens espagnols Mendoza, Moncada et
Melo (15 octobre 1842 ) ; — Le Mois de Mai à
Londres ( 15 juin 1843); — Le Budget de la
République {\" avril 1848); — L'Algérie sous
le gouvernement républicain (1" mai 1848);
— Les écrits de M. Proudhon (15 juin 1848 )•;
— Élise, nouvelle (!<''■ août 1848); — Maza-
wieZio(l^'' février 1849) •, — Pitt et les Finances
anglaises (l^"" ]n\\\&i 1849); —Session du Con-
seil général d'Agriculture (15 mai 1850); —
Compte rendu du Discours sur l'histoire de la
révolution d'Angleterre de M. Guizot : Guil-
laume met Louis-Philippe (1>5 juillet 1850);
— Biographie de Léon Faucher ( 1^"^ janvier
1855); — Swr la population de la France
(i" mai 1857 ). M. Léonce de Lavergne a en
outre ti'availlé au Journal des Économistes.
L. L— T.
Vapereau, Dict univ. des Contemp. — Bourqaelot et
Maury, La Littérature Franc, contemp.
LA TERME ( Léger-Marie-Philippe , Tran-
chant, comte DE ), tacticien français, né en 1769,
au château de Borrey, près Vesoul , mort le
26 avril 1815, à Paris. Appartenant à une famille
ancienne qui avait longtemps porté les armes ,
il fut envoyé à Gœttingue pour y étudier le droit
public ; à quatorze ans on avait obtenu pour lui
une sous-lieutenance de dragons. En 1792 il re-
nonça à son grade de capitaine , se rendit à Co-
blentz, et fit une campagne avec l'armée des
princes; puis il rejoignit sa famille à Fribourg,
s'y maria, et passa en 1795 à Saint-Pétersbourg,
où le prince Alexandre Kourakin, vice-chance-
lier de l'empire, lui accorda une place dans ses
bureaux. Il venait d'arriver en France lorsque la
mesure prise contre les émigrés, à la suite du
/j J LA VERNE —
coup d'État du 18 fructidor, le força de chercher
uû asile eu Suisse, et de là en Allemague. Il ne
lui fut permis de quitter Vienne, où il s'était
< établi, qu'en 1800; employé dès lors dans l'ad-
ministration de la guerre il y fut attaché, en
1808, comme traducteur pour la langue alle-
mande. Ces modestes fonctions, qu'il remplis-
sait avec beaucoup d'indépendance, lui furent
conservées jusqu'à sa mort. Ses connaissances
étaient variées , et il a laissé sur l'art et l'histoire
militaires des ouvrages dans lesquels, dit-on, il
a omis à dessein le nom de Bonaparte. On a de
La Verne : Théorie de la pure Religion morale,
considérée dans ses rapports avec le pur chris-
tianisme, trad. de l'allemand de Kantet insérée
dans Le Conservateur, t. II, sous le pseudo-
nyme de Phil. Huldiger; — Le Calomniateur,
drame ; Paris, 1802 : imité de Kotzebue et joué
sur le Théâtre du Marais ; — Le Dissipateur,
drame; ibid., 1802, imité du même auteur; —
Esprit du Système de guerre moderne ; ibid,,
1803, in-8°, pi., trad. de l'allemand de Bulow;
— Voyage d'un Observateur de la Nature et
de V Homme dans les montagnes du canton
de Fribourg et dans les diverses parties du
pays de Vaud en 1793; ibid., 1804, in-8° : la
description des lieux tient fort peu de place dans
ce voyage; il s'agit moins du pays que de digres-
sions agréables sur la vaccine, le déluge, Voltaire,
la musique, la politique anglaise, l'amour, etc.;
— Lettre à Ch. Villers relativement à son
Essai sur l'esprit et l'influence de la réformation
de Lulher : qui fut couronnée par l'Institut; ibid.,
1804, in-8° ; — L'Art militaire chez les na-
tions les plus célèbres de ^antiquité et des
temps modernes, analysé et comparé, ou
recherches de la vraie théorie de la guerre ;
ibid., 1805, in-8°; c'est en quelque sorte le ré-
sultat des réflexions de l'auteur sur l'ouvrage
de Bulow cité plus haut; la plupart des ques-
tions importantes y sont à peine indiquées; —
Traité de la grande Tactique prussienne,
ses défauts et son insuffisance, etc.; ibid.,
2^ édit., 1808, in-8°, trad. rie l'allemand de
C.-F. de Lindenau;— Annibal fugitif ,Yomdûa.
historique; ibid., 1808, 2 vol. in-12; — His-
toire du feld-maréchal Souwarow, liée à
celle de son temps ; ibid., 1809, m-8°, panégy-
rique excessif du général russe avec des détails
intéressants sur sa vie; — La Grotte de West-
bury, ou Mathilde et Valcour; ibid., 1809,
2 vol. in-12, roman anonyme, donné comme une
traduction de l'anglais; — Vie du prince Po-
temkin; ibid., 1808, in-8° : écrite par M""" de
Cérenville et revue par La Verne ; — Esquisse
d'une nouvelle Encyclopédie; ibid., i813,
1"^^ partie (n'a pas été continuée); — Histoire
générale de l'Art Militaire en Europe depuis
l'introduction des armes à feu; l'impression
de cet ouvrage , annoncé en trois volumes, fut
arrêtée par la mort de l'auteur. Ce dernier avait
aussi préparé une Introduction à l'histoire de ,
LA VICOMTERIE ioi4
G us lave- Adolphe et une Vie du maréchal Ro-
manzow. P. L— y.
ArnauU, Jony et île Nurvins, Biogr. nouv. desContemp.
— Barbier, Dict. des Anonymes, — Quérurd, La France
Littér., IX.
LA VICOMTËIIIB OESAINT-SAMSON (ZOMtS
DE), homme politique français, né en 1732,
mort à Paris, le 25 janvier 1809. li fit de bonnes
études, et embrassa la carrière littéraire. En
1779 il concourut à l'Académie Française pour un
éloge de Voltaire en vers : il n'obtint pas même
une mention , et n'en fit pas moins paraître sa
pièce, pi'écédée d'uneépîtrequelui avait adressée
le grand J'rédéric. La révolution lui inspira
l'idée d'ouvrages très-vifs, qui le signalèrent à
l'attention publique, et en 1792 il fut élu à la
Convention nationale par la commune de Paris.
Dans le procès de Louis XVI, il vota pour la
mort sans appel ni sursis. Peu de temps après,
il fit partie du comité de sûreté générale. Le
9 thermidor le fit exclure de ce comité : on
l'accusait de s'être absenté de la Convention et
du comité pendant cette journée afin de ne pas
se compromettre. Il se justifia à la tribune en
prononçant un discours contre Robespierre.
Quelques jours plus tard, il lut à la Convention
un rapport sur la morale calculée, dans lequel
il attaquait les systèmes théologiques et philo-
sophiques touchant les récompenses et les châ-
timents d'une autre vie, soutenant que « la race
humaine est éternelle comme le monde , que les
prêtres ont corrompu de tous temps les nations
par des impostures, que l'homme doit être dé-
terminé à la vertu par des intérêts matériels et
présents, conformes à son intelligence et à son
organisation, et non par des terreurs ou des
espérances chimériques, etc. » ; il terminait en
proposant à l'assemblée de décréter que « les
savants fussent invités à donner une échelle des
crimes qui se commettent dans la société, et
des tourments qu'ils entraînent après eux sur
la terre ». Accusé, le 28 mai 1795, par le repré-
sentant Gouly d'avoir participé à l'insurrection
du 1" prairial (20 mai), il fut décrété d'arres-
tation, et resta chez lui gardé à vue. La loi du
4 brumaire an iv lui rendit la liberté. Il ne fit
point partie des deux tiers de la Convention
réélus pour les Conseils qui lui succédèrent, et
rentra dans la vie privée. Quoique ses ouvra-
ges annoncent de l'audace , il était à ce qu'il
paraît d'un caractère très-timide ; du moins il
avoua que Robes[iierre avait un tel empire sur
ses collègues et sur lui qu'il hésitait à aller aux
assemblées qui réunissaient le comité de salut
public au comité de sûreté générale, tant il sen-
tait qu'il se laisserait nécessairement entraîner.
On a de lui : Le Code de la Nature, poème de
Confucius, traduit et commenté par le P.
Parenin; Londres (Paris), 1788, in-8'' : tra-
duction supposée; — - La Liberté, ode avec des
notes; Paris, 1789, in-8°; — Du Peuple et des
Rois; Paris, 1790, 1833, in-8o; — Droits du
1015 LA VICOMTERIE — LA VILLE
peuple sur l'Assemblée nationale ; Paris, 1791,
ia-8° ; — Crimes des Bois de France, depuis
Clovis jusqu'à Louis XVI ; Paris, 1791, 1792,
1833, in-8°; — Réflexions sur le procès cri-
minel du ci-demint Roi; 1792, in-8° ; — Cri-
mes des Papes depuis saint Pierre jusqu'à
Pie VI; Paris , 1792, in-8»; 1830, 2 vol. in-18;
— La République sans Impôts ; P&r'is, 1792,
in-8"j — Crimes des Empereurs d'Aile"
magne, depuis Lothaire l^r jusqu'à Léo-
pold II; Paris, 1793, in-8°; — Acte d'accusa-
tion des Rois, rédigé sur la demande du clubdes
Jacobins; Paris, 1794. L. L— t.
Nicaise Goujon, Notice historique sur l'auteur et ses
ouvrages, en tête de l'édition de 1838 des Crimes des
Rois de France. — Notice historique sur la vie et les
ouvrages de l'auteur, en tête de l'édition de 1833 Du
Peuple et des Rois, — Rabbe, VIellh de Boisjolln et Sainte-
Preuve, Biogr. univ. et port, des Contemp. — Quérard,
La France Littéraire. — Moniteur, 1794-1797.
LA TiGNE {Michel de), médecin français,
né le 5 juillet 1588, à Vernon (Normandie),
mort le 15 juillet 1648. Fils d'un échevin de
Vernon, qui au temps de la Ligue avait su
conserver cette ville à Henri IV, il fut élevé au
collège du cardinal Lemoine, sous les yeux de
son grand- oncle, qui en était principal; il y
professa même la rhétorique et dut attendre,
pour prendre en 1614 le diplôme de docteur en
médecine, l'âge presciit par les statuts. La con-
naissance qu'il acquit bientôt des fièvres et de
leur traitement lui procura beaucoup de réputa-
tion ; il obtint le titre de médecin de Louis XIII,
qui n'en voulut point avoir d'autre à son chevet
pendant sa dernière maladie. Vers le même
temps, il fut élu doyen de la Faculté de Paris,
et plaida pour elle avec tant de force contre les
médecins étrangeis qu'il fit rendre en sa faveur
un arrêt du parlement (1" mars 1644). On a
d« lui : Orationes duo adversus Th. Renaudot
et medicos extraneos; Paris , 1644, in-4°.
Son fils, Michel , suivit la même carrière, et
fut reçu docteur en 1650. Outre la Vie du pré-
cédent, il a laissé un petit traité sur les fièvres :
Dixta Sanorum , sive ars sanitatis ; Paris ,
1671 , in-12 : quelquefois attribué à son père.
K.
Éloy, Dictionnaire histm-ique de la Médecine, IV. —
MorérI, Dictionnaire Historique. — Vigneul-Marvllle,
Mélanges.
LAViGNE {Anne de), femme poète française,
née à Vernon, en Normandie, morte à Paris, en
1684. Elle était fille d'un médecin renommé,
et cultiva les seiences et surtout la poésie. Son
ode intitulée : Monseigneur le Dauphin au
Roi eut un très-grand succès, et lui valut les
félicitations d'autres poètes, auxquels elle ré-
pondit par de belles stances. Ses poésies ont
été rassemblées dans le recueil des Vers choisis
du P. Bouhours; 1613, in-8". Une ode à M"^ de
Scudéry, pour la féliciter du prix d'éloquence
qu'elle remporta à l'Académie Française, fut im-
primée par les soins de Pellisson , avec la ré-
ponse deM"^ de Scudéry, à la suite de son His-
lOlfi
foire de V Académie Française , édition (h*
1672. Des stances fort estimées, qu'elle adressa
au dauphin, se trouvent aussi dans les Vers
choisis du P. Bouhours, avec une Relation
de l'Autre Monde, que Pavillon lui avait en-
voyée. Elle mourut très-jeune. Peu de temps
avant sa mort, elle fit des vers fort touchants,
précédés d'un sonnet intitulé : La Paysanne
vainctie ; ils sont imprimés dans le même re-
cueil, sans nom d'auteur, mais Lefort de La Mo-
rinière les donne sous le nom de M"® de Lavigne,
dans le t. II de sa Bibliothèque Poétique.
G. DE F.
Moréri, Dict. Hist. — Goujet, Bibliothèque Française,
t. XV m.
LA VIGNE DE FRÊCHEVILLE {ClaudCT^E),
médecin français, né le 21 février 1695, à Paris,
où il est mort, le 7 octobre 1758. Petit-neveu
d'Anne de La Vigne, il ajouta aux études du
collège celles de la théologie, de l'histoire et des
langues, et y fit de tels progrès que l'abbé
Fleury, son oncle maternel , l'admit aux con-
férences qui se tenaient chez lui à Argenteuii, et
l'associa même à ses travaux. Reçu docteur en
médecine en 1719, il devint en 1726 médecin
du roi. La cour, dit Moréri, « ne changea rien
dans ses mœurs : il n'y fut que médecin , et
trouva, comme à la ville , des malades et des
cadavres ». Trois ans plus tard, il fut attaché à
la maison de la reine, où il obtint la survivance
d'Helvétius. Il reste de lui quelques manuscrits,
notamment un Traité particulier des Fièvres,
une Physique du Corps humain, un Traité
des Maladies, et il avait projeté le plan d'un
Dictionnaire de Médecine, destiné à rappeler
ce que les auteurs spéciaux avaient écrit de
mieux sur chaque matière. Il avait fait aussi un
journal des maladies qu'il avait traitées ainsi
qu'un recueil de ses consultations en deux vol.
in-fol. ; mais dans les derniers jours de sa vie
il brûla ces deux ouvrages. K»
Eloge hist. de Cl. de La feigne, en tête du Catalogue
de sa biblioth.
LA VILLE {Léonard de), littérateur fran-
çais, né à CharoUes , dans le seizième siècle, il
fut maître d'école et écrivain à Lyon, et puljjia
les ouvrages suivants : Complainte et Quéri-
monie de l'Église à son époux J.-C. contre
les hérétiques et Turcs; Lyon, 1567, in-8°; —
Traité de la Prédestination, contre Calvin;
ibid. ; — Lettres envoyées des Indes orien-
tales, contenant la conversion de cinquante
mille protestants à la religion chrétienne es
islesdeSodor et de Eude {sic); ibid., 157t,in-8",
trad. du latin de Fernand de Sainte-Marie,
jacobin ; — Dacrigélasie spirituelle du roi
Charles IX sur les combats et victoires obte-
nues contre les séditieux et rebelles héréti-
ques; ibid., 1572, in-8*', etc. K.
Papillon, Juteurs de Bourgogne, II. — Revue du
Lyonnais, IV, 67.
LA VILLE ( Pierre de, sieur de Dombasle ),
t0l7
archéologue français au service de la Suède,
alla à Moscou en 1610, quand cette puissance
porta secours au tzar Basile Chouiski , attaqué
par les Polonais, qui prirent parti pour tous
les faux Dmitri. De retour en France, Laville
donna un Discours sommaire de ce qui est
arrivé en Moscovie depuis le règne de Ivan
Wassiliwich, empereur, jusques à Vassili
Ivanovitz Sousky, qui se trouve à la Biblio-
thèque impériale; il a été publié pour la pre-
mière fois par M. L. Paris (Chronique de Nes-
tor; Paris, 1834,1, 404), et traduit en russe
dans le Messager Busse de 1841 . Quoique cette
pièce ne soit pas exempte d'erreurs, elle a une
grande valeur, et relève le caractère de Chouiski,
qui est le premier prince russe qui jura en mon-
tant sur le trône qu'il ne condamnerait personne
au supplice sans jugement légal et ne ferait point
retomber sur les enfants les fautes de leurs pères,
pee A. G.— N.
Adclung, Vbersicht der Reisenden in Bussland bis
1700.
LA VILLE DE MiRMONT ( Alexandre-
Jean-Joseph de), auteur dramatique français, né
à Versailles, en 1782, mort à Paris, le 1^"" oc-
tobre 1845. Son père périt sur l'échafaùd révo-
lutionnaire. Orphelin à douze ans, il fit lui-
même son éducation, et entra de bonne heure
dans la carrière diplomatique, où plusieurs de ses
parents s'étaient distingués. Pendant deux ans
il fut attaché à une légation dans une cour
d'Allemagne. A partir de 1816 il occupa succes-
sivement les places de chef de division au mi-
nistère de l'intérieur et d'inspecteur général des
dépôts de mendicité et des maisons centrales de
détention. En 1821 il devint secrétaire de la
présidence du conseil des ministres, sous le mi-
nistère du duc de Richelieu, à la chute duquel
il reprit ses fonctions d'inspecteur général des
maisons de détention. En même temps il fut
créé maître des requêtes en service extraordi-
naire au conseil d'État. Dans ses loisirs il se li-
vrait à la composition dramatique, et fit repré-
senter avec succès au Théâtre-Français une tra-
gédie de Charles VI, dont le principal personnage
fut le dernier rôle créé par Talma. On accusa La
Ville de Mirmont d'avoir copié La Démence de
Charles VI de Népomucène Lemercier ; mais La
Ville déclara n'avoir pas même lu cette pièce, et ses
explications satisfirent Lemercier. On a deLa Ville
de Mirmont : Artaxerce, tragédie en cinq actes
et en vers, imitée de Métastase, jouée sur le grand
théâtre de Bordeaux en 1813, et à l'Odéon en 1820;
Bordeaux, 1810, in-8°; — La Saint-Georges,
ou l'intérieur d'unefamille bordelaise, vaude-
ville en un acte et en prose ( avec Martignac ) ; Bor-
deaux, 1814, in-8°; — Childéric le^, ti-agédie
en trois actes et en vers, représentée à Bor-
deaux; Bordeaux, 1815, in-8°;— Alexandre
et Apelle, comédie héroïque , en un acte et en
vers libres; Paris, 1820, in-S"; — Le Follicu-
laire, comédie en cinq actes et en vers; Paris,
LA VILLE — LA. VILLEMARQUÉ
1018
1820, in-8°; —Le Roman, comédie en cinq
actes et en vers ; Paris, 1825, 1837, in-8°; —
Charles VI, tragédie en cinq actes; Paris,
1826, in-8° ; — L'Intrigue et V Amour, drame
en cinq actes et en vers, imité de l'allemand de
Schiller; Paris, 1826, in-8°; — Une Journée
d'Élection, comédie en trois actes et en vers;
Paris, 1827, 1829, 1830, in-8°; — Le Vieux
Mari, comédie en trois actes et envers; Paris,
1830, in-8°; — Les Intrigants, ou la congré-
gation, comédie en cinq actes et en vers; Paris,
1831, in-8°; — Observations sur les Maisons
centrales de Détention, à V occasion de V ou-
vrage de MM. de Beaumont et de Tocque-
ville sur les pénitenciers des Etats-Unis
d'Amérique ;'9?iT\5, 1833, in-8°; — Le Libéré,
tableau dramatique en cinq parties et en vers;
Paris, 1835, in-8° : ouvrage qui a obtenu de
l'Académie Française un prix Montyon de
3,000 fr. ; — L'an Dix-neuf cent vingt-huit,
scènes en vers; Paris, 1841, in- 8°; — Œuvres
dramatiques ; Paris, 1846, 4 vol. in-8o. On y
trouve : Artaxerce; Scipion Émilien ; Alexan-
dre et Apelle; Le Folliculaire; Charles VI;
Une Journée d'Élection; L'Intrigue et l'A-
mour ; Le Roman ; Les Intrigants ; La Favo-
rite ; Le Vieux Mari; L'Émeute de Village; Le
Libéré; Le Cabinet d'un Ministre ; L'an Mil
neuf cent vingt-huit; Le Moyen de parvenir.
La Ville de Mirmont a donné dans le Livre des
Cent et un (tome ÏY) : Les Semainiers du
Théâtre-Français chez le ministre de l'inté-
rieur, pièce en vers. L. L t.
Jules Janin, Notice nécrologique, dans le Journal des
Débats du 6 octobre 1845. - Rabbe, Vielh de Boisjolin et
Sainte-Preuve, Biogr. univ. et portât, des Contemp.
— Quérard, l,a France Littéraire, — Bourquelot et
Maury. La Littérature Française contemp.
* LA TILLEGILLE ( Paul-Artkur NOUAIL
de), archéologue français, né le 13 mars 1803,
à Paris. Sous la restauration il entra au ser-
vice et donna, quelques années après, sa dé-
mission d'officier d'état-major. Il fait partie de
la Société des Antiquaires de France , qu'il a
présidée plusieurs fols. On a de lui : Anciennes
fourches patibulaires de Montfaucon ; Paris,
1836, in-8'', avec six plans; — Esqiiisse pit-
toresque du département de l'Indre; ibid.,
1853. De 1847 à 1854, il a été chargé par la
Société de l'Histoire de France de faire paraître
le Jotirnal historique et anecdotique du
Règne de Louis XV ( 3 vol. in-S»), publié pour
la première fois d'après les manuscrits de l'a-
vocat Barbier, et il a rédigé, en société avec
M. Taranne, les Procès-verbaux des Séances
du Comité historique ; 1850, in-8°. K.
Dict. universel des Contemporains, 18K8.
* LA VILLEMARQUÉ ( Théodore-Claudc-
Henri Hbrsart, vicomte de ) , philologue et
écrivain français, né à Quiœperlé, le 6 juillet
1815 (1). Il s'est fait connaître très-jeune, par la
(1) Il descend d^une ancienne famille de Bretagne, dont
un membre, Guillaume Hersart, suivit saint Louis à la
1019 LA VILLEM ARQUÉ
publication de divers ouvrages sur la langue et
la littérature celtique; nommé en 1851, sur
la présentation de Jacob Grimm, correspondant
de l'Académie de Berlin, il entra en 1858 à
l'Académie des Inscriptions et Belles-Lettres.
On a de lui : Barzas-Breiz ( Chants populaires
de la Bretagne) ; Paris, 1839, 2 vol. in-8o: ce
recueil, qui à sa quatrième édition fut coiiionné
par l'Académie Française, donne l'histoire poé-
tique de la Bretagne chantée par les paysans
bretons ; on y trouve, outre le texte breton , la
traduction française, avec des notes, et les mé-
lodies originales; — Contes populaires des an-
ciens Bretons; Paris, 1842, 2 vol. in-8'';ibid.,
1859, in-12; précédés d'un Essai sur Vorigine
des épopées chevaleresques de la Tableronde ;
cette étude préliminaire, résultat de deux mis-
sions en Angleterre, dont l'auteur avait été chargé
en 1838 et 1855, comme ancien élève de l'École
des Chartes, à d'abord paru dans la Revue de
Paris ( année 1841); — Poèmes des Bardes
bretons du sixième siècle; Paris, 1850,
in-80; en regard du texte breton, qui â été revu
sur les plus anciens manuscrits, se trouve la tra-
duction française, la première qui en ait été
donnée ; — Essai sur V histoire de la Langue
Bretonne , précédé d'une étude comparée des
idiomes bi-etons et gaels; Paris, 1837,in-8° : ce
travail a été reproduit en tête du Dictionnaire
Français-Breton à%L?:%oxàd&(i, publié (Saint-
Brieuc, 1847, in-4'' ) après la mort de l'auteur
avec des additions par M. de La Villemarqué, qui
a aussi donné une nouvelle édition complétée du
Dictionnaire Breton- Français et de la Gram-
maire Bretonne de Legonidec; Paris, 1850,
in-4° ; — Notices sur les principaux Manus-
crits des anciens Bretons avec fac-similé ;
ce travail, publié d'abord dans le tome V des
Archives des Missions littéraires ■et scientifi-
ques, à été imprimé à part à un petit nombre
d'exemplaires; Paris, 1856, in-8°; — Mémoire
sur l'Inscription celtique de Lomarec près
Aurayen Bretagne; Paris, 1858, in^"; extrait
du tome V des Mémoires présentés à l'Aca-
démie des Inscriptions ; — La Légende cel-
tique en Irlande, en Cambrie eten Bretagne,
suivie des textes originaux irlandais, gal-
lois et bretons, rares ou inédits ; Paris, 1859,
in-18. E. G.
Documents particuliers.
LAVINJ ( Giuseppe, comte), poète et théo-
logien italien, né le 21 avril 1721, à Filotrano
( Marche d'Ancône ), mort le 4 novembre 1793,
à San-Severino. Issu d'une maison alliée aux plus
nobles familles de Rome, il étudia la philoso-
phie et la théologie à Pérou?e, reçut à Bologne
le diplôme de docteur in utroque jure, et em-
croisade de 1247, et dont un autre membre, Rolland Her-
sart, fut compagnon d'armes de Bertrand Du Guesclin.
Son père, Pierre Hersart, comte de La Villemarqué, fut
longtemps membre de la chambre des députés.
— LA VISCLÈDE 1020
brassa la carrière ecclésiastique. Nommé cha-
noine à Osimo, puis à Fano, il remplit pendant
longtemps à Rome l'emploi de recteur du col-
lège de Hongrie. On a de lui : Discorsi sagri ;
Rome, 1750, in-8°, choix de panégyriques en ,
l'honneur de plusieurs saints ; — Il Paradiso
riacquistato, poema fn versi sciofti ; Rome
1750, t. F'', in-s°; poème interrompu après !.
quatrième chant ; — Rime fllosofiche e vari(
Rome, 1750, in-8°: — Vita di suor Eleonoi
Giubile, terziaria francescana ; — Orazio)
panegirica per la beatificazione del bec'
Giuseppe da Copertino; Rome, 1754, in--^'
— AW altezza reale di Pietro Leopoldo, '
ciduca d'Austria , gran - duca di Tosca
Ganti XVIII; Pesaro, 1766, gr. in-4%
contiennent les fastes rimes de la maison d'i
triche; — Lezioni sacre e morali sull' Er
tola I di san Paolo ai Corintii; Ancônr
Rome, 1769-1778, 5 vol. in-4° ; — Lezione s^^
e morali sut santo libro degli Atti apostc^
Camerino et Rome, 4 vol. in-4°; — Prédis
Verceil, 1788, etc. P. L— -
Giornale de' Letterati. — Effemeride Lette.
Roma. — Tipaldo, Biogr. degli Italiani, VI.
LA. VIOLETTE ( /OSep/j DdCHESNE DE). V,
DCCHESNE.
LA \\VMTtv.{ Louis- Anne), médecin fra^
çais, né en 1725, à Noiay ( diocèse d'Autur^,
mort le 3 mars 1759, à Paris. Après avoir étij;
la médecine à Montpellier, il vint l'exerce}-
Paris, et fut introduit au Journal des Save
par la protection du chancelier d'Aguesses^
était depuis plusieurs années censeur n^
lorsqu'en 1757 il fut attaché à l'armée de \><
phalie ; l'année suivante il passa à l'hôpital dt
Chanté. On a de lui : Observations sur %
Hydrophobie spontûnée , suivie de la rae),
1757, in-12 ; — et plusieurs écrits traduits i
l'anglais, entre auti-es Découvertes philosopf»
ques de Neivton de Maclaurin ( 1749), et No
velles Observations Microscopiques deNeedhb
(1750). K.
Journal des Savants, Juillet 1759.
LA VISCLÈDE { Antoine- Louis he Chal
MONO de), littérateur français, né le 2 août 16S
à Tarascon, mort le 22 août 1760, à Marseil
D'une famille noble qui était originaire de
principauté de Bombes, il se fit connaître
bonne heure par des discours couronnés p<.
différentes académies, et s'établità Marseille a >•
de pouvoir augmenter le cercle de ses conna
sauces. Durant la peste qui désola cette ville ■'.
1720, il commandait une compagnie de mil •
destinée à maintenir l'ordre. Nommé sécréta" ■:
de l'Académie, à la restauration de laquelk îl
avait puissamment contribué, il consacra sa ■
entière au culte des lettres • et s'il ne sut
faire un nom durable par ses propres œuvr
il eut au moins le mérite d'encourager le tal
partout où il le rencontra. Dans la société, il
montrait doux, poli, affable; sa conversation
i
^02? LA VISCLÈDE
orillait point par les saillies; son goût n'était
guère sûr, puisqu'il préférait les fables de La
Motte à celles de La Fontaine, et ce fut à l'amé-
|nité de son caractère plutôt qu'à son génie qu'il
dut le surnom de Fontenelle de la Provence.
Il est peu d'hommes de lettres qui aient rem-
porté plus de palmes académiques que La Vis-
dède; suivant le mot d'un de ses contemporains,
il aurait pn se former un médaillier des prix nom-
breux qui lui furent adjugés. On a de lui :
Œuvres diverses; Paris, 1727, 2 vol. in-12. Ce
'■ecueil, qui essuya beaucoup de critiques, ren-
erme des discours, des poèmes, des odes, des
mtates et quelques poésies fugitives ; tout cela
,t depuis longtemps oublié. Cet écrivain dut à
malignité de Voltaire une sorte de renommée
L jsthume : on sait que ce fut sous ce nom que
h patriarche de Femey publia Les Filles de
'inée, un de ses plus jolis contes. P. L — y.
Vchard, Z>tci. de la Provence. — Deséssarts, Siècles
<ir., VI.
AVisRi (Le père André), jésuite polonais,
connu pour avoir accompagné a Moscou en
le faux Dmitri et avoir laissé des docu-
j singulièrement intéressants sur ce mysté.-
jx personnage. Ces documents consistent en
eux Mémoires adressés au provincial des jé-
lites à Varsovie, dans lesquels Laviski raconte
linutieusemeiit l'entrée de Drnitri à Moscou, son
ouronnement, et s'étend particulièrement sur les
oyens qui lui paraissent propres à faire ren-
?r l'Église russe dans le sein de l'Église uni-
selle. Le premier seulement de ces Mémoires
té publié en italien, dans le recueil suivant :
nsi e Lettere ultimamente giunte di cose
morabile suceedute tanto in Affrica quanto
Moscovia, raccolte da Barezzo Barrozzi ,
nezia, 1606, et réédité dans les Notizie de'
>jcoli XV e XVI sulV Italia, Russia e Polo-
\ia di Seb. Ciampi et la Bibliografiacritiea,
i 111 . Ce Mémoire se trouve en manuscrit à la
bibliothèque VaUcelli de Rome et à celle de Pav-
pvsk; le second, inédit, ne se trouve qu'à celle
Je Pavlovsk, qui possède en outre une pièce
également précieuse de Laviski intitulée : Ins-
fructio mémorise causa ad S. D. D. Pau-
L'wm V P. M. Reverendo patri Andreee La-
witio S. J. die XVIII mensis decembris a.
w. MDCV; l'auteur y assure le pape que Dmitri
jse joindra à l'empereur des Romains et au roi
pe Pologne pour anéantir les Turcs. P'^^ A. G.
1 Belazione délia segnalata e corne miracolosa Con-
\quista del paterne imperio conseguita dal serenisstmo
Giovine Demetrio , gran - duca di Moscovia , lanno
1603, etR. ; Raccolta da sincerissimi avvisi per Barezzo
Bnrozzi; Venezia, 160S. — Esame critico con documenti
inediti délia storia di Demetrio per Seb. Ciampi;
Klrenze , 1827. - Adelang, Reisende in Russland. — Dic-
tionnaire des Écrivains de la Société de Jésus. — Les
faux Démétrivs, par P. Mérimée.
U LAVOCAT (Antoine), mécanicien et agro-
jnome français, naquit à Champigneules, près de
iNancy, le 7 février 1707, et y mourut, en 1788.
'Issu de parents pauvres, il fut condamné au tra-
LAVOCAT
1022
vail dès sa plus tendre jeunesse, et cultiva la terre
et la vigne. Mais, doué d'un esprit d'observation
qu'il eut l'occasion d'appliquer au jeu des ma-
chines dans les papeteries, les moulins et les'
pressoirs du pays, il crut apercevoir les défauts
ou l'insuftisance de ces machines, et chercha les
moyens d'y remédier. Ce premier pas fait, il se
crut appelé, par une espèce de vocation, à in-
venter et à construire lui-même d'autres moyens
mécaniques, plus simples et moins dispendieux,
afin de suppléer à la main-d'œuvre de l'homme.
Quelques-unes de ses inventions furent soumises
à la Société royale des Sciences de Nancy, qui en-
couragea et récompensa ses efforts, en lui dé-
cernant deux prix , l'un pour une nouvelle hie,
destinée à enfoncer les pilotis en terre avec plus
de facilité, et l'autre pour un pressoir sans vis,
sans clou, sans pierre, sans corde et sans levier.
Le génie inventif dont Lavocat avait fait preuve
attira sur lui l'attention du duc Charles-Alexandre
de Lorraine, gouverneur général des Pays-Bas,
qui le fit venir à Bruxelles , où il exécuta sous
les yeux de ce prince un assez grand nombre de
machines, qui lui valurent le titre de mécanicien
de la cour de Bruxelles et les bienfaits, plus réels,
de son Hlustre Mécène. Retiré ensuite dans son
lieu natal, il ne cessa jusque dans un âge avancé
d'inventer et de construire de nouvelles machines,
dont la simphcité et l'utilité furent généralement
reconnues, même par les maîtres de l'art. Le
succès qu'elles obtinrent dans toute l'Europe,
ainsi qu'au delà des mers, engagea l'auteur, sur la
fin de sa carrière, à publier lui-même l'énumé-
ration de ses déoouv-ertes, sous le titre de Re-
cueil de plusieurs pièces mécaniques inven-
tées et exécutées par Antoine Lavocat, mé-
canieien de la cour de Bruxelles, dédié à
S. A. R. le duc Charles-Alexandre de Lor-
raine; Nancy, 1878, in-8° de 48 pages. Ces
pièces sont au nombre de cent onze, et leur no-
menclature sommaire paraît suffisante pour en
faire apprécier le plus ou le moins d'importance.
Retiré dans son village, où il avait obtenu l'em-
ploi de receveur-buraliste, Lavocat s'occupait en-
core, du moins en théorie, des travaux agricoles
qui avaient rempli ses premières années. VI dé-
posa le fruit de son expérience dans un ouvrage
qui fut alors remarqué sur la viticulture : c'est
Le Vigneron expert, ou la meilleure manière
de cultiver la vigne; Paris, Sorand , 1782,
in-12. Cet ouvrage a échappé aux recherches de
M. de Musset, qui ne l'a pas cité dans sa Biblio-
graphie agronomique.
Lavocat doit être compté au nombre des
hommes du peuple dont le génie inventif s'est
révélé sans l'auxiliaire de l'éducation ou de l'ins-
truction, et qui, comme il l'a dit lui-même,
« n'ont jamais eu d'autre maître que la nature
et l'expérience ». J. L.
Durival , Description de la Lorraine et du Barrais,
tome IV. — Documents particuliers.
LAVOCAT. Voy. Ladvocat.
1023
LAVOCAT -^ LAVOISIEN
l uiVOCAT (Gaspard ), député français, né
en 1794. Après avoir fait les dernières campa-
gnes de l'empire en qualité de sous-lieutenant, il
entra dans le régiment des cuirassiers de Berry ;
impliqué en 1820 et en 1824 dans deux conspi-
rations militaires , il fut deux fois l'objet, par con-
tumace, d'une condamnation à mort. Gracié
toutefois en 1826, sur l'intervention de M. de
Peyronnet, il fonda à Paris une tannerie, qu'il
exploita avec succès jusqu'en 1833. Après la
révolution de Juillet, il devint colonel de la 12* lé-
gion de la garde nationale, et conduisit à la cita-
delle de Ham les anciens ministres de Charles X,
que la cour des pairs venait de condamner. Il
venait d'être nommé directeur de la manufacture
des Gobelins (1833) lorsqu'aux élections de 1834
il obtint, dans l'arrondissement de Vouziers , le
mandat de député, qui lui fut renouvelé jusqu'en
1848. Depuis cette époque, il s'est reti
affaires. p^ ,
G. Sarrut et Salnt-Edme. Biogr. des Hommes à
LAVOISIEN (Jean-François ), raédeci
çais, vivait dans la secoade moitié du di
tième siècle. 11 fut attaché aux armées
eu qualité dechirurgien, et exerça ensuite
decine à Lu. On a de lui : Dictionnaire
tif de Médecine, d'Anatomie,de Chirur.
Pharmacie, de Chimie, d'Histoire .
retle , de Botanique et de Physique, qi
tient les termes de chaque art, leur et',
gie et leur explication tirée des me
auteurs; Paris, Didot, 1764, in-8°; il e
fait une nouvelle édition , avec un voca
grec et latin ; 1771 et 1793,in-8°. K.
Desessarts , Les Siècles littéraires.
FIN DU VINGT-INEUVIEME VOLUME.